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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1991-03-02, Collections de BAnQ.

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Ml » le plaisir des ivres Champteny UN LIBRAIRE AU BOUT DU FIL 4474 St-Denis, Mil, Qc H2J 21.1 (SU) 844-2587 Montréal, samedi 2 mars 1991 Le cas Simenon Des personnages féminins qui échappent à l’emprise d’Emma Bovary Serge Truffaut LA VIK de Georges Joseph Ch ristian Simenon a commencé le 13 février 1903, un vendredi, sous le signe d’un mensonge concocté par des adultes.Au deuxième étage d’un appartement situé au 26 rue Léopold, à Liège, Belgique, Henriette Simenon, sujette aux dépressions et victime de ses superstitions, a chuchoté à l’oreille de la sage-femme assise à ses côtés qu’il était d’une extrême importance d’annoncer que le petit Georges avait fait son salut au monde quelques minutes avant les derniers soupirs du 12 février 1903.Ainsi donc, Henriette Simenon, femme pourtant très éprise de religion, avait trompé l’un de ces dix commandements qui bien souvent servent de balises aux gens à la personnalité si fragile qu’ils ne s’accordent aucun de ces plaisants répits permettant à tout un chacun de respirer de temps à autres.Toujours est-il que Henriette, à l’encontre de ses principes, avait menti.Elle avait trompé la naissance de son fils.De la culpabilité qui en découlera, c’est à se demander si elle n’expliquerait pas le peu d’affection que toute sa vie durant elle éprouvera à l’égard de cet enfant.Écoutez, écoutez bien ce qu’llen-riette déclara à Georges le jour de la mort de Christian, le frère cadet, « Comme c’est dommage que ce soit Christian qui soit mort ».Ces mots terribles de par leur pesanteur et leur enchaînement ont été rapportés par Stanley Kskin dans la biographie qu’il vient de signer pour les éditions Libre Expression et Presses de la Cité.Dans son ouvrage, Eskin, ex-pro- fesseur d’université, confie que Simenon aurait maintes fois souligné que « Balzac a défini le romancier comme un homme qui n’aime pas sa mère.Si la citation est juste, la définition ne convient que partiellement à Balzac, mais est tout a fait adaptée à Simenon.Si l’on mettait bout à bout tout ce qu’il a pu dire sur sa mère, on aboutirait à un immense et interminable réquisitoire».La Lettre à ma mère, que Simenon composa trois ans après la mort de celle-ci, n’est qu’une accu- sation « contre cette mère qu’il jugea prétentieuse, bourrée de préjugés, déloyale, superficielle, pleurnicharde, faible quand elle aurait dû se montrer ferme, mais têtue et dorm natrice pour des questions insignifiantes, maladivement émotive mais insensible aux émotions d’autrui ».Voilà pour la mère.Désiré Simenon était comptable pour une compagnie d’assurances de dommages.De ce choix, Henriette, dit-on, en nourrira toute sa vie de la rancoeur.Elle aurait préféré qu’il se lance dans l’assurance-vie, branche alors en pleine expansion.Selon Stanley Kskin, Désiré était un homme « fier de son efficacité, at taché à sa réputation de comptable rapide et infaillible, il était méticuleux, ordonné et ponctuel.À la maison, le plaisir de Désiré était de s’asseoir dans son fauteuil en osier et de lire son journal.Simenon vit en lui un homme heureux qui trouvait son bonheur dans des plaisirs modestes.Sa souriante sérénité provenait du fait qu'il ne demandait pas trop de lu vie, se satisfaisant de ce qu'il trou vait à sa portée».« Toute sa vie, Simenon vénéra son père.Enfant, il s’efforcait d’imiter ses moindres gestes et attitudes.Pour de nombreux critiques, à commencer par Simenon lui-même, c'est lui oui fut le modèle de Maigret ».Voila pour le père.Ainsi donc, de Désiré, si l’on en croit Kskin, Simenon aurait retenu les qualités.De son père, il aurait ex trait la substantielle moelle.De ce petit-bourgeois, il aurait conservé les vertus.Ensuite, il aurait mélangé le tout.Après quoi, il aurait opéré un transfert faisant de son père un per sonnage plein d’humanité.Un per sonnage idéal.Comme chacun sait, dans l’oeuvre de Simenon il y a deux branches.Côté face, il y a les polars mettant en scène le très humain J ules Maigret.Côté pile, il y a les romans dits durs ou, pour reprendre le qualificatif de Simenon, les «romans-romans».D’un côté, il y aurait donc les bons.De l’autre, il y aurait les méchants.Et sur qui, je vous le demande, Si menon aurait-il sculpté BIEN de ces méchants qui traversenl les 400 romans qu’il a écrits ?Sur les défauts de sa « môman ».C’est en tout cas la thèse de Eskin.Voir page D-2 : Simenon Dumas père: une merveilleuse manufacture Oka-nada A vS® PHOTO SUNDAY TRIBUNE Le 29 septembre 90, des Mohawks ontariens participent à la parade orangiste marquant le 300e anniversaire de la bataille de Boyne.MÉMOIRES D’UN MÉDECIN Alexandre Dumas 3 volumes, coll.Bouquins Paris, Robert Laffont 1990, 4420 pages Christian Mistral RETOURNER à ses lectures de jeunesse, c’est souvent prendre avec un attendrissement consterné la soudaine mesure de la distance qui nous en sépare.C’est aussi, en corollaire, l’inconsolable regret quand on découvre une oeuvre d’être passé à côté à l’âge où on y aurait pris des plaisirs de vierge.Alexandre Dumas, le père, cet auteur gargantuesque et pantagruélique, ce cyclope de la fresque aux ampleurs inouïes, qui orchestre depuis l’autre siècle l’évasion de toutes les adolescences, peuplant l’aventure de mousquetaires et de Monte-Cristos, ce gros écrivain somptueux cause du chagrin aux adultes en même temps que de l’extase, car soit ils s’attristent de ne pouvoir le lire avec les yeux d’avant, soit ils déplorent de ne pas l’avoir lu à temps, et dans tous les cas pleurent l’enfance enfuie.Comme quoi le lecteur insuffle sa propre vie au livre, à la fois masse inerte et potentielle énergie : ni plus ni moins que l’explication de l’Homme.Dans son numéro du 1er décembre 1941, sous la plume de Ramon Fernandez, la N RF lançait un mot d’ordre : « Retour à Dumas père ! » Ce mot, qui l’a entendu ?L'occasion de s’y plier nous est offerte par la col- lection Bouquins, qui réédite en trois volumes les immenses Mémoires d'un médecin.Réédite, et pour cause, car le maître ne lisait pas ses épreuves, ce qui libéra le champ aux imprimeurs et directeurs de feuilletons peu scrupuleux ou bêtement négligents pour censurer, standardiser, charcuter ou lire de travers le prose grasse et fourrageuse.On a donc établi le texte à partir des manuscrits, dans un souci de retour à l’authentique.C’est Claude Schopp, biographe de Dumas et spécialiste de son oeuvre, qui s’est chargé du boulot, et quel boulot ! Bien que souple, l’appareil critique qui accompagne cette édition ne laisse pas d'impressionner : annotation légère qui ne gêne pas le rythme de lecture, soutenue par un dictionnaire qui recense les nuées de personnages inventés ou empruntés à l’Histoire, préface générale, préface particulière, index des lieux et bibliographie.De bibliographie, il n’en existe tout simplement pas d’exhaustive de l’oeuvre de Dumas.Les moins incomplètes recensent plus de mille titres.Poésies, comédies, tragédies, opéras, biographies, autobiographies, critiques, traductions.L’oubli a presque tout recouvert, ne laissant émerger que le roman historique, genre qui conserve d’une époque à l’autre la faveur de tous les publics.L’homme était une manufacture.Tout en lui est excès, dans le travail, les plaisirs et le projet, comme pour faire oublier à une France raciste et snob qu’il est né mulâtre et, bien que Voir page D-2 : Dumas L’ÉTÉ DES MOHAWKS Jacques Lamarche Bilan des 78 jours Stanké, 294 p.OKA: DERNIER ALIBI DU CANADA ANGLAIS Robin Philpot VLB éditeur, 167 p.Robert Saletti TOUTE CRISE qui se respecte a pour effet principal de soulever les passions et cristalliser les opinions, quand ce n’est pas d’inviter aux écarts de conduite.La poussière était à peine retombée sur Oka que la guerre du Golfe persique battait son plein, de sorte que la crise amérindienne paraît aujourd’hui presque ancienne.Mais pas si ancienne, toutefois, pour que l’idée de tenter un premier bilan à froid soit impossible.Saisissons donc l’occasion que nous fournit la parution des ouvrages, différents mais à certains égards complémentaires, de Jacques Lamarche et de Robin Philpot, pour effectuer un retour aux barricades de l'été dernier.Bénéficiant d’un recul minimal (quelques semaines tout au plus si l’on tient compte du délai de production habituel d’un livre), les auteurs se sont donné la tâche difficile et plus ou moins avouée de sortir l’événement de sa gaine médiatique.Le résultat, en fin de compte, n’est pas négligeable, bien que Philpot s’en sorte nettement mieux que Lamarche, grâce à une perspective plus claire sur les enjeux politiques de la crise.Le sous-titre de VÉté des Mohawks, du romancier et essayiste Jacques Lamarche, indique somme toute la limite d’une approche basée sur le compte rendu journalistique.Après une première partie intéressante, sorte de condensé du conten- tieux légué parla colonisation française, puis anglaise, de la région d’Oka, c’est véritablement un bilan des 78 jours que nous propose l’auteur, c’est-à-dire une reprise au jour le jour de ce qui s’est passé.En faisant le tour de ce qui s’est dit et en mettant en parallèle ce que les médias ont rapporté, l’auteur essaie de faire ressortir l’incompétence gouvernementale dans ce dossier aussi vieux que la mission évangélisatrice de l’Occident.Les politiciens sont ceux qui ont créé la crise et l’ont entretenue.Lamarche ne cache donc as son penchant pour des Mohawks, qui on avait promis une réserve 1 avant de leur imposer un golf, dernière d’une longue liste de trahisons i de la part de gouvernements qui se fient au droit international pour mieux fuir leurs responsabilités his- toriques.Or, la dénonciation des pouvoirs politiques est desservie ici par l’effet de cumul que provoque le rappel exhaustif des gestes et paroles des différents intervenants, d’autant plus que les faits et commentaires sont ! repris sans autre recours que celui de la chronologie la plus stricte.La | volonté de ne rien négliger est telle qu’un index des noms cités, si l’on j avait eu la patience d’en composer 1 un, aurait constituté le who’s who du journalisme québécois.Lamarche confie à un moment donné avoir pris connaissance de plus de 2500 opinions.On le croit sans peine, et on se dit que le recyclage du papier journal est plus que jamais une nécessité d’ordre éthique.Bref, il s’agit d'un livre qui a dû demander passablement de travail mais dont la structure est bâclée (ce qui surprend, venant d’un romancier).S’il a bien saisi le caractère théâtral de la crise d’Oka, avec ses acteurs masqués et ses héros guerriers, l’auteur a eu tort de ne compter que sur sa verve et sur sa documentation.Même l’ironie peut être lassante si l’objet est mal ciblé et le regard trop large.Le livre s’a: dresse peut-être aux vacanciers qui, l’été passé, vaquaient sous des cieux plus cléments ou dans des pinèdes moins peuplées.Contrairement au livre de Lamarche, celui de Philpot est soutenu par une véritable thèse.Celle-ci fait reposer la plus grande partie du blâme sur un Canada anglais qui aurait vu dans la crise l’occasion de faire porter au Québec l’odieux du contentieux autochtone.Meech et Oka, ou une savante combinaison gauche-droite pour mettre k.-o.l'aspirant au titre souverain.En effet, puisque !e Québec n'est pas seulement capable de régler le problème amérindien, comment peut-il penser se séparer ?Ce serait, si l’on permet une métaphore folklorique, le coup du baril de poudre de Dollard avec, dans le rôle de la branche, le Canada anglais.Pour soutenir sa thèse, Philpot avance plusieurs arguments.Le premier, de nature proprement historique, retrace les antécédents de la crise (comme le fait Lamarche, mais avec plus d’acuité dans le propos) pour montrer que Oka est en fait l’exacte répétition, religion en moins, du conflit qui a eu lieu au même endroit en 1870 entre Amérindiens et Sulpiciens quant à la propriété des terres.Le deuxième argument, que je qualifierais de généalogique, a trait au haut degré de métissage des Canadiens français et des Amérindiens (voir ce que le philosophe Henry-David Thoreau en a dit dans Un Yankee au Canada, la révolte de Louis Riel et les thèses du Voir page D-2 : Oka Plorre Gr»v«l piBrr^.Gruvol Politique-,, fe«w, pouvoir feBBes, pouvoir • ai i.ur 1* , ,J„An rtnctne Sri «ur da Jeun rtacin» 3§l LA COLLECTION «ENJEUX PHILOSOPHIQUES» PIERRE GRAVEL POLITIQUES, FEMMES, POUVOIR Éléments pour une théorie de l’otage Pierre Gravel, philosophe de formation, nous convie dans ce nouvel ouvrage à une relecture des oeuvres dramatiques de Jean Racine, à partir du jeu des rôles féminins confrontés au pouvoir.192 pages -18,95$ vlb éditeur DE la grande littérature r D-2 ¦ Le Devoir, samedi 2 mars 1991 • le plaisir des ivres Jean Royer Salons du livre LE SALON du livre de Québec reprendra vie du 23 au 28 avril 1991.Son nouveau conseil d’administration est présidé par Mme Claire Bonenfant et réunit des membres qui se sont impliqués depuis quelques années dans la vie culturelle et littéraire de Ja Vieille Capitale, dont Guy Champagne et Paul-André Bourque de l'Université Laval, Jean Bélanger et Jean-Marc Gagnon, éditeurs, Jacques Garneau et Guy Cloutier, écrivains.Il faut noter que la ville de Québec est en train de reprendre sa place dans le monde de la littérature.Après la vente du réseau des librairies Garneau au groupe Hachette (qui s’en est départi par la suite), les éditeurs et les écrivains semblaient se faire rares dans la ville de Cré-mazie et de Roger Lemelin.Mais voici qu’aujourd'hui Québec se met à réaffirmer sa présence littéraire, tel que nous le montre le bulletin du Sa- lon du livre.En effet, on compte à Québec désormais une douzaine d'éditeurs, dont Le Beffroi, Griffon d’Argile, L’Instant Même et l’Institut québécois de recherche sur la culture.Quant aux écrivains qui vivent à Québec, ils sont de plus en plus nombreux.Rappelons les noms de Madeleine Perron, France Ducasse, Gilles Pellerin, André Ricard, Guy Cloutier, Pierre Morency, Marie Cho-lette, Jacques Garneau et François Dumont, entre autres.On les rencontrera au Salon de Québec.Notons enfin que l'Association québécoise des Salons du livre a élu récemment ses administrateurs : Gérard Pourcel (Saguenay-Lac Saint-Jean) en est le president.Mme Francine Bois, du Salon de Montréal, a été nommée secrétaire de la corporation.La revue STOP Le numéro 119 de la revue STOP vient de paraître.Il réunit une dizaine de signatures.Le troisième concours Belle Gueule de nouvelles, organisé par cette revue, se termine le 11 mars prochain.Les prix seront remis le 23 avril dans le cadre du Festival national du livre.L’adresse : C.P.983, Suce.C, Montréal, H2L4V2.Rencontres Aujourd’hui, de 13 h à 16 h, à la Librairie d'Outremont (1284, Bernard ouest), Louis Hamelin rencontre le public lecteur et signe son nouveau roman, Ces spectres agités (XYZ Éditeur).Mardi le 5 mars à 20 h, au bar Le Blues Clair (angle de Maisonneuve et Saint-André), soirée de lecture publique des écrivains Geneviève Le-tarte, Danielle Roger, Hélène Mo-nette et Carole David.Mardi le 5 mars à la librairie Olivieri (5200 Gatineau), de 18 h à 20 h, lancement d’une dizaine de titres de la collection « L’Univers des discours », dont des essais de Javier Garcia Mendez, Annie Brisset, Simon Hare), Paul Zumthor et Madeleine Gagnon.Mercredi le 6 mars, Place aux poètes présente au bar Au Plaisir (4467 A Saint-Denis), la Fête de la parole des femmes.Les ondes littéraires Au sommaire de Littératures ac- tuelles, dimanche le 3 mars à 14 h 30, au réseau MF de Radio-Canada, Jean Marcel et l'animatrice Réjane Bougé commentent des parutions récentes sur la langue.Claude Lévesque parle de l’essai de Jean Renaud intitulé En attendant le désastre (sur la pensée réactionnaire! au Beffroi, tandis que Stéphane Lepine s’intéresse à quelques périodiques de droite.À 13 h 30, Suzanne Giguère, pour son grand entretien de la semaine, accueille Madeleine Gagnon, qui vient de publier chez VLB Éditeur son recueil Chant pour un Québec lointain.Mardi soir, au même réseau MF de Radio-Canada, Marie-Claire Girard anime le magazine En toutes lettres, avec les commentateurs Jérôme Daviault, Roch Poisson et Marie-Claude Fortin.Caractères Dimanche à 20 h 33 >.l’Eurotélé, Bernard Rapp accueii.e à son émission Caractères, intitulée « Le monde mode d’emploi », Dominique Nora (qui avait ménagé une belle sortie à Bernard Pivot dans Débats, Alain Cotta, Alain Mine et André Wil-mots.4 Simenon Dans le travail accompli par cet auteur, il y a beaucoup trop de ces liens dits de cause à effet.C’est trop manichéen, pour être juste.Ou, pour être encore plus précis, pour être honnête.Un lecteur ayant fréquenté autant les Maigret que les romans durs ou romans-romans, sera probablement étonné par l’expose de Eskin.En fait, celui qui de Simenon aura goûté les qualités, et qui chez Eskin essayera d’en retrouver les explications, celui-là sera mal à l’aise.Il ne comprendra pas.Entre le propos de Esxin et les personnages féminins de Simenon, il découvrira un gouffre.Jusqu’à présent, plus d’une trentaine d'ouvrages ont été consacrés au « Cas Simenon ».Jusqu’à présent, il y a eu les ouvrages où la description de ce que fut la vie de Simenon avait la prédominance sur l’analyse littéraire, c’est le cas, par exemple, de L'énigme Simenon de Fenton Bresler aux Éditions Balland.Puis, il y a les ouvrages où l’analyse a pratiquement toutes les faveurs.C’est la voie choisie par Eskin.À ce dernier, on préférera, est de loin, le bouquin écrit par Marie-Paule Boutry.Les 300 vies de Simenon qu’elle a composé pour les éditions Claire Martin du Gard est nettement plus pertinent et fidèle.Contrairement à Eskin, Marie-Paule Boutry maintient l’équibbre.Elle est plus nuancée.Elle est plus lucide que Eskin.S’il est vrai que bien des person- estuaire nages féminins, comme d’ailleurs bien des personnages masculins, sont méprisables, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’entre elles sont attirantes, voire même admirables.En ce sens, on aurait aimé que Eskin écrive l’équivalent de ce qui suit : « Aux femmes souffreteuses, gênantes — Lecoin (un personnage de Simenon) ressent à la mort de sa femme un extraordinaire sentiment de libération —, mesquines, s’opposent celles qui assument une FÉMINITÉ épanouie et épanouissante, avec une aisance animale, aux anti- Eodes du souci de respectabilité, de onne moralité sociale et religieuse.» Cette simple et juste observation est signée Boutry.Si dans la littérature Simenon fut un « cas », pour employer un terme maintes fois utilise, ce n'est pas à cause de la seule création du commissaire Maigret et de cette transcription du ressentiment qu’il avait à l’égard de sa « maman ».Si dans la littérature Simenon est un cas, c’est bien parce qu’il fut en mesure de faire de la littérature avec de la pluie, du café refroidi, un poêle en fonte, des tabliers sales, du boeuf Bourguignon, du Beaujolais, mais également, voire surtout, parce qu’il a mis en scène avec une incroyable acuité les sentiments qui distinguent nos « voisins de palier ».Si dans la littérature Simenon est un « cas », c’est qu’il a permis à ses personnages féminins d’échapper à l’emprise d'une certaine Emma Bovary.« Nom dé Diou ! ».PHOTO FONDS SIMENON DE L'UNIVERSITÉ DE LIÈGE Tigy, Simenon et.Joséphine.Jusqu'à aujourd’hui, cette photo a toujours été présentée sans Tigy, à la droite de son mari.Denyse, la seconde épouse de Simenon, avait soigneusement amputé toutes les photographies où figurait sa rivale.estuaire la rumeur des lieux Des poèmes de: CLAUDE BEAUSOLEIL NICOLE BROSSARD.PAUL CHAMBERLAND.JEAN-PAUL DAOUST, CAROLE DAVID.DENISE DESAUTELS, LOUISE DUPRÉ, BERNARD POZIER.JEAN ROYER.ÉXISETURCOTTE.ANDRÉ ROY Abonnement pour quatre (4) numéros Abonnement etudiant/écrivain 18 S ?Abonnement régulier 20 S ?Abonnement pour institutions 30 S ?Abonnement a l'étranger 35 S ?Abonnement régulier pour 2 ans ( prix spécial pour huit (8) numéros, au Canada seulement) 35 S ?Abonnemenl régulier pour trois ans ( prix spécial pour douze ( 12) numéros, au Canada seulement) 50 S ?On peut aussi se procurer la plupart des cinquante (50) premiers numéros d'estuaire 5 S ?Nom.Adresse.Code.Veuillez m'abonner a partir du numéro.estuaire: c.p.337, suce.Outremont, Montréal H2V 4N1 4 Dumas titré, s'est arraché de lui-même à la misère et l’ignorance.La célébrité mondiale, les grappes de femmes, les fortunes englouties en de somptuaires dépenses, rien ne guérira jamais l’humiliation des débuts.Parvenu à force d’ambition carnassière et de calculs avisés, Dumas fait une première glorieuse carrière au théâtre, où on le célèbre à l'égal de Victor Hugo.Sa maîtrise des procédés du drame scénique va se verser tout entière dans la vision qu'il caresse : rien de moins que romancer l’Histoire de France.Son avenir littéraire se dessine, se précise et se décide lorsqu’à toutes fins pratiques, il invente le roman-feuilleton, s’engageant auprès d’un premier journal (bien d’autres suivront) à ne jamais laisser vacant l’espace qu’on lui réserve.Le genre va connaître un tel engouement (la suite à demain.) qu’on le logera bientôt au rez-de-chaussée de la page frontispice.L'argent commence à rentrer, et Dumas à perdre la tête.C’est peu dire : en trois ans, il gagne un million de francs, l'équivalent de quelques millions de dollars actuels, une somme fabuleuse qu’il jette jovueu-sement par les fenêtres du château néogothique qu’il s’est fait construire pour y abriter serviteurs et maîtresses.Les créanciers bougonnent, les patrons de presse s'impatientent et réclament de la copie.Alors, Dumas s’adjoint Auguste Maquet, le plus constant et prolifique des nombreux collaborateurs auxquels il aura recours pour maintenir constant, voire croissant le flot de production.Maquet, c’est l’ombre fidèle qui pense l’intrigue, dresse le plan et permet de garder les robinets grand ouverts.Du seul mariage Ma-quet-Dumas, plus de 14 000 feuilles vont sortir, un déluge propre à défier l’imagination.Ce n'est pas tout car, GENEVIEVE ANIY0T Prix de poésie DES TERRASSES S T•S U L P IC E DE IA REVUE ESTUAIRE CORPS D'ATELIER ovec neuf tableoux de Michel Pelchat 104 pages-15$ NOUOIT H CAS! POSTALE W.SAINI IAMBI RI.OC HP 3N8 ?DEC inc.4350, avenue de l'Hôtel-de-Ville Montréal (Québec) H2W 2H5 — tél.: (514) 843-5991 Télécopieur: (514) 843-5252 précurseur de Michener, Dumas en viendra à régner sur un bataillon de nègres plus ou moins talentueux, qui piochent dans son usine à littérature des chapitres auxquels il insuffle ensuite sa grâce particulière.Il admettait avoir signé ainsi des romans qu’il n’avait ni écrits, ni même lus.Alexandre Dumas était devenu une marque de commerce.?Les Mémoires d’un médecin, c’est la tétralogie de la mort de l’aristocratie.C’est Joseph Balsamo en un tome-fleuve, c’est aussi Le Collier de la Heine et Ange Pitou, c’est enfin La comtesse de Charny et Le chevalier de Maison-Rouge.Ah, Balsamo ! Balsamo, dit Ca-gliostro, dit le Grand Cophte, occulte comploteur et ouvrier magicien de la révolution.C’est un prophète noir, les grands de la cour ne sont que marionnettes entre ses mains maléfiques.Il ne connaîtra de repos qu’il n’ait détruit la monarchie, « foulé au pied les lys», conformément à la mission de sa société secrète.Les menées surhumaines de ce ro-sicrucien doublé d’un franc-maçon servent de « fil rouge » à travers les fastes et les ténèbres de cette tranche d’Histoire.Oeuvre protéenne, ces Mémoires ont un mouvement oscillatoire qui va d’un genre à l’autre, les mêlant, comme obligés de se heurter puis de se contagionner.Ainsi, le fantastique et le politique rejoignent la comédie d’intrigues et le roman d’éducation en une haletante course en carrosse vers l'inéluctable guillotine.Il faut se plonger dans cet univers en acceptant d’avance qu’on n’en sortira pas de sitôt.Outre Balsamo, dont l’évocation reste plus puissante encore que celle de Monte-Cristo, il y a l’inoubliable figure de la Reine, cette Marie-Antoinette plus vraie que nature dont le destin est scellé d’entrée de jeu, comme celui du trône puisque les deux se confondent.Il y a le peuple, car la révolution est au village comme à Paris.Il y a un monde.Le monde d’Alexandre Dumas inc.I i I/!TDÏ\II?I ü V = | |s ! ; si |4 CHRYSTINE BROUILLET MARIE LAFLAMME LACOMBE/DENOEL Marie Laflamme roman de Chrystine Brouillet Lacombe/Denoël CHRYSTINE BROUILLET a délaissé pour un temps le roman policier et le livre pour enfants, afin d’entreprendre une trilogie romanes-que franco-québécise qui met en scène Marie Laflamme, fille de Anne, herboriste et sage-femme, condamnée au bûcher pour avoir pratiqué la médecine, à Nantes en 1662.La romancière a créé une nouvelle héroïne de l’Histoire des fem- La Vie en fuite Nouvelles de Denis Bélanger Québec/Amérique SON PREMIER livre, un roman, Rue des Petits-Dortoirs, paru en 1988, avait reçu un bon accueil.Voici un recueil de nouvelles qui veut présenter des visions étonnantes de la mort qui la rendent presque douce, dit le prière d’insérer.En somme, nous suggère l’auteur, la vie est plus dangereuse que la mort ! Michel Garneau De la poussière d’étoiles dans les os Théâtre de Michel Garneau VLB Éditeur S’IL EST un écrivain de théâtre «universel» de langue française, c’est bien Michel Garneau.Son récent recueil réunit quatre pièces dont certaines issues d’ateliers d’écriture : De la poussière d’étoiles dans les os, Libre entre les morts, Jeux de forces, Le travail de la mémoire et du désir abordent les thèmes de la civilisation moderne, de l’enfance, de l’internationalisme et du «néo-divêr-tissement», puis de l’expérience du théâtre et de la parole.Voilà certes du grand crû Garneau.Louis-Dominique Lavigne Le sous-sol des anges jeune théâtre ii T 4 Oka géographe Jean Morrisset).Traditionnellement, les Indiens se sont toujours sentis plus proches d’un peuple lui-même menacé par le pouvoir anglais.Finalement, un troisième argument est celui des statistiques qui montrent hors de tout doute que le Québec se distingue favorablement des autres provinces dans son traitement des autochtones, tant des points de vue du revenu moyen et du seuil de pauvreté que de ceux de la criminalité, de la scolarisation et de la conservation de la langue maternelle.Après avoir établi les paramètres historiques du problème, Philpot s’attarde ensuite à identifier les acteurs et désigner les coupables.L’essentiel de son propos vise ici les Warriors et les Mohawks d’une part et les médias et les élites du Canada anglais d’autre part.Essentiellement, les Warriors sont plus proches d’une certaine culture réactionnaire américaine (telle qu'elle se définit dans une revue de mercenaires américaine comme Soldier of Fortune) que d’une culture amérindienne renaissante.Rappelons qu’à Oka, flottaient deux drapeaux, celui des Warriors et celui des vétérans du Vietnam.De Sitting Bull à Lasagna et de Crazy Horse a Mad Jap, il y a une marge, dirons-nous.Par ailleurs, Philpot montre que les Mohawks (contrairement aux Algonguins, aux Montagnaisou aux Murons, par ex- MÉTIERS DU SEPTIEME ART LE MÉTIER D'ASSISTANT-RÉALISATEUR AU CINÉMA Alain Chartrand avec la collaboration de Diane Callhier ALAIN CHARTRAND, réalisateur des films DES AMIS POUR LA VIE et DING ET DONG, LE FILM vous propose ce livre.ALAIN CHARTRAND a été premier assistant à la réalisation pour 22 films, oe/idant 16 ans, avec 19 réalisateurs dont M.Brault (LES ORDRES), F.Mankiewlcz (LES BONS 3EBARRAS), G.Carle (FANTASTICA), A.Mélançon (LA GUERRE DES TUQUES), Y.Slmoneau (POUVOIR INTIME), et J.-C.I.auzon (UN ZOO LA NUIT) ISBN-2-7608-9503-3 (128 p.) 15,95 $ Le sous-sol des anges Théâtre de Louis-Dominique Lavigne VLB Éditeur CETTE PIÈCE d’un auteur du «jeune théâtre» reprend les principales préoccupations de sa génération.Entre l’école et les arcades, cinq adolescents vont au bout de leurs discours et l’un d’entre eux choisit d’en finir devant les autres, incrédules.L’auteur a étudié à l’Université du Québec et au Conservatoire d’Art dramatique.Sa pièce a été créée par le Théâtre de Carton.La Prison Rose Bonbon Roman de Raymond Quatorze Édition Prise de Parole RAYMOND QUATORZE, nom du personnage-narrateur, devient un pseudonyme d’auteur pour cet ouvrage présenté par l’éditeur comme un «roman choquant où la brutalité se frotte à la tendresse, et la violence frôle l’amour».Aux frottis du livre, on rencontre toutes sortes de provocations stylistiques et autres dfun auteur qui, pour rester anonyme, a choisi de s’identifier à son personnage.Le Temps accompli Journal de Claude Mauriac Grasset CLAUDE MAURIAC est passé du «temps immobile» (dix tomes publiés) au «temps accompli».Le passé enfin s’éloigne et l’écrivain recueille les souvenirs et offre un ultime séjour à ceux qui furent les héros de ses jeunesses et de ses maturités : de Julien Green à Michel Foucault, de Francois Mauriac à de Gaulle ou Mitterand.Aveux ?Confidences ?| Projets ou regrets ?Destins revisités ?La réponse finale revient à la littérature.emple) n’ont pas toujours résisté à l’attrait de la religion protestante et de la tradition orangiste (« One God, One Monarch, One Language »),ce qui explique le sentiment anti-québécois que plusieurs des leaders mohawks ont développé, et leur refus de la langue française.Mais, aux yeux de l’auteur (qui est Ontarien d’origine et historien de formation), les vrais coupables sont bien sûr les gouvernements blancs qui ont laisse pourrir la situation depuis des décennies, sinon des siècles, et les politiciens et médias qui n’ont pas suffisamment distingué les Warriors des Mohawhs.Les Amérindiens ont ainsi été incités, de l'extérieur, à réclamer des privilèges non fondés en droit et selon les statuts en vigueur.Et la première victime e;n aura été le Québec.Un Québec ridiculisé par les Amérindiens eux-mêmes, honni par une communauté internationale en mal de causes justes et accusé de racisme par un Canada anglais soucieux sans doute de l’isoler encore davantage et n’hésitant pas à le comparer au Mississipi esclavagiste ! Plusieurs ne voudront pas suivre l’auteur de Oka : dernier alibi du Canada anglais jusqu’à soulever la possibilité de voir derrière la crise autochtone un complot politique.La question est toutefois posée : À qui la crise d’Oka profitera-t-elle ?Le Québec brûle-t-il et, si oui, qui entretient le feu ?I 43 Le Devoir, samedi 2 mars 1991 ¦ D-3 Andrée Maillet Le plus grand roman familial canadien français y ^ PHOTO JACQUES GRENIER Jean Épi* BASILE Kl Lettres mbl A québécoises ANDRÉE MAILLET a recueilli, cette année, les fruits de sa longue carrière.On lui a décerné récemment le prix David, la plus grande récompense québécoise en littérature.C’est également pour sa carrière littéraire qu’elle vient d’être nommée grand officier de l’Ordre du Québec, outre qu’elle a reçu une bourse « A » du Conseil des arts du Canada.Toutefois, son oeuvre n’est pas aussi connue qu’elle devrait l’etre, compte tenu de ses qualités exceptionnelles.C’est que l’actualité pousse tout et qu’Andrée Maillet a été classée très vite parmi les écrivains classiques qu’on cite toujours mais qu’on ne lit pas assez.C’est aussi que l’univers romanesque d’Andrée Maillet est ambigu.On ne sait pas trop s’il faut le situer dans la littérature d’avant-garde, à cause de son style élaboré et de l’audace de ses constructions, ou dans la littérature bourgeoise parce que la plupart de ses romans se passent, justement, dans la grande bourgeoisie montréalaise.Pin fait, l’oeuvre d’Andrée Maillet est extrêmement personnelle, c’est-à-dire qu’elle est inclassable.Comme beaucoup d’oeuvres contemporaines, elle est fragmentaire et se présente par grands plans avec des vides autour, comme une architecture.Si on excepte Le Profil de l’orignal ( 1953, repris par les éditions de l’Hexagone en 1974) et ses nouvelles dites « montréalaises» (1963et 1966, repris aux éditions de l’Hexagone en 1987 sous le titre de Les Montréalais), tous les romans d’Andrée Maillet sont une coupe en biais de la société montréalaise des années quarante HISTOIRE DE LA FOLIE AU QUÉBEC Pissai d’André Cellard Boréal Clément Trudel QUEL SORT a-t-on fait aux fous avant 1850 ?Comment les gens d’alors percevaient-ils cette forme de marginalité qui pouvait leur inspirer crainte, pitié ou horreur ?Comment en est-on venu à lancer les premiers appels d’offres pour un asile d’aliénés à Beauport, peu après 1840 ?, André Cellard semble avoir tout lu des archives pertinentes à ce sujet.Il note la fréquence des motifs d’interdiction pour démence et compulse tout ce qui est relié à la Curatelle publique.Dans son Histoire de la folie au Québec (Boréal), il nous fait comprendre, après nous avoir prévenus du fait que les « fous dociles » ont laissé peu de traces, l’attitude adoptée par la société d’alors face aux fous violents ou « furieux ».Le mot-clé, pour la dernière étape retenue du moins (après 1801), semble être le « contrôle social » que tout État accédant à l’ère industrielle et à l’urbanisation (P'rance, Angleterre, États-Unis) fut tenté d’exercer envers les « vagabonds, séditieux, criminels, délinquants et marginaux de toutes sortes ».Mais cela n’alla pas sans lutte au Bas-Canada, où les cris d’alarme du Dr .lames Hackett, par exemple en 1816 et en 1824, se heurtèrent à la réticence des notables francophones, pourtant influencés par les écrits de Pinel sur le « traitement moral » applicable aux aliénés.Il fallut à toutes fins utiles attendre le rapport Durham qui portait en annexe un rapport de l'inspecteur des hôpitaux.Sir Dorait, pour que bougent Colbome et Meltcafe ! Avant l’asile donc, il y eut l'onon-hairoia des Amérindiens qui traitaient souvent par la sudation les perturbations mentales et qui ont peut-être exagéré intentionnellement certaines scènes que nous décrivent les Relations des jésuites, si peu tolérantes envers les chamans.Vint l’intermède des exorcismes, au moment où, souvent, l’on confondait « possédé » et « fol ».Dieu, Satan, la nature pouvaient être jugés tour à tour responsables de la folie mais l’évolution des mentalités fit attribuer vue à travers une famille, les Cama-raire.On peut même dire que les grands romans d’Andrée Maillet constituent le roman familial le plus ambitieux de la littérature cana-dienne-française.C’est avec Les Remparts de Québec (1965, repris par les éditions de l’Hexagone en 1977) qu’Andrée Maillet a inauguré sa série de romans à la première personne.Tous les personnages sont donc reliés entre eux par des liens de parenté.Une mère traîtresse mais terriblement attirante, un père magnifique avec d’étrange^ faiblesses, des oncles qui habitent des îles, une grand-mère adorée, des cousines chanteuses, des frères aviateurs et des jeunes fusiliers anglophones.telles sont les images-icônes qui ponctuent les oeuvre d’Andréee Maillet.Le personnage central, sous différents avatars, est inévitablement une jeune Canadienne française à la recherche de son identité Les Remparts de Québec est un des livres les plus charmants d’Andrée Maillet par la vivacité de son style et l’aspect appétissant du personnage principal.C’est un roman réaliste car la Révolution tranquille est venue et on peut tout dire sans passer par le conte ou l’allégorie.Le personnage principal est une très jeune fille, Arabelle, qui se promène toute nue sur les plaines d’Abraham.Pour Andrée Maillet se mettre nue, c’est se débarrasser des idées toutes faites pour redevenir naturelle, comme une fille d’Eve.Arabelle se pose toutes sortes de questions, sur l’avenir du Canada français, sur la liberté des femmes, sur les rapports complexes qui existent entre la vieille et la nouvelle France ou ceux, tout aussi confus, qui relient le Canada français et les États-Unis.Elle s’interroge sur l’amour.Avec son approche impulsive et directe, Andree Maillet est dans le droit fil des HISTOIRE DE LA FOLIE AU QUÉBEC de l6«X>à 18*50 Boréal â des causes psychologiques ou physiques l’aliénation menant à l’irresponsabilité et à l’indigence quiconque se singularisait par la bizarrerie, la confusion ou le comportement « scandaleux ».Vinrent aussi les « loges » dans les hôpitaux généraux - 24 a Québec ; 14 à Montréal et à Trois-Rivières.On tentera bien de rendre moins insalubres ces cachots, de créer de nou velles loges « morales », mais l’institution fut fort décriée par les médecins de la première moitié du 19e siècle.Ces médecins, anglophones pour la plupart, en profitèrent pour faire mousser un autre type d’enfermement, ils firent état d’un « incroyable taux de réussite » des asiles de Glasgow ou d’ailleurs, cherchant par là, selon Cellard, à accaparer un « marché lucratif ».L’ironie voulut que le premier asile fût érigé là où s’élevait le manoir de Robert Girard; là même où, deux siècles plus tôt, on avait envoyé au repos une religieuse atteinte de folie! Ce livre d’André Cellard, adapté d'une thèse qu’il défendit à l’Université d’Ottawa en 1988, fournit d’éton-nantes statistiques sur la surreprésentation des anglophones (pp.114 et 193) - « en raison de leur arrivée récente, les anglophones ne pouvaient bénéficier, pour la garde de leurs indigents (et fous) des réseaux de solidarité familiale et communautaire Andrée Maillet grandes thématiques qui vont transpercer de part en part le roman ca-nadien-français contemporain.Bien entendu, Andrée Maillet (née en 1921) n’avait plus dix-sept ans quand elle a inventé Arabelle qui est, somme toute, un personnage de composition.Il faut attendre À la Mémoire d'un héros (1976, éditions la Presse) pour que la romancière vise au centre de son sujet.Elle chantera les années quarante, les années de la guerre qui ont coincidé avec sa jeunesse.À la Mémoire d'un hérosest un livre brillant techniquement et un peu austère à cause de l’extrême retenue du style.L’action se passe durant la guerre à New York, alors que les Américains se sont engagés dans le Pacifique.L’héroïne est également une jeune fille, et cousine d’Arabelle, qui s’appelle Ursule.Ursule prend des leçons de chant tout en tombant amoureuse d’un militaire américain, le lieutenant Banier.Ursule, surtout, apprend à vivre.Le thème du miroir qu’avaient tissés les Canadiens français au cours des ans ».La thèse de Michel Foucault sur le « grand renfermement» voulu par des bourgeois intolérants est retenue, mais tempérée quelque peu, du moins pour notre coin de mappemonde.Cellard nous parle aussi en filigrane du phénomène des « itinérants », nos contemporains qui ont eu des prédécesseurs, on s’en doutait bien.Il fait également remarquer que lois ou règlements visant à contrôler de plus près les « déviants » ont presque toujours suivi, au Québec, des décennies de grandes difficultés économiques.a toujours été important chez Andrée Maillet.Aussi ne faut-il pas s’étonner que la jeune Ursule rencontre son reflet, mais vieilli, sous les traits d’une femme mûre, madame U., une richissime new yorkaise elle-même amoureuse d’un autre jeune officier.Ce livre, en demi silences, est une sorte de ballet tragique, soigneusement décoré et chorégraphié, dans la lignée des Colette et des Jean Cocteau.Le personnage principal des oeuvres d’Andrée Maillet est Salomé Ca-maraire qui apparaît dans son grand roman, encore inachevé mais dont on connaît les deux premiers tomes : Lettres au Surhomme et Le Miroir de Salomé ( 1976, repris aux éditions de l’Hexagone en 1990).Les derniers tomes sont à paraître, sans doute sous le titre de Les Princes de sang.La petite histoire de ce livre est intéressante.Comme beaucoup de jeunes filles de cette époque, Andrée Maillet avait une correspondance avec un militaire.Elle s’en est ins piré pour écrire son livre.Bien entendu, le héros romanesque, Love, outrepasse la personnalité du modèle mais qu’il ait existé donne beaucoup de vérité à la prose d’Andrée Maillet.Salomé écrit donc à Love.Love est dominateur.Il croit à la supériorité de l’homme et même de certains hommes car il est «euge-niste» comme on disait.On se doute que Salomé ne s’en laisse pas conter.Elle est aussi forte que lui mais ses techniques de séduction sont différentes.Il ne s’agit pas d’une niaiserie sentimentale mais d’une lutte, parce que Salomé et Love sont deux tempéraments fougueux et exceptionnels.Un des charmes de ces deux livres touffus, écrits souvent du bout de la plume, est qu’on y côtoie non seulement une famille mais tout un milieu, le Québec des années quarante.On y trouve, par exemple, le portrait de François Hertel qui apparaît sous le nom de Scapin.En effet, Andrée Maillet a fréquenté toute la nomenklatura littéraire et artistique d’une époque, notamment de celle mar- quée par la revue Amérique française, fondée par Hertel justement, rachetée par la mère d'Andrée Maillet puis dirigée par Andrée Maillet elle-même jusqu’en 1954.L’aspect décoratif de l’oeuvre romanesque d’Andrée Maillet est remarquable, comme la justesse de son point de vue sur l’art et sur la vie.Elle est, de tous les écrivains québécois, celle qui connaît le mieux la valeur du détail dans la grande tradition française.Elle est aussi, parmi ses confrères, une des rares à avoir choisi la beauté comme sujet.C’est également une portraitiste remarquable.Ses jeunes femmes, avec leur robe plissée et leur béret, sont uniques mais ses jeunes hommes, en imperméable de gabardine ou en duffle coat, ne le sont pas moins.Pourtant, le grand intérêt moral de l’oeuvre d’Andrée Maillet tient moins à la beauté plastique de ses personnages qu’aux rapports qui les unissent et les séparent selon les aléas des caractères individuels et de la vie.Ses héroïnes qui, toutes veulent se réaliser pleinement comme femmes, ne cessent de s’interroger sur les hommes qu’elles ne peuvent s’empêcher d’aimer.Si pour Andrée Maillet toutes les femmes doivent se mettre nues,, comme Eve, c’est par une métaphore assez curieuse qu’elle décrit l’homme selon son coeur.Il s’agit de l’orignal, un animal presque archaïque, majestueux, imprédictible et sauvage qui, durant la saison du rut, combat avec ses rivaux mâles et fait à la femelle une cour compliquée et inévitable.L’oeuvre d’Andrée Maillet, moins bourgeoise qu’il n’y parait, est une infinie médiation entre les âmes et les sexes.Son but est d’exprimer le duel archaïque et la complémentarité finale des êtres amoureux.On devine que les romans d’Andrée Maillet ont leurs difficultés, bien que le style en soit toujours aisé.Pour les comprendre, on doit admettre que l’être humain est paradoxal et que la vie est terrible parce qu’elle gagne toujours.Il faut aimer les femmes et les hommes, l’histoire du Québec et l’histoire de France, sans oublier la culture car Andrée Maillet croit que la culture est la marque des nations civilisées.Il ne faut pas être trop pressé.Faire connaissance avec ses personnages, devenir familier des objets et des décors qui les entourent, se remémorer le temps passé, tout cela demande de la patience et du temps.C'est pourquoi Andrée Maillet a dû attendre longtemps avant de recevoir la bénédiction officielle du prix David.C’est aussi pourquoi ses romans grandiront lentement mais inexorablement, au fur et à mesure qu’on en découvrira les secrets, et qu’on pourra les dire.En ce qui concerne le roman — car Andrée Maillet a aussi écrit de la poésie et du théâtre — je recommanderai pour commencer À la Mémoire d'un héros qui, à mon sens, contient en raccourci l’essentiel du monde d’Andrée Maillet.PILEPSIE EPILEPSY CANADA :pilepsie canada Chômage et épilepsie vont encore trop souvent de pair Saviez-vous que le taux de chômage chez les personnes atteintes d epilepsie est le double de la moyenne nationale.Pour tous les Canadiens, il s'agit là d'une perte de ressources humaines, aussi tragique qu'absurde.Surtout quand on sait que les chiffres de la sécurité au travail pour la moyenne des personnes avec l’épilepsie sont meilleurs que pour les autres travailleurs.Agissez dès aujourd'hui, avec nous.Communiquez avec votre association locale ou Épilepsie Canada, 2099 Alexandre de Sève, Suite 27, Mtl., QC, H2L 4K8 (514) 876-7455 Participez avec nous dès maintenant Le sort peu enviable que le Québec réservait à ses «fous» André Cellard LOGIQUES LA VIE MODERNE L’ABUS SEXUEL 132 p.14,95$ là LA RELATION D’AIDE 170 p.18,95$ SUIC IDE 128 p.16,95$ L’ECRIVAIN PUBLIC SIMPLIFIE I N U KIVAIN K VtrtW N»M\M • d 164 p.18,95$ (IBM) Wordlrérfect MMI’I I il KAI’II» £ LOGIQUES PageMaker.SIMPLIFIÉ UIIUMIAIII f.niMII»'.153 p.18,95$ (IBM) 176 p.19,95$ (Mac) 288 p.24,95$ I I S M AISONS |)| CRISTAL 189 p.19,95$ - vï 160 p.24,95$ 1225, de (tonde, Montreal QC II3K 2F4 (514) 933 -2225 FAX : (514) 933-21K2 Les Éditions LOCdQUHS sont agréées et subventionnées par le ministère des Affaires culturelles du Québec.f - -1 ADRIENNE CHOQUETTE GERBES LIÉES »T ’Atn 'Î3T' .***.Une des glandes voix féminines de notre littérature enfin disponible pour le grand public.Distributeur exclusif: ADI’ V 523-1182 1 1 ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montreal (Quebec) U2T2G2, TT (514) 842-3481 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 2 mars 1991 • leplaisirdes ivres Victor-Lévy Beaulieu Pèlerinage en territoire ferronnien Jean Royer « J’AI VOULU saluer à ma manière le seul écrivain véritablement national que le Québec contemporain ait produit», me répète Victor-Lévy Beaulieu, pour me présenter son nouveau livre, Docteur Ferron (Stanké), auquel il a donné le sous-titre de « pèlerinage ».Qu’est-ce qu’un pèlerinage ?C’est un voyage individuel ou collectif qu’on fait à un lieu saint par dévotion.C’est aussi une visite qu’on fait à un grand homme qu’on vénère.Ici, l'homme et l’oeuvre sont indissociables : c’est-à-dire que le livre de Beaulieu veut nous donner accès à l’oeuvre en suivant les cheminements de l’homme.Ce livre, l’auteur l’a écrit aussi pour une série d’émissions de radio qu’on peut entendre le lundi soir à 19 h 30 au réseau MF de Radio-Canada.L’ouvrage compose une fiction documentaire sur le modèle des précédents « pèlerinages » de Beaulieu chez Victor Hugo, Kerouac et Melville.Après Ferron, notre romancier visitera Joyce.« Ma passion pour Jacques Ferron est bien connue, dit Victor-Lévy Beaulieu.J'ai toujours mis cet écrivain québécois au-dessus de tout et j’ai voulu en donner, non seulement les raisons, mais aussi l’habitation.J’ai connu Ferron en 1964, tout à fait Sar hasard, au Carré Saint-Louis à lontréal, puis, devenu éditeur, j’ai eu le privilège de publier ses livres jusqu’à sa mort (au Jour et chez VLB).J’ai voulu rendre compte de ce compagnonnage précieux, en même temps cheminement de le-cure et d’écriture, en même temps repères biographiques, historiques et littéraires.« Je veux couvrir tout cet espace que Jacques Ferron a occupé, de sa naissance à sa mort, dans cette grande voyagerie qui fut la sienne, au travers de ses contes, de son théâ- tre, de ses historiettes, de ses polémiques et de ses romans.» On sait que Ferron s’est lui-même présenté comme le dernier conteur voyageant de la tradition orale à la tradition écrite.L’ouvrage de Beau-lieu lui reste fidèle dans une « biographie à voix dialoguées : Samm représente la conscience amérindienne, Abel parle pour l’auteur et Bélial devient son démon.Sous ces trois masques, Beaulieu nous fait entrer dans la vie et l’oeuvre de Ferron de façon simple et joyeuse, toujours efficace.« Beaucoup de monde parle de Ferron mais peu l’ont lu, me dit Beaulieu.On a entretenu le préjugé que Ferron était un être farfelu et compliqué.C’est pourquoi j’ai voulu faire un livre qui ne soit pas universitaire, qui soit simple, tout en donnant accès à l’oeuvre.« Pour moi, la biographie est une fiction qui dépend du point de vue de son auteur.Sans accumuler les anecdotes à la façon des Américains, je me suis tenu assez près des étapes de la vie de Ferron qui nous font comprendre l’oeuvre.Sa pratique de la médecine en Gaspésie nous permet de comprendre les contes.Sa pratique à Saint-Jean-de-Dieu nous relie a ses derniers textes concernant la folie.« Une biographie doit donner le goût de lire une oeuvre.J’ai été déçu, par exemple, de la récente biographie de Savigneau sur Yourcenar, où l’oeuvre de Fauteur ne compte pour rien.Même si tu sens que la biographe est une maniaque de Yourcenar, on n’y retrouve pas l’esprit de l’oeuvre ni le goût d’aller la lire.» Pourquoi Victor-Lévy Beaulieu a-t-il choisi d’écrire sur Ferron à ce moment-ci de l’histoire du Québec?« On ne parle plus de Ferron depuis sa mort, il y a six ans.Il faut le sortir des limbes.Et revenir à Fer-ron aujourd’hui, c’est important pour nous, Québécois.\ h mi; I m 111 hum DOCTEUR Stanké ffBRON « Le docteur Ferron ne verrait pas le Québec différemment, s’il vivait en 1991.Il le verrait comme un patient impossible à guérir parce que sa maladie n’est pas individuelle mais sociale.C’est ce qu’il a toujours prétendu et il aurait encore raison.Je ne pense pas que le Québec ait tellement changé, ces dernières années.Ce ne sera pas le rapport Allaire qui va changer le Québec ! « Ce qui s’est passé surtout depuis cinq ans, c’est la découverte d’une jeunesse qu’on croyait endormie et qui s’est montrée alerte, attentive à son avenir québécois.Seule cette jeunesse aurait donné à Ferron matière à espérer un peu plus.» Mais qu’a donc apporté Ferron à notre littérature pour en faire « le seul écrivain véritablement national» du Québec contemporain?« Ferron n’a jamais pensé à une carrière internationale, répond Beaulieu.Il savait qu’il fallait d’abord faire les choses ici avant que les étrangers s’occupent de nous.Il a écrit son oeuvre selon cette logique et de façon très conséquente : il a écrit de toutes les provinces du Québec.Il a été le premier de nos écrivains à parler de tous les pays québécois.Aussi bien de la Gaspesie que de la Beauce, que du comte de Mas-kinongé.Ferron est notre premier écrivain à la fois provincial, rural et urbain.« C’est ce qui explique que les Français n’ont pas voulu le lire.Quand il avait publié L'Amélanchier chez Robert Laffont en 1973, il n’avait eu qu’une seule recension, dans le journal La Croix, ce qui était tout dire ! Voilà, pensait Ferron, toute l’importance que les Français nous accorderont jamais ! Il croyait qu’il fallait d’abord s’assurer de faire ici notre littérature.Parler pour ici d’abord.C’est pourquoi il n’a jamais beaucoup insisté auprès des Français.« Par ailleurs, Ferron est lu en dehors du Québec.Il est traduit au Canada anglais où ses livres vont bien.On le lit en Pologne, en Irlande.Son oeuvre est même étudiée dans certains lycées français.» Dans Docteur Ferron, Victor-Lévy Beaulieu fait le tour de l’oeuvre du romancier, du polémiste, du politique, mais d’abord du conteur.« Ferron est un conteur fabuleux ! Ses textes sont écrits avec une imagerie qui est toujours actuelle.Les contes de Ferron restent une des plus belles oeuvres de la littérature de langue française de ce siècle.Cette oeuvre ne sera jamais anachronique, à cause de la qualité de l’écriture.» La littérature a donc encore son mot à dire ?« Si on n’avait pas la littérature maintenant, dit Victor-Lévy Beau-lieu, l’état du monde serait absolument désespéré.» Les oeuvres de nos écrivains en France: Jean Royer LA COÉDITION à Montréal et à Paris du récent roman de Louis Hame-lin, Ces spectres agités, négociée par XYZ avec Flammarion, n’est pas une première, tel que pourrait nous le laisser croire l’écho fait à l’événement dans la presse québécoise.En effet, la coédition avec des maisons françaises est une tradition qui LE COMITÉ DES CONFÉRENCES BEATTY présente \ \ \ \ ChenNingYang SPECIALISTE DE LA PHYSIQUE THÉORIQUE ET PRIX NOBEL AMPHITHÉÂTRE FRANK DAWSON ADAMS 34 50 UNIVERSITY MARDI, S MARS 1991 18 H 00 McGill une longue tradition remonte à la fin des années 1940, avec la parution, chez Flammarion justement, du roman de Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion.Depuis près de 50 ans, plus d’une centaine d’oeuvres québécoises importantes ont été publiées en France.Depuis les années 1970, on peut même compter annuellement en circulation sur le marché français les oeuvres d’au moins une trentaine d’écrivains québécois, tous genres confondus, ce qui représenterait environ 10 pour cent de nos écrivains actifs.Publier à Paris a toujours été le grand fantasme de l’écrivain québécois.De son côté, Paris s’est intéressé à nos écrivains selon la cote d’amour du Québec en France depuis les années 1950 et 1960 et, parfois, selon la qualité et le succès de l’oeuvre publiée d’abord ici.Notons aussi que depuis le référendum de 1980, les éditeurs français ont boudé notre littérature tout en s’attachant à nos nouveaux succès populaires: ceux de Beauchemin et Ducharme, par exemple.Nos poètes, les premiers, ont toujours été attirés par la France, pour l’exil ou pour la gloire !.Louis Fréchette y a publié dès 1881.Puis René Chopin (Le coeur en exil, 1913), Paul Morin (1911) et Simone Routier I '), avant nos écrivains modernes.On peut voir la coédition de deux manières : un seul livre est fabriqué par l'un ou l’autre des éditeurs et se vend sur les deux territoires; ou bien chaque coéditeur fabrique son livre et conserve l'exclusivité de son propre territoire.D’autre part, il faut distinguer entre la coédition et la pu blication en France d'oeuvres québécoises.Des écrivains comme Anne Hébert, .Jacques Godboul, Robert Lalonde, Suzanne Jacob, qui publient leurs romans au Seuil, ou Jacques l Folch-Ribas, qui fait paraître son 1 oeuvre chez Laffont, ne participent d’aucune entente de coédition.Quant à la coédition, elle n'a pas changé l’idée de la plupart des grands éditeurs français, convaincus que la littérature québécoise dans son ensemble est « une province de la littérature française », comme me le disait Yves Berger de Grasset, il y a quelques années.Mais cette idée « nostalgique » n’empêche pas cer tains éditeurs français de s'intéresser aux succès isolés d’écrivains québécois, dans l’espoir de rééditer quel que Maria Chapdelaine.Car on sait que le best-seller de Louis Hémon avait donné son élan aux éditions de Bernard Grasset.Gabrielle Roy, la première, a publié entre 1947 et 1967 cinq titres chez Flammarion, en coédition avec Beauchemin à Montréal, tout en vendant un million d’exemplaires de Bonheur d’occasion aux États-Unis à la même époque.Flammarion a plus ou moins maintenu cette tradition depuis cinq décennies.On y a retrouvé les trois premiers romans de Roger Lemelin entre 1949 et 1953.Après Gilles Marcotte en 1962, Claire France (Claire Morin Doré) y a pu blié avec succès en 1957, Les enfants qui s’aiment, repris en 1969.Victor Réjean Ducharme Lévy Beaulieu a fait paraître, à partir de 1978, dans la collection « Connexion » (romans étrangers) trois titres dont les tomes de Melville (1980).Dans les années 1980, ce fut le tour de Nicole Brossard et Marcel Bélanger, publiés dans la collection «Textes» de Bernard Noël.Dans les années 1950, Grasset a emboité le pas avec deux titres de Yves Thériault (1957-1958), suivis dans les années 1960 des oeuvres de Marie-Claire Blais, Jacques Brault, Jean Ethier-Rlais et Jean Basile.Puis vinrent Antonine Maillet ( Prix Concourt 1978) et Michel Tremblay, qui n’a pas eu le succès espéré avec deux titres de ses « Chroniques du Mont-Royal ».Chez Gallimard, l’intérêt fut plus sporadique mais on s’est peut-être plus intéressé au contenu littéraire des oeuvres qu’à leur pittoresque, choisissant celles de Leo-Paul Desrosiers (L’Ampoule d’or, 1951), Monique Bosco (1961), Nairn Kattan (1979) et Marie-Claire Blais (1980-1982).Mais on sait surtout que Réjean Ducharme y a publié sept romans depuis 1966.Un lien s'est aussi créé avec Gallimard par son représentant à Montréal qui a fonde les Editions Lacombe, coéditant les titres de Ducharme puis, avec Denoël (une succursale parisienne de Gallimard), des romans de Monique La-rue et Chrystine Brouillet, ces deux dernières années.Une dizaine d’écrivains québécois sont aussi passés chez Robert Laffont en coédition : Claire Martin (1959 et 1962), Monique Bosco (70), Félix Leclerc, Louis Caron (78), Victor-Lévy Beaulieu Les Grands-pè res) et Jacques Ferron (L'Amélan chier) en 1973, puis Michèle Lalonde et Michel Tremblay en 1979.Les poètes québécois ont intéressé Seghers dès les années 1950.On y retrouvera un recueil de Jacques God-bout en 1956, deux titres de Jean-Guy Pilon en 1963 et 1969, des essais sur Grandbois, Rina Lasnier, Saint-De-nys-Gameau, Anne Hébert, Félix Leclerc et, plus récemment, Paul-Marie Lapointe dans la collection « Poètes d’aujourd’hui ».Chez Julliard, une succursale du groupe Hachette, on a « découvert » Le Libraire de Gérard Bessette en 1960, Adieu Babylonede Nairn Kai-tan en 1976 et Le Matou de Yves Beauchemin en 1982.Ce dernier est Gabrielle Roy ensuite passé chez De Fallois pour Juliette Pomerleau, qui lui a mérité le Prix Giono et une grande notoriété en France.Au Seuil, la coédition est sporadique avec Boréal où la maison française a une participation financière.On y a publié des oeuvres de Louis Caron, Gilles Vigneault et Pierre Mo-rency L’Oeil américain (1989).On pourrait citer d’autres cas isolés, comme celui de Gaston Miron chez Maspero ( un grand succès depuis 1981), Jacques Poulin (Leméa-c/Actes Sud), Pierre Vadeboncoeur (l’Hexagone/Albin Michel) et Anne Dandurand (VLB/Messidor).Mais il faudrait surtout noter que plusieurs essayistes universitaires, tels Laurent Mailhot, Gérard Tougas et Clément Moisan, ont vu leurs oeuvres publiées aux Presses Universitaires de France ou ailleurs.Ce sont les éditeurs de poésie qui ont pris l’initiative de la coédition, ces dernières années.Les Ecrits des Forges, Le Noroît et VLB Editeur ont travaillé avec des maisons françaises, échangeant les titres québécois et étrangers avec Le Castor Astral, La Table Rase, Europe Poésie, Champ Vallon et L’Age d’homme.Ont été publiés et lus en France des poètes comme Jacques Brault, Madeleine Gagnon, Claude Beausoleil, Lucien Francoeur, Yolande Ville-maire, Michel Garneau, Bernard Po-zier, Fernand Ouellette, Pierre Ouel-let et plusieurs autres.En somme, si l’on remarque que l’intérêt de la France pour notre littérature et nos auteurs correspond principalement aux mouvements de notre histoire, autour de 1960, de 1970 puis de 1980, on se rend compte main-tenant que, mis à part certains grands éditeurs parisiens, l’attitude des éditeurs français a changé depuis dix ans : on ne considère plus notre littérature dans son ensemble comme ilustralion d’un certain pittoresque, mais on suit de plus près ses mouvements proprement lit té raires et certains auteurs qui, comme Monique LaRue, Yves Beau-chemin ou Louis llamelin, semblent se démarquer par leur réussite lit téraire auprès du public québécois.Et, tout compte fait, les oeuvres d'écrivains québécois sont plus nombreuses que celles d’écrivains belges ou suisses sur le marché français./ Et si l’autobus nous 11 ni i Sàààài t \lili t Hu IK i Dominique Demers ET SI L’AUTOBUS NOUS OUBLIE?Ginette Lamont Clarke et Florence Stevens Illustré par Odile Ouellet Éditions Toundra 1990 L’ILLUSTRATRICE est montréalaise et vient de remporter le prix Merit, décerné par Studio Magazine, pour ce premier livre.Les auteurs sont deux vénérables universitaires spécialisés en linguistique et en didactique.L’oeuvre explore sans fausse pudeur les frayeurs et les fantasmes de deux jumeaux à la veille d’une première journée d’école.Inquiets et méfiants, ils décident de partir bien armés : jeux, jouets, nounours, vêtements, articles de sport, repas.Le texte mise sur l’humour né de cette surenchère alors que les images traduisent l’angoisse bien réelle des enfants.LE CHAT ET LE POISSON André Dahan Éditions Duculot 1990 IL N’Y A que deux petits mots blottis au coin inférieur de chaque double page : André Dahan.C’est la signature du peintre, une des figures de proue de l’illustration pour enfants.L’image porte ici tout le poids du récit, une histoire toute simple à première vue mais que chaque relecture permet de mieux découvrir.Un chat tigré libère un petit poisson rouge prisonnier d’un bocal.Par amour.Le poisson se saoule de liberté sans oublier leur amitié.Des décors sobres et lumineux, des atmosphères chargées d’émotion et beaucoup, beaucoup de tendresse.LES BÉBÉS DE ROSE Martin Waddell Illustré par Penny Dale Collection Père Castor Éditions Flammarion 1990 UN BEL exemple de mariage heureux entre un auteur et un illustrateur.Les images prennent ici le relais des mots et les mots, à leur tour, répondent aux images.Ensemble, ils naviguent du quotidien à l’imaginaire puis reviennent au réel.Le propos ?Pendant qu’une maman allaite son bébé, sa fille aînée lui raconte en long et en large les tracas que lui causent ses propres bébés en peluche.La fabulation sert ici à tromper l’ennui et à transcender une réalité trop banale et imparfaite.LES FANTAISIES DE L’ONCLE HENRI Bénédicte Froissart Illustré par Pierre Pratt Éditions Annick Press 1990 QUAND l’oncle Henri raconte des histoires, personne ne dort : « La maison devient un radeau, le jardin se change en océan, les voisins en baleines .» Un jour, pour rien, en plein souper, la chemise de l’oncle Henri s’est animée.Les petites poules dessinées ont battu de l’aüe avant de plonger dans les assiettes.Bénédicte Froissard, une Hollandaise installée au Québec, a pondu un récit délirant magnifiquement illustré par Pierre Pratt, Prix du gouverneur général, catégorie illustration.Ses images traduisent la démesure et le burlesque tout en abolissant l’embêtante frontière entre le vrai et l’impossible.LA LUMIÈRE DU MONT FOUJI Michelle Nikly Éditions Albin Michel Jeunesse 1990 L’ALBUM rappelle Comment Wang-Fô fut sauvé de Marguerite Yourcenar et Georges Lemoine.Dans l’ancien Japon, un vieux peintre du nom de Taïto abandonne son art, déçu du peu d’intérêt que lui por tent désormais ses concitoyens attirés vers un autre artiste.C’est au pied du Mont Fouji, devant « l’impérieuse beauté du paysage » que le peintre redécouvre le sens de son art : traduire des émotions avec suf fisamment de puissance pour qu’elles franchissent le temps, « au-delà des frontières et des modes».DU TEMPS AU BOUT DES DOIGTS Kit Pearson traduit de l’anglais par Hélène Filion Collection des Deux solitudes jeunesse Éditions Pierre Tisseyre 1990, 258 p.LA FIN déçoit un peu.Trop facile peut-être.Mais c’est là un très bon rornan fantastique pour adolescents.Patricia est expédiée chez ses cousins, dans une famille aussi sympathique que sans histoire pendant que ses propres parents se préparent à la séparation en vue d’un divorce.Alors même qu’elle se sent seule au monde, Patricia découvre une montre mystérieuse dissimulée sous de vieilles lattes de bois et l’objet la propulse dans le passé à la rencontre de sa propre mère adolescente.PORT MINOU Antonio Barber Illustré par Nicola Bayley adaptation française de Claude Lan riot Prévost Éditions Ouest-France 1990 DANS ses temps libres, Antonio Barber vit à Port-Minou, un minuscule village en Cornouailles.Cet univers marin où vents et vagues semblent vivants sert de théâtre aux ex ploits de Pompon, une bonne vieille chatte ordinaire assez rusée et courageuse pour vaincre le Grand Chat Tempête.Son chant de sirène hypnotise le monstre félin créateur de tourmentes et permet à Torn le pêcheur de livrer du poisson aux habi tants.Les images de Nicola Baylëy sont saisissantes : dans un flamboie ment de bleus et de verts, les vagues se tordent sous les griffes furieuse ; du Grand Chat Tempête.fHWI|lii|fl||">l||HW JI'IOU mm I nt* v//, / t\/• I I »! I JWSl.r-MAM p Le Devoir, samedi 2 mars 1991 ¦ D-5 le plaisir des Quel bonheur, Annie Saumont nous donne encore de ses nouvelles Lisette ¦MORIN ?Le feu'‘eton QUELQUE CHOSE Ï)E LA VIE Annie Saumont Paris, 1991, Seghers, 183 pages.CETTE FOIS, il y en a treize.Et c’est une aubaine.Comme on dit chez nos voisins américains : aba ker's dozen.Cette nouvelliste n’en est pas à ses premières armes.Mais de recueil en recueil, ce sont toujours les mêmes : celles de la liberté d’expression, J’une langue originale, sans être le moins du monde apprêtée, et surtout des sujets traités avec la hardiesse d’un écrivain qui ne craint pas de tirer à bout portant.Comme la fille laide et rousse, ou la belle — laquelle est laquelle ?— qui assassine au moyen d’une Beretta, calibre 9 mm.Mais Annie Saumont, contrairement à l’héroïne de la première nouvelle, intitulée « Mais moi », ne met pas de gants.La première fois que je lus un texte de cet auteur, c’était dans l’ouvrage intitulé Les meilleures nouvelles de l'année 87.Chaque année, Sy-ros/Albernative publie les courts récits des spécialistes du genre, dont, entre autres, et avant tous, Daniel Boulanger, Marie Redonnet, Roland Topor et cette merveilleuse Annie Saumont.Après, il y eut La terre est à nous, qu’elle publia la même année chez Ramsay.Et voici Quelque chose de la vie, un titre emprunte au poète Henri Michaux qui se demandait un jour : « On attend donc encore quelque chose de la vie.Quoi ?» Il semble ne plus rien attendre de sa vie, justement, le garçon bien élevé, qui fut scout, qui dans « La corde « rêve de se pendre, qui a même choisi le collier de chanvre, mais qui finalement y renoncera ?Non sans nous raconter toute l’inutilité de sa vie.« Ça n’est pas facile.Il faut donner une chance a la vie », lui a-t-on conseillé.Toutes réussies, toutes étonnantes et inattendues (c’est le secret de la nouvelle que leur auteur arrive, chaque fois, a vous étonner et même à vous surprendre) les histoires que raconte Annie Saumont témoignent d’un don que j’appellerais de double vue, si l’expression n’était pas si gal- vaudée.Dans son dernier recueil, elle parvient, quel tour de force ! à ramasser en moins d’une trentaine de pages, l’histoire d’un couple : elle s’appelle Choupette, lui Titounet, prénoms qui ne sont que de dérisoires « petits noms », en leur permettant de traverser toute une époque, ses petits et ses grands événements, de 1950 à 1989.Cela s'appelle « Passe-moi le sel », et cela n’a rien à voir avec le trivial « Passe-moi le beurre », du Dernier tango de Bertolucci.Un petit chef-d’oeuvre dont peu d’écrivains, toujours trop prolixes, sont capables, délayant à plaisir au lieu de serrer, de condenser, de contraindre les personnages à l’expression minimale.Ce qui n’empêche nullement Annie Saumont de nager dans son siècle comme un poisson dans l’eau.Mais un poisson-scie, quelquefois avec les dents acérées d’un petit requin.Pour apprécier à sa juste valeur le don exceptionnel de la nouvelliste, sa cruauté qui paraît.congénitale quand elle s’exerce aux dépens des plus vils spécimens de l’humanité, il faut lire « Conseils (pour t’aider ma soeur chérie à sortir de ton marasme) ».Pour cette soeur, qui ne chérit pas mais hait d’une extrême férocité, il y a « un temps pour agir un temps pour regretter.Un temps pour aimer un temps pour maudire.Un temps pour rire un temps pour pleurer.Pleure ma chérie.Ça soulage ».Il faut de même conseiller aux lecteurs, ceux qui la fréquentent déjà et ceux qui la découvriront dans Quel que chose de la vie, de prendre le train avec Annie Saumont.Ou plutôt avec celui qui a choisi « le coin-fenêtre, pour mieux voir le paysage », mais qui verra bien davantage monter dans son compartiment quelques échantillons d'humanité tout à fait remarquables dans leur réjouissance banalité.Dernière nouvelle, mais vraiment la dernière puisqu’elle évoque la fin du monde, intitulée « Tout finira par s'arrêter», parce que, se dit la vieille dame, le Seigneur « un beau matin il va crier qu’il en ras le calice des coups et blessures et crimes en tout genre et batailles et sida et poubelles qui débordent et containers remplis de merde que personne sait où four rer ».Cette poivrote est bien sympathique et les enfants ont bien raison de lui «chercher sa bouteille».Après, elle cligne des yeux, regarde le ciel.« Le trou dans l’ozone, on dirait qu’il rapetisse ».Et Saumont, toujours aussi sarcastique conclut : Annie Saumont « En l’an 2000 le premier janvier sera un samedi ».La suivant dans son langage, hors | de toute norme dite classique, on a j envie de vous dire : « Lisez-moiça : I c’est non seulement revigorant, c’est de quoi prendre son pied (oh ! ) et oublier les horreurs de la guerre du Golfe».Dernière réussite : le contenant, la fort belle couverture ornée d'un dessin du peintre japonais 11 okusai.Quand le cinéma se prête au jeu littéraire D’anciens présidents écrivent.DEMANDEZ LE PROGRAMME ! Robert Coover.Paris, « Fiction et Cie », Seuil, 269 p.Jean-François Chassay L’UNIVERS délirant de Robert Coover, auteur d’une des oeuvres les plus originales des 25 dernières années, repose d’abord sur une étonnante contraction de l’espace-temps.Que ce soit pour amplifier le burlesque ou le tragique, critiquer l’histoire américaine ou pointer du doigt les pouvoirs politiques (comme dans cette extraordinaire fresque intitulée le Bûcher de Times Square), Coover travaille toujours d’abord à altérer les cadres du réel.Cette métamorphose, ce dérèglement du réel est indissociable d’un dérèglement du langage qui s’emporte et se disloque.Coover met en place des systèmes formels extrêmement précis qu'il se plaît à débaucher.Attiré par la culture de masse (notamment le sport, dont les règles strictes se prêtent bien à une démolition en règle), il se sert de celle-ci pour critiquer toute une série de mythes contemporains.Il ne faut pas s'étonner, dans ce contexte, qu’il se soit senti fasciné par le cinéma.Art qui donne l'illusion du mouvement et décompose celui-ci, le cinéma se prête bien à un travail littéraire dédié au temps.Entre le fantôme de l’opéra, métaphore de l'irréel et de l’impalpable, parodié dans le premier texte, et la présence lancinante de « As time goes by» dans « Une merveilleuse histoire d'amour ! », d’après Casablanca, qui clôt le livre, Coover annonce ses couleurs : le temps est l’idée centrale de Demandez le programme.On parle souvent « d’écriture cinématographique » à propos de certains romans contemporains.Ceci se limite souvent à un découpage rappelant le cinéma, décalque sans grand intérêt d’une écriture qu’on ne sait pas interroger.Le vide abyssal des romans de Jean-Philippe Toussaint en serait un bon exemple.En s’intéressant d’abord au continuum spatio-temporel, Coover ques- tionne davantage ce qui, dans les écritures littéraire et cinématographique, déstabilise notre conception du réel.En proposant un télescopage de deux modes de médiation, Coover forme un véritable ruban de Moebius où il n’est pas possible de départager la place du littéraire et du cinématographique.Les rituels et les mythes du cinéma sont alors déplaces par le point de vue du narrateur littéraire.La structure entière du recueil est affectée par le cinéma, dont les emprunts dictent l’arrangement formel et fournissent le cadre de lecture : le « programme » offre aussi bien des longs que des courts métrages, propose un entracte et une bande-annonce.Cette dernière, sous-titrée « Le fantôme du palais du cinéma » met en scène un projectionniste désoeuvré, dans une salle déserte, qui se remémore une foule de scènes classiques, clichés souvent, du corpus cinématographique.Magma opaque, continuum insécable, cette première nouvelle est le « big-bang » qui ouvre la boîte (cinématographique) de Pandore et permet de mettre des films ou des personnages célèbres au service de la narration.Lorsque les nouvelles frôlent le simple décalque parodique (comme celui du western dans « Règlement de comptes à Gentry’s Junction»), elles perdent de l’intérêt.C’est lorsque Coover déplace la perspective habituelle que les textes deviennent intéressants, comme dans « Charlie dans la maison du chagrin».Dans une maison où les proportions deviennent rapidement inquiétantes, les fondus enchaînés cinématographiques se brouillent avec ceux du langage, alors que l’image, déstabilisée, vient inquiéter le lecteur trop rapidement convaincu qu’il s’agit d'un simple remake du style Chaplin.Le comique verse finalement dans l'horreur.Entre ça ou Casablanca transformé en film porno, il y a matière à relecture.Les amateurs de cinéma ont l’habitude de voir des textes adaptés à l'écran.Il est beaucoup plus rare de voir le contraire se produire.Voici donc une occasion qu’il ne faudrait pas manquer.DANS L’ARÈNE Richard Nixon, Éditions Tsuru 1990, 365 pages.UNE VIE AMÉRICAINE Ronald Reagan, Éditions JCLattès 1990, 790 pages.Jocelyn Coulon GOUVERNER la plus grande puissance du monde ne semble pas un exercice de tout repos, du moins pour le commun des mortels.Pourtant, à lire ces deux bouquins, rédigés par d’anciens présidents des États-Unis, on a la nette impression que tout dépend du caractère et de la chance.Nixon et Reagan ont eu une expérience diamétralement opposée de la présidence de leur pays, ce qui donne deux livres fort différents, surtout dans la substance.Pourtant les deux personnages se ressemblent socialement et politiquement.Il sont nés dans des familles modestes et ont dû, dans une Amérique dévastée par la crise économique des années 30, jouer du coude et travailler fort pour payer leurs études.Ils ont toujours admiré Franklin Roosevelt et ses généreuses mesures sociales, mais n’ont jamais appuyé de programmes plus radicaux et encore moins dérivé à gauche comme tant d'autres de leurs contemporains.Bien au contraire, ils se sont livrés, chacun dans leur domaine, à la chasse aux espions communistes ce qui, selon Nixon, était une cause juste mais qui lui a causé un tort énorme.Us ont tous deux connu les affres de la défaite et la griserie de la gloire.Mais là encore, Nixon semble avoir des états d’âme plus convaincants que Reagan sur lequel les événements n’ont visiblement aucune prise.Il est vrai que Nixon n’a pas eu la tâche facile.Accusé de corruption tout au long de sa carrière, ce qui ne fut jamais prouvé, il fut élu en 1968 à une époque où l’Amérique entière était en révolte contre la guerre du Vietnam et l’establishment.Il règle le premier problème alors que le deuxième finit par disparaître, comme toute mode.Mais le triomphe ne dure pas longtemps.L’affaire du Watergate éclate et force Nixon à la démission.Aujourd’hui, l'ancien président est devenu un sage que l’on consulte régulièrement sur les affaires internationales.C’est d’ailleurs là-dessus que son livre est le plus intéressant.Il décrit ses nombreuses visites à l’étranger et ses dialogues fascinants avec Mao, de Gaulle, Churchill et des dizaines d’autres dirigeants.Il en profite pour donner de nombreux conseils sur l’art de la diplomatie et sur la façon de gérer les relations avec les grands Etats.C’est froid, mais plein de réalisme.Les mémoires de Reagan ont tout d’une belle histoire à l’américaine : il était une fois un bon gars qui devint président des États-Unis.Rien ne semble entamer son extraordinaire optimisme et sa grande conviction que Dieu a donné un mandat spécial à l’Amérique pour guider le monde.Reagan ne livre aucun secret dans cette autobiographie mais présente au lecteur l’image d’un homme honnête, courageux et sensible, profondément touché par le malheur qui s’abat sur ceux qui croient et défendent le destin des États-Unis.Son livre est constellé de lettres touchantes qu’il fait parvenir aux veuves de soldats, d'extraits de son journal personnel où il fait état de ses frustrations envers le Congrès, les Soviétiques ou la situation au Moyen-Orient, de messages pathétiques qu'il reçoit.Il faut bien le dire, c’est grâce à sa détermination que les Soviétiques ont accepté le pre- ! mier vrai accord de désarmement nucléaire.Ce n’est pas si mal pour un homme qui fut vilipendé lors de son élection et traité quotidiennement de cowboy à la gâchette facile.Ces deux livres ne sont pas des monuments littéraires à la Churchill ou à la De Gaulle.Nixon sait être très intéressant ; Reagan est trop souvent trivial.Mais pour ceux qui connaissent bien la littérature américaine, il y a du Faulkner et du Dos Passos dans ces lignes.On ne peut pas s’empêcher de penser aux ma- [ gnifiques descriptions sociales de Faulkner et aux tortillements politi- i ques de Dos Passos en lisant les mémoires de ces deux présidents.Le moindre bled de Californie ou de l'Illinois nous est présenté avec tendresse, peuplé de gens attachants, la dureté de Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 8 mars, de I7li à 1% 4e Anniversaire de lu Parole Métèque Danièle Zana Anna Delso Francine Campeau (ihila Benestv Sroka Samedi ‘) mars, tic I4h à I6h JOi I.DFSROSIFRS "Hii.ilislt du prix du (•ouuTiii iir general |H»ur lu |nh*su*“ LA TRIBU Ldi lion Triptyque malgré le la vie.1 120..laurier ouest outreuiont.montréal lél : 274-.T669 TRIPTYQUE IL 5670, SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL.: (514)524-5900 ou 525-5957 Essai Poésie Essai Récils arduiH'l Marc-André Pirt ECLIPSES i r H IIOTIJMI LT CHANSON t»ADITIONNtlll I Jacques Julien La Turlute amoureuse (érotisme et chanson traditionnelle) 180 p.— 15,95$ .4 A < iv 1 Monique St-Germain ARCHIPEL Michel Clément L’AIRE DU SOUPÇON Contributions à l’histoire de la psychiatrie du Québec 224 p.— 17,95$ 104 p.- 12,95 $ En vente chez votre libraire Marc-André Paré ÉCLIPSE (avec des illustrations de Mélinda Wilson) 98 p.— 14.95$ LE CROUPE VILLE-MARIE LITTÉRATURE -¦KMHI l’Hexagone Jean Royer ROMANCIERS QUÉBÉCOIS et POÈTES QUÉBÉCOIS Des entretiens, menés de main de maître, avec des écrivains exceptionnels, trente poètes et quarante romanciers, qui nous donnent un panorama complet de la littérature québécoise actuelle.12,95 $ chacun Jean Royer Romanciers québécois Oka: dernier alibi du Canada anglais Robin Philpot Préface 4e Franc ir.n Usiomie Qyinze- Ginette Paris FEUX DE BRINDILLES Sur une toile de fond historique — la deuxième insurrection des patriotes en 1838-1839 — un bouleversant portrait de famille qui ébranle quelque peu nos idées toutes faites.21,95 $ vlb éditeur 9 Loula-Doatniqxi* Lufignn I»e -sousrS.ci des anges jeune th^Str* Robin Philpot OKA: DERNIER ALIBI DU CANADA ANGLAIS Un ouvrage percutant qui tente de démontrer, preuves à l’appui, que le Canada a profité de la crise d’Oka pour régler ses comptes avec le Québec.16,95 $ Prix Robert Cliche LE PRIX DE LA RELÈVE DU ROMAN QUÉBÉCOIS Le nom du nouveau lauréat du prix Robert Cliche 1991 ainsi que le titre de son roman seront dévoilés lors du Salon du livre de Québec, le 23 avril prochain.Michel Garneau DE LA POUSSIÈRE D’ÉTOILES DANS LES OS Quatre courtes pièces, créées à partir d’ateliers d’écriture.Autant de célébrations de la parole et du geste.Écrites par l’un de nos plus grands dramaturges.14,95 $ Louis-Dominique Lavigne LE SOUS-SOL DES ANGES Cette pièce décrit une journée dans la vie de cinq adolescents qui nous racontent ce qui les préoccupe, les dérange: l’avenir, la pression de la réussite, l’incompréhension des parents.Collection "Jeune Théâtre" 12,95 $ nicher 'jnrtiâAU i » D"4 ¦ Le Devoir, samedi 2 mars 1991 • le plaisir des ivres Victor-Lévy Beaulieu Pèlerinage en territoire ferronnien Jean Royer « J’AI VOULU saluer à ma manière le seul écrivain véritablement national que le Québec contemporain ait produit », me répète Victor-Lévy Beaulieu, pour me présenter son nouveau livre, Docteur Ferron (Stankél, auquel il a donné le sous-titre de « pèlerinage ».Qu’est-ce qu’un pèlerinage ?C’est un voyage individuel ou collectif qu’on fait à un lieu saint par dévotion.C’est aussi une visite qu’on fait à un grand homme qu'on vénère.Ici, l’homme et l’oeuvre sont indissociables : c’est-à-dire que le livre de Beaulieu veut nous donner accès à l’oeuvre en suivant les cheminements de l'homme.Ce livre, l’auteur l’a écrit aussi pour une série d’émissions de radio qu’on peut entendre le lundi soir à 19 h 30 au réseau MF de Radio-Canada.L’ouvrage compose une fiction documentaire sur le modèle des précédents « pèlerinages » de Beaulieu chez Victor Hugo, Kerouac et Melville.Après Ferron, notre romancier visitera Joyce.« Ma passion pour Jacques Ferron est bien connue, dit Victor-Lévy Beaulieu.J’ai toujours mis cet écrivain québécois au-dessus de tout et j’ai voulu en donner, non seulement les raisons, mais aussi l’habitation.J’ai connu Ferron en 1964, tout à fait par hasard, au Carré Saint-Louis à Montréal, puis, devenu éditeur, j’ai eu le privilège de publier ses livres jusqu’à sa mort (au Jour et chez VLB).J’ai voulu rendre compte de ce compagnonnage précieux, en même temps cheminement de le-; cure et d’écriture, en même temps repères biographiques, historiques et littéraires.« Je veux couvrir tout cet espace que Jacques Ferron a occupé, de sa naissance à sa mort, dans cette grande voyagerie qui fut la sienne, au travers de ses contes, de son théâ- tre, de ses historiettes, de ses polémiques et de ses romans.» On sait que Ferron s’est lui-même présenté comme le dernier conteur voyageant de la tradition orale à la tradition écrite.L’ouvrage de Beau-lieu lui reste fidèle dans une « biographie à voix dialoguées : Samm représente la conscience amérindienne, Abel parle pour l'auteur et Bélial devient son démon.Sous ces trois masques, Beaulieu nous fait entrer dans la vie et l’oeuvre de Ferron de façon simple et joyeuse, toujours efficace.« Beaucoup de monde parle de Ferron mais peu l’ont lu, me dit Beaulieu.On a entretenu le préjugé que Ferron était un être farfelu et compliqué.C’est pourquoi j’ai voulu faire un livre qui ne soit pas universitaire, qui soit simple, tout en donnant accès à l’oeuvre.« Pour moi, la biographie est une fiction qui dépend du point de vue de son auteur.Sans accumuler les anecdotes à la façon des Américains, je me suis tenu assez près des étapes de la vie de Ferron qui nous font comprendre l’oeuvre.Sa pratique de la médecine en Gaspésie nous permet de comprendre les contes.Sa pratique à Saint-Jean-de-Dieu nous relie a ses derniers textes concernant la folie.« Une biographie doit donner le goût de lire une oeuvre.J’ai été déçu, par exemple, de la récente biographie de Sa vigneau sur Yourcenar, où l’oeuvre de Fauteur ne compte pour rien.Même si tu sens que la biographe est une maniaque de Yourcenar, on n’y retrouve pas l’esprit de l’oeuvre ni le goût d’aller la lire.» Pourquoi Victor-Lévy Beaulieu a-t-il choisi d’écrire sur Ferron à ce moment-ci de l’histoire du Québec?« On ne parle plus de Ferron depuis sa mort, il y a six ans.Il faut le sortir des limbes.Et revenir à Ferron aujourd’hui, c’est important pour nous, Québécois.\ h mu I m lii Mini DOCTEUR HURON Stankç « Le docteur Ferron ne verrait pas le Québec différemment, s’il vivait en 1991.Il le verrait comme un patient impossible à guérir parce que sa maladie n’est pas individuelle mais sociale.C’est ce qu’il a toujours prétendu et il aurait encore raison.Je ne pense pas que le Québec ait tellement changé, ces dernières années.Ce ne sera pas le rapport Allaire qui va changer le Québec ! « Ce qui s’est passé surtout depuis cinq ans, c’est la découverte d’une jeunesse qu’on croyait endormie et qui s'est montrée alerte, attentive à son avenir québécois.Seule cette jeunesse aurait donné à Ferron matière à espérer un peu plus.» Mais qu’a donc apporté Ferron à notre littérature pour en faire « le seul écrivain véritablement national» du Québec contemporain?« Ferron n’a jamais pensé à une carrière internationale, répond Beaulieu.Il savait qu'il fallait d'abord faire les choses ici avant que les étrangers s'occupent de nous.Il a écrit son oeuvre selon cette logique et de façon très conséquente : il a écrit de toutes les provinces du Québec.Il a été le premier de nos écrivains à parler de tous les pays québécois.Aussi bien de la Gaspésie que de la Beauce, que du comte de Mas-kinongé.Ferron est notre premier écrivain à la fois provincial, rural et urbain.« C’est ce qui explique que les Français n’ont pas voulu le lire.Quand il avait publié L’Amélanchier chez Robert Laffont en 1973, il n’avait eu qu’une seule recension, dans le journal La Croix, ce qui était tout dire ! Voilà, pensait Ferron, toute l’importance que les Français nous accorderont jamais ! Il croyait qu'il fallait d'abord s’assurer de faire ici notre littérature.Parler pour ici d’abord.C’est pourquoi il n’a jamais beaucoup insisté auprès des Français.« Par ailleurs, Ferron est lu en dehors du Québec.Il est traduit au Canada anglais où ses livres vont bien.On le lit en Pologne, en Irlande.Son oeuvre est même étudiée dans certains lycées français.» Dans Docteur Ferron, Victor-Lévy Beaulieu fait le tour de l’oeuvre du romancier, du polémiste, du politique, mais d’abord du conteur.« Ferron est un conteur fabuleux ! Ses textes sont écrits avec une imagerie qui est toujours actuelle.Les contes de Ferron restent une des plus belles oeuvres de la littérature de langue française de ce siècle.Cette oeuvre ne sera jamais anachronique, à cause de la qualité de l’écriture.» La littérature a donc encore son mot à dire ?« Si on n’avait pas la littérature maintenant, dit Victor-Lévy Beau-lieu, l’état du monde serait absolument désespéré.»> Les oeuvres de nos écrivains en France: une longue tradition Jean Royer LA COÉDITION à Montréal et à Pa-.ris du récent roman de Louis Hame-lin, Ces spectres agités, négociée par XYZ avec Flammarion, n’est pas une première, tel que pourrait nous le laisser croire l’écho fait à l’événement dans la presse québécoise.En effet, la coédition avec des maisons françaises est une tradition qui COMITE DES CONFÉRENCES BEATTY présente \ PHYSIQUE THÉORIQUE ET PRIX NOBEL AMPHITHÉÂTRE FRANK DAWSON ADAMS 3450 UNIVERSITY MARDI, S MARS 1991 18 H 00 McGill remonte à la fin des années 1940, avec la parution, chez Flammarion justement, du roman de Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion.Depuis près de 50 ans, plus d’une centaine d’oeuvres québécoises importantes ont été publiées en France.Depuis les années 1970, on peut même compter annuellement en circulation sur le marché français les oeuvres d’au moins une trentaine d’écrivains québécois, tous genres confondus, ce qui représenterait environ 10 pour cent de nos écrivains actifs.Publier à Paris a toujours été le grand fantasme de l’écrivain québécois.De son côté, Paris s’est intéressé à nos écrivains selon la cote d’amour du Québec en France depuis les années 1950 et 1960 et, parfois, selon la qualité et le succès de l’oeuvre publiée d'abord ici.Notons aussi que depuis le référendum de 1980, les éditeurs français ont boudé notre littérature tout en s’attachant à nos nouveaux succès populaires: ceux de Beauchemin et Ducharme, par exemple.Nos poètes, les premiers, ont toujours été attirés par la France, pour l’exil ou pour la gloire !.Louis Fréchette y a publié dès 1881.Puis René Chopin ( Le coeur en exil, 1913), Paul Morin (1911) et Simone Routier I '), avant nos écrivains modernes.On peut voir la coédition de deux maniérés : un seul livre est fabriqué par l’un ou l’autre des éditeurs et se vend sur les deux territoires; ou bien chaque coéditeur fabrique son livre j et conserve l’exclusivité de son pro- \ pre territoire.D’autre part, il faut distinguer entre la coédition et la pu blication en France d’oeuvres qué bécoises.Des écrivains comme Anne llébert, Jacques Godbout, Robert Lalonde, Suzanne Jacob, qui publient leurs romans au Seuil, ou Jacques Folch-Ribas, qui fait paraître son oeuvre chez Laffont, ne participent d’aucune entente de coédition.Quant à la coédition, elle n'a pas changé l’idée de la plupart des grands éditeurs français, convaincus que la littérature québécoise dans ; son ensemble est « une province de [ la littérature française », comme me le disait Yves Berger de Grasset, il y '¦ a quelques années.Mais cette idée « nostalgique » n’empêche pas cer tains éditeurs français de s’intéresser aux succès isolés d’écrivains qué bécois, dans l'espoir de rééditer quel que Maria Chafxlelaine.Car on sait que le best-seller de Louis Hémon ; avait donné son élan aux éditions de Bernard Grasset.Gabrielle Roy, la première, a pu- J blié entre 1947 et 1967 cinq titres chez Flammarion, en coédition avec Beauchemin à Montréal, tout en vendant un million d’exemplaires de Bonheur d’occasion aux États-Unis à la même époque.Flammarion a plus ou moins maintenu cette tradition depuis cinq décennies.On y a retrouvé les trois premiers romans de Roger Lemelin entre 1949 et 1953.Après Gilles Marcotte en 1962, Claire France (Claire Morin-Doré) y a pu blié avec succès en 1957, Les enfants \ qui s'aiment, repris en 1969.Victor Réjean Ducharme Lévy Beaulieu a fait paraître, à partir de 1978, dans la collection « Connexion » (romans étrangers) trois titres dont les tomes de Melville (1980).Dans les années 1980, ce fut le tour de Nicole Brossard et Marcel Bélanger, publiés dans la collection «Textes» de Bernard Noël.Dans les années 1950, Grasset a emboîté le pas avec deux titres de Yves Thériault (1957-1958), suivis dans les années 1960 des oeuvres de Marie-Claire Blais, Jacques Brault, Jean Ethier-Rlais et Jean Basile.Puis vinrent Antonine Maillet (Prix Concourt 1978) et Michel Tremblay, qui n’a pas eu le succès espéré avec deux titres de ses « Chroniques du Mont-Royal ».Chez Gallimard, l’intérêt fut plus sporadique mais on s’est peut-etre plus intéressé au contenu littéraire des oeuvres qu’à leur pittoresque, choisissant celles de Leo-Paul Desrosiers (L'Ampoule d’or, 1951), Monique Bosco (1961), Nairn Kattan (1979) et Marie-Claire Blais (1980-1982).Mais on sait surtout que Ré-jean Ducharme y a publié sept romans depuis 1966.Un lien s’est aussi créé avec Gallimard par son représentant à Montréal qui a fonde les Editions Lacombe, coéditant les titres de Ducharme puis, avec Denoël (une succursale parisienne de Gallimard), des romans de Monique La-rue et Chrystine Brouillet, ces deux dernières années.Une dizaine d’écrivains québécois sont aussi passés chez Robert Laffont en coédition : Claire Martin (1959 et 1962), Monique Bosco (70), F’élix Leclerc, Louis Caron (78), Victor-Lévy Beaulieu Les Grands-pères) et Jacques Ferron (L'Amélanchier) en 1973, puis Michèle Lalonde et Michel Tremblay en 1979.Les poètes québécois ont intéressé Seghers dès les années 1950.On y retrouvera un recueil de Jacques Godbout en 1956, deux titres de Jean-Guy Pilon en 1963 et 1969, des essais sur Grandbois, Rina Lasnier, Saint-De-nys-Garneau, Anne llébert, Félix Leclerc et, plus récemment, Paul-Marie Lapointe dans la collection « Poètes d’aujourd’hui ».Chez Julliard, une succursale du groupe Hachette, on a « découvert » Le Libraire (le Gérard Bessette en 1960, Adieu Baby lone (le Naim Kattan en 1976 et Le Matou de Yves Beauchemin en 1982.Ce dernier est Gabrielle Roy ensuite passé chez De Fallois pour Juliette Pomerleau, qui lui a mérité le Prix Giono et une grande notoriété en France.Au Seuil, la coédition est sporadique avec Boréal où la maison française a une participation financière, ün y a publié des oeuvres de Louis Caron, Gilles Vigneault et Pierre Mo-rency L’Oeil américain (1989).On pourrait citer d’autres cas isolés, comme celui de Gaston Miron chez M aspero ( un grand succès depuis 1981), Jacques Poulin (Leméa-c/Actes Sud), Pierre Vadeboncoeur (l’Hexagone/Albin Michel) et Anne Dandurand (VLB/Messidor).Mais il faudrait surtout noter que plusieurs essayistes universitaires, tels Laurent Mailhot, Gérard Tougas et Clément Moisan, ont vu leurs oeuvres publiées aux Presses Universitaires de France ou ailleurs.Ce sont les éditeurs de poésie qui ont pris l’initiative de la coédition, ces dernières années.Les Ecrits des Forges, Le Noroît et VLB Editeur ont travaillé avec des maisons françaises, échangeant les titres québécois et étrangers avec Le Castor Astral, La Table Rase, Europe Poésie, Champ Vallon et L’Age d’homme.Ont été publiés et lus en France des poètes comme Jacques Brault, Madeleine Gagnon, Claude Beausoleil, Lucien Francoeur, Yolande Ville-maire, Michel Carneau, Bernard Po-zier, Fernand Ouellette, Pierre Ouel-let et plusieurs autres.En somme, si l’on remarque que l’intérêt de la France pour notre littérature et nos auteurs correspond principalement aux mouvements de notre histoire, autour de 1960, de 1970 puis de 1980, on se rend compte maintenant que, mis à part certains grands éditeurs parisiens, l’attitude des éditeurs français a changé depuis dix ans : on ne considère plus notre littérature dans son ensemble comme ilustration d’un certain pit toresque, mais on suit de plus près ses mouvements proprement litté raires et certains auteurs qui, comme Monique LaRue, Yves Beau-chemin ou Louis llameliri, semblent se démarquer par leur réussite littéraire auprès du public québécois.Et, tout compte fait, les oeuvres d’écrivains québécois sont plus nombreuses que celles d’écrivains belges ou suisses sur le marché français.Et si l’autobus nous oublie 1 Sâàââl Dominique Demers ET SI L’AUTOBUS NOUS OUBLIE?Ginette Lamont Clarke et Florence Stevens Illustré par Odile Ouellet Éditions Toundra 1990 L’ILLUSTRATRICE est montréalaise et vient de remporter le prix Merit, décerné par Studio Magazine, pour ce premier livre.Les auteurs sont deux vénérables universitaires spécialisés en linguistique et en didactique.L’oeuvre explore sans fausse pudeur les frayeurs et les fantasmes de deux jumeaux à la veille d’une première journée d’école.Inquiets et méfiants, ils décident de partir bien armés : jeux, jouets, nounours, vêtements, articles de sport, repas.Le texte mise sur l’humour né de cette surenchère alors que les images traduisent l’angoisse bien réelle des enfants.LE CHAT ET LE POISSON André Dahan Éditions Duculot 1990 IL N’Y A que deux petits mots blottis au coin inférieur de chaque double page : André Dahan.C’est la signature du peintre, une des figures de proue de l’illustration pour enfants.L’image porte ici tout le poids du récit, une histoire toute simple à première vue mais que chaque relecture permet de mieux découvrir.Un chat tigré libère un petit poisson rouge prisonnier d’un bocal.Par amour.Le poisson se saoule de liberté sans oublier leur amitié.Des décors sobres et lumineux, des atmosphères chargées d’émotion et beaucoup, beaucoup de tendresse.LES BÉBÉS DE ROSE Martin Waddell Illustré par Penny Dale Collection Père Castor Éditions Flammarion 1990 UN BEL exemple de mariage heureux entre un auteur et un illustrateur.Les images prennent ici le relais des mots et les mots, à leur tour, répondent aux images.Ensemble, ils naviguent du quotidien à l’imaginaire puis reviennent au réel.Le propos ?Pendant qu’une maman allaite son bébé, sa fille aînée lui raconte en long et en large les tracas que lui causent ses propres bébés en peluche.La fabulation sert ici à tromper l’ennui et à transcender une réalité trop banale et imparfaite.LES FANTAISIES DE L’ONCLE HENRI Bénédicte Froissart Illustré par Pierre Pratt Éditions Annick Press 1990 QUAND l’oncle Henri raconte des histoires, personne ne dort : « La maison devient un radeau, le jardin se change en océan, les voisins en baleines .» Un jour, pour rien, en plein souper, la chemise de l’oncle Henri s’est animée.Les petites pou les dessinées ont battu de l’aile avant de plonger dans les assiettes.Béné dicte Froissard, une Hollandaise installée au Québec, a pondu un récit délirant magnifiquement illustré par Pierre Pratt, Prix du gouverneur gé néral, catégorie illustration.Ses images traduisent la démesure et le burlesque tout en abolissant l'embêtante frontière entre le vrai et l’impossible.LA LUMIÈRE DU MONT FOUJI Michelle Nikly Éditions Albin Michel Jeunesse 1990 L’ALBUM rappelle Comment Wang-Fô fut sauvé de Marguerite Yourcenar et Georges Lemoine.Dans l’ancien Japon, un vieux pein tre du nom de Taïto abandonne son art, déçu du peu d’intérêt que lui poi tent désormais ses concitoyens attirés vers un autre artiste.C’est au pied du Mont Fouji, devant « l’impérieuse beauté du paysage » que le peintre redécouvre le sens de son art : traduire des émotions avec suf fisamment de puissance pour qu’elles franchissent le temps, « au-delà des frontières et des modes».DU TEMPS AU BOUT DES DOIGTS Kit Pearson traduit de l’anglais par Hélène Filion Collection des Deux solitudes jeunesse Éditions Pierre Tisseyre 1990, 258 p.LA FIN déçoit un peu.Trop facile peut-être.Mais c’est là un très bon roman fantastique pour adolescents.Patricia est expédiée chez ses cousins, dans une famille aussi sympathique que sans histoire pendant que ses propres parents se préparent à la séparation en vue d’un divorce.Alors même qu’elle se sent seule au monde, Patricia découvre une montre mystérieuse dissimulée sous de vieilles lattes de bois et l’objet la propulse dans le passé à la rencontre de sa propre mère adolescente.PORT MINOU Antonio Barber Illustré par Nicola Bayley adaptation française de Claude Lan riot Prévost Éditions Ouest-France 1990 DANS ses temps libres, Antonio Barber vit à Port-Minou, un minuscule village en Cornouailles.Cet univers marin où vents et vagues semblent vivants sert de théâtre aux ex ploits de Pompon, une bonne vieille chatte ordinaire assez rusée et courageuse pour vaincre le Grand Chai Tempête.Son chant de sirène hyp notise le monstre félin créateur de tourmentes et permet à Torn le pê cheur de livrer du poisson aux habi tants.Les images de Nicola Bàylfey sont saisissantes : dans un flamboie ment de bleus et de verts, les vagues se tordent sous les griffes furieuse ; du Grand Chat Tempête.7/70/J IfyJHS \nU v lii i t\h 1 PITÏCIM OUPS I M\« Y Le Devoir semnHi 9 marc 1QQ1 ¦ H.*î le plaisir des Quel bonheur, Annie Saumont nous donne encore de ses nouvelles Lisette •MORIN ?Le feuilleton QUELQUE CHOSE i)E LA VIE Annie Saumont Paris, 1991, Seghers, 183 pages.CETTE FOIS, il y en a treize.Et c’est une aubaine.Comme on dit chez nos voisins américains : aba ker’s dozen.Cette nouvelliste n'en est pas à ses premières armes.Mais de recueil en recueil, ce sont toujours les mêmes : celles de la liberté d’expression, (j’une langue originale, sans être le moins du monde apprêtée, et surtout des sujets traités avec la hardiesse d’un écrivain qui ne craint pas de tirer à bout portant.Comme la fille laide et rousse, ou la belle — laquelle est laquelle ?— qui assassine au moyen d’une Beretta, calibre 9 mm.Mais Annie Saumont, contrairement à l’héroïne de la première nouvelle, intitulée « Mais moi », ne met pas de gants.La première fois que je lus un texte de cet auteur, c’était dans l’ouvrage intitulé Les meilleures nouvelles de l'année 87.Chaque année, Sy-ros/Albernative publie les courts ré cits des spécialistes du genre, dont, entre autres, et avant tous, Daniel Boulanger, Marie Redonnet, Roland Topor et cette merveilleuse Annie Saumont.Après, il y eut La terre est à nous, qu’elle publia la même année chez Ramsay.Et voici Quelque chose de la vie, un titre emprunte au poète Henri Michaux qui se demandait un jour : « On attend donc encore quelque chose de la vie.Quoi ?» Il semble ne plus rien attendre de sa vie, justement, le garçon bien élevé, qui fut scout, qui dans « La corde « rêve de se pendre, qui a même choisi le collier de chanvre, mais qui finalement y renoncera ?Non sans nous raconter toute l’inutilité de sa vie.« Ça n’est pas facile.Il faut donner une chance a la vie », lui a-t-on conseillé.Toutes réussies, toutes étonnantes et inattendues (c’est le secret de la nouvelle que leur auteur arrive, chaque fois, a vous étonner et même à vous surprendre) les histoires que raconte Annie Saumont témoignent d’un don que j'appellerais de double vue, si l’expression n’était pas si gal- vaudée.Dans son dernier recueil, elle parvient, quel tour de force ! à ramasser en moins d’une trentaine de pages, l’histoire d'un couple : elle s’appelle Choupette, lui Titounet.prénoms qui ne sont que de dérisoires «petits noms », en leur permettant de traverser toute une époque, ses petits et ses grands événements, de 1950 à 1989.Cela s’appelle « Passe-moi le sel », et cela n’a rien à voir avec le trivial « Passe-moi le beurre », du Dernier tango de Bertolucci.Un petit chef-d’oeuvre dont peu d’écrivains, toujours trop prolixes, sont capables, délayant à plaisir au lieu de serrer, de condenser, de contraindre les personnages à l’expression minimale.Ce qui n’empêche nullement Annie Saumont de nager dans son siècle comme un poisson dans l’eau.Mais un poisson-scie, quelquefois avec les dents acérées d’un petit requin.Pour apprécier à sa juste valeur le don exceptionnel de la nouvelliste, sa cruauté qui parait.congénitale quand elle s’exerce aux dépens des plus vils spécimens de l’humanité, il faut lire « Conseils (pour t’aider ma soeur chérie à sortir de ton marasme) ».Pour cette soeur, qui ne chérit pas mais hait d’une extrême férocité, il y a « un temps pour agir un temps pour regretter.U n temps pour aimer un temps pour maudire.Un temps pour rire un temps pour pleurer.Pleure ma chérie.Ça soulage ».Il faut de même conseiller aux lecteurs, ceux qui la fréquentent déjà et ceux qui la découvriront dans Quel que chose de la vie, de prendre le train avec Annie Saumont.Ou plutôt avec celui qui a choisi « le coin-fenêtre, pour mieux voir le paysage », mais qui verra bien davantage monter dans son compartiment quelques échantillons d’humanité tout à fait remarquables dans leur réjouissance banaüté.Dernière nouvelle, mais vraiment la dernière puisqu’elle évoque la fin du monde, intitulée « Tout finira par s'arrêter», parce que, se dit la vieille dame, le Seigneur « un beau matin il va crier qu’il en ras le calice des coups et blessures et crimes en tout genre et batailles et sida et poubelles qui débordent et containers remplis de merde que personne sait où four rer ».Cette poivrote est bien sympathique et les enfants ont bien raison de lui «chercher sa bouteille».Après, elle cligne des yeux, regarde le ciel.« Le trou dans l’ozone, on dirait qu’il rapetisse ».Et Saumont, toujours aussi sarcastique conclut : Annie Saumont « En l’an 2000 le premier janvier sera un samedi ».La suivant dans son langage, hors de toute norme dite classique, on a envie de vous dire : « Lisez-moi ça : c’est non seulement revigorant, c’est de quoi prendre son pied (oh ! ) et ou blier les horreurs de la guerre du Golfe ».Dernière réussite : le contenant, la fort belle couverture ornée d’un dessin du peintre japonais Hokusai.Quand le cinéma D’anciens présidents écrivent.se prete au jeu littéraire DEMANDEZ LE PROGRAMME ! Robert Coover.Paris, « Fiction et Cie », Seuil, 269 p.Jean-François Chassay L’UNIVERS délirant de Robert Coover, auteur d’une des oeuvres les plus originales des 25 dernières années, repose d’abord sur une étonnante contraction de l’espace-temps.Que ce soit pour amplifier le burlesque ou le tragique, critiquer l’histoire américaine ou pointer du doigt les pouvoirs politiques (comme dans cette extraordinaire fresque intitulée le Bûcher de Times Square), Coover travaille toujours d’abord à altérer les cadres du réel.Cette métamorphose, ce dérèglement du réel est indissociable d’un dérèglement du langage qui s'emporte et se disloque.Coover met en place des systèmes formels extrêmement précis qu’il se plaît à débaucher.Attiré par la culture de masse (notamment le sport, dont les règles strictes se prêtent bien à une démolition en règle), il se sert de celle-ci pour critiquer toute une série de mythes contemporains.Il ne faut pas s’étonner, dans ce contexte, qu’il se soit senti fasciné par le cinéma.Art qui donne l’illusion du mouvement et décompose celui-ci, le cinéma se prête bien à un travail littéraire dédié au temps.Entre le fantôme de l’opéra, métaphore de l’irréel et de l’impalpable, parodié dans le premier texte, et la présence lancinante de « As time goes bv » dans « Une merveilleuse histoire d'amour ! », d’après Casablanca, qui clôt le livre, Coover annonce ses couleurs : le temps est l’idée centrale de Demandez le programme.On parle souvent « d’écriture cinématographique » à propos de certains romans contemporains.Ceci se limite souvent à un découpage rappelant le cinéma, décalque sans grand intérêt d’une écriture qu’on ne sait pas interroger.Le vide abyssal des romans de Jean-Philippe Toussaint en serait un bon exemple.En s’intéressant d’abord au continuum spatio-temporel, Coover ques- tionne davantage ce qui, dans les écritures littéraire et cinématographique, déstabilise notre conception du réel.En proposant un télescopage de deux modes de médiation, Coover forme un véritable ruban de Moebius où il n’est pas possible de départager la place du littéraire et du cinématographique.Les rituels et les mythes du cinéma sont alors déplaces par le point de vue du narrateur littéraire.La structure entière du recueil est affectée par le cinéma, dont les emprunts dictent l’arrangement formel et fournissent le cadre de lecture : le « programme » offre aussi bien des longs que des courts métrages, propose un entracte et une bande-an-nonce.Cette dernière, sous-titrée « Le fantôme du palais du cinéma » met en scène un projectionniste désoeuvré, dans une salle déserte, qui se remémore une foule de scènes classiques, clichés souvent, du corpus cinématographique.Magma opaque, continuum insécable, cette première nouvelle est le « big-bang » qui ouvre la boite (cinématographique) de Pandore et permet de mettre des films ou des personnages célèbres au service de la narration.Lorsque les nouvelles frôlent le simple décalque parodique (comme celui du western dans « Règlement de comptes à Gentry’s Junction»), elles perdent de l’intérêt.C’est lorsque Coover déplace la perspective habituelle que les textes deviennent intéressants, comme dans « Charlie dans la maison du chagrin».Dans une maison où les proportions deviennent rapidement inquiétantes, les fondus enchaînés cinématographiques se brouillent avec ceux du langage, alors que l’image, déstabilisée, vient inquiéter le lecteur trop rapidement convaincu qu’il s’agit d’un simple remake du style Chaplin.Le comique verse finalement dans l’horreur.Entre ça ou Casablanca transformé en film porno, il y a matière à relecture.Les amateurs de cinéma ont l’habitude de voir des textes adaptés à l’écran.Il est beaucoup plus rare de voir le contraire se produire.Voici donc une occasion qu’il ne faudrait pas manquer.DANS L’ARÈNE Richard Nixon, Éditions Tsuru 1990, 365 pages.UNE VIE AMÉRICAINE Ronald Reagan, Éditions JCLattès 1990, 790 pages.Jocelyn Coulon GOUVERNER la plus grande puissance du monde ne semble pas un exercice de tout repos, du moins pour le commun des mortels.Pourtant, à lire ces deux bouquins, rédigés par d’anciens présidents des États-Unis, on a la nette impression que tout dépend du caractère et de la chance.Nixon et Reagan ont eu une expérience diamétralement opposée de la présidence de leur pays, ce qui donne deux livres fort différents, surtout dans la substance.Pourtant les deux personnages se ressemblent socialement et politiquement.Il sont nés dans des familles modestes et ont dû, dans une Amérique dévastée par la crise économique des années 30, jouer du coude et travailler fort pour payer leurs études.Ils ont toujours admiré Franklin Roosevelt et ses généreu-j ses mesures sociales, mais n’ont jamais appuyé de programmes plus radicaux et encore moins dérivé à gauche comme tant d’autres de leurs contemporains.Bien au contraire, ils se sont livrés, chacun dans leur domaine, à la chasse aux espions communistes ce qui, selon Nixon, était une cause juste mais qui lui a causé un tort énorme.Ilsont tous deux connu les affres de la défaite et la griserie de la gloire.Mais là encore, Nixon semble avoir des états d’âme plus con-1 vaincants que Reagan sur lequel les événements n’ont visiblement aucune prise.Il est vrai que Nixon n’a pas eu la tâche facile.Accusé de corruption tout au long de sa carrière, ce qui ne fut jamais prouvé, il fut élu en 1968 à une époque où l’Amérique entière était en révolte contre la guerre du Vietnam et l’establishment.Il règle le premier problème alors que le j deuxième finit par disparaître, comme toute mode.Mais le triomphe ne dure pas longtemps.L’affaire du Watergate éclate et force Nixon à la démission.Aujourd’hui, l’ancien président est devenu un sage que l’on consulte régulièrement sur les affaires internationales.TRIPTYQUE P.5670.SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 Essai Poésie Essai TÉL.: (514)524-5900 ou 525-5957 Récils urdnpi’l Jacques Julien La Turlute amoureuse (érotisme et chanson traditionnelle) 1X0 p.— 15,95$ Monique St-Germain ARCHIPEL Michel Clément L’AIRE DU SOUPÇON Contributions à l’histoire de la psychiatrie du Québec Marc-André Paré ÉCLIPSE (avec des illustrations de Mélinda Wilson) 104 p.-12,95$ 224 p.-17,95$ 98 p.-14,95$ En vente chez votre libraire C’est d’ailleurs là-dessus que son livre est le plus intéressant.Il décrit ses nombreuses visites à l’étranger et ses dialogues fascinants avec Mao, de Gaulle, Churchill et des dizaines d’autres dirigeants.Il en profite pour donner de nombreux conseils sur l’art de la diplomatie et sur la façon de gérer les relations avec les grands Etats.C’est froid, mais plein de réalisme.Les mémoires de Reagan ont tout d’une belle histoire à l'américaine : il était une fois un bon gars qui devint président des États-Unis.Rien ne semble entamer son extraordinaire optimisme et sa grande conviction que Dieu a donné un mandat spécial à l’Amérique pour guider le monde.Reagan ne livre aucun secret dans cette autobiographie mais présente au lecteur l’image d’un homme honnête, courageux et sensible, profondément touché par le malheur qui s’abat sur ceux qui croient et défendent le destin des États-Unis.Son livre est constellé de lettres touchantes qu’il fait parvenir aux veuves de soldats, d’extraits de son journal personnel où il fait état de 1 ses frustrations envers le Congrès, les Soviétiques ou la situation au Moyen-Orient, de messages pathéti ques qu’il reçoit.Il faut bien te dire, [ c’est grâce à sa détermination que les Soviétiques ont accepté le pre- | mier vrai accord de désarmement nucléaire.Ce n’est pas si mal pour un homme qui fut vilipendé lors de son élection et traité quotidiennement de cowboy à la gâchette facile.Ces deux livres ne sont pas des j monuments littéraires à la Churchill j ou à la De Gaulle.Nixon sait être j très intéressant ; Reagan est trop i souvent trivial.Mais pour ceux qui connaissent bien la littérature américaine, il y a du Faulkner et du Dos Passos dans ces lignes.On ne peut pas s’empêcher de penser aux magnifiques descriptions sociales de Faulkner et aux tortillements politiques de Dos Passos en lisant les mémoires de ces deux présidents.Le moindre bled de Californie ou de I’ll- j linois nous est présenté avec tendresse, peuplé de gens attachants, I la dureté de la vie.malgré Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 8 mars, de 17h à 19h 4e Anniversaire de lu Parole Métèque Danièle Zana Anna Delso Francine Campeau Cihila Bcnesfv Sroka Samedi 9 mars, de I4li à Ihli JOLI 1)1 SROSII RS ‘iinalislc du prix du < .ou\criuiii limer.il |hmii I;i |mh‘nu'“ LA TRIBU 'Ldition Triptyque 790383° J oat année \ .*6‘2 _— 1 120.
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