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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1991-04-06, Collections de BAnQ.

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• le plaisir des ivres Champion^!/ y LA LIBRAIRIE QUI ACCEPTE LES COMMANDES POSTALES 4474 St-Denis, Mil, Qc H2J2L1 (514)844-258' Montréal, samedi 6 avril 1991 Eugène Ionesco Les rhinocéros dans la Pléiade Robert Lévesque Dans un salon bourgeois, une pendule sonne 17 coups.« Tiens, il est 9 heures », dit madame Smith.Dès cette réplique inaugurale de La cantatrice chauve, en 1950, Eugène Ionesco a joué à dérégler le théâtre.Il a voulu en changer l'heure.Il a voulu aussi comme un funambule de l’étrange avancer sur le fil de l’inconscient collectif.Aujourd’hui, il est presque minuit pour lui et voilà qu’il se couche, vivant, dans les pages en papier missel de la Pléiade.En 1937, dans L'Impromptu de Paris, le sage jardinier du theatre, Jean Giraudoux, avait lui aussi eu sa saute d’humeur envers le réalisme théâtral qui, depuis la fondation du Théâtre Libre d’André Antoine en 1887, sévissait jusque chez Sartre et Camus : « C’était joli, le théâtre libre! On disait, il est cinq heures et il y avait une vraie pendule qui sonnait cinq heures.La liberté d’une pendule, ça n’est quand même pas ça! Si la pendule sonne deux cents heures, ça commence à être du théâtre ».Ionesco a osé tuer le temps.Et son « canular » de La cantatrice chauve, où il s’est amusé à pervertir un dialogue de manuel d’anglais, genre « le plafond est en haut, le plancher est en bas », était devenu avant la fin des années 60 un pur classique joué partout dans le monde de Londres à Tokyo.Ce Roumain de Paris (né en 1909 à Slatina près du Danube, arrivé à Paris en couffin deux ans plus tard) a transformé en stand de tir les certitudes du théâtre psychologique de ses prédécesseurs et, une fois passé le choc (deux ou trois ans de soubresauts .grâce à un commando qui le soutenu, Breton, Queneau, et le critique Jacques Lemarchand), il devint le chef de file (même s’il n’y avait ni école ni mouvement) de ce que l’on appellera globalement le théâtre d’avant-garde et erronément le théâtre de l’absurde.Mais la polémique (avec Roland Barthes et Bernard Dort à la revue Théâtre Populaire, avec le critique Kenneth Tynan à Londres, qui lui reprochaient son désengagement social ou politique) s’accrochera toujours à ses baskets jusqu’au moment où tous reconnaîtront à Ionesco la place à part de « piéton de l’air » du théâtre du mi-siecle.C’est à 39 ans, en 1950, qu’il fait mettre en scène par Nicolas Bataille (nom prédestiné .) cette « anti pièce », titrée au hasard du lapsus d’un acteur lorsqu’en répétition Jean-Jacques Huet, dans le « monologue du rhume », dit « la cantatrice chauve » au lieu de « la violoniste blonde ».Dans la petite salle des Noctambules, rive gauche, on décide sur-le-champ d’appeler La cantatrice chauve cette Heure anglaise de Ionesco.Ionesco ajoutera une réplique à la fin de la pièce : « À propos, et la cantatrice chauve ?» « Elle se coiffe toujours de la même façon », répond madame Martin.En 1950, il fallait le faire! L’impitoyable critique Jean-Jacques Gauthier, qui sévissait au Figaro, écrira : « J e ne suis pas en principe contre les histoires de fous, à condition qu’elles soient courtes! ».Aujourd’hui cette pièce, dans la même mise en scène (déménagée à la Huchette en 1957), atteint la 12,300ème (34 ans à tous les jours sauf les lundis), et Ionesco, l’iconoclaste, le Satrape du Collège de Pa-taphysique, l’Académicien (depuis 1970), l’un des rares « pléiadisés » sur pattes, persiste mais ne signe plus.Il a 82 ans.On l’a vu à la Nuit des Molière il y a deux ans, dans une loge du Châtelet : il disait « soyons gais, mais pas dupes ».Sa dernière pièce remonte à 1982 et s’appelait Voyages chez les morts En 15 ans, de 1950 à 1966, comme en un seul et grand jet, Ionesco a livré tout son théâtre : 25 pièces.Des courtes pièces jouées dans les théâtres-caves de Saint-Germain-des-Prés jusqu’aux pièces à large souffle comme Rhinocéros créé à l'Odéon par Jean-Louis Barrault en 1960 et La Soif et la faim créé à la Comédie-Française par Jean-Marie Serreau en 1966, point culminant.Une oeuvre à nulle autre pareille, qui a porté un des regards les plus critiques sur la dramaturgie et le langage, une oeuvre de solitaire influencé, dont on identifie un aïeul du côté du vaudevilliste Feydeau (il en a appronfondi l’angoisse sous-jacente), un compagnon de route chez Raymond Que neau (les Exercices de style datent de 1947) et des disciples indisciplinés chez Peter Handke ( Outrage au public) ou Tadeusz Kantor dont les ombres fantomatiques évoquent parfois les personnages grand-guignolesques de l’auteur de Les Chaises.L’entrée à la Pléade force au bilan.On ne joue plus beaucoup Ionesco aujourd’hui.Depuis la fin des années 60, la nouvelle génération des metteurs en scène ignore ou se détourne de cette oeuvre qui fit scandale en son temps et qui semble ancrée dans un passé trop immédiat, dans ses actions d’éclat et son iconoclastic un peu désuète en cette fin de siècle éclatée.En France depuis Ionesco, et peut-être en l'absence de nouveaux auteurs d'importance (sauf Kollès), il y a eu de grands retours au répertoire ; les Chéreau, Grüber, Bondy, Lasalle, ont revisité Racine, Marivaux, Sha kespeare beaucoup plus que ce théâtre qui éclata dans les années 50 et qui, comme celui d’Adamov, Tardieu, Vauthier, les contemporains d’Ionesco, semble avoir pris le coup de vieux fatal des pourfendeurs qui vieillissent.Seul le théâtre de Samuel Beckett, et celui de Jean Genet peut-être, survit d’évidence et entre déjà dans la « postérité » qui n’est pas encore assurée à l’auteur de L’Avenir est dans les oeufs.Ionesco, avec Les chaises, Vie times du devoir, Amédée ou com-Volr page D-2 : Ionesco Alberto Moravia Caria entra VITA DI MORAVIA Alberto Moravia / Alain Elkann Paris, Christian Bourgois, 1991.Monique La Rue JE N'AI JAMAIS entendu parler Alberto Pincherle, alias Moravia* Mais je connais sa voix directe, son verbe tranchant, son ton clinique.On a l’impression d’écouter, plutôt que de lire, cette autobiographie sous forme d’entretiens avec le romancier Alain Elkann.Un partenaire de taille, qui ne craint pas de se faire rabrouer, accuser de n’avoir rien compris, de manquer de mémoire.« Une fois pour toutes, je te le redis, pour moi les années ne sont pas publiques, elles sont privées », s’impatiente Moravia.La nervosité de Luc Bureau La résonance entre la terre et nous 5*^ PHOTO JACQUES GRENIER Luc Bureau Jean Royer « DÉCOUVRIR le paysage, c’est se découvrir soi-même.Mais pour cela il me faut redécouvrir cette résonance entre la terre et moi, entre notre conscience et notre environnement », m’explique Luc Bureau, géographe devenu écrivain.Avec son essai intitulé La Terre et Moi (Boréal), le professeur de l’Université Laval cultive la méditation poétique et philosophique.Le géographe de la description des lieux poursuit dans sa recherche littéraire le sens de l’habitation du monde.C’est par sa parole et son écriture que l’homme peut rêver la terre et se situer par rapport au monde.Dans un premier livre, Entre l’E-den et l'Utopie : les Fonde menti imaginaires de l'espace québécois (Quebec/Amérique, 1984), Luc Bureau avait abordé la question de la place du mythe dans les relations que l’homme entretient avec son espace, qu’il soit physique ou politique, par exemple.Dans La Terre et Moi, l’essayiste poursuit son travail original en regardant le globe terrestre tel qu’il s’offre à lui, du plus grand au plus petit : les océans, les continents, les pays, les villes, le Québec, le fleuve Saint-Laurent, les montagnes, les noms de lieux québécois.Cette méditation littéraire, merveilleusement écrite et à la portée de tous les habitants, nous propose une vision lucide et responsable du monde que nous habitons — entendons aussi bien la planète que l’espace québécois.La réflexion de l’essayiste se fonde d’abord sur la not ion de résonance entre l’homme et le paysage.« Le paysage ne se découvre que par un sujet qui le parle, dit Luc Bureau.En somme, le paysage est un miroir de ce que nous sommes et non pas seulement un objet indépendant de nous.J’émets et le paysage me renvoie ce que j’y ai mis.Si je n’ai rien émis comme son ou comme raisonnement, je ne recevrai à peu près rien de lui.D’où la déception de plusieurs personnes devant des paysages préparés par les agences touristiques! » C’est difficile de découvrir un paysage, une ville, nous rappelle Luc Bureau.Il ne faut pas compter sur le prêt-à-consommer auquel on est trop habitué.Il faut travailler pour découvrir un monde.« D’ailleurs, cette attitude va beaucoup plus loin que pour la voyagerie, dit l’écrivain.Elle vaut pour notre environnement.Je pense qu’il faut être en résonance avec le monde, si l’on veut comprendre un peu ce qu’est la protection de l’environnement ».Cette idée se raccroche directement au titre de son ouvrage, tiré d’un poème de Gaston Miron : « C’est mon affaire/ la terre et moi/ flanc contre flanc/ je prends sur moi/ de ne pas mourir ».« Les lieux sont ce qui nous lie au monde, dit Bureau.Nous fabriquons les lieux mais les lieux nous fabriquent aussi.Il n’est pas indifférent que l’on crée des lieux médiocres comme les banlieues.Ce n’est pas seulement une question d’esthétique mais de rapport harmonieux entre le lieu et ses habitants.Quel poète va chanter le boulevard Laurier à Sainte-Foy ?Pourquoi tant de suicides sur le campus de l’Université Laval ?» Sur ce sujet, Luc Bureau nous donne un chapitre spectaculaire sur les « villes-miroirs ».Il nous fait voir la géométrie du centre-ville comme un véritable labyrinthe condition- nant la vie.Il n’est pas indifférent que la trame urbaine soit « à géométrie variable » (surtout en Europe, en Asie et en Afrique) ou ordonnée selon une structure géométrique rigide (presque exclusivement aux États-Unis, en Amérique latine et au Canada).D’ailleurs, en jouant avec les images et les symboles, avec le langage et les noms de lieux comme révélateurs d’une géographie humaine, Luc Bureau nous propose l’essai le plus vivant sur nos façons d’habiter la terre.Sa réflexion sur l’habitation de l’Amérique est aussi fascinante et nous concerne au plus près.En s'appuyant sur une phrase d’un premier ministre canadien, il nourrit notre réflexion sur les rapports du Canada et du Québec.« Certains pays sont forts en histoire, nous sommes forts en géographie », avait dit Mackenzie King dans un discours de 1936.« c’est non seulement le Canada mais toute l’Amérique qui se loge à pareille enseigne : faible en histoire, forte en géographie.Ainsi, ajoute l’essayiste, la jeunesse de l’Amérique est incurable.L’Amérique se meut en marge de l’histoire; elle est tout entière dans un hic et nunc hypnotique ».Voilà un élément important à méditer dans le débat actuel au Canada, selon Bureau.« Le Québec essaie de se raccrocher à l’histoire et à un ,1e-me-souviens, tandis que le Canada tient à un Coast-to-Coast.La géographie est le fondement du mythe canadien.Il ne peut y avoir de société distincte dans un coast-lo-coast.Et tout-à- coup il y a cet obstacle qui surgit de quelque part, un je-me-sou viensqui s’impose comme une verticalité par rapport à une horizonta-Voir page D-2 : Bureau leur corrida à forces égales, de cette mise à nu qui ne s’arrête jamais en chemin, n’est pas pour rien dans l’intérêt de la Vita di Moravia.« Je suis né en bonne santé, et ma famille était normale.L’anormal, c’était moi.» Après cette déclaration liminaire, le reste ira à l’avenant, un peu comme fut donnée à Moravia la première phrase de son premier roman, Les Indifférents, commencé en 1925 : « Caria entra ».Point.Enfance solitaire, à observer un père mystérieux, qui évoquera plus tard pour lui « un personnage de Svevo, un provincial du Nord, civil, cultivé, mais à l'ancienne mode », et une mère d’origine slave, dont le petit garçon subodore les infidélités : ainsi s’affûte le scalpel du romancier.À neuf ans, se rendant à l’école, il tombe dans la rue.On diagnostique la tuberculose osseuse qui, six ans plus tard, le mène aux portes de la mort.Durant les longs mois au sanatorium il lit Rimbaud, Dostoievski en qui il salue son maître, l’inventeur du roman moderne, et le père de l’existentialisme.« Caria entra », écrit donc Moravia dans son lit, maculant d’encre ses draps, et puis racontant l’histoire comme on dévide une pelote de laine.« Le roman est fondé sur des fantasmes, des apparitions ».« Toute fable, poussée jusqu’à sa conséquence extrême, révèle obligatoirement un rapport secret avec la culture.» Les Indifférents survient en Italie après 40 ans de mouvements littéraires hostiles au roman.La réponse du public est phénoménale.« Je ne gérais absolument pas mon succès.» Pourtant, dit-il, « j’ignorais tout de l’Italie, j’étais une sorte d’apatride littéraire ».S’il doit son nom à son pays, Moravia, qui sera élu pour la gauche, en 1984, au Parlement européen de Strasbourg, se sera toujours méfié des provincialismes, des enfermements, du « penchant habituel des nat ionalistes à généraliser ce qui est de l’ordre du détail ».Lecteur universel, esprit cosmopolite, il aurait plutôt tendance à envier les positions « alexandrines», de « l’autre rive ».Celle de la littérature Voir page D-2 : Moravia e*treme weeks alter best-sellers vlb »o*l« Robin Philpot OKA: DERNIER ALIBI DU CANADA ANGLAIS Daniel Hubert, Yves Claudé et la Ligue des droits et libertés LES SKINHEADS ET L’EXTRÊME DROITE Un ouvrage polémique, courageux, qui démontre, preuves et statistiques à l'appui, que le Canada anglais a profité de la crise pour régler ses comptes avec le Québec.A lire pour rétablir la vraie dimension de t es événements 17f) pages — 16.95 $ Cet ouvrage, extrêmement bien documenté, énonce, en termes clairs et stimulants, les problèmes de la lutte contre l’incitation à la discrimination raciale, pour la liberté d’expression et le droit à l’égalité.136 pages 14.95 $ vlb édi te UT DE LA grande littérature 0-2 ¦ Le Devoir, samedi 6 avril 1 991 • le plaisir des ivres Jean Royer VOUS CHERCHIEZ le successeur de Bernard Pivot ?Un journaliste capable de provoquer les confidences d’un écrivain sur son projet littéraire et sa manière d’écrire ?Je l’ai vu, mardi soir dernier à Radio-Qiiébec.C’est Stéphan Bureau, l’animateur de l’émission Contact, qui interviewait l’écrivain mexicain Carlos Fuentes.Il faut placer cette émission à côté des meilleures de bernard Pivot.De plus, la réalisation ¦ dé Claude Lortie est un véritable petit bijou de télévision.L’interview est animée avec goût par les changements de lieu et les effets visuels illustrant le propos.Stéphan Bureau et lqs Productions de la tête chercheuse font de Contact une série d’in-tqrviews avec des écrivains étrangers.Je signale l’émission pour rappeler à nos programmateurs de télévision que la littérature est un sujet de culture accessible et que seul le manque d'intérêt de leur part nous pçive d'une émission avec les auteurs québécois.Études féministes L’Université du Québec à Montréal possède maintenant un Institut de recherches et d'études féministes.Les activités de recherche et d’enseignement de l’I R EF poursuivront celles déjà amorcées par le Groupe interdisciplinaire pour l’enseignement ( et la recherche féministe qui avait été mis sur pied en 1976.L’Institut est dirigé par Mme Anita Caron, pro-.fesseur-chercheur à l'UQAM.Lectures de Copies conformes La Ville de Montréal présentera dans quatre de ses bibliothèques une série de lectures publiques du roman de Monique La Rue, Copies conformes ( Denoël/Lacombe), qui a obtenu le Grand Prix du livre de Mont- • féal en 1990.L’événement coïncide avec la publication du roman par le • club du livre Québec Loisirs, qui re-.joint plus de 300 000 lecteurs.Les co-/ médiens Katherine Mousseau, So-.phie Gascon et Réjean Roy liront le suspense de Monique La Rue, qui rencontrera le public lecteur après chaque représentation.Le 9 avril à la Bibliothèque Frontenac (2550, Ontario Est) à 18h 30, le 10 à 19h 15 à la Bibliothèque Mercier (8105, Hoche-laga), le 16 à 19h 15 à la Bibliothèque Côte-des-Neiges (5290, Côte-des-Nei-ges) et le 17 avril à 19h 15 à la Bibliothèque Petite Patrie (6707, de Lori-mier).Autres prix 330 textes ont été soumis au troisième concours de nouvelles « Belle Gueule » de la revue Stop, soit presque le double de l’an dernier.Le président d'honneur du concours, Christian Mistral, donnera les noms des gagnants au « Quai des brumes », le mardi 23 avril à 17 heures.Le prix du livre «M.Christie», qui récompense l'excellence en littérature pour enfants annonce les finalistes.Pour les textes français, ont été retenus Denis Côté, Christiane Duchesne, Gilles Gauthier et François Gravel.Pour les illustrations de livres en français : Michèle Lemieux, Mireille Levert, Stéphane Poulin et Pierre Pratt.Le concours a retenu également neuf finalistes pour les livres de langue anglaise.Le Grand Prix littéraire de la Ville de Sherbrooke, attribué à un auteur résidant ou travaillant dans la région, sera attribué le 10 octobre prochain.La ville achètera un bon nombre d'exemplaire du titre gagnant, afin d’en assurer une promotion liée au prix.Les ondes littéraires L’émission Littératures actuelles sera diffusée exceptionnellement de 17h à 19h, dimanche, au réseau MF de Radio-Canada.Au sommaire de cette édition, la critique littéraire au Québec, un débat animé par Réjane Bougé et réunissant Gilles Marcotte ainsi que votre chroniqueur du DEVOIR en compagnie de Jacques Allard, auteur de Traverses (Boréal).De son côté, François Ricard commentera Réelles présences, l’essai de Georges Steiner (Gallimard).Au cours de l’heure qui suivra, Suzanne Giguère recevra Hélène Dorion, auteur de Un visage appuyé contre le monde (Noroît).L’émission est réalisée par Andrée Major.D'autres émissions littéraires sont aussi pésentées à Radio-Canada.Le samedi à 14h, au réseau AM, Christiane Charette et Minou Petrowski reçoivent à Double-Expresso Jean-Noël Pancrazi ( Les Quartiers d'hiver) et l’animateur de «Ex-libris», Patrick Poivre d’Arvor suite à son entretien avec Hervé Guibert.Mme Petroski reçoit les cinéastes Jean Beaudin et Alexander Petrovic.Le mardi à 19 h, au réseau MF, Marie-Claire Girard anime le ma- ; gazine En toutes lettres, consacré à la littérature québécoise.Place à la poésie À la librairie Gallimard, dimanche j à 14 h, lecture de Nicole Brossard, | co-auteur avec Lisette Girouard de l’Anthologie de la poésie des femmes au Québec (Éditions du remue-ménage).Mercredi au bar Au plaisir (4467 A, Saint-Denis) à 21 heures, Janou Saint-Denis reçoit François Charron ( La beauté des visages ne pèse pas sur la terre, Écrits des Forges) et Francis Farley-Chevrier (Blancs foncés, Espace Global).François Charron, à la Place aux poètes Eugène Ionesco 4 Ionesco ment s’en débarasser, Délire à deux, a portraituré aux couleurs d’angoisse et de peur (derrière le comique un peu chaplinesque de son regard étonné) le couple bourgeois de son époque.Il a en quelque sorte pris le couple de Danse de mort de Strindberg (une de ses grandes influences), vieux compagnons usés, isolés, esseulés, et il l’a écartelé dans le fatal et le burlesque.Il a inclus dans ce jeu de massacre la société toute entière.Mais Ionesco n’a jamais franchi la frontière du « théâtre à idée », du « théâtre à thèse » (il détestait l’oeuvre de Sartre qu'il classait dans « le conformisme de gauche »), et il ne s’est jamais essayé du côte du théâtre engagé.On le lui reprocha beaucoup.Avec L'Impromptu de l’Alma, en 1956, il répondit à ces critiques venues de la gauche qui n'en avait, alors, que pour le théâtre de Bertolt Brecht que Paris découvrait.Il est curieux de se rappeler que le 11 mai 1950 lorsqu’on créa La cantatrice chauve aux Noctambules, la première pièce d’Ionesco était donnée à 18 heures 30 dans un programme triple qui comprenait L'Exception et la règle de Brecht et Le gardien du tombeau, la seule pièce de Franz Kafka.Brecht sera le mo- estuaire estuaire la rumeur des lieux 'éè* in» Dus poèmes de: (LAI lit B LAI SOI,HL.NICOLL «RONSARD.I*\l I ( HAMHLRI.AM).JLAVPAl'I.DAOl ST.( AROI.L DAVID, J)t NISL DLSAt TELS.LOI ISL DI PRÉ.¦BLRN ARI) POZIER, JEAN ROVER.‘•Jj.lSL II RCOITL.ANDRf.ROV \ ‘ — - - Abonnement pour quaire (4| numéros Abonnement ciudiunt/écrivain |K$o Abonnement régulier 20 S ?Abonnement pour institutions 30 $?Abonnement j l'étranger 35 S ?Abonnement régulier pour 2 ans (pru spècial pour huit (8) numéros, au Canada Kulcmenti 35 s Q Ahonnement régulier pour trois ans (prn spècial pour douze (12) numéros, au Canada seulement) 50 SD , On peut juss: v; procurer la plupjrt des cinquante (50) premiers numéros dèsiujire 5 S ?Nom .Adresse.Code.' Veuillez m'abonner a partir (Ju numéro.estuaire: c.p.337.suce.^Outremonl.Montréal H2V 4NI m Université de Montréal Faculté des arts et des sciences M WVl e ^S° e nces i»f8C cles ar*s CTO Si l'on veut accélérer sa scolarité élargir ses connaissances apprendre une langue Cours intensifs Printemps-été 1991 Demandez le répertoire des cours Renseignements 343 /338 dèle à éviter pour Ionesco, et Kafka, par contre, sera l’écrivain qui, peut-etre entre tous, a le plus profondément marqué Ionesco.Ce que l’on a appelé l'absurde, chez Ionesco, n’était autre que l’étonnement d’un homme devant le monde, et l’angoisse qui s’ensuit.Bérenger, l’aller ego d’Ionesco, ce personnage né dans Tueur sans gages comme un désenchanté qui se rend, qui traverse Rhinocéros et décide de ne pas « capituler » devant la métamorphose totalitaire de ses contemporains tous unicornés, mais qui va mourir dans Le Roi se meurt comme un bébé déçu, a quelque chose, en dérisoire, du Joseph K.du Procès.Comme dans Amédée, le cadavre a quelque chose du Grégoire Samsa de La métamorphose.Ionesco s'est dit, redit et contredit, affirme Emmanuel Jacquart qui a dirigé la publication du Théâtre complet dans la Pleiade.Il a surtout réaffirmé, quant à moi, que le comique n’est qu’une des faces du tragique.Théâtre complet, Eugène Ionesco, 1951 pages, La Pléiade, Gallimard.Eugène Ionesco, Marie-Claude Hubert, Les contemporains, au Seuil.4 Bureau lité.Car la seule façon de nous défendre comme collectivité québécoise, c’est de montrer que nous étions là, que nous existions, que nous avions des racines ici avant la conquête.Il ne peut donc pas faire autrement que les deux types d'imaginaire, canadien et québécois, entrent en conflit ».Luc Bureau a commencé d’écrire son essai en cherchant à « donner un sens au Canada ».C’est au fur et à mesure qu’il écrivait qu'il s’est de plus en plus senti en porte-à-faux.« J'ai découvert que je me définissais continuellement par rapport à l’espace québécois d'un bout à l'autre de ma vie.C’est mon espace de référence et c’est par rapport à lui que je peux me construire par la suite, que je me donne une vision générale ».L’essayiste nous fait aussi réfléchir sur le fait qu’il reste dans le Nord du Québec plus d’un million d’entités géographiques à nommer.En 450 ans de dénomination (et de domination), le corpus des noms en usage dans la population n’excéderait guère les 200 000 dont environ 93 000 seulement sont officialisés.« Le Québec est un pays littéralement innommé », écrit Luc Bureau.Mais soyons rassurés.Si les écrivains disent que l’écriture est une forme d’habitation, l’essayiste a bien compris, lui aussi, que « toute habitation est une parole commencée depuis très longtemps.Habiter le pays, c’est sans doute aussi le nommer.L’aventure de la découverte, écrira-t-il encore, c’est l’aventure de la parole.Ainsi l’écriture est nourricière ».Avant de me quitter, Luc Bureau tiendra à renouveler sa profession de foi en l'écriture.Toute écriture est « géo-graphein », écriture de la Terre, comme l’a rappelé aussi un de ses maîtres, le philosophe Michel Serres.« Je crois sincèrement qu’il n'y a que la parole qui est créatrice de quoi que ce soit dans l’univers, y compris la mort et la vie, me dit Luc EN MARGE DE CASANOVA Miklos Szentkuthy Phébus, 1991,252 pages.TRADUITE du hongrois (par Georges Kassai et Zeno Bianu), l’oeuvre monumentale et jusqu’ici inconnue de Miklos Szentkuthy est la plus récente découverte littéraire européenne.Durant un demi-siècle, ce Hongrois a écrit un vaste autoportrait lyrique dont on n’a commencé la publication qu’après sa mort en 1988.En neuf tomes, sous le titre général de Le bréviaire de Saint-Orphée, on pourra lire une oeuvre dont son éditeur dit qu’elle évoque les travaux d’un Joyce, d’un Borges ou d’un Nabokov.Phébus vient d’en lancer deux tomes, En marge de Casanova et Renaissance noire.On parle du roman-cathédrale d’un solitaire, démiurge littéraire.LES DEUX COEURS DU MONDE Du kibboutz à l’Intifada Marion Sigaut Flammarion, 1991, 279 pages.AU DÉBUT était Israël.Le kibboutz et son rêve communautaire.À la fin est l’Intifada, la révolte des Palestiniens.Entre ces deux réalités, séparées par 18 ans et par plusieurs séjours en Israël dans un kibboutz où Marion Sigaut s’est construit une famille, il y a une prise de conscience de la réalité d’Israël, de sa dérive du camp des « victimes » à celui des « oppresseurs ».Marion Sigaut, dans un témoignage à vif, tente d’expliquer « la question ».POUVOIR CHANTER Bruno Roy VLB Éditeur, 1991, 452 pages.IL EXISTE peu d’études sur les conditions historiques et idéologiques qui ont amené le développement de la chanson au Québec.Bruno Roy, par ailleurs président de l’Union dès écrivains, s’y risque dans un volumineux ouvrage qui tente de placer la chanson québécoise dans le triple axe de l’histoire, la culture et le politique.« Pourquoi chanter ?Parce qu’il y a tant à faire », chante Louise Forestier.La chanson, au Québec, a toujours été une lutte.Ce bouquin tente de retracer les grands heures.PRINCIPE D’EXTORSION Gilles Pellerin nouvelles, 180 pages L’Instant même, 1991.LAURÉAT en 1988 du premier concours de nouvelles de l’Office franco-québécois pour la jeunesse, Gilles Pellerin récidive dans le champ de la novella avec un receuil de 24 courts textes.Pellerin place son ouvrage sous un exergue de Robbe-Grillet : « Il cherche quelque chose, dans ses j souvenirs, quelque chose de solide, et 11 ne sait pas quoi ».Les éditions L’Instant même, qui se spécialisent dans le genre, publient également ces jours-ci des nouvelles de Jean-Paul Baumier, Petites lâchetés.LE CAPITALISME DANS TOUS SES ÉTATS Alain Cotta Fayard, 1991, 187 pages.APRÈS la chute du régime communiste, le capitalisme du siècle à venir ressemblera fort peu à celui du siècle précédent.Médiatisé, il livrera au jeu des pouvoirs économiques et financiers tous les grands moyens de la communication, à commencer par la télévision.On assistera à la mondialisation d’un paysage financier dominé par la faillite des banques américaines et le triomphe des banques japonaises.Alain Cotta poursuit son chemin prospectif.DICTIONNAIRE DES ÉCRIVAINS DE LA MAURICIE Réjean Bonenfant et Gérald Gaudet Écrits des Forges, 1991, 433 pages.DE CLÉMENT MARCHAND à Louis Caron, la Mauricie compte beaucoup plus d’écrivains qu'on serait porté a le croire.Réjean Bonenfant et Gérald Gaudet en ont répertorié 58 qu’ils présentent dans le premier dictionnaire littéraire mauricien.On nous rappelle que Gratien Gélinas est né à Saint-Tite-de-Cham-plain, que Gérald Godin est triflu-vien, et que Louis Hamelin vient de Saint-Séverin-de-Proulxville.Mais connaissiez-vous Gilles de La Fontaine, ou Guildo Rousseau, ou Denuis Saint-Yves ?CHRISTOPHE ET SON OEUF Carlos Fuentes roman Gallimard, 1991, 599 pages.LE NOUVEAU roman de l'écrivain sud-américain Carlos Fuentes, traduit de l’espagnol par Céline Zins.Le récit se passe entre le 6 janvier et le 12 octobre 1992.Le temps de l’enfantement de Christophe Palomar, qui, embryon-foetus, raconte l’histoire du fond du ventre de sa mère.Fuentes, né à Mexico en 1928, brosse un portrait à peine fictionnel du Mexique de 1992 : capitale surpeuplée, pollution au degré catastrophe, tremblements de terre, corruption.Bureau.Pourquoi avons-nous nommé mort un certain état de l’être ?Pourquoi la mort existe-t-elle ?Parce que nous avons la parole pour la nommer.Les choses les plus fondamentales de la vie, nous n’avons que la parole pour les faire exister.La mort n’existe pas; elle est un don de la parole, comme la vie.C’est par la parole que nous différencions le rêve de la réalité.Sans les mots, nous ne pouvons pas penser le monde.Les mots sont nos façons de construire le monde ».4 Moravia américaine par exemple, dotée du « goût de la sophistication psychologique et de la stylisation qui est le propre de tous ceux qui ont reçu en jiéritage une culture dont ils ne se soucient pas de connaître les origines ».Ceci ne l’empêche pas de reconnaître l’apport de l’écrivain aux lieux, d’admirer ce que Brancati a fait pour la Sicile, Parise pour la Vénétie.Dès le premier roman, il aura trouvé la méthode qui attirera plus tard vers ses oeuvres des cinéastes comme Bertolucci (Le Conformiste) ou Godard (Le Mépris) : « fondre la technique théâtrale avec celle du roman : peu de personnages, unité de temps et de lieu, peu d’analyses, beaucoup de synthèse, c’est-à-dire d’action ».Le meilleur roman est « profondément sincère et complètement inventé ».« Mon ambition serait d’être à la fois compliqué et clair.» Ses réflexions sur les genres littéraires et sur les écrivains sont autant de raccourcis sur l’art d’écrire.Se rattachant explicitement à l’existentialisme, il attribue au roman moderne le « déplacement de l’attention du romancier de la vie sociale vers la vie intérieure ».« La vie est un fait privé.» Ce qui ne veut pas dire que Moravia ne capte pas son époque aussi bien que ses personnages.Il assiste à la marche de Mussolini sur Rome.Piazza del Popolo, les fascistes « res- semblaient à des paysans allant y tirer les perdrix ».« Des provinciaux ».En 1941, son frère meurt en posant une mine.En 1943, les Allemands occupent Rome et Moravia doit se cacher plusieurs mois dans la montagne avec Eisa Morante.Événements de 68, Brigades Rouges, Perestroika, il ne recule devant aucune question.Ne cède à aucune langue (le bois.D’Eisa Morante, qui aura été, pendant 25 ans, le centre névralgique de sa vie sentimentale, il dresse en toute justice un portrait d’une grande précision.S’il admire la romancière brillante et ambitieuse, il reste longtemps blessé par la femme compliquée et même cruelle avec laquelle il n'aura jamais totalement rompu, qu’il suivra à distance lorsque sera terminé leur « rapport de symbiose existentielle dans leauel tout peut entrer, même l’infidélité ».La liberté, qu'il doit à la générosité paternelle, puis à son succès, lui aura permis de voyager toute sa vie.Londres, New York, où on l’accueille en lui demandant s’il a du saucisson dans ses valises, le Japon, la Chine avant et pendant la Révolution culturelle : la sincérité du voyageur déjoue les pièges de l’exotisme ou de l’ethnocentrisme.Les trajets se font parfois sous le coup du désir, à la poursuite d'une femme, telle une certaine Trude, qu’il rejoint en vain dans Berlin où Hitler électrise les foules.Après la rupture avec Eisa, mauvaise voyageuse, il fait le tour du monde avec Dacia et, en compagnie de Pasolini, se passionne pour l’Afrique, « ce qui existe de plus beau au monde ».Sur la couverture, le regard perçant affronte l’objectif, les sourcils blancs se froncent, la bouche est obstinément fermée, les lèvres sont minces, le menton volontaire.Moravia est mort le jour où on devait lui apporter ce livre qu'il aura, comme tous les autres, soigneusement construit.Car « on peut montrer confiance et abandon avec les mots, mais ce doit être toujours de façon indirecte ».q?FONDAT ION DES MALADIES DU COEUR DU QUÉBEC B*.Bou d’M! dan Rog*; tfarj w \v 1C< f li«< d» \ i NOUS CHERCHONS A SAUVER DES VIES 440 bout René-Lévesque ouest.Bureau 1400, Montréal.Québec.H2Z 1V7 (514) 871-1551 - 1-800-361-7650 Contribuai sans trais dans toute succursale de ta Banque Royale au Québec.1 I Le Devoir, samedi 6 avril 1991 M D-3 L • le plaisir des ivres Jean Lemieux et Pierre Turgeon Le débutant et le routier n [Jean BASILE Lettres a québécoises CETTE S KM AI N K, les débuts d’un jeune romancier « en région », Jean Lemieux, qui fait un demi-échec avec un demi-roman policier.Puis, un recueil d’articles littéraires par l’auteur d’Un dernier blues pour Octobre, qui est aussi le rédacteur-en-chef de la revue Liberté.PIKRRK TU RG KON est romancier connu mais il a fait beaucoup d’autres choses aussi.Il a écrit notamment des critiques littéraires pour la revue Actualité.Il vient de réunir des textes divers dans un recueil dont le titre est Fréquentations.Les « fréquentations », ce sont des écrivains de partout et lui même, puisque le recueil s’ouvre sur une suite de petits textes biographiques.Comment, pourquoi est-on écrivain ?La réponse de Pierre Turgeon est assez simple : on écrit pour participer à « la communion des saints que constitue une bibliothèque » et parce qu’on veut avoir « une place après sa mort, auprès des morts ».Pierre Turgeon, qui a été prix du Couverneur général, tient dans le mépris les gloires officielles, celles qui participent « à la rumeur littéraire » comme il l’écrit.On voit que la métaphysique n’est pas étrangère à Pierre Turgeon.Aussi ne s’étonnera-t-on pas qu’il attache une grande importance à la philosophie allemande et à la prose allemande, comme de nombreux textes de ce recueil en témoignent.11 aime la passion, et le désastre final, d’auteurs comme Wittgenstein ou Broch.Mais de quelle Allemagne s’agit-il en fait ?C’est celle de Weimar certainement mais c’est aussi celle de l’après-guerre.Hitler a fasciné Pierre Turgeon qui voit en lui un maître du tape-à-l’oeil et de la pacotille.Or, dit-il, « l’art de la pacotille incarne le mal absolu en art ».Kn fait, Pierre Turgeon aime la littérature étrangère et un de ses souhaits implicites c’est que toute littérature, y compris la littérature québécoise, soit cosmopolite.Outre la littérature allemande, il s’intéresse à la littérature hispano-américaine et à la littérature africaine.Il a quand même un mot pour la littérature française avec Henri Thomas mais, pour nous assurer aussitôt de son innocence, Turgeon nous prévient que « les romans d’Henri Thomas sont étrangers à la tradition française ».On a eu peur.Au fond, le thème caché de ce recueil d’articles est assez typique de la mentalité des écrivains de la génération de Turgeon : comment être un écrivain francophone sans rien devoir à la littérature française.Dans son cas, ce n’est pas si mal parce que Pierre Turgeon écrit très bien, sans aucune prétention, avec un côté goguenard très attachant.Attachants, les textes autobiographiques qui ouvrent le recueil le sont aussi.Pierre Turgeon s’y raconte comme écrivain.On voit très bien la distance qu’il met entre son idéal artistique et ses propres réalisations, ("est ce qu’il appelle sa « bouderie ».11 boude parce que le monde, sans doute incrédule de son génie, lui « réserve le plus grand affront » en ne le reconnaissant pas.C’est dans ces textes aussi qu’il regarde le Québec, dont la littérature ne l’enthousiasme pas du tout.Il croit que le Québec est dans les limbes et que « les Québécois appartiennent au rang des fantômes ».Encore plus intéressante est son opinion que le Québec peut bien se « louisianiser » s'il le veut.Il précise : « Comme écrivain j’aurais plutôt tendance à m'en réjouir : toute agonie, décadence, déliquescence, fournit un extraordinaire sujet d’inspiration ».La Lune rouge JEAN LEMIEUX < roman o D Ce livre élégant, dandy, policé, fait bel et bien partie de « la rumeur littéraire » que Pierre Turgeon n’aime pas mais ce n’est pas toujours de la pacotille.JEAN LEMIEUX est un jeune auteur et La Lune rouge est son premier roman.La notice nous dit qu’il est médecin et qu’il pratique aux Iles-de-la Madeleine.Voilà pourquoi le héros de son roman, François Robidoux, est médecin lui aussi et que l’intrigue se passe à Pile ' d'Entrée.Une île quasi inhabitée, des insulaires qui sont, souvent, des originaux, un médecin beau garçon et un peu naïf.Un meurtre, deux meurtres.Une femme d’âge mûr, alcoolique dont les désirs sexuels l’attirent vers les jeunes gens.Un vieux peintre excentrique et paralysé qui vit entouré de femmes.Un vieux pasteur saisi par le démon de la chair.Le vent et le Requiem de Mozart.L’halloween.On voit bien que Jean Lemieux n’aurait pas détesté écrire un roman policier un peu gothique.De fait, la seconde partie de son livre est une enquête dans le sens classique du terme avec des cadavres au pied des falaises et un policier insolite et célibataire qui a la réputation d’être homosexuel et qui joue férocement au poker.Il faut résoudre une énigme dans une ambiance de mystère.D'ailleurs, Jean Lemieux lâche le grand mot en parlant de François Robidoux : « Charlene aurait la première à s’esclaffer en le voyant jouer les Sherlock Holmes».Curieusement, la première partie du livre est tout à fait différente.11 s'agit davantage d'un roman de moeurs.Jean Lemieux, sous le couvert de son personnage principal, invite le lecteur à faire connaissance avec les habitants d’une petite île du bout du monde où chacun a ses propres raisons pour y vivre.Jean Lemieux s’amuse à faire des portraits et à décrire des paysages.Il nous fait surtout le portrait de son médecin rural généraliste, idéaliste et pas conventionnel du tout qui est, somme tout, un nouveau type : le jeune médecin romantique en région.Au fond, Jean Lemieux, outre qu'il néglige beaucoup son style rempli de familiarités, n’a pas su choisir entre ses différents projets.On sent qu’il aimerait être pris au sérieux mais qu’il n’ose pas le demander.On regrette un peu qu'il se soit laissé aller à son goût, un peu facile, du roman policier plutôt que de traiter de son vrai sujet : la vie et les aventures d'un jeune médecin en région parmi des habitants qu’il aime et qu’il voudrait faire aimer.Ou alors, dans le sens inverse, il aurait dû faire un bel Agatha Christie mais ça, c’est encore plus difficile.Fréquentations, Pierre Turgeon, essai, 180 pages, l’Hexagone, 1991.La Lune rouge, Jean Lemieux, roman, .'100 p; „e.éditions Québec/Amériq., 1991.Le manifeste d’un honnête homme L’HOMME TÊTARD une fiction sur le monde masculin Maurice Champagne Québec-Amérique, 257 pages.Robert Saletti L’HISTOIRE commence comme un mauvais polar avec la rencontre, dans les toilettes d’une gare, d’un psychopathe en puissance cherchant a liquider l’image du père et d’un influent professeur, directeur de l’Institut de recherche sur le comportement masculin.Elle se termine comme un mauvais mélo, après le suicide du premier, avec la reprise en charge par le second de sa vie familiale.Entre ces deux moments, le récit raconte l’histoire de Jules Thomas, prototype de ces nombreux hommes modernes qui souffrent de l’âme parce qu’ils ont la tête qui penche d’un côté et le sexe de l'autre, parce que, incapables de tendresse masculine, ils haïssent foncièrement les femmes.L’histoire de cet « homme en morceaux » se présente surtout comme une fable, comme une parabole sur la décrépitude du monde masculin.Et comme dans toute pa- I rabole, il y a un enseignement.MAURICE CHAMPAGNE UNE'TUCTION SUR LE MONDE MASCULIN il U I M I ( A A* » U l U »' » On l’aura compris, L’homme-tê-tard, de Maurice Champagne, est un mauvais roman (pas nécessairement une mauvaise fiction).En effet, toute coïncidence avec des hom mes ayant réellement existés sera présumée non-fortuite.L’auteur ne nous en voudra sans doute pas de le reconnaître en partie sous les traits du professeur Thierry Laurent, spécialiste de la famille et thérapeute de l’humanité dans sa version yin.Je le soupçonne même d’avoir fait exprès, coquetterie d’essayiste qui se donne un miroir pour être plus libre de ses concepts.Comme dans beaucoup de fictions à message d’ailleurs, c’est le personnage négatif, I/homme-têtard lui-même, qui est le plus intéressant (contrairement au professeur, il a des fantasmes).Jules Thomas, alias Gémeaux, est un cas.Bagarreur, amateur de chasse, fanatique d’informatique, modèle de l’homme à succès sur toute la ligne, il n’aime les femmes qu’à l'horizontale et il préfère le mot « érotique » au mot « pornographi que ».Sa vie privée, qui ne tient qu’à la pyramide de pouvoirs au sommet de laquelle sa vie sociale l’a installé, s’écroule lorsque sa première femme le quitte et que sa maîtresse avorte.« Orphelin de 37 ans souffrant de névrose d’abandon », il sombre alors dans une « confusion merdi-que » où une sexualité débridée (et homosexuelle) et la menace des femmes l’emportent sur une souffrance qui n’en finit plus, toutefois, de croître.Gémeaux a besoin d’aide et il croit pouvoir la trouver chez le professeur Laurent, alias Taureau.L’analyse révèle le mal familial enfoui, jusqu’à ce que la folie et la mort viennent trancher le noeud gordien de l’échec de sa relation au père.Voilà pour l’anecdote, qui se résume à vrai dire à l’affrontement d’un homme avec son passé par thérapeute interposé.Il n’est pas indifférent, bien sûr, que ce thérapeute soit un éminent chercheur sur le point de dévoiler le manuscrit des dernières volontés d’Alexandre le Grand, une découverte faisant surgir « l’inconscient masculin des profondeurs de l’histoire ».Car voici venu le temps du complexe d’Alexandre, et Oedipe peut aller se rhabiller.Loin d’avoir été tué, le père n’est à proprement parler jamais né.C’est donc d’avoir été privé de l'affection de son père, de n’avoir jamais pu réunir les éléments masculin et féminin de « l’atome affectif », désintégré par la culture oedipienne, que Gémeaux a souffert et est mort.Or, comme le dit l’essayiste, « un père absent psychologiquement fait bien plus de dégâts qu’un père mort ».Le procès de la culture masculine millénaire est relancé.Une fois dégagée de la symbolisation que le récit de Maurice Champagne lui fait subir, la thèse est relativement simple et s’inscrit dans le mouvement de revalorisation du père auquel on assiste actuellement au Québec, que ce soit au cinéma ( Un zoo la nuit de Jean-Claude Lau zon), dans la littérature d’essai ( Père manquant, fils manqué de Guy Corneau), dans la critique littéraire ( Le Père vaincu, la Méduse et les fils castrés d’André Vanasse), dans le simple témoignage ( Père et fils.Lettres de Roland et Réjean Legault), ou en sociologie ( Les lendemains de la révolution sexuelle de Michel Dorais, récemment réédité, parle aussi de la nécessité d’une révolution affective) : les problèmes des hommes avec les femmes viennent d’abord des problèmes des hommes entre eux et, au premier chef, de la pruderie paternelle.L'homme-lêtard est doté d’un « minuscule système de respiration affective ».Le Jules de ces dames est un sans-coeur incapable de passer l’épreuve du quotidien, celle où le rapport des sexes est le plus insidieu- ILS JOUENT AU Nintendo.M ALS AfVR ENNI2NI -II5 QUELQUE f (\ V DONNONS GÉNÉREUSEMENT BRONISLAW GEREMEK Les fils de Caïn de la pauvreté à la fin du Moyen Age : jusqu’alors il y avait les pauvres « avec Pierre » (le clergé et les chantres de la pauvreté volontaire), et les pauvres « avec Lazare » (ceux I qui sont dans le besoin et qui ont besoin d’être assistés).Désormais on J ne sait plus qui est qui.D’où sans doute le succès, « foudroyant » dit Geremek, de toute une littérature picaresque ou « de gueu-serie », pleine de miséreux, d’aven- | tuners, vauriens, larrons, filous, faux mendiants, faux moines, vagabonds, artisans ambulants, faux pèlerins, et I autres coquillards qui vivent d’expédients, changent de métier, mènent une existence oisive et insouciante, aux crochets d’autrui, exploitant la crédulité humaine ou faisant carrément la manche.Villon et Sacchetti, Rabelais et Shakespeare, Gervantès, eux-mêmes ont mis en scène ce genre de personnages et commentent leurs rires et leurs méfaits.Le « Liber Vagato-rum » les condamne.Luther en profile pour condamner dans sa préface les ordres mendiants.Mais (les modèles sont disponibles : les romans de Pétrone et d’Apulée.Les personnages se nomment Tyl Eulenspiegel ou Simplicius Simplicissimus, mais aussi Tailleboudin.Pour s’en tenir au domaine français, Geremek nous fait découvrir un document savoureux, le rapport d’un certain Jean Robustel aux autorités-municipales de Dijon, en 1455, sur les malfaiteurs et les vagabonds qui terrorisent la ville et ses environs.Il s’agit de la fameuse bande des Coquil-lards qui vivent de cambriolages, de vols, d’attaques à main armée el passent le reste de leur temps menant grande vie, passant leur temps dans la maison close de la ville, où ils jouent aux dés, aux carles etc.Geremek cite la liste des différentes spécialisations criminelles de ces messieurs.En ancien français elle ne manque pas de saveur.Il donne aussi en appendice une liste des catégories de vagabonds français au 16e siècle.Il s’agit véritablement d’une anti-société, avec ses règles sociales particulières el son langage, l’argot, langue hermétique qui pour Geremek est la meilleure preuve de son désir de se distinguer de la société ordinaire par tous les moyens possibles.Mais parmi tous les écrivains qui ont décrit ces sociétés de marginaux, seuls Villon en France, Grimmels-hausen en Allemagne, en ont fait partie, les autres ne parlaient que par ouï-dire, par emprunts à d’autres auteurs.La naissance de la société moderne, dit Geremek, procède de la marginalisation, décisive ou passagère, de grandes masses sociales : la marginalité apparaît comme le coût social de la modernisation.C’est la terrible leçon de ce livre.Dans ses livres p ’ 'lents, Geremek avait montré le rapport entre la proliféra-t ion des groupes marginaux, dans l’Europe occidentale de la fin du Moyen Age, et une crise du féodalisme qui frappe au même moment l’économie rurale, le marché du travail urbain el l’idéal évangélique de la pauvreté volontaire.Mais il a vu aussi dans la réponse des puissants à cette situation les premiers signes de l’accumulation primitive du capital.' Ce dernier point est la leçon qu’il aura retenue de Mikhaïl Bakhtine :! la littérature est le miroir de l’idéologie en formation.^ Le Devoir, samedi 6 avril 1991 ¦ D-5 • leplaisirdes Charles Dickens La littérature des grands sentiments CHARLES DICKENS Fred Kaplan traduit de l’anglais par Éic Diacon Paris, Fayard, 519 p.Odile Tremblay DANS L’ANGLETERRE précieuse et puritaine du XIXe siècle, sa renommée atteignait celle de la reine Victoria dont il s’était d’ailleurs amouraché en secret.Charles Dickens fut plus que le miroir de la Grande-Bretagne victorienne : il fut sa conscience.Grand génie en moins, on l’a comparé à Victor Hugo.Tous deux croyaient être investis d’une mission humanitaire et didactique, se rêvant porteurs du bien, du progrès, de la morale.À sa façon, Dickens rédigea aussi Les Misérables : Oliver Twist renvoyé à neuf ans d’un sinistre dépôt de mendicité, pour avoir osé redemander du gruau, tient tout à la fois de Jean Val jean qui vole un pain et de la petite Cosette pleurant de détresse sur le chemin du bois.À travers leurs oeuvres respectives, les deux hommes ont fait vibrer comme des cordes de violon la sensibilité, d’aucuns diront la sensiblerie, de leurs contemporains.Mais l'injustice sociale marquait l’époque au fer rouge.La littérature pouvait bien s’écrire à coups de grands sentiments.Pour plusieurs d’entre nous, Dickens est l’écrivain de la jeunesse.Il faut dire qu’on le rencontrait généralement aux portes de l’adolescence, entre les pages des marabouts-junior, plongeant avec délectation dans son univers somme toute facile peuplé d’enfants abandonnés, maltraités, de voleurs à la tire, de brigands tapis dans leurs noirs repaires, de gros Anglais excentriques frappant les filous à coups de parapluie.Il y avait de l’humour et des larmes, des bons et des méchants, une grappe d’innocentes victimes, quelques belles et angébques jeunes filles.Il y avait surtout, ô combien séduisant !, ce Londres grouillant et malfamé des bas-fonds avec ces usines enfumées, dévoreuses d’enfants ouvriers, oui crachotaient l’avènement de l’ere industrielle.Si Dickens sut si bien décrire l’enfance malheureuse, c’est qu’il fut lui-même tiraillé à hue et à dia durant toute sa jeunesse.Sa mère frivole n’aimait que les fêtes et la danse, son père, un irresponsable chronique, fut emprisonné plusieurs mois pour dettes avant de faire faillite, plongeant sa famille tête baissée dans le déshonneur et la misère.À 11 ans, on arrachait Charles de son école pour l’envoyer travailler dans une usine de cirage.Cruelle expérience qui devait le marquer profondément et fixer les thèmes d’une oeuvre mélancolique à jamais.Il est né à Portsmouth en 1812 mais suivait sa famille à Londres 10 ans plus tard.Tout jeune, il se donna un but : ne pas ressembler à son père et, semble-t-il, y parvint.À 20 ans, Charles Dickens débuta dans le journalisme, un peu par hasard et, à l’incrédulité de ses parents qui n’avaient jamais soupçonné les talents de leur rejeton, se mit à rédiger des chroniques drôles et pleines de vie.Dès 1836, il commença à publier en feuilleton Les aventures de M.Pick- wick, gros bonhomme comique dont l’optimisme allait conquérir l’Angleterre.Nicholas Nickleby, le plus théâtral de ses romans, devait suivre bientôt, puis le sombre Oliver Twist.À son grand talent narratif, à ses descriptions hallucinantes de la faune des bas quartiers londoniens se greffait une conscience sociale aiguë.Ses compatriotes lui savaient gré de se porter à la défense de la veuve et de l’orphelin dans une société d’injustice.Ils aimaient aussi qu’il demeure chevillé à la scène victorienne dont il épousa la moralité un peu simpliste comme les préjugés, l’antisémitisme entre autres (le Juif Fagin dans Oliver Twist est une caricature de Shylock).Dickens devint rapidement une gloire nationale.Ses moeurs furent le reflet de son temps : engoncées dans les convenances.Marié tout jeune à une femme qu’il n’aimait guère et qui lui donna neuf enfants, même s’il finit par divorcer après 22 ans d’union, il n’osa jamais vivre ses amours illégitimes en plein jour et mena malgré lui une existence bourgeoise et respectable.Pourtant, Charles Dickens ne cessa d’être habité par des zones d’ombres qui viennent noircir tous ses récits.Un goût du macabre le poussait à visiter partout où il passait : les morgues, les hôpitaux, les prisons, pour y humer les parfums de la mort, de la souffrance et du crime.Ces thèmes lancinants tirés de son passé malheureux éclosent dans des livres comme La petite Dorrit, De grandes espérances : pères croupissant dans des cachots, marâtres a la main leste, enfants négligés et ma- lades, morts violentes et prématurées venues châtier les crimes des méchants.Mais le plus autobiographique de ses romans demeure sans conteste David Copperfield.Entre toutes, l’oeuvre fut chère au coeur de Dickens qui la tissa à même ses traumatismes et ses souvenirs intimes, décrivant la transformation d’un pauvre enfant abandonné en grand artiste adulé du public (et faisant avant l’heure l’eloge du sell made man).L’écrivain atteignit à travers ce récit une profondeur d’émotions qu’il ne devait plus retrouver par la suite.Dieu sait pourtant si Dickens utilisa des émotions dans son oeuvre.Lui qui fut le grand spécialiste du « conte de Noël » (il en composait un par année) sut raconter avec le trémolo des histoires pathétiques, un brin surnaturelles, à la gloire des démunis visités par le bonheur la nuit de Noël.Il adorait donner des lectures publiques de ses plus bouleversants récits, tirant des larmes à son auditoire.Bien des passages d'Oliver Twist figuraient à son programme, les mésaventures de ce pauvre orphelin kidnappé par des brigands constituant, il est vrai, un sommet du genre mélo.Toute sa vie d’adulte, Dickens fut un grand voyageur qui sillonna non seulement l’Europe (il habita longtemps la France et l’Italie), mais aussi l’Amérique.Amateur passionné de théâtre, on le vit même monter en 1842 à Montréal un spectacle de comédie, Un Roland pour un Olivier, où, parait-il, se rua toute l’élite anglophone de la ville.L’écrivain préférait le Québec aux États-Unis, pays dont le matérialisme primaire le révoltait et qu’il fut horrifié de découvrir esclavagiste.Ce jugement négatif s’étale dans ses Notes américaines, un ouvrage socio-humoristique qui devait frigorifier à jamais ses rapports avec l’Oncle Sam.Dickens s’est voulu une sorte d’artiste complet : poète, romancier, chroniqueur, dramaturge aussi.Il écrivit pour la scène, joua au théâtre.Il dirigea également des magazines, produisant les auteurs et les illustrateurs de son temps.Mais s’il laisse une empreinte aujourd’hui, c’est celle d’un redresseur de torts, d’un champion de la justice sociale dont le message d’humanité, au-delà d’un moralisme un peu étroit, n’a rien perdu de sa résonance.Twain, sain et Destin d’exception MARK TWAIN No 44, Le Mystérieux Étranger Paris, Éditions du Roseau Traduit de l’anglais par Bruno Gué-vin 1991, 248 pages Christian Mistral COMME QUOI nul n’est à l’abri des vautours.La vieille carcasse de Mark Twain n’était peut-être pas très ragoûtante, mais sa dépouille littéraire a fait baver des ronds de chapeau à tous ceux qui s’en sont repus.Ainsi de ce texte, qui nous parvient pour la première fois dans sa version définitive et pour ainsi dire « approuvée » par l’auteur, plus de 8o ans après sa mort.C’est qu’il s’agit de son dernier roman, et Twain lui-même n’avait entrepris aucune démarche en vue de sa publication.On lui pardonnera en raison de son grand âge (73 ans) et parce que c’était un chic type, cette négligence d’écrivain qui a privé trois générations d’admirateurs de l’intégrité d’un livre aussi plein de charmes.Car les charognards, un mot bien galvaudé par les temps qui courent par ceux-là même qu’il désigne, 1492 L’EUROPE AU TEMPS DE LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE Franco Cardini, Paris, Solar, André Girard LE 11 OU LE 12 octobre l’Amiral changea le cap.Abandonnant la direction ouest, il se dirigea plutôt vers l’ouest-sud-ouest, suivant le vol d’une grande multitude d’oiseaux.Les marins pour leur part avaient vu et repêché des indices matériels d’une terre habitée : roseaux, morceaux étaient bien sûr au rendez-vous pour amalgamer à la hâte les trois (très) différentes versions de cette oeuvre délaissée puis reprise par Twain, ce pourquoi on peut déplorer la perte d’intégrité plus encore que celle de l’intégralité.Mais enfin, tout cela tient désormais de l’histoire ancienne et le mystérieux étranger est là, sain et sauf.Qui est-il ?D’où vient-il ?Nul ne le sait, surtout pas ceux du petit village d’Eseldorf, assoupi dans l’Autriche de 1490.Ce Moyen-Âge de fantaisie gothique croit plus au diable qu’en Dieu lorsque survient un adolescent malingre qui dit se nommer Numéro 44, Nouvelle Série 864 962.Affamé, il trouve refuge au Château où loge, par une grâce du prince, toute la maisonnée de l’imprimeur local : sa famille, ses ouvriers, ses apprentis.L’imprimerie est jeune encore, 30 ou 40 ans, mais 44 semble s’y connaître, comme en bien d’autres domaines d’ailleurs, et bientôt le maître le prend à son service, au grand dam des employés qui ne voient pas d’un bon oeil ce blanc-bec troubler leurs privilèges.S’ensuivent, à l’apparente instigation de l’étranger, des prodiges et de bois taillés et une branche garnie de baies.Ils désespéraient après deux mois en mer de lancer le cri fatidique Terre ! Terre ! L’Amiral s’appelait Christophe Colomb.L’année : 1492.Quelques années auparavant un peintre de Bruxelles ouvre l’arrière-plan de ses tableaux sur des étendues illimitées.Mers, montagnes, nuages se perdent dans des lointains que quelques personnages contemplent.Un autre artiste, âgé de 40 ans, travaille à la cour de Ludovic le More, il se nomme Léonard de Vinci.Un peu plus jeune, 23 ans, Nicolas sauf des chambardements tous plus anachroniques et délirants les uns que les autres.Jusqu’à sa disparition magique sous les yeux de son unique ami, August, qu’il aura révélé à lui-même comme seul le démon de la connaissance est apte à le faire.Conte fantastique avant la lettre, No 44 m’a fait trembler d’émoi pour la sage tristesse qui en émane, et qui est le bagage de toute une vie jeté sur la table.Malgré de pathétiques Çereées de bonne humeur, Mark wain n’a plus le coeur à rire; sentant la mort approcher, il veut dire toute la foi qu’il conserve en l’esprit humain et toute celle qu’il a perdue en Dieu.Une ultime fois, il replonge dans ses souvenirs de Hannibal, Missouri, où dès l’âge de 12 ans il bossait comme apprenti imprimeur.La boucle est bouclée.Mais, on tremble aussi, je le jure, devant l’insolente modernité de Mark Twain, son exploration, 40 ans avant que ce soit de mise chez des écrivains américains bien plus jeunes et vigoureux et fous, des tréfonds de la conscience et l’inconscience, des portes psychiques du néant vertigineux qui mène a comprendre.Que nous sommes Dieu, tous, et responsables de tout.Machiavel s’apprête à faire son entrée à la Chancellerie de Florence et y commencer une brillante carrière de bureaucrate.Michel-Ange a, lui, 17 ans.Pour marquer le 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique, qui coincidera avec le pas décisif de 1992, 1492 L’Europe propose une image vivante de ce continent.Hommes et femmes, les idéaux et la vie quotidienne, tels qu’ils étaient il y a CLAUDE LÉVESQUE DissonancE Nietzsche à /a limite du langage NÊ lircchcs hiirlubise limit Éditions Hurlublse HMH 7360, boulevard Newman.LaSalle (Québec) Tél.: (514) 364-0323 LOU ANDRÉAS SALOMÉ MA VIE Paris, Quadrige/PU F 1986, 316 pages Christian Mistral SI ETRE de son temps, c’est être de tous les temps, qu’en est-il de ces destins rares et singuliers qui surgissent manifestement hors de l’époque qui leur conviendrait, en avance sur leur temps ?La question s’est toujours posée avec davantage d’acuité lorsque ce destin est celui d’une femme.Aussi bien les sociétés s'entendent à générer le lot d’exclus et de dissidents dont elles ont besoin pour se situer, aussi bien elles excellent à briser les voix par trop arythmiques.À vouloir vivre comme ça nous chante et danser sur sa propre musique, on court le risque de finir au violon.Les Frances Farmer, les Camille Claudel de ce monde en sont la triste preuve.Puis, il y a les exceptions, comme dans destin d’exception, des êtres qui ne reconnaissent de limites que celles inhérentes à leur propre nature et délaissent les choses telles qu'elles un demi-millénaire.Entre « les neuf plats du cardinal et le navet du paysan », Franco Cardini a réunit une importante documentation sur les manières de vivre, de se loger et de se nourrir, de se vêtir et de se divertir.Entre les rêves et les techniques, la famine et les guerres, à une époque où l’exploration au-delà des étoiles fixes poussait ses premiers balbutiements.Dissonance Mcizsche ù lu limite du langage Collection Brèches 186 pages 22,95$ Dans ce livre prenant.Claude Lévesque s interroge sur In vision nietzschéenne du langage et de la culture dont la poésie et la musique sont les expressions suprêmes.En vente chez votre libraire I hurtubise IQI hmh sont pour le royaume plus précaire des choses telles qu’elles devraient être.Lou Andréas-Salomé était un de ces êtres.Dans Ma Vie, fascinante et sibylline coUection de souvenirs rédigés à 70 ans révolus, LAS se retourne avec toute la sérénité de son âge sur une existence riche en rencontres, en émotions et en « expériences fondamentales ».Disciple de Nietzsche et de Freud, maîtresse de Rilke, elle lève tant soit peu un coin du voiie sur sa façon de gérer ses passions et sa pensée tout en restant mariée, spirituellement à Friedrich Cari Andréas.Avec comme prémisse la perte de Dieu, encore qu’il s’agirait plutôt de la réalisation précoce que Dieu n’a jamais été qu’absent, ce livre pudique et sage irradie le bonheur d’inventer sa vie au gré des découvertes et des richesses du possible.Document philosophique et religieux d’une conscience éclairée, Ma Vie est une leçon dans l’art de vivre libre, et d'y survivre.LAS disait volontiers qu’elle avait toujours été pressée d’arriver à l’essentiel, ce qui se vérifie dans le dynamisme de son écriture.Mais hâte n’est pas précipitation et chaque 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Aujourd'hui 6 avril de 14h à I6h GILLES LÉVEILLÉE Les Paysages hantés QUEBEC/AMÉRIQUE Samedi 27 avril de 15h à 17h MIMI BARTHÉLÉMY Auteure et conteuse Haïtienne FRANCIS DUPUIS-DÉRY L’erreur humaine leméac Editeur Mercredi 17 avril de 18h à 20h PIERRE LEMIEUX Apologie des Sorcières Modernes Coll.Iconoclastes LES BELLES LETTRES Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Samedi 20 avril de 14h à 16h LECTURES.EXTRAITS DE Anthologie de la Poésie des femmes du Québec Nicole Brossard.Lisette Girouard.Suzanne Jacob.Cécile Cloutier.(,'laudine Bertrand.Francine Déry, Michèle Cilonde.Hélène Rioux.I nuise H'.nren REMUE MENAGE phrase annoncera suivante pour en prolonger l’idée sans rupture de rythme.On devine que cette langue écrite est proche du parler de l’auteur, langage codé et néanmoins transparent.Certes, Paul Rée commença par commettre une grossière erreur — que je trouvai regrettable et irritante — en soumettant à ma mère un tout autre projet — un projet de mariage —, et il fut de ce fait beaucoup plus difficile de la faire consentir au mien.Il me fallut commencer par bien faire comprendre à Rée ce que ma vie amoureuse « définitivement close » et mon besoin tout à fait effréné de liberté me poussaient à réa- , User.Mystérieuse, attachante et souveraine, troublante en dépit ou à cause de son charme suranné, Lou Andréas-Salomé est actuelle, maintenant que les femmes d’Occident la rattrapent, de l’actualité qu’emportent avec eux dans la tombe ceux qui n’ont peur de rien.Au seuil de la mort, elle laissait échapper : « Quoi qu’il m’arrive — la certitude ne m’abandonne pas que derrière moi des bras sont ouverts pour me recevoir.» tcHtiunts/üittnATunc DES MARQUES DES MARQUES sous la direction de DANIELLE DUSSAULT avec Bertrand Bergeron - Louis Jolicoeur -Jean-Paul Beaumier - Charlotte Lemieux -FrancisGrenier - GillesPellerin -Sylvaine Tremblay • Sylvie Faure-Suzanne Gagné • Liane Bolduc - Marcel Labine-Diane-Monique Daviau - Michel Dion -Christine Richard - Louise Dupré - Claire Chouinard MOEBIUS 8 S Tarifs d'abonnement (taxes incluses) •Individu: un an 30,00 S deux ans 55,00 S • Institution : un an 45,00 S deux ans 85,00 $ Nom :_________________________ Adresse :-__- Téléphone :______________________ Je m'abonne ô partir du numéro :__ Adressez votre chèque ou mandat-poste au nom des : Éditions Triptyque, C.P.5670, succursale C, Montréal, Qc H2X 3N4 (514)524-5900/525-5957 PROCHAIN NUMERO Autour du mythe de DANAE L’ASSIMILATION INTUITIVE! ASSIMIL LE DON DES LANGUES LA COLLECTION LA PLUS COMPLÈTE POUR L’APPRENTISSAGE DES LANGUES le nuiivcl .inglai V.II1S print Ihi new rtigllth wlthiiiil loti using cngll ¦HH I» rte.i Infini il» ni tl nui «o «spimu «tu i kfiin /n y.i ¦ k thiini > Mil» pri |K mr À LA LIBRAIRIE =le Parchemin U' )N I.ll 1 IM » HI H HI I l(J AM f.ll if J i ll| Al M.'l .'( •» (Ml ill I ' • •.'It I HUtAIKIl Al ,ll| I I Changement de cap Claude Lévesque, auteur de Dissonance est élu à l’Académie canadienne-française D-6 ¦ Le Devoir, samedi 6 avril 1991 • te plaisir des ' • -ZTt- >'• «4) ¦ ft-nai, SM ‘mruw ¦X : ».¦ r*r ”»•» »,.Yves NAVARRE ?La vie dans lame Carnet 29 ON VOUDRAIT pouvoir répondre au courrier.Mais les lettres reçues, si bien venues, en temps voulu, rudes et simples, généreuses, sont déjà une réponse en soi.La vie dans l'âme eût pu devenir le vague à l’âme s’il n’avait pas été inspiré par l’une ou l’autre, celui-ci, celle-là, ici ou là, pas toujours du centre de Montréal ou je m’encabane, fragiles liaisons.Gare à celles et ceux dont je suis de naissance, d’itinéraire et d’errance, qui ouvrent leur coeur.On les traite vite de chialeux.Et les teigneux, celles et ceux-là qui liraient ici de la coquetterie, de veiller à la chialerie : ça les conforte.Ils se croient plus forts parce qu’au-dessus de la mêlée de l’actualité.Heureux courrier qui a le premier mot.Libre à moi de penser que Mulroney a une voix qui hausse les épaules et un goût pervers ou politicien, au choix, pour les vieilles querelles.Je suis venu au Québec pour devenir Québécois, surtout pas Canaméricain.Et il y a du régal dans cette manière que Bourassa a de louvoyer, le regard vide, le sourire lisse.Que veut dire pour lui, taxer les livres, c'est imposer l’ignorance ?Les livres sont désormais taxés, c’est révoltant.C’est fait.Il faudrait savoir ce qu’en pensent les libraires.Et ce que nous avons eût, clamé, n’a servi à rien, rien ! Tout se passe comme si, sur le lac Après-Meech, Oka aidant, la crise puis la guerre du Golfe assaillant et la récession menaçant de plus en plus, on nous menait en nouveau bateau.Un temps précieux a été perdu, mais où sont les valeureux d’antan ?Les autres, les atteints de consullativile aiguë, ont gagné du temps, leur temps mort et morne, pauvres libéras (on dit bien hétéros, toxicos, paranos, etc.) prisonniers de leur libéralisme (comme partout ailleurs) et piètres conservateurs à l’abri de leurs cans dont (comme partout ailleurs) on a perdu l’ouvre-boîte, jusqu’à son mode d’emploi.A lire et relire les éditoriaux Le compte à rebours 1 et 2, parus dans ce journal, je me dis, comme l’ami spécialiste de l’histoire du Québec, « je sais très bien ce qui va se passer, j’ai déjà vu neiger».La commission Bélanger-Campeau a subtilement subtilisé les cartes maîtresses et brouillé les autres.C’est du travail qui, à force de dépiauter et reporter le problème, va le déporter.Quand bien même l’objectif eût été de concevoir une solide fusion dans une Constitution, le résultat n’est que de pure confusion, 1992 serait l’année des calendes grecques.Les malins ont mille et un tours dans leur sac à malices pour parler au ventre, au portefeuille, au char acheté à crédit et plus vraiment à l’esprit.Puisse chaque être humain être le témoin de sa propre histoire : il devient alors plus exigeant.Je cite là Brecht qui fut un poignant itinérant.Et si je lis les nouvelles du monde, je vois que partout les peuples de toutes les provinces sont floués.Toutes les peurs sont bonnes pour les politiciens de tous bords.Les fusions sont donc impossibles, en avant pour les confusions.Même la guerre du j Golfe n’a pas eu lieu.Je cite là Baudrillard ( Libération du 29 mars), autre maître à penser dont je me demande s’il est, comme les autres, toujours d’utilité publique.Ces voix-là sont-elles encore entendues, ou préfère-t-on s’en tenir aux reportages que Michèle Richard fit de son voyage de noces et surtout de son idole Venise Omni-Médias, tout dans le truc, le toc, le fric et le froc, ah ces Reines des Médias qui se félicitent entre elles, coiffure, maquillage, babillages, du plate.Nous avons revu cette séquence, en groupe, il y a quelques jours, nous n’avions même plus envie de rire.Nous étions écoeurés, le coeur arraché.Ce n’est même plus absurde.C’est l’histoire de la dame que tout le monde « aime bien », dans le Les corsaires du feuilleton TRUFO A MISTO IL Y A quelques années de cela, un duo d’écrivains à la renommée établie au sein de cette république dite des lettres, décida de faire la fête à ces histoires qui, de la moitié du XIXe siècle à la moitié du nôtre, ce siècle qui saigne, avaient passionné des générations et des générations de lecteurs.Formé du jeune Dan Franck et du vétéran Jean Vautrin, ce couple de corsaires s’attela à la tâche consistant à redorer le blason du roman-feuilleton, cet antidote à l’académisme.Pour bien lier la sauce de cette aventure singuüère, en cette époque où le chic petit-bourgeois tient lieu de style, il fut décidé de reprendre, en les actualisant bien entendu, tous les thèmes et les tics de ces romans où Fantomas, Rouletabille, le Docteur Cornélius, Fu Manchu, Sherlock Holmes et l’Arsène semaient le trouble dans les coffres de la Banque de France ou d’Angleterre et dans le coeur de jeunes filles évidemment blondes.Aussitôt dit, aussitôt fait.Franck et Vautrin sculptèrent le corps d’un homme jeune mais ayant habité plus d’un destin.Un homme généreux du ciboulot comme du portefeuille.Un homme courtois avec les personnes bien au fait de ce que savoir-vivre signifie.Un homme élégant, soit un homme qui marie la couleur de sa cravate avec les situations et pas nécessairement avec le pantalon.Un homme vif et intelligent.Mais comme il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin, et ainsi risquer d’en faire une caricature, nos deux compères décidèrent d’affecter notre héros d’une claudication à la jambe.Ce qui donne ceci : Blémia Rorowicz, surnommé Boro, est Hongrois d’origine.Il est Juif.Plus précisément : « Mon cas est plus compliqué qu’il n’y parait tout d’abord.Je suis Français par mon père, Hongrois par ma mère, juif tendance agnostique et métèque par le coeur ».Et maintenant, quelle est sa profession ?Quelle profession faut-il allouer à ce métèque appelé à participer, de près comme de loin, aux mascarades guerrières provoquées et commandées par une bande de guignols ?La profession du siècle ! La profession de l’image.Boro est photographe.Pardi ! Bon.Allons-y gaillardement.En 1987, les premières aventures de Boro, notez le pluriel, paraissent.Au bout de cinq cent pages, elles se terminent par cette expression pleine d’espoir pour le quidam lecteur, soit : À suivre.Comme cela s’intitulait-il ?La dame de Berlin.Pis?C’était passionnant.C’était haletant.C’était pétillant.À un point tel, que cette Dame de Berlin ça ne se lisait pas en carburant au café, mais bien en sirotant du Muscadet.Que voulez-vous, fallait être cohérent avec l’éthylisme stylistique de Franck et Vautrin et inversement.Bon.Allons-y franchement.En 1988, rien.De Boro, on fait carême.En 1989, on attend la suite de ce À suivre prometteur.Rien ne se produit.En 1990, « y a du mouron dans la colonne ».On se questionne les neurones : Et si Boro était mort ?Et si la source de ce Muscadet littéraire était tarie ?Arrive le mois dernier, celui qui est mort il y a quelques jours à peine, arrive Le temps des cerises aux éditions Fayard.Et alors ?Vous voulez que je vous dise, Franck et Vautrin sont deux « enfoirés ».C’est très sérieux.Imaginez-vous qu’après 571 pages d’aventures palpitantes, apres 571 pages de beautés styüstiques que les mécanos amoureux de la belle ouvrage auraient adorées, ces deux-là terminent leur labeur ainsi : À suivre.Nom de Dieu ! Ils nous refont le coup.Ils veulent nous avoir à l’usure, ces deux zigotos.C’est des maüns, je vous le dis.Car des mots, ces deux orphelins du genre « popu », macadam et petite java ne sont pas des usuriers.Bon.Question aventures, notez le pluriel, le topo est le suivant : Une bande de méchants n’ayant jamais accepté la révolution, celle de 89, veut faire des abats-jours avec la peau des fesses du « prolo », du J uif, du Franc-Maçon.Ils sont cinglés.Ils sont tordus.Ce sont des facétieux qui ne supportent pas ce Léon Blum qui veut ramener la semaine de travail à 40 heures, qui veut refiler aux travailleurs les congés payés, qui veut.Bref, ces pétroleurs de l’Histoire n’aiment pas les gentils.Ils aiment beaucoup, voire passionnément, un certain Charles Maurras.Le macaque de l’Action Française, de l’Action nationale et autres fadaises dont un certain Lionel Groulx s’était fait, ici, le chantre.Ah ! Les « curetons ».Comme disait Clémenceau à leur propos.Passons.C’est hors-sujet.El puis, c’est méchant.Au travers de ces complots qui vont du coeur de Paris jusqu’en Espagne où un certain Franco multiplie les génuflexions barbares, Boro va évoluer.Il est toujours là où, pour reprendre le mot d’Aragon, « le destin du siècle saigne ».Sa canne aidant, il va désarçonner.Il va déminer.Pour notre bonheur, Franck et Vautrin le promènent là où il fallait absolument le promener.C’est simple.Il y a les aventures.Mais il y a surtout le style.Il y a les bons mots, ceux de la blanquette de veau et du Côte-Roti, et non ceux de l’esthétisme évanescent.On aime la bière allemande ?Alors écoutez : « Pas la peine de chercher à me caser tes allemandes ! objecta Albert.Elles sont trop lourdes dans la bouche.En cas de cuite, elles défilent trois jours de suite au pas de l'oie sur l’épaisseur de la langue ! i Moi, je ne marche pas au Kaiser ».J C’est savoureux.C’est constamment j savoureux ! Bon.A Franck et Vautrin, on peut, une fois de plus, faire la bise.Sur ce hiatus de trois longues années entre la Dame de Berlin et Le temps des cerises, on fait une croix.Mais attention ! Pas de récidive.S’il nous refont le coup de l’attente, on leur envoie une bouteille de parfum Bouge Sang.Lisez les dernières j aventures de Boro.Vous comprendrez pourquoi, ils vont se j dépêcher de donner suite.Le temps des cerises, Dan Franck et I Jean Vautrin, Fayard.ÉCRIVEZ-VOUS CORRECTEMENT?sors'- too»ws^'ON .oïJXCQrts'-tt'1*1' LEP UMEM^HO h00s £*ctC'C?.\5 00S Cort'^.n’ Distribution en librairie Si: les participes passés les homonymes les abréviations les traits d’union la coupe syllabique les nombres les symboles les sigles la recherche des idées l’élaboration d’un plan vous compliquent la vie, vous pouvez améliorer votre français écrit.«De nombreux exemples commentés illustrent chaque règle.I.e chapitre sur les participes passés est excellent et particulièrement réussi.I.e sujet est très bien couvert en dix pages, règles à l’appui.» Stéphane Éthicr, TétiSen'ice Radio-Quétxtc, février 1991 539, boul.I a-beau.Ville Saint-Laurent Tél.: 336-3941 1977, boul.Industriel, Laval (Quebec) H7S 1 P6 Tel.: (514) 667-9271 — 1-800-361-9264 — Télécopieur: 667-8658 quartier.Elle donne à manger aux pigeons, tous les jours, par toutes les saisons.Elle est touchante la dame.Tiens elle est là, ou là, ou là dans les petits parcs, avec ses boulettes qu’elle distribue à ses compagnons.Et voilà qu’on vient de se rendre compte que tout ce qu’elle leur donnait était empoisonné.Je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser aux Campeau, Bélanger & Co.Le temps serait-il venu de programmer à nouveau Le confort et l’indifférence de Denys Arcand ?On y verrait certainement plus clair et les visages d’aujourd’hui confrontés à ceux d’hier diraient leur vérité et leur mensonge.Le titre en soi est prophétique.« Mais de quoi te mêles-tu, l’étranger ?» « Je me mêle de devenir ce que je suis, où je vis, où j’ai choisi de vivre ».Comme un avertissement, j’entends l’écho d’un François Mitterrand à qui j’ai donné ma vie de militant, dire avant une conférence de presse à l’ensemble des journalistes de presse écrite, parlée et télévisuelle, mesdames, messieurs, vous ne sortirez pas indemnes des excès dont vous êtes porteurs.Où il serait question de ménager, de se taire et de se terrer, d’imploser, d’involuer et de ne surtout pas dire ce que l’on sent, donc ce que l’on sait.Un doute nous habite dont il faut interroger la nature.Ça va durer combien de temps les tromperies et grugeries en tous genres dans le monde ?Et ici aussi ?Où il serait question de l’usage que nous faisons de nos libertés et de nos privilèges.Sommes-nous à ce point oblitérés par l’habitude du confort avant tout ?Si référendum il y a; 1 — la question sera-t-elle posée clairement avec sa charge de risque et d’enthousiasme ?; 2 — les adversaires iront-ils une fois encore faire la tournée des hospices pour dire « attention, si vous répondez oui, vous n’aurez plus d’oranges pour la Noël ».Où il serait question de se distraire et d’aller au cinéma : tant de déceptions; au concert : pas grand chose; au théâtre, et là le Quat’Sous donne encore l’exemple.La pièce de théâtre Des restes humains.de Brad Fraser nous donne, orchestrée par André Brassard, une juste et vive vision de la vie qui va, sexe et mensonges, rêves évanouis, le quotidien des années 90 caméra au poing, par bribes, éclairs, courtes séquences, un brassage de l’humain ordinaire comme on dit, donc chargé d’extraordinaire passion par un Yves Jacques étonnant de véracité et de voracité, flanqué d’une Pascale Montpetit géniale dans le fatal de la sniff-sniff et d’une Élise Guilbault, plus Angelica Huston que nature, une vraie bête de scène.Mario Saint-Amand est crédible, pertinent.Tous sont bons.On y croit.On souscrit.On s’y sent mieux qu’en bateau, sur le lac Après-Meech.Où il est question d’être en accord avec soi-même, laisser des traces, surtout pas des preuves.Correct ?Y.N.Vers une nouvelle Mitteleuropa ?LA CHAUDIÈRE Europe centrale 1980-1990 Timothy Carton Ash Collection Témoins, Gallimard 1990.EUROPE CENTRALE Un continent imaginaire Revue Autrement, no.51 François Brousseau OÛ COMMENCE-T-ELLE ?Où finit-elle ?Existe-t-elle seulement ?Ou n’est-elle pas plutôt un « continent imaginaire », comme le laisse entendre le titre de ce tout nouveau numéro de la revue Autrement consacré à l’Europe centrale ?« Quelle sont ses frontières ?Il serait vain de les vouloir définir avec exactitude.Car l’Europe centrale n’est pas un État mais une culture et un destin.Ses frontières sont imaginaires et doivent être tracées et retracées à partir de chaque situation historique nouvelle », dit par exemple le célèbre écrivain Milan Kundera, dans une citation d’avant-pro-pos qui donne le ton à cet intéressant recueil.Parler d’Europe centrale, c’est en effet parler d’une mouvance littéraire, artistique, de mythes historiques, de symboles, d’une certaine architecture, de Vienne 1900, et plus récemment (après la guerre) d’une conscience tragique, d’un défi intellectuel à l’ancien ordre européen aujourd’hui effondré — bien davantage que d’une zone géographique contemporaine qui serait politiquement bien délimitée.L’enquête menée par Autrement dans ce nouveau recueil est différente de celles que nous propose d’ordinaire cette collection.Il ne s’agit pas d’un assemblage d’articles; on a ici préféré des interviews menées par deux auteurs, Cécile Wajs-brot et Sébastien Reichmann, parmi l’intelligentsia intéressée, autour de ce thème insaisissable.Au gré des interviews et des citations, on retrouvera ainsi Saul Bellow, Zbigniew Brzezinski (pour le point de vue des émigrés), l’écrivain hongrois Peter Esterhazy, le philosophe-politicien Janos Kis, l’écrivain polonais Tadeusz Konwicki et une trentaine d’autres.La chute du mur qui séparait l’Europe en deux, les sentiment mêlés qui s’ensuivent, un certain doute après l’euphorie, planent sur la plupart des conversations enregistrées dans le livre : on se réjouit de la libération survenue en 1989, mais on s’angoisse devant la nouvelle incer-titude.Incertitude économique bien sûr, mais aussi grave crise d’identité pour ceux qui longtemps se définirent « contre » quelque chose — en l’occurrence un totalitarisme soviétique aujourd’hui en déroute, institutionnellement disparu du paysage dans la plupart de ces pays.La conjoncture des années 90 augure-t-elle vraiment d’une renaissance de Varsovie, de Prague et de EUROPE CENTRALE «L (Ni Timothy (iurton Ash La chaudière Europe centrale 19X0-199(1 Budapest ?Ou ces villes, dont la splendeur du début du XXe siècle offre de multiples occasions d’abandon nostalgique et fournit aujourd’hui le sujet de maints colloques et expositions commémoratrices, ne se feront-elles pas écraser par l’ouverture tous azimuts à l’Occident « vuh gaire » et niveleur ?Selon Martin Pollack, journaliste viennois, « l’Europe centrale, c’étaient les Juifs », ciment culturel et polyglotte qui donna, un temps, son sens à l’idée et à la réalité de Mitteleuropa.Mais comme il n’y a plus, ou presque plus, de Juifs aujourd’hui dans cette région du monde, « ce serait une illusion de vouloir faire renaître» ce continent englouti.Vienne-Budapest 1995 : la grande exposition universelle bicéphale projetée au milieu de la décennie pour marquer la renaissance de la Mitteleuropa, aura-t-elle lieu ?Est-elle justifiée ?Sur cette question, d’aucuns y vont de leurs commentaires cyniques, pessimistes, tandis que les vieilles rivalités refont surface.« Le vrai axe centre-européen, c’est Prague-Berlin, c’est là que devrait se tenir l’exposition ! «s’exclameral’un « Vienne est en pleine décadence », lancera l’autre en se lamentant de ce que l’ouverture à l’Est ait enlevé à la grande capitale des Hapsbourg son rôle de point focal bouillonnant, de lieu de rencontre de tous les dissidents de l’Est, aujourd’hui « aux affaires » — et souvent haut placés — dans leurs pays respectifs.Autre lecture passionnante en ces temps d’interrogations centre-européennes : le recueil — dans une excellente traduction française — des lumineux articles écrits par Timothy Garton Ash tout au long de la décennie 80 sur les pays de la région.Ce Britannique bien connu des lecteurs de la New York Review of Books est celui qui a inventé, en novembre 1989, la fameuse formule : « La Pologne a mis dix ans à se libérer, la Hongrie dix mois, l’Allemagne de l’Est dix semaines et la Tchécoslovaquie dix jours».Sens de la formule, extraordinaire capacité à « rendre » l’atmosphère sur le terrain, contacts étendus avec toute la dissidence de Prague, de Varsovie et de Budapest, caractérisent les récits de Timothy Garton Ash.Mais — chose précieuse et trop rare parmi la gent journalistique — ce « vécu » et ce sens du reportage se doublent d’une profonde culture et de nombreuses références historiques, qui donnent une véritable dimension théorique et intellectuelle à ces textes.Des textes parfois prophétiques, qui sont d’ailleurs connus et traduits dans tous ces pays, Timothy Garton Ash étant aujourd’hui une véritable coqueluche de l’intelligentsia de cette région du monde.Rien de moins qu’une anthologie sur les origines et les causes profondes du « Printemps des peuples » de 1989.
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