Le devoir, 27 avril 1991, Cahier D
¥ fl (Hampton*: LA LIBRAIRIE OUVERTE TOUS LES JOURS DE 9H À 22H 4474 St-Denis, Mil, Qc H2J 2L1 (514) 844-2587 Montréal, samedi 27 avril 1991 % i',! JEAN ROUAUD De la pluie, de la mort et de l’écriture Jean Royer LA PRÉSENCE de Jea Rouaud, prix Concourt 1990 pour son premier roman, est rafraîchissante dans le paysage littéraire français.Avec lui, pas de discours dogmatique, plutôt un sens de l’apprentissage qui nous convainc qu’un véritable écrivain est né et qu’une oeuvre s’ensuivra après ce premier coup de réusite.Les Champs d'honneur (Éditions de Minuit) est une chronique familiale tour à tour grave et joyeuse, chant funèbre et mélopée du sentiment quotidien, où l’écrivain est à la recherche d'un père mort à 40 ans.La mort, disait Kerouac, est l’unique sujet de la littérature.Jean Rouaud lé sait.Ses autres personnages sont la petite tante Marie et le grand-père maternel, plutôt fugueur celui-là, qui viennent aussi de mourir.Ajoutez à cela les pluies de Nantes et l'hécatombe de la première guerre mondiale.Avec tout ce monde ordinaire aux prises avec son destin, vous pouvez entrer dans le labyrinthe des sentiments.Mettez-y un style superbe, un récit pointilliste et quelques mots rares : Les Champs d’honneur est un roman réussi dans la meilleure tradition française.Devant moi, Jean Rouaud, 38 ans, tout modeste devant son succès, apprenti heureux d’être « en recréation », comme il le dit, dans le monde des médias et des Salons du livre (il est l’invité de celui de Québec), écrivain désireux de ne pas perdre sa petite musique, comme le disait Céline, une de ses idoles, et de retourner à récriture d’un prochain roman déjà amorcé.« Ce que j’attendais du livre je l’ai eu : la reconnaissance de mon travail.Dès sa parution, quatre ou cinq articles extraordinaires allaient exactement dans le sens de ce que je j’aurais aimé dire.Je ne m’étais donc pas complètement trompé sur « Au lieu de regarder la mort en face et de voir ce trou noir, il s’agit de tourner autour de la mort en faisant des passes, comme ça, comme dans une corrida.» mon compte.A partir de là, je pouvais affronter tout l’aspect médiatique de ce livre et de son succès.« Répondre à des questions, cela vous oblige à faire le point sur ce que vous avez fait.Les interviews m’ont donné un recul sur mon travail et ma démarche.En écrivant le livre, j’avais une grande inquiétude au sujet de sa construction.Les entretiens que j'ai faits et les rencontres dans les librairies m’ont appris que j’ai bien fait de suivre cette structure inconsciente qui guidait mon écriture.Si les gens ont trouvé une cohérence à cette construction du livre, c’est que, par un système de correspondances, je me retrouve tout entier dans cette forme-là.Au fond, on n’échappe pas à ce qu’on est.On ne peut pas écrire en dehors de soi ».Le romancier n'en est pas à ses premières armes, avec Les Champs d'honneur.Un premier livre, monumental de digressions, puis un travail personnel, une ascèse de vie et une réflexion sérieuse sur la littérature l’ont amené à épurer son écriture de tous les faux lyrismes.Une première version de'son roman a aussi été refusée par son éditeur, Jérôme Lindon, qui lui a donné cet avis : « Vous n’êtes pas essayiste, ni philosophe ni penseur, vous êtes romancier.Devenez-le et n’en parlons plus ou reparlons-en ».Trois ans plus tard, Rouaud revient chez Minuit avec ce roman qui lui vaudra dès pa- rution plus de 70 000 lecteurs, puis le Goncourt.Mais avec Rouaud, l’écrivain, on est loin de l’image romantique du succès spontané d’un marchand de journaux.S’il est devenu kiosquier au lieu de poursuivre une carrière de journaliste littéraire, c’était « pour avoir l’esprit libre et pour être complètement disponible à l’écriture en sortant du kiosque ».Pour lui, la maîtrise du récit est une ascèse.« Tout écrivain rêve, comme Flaubert, d'un livre qui ne tiendrait que par la seule force du style.Mais le problème du récit, c’est qu’avec la seule recherche du style vous ennuyez tout le monde très vite au bout de trois lignes.Il faut injecter du récit dans le style.Comment faire en sorte que vous ayez un récit et que ce soit du style ?C’est là que le vrai travail commence.Il s’agit d’épurer et de prier le ciel que ça marche! « D’autre part, ajoute Jean Rouaud, la fiction pure n’a pas d’intérêt pour moi.Le va-et-vient entre la mémoire et l'imaginaire est bien plus passionnant et plus riche de sens.Cela m’éclaire sur ce que je suis et ce que je fais.Je suis obligé de passer par l’imaginaire pour venir expliquer ma mémoire.C’est cette oscillation entre l'imaginaire et le réel qui m’intéresse dans l’écriture du roman ».Cette chronique familiale qui se passe en Loire-Atlantique porte donc sur la mort.Mais le récit des événements est raconté en creux.Les personnages apparaissent peu à peu au fil des séquences dans le temps et l'espace de l’écriture.Mais comment parler de ces morts sans que ce soit un livre de pleureuses ?En ne prenant pas le sujet de face, répond le romancier.« Au Musée d’Orsay, à Paris, on peut voir une toile de Monet intitulée La Pie.C’est un paysage de neige : une barrière et une pie dessus la bar- Volr page D-2 : Rouaud ¦Z ¦ • Jean Rouaud au carré Saint-Louis.PHOTO JACQUES GRENIER —.André Girard, prix Robert-Cliche Déjà une voix qui perce Odile Tremblay PHOTO JACQUES GRENIER André Girard BIEN DES PRIX Robert-Cliche viennent récompenser de tout jeunes écrivains sans expérience littéraire.Parce qu’il s’agit d’un prix de la relève, parce qu’il couronne un premier roman, il rime en général avec extrême jeunesse.En général, oui.Mais pas cette année.Pour la cuvée 1991, le lauréat a 38 ans.Dans ses fonds de tiroir dorment encore deux manuscrits inédits, des pochades sur lesquelles il s’est déjà aiguisé la plume.André Girard n’est donc pas un pur débutant.Rien d’ailleurs d’amateur ni de juvénile dans Deux semaines en septembre, ce roman qui recevait mardi le prix Robert-Cliche.Dès les premières pages, on sent une voix véritable qui se cherche maLs qui perce déjà.C’est « punché », vivant, intimiste et révèle un véritable talent d’écrivain.Le prix Robert-Cliche ne nous a pas, au fil des ans, toujours habitués à tant de qualité.Pourtant, l’auteur ne prétend rien du tout.Là réside son charme.Derrière ses petites lunettes rondes et son air gentil, il dit ne conter que des histoires bien ordinaires, essayer tout bonnement de communiquer son univers.Le jour, André Girard est bi-blioteehnicien à la bibliothèque de « Comme Pirandello, je crois que ce sont les personnages, non l’action, qui créent l’histoire ».l’UQAM.Son livre, il l’a pondu le soir, arrimé à son ordinateur de neuf heures 30 à deux heures du matin.Derrière lui : un cours à l’UQAM en création littéraire et en scénarisation cinématographique.Devant : une maîtrise en Lettres.Pour André Girard, l'écriture est un long processus de mûrissement dont il n’est pas prêt de voir le bout.« Mais ce livre-là, j’en suis vraiment content », sourit-il dans le même souffle.On devine aux phrases courtes de son roman qu’il a longtemps tâté de l’écriture de scénarii.A la veille d'aller cueillir son prix au Salon du livre de Québec, le lauréat accordait (lundi dernier) sa toute première entrevue à un journal.Ensuite, bien sûr, tout déboulera très vite.MaLs le succès l’excite et le grise.Au cours de ses années d'adolescence, dans son Saguenay natal, André Girard était batteur dans un orchestre appelé Nautilus.Il y a puisé le goût et l’habitude des podiums.Deux semaines en septembre est un roman à quatre voix et une histoire de retrouvailles.Rien de très dramatisé dans ce récit intimiste aux personnages écorchés, tous un peu solitaires.L’action se déroule à Bagotville, la ville natale du narrateur.Clément.Celui-ci fuit Montréal après le départ de sa femme, retrouve son ami Réjean, grand sculpteur de menhirs devant l’éternel.D'autres personnages hantent le roman : Claire, mystérieuse et fuyante femme en noir que la vie a écorché, Zalda, une rescapée de Beyrouth dont la chaleur réchauffera un moment l’enfant prodigue de Bagotville.« Au départ, le roman devait être un huis-clos entre amis, explique André.Mais le dialogue Réjean-Clément sentait un peu le renfermé, manquait de vie.Et puis, dès que le personnage de Claire est apparu au bout du quai de Bagotville, elle a chamboulé tout mon livre ».André Girard se laisse porter, étonner par ses créatures.« Comme Pirandello, je crois que ce sont les personnages, non l’action, qui créent l’histoire ».En arrière-plan, la ville surgit, un peu irréelle.L’écrivain a voulu la laisser baigner dans sa brûme portuaire sans fixer ses contours, refusant par-dessus tout d'écrire un roman régionaliste, d’être classé et catalogué auteur saguenéen.« Je n’écris pas pour le ministère du Tou- Volr page 0-2 : Girard Oraisons africaines ON1TSHA J.M.G.Le Clézio Éditions Gallimard Paris, 1991.Bertrand Pirel LES CLIMATOLOGUES, dans leur très grande sagesse, appellent « sérénités » les fractions du rayonnement solaire global reçues par le sol.Et montrent, cartes et calculs à l’appui, qu’elles imprègnent généreusement la latérite route du sol d'Afrique, décor du vingtième livre de Jean-Marie Gustave Le Clézio : Onitsha.Elles berceront notre lecture, par la grâce d’une écriture étrange et limpide, une écriture lente, « un mouvement très long et régulier, pareil à l’eau du fleuve qui coulait vers la mer, pareil aux nuages, à la touffeur des après-midi, quand la lumière emplissait la maison et que les toits de tôle étaient comme la paroi d’un four » : l’écriture de Le Clézio ressemble à sa description de l’Afrique.C’est pour faire route vers l’Afrique, précisément, que, le dimanche 14 mars 1948, le Surabaya, « un navire agréable avec ses ponts cou verts où on pouvait se promener, s’allonger dans une chilienne pour lire un livre et rêver », quitte l’estuaire de la Gironde.Le grand coffre d'acier se hâte lentement ; les jours sont longs : « c’était à cause de la lumière de l’été, peut-être, ou bien l’ho-; rizon si loin, sans rien qui accroche le regard ».Le livre navigue en eaux (trop)-connues, nous viennent en mémoire1, d’autres traversées, prestigieuse frégate : celle de l’Afrique fantôme de; Leiris (« Le but du voyage s’estompe-et j’en arrive à me demander ce qué! je suis venu faire ici »), ou, osons^ n’ayons crainte, celle du Voyageaii, bout de la nuit (« Un vil désespoir1 s’est abbatu sur les passagers, con-' amnés à ne plus s’éloigner du bar,‘ nvoûtés, rives aux ventilateurs, sou-' dés aux petits morceaux de glace,; échangeant menaces après cartes et-regrets en cadences incohérentes.-Ce n’était plus un voyage, c'était une-maladie»).?Ici, même langueur, semblable impatience.Alors les officiers anglais, « si pâles et guindés dans leurs uniformes de conquérants d’opérette », jouent aux fléchettes, et se vautrent dans les fauteuils rouges du salon des premières.Et le livre que rédige à bord Fintan Allen s’appelle, quoi de! plus naturel, Un long voyage.Fintan à 12 ans.Avec Maou, sa! mère, il part pour Onitsha, sur la rivel du Niger, où les attend Geoffroy, son! père, inconnu et détesté.Froideur dif! premier contact : « L’homme a em-i brassé Maou, il s’est approché de! Fintan et lui a serré la main ».J.M.G.Le Clézio A Onitsha, dans leur maison d’I-busun (« l’endroit où l’on dort », dans la langue des gens du fleuve),» au-dessus de l’embouchure de la rivière d’Omerun, là où commençaient les roseaux», Maou désenchante.« Maou avait rêvé de l’Afrique, les randonnées à cheval dans la brousse, les cris rauques des fauves le soir, les forêts profondes pleines de fleurs chatoyantes et vénéneuses, les sentiers qui conduisaient au mystère.Elle n’avait pas pensé que ce serait comme ceci, les journées longues et monotones, l’attente sous la varangue, et cette ville aux toits de tôle bouillants de chaleur ».Elle ne reconnaît pas en Geoffroy Allen, ce modeste employé de la United Africa, l’homme qui lui murmurait son amour à San Remo, dans la Voir page D-2 : Le Clézio \mlr- Deux semaine en septembre PRIX ROBERT-CLICHE André Girard DEUX SEMAINES EN SEPTEMBRE roman Un voyage intérieur qui prend des allures d’enquête au pays de La Baie, cette petite ville sans histoire située sur le bord du Saguenay.Mais une mystérieuse femme en noir viendra perturber son retour aux sources.Un roman à décou- vr'r- 156 pages Quinze- Le Devoir, samedi 27 avril 1991 • le plaisir des ivres L’an dernier à Berlin Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes L’UN est arrivé en janvier, l'autre en février.Le premier était sans emploi, voyageur sans bagages, il se loua une chambre dans Kreuzberg et trouva un boulot de laveur de ''carreaux.Le second était écrivain, voyageur chargé de livres, il prit un .appartement qu’on se refile entre ^écrivains, dans la Goethestrasse, et t^jonna des conférences.H“- ("est ainsi que tous les deux, le ¦Tançais Éric Onnen et le Hollandais ees Nooteboom, débarquant à erlin-Ouest début 1989, et décidant us les deux de tenir un journal de ur séjour, sont devenus témoins irects de ce que personne ne pouvait prévoir, la chute du Mur le 9 novembre de cette année-là.ILs se sont peut-être croisés dans les rues de Berlin-Ouest ou de Berlin-Kst lorsqu’on ne pouvait encore y aller que quelques heures — rentrée avant minuit! —, iLsont couru vers la porte de Brandebourg ce 9 novembre en début de soirée, ils ont vus les Allemands de l'Kst arriver incrédules le long de la Kurfurstendamm.se parquer devant les bureaux de change ou s'acheter des bananes; ils ont tout noté, et se sont fait sans préméditation les historiens immédiats de ce basculement de l’histoire, de la chute du régime communiste en Allemagne de l’Kst à la réunification des deux Allemagne.Gela donne deux livres différents, parce qu'un laveur de carreaux voyageur et un écrivain en résidence ne regardent pas nécessairement les mêmes choses de la même façon; l'un accroche au détail qui nous est précieux, l'autre élabore une notion de fond, mais tous les deux enquêtent sur place dans une affaire qui était, du moins encore en octobre lorsque Éric Onnen Au pied du mur Chronique berlinoise Janvier 1989 • avril 1990 ( olkxiion luiioinvIuilmurJ Gorbatchev rend visite à Krich llonecker et lui donne le baiser (qui sera celui de la mort politique.) et même en novembre à quelques heures des premières brèches, assez imprévisible merci.Au Seuil, on peut lire la chronique berlinoise (janvier 89-avril 90) d'Eric Onnen, une sorte de Pierre Foglia sans l'humour fou mais avec la remarque fine et pertinente.Ce petit Rouletabille du temps qui passe a trouvé le boulot idéal pour sentir son Berlin.Laveur de carreaux, il entre dans les maisons, il regarde, il écoule, il se retient de questionner.Ce sont la plupart du temps de vieilles dames, les veuves de Wilmersdorf qui ont eu des maris qui travaillaient dans la police allemande (quand ?il n’ose pas le demander.), une autre qui lui dit que son mari raffolait de Paris-où-l'on-mange-bien (c’était entre 1942 et 1944 qu’il bouffait français.), et Onnen mesure jusqu’à quel point le souvenir pour ces gens de 75 ans (qui en avait 18 en 1933 a la montée du Cees Nooteboom UNE ANNÉE ALLEMANDE i.HRÔNIQl I S BF.RUNOISKS l'TWWi «A.% nazisme) est une douleur atroce, un mal indicible.Ce laveur de carreaux français jouit du bonheur de l’étranger : « il est très agréable d’être étranger, écrit-il, l’étranger est en apprentissage, il ne connait pas les règles, ni celles de la grammaire ni celles qui régissent les rapports entre les gens.Rien pour lui n’est évident.Il voit ce que les autochtones ne remarquent plus ».Mais il sait aussi qu’être Français à Berlin-Ouest ce n'est pas être Turc, ou encore Yougoslave comme celui qui lui dira ; « Tu es Français, tu n’es pas étranger alors, moi je suis étranger, un sale Yougo.».Éric Onnen ne fait pas que laver des carreaux chez les vieilles personnes.Il vit à Kreuzberg, cet eldorado des alternatifs de tous poils.Cela nous vaut un portrait cynique des gauches, lorsqu'il décrit la capacité d'aveuglement de la Szene ouest-berlinoise.« à quelques centaines de mètres de là un régime stalinien est tombé, une autre révolution est en marche à 300 kilomètres au sud, en Tchékoslovaquie (.) mais à Kreuzberg c’est pour l’Amérique centrale que l’on s’enflamme ».Dans la tranquille Goethestrasse, Cees Nooteboom est plongé dans un autre Berlin.Il va au concert entendre une oeuvre de Mauricio Kagel, il voit une exposition .lim Dine, il réfléchit devant des photos du Berlin d’avant la guerre, et il écrit.D'un ton très élevé, il évoque les lettres de Goethe à Charlotte von Stein en traversant le llarzet pour lui comme pour Goethe la forêt est une bénédiction de l’âme.Puis il revient, il observe, il décortique les journaux, il suit à la télévision de Berlin-Est les interminables tables-rondes de cette année-là.Cees Nooteboom, à la différence d’Onnen, a vécu la guerre.Il est sensible à tous les rappels.Un garde est-allemand qui lui demande son auswviss le trouble toujours.C’est (l’un regard presqu’incrédule qu’il ira, après le 9 novembre (jour où il faudra se rappeler que le temps était splendide, écrit Onnen), se balader dans la ville grise de l’Est.Lui, comme le laveur de carreaux, sait bien que cette première brèche dans le Mur a été récupérée par les pouvoirs de l’Ouest.Leurs reportages vont dans ce même sens.Les Est -Allemands sont les cocus du remariage, ils n'ont pas eu le temps de réfléchir que le chancelier Kohl prenait le contrôle du futur.Tous les deux concluent que tout s’est fait trop vite.Que les Est-Allemands ont accepté de force la réunification avant d’en connaître le coût.Et que, comme le dit Nooteboom, « même où il aura disparu, le Mur sera toujours là».Au pied du mur, Éric Onnen, col lection Témoins/Gallimard.Une année allemande, Cees Noo teboom.Actes Sud.4 Le Clézio chambre aux volets entrouverts.Enfin, Maou se heurte à l’animosité des petits fonctionnaires de la Colonie, sentencieux et ennuyeux, avec leurs shorts trop longs, leurs bas de laine, leurs casques Cawnpore et leurs impeccables parapluies noirs, et leurs épouses dociles, qui sont, bienséance oblige, interdites de piano et de Club.Sous la varangue, tandis que la chaleur disloque la terre rouge, Maou écoute la montée des orages, un tantinet effrayée elle guette avec Fintan les nuages noirs qui chassent devant eux les vols d’ibis — c’était donc cela, l’Afrique ?« Tekateka » ; le temps passe, rythmé par le souffle de l'harmattan, la voix pleurnicharde des engoulevents, ou l’inquiétant roulement des tambours.Rythmé aussi, rythmé hélas, par les ahans de souffrance et le raclement des chaînes des forçats qui creusent la piscine de l'odieux District Officer.La piscine promettait d’être belle, les forçats mourront.L'Afrique, pour Fintan, se révèle une terre de liberté.Pieds nus à travers les hautes herbes, explorant les rives du fleuve Omerun, se jouant des termitières et des serpents, ou courant sous la pluie («Ozoo ! Ozoo ! » ), avec son ami Bony, fils de pêcheur, qui lui parle en pidgin ou par gestes, ou avec Sabine Rodes, l’homme le plus détesté de la petite communauté européenne d’Onitsha, « généreux, moqueur, enthousiaste, estuaire ( .1*.AA7.suce.Otilrciiionl Montreal 112V 4M estuaire comme de lointains fantasmes Des poèmes de: Donald ALARIE.Michel ALBERT, Pierre DESRUISSEAUX Fernand DURFPOS.Normand I).GENOIS, Christian MISTRAL Andrea MOORHEAD, Serge PROLIX.Denuis ST-YVES.Yves ROY, Serge Patrice THIBODEAU, François VIGNEAUX Paul ZLMTHOR Abonnement pour quatre (4) numéros Abonnement etudiant/écrivain 18 S ?Abonnement régulier 20 S ?Abonnement pour institutions 30SD Abonnement a l’étranger 35 S ?Abonnement régulier pour 2 ans Ipnx spécial pour huit (8) numéros, au Canada seulement) 35 S ?Abonnement régulier pour trois ans (prix spécial pour douze (12) numéros, au Canada seulement) 50 SD On peut aussi se procurer la plupart des cinquante 150) premiers numéros d'estuaire 5 S D Nom.Adresse.Code.Veuillez m'abonner à partir du numéro.estuaire: C.P.337, suce.Outremont.Montréal H2V4N1 et aussi coléreux, cynique, menteur », Fintan est heureux, extraordinairement heureux : « il lui semblait qu'il était né ici, auprès de ce fleuve, sous ce ciel, qu’il avait toujours connu cela ».( Et l’on pense à Michaux : « Le voyage ?quel voyage ?»).C'est lors d’une de ces promenades qu’il aperçoit Oya, la lumière inconnue et insensée de son regard « lisse et dur comme l’obsidienne » lui donne le vertige, Oya qu’il épie à travers les roseaux, au bout de la plage, Oya qu’il assistera 2uand naîtra son fils, « dans une pave noire vautrée dans la vase », — Oya qui est la clé de ce roman, la passerelle entre cette histoire et la magie de l’Afrique, entre rêve et réalité.Car l’Afrique, et cela Le Clézio, le collectionneur de mythes (Le chercheur d'or.Désert, La pensée interrompue), l’oublie moins que quiconque, est un creuset, un berceau, une mémoire hantée, de Goa à Corée, de légendes et de rêves.Le continent noir vérifie la phrase d’Anaxagore : « Tout ce qui se montre est une vision de l'invisible » ; on pourra rappeler, aussi, les contes yorubas d'Amos Tutuola.L’invisible visiblement fascine Le Clézio, l’invisible sauve le roman, le transcende en quelque sorte, merci à l’oeil d’Ostns.Et l’invisible, rendons-lui un dernier hommage, fascine aussi Geoffroy Allen.Car le père de Fintan poursuit une chimère, qui le brûle « comme un secret, comme une fièvre » ; retrouver « la route qu'avait suivie la reine de Meroë, quand elle était partie à la recherche d’un autre monde avec tout son peuple ».On sent Le Clézio comme un poisson dans l’eau : « Pareil à un fleuve d’os et de chair, le peuple coule sur la terre rouge, au fond des crevasses, dans les vallées desséchées ».Qu’importe si tout n’est que rêve — après tout, « écrire, c’est rêver » — et si le sable a effacé l’invisible chemin de la reine noire.À Geoffroy Allen, le mauvais père, Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd’hui 27 avril de 15h à 17h MIMI BARTHÉLÉMY Auteure et conteuse Haïtienne Samedi 4 mai de 14h à 16h BERNARD ANTOUN Les Anémones HUMANITAS Samedi 11 mai de 1 lh.à I3h.Hommage à Jehanne Benoit en présence de Bernard Benoit café et gâteries 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal téh: 274-3669 comme à Onitsha, le roman, il sera beaucoup pardonné, car l’un comme l’autre rêvent; et s’il leur faut un avocat, au diable l’avarice, chargeons Malraux de leur rédemption, leur absolution : « car il n’est qu’un acte sur lequel ne prévale ni la négligence des constellations, ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort ».La mort pourtant, on le sait, guettait le Biafra, guettait Onitsha (comme elle guettait Geoffroy, par une nuit calme et belle).Sanglants soubresauts d’un empire qui agonise : « les enfants affamés n’ont plus la force de tenir des armes ».Vingt ans plus tard, Fintan, répétiteur de français et de latin à Bristol, Angleterre, apprend l’entrée des troupes fédérales à Onitsha.Apprend les massacres, le génocide.Apprend le terrible nom de la mort : Kwashiorkor.Repense à Oya, à Bony : et si.Il lui faut rester dur, insensible, comme ces grandes pierres noires de la savane.Loin d’Onitsha, que reste-t-il de son enfance ?« Ce sera comme si tout cela n’avait existé que dans les rêves, semblable au radeau qui emportait le peuple d’Arsinoë vers la nouvelle Meroë, sur le fleuve éternel».C’est donc cela, l’Afrique.4 Rouaud rière.Si vous regardez la toile à la distance d’un mètre cinquante, vous voyez du blanc.Vous imaginez que pour peindre un paysage de neige il faut du blanc et puis c’est tout.Eh bien non ! Si vous regardez de près la toile de Monet, vous voyez du rose, du bleu, du vert.Pas un seul centimètre carré n’est complètement blanc dans cette toile.C’est incroyable.« Eh bien, pour parler de la mort, c’est pareil.Si vous vous dites que pour parler de la mort il vous faut du noir, ça ne marchera pas.Si vous pleurez avec la première mort, vous n’aurez plus de larmes pour la troisième.Or, moi.je voulais des larmes pour la troisième, qui est la mort de mon père.C’était pour moi la plus poignante, la plus douloureuse.Donc, pour rendre compte de la mort, c’est comme pour peindre la neige : il ne faut pas la couleur immédiate.« Cela voulait dire d'utiliser toute la panoplie des sentiments humains : parler de la mort avec de l’ironie, de la moauerie, parfois en s’écroulant complètement sous le poids du chagrin.Au lieu de regarder la mort en face et de voir ce trou noir, il s’agit de tourner autour de la mort en faisant des passes, comme ça, comme dans une corrida.C'est pourquoi les trois morts sont évoquées comme une pantalonnade ou même une farce, avec un certain humour, tout au moins.Il s’agit de parler des morts et de la mort en parlant de tout autre chose ».Son roman, Rouaud ne l’a pas écrit au Je mais au Nous.Un Nous à géométrie variable, qui contient tantôt la famille cellulaire ou la tribu au complet, tantôt le quartier, le bourg ou même le département.Ce Nous élastique rend possible l'écriture d’un va-et-vient entre le local et le global, l’intime et le social, entre la mort invididuelle et la mort collective.Un tel Nous peut remonter le cours du temps et saisir le paysage des consciences.En somme le romancier s’est effacé devant les personnages de son roman.Mais va-t-il pouvoir en faire revivre d’autres, après le tapage fait autour de ce premier roman ?Comment se passe l’a-près-Goncourt pour Jean Rouaud ?« Quand je suis devant ma table, il n'y a plus d'histoire de Goncourt.Je me retrouve avec les mêmes problèmes qu’avant.Je pensais que j’allais écrire plus vite parce que j’ai gagné en assurance, mais pas du tout ! Je sais qu’on va m'attendre au tournant, mais je n’y pense pas quand je travaille.Le pire, c’est que je ne me sens pas plus sûr qu’avant Les Champs d'honneur.Même si mon écriture a été reçue, cela ne joue pas.Je passe par les mêmes doutes.« Après le Goncourt, on se retrouve seul devant sa table et les trompettes de la renommée ne font s’écrouler aucun mur.Je me demande encore par où faire passer ma phrase et jusqu’où mener le récit.« Enfin, je dis toujours de la litté- ï 11 JT5 r - ENTRETIENS IsmaTl Kadaré avec Éric F’aye Éditions José Corti, 1991.LES ÉDITIONS José Corti, la seule maison sans doute à publier encore des ouvrages qu’il faut lire avec un coupe-papier.publient des entretiens réalises par Éric Faye entre avril et décembre 1990 avec l'écrivain albanais Ismaïl Kadaré.Cet écrivain national a quitté son pays en octobre 1990 et demandé l’asile politique en France.Faye a d’abord rencontré Kadaré à Tirana, puis il Ta revu à Paris avant la date fatidique du 25 octobre où il a demandé l’asile politique.C’est un écrivain profondément inquiet qui répond aux questions de son interviewer.OPPIANO LICARIO José Lezama Lima traduit de l’espagnol par Benito Pelegrin roman, Le Seuil, 1991.LFI CUBAIN José Lezama Lima est mort en 1976, et il a laissé inachevé ce roman qui tente de reconstituer le mythe fondateur de l’insularité cubaine.Lezama avait écrit Paradiso en 1966, et Oppiano Licarioen est la suite.C’est l’un des grands écrivains sud-américains.Catholique fervent, homosexuel, obèse, il avait rarement quitté son quartier de la Havane.Paradiso, en 1966, avait eu l’effet d’une seconde révolution, littéraire celle-là.Lezama mène une recherche de l’identité nationale.AUTOUR DES GARES Hugues Corriveau nouvelles, 225 pages L’Instant Même, 1991.CFI RFICFIUIL de nouvelles vient d’obtenir le prix Adrienne-Choquette 1991.Dans Autour des gares, Hugues Corriveau, né à Sorel en 1948, écrit une centaine de courtes histoires autour du motif des trains.Plongées dans l’enfance, ou dans les fantasmes, dans ces lieux d’Hôtel de la gare ou de salle des pas perdus, l’auteur multiplie les regards dans ce monde des voyages.FAUT-IL VRAIMENT AIDER LES RUSSES?Lev Timofelev Albin Michel, 1991, 169 pages.SIX FIXPFIRTS soviétiques répondent à cette question.Selon eux, tant que l’URSS et ses républiques n’auront pas entrepris une restructuration politique et économique, l’aide occidentale aveugle maintiendra hors de l’eau le système existant qui a conduit le pays à la situation qu’il tev Timofelev FAUT-IL VRAIMENT AIDER LES RUSSES?GuySorman et six experts soviétiques répondent ironnait aujourd’hui.C’est la thèse de 'Guy Sorman, qui participe à cet ouvrage : le meilleur moyen d’aider ll’URSS serait de ne pas l’aider.LA POLICE ET LES VALEURS DÉMOCRATIQUES Laurent Implante Institut québécois de recherche sur la culture, 124 pages, 1991.LE JOURNALISTE Laurent La-plante a observé les corps policiers du Québec et, sans signer un éloge ni une charge, il décrit la police telle qu’elle se présente et s’incarne au Québec.Ce n’est pas non plus la thèse d'un spécialiste, et Laplante dit avoir vu « la police » à travers let yeux d'un citoyen qui s’intéresse à ce qui définit l’ampleur et les limites de la liberté.Il LU EDI 1 EU c/- " a ¦ IMH! jWBWpi I rature qu'elle occupe! Si je ne l’avais pas dans ma vie, je m’ennuyerais pas mal! C’est un bon remède à l’ennui, l’écriture.Le fait d’avoir toujours quelque chose en lêle.Un mouvement perpétuel.Pas seulement le temps que vous passez devant votre machine à écrire, mais aussi celui que vous prenez à mettre en phrase un paysage, une situation ou toute chose devant laquelle vous êtes.Il y a spontanément chez l’écrivain une tentative de mise en phrases du monde.Le monde n’existe que s’il est écrit.Un paysage n'est beau qu’une fois que j'ai trouvé la formule pour le rendre beau.Je ressens vraiment aussi cette formule que j’ai faite mienne : écrire pour être au monde ».4 Girard TRIPTYQUE P.5670.SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 ESSAI Plwr© Monetto MACADAM TANGO Une série d'émissions de radio consacrées à ce phénomène extraordinaire que constitue le tango, a la fois rite et légende, dans notre univers social contemporain, here Mo-nette est un spécialiste du tango, il laisse ici apparailre son érudition et surtout I émotion de celui qui se passionne.Un livre de 200 pages, illustré.18.95$ AUTOUR DU MYTHE DE DANAE TÊL.: (514)524-5900 ou 525-5957 Aline Poulin Pierre Milol Daniel-Louis Beaudoin Licite Bergeron Claude Beausoleil Hélène Boissé Joseph Bonenfant Lucie Bouffard Hugues Corriveau Rcnée-Berthe Drapeau Bruno Lemieux Patrick Nicol Louise Simard MOEBIUS 8$ Tarifs d'abonnement (taxes incluses) Individu: un an 30,00$ deux ans 55,00$ Institution: un an 45,00$ deux ans 85,00$ Nom___________________________ Je m'abonne à partir du numéro:.Adressez votre chèque ou mandat poste au nom des Éditions Triptyque.En vente chez votre libraire \nilri’ Girard Deux semaines en septembre LA MÉDECINE EN OBSERVATION Yanick Villedieu Boréal, 1991, 298 pages.DANS CES ARTICLES, déjà publiés dans la revue L’Actualité, le journaliste Yanick Villedieu dresse un bilan de santé de la médecine contemporaine : ses victoires, ses limites, ses défis, sa pratique, ses problèmes d’éthique.ZAZA Correspondance et carnets Élisabeth Lacoin collection « Libres à elle » Seuil, 1991, 381 pages.ELLE EST NÉ FI en 1907, et morte en 1929, à 22 ans.Fille fut « la meilleure amie » de Simone de Beauvoir avec qui elle a échangé une correspondance et des carnets intimes.D’Élisabeth Lacoin, Simone de Beauvoir écrivait dans les Mémoires d’une jeune fille rangée : « FInsemble nous avions lutté (.) et j’ai pensé longtemps que j'avais payé ma liberté de sa mort ».FAMILLES DU MONDE La vie de famille au tournant du 20e siècle Hélène Tremblay Robert Laffont, 1991, 283 pages.HÉLÈNE TREMBLAY est Québécoise et vit à Paris.Fille a entrepris un gros oeuvre avec cette histoire du monde par les familles.Un premier tome, déjà paru, décrivait la vie de famille dans les Amériques.Voici le second tome, la vie de famille dans l’Asie de l’Est et du Sud-FIst, et le Pacifique.Elle a visité 26 pays et 34 familles.Son pari est de trouver dans cette institution « stable » qu’est la famille le creuset des civilisations.À paraître : l’Europe, puis l’Afrique.risme », tranche-t-il.Autobiographique, Deux semaines en septembre ?« Quelques souvenirs d'enfance et d’adolescence par-ci, par-là.Tout le rosie est fictif.Mais ma sensibilité est présente à 100% dans le livre ».André Girard est né à La Baie, près de Chicoutimi.Dans sa petite ville, le port était au centre de tout, avec des marins étrangers qui débarquaient, donnaient une couleur exotique aux rues, aux cafés.Cette atmosphère à la fois provinciale et cosmopolite vient baigner tout son lt vre.Fit la vie après Deux semaines en septembre '! « Le prix Robert-Cliche m’a donné confiance en moi.Des idées de romans, j’en ai plein la tête », répond le lauréat.Son prochain livre se déroulera à Montréal dans un monde borghésien qui le fascine : celui des bibliothèques, « cette mémoire de l’humanité ».Le rêve d'André Girard ?« Voyager en écrivant, rédiger à Rome une histoire qui se passe ici, me promener partout avec un ordinateur portatif.Vi vre de sa plume ?Mais oui je crois que c’est possible, m'assure-t-il.Je suis d’un naturel optimiste ».4474 120633 Le Devoir, samedi 27 avril 1991 ¦ D-3 ' ¦ - ' r; cjn • r> j.‘ P - 'cÆ • le plaisir des mes Lise Gauvin L’illusion des sentiments Jean BASILE Lettres ?québécoises ; ON AU HAIT PU s’attendre d’une spécialiste de Giraudoux qu’elle écrive une langue distinguée et un peu passée de mode.Tout au contraire, le style de Lise Gauvin, dans Fugitives, qui vient de paraître, est d’une grande simplicité, sans fard et presque rude.De même, les textes de ce recueil de nouvelles sont souvent courts et arides.On sent que Lise Gauvin a tenu à les réduire à l’essentiel, sans sentiment ni pathétique.C’est du travail au microscope et au scalpeL Il y a, dans tout ce recueil, une fascination pour l’épure, la technique, comme si l’âme humaine contemporaine n’était plus qu’une mécanique avec ses engrenages et ses mouvements répétitifs.À part le néant d’une société qui se dépersonnalise, Lise Gauvin peint dans ses nouvelles la bourgeoisie et, plus précisément, la petite bourgeoisie des « professionnels » qui sévit ici, depuis que le Québec s’est urbanisé, a fréquenté les cégeps et a investi à coups de coude tous les postes de l’Institution.On ne peut pas dire que l’écrivain soit tendre pour cette génération qui est la sienne.La médiocrité règne même si elle se donne des airs de demi luxe et de distinction intellectuelle.Ce recueil est divisé en trois parties dont la première (Fugitives) et la deuxième (Intimes) se ressemblent un peu.En fait, « fugitives » pour Lise Gauvin veut dire « amoureuses ».Alors, comment l’écrivain voit-elle les amoureuses, maintenant que les femmes sont libres et que le mariage n’est plus considéré comme une valeur absolue ?Il y en a de deux sortes.Les premières ne veulent plus vivre dans l’illusion (dans Un Perrier, s'il vous plaît qui ouvre le recueil).Les secondes s’y plaisent encore (dans Café instantané par exemple).Des deux, quelle est la plus heureuse, la plus libre ?Lise Gauvin ne répond pas à cette question.Une des nouvelles les plus étranges de ce recueil s’intitule Le Temps et l’auteur y traite, justement, de l’illusion et même de l’illusion des sentiments.C’est l’histoire d’une femme qui aime un homme sans le voir.Quand elle le voit enfin, elle découvre qu’il est vieux et sans intérêt, sauf que la vie a passé comme un songe et qu’il est sans doute trop tard pour se reprendre.C’est dans cette nouvelle que Lise Gauvin donne sa recette, très proustienne, pour échapper au Lim- ( i.nivin Fugitives VwirUt* Boréal désarroi contemporain : on doit se protéger contre 1 ) les assauts du temps, 2) les intermittences du coeur, 3) l’égocentrisme masculin.D’ailleurs, on peut très bien remplacer l’égocentrisme masculin par le narcissisme féminin car tout le monde, chez Lise Gauvin, vit dans la solitude sentimentale et dans un manque à peu près complet de tendresse.Si on veut mettre des images sur l’univers de ce livre, on pense immédiatement au cinéma d’Antonioni, sauf que les héroïnes de Lise Gauvin ne fument pas, ce qui est très dommage pour la plastique.La partie centrale, qui s’intitule Laborieuses, est très différente.C’est que l’écrivain parle du « milieu » des lettres qui est le sien.On comprend pourquoi la critique se fait plus précise, plus serrée.Toute proportion gardée, on peut même dire que Lise Gauvin enrage comme si, par sa médiocrité quotidienne, le milieu littéraire institutionnel trahissait plus que tous les autres un idéal de poésie et de beauté.Que ce soit le comité de rédaction d’une revue (sans doute Liberté), une soirée littéraire dans une galerie de peinture ou le portrait d’une jeune écrivain, membre de l’Udeq, dont le seul lecteur est son facteur, tout est d’une tristesse infinie bien que chez Lise Gauvin la tristesse prend souvent la forme d’une ironie lourde et vindicative.La Chose et Le Manuscrit sont carrément des charges contre les snobismes universitaires bien connus qui consistent, surtout ici où on ne sait pas très bien si la littérature est de la littérature ou un phénomène, à inventer de nouvelles théories littéraires encore plus éphémères que les livres eux-mêmes ou bien à prendre au sérieux le moindre texte (ici une recette de pâté chinois) d’un auteur-emblème quand il est Québécois.On aura reconnu Hubert Aquin.À ce propos, on peut faire un reproche de fond à Lise Gauvin qui est une moraliste puisque son recueil de nouvelles est une critique de la société.Elle passe complètement sous silence l’argent.Or chacun sait que dans les institutions, y compris les institutions littéraires, toute théorie ou toute recherche qui ne trouve pas son financement gouvernemental est vouée à l’inexistence.Dans le même sens, on regrette que l’écrivain mette dans le même sac le pauvre poète qui dit son poème, tout ridicule que ça puisse être, dans une sauterie littéraire et un professeur nanti qui se gargarise d’idées en caressant son portefeuille.Il y a des nuances qu’une observatrice de son expérience devrait voir.N’empêche que c’est dans Laborieuses que Lise Gauvin se dévoile un peu en retrouvant un ton de colère qu’elle cache souvent sous la froideur et la distance d’un style parfait.Dès lors, on voit bien son débat qui est, somme toute, celui des professeurs (et des critiques! ) pris entre leur désir de création et la nécessité du commentaire littéraire ou du travail d’érudition.On voit aussi, en filigrane, que Lise Gauvin se pose la question de l’universalité de la littérature quand on habite un petit pays au surmoi exigeant comme le nôtre.La vraie question reste toujours : « Est-ce que je suis lisible à Paris ?».C’est pourquoi, sans doute, l’écrivain Chrystine Brouillet De Maud Graham à Marie Laflamme ^SOMMES Asm, PRIX FËMINA v j i N Jean Royer SES HÉROÏNES sont rousses et défendent des destins de femmes.Hier, Maud Graham, détective toujours prête à contenter sa gourmandise pour oublier la laideur du monde.Aujourd’hui, Marie Laflamme, cette Nantaise venue à la course au trésor en Nouvelle-France, au 17e siècle, fuyant du même coup une société qui avait condamné sa mère au bûcher.Chrystine Brouillet vient d’amorcer une saga historique franco-québécoise, roman d’aventure inspiré des procès de sorcières du 17e siècle qui prend son origine à Nantes et se poursuit à Québec, dans l’horreur de la persécution des femmes et l’amour de la vie.Marie Laflamme, premier tome d’une trilogie, parait en coédition chez Denoël en France et Lacombe à Montréal.Depuis qu’elle a mérité le prix Ro-bert-Cliche pour Chère voisine en 1982, Chrystine Brouillet a poursuivi tout droit son chemin dans la littérature de divertissement avec une dizaine de romans, polars, contes pour enfants et adolescents, romans érotiques (sous pseudonyme), jusqu’à cette saga historique, roman d’aventure sur la sorcellerie et l’amour dont son ami Jacques Laurent, l’académicien qui est aussi connu sous le nom de Cécil Saint-Laurent, a dit qu’il était un « roman à saveur ».Voilà bien décrit l’univers romanesque de Chrystine Brouillet qui, depuis qu’elle a quitté Québec pour Paris, il y a six ans, est restée fidèle à ses obsessions.À preuve, deux romans publiés dans la collection « Sueurs froides » chez Denoël, Le poison dans l’eau (1987) et Préférez-vous les icebergs ?(1988).Oui, Maud Graham reviendra, me dit Chrystine Brouillet.Pour l’instant, il s’agit de poursuivre la saga de Marie Laflamme et de rendre hom- Chrystine Brouillet mage à ces femmes disparues sur les bûchers de Nantes et d’ailleurs, à tous ces gens aussi qui ont eu le courage de traverser jusqu’en Nouvelle-France et dont Marie Laflamme est une illustration flamboyante.« Marie Laflamme s’est imposée tout de suite comme personnage.Elle correspondait à ce que je voulais écrire.Il fallait qu’elle soit jeune pour faire ses bêtises, à l’âge où l’on est amoureux des salauds et qu’on ne le sait pas.Je voulais décrire quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux.Si Marie Laflamme s’était laissée abattre par les événements, elle ne serait jamais venue en Nouvelle-France et ne serait pas partie à la recherche de son trésor.« Je voulais aussi montrer la vie des femmes à cette époque.En 1662, NOUS SOMMES ÉTERNELS « Je suis une conteuse, dit Chrystine Brouillet.Il faut que les gens comprennent tout de suite ce que je veux dire.De plus, quand j’écris, je le fais à haute voix.Du moins, je chuchote mes phrases.Ce que j’aime, en littérature, c’est la surprise.Quand mes personnages me surprennent, j’aime bien ça.« J’ai hâte de terminer le deuxième volet de la saga où apparaîtront dans la Nouvelle-France Mgr de Laval, jeune missionnaire de 36 ans qui fut un grand promoteur immobilier et un grand magouilleur, ainsi que Catherine de Saint-Augus-tin et ses visions, de même que Marie de l’Incarnation et son bon sens pratique ».Chrystine Brouillet considère l’écriture comme un métier, un artisanat et ne voudrait surtout pas étaler ses états d’âme dans ses livres.« ("est la fiction qui m’intéressse, dit-elle.Je n’ai pas la tentation biographique ».« Je ne suis pas quelqu’un qui écrit pour la postérité, ajoute la romancière.Ce que je veux, c’est que les gens qui lisent mon livre passent un bon moment.Je fais une littérature d’évasion.Le plus beau compliment me vient du lecteur qui me dit qu’il a lu le livre d’un trait.La postérité! Je sais qu’il y en a qui font des oeuvres très lentes, très travaillées, très fignolées, ciselées, sérieuses.Oui, mais je ne serai pas là, moi, avec la postérité.Je n’en profiterai pas.Je suis trop jouisseuse, j’aime trop la vie dans l’instant présent pour écrire pour mon futur! » la femme menait une vie de misère et d’esclave.Une femme ne vivait que par un homme.Quand elle n’avait pas d’homme, la société pouvait la rejeter.N’oublions pas que la chasse aux sorcières a commencé par les vieilles femmes âgées qui connaissaient les plantes.Pour un homme, à cette époque, c’était bien pire de perdre sa vache que de perdre sa femme.On faisait des procès à des animaux et même pas aux fem- mes! » Le récit de Chrystine Brouillet est mené allègrement, au plus près de son sujet : de la torture à l’amour, des bourreaux aux aventuriers, les destins d’une époque défilent devant nous dans leur vie la plus concrète.Odeurs, cicatrices, objets de torture, corps mutilés, couleurs nuancées, nourritures qui font saliver, le roman est fidèle au genre dans une belle qualité d’écriture.lIEVMiZ] sera au Salon du Livre de Québec - Stands 76 à 83 LES OISEAUX DE BANGKOK U PIANISTE LA JOYEUSE BANDE D'ATZAVARA MÉNAGE À QUATRE Aierrcltc Flcutiaux sera au Québec et à Ottawa du 29 avril au 8 mai 1991.Venez la rencontrer: À Ottawa: le mercredi 1er mai à 20h00 au grand auditorium de la Bibliothèque Nationale du Canada, 395 rue Wellington.À Montréal: le jeudi 2 mai à 19h00 à la librairie Gallimard, 3700, boul.Suint-Laurent.Le vendredi 3 mai de 12h00 à 13h30 à lu librairie Renaud-Bray, 5219, chemin de la Côtc-dcs-Ncigcs.«Il n’y avait qu’un roman de huit ccnU page* possible, c’était Belle du Seigneur.On n’a pas envie de couper, de sauter dis lignes, on lit toul.Il y en a un aulrc, c’csl celui-là: Noui tommes étemels, par l'icrrcllc Flcutiaux.» Jacques Folch-Ribas, la Presto Éditions Gallimard, 822p., 39,95$ PRIX FEMIIUA 199 n’aime pas nommer les beux si ce n’est Time Square et, là encore, il s’agit moins du nom d’un lieu que d’un symbole de la vie provisoire.D n’est pas dit que l’abstraction soit une bonne réponse à tous les coups mais c’en est une que Lise Gauvin exploite avec efficacité et parfois meme avec brio.Fugitives, Lise Gauvin, nouvelles, 140 pages.Boréal.Montréal 1991.LOGIQUES LA VIE MODERNE L’ABUS SEXUEL lï333S!ttl ;¦ iifrnrr l.A RELATION D’AIDE 170 p.18,95$ SUICIDE lOOtOUI» iocifirx 128 p.16,95$ 14,95$ ILS «JOUENT AU Nintendo WordPerfect SIMPLIFIÉ EN FRANÇAIS LOGIQUES 120 p.18,95$ (IBM) WordPerfect AVANCÉ EN FRANÇAIS LOOlOUtS 150 p.18,95$ (IBM) 288 p.24,95$ DEMAIN, L’AVENIR I l S M AISONS DE CRISTAL 189 p.19,95$ 160 p.24,95$ 1225, tic V1oniiv.il (J( ' IHk.'i l (5J4)1RU2225 I * A \ : Pl l)‘)U 2|s; I es I’.till ions I ( )( il(jl IS mmii h’tii ., î Mihsrnin.'MiK’t’N par K- inmivL t» .1 All.lirVN L tlIlllK'lk’N du („)lK’h , D-4 ¦ Le Devoir, samedi 27 avril 1991 - — k plaisir des Lise Tremblay La vieille ville qui fait peur par sa beauté Guy Ferland U N K FEMME marche dans la vieille ville.Elle sillonne les rues en quête d’amour.Elle fréquente cer-'tâins bars, elle observe le comportement des gens, elle croise quelques ¦connaissances et elle écrit des let- • très qu’elle n’envoie jamais au destinataire.Elle se cherche et essaie de ne pas oublier qu’elle aime quelqu’un.U ne autre femme marche dans les rues de la grosse ville, Montréal.C’est l'auteur du roman au ton intimiste, L'hiver de pluie, publié chez ' X YZ l’automne dernier.Ce récit simple, qui n’a pas reçu l’attention qu’il méritait, raconte les allées et venues de la femme qui déambule dans la vieille ville.' Lise Tremblay ne fait pas que se promener dans les rues de Montréal, elle enseigne également la littérature au cégep du Vieux-Montréal.Elle a quitté Chicoutimi il y a une -quinzaine d’années et elle a étudié en psychologie et en journalisme, à Sherbrooke puis à l’Université Laval, avant de compléter une maîtrise en ¦ littérature à l’UQAM.L’hiver de pluie est d’ailleurs son mémoire de maîtrise qu’elle a rédigé sous l’oeil vigilant d'André Vanasse qui est également son éditeur.L’auteur blague en disant que « si mon récit n’avait intéressé aucune maison d’édition, il 'aurait toujours pu servir pour l’ob-têntion d’un diplôme ».Elle a touché les deux buts.¦' L'hiver de pluie est d’abord un ro- '- man d’ambiance et d’émotions.Tout en douceur, la narratrice parvient à faire sentir sa détresse et une profonde blessure en elle.« Au début, je voulais exprimer pourquoi quelqu’un pouvait, à un moment donné, laisser les choses aller, quitter ses amarres, son milieu social, ses parents et ses amis, pour aller à la dérive.D’où le ’ thème central de la femme qui marche sans but précis », raconte l’au-v ' teur.Le reste, c’est-à-dire les personnages secondaires, la vieille ville, les anecdotes, « tout cela s’impose pendant le processus de l’écriture ».! ’ Les personnages, par exemple, ; sont typés à partir des observations ! de l’auteur.« J'aime décrire les gens ; d’après une caractéristique physique », avoue Lise Tremblay.La pré-| sence de la vieille ville, quant à elle, • est venue d’une fascination.Fas-| cinée par le roman de Jacques Pou-; lin, Le coeur de la baleine bleue, et par la beauté de la ville de Québec, Lise Tremblay y installe le décor de son récit.,' « La vieille ville me fait peur par sa beauté.J’y ai vécu trois ans et je l’ai parcourue en tous sens.C’est une ville imprenable.Elle échappe toujours.C’est une ville de signes, pleine de significations qui appellent les écrivains.Elle dépasse ses habitants.Livres Usagés Livres en Solde en permanence RABAIS 3,000 pieds carrés de livres à prix réduits, sous-sol aussi 3,000 pieds carrés de livres neufs: rez-de-chaussée • Service complet de librairie • Collection impressionnante en sciences humaines • B.D.adultes • Livres jeunesse • Livres d'art • etc.KGENCE DU LIVRE 1710, rue Saint-Denis 844-6896 (a côté de la Bibliothèque Nationale) PHOTO JACQUES GRENIER Lise Tremblay Mais en même temps, c’est un espace clos, le lieu d’un enfermement, un labyrinthe pour ma narratrice.» Cette narratrice, qui marche et qui regarde, essaie de dire un amour impossible.D’où la souffrance que le lecteur ressent en lisant ce Uvre.« Il faut travailler proche de sa blessure pour écrire quelque chose qui touche vraiment les lecteurs.Écrire, pour moi, c’est traduire.C’est aussi taire acte de mémoire et vouloir transmettre des émotions.Lorsqu’on écrit, on est un intermédiaire entre le réel et le livre, la fiction.Comme le dit Élise Turcotte, on est une passoire.» En somme, l’écriture est en quelque sorte une recherche de sens.« En écrivant, on garde des traces et on prouve que la souffrance peut donner quelque chose », explique l’auteur.C’est ce que la narratrice de L ’hiver de pluie découvre.« Mais la pudeur est importante pour ne pas tomber dans le sentimentalisme.Ainsi l’écriture sert à cacher et à découvrir en même temps.» Au lecteur de lire entre les lignes.Pour Lise Tremblay, au Québec, la grande blessure, c’est la langue.« Les Québécois sont tiraillés.D’un côté ils veulent préserver leur patrimoine, de l’autre ils sont fragiles aux modes.Mon prochain roman raconte justement ce tiraillement.Il met en présence deux frères, l’un sédentaire a Chicoutimi et l’autre nomade sur la côte Ouest, vivant principalement en Californie.J’y mets en jeu le rôle de la parole dans nos vies et comment on essaie de coïncider avec son milieu.» Dans ce « pays de peu de mots », la voix douce de Lise Tremblay nous apprend à dire les choses simples, comme cette phrase bien équilibrée qui termine son premier roman : «Je voulais juste vous dire que cette femme vous aimait, même si c’est une phrase qui ne s’écrit plus.» Quant à moi, je voulais juste vous dire que j’ai aimé ce roman, même si c’est une phrase qui ne s’écrit plus.Yann Défense et illustration du scénario de BD Pierre Lefebvre ON CONSIDÈRE généralement la bande dessinée comme un médium de dessinateur.Pourtant, tout comme au cinéma, c’est sur un scénario que les images reposent, la BD étant autant narrative que figurative.On a qu’à lire les Astérix qu’U-derzo a réalisés depuis la mort de Goscinny pour s’apercevoir tout ce que doit la BD à ses scénaristes.Yan Lapennetier, dit Yann, est un des scénaristes les plus brillants de sa génération.Il est l’un des rares à avoir su allier le respect et la moquerie pour l’âge d’or de la BD belge, qui a nourri son enfance, nous offrant ainsi des satires mordantes, cyniques et pourtant toutes empreintes d’une nostalgie pour cette époque bénie de la lecture naïve.La patrouille des libellules et Bob Maronne en sont peut-être les meilleurs exemples mais même ses séries, ne s’inspirant pas directement d’un mouvement ou d’un auteur précis, regorgent de références, de clins d’oeil à la BD des années 40 et 50.J’ai rencontré Yann cette semaine, de passage au festival international de la BD et nous avons discuté du métier de scénariste de bande dessinée.Comment en êtes-vous venu à la BD et plus précisément au scénario ?Yann : « C’est d’une manière toute simple.J’étais au lycée et j’ai vu une annonce dans le journal Spirou, proposant deux pages à tous les amateurs.donc toute la France et toute la Belgique ont écrit à cette rubrique qui s’appelait carte blanche, à peu près 50 % de tous les dessinateurs, jeunes, actuels, publiés en Belgique, ont été acceptés, ou refusés, à ces cartes blanches.Régulièrement, je rencontre des gens qui me disent : tu sais, moi aussi j’avais envoyé des cartes blanches et on me les â refusées, quels salauds ! Moi, on m’a pris mes pages, je me demande pourquoi, parce que c’était horrible.» Et quel âge vous aviez ?« C’était en septante-trois, j’avais 19 ans.» Après les cartes blanches, que s’est-il passé ?« Cette rubrique ne donnait pas forcément le droit de dessiner dans Spirou.Donc, au bout de cinq cartes blanches, ils m’ont dit : Maintenant on va laisser la place à d’autres débutants.Parce que, au bout de cinq ans, ça y est, tu n’es plus un débutant, tu ne nous intéresses plus, mais on ne va tout de même pas te publier ailleurs parce que ce n’est tout de même pas professionnel ce gue tu fais.Alors, je me suis retrouve vraiment déçu, parce que j’avais été publié, c’est formidable pour un gamin et, d’un autre côté, je les avais dans Le bédéiste Yann le cul, si je peux me permettre, parce que maintenant il n’y avait plus de débouchés.Alors, qu’est-ce que j’ai fait, ben, j'avais mon BAC, alors je me suis inscrit en architecture et j’ai fait trois ans d’architecture, des trucs chiants et emmerdi-fiants, des trucs horribles, on ne dessinait jamais.C’était que des maths, que de la physique, de la perspective.C’était épouvantable pour quelqu’un dont le rêve était de dessiner.« Moi, j’avais cru niaisement qu’en faisant de l’architecture, j’allais m’éclater en dessin.C’était vraiment dommage et je me suis bien embêté.« Et puis, ce qui s’est passé entretemps, c’est que j’ai rencontré Didier Conrad.Lui, il s’emmerdait à faire je ne sais plus quoi en mathématigue, alors on a décidé de réunir nos economies et d’aller à Bruxelles proposer de nouvelles séries aux éditeurs.Et coup de bol, une des séries a été prise par Dupuis, celle de Conrad, qui s’appelait Jason, mais on lui a collé un scénariste.On lui a dit, vous devez travailler avec notre scénariste maison.Alors, on est revenu à Marseille, parce qu’on habitait Marseille tous les deux et, au retour, puisque moi j’avis rien eu de pris, et que lui avait été engagé pour dessiner un truc, Conrad m’a fait un scé- PHOTO JACQUES GRENIER nario.Et donc, ça a été Les Innommables.Alors, je dessinais et il faisait les scénarios.Entre-temps, la série Jason a été abandonnée et on s’est retrouvé, comme ça, avec ma série dont il faisait le scénario et lui ne dessinant plus rien.Comme il dessinait mieux que moi, il s’est vite dit, bon ben, c’est moche ton truc.Il refaisait mes dessins, il m’aidait tout le temps, alors on s’est dit, on va changer : je fais le scénario, tu dessines et on a traaillé à peu près huit ans ensemble ».Et vous n’avez jamais pensé, après avoir inverse les rôles avec Conrad, à reprendre le dessin ?« Non, parce que j’ai tout de suite eu beaucoup de boulot en scénario et je n’ai jamais eu le temps de me remettre au dessin.Comment dire ça.Je m’étais dit un jour, je me remettrai au dessia en faisant de l’anatomie, en faisant du dessin d’art, etc., mais j’ai jamais pu m’y mettre quoi.» Mais, vous aimeriez réaliser une bande dessinée toute entière, dessin et scénario ?« Oui, bien sûr, mais à mon avis je ne le ferai jamais.Pour le moment, je prends du plaisir à faire des découpages, genre story board, les mises en place, avec les dialogues et franchement, pour le moment, je suis très content de faire ça et j’ai tellement de boulot, avec la documentation et tout, que j’ai objectivement pas le temps de me mettre à faire de la BD.Il y a peu de scénaristes.Il y a environ 300 dessinateurs en Belgique et moins de 10 scénaristes.Comme il y a deux dessinateurs sur trois qui travaillent avec un scénariste, ça fait 200 dessinateurs qui cherchent un scénariste.Donc, dès qu’un scénariste commence à être sur le marché, c’est la ruée des corps qui ont soif, c’est : et moi et moi et moi et moi et moi ! Alors moi dans le tas, c’est génial, je trie.C’est super quoi.En plus, plus il y a de gens différents, plus il y a de talents et comme ce n'est pas moi qui dessine, plus ils ont du talent, plus je suis exi-eant.Alors, j’ai la surprise de voir es dessins, d’après mes histoires, que je sais que je n’aurais pas pu faire aussi bien.Et ça, c’est satisfaisant.« Ce qui serait minable, ça serait de me dire : oh quelle cochonnerie, moi j’aurais pu faire ça tellement bien.Ça m’est arrivé une fois je dirais, je dirai pas avec qui, mais ça m’est arrivé une fois.Mais, toutes les autres fois, pas de problèmes, je suis bien content.« C’est flatteur pour un scénariste, qui croit à son scénario, de le voir bien dessiné par un dessinateur qui croit à son scénario.C’est flatteur et c’est le oonheur total.« Le problème, c’est que j’ai tendance a en prendre trop.Quand je rencontre un dessinateur qui est sympathique et qui a du talent, j’ai envie de dire oui, oui, oui, on travaille ensemble.Le problème, c’est que j’ai beau reconter et reconter, il n’y a que 24 heures dans une journée ».Le scénariste fait pourtant très souvent figure d’enfant pauvre de la BD, non ?« Non, je ne trouve pas.En fait, c’est que c’est très dur de débuter quand on est scénariste, parce que, comme on est pas connu, personne ne vous fait confiance.Ni les éditeurs, ni les dessinateurs qui, finalement, préfèrent tous travailler avec un scénariste connu, ce qui est censé être une garantie.Parce que bon, un dessinateur qui montre ses dessins, on voit tout de suite si c’est beau, si c’est pas beau, s’il a du talent.Un scénariste, la plupart du temps, il montre des textes tapés à la machine, ou des gribouillis avec une bulle qui dit : « Ah ah ah misérable, ton air imbécile m'annonce que l’avenir sera bien sombre.» Alors, comment savoir si c’est une idiotie ou quelque chose de talentueux ?C’est pas du tout évident, et il y a un grand doute, et c’est très compliqué pour un scénariste de débuter.Il faut au moins 10 ans pour être sûr que ce qu’il fait plaît.» Jamais deux sans trois LE TIERS INSTRUIT Michel Serres François Bourin, 1991, 249 pages TOUT NON PEUT-ÊTRE, ÉDUCATION ET VÉRITÉ Henri Atlan Seuil, 1991, 345 pages LES MYSTÈRES DE LA TRINITÉ Dany-Robert Dufour Gallimard, 1990, 464 pages Heinz Weinmann MIC H EL SERRES est entré à l’Académie française.Le Tiers-Instruit est son premier écrit « académique ».L’Académie, à l’origine « le jardin d’Académios où Platon enseignait ».En devenant un « Immortel », Michel Serres a jugé bon de définir le lieu véritable de son enseignement pour qu’on ne le confonde pas avec celui de l’Académie française.Lieu littéralement utopique puisqu’il n’est pas un endroit, mais une relation, un rapport, une communication entre personnes, continents, systèmes, entre sciences et sciences humaines.Le Tiers-Instruit exprime ainsi cette fonction au coeur même de toute l’oeuvre du philosophe et sub sume sous une meme définition ses avatars mythologiques, physiques, biologiques ou géographiques qui se sont manifestés sous les masques di vers : Hermès, dinamen, parasite, hermaphrodite, Passe du Nord-Ouest, etc.La carrière du nouvel académicien commence tout de go par un néologisme (d’aucuns diront barbarisme) qu’on chercherait vainement dans uri dictionnaire français ! Formé d’abord par opposition avec « tiers exclus », « tiers inclus » est métaphorisé ensuite en « tiers-instruit ».Cette transformation sémantique montre à l’évidence que le * tiers-instruit » ne saurait être ramené à un simple rapport logique.Il prend une véritable dimension « pédagogique » au sens premier du mot de « comment conduire les enfants », pédagogie qui présuppose naturellement qu’on puisse d'abord se con duire soi-même.Tout d'abord, il s’agit d’éviter comme la peste les laminoires du tiers exclus, au service (ou sévice ?), depuis Aristote, du principe d’identité : tertium nondatur.Non seulement chez Serres le « trois » est donné, non comme résultat d’une PHOTO JACQUES GRENIER Michel Serres synthèse, comme chez Hegel, mais il est lui-même, à l’origine, le « point saillant » de toute genèse, de tout devenir.Ainsi, cette profession de foi phi losophique, qui expose, comme Serres ne l’a jamais fait, ses rapports de « sujet » avec le « monde », devient en même temps un des plus beaux traités d’instruction et d’enseignement.Il vient à point nommé dans un Québec désorienté qui s’interroge comment enseigner le français aux immigrants et comment les « intégrer» dans la culture québécoise.Est-il besoin de préciser que le Tiers-Instruit n’est pas un programme ni même une méthode d’enseignement ?Il marque plutôt un point invisible, virtuel, pli, frontière au-delà desquels le sujet bascule ailleurs, devient autre.Parmi les nombreux exemples du livre, celui du nageur illustre le mieux la dynamique entre le « sujet » et le « monde ».Le nageur quitte définitivement sa rive au moment où il franchit le milieu de la rivière, « happé » qu’il est alors par l'autre rive.Le Tiers-Instruit est d’abord ce lieu de passage, ce seuil, à partir duquel le nageur-sujet quitte le familier, le familial, pour se laisser gagner, traverser par l’autre, par l’étranger.C’est pourquoi la première disposition de l'instruction est la disponibilité au départ ; il faut vouloir quitter le nid douillet du chez soi, du déjà vu.L’apprentissge de la « tierce-instruction » assume allègrement les défis de l’exposition et de la désorientation : par l'autre, sa langue, sa culture.Pour ce faire, il faut d’emblée surmonter les obstacles qui empêchent cette tierce-instruction; identité et appartenance.« Je crois.Henri Atlan au fond de moi, que l’appartenance fait le mal, en raison de l’exclusion.Je la soigne par intersection de cent mille appartenances, métis.» Le Tiers-Instruit signifie donc un métissage méthodique, permanent.Le sujet se « croise » littéralement dans sa rencontre avec l’autre, devenant par là métis, quarteron, oc-tavon .« L’apprentissage consiste en un tel métissage .Etrange et original, déjà mélangé des gènes de son père et de sa mère, l’enfant n’évolue que par ces nouveaux croisements .Né gascon, il le reste et devient Français, en fait métissé; Français, il voyage et se fait Espagnol, Italien, Anglais ou Allemand.Son esprit ressemble au manteau nué (sic) d’Arlequin».La réaction québécoise stéréotypée « tierce excluse », on la connaît à satiété : vu la situation d’enclave francophone du Québec sur un continent anglophone, un tel « métissage », ici loin d’être une vertu est un vice qui mène droit à la mort par assimilation.Cela n'empêche que souvent, une « fièvre obsidionale » de pays assiégé se donne trop vite bonne conscience en se retranchant, au nom de la « survie du peuple », derrière des attitudes identitaires d’« appartenance » qui exluent l’autre ?Le Tiers-Instruit à la québé coise, ne voudrait-il pas dire que les Québécois plutôt gue de chercher uniquement à « intégrer » les immigrants, s’« instruisent » d’eux tout en se métissant avec les pays, les continents que ces immigrants traînent après eux.On l’aura compris, le Tiers-Instruit, comme le « sujet » est un centre vide qui rayonne dans tous les sens, vers l’universel.Sujet qui n’e- xiste que par la défroque des autres.Il est ce manteau d’Arlequin bariolé, rapiécé, « rapaillé », il est un « homme rapaillé » Voilà que le « sujet » de Michel Serres et celui de Gaston Miron se croisent, se métissent.Enfin, Le Tiers-Instruit est un plaidoyer de la tolérance par la restriction volontaire.La philosophie cesse d’être en quête de la vérité, elle revient à ses anciennes amours, redevient « amour de la sagesse », « sa gesse pacifiée ».« Désormais, je ne jugerai plus vrai ce qui ne peut ni ne sait retenir sa conquête.» Henri Atlan.médecin, biologiste, professeur de biophysique, métis épistémologique par excellence, est aujourd’hui un des meilleurs connaisseurs en France de ce qu’on appelle l’« Auto-organisation ».D’ailleurs, il a introduit en France la notion capitale d’« ordre par le bruit » au centre de La Méthode d’Edgar Morin.Pas étonnant alors que sa sagesse, comme celle de Serres, soit représentée par le « manteau d’Ar-lequin ».Livre exigeant qui pose la question du « pourquoi » du vacuum laissé par les sciences modernes là où jadis, dans les savoirs traditionnels, figurait l’« homme ».La science, do minée par la causalité, n’a que faire de l’homme avec son intentionalité, sa créativité, aux antipodes de cet univers causaliste.Atlan appelle de ses voeux une philosophie éthique qui, tout en gardant l’acquis d’une rationalité des « Lumières » qui sache s’auto-limiter, a recours au « pouvoir poétique », grâce au « surnaturel » de l’imagination et de la création.Pour ceux qui voudraient connaître plus à fond cette pensée complexe et son rayonnement, la publication du Colloque de Cerisy (1984) les attend Théories de la complexité, Autour de l'oeuvre d’Henri Atlan, Seuil, 1991.Enfin, jamais deux sans trois, Les mystères de la trinité, est un livre capital puisqu'il nous fait compren dre la raison profonde de la guerre hargneuse que n’ont cessé de mener en Occident le « deux » (dialectique, principe de contradiction) et le « trois » (trinité, tiers inclus).L’au teur montre bien que le point aveu gle, à la source des « mystères de la trinité », n'est pas le dogme de la tri nité, mais le rapport ternaire intro duit subrepticement dans nos sys tèmes de langues par le « Je-lu-il » comme « trinité naturelle ».Livre qu’on ne lira pas en trois cinq sec ! Le Devoir, samedi 27 avril 1991 g Q_g le plaisir des Siciliens et Auvergnats : histoire de deux clans familiaux Musique délétère Lisette -MORIN ?Le feuilleton L’ÉCOLE DU SUD Dominique Fernandez .Paris, 1991, Grasset, ;483 pages.AVANT MÊME de rendre compte • de L'École du Sud, tout ce qui compte dans le landemeau de la critique parisienne a évoqué la figure du père de l’auteur : Ramon Fernandez, critique littéraire de • l’entre-deux-guerres, prix Fémina 1932, pour Le Pari, devenu .collaborateur et mort , prématurément, à 50 ans, en 1944.La filiation, que ne reniera sans doute pas Dominique Fernandez — le narrateur de son roman étant, sous une affabulation romanesque, ce père qu’il n’a guère connu, l’ayant perdu à l’âge de 15 ans - me paraît sans aucun doute importante, aux yeux des lecteurs de France de plus de 60 ans, mais n’ajoutera rien à la valeur intrinsèque du très beau roman de Fernandez pour nous de la francophonie.Il s’agit avant tout d’une saga familiale, en deux volets, où le souvenir a bien évidemment sa part, mais qui doit davantage à la recherche minutieuse de la vie en Sicile, au début du siècle, et dans la France profonde, à la même époque.Italien d’adoption, qui peut avoir oubüé Porporino ou les mystères de Naples, Le Promeneur amoureux, de Venise à Syracuse, pour ne citer que deux titres, parmi les plus lus de l’auteur, Dominique Fernandez s’invente ici, sous le nom de Porfirio Vasconeellos, toute une famille, tout « un clan de Siciliens », dans le village de Girgenti, qui deviendra Agrigente, et que le narrateur, à près de soixante ans, retrouve au début du roman.Entre-temps, il aura vécu en •France, dès sa dix-neuvième année, épousé une Française, fille spirituelle de Paul Desjardins, eh ’oui ! le pape de Pontigny et des fameuses décades, mais originaire de Saint-Aveme de parents auvergnats.Si l’on voulait trouver un fil conducteur, le fil d’Ariane qui ’ permette de se diriger dans cette histoire remplie de personnages, nourrie de l’Histoire, avec un grand H, de la première moitié du XXe siècle, il faudrait s’agripper à l’enfance qui détermine toute la vie, ' ' qui scelle le destin des hommes et des femmes, souvent sans qu’ils en prennent conscience.Pour Porfirio, qui retourne à la famille de son père et de ses trois tantes (personnages étonnants et savoureux, dans ce palazzo délabré où elles auront vécu sans vraiment en sortir, où elles mourront sans doute), les vingt Dominique Fernandez premières années auront constitué un capital inépuisable de souvenirs « pieux », pour reprendre le titre de Marguerite Yourcenar.Non content de rechercher les lieux de son enfance, Porfirio, séparé de sa femme (qui se meurt de cancer, assistée de ses enfants), voyage au pays de cette Constance, et remonte jusqu'à la vie de ses grands-parents, à Saint-Aveme, dans le Livradois.PHOTO FERRANTE FERRANTI Ilya dans L École du Sud des descriptions étonnantes de la vie sicilienne, de ce monde qui refusait de prendre en marche le train du progrès.Comme pas un, Fernandez sait voir ce pays qui n’est pas l’Italie historique et touristique, mais une terre différente, à part.Quand il y revient, il se promené, ne craignant « aucune rencontre pendant l’heure sacro-sainte de la sieste où la canicule renverse sur la paille de Au bout de chaque cigarette Un seul filtre: vos poumons ¦} o CLAUDE BEAUSOLEIL Une certaine fin de siècle (tome II) avec des collages de Célyne Fortin 472 p.*30$ jocelynÏÏTvesque Le temps mutilé avec trois encres de Johanne Lévesque Collection « L'instant d'oprès », n* 37 - 67 p.• 7 $ MART I GNON Toiles filantes avec dois photographies de Serge Mongrain Collection « L'instant d'après », n* 38 - 80 p.• 7 $ N O R O I T MSI POSIALE 244, SAINTLAALBERT, QUÉBEC I4P 3N8 FRANCE LACHAINE Desiderata avec quatre dessins de l'auteure •12$ F R A N C I N E D E R Y Les territoires de l'excès avec un dessin de Patrick La Roque 119 p.«12$ M I I R E C H E L L E M A Le goût de l'eau avec dix encres de Jacques Brault 80 p.* 10$ MARC A.BROUILLETTE Les champs marins avec deux photographies de Yon Giguère 72 p.• 10$ PRIX LITTERAIRES GENEVIÈVE AMYOT Corps d'atelier avec neuf tableaux de Michel Pekhot -104 p.• 15 $ Prix de poésie 1990 des Terrasses Sainf-Sulpice de la revue Estuaire DENISE DESAUTELS Mais la menace est une belle extravagance ovec huit photographies d'Arione Thézé -109 p.• 15 $ Grandfrix de poésie 1990 du Journal de Montréal leur aire ou écrase dans la plume de leur divan les paysans de la campagne comme les bourgeois de la ville».Autre indispensable héroïne de ce roman, la mère du narrateur cette Adeline Pichon.Comment elle rencontre son Sicilien de mari au Bois, comment elle l'épousera’après la fête de Saint-Joseph, et sa conquête — Rastignac en jupons, ou plutôt en robe soyeuse — du tout Paris de la mode et du journalisme, ce n’est pas l’un des chapitres les moins intéressants du roman de Fernandez.Foisonnant, mêlant la réalité à la fiction, comme toujours dans un roman réussi, L'École du Sud, que l’on approuve ou non son dessein original, réhabiliter la mémoire d’un père, ravira tous les lecteurs passionnés.Il se pourrait même qu'il enchante les amateurs d’opéras puisque Porfirio, alors qu’il est encore gamin, et grâce à la tante, enfermée dans sa tour par un mari jaloux et désireux de cacher son impuissance sexuelle, se fait apporter tous les librettis des oeuvres de Verdi, de Puccini et même de Bizet, de Gounod, et tutti quanti.De même, tout roman-roman qu’il soit, le dernier ouvrage de Fernandez, qu’il fera suivre d’un ou de deux autres tomes, rappelle l’époque de la France « laïque et puritaine » de la 111e République.Constance Rageblanc, l'épouse de Porfirio, est le prototype de l'enseignante rigoureuse, l'une des premières diplômées de l’École de Sèvres, admiratrice de Pascal jusqu’à l’ascèse; elle entraînera son mari dans le clan — un autre ! de Paul Desjardins.Ici, Fernandez se fait ironique, et même très critique de cette coterie d’intellectuels qui eut son heure de gloire aux années vingt.Romancier puissant, qui ne craint pas de s'arrêter aux détails, Fernandez vient de signer là une oeuvre importante.Dont L'École du Sud n’est que le prologue.Il faudra attendre la suite, dans un an, dans deux ans.L’assiduité au travail de l'auteur nous permet d’espérer que nous n’aurons pas le temps d’oublier ce Porfirio, ce Sicilien, aussi inoubliable que le Fabrice Salina de Lampedusa.MUSIC ROOM Dennis McFarland Presses de la Renaissance 294 pages.Jean-François Chassay IL FAUDRA bien un jour écrire une histoire de l’alcool dans la fiction américaine.À moins que la chose n’ait déjà été faite, ce qui ne serait pas surprenant tant le sujet est vaste.Du roman noir à Bukowski en passant par Corner et l’inévitable Fitzgerald, à qui on a beaucoup comparé McFarland, l’éthylisme permet de voir s’évanouir le réel, de perdre dans le flou de la conscience un réel qui, plus souvent qu’autrement, a justement floué les personnages.Georges Bush peut bien bomber le torse autant qu’il le veut, affirmer la supériorité du peuple américain, les romanciers et les romancières le contredisent sans vergogne : manifestement, les héros sont fatigués.Martin Lambert est justement vacataire à l’alcoolisme, presque par la force des choses.Il subit d’abord l’influence des deux générations qui l’ont précédé.Son grand-père s'est écrasé sur une montagne dans un petit bi moteur alors qu’il était imbibé comme une éponge; son père est mort d’une cirrhose consécutive à l'absorption d’une quantité incalculable de bouteilles, tout en jouant (de plus en plus mal) du piano.L’unique concert qu’il a donné dans sa vie aura été un trop grand choc.Kt surtout, alors qu’il se remet encore (mal) du départ de sa femme, Martin reçoit un coup de téléphone lui apprenant que son frère cadet Perry, né quatre ans jour pour jour après lui et à qui il ressemble comme à un jumeau, vient de se dé-fenestrer.Il quitte son magasin de disque de San Francisco — la famille Lambert, outre son alcoolisme, est aussi douée pour la musique : Martin a joué longtemps du violoncelle et son frère du piano — pour New York, à la recherche des raisons de ce suicide.La Music Room qui donne son titre au roman, et où les deux frères venaient souvent écouter leur père au piano pendant que leur mère se saoulait dans une pièce voisine en compagnie d’amis médiocres, joue le rôle de la madeleine proustienne.Martin se remémore son enfance et son adolescence en compagnie de Perry, cherchant des signes pré- coces de ce suicide en apparence inexplicable (il n’a pas laissé de lettres, les gens qui lui ont parlé au cours des jours ayant précédé sa mort ne l'ont pas senti déprimé).L’obsession de l’échec qui par court tout le roman et contraste avec la réussite financière de la famille Lambert n’a pas manqué de rapprocher McFarland de Francis Scott Fitzgerald aux yeux de nombreux commentateurs.Pourtant, l'ombre de Paul Auster non plus n’est pas loin dans ce roman où le narrateur se plonge dans l’autodestruction, obsédé par la figure du double (son frère), au point de prendrqTit-téralement sa place.Là aussi l’image du père est omniprésente, aussi bien que l’impression d’échec, même si elle est davantage sous-entendue qu’avouée.j.Fitzgerald mettait en scène; de manière spectaculaire, théâtrale, l'effondrement de la haute société américaine.Sa chute ressemblait à un feu d’artifice, un grandiose échec qui ressemblait à une apothéose tant il fascinait.Rien de ça chez McFarland, Auster, l.oorie Moore, day Mclnnerny, pour ne nommer que certains des contemporains les plus intéressants.La seule victoire pos sible des personnages tient à leur capacité ou non d'assumer leurs faiblesses.Les personnages de Fitzgerald pa raissaient fragiles devant la puis sance de la société américaine qui, Jupiter moderne (et capitaliste), dé vorait ses enfants, alors que Martin Lambert est seul face à lui-même; il ne faut même plus compter sur une nation dont l’omnipotence apparaît manifestement obsolète.« Le rêve américain» : un slogan touristique potable, tout au plus.La grande force de l’écriturÇ de McFarland tient à l'oscillation constante provoquée dans la narration entre un discours cérébral et un discours émotif.L'affect n’est jamais affaire d’émotions pures et la tentative d’orchestration de la mémoire - comme s’il s’agissait d’évacuer les fausses notes de cette musique des souvenirs, de rendre mélodieuse une partition à la fin trop abrupte — cherche à donner sens a une vie sans balises.Le désabusement est à la mesure d’un pays dont le cynisme en politique fait quotidiennement, depuis quelques mois, la première page des journaux.Cela donne, avec Music Room, un excellent premier roman., Michel Vdstcl R LES EDITIONS DE L’HOMME jour, éditeur Bourassa Michel VasteI 22,95 S Les paradoxes d'un homme politique Après l’immense succès de Trudeau le Québécois, Michel Vastel trace le portrait du plus «québécois» des hommes politiques: Robert Bourassa.Une analyse des plus minutieuses, appuyée sur des témoignages Inédits.Le guide de la pêche au Québec Jean Pagé 24,95 $ Ce livre vous donne en un clin d’œil les ren-T selgnements les plus utiles et les plus récents qui J feront de vous un pêcheur averti! « Uniques au monde Jeanette Blondi 13,95$ 1 Elle sera poète, elle aussil Liliane Blanc 19,95 $ Elle-même enfant unique, Jeanette Biondi bouscule bien des préjugés dans ce livre.Elle nous permet de mieux comprendre la situation des enfants uniques et de réfléchir à cette condition de plus en plus répandue, DtakMc Boofqw 10 'KILOS DU BONHEUR l.’oilWWW) «V»K» SïMMM Vl ittU» m Ce livre très vivant est émaillé de récity passionnants sur nombre de femmes étonnantes^ au tempérament exceptionnel.Liliane Blanc nous£ entraîne dans un parcours fascinant à travers^ l’histoire des arts, > ( t / ¥ i ¥ *!¥ Les mots de la faim et de la soif Hélène Matteau 19,95$ A dix kilos du bonheur Danielle Bourque 17,95$ Toutes celles qui veulent rompre avec la hantise de la minceur trouveront dans cet ouvrage des moyens efficaces de revaloriser leur image corporelle et de retrouver l'estime d'elles-mêmes.Les mots de la et de la soif *$*.Voici un livre aussi instructif qu’amusant, qui vous dévoile l'origine des mots et des expressions liées au boire et au manger.Une aventure savoureuse au cœur de la langue française! D-6 ¦ Le Devoir, samedi 27 avril 1991 • leplaisirdes ivres *-+"1P a RHj H M.y>r* *#**»#> W»Sw Yves NAVARRE ?La vie dans l'âme Carnet 32 ON EN OUBLIE le Sida.Un magazine québécois fait de la publicité à la radio.Parmi les manchettes, jetées en vrac comme autant d’événements, le Sida n'a pas atteint les femmes au Québec.J’en connais trois qui sont mortes ces derniers mois laissant des frères, des parents, des enfants.À qui sert un tel mensonge ?Cette peste-là qui a d’abord, de plein fouet, touche le peuple des homosexuels, concerne désormais tout le monde, dans le monde entier.Le Sida serait-il devenu la place-forte de toutes les inepties, idioties, incertitudes, rivalités, lieu de catalyse (tout ce qui tombe, précipite).Et puis le Sida, c’est de l’amour, pas de la débauche.Gare aux étourdis et gare aux revanchards.M’est avis qu’un pianiste commence sa carrière à cinquante ans.n sait alors enfin ce que Rubinstein (le prof) appelait cet oubli total de l'être au profit de l’oeuvre.Mais à quatre-vingt ans, parfois, il y a encore des impresarios (nouvelle ortographe) qui poussent en scène des vieillards qui donnent l’impression de toujours jouer la pathétique.Shura Cherkassky est de ceux-là, maudite soirée, de quoi avoir le bourdon et la larme à l’oeil.C’était alarmant.Pauvre Partita no.6 de Bach et ciao-ciao les impromptus de Shubert.Même le piano flanchait et s’est évanoui sur un mi.Des miettes, un si lointain souvenir.S’il-vous-plait, messieurs les programmateurs, un peu de r#peet.En sortant du concert, au kiosque de la Place des Arts, j’ai trouvé une cassette vidéo VHS du dernier récital de Jacques Brel, 1966 à l’Olympia de Paris.Ce fut la réconciliation.Dieu (ça y est, je parle le bush) qu’il était preste, le grand Jacques et toutes ses chansons sont belles, faut voir aussi comment il les chante, mime, pantin, superbe.Ah, quand il dit fils de sultans, fils de fakirs, tous les enfants.ont un empire.Au fait la cassette est soldée 19 piastres sans la TPS, quatre fois moins cher qu'un porno.pelletage à son (votre ?) endurance musculaire.Arrêter quand la fatigue devient trop prononcée.— demeurer en mouvement (activités légères variées à votre choix) pendant les dix minutes suivant une séance de pelletage (phase de retour du calme).L’hiver prévisible n’est pas vraiment risible.Tout, partout, ici comme ailleurs, fera l’objet de marchandages et de jaseries en tous genres.Pour le calme, faut-il se placer dos au vent ?Ça va pelleter attention.On entend déjà les bruits des pelles.Et le printemps ne fait que commencer.Petit message de Suzanne glissé sous ma porte, bref, les rêves restent allumés trop longtemps; bref, les rêves restent allumés; bref, les rêves restent; bref, les rêves; bref.Je reviendrai au premier rayon chaud et caressant du printemps.Reçu un long poème incantatoire de Jacques, titre la fumée d’un trait, des extraits, pour les plumitifs du monde entier, pour Massaoua qui brûle comme un torchon, pour le livre sous cape qui nous fera bouger et.pour la contestation, pour la vision du silence, la constellation de l'ouie et.pour ce petit peuple sans fiesta, qui bute et religionne aux bingos rouges et.nous chanterions pour fuir le quotidien, ou le néant, ou pour faire semblant d’aller à la pêche.Jacques Desmarais, 17-08-90.Salut Jean-Roch, je pense à toi.Merci de m’avoir fait découvrir le beau livre d’Anne.Petite chronique montréalaise no.2, suite et fin.Le pouce de la marche en béton de ma porte d’entrée qui empiète sur le trottoir est bien assuré civilement à un million de dollars et la ville me « loue » ce pouce-là cent piastres par an.« Le minimum », m’a-t-on dit.Voilà où passent les sous du carnet : ils reviennent à la communauté urbaine.Petite chronique montréalaise no.3.Le feu rouge Beaudry/Ontario est détraqué.Quand on veut traverser on a le temps d’attraper froid dix fois, onze, j’ai compté, atchoum.Je ne ris plus : la nuit je me réveille en sursaut.Patavan et Patapoum, mes chats, ne comprennent plus rien.Quoi ?Je suis là ?Bien au chaud ?Drapé, nourri, logé, blanchi, gavé ?Et ailleurs, des enfants meurent.Avez-vous jamais vu un visage brûlé au phosphore ?Tout se tient, c’est le nouveau désordre national et le nouveau désordre mondial.Non.Vaut mieux alors se réjouir que jouir seulement, seul : voir le début de ce carnet.Et certaines et certains de lire peut-être salement en lieu de seulement.La revanche morale va se nicher où elle peut, c’est elle la peste, il faut réinventer l’amour.Et si en pleine nuit, trois nuits de suite, on se réveille transi, saisi, parce qu’ailleurs, loin et si près du coeur, des enfants kurdes meurent de froid, de faim, de soif, alors une sagesse est à notre portée.Et cette sagesse ne peut rien contre le Dieu-Bush et Allah-Hussein, rien contre les minauderies de Gorbi-la-Vacille, rien contre les organisations internationales responsables qui ont trop attendu.De nouveaux Palestiniens sont nés.On va les parquer.Sombres parcs pour enfants.Puisque le printemps explose, puisque l’hiver prochain sera rude en truqueries, promesses, délations, affrontements blablateux, et que tout le monde, ici, va se taper dessus à boulets de paille ou de plomb, mieux vaut noter ces conseils de pelletage qui nous tiendront au moins en forme physique.La fourmi est scrupuleuse.Donc pour le pelletage : — adapter son habillement à l'intensité du pelletage afin de ne pas provoquer de sudation importante.— ne pas fumer ou consommer de l'alcool avant, pendant et après une séance.— ne pas pelleter après un repas.— être plus prudent lorsque l’air est très froid.Bien couvrir le cou et possiblement la bouche avec un foulard.Le cas échéant, se placer le dos au vent.— faire un échauffement avant la séance de pelletage ou.du moins, commencer la séance à une intensité faible de travail et augmenter graduellement l’intensité par la suite.— adapter la durée de la séance de a S i! * T ENFIN, UN DÉFI DE TAILLE POUR LES JEUNES ! TïïïTïïinn EFI MATHÉMATIQUE La seule collection de mathématiques au primaire expérimentée avant sa parution Michel Lyons et Robert Lyons De la 1reà la 6e année, une collection complète, enrichie d’un jeu éducatif, qui mise sur l’intelligence, la créativité et la perspicacité des enfants ¦ 'j Un matériel d'accompagnement de Défi Mathématique 6 Un jeu de simulation boursière pour familiariser les jeunes avec les concepts de bourse et d’actions.4 à 6 joueurs 200 actions 10 compagnies 54 cartes-événements 20.00$ 1977, bout Industriel Laval (Québec) H7S 1P6 (514) 667-9221 1 800 361-9264 Bourassa veut faire plaisir à sa maman! BOURASSA Michel Vastel Montréal, Éditions de l’homme, 1991, 320 pages, plus 16 pages de photos.Gilles Lesage de notre bureau de Québec « IL EST RESTÉ toute sa vie le petit garçon qui veut faire plaisir à sa maman », dit son ami d’enfance, Jacques Godbout.De qui parle-t-il ?De Robert Bourassa, évidemment, qui aurait lui-même déjà déclaré : « Les péquistes peuvent rugir, moi les mamans m'aiment ! » Tel est l'un des nombreux traits et anecdotes dont le journaliste Michel Vastel émaillé le livre qu’il consacre au premier ministre, sous le simple titre BOURASSA — en grosses lettres gravées et dorées — avec une couverture à l'américaine, flamboyante de rouge et de bleu — les deiix mamelles du Québec et, plus récemment, de M.Bourassa, pour le bleu .— agrémentée d’une photo, style Dallas ou Dynasty, de son héros, bronzé, probablement dans son jardin, l’été dernier, avant sa maladie.Celte biographie, qui a bien des allures d’un ouvrage « autorisé », est d'ailleurs dédiée à Robert Bourassa le Québécois.comme en écho au livre précédent de Vastel : Trudeau le Québécois qui, lui, était dédicacé à la femme et aux filles de l’auteur.La remarque n’est pas anodine.Si le livre sur « la colombe (qui) avait des griffes de faucon » a eu beaucoup de succès, surtout parce qu’il choquait les admirateurs de M.Trudeau, celui-ci sera plus agréable aux amis et admirateurs de M.Bourassa : lui, contrairement à l’autre, s’est prêté au jeu des entrevues et des confidences, en quoi sa personnalité discrète et chaleureuse excelle plus que dans les discours et les grands rassemblements.Et ça rapporte.De toute évidence.il y a un courant de sympathie entre le héros et son panégyriste, aimable jusqu’à la complaisance.Comme le précédent, cet ouvrage est présenté comme une série de grands reportages journalistiques, qui ont finalement peu de liens entre eux, avec des titres et sous-titres accrocheurs.Avec la verve et le brio qu'on lui connaît, Vastel parle longuement de « l’enfant prodige de la rue Parthenais », du « résistant ».passif à Trudeau, de la traversée du désert, et autres étapes qui jalonnent la carrière politique — un quart de siècle en juin — de M.Bourassa.Avec des images saisissantes et des raccourcis, l’auteur dresse à grands traits le profil de ce paradoxe vivant qu'est M.Bourassa : attentif, silencieux, tolérant, impassible, secret, imperméable à la critique et au mépris.Mais aussi fragile et désespérément calculateur, digne d’un très grand destin.Donc du Québec.Ici et là, l’auteur évoque les équivoques, les ambiguïtés, les louvoiements de son héros, les assimilant aux ambivalences des Québécois; ils se retrouvent dans cet homme qui porte leurs contradictions, leurs craintes et leurs faiblesses.Mais Vastel n'a rien, du moins dans cet ouvrage, d’un iconoclaste.Au contraire, il explique et explicite les atermoiements, justifie les carences, utilisant un truc vieux comme le monde : décrier ou mal faire paraître des opposants ou des détracteurs pour mieux mettre en valeur ou glorifier son héros.Même s’il a le beau rôle, il agace pourtant et même Vastel voudrait qu’il aille plus i onde-ment au fait, plus directement au but.C’est bien connu, le confrère Vastel a le don de recycler des faits épars et de leur donner un nouveau relief, d’utiliser jusqu’à en abuser les fameuses « sources » anonymes.Travailleur infatigable, fouineur incomparable, c’est un spécialiste des entretiens confidentiels.Au point que, à chaque fois qu’une citation forte ou étonnante retenait mon attention dans BOURASSA, la consultation, fastidieuse, des notes et références en fin de chapitre, me hérissait au plus haut point : « entretien confidentiel ».Pas moyen de savoir qui sont ces informateurs, aussi mystérieux que bavards, derrière lesquels le journaliste se cache.De fait, l’intérêt de ce livre est vif et constant, le style alerte.On admire que le journaliste ne se laisse pas happer par le quotidien et prenne le temps de rédiger une oeuvre un peu plus durable.En ce sens, Vastel est un exemple, rare, parmi les francophones.Mais, à le lire, on ressent aussi un certain malaise.Non pas tant pour ce dont il traite — encore qu'il tourne parfois les coins ronds — que pour ce qu'il oublie, délibérément ou non.Certes, un livre, même d’une certaine ampleur, ne peut tout dire.Mais comment faire le tour de BOURASSA, si l’on peut dire, sans consacrer tout un chapitre à la Crise d’octobre 1970, dont l’on sait par ailleurs qu’elle a eu une influence déterminante pour la suite de la carrière du jeune premier ministre ?Et la crise sociale du printemps 1972, avec l'emprisonnement des trois chefs syndicaux, ne mérite-t-elle pas plus qu'une courte mention ?Et la Baie James ou la loi 22 ?Et « l’imprudence » de M.Bourassa, vers la fin de son premier « règne », n'est-ce pas un euphémisme ?Et la totale discrétion sur sa récente maladie ?Il y a par ailleurs de nombreuses coquilles et même quelques erreurs de fait, probablement dues à la hâte et au désir d’arriver à temps pour le Salon du livre de Québec.Mais ces carences, excusables dans un quotidien qui peut se corriger dès le len demain, le sont moins dans un livre.Par exemple, comme bien des confrères, Vastel emploie souvent à tort le verbe devoir; il prend (au lieu de tenir) pour acquis; il écrit : à toutes fins pratiques (au lieu de utiles).Le ministre des Finances écrit son nom Levesque (sans accent), tandis que Pierre Marc Johnson ne met pas de trait d’union dans son prénom, et que la fille de M.Bourassa ne se prénomme pas Michelle mais Michèle.D’autre part, ce n’est pas le 25 juin 1985 (deux jours après sa démission) que M.René Lévesque a présenté son Projet d’accord constitutionnel à M.Mulroney, mais le 25 mai.Quant à M.Jean-Claude Rivest, il n’a pas succédé à M.Claude Morin comme député de Louis-Hébert, mais bien à M.Raymond Carneau comme député de Jean-Talon, le 30 avril 1979 en même temps que M.Claude Ryan d’ailleurs.Vétilles, diront certains.Pourtant, quand on veut faire oeuvre durable' les détails sont tous importanLs et attestent du sérieux et de la rigueur d’une démarche.Homme de la conjoncture, réaliste jusqu'au cynisme, M.Bourassa a traversé bien des crises depuis 20 ans Celle qui s’annonce est la plus profonde.Avec sympathie, l’ouvrage du confrère Vastel donne des clés et ouvre des portes pour mieux comprendre un chef sans prétention et sans mesquinerie, méfiant et conciliant qui nous ressemble terriblement et tente encore et toujours de faire plaisir à tout le monde et à sa maman !
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