Le devoir, 17 octobre 1991, Cahier B
Le Devoir, jeudi 17 octobre 1991 mm RESTAURANT FRANÇAIS 3487, avenue du Parc Montréal 845-2992 Son ambiance Sa cuisine du marché Ouverture sur l’Ouest Dirigé par Gyorgy Szakaly (ci-contre), le Ballet national de Hongrie, qui effectue sa première tournée nord-américaine, est sans doute la compagnie la plus occidentalisée d’Europe de l’Est.Gardienne de la tradition, elle compte toutefois des Béjart et des Ashton à son répertoire.Page B-3 Le merveilleux Yo-Yo Ma Dès qu'il pose l’archet sur son instrument, tout devient si facile, écrit Carol Bergeron du violoncelliste Yo-Yo Ma, soliste invité cette semaine de l’OSM et de Charles Dutoit.On ne sent jamais plus l’effort.Les cordes vibrent comme il respire.Son jeu est juste et transparent.Page B-3 L’obsession de la langue Le Conseil scolaire de l’île de Montréal vient de publier un ouvrage intitulé Les Francophones québécois qui, malgré ses qualités, appelle des réserves à cause de l’importance exagérée qui est accordée au critère linguistique dans la définition d’une culture.Un commentaire du professeur et écrivain Marco Micone.Page B-8 Balades en Montérégie La Montérégie est presque au pas de la porte des Montréalais et ceux d’entre eux qui connaissent ses beautés et ses secrets y font fréquemment des excursions.Ils savent que l’émotion de l'évasion et de la découverte peut se trouver tout près de chez soi.Quelques suggestions de notre chroniqueur Normand Cazelais.Page B-5 fct 'R '~T>I Les mille visages de l’autre Montréal Paul Cauchon ON PEUT trouver en plein coeur de Montréal des figuiers.Qui survivent à la neige, au vandalisme et au gaz carbonique.À Montréal, on peut aussi croiser rue Saint-Urbain un temple bouddhiste.Et dans une église italienne on peut se buter sur une statue de Mussolini.Gageons que les maires des grandes villes du monde réunis cette semaine à Montréal ne verront pas nos figuiers, et ils ne se rendront sûrement pas compte que les Portugais ont « sauvé » le quartier Saint-Louis dans les années 70 grâce à leur rénovation domiciliaire.On doute également que le New-Yorkais de passage, choisissant une visite touristique classique, voit autre chose de la beautiful french city que la Place Ville-Marie, le mont Royal et le Stade olympique.Mais une ville vil d’abord par ses habitants.Dans ses façades et ses ruelles on peut y lire les tensions, les échecs et les réussites de ceux qui ont choisi d’y vivre.C’est ce que nous avons fait la semaine dernière dans un autobus avec L’Autre Montréal, qui voulait faire connaître le « Montréal ethnique » à quelques dizaines de congressistes ébahis provenant de France et du Québec.L'Autre Montréal est un collectif d’une demi-douzaine de personnes issues de groupes populaires et communautaires, qui « partagent une passion pour la ville et une volonté de l’améliorer », qui veulent susciter des questionnements sur l’aménagement de la ville et qui organisent des visites thématiques auprès de PHOTO JACQUES NADEAU Sur la rue Jean-Talon aujourd'hui une centaine de communautés culturelles différentes se côtoient pour changer définitivement le visage de Montréal.groupes communautaires, d’enseignants, d’étudiants (on a déjà reçu des étudiants en techniques policières ! ).Ils offrent également leurs services aux participants de colloques — comme cette visite proposée au colloque de l’Association de la santé publique du Québec.Environ 75 visites ont été organisées l’année dernière autour de thèmes comme « Montréal au féminin » ou « les quartiers du sud-ouest », et on reçoit une centaine de demandes supplémentaires auxquelles il est impossible de répondre, par manque de ressources.Le « Montréal multiethnique », lui, une visite de deux heures trente, trois heures, semble être un des grands succès de L’Autre Montréal.Ce jour-là, Suzanne et Bernard présentaient le trajet, qui commençait dans le centre-ville.« Nous voulons briser deux préjugés courants : que l'immigration soit un phénomène récent et que notre société soit totalement homogène, disent-ils.Or l’immigration est un phénomène inégal mais continu depuis au moins 150 ans ».Première démonstration : le port de Montréal, lieu d’entrée des immigrants au XIXe siècle, alors que du port au centre-ville on trouvait une forte concentration d’Irlandais.Pendant plusieurs années Montréal a d’ailleurs été une ville majoritairement anglophone, et « les élites ca-nadiennes-anglaises espéraient que cette immigration irlandaise massive permette l’assimilation des Canadiens français ».Cette première vague d’immigration coïncide avec le début du processus d’industrialisation, vers 1820-1840, et elle est rapidement suivie par une plus petite vague d’immigrants écossais.Puis on commence à voir des immigrants d’Europe de l’Est.L’autobus se promène alors dans le quartier chinois, pour signaler la présence des Chinois arrivés par chemin de fer de San Francisco et Vancouver, au début du siècle, ayant avancé le long du Canada avec la construction du chemin de fer (« pour chaque mille de rail un Chinois mourrait », disait-on), et discuter des investissements actuels des Chinois de Hong Kong, avec le nouveau Holiday Inn.En remontant le boulevard Saint-Laurent, on se rappelle qu’il fut le lieu d’installation privilégié des immigrants depuis le début du siècle.Mais si Stash ou Slovenia sont devenus des classiques bien connus des Montréalais, le boulevard Saint-Laurent réserve encore des surprises : non loin de Maisonneuve, sur un immeuble banal et assez laid, une plaque signale la présence de la grande mosquée musulmane de Montréal.Après avoir retracé la présence de citoyens d’Europe de l’Est, on tourne sur Duluth pour mieux comprendre l’histoire de la communauté portugaise, et les visiteurs s’exclament devant les couleurs des maisons rénovées.On revient sur Saint-Laurent, croisant le Parc des Amériques coin Rachel, oeuvre d’un architecte-paysagiste guatémaltèque — tout le long de la visite d’ailleurs L’Autre Montréal relève des traces de la présence latino-américaine, même si cette communauté n’a pas de quartier à elle — et avant de visiter les abords d’Outremont, où loge la communauté Voir page B-2 : Montréal PHOTO JACQUES NADEAU La présence d’une importante communauté portugaise a permis de rénover une partie du quartier St-Louis dans les années 70.t»1 h' PHOTO CHANTAL KEYSER *~**c£*HàA^ ' v .¦ • .Malgré qu’il ait été grugé par le centre-ville le quartier chinois continue aujourd’hui de se renouveler et faire le pont entre les générations.•4b PHOTO JACQUES NADEAU Ouvert à toutes les communautés le Marché Jean-Talon demeure un symbole de la présence italienne à Montréal, ne serait-ce que parce qu'il est situé au coeur de la «Petite Italie».UNE POLITIQUE DE LA CULTURE L’UQAM souhaite un meilleur financement de la recherche Jocelyne Richer de noire bureau de Québec AFFIRMANT d'entrée de jeu que l’Université du Québec à Montréal (UQAM) était « l’un des principaux intervenants universitaires en art au Québec et au Canada », le recteur de l'institution, M.Claude Corbo, a dit souhaiter que le gouvernement voit à « assurer de nouvelles sources de financement pour la recherche en création, afin de développer notamment des laboratoires d’expérimentation en art », en cette époque où l’on assiste à un « rapprochement entre les sciences, les nouvelles technologies et les arts ».À l’UQAM, « près de 200 professeurs de carrière et autant de chargés de cours interviennent dans un certain nombre de disciplines : arts plastiques, design, théâtre, musique, danse, études littéraires, communications , histoire de l'art, muséologie et sémiologie », au profit 4500 étudiants.Pour l’Université du Québec à Montréal, qui présentait hier son mémoire en commission parlementaire sur la politique culturelle, le rapport Arpin donne un sens « mercantile » à la qualité artistique, en utilisant des critères de rentabilité et d’efficacité administratives.« Par cette approche marchande de l’oeuvre, c’est le pouvoir réflexif de l’art qui est mis en cause », peut-on lire dans le mémoire de l’institution.L’UQAM, une institution qui « aspire à devenir un lieu majeur d’activités créatrices et de réflexion sur les arts et la culture au Québec, rappelle qu'une réponse quantitative du public aux oeuvres d’art n’est pas en soi un critère de qualité».« Il importe que soit reconnue la pluralité de la notion de qualité en arts afin de mieux promouvoir, plutôt que de réduire, la spécificité des diverses disciplines artistiques et de leurs matériaux.Sinon, l’exploration, l’expérimentation et la critique des savoir-faire risquent d’être dévalorisées.» « Nous croyons que l’État doit s’assurer de garantir la liberté de l’artiste et favoriser le développement de la recherche en arts sans choisir pour le milieu ni privilégier des tendances particulières », a déclaré M.Corbo, en commission parlementaire.La question du financement des arts à l’université a été abordée dans le mémoire qui souligne que « l’investissement direct qu’y consacrent les établissements, comme le fait l’UQAM à même son budget de fonctionnement, ne peut suffire.» On fait valoir, par exemple, que les concours, prix et subventions offerts aux artistes professionnels par le gouvernement pénalisent les professeurs universitaires qui sont aussi artistes.Les règles du jeu en cette matière devraient être clarifiées, dit-on.Mais c’est plutôt en faveur des pauvres qu’elles devraient l’être, croient les évêques du Québec.L’Assemblée des évêques du Québec est venue, quant à elle, exprimer son souci « d’équité » envers les plus démunis de la société qui n’ont pas toujours les moyens d’avoir accès à la culture.Le rapport Arpin « ne tient guère compte du fait que près d’un tiers des Québécois sont des pauvres », dit le mémoire.Ce problème est d’autant plus marqué en région où « la pauvreté économique collective engendre la pauvreté sociale et culturelle ».Si la situation de ces régions est telle, « c’est évidemment le devoir de l’État de voir à son redressement, y compris dans le domaine culturel ».Les évêques déplorent également « l’absence presque totale de références aux immigrants et réfugiés du Québec » du rapport sur la politique culturelle.Proclamant que le droit à la culture se situe « très près des droits fondamentaux », ils souhaitent que le patrimoine culturel ancien, en particulier le patrimoine religieux, « soit protégé par un organisme spécial du ministère des Affaires culturelles».Voir page B-2 : Culture B-2 U Le Devoir, jeudi 17 octobre 1991 UNE POLITIQUE DE LA CULTURE Une politique culturelle pour la classe moyenne ?NDLR — Pendant la commission parlementaire des affaires culturelles, LE DEVOIR publiera chaque jour des extraits des mémoires les plus significatifs qui y seront soumis.Aujourd’hui, des extraits des mémoires de l’Assemblée des évêques du Québec et de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).MALGRÉ notre accord avec les points de départ, nous croyons important, pour bonifier la politique de la culture et des arts, d’attirer l’attention sur une première faiblesse.Le rapport est très peu soucieux des groupes et des classes socio-économiques.Le climat des réflexions et des recommandations semble être celui de la classe moyenne; à part quelques allusions au coût d’admission trop élevé à plusieurs manifestations artistiques, le Rapport ne tient guère compte du fait que près d'un tiers des Québécoises et des Québécois sont des pauvres.Un récent avis du Conseil des affaires sociales démontre que « 825 000 adultes de 15 ans et plus, privés d’emploi, dépendent de la générosité de 2 900 000 personnes actives sur le marché du travail ».Et ce même avis précise que ce sous-développement est à la fois une question d’accès à la culture en plus d’être une question de développement local ou régional.Dans le rapport, les producteurs artistiques sont en général identifiés à une classe moyenne relativement aisée et hautement scolarisée.Le Rapport veut augmenter la sécurité de ces producteurs et la qualité de leur formation, alors que les classes modestes ou défavorisées sont considérées uniquement comme consommatrices de productions artistiques.Or nous savons que cette divi-sion entre créateurs de classe moyenne et utilisateurs populaires est inexacte et qu’elle défavorise une part importante de notre société.L’ensemble des façons de faire, de s’exprimer et de communiquer qui constitue la culture de masse n’est plus un univers clos qui s’oppose ou se contre-distingue de la culture artistique traditionnelle.Elle ne s’identifie pas davantage à la production des mass média consommée passivement par les classes moins instruites et moins favorisées.Le Québec a toujours eu une « culture cultivée po- pulaire » qui se manifeste, en particulier, dans ses arts ménagers, ses créations artisanales, sa musique et son théâtre d’amateurs, son folklore, ses meubles, sa façon d'agencer l’environnement domiciliaire et même sa religion populaire.Et il a encore besoin de toutes ces richesses, plus que jamais, devant les menaces modernes à son identité.Nous souhaitons donc retrouver, dans le plan d’action qui doit normalement découler de l’accueil du rapport et de la commission parlementaire, une place pour la culture populaire dans l’appui gouvernemental à la culture.Cela, au-delà des métiers d'art et de certaines formes plus commercialisables de l’artisanat.Il ne faut pas minimiser, dans les milieux populaires, l’importance des traditions dans les arts familiaux et ménagers, l'intérêt au patrimoine mobilier et à l’aménagement architectural.L’aspect caractéristique de nos petits villes, de nos villges et des campagnes nous dit beaucoup sur ce que nous sommes.Une politique pour le Québec cassé en deux ?La géographie humaine sous-jacente au Rapport est nette : le monde de la culture au Québec c’est Montréal, Québec, et quelques régions qu’on ne définit pas davantage.Et on concentre le souci de la création dans les deux grands centres.Quant aux citoyens des régions, on se préoccupe plutôt de-leur assurer l’accès au monde artistique comme consommateurs.Cela n’est pas à négliger.Nous tenons cependant à apporter une correction et nous souhaitons que cette dernière modifie le plan d’action du futur ministère de la Culture.Nous reconnaissons, comme le fait le Rapport, que l’immensité géographique du Québec pose un défi con- sidérable à la culture; et que l’urbanisation croissante, surtout depuis la dernière guerre mondiale, est venue aggraver le défi en réduisant les populations des régions.Comme nous l’avons affirmé dans notre mémoire à la Commission Bélanger-Campeau, nous croyons, cependant, que l'avenir du Québec ne passe pas par la désertification d’une ou de plusieurs régions.Nous affirmons plutôt que les Québécoises et les Québécois qui ont choisi de demeurer dans les régions moins peuplées du pays sont des citoyens à droits égaux ; d’autant plus que leur niveau de taxation est le même que celui des autres.Par conséquent, l'intervention de l’État doit permettre non seulement l’accès à la consommation artistique et culturelle, mais aussi à la création.La créativité des régions est d’ailleurs déjà bien connue, qu’il s’agisse du Festival de Lanaudière, du Festival international de folklore de Drum-modnville, du Pageant historique du Saguenay, du Festival du film de Rouyn-Noranda, etc.Il faut également souligner une deuxième carence du Rapport à propos des régions.Depuis plusieurs années, les recherches gouvernementale et indépendante ont montré que nos avons peu à peu créé « Deux Québec dans un » ou « Un Québec cassé en deux ».Les inégalités entre régions ont été croissantes depuis plus de 20 ans, amenant une société à double rythme de développement beaucoup plus visible que dans les villes.La pauvreté économique s’est étendue aux autres dimensions de la vie sociale pour ce qui est de la moitié du territoire québécois.Nous savons précisément qu'il y a au Québec trois axes de développement et de prospérité : Québec-Beauce; Trois-Rivieres-Drummondville-Sher-brooke; Saint-,lérôme-Laval-Mont-réal-Granby.Dans ces trois axes, la population augmente; le niveau et la qualité de la vie également.Les ressources culturelles de base sont aussi en croissance — écoles, centres culturels, etc.— de même que les services sociaux et les moyens de communications.Par contre, d’im- menses bandes de territoire, d’est en ouest, des deux côtés du fleuve Saint-Laurent, sont en désintégration.C’est le cas pour le Nord-Ouest québécois, le nord de la Mauricie, une grande partie du Saguenay-Lac Saint-Jean, la Côte Nord, la Gaspé-sie, le Bas Saint-Laurent et une partie de l’Outaouais.Dans ces régions, la pauvreté économique collective engendre la pauvreté sociale et culturelle : départ des jeunes, absence des immigrants, faiblesse des équipements scolaires et culturels, baisse de la qualité des établissements de santé, criminalité, alcoolisme, instabilité de la famille.Si la situation de ces régions est telle, c’est évidemment le devoir de l’État de voir à son redressement, y compris dans le domaine culturel.Mémoire de l’UQAM D’abord l’UQAM pense qu’une réponse « quantitative » du public aux oeuvres d’art n’est pas en soi un critère significatif ni un indicateur quant à l’appréciation de leur portée artistique ou sociale.En autant que l’art est considéré comme éclairant la réalité, ce serait une grave erreur d’attendre une réponse du public dans les mêmes termes que celle exigée, par exemple, pour les industries culturelles.Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les diverses pratiques de création en arts et en littérature issues des milieux universitaires.A cet égard, il importe que soit reconnue la pluralité de la notion de qualité en arts afin de mieux promouvoir, plutôt que de réduire, la spécificité des diverses disciplines artistiques et de leurs matériaux.Sinon, l’exploration, l'expérimentation et la critique des savoir-faire risquent d'être dévalorisées.Le financement des arts et de la culture au Québec devrait se faire non pas selon une approche de rentabilité, mais selon un mode de dis- tribution équitable qui devait éviter une fausse dichotomie établie entre concentration et saupoudrage des fonds publics.À cette première considération, faut-il ici rappeler l’importance de trouver de nouvelles sources de financement pour la recherche en création, pour développer notamment des laboratoires d’expérimentation en arts afin d’assurer une formation continue de qualité.En ce qui concerne le financement de la recherche-création, l’UQAM veut rappeler à quel point les profes-seures créatrices et professeurs créateurs sont placés devant un di-lemne dans leur pratique créatrice : ces personnes sont souvent tiraillées entre les attentes, normes et habitus du monde universitaire, ceux des milieux artistiques et, à la limite, du marché de l’art.Les exigences, de part et d’autre, ne sont pas toujours compatibles.Ce malaise se concrétise notamment dans la difficulté qu'éprouvent de nombreux profes-seures et professeurs des secteurs des arts, lettres et communications, à intégrer harmonieusement leurs activités de création (souvent réalisées à l’extérieur de l’Université) à leurs tâches d’enseignement.Cette difficulté vient surtout de ce que le financement de la création en milieu universitaire est assuré par les seules voies prévues pour les artistes professionnelles, et ce, tant au ministère des Affaires culturelles du Québec qu’au Conseil des Arts du Canada.Ni l’un ni l’autre ne financent expressément la création universitaire.Somme toute, il n’existe aucun programme spécifique de financement et cela, en dépit des pressions constantes qui ont été exercées, surtout depuis 10 ans, tant auprès du Conseil des Arts du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et du Fonds FCAR.Par ailleurs, les professeures et professeurs artistes de l’UQAM sont l’objet d’une sollicitation constante des milieux externes pour leur expertise.A ce titre, ces personnes sont souvent membres de jurys.Si l’étude des arts trouve habituellement créneau du côté du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada ou du Fonds FCAR„ia création dans nos universités n’a pas encore trouvé toute sa légitimité au plan du financement.Si la création a sa place à l’université, tel que l’avait décidé le législateur québécois il y a un peu plus de 20 ans, il faut alors soutenir cette mission et ne plus la laisser à elle-même.L’investissement direct qu’y consacrent les établissements, comme le fait l’UQAM à même son budget de fonctionnement, ne peut suffire.Il faut prévoir d’autres mécanismes de reconnaissance de cette mission.À cet égapd, rappelons que le comité sur la recherche universitaire de la Société royale du Canada, dans un rapport daté de février 1990 recommandait ; « Que les conseils prennent dès mesures efficaces pour élargir leur champ d’action et fonctionner avec plus de souplesse de manière à desservir tous les domaines de recherche; qu’ils accordent une attention particulière à la recherche conduite par les artistes créateurs occupant un poste universitaire (.)».Une des manifestations les plus marquantes de la qualité des créations et des recherches d’un corps professoral est son accréditation par les pairs des grands jurys d’attribution de bourses, prix et subventions.Bien que les divers concours ouverts aux artistes professionnels par le ministère des Affaires culturelles du Québec et du Conseil des Arts du Canada soient accessibles aux professeures et professeurs en création nous savons d'expérience que les rè gles du jeu actuelles les désavanta gent.Il est absolument urgent de mettre fin à cet imbroglio où l’un ou l’autre des trois ministères (MAC, MEQ MESS) se relancent la balle au Qué bec.L’UQAM considère que le débat actuel est l’occasion par excellence de clarifier les règles en matière de financement de la création produite par le corps professoral.4 Culture Faisant échc aux revendications de l’Orchestre symphonique de Montréal la semaine dernière, les dirigeants de l’Orchestre symphonique de Québec sont venus par la suite réclamer un statut « d’institution culturelle nationale » qui pourrait leur assurer un financement stable.L’OSQ, qui a connu au printemps une crise financière grave l’amenant à couper v AMNISTIE ^INTERNATIONALE (514) 766-9766 des postes de musiciens, souhaite que le gouvernement se dote d’une politique d’ensemble du secteur de la musique dans laquelle serait « établie clairement la spécificité des orchestres».Héritage Montréal est venu de son côté déplorer « la définition étroite que le rapport amène de la culture en l’orientant vers les agents culturels et vers le développement d’habitudes de consommation en matière culturelle.Sans vouloir être inconscient de la réalitééconomique, cette ’macdonalisation’ est préoccupante dans le cadre d'un rapport qui se veut fondamental ».« La politique culturelle doit refléter ce qu’est vraiment la culture, soit une notion humaniste intégrant un fond culturel et son développement dans le temps, poursuit le mémoire.Elle doit marquer l’articulation entre le milieu de vie et le patrimoine, d’une part, et la production culturelle d’autre part.» A L'OCCASION DE L'OUVERTURE DU NOUVEAU cinëma^T .35, RUE MILTON, MTL î/C&ZC(f&ts NOUS SOMMES FIERS DE VOUS PRÉSENTER LE FILM ACCLAMÉ AUX FESTIVALS CANNES MONTRÉAL NEW YORK ¦ CANNES 91 ¦ Un film de VAN DORMAEL CAMERA D'OR DU PUBLIC MICHEL BOUQUET* MIREILLE PERRIER*J0 DE BACKER DÈS DEMAIN 4 Montréal juive hassidique, on nous signale, coin Mont-Royal et Saint-Urbain, un immeuble rouge caché derrière de petits commerces, l’Aréna Mont-Royal, où les Canadiens ont déjà joué des matches de hockey mais où, dans les années 30, les Juifs se réunissaient massivement pour discuter de la montée du nazisme en Europe.Retournés sur Saint-Laurent, nous tournons sur Saint-Dominique, et notre gros autobus circule maladroitement autour des ateliers et manufactures où se concentrent aujourd’hui un très grand nombre d’immigrantes de fraîche date.Petit cours sur les difficultés de syndicalisation, sur les conditions de travail (« Vous venez ici le soir, vous voyez des camionnettes qui viennent livrer des travaux exécutés au noir »), et tout à coup le silence devient pesant parmi les congressistes, alors que dehors, sous une petite pluie, une vingtaine de femmes attendent leur autobus quotidien en cette fin d’après-midi, visages moroses, épuisées, d’au moins dix nationalités différentes.On repart sur l’Avenue du Parc pour discuter de la présence grecque (« l’histoire des Grecs montréalais démontre qu’ils ont créé énormément d’emplois à Montréal, puisque 40 % de la restauration est aujourd’hui entre leurs mains »), pour se rendre Parc Extension, et ensuite au Marché Jean-Talon où, dans une rue qui longe le marché, d’extraordinaires petits jardins de propriétaires italiens laissent voir les fameux figuiers.Dans la Petite Italie, rue Dante, boulevard Saint-Laurent, notre guide raconte pêle-mêle la fougue des entrepreneurs et bâtisseurs italiens, la densité des textes de Marco Micone, et le plaisir de la crème glacée.Plus au nord sur Jean-Talon, on trouve des traces d’une nouvelle présence arabe à Montréal (« dans ce secteur-ci une centaine de communautés différentes sont représentées de tous les coins du monde, et la rue Jean-Talon devient actuellement ce que traditionnellement le boulevard Saint-Laurent était pour les immigrants : LA porte d’entrée »).Et pùis continuant vers l’est, la visite se termine par une présentation de la communauté haïtienne, « victime de discrimination systématique dans le domaine du logement » (sic), et qui « lutte contre la discrimination et le chômage ».Tout au long du trajet, les guides alternent histoire et analyse socio-économique, émaillant leur discours de statistiques et d’anecdotes.Visite étonnante, qui permet au Montréalais d’en apprendre presque autant que le congressiste lyonnais.L’Autre Montréal a été créé en 1983, mais son origine remonte aux années 70, alors que le Comité de logement Saint-Louis réunissait des gens oour offrir une formation sur FAMOIM PLAYIRS LE DEVOIR tttnprrtB ««aC/H» distribution ont le plaisir d'inviter 250 personnes à l'avant-première du film /PRIX D'INTERPRÉTATION \ !?FEMININE > 1IA V/UvvITILITIVe1 CANNES 91 la TX (TX C~X'lT>iT'T^ * '*"1"'"' de véronique Un film de Krzysztof Kieslowski avec Irène Jacob Mercredi le 23 octobre à 19h30 au cinéma Parisien • Le concours débute le 8 octobre pour se terminer le 16octobre 1991.• Le texte des reglements relatifs a ce concours sont disponibles cher C/FP Oistnbution.• La valeur des pnx offerts est de $1700.00 Envoyez le coupon-réponse à : Concours "LA DOUBLE VIE." a/s C/FP Distribution Inc.8275, rue Mayrand, Montréal, Québec H4P 2C8 Nom: _________________________________________________ Adresse: _______________________________________________________ Ville: Code postal: ___________________________ Tél.:__________________ PHOTO JACQUES NADEAU Le boulevard St-Laurent est demeuré depuis des décennies le coeur de la présence ethnoculturelle à Montréal.l’histôire des quartiers de Montréal et sur le développement urbain, dans une perpective militante.Le collectif est né du besoin de certains membres des groupes communautaires de poursuivre ce projet à succès, et le collectif organise aujourd’hui des visites sur des thèmes différents, tout en travaillant à se restructurer pour pouvoir offrir l’année prochaine des visites grand pu- blic.Pourquoi ne pas offrir au marché touristique une visite « alternative » de Montréal ?« Ce serait notre rêve, mais pour obtenir un permis il faudrait suivre plusieurs heures de cours à l’Institut du Tourisme, engager des guides qui possèdent je même papier, soupire Bernard Vjal-lée.Mais on peut s’en tirer en faisant valoir nos objectifs pédagogiques ».LA PIECE LA PLUS PASSIONNÉE DE * L'AUTOMNE il ( }[V] oî tîiêOj Si:li.i;mi:ni Trois Mois ou 12 NovuvfitKi: 1991 ALI 20 I I VRII K 1992 Théâtre Maisonneuve Place des Arts, Montréal Avan i -imii mii iii s: 12 et 13 novembre 1991 Ci,\i.,v d'ouvi.k i uni:: jeudi 14 novembre 1991 au profil de In Fondation du Diabète Juvénile.(514)790-2222 billets ou vente également ail guichet de la l'Iaee des Arts et aux guichets t icket Master' ( si t nos dans certains magasins de l.n Haie) Groupes (20 personnes minimum) téléphone/ : (514) 874-91.5.1.nu Québec (410) 925-7466 en dehors du Quéhce Réserve/ une plate de choix grâce à Avant-première de American Fxprcss, compose/ le (514) 790-0300 «* Le Devoir, jeudi 17 octobre 1991 ¦ B-3 Ouverture sur l’Ouest MUSIQ.UE ACTUELLE Première tournée nord-américaine du Ballet national de Hongrie Mathieu Albert A PR K S le Kirov de Leningrad, qui est venu à Montréal à trois reprises depuis 1986, après le Ballet de Kiev que nous avons découvert sur la scène de Wilfrid-Pelletier en juin dernier, mais qui, hélas, nous a fortement déçu par tout le falbala et la pacotille qui étranglait son Cendril-lon, voilà qu’une troisième compagnie en provenance d’Europe de l’Kst nous visite celte semaine : le Ballet national de Hongrie, attaché à l'Opéra d’État de Budapest.Dirigée par le danseur hongrois (iyorgy Szakaly depuis janvier dernier, la compagnie entreprend sa toute première tournée nord-américaine ( qui la mènera à Toronto, Ottawa et Sherbrooke ) en faisant tout d’abord une escale de trois soirs à Montréal, à la salle Wilfrid-Pelletier, à compter de ce soir jusqu'à samedi.Comme le Kirov et le Ballet de Kiev, qui ne peuvent ni l'un ni l’autre être accusé de pécher par .excès de modernité, le Ballet national de Hongrie arrive ici avec une oeuvre de facture classique.Il s'agit du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, chorégraphié il y a deux ans par l.aszio Seregi, le chorégraphe attitré de la compagnie, qui a déjà donné un premier ballet shakespearien il y a quelques années, Roméo et Juliette, et qui en prépare un troisième pour l’an prochain afin de former une trilogie.La compagnie, « qui est l'une des plus grandes de toute l'Europe avec ses 120 danseurs » ( dont 62 seront à Montréal ), selon son directeur général, Kevehaz Gabor, possède une histoire relativement différente des autres maisons de danse en Europe de l'Est : « Nous avons toujours été plus ouverts que les autres aux in- fluences de l'Ouest, dit-il.Par exemple.alors que le communisme pur et dur sévissait en Union Soviétique durant les années 70, nous invitions Bé-jart en 71 et Frederick Ashton ( un chorégraphe britannique ) en 69.Notre répertoire compte ainsi l.'Oiseau de feu.Le Sacre du printemps, Rak-thi, et Opus 5 de Bejart, et La fille mal gardée de Frederick Ashton.» La compagnie interprète également des pièces de Balanchine ( Agon.Serenade, Symphonie en ('.et Appolon Mussète) d'Alvin Aile y ( The River ), de Jiri Kylian ( Symphony en I) et uages ),' ainsi que de Birgit Cullberg ( Mamma Maria ), la fondatrice du Ballet Cullberg de Stockholm que dirige actuellement son fils, Mats Kk.Cependant, et en dépit de sa volonté manifeste de synthoniser la fréquence du ballet contemporain tel qu'il se pratique en Occident, la com- pagnie reste d'abord et avant tout attachée à son rôle de gardien des traditions et de conservateur des oeuvres du répertoire classique.Ce n'est pas chez elle qu’aura lieu la prochaine révolution chorégraphique ni le prochain effondrement des acquis récoltés du 19e siècle.La danse, comme dans toutes les grandes maisons d’Kurope de l'Kst, reste encore une histoire d'épopée, avec des héros propulsés au rang de créatures sur-naturelles, détachées de notre monde comme de toute réalité palpable et immédiate.La danse ne renvoie à aucune réflexion sur la matière même du spectacle chorégraphique, et encore moins à une évocation des maux réels qui nous occupent.Elle est plutôt conçue comme un rêve gigantesque ( pat-lois superbe ), une montée en ascenseur vers un univers lavé de tout drame, de tout scorie, de tout ce qui a fait de l’existence le royaume paradoxal du grandiose et du banal.Comme le dit Gyorgv Szakaly, les activités du Ballet national de Hongrie reposent sur un double socle : la préservation du vocabulaire classique dans sa pureté et la plus nette, et le développement d’un répertoire d'oeuvres réalisées par des artistes hongrois : « Notre public n’est pas intéressé à voir des versions réinventées de ballets anciens, explique-t-il, et tous nos danseurs, par ailleurs, possèdent une formation classique.Pour nous, ce sont deux impératifs incontournables.» « Cependant, nous voulons continuer à encourager la création nationale, et faire appel à des artistes hongrois.C’est ce qui nous distingue de toutes les autres compagnies à travers le monde, et c'est ce que nous voulons présenter lorsque nous allons en tournée.» MUSIQUE THÉÂTRE Comme il respire Les Grands concerts De l'Orchestre Symphonique de Montréal, dir.Charles Dutoit : Haydn, Concerto pour violoncelle Hob.Vllb:5; Bloch, Shelomo, rhapsodie hébraïque pour violoncelle, Yo-Yo Ma; Rachmaninov, Symphonie no t op.13.Mardi 15 octobre, salle Wilfrid-Pelletier.Carol Bergeron SOUS le couvert de Haydn, Bloch et Rachmaninov, ce programme des « grands concerts » oscillait entre l'irrépressible joie de vivre, un pessimisme irréductible et l’angoisse envahissante de la mort.Officiellement cependant, la soirée appartenait au merveilleux violoncelliste Yo-Yo Ma que Dutoit et l’OSM s’étaient offerts le luxe d’inviter.Dès qu’il pose l’archet sur son instrument, tout devient si facile.On ne sent jamais plus l’effort.Les cordes vibrent comme il respire.C’est ainsi qu’avec lui, le Concerto en « do majeur » de Haydn sonne si bien, si juste, si transparent.Son être, pourrait-on croire, s’est épanoui tout entier sous les seuls rayons du soleil.Aussi, ne voit-on pas très bien comment il s’en passerait pour accepter, par exemple, de traverser les zones sombres qu’appréhende un Ernest Bloch dans son portrait du Roi Salomon.Mais Shelomo reflète aussi la sérénité du « Vieux sage ».Kl c’est sans doute à cela que Yo-Yo-Ma s’est d’abord accroché.Très loin du tumulte que provoqua sa création en 1897, Dutoit est revenu à la première Symphonie de Rachmaninov que l'on n'entend hélas très peu souvent.Mal dirigé par un Alexandre Gla-zounov qui ne le prisait guère et qui ne s’était pas privé de lui apporter quelques corrections, l'ouvrage fut très mal accueilli par la critique qui le trouva maladroitement construit, très inégal et d'une infernale laideur.Cet insuccès, on s’en doute, blessa profondément le jeune compositeur de 24 ans qui abandonna la partition après l’avoir légèrement retouchée et transcrite pour piano à quatre mains.11 n'y eut point d'autres exécutions de son vivant.Kl pourtant, il n'y avait là à peu près rien pour scandaliser.A l’image de son oeuvre pianisli-que, la musique orchestrale de Rachmaninov dépend, dans une large mesure, de la qualité de ses interprètes.Mardi soir, à travers l'excellente lecture du tandem Duloit/OSM, se profilait le souvenir d'Eugene Ormandy et du Philadelphia Orchestra.Jean Leclerc et Louise Deschâtelets dans Lettres d’amour.rmn Lettres d’amour Une pièce de A.R.Gurney, traduite de l'américain par Jean Leclerc.Mise en lecture de Michèle Magny.Éclairages de Claude Accolas.Avec Jean Leclerc et Louise Deschâtelets (première semaine), puis René Gagnon et Marie Tito (deuxième), Michel Dumont et Andrée Lachapelle (troisième), Gérard Poirier et Yvette Brind'Amour (quatrième).Une production du Théâtre du Rideau Vert, jusqu'au 3 novembre.Gilbert David LK THÉÂTRE du Rideau Vert commence sa saison en mineur avec une lecture dramatisée de ces Lettres d'amour qu’a ramenées de New York Jean Leclerc, acteur vedette du soap américain All My Children.À n’en pas douter, le comédien-traducteur s’est retrouvé ici en terrain familier avec des personnages dont la substance a l’épaisseur d’une page glacée de photo-roman.Inutile dès lors d’attendre de cet échange de part en part anecdotique une quelconque réflexion sur la société américaine, voire sur la relation de couple.Toute l’opération égrène platement et inlassablement les soi-disant « choses de la vie » et ne vise qu’à distiller la sentimentalité qui consti- Un duo anecdotique lue le bon vieux fonds de commerce des industries dites culturelles.Il y a de quoi s’ennuyer, en comparaison, de l’acidité des Liaisons dangereuses, le célèbre roman de Laclos.Les pièces épistolaires sont rares, et celle qu’a imaginée A.R.Gurney conviendrait davantage aux ondes radiophoniques qu’au plateau d’un théâtre.Il faut donc tenter de suppléer aux carences du propos par l’injection d’une présence fortement médiatisée.Assis derrière une table élégante — nous sommes entre gens bien —, les deux interprètes-stars d’une semaine liront durant presque deux heures la correspondance qu’ont échangée Mélissa et Andy, de la petite école, en 1937, jusqu’au décès prématuré de la première quelque cinquante ans plus tard.Au fil des ans, leur relation est ainsi ponctuée d’épisodes qui veulent témoigner, par brusques bonds dans le temps, de leur apprentissage de la vie, de leur différence de classe — Mélissa est issue d’une famille très riche, Andy vient, lui, de la classe moyenne, ça ne va guère plus loin — et cie leurs diverses expériences am-moureuses, ensemble ou séparément.Face à une oeuvre aussi superficielle, qui fraie dans les eaux doucereuses des romans Harlequin, l’art théâtral ne peut évidemment qu’être relégué au second plan, dans cette zone où la scène devient le prétexte à une célébration mondaine.On joue à reprendre une formule qui a fait recette sur Broadway (Charlton Heston et Gêna Rowlans) ou à Paris (Anouk Aimée et Bruno Cremer).Jean Leclerc et Louise Deschâtelets se sont prêtés la première semaine à ce petit jeu de société.Suivront, en tranches de saucisson plus ou moins épicées, trois autres couples de comédiens bien en vue choisis pour servir d’amuse-gueule.Mais alors qu’ailleurs, ce théâtre pour midinettes et autres Barbies est présenté par des producteurs privés, tout heureux de pouvoir à bon compte faire sonner leur tiroir-caisse, le Théâtre du Rideau Vert, lui, reçoit des fonds publics qui devraient, me semble-t-il, être employés à des fins plus élevées.Verrait-on le Musée des beaux-arts consacrer une exposition à l’oeuvre de Tex Lecor ?Au moment où, à Québec, se tient une Commission parlementaire sur la culture qui entend jeter de la lumière sur le premier énoncé de poli-.tique québécoise des arts et de la cul-ture en trente ans, on ne peut pas dire que le Théâtre du Rideau Vert prend cette saison fait et acte pour l’art et la création.Au nom d’un éclectisme qui est un aveu d’impuissance artistique, l’une des compagnies les mieux subventionnées au Québec ne prend aucun risque, ignore totalement nos auteurs, se rabat sur des pièces — sauf le Mishima — qui ne promettent qu’un divertissement bon chic bon genre.Il en faut, dit-on, pour tous les goûts.Kt j’en suis.Ce qui ne m’empêche pas de me demander si la collectivité a les moyens de soutenir aussi complaisamment une entreprise qui troque ainsi les exigences d’un théâtre d'art pour les facilités bien-pensantes d’un répertoire de routine.Pour des raisons qui tiennent à leur longévité, on a pris l’habitude de cesser d’interroger la vocation des théâtres qui, comme le Rideau Vert, s’emploient à exploiter des pièces passe-partout, alors qu’on entoure d’une circonspection tatillonne les compagnies qui défendent courageusement des objectifs artistiques de quelque conséquence.Reste à savoir si, au Québec, il existe une réelle volonté politique de soutenir prioritairement l’art théâtral contre toutes les velléités d’en diluer la présence vivante et distinctement intempestive .Va pour la diversité théâtrale.mais pas à n’importe quel prix ! TÉLÉVISION Et mon honneur, Votre Honneur ?« VOTRE HONNEUR, mon honneur est en jeu ».Jamais assisté à autant de procès publics que samedi et dimanche derniers.La plus odieuse comparution : celle du juge noir, Clarence Thomas, devant un aréopage de blêmes sénateurs inquisiteurs.En direct, aux heures de grande écoute, sur les principales chaînes de la télé américaine, le spectacle — car c’en était un — devenait, par moments, insoutenable.I .a bête, dans l’arène, était donnée en pâture à un public carnassier.Comment ne pas imaginer, confortablement installés devant leur télé couleur pour un hearing party, des violeurs et des assassins avérés goûtant le soap opera, une bière à la main.Terrible.Procès de La Bandes des six, par Jean Larose, écrivain et professeur de littérature à l’Université de Montréal.Zola moderne, il a lancé son J’accuse dévastateur : « Vous êtes des incompétents, vous portez des jugements arbitraires ».Il a aussi fait des reproches à Radio-Canada : « Je me demande qui a conçu cette émission où il n’y a place que pour le spectacle et la mise en scène ».I/auteur de I.'amour du pauvre soutenait que Radio-Canada devrait offrir à ses auditeurs
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