Le devoir, 24 octobre 1991, Cahier B
RESTAURANT FRANÇAIS 3487.avenue du Parc Montréal 845-2992 Son ambiance Sa cuisine du marché Le Devoir, jeudi 24 octobre 1991 La vie cachée de Miss Météo Olivier Assayas, un critique des Cahiers du cinéma devenu réalisateur, présente Paris s’éveille dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, un film, écrit Nathalie Petrowski, où le cinéaste saisit avec justesse le moment critique où la jeunesse bascule dans l’âge adulte, où la raison l’emporte sur l'anarchie.Page B-3 Les malaises du monde du ski Le Québec compte plus d’un million de skieurs, soit 22 % de la population.Pourtant, le monde du ski éprouve des malaises.Les revenus totaux de 65 des 98 stations de ski alpin en activité ont connu une baisse d’environ 1 %; seulement quatre stations sur dix ont réalisé des bénéfices.La chronique de Normand Cazelais.Page B-5 Il y a 20 ans, Bourassa Robert Bourassa s’est toujours fait une gloire d'avoir dit « non » à la conférence constitutionnelle de Victoria, en juin 1971.Mais un document mis au jour par un collaborateur du DEVOIR tend à montrer que la partie québécoise avait au contraire manifesté une grande souplesse face au gouvernement fédéral.Page B-8 Le MQF pourfend les artistes Comparaissant devant la commission parlementaire des affai-' res culturelles, le président du Mouvement Québec Français, M.G uy Bouthillier a pourfendu, hier, les artistes et organismes cultu-J rels qui ont des réserves quant à ! la souveraineté culturelle.« Ils ne | pourront continuer à manger à î deux râteliers », a-t-il déclaré.Page B fi Dites-moi docteur, avez-vous le sida ?Controverse autour du dépistage obligatoire du sida pour les médecins 5 A JdPï* * .4r AKONTMf ;.K0«IM0ü GRATUIT fRU (OUNSRUNG INT0RMA7I0N Aucun Danger Attention Sida Vmi au sida.0D5CVfl®üN .oui à la vie! PHOTO JACQUES NADEAU l.e dépistage systématique des médecins, une panacée contre la transmission du VIII au patient ?Pour l’heure, les tests de dépistage effectués au Québec qui coûtent en moyenne Ifi $ pièce, se font de façon volontaire et, théoriquement, confidentielle.Au plan éthique, la règle des « quatre C » ; consentement confirmation, confidentialité et conseil, constitue la politique officielle depuis 87.Sidéens à la recherche de médecins 25 % des médecins québécois refuseraient de passer un simple examen à un sidéen Isabelle Paré C'EST TOUJOURS dangereux de conduire en auto.Mais, si on met des panneaux indicateurs dans un virage, c'est qu’on estime que la conduite à cet endroit y est doublement dangereuse ».Cette logique inébranlable, c’est le Dr Augustin Roy qui la tient.Éclaboussé par un vent de panique venu de nos voisins du Sud, le grand patron des médecins québécois se fait aujourd’hui le pourfendeur des drames médicaux entourant le sida et prône bien fort le dépistage à tout prix des médecins qui manient le bistouri.Pour lui, il en va du sida comme de la voie publique.Mieux vaut savoir ce que nous réserve chaque virage, ce que cache chaque ligne blanche, plutôt que de s’en remettre aux seuls codes de bonne conduite.Alertée par le cas de cinq patients américains innocents mortellement infectés sur la chaise de leur dentiste, toute la gent médicale américaine fait depuis quelques mois son mea culpa.La peur, plus contagieuse que le sida, a vite suivi les manchettes tapageuses qui ont déferlé sur l'Amérique.Rapidement, les médecins américains eux-mêmes réclament la mise au rancart de leur collègues séropositifs.Le Center for disease control d’Atlanta, éminent centre national de recherche sur la maladie aux États-Unis, tente de tempérer la crise, propose de restreindre la pratique des séropositifs, mais défend toujours le dépistage volontaire.Les sénateurs eux, invités à se pencher sur un projet de loi toujours à l'étude, prônent rien de moins que l’emprisonnement pur et simple de ceux qui tairont leur état au patient.D’autres États adoptent la ligne dure.L’Iowa vient de voter une loi pour forcer tous les médecins séropositifs à lever le voile sur leur condition.Autrefois lieux de guérison, la table d'opération et la banquette du dentiste sont tout à coup assimilées aux vieilles seringues souillées, aux pires hantises qu’a fait naître la crise du sida.Le grand frisson américain a sauté les frontières et secoue le Canada.Jusqu’à Mitsou qui offre ses avant-bras en pâture aux aiguilles sur les ondes de Radio-Canada pour mousser les vertus du dépistage, acceptant tout sourire de mettre à nu son passé sexuel à l’écran.En début de semaine, un coup de sonde effectué à la grandeur du pays par la maison Callup révélait que 87 % des Canadiens souhaitent que les médecins et les dentistes porteurs du virus du sida soient tenus d’en informer leurs patients.Le Dr Augustin Roy, le premier, prône maintenant haut et fort le dépistage obligatoire des médecins, assurance tout risque contre la transmission aux patients.Prêt à rouvrir le code de déontologie de la profession pour ce faire, il vient d’entamer une consultation auprès de ses 16 000 membres, et prépare sa croisade pro-dépistage .au grand dam de certains de ses collègues.Dès les premières heures de la maladie, les médecins québécois se sont farouchement opposés à toute forme de dépistage dans leurs rangs.L’Association médicale canadienne n’a pas non plus échappé au vent et réexamine sous toutes ses coutures sa politique sur le sida, basée jusqu’ici sur la confidentialité et le dépistage volontaire.La question crée aussi des remous à l’Ordre des dentistes du Québec et au Centre québécois de coordination sur le sida qui multiplient les comités de sages sur le sujet.Du côté américain, la ligne adoptée est claire.« Nous donnons le choix aux médecins : arrêtez de pratiquer des opérations à risque ou dévoilez votre état aux patients.Parce que notre premier devoir est la protection du public », explique Mme Carla Brock, agent d’information aux quartiers généraux de l’Ame-rican Medical Association basée à Chicago.Faut-il ou non imposer le dépistage du virus du sida aux médecins pratiquant des chirurgies « invasives » ?Et par conséquent aux patients ?Un malade a-t-il droit de savoir si son médecin est séroposif ou sidéen ?Doit-on empêcher les médecins infectés de pratiquer des opérations à risque ?La question n’est pas futile.Surtout quand une obturation vous coûte la vie.Émaciée sur son lit de mort.Kimberly Bergalis, une des cinq per sonnes infectées par le dentiste David Acer, de Floride, multiplie depuis des mois les entrevues passionnées devant les caméras pour réclamer le dépistage universel des médecins e! décrier la loi du silence qui fait que plusieurs taisent l’état de leurs col lègues séropositifs.« Personnellement, je ne voudrais pas me faire opérer par un médecin sidatique (sic).Si tout le monde était honnête, il n'y aurait pas de risque Mais ce n’est pas le cas.Qu’est-ce qui est le plus important, la protection du public ou d’une personne ?», lance tout de go le Dr Roy.Au risque de voir le gouvernement imposer sa marque, il préfère pion ger tête première et lancer le débat.Mais pour l’instant, il aborde la question par l’autre bout de la lorgnette, à savoir celle du droit des sidéens à revoir page B-2 : Controverse Isabelle Paré IL N’Y A PAS si longtemps, on fuyait les cancéreux, on mettait les tuberculeux en quarantaine.Cette époque, qu’on croyait révolue, ressuscite de temps à autre ses vieux fantômes de service.Des épouvantails qui empêchent aujourd’hui des sidéens de recevoir les soins médicaux qu’ils attendent.Pour les fins de l’histoire, appe-lons-là Clémence.Atteinte de cancer, Clémence doit subir une greffe de la moelle osseuse.Au bout de quelques semaines, on s’aperçoit que le greffon, funeste, lui a transmis le virus du sida.Dorénavant séropositive, elle se heurte à autant de portes de cabinet de médecins que les multiples pathologies que la maladie fait éclore chez elle.Mais Clémence n’est pas seule.On pourrait parler de Pierre, Jean, Jacques et des autres.Autant de dossiers qui atterrissent sur le bureau du Dr Réjean Thomas, médecin à la clinique L’Actuelle.« Un de mes patients sidéens a été refusé par cinq dentistes avant de pouvoir recevoir des soins.Parfois le refus est subtil, mais la cause est toujours la même : la peur », relate le médecin qui comprend la crainte qui étreint certains médecins.Las des refus, plusieurs séropositifs en sont rendus à se tourner systématiquement vers les urgences des hôpitaux, là où on ne peut leur claquer la porte au nez.La réticence des médecins à soigner les personnes infectées ou atteintes de sida s’amplifie au sein de la profession médicale.Pas étonnant qu’un récent sondage effectué par la Corporation des médecins du Québec ait révélé que 25 % des médecins québécois interrogés refuseraient de passer un simple examen général à une personne atteinte de sida.« J’ai une patiente séropositive qui a une masse dans l’estomac, mais personne ne veut l’opérer.Le sida est une maladie qui demande beaucoup d’intervention des surspéciali- tés, mais les neurologues, les psychiatres et d’autres spécialistes restent éloignés du débat.Plusieurs ont peur de la contamination et de soigner des sous-cultures, comme les homosexuels ou les drogués », tranche le Dr Thomas.À l’heure où la profession médicale songe à obliger formellement ses membres à soigner les patients atteints de sida, faut-il crier victoire ?« Plutôt que de penser à imposer des tests à tout le monde, le Dr Augustin Roy devrait plutôt s’occuper du quart de ses médecins qui ne veulent même pas examiner des patients infectes ou sidéens », proteste le Dr Thomas.Vendu à la cause des sidéens, ce dernier n’est pourtant pas seul à ruer dans les brancards.Ce triste constat de rejet, même Augustin Roy l’enté- Volr page B-2 : Réticence PERSPECTIVES / S AN TÉ, BIEN-ÊTR H Des mutations radicales qui se font en marge de la bureaucratie Jean Franooeur II.Y A réforme et réforme, et les plus déterminantes ne sont pas toujours celles qu’on pense.Sans nier l’opportunité ni minimiser l’importance de la réorganisation en cours à la suite de l’adoption du projet de loi 120, on peut soutenir qu’il s’effectue dans le réseau de la santé des mutations qui, pour être moins spectaculaires, sont en passe de modeler le fonctionnement des services de façon plus radicale que ne le pourra jamais la seule manipulation des structures.Davantage que la multiplication des directives ou le resserrement des contrôles, diverses initiatives — qui ont toutes en commun de mobiliser l’imagination et de canaliser le savoir-faire du personnel — font progresser le système sur la voie de l’efficacité, de l’efficience et de la qualité tant recherchées.A preuve, ce colloque que tenait la semaine dernière l'Association des hôpitaux du Québec ( AIIQ) sur le thème de l’innovation dans les soins hospitaliers.Trop souvent la formation professionnelle est conçue comme un processus à sens unique, de haut en bas, allant de celui qui détient le savoir vers celui qui doit apprendre.Le colloque de l’AHQ opérait un retournement de ce processus : le système se mettait à l’écoute de ceux qui y oeuvrent, à tous les niveaux.La méthode s'appuie sur la conviction, relativement nouvelle et, peut-être même, un peu déstabilisante pour les technocrates pressés en quête de résultats, que l’ensemble du personnel des établissements, par-delà les oppositions d'intérêts corporatifs ou les divergences syndicales, constitue un réservoir, un gisement quasi inépuisable de connaissances concrètes qu’aucune bureaucratie même la mieux intentionnée ne réussira jamais à égaler.C’est à travers ces connaissances et ce savoir-faire — lorsque les conditions permettent au personnel de les utiliser de façon créatrice — que se modifient les pratiques, que s’inventent les solutions.C’est ainsi que des établissements arrivent à composer avec les défis des nouveaux besoins qui apparaissent ou avec les limites que leur imposent des ressources financières de plus en plus difficiles à acquérir.Ce colloque sur l’innovation fut d’abord une surprise pour ses organisateurs.« Nous avions lancé un appel à tous les établissements membres de notre association, souligne M.Raymond Roberge, directeur de la recherche à l’AHQ.Nous nous attendions à recevoir une quinzaine de projets, nous en avons reçu près de 70.» Voir page B-2 : Mutations Northern ¦ Telecom ¦ présente m Une Initiative de: ¦ La Société pour la promotion de la ¦ science et de la technologie ¦ F ESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM ;»»»» Une production de: la Cité des Arts et des nouvelles technologies de Montréal SCIENTIFIQUE DU QUÉBEC 2e Festival international du film scientifique du Québec du 21 au 27 octobre Ç*’ VAWO''1*® Cornpe enV^et* «'**“'* Un événement exceptionnel à ne pas manquer Ce soir à Montréal 24 octobre à 20h, Université de Montréal (Pavillon principal: hall d'honneur au pied de la tour, Métro Université de Montréal) Présentation des films gagnants du Festival et remise officielle des trophées Spectacle de la chanteuse Marie Philippe: "Mais oui je sais?!” Animateur: Grégory Charles Ce soir à Québec 24 octobre à 19h30, Musée de la civilisation (643-2158) Roland Arpin, directeur général du Musée de la civilisation Pierre Bourque, directeur du Jardin botanique de Montréal "L’évolution du Jardin botanique; perspectives d'avenir: le Biodôme" Intormation générale: 849-1612 Avec le soutien de: Inspec-Sol Environnement, Recherches Bell-Northern, MESS, Ministère québécois des Communications, des Affaires internationales du Loisir de la Chasse et de la peche, Sciences et Culture Canada, CQVB, Environnement Canada, U.de M„ Régie du cinéma, UQAM, Alpha Vidéo et Film, Concept Audiovisuel, Mille Visions, Le Devoir.I I B-2 M Le Devoir, jeudi 24 octobre 1991 W-Æ ¦¦ 53?^, m ' aÆ.1 PHOTO JACQUES GRENIER \ l’heure où l’on peine à trouver des fonds pour la recherche et le traitement des sidéens, le Dr Réjean Thomas croit que le dépistage tous azimuts des patients ou des médecins engloutirait des ressources précieuses, sans en revanche minimiser les risques de façon sensible.+ Réticence rine et reconnaît d’emblée la résistance qui survit au sein de ses collègues.« C’est vrai.Des cas précis de médecins qui ont refusé de soigner des patients, j’en connais.C’est justement pour cela qu’on veut revoir notre code de déontologie.Tous les ma- lades ont le droit d’être traités », convient le président de la Corporation des médecins du Québec.Mais à son avis, les médecins ont beaucoup cheminé depuis les débuts de la crise.Il y a cinq ans à peine, le résultat d’un tel sondage aurait peut-être dévoilé que 80 % des médecins refusaient d’examiner un sidéen, affirme le Dr Roy.Mais depuis, la Corporation a pré- "Un film qui va émouvoir et emerveiller toute la famille.Un remarquable debut derrière la camera pour Jodie Foster.” Marilvn Beik.1KIBUM illDIA S[R\ICb "Extraordinaire.Touchant Comique.” |elï Craiij.HW SKOSD WWHt "Une histoire des plus I touchante et intelligente, pleine de sensibilité et de perspicacité.” David Sheehan, KSBC-1Y 5# joc/ie Foster Dianne Wiest a uiannewiesi juuie rosier $ irnuL version française de LITTLE MAN TATE JgjjBgü moi RII BAI DÉS DEMAIN au cinéma BERRI On pouvait la séduire.On pouvait la faire rire.Un seul l a fait pleurer.Un film de ALEXANDRE ARCADY DEMAIN aux cinémas COMPLEXE DESJARDINS, LANGELIER, CARREFOUR LAVAL et TERREBONNE en version originale anglaise aux cinémas ÉGYPTIEN, POINTE-CLAIRE, CÔTE DES NEIGES et ASTRE.SOPHIE MARCEAU •RICHARD BERRY féré et continue à laisser le temps, et le bouche à oreille, faire son oeuvre.Aucun programme de sensibilisation ou de formation spécialisée n’a été mis de l’avant par la Corporation depuis le constat désolant dressé lors du plus récent sondage, avoue son président.Le Dr Raymond Lemieux, responsable québécois des étude cliniques sur le sida pour Santé et Bien-être Canada, soutient lui aussi que la crainte s’est estompée dans les milieux médicaux.Chez les orthopédistes, un métier à risque élevé où l’on traite des fractures ouvertes à l’aide de scies et de marteaux, il a toutefois eu vent d’hésitations très fortes à soigner des sidéens.« On estime qu’un orthopédiste se blesse environ 40 fois par mois.Il ont des biopsies à faire.Plusieurs patients sont référés aux centres spécialisés dans le traitement du sida », raconte-t-il.La méfiance tenace des professionnels de la santé ne semble pas être l’apanage d’une génération qui a connu des heures de pratique moins mouvementées.James Paul Marois, un jeune étudiant en immunologie à l’univeristé McGill, constate que la plupart de ses collègues de classe ne veulent rien entendre du sida.« Je dirais que 90 % des étudiants ne s’intéressent pas au sida et n’ont pas l’intention d’en connaître plus là-dessus.Très peu sont prêts à travailler avec les personnes infectées par le VIH.Ils ne veulent tout simplement pas s’exposer à un risque », raconte le jeune étudiant, qui travaille au comité des traitements et données de Act Up, un groupe de sensibilisation et de pression politique sur le sida.Une fois sur le marché du travail, les jeunes médecins ne démontrent guère plus d’élan à traiter les sidéens.« On se retrouve dans une situation où ce sont toujours les mêmes qui acceptent de traiter ces malades, déplore le futur spécialiste.Résultat, ils sont peu et littéralement débordés ».D’ailleurs, la dévotion du petit nombre de médecins ou de chirurgiens chez qui s'agglutinent les séropositifs en mal de traitement est jugée « médicalement » inacceptable par certains.À commencer par le Dr David Roy, directeur du centre de bio-éthique de l’Institut de recherches cliniques de Montréal, qui considère qu’ainsi, le risque de transmission du VIII du chirurgien au patient est artificiellement grossi.« Nous courons le risque de perdre la stabilité de notre système de soins.En restreignant le nombre d’opérations à risques à un petit nombre de chirurgiens, on augmente néces sairement le danger que ces médecins deviennent à leur tour séropositifs et, par conséquent, on augmente le risque de contamination d’autres patients.» « Cela est inacceptable.Cette responsabilité professionnelle doit être partagée par tous », clame l’éthicien qui croit que les corporations professionnelles ont le devoir de clarifier la responsabilité de leurs membres à ce sujet.Mais bien d’autres questions sont ramenées sur le tapis quand il s’agit de donner des soins aux personnes séropositives ou sidéennes.Si plusieurs hôpitaux ferment subtilement leurs portes à ces malades, c’est par crainte de rattacher à leur établissement un cas qui deviendra, tôt ou tard, un boulet financier pour eux, tranche franchement le Dr Lemieux.Avant même le premier traitement donné lors d’une banale visite, l’hôpital sait que le malade séropositif passera un jour ou l’autre aux soins intensifs ultra-spécialisés qui drainent des ressources financières déjà rares.D’ailleurs, on affirme sans ambages à l’Association des hôpitaux du Québec (AIIQ) que plus que la crainte, la peur d’agir inutilement, dans un contexte de budgets restreints, demeure la principale réticence chez les médecins.Doit-on procéder à des interventions coûteuses chez une personne condamnée ?, questionne M.Charles Meunier, responsable des communications à l’A HQ.« C’est triste à dire.Les médecins ont de sérieuses interrogations.Qui va-t-on opérer ?Un sidéen ou une personne âgée ?Ils ont de plus en plus de ce genre de choix à faire, mais pas de guides.Il y a une zone floue où surgissent carrément des choix de société», prétend-il.Mais cette question des coûts n’explique pas tous les problèmes, selon le Dr Thomas.À son avis, l’éternel « Est-ce que ça vaut la peine ?», est invoqué drôlement plus rapidement dans le cas de sidéens que de petites vieilles innocentes.( )n rechigne à opérer un de ses patients atteint d’un cancer du rein, alors que la durée et la qualité de vie que permettent les nouveaux traitements s’est accrue de façon incroyable depuis 1985.« On opère bien des cancéreux », avance le Dr Thomas.À son avis, le problème chez les médecins, c’est, qu’il y a des victimes coupables et des victimes innocentes.Et l’on préfère, de loin, soigner cette dernière catégorie.« Mais pour moi, un malade reste un malade, et il doit être soigné».+ Mutations Le jury en a retenu une vingtaine qui ont fait l’objet d’une présentation.Ainsi, à titre d’exemples, un infirmier et un éducateur de l’Institut Roland-Saucier, de Chicoutimi, sont venus dire comment, à la suite de demandes pressantes et répétées, après deux années de recherche et de travail, ils ont réussi à mettre au point un programme d’aide aux familles dont un des membres — le plus souvent un jeune adulte — est atteint de schizophrénie.Dans un autre atelier, deux infirmières de l’hôpital de Montréal pour enfants ont expliqué comment rétablissement, à la suite des fermetures de lits entraînées par des compressions budgétaires et la pénurie d’infirmières, est parvenu à conjurer la menace d’un allongement indéfini des listes d’attentes en chirurgie élective (non urgente), notamment en développant de services de chirurgie ambulatoire et de chirurgie avec admission le même jour, lesquelles ont augmenté respectivement de 14 % et de 60 % en deux ans, tandis que le pourcentage de patients hospitalisés en chirurgie a diminué de 47 %.Voilà qui s’appelle faire plus avec moins — et le faire mieux, si l’on en juge d’après les réactions recueillies auprès du personnel (y compris les chirurgiens), des patients et de leur famille.Autre réussite à l’hôpital du Haut-Richelieu à Saint-Jean.Contrainte accidentelle, cette fois : un incendie ravage l’unité interne du département de psychiatrie.Comme solution d’urgence, on improvise une nouvelle forme de prise en charge de la clientèle, l’hôpital de jour sur le modèle de l’hôpital Général de Boston.L’expérience se révèle si positive qu’un an plus tard, lors de la réouverture de l’unité interne, on maintiendra les services offerts par l’hôpital de jour auquel on ajoutera Dr Augustin Roy : en faveur du dépistage ,**i «*¦ ur uavia nuy ; opposé au dépistage Une probabilité infime de transmission du médecin au patient + Controverse cevoir des traitements.Or, si on crée l’obligation formelle aux médecins de soigner des patients sidéens, les docteurs sont en droit de savoir l’état de leurs patients pour prendre des mesures de précaution additionnelles, plaide le Dr Roy.En contrepartie, la logique veut que les patients soient eux aussi informés de l’état de santé de leurs chirurgiens avant de s’abandonner sur la table d’opération.« Il n’est pas question de tester tous les médecins.Seulement les chirurgiens qui pratiquent des mesures invasives ou de l’obstétrique, avance le Dr Roy.Tout le monde sait qu’au cours de ce type d’intervention, il peut survenir des piqûres, des coupures, que du sang gicle, risquant de transmettre l’infection du médecin au patient».« Un médecin infecté a l’obligation morale de ne plus pratiquer ce genre de gestes.À mon avis, l’obligation devrait même être légale, car le volontariat, c’est beau dans les livres, mais ça ne tient pas en pratique », lance en son nom personnel le président de la Corporation professionnelle des médecins du Québec.Une position qui fait bondir plusieurs inconditionnels de la confidentialité qui accusent le grand chef des médecins de céder à l’hystérie qui a cours chez nos voisins du Sud.Le Dr Réjean Thomas, attaché à la clinique L’Actuelle, vouée aux traitements des MTS et du sida, s'étonne de cette obsession soudaine de protection du oublie venue de la Corporation.Un elan qui dissimule mal, selon lui, une volonté bien plus marquée des médecins à se protéger eux-mêmes qu’à protéger le public.« Il n’y a aucune logique scientifique à prôner ce type de mesures, maugrée le médecin.Quand va-t-on tester ?Une fois, deux fois, trois fois par année, à tous les 3 jours.C’est insensé ! Tout le monde sait que le virus prend plusieurs mois à se manifester et n’est pas dépistable rapidement après l’infection ».Dépister tous azimuts, ce serait donner un sentiment illusoire de sécurité aux malades comme aux médecins, craint le Dr Thomas.Une vulgaire pommade inefficace mais rassurante.Sans compter les ressources faramineuses qu’exiferait une telle mesure.« On doit plutôt presser les médecins d’appliquer les mesures d’hygiène strictes en tout temps et pour tous leurs patients », insiste-t-il.À titre d’exemple, le virus de l’hépatite B est 100 fois plus contagieux que le sida et 10 fois plus présent chez les professionnels de la santé que le sida.Pourtant, la majorité des médecins ne sont pas vaccinés et personne ne s’en alarme.Résultat : 12 000 professionnels de la santé en sont atteints bon an mal an et 250 en meurent chaque année aux États-Unis.Quant à la « mise à la retraite » prônée pour les médecins infectés, plusieurs craignent que cette mesure lance un message clair aux professionnels de la santé : « Ne vous oc-cupez-plus plus des malades sidéens, vous risquez d’y laisser votre peau, de perdre votre droit de pratique ».« Ça mène droit à la discrimination autant pour les patients que pour les docteurs », fulmine le Dr Thomas.Pis encore, croit-il, c’est un encouragement indirect aux personnes infectées à se terrer, à dissimuler leur problème.Or, les études réalisées aux États-Unis sur les risques de transmission d’un chirurgien à un patient discréditent la thèse des tenants du dépistage et de la restriction du droit de pratique.Selon le New Kngland Journal of Medecine, trois enquêtes effectuées à ce jour auprès de chirurgiens séropositifs démontrent qu'aucun de leurs 753 sujets opérés n'a été contaminé.Il n’existe qu’un cas documenté de transmission du VIH d’un professionnel à un patient; celui de ce dentiste de Floride.Sur cette base scientifique, l’État de New York, endossé par le gouver neur Mario Cuomo, vient de faire fi des lignes directrices fédérales et dé permettre à ces professionnels infectés de pratiquer des procédures à risques, sans pour autant avoir à dé clarer leur état aux patients.D’autres études de probabilité pu- j bliées dans la même revue ramènent à des proportions infimes, soit 1 sur 21 millions, le risque de transmission du chirurgien au patient, quand lé’ statut de séropositivité du médecin-est inconnu.Pour chaque heure pas;, , sée sur la table du chirurgien, le,£; chances d’infection par un médecin ; séropositif oscillent entre 1 sur 28 OOÇ et 1 sur 500 000, selon les types d’opération.En contrepartie, le risque de mou-, ' rir d’une anesthésie générale s’élève ’ à 1 sur 10 000, lance le Dr Thomas/ « Il faut être réaliste, insiste-t-il.Le risque est aussi peu élevé que celui qu’un patient meure dans un accident d’auto en se rendant à l’hôpital».D’autres alignent la question des coûts, comme Charles Meunier, de l’Association des hôpitaux du Qué: bec.À son avis, les hôpitaux américains sont davantage pressés de se mettre à l’abri de poursuites judiciaires faramineuses que de se porter à la défense d’un idéal éthique.« La situation sociale n’est pas la même ici qu’aux États-Unis.Là-bas, on finit par se dire que passer des tests à tout le monde coûtera moins cher qu’une série de poursuites extraordinaires de plusieurs millions»,' opine-t-il.Depuis 1986, plus de 255 000 tests de dépistage du sida ont été effectués au Québec, dont 11 726 se sont avérés positifs.Tester les millions de patients qui vont et viennent dans les hôpitaux relèverait de la folie, d’apres Mme Monique Laberge-Ferron, présidente du Centre québécois de coordination sur le sida.« On est six millions au Québec, vous imaginez le coût d’une telle mesure »., Dans la même veine, le Dr David ; Roy, directeur du centre de bio-étbi,-que de l’Institut de recherches clini-.j ques de Montréal, estime que, malgré les tristes ratés survenus au*-Etats-Unis, le dépistage en vrac des patients et des médecins n’est pas:, justifié.« Un tel système déborderait la capacité de nos laboratoires y,, avance-t-il.Et que faire des canc)ir,; dats qui refuseraient d’être testés,'/, Leur refuser des traitements?Mais les questions qui se bouscg-,, lent dans la tête de l’éthicien sont davantage d’ordre social qu’économi* que.Il serait dramatique, voire in-conscient, de faire du dépistage du sida une simple mesure de routine.« Les effets sociaux et psychologiques du test sont trop dévastateurs.Il faut avoir les moyens d’encadrer et de conseiller les gens que l’on déclare séropositifs », tonne-t-il.Le Dr Thomas partage cette opinion.Récemment un de ses patients, testé nar sa compagnie d’assurance, se précipitait dans son bureau après avoir été identifié séropositif par l’assureur.Angoissé, il s’inquiète de son a venir et de ce que doit faire su copine, enceinte depuis quelques semaines.Un test de confirmation effectué quelques jours plus tard devait dévoiler que la compagnie avait fait erreur.« Que serait-il arrivé si ce patient n’était pas venu me voir ?Pris de panique, le couple aurait pu décider d’avoir recours à l’avortement.Il y a en qui pensent à se suicider, rap porte-t-il.Les conséquences du dépistage sont trop sérieuses pour prendre cela à la légère».Basé sur la peur, le débat actuel doit à tout prix être ramené dans les ornières scientifiques, croit pour sa part le Dr David Roy.« Le mot-clé1 doit être : pas de panique, pas d’hystérie et surtout, pas de chasse aux sorcières».deux ergothérapeutes et une infirmière.Deux ans plus tard, il sera possible de réduire de 28 à 20 le nombre de lits à l’interne.Entre-temps, on aura mis au point un formule d’hébergement temporaire capable de recevoir six à huit patients de l’hôpital de jour incapables, ne fut-ce qu’en raison de la distance, de retourner chez eux, d’où la création d’une auberge tenue par un couple qui habite une vaste maison à Saint-Luc.A l’examen, toutes ces expériences présentent « les mêmes ingrédients», commente M.Roberge : — une plus grande implication des usagers et de leurs proches dans le processus de soins, les usagers deviennent des acteurs et pas juste des receveurs ou des bénéficiaires du système ; — beaucoup de travail d'équipe, sur une base interdisciplinaire en termes très concrets sur le terrain ; — une ulilistion beaucoup plus poussée et judicieuse des alternatives à l’hospitalisation ; — des approches qui permettent de répondre de façon mieux intégréé et continue aux besoins des usagers ; — des approches visant aussi à concilier la qualité des services tout en réduisant les coûts ou en les contrôlant mieux.Et cela dans tous les secteurs : courte durée, longue durée, santé mentale, santé communautaire.Ce qui amène le directeur de la recherche de l’AHQ à penser qu'il pourrait s’agir d’un véritable « courant de fond ».La bonne surprise également pour l’observateur, c’est d’entendre raconter ses expériences dans un langage simple, celui de tous les jours, dépouillé de l’affreux jargon spécialisé.Encore qu’il a fallu subir un exposé sur tissuré.lOints de ciment vides, brique éclatée mauvaise combustion 4568803.S Perdus, trouvés PERDU BAGUE: pour homme, or, initiale L dim 20 oct Marché Atwater Récompense 842-29)3 - 482-3988 ' w Offres de services professionnels HOMME DE CONFIANCE Coursier, cuisinier, chautteur etc 279-8051 %j] Automobiles à vendre ACURA Integra LS 90, verte, 2 portes, , aut.air, 55,000km.13 500 $ 4463880.xQtee.amiQnc€.classés 286-1200 26-10-91 Campagne 1991 205 organismes 500 000 .bénéficiaires ta.^^Ugn^eK)on^80(^6^55^^ LES MOTS CROISES l 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Horizontalement 4—Installe.— Funeste.De la Dalmatie.— Urne.Cuvette.— Gardien de but.Bienveillance.— Petite auge.Bernache.— Terre-plein.Qui exprime un accord complet.— Bienheureux.Agite.— Lettre grecque.— Rhodium.Irlande.— Recueil.Affluent du Danube.— Jour.Stimulent.— Pièce de la charrue.Lien grammatical.— Écumiez.— Titane.Arbrisseau épineux.— Variété d'argile.-Arbuste à fleurs blanches.— Couteau (mollusque).I Verticalement 1—Paiement, j 2—Céréale.— Inscrire.[ 3—Premiers traits d’un être.— Bouddha.1- 2- 3- 4- 5- 6- 7- 8- 9-10-11-1 2- 5— Pièce de charpente d'un toit.— Illusoire.6— Éminence.— Haute.7— Perdre.— Joindre.8— Patrie d'Abraham.— Visité par des fantômes.9— Sans-abri.— Jardin d'animaux.10— Tissu pour protéger le matelas.— Planche.— Chlore.11— Empereur.— Individu.12— Qui a cessé d'étre.— Il habite Addis-Abeba.Solution d'hier AGREA •’ T R O ’ T Av.-R IG ' /.NE U«RI «acI 8;OjS/ 7-ICE Wk 7 8 9 10 11 12 B-10 M Le Devoir, jeudi 24 octobre 1991 DES IDEES, DES EVENEMENTS Il y a 20 ans, Bourassa à la veille de Victoria 1— La partie québécoise a manifesté une grande souplesse face au gouvernement fédéral PHOTO LE DEVOIR Hubert Bourassa, au début des années 70.À la veille de Victoria, le jeune premier ministre fut-il en réalité moins « ferme » qu'il ne l’a prétendu par la suite ?Yves Vaillancourt Politicologue, routeur est professeur et chercheur au département de Travail social de l'UQAM.Il est aussi directeur de la revue Nouvelles pratiques sociales.IL Y A QU KLQUKS JOURS,paraissait chez Boréal un livre important de Claude Morin : Mes Premiers ministres.La couverture médiatique qui a entouré sa publication s’est rapidement cristallisée sur le chapitre 18 intitulé « Victoria, ou la tentation de céder » d’où il ressort que Robert Bourassa, le premier ministre du Québec en 1971, aurait joué un sorte de double jeu, dans ses négociations constitutionnelles avec le gouvernement fédéral dirigé par Pierre Elliot Trudeau.Pour fonder son analyse, Claude Morin commence par établir une preuve circonstancielle en reconstituant son journal de bord des événements qu'il a vécus et observés à l’époque; puis il conclut son chapitre en présentant la « clé d'une énigme » (pages 425-426), soit le contenu d'un important mémo de Robertson à Trudeau, daté du 4 février 1971.Comme Morin a mentionné dans son livre (p.11) et en conférence de presse que ce document lui avait été transmis par moi-même, et comme l'une des personnes concernées a laissé entendre que les propos de Morin étaient basés sur des « ouï-dire », je me suis senti interpellé.J'ai donc décidé de verser une contribution au dossier en rendant public le mémorandum mentionné et en produisant un texte d'accompagnement.L’essentiel du message est clair : le gouv ernement du Québec se montrera « pragmatique ».Bourassa a « apparemment persuadé le cabinet que l’aspect constitutionnel est secondaire ».Le « règle des 20 ans » dévoile certains secrets J'ai obtenu le document dont il est question, en juillet dernier, à l’occasion de l’une de mes nombreuses sessions de travail aux Archives nationales, à Ottawa.Grâce à la « règle des 20 ans » de la Loi fédérale d’accès à l'information, j’ai pu obtenir, en juillet 1991, une documentation substantielle concernant les débats du cabinet fédéral au cours des six mois qui ont précédé la Conférence de Victoria de juin 1971.Cette documentation a pour objet le Québec, les politiques sociales et la Constitution.Les principaux documents qui la composent viennent des ministres John Munro et Mitchell Sharp, des hauts fonctionnaires Robert Bryce et Gordon Robertson, et de deux comités du cabinet concernant les relations fédérales-provinciales et la politique sociale.Le mémo de Robertson du 4 février 1971, publié ci-dessous, représente une pièce importante parmi d’autres.Il prend son sens quand on tient compte du contexte dans lequel il arrive et de la suite des événements.Je rappelle d’abord quelques éléments de contexte.1— Le processus de révision constitutionnelle est en marche depuis 1968 Trois conférences fédérales-provinciales ont eu lieu en février 1968, juin 1969 et décembre 1969.Une quatrième est prévue pour les 8 et 9 février 1971.La cinquième aura lieu en juin à Victoria.Depuis la fin de l’année 1970, un package deal s’an nonce.Il comprend notamment le rapatriement, une Charte des droits et une formule d’amendement.En janvier 1971, le cabinet fédéral sait que le Québec s’apprête à demander l’insertion du dossier de la politique sociale dans l’ordre du jour des négociations constitutionnelles et dans le package.2— Le dossier des politiques sociales occupe une place centrale dans les agendas gouvernementaux au Canada et au Québec, parce que les gouvernements doivent répondre à des demandes de réformes sociales portées par les mouvements sociaux.2— Ainsi, le gouvernement fédéral vient de publier deux importants livres blancs, l’un sur l’assurance chômage, l’autre sur la sécurité du revenu C'est dans ce dernier document que le ministère de la Santé nationale et du Bien Etre social dirigé par John Munro amis de l’avant son Family Income Security Plan (FIST), auquel il tient beaucoup Le FISP se caractérise par le recours à une approche sélective pour soutenir les revenus des famil les à faibles revenus.Sa mise en oeuvre passerait par des amendements apportés au Régime d’assistance publique du Canada (RAPC) qui régit le partage des coûts de l’aide sociale et des services de bien-être dans les provinces.4— Au Québec, dans le nouveau gouvernement Bourassa au pouvoir depuis mai 1970, le dossier des politiques sociales est très identifié à Claude Castonguay, ministre des Affaires sociales.Depuis la fin de 1970, Castonguay s'est attelé à la mise en route de l’assurance-santé et de la nouvelle Loi d’aide sociale.Au tout début de l’année 1971, le volume V du Rapport Castonguay-Nepveu portant sur la sécurité du revenu est rendu public.Les recommandations les plus centrales font appel à une politique sociale « intégrée » qui mise beaucoup sur une réorganisation des allocations familiales (universelles, imposables et indexables) et l’instauration d'un programme de Revenu minimum garanti (RMG), qui amènera une nouvelle réforme de l'aide sociale via l’instauration d’un système à deux paüers.5— Dans ses discours publics sur la « politique sociale intégrée », Castonguay revendique la primauté législative du gouvernement du Québec.Quand il parle de politique sociale intégrée, il se réfère aux composantes de la sécurité du revenu, aux politiques de main-d’oeuvre et aux centres de main-d’oeuvre.Mais il n’intègre pas les services sociaux.Pourtant, les fédéraux avec lesquels Castonguay discute savent très bien que le partage des coûts, tant des ciale dans les provinces, relève d’une même législation fédérale, soit le RAPC.6— Les 28 et 29 janvier 1971, à l’occasion d’une réunion fédérale-pro-vinciale des ministres du Bien-être, le Québec a transmis aux délégations du fédéral et des autres provinces des copies du volume V du Rapport Castonguay-Nepveu.En outre, Castonguay a résumé les principales recommandations de ce volume en insistant sur les alloça-lions familiales et le RMG.Dans des mémos produits à l’adresse du cabinet, suite à cette réunion, Sharp (le 1er février) et Munro (le 2 février) attirent l’attention sur les implications constitutionnelles des positions de Castonguay.Le Québec a demandé que la politique sociale soit ajouté à l’agenda de la Conférence constitutionnelle des 8-9 février.Sharp ajoute : « Quebec authorities have known their view that the Quebec Governemenl should be given paramount powers in respect of social policy legislation; they have also indicated that an early agreement on a partial constitutional package would require the inclusion in the package of such a substantial constitutional provision as that relating to the jurisdiction over social policy ».Munro reprend le même constat : « The Governemenl of Quebec wants to discuss and have clarified the relative roles of the federal and Quebec Governement's with respect to social policy before it considers proposals for change in the various income security systems».Il ajoute que le Québec veut dans l’immédiat le contrôle des allocations familiales fédérales (assorti d’un transfert fiscal équivalent aux coûts du programme) et souhaite que les coûts inhérents à l’instauration de son nouveau programme de RMG soient partageables dans le cadre du RAPC.7— Le 2 février, la veille du mémo de Robertson, le Comité du cabinet sur les relations fédérales-provin-ciales met au point une stratégie à deux volets.Premier volet : « It would be important to avoid any commitments with regard to constitutional change in the field of social La barre est très basse pour certains membres du cabinet Bourassa.Le message adressé au fédéral ressemble à une invitation à aider Bourassa, dont la marge de manoeuvre est étroite.policy until Quebec provides a clearer indication as to the nature and scope of change invisioned ».Deuxième volet : il faut faire preuve de flexibilité dans la discussion de scénarios de modification des programmes ou projets fédéraux existants et explorer les moyens d’ae-comoder les recommandations du volume V sans faire des changements constitutionnels.« L’aspect constitutionnel est secondaire » C’est ici qu’arrive le mémo de Robertson du 4 février, que les lecteurs du DEVOIR peuvent lire attentivement dans sa version originale, en tenant compte des éléments suivants.Le mémo est signé par R.Gordon Robertson, le greffier du Conseil privé.Il est destiné au premier ministre Trudeau, mais des copies conformes sont prévues pour cinq hauts fonctionnaires : Lalonde, Crowe, Bryce, Gallant et Strayer.Robertson résume le contenu d’une conversation téléphonique qu’il vient d’avoir, tel que prévu, avec Julien Chouinard, secrétaire du cabinet de Bourassa.Chouinard lui a transmis les propositions arrêtées dans la réunion du cabinet de Bourassa la veille au soir en prévision de la Conférence constitutionnelle des 8 et 9 février.L'essentiel du message est clair : le gouvernement du Québec se montrera « pragmatique ».Bourassa a « apparemment persuadé le cabinet que l’aspect constitutionnel est secondaire ».Le Québec veut obtenir deux choses du fédéral : une acceptation de principe des grands objectifs et de « la politique sociale intégrée » dont il est question dans les recommandations du volume V.Un engagement du fédéral à discuter bientôt et ra ' « des voies et moyens » pour réaliser les grands objectifs du volume V.Chouinard insiste sur les éléments de contexte montrant la délicate marge de manoeuvre de Bon rassa lors de la réunion du Cabinet : « M.Bourassa n’a pas eu la partie facile pour faire adopter l’approche décrite.» Si cette approche paraît mettre la barre très haut pour le fédéral, il faut comprendre qu’elle met aussi la barre liés basse pour certains membres du cabinet Bourassa.Donc le message adressé au fédéral ressemble à une invitation â aider un Bourassa, dont la marge de manoeuvre est étroite.Demain, dans un deuxième arti de, je ferai quelques commentaires additionnels sur le sens du mémorandum du 4 février et je m’arrêterai sur le suivi qui lui a été réservé ;j Ottawa.services sociaux que de l’aide so- Le mémorandum du 4 février 1971 Gordon Robertson S PROMISED yesterday, Mr.Chouinard telephoned me at noon today to report on the situation with regard to the social policy issue which was discussed at the meeting of the Quebec Cabinet last night.I telephoned to Marshall Crowe the part of his message that related to the unemployment insurance legislation in order that it could be considered at this morning's Cabinet.Mr.Chouinard said that Mr.Bourassa had managed, at the Cabinet meeting yesterday, to get agreement that the fundamental thing for the Quebec governemenl (and for Mr.Castonguay) is to achieve the practical results that are contemplated in the Castonguay-Nepveu report, lie appareil tly persuaded the Cabinet that the constitutional aspect is secondary and that the question whether constitutional change is necessary should depend on and emerge from discussions with Ottawa as to the ways and means of achieving the practical results in terms of social policy toward which the Commission was looking.The Cabinet accepted this thesis and approach and what Mr.Bourassa will be seeking in his discussion with you on Sun (lay is agreement on l wo main points w hich w ould be subject to two very important specific decisions relating to federal action.The proposal will be along the following lines : 1 Discussion on the item relating to social policy should lead, Quebec hopes, to « recognition of the general principles » that are involved m the Commission '.s recommendations.What is involved here apparently is particularly the principle that assistance with regard to social security and income support should constitute » une politique globale intégrée » for which the futi-dation mental basis of action should relate to « le manque de revenus ».I asked Chouinard whether the first part in their thinking necessarily meant agreement on the idea that there had to be just one centre of decision-making and one agency for action and administration, lie said not necessarily that was the kind of thing that could be the subject of discussion in relation to ways and means of achieving the fundamental objective of integrated policy.I also asked whether Quebec meant agreement on a guaranteed annual income as the basis of social action and the kind of income levels refer red to in the report Again he said not necessarily it was a matter of seeing how to achieve the agreed objective (if it were agreed) of having assistance that would, over whatever time might be necessary, raise people to whatever level of minimum revenue might be agreed upon as feasible.( houinard summed it all up by saying he knew there w ere problems and perhaps what ought to be done at once at the federal end was to determine how far we could go in agreeing to principles as sorted in the Commission Report and how that degree of agreement could best he expressed.2.Quebec would also hope, next week, fora com mitment from the federal government « to discuss soon and fast » the ways and means of realizing the agreed objectives.In reply to questioning, Chouinard said they are not thinking in terms of a constitutional obligation to consult either now or in the future : w hat they want is immediate discussion on how to get the agreed results referred to in number 1.That discussion could lead to the conclusion that constitutional amendment would be necessary, or it could lead to the conclusion that no amendment was required.If amendment did seem to be necessary, they would hope that it could form a part of the package that we have been discussing but he emphasized that they are not forecasting or requiring, N.D.L.R.Le mémorandum rédigé par Gordon Robertson le 4 février 1971 est un document exceptionnel.Ainsi, le signataire, qui s’adresse au premier ministre canadien, Pierre Trudeau, occupe à cette époque le poste de greffier du Conseil privé et est à ce titre le premier fonctionnaire du gouvernement fédéral La conversation qu’il relate met en cause M Julien Chouinard, son homologue au sein du gouvernement québécois.Sauf exception, et nous avons ici une de ces très rares exceptions, ce type de document demeure secret pendant plusieurs décennies dans la mesure où il pourrait influencer des négociations constitutionnelles en cours ou à venir.En raison de l’intérêt qu'il présente, et pour éviter les débats sur le sens des mots que pourrait susciter une traduction, nous vous présentons dès aujourd’hui ce texte dans sa version originale.Nous en publierons une version française la semaine prochaine.at this point, that there w ould be any such decision or result.I told Chouinard that, while this presented hopeful possibilities, il also could create very real difficulties next week in getting any agreement from the other I’renners on the other parts of a constitutional package.I thought it was very doubtful whether at least some of them would be prepared to agree on the amending formula and ol her things if they thought I hey were going to be open to a « squeeze » bet ween then and June to make an important amendment in the area of social policy I think Chouinard realizes this problem and il may be that discussion on Sunday can gel agreement that discussion has to be on ways and means of achieving integration without constitutional change, unless such constitutional change is agreed upon at a later stage when the distribution of powers may be under review The Two conditions concerning federal action which Mr.Bourassa will be arguing as being essential are I Revision of the amendment to the Unemployment Insurance Act Chouinard says that at the meeting between Messrs.Mackasey and Cournoyer last week they were « close to agreement » on changes to our amendment to the following effect : (a) To increase the rates of benefit to unemployed persons at the lowest income levels.(The Commission Report and Mr.Castonguay at the meeting of.January 261 h had urged also a reduction of the level of payments to persons at higher incomes but Mr.Mackasey apparently resisted this and Quebec is prepared to accept the more limited change).(b) Removal of maternity and illness as insurable reasons for unemployment.(Chouinard says that Mr.Mackasey « did not exclude this altogether » and had some idea of a means of making equivalent payments where provinces do not have a program that covers such cases).(c) Modification of the amendment to permit Quebec manpower centres to be included as well as Canada manpower centres.Chouinard says that Castonguay and the Quebec government regard these changes as being vital.2.Discussion before introduction of our social security legislation Apparently Quebec wants to be certain to ha ve an adequate opportunity to discuss with us the legislative provisions pursuant to Mr.Munro’s white paper.In discussing the general Quebec approach as ( ’houinard had indicated to me, I told him that I thought il was very hopeful in the sense that Mr.Bourassa had got the discussion on to the sub stance of action in respect of social policy and income support rallier than on to constitutional implications and constitutional change.I said, however, that there were a great many difficulties in what they were proposing — in relation to what principles of the Commission's report they were expecting agreement on; in relation to any thought that there might be a later piece of the package to be tacked on; and in relation to changes m a piece of legislation that had already been announced in a good deal of detail.I think ('hour mini fully understands all this but he said in conclusion that he hoped we equally understood that Mr.Bourassa had had no easy time in establishing the approach he had described and that he would have very great difficulty indeed if the federal go-vernement could not find the means to assist him along this line.I have informed Bob Bryce of the substance of < houinard's message and he is arranging a meeting for tomorrow morning to consider in what res peels and how far the federal government might he able to go in acceptance of the principles in the ( 'astonguay-Nepveu report.We will try to have something lor you later in the day on this.It could be that you vill want to have some discussion before Sunday afternoon with Messrs.Munro, Mackasey, Bang and Benson but it is too early to be sure on this R.G.R.L’équipe du DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'Information générale Jean Chartier, Yves (l'Avignon, Jean De ms Lamoureux, Louis-G.L'Heureux.Bernard Morrier Laurent Soumis,, Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes), à l'Intorma-Uon culturelle Pierre Beaulieu Paule DesRivières Marie Laurier, Robert Lévesque (Le Plaisir des livres), Nathalie Potrowski, Odile Tremblay à l'Information économique Robert Dutrisac, Catherine Leconte, Jean-Pierre Legault, Serge Truffaut, Claude Turcotte, à l'Information politique Josée Boileau, Pierre O'Neill (partis politiques).Gilles Lesage (correspondant parlementaire et éditorialiste A Québec).Jo celyrie Richer (information générale el parlementaire a Québec), Michel Venne (correspondant parlementaire à Québec).Chantal Hébert (correspondante parlementaire â Ottawa), Jocelyn Coulon (politique internationale), François Brousseau, éditorialiste (politique interna lionale) et responsable de la page Idées et événements', aux affaire» sociales : Paul Cauchon (questions sociales), Caroline Montpetit (enseignement primaire et secondaire) Isabelle Paré (enseignement supérieur).Louis-G Francoeur (environnement), Sylvain Blanchard (relations de travail), Clément Trudel (affaires juridiques), Suzanne Marchand (adjointe â la direction), Marie-Josée Hudon, Jean Sébastien (commis), Danielle Cantara, Thérèse Champagne Monique Isabelle, Christiane Vaillant (clavistes), Marie-Hélène Alarie (secrétaire A la rédaction) Isabelle Baril (secrétaire A la direction) LA DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Marion Scott, Sylvie Scott, Serge La plante (Québec).Rachel Rochetort (Ottawa) LA PUBLICITÉ Lise Millette (directrice),Jacqueline Avril, Caroline Bourgeois, Francine Gin gras Johanne Guibeau, Lucie Lacroix, Christiane Legault, Lise Major (publicitaires), Marie-France Turgeon, Micheline Turgeon(maquef-tistes), Johanne Brunet (secrétaire) L'ADMINISTRATÏON Nicole Carmel (coordonnatrice des services comptables), Florine Cormier, Céline Furoy.Jean Louis Huot.Jean-Guy Lacas, Rachel Leclerc-Venne, Raymond Matte, Nathalie Perrier, Danielle r-onton, Danielle Floss, Linda Thériault (secrétaire A l'administration) LE MARKETING ET SERVICE A LA CLIENTÈLE Christianne Benjamin (directrice), Monique Corbeil (adjointe), Monique L'Heureux, Lise Lachapelle, Olivier Zuida, Jean-Marc Ste-Marie (superviseur aux promotions des abonnements).Louise Paquette LES ANNONCES CLASSÉES ET LES AVIS PUBLICS Yves Williams (superviseur), Françoise Blanc, Manon Blanchette Dominique Charbonnier.Marlène Côté, Françoise Coulombe, Sylvie Laporte, Pierrette Rousseau (avis publics), Micheline Ruelland, Patrick Salesse, LE DEVOIR est publié par l'Imprimerie Populaire limitée, société a responsabilité limitée, dont le siege social est situé au numéro Cl I rue du s.nni Sar.rornent.Montréal H?Y 1X1 II est composé et imprimé pat Irnprirnerio Dumont, //43 rue Bourdeau, une division do Imprimeries Quobocor ‘ ni X ouest rue Saint Jacques.Morilréal L'Agence Presso Canadienne est autorisée a employer et a dilluser les Informations publiées dans I F DEVOIR Le DI VOIR est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc , située au /75.Iioul Lobeau, St-L,ament Envoi de publication - Enregistrement h Oil'll) Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec Téléphone général '0 M) 8X4-3361 , Abonnements {814) 844 g ntt 11 DEVOIR (USPS 003/OH) .published daily by L Imprimerie Populaire Limitée, TU 1 rue du St-Sacrement, Montréal, Québec H?Y 1XI Subscription rale pot year is $ 438 00 USD Soi urid Class Postage paid at Champlain, N Y US POSTMASTER send address changes to Insa, P Q Box tM8 Champlain, N Y ixotg tgtti 545
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