Le devoir, 26 octobre 1991, Cahier D
• le plaisir des ivres rOampignyn VENEZ Y RENCONTRER_ L'HON.JUGE ANDRÉE KL EK) LE SAMEDI, 26 OCTOBRE DE 14H À 16H 4380 ST-DENIS, MTL TEL.(514)844-2587 | Montréal, samedi 26 octobre 1991 TAHARBENJELLOUN De l’art d’être maghrébin à Paris es.3^?Jean Jonassaint QUAND, en 1971, Tahar Ben .lelloun publia aux éditions Atlantes de Casablanca son premier livre, Hommes sous linceul de silence, nul ne soupçonnait que ce jeune poète plutôt engagé deviendrait 20 ans plus tard l’écrivain maghrébin d’expression française le plus diffusé dans la francophonie.Or, dès 1987, avec ses quelque deux millions de lecteurs de Lu Nuit sacrée (Concourt 87), il atteignait une audience dépassant largement celle de ses aînés : Boudjedra, Djebar, Khalr-Eddine, et même Yacine Ka-teb le fondateur.Cette gloire inattendue ne lui valut pas que des admirateurs.Au contraire, aujourd’hui, à 47 ans, il est probablement l’écrivain maghrébin contemporain le plus jalousé.L’homme à abattre pour certains de ses compatriotes marocains qui lui reprochent, souvent sans l’avoir vraiment lu, d’être un Arabe au service des Français, de présenter — ô calomnie ! — dans la langue de l’Autre une image folklorique du Maroc et des Maghrébins.Quel mal y a-t-il à écrire en français pour les Français, le plus grand marché francophone ?Pourquoi un écrivain d’Afrique, à l’instar d’un Beckett, d’un Gary ou d’un Ionesco, ne peut-il pas choisir d’être un écrivain français parmi d’autres ?Il me semble qu’avec sa place fort enviable au journal Le Monde et celle non moins convoitée à l’écurie du Seuil, Ben .lelloun est aussi un écrivain français (du Maroc certes), et il est légitime qu’il pense à ses lecteurs français.Pourtant, comme un proscrit, il h’a cesse d’expliquer son rapport particulier ou privilégié au français qui est de l’ordre de l’« effraction » et de la « séduction », et, d’ajouter Ben .lelloun, cette entreprise n’est pas seulement l’affaire d’un individu mais de « toutes les ombres de sa tribu » ( 1 ).Il est vrai que les récits benjellouniens charrient dans un français impeccable tout l’imaginaire arabo-musulman marocain avec ses multiples strates historiques.En effet, chacun de ses romans fait une coupe saisissante de la société marocaine : la femme arabo-musulmane hier au pays (llarrouda, 1973) et aujourd'hui dans l’immigration ( Les Yeux baissés, 1991); l’ouvrier maghrébin dans la dérive migratoire (La Réclusion solitaire, 1976); l’époque coloniale (La Prière de l'absent, 1981) et l’après-indépen-dance (Moha le fou, Moha le sage, 1978) ; le statut de l’homme dans la société traditionnelle islamique ( L'Enfant de sable, 1985 et Jour de silence à Tanger, 1990).C’est à bon droit donc, bien qu’écrivant en français non en arabe — « langue où on ne peut absolument pas s’improviser écrivain »[.] — qu’il se sent « écrivain arabe à part (presque) entière» (2).Et il l’est d’autant plus que ses formes romanesques sont redevables des traditions littéraires arabo-maghrébiries.Quoi qu’il en soit, il est loin d’être excusé par tous et chacun sur tout.Même un ami et lecteur attentif de son oeuvre, comme le professeur Bouraoui de l’université York de Toronto, me confiait récemment : ce qui fait parfois problème avec Ben .lelloun, c’est son manque de courage et de générosité.À tort ou à raison, une bonne part de l’intelligentsia maghrébine lui reproche d’avoir été trop indulgent avec la France dans Hospitalité française (1984); et surtout d’avoir exploité les misères maghrébines avec son livre bouleversant sur la sexualité des émigrés nord-africains en France, La plus haute des solitudes (1977).Mais quel écrivain n’a pas puisé sa matière ou sa manière à même la misère des autres ?Quel romancier n’a pas tiré ses marrons des braises de l'image d’Épinal des siens ?D’ailleurs, ces textes qu’on lui reproche contribuent grandement à une meilleure compréhension de notre monde actuel, c’est ce qui importe.Qui, aujourd’hui, peut faire l'économie de son témoignage dans La plus haute des solitudes sur l’impuissance des ouvriers maghrébins en France dans une évaluation des phénomènes migratoires ?Comment ne pas tenir compte de ses réflexions dans Hospitalité française sur les notions d’identité et de « seuil de tolérance », comme caution à l’intolérance dans nos sociétés modernes ?Au-delà de l'homme et de ses idées — qu'on les partage ou non —, il y a un écrivain prodigieux, l’un des rares qui arrive à imprimer à la française une tendre révolte.Une de ces belles plumes de la francophonie qui nous a offert, en 20 ans, quelque 18 volumes (3) dont le tout dernier, Alberto Giacometti et Tahar Ben .lelloun ( 1991 ), déborde largement l'univers maghrébin tout en l’intégrant finement.Ainsi, par un subtil glissement de sa quête esthétique à celle de Giacometti, il laisse à penser que les figurines giacomettiennes seraient inspirées par la détresse de l’immigré, et auraient été conçues pour la fameuse « rue pour un seul » de la médina de Fès, ou encore pour émerger des dunes du désert saharien.Ce court essai, par le questionnement croisé qu’il propose de la création de Giacometti et de Ben Jelloun, constitue une bonne initiation à l’écriture de ce dernier, surtout pour le lecteur amateur d’art moderne généralement réfractaire aux littératures périphériques.Une fois conquis par ce détour plastique, il pourra remonter lentement le courant, d’abord avec les quelque 120 magnifiques pages de Jour de silence à Tanger : cette inoubliable journée dans la vie d’un vieux père musulman alité.S’il a encore le goût d’affronter l’Autre et ses récits poétiques, il se perdra sur les routes du Maroc profond avec La Prière de l'absent, puis s’abandonnera aux mille et une fables des mé-Volr page D-4 : Ben Jelloun WU CHENG’EN Wu Cheng'en La Pérégrination vers l'Ouest (Xiyou ji) 11 $ •il l'F.X I I I'll'III I l nilMA I'l I I WMI'IT i*\ h \\ nur i i \ v Il I II I Kl I II M.I I I H I II r II I Ml I mf Les chevauchées fantastiques LA PÉRÉGRINATION VERS L’OUEST Wu Cheng’en Traduit par André Lévy la Pléiade, Gallimard 2 volumes sous coffret 1166 et 1200 pages.André Girard AU Vile SIÈCLE, Xuanzang, moine et pèlerin chinois, mit deux ans pour atteindre les territoires de l’Ouest, l’Inde.(Il fit trois voeux : de retour sain et sauf, de renaissance au paradis des Bienheureux afin de vénérer Maitreya, le bouddha du futur, et de finir par devenir Bouddha s’il n’est pas damné.) Durant une quinzaine d’années, il parcourut plus de cent pays dont il décrivit les coutumes et la géographie dans sa Relation des pays de l'Ouest, en 20 rouleaux.De son séjour au pays du Bouddha, il rapporta plus de 600 ouvrages en sanskrit et reçut commission de les traduire.L'empereur fit construire le monastère des Bienfaits-Accor-dés, Xuanzang y travailla avec des moines de grand savoir et une cohorte de fonctionnaires.Mais parce qu’une foule se disputait l’honneur de lui rendre visite, autorisation lui fut donnée de poursuivre ses travaux dans l'ancien palais de la Splendeur de jade, devenu monastère.Il mourut le 6 novembre 664.Deux problèmes le préoccupèrent vivement : 1.la nature de Bouddha; 2.le salut définitif ou nirvana.Un recueil compilé en 977-978, le Taiping guangji, rapporte l’anecdote suivante : debout dans la cour du monastère de Lingyan, Xuanzang caressa la branche d’un pin et lui dit : « Je pars à l’ouest chercher les enseignements du Bouddha : lu peux donc pousser dans cette direction.Si je re- viens, tourne-toi à l’est pour le faire savoir à mes disciples.» Année après année, la branche resta pointée vers l’ouest, s’allongeant; puis soudain se tourna vers l’est — Xuanzang était de retour.Cet arbre porte encore aujourd’hui le nom de « pin de la main posée sur la tête [au moment de l’Ordination] ».Le pèlerinage de Xuanzang ne tarda pas à devenir matière romanesque : cette quête individuelle de vérités bouddhiques s’est transformée en un fantastique voyage vers le paradis de l’Ouest, grâce à la protection de créât ures surnaturelles.La Pérégrination vers l’Ouest regorge de nuages et irisations de bon augure, qui remplissent l’espace de flottements et le sol de couleurs chatoyantes, signes que le cortège des dieux approche.A moins que ce ne soit nuées sombres et vapeur maligne : assurément des monstres sont à proximité, des créatures maléfiques ordinaires ou une mauvaise étoile tombée du ciel à la suite de pensées mondaines, propres à provoquer des maléfices.Xuanzang, dans La Pérégrination, a pour nom Tripitaka, mot sanskrit signifiant « trois corbeilles », et correspondant aux trois parties du canon des Écritures bouddhiques.Il est accompagné de Singet Conseient-de-la-Vacuité, un singe né d’un oeuf de pierre pondu par une roche.Celle-ci avait reçu « l’imprégnation de la candeur céleste et de la luxuriance terrestre, de la vigueur des rayons solaires et de la douceur du clair de lune » ; « remuée par une pensée pénétrante, elle s’etait trouvée divinement engrossée ».Il est capable de bonds dans l’espace et de culbutes dans les nuages, et maîtrise très bien les 72 transformations; c’est un immortel vagabond de l’Unité suprême (l’Étoile polaire).Deux autres disciples complètent le cortège : Porcet Conscient-de-ses-Capacités et Sablet Conscient-de-la-Pureté.Quatorze années leur seront nécessaire pour atteindre le mont des Vautours, où se trouve le monastère du Coup-de-Tonnerre, résidence du Bouddha.( La révélation des vérités bouddhiques, la Loi, est volontiers comparée à un coup de tonnerre ! ) Quatorze années durant lesquelles Tripitaka aura beaucoup à craindre : son corps originel ayant été cultivé au cours de dix générations successives, plus d’une démoniaque créature tentera de manger cette chair qui assure longévité indéfinie ! Mais la bodhisattva Gua-nyin, « celle qui considère les bruits [du monde] », veille étroitement sur le moine et ses disciples.Dans son introduction, le traducteur André Lévy démêle l’écheveau des multiples études, chinoises, japonaises ou occidentales, qui ont abordé l’épineux problème de déterminer l’origine exacte de La Pérégrination vers l’Ouest et l’identité de son auteur.Il signale la découverte, en 1916, de la Chantefable de la quête des soutras par Tripitaka des grands Tang, le plus ancien imprimé, dans le domaine de la littérature romanesque, à nous être parvenu : des indices convergeants le situeraient au Xe ou Xle siècle (il aurait été une sorte d’aide-mémoire pour raconteurs).On y trouve esquissée ce qui deviendra', quelques siècles plus tard, cette suite en cent chapitres de chevauchées fantastiques, de randonnées au fil du tranchant, dont les historiens s’accordent, depuis le début de notre siècle, à attribuer la rédaction, sinon la paternité, à Wu Cheng’en (vers 1500-1582).Il faut souligner la grande et belle réussite de cette traduction.André Lévy a su trouver une langue savoureuse, rabelaisienne, pour cette oeu-Volr page D-4 : Cheng'en Une fresque de coulisse MES PREMIERS MINISTRES Claude Morin Boréal, 640 pages Gilles Lesage CONTRAI H EM ENT à ce qui se passe ailleurs, bien peu de personnages politiques québécois se donnent la peine de publier, sinon leurs mémoires, du moins des témoignages sur les faits et gestes de leur mandat, leur version des décisions de leur gouvernement ou de leur ministère.Fourni par des acteurs de premier plan, cet éclairage, si partiel et intéressé soit-il, est essentiel pour comprendre le passé récent, en attendant que la postérité fasse son tri et porte jugement.Depuis quelques années, heureusement, certains politiciens nous font part, de temps à autre, de leur expérience.Citons, pour mémoire, les an-ciens ministres péquistes Lise Payette, Claude Charron, Rodrigue Tremblay, d’ailleurs suivis de René Lévesque, dont les « souvenirs » ont fait un malheur, il y a quatre ans.À, cet égard le champion toutes caté-gories reste Claude Morin, dont la contribution est exemplaire, quoi qu’en dise Robert Bourassa.Coup sur coup, après avoir quitté son poste de sous-ministre des Affaires intergouvemementales, il y a 20 ans, et avant même d’accoler son nom à l’étapisme péquiste, il avait publié deux volumes de dossiers ou d’études de cas, dont plusieurs restent de grande actualité.Puis, à la fin des années 80, il avait fouillé, sous le titre L’art de l’impossible, l’émergence laborieuse du Québec sur la scène internationale, de même que, sous le titre Lendemains piégés — Du référendum à la nuit des longs couteaux, les lendemains douloureux du Non référendaire el du coup de force constitutionnel de M.’lYudeau.Cette fois, sous le titre accrocheur de Mes premiers ministres, M.Morin nous livre de grands et petits secrets, assortis de documents inédits, d’anecdotes savoureuses et de traits humoristiques, sur les cinq hommes qui ont dirigé le Québec depuis 1960.Il a été conseiller et sous-ministre des quatre premiers, Jean Lesage, Da niel Johnson, Jean-Jacques Bertrand et Bourassa, qui ont tous voulu, y compris le dernier, l’avoir comme candidat de leur parti.Mais un seul y a réussi, le cinquième, René Lévesque, auquel M.Morin a adhéré en 1972, étant son candidat dans Louis-Hébert, en 1973, puis député-ministre, du 15 novembre 1976 au début de 1982.Jeune artisan enthousiaste de la Révolution tranquille, M.Morin se fait un point d’honneur de ne traiter que de faits ou d’incidents dont il a eu connaissance ou auxquels il a participé durant ces quelque 20 ans.Il en ressort une fresque saisissante des coulisses du pouvoir, un pouvoir fragile et aléatoire parfois, une galerie impressionnante de portraits d’hommes, fort différents, commis à la gouverne du Québec en proie à la turbulence.Ni demi-dieux ni vauriens, M.Morin en fait ressortir avec finesse el moult nuances les points forts et les zones d’ombre, sans se lancer dans les potins juteux.De toute évidence, il a surtout apprécié les deux extrémités de son expérience inédite, voire unique, portant à M.Lesage une vénération presque filiale, et manifestant envers M.Lévesque une admiration presque sans bornes.Il réhabilite au passage ses deux éphémères patrons unionistes, MM.Johnson et Bertrand — surtout le second, d’ailleurs, injustement traité à cause du funeste Bill 63 — ce qui, mine de rien, fait paraD tre encore plus mal le cinquième.C’est tellement vrai que, contrairement à sa Spartiate discipline de tout encaisser sans maugréer, M, Bourassa a réagi vigoureusement aux allégations de « double jeu » que son ancien sous-ministre profère à‘ son endroit, quant au dossier constitutionnel de Victoria, en 1971.Le premier ministre les rejette du revers de la main comme étant « des potins et du oui-dire d’un conseiller éphémère ».Voir page D-4 : Morin Pierre Blais LOUP SOLITAIRE Un mercenaire québécois pleure le Viêt-nam Pierre Blais a participé à la guerre du Viêt-nam parce qu’il croyait défendre une bonne cause.Aujourd hui, ii réalise toute l’horreur de cette guerre injuste.Il raconte, dans cette histoire poignante, l’entraînement militaire, les patrouilles dans la jungle, les pièges auxquels il échappe de justesse, les compagnons déchiquetés, les assassinats et les massacres contre les populations civiles.Un voyage unique et troublant à travers l’empire américain de la guerre.389 pages — 24,95 $ vlb éditeur delà grande littérature D-2 ¦ Le Devoir, samedi 26 octobre 1991 • le plaisir des Je, tu, il Robert LÉVESQUE Le a Bloc-notes AU QUÉBEC le « je » n’est pas un autre.Pas grand monde n’a suivi le vieil exemple du jeune Rimbaud, et saisi la leçon littéraire tapie dans la phrase (sujet verbe complément) aux relents de mystère : .le est un autre.Le « je », ici, est bien soi, et à soi, sans mystère.C’est « je » qui parle, qui se plaint, qui souffre.C’est un « je » qui se confie, se mortifie.On n’a qu’à ouvrir le tout venant des nouveautés : je sombre, je meurs, je saigne.C’est un Je qui se penche sur lui, s’enfonce, el peu importe le talent pourvu qu’on ait l’ivresse.; quelques-uns remontent, se dessoûlent, et vont écrire.On se demande où est la littérature dans ces orgasmes de Je.Où est l’art dans ces confessions, toutes naïves, toutes sincères, toutes uniques, avec des garanties d'authenticité ou argent remis.On est honnête.ici.Tout est vrai dans mon livre, monsieur! Alors que tout est faux dans la Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS vendredi 1er novembre de 18h à 20h FLORA BALZANO vraie littérature .?Hervé Guibert, qui va mourir, n’a pas le Je malade.Il l’a prouvé dans Le protocole compassionnel, remarquable livre ouvert où, faisant mine de nous installer confident, l’auteur se fait chroniqueur comme au Moyen-Âge.Méthodique, brillant, raffiné, ses guerres sont sidatiques.C’est le Je élargi, la distance nécessaire à la littérature est gardée.Puis il donne Mon valet et moi, d’un grand détachement, pure pièce d’écriture où Guibert, pourtant programmé pour une mort annoncée, imagine un vieillard cacochyme, auteur dramatique aux succès faciles et à l’humour assassin.qui fait duo avec un valet intéressé.C’est Don Juan et Sganarelle en 2037, l’année où il aurait eu 80 ans.C’est du sur-Je, sublime .Et le revoilà Guibert.Avec des textes d'il y a 10 ans.On y verra du commerce illicite; de sa part, de la part d’éditeurs vénaux, de lecteurs pervers.?Au choix! On va demander ; Guibert est-il un grand ?Faut-il tout publier ?Je réponds que Vice, receuil qui parait chez un petit éditeur de Paris, est un bouquin fascinant.Une réussite qui dormait au tiroir, 37 courts textes d’un entomologiste subtil et rigoureux.Hervé Guibert, il y a dix ans, avant la maladie, et sa célébrité, était photographe.En 1981 il écrit ( L'Image fantôme aux éditions de Minuit) comme on photographie, comme on saisit.Son art est de savoir jeter l’oeil.Regarder.Décrire.Inventorier.Aller chercher dans le portrait l’étrange qui dort.Dans Vice, il aligne 19 objets : le coton-tige, le papier tue-mouches, l’ourson-fiole, le fauteuil à vibrations, les gants, le daguerréotype d’enfant mort.D’abord anodines, les descriptions filent vers le bizarre.Ces objets scrutés apparaissent dans des fonctions autres, inopinées, perverses, glissements progressifs du regard qui les change en machines de rêve et de cauchemar, de délices.Puis un parcours : 18 lieux décrits par un maniaque (vice du promeneur) dont le hammam, ses salles, ses vapeurs, ses hommes qui se pincent le sexe en voyant le visiteur passer (remarquable texte), le Palais des mirages, la galerie de zoologie, le cimetière des enfants, etc.Détails.Observations.Explications.Imaginations.Les fauteuils à bascule auraient d’abord été plus colossaux chez les princes de Poméranie qui réclamaient à leurs électrostaticiens de plus fréquents et artificieux foudroiements.Hervé Guibert photographie le fantasme.Son Je s’éclate.?Jérôme Beaujour écrit, lui, un premier roman sur « les gens ».« Ils » font les courses, se retrouvent au restaurant, c’est à qui paiera ou ne paiera pas, ils sont une bande, les bisous, les jalousies, « on » a dit ça hier ?vraiment ?Ce qu’on est con.on ouvre la télé c’est Michel Drucker et on se surprend à écouter la balourdise de Halliday .il y a Anna qui hurle qu’elle n’aime plus Johnny Halliday, qu’elle l’aimait avant, qu’il ne chante plus que pour le fric.Beaujour ne parle pas de lui, mais en décrivant au présent l’existence des gens, pas des héros, une bande comme d’autres qui va se séparer, qui tue le temps en d’inutiles répétitions, tous condamnés à faire semblant de se comprendre, entre prix du haddock et pluie qui menace, il tue Je.D’autres l’ont fait depuis Sophocle.C’est par ce meurtre que commence la littérature.?Les gens, Jérôme Beaujour, P.O.L., Paris, 1991.Vice, Hervé Guibert, Jacques Ber-toin, Paris, 1991.SOIGNE TA CHUTE kTVrj jeudi 7 novembre d 18h à 20h ELISE TURCOTTE LE BRUIT DES CHOSES VIVANTES LKMÉAC vendredi 8 novembre de 18h à 20h JEAN ROYER LA MAIN CACHÉE • l’Hexagone 1120.ave.laurier ouest outTemont, montréal tél.: 274-3669 Serge Truffaut LA CÉRÉMONIE de remise des prix du Québec 1991 se fera le 28 octobre à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.La ministre des Affaires culturelles, Mme Liza Frulla-Ilébert, ainsi que la ministre de l’Enseignement supérieur, Mme Lucienne Robillard, présideront cet événement.On se rappelle qu’en littérature le prix David a été décerné à Nicole Brossard; le prix Léon-Guérin, en sciences humaines, a été attribué à Bruce G.Trigger, anthropologue; le prix Marie-Victorin en sciences de la nature et en génie est allé à Mircea Steriade, neurophysiologiste; le prix Paul-Émile-Borduas en arts visuels a été alloué à Michel Dallaire, designer industriel; le prix Denise-Pelletier pour les arts d’interprétation a été accordé à Gilles Tremblay, compositeur, alors que le prix Albert-Tessier, en cinéma, a été donné à Frédérick Back.Le Goncourt La deuxième sélection pour le Goncourt qui sera décerné le 4 novembre est la suivante : La rue du capitaine Olchanskide Michel Chaillou chez Gallimard; Les filles du Calvaire de Pierre Combescot chez Grasset; Eau de café de Raphaël Confiant chez Grasset; Marguerite devant les pourceaux de DANIELLE ROGER LES HERBES ROUGES-RÉCIT TTT LISE HAROU EXERCICES AU-DESSUS DU VIDE LES HERBES ROUGES Lise Harou EXERCICES AU-DESSUS DU VIDE Le dérèglement familier et angoissant du quotidien.en vente chez votre libraire Normand de Bellefeuille OBSCÈNES D’une simplicité nécessaire.Roman MOBMANO D£ BEILÉFEUIU-E OBSCÈNES US HERBES ROUGES POÉSIE LA JEUNE FEMME ET LA PORNOGRAPHIE Récit Roger Des Roches LA JEUNE FEMME ET LA PORNOGRAPHIE "Fascinante et dramatique rencontre du plaisir le plus nu et de la souffrance la plus exigeante." Rég/nald Martel Récits Danielle Roger QUE FERONS-NOUS DE NOS CORPS ÉTRANGERS?"Danielle Roger nous offre la garantie de pouvoir toucher au pur, au véritable mal de l’âme." Marie-Claude Fortin Poésie Claude Duneton chez Grasset, La séparation de Dan Franck au Seuil; En douceur de Jean-marie Laclavetine chez Gallimard; Un si bel orage de Pierre Moustiers chez Albin Michel; Sous l'étoile du Chien de Bernard Puech chez José Corti; Une vie de rechange de François Salvaing chez François Bourin.Un pronostic ?Si on considère le poids du triumvirat Gallimard-Grasset-Seuil sur les délibérations du jury, si on considère que Combescot a déjà gagné le Médicis et que le Goncourt est souvent accordé à un écrivain connu, on est prêt à parier que la finale se jouera entre Duneton et Franck.Faut bien prendre des risques.Le prix européen Capitale européenne de la culture cette année, Dublin a dévoilé l’identité des écrivains qui vont se disputer la finale du prix Europe qui sera attribué le 26 novembre : Eric de Kuyper (Belgique), Vergilio Ferreira (Portugal), Seamus Heaney (Irlande), Peer Hultberg (Danemark), Mario Luzi (Italie) et Thanassis Valtinos (Grèce).Débat sur Jean Larose Dans le cadre de l’émission Littératures actuelles de Radio-Canada, Julia Bettinotti et Laurent-Michel Vacher vont débattre autour de l’essai L'amour du pauvre que publie Jean Larose chez Boréal.Réjane Bougé s’entretiendra avec Elise Turcotte qui livre ses impressions sur les romans d’Agota Kristof.Suzanne Giguère dialogue avec le poète Renaud Longchamps alors que la nouvelliste Alice Monro sera le sujet d’un topo.Le 27 octobre à compter de 14h 30 sur les ondes CBF-FM.Les prix d’Histoire de l’Amérique française Doté d’une bourse de 3 000 $, le prix Lionel-Groulx/Les Coopérants de l’Institut d’histoire de l’Amérique française a été attribué à Serge Courville pour Entre ville et campagne.L'essor du village dans les signeuries du Bas-Canada publié par les Presses de l’Université Laval en 1990.Avant de remporter ce prix « nationaliste », M.Courville avait gagné un prix « fédéraliste ».Il y a 13 jours, cet éminent géographe a obtenu le prix Jean-Charles Falardeau de la Fédération canadienne des sciences sociales.Outre le prix Groulx, l’Institut a accordé le prix Michel-Brunet à André Cellard pour son livre Histoire de la folie au Québec de 1600 à 1650 publié au Boréal.Quant au prix Guy-Fregault il a été décerné à Sylvie Dépatie pour son article La transmission du patrimoine dans les terroirs en expansion : un exemple canadien au X Ville siècle paru dans le volume 44, no 2 de la Revue d'histoire de l’Amérique française.Conférence de Daniel Péchoin ! Auteur de l’ouvrage Thésaurus publié chez Larousse, M.Daniel Péchoin donnera une conférence, le 8 novembre, au congrès annuel de l’Association québécoise des professeurs de français à Québec.ÜSSSmioiÊ • F Hexagone Heu dlsHnctH 6a l'édition IIHéroIr» quAb*
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