Le devoir, 7 décembre 1991, Cahier D
le plaisir des ÉMILE ZOLA 3BW 'y’/’f L’architecte LES ROUGON-MACQUART Émile Zola Laffont, collection Bouquins 1991, 1400 pages.Alain C'harbonneau ARCHITECTURE : c’est le mot qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’on considère l’ensemble des Rougon-Macquart d'Émile Zola.Avec ses quelque 8000 pages réparties sur 20 romans, cette « histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire » est l’une des rares oeuvres, aux côtés de la Comédie humaine, à revendiquer în naissant le statut de monument.Elle-même conçue sous le second Empire, mais écrite aux premières ueurs de la 3e République, elle trouve bien que, pendant qu’on dé-nolissail Paris sous la férule du ba-•on Haussmann, Zola, lui, ce fils d’ingénieur italien et de mère française, •êvait constructions, édifices, char-oentes, fondations — le tout en ca-actères d'imprimerie.Né à Paris en 1840, le futur auteur le Germinal gardera d’une enfance oassée à Aix le goût du grand air et le la marche : les bancs d'école ne lui collent pas aux fesses, et faire les 100 coups avec son jeune ami Cézanne ou lire Hugo et Musset l’exci-tçnt davantage que les exercices scolaires.De retour à Paris à la fin de l’adolescence, il échoue au bac, pjuis fait ses premières armes dans le journalisme — une expérience déterminante qui lui permet d’affûter son style et de concevoir la méthode qui donnera naissance au >< roman expérimental».Le naturalisme est né, a la fortune duquel Zola va associer son nom pendant plus de 20 ans.Comme Balzac avant lui, il se prépare à faire concurrence au monde qu’il veut peindre.Seulement, homme de terrain, il se veut moins romancier qu’hislorien et savant : « Me faudra-t-il donner des noms, arracher des masques, pour prouver qye je suis historien ?» Non content de promener des miroirs le long des chemins, comme le faisait l'écrivain réaliste, et de concevoir une oeuvre qui soit le simple reflet de la réalité, Zola occupe les lieux et entreprend de percer scientifiquement les mystères du monde et de rendre compté par écrit de cette dissection.De tous les écrivains, il est sans doute celui, pour le meilleur et pour le pire, qui a cherché avec le plus d’obstination à subordonner les audaces de l’imagination à la rigueur froide de l’observation.Voilà sans doute pourquoi on l’imagine mal, assis, penché sur sa table de travail, séchant, comme Flaubert, sur une phrase une journée en- tière pour, le soir venu, la vouer à la rature.C’est arpentant Paris ou Aix (qu’il rebaptise Plassans) qu’il faut plutôt se le représenter, les narines frémissantes pour bien humer les pestilences des fromageries comme les parfums des jardins, les yeux plus grands que la panse, scrutant le grand et le petit avec la boulimie d’un peintre de natures mortes, les oreilles indiscrètes, à l’affût des bribes de conversations entre poissonnières et bouchers, et le crayon enfin toujours en alerte, prêt à croquer à la diable cette marée d’impressions avant qu’elle se retire.À dire vrai, l’oeuvre de Zola ne loge pas dans ses livres, mais peut-être bien dans ses carnets où, en ethnographe de l’espace social, il consigne ses observations.C’est là que les choses, aussitôt vues, aussitôt dites, marquent le roman du sceau du document.C’est là encore que nous surprenons notre homme en flagrant délit de plagiat du monde et de ses apparences.Merde ou diamant, l’écrivain naturaliste ne répond pas de ce qu’il découvre : pour lui, il s’agit de « dire ce qui est ».Enquêtes, minutieuse investigation du réel, études sous toutes ses formes : c’est ce que l’écrivain découvre qui répond de lui.Les romans, eux, coulent de source, presque naturellement, leur originalité ne tenant guère qu’à la gestion méthodique des notes accumulées.Peu de ratures, recherche nulle de l’expression : tout le travail s’effectue sur le terrain, au coeur même des choses et des hommes, en marge de la page blanche.Pour qui veut plonger tête première dans celte entreprise colossale, Laffont publie l’intégrale des Rougon-Macquart dans sa collection « Bouquins », ces invertébrés de l’édition qui se manipulent aussi mal qu’un vieux matelas mou qu’on déménage.Cette collection est devenue depuis quelques années, après la Pléiade gallimardienne, la seconde succursale des universités pour l'édition critique des oeuvres grand public.Récemment, celle de Poe faisait date, et celle de Zola offre aujourd’hui tout ce que le friand d’histoire, le fanatique des sources et le curieux de la genèse des oeuvres sont en droit d’attendre d’une édition dite « sérieuse ».Cinq tomes dont quatre à venir.Le premier disponible regroupe les quatre romans fondateurs : La fortune des Rougon, La Curée, Le ventre de Paris, La conquête de Plassans.Une introduction succinte, signée Colette Becker (la spécialiste, avec Henri Mitlerand), retrace l’histoire de l’oeuvre, de l’embryon fécondé au projet achevé; une chronologie synoptique vous renseigne au besoin sur l'histoire politique et cul-Voir page D-4 : Zola rOampignyn REÇOIT MIA et KLAUS DIMANCHE, 8 DÉCEMBRE DE 14H À 16H 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL H2J2L1 TEL.(514)844-2587 Montréal, samedi 7 décembre 1991 ANDRÉ BROCHU v Odile Tremblay CHEZ NOUS, les écrivains sont peu nombreux à pratiquer l’aulo-dérision comme un des beaux-arts, ce périlleux exercice de voltige étant identifié à une certaine forme d’humour juif plutôt qu'aux facéties burlesques de nos compatriotes pure laine.André Brochu est cet oiseau rare aux plumes hirsutes de notre littérature qui s’amuse à se flageller tout en rigolant (sur le mode désespéré), en se payant sa tête, celle de son personnage et peut-être même, un coup parti, celle du lecteur en sus.La croix du nord, succulente et caustique petite novella publiée chez XYZ, vient de lui valoir le prix du Gouverneur général, section roman francophone.Et c’est tout à l’honneur de cette très sérieuse institution nationale de récompenser un ouvrage aussi peu conventionnel, couronné d’épines et bercé de grincements de dents.André Brochu, lui, se félicite de rafler avec le prix « une audience inespérée pour une oeuvre si littéraire ».Sans compter que les distinctions canadiennes risquent de devenir une espèce en voie de disparition dans un Québec qui rêve à nouveau de prendre le large.« Un de mes amis me disait : tu seras peut-être le dernier à recevoir le prix.Mais les choses ne vont pas si vite au pays du Québec.», soupire celui qui fonda autrefois le Mouvement Eour l'unilinguisme français au Qué-ec.Je le rencontre à Toronto, après la remise des prix, au bar de l’hotel.À 49 ans, ça l'amuse d’être enfin découvert et lancé comme romancier.« J’aime l’idée que la relève ait de la barbe au menton », sourit-il.André Brochu est du genre pince-sans-rire.Il ressemble au narrateur de son livre qui tout au long de La croix du Nord s’analyse, souffre, s’accuse et rit.« Il faut bien prendre les matériaux quelque part », note l’écrivain optimiste mélancolique PHOTO JACQUES GRENIER André Brochu, lauréat du prix du Gouverneur général pour le roman.en se qualifiant lui-même d'optimiste mélancolique et de contradiction vivante.« Ma vie est un désastre raisonnable, compte tenu des merveilles que promettait mon jeune âge et des demi-échecs qui tiennent lieu de réalisation.Mais les promesses étaient pourries », dira quelque part son personnage.La croix du Nord raconte les affres de Raoul, professeur, époux et père de famille encombré d’une croix symbolique qu’il trimballe aux quatre vents d’une vie somme toute décevante.Et le jour où il découvrira sa femme dans les bras de son meilleur ami d’enfance, la déception se fera désespoir.« Raoul porte le poids de ses contraintes intérieures, explique l’auteur.Et l'amour et l’amitié forment les deux montants de son instrument de supplice ».André Brochu a voulu mettre en scène un sorte de chemin de croix à travers une oeuvre où l’humour se nourrit à même la tragédie et les pires souffrances intérieures d’un personnage dont les fantasmes assombrissent tout l’univers.« Raoul est un masochiste qui se punit lui-même pour les agressions qui lui tombent dessus.Mais l’humour lui offre un mode de rédemption, une distance par rapport à son malheur.» Chemin de croix, rédemption ; thème connu.« L’imagerie judéo-chrétienne a été si importante ap cours des siècles qu’on ne peut s’en défaire, explique André Brochu.' Comme beaucoup de Québécois de ma génération, j’ai été très marqué par la religion tout en croyant ne pas l’être, luttant contre mes influences catholiques.Mais si j'ai réussi à m’en départir sur le plan idéologique, au niveau émotif des séquelles sont restées.J’ai une conscience athée et un subconscient catholique.Pas très confortable.Alors, mon personnage hérite de tout ça.A la fin du roman, il meurt et ressuscite, comme le Christ.» Le défi littéraire d’André Brochu à été de chercher à créer des associations d'images nouvelles, de transformer des états de pensée en états de langage.« La réalité surgit à l’intersection des mondes intérieurs et extérieurs à travers un dépassement de soi-même.L’écriture permet cette transcendance.» Le romancier s’est retrouvé en pays connu dans le Lolita de Nabokov.« Car là aussi un personnage vivait une damnation intérieure.» André Brochu n’est pas un nouveau venu en littérature.En 1973, fl avait publié Adéodat I, roman burlesque qui mettait en scène là aussi un personage de rédempteur judéo-chrétien.On lui doit surtout de là poésie, dont les recueils Étranges domaines publiés en 1957, Délit contre délit en 1995 et Particuliérement la vie change, en 1990.« Mais qui lit la poésie ?demande-t-il, mélancolique, en disant conserver espoir que les gens reprennent goût un jour à l’écriture intime et exigeante du poème.Il est né à Saint-Eustacne de parents lettrés qui n’ont pas découragé sa boulimie de lectures.A 10 ans, il lisait Racine, Corneille, Hugo et le journal Spirou.A 14.il publiait ses Voir page D-4 : Brochu L’amadoué Mozart Carol Bergeron Approfondir la connais sance de Mozart, c’est l'aimer plus encore.Or pour le bicentenaire de sa mort, le marché de l’édition lui a consacré une attention telle qu’aucun musicien n’en avait jamais reçue en si peu de temps.Certains penseront peut-être que, pour ce génie qui avait déjà fait couler beaucoup d'encre, l’année 1991 aura été marquée par la surenchère des propos.Mais pour une fois que les projecteurs se sont braqués sur la vie et l'oeuvre d'un compositeur, pourquoi s’en plaindrait-on ?Il est vrai cependant que la forte médiatisation de l’anniversaire aura non seulement profité au marché de l’édition mais encore aux industries du disque et du concert.Tout aura été prétexte à célébrer un créateur « accessible », en cette fin du 20e siècle où la création musicale contemporaine passe difficilement la rampe et s'ajuste mal aux lois de la rentabilité économique.Rentable, le « produit Mozart » aura ainsi été vendu sous toutes ses formes.Cela dit, en devenant l’objet de la curiosité populaire, en se « démocratisant », l’oeuvre du maître n'est pas devenu pour autant une nourriture de fast food; elle s’apparente encore à cette cuisine raffinée qui ne s'accorde pas avec la bouteille de ketchup et la canette de coke.Ouvrages généraux, biographies, généalogies et voyages, études analytiques, esthétiques, critiques et comparatives, musique religieuse et profane, lied, opéras, concertos, symphonies et musique de chambre, les défricheurs du « continent mozar-tien » se sont mis à la tâche afin de le rendre accessible au plus grand nombre, intelligible sans le déformer.Il va sans dire qu'il n’est pas dans mon propos de suggérer un seul livre qui contiendrait le « tout Mozart ».Existerait-il que cet ouvrage nous priverait du plaisir de découvrir ce génie de la musique à travers la di- versité des sensibilités qui l’ont approché depuis deux siècles, soit à partir de la première biographie écrite par Franz Xaver Niemets-chek, en 1798.Qu’on ne se méprenne pas.point n’est besoin de tout lire, les biographies, par exemple, sont vraiment très nombreuses.Abandonnons à l’indifférence celles qui sacrifient trop volontiers à la mémoire d’un « divin Mozart » sur lequel elles évitent de poser le sérieux d'un oeil critique.Evitons également, du moins dans un premier temps, le Mozart de Wolfgang Hildesheimer qui en donne une lecture résolument décapante dont certains, comme le musicologue Pierre-Antoine lluré, ont sérieusement mis en cause les méthodes de critique intellectuellement inacceptables — (paru chez Lattès en 1979.réédité en 1991 dans la collection Agora, en livre de poche).Dirigeons-nous plutôt dans la lignée des ouvrages qui traitent de l’homme et l'oeuvre.A ma connaissance, sont encore inaccessibles pour nous les travaux en langue allemande d'un Georg Nikolaus Nis-sen, second mari de Constance Mozart (1828, plus de 900 pages), d’un Otto Jahn (1859, quatre volumes) ou d’un Ritter Ludwig Von Koechel (1862), auteur du fameux catalogue des oeuvres de Mozart auquel il donna son nom.A titre de curiosité, on peut lire en diagonale, surtout pour la qualité de récriture, La vie de Mozart de Stendhal; le principal mérite de cet opuscule est d’avoir été écrit en 1814, à une époque où la littérature « mozar-tienne» française n’abondait pas.Toutefois, dépourvu de compétence musicologique et sans scrupule à l'égard de ses sources, l'écrivain aborde un sujet qui lui échappe — (éditions Climats, 94 pages, paru en 1990).Plus valable est le Mozart d’Alexandre Oulibicheff.Ce diplomate russe, admirateur inconditionnel du compositeur, laissa ce que l’on considère comme la plus importante somme publiée en français au 19e siècle et qui fut par la suite souvent Voir page D-4 : Mozart PHOTO INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY PHOTO INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY W olfgang Amadeus Mozart GREENE ou Le bord vertigineux des choses Tome I (1904-1939) par Norman Sherry L’une des grandes biographies littéraires d’aujourd’hui Au cœur de ce premier volume.Norman Sherry nous montre un jeune Greene inconnu: passionné et romantique, obsédé par l'omniprésence du mal, tenté de mettre sa vie en jeu.11 retrace aussi ses multiples voyages et séjours à travers le monde, notamment en Afrique et au Mexique, nous entraînant au plus profond du territoire étrange et inquiétant que Greene avait fait sien.ROBERT LAFFONT D-2 ¦ Le Devoir, samedi 7 décembre 1991 fl *5» • le plaisir des ivres La pucelle en Econoline Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes ("KSTÀ RIMOUSKI.en 1970,que j';n assisté à une représentation de Tes pas tannée, Jeanne (l'Arc '! par le Grand Cirque ( trdinaire.Dans la salle académique du vieux Séminaire, là ou j’avais connu dans les années 50 un premier émoi 1 théâtral (la représentai ion de l.a Flûte enchantée par les Marionnettes de Salzbourg! ), débarquait en trombe une troupe d’hurluberlus, .l’avais 27 ans, jeune .journaliste, el j’en avais vu d’autres! f mais le souvenir précis de cette représentation d'il y a 21 ans c’est , encore, impression tout à lait anti-„• théâtrale au demeurant, la beauté de l’anarchie, la joie d’un je m’en joutisme assumé, et la toile • impression que l’avenir appartenait à cessix-là même s’ils avaient les \ gueules de ceux qui se lèvent tard.Ils donnaient un spectacle mi-improvisé mi-axé sur Procès de Jeanne d Arc ù Rouen de Bertolt Brecht, et ils en avaient lait une - farce qui se voulait fort nationaliste {dans ce Québec vigoureux d’avant * Octobre 70 (c'est après que y a s’est îçâlé ,.), ce Québec naïf et fier qui ; venait de voir sept députés péquisles venlrer à l’Assemblée nationale, ; 'portés par une ferveur, un goût de t • pays à soi, une indépendance à conquérir, el (oui, William Johnson, j'assume l'histoire) les Anglais à «bouler» dehors comme la pucelle d’Orléans l'avait fait dans son PHOTO LES HERBES ROUGES Paule Baillargeon dans le rôle de Jeanne d’Arc.Moyen-Age.Des six saltimbanques du Grand Cirque Ordinaire, étonnamment mis sous contrat de tournée au conventionnel Théâtre Populaire du Québec (Albert Miliaire devra démissionner pour cette audace), portaient partout au Québec leurs rires libérateurs et leurs cris indépendantistes.Jeanne d’Arc était pour eux, et leurs publics complices, la résistante, la rebelle, et par d’habiles détours burlesques et familiaux à la fois pérennes et contemporains, et des improvisations folles (entre autres une récitation du chapelet inoubliable qui pouvait s’étirer s’étirer), ce procès devenait celui de la soumission canadienne-française à l'occupant de 1760.Kn 1968, il y avait eu Les Belles-soeurs et L’Ostidshow.Notre LA RECHERCHE N° 238 • DÉCEMBRE 1991 • 6,55 $ • LES PRIX NOBEL 1991 • LA RÉHABILITATION DES PLANS D'EAU • LA CHIMIE DE L 'ANXIÉTÉ • TOURBILLONS ET SUPERFLUIDITÉ • LE CHÔMAGE EST-IL DÛ AU PROGRÈS TECHNIQUE?DOSSIER: Les tedwiques de l'imagerie moléwlaire ““SS.ÏÎS"?».RECHERCHE LA PREMIÈRE REVUE D'INFORMATION SCIENTIFIQUE OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT — UN AN : 49,00 $ + (TPS) Je souscris un abonnement d'un an (11 nos), à LA RECHERCHE au prix de 49,00 $ + 7% (TPS) = 52,43 $ Veuillez payer par chèque établi à l'ordre de Diffusion Di média Inc.Nom I | Adresse.Code postal.Ville_____________________________ A retourner accompagné de votre règlement à : Diffusion Dimédia 539, boui.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2 « Un délai de 6 à 12 semaines interviendra entre la date de la demande d’abonnement et la réception du premier numéro._L’abojiné(e)Je_sera pounjr^ar^à_compter du premier numéro reçu » Madeleine N'onet et tnei°n /*** glassnost politico-artistique s’étendait avec les six du Grand Cirque.La fin des années soixante, décidément, c’était quelque chose.la rencontre du rire et du politique, du burlesque el de la contestation.On n’a plus revu cela depuis.Aujourd'hui le rire est organisé « juste pour rire », il est puremenl insignifiant.Kl de quoi, de toutes laçons, rirait-on dans le dédale sans lin de notre histoire politique épuisante de redite et de bêtise où l indépendance est devenue une notion à peu près égale au sort du purin de porc.Le reve de 1970 est passé.Jeanne d'Are s’est tannée.("est un peu l'intérêt de l’anthropologue que l’on aura donc en lisant le « manuscrit » de Tes pas tannée, Jeanne d’Arc 2 publié 21 ans plus tard aux Herbes rouges, manuscrit que l’un des saltimbanques du Grand Cirque, Guy rhauvette, a patiemmenl reconstitué.Ce n’est pas vraiment une pièce, ça se lit meme très mal, mais il y a là entre les lignes (pas seulement pour ceux qui ont vu ce spectacle) la trace d’un groupe qui réinventait le théâtre en se l'appropriant sans complexes, el rejoignait sans contraintes ce qui en fait son essence, cette simplicité du théâtre que Lope de Vega résumait à trois planches, deux personnages, une passion.?Daniel Mesguich fait un théâtre à l'opposé de la geste désordonnée que menaient Raymond Cloutier, Paule Baillargeon, Suzanne Garceau, Jocelyn Bérubé.Claude La Roche et Guy Thauvette au temps du Grand Cirque et de la fin des années 60.Né à Alger, habité par le théâtre, il est l’un de ceux, en France, qui produit des spectacles (Hamlet, Lear, Tête d’ür) clamant le plus l’autonomie de la mise en scène.À la débandade joyeuse, il oppose la manie tragique de la précision intellectuelle.Il préfère l’énigme au sens, ou au message clair.Sous la bibliothèque, le théâtre.Il publie au Seuil un anti-livre, parce que, écrit-il, c’est impossible d’écrire sur le théâtre.Ces notes ne sont que le tuilage de pages de livres qu’il n’écrira pas.Soit! Mesguich est brillant.Il sait qu’il faut décevoir le spectateur dans son attente, pour pouvoir le surprendre.Au-delà de « l’éternel éphémère » du théâtre, Mesguich a-t-il quelque chose en commun avec la Jeanne d'Arcüü Grand Cirque de 1970 ?Oui, lorsqu’il écrit : « Le théâtre rend le passé au présent, et du même coup, il fait entendre tout ce qui, dans ce que nous tenions pour le présent, était répétition ».C’est exactement le projet non formulé que le Grand Cirque Ordinaire promenait aux quatre coins du Québec dans son Econoline, en 1970.Le Grand Cirque séduisait au lieu de surprendre, son théâtre n’était qu’immédiat et généreux.Et ils se couchaient sans doute trop tard.parce que l’avenir n’a pas appartenu a leur Jeanne d’Arc et la pucelle d’Orléans n’est pas devenue le symbole du Québec.On a maintenant compris qu’on ne « boute » plus dehors quiconque, et c’est Jean-Marie Le Pen qui l’aime encore le plus la pucelle! ?T’es pas tannée, Jeanne d’Arc ?, Les Herbes rouges/Théâlre, 1991.L’éternel éphémère, Daniel Mesguich, Seuil, Fiction & Cie, 1991.LE FAUCON Marie Laberge Boréal, 147 pages Le Boréal vient de lancer une nouvelle collection.Sous la direction de Marie Laberge, cette maison d’édition va publier en effet des textes écrits pour le théâtre.Incidemment, le premier texte publié porte la signature de Marie Laberge! Il s’agit de Le faucon créé simultanément à Québec et Montréal en octobre dernier.A la mi-janvier, la directrice de cette collection baptisée tout simplement Théâtre proposera Anna de Robert Claing.& Serge Truffaut Il Y A le Montréal des cartes postales.Le Montréal des calèches et de l’Église Notre-Dame.Puis il y a l’« autre Montréal ».Celui de la pauvreté, de l’indifférence et du chômage.Dans son nouveau numéro, la revue Possibles se penche sur ces questions.Elle propose une autopsie du « mal montréalais » en égratignant passablement l’administration Doré.Dans son éditorial, le comité de rédaction constate : « au fond, l’administration Doré est essentiellement devenue un pouvoir technocratique où toutes les décisions importantes sont prises par le cabinet du maire et les sept membres du Comité exécutif de la Ville, où le RCM après s’être débarrassée de son opposition interne, n’est plus qu’un écho affaibli de l’administration, et où le citoyen ordinaire n’a pas vraiment plus de place qu'au temps de Jean Drapeau, qui répondait quand même personnellement à chacune des lettres qu'il recevait ».Pour souligner la publication de ce numéro qui marque incidemment son 15e anniversaire, la revue Possibles, en collaboration avec le département de sciences politiques de l'Université de Montréal, organise un débat qui se tiendra le 9 décembre.Jean-Paul Asselin de Solidarité-Populaire Québec, Gabriel Gagnon de la revue Possibles, Louise La violette, présidente du RCM, et Pierre-Yves Mélançon, politicologue et membre de la Coalition démocratique de Montréal, participeront à ce débat.Lieu : .'1200 HEGEL et la phénoménologie de l’esprit H EGE L f1 u prtN0MÉ^ DI L'ESWW prU«» ' U Wnttuft fm f»orx Mur î i|tH| ,rI., BIBUOTHIOU* M FRANCE: Mllshlllil US CHANTKRS W l'UlOPtt En vente chez votre libraire DIFFUSION PROLOGUE Jean-Brillant, Université de Montréal, salle B3325, à compter de 19h 30.Une nouvelle en une page La revue X YZ, la revue de la nouvelle, propose pour la deuxième fois un recueil de nouvelles donl aucune ne dépasse une page.65 auteurs ont collaboré à ce numéro spécial.Parmi ce groupe, mentionnons les signatures de Noël Audet, Charlotte Boisjoli, Gaétan Brulotte, Anne Dandurand, Daniel Gagnon, Hélène Rioux, André Vanasseet Paul Zumlhor.Ces 65 fictions mises à part, XYZ propose également un enrelien avec André Berthiaume, el des nouvelles sur la nouvelle.Libération d’un écrivain Le Centre québécois du P.K.N.International nous informe que l’écrivain vietnamien Doan Quoc Sya vient d’être libéré.Né en 1923, à Hanoi, Doan Quoc Sy fut emprisonné une première fois dé 1975 à 1980.Puis, le 4 mai 1984, il fut accusé d’être « réactionnaire ».On l’envoya dans les camps.Début 1988, il fui condamné à neuf ans de prison.Selon Le P.K.N., « un rapport mentionne qu’avant même que leur procès soit commencé, les accusés avaient en main le libellé de leur sentence.».Kn novembre 1988, sa peine fut réduite à huit ans.« Il devait donc être relâché en avril 1992, et devait être soumis, après sa libération, à une surveillance sévère durant cinq ans ».Au Centre québécois du P.K.N.international, c’est Louise Gareau-Des-Boisqui avait la responsabilité du dossier Doan Quoc Sy.Knfin, cet organisme rappelle qu’en octobre dernier 323 écrivains et journalistes étaient toujours en prison.SORCIÈRES I)E MAI Josef Skvorecky Éditions du Roseau, 293 p.Josef Skvorecky est né en 1924.Dans la foulée de l’invasion soviétique en 1968, il émigre au Canada el fonde rapidement la maison d’édition 6H Publishers.Aujourd’hui, il nous propose un recueil de nouvelles intitulé Sorcières de mai.Les six récits qui composent ce recueil ont la course à l’amour el le jazz en commun.Page 68 : « Dans ma tête, je continuais de parler à cette fille étrange et mystérieuse, et cela devint aussi facile qu’improviser un solo de saxo ténor dans Sweet Georgia Rrown, cet air magnifique qu’à l’époque nous aimions tant ».DANSER À MONTRÉAL Iro Tembeek Presses de l’Université du Québec, 335 pages Depuis 1980, Iro Tembeek est historienne de la danse à l’UQAM.Auparavant, elle fut danseuse.Son livre, Danser à Montréal, est un ensemble de portraits des danseurs et chorégraphes qui tout au long du présent siècle ont animé le monde de la danse montréalaise.Ballet classique, danse moderne, expérimentation, influences orientales, tout y passe.Page 284 : « La nouvelle danse, elle, attire l’intelligentsia, les étudiants et les artistes d’avant-garde.Mais le grand public, malgré l’essor chorégraphique du Québec, demeure encore analphabète et sans véritable culture chorégraphique ».LETTRES DANGEREUSES A YVES BEAUCHEMIN Henri Tranquille VLB Éditeur, 162 p.Henri Tranquille, faut-il le rappeler, a été libraire pendant 38 ans.Pendant plusieurs années, et parallèlement à son métier de libraire, il a correspondu avec Yves Beauchemin.Toutes écrites au cours des années 70, ces lettres sont autant de réflexions sur les politiciens, la littérature et l’histoire.Page 105 : « La grande littérature n’ennuie jamais, contrairement aux casse-pieds si moroses du prétendu nouveau roman et de la prétendue nouvelle critique.Gens barbants et oeuvres de carton-pâte ! ».RETOUR À USHUAIA Paolo Barbara La découverte, 262 p.
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