Le devoir, 27 février 1988, Cahier D
LE LE LE LE LE PLAISIR m IR ¦ Best-sellers : Sans les mains, de Phyllis Dorothy James/D-2; Génération.2 : Les Années de poudre, de Hervé Hamon et Patrick Rotman/D-7 ¦ Lettres québécoises : Le Silence ou le parfait bonheur, de Jacques Folch-Ribas; Le Désert mauve, de Nicole Brossard/D-3 ¦ Cogito : Descartes c'est la France, d'André Glucksmami; Sur le prisme métaphysique de Descartes, de Jean-Luc Marion/D-4 ¦ Feuilleton : Toute ma vie sera mensonge, de Henri Troyat/D-5 ¦ Lettres françaises : La Voix des choses, de Marguerite Yourcenar et Jerry Wilson; L’Intérieur des heures, de Chantal Chawaf/D-5 ¦ Polars : huit policiers à mettre dans sa poche/D-6 ¦ Pastorale : Une voix pour les sans voix, textes sur la pensée sociale de feu Mgr Adolphe Proulx/D-7 ¦ Carnets : Sept roses pour une boulangère, de Négovan Rajic/D-8 Montréal, samedi 27 février 1988 Ami *•* « Pour faire vivre la littérature québécoise, il faut l’enseigner» MARIE LAURIER LE SEUL moyen de faire vivre la littérature québécoise, c’est d’en parler à l’école.Les professeurs aux niveaux collégial et universitaire devraient se faire un devoir de suivre de près le travail de nos auteurs et de les faire connaître à leurs étudiants.« Un directeur littéraire à l’édition est celui qui porte une lanterne pour détecter de nouveaux auteurs.« Écrire est un geste tout à fait na- ANDRÉ VANASSE.écrivain, professeur de littérature à l’Université du Québec à Montréal et directeur littéraire chez Québec/Amérique.Photo Jacques Grenier turel chez moi.Quand l’étais petit, on m’appelait déjà le poète.» Ces propos émanent de la bouche d’André Vanasse, professeur de littérature à l’UQAM, directeur littéraire chez Québec/Amérique et écrivain qui vient de publier son deuxième roman, La Vie à rebours (Québec/Amérique), après La Saga des Lagacé ( Leméac).Ces trois volets de son activité s’imbriquent tout naturellement l’un dans l’autre, mais c’est surtout celui de directeur littéraire à l’édition que nous avons exploré au cours de cette entrevue.« Je suis celui qui porte une lanterne pour mieux détecter des auteurs talentueux », dit-il pour définir son rôle chez Québec/Amérique.Ce qui l’amène à formuler le commentaire rapporté plus haut sur l’enseignement, un métier qu’il a choisi et qu’il exerce depuis plus de 20 ans.Il déplore que les professeurs de litté- rature québécoise ne suivent pas de plus près le cheminement des écrivains d’ici.« On enseigne toujours, et c’est fort heureux, Une saison dans la vie d’Emmanuelle, un livre publié en 1964, mais les jeunes savçnt-ils que Marie-Claire Blais en a écrit au moins une dizaine d’autres depuis?» Même remarque pour Prochain Épisode.d'ilubert Aquin, pour Kamou-raska, d’Anne Hébert, pour Bonheur d'occasion, de Gabrielle Roy, pour Les Belles-Soeurs, de Michel Tremblay, des classiques sans doute mais qui sont parmi les premières oeuvres et ont généré chez ces auteurs d’autres romans, d’autres essais, d’autres pièces de théâtre.« Mais, dans nos écoles secondaires, collégiales et dans les universités, on semble ignorer cette produc- Suite à la page D-2 René Char (1907-1988) Photo Radio-Canada René Char entretenait des liens privilégiés avec certains poètes québécois.Jean Royer a recueilli leurs témoignages.Page I)-8 Miroir oblige: la littérature québécoise en Wallonie JEAN ROYER A PREMIÈRE VUE, on peut penser que Jean-Marie Klinken-berg est un Québécois.Il parle de notre littérature avec enthousiasme.Il admire assez le Québec pour enseigner notre histoire littéraire.MaisM.Klinkenberg est un Belge de langue française.Le Québec l’intéresse à cause de son histoire « exemplaire », qui peut faire réfléchir les intellectuels de la Wallonie.En fait, M.Klinkenberg est un de ceux qui ont rendu obligatoire l’enseignement de la littérature québécoise à l’Université de Liège.Voilà un cas unique.Bien sûr, notre littérature est enseignée dans d’autres universités européennes : en Italie et dans les pays nordiques, entre autres.Mais, à la faculté de philosophie et lettres de Liège, la littérature québécoise est obligatoire dans le cadre du diplôme en philologie romane.Une cinquantaine d’étudiants profitent donc chaque année d’un panorama général de notre littérature.En 1988, comme lecture obligatoire, on leur soumet l’oeuvre de Jacques Godbout.Certains échanges de professeurs ont déjà eu lieu entre l’Université de Liège et l’Université de Montréal.Jacques Allard est allé parler de l’oeuvre d’Hubert Aquin.André Brochu, puis Louise Milot, Louise Cotnoir, France Théoret et Gaston Miron, entre autres, ont donné des cours ou des conférences à Liège depuis dix ans.Un autre cours, optionnel celui-là, intéresse quelques étudiants qui, eux, approfondissent leur connaissance du Québec en rédigeant une maîtrise ou un doctorat sur l’oeuvre d’un de nos écrivains.Cet intérêt pour le Québec a commencé en 1967, quand le professeur Maurice Piron est venu enseigner la littérature belge à l’Université Laval.Il avait eu le coup de foudre pour notre culture et la révélation d’une littérature originale.Il était rentré chez lui avec des lectures, des livres et de l’information.Dix ans plus tard, il fondait le Centre d’études québécoises de l’Université de Liège, grâce à une subvention du ministre Jacques-Yvan Morin.Aujourd’hui, les ambitions du centre dépassent même la littérature : on veut faire connaître rien de moins que l’histoire socio-culturelle du Québec.Pourquoi cet intérêt soutenu envers la culture québécoise ?M.Klinkenberg explique ainsi son « militantisme » et celui de son collègue Jacques Dubois : « Le Centre d’études québécoises est indissociable d’une réflexion sur notre société.Comparer nos deux littératures, c’est comparer nos deux sociétés.Pour nous, il est difficile d’entrer dans le 21e siècle.Les structures actuelles de la Belgique ne sont pas favorables au développement de la Wallonie.Le problème linguistique joue un rôle de drapeau pour radicaliser certaines positions économiques et autres.« Nous ne sommes pas armés pour comprendre et “parler” notre situation.La littérature québécoise nous tend une sorte de miroir.Nous ne vivons pas les mêmes situations que vous, mais en regardant bien, on voit ce qui est nous-mêmes et ce qui est l’autre.La littérature québécoise nous offre une sorte de laboratoire.» « Le Québec, dit le prospectus de l’Université de Liège, a connu une évolution accélérée dont le retentissement fut et est encore considérable.On a pu dire que le Québec avait rattrapé l’histoire.Ainsi le “cas” du Québec demande à être examiné et expliqué sous bien des angles, qu’il s’agisse de l’histoire d’un peuplement, de l’évolution d’une langue — le français — loin de son lieu d’origine, de la formation d’une culture partiellement autonome, de la faculté de novation et d’adaptation d’un peuple ou encore d’un projet politique original.Mais le Québec est aussi un morceau d’Amérique et son étude peut également introduire à une civilisation dont le poids est déterminant dans notre société », précise-t-on à l’Université de Liège.On conçoit donc que les problèmes du Québec contemporain suscitent un intérêt particulier dans la communauté française de Belgique.« Entre Québec et Belgique francophone, des comparaisons s’imposent, des affinités se dessinent qui permettent à chaque partie de mieux percevoir son identité propre », insistent les universitaires liégeois.Plusieurs rapprochements ont donc eu lieu, ces dernières années, entre les institutions littéraires de la Belgique et du Québec.Quelques colloques, des échanges de professeurs, une publication codirigée par M.Klinkenberg et Lise Gauvin de l’Université de Montréal, où l’on a justement comparé les deux institutions.En plus de l’enseignement à l’Université de Liège et la recherche qui en découle, le Centre d’études québécoises sert de tremplin pour la connaissance du Québec en Belgique.Il bénéficie, pour son fonctionnement, d’une subvention d’environ $ 5,000 du Québec ainsi que de l’aide technique de la délégation du Québec à Bruxelles.« Nous sommes un lieu où le Québec est présent en Belgique », ajoute celui qui a réussi le tour de force JEAN-MARIE KLINKENBERG (à gauche), du Centre d’études québécoises à l’Université de Liège, rencontrait récemment LISE GAUVIN, directrice du département d’études québécoises à l’Université de Montréal, et JACQUES GODBOUT, dont l’oeuvre est lecture obligatoire cette année à l’université liégeoise.d’imposer l’enseignement de notre littérature à ses étudiants et qui préside maintenant les destinées du Centre d’études québécoises.«Nous sommes un lobby, conclut Jean-Marie Klinkenberg, pour faire connaître le Québec à la communauté française de Belgique.» POÈMES I967-T97N Les Noces de Sarah — — '"'•I iwi I ¦ IW I VMIWI lu wi IT VI années 70 vécues dans la métropole que présente Simone Piuze dans ce fort ouvrage.Des années où toute une génération découvre et éprouve une liberté nouvelle, des paradis artificiels.Ce roman paraîtra, la semaine prochaine, aux éditions de l’Hexagone, SIMONE PIUZE LA PORTE s’ouvrit sur une quinzaine de freaks au plus fort de leur premier voyage de mescaline.Assis par terre, ils tapaient sur des casseroles.Un seul était debout et, se contorsionnant, il soufflait dans un saxophone comme un déchaîné.Je reconnus quelques visages, dont ceux de Raymond, dit le Grand Schnouk, et d’Odile, la soeur de Philippe, tous deux présents au party de la semaine précédente.Raymond me salua du bout du nez sans cesser de tambouriner sur ses tablas.J’admirai l’élégance et l’agilité des doigts osseux.Odile s’approcha de son frère et le prit dans ses bras.— Je me suis ennuyée de toi, dit-elle en caressant affectueusement ses cheveux.J’ai le goût de m’occuper de toi ce soir.Je souriais, mal à l’aise, étrangère au discours de cette fille blonde qui avait accaparé Philippe.On m’inspectait.Tant par mon maquillage que par mes vetements, je devais trancher sur le reste des invités vêtus de jeans brodés et décorés de minuscules miroirs.Aucune des filles n’avait le moindre soupçon de maquillage.Je leur en voulais à toutes d’être uniformes, semblables dans leur expression, belles aussi dans cette simplicité, ce naturel sauvage qu’elles portaient d’une façon presque indécente.Je m’approchai imperceptiblement de Philippe et lui chuchotai à l’oreille que l’accueil était plutôt froid.Puis, je le pris par la taille.Il semblait réticent, mais je restai ainsi, immobile, espérant signifier aux autres qu’il était avec moi, que nous formions déjà un couple.Je me sentis immédiatement plus forte.Il se dégagea d’une façon un peu brusque et vint s’asseoir près du Grand Schnouk.Je regrettai d’être venue à Sainte-Émi-lie.Je me sentais de trop à cette fête, étrangère au monde de Philippe, étrangère à ses plaisirs.Cette musique vacarme me déplaisait, tout comme cette façon de boire à même la bouteille de bière.Philippe se mit à causer avec le Grand Schnouk.Je vis ses mains se poser sur les épaules du joueur de tablas et ses yeux s’illuminer.Ils se regardaient avec cette étincelle qui ne ment pas, cette étincelle de la complicité que je n’avais pas encore avec lui.Et comme pour ajouter à mon inconfort, Odile tira son frère à l’extérieur du chalet, me laissant là, sourire tordu aux lèvres.Je l’entendis crier : — J’ai lavé Mousine avant de faire monter la gang dedans ! Viens voir, Philippe, comme elle est propre maintenant ! Je voulais te faire une surprise ! Quoi ! Philippe avait une voiture qu’il prêtait aux membres de sa gang, tandis que lui voyageait en auto-stop ?C’était sans doute de cela qu’il voulait parler quand il avait laissé tomber le mot « fraternité » entre deux chansons, ce soir.Et c’est pour se moquer sans doute du capitalisme que sa vieille Peugeot avait été surnommée Mousine — diminutif de limousine — ! Odile tenait la taille de son frère à deux mains et il riait, soûl de joie, se laissant porter par la vague de voix et de musique qui le submergeait.C’était son monde.Il s’y sentait à l’aise.À l’abri.J’eus alors envie de courir vers lui, de pousser Odile et de m’accrocher à sa place, mais je restai de-bout près du téléviseur éventré, feignant d’observer avec intérêt le jeu de Suite à la page D-2 Pierre ¦MOMMY Quand nous serons pocmcs 1967-1978 l’Hexagone • Rétrospectives M Poète de la fra nité cîe et entre est mais Richard Giguèrc, conscience et mémoire, à dévoiler la vérité du constamment par l'élan de la sincérité et de la Mais quelle poésie!” d nous serons confirme plus que jamais que Pierre Morency non seulement l'un des meilleurs poètes de sa génération, mail l’un des meilleurs du Québec.i des meilleurs du Québec Et quelle écriture! Gilles Toupin, La Presse l’Hexaqone lieu distinctif d une COLLECTION RÈTROSPIX Tl VI S lieu distinctif d'édition littéraire québécoise I « .• « i t 1 D-2 B Le Devoir, samedi 27 février 1988 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LES BEST Fiction et biographies 1 Les Vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset (5)* 2 Myriam première Francine Noël VLB (1) 3 La Popessa Murphy/Arlington Lieu commun (2) 4 Le Fou du père Robert Lalonde Boréal (6) 5 Une invitation pour Matlock Robert Ludlum Laffont (3) 6 L’Héritage Victor-Lévy Beaulieu Stanké (-) 7 Brume Stephen King Albin Michel (4) B L’Amant sans domicile fixe Fruttero & Lucentini Seuil (•) 9 La Grande Sultane Barbara C-Riboud Albin Michel (8) 10 Lanterna maglca Ingmar Bergman Gallimard (-) Ouvrages généraux 1 Prévenir le burn-out Jacques Languirand Héritage (D 2 La Part du lion Linda McQuaig du Roseau (4) 3 Le Guide canadien des assurances 88 Ass.des consommateurs du Québec Prologue (-) 4 Génération II Hamon et Rotman Seuil (3) 5 La Petite Noirceur Jean Larose Boréal (-) Compilation laite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Champigny, Flammarion, Raftin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières : Clément Morin; Ottawa ; Trillium; Sherbrooke : Les Biblairies G.-G.Caza; Jollette ; Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Les best-sellers Le verbe SANS LES MAINS Phyllis Dorothy James (traduction de Unnatural Causes, 1967) Paris, Mazarine, 1987, 237 pages DENIS SAINT-JACQUES APRÈS le malheur que vient de faire Un certain goût pour la mort, les éditions Mazarine s’empressent de tirer profit de l’attention attirée sur l’oeuvre policière de P.D.James et font traduire un de ses romans publié il y a 20 ans déjà pour prolonger si possible une faveur publique encore vive.Nous y retrouvons avec plaisir un inspecteur Dalgliesh plus jeune mais tout aussi habile à résoudre les énigmes que l’assassinat met sur son chemin.Les problèmes qu’il affronte apparaissent pourtant d’autant plus insurmontables, cette fois, qu’il ne se trouve pas sur son terrain et qu’il ne mène pas l'enquête, mais doit plutôt la subir, sinon suspect lui-même, du moins parent d’une suspecte.La romancière a choisi de situer l’aventure dans un milieu d’écrivains, une petite colonie regroupée sur les bords de la mer du Nord dans le Suffolk, et où Dalgliesh rend par- qui tue fois visite à sa tante pour de paisibles vacances loin de Scotland Yard et de l'agitation de Londres.Si vous êtes un habitué de la romancière britannique, vous savez déjà que Dalgliesh est un poète renommé; vous aurez ici l’occasion de lire de sa main quelques lignes dont vous percevrez toute l’efficacité.Mais, vous vous en doutez, c’est surtout d'autre chose qu’il s’agit, de crime bien entendu.Et l’ironie du sort, celui que concocte P.D.James, fera de la victime un auteur de roman policier dans une mise en scène tout à fait livresque, comme vous ne le comprendrez que progressivement.Ici, le lecteur doit avoir la curiosité en éveil dès les toutes premières lignes et prendre très tôt note des indices s’il espère s'y retrouver dans un écheveau particulièrement embrouillé.Les suspects ne manquent pas; la petite société de Monks mere Head regorge de personnes qui auraient eu soit des raisons de s’en prendre à la victime, soit l’occasion de le faire.Mais les alibis des uns paraissent aussi imprenables que l’absence de motifs des autres.À vrai dire, si crime il y a manifes'e-ment, il n’est pas si évident qu’on soit autorisé à parler de meurtre.Justement, l’inspecteur Reckless, chargé de l’enquête, n’y croit pas, lui.Et, s’il reste prêt à écouter Dalgliesh et même à l’informer poliment des progrès de ses démarches, c’est dans la moindre sympathie pour ce policier célèbre qui voudrait rendre plus difficile encore une affaire suffisamment complexe.Il faudra donc que, à son corps défendant, Dalgliesh s’en mêle et ce sans les moyens ni les pouvoirs de l’enquêteur officiel.Le titre du livre, Sans les mains, fournit une piste; à vous de savoir la suivre aussi bien que le héros.Serions-nous dans un monde où l’on fait un exemple des mauvais écrivains en leur coupant les mains ?Célèbre et riche, Maurice Seton avait attiré sur son oeuvre des critiques sévères et apparemment méritées.Rassurez-vous, un désagréable et prétentieux auteur de romans sentimentaux sévit tout au long de l’intrigue sans que quiconque ne l’agresse.Les rapports du crime et de récriture ne sont pas si simples pour P.D.James.Si les auteurs de littérature pour grand public, criminelle et sentimentale, sont lourdement chargés comme personnages dans ce roman, ils sont au moins colorés.La question de l’écriture compte pour beaucoup dans ce roman où les messages nous viennent d’outre-tombe et la solution de la culpabilité du meurtre passe par là.Mais je m’arrête, vous allez croire que je vous ai donné assez d’armes pour vous tirer d’affaires par vos propres moyens.Essayez plutôt ! Mais je ne voudrais pas laisser PHYLLIS DOROTHY JAMES.cette question de l’écriture sans vous signaler la qualité inégale de la langue de ce livre.Au-delà de coquilles vraiment trop abondantes, le texte fourmille de fautes qu’on doit probablement imputer à une traduction rapide sans révision.C’est à croire que les éditions Mazarine ne font pas de corrections d’épreuves.En tout cas, cela donne l’impression justement d’une traduction sans les mains.P.D.James et son roman valaient mieux que cette intervention assez assassine.André Vanasse Suite de la page D-1 tion ultérieure pour ne s'en tenir qu’aux valeurs sûres d’il y a 20 ans.Cela m’apparaît souverainement anti-professionnel de ne pas suivre de près le cheminement de nos écrivains.Tenez : quand je pense que l’on considère encore Gérard Bes-; sette comme un “jeune" auteur québécois ! Son livre Le Libraire est aussi un très bon classique mais il en a écrit d’autres et on les ignore souverainement.» Aux yeux d’André Vanasse, lui-même spécialiste de l’oeuvre de Marcel Proust à qui il a consacré le sujet de sa thèse de doctorat à Paris, le seul moyen de faire vivre une littérature, c’est de l’enseigner aux jeunes pendant qu’ils sont réceptifs, à la limite « captifs » d’un programme académique, de telle sorte qu’ils puissent au moins se sensibiliser aux ouvrages de nos écrivains.André Vanasse poursuit sa diatribe et l’on ne sait plus si c’est le professeur, le directeur littéraire ou l’écrivain qui parle.Les trois, sans doute : « La culture, celle des arts et spectacles, constitue une industrie de pointe au Canada, dit-il.Il faut en tenir compte dans le contexte de la civilisation des loisirs, comme l’ont fait New York et Toronto qui accordent une très grande importance aux choses de l’esprit et qui vivent une revitalisation urbaine spectaculaire.» Il rêve que Montréal en fasse autant.L’écrivain trouve tout à fait naturel, légitime et séant de publier ses livres chez Québec/Amérique.Il conçoit mal que, par excès de pudeur ou de fausse modestie, il aille trouver ailleurs que dans la maison où il travaille l’encadrement accordé à un auteur.Sans revendiquer de privilège ni de faveur, il se soumet volon- tiers au processus régulier de l’acceptation des manuscrits et du jugement du comité de lecture.Québec/Amérique traite donc son directeur littéraire comme ses autres écrivains et c’est ainsi que La Vie à rebours subit le même traitement que tout nouveau livre : recension, critique, tournée des médias, entrevue avec l’auteur et campagne de presse.Parmi les auteurs qu’il publiera en 1988, André Vanasse mentionne Yves Beauchemin, auteur du Matou, un de plus gros succès de librairie de Québec/Amérique, et il semble qu’un même sort attend son prochain roman dont le directeur littéraire se garde bien de dévoiler l’intrigue.Il s'agit d’une « brique » de 900 pages, comme le veut la nouvelle mode nord-américaine, et il consent à nous dire que « le principal personnage est une femme dans la cinquantaine », point à la ligne.Le titre n’est pas encore choisi.Chez Québec/Amérique toujours, Noël Audet signera une saga historique de la vie en Gaspésie depuis le début du siècle, un essai du constituionnaliste Jacques Brossard, et vraisemblablement un roman de Jacques Poulin (auteur de Volkswagen Blues).Au cours de 1988, on lancera Vamp, de Christian Mistral, un nouveau venu sur lequel Québec/ Amériaue fonde beaucoup d’espoir et qui témoigne de l’importance que la maison accorde aux jeunes auteurs, voire aux débutants.Selon André Vanasse, l’écriture uébécoise a connu une très nette volution depuis les années 1960 : on est passé de l’époque pré- et pro-na-tionaliste, de la vogue de l'écriture féminine et féministe à celle des différentes formes d’ouvrages plus substantiels depuis 1980 : romans historiques, à épisodes, de science-fiction, etc.— Marie Laurier Oniraam Mikhaël Aîvanhov harmonie et santé «La meilleure thérapie se pratique tous les jours par la façon de vivre, c’est-à-dire, de penser, de sentir et d’agir en harmonie avec les forces de la nature.» Collection Izvor EDITIONS PROSVETA format de poche 6,95$ EN VENTE DANS TOUTE LES BONNES LIBRAIRIES Yves Bélanger et Pierre Fournier fourni* P\mtf CSRefmse QUÉBÉCOISE «tonqui B V \ o ««W* Les entreprises québécoises francophones sont encore trop mal connues! Et pourtant certaines d entre elles ont plusieurs décennies d'histoire! Les auteurs remontent aux origines et retracent cette histoire.Ils montrent le dynamisme des entrepreneurs québécois francophones contemporains.k Les auteurs de cet ouvrage remarquable analysent cette évolution en regard des racines historiques du capital québécois et de I intervention de l'État (plus particulièrement du Parti Québécois) sur le développement des entreprises.» Guy Ferland Le Devoir 20.2.88 CAHIERS DU QUÉBEC N* 91 Coll.Science politique 200 pages — 18,95 $ éditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone (514)364 0323 iT'tàè TÉLÉVISION i U x LITTERAIRES Au réseau français de Radio-Canada, le dimanche à 9 h 30 : Livre ouvert, une série conçue pour promouvoir le goût de la lecture chez l'enfant.Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À Radio-Canada, dimanche à 16 h, Nathalie Petrowski et Daniel Pinard animent La Grande Visite, une émission où l’on reçoit parfois un écrivain.À Radio-Canada, le mardi à 13 h 15, l'émission Au jour le jour présente une chronique sur les livres tous les deux mardis.À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Sous le thème « Les hommes politiques racontés par les journalistes politiques », Bernard Pivot reçoit Paul Amar, Catherine Nay, Jean Daniel, Pierre Pellissier, Philippe Boggio, Alain Rollat et Cabu.(Reprise le dimanche 6 mars à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écriture d’ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À la radio AM de Radio-Canada, le samedi à 17 h, dans le cadre de rémission Plaisirs, Pierre Bourgault parle de littérature.À Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM À CIBL-FM, Montréal, dimanche à 17 h 30 : Textes.Yves Boisvert lit des extraits de Vivre n’est pas clair, de Rachel Leclerc, et des Métamorphoses d’Ishtar, de Nadine Ltaif.Produite par CFLX-FM (Sherbrooke) et présentée par les Écrits des Forges, l'émission est également diffusée sur CKRL-FM (Québec).À Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.À Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d'ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Jean-François Chas-say (fiction) et Roch Poisson (revues).A Radio-Centre-Vllle (102,3), mercredi de 07 h 30 à 09 h : Les Paresses matinales.Jean-François Bonin reçoit régulièrement des écrivains et recense les revues culturelles.À Radio-Canada, mercredi à 16 h : Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).À Radio-Centre-Vllle, mercredi à 16 h: Paragraphes.Danielle Roger parle de littérature.Son invitée du 2 mars est Hélène Rioux.A Radio-Canada, mercredi à 21 h 30 : Le Jardin secret, animé par Gilles Archambault.À Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.« L’Empire des lettres », introduction à la littérature chinoise classique (8e de 10 émissions).À Radio-Canada, jeudi à 16 h ; Les Idées à l’essai._m.M.DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS Lise Gauvin Lettres d'une autre TYPOj| Lise Gauvin LETTRES D UNE AUTRE essai/fiction, 152 p.— 6,95$ «Quatre ans plus tard, je les relis avec un plaisir neuf, plus intense que le souvenir que j’en avais.» Jean-Roch Boivin TYPO || POCHE ¦¦ l’HEXAGONE 1120, av.laurier ouest outremont, montréal O tél.: 274-3669 Samedi 5 mars de 14h à 16h FRANCINE NOËL Myriam Première ______vlb éditeur Aujourd’hui 27 février de 14h à 16h Jacques Folch-Ribas LE SILENCE Robert Laffont Venez regarder avec nous apostrophes le dimanche à 14h30 363 jours cette année Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Les Noces de Sarah Suite de la page D-1 doigts du joueur de saxophone.Je ne devais pas oublier ce que Philippe m’avait dit : il appartenait à tous, se fondait dans les autres.Je m’approchai de la pièce adjacente, une cuisine exiguë, et restai sur le pas de la porte, estomaquée par la scène qui s’y déroulait.Une fille était là, fragile dans sa robe verte — elle était la seule à porter une robe —, l’oeil brun un peu fou, les seins en forme de poire, les pommettes saillantes, les lèvres minces mais l’ouverture de la bouche très grande.Elle était là, Marie la déracinée, debout dans cette cuisine meublée seulement de posters fripés, de casseroles suspendues aux murs, d’une petite table et d’une umque chaise rouge à trois pattes.Là, silencieuse, contemplant une grande fille aux cheveux luisants de henné, au tee-shirt de garçon laissant deviner les mamelons dressés par le désir, attentive au sourire de la rousse Géraldine aux chairs abondantes et au regard de braise.Incrustée dans cet instant et prête à s’envoler aussi au moindre appel de Johanne, la troisième fille, qui avait peu de poitrine, des yeux noirs, une immense chevelure de jais, Amérindienne jusque dans le sourire presque dur, dans les dents parfaites et blanches comme neige.Johanne, prêtresse à l’éternelle cigarette aux lèvres, au rire un peu rauque, à la parole lente et apaisante.Johanne, la fille qui habitait avec Philippe.Marie, Géraldine, Johanne.Trio inséparable à l’abri de toute jalousie, disait-on.Marie, la sans-métier, la voyageuse qui avait sillonné l’Asie sac au dos, logeait maintenant avec ses deux frères et travaillait parfois comme serveuse au restaurant chic que tenaient ses parents dans le Vieux-Montréal.Géraldine, elle, divorcée depuis un an, était retournée vivre à la maison familiale et prenait des cours de poterie et de cuisine macrobiotique.Elle espérait ouvrir bientôt un restaurant à prix modiques, pour freaks.Quant à Johanne, elle terminait une année d’en-, seignement au niveau élémentaire.Ses supérieurs étaient satisfaits de ses services, mais s’étonnaient de son accoutrement et de ses lectures — on la voyait souvent plongée dans la revue Plexus, s’attardant sur les photos de femmes nues qui en décoraient les pages.— Ça me pique ici, dit soudain à mi-voix Géraldine.Les maringouins ne m’ont pas lâchée de la journée.Marie, qui se tenait tout près, retroussa le tee-shirt et se mit à gratter doucement la poitrine de Géraldine.Elle ne disait mot, mais regardait la rousse qui riait.Les doigts de Marie s’arrêtèrent sur les pointes des seins.Elle les effleura du bout des index en chantonnant.Géraldine cessa de rire.Elle prit la main de Marie et la promena sur sa poitrine.Puis, lentement, elle approcha son visage de celui de Marie, la fixant de son regard ardent.Assise sur la table, Johanne observait la scène, immobile, grave.Elle vit la fragile Marie poser ses lèvres sur celles de Géraldine.Les deux femmes ne bougeaient plus, prises par le même désir, offertes déjà à la folie de l’amour.Johanne descendit de la table et vint alors les rejoindre, sa cigarette au coin de la bouche.D’un accord tacite, les trois filles se dirigèrent en se tenant par la taille vers la chambre la plus rapprochée.Je marchai vers le lavabo, bouleversée.Je me versai un grand verre d’eau et le bus d’un trait.Je ne savais comment analyser les sentiments qui me troublaient.Il y avait en moi un mélange d’envie, de répulsion, de haine «H de tristesse.À la fois violemment attirée par ces filles, comme happée par leur pouvoir, je les jugeais aussi très sévèrement, un peu comme l’aurait fait ma mère en pareilles circonstances.— Sarah !.Qu’est-ce que tu fais dans la cuisine ?Viens avec nous autres dans le salon.On a du (un à mort ! cria soudainement Philippe, revenu de l’inspection de sa voiture.Il s’approcha et me tendit un joint.Je le pris nerveusement et le portai à mes lèvres.Étreignant Philippe, je lui dis que j’avais sommeil.Il me regarda en souriant, entoura mes épaules et m’amena dans une chambre, la plus grande, celle qui donnait sur le salon.En passant près du joueur de saxophone, nous l’entendîmes s’exclamer : « Je suis gelé ben raide ! C’est au boutte ! » Debout au milieu du salon, il berçait son instrument comme s’il s’était agi d’un bébé.Les yeux hagards, il répétait : « C’est au boutte ! » et ses pieds nus esquissaient sur le tapis déchiré d’étranges pas de danse.(Tous droits réservés, 1988, éditions de l’Hexagone.) ) LE DEVOIR VOUS OFFRE LA QUALITÉ POUR INSÉRER UNE ANNONCE SOUS LA RUBRIQUE CARRIÈRES ET PROFESSIONS 842-9645 Les Prophéties du Pape Pie XII P.Boyer de Belvefer GUY TRÉDANIEL ÉDITEUR AQUARIUS Diffusion Tél.: (514) 737-9176 bientôt en librairie Le Devoir, samedi 27 février 1988 M D-3 ?lb éditeur ***•¦& « V*n.,a"hfir/ dri (im** in raM* wt, •v‘^ ÙlanrJ ' ^îm-vn*non ""¦SE """A'fc Ai ¦'''»> *4.,, ^TZ .HZ7* °* ** b îïS: "M A;' d^iu •fntT„ caution Aires ’^Thominn Xlk* McDe "Wen Be ™" {(UHilQl / is n must irns \iHi m yt mit Commandité par: LE DEVOIR a Hydro Québec LE PLAISIR /f/\ LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR 7ivres Le Devoir, samedi 27 février 1988 M D-5 Le testament spirituel de Marguerite Yourcenar LA VOIX DES CHOSES Marguerite Yourcenar avec des photographies de Jerry Wilson Paris, Gallimard, 1987,101 pages LETTRES FRANÇAISES JEAN ROYER LE DERNIER livre de Marguerite Yourcenar aura été une anthologie bien personnelle des paroles de sagesse de l’humanité.Ce recueil, intitulé La Voix des choses, qu’elle décrit comme son « livre de chevet, de voyage et de provision de courage », réunit de brèves réflexions sur la vie tuent le propos sans vraiment nous le donner a voir.Lire ces aphorismes, ces phrases lapidaires, ces pages de la sagesse humaine, nous fait vraiment entendre « la voix des choses » vécues, nous rappelle nos contradictions et nos besoins, la nécessité de cultiver le sens de l’amour, de l’amitié et de la solidarité.Certes, il y a beaucoup de leçons connues dans ce livre finalement très « chrétien ».Mais on peut dire que le fil conducteur de l’ouvrage reste la qualité des relations que chaque humain doit entretenir de soi aux autres.En même temps, Yourcenar invite ses lecteurs, au-delà des religions, à développer une vie spirituelle personnelle.C’est de là que provient, selon un mot à la mode aujourd’hui, l’« énergie » de prendre sa place dans le monde.Les pages les plus brûlantes de ce livre ne sont pas toujours les plus bavardes.Au lieu des fameuses « béatitudes » de l'Évangile selon saint Mathieu, par exemple, je préfère retenir cet aphorisme de la sagesse du nô : « Le coeur est la Forme.» D’ailleurs, il nous faut bien remarquer, à travers ces textes recueillis par Marguerite Yourcenar, que la tradition judéo-chrétienne a quelque peu dilué, souvent, la sagesse qui lui était venue d’Orient.Quant au titre du livre, La Voix des choses, je vous en laisse découvrir la justification à même le texte liminaire de Marguerite Yourcenar, qui l’a écrit comme un adieu d’une grande émotion littéraire.Mentir pour vivre ou pour survivre?TOUTE MA VIE SERA MENSONGE Henri Troyat Paris, Flammarion 1988, 208 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN Photo André Grassart/Flammarion HENRI TROYAT.DANS son autobiographie, rééditée après remise à jour l’année dernière ( Un si long chemin, chez Stock), Henri Troyat répondait brièvement à la question de Maurice Chavardès à propos du temps de l’Occupation : « Quelle fut votre activité d’écrivain pendant ces années de trouble et de violence ?» — « J'ai publié deux livres, sous l’Occupation : Le Jugement de Dieu et Le Mort saisit le vif.» Tous les lecteurs fidèles, et ils sont innombrables, se souvien- dront que le premier était un recueil de trois légendes « inventées », de l’aveu même de leur auteur, et le second une sorte de journal d’un plagiaire.Mais le vrai ( ! ) roman de la vie sous l’Occupation, c’est maintenant, plus de 40 ans après, que cet écrivain, se définissant comme « homme d’ombre, de travail et de solitude », nous le donne, sous le titre de Toute ma vie sera mensonge.Curieuse similitude, dans une même saison littéraire, un même prénom pour deux héros de romans fort dissemblables : Vincent (Le Regard de Vincent, Gallimard) pour Anne Philippe et pour Henri Troyat.Autre lien, également fortuit, de parenté : ces deux Vincent sont des adolescents.Était-ce un prénom à la mode, en France, vers les années 30 ?Il y a de fortes chances pour que ce choix, quand il s’agit du vétéran Henri Troyat, ne soit pas le fruit du hasard, l’auteur comblé de plus de cent ouvrages, depuis Faux Jour (1935), sachant y faire et ne négligeant aucun de ces détails véridiques dans ses récits de fiction.Le garçon qui commet son premier mensonge, le seul qui compte et qui infléchira toute sa vie, dans le dernier roman de 'Troyat, est un personnage détestable.Il faut sans doute une grande habileté, acquise et affinée par de longues et patientes années d’apprentissage, pour raconter, à la première personne, l’histoire d’un garçon qui eut 15,16 et 17 ans pendant les saisons amères d’un pays vaincu.L’auteur de Toute ma vie sera mensonge n’en est pas à un défi près.Que ce soit comme biographe, historien de la Sainte Russie, son pays natal, ou dramaturge, rien ne semble effrayer cet écrivain abondant que d’aucuns, parmi les critiques, persistent à juger plus prolixe que prolifique.Toujours maître de ce style di- rect, ramassé, qui caractérise ses oeuvres romanesques, Troyat n’éprouve aucune difficulté à se glisser dans la peau de Vincent.Un lycéen que tourmentent non seulement la dureté de l’époque et le prurit d’écrire (de la poésie, évidemment .) mais également le sort trop privilégié que lui réservent son père et sa belle-mère, restaurateurs haut de gamme qui pactisent avec l’occupant et s’approvisionnent au marché noir, et sa soeur Valérie, qui vit seule en studio et qui le materne un peu, l’hébergeant chaque fois qu’il le désire.Rue de Lille, où « officie » sa famille dans un établissement qui se nomme La Poivrière, où dans l’étroit appartement de sa soeur, Vincent vit l’Occupation sans grande alarme.Du moins jusqu'à ce que Valérie rencontre Hervé, qui a joint les rangs de la Résistance, et dont elle tombe amoureuse.Entre le restaurant, le cours Martinez dont il sèche de plus en plus les heures de classe, et les rencontres de clandestins qui débarquent, le temps de se refaire quelques heures, dans le petit studio de sa soeur, le garçon est de plus en plus mal dans sa peau.11 prend conscience de l’Occupation et des difficultés de la vie de tous les jours, pour les Parisiens, en souffrant — c’est de son âge ! — de voir sa soeur, toujours fraternelle mais de plus en plus inquiète du sort de son amant, le délaisser quelque peu.Il est jaloux.Il envie le bonheur visible de Valérie quand elle reçoit Hervé, et finira, sinon par se l'avouer, tout au moins par pressentir qu’il est amoureux de sa soeur.Cette histoire qui pourrait être banale, sur fond de privations, d’alertes aux bombardements, d'arrestations — des centaines de récits, vrais ou inventés, nous ont décrit Paris occupé et les Parisiens « sous influence », celle de Charles de Gaulle, qu’on écoute par la radio de Londres, ou celle de la puissance occupante — devient peu à peu l’évocation d’un destin particulier.Qui ne ressemble à aucun autre par la grâce souveraine d’un grand romancier.Troyat nous attache au sort de cet adolescent, oui, après avoir révélé l’adresse de 1 amoureux-résistant, se taira.En croyant retrouver l'affection de sa soeur, il perdra tout : Hervé sera arrêté, tué par balles comme il tente de s’enfuir.Désespérée, Valérie, partie à la recherche du corps de son amant, sera à son tour arrêtée par les Allemands, envoyée en captivité et mourra dans le train qui ramène des survivants en France.Après sa trahison, Vincent vivra dans un remords continuel.Toute sa vie « sera mensonge », comme le dit le titre du roman, et, en quelques pages, empreintes d’une infinie tristesse, le romancier boucle son récit.Le père et la belle-mère de Vincent rentrent à Paris, à la Libération, ne sont guère inquiétés, ayant su se faire des amis et protecteurs dans les deux camps.Vincent épouse Mireille, la soeur d’un condisciple, devient à son tour restaurateur, mais son tourment ne le quittera plus.« Je n'ai pas dit à Mireille que j’avais donné l’adresse d’Hervé.Je ne l’ai dit à personne.Je continue de vivre avec ce secret lourd qui m’empoisonne le sang.Quoi que je fasse, je suis condamné pour l'éternité à la fréquentation de deux fantômes oui ne vieillissent pas.» Il paraît bien inutile de recommander Toute ma vie sera mensonge.Les amis de Troyat le liront, comme ils ont lu tous les autres, brefs romans ou grandes sagas, d’un écrivain authentique.Honnête et scrupuleux jusque dans les toutes petites choses.Les autres, sans doute aussi sinon plus nombreux, ignoreront un autre numéro de l'opus — jugé trop abondant pour être sérieux.MARGUERITE YOURCENAR.et la mort.Ces textes lapidaires, extraits des sagesses millénaires et contemporaines, se présentent comme des leçons sur les conduites morales et spirituelles de l’humanité.Dans ce livre qu’elle n’a pas eu le temps de voir imprimé — il est sorti des presses six jours après sa mort — Marguerite Yourcenar nous donne, en quelque sorte, ce qu’on peut appeler son testament spirituel.Après ses anthologies de la poésie grecque et de la poésie des Noirs américains, Yourcenar a regroupé des pensées poétiques, philosophiques et religieuses, venues de l’ürient et de l’Occident, apprises des vieilles civilisations mais aussi de la proche Amérique.D’autre part, un peu comme dans l’histoire de la conscience humaine, les sagesses hindoue, confucéenne, taoïste et chrétienne prennent la plus grande part du livre avec au moins cinq mentions chacune.L’humanisme de Marguerite Yourcenar s’inspire aussi de quelques saints (Bernard, Augustin et François d’Assise) mais surtout de oètes : Walt Whitman, Bob Dylan, illiam Blake, Dante, Cocteau et Rilke, entre autres.Les photographies couleurs de Jerry Wilson, imprimées dans un format réduit et représentant plusieurs paysages d’Afrique et d’Asie, ponc- POUR OBTENIR DES CANDIDATES DE QUALITÉ UTILISEZ LES CARRIÈRES ET PROFESSIONS DU DEVOIR 842-9645 Pulsations L’INTÉRIEUR DES HEURES Chantal Chawaf Paris, Des femmes 1987, 338 pages JEAN-FRANÇOIS CHASSAY AVEC L’Intérieur des heures, Chantal Chawaf poursuit un travail amorcé en 1974 avec Retabble et enrichi depuis d’une bonne dizaine de titres.L’oeuvre de l’auteur n’a rien de serein ni de facile et les amateurs de lectures «divertissantes» n’y trouveront certes pas leur compte.Pourtant, cet univers angoissé, où les personnages tentent d’échapper à la douleur qui les habite, à la folie ou à la mort, se traduit par une écriture harmonieuse, au rythme souple, musical.Une écriture lumineuse qui vient contrer, en quelque sorte, la part d’inéluctable et de désespoir du propos.Après le départ de son mari, à l’égard duquel elle garde des sentiments fort ambivalents, une femme se retrouve seule avec sa fille.Elles mènent toutes deux une vie fort difficile, dans la grisaille d’une banlieue pauvre.Outre la gêne matérielle, elles doivent surtout apprendre à se supporter l’une et l’autre, la fille cherchant à se détacher de sa mère et cette dernière voulant éviter d’être trop possessive.« Là où elles se tenaient, isolées de leurs semblables, le corps si meurtri pouvait rendre fou.Le corps peut séparer des autres quand on lui réclame trop fort la proximité qu’on trouve dans les bras de l'autre.» Les remords et la culpabilité viennent briser les rares moments de joie — l’amour ressenti par la mère pour son nouvel amant, dans la dernière partie, par exemple — d’un texte hanté par la figure omniprésente du père.La discontinuité, la fragmentation, n’empêchent pas le texte de former un tout indissoluble et il n’est pas sûr que le résumer soit le meilleur service à lui rendre.L’anecdote n’a de valeur que dans la mesure où elle permet de fouiller une conscience, de rendre compte des processus psychiques et physiques qui bouleversent un individu habite par un douloureux mal de vivre.Marqué par une constante lucidité, le texte progresse avec cette seule certitude que rien n’est acquis d’avance, que tout peut être remis en question et qu’il faut parfois affronter les limites pour pouvoir faire face à soi-même.Le style de Chantal Chawal est très lyrique, foisonnant et métaphorique.L’écriture sensuelle, sensorielle, accorde au corps une importance fondamentale.Les descriptions sur le mode poétique des états des personnages ont un aspect réel, émouvant, mais n’échappent pas, en certaines occasions, au didactisme ou aux lourdeurs.La surcharge opère, par moments, une rupture du climat d’envoûtement créé par l’auteur.Par ailleurs, la fusion mystico-religieuse des corps revendiquée dans le livre frôle sérieusement les poncifs les plus éculés : « Ainsi deux etres se concentrent en un être unique, ainsi la voix se modifie, ré-gressse, se filtre, jusqu’à cette fusion préverbale où la communication retrouve ses racines de chair et où crie seulement le lien étreignant l’homme et la femme .» Sans être très fréquentes, les phrases de ce type sont suffisamment nombreuses pour venir embarrasser la lecture.Cette dernière publication n'est pas sans rappeler certains autres livres de l’auteur — Les Surfaces de l’orage, notamment.Des lecteurs y verront peut-être l’approfondissement d’un style et d’une thématique très personnels.Malgré ses qualités évidentes, j’ai, néanmoins, plutôt trouvé que ce texte marquait un certain piétinement dans l’oeuvre de Chantal Chawaf.Photo Allard/DMR, inc CHANTAL CHAWAF.«?Uvres anciens-Livres rares Apparaître prochainement.Catalogue n°1: 200 beaux livres anciens sur les Voyages, l'Histoire Naturelle et les Sciences, du 18ème au 20ème siècle.Pour réserver votre exemplaire, écrire à: Sue et Jean-Pierre Fouques, Livres Anciens C.P.985, Succ.N.D.G.Montréal H4A3S3 Dans un style direct, Margaretjruman nous conduit dans ce dédale, en familière des lieux.Ici, nul mystère: l'auteur est la fille du président Harry Truman.Hi LOU jl) Éditions Naaman ^ 15léme anniversaire (1973-1988) Dernières Parutions Amorces - Les Enfants de Sophie.Le Mur à l'ombre.Teddy Kutscher (Ville de Laval), 14 $ - Pat, mineur d’Asbestos.Robert Lessard (Ville de Laval), 15 $ Colloques - Phénoménologie et littérature : l'origine de l’oeuvre d'art.Marlies Kronegger (East Lansing, Michigan), 25 $ English Seriers Essays - Jean-Jacques Rousseau and Providence an Interpretive Essay.Aubrey Rosenberg (Toronto), 15 $ - Portrait of a Misanthrope, Henri G.Francq (Brandon), 15 $ Études - Espaces romanesques : Zola Chantal Bertrand-Jennings (Toronto), 15 $ FLAMMARION Jeunesse - Quand je serai grand.Ghislaine Beaudoin (Sherbrooke), 5 $ - Vatelin et le petit canard d’eau.Lise Laverdière (Sherbrooke), 5 $ Lectures Brèves - Où est donc Père Loup?Renée Amiot (Rimouski), 6 $ Thèses ou Recherches - Gionisme et panthéisme.La re-création de l’homme par Jean Giono.Joseph Ferdinand (Winooski, Vermont), 25 $ - Walther Rathenau (1867-1922).Paul Létourneau (Montréal), 30 $ Rééditions - Le Miel amer.Jean-Baptiste Somé (Ste-Foy), 6 $ - Où est le trou du rocher Percé?Roseline Grand-Maison.(Rimouski), 5 $ ENVOI SUR DEMANDE DU CATALOGUE GÉNÉRAL C.P 697, SHERBROOKE (Québec, Canada) J1H 5K5 D-6 ¦ Le Devoir, samedi 27 février 1988 LE PLAISIR ,Lc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres LES LIVRES DU QUOTIDIEN MARC CHAPLEAU Pierre Fluchaire, Guide du sommeil, Paris, Ramsay, 254 pages.ATTENTION, irréductibles insomniaques.Ne faites pas comme ce Français qui dut subir de très sérieuses hallucinations tellement il resta éveillé longtemps : chaque fois que sa femme ouvrait la porte du frigo, il faisait tout en son pouvoir pour l’aider à y pénétrer, croyant qu’il s’agissait de leur automobile .Fluchaire écrit aussi que ceux qui dorment sur le côté, en foetus, recherchent la sécurité.et qu’en France, deux fois plus d’hommes que de femmes dorment nus.Voilà qui nous fait une belle jambe, et qui consacre le syncrétisme du guide.Gérard Poirier et Martine Nadeau-Lescault, Faire son testament soi-même, éditions de l’Homme, 203 pages.CONTRAIREMENT à la croyance populaire, on peut rédiger soi-même son testament, sans avoir recours à un professionnel.Les auteurs nous disent comment, en plus d’éclaircir nombre de notions en apparence complexes.Le testament, lit-on encore sur la couverture arrière, apparaît trop souvent comme une pénible corvée : jongler avec la paperasse, trouver un exécuteur testamentaire, connaître les dispositions légales, etc.J’avouerai naïvement, pour ma part, que c’est davantage l'obligation de me comporter subito comme un homme mort qui m’effraie.Mark C.Brown, La Bourse, mieux la connaître pour mieux y investir, éditions de l’Homme, 208 pages.BEAUCOUP d'informations, assez bien vulgarisées, mais qui ne vous dispenseront pas de recourir à un courtier en valeurs mobilières.L’économiste Brown nous apprend, par ailleurs, que, pour le professionnel susnommé, • le temps, c’est de l’argent.Il faut donc lui pardonner s’il répond laconiquement par oui ou par non à vos questions, s’il parle très vite, raccroche rapidement au téléphone et n’aborde pas d’autres sujets avec vous que les placements boursiers.Charmants individus.Martin Eylat, Vous et votre chihuahua, éditions de l’Homme, 168 pages.LE ROQUET a ses admirateurs.Qui prétendent que c’est un dur, malgré son affligeant nanisme.: Et qu’il voit tout avec ses yeux de batracien, même les méchants — malheur à eux ! — qui pourraient vouloir « arracher votre sac à main ».Sachez aussi ; que ce souci de la précision témoigne malgré tout du sérieux ! de la plaquette, que notre petit ami serait « le produit des amours croisées du lechichi et du tapeitzcuintli, nommé également chien nu mexicain ».Un accident génétique qui explique tout, quoi.|l HOMME Isabelle Delisle, Survivre au deuil, éditions Paulines, 253 pages.UN DEUIL éprouve terriblement.On a besoin de forces pour passer à travers.Où trouver l’énergie et la motivation nécessaires ?« En Dieu », répond Mme Delisle.Ce guide de survie, pour ainsi dire, propose d’apprivoiser la souffrance inhérente à tout deuil par le biais de thérapies comme la bio-énergie, le psycho-drame et le « rituel de l’héritage ».Notre Seigneur et divers autres baumes catéchistiques marquent bien sûr fortement de leur empreinte le cheminement intellectuel de l’auteur, bientôt reçue docteur en andragogie.Caroline Leprince, Le Chasse-rides, éditions de l’Homme, 104 pages.APRÈS les taches et les insectes, voici que cette collection s’attaque enfin à la plaie n° 1 de cette fin de siècle : les rides, celles du visages et celles du corps.Pattes d’oie, culotte de cheval, bosse de bison, le bestiaire est rudement mis à contribution par l’auteur, qui énonce d’entrée de jeu que « la beauté est étroitement liée à la qualité de la peau».Seins flasques, double menton, fesses basses, coudes ravagés, ventre proéminent, nulle n’échappera aux définitions et aux conseils pour obtenir une guérison.Un truc branché, pa- Isabelle Delisle Survivre au deuil Lintégration de la perte raît-il : contre le Michelin autour de la taille, la lipo-succion .Par ici les graisses ! Robert-J.Courtine, Larousse des fromages, Larousse, 253 pages.SOUS la plume de celui-là même qui a coordonné la réédition du magistral Larousse gastronomique, voici un dictionnaire alphabétique qui fera saliver les amateurs du « premier des desserts ».Une mine de renseignements sur les fromages du monde entier, au-delà de 100 recettes, mais, hélas ! pas d’index, des couleurs plutôt fades et, surtout, pas de véritable mise à jour malgré la couverture toute neuve.Des qualités indéniables donc, mais qui auraient été combien magnifiées par une plus sérieuse refonte.La Courte Échelle sera diffusée aux États-Unis LA MAISON d’édition La Courte Échelle a conclu, la semaine dernière, un accord pour la sortie aux États-Unis de trois de ses ouvrages pour enfants.L’éditeur Bertrand Gauthier a précisé que Les Chiffres et L’Alphabet, de Roger Paré, ainsi que Venir au monde, de Marie-Francine Hébert et Darcia Labrosse (lauréate du gouverneur général), seront coédités à 20,000 exemplaires par Meadow-brook Press, de Deephaven (Minnesota), également spécialisée dans ce type d’édition.Il s’agit sans doute d’une première québécoise touchant les États-Unis, a signalé M.Gauthier, puisque ces livres continueront d’être imprimés à Montréal, à l’Atelier des sourds.Meadowbrook Press, dont un dirigeant est venu à Montréal pour signer l’entente, est distribuée par Simon & Schuster, une grande maison de New York.L’éditeur montréalais a aussi conclu une entente avec Edizioni-ADV, de Milan, pour la distribution du livre-jeu Venir au monde, qui sortira cet automne en Italie.Dans ce cas aussi, les livres sont fabriqués à Montréal.Sur le marché du Canada anglais, où La Courte Échelle est déjà mise en marché, un nouvel accord avec la maison ontarienne Heritage prévoit 75,000 exemplaires des livres de Roger Paré, du tandem Hébert-La-brosse, de Ginette Anfousse et de Bertrand Gauthier.Huit policiers à mettre dans sa poche LA POLKA DES POLLUANTS Max Allan Collins Paris, Gallimard « Série noire » n° 2110, 247 pages LA CHASSE AUX NYMPHETTES J.A.Jance Paris, Gallimard « Série noire » n° 2108, 312 pages FAUX CRACKS ET VRAIS TOCARDS Michael Geller Paris, Gallimard « Série noire » n° 2111, 247 pages BEAUTÉ BLEUE David Goodis Paris, Rivages/Noir n° 37 173 pages LUMIÈRE NOIRE Didier Daeninckx Paris, Gallimard « Série noire » n° 2109, 182 pages A DEUX PAS DU CIEL Jim Thompson Paris, Rivages/Noir n" 39 223 pages MORTELLE RANDONNÉE Marc Behm Paris, Gallimard Folio n° 1859, 247 pages SANG MAUDIT Dashiell Hammett Paris, Gallimard Folio n° 1868, 254 pages NOTES DE LECTURE PIERRE DESCHAMPS Un presque plongeon dans le passé.Comme si nous étions encore a cette époque dominée par le « Flower Power » et la lutte contre les agissements immodérés de l’État ou d.es grandes entreprises.Ici, une petite ville et une grosse usine chimique.Là, un terrain de jeux d’école primaire et des cancers de la peau.Au centre, Crane et Boone, deux personnages dignes de fréquenter Sargent Pepper et d’écrire dans Ram-part.Et a leurs lèvres, cette lancinante question : « Pourquoi Mary Beth est-elle morte ?» Quand un dépotoir de déchets toxiques devient le principal personnage d’un roman policier, et joue son rôle avec brio, cette autre question finit par surgir : « Existe-t-il un tel criminel en liberté dans la ville où j’habite ?» ?Au soir d’un championnat de division, un entraîneur de basketball uni- SÉRIE NOIRE MAX ALLAN COLLINS La polka des polluants GALLIMARD versitaire meurt dans d’étranges circonstances.David Bailey est trouvé pendu dans le stationnement d’un supermarché.Les subtils et grognons inspecteurs Beaumont et Peters écartent d’emblée la thèse du suicide.Après tout, qui aurait l’idée de mettre fin à ses jours sous prétexte que sa femme est enceinte ?Encore une fois, c’est un récit cherchez-la-femme.Madone, jouvencelle, athlète, pucelle sont quelques-unes des figures qui défilent dans un roman où les dédoublements de personnalité, comme d’identité, suffisent à dérouter la gent constabulaire.À lire distraitement comme l’horaire d’un festival pour contorsionnistes écervelés.?« Souffre et turf » aurait pu être le titre de ce récit pour hommes de chevaux.Ou pour les nostalgiques de Furie et de Willy Shoemaker.Plongé dans l’univers odoriférant des courses hyppiques, le lecteur aura tôt fait d’en acquérir les codes de conduite et le riche vocabulaire.Distrait, en quelque sorte, de l’histoire principale qui traite du chantage dont est l’objet un célébrissime jockey new-yorkais contraint de perdre ou cinq courses d’un même programme ou sa fillette adorée, au choix.Une belle fresque de la vie des paddocks, où le coursier équin se nourrit d’avoine et son cavalier, de qualuude.Les paris sont ouverts : le jockey Ken Eagle récupérera-t-il en premier lieu sa Bonnie adorée ou ses éperons de foire ?Un recueil de sept nouvelles parues entre 1935 et 1953, dont trois sont inédites en français.Y circule une galerie de personnages à l’horizon bouché par l’amertume et inondé d’alcool.Roy Childers fait tout pour rester propre, y compris sauter dans le vide pour ne'pas se salir les mains davantage.Matt, un homme né pour le travail, cambriole l’usine Breeler pour le plaisir d’écoper d’une peine de prison.Ken ne fait que mettre en pratique ce que lui disait Tillie : « La vengeance est un plat qui se mange froid.» Paddy Sloan assassine Andy Graffner et usurpe de son identité.Un seul hic : Andry est recherché depuis 30 ans pour un triple meurtre et un vol de $ 200,000.Et puis, Hansen-le-Plouc, Clayton, Ricco Maguire.Dans chaque nouvelle perce le sentiment de l’échec si cher à David Goodis et un art de l’ellipse qui claque comme la langue sous l’effet d’un mauvais whisky.?Paris en pleine psychose terroriste.De la tension et des flics partout.À l’aéroport Charles-de-Gaulle, Gérard, un employé des lieux, tombe — accidentellement — sous les balles de la police.Son copain Yves Guyot et le commissaire Londrin douteront longtemps de la version officielle des corps policiers.Un voyage au Mali, effectué au mépris des règles élémentaires de sécurité, finira d’en convaincre Guyot.Tandis qu’une action punitive menée au nom de la loi amènera définitivement Londrin à se ranger à l’avis de ses semblables.Un récit hybride qui souffre d’im- RIVAGES,HOIR IB E A U T E ! B L E U E O A V 1 D G O O D 1 S Marc Bd un Mortelle / randonnée poser deux enquêtes qui tournent au vinaigre et un lecteur qui sent venir l’odeur de la mort, comme d’autres le vent d’Est.?Le Texas pour décor.U n pipeline comme fil conducteur.Des hommes baignant dans l’alcool frelaté et leur cerveau dans le néant.La mort pour soulager la routine et des explosifs pour illuminer l’azur.Un récit thompsonnien pur malt à 100%.Comme pour prouver qu’il est seul de son genre à persister de signer des romans policiers qui dénaturent le genre, tant ils s’inscrivent entre la marge et la ligne, là où fondent les catégories littéraires et les glaçons.?La réédition tant attendue d’un chef-d’oeuvre de la littérature cruciverbiste.Ou comment résoudre en moins de 250 pages cette épineuse question : en Tchécoslovaquie, capitale de quatre lettres.Et pour passer le temps, une femme aux mille visages qui tue pour changer de robe et un homme parti à sa poursuite en cure de paternité.Encore une fois, un récit supérieur à l’adaptation cinématographique — magistrale au demeurant — qu’en fit Claude Miller.?Pour les inconditionnels de Dashiell Hammett et les maants du roman noir classique, signalons la énième réédition de ce récit paru pour la première fois en français chez Gallimard en 1930.Une histoire de diamants peut-être, de gens désoeuvrés certainement.Il était une fois.OUI.JE CROIS qu’une vie commence avec un mot d’amour Mireille Mathieu Paris, Robert Laffont le Club des stars, coll.« Vécu » 1987, 498 pages PIERRE CAYOUETTE UN INTERPRÈTE soviétique qui avait vu vivre Mireille Mathieu du matin au soir lors d’un de ses séjours à Leningrad n’en croyait pas ses yeux.Après l’avoir suivie pas à pas dans son emploi surchargé du temps, un tourbillon — quatre heures au théâtre, exercices de voix, repos, thé avec la troupe, récital, souper après le spectacle, entrevues avec journalistes en retard .— il a demandé à quelqu’un de son entourage : « Elle vit toujours comme ça ?.— Oui, avait répondu son interlocuteur.— Eh bien .je ne troquerais pas ma vie contre la sienne », avait lancé le Soviétique.Quand on pense à l’existence de la plus-que-parfaite Mireille Mathieu, on imagine aussi une vie remplie de sacrifices, un régime tyrannique, semblable à celui des athlètes.On a pourtant qu’à demi-raison.Certes, il a fallu à cette aînée d’une modeste famille de 13 enfants beaucoup de discipline pour se hisser -ehUipp* GUngroi «LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Gingras Un livre de 295 pages qui retrace l’histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu’à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Je désire recevoir exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR” J’inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix) NOM .ADRESSE .PROVINCE:.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT ?Chèque ?American Express ?MasterCard ?Visa No de carte de crédit.Expiration:.au rang des plus grandes interprètes et pour conquérir un à un tous les publics du monde.Il lui a aussi fallu, précise-t-elle, beaucoup de cette foi.De foi en l’amour, bien sûr.Mais, surtout, de cette foi chrétienne qu’elle affiche bien haut, même si, pour ce faire, elle doit naviguer à contre-courant dans un milieu pas très pieux.Mais, à lire cette biographie qu’elle vient de publier, on comprend plutôt que la vie de cette grande artiste fut et demeure un véritable conte de fées avant que d’être une série de sacrifices.D’ailleurs, c’est elle-même qui le clame.« Quand on me dit : “Vous vous sacrifiez !”, ça m’énerve.Je n’ai pas l’habitude de manier les mots, mais il me semble que “sacrifice” ne convient guère à Mireille Mathieu.Le sacrifice, c’est autrement redoutable, terrible, définitif.En quoi me suis-je sacrifiée ?J’ai le bonheur de faire un métier dont je rêvais depuis toujours.D’avoir vu arriver le miracle que j’espérais.La réussite que je voulais.Ou est le sacrifice ?Je voulais chanter pour le monde entier, je le fais.Je voulais donner aux miens ce qu’ils n’ont pas : ils l’ont.» < jrm —J—a \—l- Photo Jacques Grenier MIREILLE MATHIEU.depuis, de New York à Hollywood, de Londres à Berlin et de Pékin à Moscou.Cette biographie qui fera — et qui a déjà fait — des malheurs dans les librairies ne fut pas écrite par Mireille Mathieu, mais plutôt par une journaliste de France-Soir, Jacqueline Cartier, à qui l’artiste a dicté ses mémoires.On y suit pas à pas le cheminement de la carrière de la petite fille d’Avignon.Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations, contactez Jacqueline Avril 842-9645 Le Devoir, samedi 27 février 1988 ¦ D-7: LE PL A’.SIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR L’envers des «années de rêve» GÉNÉRATION 2.Les Années de poudre Hervé Hamon et Patrick Rotman Paris, Le Seuil, 1987, 695 pages MARCEL FOURNIER DANS le deuxième tome de Génération, aussi volumineux que le premier, Hervé Hamon et Patrick Rotman reprennent leur récit là où ils l’avaient laissé, à l’automne 1968 avec la naissance de la Gauche prolétarienne et la publication de La Cause du peuple, et la poursuivent jusqu’à l’automne 1975.Déjà éprouvée, leur méthode a la même efficacité : elle permet de présenter les résultats d’une enquête menée minutieusement tout en entraînant le lecteur dans le récit des événements.L’intérêt du second tome est, cependant, moins grand que celui du premier : l’histoire politique d’une génération fait place à une chronique de faits divers.Il est toujours plus agréable de lire l’histoire d’une réussite que celle qui se présente comme un échec ou une erreur.Les « années de poudre » apparaissent comme l’envers des « années de rêve ».Il y a l’avant : un mouvement libertaire et ouvert, des leaders charismatiques, aux pouvoirs diffus qu’aucune organisation n’entravait, une véritable fête de la prise de la parole.Et il y a l’aprês : des organisations marxistes et trotskistes fermées et sectaires, des petits chefs autoritaires et des discours dogmatiques et creux.Même s’ils refusent de juger une génération, Hamon et Rotman n’en accumulent pas moins tout un ensemble de pièces à conviction : les militants gauchistes, et parmi eux les « durs » de la Gauche prolétarienne, se sont laissé enfermer dans la logique « groupusculaire » et se sont perdus dans « la quête d’un absolu inaccessible » ; un moment, ils ont été tentés par le terrorisme.Et autour d’eux, une effervescence sociale et culturelle qu’ils parviennent difficilement à comprendre : le Mouvement de libération des femmes, la contre-culture et l’écologie, la révolte des lycéens, l’occupation de l’usine Lipp.André Glucksman, qui reprendra sa plume pour pourfendre les maîtres-penseurs, avoue lui-même : « Le marxisme rend sourd.» Après quelques années de militantisme actif — vie clandestine, établissement dans les usines, meetings et manifestations — les héros sont débordés, fatigués, désillusionnés.Sauf Alain Krivine, le « diplodocus de cette génération », le leader de la Ligue communiste « perpétue le même rituel, les mêmes termes, le même rôle, immuable ».Les autres ont bougé, changé.Comme l’a montré, ur les militants gauchistes au Qué-c, Jean-Marc Piotte dans La Communauté perdue (Montréal, VLB, 19861, l’« itinéraire de dégagement » a été souvent difficile et a revêtu diverses formes, dont'la religion.Que reste-t-il de ces « années de poudre » ?Loin de présenter le gauchisme comme une « maladie infantile », Hamon et Rotman tentent, en conclusion, d’en présenter un bilan positif : isolement du Parti communiste, üquidation de la perspective de la révolution, protection contre le terrorisme, élargissement de l'action politique à l’ensemble de la société civile.Et, au plan des mass media, il y a une réussite impressionnante : la publication, à partir de 1973, d’un nouveau quotidien, Libération, sous la direction de Serge Joly.En épilogue, Hamon et Rotman retracent l’itinéraire de la cinquantaine de militants qu’ils ont patiemment interrogés : certains ont envahi les cabinets ministériels de gauche, d’autres sont devenus journalistes, d’autres, enfin, ont suivi des études de lettres ou sciences sociales et ont entrepris une carrière universitaire.Ce deuxième tome de Génération se termine sur une phrase que Pierre Goldman écrivait à Régis Debray de sa cellule de prison : « Tu verras," Régis, un jour, nous serons heureux d’avoir eu 20 ans dans les années soixante.» W0 Une étude bâclée sur la famille HISTOIRES DE FAMILLES ET DE RÉSEAUX La sociabilité au Québec d’hier à demain Andrée Fortin et collaborateurs Montréal, Saint-Martin 1987, 225 pages LUCIA FERRETTI L’OBJECTIF était louable, et audacieux : définir sociologiquement la famille québécoise contemporaine sans la réduire à une sorte d’idéal-type mais, au contraire, en intégrant la diversité des situations réelles; mesurer l’importance qu’elle tient dans la vie des individus; identifier ses rapports à la société globale; enfin, comparer la famille contemporaine à celle d’« autrefois ».Et pourtant, cet ouvrage ne vaut rien.1.Aucune réflexion théorique.On nous parle bien de trois types de réseaux de sociabilité, tisses autour des individus, des couples ou du clan familial; on leur place sans surprise en parallèle les « yuppies », les classes moyennes et les classes ouvrières ou défavorisées.On nous parle aussi d’une sociabilité de centre-ville, où « yuppies » et assistés so ciaux se côtoient sans se fréquenter, et d’une sociabilité de banlieue, établie officieusement autour de la tondeuse à gazon et du pelletage d’hiver ou, plus formellement, autour des échanges reliés au transport ou aux enfants.Dans tout cela, rien de bien neuf, surtout pas la conclusion, digne de La Palice : dans le Québec des années 80, la famille et les relations familiales restent encore essentiellement l’affaire des femmes, surtout des mères.2.Une écriture bâclée et une analyse de premier niveau : on a voulu éviter le jargon universitaire, on est tombé dans un commentaire sans cesse coupé d’expressions entre guillemets tirées d’un langage oral plutôt négligé.Mme Fortin parle de la job de mère, de sels de grands-parents, écrit : « C’est spécial ! » pour commenter une situation inhabituelle, etc.En outre, le corps du texte est presque uniquement composé de la description au cas par cas des 370 témoignages qui forment les données de la recherche.3.Sur le plan méthodologique, enfin, l’étude est plus que déficiente.Jusqu’à quel point les réseaux de sociabilité mis à jour dans la Vieille Capitale, objet exclusif de l’enquête, sont-ils représentatifs de ceux qui s’établissent à Montréal ou dans une ville périphérique, ou encore dans une région rurale ?Il aurait fallu en dire au moins un mot dans un ouvrage qui prétend traiter de la sociabilité non pas à Québec, mais au Québec.Par ailleurs, on néglige de nous présenter le questionnaire proposé aux personnes visitées en entrevue.À la lecture, on réalise, cependant, que les questions ont porte surtout sur la présence de la parenté dans la maison ou le voisinage (dont les limites étaient laissées à la discrétion du témoin) et sur la fréquence (jamais, rarement, souvent, etc.) et la qualité des contacts avec les membres de la famille, où qu’ils résident, et avec les voisins.De telles questions ne peuvent attirer que des réponses impressionnistes sur la foi desquelles Mme Fortin conclut, d’une part, à la vitalité contemporaine de la famille « traditionnelle » dans certains coins de la ville et, d’autre part, à la fausse nouveauté de certains modèles familiaux qui, après tout, ont pu aussi exister autrefois.On ne parle toutefois pas de la nortion relative des divers types amille à chaque époque.Plus grave encore, alors que deux chapitres sont consacrés à la revue des études sur la famille québécoise d’« autrefois », c’est-à-dire d’avant.1960, Mme Fortin n’établit aucune comparaison ou presque sur la structure des rapports familiaux hier et aujourd’hui, sur les rôles dévolus à chaque membre de la famille, sur les fonctions attribuées à l’institution familiale, sur la valeur qui lui est consentie dans les représentations per- sonnelles et collectives, et sur la place concrète qu’elle a occupée et occupe présentement dans la dynamique des rapports sociaux.La sociologie et l'histoire de la famille, au Québec, sont des secteurs de recherche qui, depuis Léon Gérin, à la fin du siècle dernier, se sont toujours distinqués par la richesse exceptionnelle des travaux effectués.La désinvolture avec laquelle le sujet est cette fois traité en est d’autant plus inacceptable.Mgr ADOLPHE PROULX.Photo Louise Lemieux Photo Allard/VU Les auteurs de Génération, HERVÉ HAMON (à gauche) et PATRICK ROTMAN.Un «prophète pour notre temps» UNE VOIX POUR LES SANS-VOIX Mgr Adolphe Proulx textes sur la pensée sociale de l’évêque de Gatineau-Hull Ottawa, Novalis, 1988, 200 pages MARIE LAURIER MGR ADOLPHE PROULX aura marqué de bien des façons un épiscopat brusquement interrompu par son décès à la fin de l’été 1987.Évêque de Gatineau-Hull, sa réputation dépassa largement le cadre de cette région pour rejaillir sur la scène nationale.Devenu vedette malgré lui, en bonne partie à cause de son talent de communicateur, et aussi par la magie des médias électroniques, il se fit remarquer par la vigueur de ses prises de position en faveur des pauvres, des marginaux, des laissés pour compte de notre société d’abondance.Son talent d’analyste fut bien souvent mis à profit par l'épiscopat canadien qui lui demandait d’aller défendre des dossiers sur la place publique, ce qu’il faisait toujours avec fermeté et distinction.On se souvient, entre autres, du fameux document de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CÉCC) sur l’économie canadienne, diffusé en décembre 1983, qui fit l’effet d’une bombe partout dans le pays.Sortant de leur neutralité à l’endroit des problèmes politiques, les évêques s’arrogeaient le droit et.le devoir de critiquer le système économique et de proposer des jalons d’éthique et de réflexion pour juguler la crise que nous traversions.Principal inspirateur de ce document, on chargea Mgr Proulx d’expliquer la position des évêques sur cette « société à refaire » ; on en retrouve l’essentiel dans un livre publié chez Novalis et intitulé Une voix pour les sans-voix.L’ouvrage présente plusieurs autres messages de Mgr Proulx portant sur les Femmes, les jeunes, la famille, les personnes âgées, les travailleurs, la paix et le désarmement, le tiers monae, ainsi que ses pensées d’inspiration évangélique sur les grandes fêtes chrétiennes de Noël et de Pâques.Le recueil réunit donc les réflexions les plus significatives et les plus percutantes de l'évêque dont on voit plusieurs photos, l’une avec Mgr Helder Camara, du Brésil, avec qui il se sentait de grandes affinités.De l’avis de nombreux témoins de son action pastorale et de ses admirateurs, Mgr Proulx se situait au I coeur du « monde de ce temps », si J bien que ses interventions ne lais- I saient personne indifférent.« Même les gens qui ne partagent pas son .point de vue l’écoutent, rappelle Mgr Bernard Hubert dans la préface au recueil.Nul doute que, dans une période où l'Église apparaît à plusieurs comme marginale et en perte croissante de vitesse, Monseigneur Proulx donne de la crédibilité aux discours des évêques.» Un peu plus loin, le préfacier souligne que Mgr Proulx est « non seulement responsable d’une Église particulière, c’est-à-dire le diocèse qui lui est confié, mais il l’est aussi de l’ensemble de l’Église, partout dans le monde.[.]• Manifestement, ce pasteur est un prophète pour notre temps».A lire cet ouvrage, on comprend mieux pourquoi les Fidèles du diocèse de Gatineau-Hull souhaitent que leur futur pasteur ressemble à Mgr Proulx, comme ils le manifestent dans une consultation populaire rendue publique ces jours derniers.« Il nous a fait découvrir notre dignité et, surtout, notre responsabUité de baptisés », souligne Reynald Labelle, du Conseil diocésain de pastorale de Gatineau-ll ull, un d’une série de témoignages d’appréciation présentés à la fin du livre.Pour comprendre le message de T icône L’ICÔNE, FENÊTRE SUR L’ABSOLU Michel Guenot Paris et Montréal, Cerf et Fides 1987, 212 pages JACQUES GAUTHIER L’ICÔNE, fenêtre sur l'Absolu, de Michel Guenot, est le troisième ouvrage qui paraît dans la nouvelle collection « Bref ».Cette collection de poche très attrayante veut traiter, d’une façon synthétique, des grands thèmes religieux de l’heure.G uenot propose quelques clés de lecture permettant de mieux saisir l’univers spirituel de l’icône.Son étude s’adresse surtout à tous ceux et celles qu’intéresse l’icône.L’auteur brosse en premier un bref historique de l’iconographie chrétienne et de sa place dans l’église d’Orient.Il étudie ensuite l’icône proprement dite : les canons de l’icône, les différences entre l’art sacré en Orient et en Occident.Il passe en revue les données générales sur l’icône.Pour actualiser son étude, Michel Guenot analyse quelques icônes.Malheureusement, elles ne sont pas toutes reproduites en couleurs.Il termine par des éléments de théologie de l’icône : l’icône, image purificatrice, en lien avec l’Incarnation, la Transfiguration, la Lumière et la Présence.C’est donc à un voyage vers la beauté que le lecteur est convié.L’icône est une théologie de la beauté et de la présence.Elle nous plonge au coeur de l’Orthodoxie où l’intelligence et le coeur sont unifiés dans une même démarche philocalique (camour de la beauté).L’auteur a bien saisi que l’icône contemplée porte à la prière et nous rappelle que Dieu est le Beau-Vivant.L’icône atteste que l’incarnation du Christ mène à la transfiguration et à la résurrection du sensible.Avec ce livre qui va droit à l’essentiel, Michel Guenot a écrit ici une des plus belles synthèses sur le langage inconographique.« Fenêtre sur l’absolu, l’icône révèle ce que nos yeux de chair supportent de la lumière du monde invisible » (p.209).Une tradition de qualité, un brillant avenir en perspective Les Presses de l’Université d Ottawa 501 Cumberland Ottawa.Ont r KIN 6N5 (613) 564-2270 pouvoir Mythe er reflet delà France « Voilà en cinq chapitres une excellente synthèse des regards qu’ont jetés sur le Canada, cl plus particulièrement sur le Québec, les Français, depuis 1850 jusqu’en 1914.» - André Renaud, Lettres québécoises « Le texte, lui, va à l’encontre du savantassc.Le style est alerte, la langue ibidem, agrémentée de portraits, de courtes biographies, de descriptions de situations et de caractères.» - Jean Éthier-Blais, Le Devoir ISBN 2-7603-0154-0 440 pages 34,95 S Voilà enfin un livre sur la sociologie du sport au Canada.Dans une perspective résolument critique, les auteurs identifient les forces sociales qui ont modelé le sport contemporain, analysent les effets de l’action du gouvernement et d’autres organismes sur l’institution sportive, décortiquent les différentes idéologies en jeu et tracent un tableau des variations sociales de la pratique sportive.ISBN 2-7603-0114-1 338 pages 29,95 S A paraître bientôt! LA CATHÉDRALE NOTRE-DAME D'OTTAWA Norman Pagé • Un monument irremplaçable, un livre superbe! avec une centaine dont 16 planches sous une superbe • 160 pages d’illustrations pleine page.• Présenté couverture en couleur.Ce volume rend hommage à un monument précieux de notre patrimoine.Le texte porte sur divers aspects : historique, architectural et artistique, de la cathédrale.21 x 27,3 cm ISBN 2-760.3-0110-9 34,95 $ NOUVEAUTÉS THÉÂTRE TIENS TES RÊVES de Sylvain Hétu, Jean Lessard et Sylvie Provost Cette pièce aborde, avec beaucoup de simplicité, de délicatesse et d'humour, le thème de la sexualité chez les adolescents.Comment ceux-ci réagissent-ils face à leur première relation sexuelle?Cette pièce a mérité le Prix de la meilleure production «jeunes publics» 1986-1987.102 pages — 9,95 $ LA DÉPOSITION de Hélène Pedneault Cette pièce se présente comme une histoire policière: une femme est accusée d’avoir tué sa mère sur son lit d’hôpital.S’en-¦ suit un chassé-croisé entre l’inspecteur de police et l’accusée.Est-elle vraiment coupable et pour quelles raisons aurait-elle tué?Un grand moment de théâtre! 110"pages — 9,95 $ LES FANTÔMES DE MARTIN de Gilbert Turp Cette pièce met en scène un jeune homme de vingt ans qui veut changer le monde, comme on le veut tous quand on agi/ingt ans.Les fantômes de Martin.c’est un cri de désespoir qu'on pousse quand toutes les avenues sont bloquées.116 pages — 9,95 $ Vlb editeUT DEPtLA GRANDE LITTÉRATURE vlb éditer Héllne Pednenult La déposition théâtre vlb éditeur ! ü/lvain Hétttj .• Jean leenArd, ;, 8 jri vie Pruroet jeûna th< D-8 B Le Devoir, samedi 27 février 1988 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Étranger dans la grande ville aux rues sans visage Jean E1HIER-BLAIS ?Les carnets A TABLE, hier, avec des amis, après un bon repas, nous parlions de Salavin.Georges Duhamel est un auteur qu'on ne lit sans doute plus, ni ses récits de voyage, ni Cécile parmi nous, ce chant d’amour offert à la musique.Pourtant, il se croyait et se proclamait « un grand écrivain français ».Il l'était en 1936 et le voilà devenu « un grand écrivain français oublié ».Salavin mérite de survivre.Avant Sartre, dans la veine kafkaesque, Duhamel a décrit l’homme aux prises avec ses pulsions, exilé sur cette terre, incompris et sournoisement infidèle à lui-même, qui se torture et se ment en sachant qu’il se ment.À table, nous étions trois et riions de nous retrouver, comme par un enchantement à la Merlin, issus du même univers de souvenirs, nous qui venions d’horizons si différents.Les parentés livresques, celles qui naissent d’une expérience partagée avec un autre être, à l’insu l’un de l’autre, sont peut-être plus fortes que celles du sang.Il y a une fraternité des âmes.J’ai abandonné la lecture des Démons pour celle du dernier récit de M.Négovan Rajic : Sept roses pour une boulangère *.Abandonné ?Voilà un grand mot, car dans Négovan Rajic, j’ai retrouvé Dostoïevski.C’est le même sens du monologue, le même univers de regrets et d’occasions manquées, c’est le même sentiment que Dieu refuse d’intervenir, ou qu’il intervient à contretemps.Dieu, ce grand absent.Les personnages de Dostoïevski sont emportés par le vent de l’histoire, car la Russie a un destin (mais quel est-il et quelles en seront les victimes?) et tout Russe est voué à l’accomplissement de ce plan divin.Le narrateur du récit de Négovan Rajic, lui, tout aussi introspectif que Chatov ou un autre personnage des Démons, a brisé les amarres, il appartient au peuple immense des réfugiés.J’en ai connu, autrefois, à Paris.Nous étions, nous, les étudiants canadiens, des riches, munis de cartes en bonne et due forme, qu’il ne fallait renouveler que tous les trois ans.Nous avions des tickets de rationnement qui nous donnaient droit au chocolat.Nous étions libres, nous avions des amis.Les réfugiés de notre âge, Polonais, Yougoslaves, Roumains et tutti quanti, nous les reconnaissions à leur mine souvent hagarde ; ils travaillaient la nuit afin de suivre, le jour, les cours de la Sorbonne.Encore ceux-ci avaient-ils une carte d’étudiant.Le narrateur de Négovan Rajic, qui a fui son pays en traversant à la nage une rivière limitrophe, est seul à Paris, dans une banlieue; sa carte d’apatride ne lui permet pas de travailler; il habite un refuge; il a faim, il a honte, il se sent par définition étranger dans la grande ville aux rues sans visage, où rôde l’idée de la mort.Suivons ce jeune réfugié dans ce Paris qui, pour lui, sera toujours désert.Négovan Rajic lui fait revivre sa vie, selon le principe de ce que j’appellerai les souvenirs gigognes.Un pan au passé tombe et en révèle un autre, qui, tombé lui-même, nous fait voir, au loin, un autre aspect de la personnalité de notre héros.Le principe est celui de la descente aux Enfers, sauf que l’enfer, dans les souvenirs des malheureux, c’est l’enfance, ce sont les promenades radieuses faites avec le père et la mère, les jardins fleuris, les villes étrangères qu’on visite en toute liberté et de l’argent plein les poches.L'Enfer, c’est le bonheur perdu.Négovan Rajic reconstitue religieusement cet univers où le rêve se greffe sur la réalité; on se demande lequel fut le plus beau.Je me suis laissé emporter, je dois le dire, par ces souvenirs de jeunesse et d’enfance dans un pays inconnu, où il y a des villes d’eau, où les enfants poussent des cerceaux et marchent lentement dans des allées admirablement peignées, au bras de leur maman.Ces enfants devenus adolescents sont happés par la guerre.Nous les retrouvons gravissant des montagnes derrière de vieux canons, poussés en avant par des officiers à cheval, se posant la question : Vaut-il mieux mourir au cours d’une bataille ou là, au bord de la route, dans la torpeur de l’insupportable fatigue ?Et puis, la guerre finie, le nouveau régime qui s'installe, qui proclame la Grande Idée, la dictature du Parti, qui n’aura jamais de fin.Un certain Hitler, des années vingt aux années quarante, avait hurlé cette contrevérité.Aujourd’hui, sous des noms divers, stalinisme, paix, glasnost, les communistes ont pris la relève, au service de l’impérialisme éternel de la Russie.En Roumanie, Ceausescu détruit systématiquement les monuments historiques et les villages anciens au nom de la Grande Idée.Aucun livre n’est plus actuel que Sept roses pour une boulangère.Le jour vient où, dans un sursaut fait de révolte devant la Bêtise institutionnalisée et par sens du risque, notre héros, devenu étudiant, s’enfuit.Il traverse la Mura à la nage, se retrouve dans des camps, aboutit à Paris, comme un abcès.C’est peu de dire qu’il n’a plus d’espoir.Il est devenu un Salavin sans le grain de folie.Sa vie a un double décor, les souterrains et les escaliers.Il monte des escaliers, ou prend l’ascenseur (c’est la même chose; j’invitai un jour Jean-Louis Barrault à emprunter l’ascenseur, il refusa sous prétexte que c’était un cercueil mobile) à la recherche d’une situation de miséreux.On connaît ces escaliers.Gras, visqueux même, ils débouchent sur des couloirs qui leur ressemblent.Pour aller rendre visite à Hertel, rue de la Croix-Nivert, j’en ai souvent monté un, avec, à tous les deux étages, dans l’angle, les cabinets communs.C’était horrible.Mais nous sommes de fines natures, peu faits pour l’inconfort et la Grande Idée.Le narrateur des Sept roses.est entouré d’hommes semblables à lui, qui, jeunes, ont déjà trop vécu.Il y a, d’une part, les déclassés totaux, d’autre part ceux qui ont vaguement réussi, qui ont décroché la carte de séjour.Ceux-là ne hantent pas les souterrains.L'escalier est un souterrain vertical.Il y a le métro, cette immense vie souterraine qui se greffe sur la vôtre lorsque vous cherchez désespérément une situation, que vous avez faim et que vous ne connaissez personne.Le narrateur fait l’expérience fondamentale de la vie : tout homme est partie intégrante d’un clan et sans doute cette loi ne disparaîtra-t-elle jamais.Il y a toujours un moment, dans la vie, où le clan intervient.Il vous trouve votre première situation.Cela s’appelle les relations.Plus tard, il vous permettra d’acceder au pouvoir, si le pouvoir vous intéresse.Le clan, ce sont aussi les amis, à qui vous rendrez la pareille lorsque vous le pourrez.Le narrateur se rend chez un compatriote du nom de Milan, mieux nanti que lui.Cela n’est pas dit dans le livre de Négovan Rajic, mais il est dans la nature des choses que ce Milan l’aide à quitter Paris, à se rendre dans ce pays lointain dont il rêve et où il n’aura plus faim.« Vae soli », dit saint Paul; malheur à l’homme seul, dans sa solitude.Vrai dans le cas de la plupart des hommes, de cette multitude à laquelle s’adressait l’Apôtre.Faux dans des cas bien précis.Le narrateur est de ceux-ci.Il ne craint pas la solitude, il craint la misère, l'angoisse de la faim, l’impossibilité d’accomplir sa vie.Il s’ennuie aussi de ses parents, de son père professeur dans un lycée, de ses amis laissés là-bas.Tout ceci est très touchant.À la fin, l’espoir luit, comme dit Jammes, sous la paille dans l’étable.La boulangère fait son apparition, semblable à Vénus anadyomène.Il suffit d’un geste, d’un sourire, d’un acte de générosité pour transformer l’homme.Banal, mais incontournable.Lorsque nous faisons la connaissance du narrateur, il est au fond d’un trou, condamné à lui-même.Il habite l’essence du souterrain.Il revit sa vie qui, soudain, s’épanouit comme une fleur, parce que Vénus est apparue.Il songe.Il écrit sa vie de mémoire, comme Soljénitsyne ses romans dans les camps.Nous en lisons le récit, écrit d’un style direct, affirmatif, sans négligences.Un homme qui écrit ainsi ne pouvait qu’échapper à la gueule du lion, il ne pouvait s’incliner devant la Grande Idée.Il dit ce qu’il a à dire.À long terme, ce narrateur est dangereux.Son style éclaire comme une flamme.Que fait la flamme ?Elle brûle.Beaucoup de lecteurs de Négovan Rajic sentiront passer le feu.*SEPT ROSES POUR UNE BOULANGÈRE Négovan Rajic Montréal, éditions Pierre Tisseyre, 1988 Maintenir la parole à hauteur d’homme La poésie de René Char est une «conversation souveraine» avec le monde JEAN ROYER ENTRE « le soleil des eaux » de la Sorgue, qui nourrit sa terre natale, et les neiges éternelles du mont Ventoux, « miroir des aigles », où il fut un « combattant indomptable » de la Résistance, le poète René Char a maintenu la parole à hauteur d'homme.Né le 14 juin 1907 à L’Isle-sur-Sor-gue, le poète, qui est mort le 19 février dernier à Paris, était en état d’insurrection permanente contre tout ce qui dénature l’homme.Cet insoumis n’a pas seulement été le chef de la Résistance du secteur Du- Cette photo de RENÉ CHAR, signée Man Ray, illustre l'ouvrage de Serge Velay, René Char, qui êtes-vous ?, paru à La Manufacture en 1987.A D A G P., Paris, 1987 É8ÉC0Iλ kImKM L'ACTUALITÉ LITTÉRAIRE QUÉBÉCOISE, C'EST lettres québécoises OFFRE l.e„re, québécoise^ uf recueils de to ' e £ ,roi loésie, neuf Piece “ u cxtraits •JïSZÏÏSSZ**”* SPÉCIALE D'ABONNEMENL me.Avec un flbo""0™ fl„ de Gabrielle Roy infants de ma v , deux uns (24$), vec un ahon,'e^ Jrancine D'Amour, le , sont mortels de Franc runan,mite mèrrn 1987, un roman qui aj lires (Guérin littérature) LETTRES QUÉBÉCOISES, C.P.1840, Suce.B, Montréal, H3B 3L4 Tél.: 525-9518 Nom____________________________________ Adresse.Ville- Code postal.Canada 12 $ USA 12$ (U.S.c.) Europe 18$ Je m'abonne pour un an ?pour 2 ans ?J'inclus mon chèque au montant de 12$ ?de 24$ ?Allouer deux à quatre semaines pour l’envoi des livres cadeaux rance-Sud sous le nom de « capitaine Alexandre » entre 1942 et 1945, il est resté un homme d’action toute sa vie, avec la poésie comme « métier de pointe ».Pour René Char, la poésie est action.Elle est la chance de l’homme désespéré de son temps.Elle est l’espoir de rester à hauteur d’homme.La poésie s’allie à la pensée dans un optimisme tragique où l’homme assume son propre dépassement et se donne un avenir.La poésie est l’espoir même qui naît de la lucidité, cette « blessure la plus rapprochée du soleil».René Char a fait paraître, depuis 1928, plus de 80 recue.ls où il devient le « marcheur » de notre siècle, celui qui, à la suite d’Uéraclite, apprivoise nos contraires, cet ami des peintres aussi (Braque, Picasso, Miro, Vieira da Silva) et cet « homme réfractaire » encore « aux projets calculés » et à tout armement nucléaire.Ce terrien qui comprend la nature des choses à partir de la géographie provençale a su incarner sa poésie, non pas dans l’actualité de son siècle mais dans son devenir.« La réalité sans l’énergie disloquante de la poésie, qu’est-ce ?», écrira-t-il.De même : « Le poème est toujours marié à quelqu’un.» Ce poète n’a jamais délaissé la terre.Quand l’homme s’élance dans l’espace, en 1959, il ne s’illusionne pas du spectacle : « L’homme de l’espace dont c’est le jour natal sera un milliard de fois moins lumineux et révélera un milliard de fois moins de choses cachées que l’homme granité, reclus et recouché de Lascaux, au dur membre débourbé de la mort.» La morale poétique de Char est surtout le savoir-vivre d’un homme qui se reconnaît « responsable ».Ainsi, le poète peut passer naturellement du lyrisme du poème à l’efficacité lapidaire de l’aphorisme.Depuis Feuillets d’Hypnos (1945) et Seuls demeurent (1946), jusqu’au Poème pulvérisé (1947) et Le Nu Les pères disparaissent dans la nuit.JEAN-GUY PILON ILS ÉTAIENT là, jadis.Ils n’y sont plus, ni l’un ni l’autre : Alain Grandbois est parti doucement en 1975, et René Char repose maintenant dans sa dure terre du Vaucluse.Les pères ne sont plus.Ils ont rejoint la nuit.En ce lumineux dimanche de février, pleurer et faire silence ! Oui, mais plus encore, se souvenir de leur haute générosité qu’hélas nous ne pourrons jamais atteindre.René Char était un géant de corps et de coeur.Une force fulgurante et troublante dans sa large main que j’ai eu l’honneur de serrer souvent, à Paris, de 1955 jusqu’à son retour définitif à l’Isle-sur-Sorgue.Combien de fois ne m’a-t-il pas accueilli dans son appartement de la rue de Chanaleilles, m’offrant des livres, des gravures, des éditions rares (par exemple, la toute petite édition originale de Poésie et vérité, de Paul Eluard, publiée clandestinement en 1942), ses oeuvres, bien sûr, avec d’émouvantes dédicaces.Une forte amitié, aussi.Précieuse, rare, unique.A l’époque où j’étais directeur de la revue Liberté, nous avions publié, avec son essentielle collaboration, un numéro spécial sur lui.Il en avait été très heureux et avait demandé à Picasso de nous donner une gravure pour le frontispice de la revue.Ce qui fut fait.Comme il avait demandé deux ou trois ans plus tôt à son vieil ami Miro de me faire une gouache pour un recueil de poèmes que j’allais publier.Ce qui fut fait.Et tant d’autres tendresses et confiances dans ses nombreuses lettres que la peine m’empêche de relire aujourd’hui.Je me souviens aussi d’un autre beau geste du coeur.Mon fils aîné, François, est né en avril 1956.René Char, qui aimait beaucoup dessiner, m’avait alors adressé une petite gouache qu’il avait faite pour ce nouveau-né et qui portait la dédicace suivante : « Salut au petit matinal d’avril ».Les années passent et les pères ne sont plus.Ils s’en vont.Ils disparaissent dans la nuit, et nous restons sans leur ombre rassurante, sans leur regard, sans leur voix ou les gestes de leurs mains.Mais jusqu’à quand?Que faire maintenant ?Essayer, dans la plus profonde modestie, d’aligner quelques mots incertains sur une page, ou alors, par respect, choisir le silence ?perdu (1971), entre autres titres, René Char a su allier poésie et pensée.Il a fondé sa lucidité sur « une santé de malheur » : « poésie et vérité, comme nous savons, étant synonymes ».La poésie de René Char est une «conversation souveraine» avec l’homme et le monde.Mais cette poésie, qui épouse la terre même quand elle se fait l’oracle de notre destin, n’est pas obscure.Au contraire, elle reste près des mots, elle n’oublie jamais le réel.Cette poésie est d’une « clarté close », a bien dit Jacques Brault dans le numéro 58 de la revue ••••••••••••• ••••••••••• •••••••• ••••••• • •••• • • • • V ••••••••••••••••••••a ••••••••••••••••••••A •••••••••••••••••••a •••••••••••••••••••• ••••*•••••••*»*•»•••«*« •••••• lapsînilil SOLDE llllll LIQUIDATION DE STOCK • • • • • • • • • • • • ••••••••••• ••••••••••• ••••••••••• ••••••••••• ••••••••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••••••••••••••••• O O O O Formats poche à .990 •••••4 •••••4 •••••4 •••••4 Des milliers de livres d’enfant à prix incroyables Liberté en hommage au poète, en 1968.« Sa poésie en est une de terre éprouvée par le pas du marcheur solide, de plein air aspiré avec gourmandise, continue Brault.De la base au sommet, son espace est habitable par la santé du courage.» René Char, l’homme, et sa poésie ont établi une liaison privilégiée avec le Québec.À l’occasion de l’entrée de l’oeuvre de René Char dans la « Bibliothèque de la Pléiade», Gilles Marcotte pouvait écrire dans Liberté (n° 151, février 1984) : « Aucun autre poète français du vingtième siècle, peut-être, n’a eu au Québec une présence si forte, une action — souterraine, par l’exemple, plutôt que par l’influence et la citation — si soutenue.» Il faut se rappeler que les éditions de l’Hexagone ont baptisé leur première collection « Les Matinaux », d’après un recueil de Char.Ce dernier écrivait ensuite une belle préface pour Les Cloîtres de l’été (1954), de Jean-Guy Pilon : « Nous respirons un air semblable; et l’inquiétude des arbres, la condition des hommes que nous croisons, se reflètent dans nos yeux identiquement.Tel est le privilège souverain de la poésie : elle rapproche et confond, fait mûrir autour du même noyau ce qui vraisemblablement se cherche sans se voir à travers un océan de séparation.» Aujourd’hui, Jean-Guy Pilon perd un ami et un père.« René Char était un géant de corps et de coeur », note Pilon dans un témoignage émouvant que nous publions ci-contre.De son côté, Madeleine Gagnon, qui, elle aussi, a beaucoup fréquenté l’oeuvre de Char, perd « un très grand frère », nous dit-elle : « Un traversier proche et lointain qui m’aida à mieux passer de la langue commune à la langue maternelle étrangère.» Enfin, un autre poète québécois, Pierre Morency, nous confie : « La grande leçon que je garde de ma fréquentation de Char : la poésie est une éthique avant d’être une esthétique; le travail du poète n’a rien à voir avec ce qui rallie, dogmatise, explique ou conspue.Une phrase de lui m’accompagne chaque jour : “Je n’ai jamais rien proposé qui risquât de faire tomber de haut.” » La liberté d’esprit a toujours marqué la poésie de René Char.Le poète s’est vite détaché du surréalisme, tout en restant l’ami de Paul Éluard.Sa langue concrète lui a permis de tracer une poésie capable de porter l’élégie autant que l’oracle.On a dit qu’il est un « poète de l’essence du poème ».Son oeuvre, certes, se présente aussi comme une réflexion sur la poésie, à proximité du mystère de la création artistique.« Toute la place est pour la Beauté », écrivait-il a la fin de ses Feuillets d’Hypnos.Et, dans quelques semaines, Gallimard publiera son dernier livre, Éloge d’une soupçonnée.Il s’agit évidemment encore de la poésie : « Soupçonnée, la seule qui garde force de mots jusqu’au bord des larmes.» Maintenant que le poète est mort, nous savons encore mieux que sa biographie, c’est son oeuvre elle-même.Aussi pouvons-nous lui emprunter ces lignes qu’il écrivait en 1960 à la mort de son ami Albert Camus : « Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence.Qu’en est-il alors ?Nous savons, ou croyons savoir.Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage.Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.» Tous les soirs jusqu’à 21 heures rlzA\iM LIBRAIRE 371 ouest, ave Laurier Montréal.OC - H2V 2K6 Tél (514) 273-2841 FautLEDEVQîB pour le crone!
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