Le devoir, 12 mars 1988, Cahier D
LE LE LE LE LE plais® des PL/ISli/ ¦ Best-seller : L'Irlandais, de Jack Higgins/D-2 ¦ Lettres québécoises : La Laurentienne, de Pierre Godin; L'Autre, l'une, de Suzanne Robert et Diane-Monique Daviau/D-3 ¦ Lettres étrangères : Qui a tué Palomino Molero ?, de Mario Vargas Llosa/D-4 ¦ Feuilleton : Une femme, d'Annie Krnaux/D-5 ¦ Cinéma : un dossier sur le cinéma québécois, des ouvrages sur Charlie Chaplin, Louis de Funès et Errol Flynn/D-6 ¦ Culture : Écrits I, de Paul-Émile Borduas; L'Ame désarmée, d'Allan Bloom/D-7 ¦ Carnets : Histoires d'amour, d’Hélène-Andrée Bizier/D-8 ¦ En bref : Prête-moi ta plume/D-2; la vitrine du livre/D-4; la revue des revues/D-6 Montréal, samedi 12 mars 1988 «J’écris sur Montréal car toute littérature se doit d’être incarnée» —Francine Noël JEAN ROYER LE SUCCÈS de Francine Noël lui vient directement de son public.L’institution, de son côté, a boudé jusqu’ici la popularité de Maryse et de Myriam première.Aucun prix n’est encore venu confirmer la nouvelle présence littéraire d’une romancière qui s’est fait une réputation dès son premier livre.Aujourd’hui, le public qui a aimé Maryse a déjà fait un autre best-seller de Myriam première : près de 12,000 exemplaires vendus depuis la parution du roman chez VLB éditeur.Le roman raconte la vie, sur le plateau Mont-Royal et dans le monde du théâtre, d’une dizaine de personnages dont Myriam, sept ans, sa mère Marité et son chum, François Ladouceur, ainsi que tantes Maryse et Marie-Lyre,, sans oublier les grands-mères, Alice, la rurale, et Blanche, l’urbaine.Voilà tout un monde peuplé d’émotions et de sensations au présent pour l’apprentissage de Myriam première.Toute une époque aussi, celle des années 1980, celle d’un Québec incertain mais moderne et post-féministe.Ce livre, qui emprunte à notre société ses façons de vivre et de parler, est une sorte de chant d’amour pour Montréal en même temps qu’il s'inscrit dans une nouvelle tradition littéraire québécoise initiée par des femmes de 30 et 40 ans.« Oui, j’ai l’impression d’appartenir à une certaine “conseurerie”, me dit Francine Noël.La littérature écrite par des femmes, cela fait partie des résultats du féminisme.C’est- à-dire qu’il y a désormais possibilité d’entendre un discours fait par des femmes et qui s’adresse à tout le monde.Un discours vraiment moderne qui prend sa place à côté du discours des hommes qu’il ne faut cependant pas évacuer.» Car Francine Noël ne se cache pas d’avoir aussi des modèles mâles.« Je prends mes modèles où ils sont, au Québec et ailleurs.» Le féminisme ne l’a pas convaincue de tout jeter par-dessus bord.« On allait rejeter toute la culture mais on ne peut pas tout réinventer.Cette culture qu’on a décriée, c’est aussi nous, les femmes, qui l’avons faite et transmise.» Parmi les modèles mâles de Francine Noël, on retrouve Rabelais et Beckett mais aussi San Antonio, Boris Vian et Queneau, ces écrivains qui vont chercher du côté de l’oral et de l'invention verbale.Car l’auteur de Maryse et de Myriam première aime explorer les niveaux de langage et les familiarités du parler quotidien.« J’utilise différents jargons mais j’essaie quand même de rester lisible.J’aime aller du côté de l’oralité — c’est un de mes plaisirs d’écrire — mais tout en respectant le fait que le français est une langue différente selon qu’on l’écrit ou qu’on la parle.Il faut maintenir la séparation des codes mais il ne faut pas que la langue écrite devienne quelque chose de complètement coupé de la parole, qui est première.» Francine Noël a bien l’impression de faire partie d’une littérature vivante et comparable à d’autres.« Et si on me reproche d’écrire des romans qui se passent à Montréal, je vais répondre que c’est normal et que toute littérature d’envergure internationale se doit d’abord d’être incarnée.Montréal, c'est mon lieu.Pour moi, c’est une ville assez importante pour être sur la carte.» La romancière n’a pas peur de s’affirmer comme Québécoise, même après l'échec du référendum de mai 1980.« Je suis restée séparatiste mais la question nationale devient douloureuse.Le problème du Québec sera toujours celui que Denys Arcand a décrit dans son film Le Confort et l’indifférence.Ici, on n’est pas des gens affamés et l’injustice n’est pas criante.Il s’agit plutôt de petites violences, de petits vexe-ments quotidiens.Finalement, les révolutions se font dans le sang et les séparations dans la douleur, ce qui n’a rien à voir avec notre situation.On ne peut pas faire la comparaison entre le Quebec et le Liban, la Palestine ou l’Afrique du Sud.Ce qui ne veut pas dire que les Québécois n'ont pas une lutte à faire.« Les Québécois ressemblent beaucoup plus aux Catalans, aux Bretons ou peut-être aux Occitans, qui ont été complètement bouffés par l’autre culture.Le Québec ressemble surtout à la Catalogne, qui a fait une sorte d’entente avec le reste de l’Espagne et qui est la partie la plus riche du pays.Mais je pense qu’il y aura toujours un fond de résistance catalane.« Au Québec, un certain discours a été mis en berne au début des années 1980 mais on ne peut pas indéfiniment faire semblant de rien et penser que les choses vont se replacer peu à peu.Il faut continuer de défen- dre cette culture qui est la nôtre, qui est unique.C’est une question de vigilance, puisqu’on baigne dans le contexte nord-américain.Je trouve navrant le recul actuel sur des questions comme celle de la langue.Surtout que nous souffrons, comme partout dans le monde, du débalancement de l’immigration.« Je trouve aussi très important que les Québécois aient une image positive d’eux-mêmes.Moi, j’ai horreur des intellectuels ou des artistes qui crachent sur nos propres productions culturelles.S’ils peuvent produire ici, au Québec, c’est que d’autres l'ont fait avant eux.Je ne peux pas supporter les gens qui crachent sur leur propre ethnie.J’ai déjà lu des lettres ouvertes aux journaux où des gens disaient qu’il était impos sible pour un intellectuel de vivre au Québec ! Qui est-on pour prétendre cela ?Je leur dirais d’essayer la Russie, ou même la France avec son petit système hiérarchique de castes, où la mesquinerie se fait à une échelle beaucoup plus considérable que celle que je vois au Québec ! « Cela dit, je suis bien consciente que le Refus global n’a pas été écrit il y a si longtemps, que nous sommes nés d’anciens colonisés et que nous ne sommes pas si loin de la nappe à carreaux et des cuillers ! Mais ce n’est quand même pas seulement cela, le Québec, c’est aussi un État moderne.C'est pourquoi j’ai voulu écrire mon roman Myriam première au présent et dans un esprit qui fait voir qu’il existe ici une continuité dans la transmission de notre culture.Nous avons notre façon à rous d’être au monde.» Photo Jacques Bolsslnot CKRL et la littérature: une véritable histoire d’amour pour nous plonger, en douce mais passionnément, dans l’univers des livres.Un univers circonscrit au fil des goûts et des orientations de ceux et celles qui, année après année, sont venus animer bénévolement toutes ces heures témoignant d’une véritable histoire d’amour entre la littérature et CKRL, cette pionnière des radios francophones d'Amérique du Nord.Comptes-rendus, recensions, magazines culturels, chroniques, entrevues, portraits d'écrivains, mises en scène radiophoniques de textes, « couverture » d’événements spécifiques reliés au domaine, etc., « CKRL a toujours donné une place importante à la littérature », confirme aujourd’hui Bernard Gilbert, président de son conseil d’administration et co-animateur du talk-show Danger culture, diffusé chaque semaine en direct du Fou-Bar, rue Saint-Jean.Entré à CK RL en 1980, du temps où la boîte faisait partie intégrante du campus de l’Université Laval, M.Gilbert a d’abord travaillé avec François Vasseur, Michèle Roy, Claire Côté, Gilles Laforce et Marie-Claude Trépanier, une équipe qui avait pris le parti de diffuser la littérature québécoise avant tout autre parole.« Il faut se rappeler, précise notre animateur, que cette époque correspondait à un moment très fort en littérature au Québec et à Québec où, davantage engagée qu’elle ne l’est maintenant comme librairie, Pantoute jouait ici un rôle significatif, de même que les défuntes soirées-lectures chez Temporel.Les écrivains de la région étaient particulièrement choyés par CKRL.Je pense, entre autres, à Pierre Morency, Marie La-berge, Guy Cloutier, Félix Leclerc, Suite à la page D-8 JULIE STANTON QUÉBEC — Méfiez-vous des sens uniques car les passeurs de l’anonyme dérivant à l’encre blanche peuvent vous entraîner là où les volumes éphémères et la poésie québécoise représentent tout un danger culture sinon le suprême délire sur impressions mais, surtout, surtout, ne dites pas à sa mère qu’il est écrivain, elle le croit musicien dans un bordel et cela causerait un vif émoi si la parole restait au premier plan.D’hier à aujourd’hui, ils sont si séduisants, les titres d’émissions littéraires à CKRL que je n’ai pu m’empêcher de les amalgamer à ma façon ! Quinze ans déjà que, d’aventure en aventure, s’y joue le jeu de la mémoire et de la parole, des mots et de l’émotion, de l’image et des voix, Patron et animateur de CKRL-FM, BERNARD GILBERT assure la relève dans cette ancienne radio universitaire qui a été l’une des premières radios communautaires à ouvrir ses ondes aux écrivains d'ici et à leurs oeuvres.Photo Jacques Grenier FRANCINE NOËL : Myriam première, c'est le plateau Mont-Royal des, années 80, un Québec incertain mais moderne et post-feministe.« Ë*§ - w .Ô ma source Ce nouveau roman de Daniel Gagnon est composé d'une séquence de très courts chapitres où le héros, un pasteur protestant, heureusement nommé Calvin, échange des lettres avec sa temme, son évêque et sa tille Calvin a quitté femme et presbytère pour se réfugier dans un hôtel où l'alcool et de douces créatures l'entraînent sur le chemin d'un curieux mysticisme.Voici deux chapitres de ce roman qui sera publié la semaine prochaine chez Guérin littérature DANIEL GAGNON Monseigneur, je ré ponds à votre lettre.Je suis très honoré que vous m’écriviez.Je crois aussi que les légumes constituent une nourriture saine.Des rides profondes me creusent le front, l’âge a labouré mon visage.Je poursuis seul mon idée et je fais bande à part.Je deviens un peu fou dans ma vieillesse; j'ai un drôle de caractère.Je me suis retrempé dans l’adversité.Je désincruste mon âme, je m'engouffre dans un passage étroit; je vis dans la partie la plus reculée du couvent; elles font grand cas de moi, elles sont empressées.Les présentations se font sans cérémonies, très simplement.Elles ont de l’avenir.Elles ne mettent pas en danger mon salut, Monseigneur.Elles ne font pas de difficultés à propos de mes idées démodées et de mes futilités.Elles restent toujours calmes, elles s’occupent de ma santé.Elles sont dans tous leurs états quand les policiers viennent, elles ne cessent pas de s’arranger nerveusement les cheveux ; elles subissent en silence les conséquences de l’injustice; elles ne bronchent pas pendant que les agents de la Sûreté passent et courent la prétentaine.Monseigneur Bishop, les filles gagnent de la popularité, elles ont gain de cause, leurs costumes contribuent à donner du brillant et de l’éclat à leur spectacle, elles ont une démarche gracieuse.Je dis mes prières au galop et je récite des poèmes de la Renaissance; je médite et je prie.Pardonnez à l’insensé que je suis.Les voies du Seigneur sont insondables.L’alcool coule à flots, je n’ai pas de coeur au ventre.Éminence, priez la Bonté ineffable de Notre Seigneur pour moi ! Priez-le d’éclairer mon chemin.Je n’ai pas la foi suffisante.J’écris mes confes- Suite à la page D-8 Photo Guérin littérature -Af* DANIEL GAGNON.Naive la Gouache CLADCSfÜSÆ v.\'r!, IWSCN Naïve la Gouache Naïve la Gouache a.M/ÆïTAtE-' ' kako iwç»* N.ii'v, la Gouache UN ROMAN À QUATRE MAINS NAÏVE, LA GOUACHE 176 pages 14,95$ Le premier roman de deux jeunes auteurs québécois qui prennent la parole à tour de rôle et de chapitre pour raconter I histoire d'un amour fou pris dans I engrenage d une organisation puissante et secrète.UN FAUX ROMAN D'ESPIONNAGE QUI EST UN VRAI ROMAN D'AMOUR.EN VENTE CHEZ VOTRE FOURNISSEUR ROBERT LAFFONT HH MARC PARSON ET CLAUDIE STANKE Le Devoir, samedi 12 mars 1988 LE-PLA LF PL AI LE PLAISIR LL PLAISIR LE PLAISIR Fiction et biographies 1 Les Vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset or 2 La Popessa Murphy/Arlington Lieu commun (2) 3 Myrlam première Francine Noël VLB (3) 4 Une femme Annie Ernaux Gallimard (-) 5 L'Amant sans domicile fixe Fruttero & Lucentini Seuil (9) 6 La Grande Sultane Barbara C-Riboud Albin Michel (4) 7 Le Fou du père Robert Lalonde Boréal (5) 8 L'Héritage Victor-Lévy Beaulieu Stanké (7) 9 Brume Stephen King Albin Michel (6) 10 Le Parfum Patrick Süskind Poche (-) Ouvrages généraux 1 Le Guide canadien des assurances 88 Ass.des consommateurs du Québec Prologue (2) 2 Prévenir le burn-out Jacques Languirand Héritage 0) 3 La Petite Noirceur Jean Larose Boréal (3) 4 Le Burn-out Herbert J.chez la femme Freudenberger Transmonde (4) 5 Le Métier d’écrivain Union des écrivains Boréal (-) Compilation laite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal Renaud-Bray, Hermès, Champlgny, Flammarion, Ralfin, Demarc; Québec Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières Clément Morin, Ottawa Trillium; Sherbrooke : Les Biblairies G.-G.Caza; Jollette Villeneuve; Drummondville : Librairie française.‘ Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Les best-sellers L’IRA-cible L'IRLANDAIS Jack Higgins Paris, Albin Michel 1987, 249 pages (édition originale anglaise : A Prayer for the Dying, 1973) PIERRETTE PIONNE EST-IL nécessaire de présenter Jack Higgins, auteur de romans d’aventure guerrière et policière, dont en particulier le Con fessionnal et L'Aigle s’est envolé, qui ont connu un succès évident auprès des amateurs de littérature criminelle ?L’Irlandais, traduction récente de A Prayer for the Dying, paru en 1973 et qui avait fait l’objet d’un film où Bob Hoskins tenait un des rôles principaux, porte sur le récit d’une intrigue remplie de péripéties et de rebondissements qui vous donnera, lecteur d’aventures policières, quelques frissons sans nul doute.On le connaît sous le nom de Martin Fallon, mais quelle importance puisque le peloton d’exécution l’attend et que le « seul moyen de se retirer du mouvement, c’est dans un cer- cueil ».Le Bourreau, c’est ainsi qu’on le désignait lorsqu’il participait, comme lieutenant, aux attentats de l’I RA provisoire, est responsable de crimes infâmes dont le plus monstrueux fut le meurtre de cinq enfants dans une embuscade.Un passeport ainsi que quelques gros billets lui permettraient de fuir l’Angleterre pour des cieux plus calmes.Mais comment les obtenir lorsqu’il faut s’éloigner en toute hâte pour échapper à la police et à l’armée ?Jack Meehan dirige une luxueuse maison de services thanatologiques.Derrière cette façade de respectabilité, il exploite une organisation qui contrôle le trafic de drogue, la prostitution, le jeu et le racket.Ce redoutable caTd offre justement à Fallon le moyen de s’évader.Cependant, le prix demandé est fort élevé.L’inspecteur principal Fitzgerald est chargé de l’enquête basée sur quelques indices relevés sur les lieux du crime.Le déploiement de l’enquête se complique avec la présence du père Da Costa, pasteur de la paroisse du Saint-Nom.Ce dernier ne craint ni les menaces, ni la violence.Prête-moi ta plume, le délice littéraire des écoliers JEAN-PIERRE PROULX PRÊTE-MOI ta plume ! C’est le magazine littéraire des jeunes québécois.Trois fois l’an, les écoliers du primaire en font leur délice.Il est à la fois leur oeuvre et leur miroir.Ce magazine est une initiative de €arole Marcoux, une enseignante de l’école primaire Saint-Pacal-Baylon de la CECM.Elle y assure le soutien linguistique aux enfants allophones très majoritaires dans cette école du quartier Côte-des-Neiges.Elle y en- seigne aussi la catéchèse et la formation morale.Fondé à l'automne 1985, Prête-moi ta plume en est à son huitième numéro.Il a pour principal objectif de « promouvoir le goût de lire et d’écrire chez les jeunes », précise la cartouche.« Le magazine est fondé sur la collaboration de tous : élèves, enseignant, directeurs», explique Mme Marcoux.Les écoles lui font parvenir des textes préparés par les élèves, textes qui ne doivent jamais dépasser 10 ou 15 lignes.Quelquefois, les écoles font elles-mêmes la sélection.Parfois, on laisse à la responsable le soin de choisir les meilleurs.« Et on pubüe des textes sans faute », insiste-t-elle.Pour l’instant, le magazine tire à 5,000 exemplaires, dont 2,500 sont vendus directement aux écoles et les autres donnés aux commissions scolaires.Les conseillers pédagogiques en font la promotion auprès des professeurs de français.Encore ronéotypé, le magazine compte, outre les pages produites par les enfants eux-mêmes, « le petit mot de Madame Plume », puis le conte collectif amorcé par le maga- zine et dont les écoliers inventent la suite à chaque numéro, la chronique « Mission spéciale », sorte de « test d’attention » qui oblige les écoliers à lire tous les textes et, enfin, la chronique « Pour écrire un mot » qui propose des échanges épistolaires entre écoliers.Au départ, le magazine a reçu une subvention de démarrage de $ 1,200 de l’Office de la langue française.Il en coûte actuellement environ $1,200 pour l’impression et $1,000 pour l’expédition.Oeuvre à but non lucratif, le magazine se vend 25 cents l’unité quand l’école s’engage à en acheter 100 numéros.RECHERCHE La modification des lois de Newton par A4.Milgrom Le darwinisme social en France par L.Clark Les images "intelligentes" par L.Delesalle, J.F.Colonna et M.Fantin Les souris sans queue par G.Gachelin Dossier: La querelle de l'ozone par P.Aimedieu [one • „ .ta n>°^ *,'v>aUtdeia'‘ene 3VW* j~ OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT* Un an: 36,00s 1 Je souscris un abonnement d’un an (11 nos), à LA RECHERCHE, au prix de 36,00$.Veuillez payer par chèque établi à l’ordre de Diffusion Dimédia Inc.Nom-Profession_____________________ Adresse_______________________________________________ Ville- Code Postal____________________ I A retourner accompagné de votre règlement à: I Diffusion Dimédia, 539, Boul.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2.«Un délai, d'au moins 8 semaines, interviendra entre la date de la demande ' I d'abonnement et la réception du premier numéro.L'abonné(e) le sera pour un an, à compter du premier numéro reçu » Photo Jacques Grenier CAROLE MARCOUX, fondatrice-éditrice de Prête-moi ta plume, le magazine littéraire des jeunes du Québec.L’Africain et le missionnaire par Lucien Laverdière 608 pages, 30,00 $ Après plus d’un siècle de présence missionnaire en Afrique, que pensent les Africains eux-mêmes?Qu’en disent en particulier leurs poètes, leurs conteurs, leurs romanciers?Aux frontières de l’anthropologie et de l’histoire littéraire, Lucien Laverdière reconstitue la figure du missionnaire dans la culture africaine contemporaine.Une enquête qui devient un dialogue de civilisations.Éditionô Éellatmin 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9 — Tel.: (514) 387-2541 mmmmmmmmmmMmmfflMmmmmmmmmmm JACK HIGGINS Albin Michel Pendant la guerre, il était commando dans l’armée de Tito.Après son ordination, il a choisi d’exercer son ministère en Corée.Durant cinq ans, il fut prisonnier dans les camps chinois.Il dirige maintenant une obscure et pauvre paroisse, assisté de sa nièce aveugle et orpheline.Le climat d’horreur qui se dégage, les intrigues de Dandy Jack, les descriptions d'enterrement, d’exhumation, d’autopsie ou de crémation, vous donneront probablement quelques frissons.C’est là une atmosphère qui rappellera à certains Parc Gorki.Malheureusement, les moments d’attente angoissée, que le roman policier réserve habituellement au lecteur, sont vivement atténués ici par des indices donnés d'une façon trop évidente.Le non-dit et l’imprévisibilité dans le déroulement des événements auraient ajouté encore plus au plaisir de la lecture de L’Irlandais.ù: C , 3 is ; 5 A ;feI - % pi] pi u m y * #411 * j ÉÉHÎÉftÉBÉÉntani PATRICK MODIANO, l'un des invités de Bernard Pivot, demain soir à Apostrophes.TÉLÉVISION Au réseau français de Radio-Canada, le dimanche à 9 h 30 : Livre ouvert, une série conçue pour promouvoir le goût de la lecture chez l'enfant.Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À Radio-Canada, dimanche à 13 h : Rencontres.Marcel Brise-bois reçoit Gilles Farcet, directeur-fondateur de la revue littéraire Filigrane et spécialiste de la littérature américaine.A Radio-Canada, dimanche à 16 h, Nathalie Petrowski et Daniel Pinard animent La Grande Visite, une émission où l'on reçoit parfois un écrivain.À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Sous le thème « Souvenirs de jeunesse », Bernard Pivot reçoit Jean Cau, Gérard Guégan, Patrick Modiano, Alain Robbe-Grillet, Jean-Marc Roberts et Michel Mohrt.(Reprise le dimanche 20 mars à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l'émission Écriture d'ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À la radio AM de Radio-Canada, le samedi à 17 h, dans le cadre de l’émission Plaisirs, Pierre Bourgault parle de littérature.À Radio-Canada, dans la première heure de Présent dimanche, dès 09 h : « Le livre de la semaine » est Du Canada au Québec, généalogie d'une histoire, de Heinz Weinmann (l’Hexagone) A Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM À CIBL-FM, Montréal, dimanche à 17 h 30 : Textes.Yves Boisvert lit des extraits de « Corps et jouissance », n° 14 de la la revue de poésie Urgences, publiée à Rimouski.Produite par CFLX-FM (Sherbrooke) et présentée par les Écrits des Forges, l’émission est également diffusée sur CKRL-FM (Québec).À Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.À Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d’ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Jean-François Chas-say (fiction) et Roch Poisson (revues).A Radio-Centre-Ville (102,3), mercredi de 07 h 30 à 09 h : Les Paresses matinales.Jean-François Bonin reçoit régulièrement des écrivains et recense les revues culturelles.À Radio-Canada, mercredi à 16 h : Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).À Radio-Centre-Ville, mercredi à 16 h : Paragraphes, animé par Danielle Roger.À Radio-Canada, mercredi à 21 h 30 : Le Jardin secret.Gilles Archambault reçoit Hélène Rioux.À Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.« L’Empire des lettres », introduction à la littérature chinoise classique (dernière de 10 émissions).À Radio-McGill (CKUT, 90,3), jeudi à 14 h : La Passion de l'écriture.Paul-Gabriel Dulac rencontre des directeurs de revues littéraires, dans le cadre de la campagne « Les revues s’affichent ».À Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les Idées à l'essai.Richard Sa-lesses s’entretient avec Jean-François Solnon au sujet du livre La Cour de France (Fayard).—MM • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • # • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • ••••••••••• ••••••••• ••••••• • •••• ipmiSOLDEl LIQUIDATION DE STOCK «A* .•••••••••••••••A* •••••••••••••••a* •••••••••••••••A _ •••••••••••••••• ?••••••••••••••••• •••••••••••••••••a* • • ••••••••• ••••••••• ••••••••• ••••••••• Des rabais allant jusqu’à 90% sur tous les livres en magasin • •• • •• • •• • •• • •• • •• • •• • •• • •• • •• • •• • •• «La pléiade» à 30% de réduction Formats poche à .99# Des milliers de livres d’enfant à prix incroyables MvvviMiiMlee • • • • • • • • • • • • • • • • • • ïîMÎM Tous les soirs jusqu’à 21 heures LIBRAIRE 371 ouest, ave.Laurier Montréal, QC-H2V2K6 Tél (514) 273-2841 A < À mmmaaa Le Devoir, samedi 12 mars 1988 A /jpc LF P I ,n- 1E PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres De l’assurance.dans les assurances PIERRE GODIN.Photo Paul Labelle/Québec-Amérique LA LAURENTIENNE L'aventure passionnante d'un groupe financier à la conquête du monde Pierre Godin Montréal, Québec/Amérique 1988 LETTRES QUEBECOISES PAUL-ANDRÉ LINTEAU LES QUÉBÉCOIS ont maintenant un nouveau héros national.Il se nomme dollar et le pauvre Dollard peut aller se rhabiller.Il n’a pas à attendre le 24 mai pour qu’on le fête ; on le célèbre à l’année longue, dans la presse et, de plus en plus, dans les livres.De nouveaux auteurs — surtout des journalistes — ont succédé au chanoine Groulx dans la définition de notre panthéon national.Pierre Godin est de ceux-là et il accomplit sa mission avec brio.Son ouvrage sur La Laurentienne tient le lecteur en haleine du début à la fin.Il recrée avec chaleur le climat des années 1930 et 1940, dans lequel s’élabore le projet d’une société d’assurances canadienne-française.Il rend bien ce mélange de foi religieuse et de ferveur nationaliste qui anime les fondateurs.Il nous fait ensuite parcourir les trois grandes étapes, marquées chacune par un président aux visions prophétiques, qui ont caractérisé révolution de l’entreprise.Tandem au miroir L’AUTRE, L’UNE Suzanne Robert et Diane-Monique Daviau Montréal, éditions du Roseau 1987, 223 pages LORI SAINT-MARTIN PROJ ET séduisant que celui qu’ont imaginé « l’autre » et « l’une » d'un recueil de nouvelles pour le moins ingénieux.Plus qu’une simple collection de textes disparates signés de la main de deux auteurs, il s’agit d’un jeu de miroirs soigneusement monté.Dès le début, on nous prévient que chaque texte répond a un autre et que l’ensemble a été conçu tout d’abord dans le dessein de faire de récriture un plaisir partagé.Dans de telles circonstances, le recueil vaut moins pour le mérite de chacune des nouvelles que par l’imbrication de deux univers et de deux styles : bref, par le double jeu de récriture.Importent surtout le mouvement qui s’établit entre les textes et les résonances de l’un à l’autre.Les auteurs ont imaginé deux types de collaboration.Dans un premier temps, elles se sont imposé des personnages et des objets devant figurer dans un texte que chacune composerait seule et ne donnerait à lire qu’après coup.Par exemple, il fallait traiter du thème de la vengeance dans une nouvelle où il serait question d’un compotier, d’une clé, de la peinture et d’une amande.Une deuxième série de textes s’est préparée plus simplement : après lecture d’une nouvelle de l’une, l’autre devait s’en inspirer et créer sa propre fiction.Paradoxalement, c’est la première technique, avec tout ce qu’elle comporte d’artificiel, qui donne les résultats les plus probants.Elle sert de catalyste a des nouvelles qui brillent justement par l’artifice.On se surprend à guetter, dans le deuxième texte, les prolongements du premier; plusieurs nouvelles intéressent surtout par les astuces qui permet- librairie HERMÈS Venez -garder avec nous APOSTROPHES le dimanche à 14h de9»9 363 iouts cette annec^ 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 tent l’introduction des éléments imposés, plutôt que par l’intrigue, parfois nourrie, parfois fort mince.La nouvelle « Gabriel» devait mettre en scène un être consolant et comporter un signe de la main et « quelque chose de vert Nil ».Chez Diane-Monique Daviau, c’est un Hollandais, aux yeux vert Nil, qui partage avec la narratrice une nuit empreinte d’une tendresse infinie.Le lendemain, il quitte la ville en bateau, et Frédérique l’imagine qui la salue de la main en dénouant son foulard vert Nil.Le Gabriel de Suzanne Robert rencontre au Vert Nil, café d’une ville où il est de passage, un ami bouleversé par le départ de son amante.À la table d’à côté, une femme nommée Ga-brielle lit une lettre et observe le reflet des deux hommes dans une grande glace.Les yeux vert Nil de Gabriel lui rappellent un papillon nocturne de la même couleur, que seul un « hasard bouleversant » peut donner à voir.Entre les deux s’établit, par le truchement du miroir, une complicité qui se rompt lorsque Ga- briel, entraîné par l’ami inconsolable, quitte le café en montrant son regret d’un signe de la main.Il est beaucoup question dans ces nouvelles de miroirs, de lettres, de passion inassouvie.Dans « Anneli, mon coeur », de Diane-Monique Daviau, un homme recherche chez tous les brocanteurs de New York les meubles de son ancienne amante; les marchands affirment les avoir achetés à un homme lui ressemblant trait pour trait, et qui serait parti avec Anneli pour le Japon.Suzanne Robert tisse son récit autour du deuxième homme, amoureux d’Anneli alors qu’elle ne désire en lui que sa ressemblance avec l’autre.« Ruines empalées sur la charpente du temps », les amants ne trouvent à la fin du parcours que la solitude.On voyaage beaucoup dans ces nouvelles empreintes de fantaisie; les sosies, les meurtres impunis, les déguisements nous éloignent du monde de tous les jours.De fait, les auteurs sont à leur meilleur lorsqu’elles réussissent à brouiller les pistes et à multiplier les reflets, lorsqu’elles trouvent, selon l’expression de Suzanne Robert, « le point précis de l’existence où tout se transformera, sans trace du passé, dans le chavirement de l’avenir ».D’abord, celle d'Aristide Tardif, qui imprime l’élan initial et assure le succès de l’oeuvre.Ensuite, celle de Jean-Marie Poitras, qui lance La Laurentienne sur la voie des acquisitions tous azimuts.Enfin, celle de Claude Castonguay, qui donne une cohérence au groupe affichant maintenant des visées multinationales.En filigrane, tout au long du livre, on perçoit que, malgré sa jeunesse, La Laurentienne a su tirer profit des capitaux considérables accumulés, au fil des générations, par les Canadiens français.Elle l'a fait de multiples façons, en particulier par l’acquisition d’entreprises beaucoup plus anciennes qu’elle.On oublie trop souvent, en effet, qu’il n’y a pas, en ce domaine, de génération spontanée et que les entreprises francophones contemporaines plongent souvent leurs racines loin dans le passé.Pierre Godin s'intéresse surtout aux hommes, et aux trop rares femmes, qui ont fait l'entreprise.11 met en relief les traits de caractère, les points forts et les faiblesses de chacun.Il écrit après coup les dialogues, il scrute les états d’âme et raconte les instants ou les semaines dramatiques pendant lesquels se prennent les décisions capitales.Il ne cache pas les tensions, les coups fourrés, les stratégies personnelles qui, par moments, font apparaître l'entreprise comme un noeud de vipères.Mais il décrit aussi l'abnégation et la solidarité que manifestent en maintes occasions les mêmes individus.Ce faisant, il donne un coup de balancier pour se distinguer de ceux qui ne voient « que bilans comptables ou d’abstraits fuseaux de sèches statistiques mesurant profits et pertes ».Le balancier est-il allé trop loin dans l’autre sens ?Certes, les chiffres parsèment l’ouvrage et permettent de suivre sommairement l'évolution financière de la compagnie, mais deux ou trois tableaux récapitulatifs des principales données chiffrées auraient été fort utiles.Quelques graphiques, dessinés de façon à en rendre la lecture simple et agréable, auraient permis au lecteur de mieux s’y retrouver dans une organisation devenue plus complexe à la suite des nombreuses acquisitions qui s’accompagnaient souvent d’une diversification hors du domaine des assurances.Après tout, nous avons ici affaire à des activités économiques et à des entreprises ! Les trop rares photos sont regroupées au cen- pour lecioiie- A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU 4S U m ROBERT LAFFONT PRIX ORD.: 99,95 $, NOTRE PRIX 74,95 $ LES 3 RAISONS D’UN CHOIX: édition complète: 3300 pages en 3 volumes sous emboîtage illustré 8 préfaces, 4 index, 400 pages de notes QUID de Proust de 300 pages le Parchemin I IRPAIPIF St0ti°n métr° Berr'-U9an1 LlbKAIKIt Montréal H2L 2C9 AGREEE (514)845-5243 tre du livre.J'en souhaiterais beaucoup plus, des photos qui montreraient des gens en action et qui seraient intégrées au texte pour accroître notablement sa capacité évocatrice.L’auteur a sous-titré son ouvrage l.a passionnante aventure d’un groupe financier â la conquête du monde.Le récit tient, en effet, de la saga.Nous avons affaire à une véritable success story.Le chemin parcouru par La Laurentienne, en quelques décennies, est tout simplement étonnant.Les acquisitions se succèdent à un rythme effréné, qui force l’admiration.En cours de route, l’entreprise a bénéficié d’appuis précieux et indispensables : ceux d'un groupe d’assureurs français, de Gérard Parizeau, de Paul Desmarais, de Jean-Louis Lévesque, de Michel Bélanger et de la puissante Caisse de dépôt.Là encore, en filigrane, on sent tout le poids du réseau des hommes d’affaires québécois.La Laurentienne a, en outre, réussi à bien tirer son épingle du jeu dans la jungle financière canadienne et internationale, au Canada anglais, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France.C'est sur un ton admiratif que l’auteur nous raconte cette réussite.Peut-on écrire autrement le récit d’une telle success story '! Un jour, peut-être, un historien jettera sur l'histoire de La Laurentienne un regard plus froid et plus détaché.Entre-temps, Pierre Godin nous aura fourni des heures d'une lecture passionnante.Une presse unanime: •Voilà un livre bouleversant de poésie, de musique.De vérité.Pas la vérité avec un “V” majuscule.Pas la vérité dans le sens de “lumière”.Non.Je veux seulement dire qu'on la croit à chaque mot.Une heure de lecture inoubliable.» (Pierre Foglia, La Ivresse) •Après avoir parlé de la mort de son père, Annie Ernaux scrute celle de sa mère.Avec les mêmes mots timides et justes, la même émotion poignante.» (Isabelle Drivée, Voir) «Chez Annie Emaux comme chez Mme Yourccnar le même goût de “démolir les comédies”, la même certitude que la beauté littéraire gît dans la seule vérité.» (François Nourissier, Figaro Magazine) •On connaît le talent d'Annie Ernaux, il est intrépide.Elle ne cache rien, elle met les corps et les cœurs à nu.» (Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur) C'est ce regard singulier, doublé d'une émotion délicatement contenue, qui donne sa force percutante à ce court récit, beau et solide comme le marbre.» (Jérôme Garcin, L'événement du jeudi) •Ce livre est d'une force incomparable.» (Jacques-Pierre Amette, Le Point) Annie Une femme Récit Gallimard En librairie à 14,95$ Annie Ernaux est au Québec du 13 au 20 mars.144 pages, ?14,95$ JS»** 1 • Ué\^et Denis Bélanger Rue des Petits-Dortoirs ressemble à «une joyeuse fable d'allure baroque» (Jean Royer, Le Devoir) où, sous le couvert d'une fantaisie débridée, Denis Bélanger parle de l'amour sans jamais le nommer.A U X desPetits-Dortoirs ¦ D-4 ¦ Le Devoir, samedi 12 mars 1988 LE PI A'SIR LE PLAIS! -LE FLAISIL LE PLAISIR LE PLAISIR Un roman social aussi captivant qu’un polar QUI A TUÉ PALOMINO MOLERO?Mario Vargas Llosa Paris, Gallimard coll.« Du monde entier » 1987, 164 pages LETTRES ETRANGERES BRIGITTE MORISSETTE LE CADAVRE nous arrive en pleine gueule dès la première page.Affreusement mutilé.Quant à l’assassin, son visage menaçant se profile une trentaine de pages plus loin à peine.L’enquête commence.L’énigme n’est donc pas de savoir qui a tué Palomino Molero.Mais pourquoi.Pourquoi ce corps en charpie ?Pourquoi ce sadisme qui n’est pas sans faire penser à l'aveugle violence qui fut le pain quotidien dans les prisons des dictatures militaires du cône Sud ?Cette violence instinctive et absolue si bien décrite par Romain Gary dans Les Mangeurs d’étoiles ?Qui a tué Palomino Molero n'est pas un roman politique : Vargas Llosa, un libéral qui se situe à l’autre bout de l’échiquier d’un Garcia Marquez, a toujours vomi le gauchisme pur et dur que même Régis Debray, il faut bien le dire, renie aujourd’hui.(« Avais-je baptisé apprentissage du réel la molle abdication des rêves ?», se demande Debray dans sa récente autocritique où il abaisse les masques.) Qui a tué Palomino Molero n’est pas plus un roman politique que Chronique d’une mort annoncée, qu’on a pu voir récemment sur les écrans montréalais.Et pourtant.Le couple classique des séries noires et des bandes dessinées policières mène l’enquête : ici, un lieutenant de gendarmerie qui se croit bien astucieux à interroger les témoins, le regard dissimulé derrière ses lunettes de soleil comme tous les machos latinos, « pour mieux les impressionner », croit-il; son second, simple gendarme de campagne, est aussi naïf et spontané que son supérieur parait réfléchi et perspicace.L’arrière-scène n’est pas moins colorée que les deux personnages du premier plan : la chaleur enveloppant une petite ville brûlée par le soleil et la rumeur, la poussière, les bruits familiers à la province latino-américaine (ribambelle d’enfants, défilé de chiens errants, volatiles de basse-cour en liberté, l’éternel âne en chaleur réclamant son ânesse, et le bordel qui échappe aux anathèmes du curé en installant ses putains deux semaines plus tard, deux rues plus loin).Bref, l’ambiance classique des petites villes coloniales latino-américaines avec leur population bavarde et bonne enfant, la spontanéité, la blancheur, la crasse aussi et les bougainvillées coulant en cascades pourpres sur les toits et les murs des maisons centenaires.Une chaleur de tous les diables, et l’épaisseur du silence annonçant la mort et s’abattant sur la ville pour mieux couvrir l’angoisse tenace qu’exhale le cadavre.L’obsédant cadavre, « empalé, crucifié et brûlé sur son arbre », réserve assez de surprises, une fois le lecteur imprégné par l’ambiance, pour qu’on ait envie de parcourir cet assez court roman tout d’une traite.Et, malgré les indices du début, la fin vous retourne l’estomac et vous laisse pantois face aux volte-face d’une justice dont le style, hélas, dé- Photo Visual Graphie MARIO VARGAS LLOSA.borde largement les latitudes latino-américaines.À la limite, on peut dire que le dernier roman du Péruvien Vargas Llosa traduit chez Gallimard, non sans quelques.excès de l’argot littéraire français, est un roman social qui aurait réussi l’exploit de se faire passer pour un polar ! Évidemment, on peut retenir avant toute chose le style allègre, incisif et fleuri qui permet à la littérature latino-américaine, de Santiago jusqu’au rio Grande, de faire boom depuis deux décennies.Adam Mickiewicz, le poète de lespoir ADAM MICKIEWICZ, POÈTE NATIONAL DE LA POLOGNE Jean-Charles Gille-Mâisani Montréal/Paris, Bellarmin/Les Belles Lettres, 1988, 878 pages ALICE PARIZEAU IL AVAIT vécu et écrit ses contes, ballades, articles et pièces de théâtre au début du siècle dernier; exilé, il n’avait ni famille, ni fortune et pourtant son oeuvre demeure.Traduits en plusieurs langues, étudiés dans les écoles et les universités, ses poèmes épiques, tel Monsieur Thad-dée, ses légendes héroïques, comme Grazyna, ou encore sa pièce Les Aïeux, qui sera jouée en avril à Québec, demeurent uniques dans la littérature universelle.Adam Mickiewicz, que de son vivant Victor Hugo considérait Ajuste titre comme un des plus grands génies de l'époque romantique, a eu une existence difficile.Adolescent, il rêvait que Napoléon Bonaparte allait libérer son pays occupe par trois puissances : la Prusse, l’Autriche et la Russie.Jérôme, frère de l’empereur, installé avec sa suite dans la CLEFS POUR PCg ; exemple ?compiles 'SS*'»'** sa machine, te niveau maLêfid , sssssgs sfaç* vartabîîidisques, le interne des aisu langage machin , 39,95 $ "«SS- ssiïîk*»"1 exemple» »"“*** •ÜStSS àé'abî5Ld«Seaix.*od«.fwiT 5eS9'aPw‘l“es,e't' 34,95 î NOS DEPOSITAIRES ?MONTREAL Le Camelot Champigny Classic (Anjou) Coop H.E.C.Coop Polytechnique Scorpion (Angngnon) Montréaloisir Monet Renaud Bray Coop UQAM Demarc (C.Desjardins) Demarc (Fleury) Ducharme Flammarion (Université) Guérin (St-Denis) Baffin ?RIVE SUD Scorpion Alire Citation Livco Demarc ?LAVAL Scorpion Demarc Classic ?RIVE NORD Scorpion Rattin Sle-Thérèse ?JOLIETTE René Martin ?OUTAOUAIS Capitale Demarc Trillium Village Cartier (Hull) Au Point (Huit) ?TROIS-RIVIERES Liblac (UQTR) Clément Morin DIFFUSION Prologue inc.?QUEBEC Gameau (Place Québec) A l'Enseigne du Line Générale Française Pantoute Laliberté ?CHICOUTIMI Bouquinistes Classic ?RIMOUSKI L’Alphabet ?RIVIERE DU LOUP J.A.Boucher Du Portage ?SHERBROOKE Bibtairte G.G.C.(Cégep) Blbiaihe G.G.C.(Université) Demarc ?GRANBY Biblalrte G.G.C Tél.: (514) 332-5860 Ext.: 1-800-361-5751 maison de ses parents, recrutait des soldats pour la campagne de Russie.Trop jeune, Mickiewicz ne peut alors que raconter dans ses poèmes le courage et la misère des braves gens prêts à tout sacrifier pour vaincre l’occupant.Ensuite, c’est la défaite, la fin de l’épopée napoléonienne, les sociétés secretes, la révolte sourde et, pour lui, l’emprisonnement et la déportation.Mais, même à Moscou, ou Mickiewicz deviendra enseignant, ses poèmes sont publiés et obtiennent tous un succès immédiat.La censure essaie d’empêcher l’édition de son conte en vers Konrad Wallenrod, mais elle est lancée quand même et épuisée aussitôt.Déjà les traductions en allemand et en français font connaître le poète dans d'autres pays, mais, malgré cela, il n’est qu’un captif puisqu’il ne peut quitter la Russie sans obtenir ce document dont on ne connaît pas la véritable valeur en Occident, mais qui là-bas, hier comme aujourd’hui, est sans prix : le passeport ! Romantisme oblige, c’est une femme amoureuse qui le fera passer en Allemagne d’où il ira se réfugier en France.Par la suite, il enseignera à l’Académie de Lausanne, sera le premier détenteur de la chaire des littératures slaves au Collège de France, continuera à écrire et fera partie d’un milieu intellectuel enrichissant, mais jamais il ne cessera de lutter pour l’indépendance de la Pologne et de sa Lituanie natale.Tantôt, il veut s’engager dans l’action, organise des légions, mobilise des jeunes Polonais, puis des juifs qui veulent créer l’État d’Israël; tantôt, déçu, épuisé, il prédit, poète prophétique, qu’un jour un homme providentiel parviendra à réaliser ces grands desseins.Démocrate, il défend les droits de la femme, s’insurge contre la discrimination sous toutes ses formes, contre l’antisémitisme et le racisme, et se fait accuser d’être socialiste.Précurseur, poète national d’une Pologne qui n’existe pas sur les cartes d'Europe, Adam Mickiewicz, dominé par le complexe de culpabilité de l’exilé dont il ne se départira jamais, estime qu’il n’est pas eh mesure d’accomplir pleinement sa destinée et sa mission.Mort en 1855, à l’âge de 57 ans, il ne sera pourtant jamais oublié puisque des millions de Polonais ne cessent de puiser dans son oeuvre l’amour de leur langue et de leurs traditions, le courage et l’espoir et aussi cette profonde culture chrétienne dont il restera un des grands porte-parole.En 1968 encore, la censure polonaise interdisait la présentation des Aïeux et provoquait aussitôt des affrontements dans les rues de Varsovie entre les étudiants et la milice ! Rien d’étonnant, par conséquent, que des études diverses de sa vie et de son oeuvre continuent à paraître en Pologne, en France et aux États-Unis.L’initiative des éditions Bellar-min, qui viennent de lancer à Montréal, en coédition avec la maison Les Belles Lettres de Paris, le livre de Jean-Charles Gille-Maisani, s’inscrit dans ce cadre.L’auteur, professeur à l’Université Laval, n’est pas à ses premières armes puisqu’il compte à son actif plusieurs ouvrages scientifiques.Pour rédiger son livre, Adam Mickiewicz, poète national de la Pologne, une analyse psychanalytique et caracté-rologique, il a appris le polonais afin de pouvoir puiser dans toutes les JearuCharles Gffle-Moisani poêle national de la Pologne Etude psychanalytique et ccractéfologicwe BRI APMIN* MONTRÉAL RARI5 sources disponibles.Il s’agit là d’une étude importante qui suscitera certainement beaucoup d’intérêt dans les milieux universitaires comme auprès d’un public plus large.Fondamentalement, M.Gille-Maisani confirme les thèses selon lesquelles les sources de la connaissance de l’être humain ne se trouvent pas dans les rapports de la recherche médicale, mais surtout dans l’étude minutieuse des oeuvres littéraires et poétiques.Dans ce sens, cet ouvrage, où il utilise aussi bien les analyses de Freud, Adler et Jung que les concepts psychobiologiques de Léon Bourdel ou encore les typologies de Henymans et Le Senne, pour ne mentionner que ceux-là, est tout à fait passionnant.Le découpage des chapitres et des sections facilite, par ailleurs, la compréhension de l’ensemble et permet à n’importe quel lecteur d’y retracer facilement les sujets spécifiques auxquels il s’intéresse en particulier.Nous sommes à la recherche d’un-e gérant-e expérimenté-e (2 ans minimum d’expérience similaire en librairie) pour notre succursale située au Mail Champlain à Brossard.Si vous recherchez un travail où vos compétences et qualifications seront soutenues par une équipe dynamique, le groupe Flammarion Scorpion vous donne l’occasion de réaliser vos objectifs professionnels.Vos c.v.devront nous parvenir d’ici le mercredi 16 mars au 4380 St-Denis, Montréal, Qc H2J 2L1 Les librairies flammarion scorpion Un réseau de sept succursales en pleine expansion! cJVoui of jiom aux canJitLj.ti.-ti.txfiéxLmtntii-ti [a fjoaiHiCitc • J un txavalL itimuLant A Jifftxtnti fioitti (tjixanct, aniitunct à La gtiance tt CiûxaixtJ.cJVÇiiiltti fiai à noui faixt fiaxatnix uoi caoxJtmndti, noui Cti txaittxom tn toutt confiJtnliafiti.LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND AVENTURES Howard Frank Mosher, Québec Bill Bonhomme, traduit de l’américain par Brice Matthieus-sent, Alinéa, 212 pages.CE RÉCIT d'aventures incroyables, à la Garcia Marquez, relate les étranges épreuves que doit subir une force de la nature, Québec Bill Bonhomme, pour enlever une cargaison de whisky à son alter ego, Carcajou, et la transporter de l’autre côté de la frontière au temps de la prohibition, dans les années 30.Publié en 1977 aux États-Unis, ce premier roman traduit en français de Mosher (qui habite près de la frontière au Vermont et dit venir à Montréal quatre fois par année) est un véritable « western métaphysique du Grand Nord.Le sacrifice, la remise en cause du principe d’identité et l’expérience des limites sont les trois facettes privilégiées de cette dissipation », dit Brice Matthieus-sent dans sa préface.PERVERSION Jean-Yves Soucy, La Buse et l’araignée, Les Herbes rouges, 220 pages.DEUX ENFANTS, pervers et abjects, se disputent l’amour d’une mère.Leur lucidité et leur désir sont totaux.Tous les moyens sont bons pour parvenir à leurs fins : l'amour physique avec la mère.Cela passe, bien sûr, par le meurtre du père .avant bien d’autres crimes.La Buse, Sophie, a 10 ans et toutes ses dents.L’araignée, Alain, a 15 ans et une patience d’ange.Un roman troublant, écrit dans une langue simple, qui fait voir le visage caché du mal.POÉSIE Pierre Morency, Quand nous serons, poèmes 1967-1978, l’Hexagone, coll.« Rétrospectives », 276 pages.LA PARUTION d'un recueil de Pierre Morency est toujours un événement.Ce dernier volume regroupe cinq recueils publiés entre 1967 et 1978, de Poèmes de la froide merveille de vivre à Torrentiel.Pierre Morency compose avec des mots simples des images fortes, remplies de tendresse et de sensibilité.Ses thèmes privilégiés sont la fraternité, l’amour, le temps qui passe et la beauté du réel.C’est une autre belle occasion de se familiariser avec un poète d’ici, avant de lire son dernier recueil, Effets personnels (h l'Hexagone également).SCALPEL Emmanuèle Bernheim, Un couple, Gallimard, 95 pages.APRÈS avoir remporté un certain succès avec son premier roman en 1985, Le Cran d’arrêt, Emmanuèle Bernheim récidive avec son regard clinique sans pitié.Ce très court récit relate une relation simple entre deux êtres humains.C’est le souci du détail, l’attention portée aux petites choses, qui devient insupportable dans cette histoire ordinaire.Le détachement du narrateur est tel qu’il produit un effet comique et tragique en même temps.On prend presque en pitié ces deux êtres qui se cherchent, se rencontrent et se quittent sans trop savoir pourquoi.Toute psychologie est rigoureusement écartée ici.Cet hyperréalisme prend, en somme, le relai du « nouveau roman », avec une ironie savoureuse.JEAN-YVES SOUCY LA BUSE ET L’ARAIGNÉE PHILOSOPHIE Claude Bertrand, L’Existence intime, Le Préambule, coll.« Le sens», 162 pages.UN HOMME, qui écrit dans une cave, a décidé de quitter les autres êtres humains pour rester au plus près de soi, pour voir les choses que les autres ne voient pas, trop obnubilés qu’ils sont par leurs préoccupations.Dans cette relation intime à soi-même, l’autre a une très grande place.La réflexion remplace, dans son va-et-vient, la relation perdue.Claude Bertrand, comme un grand poète allemand, habite poétiquement la terre et ses pensées sont autant de flèches qui touchent au coeur du sujet.L’être, le temps, la mort, la vie et la création sont les thèmes abordés de biais à travers ces aphorismes en forme de commentaire de l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau.LITTÉRATURE Robert Walser, La Rose, Gallimard, coll.« Du monde entier », 156 pages.CE DERNIER roman publiédu vivant de Robert Walser (Suisse allemand né en 1878), avant qu’il entre dans un asile pour les 27 dernières années de sa vie, vient enfin d’être traduit en français.Il est constitué d’une quarantaine de textes très courts, qui ont comme sujets des choses aussi différentes que : un ange, un singe, un enfant, un oncle, Sacher-Masoch, un cheval, la Nora d’Ibsen, un éléphant, l’Idiot de Dostoïevski, un solitaire, une jeune fille étrange, une urne, et une rose, évidemment.William Faulkner, Elmer suivi de Le Père Abraham, Gallimard, coll.« Du monde entier », traduit de l’américain et préfacé par Michel Gresset, 254 pages.CES DEUX inédits de jeunesse, écrits vers 1925, sont restés inachevés.On les retrouve élaborés différemment dans les grands romans comme Le Hameau et une nouvelle, Portrait d'Elmer.Pour les fanatiques de Faulkner qui veulent voir la genèse d’une grande oeuvre.Oucbcc l’ill lîoiiliommu ' NLINM ARCHITECTURE Léon Ploegaerts et Pierre Put-temans, L’Oeuvre architecturale de Henry Van de Velde, Atelier Vokaer (Bruxelles) et les Presses de l’Université Laval, 462 pages.CE MAGNIFIQUE ouvrage, abondamment illustré, sous une couverture pleine toile, s’attache à retracer la vie et l’oeuvre architecturale du célèbre créateur Henry Van de Velde, pionnier du mouvement de l’Art nouveau.C’est un beau livre d’art à consulter.Faut LEDSVQÎE pour le croire! Le Devoir, samedi 12 mars 1988 D-5 lepla::;:; //,,¦ LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAIS; ISIR "(S J * il livres Viwe et écrire après la mort de sa mère UNE FEMME Annie Ernaux Paris, Gallimard 1988, 106 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN IL N’EST pas bien pur, notre amour à nous autres femmes ! Nous aimons ce que nous avons besoin d’aimer.Et tenez, quand je pense à vous, qui vous languissez de votre mère, quel besoin avez-vous d’elle ?» Cette observation désabusée que Maxime Gorki prête à La Mère, dans le roman du même nom, Annie Ernaux aurait pu en faire l’exergue de son récit.Mais Annie Ernaux est une intellectuelle : elle a plutôt choisi le parrainage de Hegel qui affirme que « c’est une erreur de prétendre que la contradiction est inconcevable, car c’est bien dans la douleur du vivant qu’elle a son existence réelle».Ce printemps romanesque, qui semble être celui des femmes, excitera la grogne des critiques, français et étrangers, qui annoncent la mort du roman français.Exsangue, intimiste, tout centré sur des destins individuels, à peine transposés lorsqu’il faut écrire « roman » sur couverture, l’ouvrage dit romanesque ne fait plus recette chez les éditeurs.Qui s’en plaignent ouvertement en déclarant que s’ils n’avaient pas, depuis plusieurs années, la ressource de traduire les grands romans des auteurs italiens, anglais, allemands et américains, leur catalogue serait bien indigent.Ne me croyant pas critique sévère, et même pas critique tout court, j’ai lu, avec beaucoup d’émotion, le récit d’une extrême mais savante simplicité, d’une fille qui se souvient, au moment de la mort de sa mère, de ce qui leur a, pendant près de 40 ans, tour à tour permis d’être unies, un long temps désunies, puis de nouveau très proches l’une de l’autre.Ce n’est pas plus un roman que ne le fut, en 1983, La Place (prix Renaudot).L’histoire du père était émouvante, celle de la mère, bouleversante.En tout cas pour une lectrice.Car, dans la vie de tous les jours, qui n’est presque jamais « la vie rêvée », c’est la fille plus souvent que le fils qui accompagne la mère dans sa vieillesse, ses infirmités et son agonie.Annie Ernaux, en cette occurence, est « une fille » tout à fait dans la norme.Et même exemplaire puisque, n’ayant eu ni frère ni soeur, elle fut seule aux côtés d'Une femme.Semblable à beaucoup d’autres, sans doute, mais singulière, à nulle autre pareille pour l'autre femme, sa fille, qui choisit de nous la livrer, sans tendresse comme sans animosité, « telle qu’en elle-même » elle l’a connue : d’abord jeune femme volontaire, décidée, « la volonté sociale du couple », comme la voit celle qui écrit, avec le recul des années; puis, quinquagénaire, veuve, et finalement malade, atteinte de cette terrible disgrâce qu’est la maladie d'Alzheimer qu’on a longtemps confondue avec la démence sénile.En se souvenant de sa mère — et Annie Ernaux ne veut rien oublier, ni de ses révoltes d’adolescente, ni du fossé qui s’élargit entre sa mère, toujours forte et dévouée, qui la pousse dans ses études, mais qui ne peut se détacher de son milieu d’origine, de sa longue vie besogneuse — l’auteur d’Une femme a délibérément choisi de tout dire sur le mode de la confidence à froid.La grande tristesse qui finit, malgré Le prince et le cardinal CHAILLOT OU LA COEXISTENCE Francis Walder Paris, Belfond, 1987, 156 pages LETTRES FRANÇAISES ODILE TREMBLAY FRANCIS WALDER refuse de prendre l’Histoire au sérieux.À preuve, là où un autre aurait jeté un regard grave sur des événements que leur éloignement magnifie, il préfère si- gner ici une chronique finement impertinente de la cour française au X Vile siècle.Cet auteur belge, qui avait mérité le Concourt en 1958, publie aujourd’hui Chaillot ou la coexistence, une oeuvre qui vient rafraîchir le genre du roman historique en lui apportant ce qui lui manque parfois : une touche d’humour.Chaillot, 1626 : des complots s’ourdissent à l’ombre de la demeure de Richelieu.Gaston d’Orléans, le frère cadet de Louis XIII, conspire sans relâche pour faire assassiner le puissant cardinal tandis que le roi, lui, protège son ministre en essayant d’éteindre les feux qui s’allument sur son passage.Au milieu de ce lacis d’intrigues, le narrateur, Nicolas Coulas, gentilhomme au service de Gaston, avec la complicité de la nièce de Richelieu et du confesseur du roi, se donne une mission ambitieuse : réconcilier le jeune prince et le cardinal.Disons-le tout de suite : les trois héros de l’histoire, entraînés dans un tourbillon de cabales, de guerres, de galopades éperdues à travers la France ou ralentis par les pièges de l’amour et de l’ambition, verront tous leurs pieux stratagèmes échouer.Le récit de Francis Walder, d’ailleurs fort bien écrit, est d'une ironie mordante.Il n’épargne ni les dirigeants, dont les moindres faiblesses sont analysées avec une grâce toute « vieille France », ni les courtisans s’agitant comiquement en coulisses dans le vain espoir de transformer le cours de l’Histoire.L’auteur, qui est essentiellement un moraliste, manie l'aphorisme avec bonheur, en parcel-lant ses propos de réflexions souvent très pertinentes sur l'exercice du pouvoir — c’est tout l’art de gouverner que de produire des injustices qui ne soient pas des erreurs — et en se plaçant résolument au-dessus de la mêlée.Mais surtout, il s’amuse à décortiquer coexistence et cohabitation, deux concepts avec lesquels il jongle tout au long du roman.« Cohabitation partage de services, coexistence partage de liberté », définit-il au départ, en observant par la suite comment un roi, un prince et un ministre arrivent plus ou moins efficacement à partager l’impartagea-ble.Ce roman n’est d’ailleurs pas sans rappeler étrangement les dessous de la politique française actuelle et les ombres des François Mitterrand, Jacques Chirac et Raymond Barre planent sur un récit qui semble constituer un clin d’oeil aux contemporains de l’auteur.La guerre des sexes FUCKING FERNAND Walter Lewino Paris, Balland, 1988, 203 pages GUY FERLAND UN AVEUGLE déambule sur une route vers le sud de la France.En juin 1940.Il demande l’heure à un des rares passants qu’il rencontre et reste accroché à celui-ci.Après, les deux comparses se lient d’amitié et déambulent côte à côte dans l’univers sulfureux de l’occupation.Pour vivre, et faire un peu de résistance, ils organisent des rendez-vous clan- destins, dans un lupanar, pour les officiers anglais en mission secrète.Fernand s’en donne à coeur joie, dans cette nouvelle « occupation », car il est aussi obsédé qu’exhibition-niste.Walter Lewino se sert de cette situation pour décrire sans fard la mentalité française face à la présence allemande durant la Deuxième Guerre.Un malaise s’installe, toutefois, parce qu’il semble trop insister sur le courage des résistants et le ridicule des officiers anglais qui ne pensaient, eux, qu’à faire des concours de « bites ».« On n’échappe pas à ses mythes », dit le narrateur.En effet.Pourtant, le récit est enlevant, drôle et tendre par moment.Pas de violence gratuite ni de scène disgracieuse.Walter Lewino connaît l’art subtil de dessiner des portraits émouvants en quelques traits et aucun de ses personnages ne semble tout à fait bon ou mauvais.Ils sont tout simplement humains, trop humains.Un roman qui se lit d’une traite, mais qu’on oublie peut-être un peu trop vite.Un film inspiré librement de ce livre passe en ce moment au cinéma.Adieu Danièle Sallenave NOUVEAUTES THEATRE TIENS TES RÊVES de Sylvain Hétu, Jean Lessard et Sylvie Provost Cette pièce aborde, avec beaucoup de simplicité, de délicatesse et d’humour, le thème de la sexualité chez les adolescents.Comment ceux-ci réagissent-ils face à leur première relation sexuelle?Cette pièce a mérité le Prix de la meilleure production «jeunes publics» 1986-1987.102 pages — 9,95 $ |* ddliru' Psdoasult ILa déposition théîtr» nâïtës mm LA DÉPOSITION de Hélène Pedneault Cette pièce se présente comme une histoire policière: une femme est accusée d’avoir tué sa mère sur son lit d’hôpital.S’ensuit un chassé-croisé entre l’inspecteur de police et l’accusée.Est-elle vraiment coupable et pour quelles raisons aurait-elle tué?Un grand moment de théâtre! 110 pages — 9,95 $ r ’JK LES FANTÔMES DE MARTIN de Gilbert Turp Cette pièce met en scène un jeune homme de vingt ans qui veut changer le monde, comme on le veut tous quand on a vingt ans.Les fantômes de Martin.c’est un cri de désespoir qu’on pousse quand toutes les avenues sont bloquées.116 pages — 9,95 $ La vie des grands hommes appelle le témoignage, excite la mémoire, attise ta piété — mais celle des hommes ordinaires?Elle ne laisse pas de trace: obscure, anonyme, semblable à des milliers d'autres, à peine s’est-elle éteinte qu'elle est effacée, et nul n’en réveillera le souvenir.Par le hasard d’un congé forcé, un homme jeune rend pendant un mois visite à son grand-oncle.Tout les sépare, mais la parenté a tissé entre eux des liens diffus.Le vieil homme parle; le jeune homme le photographie, le regarde et, le questionnant, s’étonne.Qu’a donc fait de sa vie ce vieil homme muré dans la sphère étroite d’une existence dont rien n’est venu l’arracher, qui n’a connu ni les livres ni les voyages et qui à l’extrême bord de sa vie, ne semble éprouver ni inquiétude ni regrets, mais seulement un muet assentiment au grand ordre des choses?Il n’est rien, ni personne, il le sait.Mais il est là, pour quelque temps encore.Il se tient très droit dans son fauteuil, il fixe sur l’objectif son oeil rond et malicieux.N’oublions pas ce regard là.tout, par nous submerger, vient de cette sobriété extrême, dans le souci du détail réaliste, jamais em belli par le souvenir ou la tendresse — indiscutable — que la fille porte à sa mère.Annie Ernaux n'a pas le coeur sec; c’est son style qui l’est, délibérément.Il s’agit là, encore une fois, d’une grande réussite d’écriture.D’autres, et particulièrement les lecteurs dits professionnels, pourront discuter de la valeur littéraire d’un ouvrage qui reste, de l’aveu même de son auteur, « d'une certaine façon, au-dessous de la littérature ».La vie de cette femme n’était pas un sujet de roman, sans doute.Ce qui l’est, et sans doute sans que l'ait particulièrement souhaité Annie Ernaux, c’est le « tableau » de la France profonde que nous offrait La Place, il y a quatre ans, et maintenant Une femme.Au travers de ces destins, constamment soumis à la médiocrité de la condition agricole et ouvrière, avant la dernière « grande guerre », une femme, qui n’est plus de ce monde évanoui, qui ne peut en être que « l’archiviste », a voulu se souvenir une dernière fois de la femme qui l’a engendrée et, par un étrange retour des choses, « écrire pour, à mon tour, la mettre au monde.» Aux dernières lignes du récit, on peut lire — et c'est le seul gémissement qui se puisse entendre au coeur de souvenirs très surveillés — ce qui suit : « J’ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue.» On nous permettra, tout en louant comme il le mérite le beau récit d’Annie Ernaux, de regretter, et c’est ce qui la sépare de Simone de Beauvoir dont elle est visiblement une émule admirative — qu’elle n’ait pas cédé, au moins une fois, en quelque moment revu de son enfance ou de ses relations avec sa mère — à cet abandon poignant qui sous-tend, dans Une mort très douce, la page 47 : « Ma propre bouche ne m’obéissait plus : j’avais posé celle de maman sur mon visage et j’en imitais malgré moi les mimiques.Toute sa personne, toute son existence s’y matérialisaient et la compassion me déchirait.» Mais il s’agit là sans doute d'une émotion de grande bourgeoise : Annie Ernaux veut, jusque dans l'histoire de sa mère, se souvenir de la condition première de sa famille : le prolétariat.C’est son droit et c’est, peut-être, ce qui fait A'Une femme ce récit d’une étonnante efficacité.CLAUDE JASMIN LES COEURS EMPAILLÉS Dans une édition de luxe Collection LE HIBOÜ BLANC Dirigée par Réginald Hamel 176 p.— 25 x 21,5 cm • 20 $ Dix nouvelles Dix portraits de femmes Un recueil superbement illustré par l’auteur Une réédition attendue d’un classique québécois vlb éditeur deeiae»de littérature P.O.L Diffusion Flammarion D-6 Le Devoir, samedi 12 mars 1988 : PLAISIR //A .PLAISIR le: LE ] LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Le cinéma en pages Le Québec en trois périodes filmées CINÉMAS DU jEBEC AU FIL DU DIRECT Dossier composé par Patrick Leboutte « Dossiers film/vidéo/cinéma » Éditions Yellow Now Belgique, 1986 LOUIS DE FUNÈS Brigitte Kernel Paris, Jacques Grancher, éditeur 1987 LE ROMAN DE CHARLOT Claude-Jean Philippe Paris, Fayard, 1987 MES 400 COUPS Errol Flynn traduit de l'américain par France-Marie Watkins et Solange Metzger Paris, Ramsay « Poche/cinéma », 1987 FRANCE LAFUSTE LE CINÉMA au Québec a pris des formes différentes depuis les années fiO.Imprégné des événements politiques et sociaux, il témoigne aussi du comportement du peuple québécois.Et c’est de cette correspondance entre l’histoire et le cinéma qu’il s’agit ici.Postulat de base : il y a eu trois périodes décisives au Québec après l’obscurantisme duplessiste : les années HO, lente réappropriation de l’identité; les années 70 (des événements d’octobre au Référendum); enfin, les années 80-85, période plutôt morose marquée par la crise économique et l’incertitude.Le cinéma, témoin de chaque époque, en restitue le climat social et politique.Ainsi, au cinéma direct dont l’emblème est Les Raquetteurs et les plus beaux fleurons C.roulx, Brault, Perrault, Lamothe, Jutra et bien d’autres, succèdent les grandes fictions romanesques où s’exprime tout l’imaginaire cinématographique québécois.Quant aux années 80, elles sont marquées par une « crise du statut de l’image », dit Patrick Leboutte, coordonnateur de la publication.Pour cette radioscopie du cinéma québécois, on a fait appel à de nom- breux critiques, historiens, rédacteurs en chef d’ouvrages spécialisés, professeurs de cinéma.Des spécialistes qui analysent, bien sûr, mais surtout essaient de comprendre.C’est là le moindre de leurs mérites.Au total, 11 dossiers et trois séries de photogrammes extraits de Pour la suite du monde, Les Bons Débarras et de Au pays de Zom.Une excellente publication pour cinéphiles et sociologues.?Louis de Funès, le comédien, l’homme aux multiples grimaces, l’amuseur public, tout le monde connaît.Ce qu’on connaît moins, c’est l’homme parce qu’il n’existe pratiquement aucune archive et que Louis de Funès a toujours été, au fond, un homme secret.Alors, Brigitte Kernel est partie à la recherche de témoignages : Arletty, Jean-Claude Brialy, José Arthur, Raymond Pellegrin, Eddie Barclay, Michel Galabru, au total 34 personnes, acteurs, comédiens, réalisateurs, producteurs qui ont connu de près ou de loin le comédien décédé le 27 janvier 1983.Brigitte Kernel, elle, analyse le personnage, en décortique les facettes comiques, en fait un portrait psychologique.La biographie jalonnée de dates charnières est entrecoupée d'anecdotes, de citations, de notes sur les films, dans un style simple et coloré.L’auteur raconte son personnage au présent, au fil des événements et des rencontres, de sa vie d’artiste et de sa vie d’homme.Avec de nombreuses photos en blanc et noir et les non moins nombreuses confidences de ses proches, Louis de Funès est le portrait troublant d’un homme perfectionniste, angoissé, en proie a la crainte perpétuelle de l'échec.Pour beaucoup, ce sera une révélation.?Charlie Spencer Chaplin est le comédien que de Funès admirait le plus.Des biographies, on en a beaucoup écrites sur l'homme et sur l’acteur.Elles font toutes état de ses débuts sur les planches à l'âge de six ans, de ses tournées d’adolescent avec Karno, une troupe londonienne spécialisée dans la pantomime, de son premier contrat signé avec Hollywood.La plupart d’entre elles évoquent sa vie privée qui ne plaisait pas aux puritains et ses opinions politiques qui le firent quitter définitivement les États-Unis en 1952 pour s’installer en Suisse.Celle que nous propose Claude-Jean Philippe, historien du cinéma, est différente : elle s’attache à saisir le vrai Chariot derrière ses propres dires, la perception des témoins de sa vie, les biographies souvent contradictoires et son oeuvre cinématographique.Une narration vivante, nourrie des citations de ce personnage dont les principaux films reflètent les états d’âme : La Ruée vers l’or (1925), Le Cirque (1928), Les Lumières de la ville (1931), Les Temps modernes (1935), Le Dictateur (1940), Monsieur Verdoux (1947), Limelight (1952).C’est à la vérité de cet homme à la personnalité paradoxale que tend toute la recherche de Claude-Jean Philippe.Un portrait humain réalisé avec beaucoup de rigueur d’analyse et de passion.?Et, comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, Errol Flynn fait lui-même son propre portrait.Voilà donc le récit haut en couleurs de la vie tumultueuse d’un personnage légendaire du cinéma hollywoodien des années 1933 à 59.Souvenez-vous du Capitaine Blood, de L'Aigle des mers, du Général Custer et, bien sûr, de Robin des bois.Ce retour dans le passé, Errol Flynn le fait avec humour et sans complexe.Avec une légèreté déconcertante et un sens aigu de la dérision, le comédien raconte son enfance australienne, entre un père savant biologiste et une mère belle et protectrice.Tour à tour boxeur amateur, chercheur d’or, pêcheur de perles, plongeur de restaurant, il dit lui-même de sa vie qu’elle fut « une peinture picaresque».Arrivé en gare de Waterloo, à Londres.en 1933 avec deux shillings en poche, il sera vite remarqué par la CHARLIE CHAPLIN dans Les Temps modernes.Warner Bros, qu’il quittera avec pertes et fracas en 1952.Mes 400 coups est un livre de souvenirs, plus ou moins enjolivés où Flynn raconte ses succès, ses défaites, ses multiples conquêtes féminines, ses nombreux mariages ratés.Le récit culotté d’un homme qui a toujours eu un incroyable appétit de vivre.Flaubert ' J* OTT^ tr»tv cherche Annette Lév S**** "-SS Aa'/ Mort F"* ta t* F&taatômes P" «*** '¦"Wunoo Un, ‘"nnunon 10 Rue Racine Flammarion TOUT EST NOUVEAU: les auteurs, les thèmes, les styles, la volonté d'être lisible par tous.Flaubert et héritiers En vente chez votre libraire Rue Racine Flammarion On parle une langue commune: celle de la littératur Léo Ferré se porte fier cale ; Le Chant du hibou, qu’on retrouve sur la huitième face de L’Opéra du pauvre.Il a dirigé Beethoven et Ravel, ce qui ne l’empêchera pas de chanter avec le groupe Zoo, d’en faire un disque, ou d’accepter une tournée avec Robert Char-lebois en 1974.Enfin, il a réussi ce tour de force de mettre la poésie dans les « juke-boxes ».En effet, fait remarquer Layani, Ferré a imposé le grand orchestre, dirigé par lui ; la bande pré-enregis-trée en cours de spectacle ; il a également ouvert la voix/voie aux textes parlés que le domaine des variétés ne pouvait accepter avant lui.Qualifié de trop savant par les uns, trop populaire par les autres, Ferré déjoue les étiquettes commodes qui lui imposeraient une seule place et un seul style dans le domaine des arts.de la scène.un sait combien il a su piger dans le répertoire littéraire consacré, exclusivement français.À partir d’un montage d’extraits de plusieurs poèmes de Rutebeuf, il réussira à imposer son magnifique Pauvre Rutebeuf (que s’approprie même Claude Dubois, à sa manière); il osera jusqu’à donner un refrain au Bateau ivre de Rimbaud.Qui ne connaît aujourd’hui les albums dans lesquels il a mis en musique ou en chanson les poèmes de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Aragon, et d’un abord sans doute plus difficile, récitées, les deux versions de La Chanson du malaimé, de Guillaume Apollinaire (1956 et 1972) ?Ferré chantera aussi Villon, Ronsard, Laforgue, Seghers et Caussimon, son ami de longue date.L’image dominante demeure celle, romantique, du poète ou de l’artiste maudit, anarchiste et solitaire, forcément un peu fou.Ferré a connu beaucoup de succès au Québec.On ne peut que regretter qu’il n’y vienne pas plus souvent.Restent sa voix et sa tete de patriarche encore vert.Malgré son age, Léo Ferré est toujours très productif et se porte fier.LÉO FERRÉ la mémoire et le temps Jacques Layani Paris, une coédition Seghers et Paroles et musiques 1987, 239 pages ROBERT GIROUX STL EST un fleuron de la chanson dont la France peut être fière, c’est bien celui de Léo Ferré.Le livre que lui consacre Jacques Layani retrace une carrière qui a marqué très profondément ce qu'on peut appeler encore aujourd’hui l’âge d’or de la chanson française : Yves Montand, Édith Piaf et Gilbert Bécaud d’un côté, Guy Béard, Jacques Brel, Georges Brassens et Ferré de l’autre, sans parler d’une faune extraordinaire d’interprètes qui se sont fait connaître à travers le monde.La carrière de Léo Ferré débute en 1946, au Boeuf sur le toit, en même temps que les frères Jacques et le tandem Roche-Aznavour.Raymond Lévesque a souvent raconté les an- nées difficiles des auteurs-compositeurs-interprètes de l'après-guerre à Paris, lui qui y a vécu de 1950 à 1955, y croisant Félix Leclerc.Ferré ne fait pas exception.Au début, c’est surtout la chasse aux interprètes des chansons qu'il écrit qui l’occupe.Édith Piaf, par exemple, qui avait enregistré Les Amants de Paris en 1948, déclinera L’Homme et Le Piano du pauvre.Yves Montand, Mouloudji ainsi que les frères Jacques lui refuseront Paris-Canaille.Ferré l’interprétera alors lui-même et il réussira à la faire passer, non sans mal.Mais ce qui en surprendra encore plus d’un, c’est qu’il est aussi l’auteur d’un livret de ballet, intitulé La Nuit et datant de 1956, qui deviendra en 1983, dans un esprit un peu différent, L’Opéra du pauvre, enregistré en quatre disques, avec une seule voix cette fois-ci, celle de Ferré lui-même qui y tient alors tous les rôles, même celui de directeur d’orchestre.Musicien, Ferré composera également deux concertos et une suite musi- DIFFUSION PROLOGUE LA REVUE DES REVUES GUY FERLAND PRÉSENTEMENT, les revues du Québec sont en fête.En effet, la semaine intitulée « Les revues s’affichent » se déroule du 10 au 20 mars.Vous pouvez voir en ce moment, dans les librairies, les bibliothèques et les maisons de la Culture, des vitrines ou des présentoirs offrant un large éventail de la production en revues.C’est l’occasion ou jamais de faire la connaissance d’un domaine dynamique et intéressant.TEXTES Urgences, « Le tour du texte », n° 19, 123 pages, $ 6.DANS CE NUMÉRO, Ronald Bérubé et André Gervais présentent un « Petit glossaire des termes en “texte” » qui complète bien les dictionnaires plus connus, mais qui commencent à dater un peu, tel le Gradusde Bernard Dupriez.Près de 70 termes se rapportant au texte sont définis par des citations tirées des « classiques » de la théorie littéraire.Ce numéro est appelé à devenir un outil privilégié de recherche et de consultation pour les étudiants, professeurs, écrivains et même les simples lecteurs.Un petit texte de Bernard Andrés, le « Text-tupple », est également à lire de même que le discours de réception de Madeleine Gagnon à l’Académie ca-nadienne-française.FÉMININS La Parole métèque, n" 5, printemps 1988, 44 pages, $4.LE MAGAZINE du renouveau féministe fête sa première année d’existence.En éditorial, Ghila Benesty-Sroka rappelle que « La Parole métèque est une parole plurielle dont l’objectif est d’intégrer la parole des fem- l - n MOEBIUS ECttTURES/UTTBUTUftE LA CENSURE mes immigrantes au mouvement féministe québécois et de faciliter l'intégration des voix des féministes universitaires ».Dans sa « carte blanche », Yves Alavo analyse la situation des journalistes issus des minorités ethniques dans les médias québécois.De multiples entrevues avec des femmes qui font l’actualité littéraire, artistique ou politique de différents pays composent ce fort numéro.SOCIÉTÉ Santé société, « Portrait de famille.La dénatalité», vol.10, n° 1, hiver 1988,58 pages.Abonnement annuel (4 numéros) : $ 7; s’adresser au Service à la clientèle, ministère de la Santé et des Services sociaux, 1088, rue Raymond-Casgrain, Québec, GIS 2E4.NAÎTRE ou ne pas être, telle est la question.« Curieux paradoxe, signale Hervé Anctil dans son excellent bloc-notes : d’un côté, on veut de moins en moins d’enfants; de l’autre, on est prêt à toutes les pirouettes techniques et scientifiques pour développer les nouvelles technologies de la reproduction.» Le présent numéro analyse la question sous divers angles : prolongement de l’instabilité économique de la jeunesse jusqu’à 30 ans; révolution du rôle des femmes dans la famille ; pressions sociales et fiscales; culte du moi, etc.Le présent numéro traite également d’autres phénomènes sociaux importants : la violence conjugale, l’auto-médication, la promotion de la santé, la perspective municipale dans la gestion de la santé.Revue Internationale d’action communautaire, ¦ Famille/familles », n° 18/58, automne 1987, 208 pages, $ 10.CETTE REVUE,qui interroge le champ des politiques sociales en accordant une attention toute particulière aux points de vue énoncés par les mouvements associatifs, traite, dans ce numéro, de la question de la famille à travers une quinzaine d’articles divisés en quatre thèmes majeurs : les politiques familiales, les modèles familiaux, les fonctions sociales remplies par la famille et le mode d’inscription des femmes dans la famille.LITTÉRATURE imagine jÿmajcu»» O • • • « ItlAwuts « nmagnaiw à, % Lettres québécoises, n 49, printemps 88, $3.CE NUMÉRO de la revue de l’actualité littéraire contient deux grandes entrevues : la première avec Arlette Cousture, l’auteur du roman Les Filles de Caleb-, la deuxième avec Madeleine Gagnon, de l’Académie ca-nadienne-française.Des chroniques sur la poésie, le conte et la nouvelle, les études littéraires, les relectures, le théâtre et la science-fiction complètent cette parution.Études françaises, « L’enseignement de la littérature dans le monde», 23/1-2, 283 pages.ENSEIGNER la littérature ne va pas de soi, ici et ailleurs.Ce numéro double, dirigé par Wla-dimir Krysinski, Laurent Mail-hot et Christie McDonald, présente divers points de vue sur la question.Divisés en cinq grands thèmes : « Perspectives théoriques », « Tensions institutionnelles », « Situations nationales », « Méthodes, programmes, corpus », « Pratiques et réformes », les témoignages s’accordent tous sur un fait souligné dans la présentation : « La littérature résiste à sa réception, à son institutionnalisation, à son enseignement, et elle s’enrichit de cette résistance même.» CENSURE Moebius, ¦ La censure », n° 32, 142 pages, $5.LA CENSURE fait toujours rage, même si on la voit moins souvent sur la place publique.C’est dans l’ombre qu’elle est plus efficace.Pour la faire sortir IM / / V 4« ttbifcni» M S Unmgtif moins Rrrji I*v ¦iiiilkr Mli 4» Mml r,.*t nu» de son silence, Moebius donne la parole à Pierre Vallières dans une entrevue.Un article de Claude Lebuis traite du problème de la censure éditoriale.On propose aussi des textes qui mettent en jeu la censure dans des fictions et Bruno Roy analyse son influence sur la chanson populaire.En prime, Yvon Boucher offre même un texte pornographique scandaleux.On attend les réactions de pied ferme.SUPERSTITION XYZ, m Spécial 13», n° 13, février-printemps, 80 pages, $ 5.LE CHAT noir, dans le miroir brisé de la couverture, impose d’emblée l’atmosphère de ce numéro spécial sur la superstitu-, tion.Michel Lord, le coordonnateur de ce spécial, a eu toutes les misères du monde à parvenir à ses fins.Comme si un malin génie s’acharnait contre son sort.Une quinzaine de textes abordent donc, sous l’angle de la fiction, la superstition.Un entretien avec Aude et deux nouvelles hors frontières complètent ce numéro dangereux.Le texte de François Barcelo, « La Salope », est particulièrement réussi.SCIENCE FICTION Imagine., « Spécial fictions 7e Continent », n° 42,144 pages, $ 5.LA REVUE de science-fiction et littérature de l’imaginaire présente six textes sélectionnés lors du concours « Septième Continent 1987 » et le texte finaliste du même concours de 1986.BD Passages, « .du texte à la bandç dessinée », n° 14, hiver 1988, $4.SIX illustrateurs ont été mis au défi d’illustrer différents textes ui n’étaient pas, au départ, crits pour être mis en images. Le Devoir, samedi 12 mars 1988 ¦ D-7 LE PLAISIR ,/A-LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISI LE PLAI: des J • i livres Le pouvoir du noir Théorie de la relativité ÉCRITS I Paul-Émile Borduas édition critique par André-G.Bourassa, Jean Fisette et Gilles Lapointe Presses de l'Université de Montréal, 1987, 700 pages YVAN LAMONDE LE POUVOIR du noir pour Borduas, ce ne sera plus dorénavant que les derniers tableaux; ce seront aussi ces pages imprimées noir sur blanc qui, en-deça du trop mythique Refus global, révèlent un homme, un pédagogue, un écrivain.Critique, cette édition n’en est pas moins vivante.Au sens où Borduas et les automatistes parlaient d’art vivant.Elle est vivante par la curiosité fébrile qu’on y sent, par les métaphores des textes introductifs, par un style toujours alerte.Critique et systématique, elle comprend les manuscrits, les textes publiés, des essais, des interviews, des réponses à des questionnaires, y compris celui, très mccarthyste, de l’Immigration des États-Unis au moment où Borduas part pour New York en 1952.La correspondance fera l’objet d’un second volume.Critique, cette édition a retrouvé les textes, les a comparés, en fournit L’INDUSTRIE DES PSYCHOTHÉRAPIES Richard Verreault, Yves Lamontagne et Jocelyne Delage Montréal, éditions La Presse 1987, 217 pages FRANÇOISE LAFLEUR LES PSYCIIOTMÉRAPIES : une industrie ?Bioénergie, gestalt, zen, thérapie rogérienne, psychosynthèse, thérapie cognitive, cri primai, thérapie analytique, framing autogène, « biofeedback» ou rétroaction biologique, thérapie behaviorale, perception subliminale.vous connaissez ?On dénombre actuellement sur le marché plus de 200 techniques de traitements psychologiques.C'est à s’y perdre plus d’une fois dans « ce monde de fous dans lequel on vit », non ?Que ce soit au Canada, au Québec ou aux États-Unis, les études montrent que les problèmes psychologiques ne cessent d’augmenter.Statistique-Canada soutient qu’un Canadien sur huit souffrira au cours de sa vie de troubles mentaux graves.Au Québec, la maladie mentale est le problème de santé qui entraîne les coûts les plus élevés.Aux États-Unis, une enquête menée par le National Institute of Mental Health démontre qu’environ .18% de la population souffre de troubles psychologiques dont l’intensité nécessite une aide professionnelle.Dans le lot des dépressifs chroniques, les statistiques ne considèrent pas les gens ordinaires, dits équilibrés, aux prises avec des problèmes plus ou moins graves : les insatisfaits de leur performance, les candidats au burn-out, les frustrés dans leur travail, les tourmentés par l’angoisse, les apeurés de la solitude ou les malheureux de leur relation amoureuse qui, eux aussi, peuvent recourir à une thérapie pour tenter de soulager leur détresse et améliorer leur bien-être.L’ouvrage L’Industrie des psychothérapies se veut un guide pratique pour toute personne souffrant de détresse émotionnelle et cherchant à s'en sortir par une saine pratique d’hygiène mentale.Les auteurs y traitent d’une pléthore de psychothérapies basées sur trois écoles principales : l’école dynamique, l’école behaviorale-cognitive et l’école hu-maniste-expérientielle, elles-mêmes issues du moule de la psychanalyse façonné par Freud.On y trouve de nombreux renseignements et de précieux conseils.On y explique tant les aspects positifs d’une bonne thérapie des variantes, établit une séquence de publication, les introduit, tout en fournissant chronologie, notes, bibliographie et index.A travers un style d’écriture qui eût mérité une analyse, Borduas se peint, se libère, nomme sa « transformation continuelle ».On découvrira — oui, on découvrira grâce à cette fouille et à ce rassemblement — un peintre soucieux d’une écriture vraie, spontanée, l'écrivain du « ce n’est pas encore tout à fait ça ».On découvrira le professeur de dessin, le pédagogue incorruptible; Projections libérantes, Commentaires sur des mots courants, l'entrevue avec Roger Rolland redisent la disponibilité foudroyante de ce peintre qui découvre en partie l’automatisme avec les enfants.On découvrira, enfin, l’homme figuratif derrière l’intrigue encore persistante de l’oeuvre non-figurative.L’homme attentif, comme « maître » ou comme collègue, à son milieu artistique, à Gauvreau, à Breton.L'homme d’un titre : Quelques pensées sur l’oeuvre d'amour et de rêve de M.Ozias Leduc.Borduas refait (p.159) la trajectoire de sa course, d’Ozias Leduc à Saint-Denys Garneau en passant par Guy Delahaye.De Borduas à nous, Pierre Vadeboncoeur a, en 1962, ba- que les conséquences néfastes d’une mauvaise thérapie.Enfin, l’ouvrage met en garde de « ne pas tomber dans le jeu des imposteurs qui en veulent surtout à votre crédulité et à votre porte-monnaie ».Le livre peut aider des personnes souffrant de troubles émotifs à se diriger vers des spécialistes compétents au lieu de s’en remettre aveuglément à des charlatans.PAUL-ÉMILE BORDUAS.* fà lisé le chemin : « En fait, il a brisé notre paralysie organisée.Il l’a anéantie d'un seul coup, par son refus global.Il fut le premier, que je sache, à faire cela.Jamais personne avant lui n’avait prouvé le mouvement.Tous, plus ou moins, avaient tergiversé.Personne, ou presque, n’avait été assez spirituel pour tenter enfin une véritable expérience.Borduas s’en est remis complètement à l’esprit.Il a tout joué.Le Canada français moderne commence avec lui.Il nous a donné un enseignement capital qui nous manquait.Il a délié en nous la liberté.» C’était la ligne du risque.ALLAN BLOOM.L'AME DESARMEE Essai sur le déclin de la culture générale Allan Bloom traduction française de Paul Alexandre Montréal, Guérin littérature, 1987 RENÉE HOUDE LA CULTURE générale est en crise.L’Université est en crise.Et nous connaissons, en cette fin de 20e siècle, une crise intellectuelle de grande envergure qui est aussi une crise de civilisation.Selon Allan Bloom, l’esprit d’ouverture, la grande vertu de notre époque, s’est en quelque sorte tourné contre lui-même.Deux principes en découlent : « la vérité est relative » et « tous les hommes sont égaux », partagés par l’ensemble des étudiants qui les ont érigés en intention morale.Conséquences : d’une part, il n’y a plus de place pour un sain ethnocentrisme ou un « attachement passionné à ce qui nous est propre » (p.17) puisque tous les comportements s valent; d’autre part, « la recherche d’une existence meilleure a été étouffée par le relativisme » (p.11).ün se retrouve ainsi face à des étudiants — c’est la première partie du livre — qui baignent dans « une sorte d'entropie spirituelle » (p.52).Corollaires : 1) le goût et la pratique de la lecture sont disparus; les étudiants ne disposent pas des référenLs nécessaires pour se comprendre et leurs aspirations en souffrent.2) La musique classique est morte et les étudiants sont intoxiqués par la musique rock qui « excite le désir sexuel, non pas l’amour, non pas l’éros » (p.80).Le souci de Bloom est l’effet de cette musique sur l’éducation : « Tant qu’ils ont leur walkman sur la tête, ils ne peuvent entendre ce que la tradition a à leur dire » (p.89).Corollaire 1 : les autres.Gentils, préoccupés d'abord de leur carrière et de leurs amours, imprégnés comme ils le sont d’une « certaine rhétorique de l’accomplissement de soi-même » (p.92), ces méritocrates égalitaires, coincés entre leur crainte de la solitude et leur peur de s’attacher à quelqu’un, souffrent d’isolement parce qu’incapables du risque qu’exige l’interdépendance; la rupture « propre et facile sans dommage et sans responsable » (p.116) leur est familière.Bloom affirme : « Les jeunes gens ont étudié et mis en pratique un éros infirme qui ne peut plus s’envoler, qui ne comporte plus d’aspiration à l’éternité ni de divination de la relation à l’être» (p.117).« Des relations, voilà ce qu'ont les étudianLs, non des histoires d’amour » (p.119).Comment expliquer cette entropie spirituelle généralisée ?Bloom — dans la deuxième partie de son li vi e — remonte la filière allemande (Freud et Weber s’étant partagé les préoccupations psychologiques et sociales de Nietzsche), par-delà le bien et le mal, là où le relativisme des valeurs fait équation avec le nihilisme, ayant soin, toutefois, de souligner que « le nihilisme américain est une humeur, une humeur chagrine, une vague inquiétude.C’est un nihilisme sans l’abîme» (p.176).Poursuivant sa description de la vulgarisation de la pensée allemande aux États-Unis, il élaboré son petit dictionnaire du langage dérivé du nihilisme : le bourgeois, le perçu, les droits, le moi, la créativité, la culture, le sacré, le charisme, l’engagement, le style de vie.Sa réflexion sur le langage débouche sur la conclusion de notre ignorance, non celle qui dit : « Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien», mais une ignorance plus crasse : « Il a toujours fallu que l’homme s’accommode de Dieu, de l’amour et de la mort, trois entités qui rendent impossible de se sentir parfaitement à l’aise sur terre.Mais les États-Unis sont en train de s’en accommoder d’une façon nouvelle : Dieu a été exécuté lentement, (.sa place a été occupée par le sacré.[.) L’amour aussi a été mis à mort, par les psychologues cette fois, et on; l’a remplacé par les relations sexuel-: les et des rapports sans signification ni importance.(.) Et [.] un’ science nouvelle, la thanatologie — science de la mort dans la dignité — (est) en train de mettre la mort à mort» (p.260).Le jeune étudiant se retrouve donc devant une Université — et c’est la troisième partie du livre — qui déploie une diversité effarente de cours et de départements, où « les programmes sont en concurrence et en contradiction les uns avec les autres » (p.279), où il n’y a « aucune orientation officielle, aucun accord à l’échelle universitaire sur ce qu'il devrait étudier » (p.278) La tâche de l’Université étant de « culturer» ceux qui s’y inscrivent, la lecture des « Grands Textes » — ce qu’on a appelé, en anglais, « The Créât Hooks » — paraît à Bloom la solution indiquée.En lisant Bloom, le plaisir d’entendre décrier le déclin de la culture a fait place à une impression de caricature.Jusqu’où les étudiants se reconnaissent ils dans ce portrait ?Jusqu’où les professeurs ont-ils interrompu la grande chaîne de transmission du sens surchargée en ce siècle des communications ?D'entrée de jeu.Bloom nous avait prévenus que la République de Platon était pour lui une source centrale d’inspiration.Au terme de notre lecture, faut-il comprendre que l’élitisme de Platon aura à ce point déteint sur lui ?On se rappellera que Platon réservait l’accès à l’essence (Veidos) des choses aux seuls philosophes qui avait le privilège de sortir de la caverne, cependant que le reste des hommes devait s’en tenir aux ombres projetées sur le mur.Le diagnostic posé par Bloom est partagé par plusieurs.Il n’en va pas de même de l’analyse qu’il fait de cette crise — cause et description — ni de la solution qu’il préconise.Au total, l’essai de Bloom, par-delà un ton tantôt juste, tantôt alarmiste, alimente le débat.PRIX DE L’ACADÉMIE CHARLES CROS 1988 POÉSIES, CONTES ET NOUVELLES DU QUÉBEC l.a collection À l'écoute de la littérature À l’écoute des auteurs de chez nous À l'écoute des plus beaux textes du répertoire littéraire québécois IntyTprctcs par Jean ITiubort et Cliislaihe Paradis Musique originale de Jean Mus\ Choix des textes et commentaires Aurélien Boilin l)is|>onil>le en coffret de disques et de cassettes l .n lente chez les libraires et les disquaires .V1.95S 1977.IhiiiI.Industriel I .ai al.(Je H7S 11*6 Ici.: (514)667-9221 .1.14-5759 I-800-.161-9264 fTTTTTTTfrtTI L'ASSOCIATION DES EDITEURS DU PÉRIODIQUES CULTURKLS QUÉBÉCOIS UT GAZ MÉTROPOLITAIN ont le plaisir d’annoncer le nom des revues gagnantes des Prix d’excellence 1988 Le Grand-Prix d'excellence à la revue Nuit Blanche Le prix d’excellence pour la direction artistique à la revue Vice Versa Le prix d’excellence pour la meilleure couverture à la revue Parachute Le prix d’excellence pour la direction éditoriale à la revue Possibles et la mention d’honneur à la revue Séquences Le prix d’excellence pour le meilleur article à la revue Voix et images Le prix d’excellence pour le meilleur texte de fiction à la revue La Nouvelle Barre du jour La mention spéciale du jury à la revue Jeu, cahiers de théâtre Association des éditeurs de périodiques culturels québécois EGaz Métropolitain Association des éditeurs de périodiques culturels québécois C.P.786, Succursale Place d’Armes, Montréal, (Je 112Y 3.J2 S (514) 523-7724 Freud et fils, inc HP "’’•«Urter, NEWMAN SSK-.LES CONQUÉRANTS DES GRANDS ESPACES Peter C.Newman ¦______________________________ EN VENTE DANS TOUTES LES LIBRAIRIES LES EXPLORATIONS ET LES LUTTES SANGLANTES QUI ONT FAIT DE LA COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUOSON UN DES EMPIRES LES PLUS VASTES DE L'HISTOIRE.Partagez la vie aventureuse de ces hommes qui furent les bâtisseurs d une nation: le Canada d aujourd hui Ils devinrent les conquérants des grands espaces.Ils étaient convaincus que les terres vierges du Nouveau Monde verraient se réaliser leurs ambitions les plus hardies.Et ils voulaient y faire fortune.512 pages 24.95 $ LES EDITIONS DE L’HOMME Avec LES CONQUÉRANTS DES GRANDS ESPACES Peter C.Newman livre le deuxième volet de son explosive trilogie sur I histoire de la Compagnie de la baie d Hudson, dont la première partie, LA BAIE D’HUDSON.LA COMPAGNIE DES AVENTURIERS également parue aux Éditions de (Homme, a été unanimement acclamée par la critique.19,95$ D-8 ¦ Le Devoir, samedi 12 mars 1988 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Le philtre de l’amour et la potion de la mort Jean E1HIER-BLAIS A Les carnets L} HOMME ne vit pas que de pain.Mais il vit de pain.I/homme ne vit pas que de jeux, mais il lui faut des jeux.À Koenigsberg, Kant passait chaque jour à la même heure, à la même seconde de cette heure, sous les fenêtres de ses voisins, qui réglaient leur montre sur lui.Il allait à l’université y parler de philosophie kantienne.Ce modèle de désincarnation lisait-il les gazettes ?Il naquit sous Louis XV et mourut sous Napoléon.Suivit-il avec attention l'évolution des amours du roi de France ?Vit-il dans ce jouisseur l’ennemi juré de l’impératif catégorique ?On peut en douter.Cet exemple absurde souligne un propos commun.Nous vivons tous, peu ou prou, une vie à la Kant.C’est le réveil, c’est la toilette, ce sont les mille occupations urgentes de la journée, dont nous savons qu’elles sont factices; il faut bien remplir le temps, tenter de lui donner un sens.Nous sommes des animaux en cage, qui tournent en rond et se mangent le foie.Nous agrémentons l’ennui de nos vies par des conversations, des lectures, l’alcool, des réunions, des voyages.Tout pour oublier le tragique morne de notre destin.Et surtout, nous demandons à l’amour d’exalter en nous ce qui nous paraît impérissable.Un homme fera porter sur sa fille ou son fils les puissances d’imagination et de ferveur qui se trouvent au fond de son coeur.La femme d’André Siegfried était laide.Un quidam, dans une réception, ne sachant pas qui elle était, dit au Maître, d’un ton ironique : « Monsieur, quelle est donc cette jeune et jolie femme ?» Siegfried, sans se démonter, répond du tac au tac : « Elle n’a jamais été jeune, elle n’est pas jolie, mais c’est ma femme et je l’aime.» Cet amour avait atteint à la parfaite sérénité qui ne vient que du don total de soi, si rare.La recherche de l’amour se fait aussi par voyeurisme intérieur.L’érotisme et la passion des autres sont de merveilleux sujets de débinage, à voix basse, en l’absence de l'intéressé(e).Curieusement, on imagine toujours le pire et les parents de saintes moniales cherchaient à les retenir, pesant leur mobile dans leur balance bourgeoise.Seul un induit leur ouvrait les bras de l’Époux.Le livre si amusant d’Hélène-Andrée Bizier, Histoires d’amour *, permet à de nombreuses Épouses, à d’innombrables Époux de se jeter dans les bras les uns des autres.L’esprit des jeux Olympiques se retrouve aussi dans des pas de deux, de trois, de quatre, des fouettés et des jetés, dans de turbulents quadrilles.Vous en avez un souriant vertige.Je m’y suis complu.J’y ai même pris une sorte de plaisir esthétique, alimenté par un rigorisme moral et, peut-être, une pointe d’envie.Le plaisir esthétique vient de ce que la classification binaire d’Hélène-Andrée Bizier est liée à un besoin de l’esprit.L’homme et la femme se répondent.Nomenclature binaire ou trinaire ?Il y a souvent des interférences.La demoiselle Onassis aime un jeune homme, grec et riche.Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, quand, patratas, la mère du soupirant oppose son veto à cette union.Elle craint la richesse et la force de caractère de la jeune fille.Dans les histoires d’amour malheureuses, le troisième personnage est souvent le plus important.La fée Carabosse n’est jamais loin.Plaisir aussi de ce que, dans le lit, au moins pour quelques jours, tout s’arrange.Les étreintes sont multiples, dans Histoires d'amour.Hélène-Andrée Bizier, avec la sagesse d’un prédicateur d’autrefois, laisse au lecteur le soin de les deviner.Car, depuis toujours, l’amour pousse à la possession de l’objet aimé.Dans son Anthologie de la poésie grecque, Brasillach en a choisi d’ardents exemples, depuis les lamentations de Sapho jusqu’au serment de Lysistrata.L’homme et la femme, en cette matière, donnent l’exemple de la fidélité à eux-mêmes.Hélène-Andrée Bizier s’en tient aux faits bruts, qui sont la matière des rêveries.Nous avons vu des clichés de presque tous les amoureux dont elle parle.Certains, comme le duc et la duchesse de Windsor, sont légendaires, non pas tant parce qu’il s’est agi d’un roi qui abandonne sa couronne par amour, mais bien d’une femme exceptionnelle qui aurait fait une magnifique reine.Mais elle n’avait pas le côté empoté que les Anglais aiment.Nous avons l’impression de frayer avec de puissants symboles.Hélas pour eux, tant mieux pour nous, ces puissants quittent volontiers le Capitole et s’aventurent vers la roche Tarpéienne.Leur déconfiture n’est pas sans plaire au rigoriste.Il y a donc une justice, se dit-il; les etres, d’une façon générale, n’ont droit qu’à la tristesse baudelairienne de vivre.Ces personnages choyés représentent l’aventure de l’amour.Ils doivent aussi en vivre les rigueurs.Nous aimons l’opéra pour cette raison.Les héros baignent dans leur sang pour avoir trop aimé.Il m’a paru rassurant pour l’avenir de l’humanité que Mao, le Grand Timonier, ait cédé, lui aussi, à l’appel des profondeurs.La belle comédienne Chiang Ching entre dans sa vie.Hélène-Andrée Bizier m’a appris qu’elle avait eu des enfants de Mao.Que sont devenues ces deux femmes ?Sans doute asservies dans quelque ferme collective, elles paient cher l’amour des parents.La Bible le dit : les parents mangent les raisins verts et les enfants grincent des dents.La passion porte en elle sa justice.Et plus la passion est violente, plus elle est totalitaire, plus est cruelle la rétribution.En somme, c’est le destin qui est rigoriste.Dans chaque grand amour, il y a la potion de la mort.Et puis, il y a l’envie qui naît de voir ces êtres jeunes, beaux, riches, célèbres et puissants qui, en plus, ont droit à l’amour-passion.Pourquoi pas moi ?se dit le lecteur.En effet, le monde est mal fait.Il y aura toujours des riches et des pauvres, des faibles et des puissants; surtout, il y aura toujours des êtres de grand talent, qui attirent d’office le regard de la foule, par une sorte d’aura magique.Ils sont destinés à la gloire.Napoléon est mort depuis près de deux siècles.Il suscite encore les passions, tant est puissant son magnétisme.On regrette de n’avoir pas accédé à cette puissance de l’être.D’une certaine façon, l’homme se réjouit de voir tomber le puissant.Les grands textes religieux retentissent des imprécations des prophètes, vieillards envieux par excellence.Quelle joie lorsque tombent les tours de Jéricho ! La lecture du livre d’Hélène-Andrée Bizier procure donc une sorte de catharsis.Aristote prétend que c’est là l’un des buts essentiels de la tragédie.Pourtant, toutes les histoires d’amour ne tournent pas au drame.L'une de celles que je préfère est consacrée à Colette et à Maurice Goudeket.Il est plus jeune qu’elle, il admire son immense talent (à l’époque, on parlait de génie), il l’entoure de soins, la protège, lui redonne le courage de la vie.C’est plus et mieux que l’amour, c’est l’affection intelligente d’un homme et d’une femme que tout devait séparer et que l'admiration unit.Les derniers livres de Colette ont été écrits sous la houlette de Goudeket.Ils sont les plus sereins et figurent le fruit mûr de l’existence.Ces prodigieux destins, on les envie, eux aussi; ils sont possibles, car ils reposent non sur la passion violente ou sur l’argent, mais sur une rencontre d’âmes.Goudeket, en face de Colette, ne s’aplatit pas, comme Simone de Beauvoir devant Sartre.Quelle femme soumise ! On en est tout étonné, surtout lorsqu’on pense à ce que « la grande sartreuse » a écrit.Comme quoi il y a loin de la coupe aux lèvres.Fille bourgeoise, Simone de Beauvoir ne rejette pas les canons véritables de son milieu.Elle tonnera contre eux dans ses livres, elle les suivra fidèlement dans sa vie.J’ai vu les deux illustres vieillards, piazza N avoua.Ils venaient lire un journal parisien qui n’était pas Le Figaro à la terrasse d’un café, devant les géants du Bernin.Lui s’accrochait à elle.La philosophe avait l’âme d’une maman, à son bras son vilain garçon qu’on morigène mais à qui on passe tout.Jusqu’au jour où pan ! la mort venue, elle lui assène le coup de massue, ou le coup de pied de l’ânesse de la Cérémonie des adieux.Ajouterai-je que tous ces personnages sont de pure fabrication ?Sans la presse du coeur, que deviendraient-ils ?Hélène-Andrée Bizier passe en revue les plus célèbres.Elle les expédie sans fausse note, ce qui ajoute du piquant à leur hégire.•HISTOIRES D’AMOUR Hélène-Andrée Bizier Montréal, Libre Expression, 1987 CKRL: pour l’amour de la littérature Suite de la page D-1 Huguette Leblanc, Pierre Laberge, Jean Provencher, Jacques Garneau, Claudette Charbonneau-Tissot et Jacques Poulin.Notre équipe aimait leur donner l’antenne chaque fois qu’un de leurs livres apparaissait dans le décor littéraire du temps.» Bouffeurs de livres, et surtout fanas de poésie, les animateurs littéraires des années 1979-84 ont fait une large place au côté expérimental de l’écriture — véhicule par La Nouvelle Barre du jour et Les Herbes rouges — sans pour cela négliger un produit plus digestible, donc plus ASSOCIATION DES ÉDITEURS CANADIENS Date à retenir LE 19 NOVEMBRE 1988 LE BAL OES ÉDITEURS 1988 iff commercial, l’important étant de jeter sur l’un et l’autre de ces discours un regard critique « fidèle à notre option de placer la littérature en situation d’analyse, plutôt que d’en faire un objet de béatitude ».Dans ces années-là, plus de 40,000 Québécois écoutaient CKRL, saluant avec joie la présence d’une radio dont les formules d’émissions et leurs contenus répondaient à un besoin.Côté littérature, un sondage effectué pour le compte de la boîte par BBM en 1983, révèle que Délire sur impressions récolte, à elle seule, prés de 3,000 auditeurs, « ce qui en faisait l’émission la plus écoutée après la très populaire Le Mur du son du samedi soir consacrée à la musique rock».Malheureusement pour son public, une période assez désolante suit, de 1984 à 1986, alors que CKRL est dirigée par une nouvelle équipe dont les membres, issus des arts actuels, conçoivent la radio non en tant que moyen de communication, mais tel un médium voué à l’expression cultu- MYRIAM PREMIÈRE de Francine Noël LA CRITIQUE EST UNANIME JET LES LECTEURS LE PROUVENT: \3e —dn« Noël Myriam première Tlb éditeur 513 pages — 19,95$ ¦ Francine Noël signe un des trois ou quatre grands romans de la décennie ».(Réginald Martel, La Presse).« Ceux qui ont aimé Maryse se précipiteront sur cette suite, et ce sont les autres que }e voudrais convaincre que Francine Noël vient d’écrire un très grand roman.On ne peut parler de chef-d’oeuvre quand l’oeuvre est si jeune, et pourtant.» Jean-Roch Boivin, Le Devoir.« Avis aux fans de Michel Tremblay, en particulier s’il s’agit d’inconditionnelles, l’univers de Myriam, parce que plus actuel, supplante ce qu’elles avaient appris à aimer depuis La grosse femme d’à côté est enceinte.Ce qui n’est pas peu dire.Ce livre est important et mérite qu’on le lise.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil.• Francine Noël se transforme en enchanteresse, puisant de son imaginaire le fluide magique qui nous transporte dans un monde suspendu entre la fiction et le réel.De sa baguette magique, elle jette un regard empreint d’humour, de profondeur et de justesse sur nous-mêmes, sur une société et ses habitudes.» Marie-Êve Pelletier, Le Droit.« Myriam première est un roman d’une séduction extraordinaire, intelligent, drôle, émouvant, enfin c’est un malheur.A lire, donc: Pour le plaisir d’une écriture étonnamment libre et belle, qui utilise les expressions à la mode avec une sorte d’élégance négligée; et pour s’instruire.» Gilles Marcotte, L’Actualité vlb éditeur deN!a grande littérature relie.La radio forme d’art, la radio lieu des différences, très peu merci pour ses adeptes qui quittent l’antenne en masse.La cote d’écoute chute dramatiquement à 10,000 auditeurs et les clients de sa soft publicité se font de plus en plus rares.Un déficit de quelque $ 100,000 force presque la direction à mettre la clef dans la porte.CKRL a repris du poil de la bête depuis un an et tout tend à démontrer qu’elle est en train de retrouver son essor initial, et ses auditeurs le chemin de leurs amoures anciennes.Bien que la littérature d’ici y soit toujours à l’antenne grâce, entre autres, à Poésie québécoise, animée par Yves Boisvert, Les Volumes éphémères donnent de préférence la parole aux écrivains d’ailleurs.Tel est le choix des responsables de l’émission, Christian Désiletset Francine Bordeleau, qui ont décidé de « traiter des oubliés de la critique officielle et d’inscrire une nouveauté dans un courant de pensée ou une littérature nationale, plutôt que sous l’angle du best-seller», ainsi que le souligne Mme Bordeleau.Consacrée à la vie socio-culturelle des Antilles, Plein sud témoigne d’une autre littérature présentée par ses propres artisans sur les ondes de CKRL, ainsi qu’il en est pour les membres des communautés italienne et hispanique de Québec — mais oui, elles existent ! — et les gens de l’Afrique du Nord qui ont bâti leurs émissions originales.— Julie Stanton O ma source Suite de la page D-1 sions, ma voix n’est plus qu’un râle, bientôt je rendrai le dernier soupir.Je meurs de soif.Je n’arrive pas à connaître, en réfléchissant le plus intensément possible, qui II est.Ô ! où est-il, Éminence ?Dites-moi, vous, saint homme, où est notre Maître, où est ma Source ! Votre humble serviteur, Calvin.[.] Calvin Douglas, mon fils, vous vivez avec une crudité qui blesse les yeux; vous ne remporterez aucune palme ni aucune couronne.Quittez votre faste de mauvais goût et votre luxe criard, revenez auprès de vos paroissiens ! Vous écrivez des bavardages, vous avez la vieillesse causeuse, je ne lirai pas votre roman.Votre épouse cuisine d'excellents biscuits fourrés aux raisins de Corinthe; beaucoup de souvenirs se sont amassés dans son coeur, Calvin.Ses yeux se remplissent de larmes; dans la nuit grandissante de sa solitude, les nuages s’amoncellent.Cet hôtel est un spectacle horrible qui s'offre à ses yeux.Vous tournez mal et vous vous dévergondez a vec des femmes galantes.Les joues de votre femme se creusent; elle était si gaie, si allègre et brillante dans votre maison aux pièces égayées de fleurs.Calvin, mon fils, gardez votre pensée toujours en communion avec Dieu, priez le Tout-Puissant ! Je prie qu’il vous donne la vraie dévotion, la vraie foi et la vraie connaissance.Je ne vous comprends pas, Calvin.N'allez pas décrire votre vie dans un livre et crier cela sur les toits ! Vous a vez laissé un vide qu'il sera difficile de combler.Votre femme me serre dans ses bras.J’aide un peu à tout dans la maison, je me rends généralement utile.Habituellement, nous faisons pénitence, nous ne dormons pas beaucoup.La santé de votre femme est très fragile et le repos lui est nécessaire.Nous méditons la nuit pour rendre notre esprit calme et serein; je lui masse les pieds et le dos.Betty est une perle, elle prie Dieu avec un coeur fervent.Elle travaille tout le jour, elle ramasse du bois, elle jardine, elle lave notre vaisselle et nos vêtements, elle fait la cueillette des fraises, elle rassemble les feuilles de mes sermons et les tape à la machine, elle passe l'aspirateur.Elle est de bonne race, elle a les formes généreuses, elle est bien jolie quand elle tord ses cheveux en chignon.Je me sers amplement de son ragoût et de ses gâteaux.Ça me fait toujours quelque chose de la voir pleurer.Dans sa bouche, le mot amour est beau, il vient droit du coeur, d'un coeur si humain ! Votre Bishop.(Tous droits réservés, 1988, Guérin littérature.) — -” NOUS SOMMES TOUS IMMORTELS PATRICK DROUOT PHYSICIEN Hors des sentiers battus, Patrick Drouot réussit une étonnante synthèse de ces visions nouvelles.Il donne un certain nombre de réponses à ces questions fondamentales et ouvre d’ores et déjà la voie de la pensée du XXIe siècle.t LES ÉDITIONS L’ESSENTIEL En vente chez votre libraire Diffusion spécialisé: AQUARIUS (S14) 737-9176 / Diffusion: PROLOGUE (514) 332-5860 Place aux poètes LA POÈTE animante Janou Saint-Denis reçoit Jean Chap-delaine Gagnon et Hélène Mo-nette à la Place aux poètes, le 16 mars.Collaborateur au DEVOIR, Jean Chapdelaine Gagnon lancera, le 24 mars, son huitième recueil de poésie, Malamour, aux éditions du Noroît.Hélène Monette, pour sa part, vient de publier, aux Écrits des Forges, Montréal brûle-t-elle ?La Place aux poètes débute à 21 h, le mercredi, à la Folie du large ( 1021, rue de Bleury, angle Viger).INTERFACE est une revue interdisciplinaire publiée par l’Association canadienne-fran-çaise pour l’avancement des sciences (Acfas).Elle se veut un lieu cfinformation et de réflexion sur la recherche et toute activité qui s’y rattache.On peut se procurer INTERFACE (3,50$) dans toutes les bonnes librairies ou en s’adressant directement à l’Acfas au 2730 Côte Ste-Catherine, Montréal, Qc, H3T 1B7, Tél.: (514) 342-1411.NE MANQUEZ PAS LE DERNIER NUMERO D’ Bartha Maria Knoppers Les accumulateurs au lithium Le développement de l’adulte au travail Des conditions de travail nuisibles à la santé Plus des informations sur les subventions, les prix, les bourses, les événements à venir, les offres d’emplois et les dernières parutions.Ottawa : 1,3 milliard pour la R-D La recherche pharmaceutique au Canada : les retombées de la loi C-22 Le groupe de recherche en science et en technologie du lait (STELA) La conférence des Nobels
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