Le devoir, 7 mai 1988, Cahier D
LE LE LE LE LE LA S R zh>.¦ Best-seller : L'Art de la thèse, de Michel Beaud et Daniel Latouche D-2 ¦ Lettres québécoises : ôma source de Daniel Gagnon; Silhouettes très parisiennes et l'art d'écrire, de Louis Chantigny D-3 ¦ Lettres étrangères : La Trique, de Waltraud Anna Mitgutsch; Vie d'une amie de la volupté, d’Ihara Saikaku; L Envol pour nulle part, de John Fuller l)-4 ¦ Feuilleton : Le Bonhomme d'Ampère, de Roger Vrigny/D-5 ¦ Lettres françaises : Moi, Jane, cherche Tarzan, d'Annette l.évy-Willard; L'Homme qui vomit, de Mathieu Lindon D-5 ¦ Cinéma : des ouvrages sur Stanley Kubrick, John Huston, Wim Wenders et le « cinéma du réel »/ D-fi ¦ France : à la veille du deuxième tour de la présidentielle, des ouvrages sur Jacques Chirac, Raymond Barre.Charles'Pasqua et Jean-Marie Le Pen D-7 ¦ Carnets Pour une société parfaite, de Jacques Brillant/D-8 ¦ Capsules : la vitrine du livre D~4; littérature jeunesse D-6 Montréal, samedi 7 mai 1988 De la chanson au roman, aller-retour .i Photo Chantal Keyser Journaliste versée dans les questions de santé, Monique de Gramont signe son premier roman aux éditions -«Québec/Amérique.Cette Clé de Fa, c'est l'étrange concerto qu'écrit un enfant coincé entre ses parents.Étrange et fascinant, ce roman trace une ligne entre Montréal et Cassis.MONIQUE de GRAMONT EDGAR Paris était le plus brillant élève de sa classe.Ses professseurs euront tôt fait de remarquer l’impressionnante qualité de ses discours.Edgar était né pour parler.Il pouvait neutraliser, séduire ou anéantir, rien qu’avec la magie de sa voix.Ce don le vengeait de ne pouvoir attaquer avec ses poings, avec son corps.Malgré les cours de culture physique de l’école et l’huile de foie de morue quotidienne, la silhouette étriquée du jeune Edgar ne s’était guère étoffée au moment de son adolescence.Le jeune garçon comprit vite qu’il était né Fa rMBBBWWMWBMHBWiWMMWWiiWimflWfifiiMihliiiiniilÉifcliHIIWliaiWI avec des épaules étroites et qu'il mourrait avec des épaules étroites.Pire, probablement voûtées, comme l’étaient celles de son père, Charles, célèbre avocat de Québec, dont la silhouette ressemblait de plus en plus, en vieillissant, à celle d’une noix d’acajou anorexique.« Les mots peuvent assassiner tout autant que les armes, mon petit Edgar, souviens-toi de ça », avait-il coutume de dire à son fils.Et d’enchainer avec : « Comme je t’ai légué le don de la parole, tu es armé jusqu’aux dents.» Edgar, malgré sa chétive apparence, avait de l’énergie à revendre.Il tenait cette heureuse dispositon de sa mère, née Hortense Morin.Pendant que son époux palabrait, madame Paris, elle, agissait.C’était une femme essentiellement pratique, les deux pieds vissés à la terre.Au nom de son mari, elle achetait et revendait des terrains avec un flair remarquable.Présidente de trois comités de bienfaisance, auteur d'une chronique de bienséance dans une revue pour dames, Idéal féminin, elle enseignait aussi le chant aux orphelins de l’hôpital de la Miséricorde de Sainte-Foy une fois par semaine; elle entretenait enfin une correspondance assidue avec l'épouse d’un illustre avocat lyonnais qu’elle avait rencontrée au cours d'un voyage en Suisse.Madame Paris avait eu trois enfants, trois garçons.Malheureusement, aucun de ses fils ‘n’avait pu réveiller chez elle la fibre maternelle.Elle les avait mis au monde sans plaisir et sans douleur, et avait farouchement refusé de Suite à la page D-8 délirantes, Suzanne Jacob cite Victor-Lévy Beaulieu: «Tout est ameuté pour qu’il y ait un rapport avec la forme.» Elle affine sa pensée : « C'est un ensemble d’harmonies, d’intelligence, d’intuitions », et n’hésite pas a dire que certains de ses amis ont senti, dans le récit de Maude, cette ligne de vibration qui se retrouve dans une page musicale.Pomme Douly est un récit d’aventures, celui d’une jeune femme qui cherche à connaître « la figure globale des événements ».Libre en amour comme en amitié, « amoureuse comme elle est voyageuse », Pomme tente de se connaître, mais plus encore, comme le dit l’écrivain, a rendre compte de ses pulsions les plus secrètes, de ses élans d’amitié, des événements qui l’entourent.« Ce qui m’intéresse, ajoute-t-elle, c’est de savoir comment on continue de se brosser les dents tout en écoutant les nouvelles du monde à la radio.Mais l’événement est en constante métamorphose, tout comme les êtres, d’ailleurs.Pour retourner vers lui, il faut savoir quand on entre dans un nouveau mouvement et non dans le passé, sinon on en meurt.» Voilà ce que doit apprendre Maude qui, contrairement à Pomme Douly, vit un amour stable avec Bruno.Deux êtres aux antipodes.Elle a lâché l’université alors qu’elle terminait sa thèse de psycho.Il a tout laissé tomber pour elle, sa carrière, ses ambitions.Maude peint dans le jardin d’une maison vide qu’ils se sont appropriée.Bruno vend les toiles pendant que Maude « regarde foncer les feuilles du lilas».Voilà une figure d’amour qui est celle d’une très grande liberté, commente Suzanne Jacob.Ces deux êtres qui ne se ressemblent pas, et vivent dans un monde qui n’est pas fait pour eux, sont en parfaite symbiose.Bruno veille sur Maude discrè- « Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment on continue de se brosser les dents tout en écoutant les nouvelles du monde à la radio .» tement, Maude le laisse mentir sans jamais le contredire.« C’est cette espèce de microbe (l’incongruité du mot la fait rire) qui fait les relations durables, cette espèce d’énigme qui fait que, quand on croit saisir quelqu’un, c’est alors qu’il vous échappe.» L’écriture est encore trop proche pour en cerner idées et émotions : « Je suis moi-même en pleine lecture et il se passera encore du temps avant que l’oeuvre ne prenne sa La clé de Photo Québec/Amérique MONIQUE de GRAMONT.FRANCE LAFUSTE D’AMOS en Abitibi à Montréal, en passant par Jasper en Alberta et par l’Europe où elle est restée cinq ans, Suzanne Jacob n’a jamais eu le temps d’user ses fonds de culotte sur quelque banc que ce soit.Elle voulait faire du hockey quand ellle était plus jeune.Photos Chantal Keyser SUZANNE JACOB : « La chanson, qui sait ?j'y reviendrai peut-être un jour.» C’est plutôt Suzanne Jacob, chanteuse, qu’on vit un beau jour de 1970 sur la scène du Patriote.Et c’est Suzanne Jacob, écrivain, qui séduisit avec un premier roman, Flore Cocon, un recueil de nouvelles, La Survie, publié au Biocreux, une maison d’édition qu’elle avait fondée avec des amis.Et puis, soudain, elle fit volte-face.Elle voulait essayer la chanson expérimentale et la musique électroacoustique.Paris lui tendait les bras.Pourtant, ce fut l’écriture encore une fois qui la tira par la manche.Ses héroïnes de la deuxième génération, conçues entre Paris et le Québec, s'appellent Laura Laur, Galatée (La Passion selon Galatée), et les deux petites dernières : Pomme Douly et Maude.« Ma vie est un continuel va-et-vient », lâche Suzanne Jacob, dans un généreux éclat de rire.Suzanne Jacob rit de bon coeur, surtout de ses personnages.Et c’est là que, paradoxalement, il faut la prendre au sérieux.Quand elle dit de Pomme Douly qu'elle contemple pendant des heures son café irlandais ou qu’elle n’éprouve aucun problème respiratoire lorsqu’elle se confie à un singe, à un ours imperturbable ou à un fou de Bassan, c’est pour mieux dire combien nous cherchons désespérément à nous connaître.Pour expliquer ce jeu d’écriture, bourré de métaphores et d’images forme à elle.» Maude ne se réfugie-t-elle pas dans la peinture ?« Non, la peinture, c’est une façon de cracher de l’encre à l'image de certaines peintures japonaises du 7e siècle que j’ai en mémoire ou des peintures zen Le pinceau gorgé d’encre inscrit une multitude d'arabesques sur le papier, sans que jamais le trait ne soit cor rigé.Maude est assez instinctive pour faire la même chose.» Mélange d’instinct et d’intellect, Suzanne Jacob « aime aussi savoir à quoi les gens réfléchissent ».« Ça me passionne.Je ne sais pas comment ça s’appelle .globalement », dit elle en forme de boutade, reprenant ainsi la formule fétiche de Pomme Douly.Car désinvolte, Suzanne Ja-cob ne l’est qu’en apparence.Son récit fait de multiples points d'orgue et, d'une suite d’images en staccato, rend compte de ses préoccupations : comment se défait-on des modèles de la société, comment choisit-on d’autres routes que celles qui nous sont tracées ?Le rôle de la mère est, selon elle, éminent : « Elle est l’initiatrice à l’obéissance, canon ambulant de la beauté chez Maude, castratnce chez Bruno.Qui dit obéissance dit aussi intolérance.Nous croyons être libres mais nous sommes bien loin d'avoir une liberté de pensée active.» La peur de vivre dans un asile revient souvent dans la bouche de Maude « Mais qui est fou ?demande l’écrivain.Celui qui s'est blindé ou celui qui vit dehors sans peur ?11 faudrait voir si nous ne vivons pas, nous aussi, une certaine forme de répression mais avec des oreillers et des bouil lottes.» C’est auprès des jeunes ét udiants de polyvalentes qu’elle cherche des réponses sur l’infanticide, l’obéis sance, la démission des parents face à « la volonté extraordinaire de l'enfant ».Suzanne J acob a laissé plusieurs années couler sous sa plume.La chanson, dit-elle, qui sait ?« j’y reviendrai peut-être un jour ».Une chose est sûre : l’écriture est pour elle comme une porte entrebâillée sur un monde en plein chambardement, le point de jonction de toutes ses expériences, là où dessins, musique et mots se rejoignent enfin.La guerre des textes n’aura pas lieu GUY FERLAND LA GU ERRE des textes ressem ble un peu à la guerre des sexes; dans les deux cas, c’est souvent la reproduction qui fait pro blème.D’un côté, les créateurs crient qu’on spolie leurs oeuvres à tour de bras en effectuant des photocopies (entre autres moyens de reprographie) sans aucun égard à leurs droits d’auteur.De l’autre côté, les usagés veulent garder un certain accès à l’information La révolution technologique a entraîné une circulation accrue de l’information sous toutes ses formes.Les droits d’auteurs sont parfois bafoués.C’est dans cette perspective que l’État fédéral est en train de réviser la loi périmée sur le droit d’auteur qui date de 1924.Une première partie de la loi, qui autorise, entre autres, la création des sociétés de gestion et de perception des droits d’auteur, a été acceptée à la Chambre des communes en 1987, mais a été refoulée au Sénat pour permettre l’adoption d’une seconde partie qui devrait inclure les exceptions à la loi.C’est dans ce contexte que l’Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (TASTED) et la Canadian Library Association rendent public, en exclusivité au DEVOIR, leur rapport sur « la photocopie dans les bibliothèques canadiennes ».« Au départ, nous voulions démys- Pas trop de restrictions, demandent les bibliothécaires.Pas trop d'exceptions, rétorquent les auteurs.tifier les données en ce qui a trait aux nombres et à la nature des photocopies en bibliothèques », explique Onil Dupuis, délégué de TASTED au Comité consultatif sur les bibliothèques et le droil d’auteur.« Nous voulons négocier avec les auteurs sur des bases scientifiques solides.» Le rapport fournit ces données scientifiques.Les chiffres ont de quoi en surprendre plus d’un Dans les bibliothèques canadiennes, il se fait annuellement 339 millions de photocopies.Précisons immédiatement qu’il s’agit du nombre de pages de documents photocopiés, toutes catégories confondues.Sur ce total, seulement un peu moins de 96 millions de photocopies pourraient être soumises à la loi sur les droits d’auteur, si Ton excepte les photocopies de brochures, d’horaires d’autobus, de documents Pris en flagrant délit en train de photocopier leur propre rapport sur la photocopie dans les bibliothèques canadiennes : de gauche à droite, DENIS ROUSSEAU, directeur général (par intérim) de TASTED; ONIL DUPUIS, délégué de TASTED au Comité consultatif sur les bibliothèques et le droit d'auteur, et HUBERT PERRON, président de TASTED personnels et les séances où moins de 10% du document est copié « L'ASTED, qui représente les bibliothèques francophones du pays, appuie la première partie de la loi, affirme Hubert Perron, président de l’association.On est prêt à payer à une société de gestion les droits en vertu de la loi.Mais il faut trouver un juste équilibre entre les droits des auteurs et le libre accès à l’informa lion.Les bibliothèques sont des mul tiplicatrices de l’audience des auteurs.Il ne faudrait pas leur mettre trop de contraintes pour qu’elles ne puissent plus jouer leur rôle.» D’après la législation en vigueur aujourd'hui, toute reproduction autre qu’une petite partie d'une oeuvre à des fins privées ou de recension est interdite.« Un professeur qui copie au tableau un poème (oeuvre corn plète en soi) enfreint la loi », précise, pour sa part, Yves Légaré, directeur général de l’Union des écrivains qué bécois (l’Uneq), pour montrer jus- qu'où peut aller l’interprétation de la loi.« La photocopie d’un article (oeuvre complète) n’est pas une utilisation équitable d’après la loi », ajoute Denis Rousseau, directeur général (par intérim) de TASTED.Toutes les parties s’entendent pour réviser la loi sur les droits d'auteur en tenant compte de la réalité d'aujourd’hui.Mais à certaines conditions.« L’ASTED propose au gouvernement d'inclure deux exceptions à la loi : le droit de l’usager de photocopier un document pour des fins d’étude ou de recherche et le droit à la copie unique (pour le prêt entre bibliothèques), affirme Onil Dupuis.Ce que nous appelons “l’utilisation équitable” d’un document.On demande également de pouvoir changer de support pour les documents endommagés ou détériorés qui sont irremplaçables.On ne veut pas, finalement, avoir la responsabilité des appareils mis à la disposition du public Suite à la page D-8 IOWH NORWOOD ROBIN NORWOOD FEMMES QUI AIMENT TROP tome 2 ou comment reapprendre à aimer tome 2 Comment réapprendre * aime Jf te»Tt CMEDtM-SÎANKé Des expériences qui prouvent qu’on peut recouvrer la santé amoureuse .LA SUITE BOULEVERSANTE OU CELEBRE BEST SELLER les Éditions internationales Alain Stanké , 2127, rue Guy, Montréal H3H 2L9 (514) 935-7452 "+I \ D-2 ¦ Le Devoir, samedi 7 mai 1988 LE PLAISII?,/A LE PLAISLx LE PLAISIR LE PLàISI LE PLAIS: JS des J • i livres Les best-sellers Fiction et biographies 1 Le Premier Jardin Anne Hébert Seuil d)* 2 Les Vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset (2) 3 Ne pleure pas, ma belle Mary Higgins-Clark Albin Michel (6) 4 Une femme Annie Ernaux Gallimard (3) 5 La Preuve Agota Kristof Seuil (5) 6 Le Prince des marées Pat Conroy Presses de la Renaissance (4) 7 Dictionnaire Khazar Milorad Pavic Belfond (8) 8 Passeport pour la liberté Raymond Beaudet Quinze (-) 9 L’Amant sans domicile fixe Fruttero & Lucentini Seuil (10) 10 Sagan Jean-Claude Lamy Mercure de France (-) Ouvrages généraux 1 La Bibliothèque Idéale Bernard Pivot Albin Michel (1) 2 Le Défi alimentaire Louise Lambert-Lagacé éd.de l'Homme (-) 3 Guide de la consommation Éditeur officiel du Québec (3) 4 Le Métier d'écrivain Union des écrivains Boréal (2) 5 À la découverte de mon corps Linda Madaras Québec- Agenda (-) Compilation talte à partir dea données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Champlgny, Flammarion, Ratfln, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Lallberté; Chicoutimi Les Bouquinistes, Trois-Rivières Clément Morin; Ottawa : Trillium; Sherbrooke ; Les Biblairies G -G Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française * Ce chiffre Indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Taisez-vous! thésards à l’oeuvre L’ART DE LA THÈSE Michel Beaud et Daniel Latouche Montréal, Boréal, 1988 MAURICE ARPIN RENONÇONS à l’opinion qui attribuait aux besoins d’une société de loisir la nécessité de L'Art de la thèse.D’entrée de jeu, Daniel Latou-che donne la véritable raison : sur le chapitre de la maîtrise et du doctorat, « au Québec [.] vos chances statistiques d’obtenir votre diplôme ne dépassent vraisemblablement pas 25 %.» C’est manifestement pour inciter les étudiants à augmenter ce faible pourcentage qu’il reprend, en l’adaptant à la réalité universitaire québécoise, l’oeuvre de Michel Beaud parue en 1985 aux éditions La Découverte.Mais pourquoi voudrait-on écrire une thèse en ces temps plus pratiques où foisonnent, malgré le regain d’intérêt pour la dictée, les préjugés contre l’exercice écrit ?La réponse est dans la question ! C’est précisément parce que l’écrit est en voie de disparition que « la maîtrise de l’écriture risque, elle, de devenir une compétence rare et recherchée » (p.13).Plusieurs l’ont compris et veulent se joindre à l’Ordre des thésards; à preuve, L’Art de la thèse fait la liste des best-sellers.Cette « collaboration franco-québécoise » se veut d’abord un avertis- Photo Boréal DANIEL LATOUCHE.sement au candidat.En plus d’avoir une incidence immédiate sur sa vie affective, intellectuelle et sociale, le choix de « faire ou de ne pas faire de thèse » comporte de sérieuses conséquences pour l’avenir de celui ou celle qui tente l'entreprise.Si votre travail aboutit à une réussite, tant mieux; sinon, « à une époque où on recherche la performance et l’excellence, vous risquez de vous voir infliger d’une insurmontable tare si vous commencez vos études supérieures et abandonnez avant la fin » (p.18).LA VIE LITTERAIRE MARC MORIN Quatre prix L'UNION des écrivains québécois (Uneq) rappelle que la période d’inscription au prix Molson de l’Académie canadienne-française et aux grands prix du Journal de Montréal est ouverte jusqu’au 10 juin.Le prix Molson est attribué à l'automne de chaque année à un „ roman de langue française, paru dans les 12 mois précédant le 1er juin et dont l’auteur est québécois ou canadien.Le jury est formé de sept personnes dont cinq membres de l’Académie canadienne-française et de deux autres personnes nommées conjointement par l’Académie, la brasserie Molson et l’Uneq.Une bourse de $5,000 est remise au lauréat ou à la lauréate.Quant aux grands prix du Journal de Montréal, ils sont également attribués à l’automne à une oeuvre poétique (poésie, fiction poétique), à une oeuvre de prose (roman, récit, conte, nouvelle) et à une oeuvre dramatique publiées au cours des 12 mois précédant le 1er juin.Les candidats et candidates doivent obligatoirement avoir fait paraître au moins trois oeuvres, y compris celle mise en candidature.Le jury des grands prix, formé de cinq personnes dont trois nommées par Le Journal de Montréal et deux nommées par l’Uneq, peut solliciter le dépôt d’une oeuvre.Une bourse au montant de $ 1,500 est remise au lauréat ou à la lauréate de chaque grand prix.Pour informations : Jocelyne Daze (514 ) 526-6653.« Demain, la francophonie» L’OFFICE franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) prolonge de deux mois la date limite d’inscription au concours de nouvelles d’anticipation « Demain, la francophonie », organisé pour célébrer les 20 ans de l’office.Les candidats doivent répondre aux normes d'âge de l’OFQJ ( 18-35 ans) et déposer leur manuscrit (au minimum, 15 feuillets dactylographiés d’au moins 20 lignes) en double exemplaire au bureau parisien de l’office avant le 31 juillet 1988.Le jury, présidé par Tahar Ben Jelloun, comprend aussi les écrivains Gilles Archambault, Les textes gagnants au concours de critique littéraire « La Déposition », d’Hélène Pedneault* NDLR — A l'occasion du Festival national du livre, LE DEVOIR s'est associé à un concours de critique littéraire.Nous publions aujourd'hui l'un des trois textes gagnants : une critique de La Déposition, d'Hélène Pedneault, soumise au concours par Huguette Lucas, de Joliette.Les deux autres textes primés paraîtront les 14 et 21 mai.AVEC La Déposition, Hélène Pedneault a créé : • des personnages qui nous arrachent aux modèles et nous entraînent au centre de nous-mêmes : *Léna Fulvi, inculpée du meurtre de sa mère, qui crâne et crâne, indépendante et dure, devant des preuves accablantes, et *un policier horticulteur, plus porté à la sensibilité et à la psychologie qu’à la torture; • une étonnante relation de tendresse qui naît entre eux, parce qu’il ose exprimer sa peur pour elle, son désir de voir réduire la sentence, et ses intuitions, celle de la fragilité qu’elle cache sous une carapace, celle de l’amour enfoui sous la haine; • une action dramatique qui nous plonge au coeur de la vérité, par surprise, par soubresauts comme des contractions, recréant la relation de Léna a sa mère : accusée de meurtre, elle crie à l’accident ; tout prouve la haine, elle proclame l’accident par haine ; il devine l’amour, elle avoue le meurtre ; il cherche l'événement déclencheur, elle avoue l’amour.• une pièce où obtenir les aveux et trouver le mobile du crime équivaut à découvrir la passion d'une fille pour sa mère; • un langage qui joue avec la lettre et l’ironie, le souvenir, le mensonge et la vie, pour nous dépeindre les paysages du Saguenay et ceux de l'âme; 1 un moment théâtral intense et émouvant.Photo Jacques Grenier HÉLÈNE PEDNEAULT.— Huguette Lucas Paru chez VLB éditeur, 1988.Andrée Chédid, Madeleine Gagnon, Alain Gerber et Pierre Lepape.Le concours comporte un premier prix de 15,000 francs (environ $ 3,300) et deux prix de 5,000 francs (environ $ 1,100) sous forme de bourses de voyage.On obtiendra le formulaire d’inscription au concours en s’adressant à l’Office franco-québécois pour la jeunesse, section du Québec, 1214, rue de la Montagne, Montréal, H3G 1Z1; tél.: 873-4255.Place aux poètes C’EST « un dandy américain », Jean-Paul Daoust, qui est l’invité de la Place aux poètes, le mercredi 11 mai.L’auteur a 12 publications à son actif, dont le dernier recueil.Suite contemporaine, a paru l’automne dernier aux Écrits des Forges.Janou Saint-Denis anime la Place aux poètes, dès 21 h le mercredi, à la Folie du large (1021, rue de Bleury -métro Place-d’Armes).Albin Michel en poche UNE NOUVELLE collection de poche luxueuse vient de voir le jour chez Albin Michel : La Bibliothèque Albin Michel ».On y exploitera le fonds fort riche de la maison d’édition.La belle présentation et les premiers titres à nous parvenir sont prometteurs.On y retrouve le premier roman de Jacques Chardonne (de son vrai nom Jacques Boutelleau), L’Épithalame, qui raconte, d’une façon ironique, l’impossibilité du couple.Les Têtes interverties, de Thomas Mann, écrit en 1940, est une sorte de conte philosophique tiré de la mythologie indienne.Les Contes choisis, de Guy de Maupassant, sont des petits bijoux à lire et relire pour qui veut savoir écrire et conter avec un minimum de mots.On annonce deux parutions par mois dans cette collection qui se place avantageusement aux côtés des très belles collections « Les Cahiers rouges », de Grasset, et « L'Imaginaire», de Gallimard.— Guy Ferland «Répétons-le, Djian est un écriv un grand écrivain La littérature n'en possède pas t^nt.Une page de Djian, ça ressemble à rien d autre de connu dans le passé proche ou lointain, si ce n est à une autre page de Djian Elle possède un rythme, des couleurs, un éclat, une palpitation, une sagesse et une folie qui n appartient qu à lui L écriture de Djian est vraie, elle est généreuse et elle porte sur le monde — l'auteur y compris — un regard de pitié rageuse.Plutôt qu «écrivain romantique», «écrivain vivant» lui conviendrait Avec ( irréductible contradiction que les termes entretiennent l'un avec l'autre.» Pierre Lepage «Le Monde» Éditions Barrault - Diffusion Flammarion T] - Dans cette perspective, le conseil de chercher ailleurs — un domaine d'étude sans thèse ou carrément une autre carrière — à qui douterait de sa ténacité et de son sens de l’organisation, n’a rien de défaitiste.« La grande qualité d’une thèse est d’être, un jour, termmée, déposée et oubliée.» Le livre réussit à démystifier la thèse; dans une quinzaine de chapitres où il est question, entre autres, du choix d’un directeur et d’un sujet, de l’organisation de la recherche, de la rédaction et de la mise en forme du manuscrit, sans oublier les exigences administratives, les auteurs analysent systématiquement toutes les étapes menant des premières angoisses à la publication.Leur texte abonde en conseils pratiques.Par exemple, sur le choix du sujet, on suggère : « N’attendez pas le sujet parfait.[.] Éviter les sujets sui l’avenir de l’humanité.(.) Une fois votre sujet choisi, réduisez-en l’ampleur de moitié», etc.Sur l’organisation de la tâche, il est recommandé d’établir un calendrier de travail et de s’y astreindre.Pour rationaliser une bibliographie, les auteurs proposent une grille d’évaluation des oeuvres.Conseils aussi pour la rédaction, pour la présentation de graphiques, de tableaux et de statistiques.Et un chapitre pour encourager une utilisation plus conséquente des machines à traitement de texte : « Jouez avec vos idées et non avec les mots .» Un peu d’humour aussi : sur la paranoïa de se faire voler ses idées par un directeur peu scrupuleux : « Tant mieux, c’est la preuve qu’elles sont bonnes » ! L'Art de la thèse en découragera peut-être plusieurs qui rêvent de rédiger une thèse de maîtrise ou de doctorat.Mais sa présentation intelligente de moyens, qui permettent de mener le travail à terme, en fait un guide essentiel pour quiconque désire relever le défi.TÉLÉVISION Au réseau français de Radio-Canada, le dimanche à 9 h 30 : Livre ouvert, une série conçue pour promouvoir le goût de la lecture chez l’enfant.Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.» À Radio-Canada, le mardi à 13 h 15, l'émission Au jour le jour présente une chronique sur les livres tous les deux mardis.A TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Sous le thème des « livres du mois », Bernard Pivot reçoit Richard Bohringer, William Boyd, Hubert Monteilhet, Pierre Moinot et Amin Maa-louf.(Reprise le dimanche 15 mai à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écriture d’ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À la radio AM de Radio-Canada, le samedi à 17 h, dans Photo Le Seuil WILLIAM BOYD le cadre de l'émission Plaisirs, Pierre Bourgault parle de littérature.À Radio-Canada, dans la première heure de Présent dimanche, dès 09 h, on présente « le livre de la semaine » ; Ligne de fuite, de Carmen Castillo (Bernard Barrault, éditeur).À Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM A CFLX (Sherbrooke), dimanche à 21 h : Textes, émission produite par CFLX et présentée par les Écrits des Forges.Yves Boisvert lit des extraits de Tout est normal, tout est terminé, de Roger DesRoches (Les Herbes rouges).(L'émission est également diffusée sur CKRL-FM, Québec, dimanche à 21 h 30, et sur CIBL-FM, Montréal, lundi à 17 h 30.À Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.A Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d'ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Jean-François Chas-say (fiction) et Roch Poisson (revues).A Radio-Canada, mercredi à 16 h: Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/ fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).À Radio-Centre-Ville, mercredi à 16 h: Paragraphes.Danielle Roger reçoit un écrivain.À Radio-Canada, mercredi à 21 h 30 : Le Jardin secret.Gilles Archambault reçoit Yolande Villemaire.À Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.« Les biographes » : l'invité de Denise Bombardier est Olivier Todd (8e de 21 émissions).À Radio-McGill (CKUT, 90,3), jeudi à 14 h: La Passion de l’écriture.Paul-Gabriel Dulac reçoit un écrivain.À Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les Idées à l’essai.Richard Sa-lesses s’entretient avec Petr Kral au sujet du livre Prague (éditions Champs-Vallon).__M M Photo Mario Bélanger YOLANDE VILLEMAIRE L'existence intime Claude Bertrand «Claude Bertrand, comme un grand poète allemand, habite poétiquement la terre et ses pensées sont autant de flèches qui touchent au coeur du sujet».GUY FERLAND — LE DEVOIR ISBN: 2-89133-084-6 162 pages — 15.00$ Le Préambule Collection Le Sens En vente chez votre libraire è 4 Le Devoir, samedi 7 mai 1988 ¦ D-3 A L PL A.I E.A S LE FL AR LEPLAI.Il PUMHJUf Pour guérir du b*1 du afcrt LA VOIX DE CARLA de Élise Turcotte La voix de Caria surgit au milieu de paysages, d'ob)ets et de rumeurs qui composent notre quotidien.Elle est, par moments, couverte par d'autres sons, d'autres bruits.Mais tout devient sudible dans cette écriture qui restitue les modulations de la réalité.• Elise Turcotte atteint, avec La voix de Caria, une maturité d’écriture remarquable.Elle a créé des textes serrés, ciselés, sans concessions, sans clichés.» Gilles Toupln.La Presse RICHARD BOHRINGER ./ à APOSTROPHES \i(!c B lues de hui DENOEL En librairie à 17,95$ dimanche le 8 mai à 21h00 (TVFQ, canal 99) Vlb éditeur DELA GRANDE LITTÉRATURE De la ferveur avant toute chose Pour l’amour du peuple LES PRATIQUES DE DÉVOTION EN NOUVELLE-FRANCE Comportements populaires et encadrement ecclésial dans le gouvernement de Québec Marie-Aimée Cliche préface de Pierre Boglioni Québec, les Presses de l’Université Laval coll.« Ethnologie de l'Amérique française » 1988, 354 pages BENOÎT LACROIX IL FAUT une patience de fer pour aborder, chiffrer et décortiquer des documents aussi froids que les testaments, les actes notariés, les édits, les ordonnances des gouverneurs et des intendants, les registres, les actes de donation, les livres de comptes, les registres mortuaires, les registres de sépultures et d’autres papiers du genre.Ranimer ces textes quand on sait qu’ils ont été rédigés dans un contexte de religion populaire et d’encadrement ecclésial propres aux XVIIe et XVIIIe siècles, au moment où la population locale demeure mobile et incertaine de son avenir, n’est pas de tout repos.En plus, chercher à obtenir du peuple lui-même, qui écrit fort peu, un panorama des pratiques de dévotion qui lui sont familières, importées dans la majorité des cas, suppose beaucoup de savoir-faire historique.En outre, Marie-Aimée Cliche entend tenir compte surtout du vrai monde, de divers groupes de la population, des résidents de la jeune ville de Québec et des côtes, des domestiques, des vieilles dames, de ces personnes qui récitent des prières françaises et latines, soit à la maison, soit à l’église.Tout, par elle, est scruté avec minutie et jusque dans les détails les plus inattendus.Elle étudie les pratiques de la piété, les aumônes, les attitudes devant la mort, après avoir rappelé, dans un chapitre préliminaire plutôt rapide, l’enseignement officiel d’une Eglise romaine fraîchement réorganisée par un concile.Six graphiques, 96 tableaux et 25 illustrations habilement choisies mon- trent à quel point notre auteur est consciencieux.Quant à l’hypothèse docilement acceptée qu’ici le clergé veille davantage qu'en France, il ne faudrait pas trop s’en formaliser.La loi du concile de Trente (1545-1563) n’a pas tellement remué l’âme de ces immigrants qui, tout en étant fidèles à l’essentiel de la pratique religieuse, n’en continuent pas moins à faire joliment à leur tête.Le peuple est ainsi fait qu’il ne change pas nécessairement d'idée parce qu’on lui impose une réforme : il est foncièrement traditionnel.La longue préface de Pierre Boglioni, de l’Université de Montréal, spécialiste de la religion populaire médiévale, donne à une étude nécessairement circonscrite dans le temps et l’espace une dimension universelle.Enfin, nous nous demandons s’il sera encore possible d’écrire l’histoire de la Nouvelle-France sans avoir à l’oeil l’ouvrage érudit et combien appliqué de Marie-Aimée Cliche.Une impressionnante galerie d’écrivains français ô MA SOURCE! Daniel Gagnon Montréal, Guérin littérature 1988, 191 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN LE G EN R E épistolaire, peut-être le plus vieux genre littéraire, que Daniel G agnon sauve de la désuétude, et bellement.La lettre, qui permet le vocatif, l’invocation, l’exhortation, la supplique.Je ne connais pas les oeuvres antérieures au long silence que Daniel Gagnon s’est imposé pendant sept ans.Je ne suis pas loin de croire qu’il est le garant de ce retour en force de l’écrivain depuis La Fille à marier.Je dis « en force » mais ce sont de petits livres, nouvelles ou récits, histoires faussement gentilles.Une adolescente s’invente une correspondance pour raconter des amours qui sont probablement inventées.Cela paraît mignon mais on s’aperçoit que la petite fille n’est pas aveugle à la générale cruauté du monde.C’était La Fille à marier, prix Molson de l’Académie cana-dienne-française en 1986.Dans Ô ma source !, Daniel Gagnon reprend la composition par lettres et arrive à la porter à son plus haut degré d’efficacité et de beauté.Ainsi, par petites touches, multitude de petites touches, se dessine un récit prismatique dont on ne saura jamais le fin mot.Ce qui est dit recèle une plus grande part de non-dit.Reprise, redite par chacun des correspondants à son tour, la réalité laisse entrevoir des éclats de vérité dans le miroir brisé de chacune de ces vies.Dans ces moments où chacun, avec ce qu’il lui reste d’âme, s’adresse à l’autre.Calvin, sa femme Betty, sa fille Sally, et le Bishop.Ils s’écrivent.Il y aura aussi, vers la fin, une lettre du ministre de l’Intérieur des Bahamas.On verra pourquoi.Pasteur protestant dans un petit village sans nom, Calvin s’est installé à l’hôtel, à courte distance de son église, se jugeant indigne d’elle et de son rôle, parce qu’il succombe à l'alcool.Il supplie son Dieu et lui écrit sa confession définitive.« L’angoisse dessèche ma bouche, je titube, soûl comme une grive.Je suis comme un poisson dans une rivière tarie : les filles me tombent des mains et s'effeuillent ; je laisse échapper des remarques.[.] Mon âme veut s’en fuir de mon corps, elle frappe à coups de poing contre la vitre, elle travaille d’arrache-pied.0 mon Sei gneur Dieu, où voulez-vous en venir ?Où me menez-vous ?» « Les filles », les prostituées de l’hôtel, soigneuses d’hommes par destin, prennent soin de lui dans sa déchéance éthylique.En elles, il découvre la Beauté divine.C’est un homme bon, si indigne.Betty s’inquiète, se désespère à la maison, mais reste fidèle à la dévotion qu’elle lui porte, et le restera jusqu’à la fin.Le Bishop écrit aussi à Calvin, l’incitant à rentrer dans le droit chemin, à manger des légumes pour vaincre son alcoolisme.Quant à Sally, sa fille, elle lui écrit pour lui demander de l’argent toujours, lui disant son amour et son admiration, et les menus faits qui la maintiennent dans un perpétuel pétrin.Elle a deux fils en prison, des problèmes de drogue.Comme sa mère, elle est manipulée par les hommes : son propriétaire qu’elle tue (légitime défense, on le devine), l’avocat qui devrait la défendre, un peintre de grand talent mais méconnu, dont elle s’éprend.Et l’argent qui manque toujours, mon Père ! Dans la deuxième partie, les lettres de Betty et du Bishop proviennent des Bahamas.Celle-ci a convaincu celle-là de vendre ses meubles pour l’accompagner en voyage.Photo Guérin littérature DANIEL GAGNON.Une nouvelle vie commence pour Betty.Elle chante, joue du piano, se baigne dans la mer.Dans le grand monde, on admire son élégance involontaire, sa beauté de femme mûre et ses airs de n’être pas tout à fait là.Les lettres n’expliquent rien.Elles révèlent de petits faits, des bri bes, les faveurs du ministère de l’Intérieur et celles du consul de France On la comble, on lui passe sûrement sur le corps, elle reçoit beaucoup d’argent.J’ai l’impression de déflorer l’histoire en essayant d’en rendre compte de cette façon, alors que l’auteur a choisi de nous la présenter à travers le « je » fragmenté de chacun des personnages.Aussi injuste que le libretto d’un opéra sans la musique ! La belle réussite de ce petit livre est pourtant dans ce ton chanté de l’invocation, de la prière, de la supplique pusillanime devant l’amour qui n’est pas de ce monde.Ce sont les voix et le chant qui en résultent.Il faudrait parler d’oratorio plutôt que d’opéra.Il y a cette intense ferveur qui fait d’un texte uniquement préoccupé de l’expression simple d’un ardent appel, un texte prosodié comme un chant.Une belle oeuvre à l'écart de l’air du temps; mais je me trompe peut-être.sur ce point.Le portrait d’Érasme par Holbein.SILHOUETTES TRÈS PARISIENNES ET L’ART D ÉCRIRE Louis Chantigny Montréal Louise Courteau, éditrice 1988, 183 pages MARIE LAURIER LE LECTEUR plonge dans ces portraits d'écrivains célèbres en accéléré, tant U lui tarde de pénétrer dans l'univers de Sartre, de Rinaldi, de Kundera ou de Roger Grenier.On parcourt tout d'une traite ces silhouettes de 21 écrivains français et de l’éditeur québécois Bernard Va liquette, pour mieux revenir ensuite sur chacune d’elles.Le journaliste Louis Chantigny se transforme en un écrivain de grand talent pour nous présenter cette panoplie impressionnante d’auteurs célèbres qu'il a rencontrés, interrogés, confessés en quelque sorte.Et ad mirés en certains cas, c'est évident.Liseur boulimique de tout ce que la littérature française a offert et continue d'offrir, Louis Chantigny voue à la littérature la même passion qu’il ressent pour le sport, ce qui, à ses yeux, n’a rien d’incompatible ru d’inconvenant.« 11 n’y a pas erreur sur la personne », prévient l’éditrice Louise Courteau dans sa présentation de l'auteur, à l’endos de ce très beau livre qui porte en page couverture, sur fond noir, une reproduction d’Érasme, oeuvre de Hans Holbein.Louise Courteau prouve encore une fois son souci de faire un « beau » livre et, dans ce cas, il est plus qu’attrayant par son format, sa typographie, sa mise en pages et ses photos.Louis Chantigny laisse parler ses interlocuteurs qui nous apprennent comment, pourquoi et quand ils écrivent.Il commence par nous présenter Cioran, auteur de L'Inconvénient d’être né, qui vient de mettre fin à ses jours.Nous poursuivons avec Jacques Laurent alias Cécil Saint-Laurent, Michel Déon le taciturne, Philippe Sollers le dérangeant, Jean Cau, « l’écrivain le plus haï de France et de Navarre » qui fut le secrétaire de Sarger Grenier, biographe de Camus.C’est ensuite Yves Berger, éditeur et romancier, Kundera qui avoue qu’il aurait bien aimé vivre au Québec, Claude Roy, Patrick Besson, le « détestable » critique littéraire et romancier Angelo Rinaldi, le rêveur THÉÂTRE MERZ OPÉRA de Denis Marlcau el I riedhelm Lach du «livre-specUt le» qui parle directement à l'oeil «lu spei tateur-lei leur, un opéra qui reprend les expérimentations dadaïstes et futuristes de l'époque.Illustré, en page couverture, par Hetty Goodwin.204 pages (grand format) — 16,95$ OUI OU NON de Marie-Francine Hélrert Un petit manuel d'autodéfense à l'usage des enfants.Cette pièce de théâtre.Jouée à plusieurs reprises dans les écoles, veut montrer aux Jeunes de six à onze ans, comment réagir aux agressions de toutes sortes.Une pièce efficace et terriblement d'actualité.Par l'auteure de IV nir au monde.100 pages (grand format) — 12,95$ FUGUES POUR UN CHEVAL ET UN PIANO de Hervé Dupuis Une pièce sur la passion coupable: comme pour l'héroïne de Racine, dans Phèdre, le père éprouve un sentiment passionnel pour son fils, Il le désire pies que tout mais le refuse tout autant, sachant très bien que cette passion le détruirait.Un beau texte dramatique actuellement Joué au Théâtre d’Aujourd'hui.108 pages — 9,95$ ROMANS LE PORTIQUE * de Michèle Mailhot Un récit audacieux et émouvant sur l’expérience religieuse vécue par une femme éprise de liberté, soeur Josée, «la Jeune héroïne de ce roman d'emprisonnement et de délivrance».Un document psychologique d’une grande acuité préfacé par Marie-Claire Blais.168 pages — 8,95$ LE FOU DE LA REINE de Michèle Mailhot L’auteur analyse, dans une langue pleine de ressources et de surprises, le tragique affrontement qu'implique tout amour éperdu, alors qu’un homme et une femme sont éloignés l'un de l’autre par la force des choses.Un roman préfacé par Doris Lussier.116 pages — 7,95$ ESSAIS POUR UNE POLITIQUE - de Georges-Émile Lapalme « ji A> & Voici le document qui servit i élaborer le »pro- l'T , 7 gramme» de la Révolution tranquile.Georges-Emile a ; J Lapalme y propose, entre autres, la création d’un ml- I, " ’ nistère des Affaires culturelles et d'un ministère de •*^, 4 ImJ .l’Immigration, et il trace les grandes lignes d'un Etat JqfeMS moderne et démocratique au Québec, tourné vers l'a- ^ venir et la prise en main de son destin.¦¦¦¦¦¦¦ 354 pages — 18,95$ POUR GUÉRIR DU MAL DE MÈRE de Raymond Hétu La tradition nous enseigne le respect de nos parents.Mais qu'en est-ll du respect de l'enfant?Pour ceux et celles qui portent en eux des traces d’humiliation, d'incompréhension, de rejet de la part de leurs parents, ce récit saisissant et plein d'émotion oppose un refus à l'oubli.Un ouvrage sur l’enfance malheureuse à lire sans faute! 120 pages — 12,95$ POÉSIE C’EST UN GRAND ARBRE QUI NOUS UNIT de Jean-Guy Paquin et Claude Pierre Ce recueil de poésie nous Introduit au coeur même du monde, d'une terre de feu et de violence que les poètes tentent de réconcilier avec elle-même en plein coeur du «désordre qui nous construit».66 pages — 9,95$ H llaaii ètsrrs Cm* un ffrand *rbr» qui nom unit PRIX ÉMILE-NELLIGAN 1987 romantique de San Mimalo, Jean d’Ormesson, la jeune romancière Sylvie Germain (la seule femme de cèt album) Reprenons notre souffle en com pagnie des soixante Imitants Hamon et Rolman, de Paul Morand, de Ber nard Franck, « l'écrivain qui n'écrit pas ».Faisons maintenant connaissance avec Michel Mohrt et avec l'éditeur Bernard Valiquette à qui l’auteur ré- serve le plus long texte, histoire de le réhabiliter dans la mémoire collective québécoise Il est intéressant de noter qu’après chaque silhouette de ces grands maîtres à penser.Louis Chantigny donne une nomenclature bibliographique de leurs oeuvres.Ce qui ajoute certainement un grand intérêt à cet ouvrage qui en devient un non seulement de littérature mais aussi de référence NOUVEAUTÉS VLB ¦ ’V v LES AVENTURES DE POMME DOULY -C'est un recueil à l'imagination folle, à l'humour brillant et à la parole savoureuse- (Marie-Claude Fortin, Voir) 138 pages 13,955 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 7 mai 1988 LE PI A SC LE PLAISI LE PLAISIP LE PLAISIR LE PLAISE «Une nation d’enfants battus» LA TRIQUE Waltraud Anna Mitgutsch traduit de l'allemand par Cornélius Heim Paris, Gallimard, 1987, 259 pages LETTRES^ ETRANGERES DIANE-MONIQUE DAVIAU PARLER du roman de Mitgutsch est un véritable défi, car ce livre est d’une telle intensité, d’une telle précision dans la description du malheur, de ses causes, de ses conséquences, de ses contradictions, qu’on a constamment envie de retourner au livre et d’en citer plutôt des extraits.Chaque page, rempüe de phrases chocs, de mots clés, pourrait servir à illustrer la force du livre, son courage, son côté insoutenable aussi.On peut tout de même résumer ce roman, car le propos est simple : une jeune femme, Véra, elle-même mère d’une fille de 12 ans, remet — à la suite d’une question que sa fille lui a posée — sa mémoire en marche et circule dans les souvenirs de son enfance, son adolescence, tentant de cerner sa mère et la mère de sa mère, les souffrances que chaque mère a fait subir à sa fille, le sens de l’éducation qui lui a été inculquée, éducation consistant en humiliations, en châtiments corporels, véritable dressage reproduit d’une génération à l’autre, et la tentative de chacune de ces mères pour donner à sa fille ce que la mère n’avait pas eu et considérait comme la chose la plus importante au monde.Ce qu’on ne peut pas résumer, toutefois, c’est la puissance du récit, l’intensité du malheur subi, accepté et finalement recherché par chacune de ces femmes.Véra, que la mère s'est acharnée à briser, à détruire pendant des années et des années, dans un désespoir profond et avec le plus grand des espoirs, Véra devient totalement dépendante de son bourreau, de son malheur, jusque dans les moindres recoins de son corps et de son âme impitoyablement torturés, et elle aime sa mère autant qu’elle la craint, elle appelle les coups de trique autant qu’elle cherche à les fuir.Pour réussir ce qu’elle n’a pu atteindre seule, l’ascension sociale, la mère de Véra donne à sa fille, au prix des plus grandes privations, une éducation « parfaite » : robe du dimanche impeccable pour la sortie à l’église, chaussures toujours bien cirées, cheveux bien brossés retenus par des rubans repassés chaque jour, nourriture riche et abondante qui donne une silhouette prospère, école privée, cours de danse et de piano, baccalauréat, université, vacances de ski, traitements en clinique privée pour débarrasser Véra de ces poils disgracieux qui sont une honte pour une véritable femme, vertu bien protégée et entretenue par le mépris des hommes, prières du soir et fréquentation de « gens bien ».Pour inculquer à sa fille les principes de cette éducation modèle, la mère de Véra ne connaît qu’une méthode infaillible : la fessée quotidienne à coups de trique, fessée donnée par principe, à froid, et jamais sous l’effet de la colère.Grâce à ces châtiments corporels, Véra deviendra l’enfant la mieux élevée de la parenté, et ces corrections susciteront longtemps en elle de la reconnaissance et une sorte de fierté d’être une enfant battue : si on la bat à ce point, c’est qu’on doit l'aimer beaucoup, car battre une enfant comme elle n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’elle se débat sous les coups et oblige la mère à prolonger la raclée tant que la trique n’a pas atteint correctement tous les endroits visés : « Merci, maman chérie, devais-je dire quand les coups qu’elle donnait l’avaient épuisée.» Mais Véra ne se sent pas seulement coupable, reconnaissante et fière, elle croit vraiment à l’amour maternel qui s’exprime dans cette façon de dresser l’enfant.Rencontrée récemment lors d’un bref passage à Montréal, Waltraud Mitgutsch insistait sur le fait qu’elle considérait La Trique comme un livre politique.« Le déclencheur de ce roman, raconte-t-elle, ce sont les années passées à l’étranger.On me demandait souvent, surtout aux États-Unis, comment le fascisme avait été possible.» Lorsqu’elle s’est mise à en chercher les racines, elle a d’abord trouvé ceci : « Nous sommes une nation d’enfants battus.Une éducation aussi autoritaire, qui rabaisse et apprend à rabaisser, conduit fondamentalement à deux issues en temps de crise : ou bien on se terre en se bouchant les yeux et les oreilles, ou bien on tape sur les autres.» Ou victime ou bourreau.La ITique comporte certainement une dimension politique.Mais c’est aussi une oeuvre poétique au style parfois lyrique, aux métaphores puissantes, portée par un rythme intense que le traducteur a magnifiquement rendu en français.Un roman très touchant, très bien écrit, qu’on a envie de faire lire à bien des gens autour de soi.Will.( i »i)i i.ti>s.n w « < i.llii-ll.ll I j l M< ' • Le chef-d’oeuvre de Saikaku VIE D’UNE AMIE DE LA VOLUPTÉ lhara Saikaku traduction, préface et notes de Georges Bonmarchand Paris, Gallimard/Unesco coll.« Connaissance de l’Orient » n° 20, 1987, 246 pages JEAN CHAPDELAINE GAGNON NÉ À OSAKA, vers 1643, lhara Saikaku fut adulé par ses contemporains.Longtemps tombé dans l’oubli, considéré à certaines époques comme un écrivain de mauvais goût, voire obscène, il ne fut définitivement réhabilité qu’au début du 20e siècle par des romanciers japonais qui se tournaient alors vers un réalisme et un naturalisme inspirés de la littérature française et, en particulier, de Maupassant.LES ÉCRITS DES FORGES Irais-RWir».Q«»« G,A 5,'J ?PMJl-CHAMBFJU ANH, i>i».mr intégral __-¦ FRANÇOIS iR' CORNU Kl'- lout' ‘i‘"i JLruraîtrç_ RINA FASNH R ; 'ombre jetée 1 \NDRF I Vii'uvri’ di DOMINIQUE, I.AVIZON.Portrait'' du souJJhjüUllbbL IFA N MAI.RI Fl' '( Unique gu ternes SFRUFMONURAIN, /.'oeil de l'idée u.an-ffc parant.vén tV dey 10,005 yeux denis vanifr I \ipil.-p\ie de Tetejnl— x.oos „.\R1E.petits formats (FRI.dur Je: t11111 VXOVSY.Suite contcmporamc OR.Des noirceurs du corps IOSSF.Talc couleur océan ANGéVIN.In Pl“iur L1C, Port 10NF.T1K.Montréal hrulc-t élit.F PICHK.Sursis i P07.IKR.(ialien Lapante marche .C)Y.L'Accélaratcurdm enun ^ ; de Poésie de la Fondation Ltslorg 1 c Castor Astral "T Autres: DC R STbmm» i*"»™-5059 12.00$ X.OO$ Auteur de très nombreux romans et nouvelles, Saikaku n’en a pas moins composé d’innombrables haïku, dont il fut en son temps l’un des plus illustres représentants.En un jour et une nuit, il réussit même l’extraordinaire exploit de réciter 23,500 de cês poèmes de forme brève.C'est, toutefois, d’abord et avant tout à ses talents de conteur et de prosateur que Saikaku doit d’avoir traversé les siècles.Dans Vie d’une amie de la volupté, une vieille femme fait à deux jeunes hommes — que la curiosité et la renommée de la courtisane ont menés jusqu’à sa retraite — le récit de sa vie mouvementée.Le lecteur découvre, en même temps que les deux jeunes gens, les nombreux échelons du plus vieux métier du monde, selon un ordre décroissant, du plus noble jusqu’au plus dégradant.Défile ainsi toute une galerie de personnages dont les vêtements, minutieusement décrits, révèlent la classe ou le statut social de celui ou de celle qui les porte ou son « rang » dans le métier de courtisane.Par ce moyen, l’auteur donne astucieusement une vue d’ensemble de la société urbaine du Japon au XVIIe siècle, et plus particulièrement de la classe sociale des marchands et commerçants d’Osaka, classe à laquelle appartenait lui-même Saikaku.Divisé en six livres introduits par deux séries de poèmes en vers ou en prose, Vie d’une amie de la volupté offre au lecteur une étude de moeurs souvent proche de la satire, qui ne ménage ni les femmes — jugées inconstantes et frivoles — ni les hommes — que le goût du lucre et le besoin de paraître conduisent inévitablement à leur ruine.Ce théâtre parfois mordant, parfois cruel, parfois tout simplement comique, ne saurait laisser le lecteur indifférent, d’autant plus qu’il est servi par une langue juste, sans affectation, qui ne dédaigne pas à l’occasion la poésie, et par une rare finesse d’observation.Saikaku a aussi le sens du mot d’esprit et il en use avec discernement, sans en abuser.On s’étonnera peut-être de ce que l’auteur propose, par la voix de son héroïne, une morale à la fin de son roman : « Pour mourir, il m’engagea à m’en remettre à l’époque fixée par le destin et m’exhorta, en quittant la ¦vie de mensonge que j’avais menée jusqu’alors, à revenir à la conscience fondamentale et à entrer dans la voie de Bouddha » (p.206).Mais quel lecteur en sera dupe ?Surtout que, dans l’ultime chapitre, petit chef-d'oeuvre de raccourci, la vieille dame croit reconnaître bon nombre de ses clients dans les statuettes d’un temple où elle est venue prier pour racheter sa vie dissipée.Les dernières phrases de l'oeuvre, qui donnent un aperçu de son exceptionnelle qualité, ne convainquent pas vraiment que la joyeuse pécheresse soit fermement résolue, malgré sa confession, à faire désormais pénitence : « Tout en sachant combien courte est la vie en ce monde, je vous ai raconté une trop longue et futile histoire.Mais elle-même, confession repentante de mes fautes passées, m’a délivrée de l’obscurcissement des passions, comme de nuit un ciel nuageux reprend sa pureté au clair de lune.Il s’y ajoute le divertissement de passer cette nuit de prin-temps en votre compagnie.Je n’avais aucun intérêt à vous rien cacher de "toute une vie de femme” restée seule et sans famille.Je vous ai révélé toute ma personne depuis l’épanouissement du lotus de mon coeur jusqu’à ce qu’il se fane.Et quand bien même, par ce récit qui n’est qu’un exposé des frivoles débauches de mon passé, se trouble le courant, maintenant mon âme, telle la fleur du lotus sur l’eau, n’en est jamais souillée» (p.206-207).philasiplMiues revue de la société de philosophie du québec vol.xv, n° 1 PRINTEMPS 1988 SOMMAIRE L'énigme de Kripke Note de I« rédiction 1 M M YMOl.H, Les énoncés de croyance et l'énigme de Krtpke.5 I) lAURIIK, N nie sur le puzzle de Kripke.Il t l'ANAU H> La notion de croyance une approche inscriptionnaltsle 41 I IIJ'AOI La question des attitudes proposilwnnelles et les limites de la sémantique.59 Descartes : le Discours de h Méthode Note de II rédiction.75 L MARCIL-LACOSTE.L'héritage cartésien : l égalité épistémique.77 A VIDRICAIRE La vision comme procédé de communication dans le Discours de h Méthode.95 Articles AB MARCHAND Mimesis et catharsis; de la représentation à la dénégation du réel chez Aristote, Artaud et Brecht.107 Y PROVENÇAL.Remarques sur la notion de liberté dans l’histoire occidentale et sur son dépassement possible.J AUMÊTRF, Habermas et Althusser : critique de lidéologie scientiste et critique de I humanisme idéologique.Y CLOUTIER, Philosophie et marketing Sartre à Montréal, mars 1946.169 Études critiques.191 Comptes rendus.221 129 141 bellarmin, 25 ouest, rue Jarry Montréal H2P 1S6 — Tél.: 387-2541 LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND PARODIE Philippe Chauveau, Le Livre dont vous êtes le parfait idiot.Guide pratique de la réussite, Kami-caze, 138 pages.COMMENT réussir dans la vie ?vous demandez-vous.Voici le livre qui vous fera éviter bien des écueils : le sentimentalisme, la camaraderie, la chanté, etc.À la manière des livres dont vous êtes le héros, Philippe Chauveau, coauteur du célèbre Acceptation globale, nous entraîne sur les sentiers de l’ascension sociale coûte que coûte.Il faut être dur pour passer à travers les épreuves qui se trouvent sur le chemin de la réussite.À vous de jouer ! JOURNAL Laurent Laplante, Le Vingt quatre octobre, éditions du Beffroi, 262 pages.ON NE LIT pas un quotidien comme un livre; du début jusqu'à la fin sans sauter un mot.Pourtant, c’est ce qu’a entrepris Laurent Laplante.Son livre de chevet sous le bras, l’édition de La Presse du 24 octobre 1987, il en a médité les grands thèmes pendant quatre mois.« Ma surprise aura quand même été double.D'une part, la dimension éthique, pendant cette réflexion, n’a à peu près jamais cessé d’occuper l’horizon.D’autre part, non, ce n’est pas faute de temps si nous devons si souvent vivre dans l’ambivalence.» Comme quoi le quotidien n’échappe pas à l’histoire.Naturellement, l’auteur présente des réflexions sous forme d’un journal.ROMAN Marie-Victoire Rouillier, Un corps en trop, Alinéa, 106 pages.UNE JEUNE femme désespérée, qui n’a plus de famille, envoie une quarantaine de lettres à sa tante qui s’est retranchée du monde, pour 40 jours, dans un couvent.Les lettres incandescentes accusent la religieuse d’abandon, de facilité et trahissent une POUR JEUNES ; Il H KEN I L\JM LE VIMi r-gi ATKF (X'TOBKK w solitude extrême.« Comment pouvez-vous transcender en amour pour l’humanité la haine que j’ai pour vous ?», demande la jeune femme à sa tante, soeur jumelle de sa mère.Sans espoir de réponse, ces lettres affrontent le silence.Marie-Victoire Rouillier s’est suicidée peu de temps après avoir remis ce premier et dernier manuscrit à son éditeur.FRANÇAIS Henriette Walter, Le Français dans tous les sens, Robert Laffont, 384 pages.SAVIEZ-VOUS que sur les 50,000 mots d’un dictionnaire, seulement quelques dizaines sont d’origine gauloise ?Saviez-vous qu’au Xlle siècle, le français n’était qu’un patois parmi tant d'autres ?Saviez-vous que lifting et zapping sont, malgré les apparences, spécifiquement français ?Quel français parle-t-on en France, en Belgique, en Afrique ?D'où est venu le français ?etc.Dans son ouvrage, Henriette Walter offre un panorama de la langue française, simple et accessible, qui répond à toutes ces questions.SEXUALITÉ Jocelyne Robert, Pour jeunes seulement.Photoroman d’éducation à la sexualité, éditions de l’Ilomme, 140 pages.NON, vous ne trouverez pas des photos scabreuses dans ce volume.Jocelyne Robert, en sexologue avertie, met en scène des adolescents qui s’interrogent sur leur sexualité.Tout y est dit et expliqué en profondeur : l’hymen, l’excitation sexuelle, l’examen gynécologique, la contraception, le condom, la pilule, le stérilet, le diaphragme, l’avortement, la prévention face aux MTS, le chlamydia, la salpingite, les gonorrhées, l’herpès, le sida, l’homosexualité, l’hétérosexualité, la syphilis, les morpions, le harcèlement sexuel, la pornographie, le viol, la pédophilie, l’inceste, la prostitution, etc.La tentation de la vie L’ENVOL POUR NULLE PART John Fuller traduit de l’anglais par Robert Davreu Paris, Robert Laffont coll.«Pavillons», 1988 MONIQUE LARUE DANS UNE ÎLE du pays de Galles, en plein Moyen Âge, une source d'eau sacrée attire les pèlerins malades qui viennent y chercher la guérison.Depuis quelque temps, cependant, nul n’est revenu de File.L’évêque charge un représentant, nommé Vane, d’enquêter sur les circonstances mystérieuses de certaines disparitions.Dès l’accostage dans le port rudimentaire, Sauveur, l’étalon qu’il amène avec lui pour circuler dans l’ile, sent le danger et se cabre, rue et envoie un des rameurs à la mer, hennit et rugit comme les flots, mettant en danger « l’absurde embarcation » avant de se casser les os parmi les rochers glissants.« Protée, le dieu de la mer, se trouvant pris au piège et encerclé dans l’une de ses métamorphoses favorites, se bat furieusement pour retrouver sa forme première », pense, en regardant le cheval mourir, le novice venu accueillir les visiteurs.L’écriture, magistrale, de cette scène initiale, convie d’emblée à une oeuvre digne de ce nom.Quelques pages ont tôt fait d’engager le récit, mais surtout de reconstituer, dans toute sa violence et dans toute sa folie, cet univers mental à la fois radicalement autre, et ontologiquement toujours proche du nôtre : celui du Moyen Age.Ceux qui ont aimé la célèbre reconstitution d’Umberto Eco apprécieront ce récit.Les personnages : le père enquêteur et son acolyte, un abbé préfigurant Frankenstein, des moines fous; les lieux ; le monastère et ses dédales, le village attenant, la nature domestiquée mais fourmil- lante de signes; la lecture médiévale du monde : tout cela ressemble au Nom de la rose.Mais, au contraire de l’écriture explicite, voire didacti que, utilisée par le sémiologue italien, la prose de Fuller, un des plus grands poètes anglais contemporains, est, au sens fort du terme, synthétique.Belle de la beauté des mots mêmes, quand chacun d’eux, dans la précision de son pouvoir sémantique, crée en même temps le réel et le symbole.Le cheval, l’escalier, l’eau, le vent, le feu, la chaleur : tout est infiniment présent, et participe de l’étrange alchimie qui est au coeur du récit : celle de la vie et de la mort, à laquelle les livres ne sont pas étrangers.« L’abbé caressa doucement le cuir souple du livre qu’il était en train de Ûre.Il imagina qu'il fléchissait sous sa paume comme le flanc d’une paisible créature en train de paître.Le cuir pouvait-il être guéri de sa guérison ?Les peaux aveugles pouvaient-elles se réassembler ?» L’abbé qui se pose ces étranges questions est-il fou ?Celui que tente la synthèse de la vie devient il nécessairement démoniaque ?Où sont les corps des pèlerins ?Que découvrira le représentant de l'évêque ?Sort-on même de 111e sacrée une fois qu’on y est parvenu ?Et n’y aurait-il pas plus de parenté qu’on ne croit entre notre époque, fascinée par les bébés éprouvette, la fabrication de clones, la congélation d’embryons, les greffes d’organes et autres manipulations de la vie, et cette « île de cinglés » qui cèdent à la tentation d’oublier que tout n’est que poussière, que « le ver qui est en chacun de nous » est « notre commencement et notre fin » ?Que ceux qui aiment vraiment la littérature, le Moyen Âge, et notre époque, se rassurent : ce n’est pas l’auteur de cette remarquable allégorie qui s’abaisserait à livrer le fin mot de sa fable . Le Devoir, samedi 7 mai 1988 ¦ D-5 le ?i a l p.a: i .e f:a:sa .F FL.:?!R le fiai:.: Chronique d’une enfance périgourdine LE BONHOMME D’AMPÈRE Roger Vrigny Paris, Gallimard 1988, 249 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN LES MOTEURS du romar français de cette saison sont triples mais ils sont les mêmes d’un livre à l’autre : l’inceste qui ne veut pas dire son nom, l’homosexualité qui le dirait au contraire un peu trop, et la mémoire du temps de l’Occupation.De Troyat ( Toute ma vie sera mensonge) à Vrigny, dont le tout dernier roman est intitulé Le Bonhomme d’Ampère, en passant par La Tristesse du cerf-volant, de Françoise Mallet-Joris, on peul ainsi se pencher sur un passé trouble, qu’il soit celui des enfants du temps des épreuves ou celui du malheur collectif du peuple français au temps de la Deuxième Guerre mondiale.Cette similitude de thèmes n’enlève rien, il faut le reconnaître, aux qualités intrinsèques du livre de Roger Vrigny.Qui n’est pas, loin de là, ouvrage de débutant.L’auteur est homme de médias, il fut et demeure un animateur très efficace de France-Culture.Il est l’auteur de nombreux scénarios pour la télévision, il a collaboré à la N RF et il est membre du jury Renaudot.Des activités qui ne l’ont pas empêché de publier une dizaine de romans, dont La Nuit de Mougins qui lui valut le prix Fé-mina en 1965.La vivacité du style, dans ce récit étonnamment jeune par le ton, nous entraîne à lire Le Bonhomme d’Ampère trop rapidement.C’est peut-être un tort car on arrive très vite à la page 127, celle qui donne l'explication du titre.Un titre qui n’a, tout compte fait, que peu de rapports avec l'histoire qui nous est contée, sinon de rappeler aux lecteurs sexagénaires — de la même génération que celle du romancier — le laboratoire vétuste du cours de physique et de chimie dans les colleges d’antan.Ceux du Québec comme ceux des petites villes françaises.Car Roger Vrigny a écrit le roman d’une enfance, d’une adolescence et même d’une jeunesse vécues à Péri-gueux.Donc, dans une province qui avait, avant 1940, quelque parenté avec la nôtre, pourtant bien éloignée de la capitale de la truffe et du foie gras.Collège catholique, familles bien-pensantes, compagnie scoute pour l’éducation physique des garçons, et même, comme chez nous, « haute ville et basse ville », selon l’habitation et la fortune des parents.Celles de Marc, fils d’avocat, étaient de « la haute ».Celles d’Albert, dont le père était modeste libraire, étaient de « la basse ».Ce qui n’empêchait pas l’amitié des deux enfants, puis des deux collégiens et même des deux jeunes adultes emportés dans la tourmente des années 40.Une amitié très particulière, scellée par un pacte, et qui se nouera, avant de se défaire, grâce à l’amour que tous les deux entretiendront pour Lucie, fille de riches parents juifs, vivant dans un manoir campagnard tout près de la ville.Très habile romancier, répé-tons-le, Vrigny, avant de nous entraîner à la suite des enfants, vers le temps perdu, nous installe dans une chambre de palace : le Tivoli-Jardim, à Lisbonne, où vient de descendre un diplomate en mission officielle.Le voyageur, assez mystérieux, y apporte, outre son ROGER VRIGNY.léger bagage et son attaché-case officiel un passé fort lourd Dont il se délestera en rédigeant, toute la nuit, des « notes » sur le papier à en-tête de l’hôtel.Tout en obser vant « la vie quotidienne » et les habitudes des Portugais, et même en réfléchissant sur le Portugal d’après Salazar.Mais le lieu, et le suspense que crée volontairement l’auteur, ne sont là que pour la distanciation chère aux hommes de théâtre.En fait, il s’agit bien plus, et même uniquement, d’une histoire d’amitié entre hommes, et même d’un dédoublement de personnalité.Marc et Albert sont un seul et même personnage romanesque.Ce qui leur advient, raconté avec une merveilleuse aisance par un homme doué de mémoire, est matière à l’un des plus attachants récits romanesques de l’année.Et le cadre provincial (c’est rafraîchissant de sortir, de temps à autre, du « village » parisien) n’est pas étranger au plaisir qu’y prendront un grand nombre de provinciaux.En revivant, avec ses personnages, parvenus à l’âge d’homme, donc à l’âge souvent des désillusions, l’histoire de Marc et d’Albert, on se sent très proche de l’auteur.Et on a le goût de le citer un peu longuement, en guise de conclusion : « Au lieu de dresser le compte des années dans les colonnes de chacun, le voyageur devrait se demander comment — par quels gestes, quels mots — elles se sont insensiblement éloi gnées l’une de l’autre.Autant de traces impalpables inscrites dans la chair et qui la corrompent.Au tant d’étapes franchies .Mais-comment ?On ne se rend compte de rien.Aller simple pour l’enfer L’HOMME QUI VOMIT Mathieu Lindon Paris, P.O.L., 1988, 97 pages JEAN-FRANÇOIS CHASSAY « LA VÉRITÉ, c’est une agonie qui n’en finit pas.La vérité de ce monde c’est la mort.Il faut choisir, mourir ou mentir.Je n’ai jamais pu me tuer moi.» Cette citation, empruntée à Voyage au bout de la nuit de Céline, pourrait servir à résumer l’ouvrage — désespérant ou abject, l’épithète changera sans doute au gré des lecteurs — que Mathieu Lindon vient de faire paraître.L’homme qui eut l’insigne honneur, en 1987, alors que l’oeuvre de Sade est à la portée de toutes les mains dans la moindre librairie qui se respecte, de faire face à la censure, récidive avec un nouveau roman « scandaleux », où l’im- placabilité des pulsions et l’impétuosité des désirs servent de trame de fond.Le roman consiste en un long monologue du narrateur qui raconte son dégoût de toutes choses.Autour de lui, trois individus seulement : son ami Pierre, avec qui il entretient des relations ambiguës et qui joue pour lui le rôle du frere jumeau qu’il rêvait d'avoir, ainsi que deux soeurs vietnamiennes qui ont fui la guerre pour se retrouver à Paris.Une des deux se suicidera en s’ouvrant les veines — « Sans doute que si elle avait su vomir, le suicide lui aurait été moins nécessaire, si ça avait pu sortir sans qu’elle ait à l’ouvrir au couteau » — et cet événement servira de point de départ au roman.L’autre, qui vit avec le narrateur, finira par repartir pour le Viêt-nam, à défaut de pouvoir supporter les fan- tasmes sadiques et masochistes de son partenaire.On se souviendra que, dans une célèbre pièce surréaliste de Roger Vi-trac, Victor ou les enfants au pouvoir, une femme fort respectable, Ida Mortemart, perdait tout standing en public parce qu’elle ne pouvait s’empêcher de péter.Le narrateur du roman de Mathieu Lindon, lui, ne peut (ou ne veut) s’empêcher de vomir.Là où Vitrac se voulait iconoclaste, Lindon se veut répugnant.Cette situation renvoie de manière radicale à une incapacité physique à supporter le monde qui l’entoure.La maladie consiste à vivre et dérègle à la fois le corps et le langage, la syntaxe étant broyée, les phrases déformées.S’exprimer est aussi harassant que bouger : « Quelquefois on était trop fatigués pour l’amour alors qu’on le préférait toujours à la fati- Par ici, la jungle MOI, JANE, CHERCHE TARZAN Annette Levy-Willard Paris, Flammarion coll.« Rue Racine » 1988.237 pages LETTRES FRANÇAISES tendait tout ce temps (ironie du sort) l'homme de sa vie Celui-ci se présente sous la forme d’un auteur de romans d'espionnage, Tarzan moderne qui glissera la bague au doigt de cette Jane désormais énamourée « Comment en suis je arrivée là ?Après des années d'effort pour de venir, enfin, un homme comme les autres ?», se demande en toute ironie l’ancienne guerrière transformée en heureuse maman.Ce roman drolatique se liL illustrations en moins, comme une bande dessinée.Annette Lévy-WUlard se concentre sur l'élément comique et délaisse toute forme d'analyse sérieuse susceptible d'atténuer l’humour de son propos.Elle n'a pas la prétention d'établir un constat d'échec du féminisme ODILE TREMBLAY LE TITRE et la couverture du ro man le claironnent sans ambiguïté avec Moi.Jane, cherche Tarzan, An-nette Lévy-WUlard exhume brave ment un des clichés les plus éculés qui soient.De fait, sur la surface cartonnée de son livre, s’étale l’image d’une Jane en détresse menacée par la gueule carnassière d’un crocodile affamé.Survient Tarzan, le mâle salvateur, plongeant libérer la belle, son couteau aigu brandi à la face du monstre.On l’aura compris : Moi, Jane, cherche Tarzan, attaque ici les rapports hommes-femmes dans leurs inavouables retranchements.Et elle les attaque le moins sérieusement du monde.A défaut d'être hautement littéraire, la petite comédie de moeurs contemporaine qu’elle signe ici atteint le but visé : nous faire sourire.Tout en demeurant résolument su perficielle, l’auteur agite un humour auquel seront sensibles les rescapés des années 70, ayant embrassé, comme Annette Lévy-Willard, les nombreux militantismes de cette période agitée.Écrit à la première per sonne, son roman met en scène la pimpante et tumultueuse Catherine Welles.Reporter international, celle-ci a tâté de tous les combats semés sur sa route : communisme, anarchisme, féminisme, sans compter l’inévitable incursion parmi les enfants-fleurs.C’est donc à travers l’époque bénie des contestations multiples que ce personnage grimpe dans l’autobus des femmes, échoue dans une commune californienne, pourfend la peine de mort dans les prisons texanes ou poursuit l’infâme docteur Mengele sous les climats tropicaux.Rien ne manque au tableau de ses engagements successifs, surtout pas le cortège d’amours désastreuses de la militante farouche, portant haut le drapeau de l’autonomie sans faille.Oui, mais voilà : le chat finit par sortir du sac et il appert que la belliqueuse journaliste at- gue.» Paradoxalement, la femme avec qui il habite est danseuse.Dans la danse, le corps devient gracieux mais, en même temps, il se déforme et rejoint la maladie, quand le corps n’en peut plus de se contenir et que l'individu rêve de s’arracher à lui-même.Dans L’Homme qui vomit, les deux états se mêlent, le corps étant dans une transe continuelle, toujours au bord de l’effondrement.« Comme si, à chaque mot, écrit le narrateur, tout l’intérieur de mon corps (sang, nerf, viscères.) (était) du vomi qui déborde.» J usqu’au jour où il ne restera rien, où l’effort l'aura mené jusqu’aux limites de l’épuisement.« Quand je ne serai ni moi ni un autre ni rien mais rien.» Ce roman est un petit voyage au bout de l’enfer.Il n'y aura pas, à la dernière ligne, de morale à en tirer.C’est un aller simple.Vient de paraître GUIDE FRANÇOISE KAYLER DFS BONS RESTAURANTS 1988 ii\ K v 4 .V» T.L.W.v, \ '**S m • *’ i 7 " * j't.J.üj1 ‘-Y ^ Z‘A • A V) i a - v i M M\ » i \ f •>' : vv, * E.Sji guérin littérature 200 pages — 9,95 $ GUÉRIN LITTÉRATURE Distributeur exclusif: Québec Livres Des romans à dévorer.Anne d’Avimlea l.un Maud Montcumen i .es I il les de Caleb h a n v F Y l'NEÀMIT E Fr 1 r f I.IÎSL L Ombre «le lï'|RTvier \lM I \tull-f LA CLE DE FA Monique de Gramont 21,95$ A U X ANNE D'AVONLEA Lucy Maud Montgomery 16,95$ LES FILLES DE CALEB UNE AMITIE FABULEUSE Arlette Cousture Maurice Harvey 24,95$ L'OMBRE DE L'ÉPERVŒR Noël Audet \amj I hrMian Mistral [iv lVii's-I loiToin D< m*- Ibi,mirer I T I 14,95$ fil 24,95$ VAMP Christian Mistral 19,95$ RUE DES PETITS- DORTOIRS Denis Bélanger 14,95$ LE DERNIER DES RAISINS Raymond Plante 5,95 $ VOL DE RÊVES CASSIOPEE OU Paul de Grosbois L'ÉTÉ POLONAIS Michèle Marineau 5,95$ 5,95$ N S U Ë il I Q U E D-6 ¦ Le Devoir, samedi 7 mai 1988 LE PLAISIR //A LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Le cinéma en pages Positivement, Kubrick et Huston STANLEY KUBRICK dirigé par Gilles Ciment Paris, dossier Positif/Rivages 1988, 191 pages JOHN HUSTON dirigé par Gilles Ciment Paris, dossier Positif/Rivages 1988, 191 pages BERLIN, L.A., BERLIN Wlm Wenders Jean-Pierre Devillers Paris, Samuel Taslet éditeur 1988, 111 pages CINÉMA DU RÉEL avec Imamura, Ivens, Malle, Rouch, Storck, Varda .et le clné-|ournal de Depardon Claire Devarrieux et Marie-Christine de Navacelle Paris, éditions Autrement 1988, 127 pages MARCEL JEAN VOILÀ que la rivalité existant entre les deux grandes revues françaises de cinéma déborde maintenant dans le monde de l’édition.En effet, à peine deux ans après que les Cahiers du cinéma eurent décidé d’y aller d’une grande offensive livresque en donnant de l’ampleur à leur maison d’édition, voilà que Positif s’associe aux éditions Rivages pour la création des « dossiers Positif/Rivages ».De type monographique, ces dossiers comprennent l’ensemble des textes parus dans Positif et consacrés à un cinéaste donné.Entrevues, témoignages, analyses, critiques et documents divers (quatre textes, dont une nouvelle percutante, signés John Huston dans le dossier qui lui est consacré) s’y succèdent.Le tout généreusement illustré (une soixantaine de photographies noir et blanc par dossier), avec une abondance de texte et une présentation — quoique la mise en pages soit un peu lourde — qui demeure agréable.Cela pour un prix des plus raisonnables (environ $ 25), compte tenu du prix des livres de cinéma et de celui des revues qui, rapidement, deviennent difficile à consulter.Pour lancer la collection, les gens de Positif ont joué prudemment en tablant sur des événements médiatiques importants : la sortie de Full-Metal Jacket en France pour le dossier Kubrick, et la mort de John Huston pour le second dossier.Cependant, on annonce un dossier Fellini qui devra se défendre tout seul.Quiconque connaît Positif, fondée à Lyon en 1952 par Bernard Char-dère, sait que, malgré certains partis Photo AP JOHN HUSTON.pris contestables, la critique y est généralement de bon niveau, les entretiens bien menés et les intuitions heureuses (sauf lorsqu’on a condamné la Nouvelle Vague comme réactionnaire, à la fin des années 50).Les deux premiers dossiers, qui contiennent des textes publiés sur une période de plus de ,‘10 ans, sont exemplaires du bon travail qui a pu se faire au sein de cette revue.En fait, ce sont deux ouvrages de choix qui nous sont offerts puisqu’ils comprennent sans doute les textes les plus intéressants publiés en français sur K ubrick et 11 uston, lesquels, depuis les débuts de leur carrière, sont des poulains de l’écurie Positif.Et le seul défaut majeur que l’on trouve à ces dossiers est dans l’avant-propos du John Huston que signe Robert Benayoun.Inutilement hargneux, cet avant-propos, plutôt que de souligner la qualité de l’oeuvre du cinéaste, préfère s’en prendre à ceux qui ne l’aiment pas — et, en premier lieu, aux Cahiers du cinéma — étalant ainsi au grand jour une guerre des revues que l’auteur gagnerait à mener avec plus de subtilité et d’intelligence.On ne fait pas avancer nos idées en traitant ceux qui ne les partagent pas comme des imbéciles.Mais, comble de l’ironie, les « dossiers Positif/Rivages » ont le même distributeur québécois que les éditions des Cahiers du cinéma ! ?Il n’est plus nécessaire de présenter Wim Wenders.Depuis une di- zaine d’années, depuis le coup d’éclat de L’Ami américain (1977) à Cannes, la réputation de Wenders a cessé de se limiter au cercle restreint des cinéphiles pour gagner peu à peu le grand public.Publié en 1985, le court essai que Jean-Pierre Devillers consacre à l’auteur de Paris, Texas (1984) et des Ailes du désir (1987) est maintenant disponible au Québec.S’ajoutant aux livres que Michel Boujut et Peter Bushka ont consacrés au même cinéaste, l’ouvrage de Devillers apporte une lecture assez serrée du cheminement de Wenders de 1977 à 1984.Ne parlant que très rapidement des premiers films et de la trilogie composée d'Alice dans les villes (1974), Faux mouvement ( 1975) et Au fil du temps ( 1976), Devillers se concentre plutôt sur les rapports directs qui se dessinent entre Wenders et l’Amérique à partir de L’Ami américain.Hammett (1982), ce film commandé par Francis Coppola qui hanta Wenders pendant plus de cinq ans, sert un peu de fil conducteur à cet essai qui tient autant du journal et de la biographie que du très bon travail scolaire.Commandé à Wim Wenders en 1978, alors qu’il s’était retiré dans le désert australien pour écrire un scénario de science-fiction, Hammett l’a accompagné pendant la réalisation de Nick’s Movie (1980) et de L’État des choses (1981).Il aura ensuite fallu Paris, Texas pour que Wenders exorcise cette expérience traumatisante et se réconcilie à la fois avec l’Amérique et le cinéma.Concis, précis, intelligent, Berlin, L A., Berlin est un petit livre qui ne fait aucunement double emploi face aux ouvrages déjà sur le marché.Sans compter que Samuel Fuller y signe une touchante préface.?* ?CINÉMA du réel, de Claire Devarrieux et Marie-Christine de Navacelle, est un essai impressioniste.Fait de bribes, de petites touches choisies et organisées plus ou moins subjectivement, l’ouvrage s’efforce de parler du cinéma documentaire en nous soumettant une succession d’impressions fugitives glanées ça et là auprès de 18 cinéastes du réel.Se succèdent donc, dans ce « livre de montage », des entrevues avec Ivens, Rouch, Malle, Treilhou, Rei-demeister, Imamura, Varda et Storck, un ciné-journal photographique signé Raymond Depardon et, pour terminer, des extraits de correspondances entretenues avec Kramer, Akerman, Elek, Wiseman, San- International Portrait Gallery STANLEY KUBRICK.ders-Brahms, Oshima, Pereira dos Santos, Van der Keuken et Perrault.Au fil de cette suite de propos et commentaires s’installe un doute persistant qui continue de nous imprégner longtemps après la lecture du livre.Déjà, lorsque Jean Rouch, racontant ses impressions d’enfance, s’inquiète de la réalité des cadavres dans le Robin des bois de Douglas Fairbanks par rapport à celle des chiens du Nanook de Flaherty, on sent que la frontière entre fiction et documentaire sera bientôt discutée.Et lorsque Shohei Imamura raconte le tournage de L’Évaporation d’un homme, film-enquête dans lequel une jeune femme tombe « véritablement » amoureuse de l’acteur chargé de diriger l’enquête, on sent que le débat est définitivement amorcé.Puis Agnès Varda et Raymond Depardon, toujours à cheval sur la frontière des deux grands genres, continuent d’apporter de l'eau au moulin de la réflexion, jusqu’à ce que Chantal Akerman vienne exprimer son opinion dans un style direct et clair : « S’il devait y avoir une frontière entre le documentaire et la fiction — dès qu’il y a cadrage, il y a déjà fiction —, s’il devait y en avoir une, c’est précisément autour de cette frontière que j’aime travailler, et dans le trouble» (p.113).Et c’est ensuite autour de Nagisa Oshima d’abonder dans le même sens : « Je n’instaure aucune frontière entre le documentaire et la fiction, entre l’imaginaire et le réel.Chacun de mes films est à la fois un document sur ce que je tourne, et un document sur moi, qui suis en train de tourner » (p.117) Trois discours pour deux rivages EMMÈNE-MOI AU CANADA! Stéphane Santerres illustrations de Susanne Wolter Montréal, Humanitas/ Nouvelle Optique 1987, 118 pages MARIA GREEN UN PROFESSEUR, irpmigré au Canada d’un pays d’Europe centrale — qu’importe lequel ! — se trouve devant un dilemme déchirant : doit-il expatrier son père très âgé, devenu veuf, comme il le lui avait promis, de longues années avant la mort de sa mère, ou serait-il plus sage de tenter d'organiser la nouvelle existence du vieillard dans la vieille patrie ?Le père et le fils pourraient-ils réaliser î’union spirituelle et la vie en commun auxquelles ils aspirent, séparés plus par les inexorables lois du temps que par la distance et les conjonctures politiques ?Voilà l’embryon d'une problématique qu’un récit, monologue expiatoire, tente de tirer au clair.Il s’agit d’un vrai « récit », dans le sens que Gide a prêté à ce terme, donc d’un texte qui utilise des éléments autobiographiques et les prolonge dans l’imaginaire.D’où dérive un discours hallucinant, doublé de «LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Girigras Un livre de 295 pages qui retrace l'histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu'à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Je désire recevoir exemplaire(s) du livre "LE DEVOIR" J'inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix) NOM:.ADRESSE:.PROVINCE.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT ?Chèque u American Express ?Master Card ?Visa No.de carte de crédit.Expiration:.deux autres.Le discours principal étale l’hypothèse canadienne : que deviendrait ce vieillard dans un climat physique et moral si différent ?Et que représenterait le Canada pour lui — selon le scénario que son hôte potentiel, le fils, construit dans son imagination ?Le deuxième discours, qui se greffe organiquement sur le premier, rend compte de la situation politique, sociale et personnelle ambiguë du père dans son pays.Plus intéressant, peut-être, est le troisième discours, tentative du narrateur de s’arroger une identité, de s’arracher de l’étreinte mortelle d’un dialogue sans issue.Une série de parenthèses lui permettent de saupoudrer ce texte d’observations humoristiques, d’extrapolations érudites qui lui restituent son monde à travers une véritable encyclopédie littéraire, des allusions, des relations subordonnées qui conduisent d’allusion en allusion et, paradoxalement, par l’entremise de cette érudition étendue, à un approfondissement métaphysique, à une révolte farouche.• Il faut se demander, cependant, s’il s’agit d’une épure.Si le fonctionnement psychologique de ce texte est essentiel.À remarquer, la distance lucide que prend le narrateur tout le long du texte, la méfiance qu’il témoigne à l’égard de son propre énoncé.L’énonciateur de ce texte se sépare du narrateur.Ce procédé, visiblement bien conscient, est le gage du littéraire le plus vrai et, en même temps, d’un par-delà du littéraire.En effet, Emmène-moi au Canada ! est plus qu'un livre : c’est une intervention culturelle et existentielle au moyen d’un texte qui se dénonce perpétuellement.Le manifeste en guise de postface le dit à juste titre : « Voilà une façon nouvelle pour franchir le Rubicon de récriture, passer par ses eaux périlleuses et aboutir à une source arcane.» De ce fait même, à notre sens, ce texte fait partie d'une littérature québécoise de plus en plus importante dont l’autorité internationale ne tardera pas à s’affirmer.Ce livre s’adresse de son lieu fortifié à l’Amérique du Nord dans son ensemble, comme à la France.Il mérite de nombreux lecteurs.LE PLAISI LE PL LE PL ;LE !:L Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations, contactez Jacqueline Avril 842-9645 LITTERATURE JEUNESSE DOMINIQUE DEMERS Bon voyage, de Janosch, éditions Casterman.UN ALBUM-VACANCES sur l’art de boucler de merveilleuses valises.Janosch le fantaisiste, l’espiègle, le grand comique, n’a que faire des brosses à dents et des manteaux de pluie.Pour partir en voyage, il faut de gros ballons, rouges et ronds, de beaux hameçons, des pelles solides pour déterrer tous les trésors, des lunettes de soleil immenses.L’essentiel, quoi ! Un joyeux traité, pas sérieux du tout, bourré d’images qui, comme la valise, débordent d’un peu partout.Les Petits Poucets, raconté par Bruno La Salle, illustré par Laurence Batigne, Casterman, coll.« Contes de toujours ».BRUNO LA SALLE refuse la censure qui, par le biais de l’édulcoration, appauvrit les contes traditionnels.Il puise, au contraire, dans la richesse des diverses versions de chaque conte pour construire un récit dense et rythmé.Au « Petit Poucet » de Perrault, il a préféré les deux petits poucets des variantes paysannes.C’est la version de mon enfance : l’ogre et l’ogresse, les bottes de sept lieues, les cous tranchés et le sang un peu partout.Conteur et illustrateur situent l’aventure dans un ailleurs merveilleux établissant cette dis-tance bienfaisante qui permet aux enfants de pénétrer dans ces univers sans trop se sentir menacés.Mon copain le monstre, texte de Nicolas de Hirsching, images de Mérel, éditions de l’Amitié/Hatier, coll.« Ma première amitié».UN DE CES RARES grands-pe-tits-livres qui, à chaque page, et toujours sans en avoir l’air, aborde des problématiques importantes et propose des réflexions dans un langage inédit.Un pauvre monstre se réveille en plein 20e siècle après des centaines d’années de profond sommeil et découvre des enfants trop occupés pour avoir peur.Plus moyen de les terroriser avant de les dévorer : il ne reste plus qu'à devenir ami.Dans un décor moderne, ce récit fantaisiste rend le même verdict que les contes traditionnels : les peurs peuvent être apprivoisées, on peut être petit et plus fort qu’un grand, tout est relatif, et, tout compte fait, grandir n’est pas si horrible malgré tout.L’Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono et Willi Glasquer, Gallimard, coll.« Folio cadet ».Ginette Anfousse LE HÉROS DE ROSALIE lo.courte échelle PUBLIÉE pour la première fois il y a 25 ans dans un magazine américain, la nouvelle de Jean Giono a été traduite en 13 langues avant d’être mieux connue en France.Giono a écrit L'Homme qui plantait des arbres pour répondre à la question : « Quel est le personnage le plus extraordinaire que vous ayez jamais rencontré ?» Ce récit aborde de grands thèmes dans un langage extrêmement simple et efficace qui s’attache à l’essentiel et mise sur la puissance évocatrice des mots, abolissant ainsi les fontières d’âge et de catégories de lecteurs qui nient aux enfants l’accès à tant de beaux textes.Le Héros de Rosalie, de Ginette Anfousse, La Courte Échelle, coll.« Roman-Jeunesse ».APRÈS avoir fait un malheur avec Les Catastrophes de Rosalie, Ginette Anfousse récidive avec l’aide de Cupidon.Rosalie approche dangereusement de l’adolescence, découvre le miroir, les boutons d’acné et Pierre-Yves Hamel.L’amour n’affadit en rien le caractère flamboyant de Rosalie Danse-reau, la pauvre orpheline condamnée a endurer sept tantes-mères adoptives.Comme tant de nouveaux héros, Rosalie n’est ni belle, ni parfaite, ni très douée.Mais attention ! elle est terriblement vivante.Le Caméléon, de Chrystine Brouillet, illustrations de Philippe Brochard, La Courte Échelle, coll.« Roman-Jeunesse ».UN VRAI polar, avec des gros méchants, affreux et dégoûtants, des cadavres, des complots, des captures et des enfants héros sans peurs (ou presque) et sans reproches (ou presque).C’est moderne (famille monoparentale, non sexiste, etc.), ça bouge, c’est juste assez inquiétant et l’aventure policière s’écrit avec une histoire d’amitié en filigrane.Les Prisonniers du zoo, de Denis Côté, illustré par Stéphane Poulin, La Courte Échelle, coll.« Roman-Jeunesse ».À LA FRONTIÈRE du fantastique et de la seience-ficlion, des chimpanzés jouent aux dames, des aigles se baladent en ville et King Kong nargue les enfants à la fenêtre de leur chambre.Rien de très original mais Denis Côté a l'immense talent de savoir donner à un scénario potentiellement insipide la force d’un bon roman.Menus légers pour rester mince CUISINE SANTÉ MICRO-ONDES II Jean-Paul Ostiguy, m.d.Montréal, éditions La Presse 1988, 296 pages FRANÇOISE LAFLEUR POUR FAIRE suite au succès qu’a connu et que connaît encore, depuis 1985, son premier ouvrage sur le sujet, Cuisine santé micro-ondes, le docteur Jean-Paul Ostiguy nous propose un deuxième tome de sa cuisine légère au micro-ondes.La publication s’adresse d'abord, à titre préventif, à tous ceux qui, soucieux de leur santé, doivent adopter de nouvelles habitudes alimentaires.Puis, la cuisine dite diététique suggérée par l’auteur s’adresse à toute personne qui veut perdre du poids ou éviter d’en prendre, à tous ceux qui souffrent de problèmes cardio-vasculaires pouvant être reliés à une mauvaise alimentation, enfin, à quiconque supporte mal un taux trop élevé de cholestérol.Les maniaques des calculs seront heureux de voir que l’auteur indique, pour chaque recette, le nombre de calories, la quantité de fibres alimentaires et la teneur en calcium des aliments à consommer.Les mordus de la diète trouveront sept menus type spécifiquement conçus pour les « aider à maigrir».Des sauces aux desserts, en passant par les plats de viande et de poisson, on y explore 200 recettes simples et rapides « pour préparer des petits plats succulents sans gras ».Agrémenté de quelques photos couleurs, l’ouvrage se présente sous la forme pratique d’un cahier à reliure spirale.I/LÜWÎ& Le Devoir, samedi 7 mai 1988 ¦ D-7 _ta:s;.LE PLAISIR LE PLAISIR leflais:r LE PLAISIR À la veille du dernier tour de la présidentielle Autour de Chirac: qui perd gagne.PARIS-CHIRAC (Prestige d’une ville, ambition d’un homme) Marc-Ambroise Rendu Paris, Plon, 1987, 385 pages AU FRONT Anne Tristan Paris, Gallimard, 1987, 256 pages LA GALAXIE BARRE Michel Chamard et Joseph Macé-Scaron Paris, La Table ronde 1987, 333 pages CE TERRIBLE MONSIEUR PASQUA Philippe Boggio et Alain Rollat Paris, Olivier Orban 1988, 379 pages LE CHALLENGER Thierry Saussez Paris, JC Lattès, 1988, 247 pages NOTES DE LECTURE PAUL-ANDRÉ COMEAU LES SONDAG ES sont interdits depuis une semaine maintenant, mais tout le monde considère comme in- surmontable l’avance de François Mitterrand.Précédent historique, les Français reporteront donc une seconde fois un candidat socialiste à la présidence.François Mitterrand rejoindra le général de Gaulle au panthéon des « grands » de cette République à laquelle l'actuel président s'était farouchement opposé il y a 30 ans.à moins d’un miracle, Jacques Chirac ne pourra passer immédiatement de Matignon à l’Élysée.Il lui faudra attendre le prochain scrutin présidentiel pour aspirer à devenir le successeur du général de Gaulle et de Georges Pompidou.Quel avenir immédiat réservent ces élections — et la volonté du président vraisemblable ! — au maire de Paris, à cet homme qui vient de tenter de rallier in extremis les familles du centre et de la droite ?On voit mal comment il pourrait toujours demeurer premier ministre au lendemain du 8 mai.Il faut lire la dernière partie de l’ouvrage de Marc-Ambroise Rendu pour apprécier l’esprit d’organisation et de planification de Jacques Chirac.Journaliste au Monde et expert de la politique municipale de Paris, Rendu esquisse un aperçu sai- LA POLITIQUE LINGUISTIQUE AU QUÉBEC, 1977-1987 Michel Plourde Québec, Institut québécois de recherche sur la culture coll\ « Diagnostic », n °6 1988, 143 pages YVAN LAMONDE CE DIAGNOSTIC sur 10 ans de politique linguistique québécoise constitue un véritable guide de civisme.Traçant, de Saint-Léonard au lac Meech, la trajectoire des législations sur la langue tout en scrutant l’état de santé de la loi 101 et en évaluant ses succès et ses revers, ce diagnostic est sans cesse braqué sur l’essentiel : « Une enclave humaine à 83 % francophone, mais complètement entourée d’une autre langue, a-t-elle le droit, légitimement, pourvu que soit sauvegardé le respect des autres, de se donner les mesures nécessaires, forcément vigoureuses à cause de son entourage, pour affirmer et perpétuer, clairement et visiblement, son caractère distinct de société française ?» Très bien documenté, cet ouvrage informe tout citoyen sur ce qu’il n’a jamais osé demander sur la loi 101 ou sur ses droits.Dans le labyrinthe des lois, des clauses, des chartes, citoyennes et citéyens pourront s’y retrouver pour comprendre les enjeux du présent.L’analyse de sept jugements principaux sur la loi 101 rappelle que les interprétations juridiques demeurent discutables, que les opinions légales varient d’instance en instance et que, ultimement, la souveraineté populaire ne peut « permettre aux rfmrrrm SpP» Michel Plourde LA POLITIQUE LINGUISTIQUE DU QUEBEC j5' y : s r.Vu’ th ' 38 i tribunaux de se substituer aux constituants ».D’où la clause « nonobstant», centrale en démocratie.M.Plourde rappelle que les inégalités culturelles tout autant que les inégalités économiques sont sources d’injustice : le Québec se soumit en décembre 1979 au jugement de la Cour suprême invalidant le chapitre III de la loi 101 qui faisait du français la seule langue de la législation et de la justice et déposa ses lois dans les deux langues; le Manitoba finit par consentir au jugement de la même cour alors que la Saskatchewan ne reconnaît, ni rétrospectivement ni de façon courante, cette obligation.Pendant plus de cent ans, le Québec a payé pour respectér les droits de sa minorité anglophone; on parle aujourd’hui, dans l’Ouest, de coûts.Toujours best-seller! MYRIAM PREMIÈRE de Francine Noël «Francine Noël signe un des trois ou quatre grands romans de la décennie.» Reginald Martel, La Presse.«Ceux qui ont aimé Maryse se précipiteront sur cette suite, et ce sont les autres que je voudrais convaincre que Francine Noël vient d’écrire un très grand roman.On ne peut parler de chef-d’oeuvre quand l’oeuvre est si jeune, et pourtant.» Jean-Roch Boivin, Le Devoir.« Myriam première est un roman d’une séduction extraordinaire, intelligent, drôle, émouvant, enfin c’est un malheur.À lire, donc: Pour le plaisir d’une écriture étonnamment libre et belle, qui utilise les expressions à la mode avec une sorte d’élégance négligée; et pour s’instruire.» Gilles Marcotte, L'Actualité.I L A/J 4 1 LA PETITE MAISON V1D ealtÆ UT DE LA GRANDE LITTÉRATURE «remise 513 pages 19.95$ sissant du « plan de carrière » de celui qui, gaulliste avoué, fut premier ministre turbulent sous Valéry Giscard d’Estaing et.sous François Mitterrand, après les élections du printemps 1986.Comment Jacques Chirac a-t-il planifié sa prise en charge de l’Hotel de Ville de Paris pour préparer sa campagne présidentielle ?Comment a-t-il profité de l’éclairage exceptionnel de cette fonction, jusque là assez secondaire, pour s’imposer à tout un électorat ?C’est le propos des 150 dernières pages de cet ouvrage avant tout consacré à l’évolution d’une capitale mal aimée du pouvoir central.On lira avec intérêt toute la section consacrée à l’implantation d'un service d’information qui compte plus de 70 permanents, le chapitre sur les expériences de privatisation à l’échelle d’une ville qui devaient inspirer le premier moment de la cohabitation .En somme, un ouvrage important, non pas tellement par le portrait de l’homme que par la dissection d’une mécanique intelligente .?C’est à un tout autre exercice que s’est livrée Anne Tristan, jeune journaliste parisienne, descendue à Mar- e pou idler Dix ans de loi 101 Coûts que le fédéral pourrait partager, lui qui a subventionné Alliance-Québec.Quels poids, quelles mesures ?Ce diagnostic met aussi le doigt sur cet aspect crucial d'une question linguistique qui est fondamentalement politique mais qui ne doit pas être partisane.Si la question linguistique continue à être une monnaie d’échange électorale, sujette aux pressions partisanes, le Québec vivra ce qui fut vécu au fédéral de 1896 à 1912 : la priorité des considérations partisanes sur celle des droits.Pendant la première moitié du 20e siècle, la partisanerie fut cause et de la dévalorisation de la politique et de l’émergence d’un nationalisme « au-dessus des partis».La solution réside, selon M.Plourde, dans la fin de « la guerre des chartes » et dans l’enchâssement de la question linguistique dans une charte que le Québec a, tout comme une constitution, le droit de se donner.Ce faisant, la loi sur la langue révélerait sa prééminence sociale et juridique.Un diagnostic systématique, clair où s’énoncent des jugements avoués de l’auteur et qui devrait être suivi par un autre diagnostic de l’IQRC : droits individuels et droits collectifs.Après tant d’années d’écrits sur « les obstacles à la démocratie au Québec » et tant d’années de respect, ici, des droits des autres, une mise au point serait scientifiquement et démocratiquement bienvenue.quotidien du Front national.Personnalité et fonction d'emprunt permettent à cette journaliste de se faire accepter par une section locale du parti de Jean-Marie Le Pen et de vivre six mois durant les activités de cette formation d’extrême droite .4 défaut d'un portrait du candidat triomphant de l’extrême droite qui est Jean-Marie Le Pen, Anne Tristan s’intéresse aux petites gens qui se re trouvent dans un parti, dans une fa mille.Bals de quartier, assemblées — « meetings », comme disent les Français ! —, manifestation au coeur de Marseille, réunion des permanents, l’observatrice tente de dégager ce qui peut unir ces Français inquiets, ces citoyens qui se sentent menacés par la présence des étrangers — essentiellement les Africains du Nord.On y retrouve, certes, les traits presque grossiers du militant d’ex trême droite.On sera étonné, surpris de voir à quel point toute une jeunesse se sent attirée par des thèses élémentaires, pour ne pas dire autre chose.C’est la dimension la plus inquiétante de ce reportage qui n’épuise pas cette question.?Entre l'extrême droite et le candidat Jacques Chirac, rien n’a été fa cile, comme on l'a vu tout au cours des derniers mois.En avouant son échec, il y a deux semaines, Ray mond Barre, candidat centriste, a exhorté le maire de Paris à ne pas conclure de pacte avec le Front na tional.À ne pas lier son destin à ceux qui se réclament du racisme et de la xénophobie.Entre les deux tours de ce scrutin, ce conseil a hanté les évolutions de Jacques Chirac .La personnalité de Raymond Barre hante aussi périodiquement une bonne quantité d’électeurs français.Ce professeur de sciences économiques, ancien vice-président des Communautés européennes, ancien premier ministre, a même été un bon moment l’homme politique le plus populaire de France.Il a été emporté dans la tornade organisée autour de Jacques Chirac.Il a pourtant rallié autour de lui une pléiade de politiques, d’économistes et de juristes qui trouvent place dans l’excellent ouvrage des deux journalistes du Figaro que sont Michel Chamard et Jo-seph-Macé Scaron.La Galaxie Barre comporte deux présentations d’un intérêt assuré pour qui veut comprendre la politique française.Dans un premier temps, les auteurs tentent de démêler l’écheveau des liens qui rassemblent autant de personnalités brillantes autour d’un seul homme.Ensuite, ils esquissent des portraits individuels tout aussi intéressants.Un vade mecum de la politique française des prochaines années, du moins dans l’un de ses courants les plus importants.it it ?Deux autres journalistes du Monde brossent un portrait sans complaisance de Charles Pasqua, ministre Photo AP JACQUES CHIRAC (à droite) faisant la paix avec son principal rival de droite.RAYMOND BARRE, au soir du premier tour de la présidentielle, le 25 avril de l’Intérieur du gouvernement Chirac.Cet homme, qui s'est fait connai tre par ses prises de position durant les heures sombres des attentats à Paris à l’automne 1986, a été l’objet d'au moins quatre ouvrages durant cette campagne électorale : c’est dire qu'il surprend et intrigue les Français eux-mêmes.Du côté qué bécois, on sera sans doute surpris d’apprendre qu’il a épousé une femme du Lac Saint-Jean dont les parents sont retournés en France du rant la crise économique des années 30.Un livre utile pour comprendre le cheminement de ces hommes de province qui montent à Paris faire la po-litique nationale.?Enfin, un mot sur un roman lancé dans le sillage de ces élections présidentielles Derrière un titre qui em-prunte au franglais sportif — Le Challenger — les dirigeants d'une agence de publicité tentent de décrocher le contrat d'un candidat à des élections présidentielles anticipées.Sous forme d’échéancier très serré, toute l’équipe de concepteurs, de scénaristes élabore le plan de communication d'une campagne où l'argent n'est pas la denrée rare.C’est l'occasion de regarder l'élaboration d'une campagne à travers la lorgnette des consultants et autres ingénieurs politiques, selon la nouvelle expression qui remplace heureusement les termes de « pollsters» et « media consultants».Un petit roman sans prétention qui en dit long sur l'américanisation de la vie politique française.'Hexa pour refaire connaissance.exposilion-rctrospeclivc du fonds publié depuis 35 uns ainsi que des plus récentes parutions.le dimanche 8 mai à 14:30, venez rencontrer.François Barcelo Fernand Ouellette Denise Boucher Heinz Weinmann Andrée Ferretti 4 IkHIBHÜIb Librairie Champigny inc., 4474, rue Saint-Denis, Montréal, tel: 844-2587 m m î Jean-François Sénarl Le geste musicien u e Lou^Aq.C.ouulS i t Préface de Yehudi Menuhin GLENN GOULD PLURIEL PLURIEL Le geste musicien Jean-François Sénart L'ambition du propos le destine à devenir le vademecum des chefs d'orchestre et de choeur.En quelques pages denses, l'essenliel est dit avec clarté, croquis à l'appui Tout ce qui amène Boulez, évoquant Hans Roshaud comme le chef idéal, à parler de «pragmatisme de l'exécution» s'y trouve analysé, sans parler des indispensables qualités relationnelles requises.Jean-François Sénarl ne conçoit la fonction technique du geste/signe qu’à travers l'éventail de ce qu'il appelle ries sensations de base», c’est-à-dire l'assise spatio-temporelle de l'homme agi par la musique avant qu’il n'agisse sur elle.En un mot, le chef doit être, dans la plénitude du terme, un animateur.C'est alors qu'identifié à ta musique, il incarne, au maximum de son efficacité, te geste musicien.Joël-Marie Fauquet Musicologue Chargé de recherche au C.N.R.S.Pans 104 pages, nombreuses illustrations 14,95$ X m çl Wt LI S IJ M )\, \ | KS POt R PIANO ,jcttnut(mme LbciWwiv PAUL LOYONNET Textes réunis *1 présentés par GHYSIAMIGUERTM fîmnA* Frmitém/tu Glenn Gould, pluriel (jlenn Gould, pluriel regroupe une série de textes communiqués lors du permier colin que international qui lui était consacré, à l’UQA M en octobre 1987.Glenn Gould disait de lui même "Je me voyais comme une sorte d'homme de la Renaissance en matière musicale, capable de mener à bien beaucoup de projets variés».Par la diversité de ses approches, cet ou vrage permettra au lecteur de découvrir au delà de la mythologie du vedettariat, la fécondité, l’originalité et l'unité de la pensée de ce musicien canadien mondialement connu.Glenn Gould, pluriel est le premier ouvrage analytique consacré à cet authentique créateur 278pages, photos — 29,95$ Les 32 sonates pour piano '( Paul Loyonnet Beethoven mystique?C’est ainsi que nous le présente Paul Ltjyonnel, célèbre pianiste virtuose et spécialiste de Voeu vre beethovémenne, qui a tenté de sonder les profondeurs de la pensée du Maître.Son analyse pénétrante des 32 sonates pour piano nous permet de suivre l'évolution psychologique et spirituelle de Beethoven, et nous révèle le sens secret d’une oeuvre d'apparence parfois si abstraite.522 pages, nombreux extraits musicaux — 34,94$ DISTRIBUTION QUÉBEC-LIVRES (514) 327-6900 — LOUISE COURTEAU, ÉDITRICE (514) 761-7849 i ' Y'/ Itk hO*\ «, du JtiOuL roman de Georges Raby C'est le charme indicible du roman d'aventures, de suspense.L'amour et la mort se donnent des rendez-vous frénétiques à Percé.jouent à cache-cache parmi les corps à corps amoureux et les cadavres! Le roman de l'été: combien rafraîchissant par sa profusion de sueurs froides! ÉDITIONS DU BOUC Diffusion Quebec Livres $9.95 Après 14 années de recherches.enfin, un dictionnaire pour mieux se comprendre! Vie*** de aîtr® JOURNAL DE MILLE JOURS ANDRÉ CARPENTIER Le projet original de ce Journal, écrit par André Carpentier, se profilait en deux étapes.D’un côté, l’écriture d’un roman, et parallèlement, la rédaction d’un “journal d’écrire” qui retracerait les étapes de sa production.Il s’agissait donc de tenir un journal qui rassemble ses efforts, non pas autour de détails biographiques ou d’étapes de l’existence, mais autour de la démarche d’écrivain, de sa pensée créatrice, de sa faculté transformatrice, de son affrontement quotidien à l’écriture.Guérin littérature et XYZ Distributeur exclusif: Québec Livres 358 p.17,95 • D-8 Le Devoir, samedi 7 mai 1988 LE PL A: SIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR à LE PLAISIR £ js (les J • l livres Comme la flèche qui vole vers sa cible aux innombrables motifs qui donnent à la peinture de notre vie son caractère spécifique.M Jacques Brillant insiste sur l’importance des pouvons économiques dans nos vies.La géopolitique est, de plus en plus, économique.Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ?Je viens de lire l’admirable biographie de Louis XIV du professeur François Bluche.La France du Grand Siècle domina le monde parce qu’elle était économiquement la nation la plus forte d’Europe.Le Québec s’affirme dans ses droits nationaux parce que nous nous savons plus nches.M.Jacques Brillant aspire, quant à lui, à une sorte d’humanisme universel, qui engloberait politique et culture, économie et religion.Est-ce possible, sinon par l’acceptation, d’abord, des responsabilités nationales ?Le message est clair pour le Québec.Or nous avons appris, de la manière la plus insidieuse et la plus dure, que tous les nationalismes sont bons et valables, sauf le nôtre.N’avons-nous pas le droit de nous demander si cette loi de l’histoire, qui ne s’applique qu’à nous, n’est pas discriminatoire ?Le nationalisme pancanadien, multiculturel, à forte dommante anti-française, auquel croient nombre de Québécois, est-il supérieur à celui qu’ont illustré d’aussi grands esprits, et aussi ouverts sur le monde, que ceux de Garneau, de Papineau, de Groulx ?Il faudra bien qu’un jour l'Amérique anglo-saxonne, dans toutes ses acceptions ethniques, abandonne son attitude raciste et accepte de nous laisser pleinement vivre.Je me méfie comme de la peste de l'humanisme international.Charité bien ordonnée commence par soi-même et j’en viens de plus en plus à la conclusion que le racisme qui me touche de plus près est le racisme anti-québécois.Dans notre contexte, l’idéologie humanitaire est comme la trompette de Jéricho.Elle n’a qu’un but, qui est d’abattre nos murailles.Le livre de M.Jacques Brillant m’a entraîné très loin.Nous sommes partis de l’homme pour en arriver à Dieu et nous voici sous les murailles de Jéricho.Mais le Tao dit que le commencement et la fin ne sont pas des concepts absolus.Entre ces deux extrêmes, nous devons vivre.Le livre de M.Jacques Brillant nous aide à le faire.La société ne sera jamais parfaite.Mais à cette perfection, nous devons tendre, comme la flèche qui vole vers sa cible.» POUR UNE SOCIÉTÉ PARFAITE Jacques Brillant (Leméac, Montréal, 1987) Jean E1HIER-BLAIS A Les carnets L’ESSAI que M.Jacques Brillant a intitulé Pour une société parfaite * commence par l’homme et finit avec Dieu; rélexion, suavement écrite, sur la vie contemporaine, la place de l’homme dans le monde, son avenir, le tout à consonance teilhardienne modérée.Dans ce livre, il est certain que le point Oméga n’est jamais loin.Il y a de la gageure, en un livre mince, à tenter de réconcilier la complexité de plus en plus écrasante de la vie qui est la nôtre, que nous avons tant de mal à assumer, et le durcissement du noyau intérieur de l’être, qui est le but de notre existence.M.Jacques Brillant a, au cours des ans, médité sur la condition humaine.Il la décrit telle qu’il la voit, dans sa réalité quotidienne et dans son devenir imprévisible.Sa pensée, teilhardienne et bergsonienne, privilégie à la fois le devenir absolu du jésuite et l’évolution créatrice du philosophe.L’homme a toujours voulu, dans l’instant présent, cette seconde, cette minute, cette heure que nous vivons avec intensité, intégrer en sa personne le passé et l’avenir.Nous sommes des créatures du temps.Nous avons connaissance de lui, nous cherchons à le définir, nous sommes ses victimes.Un fils de Jacques Brillant nous fournit un bel exemple de ce nôtre état.Il souhaitait vivre au bord d’un fleuve, comme un Apache, avec ses arcs et ses flèches; mais, à la porte, que trouvons-nous ?Une fusée qui permettra à notre bon sauvage, quand il en aura envie, d’aller dans la lune.Voilà l'homme, comme disait Pilate.Toutes les interrogations naissent de cette insatisfaction congénitale.Sous des formes différentes, quel que soit le climat, les hommes se posent les mêmes questions et, en dernière analyse, apportent toujours les mêmes réponses.Il y a moi, et puis, dans le lointain métaphysique, Dieu.Il y a la volonté, la rigueur, le mépris des richesses, le culte du dénuement, la prière, l’adoration, le chant.Les civilisations qui disparaissent sont celles qui refusent d’accepter cette loi de la nature humaine.Nous sommes pis que l’une d'elles.Nous vivons en état de non-civilisation, dans l’attente du cataclysme.M.Jacques Brillant imagine un homme qui, sa carrière terminée, s’allonge sur une plage floridienne et cesse de penser.L’Afghanistan l’indiffère, le goulag lui paraît une chose d’une autre planète.Il végète.Mais est-il besom d’aller en Floride pour trouver cet homme ?Pour être cet homme ?Un jour, dans un taxi, le chauffeur se révèle être afghan.Je m’enqiuers de l’adresse d’un centre d’aide aux patriotes.Il l’ignore.Je me jure, alors, de poursuivre mon enquête, de tenter, dans la mesure du possible, d’aider ces combattants de la liberté contre l’impériaüsme néo-tsarLste de l’U RSS.L’ai-je fait ?Non.La répétition à l’infini de ces petites trahisons, cela s’appelle la fin d’une civilisation.Fidèle à sa vision teilhardienne de l’évolution de l’humanité, M.Jacques Brillant est optimiste.Il fait confiance à la recherche du bonheur, qui est, pour lui, une sorte de principe de comportement historique.L’homme qui domine la vie pénètre dans la lumière de la joie.Tout ceci est bel et bien, mais, dans l’immédiat, que se passe-t-il ?Nous vivons dans un monde dominé par un caste d’entrepreneurs et de manipulations de l’argent, hommes dénués du sens de l’histoire, ennemis de leurs semblables, qui organisent nos vies ainsi que révolution de la planète avec un détachement souverain.À ces automates du fnc s’ajoutent les savants, dont l’irrationalité devient de plus en plus évidente et dont les découvertes diaboliques nous amènent à frôler constamment l’abîme.Le dernier beau roman de M.Michel Solomon décrit en long et en large ce processus d’abaissement de l’humanité.Le concret, c’est cela; l’idéal, ce sont les thèses de M.Jacques Brillant et du père Teilhard, cet optimisme généreux qui donne à l’esprit le pouvoir de rectifier le tir, d’entraîner l’homme vers une nouvelle vie.Ne devons-nous pas d’abord évaluer les risques de la technologie et des manipulations de l’Argent ?Toute la sagesse de l’Occident est orientée vers la dénonciation de ces deux fléaux.Plusieurs fois, dans son livre, M.Jacques Brillant revient au mythe de la tour de Babel.Ici, le multiculturalisme est un exemple parfait d’une attitude non historique dans le but de phagocyter une culture, en l’espèce, la nôtre.Or, la tour de Babel porte en elle-même son effondrement.Mais, en s’abîmant dans l’espace et jusque dans le néant, elle entraîne la disparition de ce qui l’entoure.Au Québec, le multiculturalisme est voué à l’extinction, mais non sans nous avoir fait un mal peut-être irréparable.M.Jacques Brillant n’entre pas dans ces considérations.Il plane.Son propos n’en est pas moins riche d’enseignements.Il éclaire, depuis Sinus, notre triste réalité.Je reviens à nos maîtres, aux riches, aux puissants dont les hommes politiques ne sont, la plupart du temps, que les porte-parole.À l’aide de la technologie, ils ont transformé les ouvriers en esclaves et nous, en ilotes.Nous n’avons rien à dire, que ce soit Photo Paul Géllnas en qjctature ou JACQUES BRILLANT.en démocratie, toutes deux envers et revers de la même pièce de monnaie.En parodiant Rimbaud, nous pouvons dire que le Pouvoir est ailleurs.Cependant, l’optimisme de M.Jacques Brillant n’est pas aveugle.Il consacre un chapitre à la société anonyme, à ce qu’il appelle, d’une formule-choc, le droit au progrès.La question que je me pose, et que de nombreux lecteurs se poseront, est la suivante : Qu’est-ce que le progrès ?Teilhard lui-même n’y a pas répondu.Les peintres des cavernes valaient nos contemporains.Dans tous les domaines, ce que nous appelons le progrès n’a fait qu’aviver en l’homme des différences insurmontables.Le droit au progrès a entraîné la disparition des religions, qui ne sont plus les guides de l’humanité.Nous, catholiques, en savons quelque chose.Souvenons-nous de la remarque de Montesquieu : au XIXe siècle, les protestants singeront les catholiques; au XXe, les catholiques singeront les protestants; au XXle, c’en sera fait de la religion chrétienne.— Les deux premières parties de sa proposition se sont réalisées.Attendons la fin.Peut-etre, à l’instar de Massignon, devrons-nous nous reconvertir dans l’orthodoxie afin de retrouver ce qui aura été perdu.Pour une société parfaite vous entraîne à réfléchir La guerre Suite de la page D-1 lorsqu’ils sont manipulés par les usagés.On ne peut pas se transformer en gendarme et surveiller chaque appareil, même si on accepte d’afficher les dispositions de la loi qui s’adressent à l’usagé.» L’Uneq demande, de son côté, que les auteurs soient mieux protégés et qu’ils soient payés pour l’utisation de leur oeuvre, aussitôt que la reproduction dépasse 10 % du document ou 25 pages.« Par principe, note Yves Légaré, on est contre les exceptions, car toutes les exceptions des textes conduisent finalement à de l’abus.Pourquoi faudrait-il que ce soient toujours les créateurs qui paient la note ?On est prêt à négocier des amendements à la loi qui diminueraient ses effets excessifs, mais toujours en protégeant davantage les auteurs.La photocopie en bibliothèque, comme toute reproduction mécanique, doit être surveillée et compensée.C’est un choix de société.» On le voit, le dilemme est grand et les négociations qui s’engagent risquent d’être ardues.C’est le droit de l’usagé et le droit de l’auteur qui s’affrontent.— Guy Ferland La clé de Fa Suite de la page D-1 les allaiter.L’acte de donner le sein lui apparaissait d’une grossière indécence et d’une grande inutilité, étant donné l’existence du biberon.Elle avait regardé pousser ses trois fils avec une certaine curiosité, mais sans ressentir d’émotion véritable.Alain, son aîné, une fois devenu adulte, avait néanmoins fini par toucher quelque chose en elle.Ce grand colosse aux cheveux blonds et aux yeux gris galet la troublait par moments.Quelque part, il lui ressemblait, croyait-elle.Alain parlait peu, mais il agissait.Comme elle.À 20 ans, il avait déniché un emploi d'apprenti dans une boulangerie de la rue Cartier.En deux ans, il était devenu le bras droit du propriétaire et comptait succéder à ce dernier, au grand dam de Me Paris qui jugeait le métier de boulanger passablement insignifiant.Paul, le cadet, la gênait, sans qu’elle sache exactement pourquoi.À ses yeux, il était l’étranger de la famille.Physiquement, il avait l’air d’un gitan : teint olive, tignasse noire et yeux de braise.En tout cas, il ne ressemblait à personne de la famille, tous les Paris et tous les Morin s’entendaient là-dessus.Le plus exaspérant est qu’il ne faisait rien comme tout le monde.Il donnait constamment l’impression de s’amuser de tout et de tous, et il avait une façon de dévisager les gens qui, selon elle, était choquante : comme s’il essayait d’entrer à l’intérieur d'eux, par effraction.Son comportement mourir u PERCÉ et ses initiatives irritaient systématiquement Me Paris.Le jour où Paul choisit — il était alors en Philo 1 — de traiter, en dessertation française, du sens de la provocation des grands magasins dont les tactiques de marketing incitent au vol à l'étalage, il estima que son fils était un gauchiste dangereux et qu’il fallait le mater à tout prix.Paul prit donc, avec un étrange sourire sur les lèvres, le chemin du séminaire.C’est là qu’il terminerait ses études classiques.Nul doute que la discipline austère des jésuites casserait les idées saugrenues du jeune révolutionnaire.Quand, à la fin du mois de mai suivant, le père Hamel, supérieur du séminaire, téléphona chez les Paris pour annoncer sa disparition, Me Paris, aussi étonné qu’indigné, répudia purement et simplement son fils.— Quand il aura faim, il sera bien obligé de revenir.Et alors, nous réglerons nos comptes.D’ici là, je ne veux plus entendre parler de lui.Pendant six mois, la police, discrètement informée de la fugue du jeune collégien, effectua des recherches, mais elle ne retrouva aucune trace de Paul Paris.Charles, blessé par le geste de rébellion inattendu de son fils, l’effaça de son souvenir et refit son testament en conséquence.La vérité était que Paul s’était enfui aux États-Unis où il finit par se trouver un emploi qui lui permit un jour de faire le saut en Europe.Là, il poursuivit de brillantes études en anthropologie et il épousa une Nigérienne.Tout cela, Me Paris l’apprendrait 15 ans plus tard, un certain Vendredi saint, au retour de la célébration des Saints Offices, dans une lettre tendrement ironique signée « votre fils, Paul, assez prodige mais nullement prodigue».Lorsque Hortense Paris regardait Edgar, le dernier de ses fils, elle avait l’impression de voir un duplicata de son mari, tant la ressemblance physique était frappante.Même corps étroit et longiligne, peu musclé, mêmes yeux en amande, même nez long, même bouche bien ourlée mais triste, mêmes cheveux châtains, légèrement bouclés, Le rêve de Charles Paris était de voir Edgar faire comme lui : devenir un brillant avocat, un orateur imbattable.Hortense Paris estimait que la voie d’Edgar était toute tracée.Quand le jeune homme, fortement encouragé et guidé par son père, entama son cours de droit à l’Université Laval, il évalua froidement le gabarit intellectuel de ses camarades.Pas un ne lui arrivait à la cheville.L'année serait facile.Décidément, les choses allaient bien pour lui.Son père pouvait dormir tranquille, Edgar serait son digne successeur.Il ferait de brillantes études, et il réussirait.Paul et Alain avaient tous deux déçu Me Paris.Lui le consolerait.Décidément, les événements le favorisaient.Alain avait hérité d’une indéniable beauté plastique, il en convenait.Mais cet atout ne le servirait guère dans le métier qu’il avait choisi.Ce n’était pas en travaillant caché dans l’arrière-boutique d’une boulangrie qu’il ferait parler de lui ! Tant pis pour lui.Paul, lui, possédait indéniablement une personnalité riche et originale.Mais en fuguant, il s’était mis son père à dos.Pour longtemps.Peut-être même pour toujours.Edgar, quant à lui, n’avait ni la beauté d’Alain, ni le charme et le charisme troublants de Paul.Mais il savait exactement ce qu’il voulait.Suivre les traces de Charles Paris, son père, un homme physiquement petit mais intellectuellement redoutable, un avocat respecté et craint par les habitants de Québec.Edgar sentait peser sur lui le regard paternel.Il en était secrètement fier.Cela signifiait qu’il était l’héritier.C’était compter sans Éros.Au cours d'une danse organisée par l’association des étudiants de l'université, il tomba littéralement dans les bras d’une ravissante Asiatique, étudiante en art dentaire.[.] (Tous droits réservés, 1988, éditions Québec/Amén-que.) «8 En vente chez votre libraire LOUIS CHANTIGNY Silhouettes très parisiennes et l’art d’écrire “.Louis Chantigny accorde aujourd’hui aux Nourissier, aux Laurent et aux Déon de notre époque toute l’attention qu’il portait hier à Floyd Patterson ou Muhamad Ali.L'homme de la boxe est devenu homme de lettres.Il l’est en fait depuis toujours.” £(JUl6&CoWtt&/UL EDITRICE 1K1 pages — 1H.95 $ Diffusion Québec-Livres 327-6900 Le dictionnaire francophone le plus complet de l'éducation actuelle.Dépouillement de plus de 4000 documents: 57 000 éléments terminologiques (3500 entrées.2375 articles.250 formes fautives.3500 définitions.3050 notes explicatives.3475 équivalents).Lexique anglais-français de plus de 3400 termes et équivalents.Auteur : Renald Legendre Prix : 39.95 $ Distributeur exclusif Les Editions françaises inc.1411, rue Ampere.C P 395.Boucherville (Québec) J4B 5W2 Tel.(514) 641 0514 871-0111 1 800 361-9635 1
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