Le devoir, 4 juin 1988, Cahier D
LE LE LE LE LE PLAIS® fat PL/ISfr: PL# ISS?wires ¦ Best seller : Ne pleine pas.nu belle, de Mary Higgins Clark/D-2 ¦ Lettres québécoises : Le Progrès au quotidien, de Bertrand et Jean-Marie Tremblay 1) 2.Le Ressac des ombres, de Joëlle Morosoli; Les Corps investis, de Michel Dostie; Vendredi-FYiday, d'Alain Poissant D-3 ¦ Lettres étrangères : Chronique du temps de la guerre (1941-1943), de George Orwell; Les Nouvelles Confessions, de William Boyd; Les Heures oisives d’Urabe Kenkô; La Jeune Fille au turban, de Marta Morazzoru D-4 ¦ Feuilleton : Meurtre à l'anglaise, de Didier Decoin, et Le Jardin des déhces, de Camille BourmqueL D-5 ¦ Démocratie : deux ouvrages sur Michael Dukakis, trois sur François Mitterrand et Michel Rocard à la veille du « troisième tour »/D-7 ¦ Orient : une entrevue avec Thierry Hentsch, auteur de L'Orient imaginaire D-8 Montreal, samedi 4 juin 1988 Les histoires d’entreprises sont porteuses de sagas ?Le rêve d’un « patenteux » ?La passion d’un Beauceron CLAUDE TURCOTTE PRESQUE chaque village québécois d'avant la Révolution tranquille avait son « patenteux », c’est-à-dire un inventeur sans instruction et un être plus ou moins original, qui avait l’heur de faire sourire « les gens normaux », sans jamais parvenir, hélas ! à trouver l’in- vention qui lui donnerait la fortune.Depuis mon enfance, alors que « les Bombardiers » étaient les seuls véhicules motorisés à circuler sur les routes en hiver, j’avais toujours pensé, comme la plupart des gens probablement, que Joseph-Armand Bombardier, l’inventeur de l’autoneige et de la motoneige, n’était en somme qu’un patenteux parmi tant d’autres, qui avait peut-être eu un Photo Chantal ROGER LAÇASSE, biographe de J.-Armand Bombardier.Keyser Il m’arrive aussi de les nommer les fleurs C’est un ouvrage composé de six récits que présente Geneviève Amyot chez VLB éditeur.Après avoir déjà publié deux autres ouvrages, cette fois-ci, l'auteur aborde avec émotion et pudeur le problème des relations entre une mère et son tout jeune enfant.Chronique d'une relation, interrogation sur le sens de la vie, Petite Fin du monde procède d’une quête intellectuelle et sentimentale tout à la fois.GENEVIÈVE AMYOT - TI A neigé.C’est le douze novembre.Depuis deux semaines j’ai été I très occupée à écrire des pe-•••tites choses à propos d’une certaine femme.J’allais dans une chambre blanche très claire où je fouillais minutieusement des images aguichantes, des icônes sans traits et coupées de partout, comme celle qui est suspendue ici au-dessus du piano, mais point de I petit garçon pour la réponse, et ni craie, ni dessin d’oiseau, ni fille en rose jumelée à ce Chagall rose aux ailes si bien ajustées.Je scrutais les images, je fouinais en tous sens, je savais que cela était ainsi et j'écrivais.Je marchais dans la chambre, me brassais, pleurais.Et j'écrivais.Je n’étais plus que l’enfant décharnée de ce fantôme trop gras interdit de partout.De ce ventre sans conséquences, refermé trop bellement sur ses sortilèges.Je n’étais plus que cela, que cette plongée au coeur noir de l’évidence, et je n’avais plus de petite fille; pendant ce temps, c’est terrible, il n’y avait aucune fille qui se puisse, même à l’envers de la douleur, qui envahissait tout.Pendant ce temps, il a pourtant neigé.Elle était resplendissante.Je la voyais qui était resplendissante mais moi il m’était impossible, strictement impossible, d’être réellement la mère de cette enfant.Elle me tirait par la main.« Viens dehors on va neiger.» Nous sommes allées plusieurs fois.Mais je ne neigeais pas.Suite à la page D-8 ï* f- >, GENEVIÈVE AMYOT.peu plus de chance que les autres.Erreur, grave erreur même, dont chacun pourra mesurer toute l’ampleur à la lecture du premier livre à raconter l’histoire de cet inventeur et qui vient de paraître, après plu sieurs années de recherches avec la participation d’une quinzaine de personnes, dont un historien, Jacques Lacoursière, un économiste, Léon Courville, et toute une équipe de re-cherchistes, certains membres de la famille Bombardier et des gens de Valcourt qui ont connu cet homme exceptionnel (1).Roger Laçasse, un journaliste de formation, devenu auteur en 1983 avec la publication de Baie-James : une épopée, signe toutefois cette biographie qui se lit comme un roman.«Je suis à l’aise avec ce livre, sinon je ne l’aurais pas signé », dit-il.L’éditeur lui a confié le mandat de J.-Armand Bombardier trouva l’état de grâce dans la mécanique .transformer une première « brique » de documentation, fruit de quatre ans de recherches, en un livre facilement comestible.11 a fallu d'abord défricher un terrain vierge d’informations, totalisant 17 caisses de documentation accumulée par M.Bombardier au fil des ans.Roger Laçasse a mis environ 50 heures par semaine pendant un an à rédiger sept versions différentes avant d’en arriver au produit final.En lisant ce livre, on découvre un très grand homme, qu’il faut sans doute mettre sur un piédestal, à la même hauteur, par exemple, qu’un frère Marie-Victorin.J.-Armand Bombardier fut, lui aussi, un authentique pionnier au Québec dans divers domaines, notamment le génie mécanique et la fabrication industrielle.Ses parents voulaient qu'il deviennne prêtre, mais déjà à 13 ans, il s’inven- Sulte à la page D-8 CLAUDE TURCOTTE IL Y AURA bientôt un quart de siècle que Pierre Godin pratique le journalisme, en essayant toujours de faire avancer les choses, aussi bien dans la profession elle-même que dans la société en général.11 a fait ses débuts à La Presse aux belles heures de la Révoluton tranquille 11 n’a jamais cessé de porter sur son métier un oeil critique et, surtout, de le pratiquer avec une verdeur qui ne s’est jamais démentie.Son dynamisme a, d'ailleurs, rapidement débordé le cadre d’un emploi stable et régulier.Il y a une dizaine d’années, après un recul sab batique de deux ans et un séjour à Québec Presse, on le retrouvait au Jour, ce qui ne l’a pas empêché de se pencher sur le passé de La Presse, en s’adonnant alors à une analyse critique de l’information dans ce journal.Comme plusieurs autres jeunes journalistes, Pierre Godin avait été marqué par le congédiement inattendu du rédacteur en chef Gérard Pelletier, quelques années plus tôt.Cette analyse vitriolique, recon naît l’auteur, avait l’allure et le style d’un pamphlet, qu’il avait intitulé In formation-Opium.Cela constituait surtout ses débuts comme auteur, une carrière qu’il poursuit, d’ailleurs, allègrement.Godin a même inspiré d’autres journalistes.Par exemple, Roger Laçasse, qui vient de signer l’histoire de l’inventeur J.-Armand Bombardier, a d’abord eu l’idée en 1983 de raconter l’histoire du développement hydroélectrique à la baie de James, après avoir lu le livre de Godin sur Daniel Johnson.« Je trouvais incroyable que les journalistes québécois n'écrivent jamais de livres, comme cela se voit ailleurs, à Toronto, à New York ou en France.Après tout, le journaliste est un témoin privilégié, placé à un carrefour où passent des quantités importantes d’informations.Tout le monde n'a pas accès à ça et, si les journalistes ne les récupèrent pas, il y a des choses qui se perdent.» Godin n’a toutefois pas plongé sans vérifier sa capacité de nager.Après l'analyse de La Presse, il s’est fait la main avec La Révolte des Acadiens.C’est, cependant, un article coin mandé par Jean Paré pour L'Actualité sur le nationalisme et le chan tage, qui a donné à Godin le sujet de son premier livre véritablement un « Le livre [sur La Laurentienne] s’est fait dans les meilleures conditions de liberté.» portant.En 1981, paraissait Daniel Johnson qui, aux yeux de l’auteur, était « la première victime » du chan tage économique contre le nationalisme québécois.Johnson avait pris le pouvoir en 1986 avec un mandat d'« égalité ou indépendance ».Quel ques mois plus tard, réfugié à Hawaï avec Paul Desmarais, il déclarait à un journaliste de La Presse qu'il n’al lait pas bâtir de muraille de Chine autour du Québec.Ce livre en deux tomes a été très bien reçu par la critique et le public.Pierre Godin découvrait peu à peu une mine à exploiter : l’histoire de la Révolution tranquille en plusieurs volets.En 1988, il publiait l'histoire des « frères divorcés » Robert Bou-rassa et René Lévesque.Le prochain rappellera la période de Jean -Jacques Bertrand, la naissance du Parti québécois, l’arrivée de Pierre Elliott Trudeau et.surtout, la question linguistique dans la période chaude de 1989 70, sans oublier l’angle de l'immigration.Le titre de cet ouvrage pourrait être La Poudrière linguistique D'autres livres sur les périodes politiques subséquentes viendront vraisemblablement au cours des prochaines années.Puis, un jour, Claude Castonguay, du groupe La Laurentienne, lui propose de faire l'histoire de cette entreprise née à Québec dans des condi-t ions fort modestes, mais qui a pris une dimension internationale insoupçonnée depuis une dizaine d’années.Godin voit tout de suite un lien logique entre ses travaux dans le Suite à la page D-8 Photo Jacques Grenier éSSsr PIERRE GODIN (à droite) avec Claude Castonguay au lancement de l'histoire de La Laurentienne Renaud-Bray: le Jean Coutu culturel de la Côte-des-Neiges FRANCE LAFUSTE RENAUD-BRAY, librairie générale de la Côte-des-Neiges.Au dire de son propriétaire, M.Renaud, elle n’a rien à envier à Double Day, sa consoeur de trois étages sur la 5e Avenue à New York.« Même que chez nous, c’est plus drôle, plus animé.» Pas grand-chose à envier, non plus, à la FNAC, l’ogre parisien dont on a envisagé un temps la venue à Montréal.La perspective n’a.ja-mais ému M.Renaud : « J’étais trop au courant de leurs problèmes d’organisation pour savoir qu’ils ne viendraient pas.» À vrai dire, rien ne fait peur à ce personnage volubile, parfois impatient, qui, en affaires, n’a qu’une seule ligne de conduite : grandir, toujours grandir pour que le moulin tourne encore plus vite, encore plus fort.Quand lui-même et M.Bray s’associent en 1965 (ce dernier sera aussi le fondateur de la librairie Hermès), il a déjà une idée en tête : faire de Renaud-Bray « la plus grande librairie générale francophone de tout le Québec ».Car le libraire a la bosse du commerce et son ambition n’a d’égale que sa foi dans la libre entreprise.Homme d’affaires jusque dans ses moindre fibres, il évalue le chemin accompli : « De 5,000 pieds carrés, on est passé à 18,000 et ça n’est pas fini.Un premier étage a été ajouté l’an dernier et aujourd’hui on s’apprête à faire tomber les cloisons du rez-de-chaussée.Ce que je vais y mettre ?Des clients, bien sûr.De- puis qu’on a doublé la superficie, il y a un an, le chiffre d’affaires a augmenté de 60 %.Tout ça, sans verser un sou de publicité, rien que du bou-che-à-oreille.» Sa librairie générale, il la définit fièrement comme un « Jean Coutu culturel ».La formule est percutante, le libraire n’aime pas tourner autour du pot.« Chez nous, on trouve des romans, mais aussi des livres pour adultes et pour enfants, des dis- ques, de la papeterie, des journaux et îles revues, à 95 % francophones, des livres-jouets, des livres-cassettes, des livres vidéo.C’est un choix déli- Suite à la page D-8 «On oublie toujours que les grosses librairies étaient petites au départ et que si elles ont grossi, ce n’est pas grâce à une loi ou avec l’aide du gouvernement mais bien parce qu’elles étaient les meilleures.» Photo Chantal Keyser UN CHAMEAU EN JORDANIE dernier-né de Roch Carrier Un Voyageur d’Amérique découvre la confrontation vivante et complexe entre la science de vie millénaire bédouine et l’éclatement dû à l’aventure pétrolière et à l’irrigation.Un étonnant petit Bédouin, Fathi, guide ce voyage initiatique.I - X ’ir Stanké les éditions internationales alain stanké Itée, 2127, rue guy, montréal lil IJ il—I i\ Il I 4 < D-2 ¦ Le Devoir, samedi 4 juin 1988 LE ?; AISIR A’C LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres Fiction et biographies 1 Ne pleure pas, ma belle Mary Higgins Clark Albin Michel (2)* 2 Échine Philippe Djian Bernard Barrault (4) 3 Le Premier Jardin Anne Hébert Seuil (D 4 Amour et lumière Shirley Maclaine Flamme (9) 5 Les Vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset (3) 6 Ma vie comme rivière Simonne Monet-Chartrand Remue-Ménage (5) 7 La Preuve Agota Kristof Seuil (6) 8 Le Grand Cahier Agota Kristof Seuil (10) 9 Anne d’Avonlea Lucy Maud Montgomery Québec- Amérique (7) 10 Le Prince des marées Pat Conroy Presses de la Renaissance (8) Ouvrages généraux 1 Le Défi alimentaire Louise Lambert-Lagacé éd de l’Homme (1) 2 Ces femmes qui aiment trop Robin Norwood Stanké (2) 3 Le Guide des restaurants Françoise Kayler Guérin (4) 4 Pour jeunes seulement Jocelyne Robert éd.de l'Homme (3) 5 La Bibliothèque Idéale Bernard Pivot Albin Michel (-) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Champigny, Flammarion, Ratlin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières Clément Morin, Ottawa Trillium, Sherbrooke Les Biblairies G.-G Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondville : Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Les best-sellers Mobiles en flash-back NE PLEURE PAS, MA BELLE Mary Higgins Clark (titre original : Weep no more, My Lady) Paris, Albin Michel, 1988 SYLVIE MOISAN ELIZABETH LANGE est une jeune et jolie comédienne qui débute sa carrière.De retour depuis peu d’une tournée, elle est traumatisée par la mort de sa soeur Leila, qui s’est tuée en tombant de la terrasse de l’édifice où elle habitait.Accident, meurtre ou suicide ?C’est par flash-back que les circonstances entourant la mort de sa soeur nous seront révélées.Leila, comédienne célèbre pour son talent et sa beauté, traversait depuis quelque temps une période difficile.Elle était nerveuse, agitée et s’était mise à boire.Ayant subi au théâtre un échec retentissant, elle avait fait, la veille de sa mort, un esclandre en public en rompant avec son amant Ted.Elizabeth a parlé au téléphone avec sa soeur quelques minutes avant sa chute, alors qu’elle semblait avoir une discussion orageuse avec Ted.Elle a très clairement reconnu la voix de Ted et devient, par conséquent, un témoin à charge important au procès de l’amant de sa soeur, accusé du meurtre.Elizabeth est désemparée.Comment Ted a-t-il pu faire une chose pareille ?Ce jeune et séduisant homme d’affaires milliardaire était pourtant son ami et ils avaient partagé de bons moments alors que, lui en voyage d’affaires et elle en tournée, ils s’arrangeaient LA VIE LITTERAIRE MARC MORIN (irand prix des Forges LA FONDATION des Forges accepte jusqu’au 10 juin des manuscrits en vue de son grand prix de poésie, créé en 1984 à la mémoire de Gatien Lapointe.Le candidat doit être citoyen canadien, avoir déjà publié trois ouvrages de poésie chez un éditeur reconnu (ces ouvrages ne sont pas admissibles au concours) et soumettre en trois exemplaires un manuscrit d’au moins 48 pages ou un livre publié dans les 12 mois précédant le 31 mai.Le prix, doté d’une bourse de $ 5,000, a été remporté en 1985 par le regretté Michel Beaulieu et en 1986 par Normand de Bellefeuille.Il n’a pas été attribué en 1987.On adresse les candidatures ou les demandes de renseignements à : Gaston Bellemare, secrétaire général, Fondation des Forges, C.p.232, Pointe-du-Lac, GOX 1Z0.Renseignements : (819) 376-5355.Concours Humanitas LA MAISON d’édition Humanitas lance à son tour un concours littéraire annuel doté de deux grands prix, l’un pour la poésie, l’autre pour la prose.Les prix seront attribues en octobre prochain à l’occasion du lancement d’un numéro spécial de la revue Humanitas.On doit adresser son manuscrit — chaque texte ne devant pas dépasser 10 pages dactylographiées — avant LIBERTÉ 177 MORALES "T«v pas un trente whm de trop?* Lu-H bon?F.M-if méchant’ C ronmenl peut-on se rendre monel?FHe est reirousie.Quoi?ta brouette.(Ju est-ce qu'une «bonne» neutre (littéraire)?juin 1988 5$ CH Je désire ce numéro, ci joint 5 $ CD Je désire m’abonner à LIBERTÉ, ci-joint 20 $ Nom.Adresse.Ville.Code Postal.LIBERTÉ C.P 399, SUCC.OUTREMONT MONTRÉAL, QUÉBEC H2V 4N3 le 15 août à : Humanitas, 5780, avenue Decelles, bureau 310, Montréal, 1I3S 2C7.Renseignements : 737-1332.La QSPPLL et ses prix LA SOCIÉTÉ québécoise pour la promotion de la littérature de langue anglaise (dont le sigle anglais est QSPELL) décernera pour la première fois en octobre prochain des prix littéraires pour les romans et nouvelles, les études et essais et la poésie.Un prix de $ 2,000 sera accordé dans chaque catégorie pour un ouvrage publié entre le 16 mai 1986 et le 15 mai 1988 par un auteur qui a habité au Québec pendant trois des cinq années précédentes.La QSPELL, lancée le 16 mai à Montréal, est présidée par Richard King, de la maison d’édition Paragraph Books.Parmi les membres du comité consultatif, la société compte les écrivains anglo-québécois bien connus Hugh MacLennan, Eric McLean, Maurice Podbrey, Mavis Gallant et Irving Layton.On peut communiquer avec M.King au 845-5811 ou-6334.« World of Poetry » CET ÉDITEUR américain de poésie, dirigé par la vénérable poétesse Eddie-Lou Cole, marque son 13e anniversaire en parrainant un concours ouvert à tous les poètes de langue anbglaise.On attribuera quelque 200 prix d’une valeur total de plus de $ 16,000, dont un grand prix de $ 1,000 US.On doit soumettre avant le 15 juin un seul poème de 21 lignes ou moins à : World of Poetry, Free Bonus, 2431 Stockton Blvd., Sacramento, CA 95817.Des lancements LES PR FISSES laurentiennes marquent leur 25e anniversaire en lançant Le Choix de Marcel Carbotte dans l'oeuvre de Gabrielle Roy (le 25e titre dans cette collection), un ouvrage collectif intitulé Les Adieux du Québec à Marguerite Yourcenar (voir LE PLAISIR DF1S LIVRES du 21 mai) et un recueil de contes.Quand le diable s'en mêle, de Pierre Villemure.Cette fête de l’édition aura lieu de 17 h à 19 h le mercredi 8 juin, à la librairie Hermès (1120, rue Laurier ouest, Outremont).Chez Hermès également, Louise Courteau éditrice lance, le vendredi 10 juin de 17 h à 19 h, Le Geste musicien, de Jean-François Sénart.Fin de saison LA SOCIÉTÉ des écrivains canadiens (section de Montréal) terminera sa saison lundi par son assemblée générale annuelle et celle de sa section affiliée, le Cercle des amis de la littérature.C'est à 20 h le 6 juin, à la Fondation Macdonald-Stewart, 1195, rue Sherbrooke ouest.Renseignements : 733-0754.Ces derniers mois, la SÉC a admis comme nouveaux membres la poétesse Madeleine Gagnon et le biographe Roger Laçasse (voir notre entrevue à la Une de ce cahier).Place aux poètes DENISE DESAUTELS et Marcel Labine sont les invités de Janou Saint-Denis, dès 21 h le mercredi 8 juin, à la Folie du large (1021, rue de Bleury).Le dernier recueil de Mme Desautels, Un livre de Kakfa à la main suivi de La blessure, a paru au Noroît fin 1987 (voir LE PLAISIR DF1S LIVRES du 23 avril).M.Labine a publié Papiers d’épidémie aux Herbes rouges, fin 1987, et Musique-dernier mouvement à la N B J.Photo Richard-Max Tremblay DENISE DESAUTELS sera à la Place aux poètes, mercredi.pour souper ensemble aux quatre coins du pays.Ted ne se souvient plus de la soirée fatale.Leila et lui avaient beaucoup bu.Ils se sont chamaillés, mais apres, que s’est-il passé vraiment ?Il prétend avoir tout oublié, ne plus avoir aucun souvenir des événements.La baronne Minna von Schreiber, une amie de Leila et d’Elizabeth, invite celle-ci à venir se reposer avant le procès à sa luxueuse clinique de remise en forme de Cypress Point, en Californie.Si FRizabeth accepte, bien que Minna et son époux doivent témoigner en faveur de Ted au pro- cès, c’est que Dora, la secrétaire de Minna, lui confie avoir découvert, alors qu’elle travaillait pour sa soeur, certaines lettres anonymes qui lui furent adressées peu de temps avant sa mort.Dès son arrivée à la célèbre clinique, les événements se précipitent.Tous ceux qui gravitaient autour de sa soeur sont la.Petit à petit, Elizabeth découvre que chacun d’eux possède un mobile de meurtre possible.Lorsque Ted, invité par Minna, fera son apparition dans le décor, Elizabeth veut partir, mais une série d’événements tragiques, dont un meurtre, la retiendront sur place.Elle décide alors de tout mettre en oeuvre pour découvrir l’assassin de sa soeur.Elle y parviendra au péril de sa vie et trouvera même, en prime, l’amour sur son chemin.Mary Higgins Clark est une spécialiste des romans à suspense.Elle est déjà l’auteur de cinq fameux best-sellers.Les lecteurs qui se sont délectés à la lecture de La Nuit du renard ou de La Maison du guet, deux réussites dans le genre, risquent cependant d’être déçus par ce dernier roman.Outre que l'intrigue nous semble par moments bien mince, la révélation anticipée d’un indice trop transparent risque de mettre les lecteurs attentifs sur la piste du meurtrier — ou de la meurtrière — dès le début de l’histoire.Quoi de plus frustrant pour un amateur de roman policier que de cheminer tout au long du récit dans les traces.de l’assassin ! Les presses du Royaume Un livre chaleureux, à l’image du Saguenay-Lac-Saint-Jean LE PROGRES AU QUOTIDIEN Bertrand Tremblay avec la collaboration de Jean-Marie Tremblay Montréal, Gaëtan Morin éditeur 1988, 426 pages PAUL-ANPRÉ~ COMEÂÏÏ ~ IL EST parfois des ouvrages qui passent inaperçus à Montréal parce qu’ils ont le malheur d'être publiés « en région ».C’est sans doute le cas de cet ouvrage du rédacteur en chef du Quotidien de Chicoutimi, Bertrand Tremblay.En présentant la chronique des publications qui ont précédé ce journal, M.Tremblay rend un précieux service non seulement à la petite histoire régionale mais à tous ceux qui s’intéressent au cheminement des régions du Québec.Chronique, portrait d’une entreprise, Le Progrès au quotidien se démarque, pourtant, de l’histoire traditionnelle d’une entreprise ou, pour être moins révérencieux, d’une « compagnie ».C’est en journaliste qu’il esquisse les grandes heures et les petites misères de ce qui fut à tour de rôle le Progrès, le Progrès-Dimanche, avant de devenir Le Quotidien.Les portraits s’entremêlent avec les rappels d’événements qui permettent de comprendre l’implication d’un journal dans une région.C’est sans doute la dimension la plus intéressante de cette entreprise que de voir s’associer le sort d’une région et l’évolution d’une entreprise de presse.Rôle de l'Église, intervention des notables, persévérance des équipes : Bertrand Tremblay donne vie et chaleur à cette chronique.Dans une seconde partie, Jean-Marie Tremblay, autre journaliste du même pays, brosse un tableau qui englobe plus de 100 ans d’histoire : depuis la naissance du Progrès jusqu’à la célébration en cours des fetes du 150e anniversaire de l’arrivée des premiers colons au pays de Maria Chapdelaine.Sous forme d’éphémé-rides, la lecture de ces pages est captivante pour qui avoue ne pas connaître l’histoire de cette région.Cette section doit évidemment avoir une tout autre signification pour ces générations d’hommes et de femmes qui ont défriché et bâti ce qu’il est convenu d’appeler une région périphérique, dans le jargon des technocrates de Québec ou d’Ottawa.En dernière partie de cet ouvrage, fort bien relié et imprimé sur papier glacé, une série d’interviews faites par Bertrand Tremblay enrichissent cet essai.Personnalités locales, journalistes issus du milieu, boursiers africains, pionniers de cette entreprise de presse permettent de mieux comprendre la notion d’enracinement régional.Il y a là des textes importants qui obligent à se dégager des ornières traditionnelles telles qu’elles se creusent à Montréal et, sans doute, à Québec.Le Progrès au quotidien n’est sans doute pas l’ouvrage définitif sur l’histoire de la presse dans cette région du Saguenay - Lac-Saint-Jean.Les historiens — et ils sont nombreux dans ce pays — s’en chargeront.Bertrand Tremblay ne nous met pas moins sur la piste d’hypothèses intéressantes qui permettent de dépasser les généralités Ainsi il y aura lieu de cerner davantage le rôle ef fectivement joué par l’Eglise locale dans la mise en place des diverses ppav Le progrès au quotidien institutions autour desquelles s’organise peu à peu la vie sociale d’une nouvelle région.TÉLÉVISION Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h ; à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.Au réseau français de Radio-Canada, dimanche a 13 h : Rencontres Marcel Brisebois reçoit Olivier Clément, théologien orthodoxe russe, auteur de Questions sur l'homme et des Visionnaires.A Radio-Canada, dimanche à 13 h 30 Propos et confidences.Reprise d'une entrevue avec la regrettée Marguerite Yourcenar (2e de quatre émissions).À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.« Ils sont jeunes et ils débutent » : Bernard Pivot reçoit Roger Vrigny, Marc Boulet, Alain Bonnaud, Didier Le Pêcheur, Martine Roffinella, Timothée Duboc et Christine Aventin.(Reprise le dimanche 12 juin à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écritures d'ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À Radio-Canada, dans la première heure de Présent dimanche, dès 09 h, on présente « le livre de la semaine » : Les Anglophones de Montréal : émigration et évolution des attitudes (1978-1983), de Uli Locher (Conseil de la langue française).À Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM À CFLX (Sherbrooke), dimanche à 21 h : Textes, émission produite par CFLX et présentée par les Écrits des Forges, Yves Boisvert lit des extraits de Le Monde comme obstacle, de François Charron (Herbes rouges).(L’émission est également diffusée sur CKRL-FM, Québec, dimanche à 21 h 30, et sur CIBL-FM, Montréal, lundi à 17 h 30.À Radio-Canada, lundi à 16 h ; Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.À Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d’ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Jean-François Chas-say (fiction) et Roch Poisson (revues).A Radio-Canada, mercredi à 16 h : Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/ fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).À Radio-Centre-Ville, mercredi à 16 h: Paragraphes.Danielle Roger reçoit un écrivain.À Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.Dans la série « Les biographes », l’invité de Denise Bombardier est Francis Ambrière (12e de 21 émissions).À Radio-Canada, mercredi à 23 h : Le Jardin secret.Gilles Archambault reçoit Noël Audet.À Radio-McGill (CKUT, 90,3), jeudi à 14 h; La Passion de l'écriture.Paul-Gabriel Dulac reçoit Mona Latif Ghattas (Les Voix du jour et de la nuit, Boréal).À Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les Idées à l'essai.François Ricard s’entretient avec Dominique Clift au sujet du livre Le Pays insoupçonné (Libre Expression).__m.m.AUDET Photo Chantal Keyaer iG*GV Richard Bout»"- sae&st- En vente chez votre libraire estuaire / Écrits des Forges UNE CELEBRATION DE L'ECRITURE CONTEMPORAINE DESFEMMES A L’UNIVERSITE DE MONTRÉAL ¦ TABLES-RONDES ET LECTURES ¦ 200 AUTEURES DE 55 PAYS ¦ UNE EXPOSITION DE LIVRES Marie-Claire Blais, Québec • Louky Bersianik, Québec • Nicole Brossard, Québec • Michèle Causse, France/ Martinique • Maryse Condé, Guadeloupe • J.J.Dominique.Haiti • Diamela Eltit, Chili • Angelica Gorodischer, Argentine • Lakshmi Kannan, Inde • Ivà Kotrlà, Tchécoslovaquie • Ellen Kuzwayo, Afrique du Sud • Sylvia Logo, Uruguay • Aîcha Lemsine-Laîdi, Algérie/Angleterre • Audre Lorde, États-Unis • Catharine MacKinnon, États-Unis • Nicole-Claude Mathieu, France • Fadela M'Rabet, Algérie/France • Dacia Maraini, Italie • Sara Paretsky, États-Unis • Aminata Sow Fall, Sénégal • Louise Vandelac, Québec • Daysi Zamora, Nicaragua Passeports pour les événements publics (du 16 au 19 juin): 30$.En vente à la librairie L’Essentielle, 420 est, rue Rachel; à l’Androgyne, 3636, boul.St-Laurent, et à la librairie Hermès, 1120 ouest.Laurier.Renseignements: 843-3282 rnmiom rnmmi WH AU 19 JUIN I9Ô& • MONTREAL fe'**'* y/ttu fni asp m * Le Devoir, samed Sentimentique et poétal LE RESSAC DES OMBRES Joelle Morosoli Montréal, l'Hexagone 1988, 177 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN «JE VEUX savoir qui est cette ombre noire qui me fixe avec des yeux jaunes et qui a des mains démesurées.» Voilà la question centrale du roman, celle que Mathilde essaiera d'élucider tout au long d’un été.Ces « yeux jaunes » hantent les cauchemars de Mathilde et lui font des nuits d’insomnie.Elle a 20 ans, elle est étudiante et revient chaque année passer ses étés avec son frère Laurent dans cette espèce de manoir de pierre dans un vaste domaine qu’il habite avec sa vieille nourrice Berthe et Ernest, un domestique attaché à ce lieu depuis le temps où y vivaient les parents de Mathilde et Laurent.Les parents sont morts, ne laissant derrière eux que le souvenir hallucinant de leurs chamailleries nocturnes.La vieille Berthe veille à l’ordinaire et n’a que complaisances pour Laurent.La présence de Mathilde, trop belle, trop pleine de vitalité, trop sensuelle dans la plénitude de sa féminité, n'est pour elle que source d’embarras.Laurent est un cas de solitude aiguë.Seule la présence de Mathilde arrive parfois à l’arracher à sa lugubre réclusion au grenier où il passe des heures à la fenêtre, les yeux dans le vague.« Nos relations humaines ne sont plus qu’une perpétuelle méfiance des sentiments.» Ainsi parle-t-il à sa soeur.Il a eu peu d'amitiés dans sa vie, mais à chaque fois qu’il s’est un tant soit peu livré, il s’est senti trahi par la suite.Il s’est replié dans sa solitude, figé dans la contemplation du temps.L’arrivée de Mathilde et son goût de la nature perturbent la vie routinière du domaine : Berthe devient méfiante, Laurent et Ernest troublés dans leur condition de mâles tranquilles.Il y a dans le vaste jardin de la propriété un champ de coquelicots qui inspirent de façon totalitaire la symbolique récurrente de ce roman poétique.Le récit s’ouvre sur une des crises violentes auxquelles se livre Laurent dans le champ de coquelicots.Cela reviendra plusieurs fois comme un point d’orgue dans la narration.Je croyais ces fleurs fragiles, mais elles sont ici vigoureuses comme chiendent.À plusieurs reprises, elles tombent sous le bras rageur de Laurent, mais elles repoussent, semble-t-il obstinément, image fondamentale d’un sombre drame dont Laurent repousse le souvenir avec le même acharnement que met sa soeur à tenter de le découvrir.« Ses yeux [ .] se remplissent di points rouges soutenus par des taches noires.» Le frère et la soeur, si différents pourtant, sont l’un et l’autre victimes de ces accès de frayeur qui s’emparent d’eux sous l’effet des « yeux jaunes » et des taches rouges et noires.Mathilde veut savoir et Laurent semble détenir le secret de quelque sombre drame à l’origine de leur commune hantise.Le lecteur sait que ce genre de secret, seule raison du roman de prétendre en être un, ne peut être livré que dans les dernières pages.Mathilde et Laurent eurent une soeur dont nous ne saurons rien que sa mort parmi les coquelicots.De même, nous ne saurons pas grand-chose des « yeux jaunes ».Mathilde rêve d’un Étienne, figure aimable qui n’aura pas accès au récit autrement que comme objet des fantasmes de la jeune fille.Etrangement, ce sont Berthe et Ernest qui ont le plus de poids dans ce roman, par leur parole vigoureuse et de bon sens triomphant.Comme domestiques, ils ont tous les atouts des personnes typiques de romans français.Ni les coquelicots abondants, ni la parlure des personnages ne permettent de savoir dans quelle réalité s’ancre cet imaginaire poétique.Tout roman est une entreprise périlleuse, ne serait-ce que par l’ampleur qu’exige son développement.Lorsqu’il se fait poétique, il se doit de maintenir le lecteur dans un état de grâce prolongé.L’entreprise est délicate et ici la lecture doit souvent se faire appliquée car le style n'est pas toujours à la hauteur des ambitions de l’auteur.L’état de grâce se change alors en confusion.En voici un exemple : « À force de fixer tant de teintes bleutées, de se baigner de silence, de filtrer la réalité au travers de la vitre, Laurent se met à douter : est-ce la lucarne ou ses yeux qui voient réellement, tant ils sont bleus et béants tous les deux.Ni la lucarne, ni ses yeux, ne voient ce paysage changeant, mais regardent dans le vide avec insistance.» Dans Le roman du désespoir VENDREDI-FRIDAY Alain Poissant Montréal, éditions du Roseau coll.« Garamond » 1988, 131 pages ALICE PARIZEAU QUI OSE encore prétendre à notre époque que la littérature a horreur du vide ?Pour se rendre compte du contraire, il faut lire Vendredi-Friday, un roman très court et vraiment susceptible de créer une réaction d’épouvante chez les lecteurs les plus aguerris.Avec une rare facilité, son auteur, Alain Poissant, parvient à démontrer que l’homme élevé en Amérique, peu importe ses origines, est en train d’atteindre une sorte de non-être franco-anglais, où il ne reconnaît pour symbole ultime que la voiture, une TransAm en l’occu-, rence, achetée à crédit.Dès la première page, on monte dans cette voiture-là à côté de James Gastineau et on roule de plus en plus vite sans très bien savoir pourquoi il a quitté femme et enfants pour se di riger ainsi vers on ne sait trop quelle destination.Comment Alain Poissant réussit à retenir l’attention pour un personnage pareil, comment se fait il qu’il suffise de s’engager dans sor bouquin pour ne plus pouvoir le lais ser ?C’est simple ! On se dit, c’est impossible : tôt ou tard, ce James Gastineau aura des réflexes, des attitudes, des besoins et des goûts, mais non ! Il roule, s’arrête parfois dans un motel, à un moment donné veut faire monter une fille, découvre qu’elle n’est pas seule et qu’un garçon se cache derrière, se fâche et ac- célère.Pendant tout ce temps, on ne peut s’empêcher de penser qu’un pareil spécimen humain ne mérite pas qu’on lui consacre 130 pages, puis, réflexion faite, on se rend compte que les James Gastineau sont nombreux.C’est le moment de l’affolement, puis de l’examen froid des réalités quotidiennes.On regarde les gens autour de soi, les voisins, les passants, les images reviennent à la mémoire, des bribes de faits divers décrits dans un journal quelconque et le tour est joué.C’est dramatique : ce James Gatineau est non seulement vrai, mais, pis encore, sa fuite, parfaitement stupide, dénuée de sens, d’intérêt et de moindre romantisme, demeure le reflet fidèle des rêves de certains de ces messieurs qui lui ressemblent.Parmi eux, il y a ceux qui travaillent, sont fatigués de poser du matin au soir les memes gestes et ont des excuses, puis d’autres qui vivent de l'aide sociale et se plaignent de ne pas pouvoir dépasser le niveau de revenu qui leur permettrait d’acquérir une TransAm neuve au lieu d’une Chevrolet usagée.Quand on pense que ces frères jumeaux de James Gastineau réussissent généralement, comme c’est son cas, à se faire aimer, on a envie de dénoncer la naïveté ou la démission des femmes.Quant on imagine que ces mêmes hommes peuvent remplir en plus le rôle de pères, on a presque envie de proposer une loi de protection de l’enfance susceptible de les forcer à donner leurs enfants à l’adoption afin d’éviter que, leur exemple aidant, ils puissent leur ressembler un jour, ces malheureux.Alain Poissant a réussi à brosser un portrait saisissant d’une certaine humanité qui, hélas ! existe en Amérique du Nord, mais, quand on referme son roman, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi il faut la côtoyer dans la littérature quand on est déjà obligé, veut, veut pas, de subir sa vulgarité dans des lieux publics, dont Dorval, entre autres, à l’époque des vacances d’hiver et des voyages dans le Sud .Par comparaison, le lumpenproletariat de Karl Marx apparaît hautement sophistiqué, distingué et digne d’intérêt, ce qui n’est pas peu dire ! Faut LE_DEVQÏB pouile cione! PRIX JEAN-JACQUES ROUSSEAU 1988 À GENÈVE LE CHOIX Jean-Marie f ustiger C .inlm.il-jr< hevéïiue de P jri I ntrebrn* jve« |ejn Louis Mi**ik Dominique Woll C.uérin littérature* LE CHOIX DE DIEU Jean-Marie Lust her Cardinal-archevêque de Paris l n homme se souvient.Un croyant témoigne.I.Archevêque de Paris accepte de répondre sans faux-fuyants à deux interlocuteurs exigeants.foutes les étapes de son itinéraire personnel sont abordées.Aucune des grandes questions que la société contemporaine pose à l’Église n'est esquivée, qu'il s'agisse de l'affrontement de l'Église aux différentes idéologies ou de la Parole de Jésus-Christ face aux athéismes modernes.480 pages -19,95$ Guérin littérature Distribufeur exclusif: Québec Livres •ÿfjts MÈÊmi ¦ MfËÊP Photo éd.du Roseau ALAIN POISSANT.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Mercredi 8 juin de 17h à I9h Lancement LES ADIEUX DU QUÉBEC À MARGUERITE YOURCENAR LE CHOIX DE MARCEL CARBOTTE DANS L’OEUVRE DE GABRIELLE ROY a Pierre Villemure QUAND LE DIABLE S’EN MÊLE Aux Éditions Les Presses Laurentiennes Vendredi 10 juin de 17h à 19h Lancement Jean-François Sénart v LE GESTE MUSICIEN -douidc @o«nteau éditrice Samedi 11 juin de 14h à 16h Réal La Rochelle CALLAS, LA DIVA ET LE VINYLE aux Éditions Triptyque Samedi 18 juin de 14h à 16h Pierre Fournier et Réal Godbout KAMARADE ULTRA Croc Album .avec nous ^OSTROPHES 9»9 363 jours cette annee^ Le corps et l’Etat Photo ed de l'Hexagone JOELLE MOROSOLI.un style si noble, puisqu’il se veut poétique, les impropriétés nous font trébucher :«(.] une route sablonneuse serpente, hagarde parmi les champs, [.]» Que penser d'une « végétation pleine de feuilles, de lianes et de racines » ?Une végétation peut elle être pleine d'autre chose que de sa propre définition ?« Il ne lui reste que son esprit volatile, insaisissable, qui se concrétise par la parole.» Avouons qu'après le « volatile », l'« insaisissable » était superflu.Quant à la concrétisation .Voilà de quoi cela est fait.Tissu d’images ronflantes triturant le vide, abusant d’épithètes et de métaphores qui se retournent contre elles-mêmes, le texte croule sous le poids de ses prétentions et c’est bien dommage car tout n’est pas mauvais dans ce roman, mais la lecture en est par trop malaisée.LES CORPS INVESTIS Eléments pour une compréhension socio-politique du corps Michel Dostie Montreal, editions Saint-Martin 1988, 228 pages LES ESSAIS JEAN CHAPDELAINE GAGNON QUI S’EST intéressé aux sciences humaines, au cours des 10 dernières années, ne trouvera rien dans le livre de Michel Dostie qu’il n’ait déjà lu ailleurs.Mais ceux qui n’y ont consacré que peu de leur temps auront, certes, l’impression d'y découvrir beaucoup.Cet état de faits tient à l’objectif essentiel de l’auteur, énoncé comme suit dans l'introduction : « Notre premier souci a été de mettre à la disposition d'un large pu blic un corpus d'information favori saut une compréhension socio-politique du corps.Ce livre n’est donc pas destiné principalement aux spé cialistes de la question.Mais il puise abondamment parmi les résultats de leurs réflexions et travaux et vise à les diffuser et, dans la mesure du possible puisqu'il ne s’agit pas tou jours de problématiques d'accès facile, à les vulgariser.[.,| Notre ef fort a consisté en un premier temps à les rassembler, puis à les synthétiser et enfin à les organiser selon une problématique théorique — inspirée pour l’essentiel de certains travaux de Michel Foucault — qui nous a continuellement servi de fil conducteur» (p.21).Si le profane « éclairé » tirera parti de cette lecture, au point d'en être parfois même fasciné, le spécialiste préférera relire les textes, abondamment cités, de Foucault, de Baudril lard et de Berthelot.Mais il est permis de douter que le large public au quel s’adresse l’ouvrage puisse s’y retrouver.Le langage de M.Dostie est, en effet, peu facile d’accès et pourra bien souvent décourager le lecteur le mieux intentionné par son manque de clarté, tout comme les nombreuses et trop longues notes qui s’accumulent a la fin de chaque chapitre pourront le rebuter.Malgré les ef- forts évidents de M Dostie pour atteindre à une certaine qualité d'écriture, force est de constater qu’une révision soigneuse aurait allégé le texte, rendu plus facile la lecture et permis d'éliminer des anglicismes (« suite à«.« sophistiqué », « investiguer », « approche »), des formulations pour le moins discutables et d'autres maladresses qui déparent un ouvrage par ailleurs plutôt intéressant, mais malheureusement sans véritable conclusion.Mais, demandera t on, de quoi traite l'auteur ?Du corps devenu à la fois marchandise et objet d’étude.De révolution du sens et de la valeur du corps à travers les âges Du corps réduit de nos jours à la sexualité, sinon à la génitalité.En somme, comme l'indique le titre, du corps perçu comme capital qu’il faut faire fructifier, comme objet que l'indi vidu doit se réapproprier et, paradoxalement, comme objet investi, assiégé par le pouvoir politique qui réussit à le récupérer à ses fins.Après avoir rappelé que le corps n’est pas que le produit d’un héritage génétique, mais tout autant celui d’une société qui lui dicte des manières d’agir, l’auteur relève l'influence exercée par le pouvoir politique sur le corps, les codes et les normes que ce pouvoir lui impose et remet même en question la « libération sexuelle » qui n’a peut-être, au fond, de libérateur que le nom puisqu'elle condamne le cotps à des performances.Enfin, M Dostie insiste sur le dressage du corps, sur sa répression par la pratique du sport et de la gymnastique qui se seront en quelque sorte substitués à la formation militaire comme instruments de disci pline, de cohésion sociale, voire de propagande.On pourra s'étonner toutefois de ce que Michel Dostie, qui puise essentiellement à des auteurs français, n’ait pas même signalé le retour en force du corps dans les arts plastiques, particulièrement en peinture, ni la prédilection de la poésie qué bécoise pour le thème du corps à la fin des années 1970 et au début de la décennie suivante.Et qu’il ne se soit pas davantage penché sur la culture, ou plutôt sur le culte du corps, né en Californie, que la récente crise provoquée par le sida aura contribué à exalter.FRUTTERO &LUCENTINI ¦ %* m* m \ \ [y, L 24 95$ 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 «Qui est-il cet amant sensuel, cultivé, mystérieux et énigmatique?La recherche de son identité vous procurera un formidable plaisir de lecture.» Christiane Charette (Bon Dimanche) «On lira ces pages pleines à craquer avec la joie de l’enfant émerveillé.Ne rater pas cela, c’est très très bon.» Jacques Folch-Ribas (La Presse) «Deux temps, trois mouvements, un peu de tendresse, pas mal d'humour et le goût du travail sans filet, adagio con brio, le tour est joué!» Frédéric Vitoux (Le Nouvel Observateur) «L Amant sans domicile fixe est un bijou: une oeuvre ornementale, polie, civilisée, un suspense amoureux, une histoire d'amour adulte, inquiétante, un récit intelligent qui séduit le lecteur comme Venise (où se passe l’action) ensorcelle le visiteur le plus endurci.» L'Actualité Editions du Seuil t D-4 ¦ Le Devoir, samedi 4 juin 1988 LE PLAISIR ,//v LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Un journalisme exemplaire CHRONIQUE DU TEMPS DE LA GUERRE (1941-1943) George Orwell traduit de l'anglais par Claude Noël Paris, Gérard Lebovici 1988, 262 pages LETTRES.ETRANGERES JEAN-FRANÇOIS CHASSAY LES EXÉGÈTES ont longtemps considéré les premières années de la guerre comme des années sans grand intérêt pour ceux qui s’intéressaient à Orwell.Jusqu’à ce que l’universitaire J.J.West effectue en 1984 — date bien choisie s’il en fût — un véritable travail de moine pour récupérer l’essentiel des transcriptions des émissions de radio réalisées par l’auteur de La Ferme des animaux.Publiés en 1985, The War Broadcasts et The War Commenta ries sont aujourd'hui réunis dans une traduction française de Claude Noël.Son état de santé ne lui permettant pas de participer activement à la guerre, Georges Orwell se retrouva pendant deux ans au micro de la BBC, où il écrira des chroniques qui, diffusées dans les pays de l’Empire, devaient faire échec à la propagande des forces de l’Axe.Ironie du sort, le socialiste et démocrate George Orwell avait rédigé, quelques années auparavant, un vitrio-lique pamphlet contre le colonialisme britannique.Au premier chef, la diversité des sujets abordés étonne.Non seulement les sujets, en fait, mais également les méthodes.Chroniques de guerre mais également analyse littéraire, dialogue autour de la poésie du 20e siècle, adaptation, fiction à plusieurs voix, etc.Les analyses et les productions littéraires, les commentaires divers, se font, bien sûr, toujours à travers le prisme de la guerre mais échappent aux répétitions, à tout verbiage propagandiste qui rendrait la lecture harassante.Il faut noter, par ailleurs, que, bien qu’il travaille pour l’Angleterre, Orwell prend un malin plaisir à ne parler, pour l’essentiel, que d’auteurs irlandais : Swift, Wilde, Shaw sont à l’honneur et il se fait fort, à travers leurs oeuvres, de fustiger le colonialisme, l’époque victorienne, l’hypocrisie britannique, etc.Mais, plus que la diversité de l’entreprise, c’est son caractère pédagogique qu’il faut souligner.Ce caractère pédagogique, que certains comme Milan Kundera ont reproché à Orwell romancier, regrettant qu’il demeure trop près de la thèse, devient ici, particulièrement dans les « chroniques de guerre », une indéniable qualité.Le journaliste est clair, précis et surtout crédible, ce qui n’était certes pas une mince affaire au beau milieu de la guerre, alors que le poids de la censure à la BBC était extrêmement lourd.Orwell réussit le tour de force d’éviter la langue de bois.Ce n’est finalement pas une surprise : lorsqu’on lit les brillants textes où l’auteur démonte les rouages de la propagande nazie, on comprend très vite qu’il a en horreur ce type de rhétorique.Déjà, dans ces analyses brillantes où le totalitarisme est mis à nu, on voit poindre en filigrane le futur 1984.Ah, ce sacré humour britannique.LES NOUVELLES CONFESSIONS William Boyd traduit de l’anglais par Christiane Besse Paris, Seuil, 1988, 620 pages ALICE PARIZEAU NOTRE FIN du siècle est triste.Nos chansonniers hurlent des paroles décousues, nos cinéastes mettent en scène des drames qui oscillent entre le sida et le minimum de trois meurtres à l’heure et nos écrivains se transforment en sociologues pour mieux raconter des drames humains grandeur écologiquement valable et socialement défendable.Dans cette atmosphère de dépression globale au domaine des arts et lettres, accentuée encore par une architecture absolument affreuse, une sculpture où l’obscénité occupe la place qui revenait autrefois à la beauté et qui s’impose dans les rues de Montréal, entre autres, grâce à une démission totale des autorités publiques, le phénomène William Boyd est rafraîchissant.De quoi s’agit-il, au juste ?D’un romancier qui est à son quatrième livre, où, avec un humour très Photo Ulf Andersen/Seuil WILLIAM BOYD.britannique, il retrace l’histoire du 20e siècle.Le conteur, un certain John James Todd, cinéaste raté, se confesse à la première personne dans ce style inimitable où les drames deviennent drôles et où il faut une longue réflexion pour réaliser à quel point ils pourraient être tristes vus sous un autre angle.L’imagination aidant, les rebondissements et les péripéties ne manquent pas.Forcément, John James Todd n’est pas jeune, il a beaucoup vécu et ses réminiscences se situent autant à l’heure de la Première Guerre mondiale que de la deuxième, autant à l’époque du cinéma muet que de la télévision en couleurs.Doté d’une solide culture, le romancier ne se gêne pas pour saupoudrer les confessions de son héros de noms de gens illustres, ce qui ajoute du piquant et accroît leur crédibilité.L’univers du cinéma international, de ses vedettes et de ses producteurs, doit bien se reconnaître dans Les Nouvelles Confessions, ce qui explique certainement en partie le succès du bouquin.En ce qui a trait au public français, par ailleurs, la traduction a d’autant plus de lecteurs que John James Todd veut tourner un film à partir des Confessions de Jean-Jacques Rousseau.Noblesse oblige, en France, on reste fidèle à ses classiques dont on est fier, comme en témoignent toutes les critiques publiées sur ce roman dans les diverses revues françaises.Au Québec, si un romancier britannique s’avisait de présenter un personnage désireux d’écrire un scénario basé sur les réflexions philosophiques d’un laïc ou d’un religieux purement québécois, on trouverait a priori que cela doit se solder par un échec ! À l’opposé, à Paris, ce qui est français est bon par définition, et c’est tant mieux ! Bref, William Boyd, le romancier, sait faire flèche de tout bois et son héros John James Todd demeure aussi attachant de la première page à la dernière de son bouquin que le colonel Bramble autrefois, créature merveilleusement authentique d’André Maurois, pouvait l’être pour les lecteurs de l’époque.Ajoutons que ce cinéaste raté a aussi des problèmes personnels : ses femmes le quittent, ses amis ne sont pas toujours fidèles, l’argent n’entre pas comme il le devrait et les voyages ne lui permettent pas de rendre ses tentatives de réusite plus fructueuses.De Wall Street à la Californie, de Paris à Berlin et jusqu’en son Écosse natale, John James Todd lance des bouquins d’images, des Oeil de LES HEURES OISIVES Urabe Kenkô traduit du japonais par Charles Grosbois Tomiko Yoshida et le R.P.Sauveur Candau Paris, Gallimard coll.« Connaissance de l’Orient » 1988 NAÏM K ATT AN LORS d’une visite à Tokyo, il y a quelques années, un écrivain japonais me conduit à un temple shintoïste.J’assiste à un mariage, cérémonie on ne peut plus traditionnelle.Un peu plus tard, nous sommes reçus dans les bureaux du temple.Les bonzes planifient la construction d’un temple en l’honneur de l’écrivain Mishima.Vêtu des costumes de leur état, ils sont entourés de machines à écrire électroniques, d’ordinateurs, d’appareils de télex.Je me demande encore si je me sentais plus dépaysé par la cérémonie de mariage ou par l’équipement des bureaux.J’ai ressenti le même dépaysement à la lecture de ce qui est considéré comme l’un des grands chefs-d’oeuvre de l’essai japonais, Les Heures oisives, de Urabe Kenkô.Ce moine du 14e siècle parle de son époque.Il en décrit les moeurs, donne des détails sur les règles de savoir-vivre.Un total dépaysement dans le temps et dans l’espace.Et pourtant, Kenkô semble souvent si proche, si actuel, si présent.« Le monde entier n’est en somme que la conscience que nous en avons », dit-il.Ayant connu le monde avant d’être paysages, parvient à recréer une atmosphère et, tout en traversant les 600 pages de ses confessions, on change de propos, de continents et de pays.Une rétrospective géopolitique et cinématographique, en somme, du 20e siècle qui vaut la peine d’être découverte et savourée.bonze ermite, il peut juger dans le détachement mais non dans l’absence.Ce qu’il dit de la douleur, du plaisir et du désir est d’une pénétrante lucidité : « Si l’homme, éternellement, se fait l’esclave craintif de la chance, bonne ou mauvaise, c’est uniquement pour trouver le plaisir, en éliminant la douleur.« Le plaisir : c’est d’aimer et de s’attacher : recherche sans fin.« Le premier désir est de renommée.Il en est deux espèces : de l’honneur pour les actes vertueux et de l’honneur pour le talent et la culture.« Le deuxième désir est désir sensuel.« Le troisième est de gourmandise.« Tout désir entre dans l’une de ces trois catégories.« Les désirs naissent d’un contresens fondamental sur la valeur des choses et ils causent de nombreux malheurs.Il vaut mieux ne les point suivre.» Souvent, certaines réflexions nous laissent songeur.Son propos sur l’amitié, par exemple : « Il y a sept types d’hommes impropres à l’amitié : un noble de haute situation; — un homme jeune; — un homme physiquement fort et à l’épreuve de toute maladie; — un buveur de sake\ — un soldat brutal et exalté; — un menteur; — un avare.« Il y a trois types d’hommes propres à l’amitié : quelqu’un qui sait donner; — un médecin; — quelqu’un qui possède la sagesse.» Certes, il est adepte de la voie du Bouddha, mais à ses propres conditions.Cette voie se résume, selon lui, par « une vie de loisir sans souci des choses du monde ».D’une liberté totale d’esprit, Kenkô est un anti-clérical avant la lettre.Ce qui gâte tout, dit-il, « dans les maisons, les rats; chez l’homme de petit esprit, la sagesse; chez les bonzes, la loi boudhi-que » ! Pour les japonologues.Les Heures oisives est un livre de base ; pour le simple lecteur, c’est une source de pur plaisir.LÉTÉ DES BEST-SELLERS LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND UNIVERSITAIRE Pablo Urbanyi, L’Idée fixe, traduit de l’argentin par Jean Pot-vin, VLB éditeur, 273 pages.DANS les couloirs d’une respectable université canadienne, après une réunion départementale des plus classiques, deux honorables professeurs en viennent aux coups avec une rare violence.L’un accuse l’autre de lui avoir volé son « idée originale ».Ce qui est bien le crime de lèse-majesté le plus épouvantable qui puisse se produire dans une université.Quoi qu’il en soit, tout ce beau monde, avec les professeurs témoins de la scène et autres collègues, se retrouve à Erewhon (Nowhere), un patelin impossible à situer, où le juge William Wilson départage les torts de l’humanité et du progrès.Ce roman baroque, plein d’érudition, d’humour souvent féroce, de notes en bas de page (c’est, d’ailleurs, le surnom du narrateur) et de citations, se lit le sourire aux lèvres du début à la fin.SOUFFLE Marc-Édouard Nabe, Le Bonheur, Denoël, 506 pages.À 29 ANS, Marc-Édouard Nabe est un écrivain reconnu, même s’il en est à son premier véritable roman.Il a déjà publié un essai remarqué sur Billie Holiday et un pamphlet antisémite, Au régal des vermines, qui le classe d’emblée aux côtés des Céline et Léon Bloy.Sa prestation à Apostrophes et à Droit de parole lui a valu la renommée.Son premier roman était attendu ; il lance une brique à la face des critiques.C’est un roman baroque rempli d’érudition, de digressions, de verbiage, de bonheurs d’expression, qui ne va nulle part excepté vers une fête des mots.DAXTI « le paradis est double, et l’un des deux est sur terre », comme le signale Jacqueline Risset dans son introduction.La traduction est beaucoup plus près du texte et abordable que celles sur le marché actuellement.Rappelons que Jacqueline Risset avait déjà traduit les deux autres parties de La Divine Comédie.PROPRETÉ Jean-Denis Bredin, La Tache, Gallimard, 174 pages.DANS ces nouvelles, on rencontre des pitres, rien que des pitres.Jean-Denis Bredin dédicace son recueil à deux jeunes femmes parties pour d’autres mondes et qui dépensaient sans compter.Ces deux soeurs jumelles, Fanny et Zoé Pokardelle, qui ont sacri fié leur vie au bonheur des autres, donnent le ton sarcastique et désespéré aux six nouvelles.Des petites taches dans des existences parfaites finissent par se répandre comme de l’huile pour faire basculer le quotidien dans l’horreur.TRADUCTION Dante, Le Purgatoire, traduction de Jacqueline Risset, Flammarion, 342 pages.VOICI la traduction nouvelle de la deuxième partie de La Divine Comédie de Dante.Le Purgatoire est une notion relativement nouvelle lorsque Dante tente de la décrire et de lui donner consistance.Ce n’est qu’au deuxième concile de Lyon, en 1274, qu’il entre comme dogme dans l’Église chrétienne.Avant, il n’y avait que l’Enfer et le Paradis.Dante le représente comme une masse de terre déplacée par la chute de Lucifer; une sorte de montagne (volcan ?) sur une île.Des corniches en font le tour.Pour plusieurs interprètes ( Borges, Sol-lers, Duby, etc.), ce lieu de l’intermédiaire est le champ de l’art.Pour Alighieri (porteur d’ailes), #ItH J PÉDOPHILIE Gabriel Matzneff, Harrison plaza, La Table ronde, 235 pages.MATZNÉFF, c’est connu, provoque le scandale en affirmant sa liberté d’aimer qui il veut comme il veut.Généralement, il aime les mineurs et il le dit dans ses livres (journal intime et romans).Ce dernier récit ne fait pas exception à la règle, en ce sens qu’il relate les aventures amoureuses d’un certain Nil Ko-lytcheff (double de l’auteur), qui a une cinquantaine d’années, avec une nymphette de 15 ans.Le tout se déroule à Manille, car les amoureux sont obligés de quitter Paris, pourchassés par les diverses ligues de protection des mineurs.Un arrière-fond de sexe, de sang, de violence, achève de donner de la couleur au récit.HEIDEGGER Jean-François Lyotard, Heidegger et « les juifs », Galilée, coll.« Débats», 160 pages.JEAN-FRANÇOIS Lyotard ne pouvait pas ne pas se mêler de « l’affaire » Heidegger qui secoue depuis un certain temps le monde philosophique (surtout français).Il entre dans le débat par la grande porte, en citant les Kant, Hegel, Freud, Adorno, La-coue-Labarthe et Derrida.Il démontre, entre autres, que cette affaire est une affaire française essentiellement et occidentale plus profondément.Il s’attache particulièrement à analyser le si-lence de Heidegger sur la « shoah » dans la perspective de l’oubli de l’être.DES TITRES QU’ON A LAISSÉ PASSER, DES NOUVEAUTÉ À NE PAS MANQUER.LE PLAISIR ,/A LE PLAISIR Æ PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Pour réservations publicitaires, communiquez avec Jacqueline Avril au 842-9645 ou 1-800-363-0305 livres Voyage au bout de LA JEUNE FILLE AU TURBAN Marta Morazzoni nouvelles traduites de l’italien par Jean-Paul Manganaro Paris, P.O.L., 1988, 185 pages JACQUES CROUSSET VOICI cinq récits, cinq plongées abruptes au coeur de l’histoire.Les héros de Marta Morazzoni s’appellent, entre autres, Mozart, Salieri, da Ponte, Charles-Quint.On trouve aussi, dans la première nouvelle (sûrement la plus réussie), un riche marchand de tableaux hollandais du X Vile siècle prêt à braver vents et marées pour pratiquer son négoce, et, à la fin, un distingué Viennois vivant reclus dans sa chambre parce que malade.Marta Morazzoni est un tout jeune écrivain.Elle en est, dit-on, à son premier livre.Et quel premier livre ! On comprend jrôurquoi, à sa parution à Milan en 1986, il a suscité un si vibrant concert d’éloges.Rarement, en effet, aura-t-on vu, dans une première oeuvre, pareille maîtrise non seulement dans l’écriture mais aussi dans la description et l’analyse de personnages dont on nous a déjà tout dit sans nous en avoir jamais rien dit, au fond.Le thème dominant de La Jeune Fille au turban, ce n’est pas tant l’histoire (ni même, d’ailleurs, son corollaire : le temps) que l’incommunicabilité.L’incommunicabilité, bien sûr, entre les êtres.Rien là de très nouveau, dira-t-on.Exact.Sauf que, chez Morazzoni, l’incommunicabilité afflige des êtres à la sensibilité démesurée, des êtres qui, toute leur vie, ont été tournés vers les autres par la force des choses.Tel Mozart, faisant face à la mort dans un luxueux pavillon de chasse, prêt de son ultime et mystérieux bienfaiteur, et incapable de terminer sa dernière oeuvre, le fameux Requiem.Tel Charles-Quint, revenu de tout et vivant reclus dans un monastère de l’Estramadure, en compagnie d’un majordome asséché dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est l’envers d’un héros de Cervantès.L’incommunicabilité, dans ce contexte, devient le prix à payer une fois que l’on est au bout de son existence.Marta Morazzoni, d’ailleurs, excelle à nous décrire des individualités parvenues à la boucle finale de leur vie et murées dans un silence de fer, un silence qu’on pourrait trancher au couteau tant il est lourd parfois de sens.Elle nous les montre englués dans leur tragédie intime et calculant (secrète jouissance ?) la distance qu’ils ont mis entre eux et l'autre.L’inaltérable réussite de ces récits nous incite à croire que Marta Morazzoni est un nom dont on entendra encore beaucoup parler.Au même titre, du reste, que son compatriote Marco Lodoli, dont il a déjà été question dans ces pages.La rare qualité d’émotion dont elle est capable, l’em- la parole pire qu’elle exerce sur son écriture, sont les gages d’un talent qu’il faut saluer immédiatement.Ce n’est pas tous les jours que l’on peut lire des pages d’une aussi réelle acuité.Pro-fitons-en.Starobinski reçoit le prix Rainier-III PARIS (AFP) — Le prix littéraire de la Fondation Prince-Pierre-de-Monaco, le prix Rainier-III, a été attribué mardi au médecin et critique suisse Jean Starobinski, 68 ans, l’un des grands noms de la critique contemporaine.Né à Genève en 1920, Jean Starobinski est médecin et psychiatre.Professeur à l’Universite de Genève, il est l’un des tenants de la nouvelle critique littéraire, ouverte à la linguistique et la philosophie.Son oeuvre critique est dominée par un essai sur Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l'obstacle en 1957.L'Oeil vivant et La Relation critique décrivent sa méthode faite de sympathie à l’égard de l’auteur et de techniques d’analyse du texte.Jean Starobinski a également écrit des études remarquables sur la peinture et sur Montaigne. Le Devoir, samedi 4 juin 1988 ¦ D-5 A l p_a: i E S LE Ft R LE PL AI.La collection « Crime parfait » : de jeunes vins dans une vieille outre MEURTRE À L'ANGLAISE Didier Decoin 235 pages LE JARDIN DES DÉLICES Camille Bourmquel 272 pages Paris.Mercure de France, 1988 LE FEUILLETON LISETTE MORIN IL EST devenu bien discret, disparaissant même des couvertures, le vénérable logo « ailé » de la respectable maison qu’est (ou qu'était ?) le Mercure de France.Où officia pendant si longtemps, dans l’arriere-boutique, un grand prêtre iconoclaste qui s’appela pendant 85 ans Paul Léautaud.Les lecteurs fidèles des auteurs du Mercure ont sans doute éprouvé un moment sinon de stupeur au moins d’étonnement en apercevant, depuis quelque temps, à la montre des libraires, ces couvertures cartonnées et glacées qui enrobent, en des couleurs agressives et des illustrations raccrocheuses, les titres de la collection « Crime parfait ».Autre motif d’incrédulité : ces polars ont tous été commandés à des écrivains dont ce n’était pas, sauf exceptions, la tasse de thé.Écrire et réussir un vrai roman policier n’est pas si facile.Il y faut la manière, l’habileté et même un don naturel.De Roger Peyrefitte à Gilles Perrault, en passant par Guy des Cars, Suzanne Prou, Jean Lartéguy, René Barja-vel, Pascal Lainé, Pierre-Jean Rémy, Jean Raspail, Pierre Bour-geade et Cecil Saint-Laurent, tous ont, néanmoins, répondu à l’invitation de Jean Marcilly, directeur de la collection, et ils ont fidèlement remis leur copie.J’ignore si l’exercice fut une réussite dans tous les cas : je n’ai lu que les deux derniers titres et je dois répondre par un oui et par un non.Oui pour Didier Decoin dont le Meurtre à l'anglaise est une copie non seulement conforme à l’original — le « vrai » meurtre à l’anglaise tel que traité par des spécialistes comme P.D.James et Ruth Rendell — mais un roman extrêmement vif, intrigant comme le veut la tradition, et également d’une irrésistible drôlerie.En imaginant qu’une émule de Barbara Cartland a été trouvée morte sur la plage, non loin de sa maison de campagne située dans l’île de Greenhill, au nord de l’Écosse, Didier Decoin a non seulement créé une héroïne plausible mais il a planté un vrai décor de murder.Dune Benton est-elle morte, comme le déclarerait un médecin légiste, de mort naturelle, ou a-t-elle été assassinée ?DIDIER DECOIN Bien entendu, il faudra, avant d’en savoir davantage, apprendre ce qu’était cette romancière, richissime, comment elle vivait dans son île, quelle était sa famille, et, surtout, ce qui poussait une vieille dame, cancéreuse de surcroît, à s’aventurer nuitamment sur une côte sauvage, par temps mauvais, et en tenue de soirée.Le romancier de Meurtre à l'anglaise a certes potassé ses classiques, de Georges Simenon à Agatha Christie, et il connaît les stars actuelles du polar.Mais son roman n’est en rien une servile imitation.Il a son style à lui — ses admirateurs retrouveront la prose musclée et le don d'évocation de l’auteur de Un policeman et de Les Trois Vies de Babe Ozouf, pour ne citer que deux des romans de De-coin — et, pour vivre, le temps d’une longue soirée, dans ce pays hostile mais quand même enchanteur (d’un « enchantement » à la Merlin, il faut dire .) il faut lire le polar de Didier Decoin.?Comme il faut aussi lire le second des dernier titres de la collection « Crime parfait » : Le Jardin des délices, de Camille Bourniquel.Mais pour des raisons bien différentes.Car l’auteur de ces fort beaux romans impressionnistes, qui s’appelèrent Le Lac (1964), Sé-limonte ou la chambre impériale (1970), et surtout Le Manège d’hiver (1986), a tenté, sans succès, d’échapper à ses démons intérieurs qui n’inspireront jamais à ses personnages le goût du meurtre ou de la violence physique.L’éditeur a bien pu orner (sic) le dos de la couverture d’une bête effrayante, tous crocs dehors ( copie du monstre du Gévaudan), le roman de Bourniquel est davantage un appel à la vie naturelle, un hymne a l’écologie, dans une sorte de phalanstère comme on trouve de plus en plus dans les régions non encore soumises au stress des villes tentaculaires.Son héroïne n’a ni l’âge ni le Des mots comme des fruits ODES À CHACUN Henri Pichette Paris, Gallimard, 1988, 160 pages JEAN-GUY PILON C ES I) E R NIÈ R ES A N N Ê ES, nous avions quelque peu négligé l’oeuvre de Henri Pichette, et le nom même de ce poète, que d’aucuns situaient jadis dans l’avant-garde, était pratiquement oublié.Mais voici qu’il refait surface avec ce très beau livre de la célébration : Odes à chacun.Il est rare que l’on soit tenté de commenter un recueil de poèmes comme on le ferait d’un récit.Or cette suite de poèmes de M.Pichette pourrait à la limite se raconter, tellement la démarche du poète est concrète et précise, tellement elle colle à l’existence de tous, aux gestes quotidiens, aux êtres qui constituent la vie même du monde.Le livre se divise en deux parties presque égales : d’abord les poèmes et ensuite un lexique — et cela est une grande surprise — qui est en lui-même aussi beau qu’un long poème.M.Pichette accomplit un grand, utile et généreux voyage dans l’univers infini des mots.Il les retrouve loin dans le temps ou la mémoire, il les cueille précieusement, les illumine, et ne les enferme pas dans un seul et unique sens.Le premier poème, qui a donné son titre au livre, est une longue énumération amoureuse des cent mille métiers exercés par les femmes et les hommes, une énumération de leurs gestes simples mais lumineux.Suivent plusieurs odes brèves dont l’une dédiée à Gaston Miron et une autre qui s’intitule « Ode à Charles Péguy » dont M.Pichette se rapproche souvent, autant par le déroulement de son poème que par la rime, toujour belle et sonore.Le plaisir du poème est doublé et prolongé par la lecture du lexique où l’auteur donne les racines et les divers sens des mots oubliés ou peu courants qu’il emploie : dreliner, mercerot, arsin, feurre, et mille autres encore, sonores et chauds comme les fruits de l’été.Avec attention et respect, avec amour, M.Pichette est allé cueillir au fond des dictionnaires tous ces beaux mots endormis et timides et il en a fait des poèmes, des odes à chacun de nous et à la gloire du monde.« Nous sommes ciel qui bouge et vagues s’enroulant,/ La fétuque flottante et la molle méduse/ Et le roseau qui ruse/ Avec le vent hurlant./ Nous sommes vimaire du temps,/ Pluie aplatissante, éclairs serpentants,/ Orage grand briseur d’épis,/ Et rompis/ Et volis,/ Arbres arsins et bois chabhs.» prosaïsme de la vieille dame anglaise du livre de Didier Decoin.Elle est jeune et belle, elle vient des Flandres et, si elle cherche à venger la mort de son frère, c'est qu’une fois de plus, la passion fraternelle inspire les romanciers de l’année.Mais le roman de Guisa, l’histoire tragique de son frère Nel, c’est au bout du compte une histoire d'amour comme sait en conter Bourniquel.Et, encore une fois, un roman où la gémellité joue un grand rôle.« Jumeaux de sexes dif férents, écrit l'auteur, de cette soeur et de ce frère.Identiques au départ, à ce détail près, si tant est que le sexe soit jamais autre chose qu’un point de contact, de fusion, d’effusion, d’affrontement.» Un certain Chamfort parlait déjà du « contact de deux épidermes » à propos de l’amour ordinaire et normal Que finira par connaître Guisa, et pourquoi elle quittera fi nalenient Le Jardin des délices.« Le paradis, peut-on lire aux dernières lignes de ce faux polar, on ne saurait s’y éterniser, c'est quelque chose qu’on a devant soi ou derrière soi, qu’on regrette ou dont on rêve.On ne peut que le quitter.CAMILLE BOURNIQUEL.On ne saurait y mourir.» Mais on peut y vivre, grâce à ce gardien de l’Éden qu’est Camille Bourniquel Qui ne deviendra jamais, sans doute, un auteur de romans poli ciers, mais dont on attend le prochain livre de facture .» bourru quellienne», c’est-à-dire d'une grande vertu poétique.H NOUVEAUTES VLB THÉÂTRE LTLE de Marie-Claire Blais Des hommes, des femmes se retrouvent sur une île.faite de plages, de mer et de soleil, comme échoués pour la vie, pour la mort.Ils partagent un même destin, qu'ils soient blancs ou noirs, jeunes ou vieux, dans la marge ou dans la norme, sur cette île que tous les fléaux modernes attaquent.Un texte fort et bouleversant! 88 pages — 9,95 $ FUGUES POUR UN CHEVAL ET UN PIANO de Hervé Dupuis Une pièce sur la passion coupable.Un fils retrouve son père après six ans d’absence.Entre hommes, la tendresse est toujours difficile, souvent violente.Un texte dramatique puissant, sans complaisance, préfacé merveilleusement par Robert Lalonde.108 pages — 9,95 $ ROMAN, NOUVELLES L'idfe fl» L’IDEE FIXE de Pablo Urbanyi Un roman baroque, dans la plus pure tradition latino-américaine.où se mêlent l'essai philosophique, l'utopie joyeuse et la satire sociale.Un plaidoyer pour la paix perdue, une condamnation de la stupidité irrémédiable de l'homme hyper-civilisé, perdu dans la jungle des signes.274 pages — 16.95 $ VERTIGE CHEZ LES ANGES de Marc Sévigny D'un parking souterrain à une ville assiégée par des chiens, en passant par une île sortie du néant et les tracés sinueux d’un électro-encéphalogramme, le fameux miroir cher à Cocteau est franchi.Treize nouvelles qui font du trapèze à la frontière du fantastique et de l'anticipation.156 pages — 14,95 $ ESSAIS POUR UNE POLITIQUE de Georges-Émile Lapalme Voici le document qui servit à élaborer le «programme» de la Révolution tranquille.Georges-Émile Lapalme y propose, entre autres, la création d'un ministère des Affaires culturelles et d'un ministère de l'Immigration et il trace les grandes lignes d’un État moderne et démocratique au Québec, tourné vers l’avenir et la prise en main de son destin.354 pages — 18,95 $ POUR GUÉRIR DU MAL DE MÈRE de Raymond Hétu La tradition nous enseigne le respect de nos parents.Mais qu'en est-il du respect de l’enfant?Pour ceux et celles qui portent en eux des traces d’humiliation, d’incompréhension.de rejet de la part de leurs parents, ce récit saisissant et plein d'émotion oppose un refus à l’oubli.Un ouvrage sur l’enfance malheureuse à lire sans faute! 120 pages — 12.95 $ Four guérir do ¦Al dn aLr« MYRIAM PREMIÈRE de Francine Noël Le roman qu’il faut lire cet été! Un roman intelligent, séduisant, drôle, émouvant.«Un des trois ou quatre grands romans de la décennie.• Réginald Martel.La Presse 513 pages — 19.95 $ vlb éditeur DE LA GRANDE LITTÉRATURE Petites vies LE TEMPS DES INNOCENTS Suzanne Prou Pans.Albin Michel.1988 LETTRES FRANÇAISES MARIE-CLAIRE GIRARD D ANS DKS VIKS toutes calmes el ordinaires, de petits drames se nouent parfois.Laurence, David, Ju lien et d’autres vivent la guerre comme un rêve, à l’abri en zone li bre dans le sud de la France, avec quelques restrictions mais sans réelles misères, ils poursuivent leurs étu des à l’université, tombent aïnou reux, souffrent un peu, songent à ce que sera leur vie.Le problème réside justement là puisque ce sont des êtres qui ne veulent pas prendre en main leur propre destin, qui attendent pour voir jus qu’où les poussera la fatalité.Le Temps des innocents esl un roman d’apprentissage sans apprentissage véritable Julien est un garçon sen sible et secret, un intellectuel tendre qui n’anne que les amitiés étroites et les silences pleins de pensées; le genre de garçon habité par un puis sant embarras face à l’action.Son meilleur ami, David, est un rêveur d’un autre ordre il fonde un journal qui se veut le porte parole de la résistance, veut devenir écrivain et dénoncer les injustices qui couvent sous les apparences débonnaires du régime de Pétain Laurence, le blond objet romantique par excellence, échoue vaguement à ses examens, nourrit avec un petit peu de perversité l’amour sans espoir que ,1 ulien lui porte et se prépare à vivre la même vie que sa mere et sa grand mère.Julien sera appelé sous les drapeaux, David mourra et Laurence épousera un professeur.Rien d’exaltant, rien d’excitant n’est ja mais offert à cette jeunesse prêle, peut-être, à lout pour se prouver à elle même qu’elle existe Roman d’atmosphère et d’époque./ e Tempts des innocents traîne dans son sillage une brise de mélancolie.Ses anti-héros sont attachants et sympathiques, leur désarroi nous semble bien compréhensible et il ne viendrait jamais à l’idée du lecteur de leur reprocher d’agir tel qu’ils le font Même si cela se résume à ne rien faire.Ft ils sont bien innocents, en effet, ces jeunes gens que rien n’a pré parés aux drames qu’ils vivent.Ils en sortiront encore plus faibles et dé sarmés, à l’image d’une génération sacrifiée qui se souvient avec beau coup d’amertume de sa jeunesse complètement gâchée Guérin ANNE-MARIE CONNOLLY DIRECTRICE DE COLLECTION CLÉ POÜRLA GRAMMAIRE CJn ouvrage moderne conçu selon la méthode inductive et pour le niveau secondaire que les enseignants, les enseignantes, les parents, les étudiants et les étudiantes aimeront.286 pages — 16,40 $ 192 pages 12.95$ Ô MA SOURCE! Daniel Gagnon Ce roman d’imagination est une invention à quatre voix, ün pasteur rédige son journal tout en poursuivant une correspondance avec sa femme, sa fille et son évéque qui, à leur tour, lui répondent.Tous ensemble, ils composent une oeuvre sensuelle, mystique et inspirée.GUÉRIN LITTÉRATURE Distributeur exclusif: Québec Livres D-6 ¦ Le Devoir, samedi 4 juin 1988 Bulles et dessins Trop nono pour faire autre chose.KAMARAOE ULTRA une aventure de Red Ketchup scénario de Pierre Fournier dessins de Réal Godbout Montréal, Croc Album, 1988 JEAN-LOUIS DUFRESNE AU DÉBUT des années 70, lorsqu’on demandait à Réal Godbout pourquoi il s’entêtait à vouloir devenir dessinateur de bandes, il répondait tout simplement qu’il était « trop nono pour faire autre chose .».Cette pointe d'ironie, quelque peu démoniaque, dénote bien d’apostolat et la folie nécessaires pour vivre de la bande dessinée au Québec.Kt pourtant, près de 15 ans après les diffi dies balbutiements de la Coop des petits dessins et de l'aventure malheureuse du « fanzine» L'Hydrocéphale illustré (par la suite devenu I.'Hydrocéphale entêté), Réal Godbout et son inséparable scénariste Pierre Fournier persistent à sur vivre dans le monde fou de la bédé québécoise.Et les amateurs de bédé ne peuvent que s’en réjouir.Il faut considérer la sortie récente de leur dernier album Kamarade Ultra, une aventure de l’agent fou du FBI Red Ketchup, comme un événement.Et ce pour plusieurs raisons.Dans un premier temps, il faut souligner les grandes qualités techniques de l’album, trop habitués que nous sommes à des productions plus amateurs au Québec; couverture rigide, encrage et lettrage professionnels et impression soignée.Ensuite, tout le talent de Godbout et de Fournier semble enfin arriver à pleine maturité (s’ils sont « trop nonos pour faire autre chose », ils ont du talent pour la bédé).Dans Kamarade Ultra, le dessin de Godbout est d’une admirable lisibilité; ligne claire et détails stratégiques s’équilibrent étonnamment bien.Le scénario de Godbout est construit de telle sorte que les cadrages sont bien délimités et qu'ils soutiennent l’action et les multiples rebondissements de situation.L’univers de Red Ketchup a l’heureux avantage (dans une optique commerciale) de s’adresser à un large public, tout en ne sacrifiant pas les clins d’oeil humoristiques pour des lecteurs plus avertis qui suivent quotidiennement l’actualité internationale.Le personnage de Red Ketchup fit sa première apparition dans une autre série de Godbout et Fournier, « Les aventures de Michel Risque ».C’est lors de la trop courte histoire de la revue Titanic qu’ils ont pu raf- «LE DEVOIR»» de Pierre-Philippe Gingras Un livre de 295 pages qui retrace l'histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu'à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Je désire recevoir exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR' J'inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix) NOM.ADRESSE PROVINCE .CODE POSTAL MODE DE PAIEMENT ?Cheque ?American Express ?Master Card ?Visa No de carte de crédit Expiration finer ce personnage infernal et satanique.Mieux que tous les Indiana ,1 ones et J âmes Bond de la planète, Red Ketchup est l’espoir de la civilisation américaine.Il n’est pas un héros, encore moins un anti héros.Il est le « seul » héros possible.Il existe sur cette Terre tant d’ennemis à combattre à tout prix.Rien ne peut l’arrêter.Toujours vêtu de son légendaire complet trois pièces, il est invincible.Sa cause : l’épanouissement et la défense de l’« amencan way ot life».Dans Kamarade Ultra, Red Ketchup est exilé en Antarctique.Sa mission : assurer la sécurité d’une station de recherche américaine.Pour ce faire, il devra se frotter à la terrible agente du KGB, Olga Dynamo.L’affrontement sera sans merci.La lutte schizophrénique de Red Ketchup contre les « maudits rouges » le mènera de l’Antarctique à Moscou.Entre-temps, il aura massacré une colonie de pingouins, dévasté un centre de recherche soviétique, envoyé par le fond une flotte de destroyers, provoqué un refroidissement dangereux des relations diplomatiques américano-soviétiques et, en grande finale, son délire fou l’amènera à ravager l’Institut océanographique de Moscou.Il n’y a pas lieu ici de disserter sur les sempiternelles difficultés pour la bédé québécoise de percer auprès d’un large public.Il y a, toutefois, quelque chose de rafraîchissant à constater que Godbout et Fournier réussissent, avec Kamarade Ultra, à sortir du malheureux carcan de la bédé québécoise.Sans trahir leur univers mythologique, leur québéci- Red Ketchup.I agent luu du FBI Kamarade ULTRA Godbout Fuuruim tude ou leur américanité, Godbout et Fournier arrivent à un moment de leur carrière où ils maîtrisent toutes les données essentielles pour mener à terme un récit complet de bande dessinée.On appréciera dans Kamarade Ultra l’effort constant de Godbout et Fournier pour maintenir le lecteur sur le qui-vive et l’entraîner dans le délire de Red Ketchup.Leur humour est particulier et se rapproche grandement de celui de Pétillon (Jack Palmer) et de Ted Benoît (Cray Banana).Pour eux, tout est sujet à dérision.Les luttes que se mènent les Américains et les Soviétiques pour le contrôle hégémonique de la planète n’existent qu’en raison des catastrophes des espions à la Red Ketchup.On se moque de brillante façon, car tout, à la limite, est vraisemblable.Sylvain Simard, lauréat du prix France-Québec QUÉBEC (AFP) - Le prix de littérature France-Québec a été attribué lundi à Québec à l’historien québécois Sylvain Simard pour son ouvrage Mythe et reflet de la France, publié aux Presses de l’Université d’Ottawa.Le jury, présidé par l’historien et écrivain français Robert Cornevin, a fixé son choix sur M.Simard, en lice avec 25 autres candidats, au deuxième tour de scrutin.Mythe et reflet de la France est tiré de la thèse de troisième cycle que M.Simard, actuellement professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa, avait présentée en 1975 à Paris.Authentique oasis ù JARDIN Guide pédagogique du Jardin botanique de Montréal !&> ' Y **»./ //s , I .•?-X / fil m 7 IM LE PETiT DEVOIR t> t 5 6 - •£./ / / L Un cahier spécialement conçu pour les 6 à 12 ans Un véhicule publicitaire de choix pour des publicités choisies! Réservations publicitaires (514) 842-9645 Louise Lepage et Cynthia Bowllan Montréal, Société d'animation du Jardin et de l’Institut botaniques de Montréal 1988, 52 pages + 32 feuilles volantes MARC CHAPLEAU LE CROISEMENT d'une pédagogue (Lepage) avec une botaniste (Bowllan) a donné un guide vivant et engageant.Essentiellement conçu à l’intention du personnel enseignant pour la réalisation de sept visites éducatives au jardin avec des enfants de six à 12 ans, il intéressera aussi les parents qui, comme beaucoup de profs sûrement, ne connaissent pas la botanique sur le bout de leurs doigts.Le contenu répond aux objectifs des programmes de sciences de la nature (au primaire) et d’écologie (au secondaire).Les auteurs donnent d’abord des informations générales et des conseils d’ordre pédagogique, détaillent ensuite la flore de chaque serre et proposent enfin, dans le rabat de la couverture arrière intérieure, sur feuilles volantes, des activités à la fois formatrices et distrayantes pour les élèves.En vente à $6 pour les enseignants, l’ouvrage l’est aussi, mais à $ 7,95 cette fois, pour le grand public, au jardin même.Sans évidemment être tenus de compléter les « quiz » estudiantins de la fin, même les célibataires sans enfants gagneront à consulter cet inventaire de notre richesse botanique collective.Car visiter le Jardin botanique, de fait, « c’est un peu comme visiter un pays étranger dont on ne connaît pas beaucoup les habitants».DANS LES POCHES GUY FERLAND LINGUISTIQUE Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue, Point virgule, V61, 170 pages.CE TEXTE inédit, pratique, facile à consulter et drôle, démasque des préjugés sur la langue enfouis profondément dans notre inconscient.« Le français est logique, l’anglais est facile, le russe est musical, les Slaves sont doués pour les langues, les Noirs ne savent pas prononcer les “r”, certaines langues sont plus belles que d’autres, le français dégénère, les langues “primitives” sont simples, il existe des langues sans grammaire, une langue sans écriture n’est qu’un vulgaire dialecte, ce qui n’est pas dans le dictionnaire n’est pas un mot.» Autant d’idées reçues recensées dans ce volume.ANTHOLOGIE Odette Condemine, Octave Cré-mazie, poète et témoin de son siècle, Fides, 310 pages.ON CONNAÎT surtout Octave Crémazie comme un poète national, auteur, entre autres, du Vieux Soldat canadien et du Drapeau de Carillon.Dans son introduction à cette anthologie des textes de Crémazie, Odette Condemine fait la juste part des autres activités du barde national.Outre ses 34 poèmes, Crémazie fut également libraire, prosateur, épistolier et conteur.Cette anthologie contient 16 des 34 poèmes de Crémazie, un choix de lettres adressées à l’abbé Casgrain et à sa famille, des extraits du Journal du siège de Paris, ainsi que deux contes écrits en France.POLÉMIQUE Pierre Bourgault, Écrits polémiques, Boréal compact, n 6,376 pages.CE RECUEIL de textes, publiés dans différents journaux et revues de 1961 à 1982, avait été publié chez VLB éditeur en 1982.On remarque surtout la continuité de pensée de Pierre Bourgault à travers ces articles sur des sujets aussi divers que le séparatisme, les médias, l’indepen-dance, la langue, la musique, l’information internationale, le quotidien, la souveraineté, la tendresse, etc.L’éclairage nouveau qu’apporte le temps qui passe sur ces textes de circonstance donne une perspective nouvelle à chaque lecture.Preuve, peut être, de leur profondeur ?DILEMME Michèle Mailhot, Le Fou de la reine, VLB éditeur, coll.« Courant », 115 pages.UN HOMME épris d’absolu est amoureux d’une femme réelle, trop réelle.L’échec du couple est inscrit dans eptte donnée de départ.L’homme, Charles, s’imagine empêché d’accomplir son destin par cette femme qu’il aime.Dilemme insoluble du rêve et de la réalité qui masque un vide, l’existence.QUÊTE Roger Lemelin, Pierre le magni- Ro^er Lemelin Pierre le magnifique T ¦ .Marina Yaguello Catalogue des idées reçues sur la langue \ VLttÿuit fique, Stanké, coll.« 10/10 », 280 pages.CE ROMAN, mal accueilli par la critique québécoise et salué par la critique française, relate les péripéties de Pierre Boisjoly qui quitte momentanément sa vocation de prêtre pour l’amour d’une femme.En brossant un portrait de la société québécoise de 1940 à 1950, Roger Lemelin, par l’intermédiaire de son héros qui veut devenir magnifique, touche aux grands tabous de la société d’alors : Duplessis, la femme-ser-pent, le syndicalisme, le marxisme, les communautés religieuses, l’idéal.SADISME Octave Mirbeau, Le Jardin des supplices, Folio, n" 1899,338 pages.DES TORTURES, sous toutes leurs formes, avec les raffinements les plus horribles, se succèdent à un rythme effréné dans ce récit qui ressemble, dit Michel Delon dans sa préface, à Emmanuelle sur fond de guerre du Viêt-nam.NOUVELLES William Goyen, Précieuse Porte, traduit par Patrice Repusseau, Gallimard, coll.« L’Imaginaire », n ” 196, 203 pages.CHACUN des personnages des 10 nouvelles qui composent ce recueil est saisi à un moment bouleversant de son existence, « ce moment où l’être humain se dépasse et se transforme, au-delà de lui-même», dit William Goyen.Ce livre a obtenu le prix Maurice-Edgar-Cointreau 1987, prix du meilleur livre américain en traduction.ESSAI Margaret Mead, L’Un et l’autre sexe, Folio essais, n° 85, 440 pages.« L’HOMME est-il surdomestique, spolié d’un esprit d’aventure, conforme à sa nature, enchaîné à des machines ne représentant après tout qu’un perfectionnement des instruments — fuseaux et métiers à tisser, mortiers et pilons, bâtons à fouiller — caractérisant jadis le travail de la femme ?Et avons-nous brisé en celle-ci un lien naturellement intime avec ses enfants, Pavons-nous formée à rechercher une profession plutôt que le contact d’une main d’enfant, à viser un statut dans un monde de rivalité au lieu d’une place unique dans la chaleur d’un foyer ?» Telles sont les questions qu’aborde Margaret Mead dans son célèbre essai en s’appuyant sur la méthode anthropologique.NYMPHETTE Vladimir Nabokov, L’Enchanteur, Points roman, n° R300,138 pages.CE PETIT récit, « première palpitation de Lolita », a été écrit en 1939 à Paris, en russe.Publié en 1986 seulement, il a été salué comme un chef-d’oeuvre.Claude Roy disait dans Le Nouvel Observateur : « Plus ramassé et plus cru que Lolita.Un enchantement pour ces pervers impunis, les lecteurs.» Si tous les gars du monde.LES MAILLONS DE LA CHAINE L’édification du mouvement Desjardins en Estrie de 1907 à nos jours Marcel Labonté Sherbrooke, Fédération des caisses populaires Desjardins de l’Estrie, 1988, 186 pages MARC CHAPLEAU « ON A MIS le nez dans plein de documentation, à l’occasion du cinquantenaire de la Fédération, en 84.Tellement qu’il aurait été dommage de ne pas pousser nos investigations plus à fond.Voilà comment est venue l’idée de ce bouquin.» Marcel Labonté, directeur des communications, tout comme son employeur, la Fédération des caisses pop de l’Estrie, en étaient respectivement à leurs premières armes en matière de rédaction et d’édition de livre.Saluons tout de suite leur réussite.Ils retracent avec bonheur, sans complaisance, la généalogie de l’idéal coopératif Desjardins en Estrie, remontant « la chaîne des hommes et des femmes, ces maillons vivants et actifs qui ont construit [.] un mouvement qui ressemble à ce pays et à ses gens».L’auteur avait de bonnes raisons d’enfourcher la plume et d’exhumer des photos d’époque.La première caisse populaire rurale, après celle de Lévis, bien sûr, a, en effet, été mise sur pied en 1907 à Saint-Venant-d’Hereford — Paquetteville du temps d’Alphonse Desjardins — tout près de Coaticook.Chaque chapitre du livre correspond à une tranche d’histoire où sont décrits les acteurs, le décor et les événements.On trouve même, au tout début, un exposé qui remonte la filière européenne de la philosophie coopérative.Certes, cet ouvrage a limité son champ d’investigation à l’Estrie.Mais on peut présumer que les événements et rebondissements qu’il relate peuvent s’appliquer à peu de choses près aux autres fédérations, elles aussi édifiées à bout de bras, et fortes à l’époque d’un cléricalisme de bon aloi.Pour se frotter d’encore plus près à l’esprit Desjardins, donc, rien de tel que d’y fouiner de l’intérieur.Comme l’a si bien fait pour nous Marcel Labonté.Chapeau également au graphiste, Jean-Claude Aubin, pour son petit bijou de mise en pages.À l’éditeur, maintenant, de voir à étendre la distribution du livre à tout le Québec.O ri ( ) H * Le Devoir, samedi 4 juin 1988 M D-7 le ?; a L P AISE le fl; s: k LE PLAISIR LE PLAISIR Dukakis: les deux manières du «Duke» DUKAKIS: AN AMERICAN ODYSSEY Charles Kenney & Robert L.Turner Boston, Houghton Mifflin Company, 1988, 260 pages DUKAKIS: THE MAN WHO WOULD BE PRESIDENT Richard Gaines & Michael Segal New York, Avon Books 1988, 338 pages MICHEL C.AUGER DÉJÀ, deux biographies de Michael Dukakis, celui qui sera sans aucun doute le candidat démocrate à la présidence des États-Unis en novembre prochain.Déjà, mais pas hélas.Ces deux ouvrages ne tombent heureusement pas dans la catégorie des « livres instantanés» préparés en quelques jours pour profiter de la célébrité parfois bien passagère de quelqu’un qu’on a bien connu.Dans les deux cas, ces livres sont écrits par des journalistes qui ont « couvert » Mi chael Dukakis, d’abord comme législateur, puis comme gouverneur du Massachussets.Dukakis, c’est d’abord l’histoire d'un homme politique qui a connu la défaite.Kn 1978, après un premier mandat comme gouverneur, Michael Dukakis devait être battu lors des primaires démocrates.Pendant quatre ans, où il a trouvé refuge à la Kennedy School of Governement de Harvard, Dukakis préparera le match revanche.Mais, surtout, pendant ces quatre années, Dukakis s'appliquera à changer de personnage.Du gouverneur plus pur que tous les purs qu’on ne pouvait s’empêcher de trouver arrogant, il devait devenir l’homme du compromis et du consensus, le technocrate au triomphe modeste qui s’est vite fait la réputation de celui qui fait fonctionner les choses.Aucun exemple de cette transformation n’est plus éloquent que sa tentative d’équilibrer les budgets de l’État et de remettre aux travail les assistés sociaux chroniques.En 1975, alors que la crise financière menaçait son État — comme la ville de New York et tant d'autres administrations municipales — Dukakis devait trop longtemps refuser de considérer une hausse de taxes pour respecter sa promesse électorale de ne pas accroître le fardeau fiscal des citoyens du « Taxachu-setts ».Il devait se mettre à couper, dans le gras comme dans le maigre, au point que le symbole de son administration était devenu le couperet de boucher.Le résultat final devait, cependant, être désastreux.Non seulement il n'aura pas réussi à éviter l’une des pires hausses de taxes de l’histoire de l'État (même la tasse de café au restaurant est passée de 25 à 27 cents, d’où l'expression, reprise par ses adversaires, de « Two cents for The Duke » ) mais il aura réussi à se mettre à dos tout ceux qui, dans son parti, constituaient sa base électorale.La réforme de l’aide sociale — un sujet bien d’actualité au Québec — est sans doute le meilleur exemple de la différence entre « The Duke I » et « The Duke II », les deux incarnations du gouverneur du Massachusetts.Son premier programme de « Workfare » en 1977, aurait obligé ceux qui n’avaient pas d'emploi à travailler trois jours par semaine à des travaux communautaires sous peine de perdre leurs chèques d’aide sociale pour trois mois, sans autre forme de procès.Décrié tant par les alliés du gouverneur que par ses adversaires, le programme ne devait jamais être adopté par la législature.Après sa réélection, Dukakis devait récidiver en créant un programme.volontaire cette fois, fondé sur l’éducation des bénéficiaires d’aide sociale.Annoncé au public plu- sieurs mois après qu'il eut été mis en place, le programme devait, en deux ans, trouver des emplois à 20,000 anciens assistés sociaux, la plupart dans le secteur privé.Ce programme.donné en exemple partout aux États-Unis, est vite devenu le symbole du nouveau Dukakis, celui qui écoute et qui s’assure que les choses marchent.Comme candidat à la présidence, Michael Dukakis a été porté par le « miracle du Massachusetts», cette période de prospérité qui aura fait passer un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale au taux le plus bas des États-Unis et une économie essentiellement fon dée sur les secteurs mous à la haute technologie.Les auteurs de ces deux livres sont d'accord pour dire que Dukakis ne peut s’arroger la paternité du « miracle » mais qu'il a certes mis en place plusieurs des programmes qui auront permis à la prospérité de se prolonger : par exemple, la transformation — avec l'aide de fonds de l’État — des anciennes usines de textile et de chaussure qui peuplaient le paysage de plusieurs villes en centres prêts à accueillir des entreprises de haute technologie (le siege mondial de Wang Computers a été le premier à en bénéficier, à Lowell).MICHAEL DUKAKIS et sa femme Kitty.Photo AP Des deux livres, celui de MM lïai-nes et Segal a le double avantage d’être distribué au Canada et d’être en format de poche, mais il est malheureusement beaucoup trop centré sur la politique interne du Massachu setts et le role que Dukakis y a joué Pour avoir une meilleure idée du type de président que serait Michael Dukakis, U vaut mieux se fier à MM Kenney et Turner, qui auront beaucoup mieux réussi à prendre une certaine distance et à montrer quel type de réaction pourrait avoir le « nouveau Dukakis » devant tel ou tel type de crise.Mitterrand et Rocard au troisième tour Photo AP MICHEL ROCARD recevant Brian Mulroney à Matignon, le 26 mai MITTERRAND 2 (Les secrets d’une campagne, 22 février—8 mai 1988) François Rey, Jean-Pierre Mithois et Denis Poncet Paris, Belfond/Acropole 1988, 251 pages MICHEL ROCARD Robert Schneider Paris, Stock, 1987, 309 pages CHOSES DITES DE PROFIL Huguette Bouchardeau Paris, Ramsay, 1988, 282 pages NOTES DE LECTURE PAUL-ANDRÉ COMEAU Marionnettes dans la rue LES ENFANTS DE LA PROSTITUTION Michel Dorais et Denis Ménard Montréal, VLB éditeur coll.« Changements » 1987, 140 pages GERMAIN TROTTIER DANS Les Enfants de la prostitution, Michel Dorais et son collaborateur Denis Ménard, tous deux travailleurs sociaux au Centre des services sociaux du Montréal métropolitain (CSSMM), osent mettre au jour le non-dit d’une réalité montréalaise bien existante.Sous la forme d’un bref essai en six parties, les auteurs relatent d’abord les récits de vie d’une fille et d’un garçon de Montréal pour ensuite parler des clients, des réseaux d’abus, des conséquences de la prostitution pour les jeunes et, finalement, proposer quelques pistes d’intervention.Les récits de vie sont troublants.La dénommée Linda expérimente la prostitution sur une base occasionnelle dès l’âge de 11 ans.Son premier client sera un garçon de 14 ans qui piquait l’argent à sa mère.À 14 ans, Linda se prostitue régulièrement pour se piquer à la drogue ou se drogue pour continuer à se prostituer, elle ne sait trop exactement.comme un monument sans émotion dira-t-elle.Quant au garçon, il connaît ses premières expériences de prostitution à 14 ans.Faire des clients devient pour lui comme un métier qu’il pratiquera jusqu’à l’âge de 18 ans.Lui aussi recourt à la drogue pour s’insensibiliser.Deux cas parmi un nombre difficile à estimer : on parle de 5,000 pour Montréal et sa banlieue.En réalité, on n’en sait rien, ni pour Montréal ni pour les autres grandes villes canadiennes puisqu’il y a absence de statistiques là-dessus.On dit, toutefois, que la situation de Montréal serait comparable à celle des grandes villes américaines et il est plausible de soupçonner que Montréal ait son Une année occupée TENIR BON Journal d’un Palestinien en Cisjordanie occupée Raja Shehadeh traduit de l’anglais par Michel Waldberg Paris, Seuil, coll.« L’histoire immédiate», 1988, 190 pages GILBERT TARRAB TENIR BON est le journal détaillé, quasiment tenu au jour le jour, d’un Palestinien « occupé » en Cisjordanie.Ce journal commence à l’hiver de 1980 pour se terminer à la fin de l’automne de la même année (avec un épilogue écrit en 1982), soit une année-type de tracasseries de tous genres que subissent tous ceux qui vivent sous occupation de par le monde.Avec ceci de particulier, cependant, qu’en Cisjordanie occupée par Israël, le terme « ténacité » ou encore celui de « persévérance » (« samid» en arabe) revêt un sens spécial.Un million et demi de Palestiniens, maintenant, résistent avec « samid» depuis l’occupation des « territoires » en juin 1967.Et, paradoxalement, ces résistants courageux (à l’assimilation, à la non-existence, à la perte d'identité nationale) sont souvent aidés par des Israéliens qui, mieux que quiconque, savent pertinemment bien ce que les mots de « ténacité » et de « persévérance » veulent dire, eux qui ont su résister, après tous ces pogrome, et après tant de siècles où ils vécurent dans l’humiliation, à l'affreuse machine de destruction qui était destinée à les exterminer comme peuple.Comment ne pas penser au destin juif en lisant ces pages écrites par un Palestinien arabe ?Tout ce qui y est relaté, des rabrouements quotidiens qui lui furent affligés par les forces d’occupation aux exactions et abus de pouvoir qu'il dut subir comme Palestinien « samid », peut s’appliquer mot pour mot à ceux qui, aujourd'hui, sont les fils et petit-fils de ceux qui ont vécu l’holocauste.Certes, ces jeunes sabras (nés en Israël) ne peuvent être taxés de bourreaux, au même titre que ceux qui harcelèrent leurs pères et grand-pères.L’occupation israélienne se fait plus « douce », si ce terme peut avoir un sens en logistique militaire ! Mais comment, s’interroge l’auteur, le gouvernement israélien ne voit-il pas qu’il s’engage dans un cycle de représailles mortelles sans fin, en refusant de négocier avec les seuls représentants du peuple palestinien, à savoir l’OLP d’Arafat ?C’est parce que, répond l’auteur, « les Israéliens ne voient pas, ne peuvent pas voir l’autre côté de leur tête.Ils ne savent pas que nous sommes collés les uns aux autres sur les rayons d’une même roue qui nous entraîne tous à la mort».imammmb—bem chiffre noir de la prostitution d’enfants.L’essai de M.Dorais et de son collaborateur, même s’il n'est pas volumineux, a le mérite d’amorcer la réflexion sur la dynamique de la conduite de prostitution chez les jeunes.Comme professionnels en travail social, ils saisissent l’importance de cerner cet aspect avant de proposer des pistes d’intervention.L'exploration du vécu de ces jeunes en difficultés révèle, en effet, qu'un enfant ne décide pas spontanément de se prostituer.Il n’existe pas une mais bien des trajectoires pour y arriver.Les expériences sexuelles précoces et abusives des adultes, la violence, les relations personnelles et familiales perturbées sont maintes fois rencontrées et constituent en quelque sorte le « bouillon » d’un milieu ineluctable que le jeune cherche à fuir temporairement ou définitivement.L’incapacité d’auto-suffisance et l’inexpérience combinées haussent le degré de vulnérabilité de l’individu et facilitent le passage à l’acte déviant ou délinquant.En contexte de survie, la prostitution est un recours immédiat bien tentant parce que l’argent est vite gagné et a moins de risque que les activités délinquantes.L’alcool et les drogues agissent comme des baumes parce que le désenchantement n’est jamais bien loin derrière l’adulation première.Même si le jeune voudrait qu’il en soit autrement, la loi du « meat market » rejette impitoyablement le corps dont la chair n’est plus fraîche.Les marionnettes ne le savent pas toujours mais, il faut bien le dire, leur devenir ne tient souvent qu'à un jeu de ficelles entre les doigts des individus qui les manipulent.AU MOMENT où les électeurs français s’engagent dans le « troisième tour », selon l'expression consacrée à Paris, on trouvera un certain profit à lire l’ouvrage-express qui présente le journal de bord des deux étapes pré cédentes.Trois journalistes parisiens ont relevé le pari de consigner au jour le jour notes et renseignements d'une campagne présidentielle qu’ils ont suivie de façon privilégiée dans l’entourage immédiat du président réélu.D’où cet ouvrage qui a été lancé en France moins de 24 heures après la victoire de François Mitterrand au second tour, le dimanche 8 mai.Le procédé est intéressant.Il soulève des problèmes sérieux.Grâce à la complicité du président en exercice, les trois observateurs ont évidemment eu accès aux confidences de l’entourage immédiat de celui qui était à la fois, durant un court moment, candidat et chef de l’État.C’est l’aspect intéressant de cet ouvrage, l’aspect qui vaut certaines surprises sur l’utilisation des spécialistes des communications dans la préparation du débat Mitterrand-Chirac, entre autres.Mais des pages où l’on résume la presse du matin, des jours entiers où l’on effleure à peine les faits et gestes des autres candidats, des chapitres qui accumulent ragots et demi-confidences parfois empruntées à d’autres ouvrages : le tout ne constitue certes pas l’ouvrage de référence.C’est un reportage obligé, sans plus.?11 est, par contre, nettement plus stimulant de lire la biographie consacrée par Robert Schneider à celui qui exerce actuellement les fonctions de premier ministre.Michel Rocard a-t-il été sacrifié par François Mitterrand entre le deuxième et le troisième tour ?Au contraire, le verra-t-on diriger le gouvernement au lendemain du second tour de ces élections législatives qui devraient marquer le retour des socialistes au gouvernement ?Ces questions qui alimentent la chronique parisienne, on pourra les aborder ici avec un arrière-fond utile, intéressant et révélateur à plus d’un titre.Éternel perdant, M.Rocard a le profil volontariste de ces huguenots qui marquent encore aujourd’hui la politique française.La carrière de cet homme est jalonnée d'affrontements politiques, de rencontres et d’échecs en face de son éternel rival : François Mitterrand.Un ouvrage important pour comprendre les dimensions politiques de mai 1968, pour saisir les racines du malaise permanent entre le président et son premier ministre, pour deviner l’ampleur des divergences les herbes rouges TOURIGNY les Iigrbes muges mt iVffc nuorr les herbes muges André Roy U SPECTACLE DE 1 - ‘m I François Tourigny.Délateur— 4.00S I André Roy, Le spectacle de l'homme encore visible — 6.00S I abonnement 10 nos, 25.00S ¦ ci-joint ¦ chèque ¦ mandat poste les herbes rouges C.P.81, bureau E, Montréal, Québec H2T 3A5 Nom.au sein du Parti socialiste français * * * Enfin, un mot sur le roman tout juste publié par Huguette Bouchar deau, qui détenait le portefeuille de l’Environnement au moment de ï’af faire du Rainbow Warrior, cet incident qui s’est soldé par la mort d’un homme dans le port d’Auckland, en Nouvelle-Zélande.Roman intimiste d'une certaine fa çon — une ministre qui, en 10 jours, passe de l’appréhension à la eerti tude en apprenant qu’elle est atteinte du cancer — ce petit livre facilite aussi la compréhension du style de vie des ministres et hauts fonctionnaires de la France des années 80 Ajoutons à cela des pages significa lives sur les tractations au sujet de l'affaire en question et l'on devinera l’intérêt de l’entreprise.Quant à la passion qui devrait réu nir ces pages, elle est trop sage, trop disciplinée.C’est comme si pudeur et politique devaient faire obligatoirement bon ménage.Scmome (fîmliate de Germaine Lévesque Récipiendaire du prix «ÉCONOMIE FAMILIALE 1988» Décerné par l'Association d'Économie familiale du Québec J B Ü CAHIER D’ACTIVITÉS D’APPRENTISSAGE SEC, Il Le cahier d'activités développe les 4 modules du programme d’études tel que proposé par le MEQ.1 • Économie et vie familiale 2« Économie familiale et planification alimentaire 3* Économie familiale et habillement 4* Économie familiale et logement Cahier compatible avec les manuels de base existants pour le cours d'économie familiale f m m M- Cahier d’octivités d'apprentissage ISBN-07-33011 (224 p.)9.75$ Corrigé du cahier d'activités d’apprentissage ISBN-07-33020 (224 p ) 12.75$ k ï Adresse.Code postal.Wr'i rK LIDEC LIDEC Inc.4350, avenue de l'Hôtel-de-Ville Montréal, (Québec) H2W 2H5 Téléphone: (514) 843-5991 Télécopieur: (514) 843-5252 % I D-8 ¦ Le Devoir, samedi 4 juin 1988 LE PLAISIR ,/A LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Le chemin de Damas de Thierry Hentsch HEINZ WEINMANN Vi HISTOIRE du manuscrit de L’Orient imaginaire (1) sem ble inspirée des Mille et Une Nuits, tellement elle est merveilleuse.Né en Suisse, Thierry Hentsch, professeur de sciences politiques à l’UQAM, envoie son manuscrit à quelques éditeurs parisiens, comme on lance une bouteille à la mer.Deux semaines après, réponse des éditions de Minuit : on désire rendre réel cet Orient imaginaire Quatre mois après, M.Hentsch tient son livre en main.J’ai même rencontré un auteur universitaire heureux En dévorant l'Orient imaginaire, j’ai compris la hâte de cet éditeur parisien.Livre important, exceptionnel, autant par l’originalité de son propos que par la qualité de son style alerte, aux antipodes des soporifiques « thèses » universitaires.Il nous montre magistralement que les ré ponses aux conflits endémiques du Proche-Orient, véritable poudrière depuis 40 ans, ne sauraient venir d'abord du présent, mais du passé.C’est ce qu’il a senti confusément depuis son séjour de deux ans à Damas et à Gaza.Sur son « chemin de Damas », Thierry Hentsch est devenu sensible à ce fossé qui sépare la réalité arabe de l’image de l’Orient fabriquée de toute pièce par l’Occident.L’« Orient » n’existe pas, c’est une invention de l’Occident, à la fois reflet et repoussoir avec et contre lequel il se définit.En archéologue habile, M.Hentsch dégage, couche après couche, les images, les clichés de l’Orient qui se sont déposés dans l’inconscient occidental, immense ré- servoir fantasmatique.Tout naturellement, l’enquête généalogique de M.Hentsch commence à l’« origine », avec la « filière grecque », premier partage mythique entre Orient et Occident.« Il y a là un fantastique anachronisme qui fait croire que l’Occident commence chez les Grecs.Que cet Occident moderne s’inspire des Grecs, c’est indiscutable, mais que les Grecs se soient considérés comme Occidentaux, comme les historiens veulent nous le faire croire, c’est un anachronisme fantasmatique et qui montre bien la force du mythe du partage Orient-Occident qui commence vraiment au XVIe siècle avec toute sa force.» Thierry Hentsch combat avec la plus grande vigueur l’idée défendue par des historiens « sérieux » tels Pi-renne qui ont tenu l’Orient, les Arabes responsables de la « fermeture » de la Méditerranée, mare nostrum « polluée » par l’hérétique.Selon la même logique rétrospective, l’hérésie de l’islam au Moyen Âge a été largement surfaite.Selon M.Hentsch, le clivage Orient-Occident divise bien plus profondément l’Occident, le Nord et le Sud, qu'il ne sépare l’islam de la chrétienté.Le plus grand philosophe du Moyen Âge, saint Thomas d'Aquin, est « oriental ».« Sans Avicenne, sans Averroès, Thomas d’Aquin n’aurait tout simplement pas écrit son oeuvre.» Toute la science et la médecine médiévales d’avant-garde passent par la filière arabe.Cette image positive de l’Orient, d’où vient la lumière («lux ex oriente » 1 et où est situé le paradis va se détériorer de façon irrémédiable avec le déplacement du centre de M Renaud-Bray Suite de la page 0-1 THIERRY HENTSCH.gravité de la Méditerranée vers l’Atlantique, qui amènera dans son sillage la « découverte » de l’Amérique.Déplacement qui provoquera une ré orientation de l’imaginaire occidental.Jean Bodin, penseur de la nation, a aussi pensé le premier cette « ré orientation ! Car l’histoire avec lui commence à avoir un sens, au premier sens du mot.Elle va d’est en ouest ».Inconsciemment ou consciemment, lorsqu’il figure le monde sous la forme d’une personne humaine, il l’occidentalise, alors que jusqu’à ce moment, il était orienté, comme les églises étaient orientées vers Jérusalem.« Montesquieu, tout en pillant sans vergogne Bodin, jusqu’à sa célèbre théorie des climats qu’il y emprunte, systématise le despotisme oriental.Dorénavant, l’immobilisme collera à la peau de l’Orient.L’idée ne cesse de s’affirmer jusqu’au XIXe siècle : l’Orient est resté en arrière, figé, immobile, tandis que l’Occident va de En toute assurance Suite de la page D-1 champ politique et l'évolution du monde des affaires.« Au fond, dit-il, c’est très lié.L’émergence d’une classe d’entrepreneurs au Québec est une conséquence de la Révolution tranquille.On a d’abord construit une bureaucratie d’État.Mais, pour mesurer sa force, le secteur privé est la véritable arène.» Au fait, plusieurs des grands technocrates d’alors sont devenus aujourd’hui des entrepreneurs privés.M.Castonguay lui-meme en est un.Au Canada anglais, Peter Newman, avec The Establisment, avait présenté l’histoire des grandes familles bourgeoises, ce qui donnait le goût à Godin de faire la même chose au Québec.Toutefois, le journaliste-auteur avait peur d'être à la merci complète de son commanditaire.« Je ne voulais en aucune façon mettre ma crédibilité d'auteur en péril.» Godin n’était pas du tout intéressé à faire « un livre de compagnie » et préférait sortir du dossier si l’on voulait l’obliger à taire des choses.Pour écarter toute ambiguïté, il a fait inscrire dans son contrat « une clause d’indépendance ».Le rêve Une fois cette question réglée, ce qui n’a pas, du reste, soulevé de problèmes avec M.Castonguay, l’auteur a adopté exactement la même démarche de travail que pour les autres livres, c’est-à-dire deux niveaux de documentation : oral, par une quarantaine d’entrevues personnelles avec les principaux acteurs et témoins de la naissance et de la croissance de cette entreprise; écrit, par l’accès à toutes les archives de La Laurentienne.Godin s’est fait aider par une archiviste professionnelle.Tout cette démarche de recherche a duré un an.En même temps, Godin échafaudait graduellement un plan, qui a fini par s’articuler autour de trois axes principaux : les périodes d’évolution, les thèmes et les acteurs.Il a fallu une autre année pour la rédaction.« On ne m’a jamais demandé de retirer quoi que ce soit.Le livre s’est fait dans les meilleures conditions de liberté », affirme l’auteur, qui a tenu à faire revivre les éléments et les événements « significatifs» : par exemple, certaines querelles de famille parmi les fondateurs, de manière à rendre justice à qui de droit.Dans le milieu journalistique, a constaté Godin, on a accueilli avec une certaine suspicion cette façon de faire.« Tu ne peux pas être libre et commandité à la fois », lui a-t-on dit.« Je m'attendais à cette réaction des journalistes québécois », répond-t-il, en se référant à une longue tradition culturelle et religieuse anti-affaires et anti-profits dans la société canadienne-française.Mais cette tradition est peut-être en voie de mutation.Les médias en général se sont ouverts considérablement sur les problèmes d’économie et d'entrepreneurship ces dernières années.Et, bien sûr, des journalistes et auteurs comme Pierre Godin s’intéressent de plus en plus à la vie et à l’histoire des entreprises d’ici, qui, dans la plupart des cas, n’existaient pas ou étaient à l’état embryonnaire, il y a 50 ans à peine.— Claude Turcotte Photo Chantal Keyser l’avant, change, se modernise.L’Oriental, l'autre est utilisé à la fois comme repoussoir et comme réflecteur d’une réflexion indirecte : plutôt que d’attaquer l’absolutisme en France, on va s’en prendre au Proche-Orient pour se mettre à l’abri.» Les Lettres persanes sont, en effet, le reflet de ce jeu de miroirs complexe.Avec la traduction des Mille et Une Nuits, au début du XVIIle siècle, débute l’orientalisme, l’exotisme oriental en Europe.« Exotisme de pacotille au niveau le plus superficiel et qui servira d’immense réservoir de fuite : l’Orient comme refuge contre la modernité.» Tous les fils de l’analyse de Thierry Hentsch mènent vers un tableau qui résume à lui seul toutes les images orientales réfractées dans l’imaginaire occidental : La mort de Sardanapale, de Delacroix.Il incarne la figure de la mort.« La mort dans ses multiples aspects : l’au-delà, l’autre monde, la fuite, etc.Ce tableau est une représentation du despotisme qui met à mort.Or qui met à mort ?C’est l’Occident sous le masque oriental.L’Occident met l’Orient à mort.Chez Hegel, c’est très explicite : l’Orient est mort.» Malgré le narcissisme congénital de l’Occident, malgré le lourd héritage colonial, le dialogue est-il encore possible avec l’autre, avec l’Orient ?« Aussi longtemps que nous ne sommes pas conscients nous-mêmes de l'usage que nous avons fait de l’autre pour nous construire nous-mêmes, il n’y a pas de dialogue possible.C’est le sens du livre : participer à une prise de conscience de ce que nous avons fait de l’autre dans nos rapports avec lui.Sans cette conscience, il n’y a pas de dialogue, ce sera toujours un dialogue de sourds.» L’ORIENT IMAGINAIRE La vision politique occidentale de l’Est méditerranéen Thierry Hentsch Paris, éd.de Minuit coll.« Arguments » 1988, 290 pages béré de notre part, affirme-t-il.Il est prouvé que 55 % des gens n'osent pas entrer dans une librairie qui n’offre que des oeuvres littéraires.Pour que les gens se sentent à l’aise, il faut leur proposer de tout et, surtout, qu’ils s’y retrouvent.» Au total, 36 sections dont la psychologie, les sciences sociales, l’histoire, l’anthropologie, les romans, les policiers, les romans historiques, la poésie, le théâtre, les biographies, la collection La Pléiade, les éditions Larousse.« On pourrait en avoir 50 si on voulait subdiviser encore plus.L’avantage d’avoir autant de sections, c’est de pouvoir diriger le client sur-le-champ, sans la moindre hésitation.» Parmi les 36 sections, il en est une qui interpelle le regard, avec ses cubes de couleur pour chaque quotidien, chaque émission littéraire, chaque événement culturel d’importance comme la rétrospective des dessins de Rembrandt ou l’exposition Borduas.La mise à jour des titres est faite quotidiennement « C’est une section dont nous som mes très fiers, qui séduit par son ori ginalité, qui est surtout très efficace commente le libraire.Tellement ef ficace, poursuit-il, que nous corn ptons créer une section “actualité politique” avec des ouvrages portant, par exemple, sur les droits de pêche internationaux, une autre réservée aux écrivains de passage à Montréal.De quoi occuper une personne à temps complet.» M.Renaud voit grand, il le dit à qui veut bien l’entendre.Mégalomane ou simplement réaliste ?Les qualificatifs lui importent peu.« D’ailleurs, il y a trop de morale en affaires.» L’organisation mise en place avec 50 employés qui se relaient sept jours sur sept jusqu’à minuit est un passage obligé : « Le prix élevé des loyers dans Côtes-des-Neiges nous contraint d’offrir le maximum sur un espace le plus vaste possible, sans une seule journée de fermeture, avec des employés ayant chacun sa spécialité et une organisation sans faille.Qui dit organisation dit aussi informati-sation sur une grande échelle, ajoute-t-il.Plutôt que le service personnalisé ou les escomptes, c’est l’efficacité et la rapidité d’opération qui comptent.» Il mentionne également que, grâce à deux informaticiens qui travaillent dans l’entrepôt de 3,500 pieds carrés de Saint-Laurent, « on connaît en un cinq sec les 50 meilleures ventes de la journée et les 100 livres-vedettes de la semaine, le nombre de livres disponibles pour chaque titre, les dates de la dernière commande, le chiffre d’affaires d’il y a six mois.Vous comprenez que, dans ces conditions, on n’est jamais pris de cours.Les commandes au compte-gouttes, on laisse ça à d’autres.Vous savez, avec 65,000 titres informatisés et 1,500 nouveautés par mois (20 % du chiffre d’affaires), on ne peut pas se permettre de faire de l’artisanat ».La « face cachée de Renaud-Bray », comme il l’appelle pour mieux en souligner le mérite, ce sont les 15 employés de l’entrepôL qui, dès réception des ouvrages, les classent par genre et par section.Les employés du magasin n’ont plus qu’à les mettre dans les rayons.Renaud-Bray, m'assure son propriétaire, est une librairie où les gens aiment flâner sans craindre d’etre épiés.« L’atmosphère y est détendue, personne ne se sent contraint d’acheter même si beaucoup sortent avec un petit quelque chose, journal, carte de voeux, comme pour payer leur droit d’entrée.» L’Université de Montréal toute proche draine, bien sûr, ses étudiants et ses professeurs mais, au dire de M.Renaud, la librairie est fréquentée par des gens de divers milieux venus d’un peu partout, surtout depuis la récente mise en service du métro Côte-des-Neiges.Ses heures d’effervescence, la librairie les vit le dimanche quand elle devient le lieu de rendez-vous des familles du quartier, aisé, rappelle-t-il.Même s’il conçoit que jamais rien n’est définitif, le libraire estime que le temps des grandes innovations est terminé : « Nous connaissons les formules gagnantes aujourd’hui après avoir tenté bien des choses, se souvient-il.Il y a quelques années, on a essayé de faire des discounts, mais ça s’est fait au détriment du service soutenu par l’informatique.Alors, on a laissé tomber.Curieusement, notre chiffre d’affaires a triplé et, ajoute-t-il après un silence un peu ironique, le milieu a cessé de nous haïr.» 1 Photo Chantal Keyser Le plaisir de bouquiner Et la réflexion suivante, qui peut laisser perplexe, n’en est pas moins, par sa franchise, un constat lucide de ce qu’est un commerce de livres au Québec : « Si nous avons 1,500 nouveaux titres par mois, c’est grâce à l’édition française.C’est un paradoxe, peut-être, mais regardons les choses en face.S’il n’y avait pas de livres français, il n’y aurait tout simplement pas de librairie au Québec.» — France Lafuste d’un «patenteux» Suite de la page D-1 tait à partir de pièces d’horlogerie des véhicules qui se mouvaient comme des autos.La vie de séminariste l’ennuia mortellement, mais il trouva l’état de grâce dans la mécanique et un petit garage ouvert avec l’aide de son père à Valcourt.Pour suivre des cours de génie par correspondance, il apprend l’anglais, car le français est encore une langue largement tabou dans le commerce et l’industrie à cette époque.Il n’en finissait pas d’enfoncer des préjugés; à Valcourt d’abord où, pendant des années, les gens se sont étonnés de le voir perdre son temps à expérimenter des machines infernales qui parvenaient mal à avancer sur la neige ; puis plus tard, au moment de la Deuxième Guerre mondiale, où il a connu toute l’arrogance, la rigidité et parfois la stupidité de fonctionnai res fédéraux anglophones pour qui cet inventeur n’était qu’un petit mé canicien de campagne.Les alliés avaient tout de meme besoin de ses autoneiges ! J.-A.Bombardier, avec des brevets d’invention reçus d’Ottawa, a nettement eu l’impression de se faire voler par ce même gouvernement fédéral qui refusait de le payer pour l’utilisation de ses brevets.Il est, d’ailleurs, sorti « profondément humilié » de ses démêlés avec Ottawa, à tel point qu’il a toujours refusé par la suite les offres fédérales de participer à des commissions ou comités.J.-Armand Bombardier avait des convictions nationalistes et religieuses profondes.Il avait pour la mécanique une véritable passion.Il manifestait une détermination très grande et, comme tout le monde, il avait les défauts de ses qualités, il montrait parfois des signes d’impatience en préférant faire les choses lui-même plutôt que de prendre le temps d’expliquer à ses collaborateurs.Il avait la réputation d’avoir mauvais caractère.Très humain comme tout bon villageois, il fut aussi un patron paternaliste et comprenait mal l’arrivée du syndicalisme dans une entreprise où il devenait impossible de se souvenir des prénoms de chacun.Il a cependant étonné tout le monde par sa grande intelligence, son intuition et sa capacité de comprendre des domaines aussi variés que complexes : l’électricité, la construction, la fonte du métal, la vulcanisation du caoutchouc, la gestion et l'administration.Il avait deviné que le Québec pourrait devenir un grand producteur d’électricité.Au moment de sa mort, usé par le travail à l’âge de 57 ans, il avait encore des projets plein la tête.Même sur son lit de mort, il raconte à son médecin qu’il vient d’inventer un régulateur pour le système d’injection de sérum aux patients.On peut dire sans la moindre hésitation que ce livre devrait désormais se trouver dans toutes les bibliothèques scolaires du Québec.Si les Américains ont pu récemment présenter une série très intéressante sur la vie de Henry Ford, les producteurs québécois pourraient très certainement réussir la même chose avec l’histoire de J.-Armand Bombardier.L’auteur de ce livre, Roger Laçasse, souligne qu'il reste un autre livre à écrire sur le dernier quart de siècle de l’entreprise Bombardier, devenue une multinationale avec des usines dans six pays, En attendant, il garde la forme en écrivant un premier roman, un thriller dont l’action se déroule à la baie de James.— Claude Turcotte (1) JOSEPH-ARMAND BOMBARDIER Le rôve d'un inventeur Roger Laçasse Montréal, Libre Expression 1988, 233 pages Il m’arrive aussi de les nommer les fleurs Suite de la page D-1 Elle est à mes côtés.Elle vient de m’embrasser.Sur la joue et dans le cou.J’en suis encore éblouie.Elle essaie de se fabriquer un collier avec mes trombones de couleur, ceux que j’ai achetés l’année passée quand je suis allée à l’école faire écrire des histoires aux petits de première.Les couleurs sont vraiment très belles.Elle sait très bien toutes les couleurs, mais elle a du mal à lier seule les trombones et elle a besoin que je l’aide.Il est temps que je m’occupe d’elle, ça fait un bon moment qu’elle s’organise toute seule, le crayonnage, les Lego, les coquillages.C’est elle qui a proposé tantôt que nous montions écrire des petites lettres, elle et moi côte à côte sur le gros pupitre.Cette fille me plaît comme une fable parfaitement ajustée.L’autre jour, par exemple, nous étions à nous mesurer.Elle est grande jusqu’à ma taille.Je lui disais : « Tu es grande jusqu’à ma taille.» Je trouvais cette phrase très belle et je la lui ai répétée plusieurs fois.J’étais sûre qu’elle ne pouvait pas ne pas être séduite, et je répétais encore.Mais le fait est qu’elle ne prenait pas les choses de la meme manière.Pas du tout par le même bout.Fille préférait se considérer à partir de la tête et protestait qu’elle était grande jusqu’à mes pieds, et qu’on n’en parle plus.Dans trois semaines, elle va avoir trois ans.J’avais prévu arrêter ce texte à peu près à ce moment-ci, quelques jours ou quelques semaines avant l’anniversaire.La fixer là.Comme il en fut de Luzina à peine vieillissante avec sa « surprise » à ses côtés, faisant des petites lettres à ses côtés sur l’île de la Petite-Poule-d’Eau.À jamais.Terminer sur quelque chose comme ceci : Il n’y aura pas de « Bonne fête, ma chérie » et tout le tralala, prière de ne pas envoyer de fleurs.Car c’est ici que je l’arrête, de la taille aux pieds, blonde, rieuse, chaude, placo-teuse, dessinant des bonshommes sans ventre sur la planche tirée pour elle à la gauche de mon pupitre; c’est ainsi que je la fige, dans sa robe de tricot blanc, un collier de trombones de toutes les couleurs rabattant le collet crocheté.Au mur : le dessin qu’il a fait de Dinomir pleurant de son troisième étage des larmes qui s’en vont laver la rue.La littérature est un truc absolument inouï.C’est ainsi que je prévoyais terminer.J’étais sûre de l’affaire.Mais voici que je n’ai plus du tout le goût de rompre avec cette histoire, et pour toutes sortes de raisons.Je pense par exemple au découpage, aux grandes murales de papiers et de tissus de toutes sortes, je pense aux emballages, aux déguisements, aux poupées.À la parole.À la folie fabuleuse de la parole qui éclate et touche tout à la fois en un délire troublant et sans pareil.Et les parades, la cachette, la lecture.Ce gros album aux illustrations si douces, c’est bien à cet âge déjà.Et la forêt, cet été-là.La forêt sauveuse.Je me souviens de cela surtout : nous deux seuls, montant au bois chaque jour jusqu’au pique-nique dans cette clairière d’herbe douce où nous étions un instant a l’abri de tout.Peut-être heureux.Il se passe à trois ans quelque chose qui relève tout à la fois de la soudure et de la séparation.Une coupure irrémédiable.Une attache définitive.Quelque chose à la fois de la perte et du salut.Irrévocablement.Que je veux voir encore une fois se faire et se défaire sous mes doigts.Sous mes lèvres.Pour le meilleur et ainsi de suite.Et les petites filles du voisinage continueront de venir et ce sera de plus en plus gai ces placotages et ces jeux.Pour Noël, j’achèterai de la vaisselle, elle commence à vouloir nourrir ses bébés.Et puis un plus En librairie le 18 juin ____i trop de fatigue» confortablement et me tiendrai à genoux derrière elle, une patte un peu tirée, prête à ralentir ou réorienter la descente au besoin.Elle chantera très fort et nous rirons comme des folles.Cet été nous irons aux framboises, malgré les taureaux.Nous trouverons bien moyen de contourner discrètement les jeunes taureaux.Nous nous assoirons dans la clairière et je sortirai nos petits jus du sac.Et sans plus tarder, nous échangerons nos chapeaux.(.) (Tous droits réservés, 1988, VLB éditeur.) Guy Laflèche avec la collaboration de François-Marc Gagnon LES SAINTS MARTYRS CANADIENS Volume I HISTOIRE DU MYTHE Singulier 366 p.i 30$ Les Editions du Singulier Liée.30.place Giroux, Laval.Québec.H7N 3J2 AVIS: Les Éditions du Singulier Ltée considèrent que le présent ouvrage s'adresse à un public adulte et averti, car il contient des scènes de violence, l’exposé de comportements sadomasochistes et des analyses critiques de conduites religieuses.______________________________ m VENTE DE LIQUIDATION V .1" V - SURPLUS DE MARCHANDISE SACRIFIÉ À DES PRIX INIMAGINABLES / ' » > /- \V l'\i,\\ mm\ i\f+ JUSQU'A 90% DE RABAIS SUR BEAUCOUP DE LIVRES EN MAGASIN ibRAiRiE Jeunesse 9269, RUE LAJEUNESSE (COIN RUE CHABANEL) 388-2362 N-.N } Vn V ¦O"*.\'S f /\ v* (STATIONNEMENT RESERVE POUR NOS CLIENTS.EN FACE DE LA LIBRAIRIE.A LA STATION SERVICE CHAMPLAIN) I
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.