Le devoir, 25 juin 1988, Cahier D
LE LE LE LE LE PLAISIR des pl p rsïî ¦ Best-sellers : Pour jeunes seulement, de Jocelyne Robert, et .4 la découverte de mon corps, de Lynda Madaras D-2 ¦ Lettres québécoises : La Théorie, un dimanche, collectif ; Entre raison et déraison, de France Théoret ; Les Volx du jour et de la nuit, de Mona Latif Ghattas/D-3 ¦ Feuilleton : L'Arc-en-ciel journal (1981-1984) de Julien Green D-4 ¦ Lettres françaises : Hors d'atteinte ?, d'Emmanuel Carrère; Onze romans d'oeil et Journal du regard, de Bernard NoeLD-4 ¦ Bulles et dessins : six albums de bandes dessinées D-€ ¦ Polars : deux parutions dans la collection « Spécial police » chez Albin Michel D-6 ¦ Le « Cheuf » et la grille : Restons traditionnels et progressifs, de Gilles Bourque et Jules Duchastel/D-7 ¦ Monarchie : La Cour de LYance, de Jean-François Solnon D-7 ¦ Capsules : le tableau des best-sellers et les ondes littéraires/D-2; la vitrine du livre/D-4 Montreal, samedi 25 juin 1988 Une exposition sur les « environs » du manifeste de 1948 à la Bibliothèque nationale Photo Grenier PHP on M; -im Ma?* % Trois signataires du Refus global à l’ouverture de l’exposition, lundi à la Bibliothèque nationale : le poète BRUNO CORMIER (à gauche), le peintre JEAN-PAUL MOUSSEAU et le photographe MAURICE PERRON.Pour les 40 ans du « Refus global » JEAN CHAPDELAINE GAGNON DU 21 juin au 8septembre,la Bibliothèque nationale du Québec (1700, rue Saint-Denis) présente une exposition d'envergure intitulée « Refus global et ses environs ».Cette exposition est essentiellement consacrée aux productions écrites des 16 signataires du plus célèbre manifeste québécois (publié à ce jour plus d’une vingtaine de fois) dont on avait surtout vu jusqu’ici les tableaux.Témoin, l’exposition Bor duas, présentée au musée des Beaux-Arts jusqu’au 11 septembre.Occasion unique, donc, de mieux connaître tous les signataires du Refus global, dont plusieurs vivent encore et sont toujours très actifs, de découvrir les auteurs qu’ils lisaient à l’époque et l’accueil que leur réserva la presse québécoise.Cogité dès 1945, le texte du Refus global est l’oeuvre de Borduas, et de lui seul, même si déjà l’entouraient des artistes de diverses disciplines et les membres du groupe des Sagittal res, surtout des peintres contestataires, qui signeront pour la plupart le manifeste.Il faut se rappeler que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, Mont réal était en quelque sorte devenu le principal centre de l’édition française et que les artistes québécois avaient ainsi plus facilement accès aux productions littéraires de la France.Plus d’un jeune Québécois, fortuné ou boursier, s’était rendu en France avant la guerre ou s’y rendait alors, appelé sous les drapeaux.Plusieurs d’entre eux rentrèrent au pays la tête pleine de souvenirs, de tableaux et de livres qui avaient bouleversé leurs conceptions artistiques.Au Québec, malgré quelques tentatives isolées d'innovation — qu'on pense à Guy Delahaye, à Jean Aubert Loranger, à Marcel Dugas et à François Hertel, exilé à Paris depuis 1949 — le pouvoir politique et clérical avait réussi jusque la à étouffer toute velléité de changement.Refus globale st lancé à la librairie Tranquille, en 1948, soit 11 années avant la mort de Duplessis et la fin d’une période marquée par l'obscurantisme.La publication de ce manifeste coûtera ;) Borduas son poste à l’École du meuble Si le Refus global annonçait la Révolution tranquille, qui allait succéder à une longue période de stagnation, il n’aura eu dans l’immédiat qu’une influence mitigée en ce qu'il n’aura rejoint que quelques centaines de personnes, même s'il donna lieu à des échanges, des débats acrimonieux et des caricatures cinglantes publiés dans les journaux et s’il fit l’effet d'une bombe dans les milieux directement concernés.Kn général, la critique le considéra comme le fait d’un petit groupe d’illuminés.Mais la révolution sociale et même culturelle qu’a connue le Qué- Sulte à la page D-B i renier lacques LLLU i___________ MM Le commerce extérieur du Québec Durant les négociations sur le libre-échange, les discussions au Québec ont porté sur un certain nombre de problèmes bien cernés : secteurs mous, sécurité sociale, énergie .La question plus globale du commerce extérieur du Québec a presque été oubliée.Le livre que s'apprête à publier François Moreau aux éditions d’Asticou, à Hull, devrait permettre une meilleure compréhension de cette dimension de l’activité économique du Québec.Voici quelques extraits de l'introduction du Commerce extérieur du Québec.FRANÇOIS MOREAU L} OUVERTURE internationale de l’économie québécoise s’est manifestée avec une évidence croissante au cours des années 1980.Les entreprises se sont tournées de plus en plus vers les marchés extérieurs pour échapper à la stagnation et à l’étroitesse du marché intérieur.Les gouvernements ont multiplié les programmes d’aide à l'exportation à l’intention des PME.Québec a créé un ministère du Commerce extérieur, et la promotion des exportations est devenue la tâche première des délégations du Québec à l’étranger.Le gouvernement et le patronat invoquent constamment la concurrence étrangère comme argument principal contre les revendications ouvrières.Pendant ce temps, les importations envahissent le marché intérieur et menacent de disparition des industries entières.l ,a perspective du libre-échange avec les États-Unis n’a fait que relancer ces préoccupations.Pourtant, le débat public sur ces questions se déroule à partir d’informations partielles et contradictoires, et les estimations les plus divergentes circulent quant à l’impact possible du libre-échange.Le Conseil économique du Canada prévoit la création de centaines de milliers d’emplois, tandis que le Congrès du travail du Canada redoute des pertes d’emplois par centaines de milliers.[.] Cette divergence d’approches se traduit évidemment dans le traitement du commerce extérieur.Là où les néo-classiques ne voient Suite à la page D-8 Le port de Montréal : « .le Québec est, en fait, importateur net de matières premières pour des sommes considérables .» Noël Audet: il est grand temps de raconter notre propre histoire FRANCE LAFUSTE UN JOUR, l’écologiste Pierre Dansereau, qui avait lu ses romans : Quand la voile faseille, Ah l’amour, l'amour et La Parade, lui dit : « Tu aurais assez de souffle pour écrire une grande saga.» « J’ai trouvé ça drôle sur le moment et ce n’est que deux ans plus tard que j’ai compris que j’étais embarqué dans l’aventure », dit, avec son rire de galopin, Noël Audet, auteur inspiré de L ’Ombre de l’épervier.Gaspésien d’origine et de coeur, Noël Audet, moustache gauloise, oeil pétillant de malice, parle de la Gas-pésie comme peut-être Ulysse pariait d’Ithaque, avec un rien de nostalgie : « Si je l’imagine si bien, c’est parce que j'en suis séparé et qu'elle me manque.» L'Ombre de l'épervier, son sixième livre, c’est le cri de Pauline qui, plantée les jours de mer folle sur la falaise, hurle comme une louve pour hâter le retour de Noum, son pêcheur de mari.Mais ce sont aussi quatre générations qui défilent, du début du siècle à nos jours, et des personnages fortement caractérisés qui vivent à L’Anse-aux-Uorbeaux, entre la pêche et parfois la ferme, pagaiüeurs, exploités, bourrus et tendres, parfois résignés, jamais atterrés.Bref, pas une mais des histoires d’amour, des drames, la vie quotidienne simple et rude avec, en toile de fond, la fondation et le développement d’un village de pêcheurs : « Je voulais écrire une histoire fictive de passion et d’enracinement, dit le romancier, sur fond historique, c’est-à-dire en essayant de suivre révolution des moeurs et en respectant les grandes charnières historiques, du début du siècle à 1980.C’est pourquoi je pense que ce livre parle aussi du Quebec en général.» De ce peuple dont il est l’héritier, Noël Audet admire le sens de l’humour à Suite à la page D-8 Photo Chantal Keyser En mélomane, NOËL AUDET s'est amusé à composer L Ombre de l'épervier comme une fresque musicale en trois mouvements Pour Esther Rochon, la sdence-fidion a été le compromis rêvé entre l’héritage artistique et les mathématiques PAULINE CYR LE NFIZ retroussé, juvénile chaussé de lunettes très « universitaires », les vêtements sombres, sobres, un peu « granola », le visage intelligent et le regard comme tourné vers l’intérieur, Esther Rochon arrivait de l’épicerie.Car les écrivains aussi doivent se plier aux tâches bassement ménagères.Sur le plancher de la cuisine, elle avait traîné un grand sac, de peine et misère.« C’est de la nourriture pour les chats », a dit le plus grand auteur de science-fiction et de fantastique au Québec.Des chats, elles en a huit.Tout au long de l’entrevue, ils traverseront nonchalamment le grand salon ensoleillé, fiers et nobles comme seuls les félins peuvent l’être.Jouent-ils un rôle particulier dans l’imaginaire d’Esther Rochon?Lui communiquent-ils des messages de l’autre côté de la morne réalité humaine, ou alors jouent-ils simplement les muses ?« Assez étrangement, je n’ai jamais parlé de chats dans mes livres », répondra-t-elle, laissant planer le doute, comme elle en a le don.Son dernier roman, Coquillage, lui a valu le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois en 1987.Deux spécialistes de science-fiction, Jean Pettigrew et Claude Ja-nelle (coauteurs d’ouvrages exhaustifs sur la production québécoise de SF et de fantastique) m’ont assuré, la voix pleine d’émotion : « Elle est la meilleure ! » Après avoir lu Coquillage, le commun des mortels se demandera s’il s’agit bien de science-fiction : aucun bonhomme vert dans ce livre, pas de soucoupes volantes, ni de gadgets savants, pas de voyages interplanétaires non plus.Au contraire, il s’agit d’un univers assez actuel et familier.Très doux, aussi.Un seul accroc à la vraisemblance, mais il est de taille : Suite à la page D-8 « i « * • t •S • «V • »-»**» * .V Il 1111 I l f I •mit* Photo Jacques Grenier ESTHER ROCHON.Bonnes vacances ! Le cahier du PLAISIR DES LIVRES prend congé pour l’été.()n trouvera cependant, en juillet et août, les textes de Lisette Morin et Jean-Roch Boivin, entre autres, dans les pages du CAHIER DU SAMEDI consacrées à la littérature.Nous vous reviendrons dans notre format désormais familier après la fête du Travail, soit le 10 septembre.Bonnes vacances et bonnes lectures ! — la rédaction ¦¦‘Y.* LL L - croir mm D-2 ¦ Le Devoir, samedi 25 juin 1988 LE PL A ISIS LE PLAISE LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Les best-sellers Fiction et biographies 1 L’Épopée du buveur d’eau John Irving Seuil (4)* 2 Ne pleure pas, ma belle Mary Higgins Clark Albin Michel (1) 3 Les Corbeaux et les Renardes Françoise Dorin Flammarion (7) 4 Le Premier Jardin Anne Hébert Seuil (3) 5 Échine Philippe Djian Bernard Barrault (2) 6 Amour et lumière Shirley Maclaine Flamme (8) 7 Le Prince des marées Pat Conroy Presses de la Renaissance (5) 8 Replay Ken Grimwood Seuil (-) 9 Anne d’Avonlea Lucy Maud Montgomery Québec- Amérique (9) 10 Les Vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset (-) Ouvrages généraux 1 Le Défi alimentaire Louise Lambert-Lagacé éd.de l’Homme (1) 2 Ces femmes qui aiment trop Robin Norwood Stanké (2) 3 La Bibliothèque idéale Bernard Pivot Albin Michel (3) 4 Le Guide des restaurants Françoise Kayler Guérin (4) 5 Gourmandise chronique Josée Blanchette VLB Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Champigny, Flammarion, Rattln, Demarc; Québec : Pantoute.Garneau, Laliberté; Chicoutimi Les Bouquinistes.Trois-Rivières Clément Morin; Ottawa Trillium Sherbrooke Les Biblairies G.-G Caza, Joliette : Villeneuve, Drummondville Librairie française Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Les oiseaux et les abeilles .et les jeunes filles en fleurs POUR JEUNES SEULEMENT Photoroman d'éducation à la sexualité Jocelyne Robert Montréal, éd.de l’Homme, 1988 A LA DÉCOUVERTE DE MON CORPS Guide pour les adolescents et leurs parents Lynda Madaras 3eauceville, Québec-Agenda 1987, 218 pages SYLVIE MOISAN CE PHOTOROMAN met en scène de jeunes adolescents confrontés aux différents problèmes que pose leur sexualité.Un bref commentaire de l’auteur vise à approfondir et à éclairer chacune des questions évoquées dans les différents épisodes.Le tout débute par une leçon d’anatomie, indispensable à une bonne connaissance de son corps.La contraception, les MTS, l’homosexualité, la masturbation sont parmi les nombreux sujets abordés, de façon claire et intelligente.L’intérêt principal du livre réside dans le fait qu’on y envisage la sexualité dans sa globalité, c’est-à-dire non seulement dans sa dimension physique, mais aussi à travers une réflexion sur les notions d’amour, d’émotion et de plaisir.Parce qu’il dénonce les stéréotypes et les tabous et parce qu’il aborde.LA VIE LITTERAIRE MARC MORIN « Matière de rêve » SOUS CE THÈME, la radio MF de Radio-Canada présente, cet été, 10 émissions consacrées à des textes « oniriques » de nos auteurs.Réalisée par André Major, l’émission Matière de rêve sera diffusée le lundi à 16 h.Esther Rochon ouvre la série le 27 juin : « Le musée de Psal » sera lu par Céline Beaudoin.Par la suite, on pourra entendre des textes de Jacques Marchand (4 juillet), Émile Ollivier (11 juillet), Marie-Claire Blais (18 juillet), Pierre Morency (25 juillet), André Carpentier (1er août), Jean-Yves Soucy (8 août), Diane-Monique Daviau (15 août), Nicole Houde (22 août) et Antonio d'Alfonso (29 août).Le jury du Grand Prix L’ADMINISTRATION municipale et le directeur général du Salon du livre de Montréal, Thomas Déri, ont annoncé mercredi la composition du jury du Grand Prix du livre de Montréal pour l’année 1987-88 : Jean-Pierre Duquette, professeur à l’université McGill; Elizabeth Marchaudon, de la librairie Hermès; Gilles Marcotte, professeur à F ! r Un texte d'ÉMILE OLLIVIER sera lu le 11 juillet à l'émission Matière de rêve, au FM de Radio-Canada.Notre collaboratrice MARIE JOSÉ THÉRIAULT fera partie du jury pour le prochain Grand Prix du livre de la Ville de Montréal.l’Université de Montréal; Jacques Panneton, bibliothécaire en chef de la Ville de Montréal, et Marie José Thériault, écrivain.Le Grand Prix du livre de la Ville de Montréal sera attribué le 17 novembre prochain, lors de l’inauguration du Salon du livre de Montréal.L’auteur, choisi pour son ouvrage publié en 1987, recevra une somme de $ 10,000.Il s’agit du plus TRIPTYQUE VIENT DE PARAÎTRE R O C Un roman moderne, vivant, urbain, rythmécomme la trépidation des rapports quotidiens qui se trouvent soudainement bousculés, provoqués.Jeff, c'est le prénom de qui survient.Un Survenant nouveau?Poser ainsi ta question, c’est déjà tenter le sort.de la littérature.216 pages, 13,95$ CALLAS LA 'j : -j a El LE ViNYLë HUHMMH Ce livre n'est donc pas une biographie traditionnelle qui s'ajoute à celles qui existent déjà.Ce livre nous plonge au coeur même de l'industrie de l'enregistrement d’opéras.Il considère la dernière des grandes divas, Maria Callas, à la fols comme actrice, témoin et complice de ce phénomène de «variétisation» ou de «Popularisation» de ''opéra.400 pages, 24,95$ important prix décerné par une municipalité au Canada.L’an dernier, Gérald Godin méritait ce prix.Pour obtenir plus de renseignements à ce sujet, on s’adressera au secrétariat du Grand Prix du livre de la Ville de Montréal en composant le (514) 277-2250, ou en écrivant au 911, rue Jean-Talon est, bureau 207, Montréal, II2R 1V7.Galerie de l’écriture LA GALERIE de l’écriture a ouvert ses portes hier à Sainte-Anne-de-Sorel.Jusqu’au 5 septembre, elle servira de magasin au musée de l’Écriture, en voie de formation.On peut d’ores et déjà y admirer plus de 25 exhibits, soit des encadrés mettant chacun en vedette un écrivain québécois, sa façon d’écrire, sa personnalité et son écriture.Adresse : 3139, chemin du Chenal-du-Moine, Sainte-Anne-de-Sorel.Nuit d’étoiles LA PLACE aux poètes termine sa 13 saison par une nuit de la poésie, « voix humaines, voix perçues, voix dé livrées », le mercredi 29 juin de 21 h à .L’infatigable Janou Saint-Denis présentera les Louise, Nicole, Claude, Hugo, Céline, Lisa, Yvonne, Marcel, Anne-Marie, Nelly, Monique et alii.C’est à la Folie du large (1021, rue de Bleury - métro Place-d’Armes).La 14e saison de la Place aux poètes débutera le 1er octobre.Renseignements : 397-1222.« Poets wanted» IT AMERICAN Poetry Association invite les Canadiens à participer à son concours annuel à l’issue duquel 151 lauréats se partageront plus de $ 10,000 (US évidemment).Les intéressés peuvent soumettre un maximum de cinq poèmes d’au plus 20 lignes chacun, avec leurs nom et adresse sur chaque page, à : American Poetry Association, Dept.C'N-60,250-A Potrero Street, P.O.Box 1803, Santa Cruz, CA 95061.Les poèmes soumis avant le 30 juin seront jugés au concours du 31 août.Un autre concours débutera le 1er juillet pour se terminer le 31 décembre.Faut l^ggVôîS ïSouT le cioiie- sans préjugés, des questions souvent source d’inquiétude, ce livre aidera certainement les adolescents à faire les choix nécessaires pour avoir une sexualité épanouissante, vécue sous le signe de la lucidité et de la liberté.?Le second livre, écrit par une sexologue, traite essentiellement de la puberté chez les filles.On y trouvera tous les renseignements utiles à la bonne compréhension des phénomènes survenant à cette étape si importante, et pourtant si rarement abordée, de la vie d’une femme.Ici, l’accent est beaucoup mis sur les dimensions physiques et physiologiques de la question, bien qu’on y aborde également différents aspects touchant la sexualité des adolescen- tes.L’auteur y décrit en détail les nombreuses transformations qui se produisent dans le corps des filles alors que, petit à petit, elles se transforment en femme.C’est également avec humour et complicité qu’elle discute de certaines questions délicates.On sent, dans le ton et par la pertinence de ses commentaires, que l’auteur est très sensibilisée à la question; sans doute est-ce parce qu’elle a une fille adolescente.Les illustrations représentant les organes reproducteurs et sexuels s’avèrent également très utiles pour une meilleure compréhension des phénomènes décrits dans le texte.Ici aussi, préjugés et stéréotypes sont allègrement dénoncés, pour une vision plus sereine de la sexualité.Ja- Photo éd de l'Homme JOCELYNE ROBERT.nette Bertrand, qui signe la préface de ce livre, le recommande à toutes les adolescentes, à leur mère, et, pourquoi pas ?à leur père.Après tout, signale-t-elle, « ces derniers savent si peu ce qui se passe chez leurs filles ».Un joyau néo-gothique à Bytown pasteurs qui ont eu la bonne idée d’interrompre les travaux et d’en modifier le projet : leurs coups de tête — ou de coeur ?— nous ont valu une architecture qui se dégage nettement et qui confère à cette nef majesté et grandeur.C’est évidemment la décoration intérieure de la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, tout comme la basilique montréalaise du même nom, qui frappe l’imagination du visiteur.On y atteint, dans les deux cas, un sommet de la sculpture sur bois.Autour d’un curé exceptionnel passionné d’architecture, le chanoine Georges Bouillon, toute une armée de sculpteurs, à commencer par Philippe Hébert, et de peintres vont enrichir l’intérieur de ce bateau ouvert sur la piété des fidèles.Le résultat en est impressionnant, éblouissant même.Il faut prendre le temps de lire, à travers l’iconographie de ce temple, une partie de l’histoire de l’Église : apôtres, évangélistes, patriarches et prophètes se côtoient dans l’une des plus belles pages d’histoire qu’il soit donné de parcourir.À cet égard, le texte de Normand Pagé est éclairant et d’une utilité considérable.Un mot, en terminant, pour souligner la qualité des photos de Hector Beaudet (noir et blanc) et de Claude Gobeil.Quant à la toilette et à la présentation générale de l’ouvrage, hommage soit rendu à la petite équipe des Presses de l’Université d’Ottawa.LA CATHÉDRALE NOTRE-DAME D’OTTAWA Normand Pagé Ottawa, Presses de l’Université d'Ottawa, 1988, 159 pages PAUL-ANDRÉ COMEAU IL EST de ces chefs-d’oeuvre qui passent totalement inaperçus.Peu de touristes qui visitent la capitale fédérale sont invités à entrer dans la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa.Et pourtant, pour reprendre l’expression consacrée, le siège de l’archevêché d’Ottawa vaut plus qu’un simple détour.Il s’agit là d’un joyau dont on doit découvrir richesse et inspiration à la faveur d’une visite guidée.Le professeur Normand Pagé, de l’Université d’Ottawa, vient de mettre à la disposition du grand public un album illustré avec goût et enrichi de commentaires intéressants et précis.Cette publication, que l’on doit porter à l’actif des Presses de l’Université d’Ottawa, se situe dans la lignée des ouvrages de grande qualité habituellement réservés aux hauts lieux du culte en Europe occidentale.C’est une réussite dont il faut souligner l’importance et la haute tenue.D’une très modeste chapelle à cette cathédrale, c’est l’histoire de Notre-Dame d’Ottawa que brosse de façon intelligente Normand Pagé qui a déjà été associé aux travaux de restauration de plusieurs églises au Canada français.Dois-je avouer avoir été sensible à la petite histoire de cette église dont la construction et la décoration se sont échelonnées sur pas moins d’un demi-siècle.Problèmes financiers et autres expliquent cette lente édification d’un temple qui évoque, dans sa splendeur, la basilique Notre-Dame de Montréal.Les malins souligneront que 50 ans, ce n’est rien en regard des deux siècles qu’il a fallus pour construire certaines cathédrales au Moyen Âge.Précisément, la fin du siècle dernier se situe à une tout autre époque, même si les conditions de vie dans ce qui était Byrown n’étaient pas des plus réjouissantes.On lira avec profit le rôle joué par les Oblats de Marie-Immaculée dans l’achèvement de cette cathédrale, bien sûr, mais aussi dans l’érection du diocèse d’Ottawa à qui ils ont d’ailleurs donné le premier évêque.Construite selon les données du néo-gothique de la fin du 19e siècle, cette cathédrale n’avait pourtant pas été imaginée telle à ses débuts.On doit être reconnaissant aux divers LITTERAIRES TÉLÉVISION Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.Au réseau français de Radio-Canada, dimanche à 13 h : Rencontres.Marcel Brisebois reçoit l'historienne Huguette Lapointe-Roy, auteur de Charité bien ordonnée (Boréal).A Radio-Canada, le dimanche 26 juin 13 h 30 et le 3 juillet à 15 h 30 : Propos et confidences avec Anne Hébert.À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Sous le thème « Exercices de médecine », Bernard Pivot reçoit Marie Didier, Alain Milhaud, Jean-Louis Yaïc et Gérard Apteldorfer, Pierre Boulle et Jacques Ouvrier.(Reprise le dimanche 3 juillet à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écritures d’ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à Photo Radio-Canada 14 h 30.) ANNE HÉBERT.RADIO AM À Radio-Canada, dans la première heure de Présent dimanche, dès 09 h, on présente « le livre de la semaine ».RADIO FM A CFLX (Sherbrooke), dimanche à 21 h : Textes, émission produite par CFLX et présentée par les Écrits des Forges.Yves Boisvert lit des textes d’auteurs québécois.(L'émission est également diffusée sur CKRL-FM, Québec, dimanche à 21 h 30, et sur CIBL-FM, Montréal, lundi à 17 h 30.À Radio-Canada, le lundi à 16 h, du 27 juin au 29 août ; Matière de rêve (voir LA VIE LITTÉRAIRE, ci-contre).À Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : du 28 juin au 30 août, lecture de 10 textes présentés au Concours de nouvelles 1987.A Radio-Canada, mardi à 22 h : Les rencontres d’écrivains de la Communauté des radios publiques de langue française.Sous le thème « L’exotisme de l’autre », colloque de Redu (Belgique) réunissant des écrivains du Québec, d'Haïti, de Suisse, d'Algérie, de Belgique, de France, de la Réunion et du Congo.À Radio-Centre-Ville, mercredi à 16 h : Paragraphes.Danielle Roger reçoit un écrivain. Radio-Canada, mercredi à 21 h 30 : Le Jardin secret, animé par Gilles Archambault.À Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.Dans la série « Les biographes », l’invité de Denise Bombardier est Fred Kup-ferman (15e de 21 émissions).A Radio-McGill (CKUT, 90,3), jeudi à 14 h: La Passion de l’écriture.Paul-Gabriel Dulac reçoit un écrivain.A Radio-Canada, jeudi à 16 h : Mémoires.Claudette Lambert reçoit Pierre Trottier, poète et diplomate, auteur de Ma dame à la licorne (éd.de l’Hexagone).__^ ^ Les librairies Flammarion Scorpion l-e directeur de# Librairie# Flammarion Scorpion, Monsieur Louis Dubé.a le plaisir d'annoncer la nomination de Monsieur Georges Curzi au poste de gérant de la Librairie Flammarion de la Place Montréal Trust.Monsieur Curzi sera très heureux de vous accueillir et de vous faire profiter de sa vaste expérience acquise depuis plus d'une vingtaine d'années.Saisie et traitement de textes • saisie^TTraitement de données » typographie et mise en pages * création graphique • impression au laser • scanner~ LT 5450, Côte-des-Neiges, suite 122 • 731-2348 i Le Devoir, samedi 25 juin 1988 B D-3 LE ?! A'El?LE PLAISL le plais:?LE FLAISIR LE PLAISIR Ceci n’est pas une critique et la théorie a ses limites LA THEORIE, UN DIMANCHE Louky Bersianik, Nicole Brossard, Louise Cotnoir, Louise Dupré, Gail Scott et France Théoret Montréal éditions du Remue-Ménage 1988, 208 pages lettres QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN C’EST le dimanche que se rencontraient, tous les deux mois depuis 1983, les six auteurs de cet ouvrage collectif, pour tenter de pallier « la pénurie de textes féministes théoriques » au Québec.Ces femmes ont 40 ans ou plus et en moyenne une vingtaine d’années de pratique de l’écriture derrière elles : romancières, poètes, essayistes, elles collaborent à des périodiques, trois d’entre elles sont docteurs en littérature, l’une d’elle a mérité deux fois le prix du Gouverneur général.Elles sont presque toutes, ou ont été, professeurs.Elles ont toutes explicitement mis au centre de leur activité littéraire, la problématique féministe.La démarche d’exploration que présente cet ouvrage — avec tous les risques que cela comporte, puisqu’on s’en va vers l’inconnu — nulles mieux qu’elles ne peuvent la faire.D’où mon intérêt spontané.Ma lecture est vite devenue inquiète, j’ai eu envie de me désister.Je me disqualifiais en tant qu’homme.Que mâle, je veux dire.Louky Bersianik m’a servi la douche froide en page 91 : « Chaque critique a sa grille de lecture plus ou moins affinée.Je dirais même que chaque critique a une grille de lecture selon la signature de l’écrit qu’il a sous les yeux et qui est la première chose du texte qu’il lit.le premier contexte, le premier référent.» Coupant court, je dirai que le monde tel qu’il est ne me convient pas tellement et que le féminisme m’apparait la seule alternative écologique.Quant à ma grille, elle est toute floue, suite de la fréquentation assidue de la littérature contemporaine où ce sont les femmes qui sont les meilleures.Chaque auteur fait suivre son essai théorique d’un extrait de son oeuvre de fiction.« J’écris dans la fiction ce qui ne trouve pas ses mots dans la théorie », écrit Louise Dupré.Cette double approche fait la force de l’ouvrage, la théorie ayant des limites que la fiction ne connaît pas.Nicole Brossard étudie « trois éléments dont dépend la cohérence du travail de la conscience féministe : la motivation, la décision, et la concentration ».Des mots vachement virils.Puis elle nous livre un poème, « Éperdument », dont voici quelques lignes : « Puis la réalité s’arrondit/ il y a des mots comme pensée qui touchent/ ma main, je ne sais pourquoi, il y a des/ mots qui s’arrondissent au contact de la/ fiction.» Gail Scott pose d’emblée la question qui était au coeur de la théorie dominicale : « Qu’est-ce qui est incontournable dans le féminisme quand on écrit ?» La théorie se fait concentrique, la réflexion tournant autour des images.Celles de Proust et de Kafka dont elle envie « La “liberté” (sic) avec laquelle ils suivent dans leur fiction, les sentiers les plus ténébreux de l’être ».Celles de Hamlet, d’Oedipe, de Scarlett O’Hara, les Érinyes, Perséphone, elle fait défiler les figures mythiques et explore la légende.Suit un texte de fiction, « work in progress » inspiré d’un tableau d’Edvard Munch.Louky Bersianik, en faisant une analyse percutante du « quatrième pouvoir » (celui des médias), m’a fourni une leçon roborative avec exemple à l’appui.Ce qui rend son texte plus éloquent et moins fort, c’est qu’il devient, comme on dit, pro domo et ad hominem, s'appuyant sur les remarques d'un critique sur un de ses propres textes.En revanche, elle pousse fort dans la théorie quand elle disserte de sa technique d'écriture inspirée de la « toile de l’araignée ».Mon doux, la grille ! J’aime quand elle dit que le « critique en devoir » doit jauger, non pas juger.Mais les mots sont piégés, les traîtres ! Les féministes sont bien placées pour le savoir.Son texte de fiction est extrait d’une suite au Pique-nique sur l'Acropole.Je voudrais aussi suivre le conseil de l’oncle Barthes qu’elle cite : « Le critique ne peu: que continuer les métaphores de l’oeuvre, non les réduire » Louise Dupré scrute quatre types de femmes : les « a-morphes » ( Madonna), les « ana-morphes » (la superwoman), les « méta-morphes » et les « poly-morphes », ces dernières étant d’une autre dimension.Ses Voix-off, fragments longs d’un paragraphe, sont d’une efficace intensité Petits moments pleins, menacés de glisser dans l’insoutenable: petits bijoux littéraires, pas moins sérieux que tout le reste, mais chatoyants.Je me tais, je cite la fin : « Allongée près de toi, je te regarde, tu dors déjà et je te veille, pour quelques minutes encore résister à l’effroi, les yeux voilés de peau en-ante, le noir si parfaitement noir, le noir affamé.Vois-tu, je ne suis pas celle que tu penses, je ne suis pas la femme que je suis.» Louise Cotnoir offre un texte plus intellectuellement rébarbatif, truffé de citations en exergue, émaillé de mots en caractères gras.Son texte de fiction use des mêmes artifices.À elle seule, la contribution de France Théoret vaut le parcours.C’est la force de cet ouvrage d’avoir plusieurs portes d’accès.Cette dernière est la voie royale.Balisée, la théorie.Dans« Éloge de la mémoire des femmes», France Théoret Photo Radio-Canada FRANCE THEORET.écrit : « Tous les jours je me raconte ma vie.J’essaie de faire en sorte que la réalité ait toute son importance.Elle ne suffit jamais.» Elle explore l'espace de la mémoire, le temps de la naissance de sa personnalité, de son langage; sa rencontre avec Simone de Beauvoir, les récits d’une parente qui racontait toujours la même chose, pour dire quelque chose de différent.Parce qu’il ne renonce pas au caractère intimiste et au langage de la sensibilité, le texte ouvre un plus large accès aux lecteurs de tous sexes et niveaux de cul ture, Je me tais : « J’étais habitée par une angoisse, je n’avais que des mots venus d’une éducation religieuse pour la formuler.[.] Je développais deux langages : le véritable langage m'était réservé, le lan gage banal s’dressait aux autres |.] Autrement dit, je croyais me réserver pour le moment où la réalité serait vraie.» Il y a eu véritable cheminement de libération pour que vienne cette phrase en fin de texte : « Quant à l’idéal du moi, ce peut être l’action féministe, l'écriture sans concessions et bien d’autres avenues qui ont toutes à voir avec ce que nous nous étions un jour promis.» ( Le souligné est de moi.) Je n’aurai pas parlé de « Ceci n’est pas un lac », mais quelle belle signature pour cet ouvrage ! MONA LATIF GHATTAS.Photo Boréal Hommes- burgers LES MONTRES SONT MOLLES MAIS LES TEMPS SONT DURS Nando Michaud Montréal, éditions Pierre Tisseyre 1988 SYLVIE MOISAN IMAGINEZ Jésus-Christ, Karl Marx, Léonard de Vinci et quelques autres, voyageant ensemble dans le temps à bord d’un « chrononef » qui se trouve être également un restaurant McRonald’s.Le président des États-Eunuques d’Amérique, l’immortel Ronald Duck, a décidé, en effet, de se servir des deux fameuses inventions de Vinci, le « chrononef » et le hamburger, afin d’accroître son pouvoir sur le peuple.En mettant sur pied, dans le passé, une chaîne de Alphonse Piché TROIS-RIVIÈRES (PC) - Le poète trifluvien Alphonse Piché verra bientôt une douzaine de ses poèmes mis en musique et enregistres sur disque par l’interprète française Monique Morelli.Si certains artistes locaux — Marcel Roux, Annette Millette, Jean Laprise et Pierre Chatillon — ont chanté parfois du Piché, c’est la première fois que le poète reçoit une reconnaissance de cette envergure.Cet poèmes font partie des Ballades de la petite extrace publiées en 1946.« Cela ne m’étonne pas, raconte restaurants spécialisés dans la fabrication de hamburgers, le président et ses acolytes créeront ainsi « à l’aide d’un ancien produit, un besoin nouveau », qu’ils seront les seuls à pouvoir satisfaire.Ce « paléo-bur-ger » ne coûtera rien à produire puisque c’est le passé qui financera le projet.De plus, grâce au « chrononef », on pourra « connaître à l’avance les fluctuations de la Bourse », ce qui faciütera les spéculations.Voilà l’argument de base de cet audacieux roman de science-fiction.Mais, à vrai dire, U est bien inutile de tenter de résumer un récit dont l’intrigue est construite à partir d’habiles jeux sur le temps.« Une des propriétés intrinsèques de la machine à voyager dans le en musique Alphonse Piché.Ce sont des vers de forme classique, ceux qui peuvent le mieux devenir des chansons, peut-être parce qu’ils ont déjà du rythme.J’ai toujours aimé le vers qui contient sa propre musique et encore aujourd'hui je ne m’en éloigne pas trop.» Alphonse Piché recevra cet automne un doctorat honoris causa de l’Université du Québec en même temps qu’il publiera un autre ouvrage à l'Hexagone.La littérature québécoise et les écrivains de l’exil LES VOIX DU JOUR ET DE LA NUIT Mona Latif Ghattas Montréal, Boréal, 1988, 118 pages ALICE PARIZEAU À QUOI mesure-t-on la vitalité d’une littérature ?À sa capacité, entre autres, d’adopter ceux qui sont venus d’ailleurs et qui en parlent dans leurs oeuvres.C’est ainsi que la littérature française a adopté des exilés russes, polonais, roumains, tchèques et j’en passe, tandis que celle du Québec semble assez riche désormais pour commencer à en faire autant, toutes proportions gardées.C’est dans ce cadre que s’inscrit le troisième livre de Mona Latif Ghattas, lancé par les éditions Boréal.Nous voilà en Égypte, dans une atmosphère qui rend bien ses merveil- temps est celle-ci : une fois construite elle aura, de par sa fonction même, toujours existé ! Corollaire un : elle existe donc présentement ! Corollaire deux : si on se place d’un point de vue supra-temporel, nous avons la capacité théorique de communiquer instantanément avec le futur.Il ne reste plus qu’à persuader ses constructeurs de venir nous visiter.» À partir de là, tout est possible, et l’auteur ne se gêne pas pour donner libre cours à son imagination, qu’il a du reste très fertile, en jouant avec brio sur les paradoxes.Le voyage dans le temps est ici le prétexte à une joyeuse mais savante critique sociale, frisant parfois le cynisme, et qui repose sur une solide connaissance des principaux mouvements de l’histoire et des enjeux qui la constituèrent.L'auteur, iconoclaste impénitent, réussit à nous faire rire en abordant des thèmes pourtant aussi sérieux que la religion, le pouvoir, la sexualité et la misogynie.Un roman qui a du souffle, dans lequel l’humour corrosif, omniprésent, ne fait pas obstacle à la réflexion.leuses beautés, en train de suivre une femme qui nous aide à les découvrir, Set El Kol, la Dame de Tous et de Tout le Monde, l’incomparable guide, vestale et aussi mère qui raconte son pays.L’espace-temps, comme l’espace géographique, cesse d’exister, le passé et le présent se déroulent en parallèle dans un texte très poétique qu'on lit pour certains passages dont le rythme et la mélodie séduisent.La réalité côtoie le rêve, mais les repères historiques demeurent authen tiques et cela est d’autant plus important qu’une autre image de l’Égypte apparaît à la faveur des réactions des gens du peuple à l’égard des étrangers, des gens puissants, des marchands et des prêtres, des moines et des croyances ancestrales.« Le bateau glisse sur le Nil bordé de palmiers solitaires, en couple, ou en trio, pendant que Set El Kol dans l’éclat de la beauté entend monter des voix qui humectent ses yeux [.] on a brûlé dans le fond du village les palmiers du pauvre Ali qui ne pouvait, ni payer l’impôt sur sa culture, ni soudoyer le percepteur [.) jusqu’au temple d’Edfou érigé à la gloire d’Horus — Behdet, dieu forgeron, sous l’égide de Séchât, déesse de l’écriture.Comme nouveau, comme ancien, le murmure du tem pie.[.] Je suis forgé, je suis écrit sur la trace des étoiles [.] sur mon corps apparaît l’étoile du matin [.] et le veilleur qui l’aperçoit annonce alors au monde le lever du jour d’entre les draps des nuits.» La force de la littérature permet parfois un dépaysement total, un voyage à la découverte d’une autre culture et une rencontre avec des traditions qui surprennent tout en étant proches finalement de celles qui sont les nôtres.Car, en Occident, comme en Orient, le rêve de la femme capable de tout savoir, tout deviner et apaiser tous les chagrins fait partie d’une vision de la perfection que Mona Latif Ghattas décrit à sa manière dans ce petit livre intitulé Les Voix du jour et de la nuit.A — î î lllUlili CXffiW, j i- ** y I tiampisny Librairie Champigny inc.4474, rue St-Denis Montréal (Oué.) 844-2587 r 9H a 21H • \ SEPT JOURS Les tremblements de la raison ENTRE RAISON ET DERAISON France Theoret Montréal.Les Herbes rouges 1987, 164 pages LES ESSAIS GERALD GAUDET .J’ÉCRIS les tremblements de l’être, dit France Théoret, explicitement les tremblements de la raison.savoir préalable garant de signe fication.» Parler des rapports entre raison et déraison dans l’expérience et dans l’écriture est extrêmement risqué pour une femme, tant cette dernière a souvent été associée à la folie par l’ordre patriarcal, parquée dans les limites de l’infigurable et du frivole S'avancer vers une « raison appropriée », vers une cohérence, pour « advenir à sa propre subjectivité » tout en se disant sollicitée par la déraison ne peut aller de soi quand on sait que la Raison appropriante n’a pas ménagé ses dispositifs pour se protéger d’une altérité fascinante et inquiète elle ne pouvait reconnaître de légitimité, donc de sérieux, à celle qui était continuellement excitée par ses nerfs.Mais France Théoret a ce courage, et toute son oeuvre de fiction depuis Bloody Mary (1977) jusqu’à Mous parlerons comme on écrit (1982), Intérieurs ( 1984) et Transit (1984) en est la preuve exacte : elle est ce corps-à-corps nerveux et angoissé avec l’intolérable : « C’est un envahissement psychique par des contraintes extérieures réelles et/ou imaginaires intériorisées par le moi qui devient incapable d'agir.La turbulence agit en masquant, en voilant le réel pendant des heures et des jours qui n’en finissent plus.Ça parle constamment en soi, à tout moment et lorsqu'on s’y attend le moins.» Cela nous donne un essai à la fois serré et troublant, lucide et intense.On n’a pas nécessairement l’habitude dans ce genre de voir l’écrivain avouer avec autant d’impudeur son difficile passage à l’acte (de parler, d’écrire.de vivre).La souffrance, avec tout ce qu’elle porte de « mémoire blessée » et empêchée, même si elle est de plus en plus commercialisée et rentable, même si elle nous envahit, presque malgré nous, par la télé, elle est encore et toujours celle qu’on veut tenir à l'écart triomphalement.De plus, « les écrivains de la modernité » ont tellement insisté sur le plaisir d’écrire qu’il est presque « indocile » de reconnaître qu'il est douloureux d’aller jusqu’au bout de sa pensée.À ce niveau, elle pourrait même décevoir et faire face à la censure, tout comme jadis elle avait indisposé ce père qui lui demandait d’enfanter et de sourire.« Le plus souvent, une fille acquiesce ne désirant causer un souci de plus au Père qui, à cause de son rôle justement, est chargé de soucis.Sa fille est sa petite joie.Comment ose-t-elle le décevoir par un regard fermé ?La fille dérobe son regard, le Père oublie sa contenance, cette fille est une dégénérée, une hystérique.La mort vient de s’abattre sur sa maison.» Que cherche donc France Théoret à travers cette réflexion et à travers sa propre expérience de femme qui, dans la fiction, traverse une langue qu’elle ne possède ni comme femme ni comme Québécoise, si ce n’est à rendre visibles des processus psychiques, à démontrer les accès à l’acte (de parler, d’écrire et de vivre), bref, à « aller à l’encontre des malaises de notre civilisation » ?Elle rêve, bien sûr, d’une « flamme avide », de « l’éclair d’un moment telle une passion » ou d’un « glissement infini », d'une « charge rentrée, dans le ressac », mais cela n’est pas simple pour elle car la mémoire est là, qui insiste, provoque et désintègre « comme une fragile désespérance sensuelle» : avec cette antériorité, il y a affrontement au réel et à l’arbitraire et Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS 1120.av.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 l’écriture est sans cesse menacée par le vide, cernée par « la barre des nerfs et l’excès d emotion ».Entre raison et déraison, c’est bien plus qu'une hésitation, un tremblement d’être, un passage où France Théoret touche le centre vide ou même la disparition, bien mieux qu'un mouvement entre la pensée et l'émotion, qu’un va-et-vient entre l'émotion et la pensée.C'est l’entêtement d’une femme qui, depuis 10 ans, affirme l’impossibilité du jeu et qui, malgré tout, survit Avec force.Pour le risque d’une nouvelle subjectivité.« Entre les actes, écrit-elle, trouver l'espace pour respirer, se composer.» > 'v> DEMANDEZ-LES À VOTRE LIBRAIRE PAT ('ONROY LE PRINCE DES MARÉES Pal Conroy Un pacte du silence unit la famille Wingo autour d’un secret inouï, un drame qui s’est produit dans ces contrées maritimes et marécageuses de Caroline du Sud où s’enracine leur destin.Un roman unique! I LEURS INI ER DITES I- .Scott lïl/gcrald I roisième cl dernier volume îles nouvelles inédites île I S I ITZGLRAI I).I I I IIKS INTERDII I S regroupe les ultimes chefs-d’oeuvre de l'écrivain Nouvelles lot» pages .M.'is t I N S lit 'III pages •M.oS $ TROIS MAÎTRES: llal/ac, Dickens, Dosloicski, Stefan Zweig I ROIS MAI I RI S illustre la haute idée que ZWLIU se lait du romancier au sens le plus noble du terme; lial/ac, le plus grandiose, Dickens, homme de-génie et Dosloicski.l affirmaleur anatique de son destin.üy r.V 'c/'/h Roman 329 pages 22.9*» % Mr.NOR TH T hornton Wilder Lté 1926.Un jeune homme de 29 ans.T.North, s'installe à Newport, station balnéaire ultra-chic Derrière le cadre charmant d’une Amérique révolue se cache un monde de passions exacerbées que T WILDER soumet au scalpel de son humour froid. D-4 Le Devoir, samedi 25 juin 1988 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres La prose irisée et toujours juvénile de Monsieur Green L’ARC-EN-CIEL journal, 1981-1984 Julien Green Paris, Le Seuil, 1988, 475 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN COM MK je rendais compte, en mai 1987, de ma lecture des Pays lointains, de Julien Green, je notais ce qui suit : « Le monde des Pays lointains do Monsieur Green, qui revoit le Sud de ses ancêtres, n’a pas encore basculé dans celui de Margaret Mitchell.» De lire, à la date du 7 février 1984, en guise de confirmation : « Je reprends aujourd’hui Les Pays lointains que j’avais abandonné en 34 devant le succès de Gone with the Wind, que je n’ai jamais lu, mais dont le sujet s’apparentait à mon livre par le pays où il se situait », voilà qui me rassure et même éclairera une foule de lecteurs fidèles, et des romans et du journal de cet Américain né à Paris, le 6 septembre 1900, sur la fidélité d’un Sudiste à ses origines.11 reste que le travail du romancier, s’il apparaît en filigrane des propos journaliers de l’auteur, est d’une importance relative dans l’ensemble de l’ouvrage.Et qu’il n’est question du Sud, des ancêtres et de la documentation (de première main) dont peut profiter l’auteur des Pays lointains que dans les 75 dernières pages de ce tout récent tome du Journal, qui dure depuis 62 ans.Auparavant, et tout au cours des années 82 et 83, le lecteur en apprendra bien davantage sur la genèse, particulièrement difficile et même angoissante, de Frère François, la vie du saint d'Assise que Julien Green nous offrait en avril 1983.Le Journal n’est cependant pas un ouvrage exclusivement consacré aux problèmes, à la difficulté, et meme au « beau risque » de l’écriture romanesque.Ce qui séduit les inconditionnels « gree-mens » et séduira, sans doute, de nouveaux et jeunes lecteurs, dans le cru 88, c’est l’extraordinaire, la presque miraculeuse jeunesse de cet octogénaire.Considéré par trop de nos contemporains, lecteurs de romans français, comme un écrivain torturé par les angoisses de la chair, les ambiguïtés d’une homosexualité aussi vive que refrénée, l’auteur de Moïra, de Léviathan, de Varouna, pour ne citer que ceux de ses romans les plus célèbres, apparaît, au jour le jour, dans les années 80 de son âge, comme un homme heureux, qui garde cette faculté, perdue par trop de ses pairs académiciens, de l'émerveillement.Les pages les mieux venues, et celles dont on est assuré que nous les relirons, concernent les promenades en pleine nature, les randonnées en forêt que Julien Green, en compagnie d’Éric (son fils adoptif) et son ami Jean, accomplit non seulement dans sa France adorée passionnément mais en Allemagne, en Italie, et en Angleterre, le pays qu’adorait sa mère.Ce goût profond pour tout ce qui est vert, l’auteur du Journal le croit.congénital puisque son patronyme est Green !.Privilégié, Julien Green l’est à plusieurs titres dont le plus précieux, à son âge, est une fort bonne santé, un appétit des bonnes choses de la vie qui ne s’est pas le moins du monde amoindri : les visites, reçues et rendues aux êtres chers (les fils de Mauriac, son cher Pierre Gaxotte, qu’il croit un jour « revoir » lors de la séance de réception de Jacques Soustelle, à l’Académie — du pur Green « visionnaire »).Autre bienfait,dont, catholique et croyant convaincu, il remercie le Ciel tous les jours : des conditions de vie matérielle plus que confortables, un bel appartement, une bibliothèque de 15,000 volumes, dont certains d’une inestimable valeur, et la liberté de voyager autant et aussi souvent qu’il le veut.Les relations de voyage de Julien Green sont d’admirables morceaux, soulevés beaucoup plus souvent par l’admiration, le culte de l’amitié entre gens de nationalités différentes que par la critique des institutions.Green est, cependant, tout le contraire d’un voyageur naïf.Il a, pacifiste convaincu, des pages très dures à propos de la guerre des Malouines et de Mrs Thatcher, « cette fille d’épicier ».De même redoute-t-il toute collusion avec les hommes politiques.Il en voudrait même à Jean-Paul II à ce sujet.À Photo E.Jourdan/Seuil JULIEN GREEN.propos de sa rencontre avec le Turc qui a essayé de le tuer, Green s’émeut : « Le pape est aussi pape que possible, il a éminemment le sens du geste qu’il faut faire quand il s’agit d’un grand problème où l'Évangile est en jeu ».Mais il ajoute aussi, un peu perfidement sans doute : « Il ne s’embrouille que dans la politique.» Présent au monde qui l’entoure, aux événements, heureux et malheureux, qui jalonnent notre époque, Julien Green a cependant horreur de « sortir dans le monde ».Il garde, à ce propos, et il en convient, sinon des relents de calvinisme,certainement quelques traits particuliers d’un protestant.Ce qu’il fut jusqu’à la fin des années 30.Mais revisiter en sa compagnie Oxford et Cambridge, la campagne anglaise; se ressouvenir, toujours avec lui, d’Alice au pays des merveilles', admirer le petit enfant d’un couple ami comme le plus admirable des spectacles et le plus éternellement prometteur : c’est cela, lire le Journal de Julien Green.À la roulette HORS D’ATTEINTE?Emmanuel Carrère Paris, P.O.L., 1988, 291 pages LETTRES FRANÇAISES PAUL GAGNÉ LES PREMIERS chapitres du pjus récent ouvrage d’Emmanuel Carrère déroutent : ce qu’un prière d'insérer laconique mais efficace et une jaquette pour le moins explicite donnent pour un récit sur le jeu commence comme une chronique de la vie d’un couple disloqué que l’habitude et un petit garçon préservent seuls de la rupture définitive.Jean-Pierre, un peu intellectuel, un peu chercheur, pratique l’auto-dé-rision et affiche en toute circonstance un comportement mimétique qu’il veut faire passer pour de l’anarchie.Frédérique, très « deuxième degré » elle aussi, s'agace d’un conformisme, d’un mode de vie petit-bourgeois, qu’elle doit pourtant reconnaître pour authentiquement siens.Affectant, pour faire diversion, de bûcher sur une thèse improbable, elle enseigne dans un lycée, « en attendant ».Un jour, c’est la fêlure : Frédérique, par hasard, découvre le hasard, la roulette, en l’occurrence.Dès lors, tout bascule.Fini, le quotidien pingre qui ne donne prise qu’à d’éternels re- commencements; fini, le récit compassé des amours moribondes et des illusions perdues.Débute alors la grande vie, celle des petits hôtels de province, des restaurants trop luxueux, des palaces et des casinos à l’atmosphère feutrée, que glorifie le sentiment grisant de la transgression.Rapidement, Frédérique en vient à s’absenter du lycée, d'abord en prévenant, puis de plus en plus librement et, du même coup, à abandonner son fils.À ce rythme, elle a tôt fait de dilapider un héritage appréciable et toutes ses économies.Entre-temps, elle s’est associée à Noël, un gros homme à la mise peu soignée, qui ne lui demande rien, joue avec aplomb, compte sur des rentrées régulières et la renfloue au besoin.Plus qu’un simple roman sur la passion du jeu ( Emmanuel Carrère ne nous épargne rien des vertiges de la flambeuse, du délire des « systé-miers », de l’univers rigoureusement codé des joueurs de petite et grande extraction), Hors d’atteinte ?trace le portrait d’une femme « en crise » qui cherche à s’extirper de la vie qu’elle s’est donnée en commettant une sorte de « suicide social ».Tiraillée entre l’appel du vide et un sens des responsabilités jamais tout à fait perdu, Frédérique sait qu’il lui faudra revenir.Son aventure se résume à ceci : « cinq mois d’évasion à l’issue prévisible : le retour au bercail, le veau gras qu’on lui servirait en LE DEVOIR ?-«'“‘pp* de Pierre-Philippe Gingras Un livre de 295 pages qui retrace l’histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu'à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal.Québec H2Y 1X1 Je désire recevoir exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR" J'inclus 19,95$ par exemplaire.(3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix) NOM:.ADRESSE:.PROVINCE:.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT ?Chèque ?American Express ?Master Card ?Visa No.de carte de crédit.Expiration:.*.barquettes surgelées ».Auparavant, elle aura, dans une dernière tentative d’échapper à un destin inéluctable, dérobé de l’argent au gros Noël et trouvé refuge en Italie, où son histoire connaîtra une fin dérisoire qui n’est pas sans rappeler les déboires asiatiques du héros de La Moustache, le précédent roman d’Emmanuel Carrère.À l’origine, Frédérique avait projeté d’assassiner Noël, au lieu de quoi elle se contente de lui faire les poches pendant qu’il dort : l’affaire n’a aucune suite.L’escapade de Frédérique est à l’image de ce demi-crime.Immédiatement après la narration de l’épisode italien, on la retrouve dans son quotidien avec, comme seuls rappels de tout ce qui s’est passé, un coup de fil de Noël et une visite forcée (dont l’auteur aurait peut-être pu faire l’économie) dans une sorte de casino sordide, d’où une Frédérique un rien condescendante, mais guérie, s’échappe aussitôt.Écrivant dans une langue à la correction par moments un peu empesée, Emmanuel Carrère impose sans complaisance la description d’un milieu que le cinéma et la littérature ont abondamment exploité et une situation qu’à défaut de renouveler il intègre dans une perspective moderne.Moins inattendu et séduisant que La Moustache, Hors d’atteinte ?dénote une maîtrise de l’art du roman que le traitement d’un sujet rebattu semble avoir un peu contrainte.Les «yeux joints» ONZE ROMANS D’OEIL Bernard Noèl Paris, P.O.L., 1988, 179 pages JOURNAL DU REGARD Bernard Noël Paris, P.O.L., 1988, 123 pages MARIE-ANDRÉE BEAUDET IL Y A quelque chose d’obstiné chez Bernard Noël.Une façon de toujours fixer son regard sur le même carré de ciel, et d'en reprendre inlassablement la description dans l’espoir — insensé, il le sait — d’abolir toute distance entre son corps qui regarde et l’objet de sa fascination.Objet double puisque la parole et le réel s’y trouvent tous deux engagés.Depuis 1968, depuis la publication de son premier recueil de poèmes, Extraits du corps, considéré par bien des écrivains comme un livre marquant, Bernard Noël poursuit à travers poèmes et romans la même interrogation sur les relations de l’écriture au corps et au monde.Comme il considère que « les mots retardent par rapport aux yeux », il était prévisible qu’il cherche du côté de la peinture à établir des liens, à faire surgir des analogies susceptibles d’ouvrir de nouvelles avenues à sa quête.Les deux titres qu’il vient de faire paraître vont en ce sens.Dans Onze Romans d’oeil, qui sont autant de visites dans des ateliers de peintres, Bernard Noël questionne, observe, note, décrit.Minutieusement.Avidement.L’écriture cherche désespérément à mimer ce qu’elle voit, à faire voir elle aussi, à créer une matérialité.« — L’écrivain, dis-tu.Le peintre se tourne vers toi, les yeux tout clairs dans son visage.— .est le bouffon du peintre.» L’entreprise ne peut qu'échouer mais il y a là, dans la reprise du geste, dans l’échec même, une blessure qui fait vivre.Un extrait du Journal du regard, tenu entre 1970 et 1983, nous y fait penser : « Maintenant, j’écris : je vois le ciel.Ce je-vois-là m’est déplaisant.Le bleu lui manque.Et le “du”.Le “du” surtout.Pas le temps de m’en demander la raison qu’elle éclate : "je vois le bleu du ciel” voulait dire : je vois la substance du ciel.Et dans cette substance étaient mes yeux.À elle mes yeux joints.» LE PLAISIR LE PL/fSII le le parafe' LE [JÂWR Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations, contactez Jacqueline Avril 842-9645 LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND NOUVELLES F.Scott Fitzgerald, Fleurs interdites, Love Boat III, traduit de l’américain par Nicole Tisserand, Belfond, 366 pages.CE TROISIÈME volume des nouvelles inédites en français de Francis Scott Fitzgerald complète la série publiée par Belfond, après Love Boat et Entre trois et quatre.Il rassemble des textes écrits pour différentes revues dont le Saturday Evening Post, qui payait $ 3,000 la nouvelle, et Esquire, qui payait $ 250 pour des nouvelles brèves.La dernière nouvelle du recueil, « La Femme du club 21 », fut écrite peu de temps avant la mort de Fitzgerald, en 1940.Paul Boules, L’Écho, traduit de l’anglais par Brice Matthieus-sent, Rivages, 205 pages.« EN DÉFINITIVE, les nouvelles de Paul Bowles sont de minutieuses machines infernales réglées pour exploser dans l’esprit du lecteur, des mécanismes littéraires délicats et ambigus qui, pour notre plus grand plaisir, font vaciller la terre sous nos pieds, déchirent brièvement le ciel protecteur et nous font entrevoir la précarité de nos comportements et de nos idées; chez Bowles, l’homme est comme absorbé, dissous par la nature et paraît s’effacer devant des paysages et des ciels éblouissants», affirme Brice Matthieussent dans sa préface.David hvitt LC LANGAGE PERDU .DES GRUES ÉTUDES Stefan Zweig, Trois maîtres : Balzac, Dickens et Dostoïevski, trduit de l'allemand par Henri Bloch et Alzir llella, Belfond, 310 pages.STEFAN ZWEIG aurait donné comme sous-titre à son essai, publié en 1920 : « Psychologie du romancier ».Il voulait montrer, par ses analyses, la loi secrète du romancier, c’est-à-dire la « genèse des personnages dans son unité cachée».D’après l’auteur, « l’univers de Balzac, c’est la société; celui de Dickens, la famille; celui de Dostoïevski, le Un et le Tout ».Pour Zweig, « le romancier, au sens le plus noble, le plus élevé du terme, ne peut être que le génie encyclopédique, l’artiste universel qui [.] bâtit tout un cosmos et installe, à côté du monde terrestre, son propre univers, avec ses types humains spécifiques, ses lois de gravitation, son firmament ».Nobukô Albery, Le Démon du nô, traduit de l'anglais par Suzanne Mayoux, Gallimard, 355 pages.DE CE LIVRE — reconstitution imaginaire de la vie du célèbre dramaturge et acteur de nô l'éami — Marguerite Yourcenar disait « qu’il resterait comme le modèle de ce genre toujours si confus et si mal compris : le roman historique ».En arrière-plan de ce texte splendide (dixit la critique française), on retrouve le Japon des XIVe et XVe siècles, avec ses shogun Ashikaga, les saltimbanques qui élaborèrent le théâtre nô et le récit initiatique vers la gloire du jeune Zéami, personnage aussi mystérieux que Shakespeare.BLANCS Chester Himes, Un joli coup de lune, traduit de l’américain par Hélène Devaux-Minié, Lieu commun, 125 pages.AUX ÎLES Baléares, quatre couples d’Américains blancs exemplaires de Boston ayant fait leurs études à Harvard ou Princetown vivent dans l’orgie la plus complète.Une « histoire de femmes » tourne vite à la querelle, un homme se blesse, un autre s’ouvre les vçines, un autre se casse la nuque, un autre s’enflamme comme une torche, une femme se déboîte la clavicule, un amant jette son amie dans un puits durant son délire, etc.Cette affaire d’Américains « pétés » dépasse la justice espagnole qui renvoie tous les survivants sur un bateau.Dans son seul roman « blanc », Chester Himes ne s’est pas gêné pour décrire les travers de ses compatriotes.HEIDEGGER Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique, Mercure de France, 82 pages.POUR JETER un peu de lumière sur la désormais célèbre « affaire Heidegger», le Mercure de France réédite un entretien qu’accorda l’auteur d'Être et Temps à la revue Der Spiegel en 1966, mais qui ne fut publié qu’après la mort du.philosophe, en 1976.Comme le dit l’éditeur, « c’est le seul témoignage public qu’ait donné Heidegger sur son attitude durant la période nazie de l’Allemagne, en particulier en 1933 ».TROUBLES David Leavitt, Le Langage perdu des grues, traduit de l’américain par Michel Lederer, Denoël, 350 pages.ON SE SOUVIENT encore du beau recueil de nouvelles, paru en 1986, de ce jeune auteur américain (né en 1961), Quelques pas de danse en famille.Ce premier roman traite encore une fois de l’homosexualité et des malaises cachés qu’elle révèle.Un jeune New-Yorkais décide de dévoiler son homosexualité à ses parents qui sont eux-mêmes déjà perturbés par des problèmes financiers et une remise en cause.Le père, enhardi par l’audace de son fils, avoue sa propre homosexualité latente.C’est l’éclatement familial.Stefan Zweig trois maîtres BALZAC DICKENS DOSTOÏEVSKI Kafka à Bangui COUP D’ÉTAT NÈGRE Makombo Bamboté Montréal, Humanitas/ Nouvelle Optique 1987, 117 pages COMMENT l’un des pays africains peut-il au lendemain de son indépendance s’engager dans un premier coup d’État où politique et barbarie s’entremêlent sous le regard complice de l’ancienne métropole ?Comment ce pays pouvait-il préparer la voie à l’avènement du premier dic-tateur-à-vie de l’ère contemporaine sur le continent africain ?Voilà quelques-unes des questions qui ne quittent pas le lecteur après avoir refermé ce curieux petit livre.Réfugié à Montréal depuis quelques années déjà, Makombo Bamboté a mis sur pied le service d’information de la république Centrafricaine avant d’être l’ambassadeur de son pays auprès de l’Unesco.Un quart de siècle après les événements qu’il relate dans un style haletant, on sent le poids étouffant du drame presque kafkaïen vécu par cet homme, par tous les Centrafricains qui avaient imaginé des lendemains plus calmes au moment de l’accession à l’indépendance.Le premier mérite de cet ouvrage, c’est de soulever une série de questions sur le sens des relations post-indépendance entre l’ancienne métropole et le nouvel État souverain.En présentant, en guise de préface, une longue lettre adressée au président François Mitterrand à la veille du Sommet de Québec, Makombo Bamboté oblige à revenir sur l’une des questions esquissées à cette occasion : la place des droits de l’homme dans cette francophonie qui s’insti-tutionalise peu à peu ?— PAUL-ANDRÉ COMEAU Le Devoir, samedi 25 juin 1988 B D-5 ¦**!**- 9jgg5!&£~- .William n h n( in Seuil ¦jardin roman ROMAN SEUIL Il,iio< nivirio Cosniicomics Jofin Irving ¦ L’œuvre de Dieu, la part du Diable Agofa Kristof Le grand cahier Jollll I Idukl s Aventures dans leconinieri e des peaux en Alaska France I tuser La chambre ouverte Didier van Camvclaert Herbert I.ieberman La maison près v du maram^ Fruttero & Lticenbnf La femme du dimanche Herbert Ijeberman La nuit du solstice ROMAN POINTS AGOTA KRISTOF LA PREUVE R( )MAN SFU IL Herbert Lieberman Fruttero & Lucentini JOHN IRVING “LAMANT ÎSANS DOMICILE FIXE LES NOUVELLES CONFESSIONS l Epopée du BUVEUR D EAU * w v en vente chez votre libraire D-6 ¦ Le Devoir, samedi 25 juin 1988 : e?i a:sir LF PLA1SIF LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Bulles et dessins Bonjour tristesse, et autres faits divers TANGO une histoire de Corto Maltese textes et dessins d'Hugo Pratt Casterman, 1987, 64 pages ALBERT LE LOUP textes et dessins de Silver Glénat, 1987, 47 pages LA ROUTE D’ARMILIA François Schuiten et Benoît Peeters Casterman, 64 pages COEURS SANGLANTS et autres faits divers textes de Pierre Christm dessins d'Enki Bilal Dargaud, coll.« Hors-textes » 64 pages L’ODYSSEE D’ALIX dessins de Jacques Martin textes de Pierre Forni Casterman, 1987 LA SPHÈRE DE NECROMANT scénario et dialogues de Cailleteau, dessins de Larnoy Delcourt, 1987 «P O Glénat JEAN-LOUIS DUFRESNE APRÈS 15 ans d'absence, Corto Maltese débarque à Buenos Aires.Oscillant entre les souvenirs et le réel, il revient, hanté par de vieux démons; il recherche une jeune femme qu’il a connue jadis, du nom de Louise Brookszowics.Femme-mystère, femme-souvenir dont il ne retrouvera finalement la trace qu’au cimetière.Une histoire d’intrigues, de monde interlope, de luttes pour dévoiler de brumeux complots; Corto Maltese doit non seulement affronter des truands mais aussi se confronter à de dures émotions.Corto Maltese et le tango : un cocktail frémissant.Une histoire empreinte de tristesse, de sensualité, de chaleur et de simplicité.Corto Maltese se consume de l’intérieur et la tristesse l'ennoblit.?Un deuxième tome d’un singulier loup.Du F’Murr (Génie des alpages) à la sauce italienne.Coïncidence intéressante, un des premiers albums de F’Murr s’intitulait justement Au loup.Silver (de son vrai nom Guido Silvestri) fait partie de cette nouvelle école de bédé italienne, moins portée sur la grande aventure.Parues d’abord en italien sous leur titre original Lupo Alberto, les aventures d’Albert le loup, fait quand même assez surprenant, demeurent très peu connues dans leur version française.C’est aux abords de la ferme McKenzie, où l’on retrouve une ménagerie plutôt originale et particulière, qu’Albert vit le théâtre de ses exploits.De l’humour absurde, de l’humour noir, de l’humour pince-sans-rire; bref, l'humour le plus difficile.Pas celui qui fait rire aux éclats, celui qui nous arrache délicatement un sourire et ensuite nous fait réfléchir.?La Route d'Armilia est la cinquième oeuvre commune de Benoît Peeters et de François Schuiten, dans la merveilleuse collection « Les Cités obscures ».Dans un immense zeppelin, Ferdinand doit se rendre à Armilia transmettre une formule secrète lui permettant de la délivrer de ses glaces.De l’imaginaire en pleine puissance.De loin le duo d’auteurs le plus original en bédé à l’heure actuelle.Schuiten est toujours aussi obsédé par les machines, l’espace et la linéarité architecturale; Peeters, lui, maintient ses préférences pour la ville, les machinations et la non-linéarité de ses récits.Un complément parfait.?Toujours la même combinaison : l’imagination fertile de Christin et l’audacieux graphisme de Bilal.Christin se fait journaliste de différents journaux connus de la planète et invente des faits divers aussi invraisemblables que le sont ceux qui noircissent les pages de nos journaux ; et Bilal fixe dans l’instantané de ses dessins l’improbable destin des malheureux protagonistes.On se promène de New York à Londres, de Paris à Lisbonne en passant par Le (’aire et Belgrade.Du morbide par moments, des meurtres crapuleux et incompréhensibles, du spectaculaire, des coeurs sanglants s’arrachant difficilement du quotidien des petites tragédies humaines.?Pour les collectionneurs et les inconditionnels de Jacques Martin, un album géant (format 30 cm x 40 cm) qui retrace les nombreux voyages du Romain Alix Graccus dans tout le bassin méditerranéen et même jusqu’en Chine.Vingt-cinq fresques qui prouvent encore une fois le fabuleux esthétisme des dessins de Jacques Martin.Chacune d’elle est accom- agnée d’une lettre « inédite » d’Alix ses amis.Cette correspondance imaginaire, rédigée par Pierre Forni, témoigne du choc des cultures et des découvertes d’Alix jusqu’aux confins du monde connu.Un album de grande qualité qui fait honneur au souci constant de Jacques Martin de s’appuyer sur une réalité historique impeccable.?Une nouveauté en bédé.Sur le principe des livres « dont vous êtes le héros », une histoire dans la plus pure tradition des jeux Donjons et dragons.Vous êtes Turlogh de Pen-roth le rôdeur et votre mission consiste à arracher des griffes du Né-cromant Skroful une sphère enchantée.Au fil de vos décisions, vous aurez à combattre de « sympathiques » et affreuses bêtes : ou vous périrez en cours de route, ou vous sauverez le royaume d'Ydahaut Ar-Dinlach en chassant les barbares qui l’assiègent.?Soulignons, enfin, la réédition de quelques albums de bédé en livre de poche : le classique de Forest, Bar-barella (J’ai lu/BI), n" 49); les nébuleux retors de Druillet, Les 6 voyages de Lone Sloane, (J’ai lu/BD, n” 60) ; le merveilleux Magic Palace Hôtel de Fred, (J’ai lu/BD, n° 72); l'éternel Gil Jourdan de M.Tillieux, Popaîne et vieux tableaux (J’ai lu/BD, n° 69) ; H O * S t I X T I BILAL CHRISTIN ET AUTRES FAITS DIVERS •¦?OXM » !> .J?Une collection policière qui démarre sur les chapeaux de roues LA SORCIÈRE DE BROOKLYN Andrew Vachss Paris, Albin Michel coll.« Spécial police » 1988, 316 pages FENÊTRE SUR FEMMES Patrick Raynal Paris, Albin Michel coll « Spécial police » 1988, 221 pages PIERRE DESCHAMPS SOMBRE U1STOIR K d’héritage, Fenêtre sur femmes mêle avec bonheur la folie d’une mère asilaire, les frustrations d’un vieux jardinier, le rêve de gloire d’un journaliste miteux ayant flairé le reportage de sa vie.Dans La Sorcière de Brooklyn, l’errance de Burke dans tout ce que New York compte de ruelles, d’arrière-cours, d’impasses s’accompagne de portraits de personnages hauts en couleurs : la chienne Pansy, Max le Mongol, Marna la matrone asiate, La Taupe et le travesti Michèle.Un bel aréopage pour le baptême de la nouvelle collection « Spécial police» d’Albin Michel.Tableau réaliste, mais économe de descriptions libidineuses, La Sor- cière de Brooklyn nous amène à réfléchir sur le trouble profond dans lequel se trouvent plongés les enfants victimes de sévices sexuels.La pudeur qui traverse le récit d’Andrew Vachss est une denrée rare dans la mare aux crapeaux iconoclastes où croassent tant d’écrivailleux de la littérature policière.Le bambin Scotty a été contraint de poser, sur un clown tout ce qu’il y a de plus viril, des gestes qui ne sont pas de son âge.Des photos en témoignent.Prié par la mystérieuse Strega (sorcière en italien) de les retrouver et de les détruire (pour que survive l’âme de l’enfant), Burke, une sorte de privé semi-clandestin, soulèvera par la même occasion un coin du voile qui masque l’insaisissable personnalité de cette belle Italo-Américaine.Sur l’auteur de Fenêtre sur femmes, Daniel Pennac (La Fée Carabine) a écrit que « Nice a de la chance : depuis quelques années elle s’offre, avec Raynald, le romancier de sa modernité ».Un tonitruant constat que vient affermir ce cinquième roman de Patrick Raynal.Divin, ce TOUT EST BON DANS LE COCHON Céline Vence et Jean-Claude Frentz Paris, Robert Laffont, 1988 LES DIEUX ONT FAIM Margaret Visser Montréal, Québec/Amérique 1988 JOSÉE BLANCHETTE « Dans cet animal il n'y a rien à jeter; de son sang on fait du boudin, de ses intestins des andouilles, des débris de ses chairs des saucisses et des fromages de cochon.» — Alexandre Dumas LE TITRE quelque peu gaillard de cet ouvrage ouvertement carnivore illustre mal le propos recherché et la qualité des recettes présentées.À la fois instructif et pratique, ce livre de consultation en est un qui fait, de façon assez exhaustive, le tour de la question (du cochon) et plutôt deux fois qu'une.Animal tantôt béni, tantôt tabou, ce commensal de l’homme est « un repas sur pattes », disait Grimod de la Reynière.Du porcelet (cochon de lait) au porc devenu cochon une fois castré (et qui redevient porc frais une fois débité), toutes les questions d’ordre historique et religieux reliées à l’abattage, aux rites et aux préparations régionales françaises sont touchées.Du côté des recettes, (180 en tout), si l’on retrouve la « tête fromagée » chère à nos grands-mères, nulle trace, toutefois, du ragoût de pattes à la farine grillée.L’Asie et l’Europe sont plutôt bien représentées avec Dans son officine niçoise, Philippe Clerc reçoit Élise d’Horville, une jeune fille de la bonne société locale.Désireuse de le voir mettre le feu à la demeure familiale, « l’assureur le plus marron d’une ville qui en a pourtant vu d’autres » hésite.Trop longtemps, puisque la villa flambe sans qu’il y soit pour rien, avec la belle Élise pour cadavre et un dossier compromettant parti en fumée.Avec ces deux récits, Albin Michel a visé juste.Comme en toute entreprise, l’avenir seul dira si c’est un simple emballement de départ ou bien l’amorce d’une aventure éditoriale où la qualité sera de tous les rendez-vous.?NOTE : Les inconditionnels d’Agatha Christie pourront parcourir à loisir l’univers de cette romancière en feuilletant la 115e livraison des Cahiers Renaud-Barrault (Gallimard).Au sommaire, de fort belles variations sur les thèmes chèrs à la grande dame anglaise : l’indice, le doute, le réel, l’enquête, le vrai, le soupçon, le faux, l’erreur, l’apparence, le secret, la reconstitution.cochon! les noisettes de porc aux pruneaux, le jarret aux arachides, les travers à l’aigre-doux ou le vindaye de porc à l’antillaise sans oublier la choucroute alsacienne et le chou farci aux lardons.Quand vous en aurez terminé avec cette anthologie du porc (sachez que plus il est maigre et moins il goûte), vous en serez peut-être à manger vos bananes avec la pelure ! ?* * Le croirez-vous ?Un vulgaire épis de mais au beurre saupoudré de sel, une poule au riz, un peu de laitue arrosée de jus de citron et d’huile d’olive et un bol de crème glacée font l’essentiel de ces 468 pages.Cette « histoire mythologique d’un simple repas » est d’abord un prétexte pour remonter aux sources même de l’alimentation nord-américaine par le biais de produits relativement courants.Margaret Visser, « anthropologue de la vie quotidienne » au Canada anglais, se livre ici à un amusant exercice de réflexion sur les origines de chaque élément du menu, tant du maïs que du sel, du beurre et ainsi de suite jusqu’au dessert.Le fruit de ces savantes recherches met en lumière la nature mythique, sociologique, philosophique, historique ou géographique d'un repas de tous les jours.Tantôt alarmiste, tantôt écolo-militant, tantôt moraliste, teinté d’humour et toujours généreux de détails savoureux.Les Dieux ont faim est un essai dont on ressort le ventre plein.Seules lacunes : l’auteur aurait gagné à nous livrer sa bibliographie et son ouvrage se termine trop abruptement (sur un bol de crème glacée) sans la moindre tentative de conclusion.DU DEVOIR L'enseignement professionnel A A A A A A A A La situation au secondaire et au collégial - un bilan général avec statistiques! Les secteurs d'avenir.La mécanique et l'électro-mécanique: deux secteurs prometteurs.L'office franco-québécois pour la jeunesse a 20 ans Les multiples expériences reliées à la qualité du français dans la région de Québec Le bilan du syndicalisme chez les enseignants Les coopératives scolaires Un quizz sur le système d'éducation au Québec Qui se rend au doctorat et dans quels domaines?encarlLUSrawsS* es qui présenteraes «Tissair Date de tombée publicitaire: 5 août 1988 Date de parution: 19 août 1988 Informations: Christiane Legault (514) 842-9645 ¦fcCÏWlJl mm les atmosphères intrigantes de Forest et Tardi dans Ici-Même (J’ai lu/BD, n° 62).Les amateurs de caricatures noteront également la pa- rution d’un recueil des meilleurs dessins, depuis 1981, de Plantu, caricaturiste notamment au quotidien français Le Monde (Folio n" 1966).La santé d’abord LE DÉFI ALIMENTAIRE DE LA FEMME Louise Lambert-Lagacé Montréal, éd.de l'Homme 1988, 243 pages PIERRETTE PIONNE LOUISE LAMBERT-LAGACÉ s’est fait connaître du grand public par de nombreux articles dans les magazines, par des émissions de radio et de télévision.Pille a publié huit livres dont le Défi alimentaire de la femme, consacré spécifiquement à la nutrition de ces dernières pour préserver le capital santé et retrouver le plaisir de manger.Madame, Mademoiselle vous en avez assez des régimes, des diètes et du pèse-personne, Le Défi alimen taire de la femme vous propose une approche douce qui donne la priorité à la santé.Cette approche réaliste tient compte non seulement de l’âge mais aussi de l’héritage familial et du contexte immédiat.Mais, avant tout, la démarche « commence par l’élaboration d’une image positive de soi ! » Le Défi alimentaire de la femme ne fournit pas toutes les réponses, souligne-t-on en préface.Le livre précise, cependant, les différences entre l’alimentation de l’homme et celle de la femme et sensibilise ces dernières à leur « vulnérabilité nutritionnelle ».L’auteur fait un constat sévère de tous les régimes amaigrissants.Elle soumet sa vision élargie et adoucie de la diététique à l’intention de la femme et aborde les vrais problèmes qui affectent l’alimentation et leur vie ; manque de temps, solitude, repas à l’extérieur .Des Photo éd de l’Homme LOUISE LAMBERT-LAGACÉ.solutions concrètes et à long terme sont proposées dans un processus bénéfique de changements alimentaires.Troisième galaxie à gauche.DICTIONNAIRE DE L’ASTROLOGIE Jean-Louis Brau Paris, Larousse coll.« Références » 1987, 222 pages COMMENT CHOISIR LE PARTENAIRE IDÉAL Guide pratique d’astro-analyse M.E.Coleman Transmonde, 1988, 305 pages FRANÇOISE LAFLEUR QUE REAGAN consulte un astrologue expert pour décider du sort politique des Américains et de ses alliés ou non-alliés n’a rien de nouveau ! Plusieurs princes, tout au long de l’histoire, ont consulté leurs devins sur la marche des affaires de l’État.Et la position des astres semble décider, depuis plus de 2,000 ans, non seulement du sort des peuples mais aussi de celui des individus.Le Dictionnaire de l’astrologie vient donc à point à l’heure où l’on ne sait plus vers qui ou quoi se tourner pour calmer ses angoisses et sonder ses chances de réussite .que ce soit en matière d’amour ou de politique.Outil de référence fort intéressant pour les plus expérimentés dans le domaine, les néophytes pourraient se perdre à travers les définitions parfois complexes et incomplètes.Et lorsque l’auteur précise dans son avant-propos qu’il s’agit de donner une information tant aux non-spécialistes qu’aux spécialistes, il fait preuve de trop d’audace sinon de témérité.Pour les experts, l’ouvrage demeure une fascinante piste d’exploration du mystère des planètes et de leur influence sur le comportement humain.La méthode proposée ici pour dresser l’horoscope se révèle compliquée.Et la majorité des tables des positions géographiques ne sont utiles que pour les gens nés en France.Autre faiblesse de l’ouvrage : on y cite beaucoup les noms de grands astrologues français, mais on y parle très peu d’astrologues experts américains contemporains.Bien sûr, on mentionne les grands classiques et l’on raconte un peu l’histoire de l’astrologie devenue, avec ses lois précises, un fait de culture et de civilisation.Alors, tout comme Reagan, choisirez-vous l’astrologie et ses devins pour décider de vos orientations et faire fi de vos insécurités ?La technique d’astro-analyse allie les méthodes psychologiques à la mode à une interprétation du thème astrologique individuel.Ainsi, un mauvais transit sur Vénus aurait pu, en jargon astrologique, orienter votre relation amoureuse vers de fortes perturbations .Et si Jupiter grondait, qu’adviendrait-il ?Moi-même profane en la matière, j’ai consulté une astrologue pour lui demander son avis sur le livre en question.De l’aveu même de Johanne Saint-Charles, astrologue québécoise, le « guide pratique d’astro-analyse » manque de nuances et véhicule bon nombre de contradictions.Et qui trop embrasse mal étreint ! Comment l’auteur peut-il confondre à ce point astrologie et psychologie ?Certes, les deux sciences peuvent se compléter ou s’alimenter l’une à l’autre, mais voici un exemple d’affirmation un peu gratuite de l’auteur : « L’astrologie et la psychologie sont des alliées naturelles, car les deux sciences cherchent toutes deux à percer les secrets du comportement humain ! » Et, bien que l’auteur vante les mérites de l’astrologie « sérieuse », son bouquin relève plutôt de l’astrologie populaire et commerciale.De plus, Coleman souffre de narcissisme aigu : il ne cesse de se présenter, tout au long de l’ouvrage, bardé de diplômes.Bref, le propos demeure fort ambitieux et même prétentieux : réunir en un seul livre « les méthodes psychologiques modernes d’évaluation de la personnalité à une interprétation précise du thème astrologique personnel».Contrairement à ce qu’indique la couverture arrière, le novice ne s’y retrouvera pas.à moins d’avoir un bon minimum de connaissances en astrologie.Au fait, le livre est-il mal écrit ou lutôt mal traduit ?.Sur ce, je sou-aite à tous et chacun qu’il y ait un bon transit sur Vénus tout au lone de l’été ! 6 •pm it T i^- DEVOIR poui 1© croire! Le Devoir, samedi 25 juin 1988 M D-7 tl_ a::- dù Lr FLAicL LE PLAISIR Lr FLA : R LE PLAISIR livres Le «Cheuf», les «poètes», et la loupe du marxisme assisté par ordinateur RESTONS TRADITIONNELS ET PROGRESSIFS Pour une nouvelle analyse du discours politique.Le cas du régime Duplessis au Québec Gilles Bourque et Jules Duchastel Montréal, Boréal, 1988, 389 pages MARCEL FOURNIER DES SPÉCIALISTES en sciences sociales, Duplessis aimait dire qu’ils étaient des « poètes », Il serait aujourd’hui le premier étonné — et sûrement le plus flatté — de savoir qu’une équipe multidisciplinaire de l’UQAM, dirigée par deux universitaires reconnus pour leur orientation marxiste, a réalisé une étude sérieuse et systématique de tous les discours du budget prononcés par les ministres des Finances de 1934 à 1960.Sa réaction serait de demander ironiquement aux auteurs : « Pourquoi accordez-vous autant d’importance aux mots et à la syntaxe alors qu’il s’agit de chiffres et d’argent ?» Mais cet habile politicien, que d’aucuns considéraient comme un « démagogue », ne nierait sûrement pas le pouvoir des mots : il savait les utiliser.Cependant, il n’aurait sans doute pas fourni à une équipe de recherche d’importantes subventions pour démontrer une évidence, à savoir que son gouvernement se revendiquait à la fois de la tradition et du progrès.Au carrefour de la linguistique, de l'informatique et de la sociologie politique, l’étude de Gilles Bourque et Jules Duchastel est, au plan méthodologique, très ambitieuse.Elle recourt au système informatique « DE-REDEC » mis au point par Gilles Plante et elle vise non seulement à compter les occurrences des mots et leur covoisinage mais aussi à décrire les phrases afin de réaliser une analyse syntaxique et sémantique des discours du budget.Cette démarche, probablement très fastidieuse, est qualifiée par ses auteurs d’« empirique » et de « constructiviste ».Empirique, certes, mais pourquoi constructiviste ?Selon une telle pers- rïctive, on aurait dû chercher moins établir a priori des catégories et des systèmes de représentation (par exemple, traditionnalisme, modernisme) qu’à analyser comment ces catégories et ces systèmes sont l’objet et le résultat d’un véritable travail social.Gilles Bourque et Jules Duchastel inscrivent leur recherche dans la problématique marxiste, tout en prenant une certaine distance à l'égard de l’orthodoxie.Il est question dans leur ouvrage d’« alliance de classes » de « classe appui », de « contradictions », mais les deux sociologues s’évertuent à les repérer non seulement dans la société mais aussi et surtout dans les discours.Tout est codé, mis en tableaux et parfois synthétisé en des schémas fort instructifs.On voit apparaître ici le clergé, là les communistes, ailleurs les Américains.Comme si l’on cherchait à reconstruire la vie d’une société entière à partir des quelques traces laissées par des mots.L’ouvrage lui-même se présente comme le récit de la recherche (et de la découverte) pas à pas, étape par étape.Sur la base d’une analyse minutieuse, les auteurs parviennent à la conclusion suivante : « L’espace de valorisation propre au discours duplessiste enclenche un processus de valorisation bourgeoise s’appuyant sur la production d’un bloc social, régional et national, durant la dernière phase de l’affirmation du capital monopoliste, en même temps que dans la résistance à la mise en place de l’État keynésien.» Du progrès mesuré à l’aune de l’investissement capitaliste dans les ressources naturelles à la modernisation de l’agriculture, se dessine la dominance de l’industrialisation» (p.248).En d’autres termes, Duplessis aurait été plus libéral qu’il ne le pensait et son gouvernement n’aurait pas été celui de la « grande noirceur », tout au plus était-il un peu trot) autoritaire.Comme le disaient déjà, dans les années 1940, les sociologues E.C.Hughes et J.-C.Falar-deau et comme le réaffirment Linteau, Durocher, Robert et Ricard dans leur Histoire du Québec contemporain, l’entre-deux-guerres a été la « rencontre de deux mondes » : celui de la tradition et celui de la modernité.Il ne faut pas pour autant oublier que Duplessis fut un dirigeant politique conservateur.Le père Lévesque et les intellectuels progressistes d’alors avaient de bonnes raisons de vouloir renverser le « seul gouvernement catholique de l’Amérique du Nord».L’apport principal de l’étude de Gilles Bourque et Jules Duchastel se N La cour de France réhabilitée Photo Radio-Québec MAURICE DUPLESSIS.situe moins au plan de la connaissance de l'histoire du Québec qu’à celui d’une méthodologie permettant l’analyse de grands ensembles textuels; ils ont confirmé les hypothèses d’autres chercheurs, par exemple, celles de Boismenu dans Le Duples-sisme, mais ils y parviennent d’une autre façon, chiffres à l’appui, en ayant recours au MAO nouvelle version (le marxisme assisté par ordinateur).Leurs résultats étaient fort prévisibles : placés sous une grille d’analyse qui oppose globalement le traditionnalisme (identifié à la religion et à la famille) au modernisme (identifié aux valeurs bourgeoises de progrès, de prospérité, d’égalité, de rationalité, etc.), tous nos politiciens contemporains, de Duplessis à Bou rassa en passant par Lévesque, Johnson (les trois) et Parizeau, risquent d’apparaître à la fois comme •< traditionnels et progressifs ».La méthode a évidemment ses li mites.Mais, dorénavant, nos ministres des Finances sauront que leurs mots sont comptés et qu’ils ne dot vent parler qu’avec des chiffres.LA COUR DE FRANCE Jean-François Solnon Paris, Fayard, 1987, 649 pages YOLAND SENECAL LA COUR de France, de Jean Fran çois Solnon, servira longtemps de référence sur le sujet : non pas un ramassis d’anecdotes traditionnelles (comme le Versailles de Joseph Barry, paru au Seuil l’année dernière), mais un essai d’histoire totale qui s'appuie sur une documentation considérable.L’ouvrage de Solnon est à la fois une histoire et une réhabilitation de la cour.Cette dernière naît à la fin du temps des Valois.Elle rassemble, autour du roi et de sa famille, un univers hétéroclite les ministres et principaux administrateurs du pays; les « grands » du royaume, des hom mes d’épée et de justice; de petits nobles venus à la quête d'une faveur ou d'une charge; les officiers de la maison du roi, depuis le grand maître en passant par le grand écuyer; les petits serviteurs; les gardes.Les femmes y jouent aussi un grand rôle.La cour est, suivant l’expression de Solnon, un « fourre-tout social ».("est un monde grouillant, malpropre, peu sûr : on y vole, on s’y bat, on y approche le roi, allant même jusqu'à le tuer (Henri 111) Qu'on n’imagine pas l’ancienne cour présentant les caractères des centres contemporains de pouvoir, avec une protection ultra sophistiquée et un accès pour le moins difficile aux chefs d’État.Au contraire.Par ail- ) - r; îl 1 •#I5| La guerre civile au Liban, au jour le jour Soldat syrien et enfants libanais.Photo AP GUERRES SECRÈTES AU LIBAN Annie Laurent et Antoine Basbous Paris, Gallimard, 1987, 371 pages GILBERT TARRAB CETOUVRAGE, passionnantà lire — je le dis d’emblée — souffre, cependant, d’un a priorisme grave.Je ne connais pas les auteurs, mais le lecteur n’a guère de peine à comprendre, très vite, que leur sympathie va aux Kataëb (les phalanges libanaises, d’origine chrétienne maronite).Ce n’est pas tellement dans le déroulement des événements qui ont fait du Liban, depuis 1975, le point chaud de la planète.C’est dans les commentaires, dans ce qui est écrit entre les lignes.Partant du principe (qui n’est pas évident du tout) que les chrétiens maronites sont d’essence supérieure à leurs voisins syriens, jordaniens, voire égyptiens, ils en arrivent à écrire des choses comme : « Comment ne pas voir (dans les diktats syriens) la volonté d’abolir l’enseignement privé, de supprimer le pluralisme et le bilinguisme qui font la distinction du Liban et lui confèrent une supériorité intellectuelle (c’est moi qui souligne) par rapport à ses voisins arabes ?» (PP 119-120).Cette phrase, anodine, « échappée » comme par hasard, est à la base, cependant, de l’ensemble de l’analyse de Laurent et Basbous.Autre bât qui blesse : « Les maronites apportent de l’eau au moulin des Israéliens en insistant sur le fait qu’ils sont arabophones mais non arabes, qualité revendiquée par les musulmans» (p.163).Le grand intérêt de cet ouvrage réside dans la description minu tieuse des événements qui déchirèrent (et qui continuent à déchirer) ce minuscule pays qui revendique son territoire.On comprend mieux, à travers l’histoire des Alaouites, de ce qui différencie les chi’ites des sunnites (musulmans), de ce que cher- Une histoire sans fard LE SUD ET LE NORD : UN MONDE BRANCHÉ dossier didactique Montréal, Fides, 1988, 3 tomes CLÉMENT TRUDEL L’AFRIQUE est une région spoliée, un « continent convoité», comme l’affirme Elikia M’Bokolo dans un ouvrage paru au Seuil en 1985.Il est facile, dira-t-on, de refaire pour la énième fois le procès des colonisateurs.Certaines évidences ne peuvent être éludées : personne ne nie que les problèmes avec lesquels se débat l’Afrique ont été « importés »; que les Africains ont dû, le plus souvent, se résigner à la domination des Européens, supérieurs en armements; que la première agression fut la traite négriere qui sacrifia 20 millions d’Africains aux desseins des planteurs et industriels des Amériques.Les Français ont, par exemple, fait chanter les Sénégalais qui s’opposaient à la culture de l’arachide.L’Européen eut finalement raison des révoltes et des résistances, là comme ailleurs.Tous n’eurent pas la candeur du général Boyer (en Algérie, au siècle dernier) qui retenait la « terreur » pour imposer la présence française.Comment ne pas se rappeler le sort tragique d’un Patrice Lumumba contre lequel de gros intérêts complotèrent, sitôt proclamée l’indépendance de l’ex-Congo belge ?Et la vague de mercenaires volant au secours des Rhodésiens blancs contre les « terroristes noirs » ?L’élève pourra reconstituer lui-même l’établissement des tronçons de chemins de fer africains.De toute évidence, les pays qui se partagent l’Afrique par le traité de Berlin (1885) entendent par ces réseaux drainer le plus possible de richesses à bon port, au coût le plus bas possible.Le Nord avait un tel appétit d’or, de diamants, de bois précieux, de cuivre, de coton, de café, de cacao, que les effets sociaux du pillage et le bouleversement des économies locales ne faisaient sourciller aucun « colon ».Et les cultures vivrières ?Tant pis, la modernité introduira les « cash crops» pour l’exportation.Indépendants politiquement depuis 25 ans ou plus, les pays africains jouissent-ils d’une indépendance économique ?Peut-on dire que les États africains sont partiellement responsables de la famine ou des autres calamités qui touchent ces populations ?Ces thèmes sont abordés en détail dans le guide pédagogique en trois tomes qui vient de paraître chez Fides ( Le Sud et le Nord : un monde branché).Dans un plan de cours qui peut nécessiter 45 heures environ, on aborde la question de « la famine sur un continent fertile » ; de « l’Afrique [qui] rencontre l’Europe » et de « l’Afrique aujourd’hui ».Ce dernier tome s’enrichit de deux quiz où plusieurs pourront être recalés : l’un sur la situation de la femme afri caine, l’autre sur l’attribution de citations à tel ou tel des pionniers des indépendances africaines : Kwame Nkrumah, Amilcar Cabrai, Patrice Lumumba, Gamal Abdel Nasser, etc.Pensés pour les étudiants du secondaire, et pour toute personne intéressée aux questions de développement et de solidarité, ces manuels sont en partie défrayés par le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick, par l’ACDI, par Développement et Paix, etc.Deux groupes de chercheurs, Aski-Y, de l’Université de Moncton, et La Maîtresse d’école, de l’Université de Montréal, y fournissent les matériaux qui vi- sent à faire découvrir une histoire sans fard.L’un des buts de la série est de cultiver chez les jeunes un esprit critique face aux informations qu’ils reçoivent sur l’Afrique ; trois types de reportages sont évoqués (tous biaisés dans leur approche ! ).On mise surtout sur un court film de l’ONU — Le Jeu de l’économie — pour disséquer le poker souvent truqué qui renforce les pays riches.mais il est possible aussi de songer à un « nouvel ordre économique international ».Les laissés-pour-compte d’Afrique ont des traits qui les rapprochent des citoyens à bas revenus de Verdun ou de l’Acadie, aux prises avec la malnutrition permanente, rappelle l’étude qui invite l’étudiant à débattre des conditions qui ont présidé au « mal-développement », à suggérer des projets de développement, voire à s’engager dans une action de conscientisation en invitant les gouvernements à se faire moins prodigues.L’alternative ?Se montrer plus ouverts aux organismes qui oeuvrent pour faire respecter les besoins réels des bénéficiaires d’aide, en Afrique ou ailleurs.client les khoméinistes iraniens, du rôle joué par Israël avant et depuis le 6 juin 1982 (date de l’invasion du Liban par l’armée israélienne), etc., les enjeux compliqués qui ont fait du Liban, terre d’asile pour tous les réfugiés du monde arabe, ce qu'il est devenu : morcelé, cassé, ingouvernable.Les auteurs ne sont tendres envers personne : la Syrie de llafez El Assad est particulièrement mise au pi Ion Mais aussi Israël (qui laissa tomber, d’après les auteurs, les chré t iens au profit de leurs alliés de tou jours, les Druzes), les États-Unis, la France; bref, tout l’Occident.Sans oublier les pays arabes dits « frères», la discrète Jordanie, l’Arabie Saoudite, l’Égypte, l’Algérie, le Maroc, et, a fortiori, les pays durs : la Libye et l’Irak.Savait-on que la Syrie, depuis 1943 (date de l’indépendance du Liban), refuse catégoriquement d’ouvrir une ambassade au Liban, puisque, poulies Syriens, le Liban (ainsi que la Palestine) font objectivement partie de la Grande Syrie.Et les auteurs de conclure là-dessus : « Le terrorisme d'État, méthode diplomatique d’une redoutable efficacité, c’est aussi et peut-être surtout par là que passe la grandeur syrienne » (p.94 — ce sont les auteurs qui soulignent).Les Israéliens ne sont pas plus choyés : « Après plusieurs tentatives infructueuses, les Israéliens devront attendre 1982 pour réaliser en partie leur rêve inavoué de balkanisation du Liban » (p.159).Et pourtant, toujours selon nos auteurs, « les Libanais de toutes contes sions (c’est moi qui souligne) accueillent Tsahal (l’armée israélienne) avec soulagement » (p.194), après avoir précisé que « l’espoir est d'autant plus vif qu’après un quasi-abandon diplomatique, l’Occident tout entier accourt au chevet du Li ban » Le lecteur pourra aussi se faire une idée du rôle joué par le Djihad islamique et le Parti de Dieu dans la région.Tout cela est très bien rendu, et se lit avec un très vif intérêt.Il est seulement dommage que le parti pris des auteurs soit tellement évident.On peut être pour le Liban sans tomber dans le piège facile du militantisme et de l’a-priorisme.A LA LIBRAIRIE LE BOUQUIN Vous trouverez les toutes dernières parutions et une vaste collection de livres Jeunesse 395, Boul.Cartier, Laval, Tel.: (514)688-6036 Commandes téléphoniques acceptées • Livraison postale • Ouvert de 9h à 21 h du Lundi au Vendredi et de 9h30 à 17h le Samedi Concessionnaire de: -l# PUBLICATIONS DU QUÉBEC Tux blancs à iouer éditeur HENRI TRANQUILLE ET GÉRARD LEFEBVRE MAT EN 3 COUPS! 264 exercices de vision précise Un ouvrage pratique qui s’adresse autant aux amateurs qu'aux spécialistes du jeu d'échec; 2(v4 exercices divers, précis pour mettre échec et mat en 3 coups! Le premier ouvrage de la nouvelle collection de poche ‘‘Les petits indispensables 7 lbb pages - K.9f)'f vlb éditeur delàgrande littérature leurs, la cour est nomade.À partir d’un point fixe (le Louvre, puis Versailles), elle se déplace sans cesse : Blois, Amboise, Fontainebleau sous les Valois et, sous Louis XIV, Saint-Germain, Fontainebleau encore et le magnifique Marly, détruit (vendant la Révolution.La cour se déplace éga lenient à la faveur de campagnes militaires, quand ce n’est pas pour un * tour de France » comme celui de Catherine de Médias et Charles 1\.À la fin de l’Ancien Régime, la cour « voyagera » moins.Autant de mises au point, autant de légendes détrui tes par Solnon.Sous la régence de Catherine de Médias, la cour sera extrêmement fastueuse Henri 111 instaure uneéti quette plus rigoureuse Mais la simplicité naturelle des premiers Bourbons, Henri IV et Louis XIII, se re flétera sur le style de vie à la cour.Louis XIV sera le « restaurateur * de la cour.C’est tout le génie politique du Roi-Soleil que d’avoir réussi à domestiquer la grande noblesse au sein de l’entourage du souverain.Le courtisan meurt facilement à la guerre; il ne se révolte pas.Après la mort du Grand Roi, c’est déjà le déclin de la cour.Le Régent, Philippe d’Orléans, s’installe à Paris.Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoi-nette préféraient l’intimité à la vie de parade Dans le palais de Louis XIV, ils se font construire des « petits appartements » où ils s’isolent avec des intimes Louis XV quitte souvent Versailles pour de petits châteaux des environs.La famille royale l’imite.Elle ne faisait guère que refléter le goût du siècle, mais cet « abandon » partiel de la cour aura été, pour l’auteur, une erreur politique.Solnon met fin à son livre avec la Révolution, même s’il y aura une vie de cour jusqu’à la fin du Second Empire.La Révolution ?Voilà précisément l’occasion de faire le bilan de la cour.Pour Solnon, il est très positif.D’abord, sous la reine Catherine mais surtout à compter de Louis XIV, la cour est un lieu de contrôle politique : elle est >« une création de l’État moderne ».Le coût ?Difficile à évaluer, mais certainement moindre que les dépenses militaires; sans compter les « retombées économiques ».Sous Louis XVI, Solnon pré cise que c’est bien davantage la guerre d’Amérique qui a grevé le budget.Enfin, il montre à moult occasions ce que fui le rôle civilisateur de la cour française.Sans elle, qu’eussent été de nombreux artistes, auteurs, musiciens, comédiens dont les noms sont trop célèbres pour qu'on les mentionne ?Jean François Solnon est un excellent historien, déjà auteur, avec François Bluche, d'un remarquable ouvrage sur les hiérarchies sociales de l’ancienne France (Droz, 1983).Pourtant, son livre ne retient pas constamment l’attention.Plusieurs fois, il nous est tombé des mains, et ce n’était pas à cause de sa lourdeur matérielle ! La longueur excessive du texte et le style sec de l’auteur y étaient pour beaucoup.r cette passion, en dépit de l'intérêt du sujet abordé, Solnon ne réussit jias toujours à nous la communiquer.estuaire été 1988 / no 49 S.DP estuaire une revue essentielle 6,00$ l'exemplaire ?Abonnement 4 nos (1 an) 18$ ?Abonnement 8 nos (2 ans) 34$ ?Abonnement 12 nos (3 ans) 40$ Envoyez votre chèque ou mandat poste à estuaire C.P.337, Suce.Oulremont, Montréal, H2V 4N1 NOM.ADRESSE.CODE.Veuillez m'abonner à partir du numéro. D-8 ¦ Le Devoir, samedi 25 juin 1988 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Photo Jacques Grenier Les auteurs du « catalogue » de l'exposition à la BN ANDRÉ-G.BOURASSA (à gauche) et GILLES LAPOINTE.Gavroche à T Olympia RENAUD L'album Dominique Sanchez et Thierry Séchan Paris, Messidor, 124 pages, 1987 PIERRE CAYOUETTE POUR sa tendresse ou sa révolte, son humour ou son irrévérence, les Québécois aiment Renaud, même s’ils peinent parfois à démêler les pelotes de son parler populaire.Ils liront donc avec bonheur cet ouvrage qu’ont écrit Dominique Sanchez, journaliste, et le frère de Renaud, Thierry Séchan.On y retrace pas à pas le véritable raz de marée que fut à ce jour la vie du « chanteur impertinent ».Renaud est né le 11 mai 1952, en pleine guerre de Corée, dans une maison de brique rose, à l’extrême sud de Paris, à deux pas de la porte d’Orléans.Très tôt dans son enfance, se remémore son frère, le vacarme de l’histoire lui parvint.« La guerre d’Algérie fut notre premier traumatisme, le second devait être la guerre du Viêt-nam », écrit le frangin de l'autre.Au lycée, le petit Renaud ne fut pas un élément particulièrement brillant, y apprend-on.Déjà il n’aimait pas « le travail, la justice et l’armée », comme il le chantera plus tard.Gagné par la « révolution » des années 60, il a fêté ses 16 ans sur les barricades du Quartier latin, en mai 68.Installé dans la Sorbonne occupée avec sa guitare et son sac de couchage, il compose sa première chanson (« Crève, salope ») et fonde le groupe .Gavroche révolutionnaire ! Il tire à bout portant sur les parents, les profs, les flics et les curés.En 1969, il abandonne évidemment ses études et devient vendeur dans une librairie du Quartier latin.Ses amis se constituent des bibliothèques fabuleuses ! En 1972, après trois mois d’ennui à Avignon, il revient à Paris et vit ce que son frère appelle son époque « dandy ».L’année suivante, guitare en bandoulière, Renaud devient chanteur de rue, flanqué de son copain Michel Pons à l’accordéon.En 1975, il enregistre son premier 33-tours.Dès lors, il monte.Il monte jusque sur les planches de Bobino en 1980.Guichets fermés.En janvier 1982, il fait l’Olympia, juste après Yves Montand.En 1984, avec « Morgane de toi » et la petite Lolita, il bat tous les records français de ventes de disques.Au Québec, il charme toute une génération de jeunes adultes avec sa chanson « En cloque » qui décrit la beauté de la maternité comme personne d’autre ne l’avait fait.Aux yeux de son frère et de Dominique Sanchez, qui présentent une centaine de photos de l’artiste, Renaud est davantage qu’un chanteur.Il est un symbole, une lampe témoin d’une époque pour une partie de ceux qui la vivent.Le commerce extérieur du Québec Suite de la page D-1 qu'échanges mutuellement avantageux basés sur les avantages comparatifs des pays concernés, les marxistes voient des rapports de domination à l’intérieur d’un système mondial hiérarchisé et structuré, où les puissances dominantes se réservent les industries les plus cruciales dans le processus global de production, notamment les biens d’équipement.Pour leur part, les néo classiques conçoivent difficilement que certains produits puissent avoir plus d’importance que d’autres; peu importe que l’on produise du sucre ou des ordinateurs, du moment que cela correspond aux avantages comparatifs.Mais ces derniers n’ont rien de naturel ni rien d’éternel, ils sont lç produit d’un développement historique marqué par la violence et l’oppression.Nous n’avons pas l’intention, dans ce texte, de refaire l’histoire du Québec, ni celle du système mondial.Notre ambition est beaucoup plus restreinte.Elle consiste à établir la position actuelle du Québec dans le système mondial à la lumière de ses échanges extérieurs dans le commerce des marchandises et des services, les flux technologiques et les mouvements de capitaux.[.] Aujourd'hui, on aborde les questions commerciales avec comme préoccupation principale d’établir les conséquences possibles du libre-échange sur les sociétés québécoise et canadienne.Sans nier la pertinence de ce questionnement, nous croyons qu’il est indispensable de le situer dans le cadre d’une analyse globale de la place du Québec dans la division du travail au Canada et dans le monde.Or l’examen systématique des sources disponibles et des études effectuées à ce jour nous a conduit à rejeter plusieurs thèses centrales constamment réitérées dans les écrits quant au caractère du commerce extérieur du Québec.C’est ainsi qu’on voit généralement le Québec comme un grand exportateur de matières premières et un importateur de produits manufacturés, alors que l’examen des sources disponibles montre le contraire : le Québec est, en fait, importateur net de matières premières pour des sommes considérables, bien sûr, mais il compense ces importations par des exportations nettes de produits manufacturés.Et ces derniers ne se résument pas aux produits intermédiaires; ils comprennent aussi une part importante de produits finis, et même de produits considérés comme étant de haute technologie.(.) On pourrait se demander comment une erreur de cette envergure a pu se perpétuer pendant des années dans les études et échapper à l’attention des spécialistes.La réponse à cette question nous parait résider en partie dans la position dominante du courant néo classique, pour lequel tous les produits se valent; par conséquent, la composition des échanges constitue un problème secondaire.C’est ainsi que les économistes néo classiques peuvent an/loncer avec la plus grande assurance que le libre-échange aura des effets bénéfiques sur l’économie du Québec, sans avoir besoin de savoir quoi que ce soit sur la nature exacte des produits échangés, voire même en conservant des impressions entièrement trompeuses à cet égard.La validité de leur verdict est tout à fait indépendante de quelque analyse concrète que ce soit, ce qui revient à dire que leur position tient davantage de la profession de foi que de l’analyse scientifique.Nous croyons, quant à nous, qu’il faut partir de la réalité concrète des échanges extérieurs pour juger de l’impact possible du libre-échange, non seulement par secteur, mais en ce qui a trait à l’équilibre global des échanges pour l’économie québécoise dans son ensemble.Si l’économie mondiale constitue un tout et non une somme de parties séparées les unes des autres, c’est encore plus vrai des économies nationales.(.) (Tous droits réservés, 1988, éditions Asticou.) Pour les 40 ans du «Refus global» Suite de la page D-1 bec aura aussi été le fruit d’autres mouvements et phénomènes : en particulier, des syndicats ouvriers qui allaient bientôt s’élever contre un népotisme politique, économique et clérical; de l’apparition de la télévision et de ses commentateurs ou vulgarisateurs de premier plan, comme les regrettés Fernand Seguin et René Lévesque; du travail des chansonniers et de la création, à l’Université Laval, d’une faculté des sciences sociales.La liste pourrait s’allonger encore.Et cette révolution allait se poursuivre en arts par le truchement de revues, de manifestations et de maisons d’édition : l’Hexagone, Parti pris, la SMCQ, L’Infonie, « La Nuit de la poésie », La Barre du jour, pour n’en citer que quelques-unes.On ne peut donc affirmer, comme sont tentés de le faire les auteurs de l’exposition et du livre publié à l’occasion, que Refus global inaugure à lui seul la « modernité » au Québec.Saint-Denys Garneau avait ouvert de nouvelles voies, tout comme Alain Grandbois qui publiait, en 1944, Les Iles de la nuit, avec des illustrations de Pellan, et qui, en 1948, livrait ses Rivages de l'homme pendant que Paul-Marie Lapointe lançait son Vierge incendié.Sans compter que, dès 1943, Robert Élie, de La Nouvelle Relève, consacrait à Borduas le deuxième ouvrage de sa collection « Art vivant ».Gaston Miron le constatait en 1957 : « Avec le recul nécessaire, il apparaît que le mouvement de Refus global n’a pas eu les répercussions attendues par ses promoteurs, du moins en littérature.» Refus global aura exercé une importante influence, mais surtout sur la génération suivante, celle qui fit son entrée sur la scène culturelle à partir du milieu des années 1960.Il ne fait toutefois pas de doute qu’aucun autre événement culturel dans l’Histoire du Québec ne peut être comparé à Refus global, ne serait-ce que parce qu’il ne s’est pas agi d’un geste individuel et que, par l’entremise de ses 16 signataires, plusieurs disciplines artistiques (littérature, beaux-arts, arts de la scène) s’associaient pour dénoncer un état de stagnation : pour la photographie, Maurice Perron; pour la peinture, la scénographie et la sculpture, Bor- duas, Riopelle, Leduc, Ferron, Mousseau, Arbour, Gauvreau (Pierre), Sullivan — également danseuse tout comme Louise Renaud et Françoise Riopelle ; pour la littérature, Thérèse Renaud, Bruno Cormier et Claude Gauvreau; pour le théâtre, enfin, Muriel Guilbault.L’exposition de la Bibliothèque nationale nous les présente dans des photographies prises à l’époque même du Refus global, des photos souvent inédites et pour la plupart l’oeuvre de Perron.Pour savoir ce que sont devenus aujourd'hui ces signataires, le public devra visiter une autre exposition, qui se tient à la maison de la Culture de la Petite-Patrie (angle Saint-Zotique et de Lo- Sulte de la page D-1 toute épreuve : « Ils ont une façon de se moquer, de tout tourner en dérision, de faire des blagues même quand ça va au plus mal.Cet instinct de survie, il est en Pauline et ses 14 louveteaux, il est le propre des gens du village, l’intrépide Noum, la belle Catherine, le gros Camille.» Des personnages qu’il a créés sans parfois se souvenir de les avoir connus, et qu’il visite subrepticement pour les mettre en garde contre certains dangers ou leur parler à voix basse : « C’est une famille sortie de mon imaginaire.Pendant deux ans et demi, j’ai délaissé mes cours de littérature et de création littéraire à l’Université du Québec à Montréal pour me consacrer à elle.» S’il cite Flaubert — « Madame Bovary, c’est moi » — ou encore Proust — « On n’écrit bien que ce qu’on a perdu » — c’est pour étayer son propos.Simple routine intellectuelle pour qui a vécu sous l’ombrelle des classiques.Ses personnages sont-ils universels ?« L’universel se trouve dans le particulier, dans le plus petit détail de la personnalité humaine.Seuls les grands écrivains comme Dostoïevski, Tolstoï, Proust ont su créer des personnages universels car ils sont allés chercher chez une personne, le bourgeois, par exemple, ses sentiments premiers concernant l’amour, l’appât du gain, la naissance, la mort.» Nés des souvenirs de ses 13 ans passés à Maria, près de la baie des Chaleurs, ses personnages ne seraient pas si l’imagination n’avait pas fait le reste : « Je me suis laissé une totale liberté d’invention.Car la fiction est plus vraie que le réel.Elle obéit à des lois internes.On est dans le vraisemblable et on se sent obligé de donner tous les détails pour créer et redessiner.La fiction devient le principe réorganisateur des événements réels.» Noël Audet, homme de lettres et conteur sans prétention, est lui-même personnage sans détour.Il n’est pas rare de l’entendre dire à propos de son expérience littéraire rimier), où il découvrira aussi quelques-unes de leurs oeuvres, prêtées pour la circonstance par le critique d’art Normand Biron.On pourra profiter de l’occasion pour acheter, à la Bibliothèque nationale, le « catalogue » de l’exposition (coédité par l’Hexagone et le ministère des Affaires culturelles) qui contient le texte intégral du manifeste.Préparé en collaboration par André-G.Bourassa et Gilles La-pointe, ceux-là mêmes auxquels on doit également l’édition critique des oeuvres de Borduas, parue aux PUM sous le titre Écrits I, l’ouvrage est abondamment illustré.Ceux que le sujet passionne feront bien de se procurer un autre ouvrage de Bourassa, qu’il « s’est amusé à dépeindre de telle ou telle façon ».Il s’est aussi « amusé », en mélomane, à composer son oeuvre comme une fresque musicale, en trois mouvements : les années 20 à 45 se déroulent au rythme d’un allegro vivace, « comme si l’on accordait ses violons » ; la deuxième partie, Catherine et ses hommes, est construite comme un andante, et Martin l’emporté a les accents chaotiques d’un scherzo pour dépeindre la vie moderne bousculée par le tourisme.Amoureux de la beauté comme peut l’être tout créateur épris d’absolu, il introduit l’idée de « désespérance de la beauté » chère à Baudelaire et incarnée par Catherine ou la mer souvent déifiées : « Quand on approche de l’absolu, il est question de profanation, d'interdit.Le grand drame de l’existence, ajoute l’humaniste, c’est le temps, le vieillissement, preuves que l’absolu nous est interdit.Il reste l’art pour l’entrevoir.» L’écrivain est intarissable quand il vient à parler du pouvoir salvateur de l’écriture : « Travailler pendant deux ans et demi à raison de cinq heures par jour, c’est épuisant et merveilleux parce qu’on se réunifie, on retrouve son centre.La vie présente, les connaissances, l'affectivité mais aussi l’inconscient y sont interpellés et ressortent au bout de la plume.» Il est fier d’appartenir à cette nouvelle génération de romanciers qui, tels Arlette Cousture, Yves Beauchemin ou Francine Noël, s’adressent à un large public et recréent cet imaginaire trop souvent méprisé.« Pour moi, la littérature révèle un peuple à lui-même.Elle doit être lisible, accessible.Il faut aller chercher nos lecteurs.» Il convient que certains de ses amis lui reprochent d’être conteur, « comme si c’était un défaut ».De quoi le faire regimber et lâcher le mot de Cam-bronne couronné d’un éclat de rire.« Il faut cesser de suivre les courants à la mode au détriment de notre propre imaginaire.Quand on n’a pas encore commencé de raconter sa propre histoire, il ne vaut rien de donner dans le “nouveau roman” français Surréalisme et Littérature québécoise, réédité dans la collection « Typo », à l’Hexagone.Soulignons en terminant que, malgré les nombreuses manifestations qui ont rappelé, tous les cinq ou 10 ans, la publication de Refus global, une seule exposition avait été jusqu’ici consacrée aux écrits de ses signataires.C’était en 1959, au musée des Beaux-Arts de Montréal.Pour la première fois, une bibliothèque présente ces écrits au grand public et il est heureux que la BN en ait pris l’initiative.On regrettera pourtant que cette institution, créée en 1967, ne dispose pas d’un plus grand nombre de manuscrits.— Jean Chapdelaine Gagnon i____J NOËL AUDET.d’où histoire et personnages sont absents.» Les plus beaux fleurons de la littérature sont, pour lui, Milan Kundera et Gabriel Garcia Marquez, « des écrivains qui réfléchissent tout en faisant de la fiction, séduisent aussi — n’est-ce pas là le but ultime de l’art ?— tout en passant un message ».Également critique littéraire, Noël Audet juge avec sévérité « cette façon uniforme de représenter la littérature d’ici » : « On fait une publicité équivalente pour tout alors qu’il faudrait savoir distinguer les oeuvres hermétiques des autres, plus directes.Renouer avec le public, prendre le temps de se constituer une base littéraire, culturelle, solide, fait partie de l’évolution normale d’une société qui cherche à savoir ui elle est.» Ce langage, certains tudiants de Noël Audet le trouvent démodé ou trop conforme, mais le prof de lettres est trop convaincu de sa justesse pour y renoncer.— France Lafuste La Gaspésie de Noël Audet Esther Rochon et le compromis de la SF Suite de la page D-1 un coquillage justement, énorme, au point d’abriter toute une famille.Quant au mollusque qui y vit, il fait preuve d’une bonté comme on en voit rarement.Tendre et doux, il donne à un comptable malheureux tout l’amour qui lui manquait.Mais cet amour devient une drogue, et le pauvre devient obèse et très malade.Devenu vieux, Thrassl (le nom du comptable) éclatera enfin, donnant le jour à deux bébés-mollusques.Tout au long du roman, il aura vécu dans le coquillage avec un couple.Il a eu, avec la femme de l’autre, un enfant.Le trio engage une jeune immigrante comme « femme à tout faire », Xunmil.Partagée entre le dégoût et la fascination devant le corps difforme et répugnant de Thrassl, elle s’unira à lui.Une belle histoire, toute d’intériorité, de gestation, de féminité, de malaises aussi.On y retrouve les soucis de la mère (l'amère) seule, excédée, désillusionnée devant la dure réalité de la maternité, et aussi cette incroyable séduction de la laideur qui oppose le mollusque à Xunmil dans un duel pour le vieillard hideux.On est bien loin ici des guerres intersidérales ! Les femmes ont toujours été très rares dans le domaine de la science-fiction.En tant que personnages et en tant qu'auteurs.Esther Rochon serait-elle en train de donner à ce genre un aspect tout nouveau, plus LÀLCÜÔL ) AU VOLANT fl QU'ON SE LE DISE près de l’humain ?« Aux États-Unis, les femmes délaissent la science-fiction depuis les années 65-70.Elles se consacrent à un nouveau genre appelé “ fantasy” dont Tolkien serait le patriarche, qui met en scène des dragons et des licornes et où l’on pleure beaucoup .», dit-elle, un tantinet méprisante.« La vraie bonne science-fiction, aujourd’hui, c’est celle de Fritz Leiber, Thomas M.Dish, Lucius Shepard, entre autres.» Elle avoue que ces trois auteurs américains, peu connus du grand public, ont eu sur elle une certaine influence.Quant aux éléments autobiographiques, ils ont eu aussi leur importance, dans Coquillage.Esther Rochon est mariée depuis l’âge de 22 ans.Elle a eu deux enfants.« J’ai aussi connu la maternité, avec ses joies et ses misères : le monde qui se referme, la jeunesse qui finit.» Là s’arrêtent les confidences sur sa vie privée.Quand elle parle, d’un débit rapide, elle sait toujours exactement où s’arrêter, semble-t-il.Comment devient-on auteur de science-fiction ?« Je ne m’en souviens pas, j’ai toujours écrit de la SF », répond-elle.Il est vrai qu’à 16 ans déjà, elle gagnait son premier prix littéraire pour une histoire de science-fiction.« À l’époque, je dévorais tous les Azimov, les Clarke, les Silverberg.ce qui ne m’empêchait pas de bien réussir en classe.J'étais une élève modèle, aussi bonne en français qu’en mathématiques.Entre les deux, j’ai choisi les mathématiques, ce qui est rare pour un écrivain, mais pas surprenant du tout pour un écrivain de science-fiction.» Née de parents artistes, Esther devenait ainsi « la scientifique de la famille ».Et la science-fiction devenait le compromis rêvé entre l’héritage artistique et les mathématiques.À 26 ans, elle publie son premier roman, En hommage aux araignées, suivi de L'Épuisement du soleil.Coquillage est son troisième roman.Polyvalente, elle écrit des contes pour enfants et des nouvelles considérées comme des textes de littérature générale.Coquillage a d’ailleurs été édité aux éditions de la Pleine Lune, comme un roman, sans aucune étiquette.Malgré tout, elle s’obstine à lui attribuer le titre de science-fiction.La critique sociale, très prisée dans le milieu, n’est pourtant pas du goût d’Esther Rochon : « Je ne suis pas féministe, ni séparatiste, ni rien, la politique ne m’intéresse tout simplement pas », lâche-t-elle.Mais elle a conscience de ses privilèges dans le monde ingrat de la SF.« La science-fiction souffre de préjugés tenaces.Et quand je vois mon nom dans les journaux, je songe aux 20 autres auteurs plus spécialisés, dont on n’a encore jamais parlé », conclue-t-elle.En dehors de l’écriture, elle consacre beaucoup de temps à sa nouvelle religion : le bouddhisme.« J’avais toujours été catholique jusqu’à ce dimanche où j’ai dû choisir entre aller à la messe et me laver les cheveux.Et j’ai choisi de me laver les cheveux, dit-elle en riant.Plus tard, après la naissance de mon fils, j’ai commencé à me poser des questions d’ordre métaphysique.Pour calmer mes angoisses existentielles, j’ai consulté des livres sur différentes religions et j’ai été séduite par le bouddhisme, qui n’impose aucun dogme, aucune foi en qui que ce soit; la philosophie en est toute simple, basée sur la logique; on a cette vie-là, alors autant s’en servir à rendre heureux le plus de gens possible.» Et pourquoi pas des chats ?— Pauline Cyr POUR DES VACANCES PAS BÊTES IL FAUT LIRE: MYRIAM PREMIÈRE MARYSE de Francine Noël Les romans de notre époque! vit) éditeur la petite maison DE LA GRANDE LITTÉRATURE
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