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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1988-11-05, Collections de BAnQ.

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• le plaisir des ivres I John Irving se retrouve encore une fois sur la liste des best sellers avec son nouveau roman L’Épopée du buveur d’eau.D-2 I De François Gravel et Roger Lemelin, deux ouvrages différents.Le premier retrace un cheminement, le second parle d’une habitude.D-3 I Au coeur du Transvaal, un roman d’avant l’apartheid : Le Conservateur.D - 4 I Mourir idiot, de Yves Gibeau, c’est aussi, selon Lisette Morin, l’occasion de ne pas lire idiot.D-5 I Nostalgie en songeant aux salles de cinéma du Montréal d’hier et aux airs de Maurice Chevalier.D-6 I À la veille des élections américaines, une question angoissante sur le rôle réel de la publicité télévisée.D - 7 I Pour redécouvir le charme et la magie d’Alain Granbois, un petit essai de grande tenue : Périples autour d'un langage, de Lucien Parizeau.I)-8 Montréal, samedi 5 novembre 1988 Poupart pessimiste par optimisme GUY FERLAND ASSIS sagement devant une table dégarnie, il réfléchit.Quelques miettes de pain traînent paresseusement sur la nappe parmi d’autres détritus, résidus d’un repas bien arrosé.Le serveur, qui est aussi le patron de l’établissement, lui offre un cognac.Il prend le verre dans sa main et fait jouer le liquide mordoré tout en humant la forte odeur de l’alcool.Il décide de tuer l’interviewer, si jamais l’entrevue est publiée dans le journal.Bien que maîtrisant parfaitement son sujet, Jean-Marie Poupart s’est fait surprendre par la première question.Est-ce que le début de son dernier roman qui vient de paraître aux éditions Boréal, La semaine du contrat, ressemble à celui de Beaux draps, son roman précédent ?Non ?Pourtant, on retrouve dans les deux cas un narrateur écrivain qui prend des notes pour retrouver l’inspiration.« C’est peut-être que j’ai besoin, moi aussi comme écrivain, de prendre des notes pour trouver une stimulation à écrire, répond-il en entrevue.Ce peut être n’importe quoi, une phrase entendue dans un film, une situation cocasse rencontrée dans la vie de tous les jours, une anecdote racontée, un commentaire entendu dans une conversation, etc.».Cette stimulation, le narrateur principal de son dernier roman la trouve dans une phrase entendue à la radio.La citation ouvre d’ailleurs le livre et elle est pleine de sens : « Une fois qu’on s’y est entraîné, le pessimisme devient aussi agréable que l’optimisme.» L’auteur partage-t-il le goût de son personnage pour le pessimisme ?« Parfaitement, répond Jean-Marie Poupart, dans une envolée remplie de rires.Je suis quelqu’un d’absolument pessimisme.Comme disait Cocteau, je suis pessimiste par optimisme.Le pire peut toujours arriver.Et en s’attendant au pire, on ne risque pas d’être déçu, puisque le pire ne produit que très rarement, ür, lorsque j’ai rencontré la phrase d’Arnold Bennett, j’ai trouvé que ça correspondait tout à fait à l’esprit de mon personnage et je l’ai mis en tête du livre.» De grands éclats de rire viennent émail-ler et relativiser ces sombres propos.Dans Beaux Draps, le narrateur suprêmement ironique était hanté par l’idée du suicide.Dans La semaine du contrat, le narrateur veut tuer deux critiques qui l’ont descendu dans leurs papiers du samedi.La mort rôde toujours dans les parages de l’oeuvre de Jean-Marie Poupart.« La mort et la sexualité sont les deux problèmes essentiels de la vie, explique-t-il.Je ne suis pas le premier ni le dernier à dire ça.Mais il est quand même curieux qu’on vive comme s’il n’y avait jamais de fin.Je ne dis pas qu’on devrait penser continuellement à ça, mais il ne faut pas l’occulter pour au- tant.» Et en effet, l’idée de la mort n’est pas tellement morbide lorsqu’on peut jouer avec comme le fait Jean-Marie Poupart dans ses romans.Cet aspect ludique dans ses livres n’a jamais été relevé suffisamment, note-t-il : « Je cache des choses dans mes textes que la critique et la lecture rapide ne voient peut-être pas, mais qui, j’en suis persuadé, agissent en douce.Dans mes années de formation, je lisais souvent du nouveau roman.Je trouvaisqu’il y avait beaucoup d’ironie dans les romans des années 60 de Robbe-Grillet par exemple, de même que, un peu plus tard, dans les romans de Georges Perec.J’ai voulu faire un peu la même chose à ma façon.» Force est de constater que l’humour noir est partout présent dans La semaine du contrat.À commencer par la mise en abîme qui fait du personnage du roman un écrivain qui vient de publier un livre avec comme personnage principal un écrivain hanté par l’idée du suicide.Mais Jean-Marie Poupart se défend véhémentement d’etre le personnage de son livre.« D'abord, je n’ai pas été éreinté par la critique à la sortie de Beaux Draps.Ensuite, oui, je suis le narrateur du livre.Mais je suis aussi sa fille, son amie, sa concierge, etc.» Voilà le piège qui se referme pour qui voudrait absolument voir l’auteur derrière le narrateur principal du roman.Gare aux interprétations trop hâtives ! « Ce que j’ai voulu faire dans mon roman, c’est de montrer jusqu’où peut mener une panne d’inspiration chez un écrivain, continue-t-il.C’est pourquoi l’action proprement dite commence très tard dans le récit.Il fallait avant tout asseoir la panne et pousser le personnage à la limite avant qu’il pose le geste irréparable.L’exécution du contrat se devait de se dérouler en parallèle avec les réflexions du personnage sur l’écriture.Et puis, il faut bien le dire, j’ai fait ma petite enquête dans le milieu des mercenaires.11 m’a fallu passablement de temps avant de rejoindre quelqu’un qui puisse me parler de job de bras ou de casser des jambes avec des sous-entendus sur l'élimination pure et simple d’individus__ » Hormis quelques bousculades avec des amis d’enfance, Jean-Marie Poupart n'est heureusement pas quelqu’un de violent dans son comportement.Pourtant, il affirme « avoir voulu réveiller l’instinct de tuer chez le lecteur.J’ai tenté de mettre la personne qui lit devant ses pulsions violentes en la menaçant directement ».On comprend alors que le •< je » du narrateur n'est peut-être pas l’auteur.« Tous les changements de pronoms personnels dans la narration s’inscrivent dans cette volonté de désarçonner le lecteur pour qu’il Voir page D - 8 : Poupart JEAN-MARIE POUPART PHOTO CHANTAL KEYSER Pierre Tisseyre croit toujours à la noblesse du métier d’éditeur PIERRE TISSEYRE PHOTO CHANTAL KEYSER FRANCE LAFUSTE Quand j’ai créé le prix du Cercle du livre de France, il y avait parmi les concurrents Anne Hébert, Françoise Loranger et Pierre Bail-largeon.J’ai vraiment eu la crème de la crème.Par la suite, Y ves Thé-riault et Jean Simard ont concouru.Tous les écrivains connus, sauf Roger Lemelin, qui avait déjà publié ses principaux livres chez Paul Mi-chaud à Québec et chez Flammarion à Paris, ont tenté leur chance au prix du Cercle.» Le commentaire est de l’éditeur Pierre Tisseyre qui se rappelle l’année 1949 comme si c'était hier.Il est extrait du livre Quand notre littérature était jeune, série d’entretiens à bâtons rompus avec l'écrivain Jean-Pierre Guay.Évidemment, poursuit Pierre Tis- seyre dans ses confidences, c’était un prix sur manuscrit.Ce n’était pas un prix donné à un livre déjà publié, mais j’attirais ce qu’il y avait de meilleur.Pierre Tisseyre a le souvenir précis des lieux, des dates, des circonstances.À l’aube de ses HO ans, il raconte les hauts et les bas de la vie d’un éditeur depuis son arrivée au Québec en 1945 avec une préci sion, un sens de l’anecdote et un bagout étonnants.Les traits sont vieillis certes, mais le maintien reste fier et le sourire d’une ineffable séduction.Si le prix du Cercle du livre de France n’existe plus, ses convictions n’ont pas changé.Celui qui joue un grand rôle dans le développement de l'édition culturelle au Québec, et avait pour rêve de « lancer la littérature canadienne-française à travers le monde », croit toujours, dur comme fer, en la noblesse de son métier : « Ce qui compte pour un édi- teur culturel, ce n'est pas gagner de l'argent, c’est publier des oeuvres de qualité.Quant au roman, c’est la locomotive.Regardez les grands succès de l’édition, Le Matou, Les Pilles de Caleb ou les derniers romans de Michel Tremblay.Ceux qui les ont publiés ont fait un bon coup.Un roman qui marche attire un grand nombre de lecteurs.Et puis, c’est par le roman que l’écrivain peut se faire reconnaître internationalement.À deux reprises, nous avons forcé la porte des prix littéraires français, avec Bonheur d'occasion en 1949 et Pélagie-La-Charrette en 1979 Et, c’est avec Kamouraska de Anne Hébert que nous avons vraiment intéressé le public français.» Pierre Tisseyre aurait pu continuer une carrière d’écrivain commencée pendant la guerre de 59-45, alors qu’il était en captivité.Ses deux Voir page D - 8 : Tisseyre Mon métier est le plus beau métier du monde Journaliste et animateur, Gérard-Marie Boivin a transcrit et mis en forme (quelques unes des interviews présentées à son émission iquotidienne II fait toujours beau quelque part (CBF-Montréal).Du Cardinal Léger là Y van Deschamps, sans (oublier Jean Chrétien et Doris Lussier, c’est un portrait de I famille que brosse À micro louvert, titre lancé par les 1 Éditions Albert Saint-Martin.De l’introduction de ce livre, 1 voici quelques pages.Luc Lecompte Le dentier d’Énée Roman GÉRARD-MARIE BOIVIN GÉRARD-MARIE BOIVIN MON M ÉTI ER est le plus beau du monde, j’aime à le clamer, et ce n’est pas une « peau de chagrin ».Je me définis comme communicateur, une courroie de transmission, un haut-parleur, un amplificateur, un faire-valoir pour parler théâtre, un go-between pour parler anglais, un gofer pour parler cinéma ou canadien-anglais.Radio ou télévision, plus on s'efface, mieux on ressort.L'invité est le bijou, nous sommes la vitrine.Faire ressortir, c’est tout.Simple à dire, pas simple à faire ! Parce que cela justement impose des questions à poser.Toutes les réponses sont libres, mais certaines questions s’imposent.Je m'aperçois que, souvent, ce ne sont pas les meilleures.Je m’en suis mieux rendu compte encore à travers ce travail d’écriture qui m’aura permis une fois de plus d’apprendre mieux mon métier, mon art, comme je me permets de l’appeler pour moi seul, par amour, par passion.Parce que la technique y tient la première place et je parle de technique au-delà des machines, première clé dans la serrure de cette porte qui s’ouvre sur un vide médiatique qui fait zapper, flipper, commuter le consommateur, la consommatrice fatiguée, qui voulait seulement comprendre un peu mieux votre vie, sa vie, nos vies.Pierre Nadeau a été pour moi une émule, Fernand Seguin a été un Saint-patron.On me pardonnera ce langage démodé que lui-même récuserait, mais si j’appelle un art cette technique, c'est que c'est lui qui l’a inspiré.J'ai éprouvé d’intenses satisfactions dans l’exercice de ce métier en rencontrant des gens qui vivaient au balcon de l’Histoire, souvent à l’avant-scène et que je n’ai toujours au bout du compte rencontré que des hommes et des femmes invités dans votre salon, votre cuisine.Fernand Seguin me disait, avec ce merveilleux sourire de mon père, que j’arrivais à créer « une bulle de sérénité » autour de mes invités.Je ne suis pas prêt à couronner ma carrière, mais j’y garderai ce fleuron.On va chez Janette Bertrand parce qu’on y trouve de la compassion.On va chez les Pascau, Arthur et Cour-noyer, parce qu’on ne peut pas s’esquiver, on en ressort en comptant les plumes qu'il nous reste.J’aime à penser que nos invités quittent notre studio heureux d’avoir laissé parler leur âme, parler pour eux l’histoire de'leur vie, à leur façon édifiante.J'admire Barbara Fromm, dont la politesse noble et l’impeccable crédibilité font les meilleurs moments de la CBC.Trop souvent, dans l’entreprise de l’interview, un élément est occulté, celui du droit du public à l’information.Accepter de se soumettre à la question relève d’un courage qui suscite un certain respect.Qu'on me comprenne bien, ma technique, appelons-la comme ça, relève d'un choix personnel.Si on me reconnaît certaines qualités, si je me reconnais une certaine compétence, une expérience évidente, je les ai cultivées au contact de collaborateurs exceptionnels.C’est mon seul tapis rouge, celui que je veux déployer pour mes invités sans jamais les enfarger dans les fleurs du tapis.Les communications, les médias, la presse, les journalistes ont, surtout à Radio-Canada, le devoir et le mandat d'informer, sinon d’éduquer.Il y a de bons communicateurs et de mauvais, comme il y a de bons professeurs et de mauvais.Les uns et les autres ne peuvent exceller qu’à la condition de privilégier la rigueur et l'honnêteté.Ne parlons plus de la mythique objectivité qui a peu à faire dans le commerce des humains, encoré moins dans ce métier et que Lise Payette a, Dieu merci, enterrée pour nous il y a quelques années.J’aime ce journalisme que je fais dans ce que, dans le milieu du métier, on appelle la « radio générale », par opposition aux « affaires Voir page D - 8 : Métier Mêlant humour, grotesque et tragique, ce uenuer d’Enée raconte les tribulations d’Adam, un prof de i< souffre-douleur des étudiants, des collègues et de la direction.Ce premier roman de Luc Lecompte est une Norman Descheneaux Fou de Cornélia Roman d’écrire la tragédie intérieure d’un maniaque et velléitaire qui tente en biographie de Cornélia Goethe.Enfers d’une drôlerie i i déconcertant où l’humour de Norman la gravité du propos dans une CM • l'Hexagone ROMAN v : 1 Hexagone lieu distinr.tif ri une ROMAN lieu distinctif d'édition littéraire québécoise l’Hexagone D-2 B Le Devoir, samedi 5 novembre 1988 • h’plaisir des ivres John Irving a toujours su faire rire dans les moments les plus tragiques L’ÉPOPÉE DU BUVEUR D'EAU John Irving, Paris, Éditions du Seuil, 1988, 368 pages.PIERRETTE PIONNE L’ÉDITION réserve parfois de fort curieux hasards.Nous avions lu Le Monde selon Carpen 1981, l'Hôtel New Hampshire en 1983, Un mariage poids moyen en 1984 et l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable en 1986, croyant bien avoir suivi l’auteur depuis ses débuts.Or, voilà que les Éditions du Seuil lancent l'Épopée du buveur d'eau, le deuxième roman de John Irving paru en anglais, en 1972, ainsi que nous l’apprend la quatrième de couverture.Le merveilleux se mêle au vrai et la légende à l’histoire dans L'Épopée du buveur d'eau.N’allez surtout pas croire entièrement ce que l’on vous raconte puisque l’auteur dit lui-même qu'il est un « fieffé menteur ».Fred, Bogus ou Trumper, c’est selon les liens; pour ses parents, il est Fred; quant à sa femme elle l’a surnommé Bogus et son amie Tulpen l’appelle « gentiment » Trumper.Fred Bogus Trumper étudie la littérature comparée à l’Université de l’Iowa.Son sujet de thèse est un des plus rares, puisqu’il consiste à tra- duire du nordique primitif inférieur, langue morte d’origine germanique, le long poème épique d’Akthelt et Gunnel, dont il n’existe qu’une seule source d’origine plutôt obscure.Pour comble de malheur, personne ne connaît le nordique primitif inférieur; alors il émaillé son texte de quelques « trouvailles personnelles », mais en même temps celui-ci lui cause beaucoup de soucis.D’autant plus que prévoyant la fin du poème — où les héros seront accablés de malheurs — il renonce à poursuivre sa traduction.C’est un tendre, Bogus, et le monde est trop angoissant.L’espace d’un film, où il tient le rôle principal, relatant sa vie ratée, et de quelques aventures rocambolesques, il y reviendra comme à une forme de thérapie.Début d’année scolaire, il se retrouve « Bachelor of Arts » trop tard cependant pour chercher un emploi d'enseignant, l’année académique venant tout juste de commencer, et trop tôt pour une prochaine année.LA VIE LITTERAIRE GUY FERLAND L'utilisation des bibliothèques L’ASTED (Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation) dévoile les résultats d’un sondage Sorecom.Selon ce sondage, les Québécois d'âge adulte à la recherche d’information optent d’abord pour l’achat de livres ou de revues dans une proportion de 29 %, 26 % consultent des sources personnelles (amis ou connaissances), 24 % consultent des spécialistes, alors que 17 % optent pour la bibliothèque.La fréquence moyenne des visites à la bibliothèque s’établit à 0,7 par mois pour l’ensemble des Québécois.47 % des Québécois ne vont jamais à la bibliothèque.On fréquente la bibliothèque d’abord pour sa culture personnelle et ses loisirs (63 %), tandis que 30 % le font surtout pour le travail ou les études.L'emprunt de livres attire 40 % des utilisateurs, alors que 31 % y vont pour rechercher de l’information.Le taux de satisfaction à l’endroit des bibliothèques est très élevé (90%).Les utilisateurs des bibliothèques sont en général plus jeunes, plus scolarisés et plus fortunés que l’ensemble de la population québécoise.Rencontres Marie-Éva de Villers, l’auteure du Multi dictionnaire, sera à la librairie Hermès aujourd’hui de 14 h à 16 h.Loisir littéraire du Québec ouvre toutes grandes les portes de son « salon littértaire » et invite tous les amateurs de littérature à participer à son lundi littéraire du mois de novembre qui aura lieu le 7 novembre à 19 h à la Maison Ludger Duvernay, 82 ouest, Sherbrooke.Le 9 novembre, à 20 h, se tiendra à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal (465 avenue du Mont-Royal est) une grande soirée de lecture réunissant 18 des 21 écrivains qui ont participé au numéro du 20e anniversaire de la revue Les Herbes rouges.Le 9 novembre également, à 21 h, à la place aux poètes, qui se tient à La folie du large (1021 rue de Bleury), Janou Saint-Denis reçoit la romancière Anne Dandurant qui parlera de son livre L'assassin de l'intérieur LES ÉCRITS DES FORGES C.P.335 Trois-Rivières, G9A 5G4 fUMveauté& CLAUDE BEAUSOLEIL étrangers - Co édition Europe Poesu S, HO $ CLAUDE BEAUSOLEIL i i//.mnrrèie /cassette audio) — A rtulect (Parts) 10,00S PIERRE CH ATI LEON / ’ 1 rhre de mot\ S, 00 S HÉLÈNE HORION / corridon du temps S, 00 s GUILLEVIC A ures tes — photos Ser^e Mon^rain fi, 00 s DOMINIQUE LABARRIÈRE 1 isuaes pour mémoire — ( o-édit ion l.e C ustor A stral 10,005 GILBERT LANGEAT N l u saison hantée fi, 00 s RINA LASNTER /.'Ombre jetée 11 12,00$ ANDRÉ LAI DE / 'Oeuvre de chair — Co-idition Arcantère 10,00$ GÉRAIT) 1.ÉB1.ANC/CI.AEDE BEAI SOLEIL / a nui de ucadienne l'UH-HH - Co-édition le ( ustor Astral H, OO $ ANDREA MOORHEAD ,\im>ara 5,00$ BERNARD PO/TER ( es traces uue l'on croit ephémeres — C o-édition La labié Rase H, 00$ AMINA SAID Sables funambules — C o édition Arcantère 10,00$ DENUIS ST-YVES C landestin comme l'enfance H, 00$ Les difficultés ne manquent pas dans l’existence de Bogus.Avec son père, les relations sont plutôt orageuses.Prenant pour prétexte son manque de responsabilités, celui-ci lui retire son aide financière après son mariage avec Biggie qui attend un enfant.Ce qui a pour conséquence, il va sans dire, d’entraîner des difficultés hors du commun.Le couple survit de petits travaux allant de la surveillance en salle d’audiovisuel à l’Université jusqu’à la vente de badges, fanions, crécelles au stade de football.Les ennuis financiers donnent lieu à des événements cocasses.Il faut lire, en particulier, les nombreuses lettres que Bogus envoie à ses créanciers, Gaz-Electricité Iowa-Iilinois, Compagnie du téléphone Bell du Nord-Ouest, Services comptables de l’Université où il promet un paiement prochain, sinon un acompte dans les plus brefs délais.L’auteur, comme il l’a si bien réussi dans ses autres romans, traite avec beaucoup d’humour des situations souvent tragiques.Des passages plu- Diffusion: Prologue en librairie (514) 332-5860 Autres: DCR (819) 376-5059 (XYZ éditeur).Dans le cadre de ses soirées « A livre ouvert », la Société des Écrivains Canadiens présentera au grand public le 9 novembre prochain, trois poètes d’ici : P.Gaston Morissette, Jean Chapdelaine Gagnon et Serge Lega-gneur.L'événement aura lieu au restaurant Chez Marleau 323, rue Roy est.Contribution suggérée : $ 3.Le 11 novembre, Gloria Escomel, au-teure de Fruit de la passion (éditions Trois), sera à la librairie Hermès de 17 h à 19 h.Sur les ondes A l’émission Profession : Poète, diffusée à TV5 le jeudi 10 novembre, France Théoret viendra parler de sa vie et de sa profession d’écrivain.A Présent dimanche, demain matin autour de 9 h 30, Monique Belzil s’entretiendra avec Philippe Ramon sur son dernier livre, Putain d’Amérique, publié aux éditions Flammarion.La Sélection annuelle de Communication-Jeunesse 1988, l.ivresquébé-cois pour enfants, regroupe une quarantaine des meilleurs titres publiés au Québec : albums, romans, documentaires et magazines.Communication-Jeunesse distribuera cette sélection dans toutes les écoles, bibliothèques et librairies du Québec à Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd'hui 5 novembre de 14h à 16h Marie-Éva de Villers MULTI DICTIONNAIRE QUÉBEC / AMÉRIQUE Vendredi 11 novembre de 17h i 19h Gloria Escomel FRUIT DE LA PASSION Éditions TROIS Samedi 12 novembre de 14h à 16h Daniel Gagnon RIOPELLE GRANDEUR NATURE ttfklcs Samedi 26 novembre de 19h i 21h Lancement Molshé Kulbak LES ZELMINIENS en présence de Régine Robin Traductrice Seuil çk9 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 tôt amusants que ces lettres.Mais le roman est beaucoup plus que l’histoire tragique d’un jeune étudiant, époux, père de famille et amant aux prises avec des problèmes de nature diverse dont ceux se rapportant à son état de santé.En fait, l'histoire de Bogus ne représente que le nouveau texte d’un palimpseste.Akthelt et Gunnel au royaume de Thak, le long poème épique, sujet de sa thèse, en serait la première écriture.Les épisodes de la vie de Bogus seraient donc le dé calque, en version américaine, de ce poème.Une description fabuleuse de la Throgsgafen au royaume de Thak, substitut de la Thanksgiving chez nos cousins du sud établit plusieurs analogies entre la première et la dernière écriture du palimpseste.L’Épopée du buveur d’eau contient les thèmes chers à John Irving, l’amour, le couple, la sexualité, la difficulté de vivre avec soi-même et avec les autres, qu’il a développés par la suite dans ses quatre romans suivants.On se rappellera l’humour avec lequel l’auteur traitait ces sujets.On pourra en retrouver quelques excellents passages dans ce dernier ou plutôt dans ce deuxième roman de John Irving.Fiction et biographies 1 Le Zèbre Alexandre Jardin Gallimard (D* 2 Les derniers jours de Charles Beaudelaire Bernard-Henri Levy Grasset (3) 3 La Lectrice Raymond Jean Actes Sud (5) 4 Le Boucher Alina Reyes Seuil (2) 5 Les Tisserands du pouvoir Claude Fournier Québec/ Amérique (6) 6 Le Bûcher des v vanités Tom Wolfe Sylvie Messinger (4) 7 Le Langage perdu des grues D.Leavitt DeNoel (7) 8 Anne quitte son île Lucy-Maud Montgomery Québec/ Amérique (-) 9 Un Amour Insensé J.Tanizaki Gallimard (-) 10 Sur la Route de Gondolfo Robert Ludlum Laftont O) Ouvrages généraux 1 Lendemains piégés Claude Morin Boréal (1) 2 L’Homme qui devint Dieu Gérald Massadié Laffont (4) 3 Le Cristal et la chimère Fernand Séguin Libre Expression (2) 4 L’État du monde 1988-1989 Collectif Boréal (3) 5 Histoire générale du Canada Paul-André Linteau Boréal (5) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Rat-fin, Demarc, Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke Les Bi-blairies G.-G.Caza; Joliette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française * Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente mu iïïq ïït mmm l’occasion de la Semaine du livre pourenfantsquise tiendra de 12au 19 novembre prochain.Erratum Dans notre livraison de samedi dernier, le texte Bulles et dessins était l’oeuvre de notre chroniqueur de bande dessinée, Jean-Louis Dufresne.Mille excuses pour les inconvénients encourus.FRANCE THÉORET LA CITÉ DU DIEU PERDU une aventure de Thorgal, scénario de Van Hamme, dessins de Ro-sinski, Éditions du Lombard, 1987, 48 p.La grande aventure avec un grand « A ».Tous les ingrédients qui font les épopées épiques se retrouvent dans cette série de Van Hamme et Ro-sinski.Voilà déjà trois albums que le Viking Thorgal a quitté son territoire nordique pour traverser la Grande eau jusqu'au lointain pays de Qâ.Son ultime but consiste à atteindre la ville de Mayaxalt, la cité secrète du sanguinaire Ogotaï.En toile de fond d’un drame oedipien, Thorgal continue sa lutte contre la terrible et enjôleuse Kriss de Valnor.Prestation plutôt modeste pour ces deux auteurs qui, au cours des différents albums de cette série, ont su remporter quelques prix prestigieux (par ex.: Prix CBEBD 1986 pour le scénario de Le Pays de Qâ), La cité du Dieu perdu marque un certain ralentissement.RÉMINISCENCES LE DERNIER RENDEZ-VOUS Buddy Longway no 16, scénario et dessins de Derib, Éditions du Lombard, 1987, 48 p.Seizième album des aventures d’un cow-boy pas comme les autres, sensible, amoureux de la nature et respectueux du mode de vie et des traditions amérindiennes.Buddy Long-way, grâce au récit d’une vieille squaw du nom de Petite Lune, remonte dans le temps et apprend fi- Vient de paraître chez YÛU VERS L AMÉRIQUE de Tiziana Beccarelli-Saad Un roman de l’exil, de l’Italie à l’Amérique.Puis la jeune femme refait le parcours inverse.Toute une vie à s’affranchir des valeurs d’emprunt.11,95$ DU PHILOSOPHA, de Pierre Bertrand Un livre de débats, de sujets traités à chaud, l’éloge de ce que l’auteur appelle l’attitude philosophique.En somme, un lieu critique.10,95$ LL RLPOS PIÉGÉ de Michel Gosselin La suite romanesque de LA FIN DES JEUX.Simon a maintenant quatorze ans.Réfugié dans un mutisme qui l’isole, il cherche éperdument à élucider le mystère ou suicide de son père.15,95 $ LA BANLIEUE DU VIDE de Charlotte Lemieux Une réflexion serrée sur l’acharnement des discours à circonscrire le vide, à susciter des limites sécurisantes, une croyance.Le tout est suivi de quelques courts récits.11,95$ BARBE-ROUGE AU BASSIN d'Aurélien Quintin Le Bassin est le nom donné à une petite route de campagne.chemin des départs, des retours, de toute une culture racontée en sept récits inoubliables.17.95 $ SUBTERFUGE ET SORTILÈGE de Thérèse Renaud Cinq récits qui jouent de la variation des thèmes, des tons et du traitement: l’univers domestiqué des chats, la satire des astrologues, la femme de trente ans.etc.Le titre annonce donc tout un programme.12,95 $ Pour tout renseignement: 524-5900 BUDDY lOKGMie LE DERNIER RENDEZ VOUS % ' } '/ i ¦ nalement la vie de son père dont il était sans nouvelles depuis 40 ans.Ce qui fait la très grande qualité de cet album, c’est que les réminiscences, tant de Buddy Longway que celles de Petite Lune, se complètent et s’entrecoupent pour nous révéler petit à petit l’arrivée dramatique de la famille Longway en Terre d’Amérique.Un scénario fascinant, une histoire d’une facture superbe.Après 16 albums, qui un à un ont construit solidement l’univers psychologique de Buddy Longway, cette série ne démontre aucun signe d’essoufflement.U ne belle réussite.Poémique en France au sujet de l'inspiration de Belle d'un Seigneur PARIS (AFP) — Les secrets de I inspiration d’Albert Cohen pour son chef-d’oeuvre Belle du Seigneur ( 1968) font l’objet d’une polémique en France.Un ouvrage, qui sort jeudi en librairie, affirme que l’écrivain suisse (1895-1981) s’est inspiré, pour composer le personnage principal de son oeuvre, Ariane, d’une jeune femme avec laquelle il a eu une liaison de 1927 à 1930.Le livre controversé, intitulé Belle d'un Seigneur, est précisément écrit par cette ancienne maîtresse, Jane Fi 1 lion, aujourd’hui âgée de 90 ans, conjointement avec la journaliste française Nathalie de Saint-Phalle.La femme et la fille d’Albert Cohen ont demandé mardi la saisie de l’ouvrage à la justice.Bella Cohen et sa fille, Myriam Cham-Pigny, estiment que l’ouvrage constitue une « imposture » et « une atteinte intolérable au respect dû à la vie privée».Dans un article au quotidien Le Monde, en septembre, Bella ( ohen avait dénoncé par anticipât ion « les prédateurs », ceux qui, disait-elle, sont dans « l’incapacité de comprendre qu’il y a une grande part d’imagination dans une oeuvre romanesque » Elle soulignait alors que Belle du Seigneur est un « pur roman de fiction ».La justice doit se prononcer sur la saisie du livre jeudi.J / Livres neufs et usagés récents et anciens sur tous les sujets LA GRANDE LIBRAIRIE À CONNAITRE 251 Ste-Catherine E.I Le Devoir, samedi 5 novembre 1988 ¦ D-3 le plaisir des Le plaisir d’avaler des couleuvres L’EFFET SUMMERHILL François Gravel Montréal, 1988, Boréal, 224 pages La quatrième page de couverture affirme péremptoirement que « cette histoire n’a rien à voir avec un roman à thèse ».Pourquoi tant s’en défendre ?Ce serait plutôt, précise- Jean-Roch BOI7IN Lettres ?Québécoises t-on, « l’histoire d’une éducation sentimentale des extravagantes années 60 et 70 ».Soit, mais on n'imagine pas que François Gravel, avec toute la fantaisie contrôlée qu'on lui connaît, pourrait nous raconter l’histoire de trois générations de pédagogues sans que ne se pointe ça et là le bout du nez de la théorie.Ceci, par exemple, au début du chapitre 5 : « Peu importe s’ils se contredisent, peu importe s’ils ne sont pas fondés, le principe même des règlements est formateur.» C’est Jacques, le narrateur, qui définit ainsi le credo pédagogique de son père.Dans une première partie prestement enlevée, Jacques nous raconte son enfance originale dans un vieux manoir vermoulu et isolé entre son père qui s’est retiré pour se consacrer exclusivement à l’éducation de son fils et sa mère, discrète pourvoyeuse jamais nommée, qui reste à la périphérie du roman jusqu’à la fin alors que Louis, le père, disparaît mort d’épuisement avant la page 50.Tous les matins, sa mère part enseigner à une classe de 40 élèves pour gagner le pain quotidien et J acques se met au travail pour exécuter les exercices que son père lui prépare sans relâche.« Dès ma naissance, on m’avait fiché des entonnoirs dans les oreilles et on y avait déversé en vrac des tonnes de latin, de français, de mathématiques, de chimie, sans jamais essayer de me convaincre que cela pouvait m’être un jour utile, et encore moins amusant ou agréable.J’apprenais comme on respire, sans y penser, sans réfléchir.J’étais si bien rodé que la question de savoir si j’étais heureux ou malheureux ne s’était jamais posée.J’étudiais, point à la ligne.» En effet, il a l’air d’un enfant heureux ce Jacques, semble-t-il, parce que le « bonheur obligatoire » n’a jamais été mis à son programme.Le temps que Louis ne consacre pas à organiser son curriculum académique, il le passe à rédiger des articles pour des revues pédagogiques, fort de citer en exemple ses expériences avec le petit Jacques.Évidemment, on lui fait une réputation de fasciste dans le monde pédagogique où « l’effet Summerhill » aTait des ravages.Le grand-père Guillaume, également professeur, avait trouvé un poste à Leiston, en Angleterre, dans la célèbre école libre d’A.S.Neill, auteur des Libres Enfants de Sum merhill.Louis, qui voulait apprendre, y fut très malheureux car on voulait l’obliger à s’amuser.D’où son projet d'éducation autoritaire avec son fils.Quand Jacques aura obtenu brillamment son diplôme décerné par des inspecteurs réticents, Louis mourra parce qu’il n’a plus grand-chose à faire dans le roman.La mère continuera d’enseigner dans l’ombre attendant que le roman la convoque à la fin pour que la thèse, bon gré mal gré, atterrisse quelque part.Dans l’intervalle, Jacques ira s'inscrire à l’université en Éducation, afin qu'on voit un peu de quoi il aura l’air dans le vrai monde.Ah, le vrai monde de l’université ! Ce n'est pas là que Jacques se fera « une éducation sentimentale» ! Le postulat étant que ce qui n’est pas interdit n’est pas intéressant, ses aventures avec l’autre sexe seront anodines et anonymes.Quant au système des études universitaires, il a vite compris que la clé du succès est de savoir le contourner.L'université est visiblement en déroute avec ses profs à cheveux longs et sans cravate.Il deviendra professeur à son tour et le destin le conduira dans une école de banlieue où les étudiants obtiennent des résultats scolaires supérieurs, où ce sont les étudiants eux-mêmes qui ont réclamé que garçons et filles soient séparés et qui plus est, qu’on les garde pensionnaires.Et devinez qui est la directrice de cette école ?La propre maman de Jacques ! Jacques ne se fera pas d’amis.Ni chez les profs ni chez les étudiants.Il ne rencontre que des êtres caricaturaux et franchement déboussolés.Il aimera Hélène, la fille du doyen, la première jeune fille qu’il a connue.Aimer, c’est peut-être beaucoup dire, car la passion dans ce roman « d'éducation sentimentale » est à peine une petite fumée bleue qui enveloppe deux êtres.En tout cas.il auront un enfant et ça fera de belles pages pour la fin du roman.Hélène enseignera aussi, mais ça ne sera pas matière à spéculation.Les femmes dans ce roman tiennent leur place.François Gravel pratique un style léger, elliptique, séduisant et sans affectation, plein d’humour et de compassion discrète pour ses personnages même quand il les caricature, et il ne s’en prive pas.J’en connais peu d’autres capables de jouer aussi habilement du paradoxe, l’air de ne pas y toucher.Mais il s’est donné bien du mal pour faire défiler là-dedans A.S.Neill, Wilhelm Reich et Jean-Jacques Rousseau.Et pourquoi pas le DrSpoek et Marcuse ?De toute façon, il sait mieux que personne que la pédagogie n’a jamais cessé de faire l’aller-retour entre Sparte et Athènes.Mais voilà, il raconte avec tant d’esprit qu’on est bien prêt à le suivre n’importe où, même si ce n’est pas le voyage du siècle.Et, quand il veut noiis faire avaler des couleuvres, on a envie de dire merci pour le plaisir.Ce roman-là, trop encombré de sa démonstration, n’atteint pas la réussite de Benito, son précédent.Les commencements, les cheminements de la faculté des sciences sociales de Laval CINQUANTE ANS DE SCIENCES SOCIALES À L’UNIVERSITÉ LAVAL L’histoire de la Faculté des sciences sociales (1938-1988) Sous la direction d'Albert Faucher, Québec, Faculté des sciences sociales de l'Université Laval, 1988, 390 pages.MARCEL FOURNIER Le père Georges-Henri Lévesque a reçu au printemps le Prix du mérite canadien des mains du président de la Fédération canadienne des étudiants, Tony Macerollo (au centre), en présence de la présidente du Conseil des arts, Mme Maureen Forrester.Par l’organisation d’un colloque 50e anniversaire autour du thème « Nos institutions, leur rôle, leur avenir », la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval voulait, en octobre dernier, susciter une réflexion sur les changements que le Québec a connus dans divers secteurs d’activités (État, éducation, Église, famille, coopération, syndicalisme, etc.).Elle souhaitait aussi rendre hommage au fondateur de la faculté, le R.P.Georges-Henri Lévesque, O.P.et, en regroupant les « anciens », à tous ceux et celles qui ont contribué au développement de cette institution universitaire.L’on connaît bien l’oeuvre du Père Lévesque : il en a lui-même parlé avec éloquence dans ses Souvenances.Mais quelles furent les actions de ses collaborateurs et de ceux qui ont pris la relève ?Une route organisation des premiers enseignements, place de l’éducation des adultes et de l’éducation coopérative, etc.Viennent ensuite sept chapitres qui, consacrés à chacun des départements ou écoles de la faculté, « expliquent leur formation et leur développement, du point de vue de l’ensei- vers l’Inde Les Cinquante ans de sciences sociales retrace, comme l'indique M.Faucher, « les commencements, les cheminements et les continuels efforts d’adaptation de la faculté aux ressources et aux besoins de la société ».Rédigés par de proches collaborateurs du Père Lévesque (Jean-Charles Falardeau, Eugene Buissière, Napoléon Leblanc), les premiers chapitres présentent les débuts de la Faculté : orientation et parsemée d’embûches LE PONT DE LONDRES Louis Gauthier VLB éditeur 96 pages GUY FERLAND Avec Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier commençait un cycle de trois romans ayant pour thème ses voyages en Europe en route vers l’Orient.À la recherche de l’éternité et du silence, le narrateur était pris dans toutes sortes de contraintes qui l’exaspéraient.« Vouloir ne pas vouloir », ne se trouvait pas une mince affaire, ni « traverser les apparences » de la fiction humaine qu'on nomme réalité.Le pont de Londres continue ce voyage onirique.Là, Louis Gauthier, toujours avec son écriture impeccable et belle qui semble couler de source, fait sentir la précarité de l'existence d’un héros solitaire en proie à l’oisiveté.L’attente d’un départ vers l’Orient rêvé se révèle une épreuve de force peu commune.Surtout lorsqu’on se sent de trop et inutile.Le narrateur, pris entre deux eaux, c’est le cas de le dire, remet tout en question et observe les gens agir à distance.Cet état de torpeur est rendu magnifiquement par une écriture en demi-teintes qui laisse toujours plus deviner que ce qu’elle dit.Ce qui frappe dans les récits de Louis Gauthier, c’est la justesse du ton, le choix judicieux des termes, la simplicité du propos, sans fioriture ou maniérisme d'aucune sorte.C’est rare au Québec où on veut faire absolument du style.Pour suggérer, par exemple, que la réalité n’est peut-être pas ce que l’on croit, une simple question suffit : « Et qu’est-ce que la réalité quand on a le temps d’y réfléchir ?» Et, pour marquer le peu de poids des mots : « Et puis c’était encore des mots, et non pas l’expérience de la vie.» Mais l'ambiguïté du projet — rejoindre l’Orient, la sagesse du silence — n’échappe pas à l’auteur : « Au fond, la vie ne m'intéressait pas, seule la littérature m’intéressait, et ce qui dans la vie ressemblait à la littérature.C’était à la fois ma perte et mon salut.» Voilà pourquoi le narrateur passe le plus clair de son temps à se rappeler des scènes du passé plutôt que d’agir dans le présent en s’engageant vers l’Orient.Pour lui, l’éternité n’est pas vraiment un but : « j’aimais mieux le changement que la répétition, j’aimais mieux le mouvement que l'arrêt, j’aimais mieux la souffrance que l’absence de sentiment, j’amais mieux la vie que l’éternité.» Entre deux autres récits, Le pont de Londres fait le joint entre le rêve et la réalité.Une déchirure finale vient compléter la prise de conscience du narrateur.Ce récit révèle, si besoin était encore, un grand talent d'écrivain.On attend la suite avec impatience.Les livres dont on parle dans LE DEVOIR sont faciles à trouver chez RENAÜD-BRAY Sept jours par semaine jusqu'à minuit! 5219, ch.de la Côle-des-Neiges — 342-1515 — Station Côte-des-Neiges gnement et de la recherche » : Nicole Gagnon pour la sociologie, M.A.Thibault pour l’économique, Gérard Dion et James Thwaites pour les relations industrielles, Simone Pagé pour le service social, Vincent Lemieux pour les sciences politiques, M.A.Tremblay pour l’anthropologie et J.-Y.Lortie pour la psychologie.Comme les histoires que des familles ou des villages publient pour commémorer un anniversaire, cette Histoire de la faculté des sciences sociales ne manque pas à sa fonction apologétique : y trouvent place non seulement les pionniers qui ont brillé par leur courage et leur esprit d’initiative, mais aussi tous ceux et celles qui au cours des années ont mis quelques pierres pour construire ce bel édifice, cette « institution en pleine croissance », dira son doyen actuel, qu’est la faculté des sciences sociales.La formule permet certes de fournir des repères historiques précis pour la (petite) histoire de chacune des disciplines (date de création, nom des directeurs, modification de programmes, évolution de la population étudiante, etc.), mais comme tout annuaire d’université avec de longues descriptions de programmes, les uns plus complexes que les autres, elle risque d'ennuyer le lecteur peu attentif aux subtilités de la raison bureaucratique.Heureusement, certains collaborateurs, comme Nicole Gagnon, s’en échappent pour nous rappeler que la vie d’un département universitaire, c’est aussi quelques idées.LE ROMAN DES USA de l’esclava Contra s a**************************** *************************** «Ce roman est u n récit nue remarquablement court qui naquit sou- dainement de mon imagination face au scandale du trafic d’armes IRAN/Contra.Quand je vois quelque chose qui montre que la loi fondamentale de ce pays a été bafouée, la sonnette d'alarme se déclen che et je suis obligé d’agir.» James A.MICHENER Le triomphe après 800,000 cigarettes AUTOPSIE D'UN FUMEUR Roger Lemelin Montréal, Editions Stanké, I988 : 168 pages JEAN-V.DUFRESNE APRÈS AVOIR écrit Les Plouffe à toutes les sauces, du petit au grand écran, d’autres romans, des nouvelles, après avoir voulu sauver le peuple québécois des méchants séparatistes et la fresque de Jordi Bonnet des sen-bouilles de l’inculte Péloquin, après avoir dirigé La Presse mais, s’étant trompé de journal, verrouillé le Montréal-Matin au lieu de son propre canard qui bouffait alors tous les sous de Paul Desmarais, après avoir fait dans le bouleau, les créions, la saucisse, la publicité, découvert la Grèce, Platon et Pierre Trudeau, prédit que Lévesque allait iraniser le Québec, puis s’être ennuyé sur la plages de Miami Reach, après tout cela et 600,000 cigarettes plus tard, Roger Lemelin nous revient en reniant ses commanditaires d’antan et la cigarette Player’s.Il n’en a conservé en fétiche iiue la tête du matelot barbu qui illustre ce qui fut pour l'écrivain le plus grand triomphe de sa carrière: arrêter de fumer, à l’âge de 65 ans.Et c’est un Roger Lemelin qui va même jusqu'à confesser sa suffisance (il ne l’est pas toujours), qu'on retrouve dans un livre frais sorti des presses, Autopsie d'un fumeur, chez Stanké.Qui aurait cru que le pourfendeur des conventions adolescentes de mai 68, l’ennemi numéro un de la granola politique, se transformerait un jour en écolo ?Ouvrage agréable de candeur qu’a écrit là, l’auteur d’Au pied de la pente douce.Raconteur comme pas un, il confesse sans honte qu’il doit ses succès à la maudite cigarette, et moins peut-être par les cachets du commanditaire que par une habitude qui faillit bien le faire crever.Il aura réussi un tour de force, nous prévenir du danger qui croît avec l’usage sans nous faire la morale et en nous faisant rire, lui qui faillit mettre à feu un navire de croisière dans les îles grecques et, une autre fois, dans son voilier dont il avait peur d'envoyer les voiles, incendia quasiment ses réalisateurs, Jean-Paul Fugère et Maurice Leroux, en allumant une cigarette, toujours une Player’s, au-dessus d'un réservoir de mille litres d’essence.Le Moineau II brûla jusqu’à l’aube.Et voilà le charme tout en vo-lutes du livre.A la fin de l'ouvrage, la cigarette est toujours là qui le tente, mais il nous raconte son vice en l’ourlant de mille souvenirs capiteux, bien torréfiés, tachetés de nicotine, d'émerveillements, de sang de boeuf dans les charcuteries, tout ça à travers un toxique et enivrant nuage de fumée bleue.Cet homme aura fumé en un demi-siècle près d’une tonne métrique de tabac, sans compter les cigares et les pipées.11 apportait avec lui en voyage un extincteur chimique miniature.Voilà où ça l’a conduit, écrire Les Plouffe semaine sur semaine, en français et en anglais, des années durant.Mais il peut se compter chanceux d’avoir fumé des Player's au lieu des Gauloises.Il y a beaucoup de nostalgie dans ce livre, ce qui à l’âge de son auteur, passée la soixantaine, n’est pas un défaut mais un droit, sinon une vertu.Un peu trop d'amertume aussi parfois vis-à-vis des intellectuels québécois qui aujourd’hui encore le regardent de haut.Un écrivain qui a fait dans la saucisse, pensez donc! Le livre fourmille de personnages, enjolivés ou non, de souvenirs faits de tout et de rien, de J.-A.Desfossés le guérisseur à Vincent « Vie » Cotroni, dont la mère ressemblait à s’y méprendre à maman Plouffe.Alors, lorsque le réseau anglais de Radio-Canada décida de remplacer Amanda Alarie par une quelconque actrice torontoise dans la version anglaise, Vincent, vous imaginez un peu, décrocha le « téléphone », comme on dit, et Amanda conserva son rôle.Voyez-vous, il s'adonne que maman Plouffe était le personnage favori de marna Cotroni, et que les deux dames, célèbres chacune à sa manière, avaient échangé des recettes autour d’une limonade au Ritz.À lire en grillant une délicieuse cigarette Player’s, Roger Lemelin mérite bien ça! \%- i»V 0»’ o.EN SCÈNE DEPUIS 25 ANS de La Nouvelle Compagnie Théâtrale Un ouvrage abondamment Illustré écrit par une quinzaine de collaborateurs qui retracent les grands moments de cette expérience unique, où se mêlent répertoire québécois et répertoire International.Un livre anniversaire fort bien présenté.316 pages — 19,95 $ Coyote rssaas le soleil COYOTE de Michel Michaud Vous souvenez-vous de l’année 1966?C’était un an avant l’Exposition universelle de Montréal et Terre des Hommes.Les Beatles, les Stones, tout était encore possible.Coyote va avoir 16 ans, lui, Chomi, en a 19, et Ils vivent une terrible histoire d’amour! 292 pages — 16,95 $ FEMMES DE SOLEIL de Dominique Blondeau Soleil, exotisme, amour, qui n’en a pas rêvé du cAté du réel ou de l’écriture.Void réunies 12 nouvelles qui nous présentent des femmes solaires, mouvantes et fuyantes comme l’eau, plongées dans le maelstrôm des passions et des amours sans cesse défaites.154 pages — 12,95$ vlb éditeur DEPLAGRANDE LITTÉRATURE * D-6 ¦ Le Devoir, samedi 5 novembre 1988 le plaisir des Maurice Chevalier Les cinémas sont parfois démolis mais visait la perfection les films sont précieusement conservés MAURICE CHEVALIER ITINÉRAIRE D’UN INCONNU CÉLÈBRE Claudine Kirgener Vernal/Philippe Lebaud, 1988, 268 pages, 42 photos.FRANÇOIS PARÉ 1968.Comme pour marquer la disparition d'un ancien monde devant celui que les événements de mai ont révélé, Maurice Chevalier achève à Paris ce qu’il a baptisé la « tournée des 80 berges », spectacles d’adieu à la scène accueillis triomphalement dans 57 villes réparties dans 18 pays.À l’organisateur Jacques Canetti, qui lui demande la permission de filmer l’un des derniers concerts, Chevalier répond : « C’est trop tôt.Je peux encore faire mieux.» Ce souci constant de la perfection, qui s’explique par une peur panique de ne pas être à la hauteur, donc d’être rejeté, déchu, est l’un des éléments qui m’a le plus frappé à la lecture de cette biographie écrite avec beaucoup d’empathie par Claudine Kirgener, spécialiste de la chanson française.Cette « belle histoire d’un enfant d’une famille de pauvres », est d’autant plus révélatrice que les traces qui nous restent sont fragmentaires ou trompeuses.Par exemple, l’idée de graver une chanson dans la cire ne le passionnait aucunement; ses disques, Chevalier les enregistrait en une seule prise, et tant pis pour les éventuels défauts.Pour lui, ce qui comptait, c’était la scène, sa véritable raison de vivre, sa façon quotidienne d’aller quérir l’approbation et un petit peu d’amour.De même, malgré l'énorme succès qu’il y a remporté, Chevalier faisait grief au cinéma de l’avoir cantonné dans le rôle du séducteur, qu’il jouait bien sûr avec brio, mais qui l’empêchait de développer d’autres facettes de son multiple talent.Sa force, là où il a tout donné, c’est la scène, le récital où il est seul avec son public qu’il charme à tout coup.Or, il a toujours refusé que soit filmé ce rendez-vous d’amour quotidien.11 est donc facile, voire inévitable, de regarder cette carrière étonnante avec un peu de commisération et beaucoup de perplexité, rien de ce qui nous reste ne justifiant l’engouement universel pour ce « missionnaire en divertissement mondial ».Ce beau livre de Claudine Kirgener, publié à l’occasion du centenaire de la naissance de Chevalier (le 12 septembre 1888, à 2 heures du matin, au 29 de la rue du Retrait, au coeur de Ménilmontant), vient corriger notre perception incorrecte.Par le recours aux témoignages et souvenirs de ceux et celles qui l’ont connu et aimé, en puisant largement dans les articles des quotidiens du temps de même que dans le journal et la correspondance de Chevalier, l'auteure fait ressortir les principales étapes d’une carrière exceptionnelle, et surtout souligne les nombreux traits attachants de son caractère : son enthousiasme pour toutes les facettes de l’univers du spectacle, sa soif insatiable de nouveauté, son besoin constant de s’améliorer (« On ne peut rien contre quelqu’un qui avance chaque jour d’un millimètre », disait-il souvent), son complexe d’infériorité qu’il doit à ses humbles origines et qu'il ne parviendra jamais à liquider, son credo qui se limite à un seul mot : le pubüc.Doit-on considérer comme un reproche à adresser à l'auteure le fait qu’elle nous rend sympathiques des traits de caractère qui ne le sont pas spontanément, comme l’absence totale de pensée politique, ou ses relations amoureuses difficiles, seule la mère jouissant d’un amour accordé sans retenue et sans question ?C’est sans doute selon le jugement de chaque lecteur.Vous sortirez de ce livre avec une meilleure compréhension de ce célèbre « voyageur de bonne volonté », vous connaîtrez un peu mieux ce monde du spectacle de la première moitié de notre siècle; mais sans doute, vous aurez beaucoup d’admiration et de respect pour cet artiste qui, à 80 ans bien sonnés, écrit dans son journal : « Je cherche tellement à m’améliorer que ça en devient un jeu constant, passionnant ».Et vous penserez : « Qu’est-ce que je pourrais bien faire qui me rendrait un peu meilleur qu’hier ?» En somme, une présentation intéressante d’un destin exemplaire avec juste assez d'anecdotes pour rendre la lecture vivante, et juste assez de dates pour les amateurs de livres sérieux.FRANCINE LAURENDEAU Cinémathèque québécoise -Musée du cinéma: 25e anniversaire, 1963-1988 publié sous la direction de Francine Allaire et Pierre Véronneau.Rédaction: Pierre Véronneau, La Cinémathèque québécoise - 124 pages.On entend beaucoup parler, ces temps-ci, de la Cinémathèque québécoise qui célèbre avec éclat son quart de siècle, multipliant les événements cinématographiques et déployant une vigueur et une imagination étonnantes de la part d’une institution qui a toujours oeuvré dans la discrétion.Mais ce qui restera dans la bibliothèque du cinéphile, c’est l'album du 25e anniversaire.Quel travail ont dû abattre Francine Allaire et Pierre Véronneau, les âmes dirigeantes de l’entreprise, et tous leurs collaborateurs ! Il a fallu reconstituer la trame de ces 25 années, colliger, répertorier programmes et procès-verbaux, recueillir des témoignages, établir, dans l’iconographie un équilibre entre les quelque 800 pièces des collections d’animation, de photos, d’affiches, de périodiques, sans parler de la correspondance.Car ne l’oublions pas, la raison d’être d’une cinémathèque, c’est la conservation.Année après année, depuis 1962, l’histoire de la Cinémathèque se déroule, ponctuée d’ingénieux tableaux i en bref », l’histoire de la Cinémathèque, d’abord baptisée Connaissance du cinéma par son président-fondateur, Guy L Côté qui rappelle plus loin les grands principes qu’il a tenu, dès le départ, à inculquer à l’institution, principes inspirés d’Henri Langlois, l’illustre et controversé cofondateur de la Cinémathèque française: « e voulais que l’institution (.) mise sur l’appui du milieu comme soutien politique à une telle entreprise puisqu’elle ne devait pas reposer sur des assises gouvernementales.Nous devions conserver une indépendance jalouse, indépendance dans le choix des films, indépendance surtout dans les actions culturelles.» Une indépendance qui, contre vents et marées, ne s’est jamais démentie.P 'V /fi + e c 'W V' v y v y mmmm ZMA REPORTAGES ENTREVUES ______________ LES QUATRE auteurs invites du salon • PORTRAIT d'une maison d'édition d'ici • PROFIL du lecteur québécois • LA CLASSE la plus bibliomane au Québec • LES ANIMATIONS au Salon du Livre • KjEHEEsl Des événements spéciaux, des signatures d'ouvrage, des débats et discussions etc.PARUTION 12 novembre TOMBÉE 7 novembre Informations: Jacqueline Avril • 514-842-9645 • 1-800-363-03.05 • Depuis ces temps héroïques jusqu’aux années plus confortables, ça se lit comme un roman, d’autant plus que c’est abondamment illustré.Ce n’est pas un album de super luxe (l’album ne coûte que $ 35) encore qu’il comporte un joli encart couleurs et que toute la conception graphique en soit séduisante et stimulante.C’est un beau livre, un chaleureux album de famille, mais d’une famille ouverte sur le monde: dès 1963, les invités de Connaissance du cinéma furent Jean Renoir et Henri Langlois.Disponible à la Cinémathèque québécoise et dans toutes les bonnes librairies.Qu’il faisait bon rêver, chantait Charles Trenet, dans « mon vieux ciné, blotti sous les branches, mon vieux cinéma muet aux drames silencieux ».En feuilletant la brochure Cinémas et patrimoine à l’affiche, j’ai retrouvé le souvenir, sonore celui-là, de ces salles montréalaises qui semblaient immenses et luxueuses aux enfants que nous étions, exceptionnellement admis au cinéma à l'occasion d’un inoffensif Walt Disney ou de la vie édifiante du saint Curé d’Ars ou de Bernadette Soubirous.Mais j’ai surtout gardé la nostalgie d’un cinéma de village dont, chaque été, j’étudiais avec impatience le programme.A proximité de la gare, une salle magique où, dès dix ans, je me précipitais le dimanche après-midi, coeur battant, le plus souvent en cachette de mes parents et avec l’indulgente complicité des caissières (avant la loi de 1967, si je ne m’abuse, les moins de 16 ans étaient interdits de cinéma) pour voir, sans discrimination aucune, Le Fantôme de l'Opéra ou The Walking Dead.Il a disparu, mon cinéma de Saint-Gabriel, tout comme les palaces montréalais d’antan, balayés par les deux vagues successives de désaffection des salles.La première, que les historiens situent entre 1950 et 1962, est une conséquence directe de l'avènement de la télévision.La seconde n’est pas terminée et serait liée à l’introduction de la vidéocassette dans les moeurs familiales.C’est ainsi qu’on a démoli, au centre-ville, le Capitol, l’Orphéum et le His-Her Majesty’s.Le Rivoli et le Monkland ont été « recyclés », le Château, le Corona, le Séville et le Snowdon carrément abandonnés.Du Laurier, on a entièrement démoli l'intérieur en 1987.Et pour un Impérial et un Loew’s intelligemment restaurés, pour un Rialto qu’on tente de faire revivre, pour un Ouimetoscope (le doyen des cinémas canadiens) qui tourne toujours, combien de témoins d’un passé pourtant récent sont condamnés à la destruction ?C’est la réflexion à laquelle nous convie l'intéressante petite brochure tirée d’une étude plus thématique commandée par le ministère des Affaires culturelles à Jocelyne Martineau, historienne de l’architecture, dans le but de se donner un outil d’évaluation patrimoniale.La brochure passe en revue, photographies à l’appui, les styles architecturaux des cinémas montréalais classés par catégories.Ainsi, nous apprenons que la salle des « palaces de quartier » est de forme rectangulaire avec des arcs latéraux du côté de la scène.Que peu à peu, le balcon devient presque ree-tiligne, mais conserve quelquefois toute son ampleur.Et qu’après 1925, les loges (héritées des « théâtres cinématographiques » el des « super palaces ») disparaissent complètement, mais on conserve toujours une scène.La décoration intérieure est aussi très variée.Le Rialto en est un bel exemple.Destinée à sensibiliser les cinéphiles et le grand public à la richesse d'un patrimoine en voie d'extinction, la brochure Cinémas et patrimoine à l’affiche, à laquelle on ne peut reprocher que Texlguité de son format, est publiée conjointement par le ministère des Affaires culturelles et la Ville de Montréal.Elle est disponible par l’entremise des maisons de la culture, des bibliothèques, des bureaux.ACCES Montréal ou au ministère des Affaires culturelles, 454, place Jacques-Cartier, 3e étage, à Montréal.CnANIfc* AlfCri sir I AMANt 111 hy times l’amour ro/sin tRnrtQt h s •a plaint?douce et haletante M ’envoie ses mains dans les cheveux Q95S ^ IL Distribution: TpUSION L0UGAR0U inc.“ (514) 326-1431 .En vente chez votre libraire ùêiim âüÉ11 r z*-?z~ r ?* t-TT.ü Loges et baignoires du cinéma Loew’s en 1918.MARC CHAPLEAU DE LA PLUIE ET DU BEAU TEMPS Paula Delsol, Mercure de France, 145 pages.Mme Delsol — la bien-nommée ! — décoche un clin d’oeil aux maniaques de la météo.Son petit guide de formules « magiques », paru en 1970 mais tout juste réédité, est en effet placé sous le signe de l’humour.D’où la quantité de dictons : moucherons au coucher du soleil, pour demain un temps vermeil, grenouilles qui coassent le jour, pluie avant trois jours, quand les oignons ont trois pelures, grande froidure; et, per-mettez-moi d’en pondre un moi itou, quand mes oignons me font souffrir, inutile de courir.YVAIID' M0URS T V TE YSIQUE (HNTE ET 0ALADIE QUEBEC AMERIQUE ACTIVITÉ PHYSIQUE, SANTÉ ET MALADIE Yvan D’Amours, Québec-Amérique, collection Santé, 253 pages.La synthèse des résultats de plus de 300 études scientifiques traitant des liens entre l’activité physique, la santé et la maladie.L’auteur, chercheur au Conseil des affaires sociales, nous livre ici un ouvrage un brin technique, mais bien étoffé.D’ailleurs, ce bouquin s’adresse d’abord aux « intervenants » ( un mot impropre, en passant, selon le Multidic-tionnaire du même éditeur) professionnels de la santé et à ceux qui, déterminés, souhaitent se prendre en charge eux-mêmes.L’INSTALLATION D'UN JARDIN BIOLOGIQUE Ingrid Gabriel, La Maison Rustique/Flammarion, 128 pages.Issu de l'Allemagne fédérale, ce pays où les verts, les écologistes, ont depuis quelque temps déjà voix au chapitre, ce guide pratique respire tout naturellement le professionnalisme et la passion.Proposant le jardin comme « microcosme », mais sans verser dans le discours manichéen naguère propre à de nombreux éco-los, l’auteur nous livre ici un fort efficace plaidoyer pour la culture biologique.À noter, en passant, la mise en pages soignée et colorée.RÈGLES ET STRATÉGIES POUR EXERCER UN LEADERSHIP EFFICACE ou l'art d’influencer sans remords Pierre Mongeau et Jacques Tremblay, Libre Expression, 135 pages.Comment retenir l'attention de vos interlocuteurs ?Quelle est la meilleure position autour d’une table ?Quelle attitude adopter lorsque vos idées sont contestées ?Hum ! voilà des réponses qui vaudraient pas mal cher, en effet.Détenteurs d’une maîtrise en psychologie, MM.Mongeau et Ménard donnent le plus souvent non pas une, mais bien plusieurs solutions à chaque question.Selon qu’on brûle ou non d’être fixé sur-le-champ, l’ouvrage apparaîtra alors plus ou moins pratique et facile a consulter.LA FABULEUSE AVENTURE DE LA VIE ?En collaboration, Sélection du Reader's Digest, 319 pages.Avec Hubert Reeves, Henri La-borit et Joël de Rosnay parmi les collaborateurs, cet ouvrage de vulgarisation scientifique ne pouvait manquer d’être substantiel.Un album résolument a-reli-gieux, par ailleurs, mais qui n’en élève pas moins la science au rang d’explication suprême.Exemple la préface, où l'on parle de « comprendre » comment la vie a débuté, alors que tout bon chrétien se contente par définition de « croire ».Messieurs dames les scientifiques expliquent ainsi qu’il y eut d'abord un bruit — Big Bang ! — et qu'ensuite le système solaire a surgi.Et aussi que l'homme s’apparente à certains orangs-outans, gorilles et chimpanzés.Là, je marche moins.VOUS, LA LOI ET VOS DROITS Guide-conseil du citoyen canadien En collaboration, Sélection du Reader’s Digest, 672 pages.Une adaptation et une mise à jour de l'ouvrage paru en 1981.Sous des rubriques comme : le Citoyen, le Consommateur, la Famille, l’Argent et l’Automobile, plus de mille cas ou questions inspirées de situations de la vie quotidienne, avec des réponses les plus « claires » possible.Un répertoire des organismes susceptibles d’aider les consommateurs à résoudre certains problèmes complète l’information.Une somme imposante, bien présentée, facile à consulter.Ne remplace pas les textes de loi, mais peut très bien nous éviter quelques surenchères en matière d’honoraires.VeMtygefiMeuMnait L£ CANCER AGIT.RÉAGISSEZ! SSSInne ! J CANCER I SOOCTY I Le Devoir, samedi 5 novembre 1988 ¦ D-7 | La publicité télévisée suffit-elle à faire élire un président?t ¦¦ ! » -«*., DWIGHT EISENHOWER JOHN F.KENNEDY GEORGE BUSH LE COUP DE POING AMÉRICAIN Sophie Huet, Paris, J.C.Lattès, 1987, 253 p.DENIS MONIÈRE LA JOURNALISTE française Sophie Huet, en prévision de la campagne présidentielle américaine, a retracé l’histoire de la publicité télévisée aux États-Unis.Elle décrit dans ce livre les grandes campagnes publicitaires qui ont fait élire les présidents américains.Depuis 1952, les campagnes électorales aux États-Unis sont organisées autour de l’axe de la communication télévisuelle.Rooser Reeves, l’un des fondateurs de cette nouvelle stratégie de communication, avait réussi à convaincre le candidat Eisenhower de réaliser des messages publicitaires sur le modèle de la publicité commerciale.Son principe était le suivant : « J’imagine que l’électeur dans l’isoloir hésite comme dans une pharmacie lorsqu'il s’agit de choisir entre deux pâtes dentifrices.11 choisira finalement la marque dont on lui a le plus parlé.» (Cité par V.Packard, La persuasion clandestine, Paris, Cal-man-Lévy, 1984, p.179) Ainsi naissait le candidat-produit.Alors que les Républicains lançaient la première campagne de pu- blicité télévisée en réalisant des messages de longue durée mettant en relief les qualités de leur candiat et en attaquant leur adversaire dans leurs propres messages, les démocrates pour leur part affichaient leur mépris envers la publicité politique.Stevenson ne put trouver de meilleure stratégie que de dénoncer la manipulation des électeurs par la publicité (p.34).Il perdit l’élection.Dans les années 50, les publicitaires fixèrent les règles de l'art.Dans des spots de cinq minutes, ils insistent plus sur les qualités personnelles du candidat que sur ses idées ou ses projets.Ils préparent des spots négatifs car ils découvrent que les Américains apprécient l’agressivité des discours politiques.Ils invoquent les thèmes du changement, de la corruption et des promesses non tenues.Les années 60 seront marquées par l’influence de la campagne publicitaire de J.F.Kennedy.L’équipe Kennedy découvre les vertus de la segmentation de l’électorat et des messages de courte durée, une minute.Parce que le candidat démocrate est catholique et que jamais un candidat catholique n’a été élu, les conseillers de Kennedy ciblent leurs messages en fonction des caractéristiques socio-culturelles des électeurs.Ils réalisent des spots spécifi- ques destinés aux catholiques, aux protestants, aux Noirs et aux Hispaniques.Pour la première fois dans une campagne électorale, on assiste à un débat télévisé entre les deux candidats où Kennedy réalise une performance éblouissante.Après l’échec cuisant de Nixon lors du premier des quatre face-à-face, il faudra attendre 1976 avant de voir à nouveau les candidats à la présidence s’affronter.Dans les années qui suivent, les conférences de presse télévisée, les émissions questions-réponses, l’introduction des sports dans les primaires et l'utilisation des messages de 30 secondes viendront compléter la panoplie de la communication politique.L'élection de 1976 marquera à cet égard un point tournant dans les rapports entre les hommes politiques et les professionnels de la communication.Si auparavant, les rap- ports entre certains candidats et leurs publicitaires furent tumultueux, désormais tous sont convaincus de l’importance des messages télévisés.Les publicitaires s'emparent de la direction des stratégies des campagnes électorales et se réservent un accès direct au candidat, marginalisant ainsi le rôle des vieux routiers et des militants des partis.Cette tendance remet évidemment en cause la démocratie à l’in- térieur des partis puique les simples membres ont de moins en moins la possibilité d’orienter le contenu du message politique.On doit aussi s’interroger sur l'effet du marketing politique sur la vie démocratique, à force de ressembler à la publicité commerciale, le message politique ne risque-t-il pas de s'affadir et de perdre toute signification ?La communication politique ainsi banalisée n’est-elle pas responsable de la désaffection politique ?Il faut à tout le moins constater que l'usage intensif de la publicité télévisée n’a pas réussi à faire augmenter le taux de la participation électorale qui baisse d’élections en élections.Dans ce livre riche en faits et anecdotes sur les campagnes présidentielles américaines, l'auteur expose les diverses stratégies publicitaires des partis et elle présente le contenu des messages les plus percutants.Ce livre, même s'il porte sur les campagnes américaines, pourra intéresser un lecteur canadien car, en dépit des différences entre les deux systèmes politiques, on doit reconnaître que la communication politique au Canada emprunte beaucoup à notre voisin du Sud.Nous adoptons bien souvent les innovations américaines avec une élection de retard.I » , ; » j ; ! I l I La liberté Le Québec n’a pas conquis l’entreprise LES QUÉBÉCOIS ENTRE L’ÉTAT ET L’ENTREPRISE Jean Mercier L’Hexagone, 1988, 192 p.ADRIEN PAYETTE CE TITRE est plus que d’actualité.11 exprime le virage historique que le Québec est en train d’effectuer, cette fois sans révolution et peut-être trop tranquillement.Certains auraient préféré comme titre Après l'État, l'Entreprise, mais Mercier nous rappelle que nous n’avons pas encore vraiment « conquis » l’Entreprise.Ce volume veut amorcer une réflexion historique et multidisciplinaire sur la gestion au Québec.Des origines à aujourd’hui, quelles sont les formes marquantes de notre organisation sociale qui ont constitué les traits de notre personnalité organisationnelle actuelle ?Voilà le centre des réflexions de cet essai.Les deux premiers chapitres qui font la moitié du livre contiennent l’essentiel du matériel intéressant.Dans le premier chapitre, à l’aide de 12 études, Mercier fait ressortir les grandes tensions qui ont construit notre « psyché organisationnelle » québécoise : volonté de hiérarchie et esprit d’aventure, tendance bureaucratique et indiscipline, solidarité, égalitarisme .D’une société « en rang» au centralisme étatique et syndical en passant par la Conquête et l’Église, nous fûmes indubitablement marqués par nos principales expériences organisationnelles.Dans le deuxième chapitre, toujours à l’aide de nombreuses études, l’auteur explore cinq interprétations de nos attitudes et de nos comportements organisationnels.Les interprétations institutionnelles et situationnelles nous apportent plusieurs éclairages stimulants.Nous apprenons, par exemple, que le patronage, « élevé au rang d’institution », a tou- jours été « l’antithèse et le substitut d’un véritable leadership local ».Nous réfléchissons sur notre solidarité narcissique et notre profond besoin d’affiliation.Les quatre autres chapitres d’une vingtaine de pages chacun abordent vite de gros sujets.Les perspectives qu’ouvre le chapitre trois sur le développement du secteur public mériteraient un livre en entier.Que les restrictions budgétaires récentes nous aient de force appris à gérer, oui, mais ce chapitre quatre ne fait qu’effleurer le sujet.Le chapitre cinq sur le secteur privé, la loi 101 et les PME n’est pas suffisant pour soutenir la moitié du titre; il est clair que l’auteur connaît beaucoup mieux l’État que le monde des affaires.Devrait prendre plus de place, être plus visible, le rappel de l’auteur sur le fait que l’engouement actuel pour les PME, tout justifié soit-il, ne doit pas nous faire oublier notre encore très faible présence stratégique dans les grosses entreprises anglophones.Par ses liens avec les intuitions les plus profondes du livre, on comprend le rôle du chapitre six sur les médias et l’informatique mais, ici aussi, ça va vite.Et que dire de la conclusion qui, en sept pages, propose d’un côté l’abandon des fausses sécurités légalistes et « bureaucratisantes » que nous avons érigées sur nos méfiances réciproques et de l’autre côté une éthique administrative qui doit dépasser celle du petit propriétaire foncier et de celle d’une solidarité syndicale qui n’en est plus une ?' Le sujet de ce livre aurait pu donner lieu à un bouquin savant accessible aux seuls initiés ou à un essai limité à quelques thèses percutantes.Jean Mercier, en choisissant de nous offrir un grand nombre de références et une grande variété de perspectives, apporte une contribution originale à l’identification de la culture organisationnelle québécoise.PROGRÈS, HARMONIE, LIBERTÉ Fernande Roy Le libéralisme des milieux d’affaires francophones montréalais au tournant du siècle.Montréal, Boréal, 1988, 301 p.YVAN LAMONDE FERNANDE ROY prend l’analyse des idéologies là où la critique l’avait laissée : critique des sources imprimées, celles de ceux qui ont le pouvoir du savoir; critique des groupes sociaux exclusifs dont on scrute l’idéologie — le clergé, la bourgeoisie conservatrice ou libérale des professions —, critique surtout du caractère dominant et exclusif de l’idéologie ultramontaine triomphante après 1880.Elle prend surtout l’analyse du libéralisme post-confédéral là où P.Sylvain et J.-P.Bernard l’avaient laissée.Fernande Roy a raison de voir dans le libéralisme un « problème » de l’historiographie québécoise.Elle qui scrute le libéralisme des milieux d’affaires francophones à Montréal entre 1881 et 1914, soulève l’incou-tournable question des rapports entre le libéralisme « économique » de ces milieux d’affaires et le libéralisme « doctrinal » et « politique » des gens de professions libérales depuis Le Canadien de 1806 jusqu’au discours de Laurier en 1877.Quand on sait que la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 porte sur la propriété privée, l’affirmation de l’individu, les libertés fondamentales et la séparation de l’Église et de l’État, il n’est pas aisé de suivre ces principes à la trace durant deux cents ans et de démêler l’écheveau des libéralismes.Que chacun s’y essaie : le politique est-il subordonné à l’économique, la liberté du propriétaire est-elle la garantie de la liberté du citoyen ?Le libéralisme des droits individuels peut-il être concilié avec un nationalisme des droits collectifs ?Fernande Roy pose donc à un matériel historique qu’Yves St-Germain iUn Best Seller.au Parchemin! ALEXANDRE JARDIN LEfc ROMAN GALLIMARD LE ZÈBRE Alexandre Jardin 14,95 $ le Parchemin Librairie agréée Mezzanine, station Berri-UQUAM 845-5243 Montréal (Québec) H2L 2C9 Prix de l'Association québécoise des critiques de théâtre Fragments d'une lettre n /.d'adieu lus ^ par des géologues t de Normand Chaurette 'v'ï' Meilleur texte créé à In scène en 1987-88 Collççtion THEATRE 9,95$ Fragmanti d une latin d adieu lui par da* géologues La littérature -(('AUJOURD'HUI LEMÉAC éditeur • 3575, boulevard Saint-Laurent Y.suite 902, Montréal, Qc H2X 2T7 Tel.: (514) 848-1096 et l’égalité sans fraternité avait révélé il y a près de 15 ans — Le Moniteur cîu Commerce et Le Prix courant — des questions dont la pertinence et la logique réjouissent l’esprit.Non seulement démontre-t-elle avec clarté la priorité dans ce libéralisme d’affaires, de la liberté sur l’égalité, de la liberté de propriété privée qui fonde l’individualisme et le « bonheur » individuel — « Être, c’est avoir » —, mais l’historienne projette sur ce libéralisme économique les « valeurs » du libéralisme politique pour en voir l’importance.Que pensent ces hommes d’affaires libéraux de l’éducation pour tous, du « droit » de grève, du suffrage •< universel », de la séparation de l’Église et de l’État ?À propos des rapports entre le capital et le travail et a propos de la démocratie, ce libéralisme économique révèle ses a priori — tout est évalué à « l’aune du développement matériel » — et ses limites : pourquoi y a-t-il inadéquation entre les chances de départ et les chances .d’arrivée ?— Ces « libéraux » considèrent le droit de grève comme un droit « individuel » et non collectif.Égalité n’est pas égalitarisme .Entendu comme développement matériel quantitatif, le progrès pour ces milieux d’affaires n’est pas qualitatif ; progrès n’est pas progressisme.En démocratie municipale, ces libéraux n’optent pas pour le suffrage universel; le citoyen votant est le citoyen propriétaire, celui qui a des intérêts.Quant à l’instruction, des milieux d’affaires veulent bien qu’elle soit assumée par l’État ; mais l’éducation classique est laissée à l’Église.De quelle liberté, de quelle égalité s’agit-il ici ?Égalité dans la hiérarchie, selon la formule — une des nombreuses — de F.Roy.« L’idéologie » est bien démontée.Ce « projet de société » des milieux d’affaires francophones montréalais entre 1881 et 1914 se révèle être le projet d’ériger « en norme universelle une conduite visant à leur assurer le plus grand profit matériel.» Cette étude, d’une écriture remarquable, relance l’étude du libéralisme : comment arrimer ce libéra- Vient de paraître chez JUDICO ( Wil son & Lafleur), en sixième édition, un recueil des lois, règlements et décrets qui président à l’organisation et au fonctionnement des établissements de santé et de services sociaux au Québec.Le tout annoté et mis à jour en date du 17 août 1988 par les professeurs Yvon Renaud, Jean-Louis Baudouin et Patrick A.Moli-nari.Dans la foulée du rapport Caston-guay-Nepveu, une loi-cadre promulguée en 1972, dont il ne faut sous-es-limer ni la longueur ni la complexité, a jeté les bases des cinq grands réseaux dont les 900 établissements publics recouvrent aujourd’hui l’ensemble du territoire de la province.Même si son architecture est restée intacte, cette loi a subi de multiples modifications (dont les plus récentes ont été adoptées en décembre 1987 à la suite de l’affaire des directeurs généraux).Plusieurs de ses dispositions ont aussi fail l’objet de décisions judiciaires qui en guident l’interprétation.Les auteurs en ont tiré de brefs commentaires ou annotations qui servent de fil d’Ariane auquel le lecteur, moins familier avec le fonctionnement du système, sera heureux de s’accrocher.L’application de cette loi s’appuie lisme fin-de-siècle au libéralisme à mi-siècle, comment l’arrimer au libéralisme économique, libre-échan-giste d’un Parent, d’un Dorion ?Bref, comment situer ce libéralisme fin-de-sièele, en amont et en aval ?sur de multiples règlements qui ont presque tous été refondus depuis 1983.Ils occupent plus des deux tiers du volume.Un index analytique, imprimé sur papier rose, qui renvoie aussi bien à la loi qu’à ses règlements, permet de s’y retrouver rapidement.On peut regretter la faute d’attention qui a jeté la pagaille dans l’indispensable table des matières — et qui aurait pu justifier un erratum sur papillon.LALCÔÔL ï AU VOLANT fi QU'ON St LE DISE Régie de I assurance automobile' du Quebec Les lois de la santé codifiées et annotées nouveautés l/'on-fiérald Kerlanil BERTRAND W ' L’HOTEL DES DEUX-MONDES BIZARRES guerin littérature BIZARRES nouvelles BERTRAND VAC .160 pages— 12,95$ L’HOTEL DES DEÜX-MONDES théâtre LÉON-GÉRALD FERLAND 80 pages — 6,95$ GUÉRIN LITTÉRATURE Distributeur exclusif: Québec Livres D-8 B Le Devoir, samedi 5 novembre 1988 le plaisir des Une conversation à plusieurs voix avec Alain Granbois Jean E1HIER-BLAIS A Les carnets PLUS J'AVANCE dans mes lectures, plus je me rends compte que nous sommes les hommes de peu d’auteurs.Le temps aidant, nous en choisissons un, deux, cinq, auxquels nous revenons, sans même y penser.Ce sont les vieux compagnons de la vie, toujours présents et désireux de nous être utiles, qui nous déversent sans jamais rechigner une tendresse incomparable.Je crains l’homme d’un seul livre, écrit Pascal.Personne ne saura, jusque dans la nuit des temps, ce qu’il a voulu dire.Et si ce seul livre, c’était les Pensées ?En somme, tout est dans le ton, puisque les écrivains, quel que soit leur talent, répètent, chacun à sa façon, la même chose.Us parlent de vie, d’amour et de mort.Ils agrémentent leur discours d’un vocabulaire qui relève du merveilleux : Destin, les passions, si nombreuses en apparence, les craintes invétérées, Dieu, son Calvaire.Et, pour faire bonne mesure, le Salut cher à Biaise Pascal ei dont nous avons de moins en moins cure.Albert Thibaudet, comme Martin du Gard, ne se séparait pas de son Montaigne.L’autre soir, à la Société des Écrivains, j’écoutais Hélène Pelletier-Baillargeon nous raconter les lectures de son enfance et de son adolescence; quels sont aujourd’hui ses livres de chevet ?Qui lui murmure, s’élevant de la page comme une musique éternelle, les mots de vie et de mort ?René Garneau, ce lieu si touchant de référence, avait choisi, entre autres, comme compagnon du dernier tournant, Alain Grandbois.Il le connaissait de longue date, l’avait suivi dans ses périples et ses amours, admirait son timbre poétique.Il avait applaudi à la parution des lies de la nuit, chez Lucien Parizeau, en 1944.Quel beau livre c’était ! J’ai fait don de mon exemplaire, avec toute ma bibliothèque québécoise, à l’Université de Bologne, en 1986, mais c’est comme si j’avais ce livre sous la main, la qualité du papier, la disposition savante du texte sur la page, les illustrations de Pellan.Et le texte, avec ses fulgurations d’images, illuminait nos vies de collégiens attentifs à la littérature.Nous n’y comprenions pas grand-chose alors; y comprends-je quoi que ce soit aujourd’hui ?Comme l’adolescent que je fus, le barbon (au sens moliéresque) que je suis devenu, est sensible surtout au choc des images et à la ligne mélodique.Il ressort du livre que M.Lucien Parizeau vient de consacrer à la poésie d’Alain Grandbois, que les poètes sont, avant tout, le point de départ d'une réflexion personnelle sur ce qu’a été notre vie et ce qu’elle est devenue.Il ne fait aucun doute qu’Alain Grandbois fut un inspiré et qu’il sut transposer sa conception du monde, de manière ineffable, en poésie.Les citations qu’a choisies M.Lucien Parizeau, afin d’illustrer sa démarche, constituent, en elles-mêmes, une anthologie.Prenez le mot « visage ».Il revient sans cesse dans cette oeuvre, depuis les beaux visages jusqu’à ces mêmes visages beaux et mal aimés.Beaux parce que mal aimés ?Mal aimés parce que beaux ?M.Lucien Parizeau insiste sur le secret de toute poésie, sur ces nuances d’ombre qui entourent le langage.Le poète, plus que tout autre, écrit dans cette zone de mystère.Talleyrand, qui n’était pas un poète, mais qui connaissait les hommes, disait que le langage leur avait été donné afin de dissimuler leur pensée.La poésie loge peut-être dans ce dissimulé.Les grands poèmes sont ceux qui nous laissent nous perdre dans les méandres qui les entourent, dans ce que M.Lucien Parizeau appelle joliment les Périples autour d’un langage (Éditions de l’Hexagone, Montréal, 1988).Lisez Ce que disaient les cavaliers dans la forêt ( Hugo) ou, de LUCIEN PARIZEAU Goethe le Gingko Biloba, vous verrez ce que je veux dire; il s’agit de cette impénétrabilité qui vous oblige, afin de parvenir au coeur du poème, à en explorer les alentours, et c’est le processus amoureux, avec ces approches infinies, qui vient immédiatement à l’esprit.C’est pourquoi un grand poète, obscur parce que grand ou grand parce qu’obscur, comme l’est Alain Grandbois, permet à son exégète d’utiliser tout le terrain qu’il a circonscrit afin de parler surtout, en retrait, de lui-même et des grands thèmes qui dominent et régissent sa propre vie.Il y a là un phénomène que j’appelle le piano de Gide.André Gide jouait, paraît-il, admirablement le piano.Mais, dès qu’il savait qu’on l’écoutait, il perdait tous ses moyens.Par contre, il ne jouait jamais si bien que lorsqu’il pensait que, derrière la porte, se cachait l’auditeur inconnu.Les grands commentateurs sont ainsi.Ils ne se livrent jamais mieux que lorsqu’ils pensent que, caché aux regards, le poète murmure avec eux les mots qu’ils alignent et qui, sous prétexte de parler de son oeuvre, évoquent surtout celui qui écrit.À partir du livre de M.Lucien Parizeau, on pourrait écrire une histoire de l’évolution de notre sensibilité, réfléchie dans la littérature.Voici un homme qui a occupé de grands postes dans l’administration, ici et à l’étranger, qui a consacré sa vie à l’étude de la langue française, qui l’écrit à la perfection, avec une science et une saveur « préternaturelles », et qui se penche sur l’oeuvre de l’un de nos plus grands poètes afin d’en extraire la substantifique moelle.Il me fait penser à ces mandarins qui, dans la Chine ancienne, consacraient les dernières années de leur retraite à scruter le message d’un livre, qui par leurs soins, devenait un livre sacré.Ces explicitateurs de haut parage sont l’honneur de la littérature.Cette approche donne au livre de M.Lucien Parizeau l’allure presque d’un journal intime intellectuel.Le texte est lu de l’intérieur, chaque poème constituant un souvenir personnel, jusque dans la présentation de rejets érotiques qui ravivent le passé.On se dit, en présence de cette technique : Est-ce bien nécessaire ?Pourquoi soulever ce voile?Puisque l’auteur a choisi d’ignorer ce poème, pourquoi l’exégète lui redonne-t-il vie, sinon par mimétisme de confession ?La mort est partout, dans sa négativité, dans son refus des expériences de la vie.C’est pourquoi je dis qu’il y a là, en puissance, une histoire de notre sensibilité.Ce que Grandbois se refuse est, en somme, aussi important que ce dont il tire la matière de ses vers.II est double, comme homme et comme écrivain, tributaire du temps qui passe et ne revient pas (M.Lucien Parizeau consacre à ce thème de bien belles pages), des « poisons que le temps distille ».Il vit intensément l’apophtègme de Merleau-Ponty : II y a un moi qui est autre.Le lecteur de M.Lucien Parizeau constatera que les grandes ombres de Platon ne sont jamais loin.Lorsqu'à cette aliénation consubstantielle vient s’ajouter celle de la condition historique, on s’approche de la définition de ce qu’est un Québécois.Les poetes donnent sa vraie dimension à une réalité à laquelle ils ne voudraient pas toucher avec des pincettes.Mais peut-être donné-je ici dans ce que Jean •Genet, cité en note par M.Lucien Parizeau, appelle l'art à pic de la lecture entre les mots.C’est que tout ce livre est à lire (et à relire) entre les mots.Aux grands thèmes admirablement développés, succèdent les analyses de détails qu’anime une connaissance incomparable de la prosodie française.M.Lucien Parizeau est un lettré attentif dont sensibilité affleure chaque fois qu’il décortique un vers ou une strophe.Grandbois, qui souffrait de désespoir devant le silence d’autrui, a trouvé, outre-tombe, un interlocuteur qui, ne serait-ce que par son système de références, engage avec lui une conversation à plusieurs voix.La fraternité des solitudes est remplacée par celle de la parole, toujours souple et enveloppante.L’éloge, pour autant, n’est pas celui du thuriféraire.M.Lucien Parizeau explique avec ce bonheur d’écriture qui rend son livre si attachant : « Ce n’est pas vertu critique, si l’on admire une oeuvre, que d’en dissimuler à dessein les imperfections pour la rendre plus digne de quelque panthéon privé ou, si on la méprise, d’en nier obstinément les triomphes pour justifier l’inhumation sans honneurs à laquelle on la voue.» L’univers culturel de M.Lucien Parizeau est si vaste que ses réserves mêmes sont flatteuses.On n’écrit plus sur Alain Grandbois sans lire ce livre.Et lire ce livre, c’est aimer Grandbois.L’indéfinissable âme profonde du Japon 4 Tisseyre récits, 55 heures de guerre, couronnés par le prix Cazes et Barbelés l’avaient mis sur la bonne voie.Mais, à la fin de la guerre, il décidait de monter une affaire au Canada français avec de l’argent mis à sa disposition par des amis.Et puis, l’idée de travailler avec un auteur le séduisait.C’est avec le Cercle du livre de France (aujourd'hui Éditions Pierre Tisseyre) qu’il se fit connaître et apprécier comme l’éditeur de Poussière sur la ville d’André Langevin en 1953 ou Neige noire de Hubert Aquin, dix ans plus tard.Dès 1948, il avait déjà 3,000 à 3,500 membres et des prix clubs très bas.« Le fait d’avoir quelques milliers de lecteurs assurés me garantissait le succès du livre en librairie.Avec la disparition du Club, qui aura vécu plus de 25 ans, les écrivains que j’ai lancés n'ont pas eu le succès qu’ils auraient dû avoir.» Mais, entre-temps, il y aura eu Françoise Loranger avec Mathieu, Bertrand Vac avec Louise Ge-nest, Yves Thériault, Claire Martin, Harry Bernard, Charles Hamel, André Langevin et Hubert Aquin.Le seul critère de Pierre Tisseyre est bien de ne publier que des livres de qualité.D’où la nécessité de travailler seul, sans associé : « Vous voyez, je viens de publier un livre exemplaire, Le Journal de Jean-Pierre Guay.J’ai dû vendre 200 exemplaires.Ça me coûte les yeux de la tete, mais je considère que si on parle de moi dans 50 ans, ce sera comme l’éditeur de cet ouvrage.Ça ne se vend pas, je le publie quand même.Si j'avais un associé, il m’assassinerait », dit-il en riant.« L’édition culturelle n’est pas viable au Québec.À moins de multiplier les coups gagnants, l’éditeur ne peut survivre sans aide gouvernementale.Pierre Tisseyre lui-même s’appuie sur les Éditions du Renouveau Pédagogique qu'il a fondées en 1965 avec les frères Dussault et dont il est un des propriétaires : « C’est grâce à elles que je me maintiens au-dessus de l’eau.» À ses collaborateurs, dont son fils François, revient le soin d’étudier le marché et de regarder la concurrence.À lui le plaisir de disséquer le manuscrit, d’en évaluer le contenu et de faire profiter l’auteur de ses commentaires : « L’auteur et l’éditeur sont un couple, se plaît-il à dire.Quand un éditeur fait bien son métier, il se doit de donner des conseils à l'écrivain, que celui-ci en tienne compte ou pas.Mon plus bel exemple est Claire Martin, cette au- tre grande de la littérature québécoise, qui est repartie chez elle avec son manuscrit Dans un gant de fer sous le bras.Si je vais aussi loin, c’est parce que, moi-même, j’ai réécrit au présent mes 55 heures de guerre, après avoir écouté les critiques d’un vieux colonel.» Depuis ses débuts, Pierre Tisseyre aura publié environ 2,000 titres dont 500 ouvrages québécois, environ 800 pour le Cercle du livre romanesque et tout le reste ou presque pour le Club du livre de France, sans oublier les traductions, une soixantaine, dont celles de Margaret Laurence et de Margaret Atwood.L’éditeur a là-des-sus son mot à dire : « Il est invraisemblable que les Québécois cultivés qui connaissent parfaitement ce qui se fait chez eux et en France ignorent parfaitement la littérature ca-nadienne-anglaise.L’inverse est d'ailleurs aussi vrai.» Sa tentative de traduction n’a pas été heureuse.Parmi les 28 meilleurs ouvrages canadiens anglais, seulement un ou .deux ont été réimprimés.Homme d’action et homme de lettres, Pierre Tisseyre dit sentir un creu de vague dans la création littéraire.En attendant l’inévitable retour de balancier, il se souvient des auteurs qui l’ont marqué et auxquels il reste très attaché, Hubert Aquin, André Langevin, Claire Martin et Louise Maheux-Forcier, de ceux qu'il a perdus ou ratés mais aussi de ceux aussi qui lui sont restés fidèles.4 Poupart se sente encore plus précaire dans sa lecture, ajoute-t-il.» Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que Jean-Marie Poupart est l'auteur d’une vingtaine de livres, dont certains récits pour enfants.Qu'il a commencé en littérature à 20 ans, alors qu’il était encore aux études, avec Angoisse play.Qu’il a fait partie de la joyeuse bande de L'illettré, avec Victor-Lévy Beaulieu, Michel Beaulieu, Pierre Turgeon et Jean-Claude Germain.Qu’il enseigne la littérature au niveau collégial.Qu'il a été longtemps lecteur pour des maisons d’édition ( Les éditions du jour, les Quinz, Leméac).Qu’il a été critique de cinéma et qu'il est maintenant critique de romans policiers à la radio.J usqu’à maintenant, les romans de Jean-Marie Poupart n’ont jamais touché directement le genre policier.Son dernier récit est à cet egard le plus polar qu’il ait fait.« Mais comme il y a beaucoup de digressions sur la littérature, l’écriture, les raisons de poser tel ou tel geste, etc., on peut dire que c’est un roman-roman, soutient-il.» À ce propos, les points de suspension qui parsèment tout le roman sont significatifs.« La littérature, c’est un écart par rapport à une norme et la norme veut qu’on ait une phrase construite avec un sujet, un verbe et un complément.Si on met seulement un sujet et un verbe sans complément.eh bien, on crée facilement un écart.», conclut-il avec un rire sonore.Kyrielle de bruits dans le restaurant qui tirent l’auteur de sa torpeur.L’interviewer n’est pas venu .s'il passe son entrevue.adieu.je l’émascule .4 Métier publiques ».Je me sens plus près, dans le cadre d’un magazine quotidien du matin, des femmes et des hommes qui m’écoutent.J’y apprends, en tout cas, constamment des choses qui me rejoignent dans ma vie à moi et trouvent peut-être par là une résonance chez ceux qui, à la maison, en voiture, reçoivent en douceur des phrases plus senties, des commentaires moins prudents, de la part d’interviewés qui n’ont pas à rester sur leur garde, se laissant aller à dire ce en quoi ils croient, qu’ils n’ont souvent jamais eu le loisir ou l’occasion d’expliquer à leur guise.Ils redeviennent alors comme tout un chacun hommes et femmes ordinaires mais qui auront été entendus et auront pu livrer quelque part, leur part de joie.Ce métier qui continue d’être ma première passion, je l’ai appris sur le tas, tirant profit des remarques de tous mes collaborateurs, même les plus obscurs.Recherchistes, camé-ramen, techniciens, moniteurs et réalisateurs, tous ont acquis une expérience qu’ils sont prêts à partager s’ils savent que l’animateur est ouvert à leurs commentaires, pour son plus grand bien.Il y a dans animateur le mot anima, âme.Il faut tenter d’être l’âme d’une équipe aussi bien à l'antenne, que hors antenne.On ne me fait pas plus beau compliment que lorsqu’on me dit : « Vous avez l’air d’aimer le monde.et d’avoir du plaisir à travailler.» Oui j’aime les gens, à commencer par ceux qui travaillent avec moi.Oh ! pas tous, pas toujours, mais de plus en plus, je cherche à faire ressortir en eux ce qu’ils ont de meilleur.Quant au plaisir .qui a dit qu’on pouvait travailler sérieusement sans trop se prendre au sérieux ?Je m’étonne souvent de voir qu’on confie de plus en plus ce métier d’animateur à des gens qui ont su plaire par leur personnalité, en oubliant que c’est un métier où il faut aussi faire ses gammes et gagner ses galons.Qu’il y faut des aptitudes et de la pratique, des qualités d’entregent et de convivialité, une culture point trop affichée mais certaine, de la maturité je crois, et beaucoup de généreuse disponibilité.L’animateur-intervieweur ne fait pas son métier que dans l'heure ou la demi-heure où il est « en ondes ».C’est un job à plein temps même si cela semble de plus en plus échapper aux patrons d’entreprises qui exploitent volontiers la popularité d’artistes ou de personnages publics dont ils attendent moins un travail rigoureux qu’une prestation fertile en cotes d’écoute.Il faut y mettre beaucoup de soi et de sa vie dans ce métier et c’est là que j’apprécie ma chance de travailler avec tous ceux-là grâce à qui il peut toujours faire beau quelque part, qui comprennent le sens de ce métier, le rendent possible et savent ajouter toujours un peu à sa noblesse.C’est rare, mais ça existe.Roman interdit JOHANNESBURG (AFP)-Le gouvernement sud-africain a interdit le dernier roman de l’écrivain indien Salman Rushdie Satanic Verses ( Les Versets sataniques) que les musulmans d’Afrique du Sud ont qualifié de « blasphématoire ».Selon le Bureau des publications, le roman de Salman Rushdie, est interdit en vertu de son caractère « outrageant pour les convictions religieuses de certains habitants de la république » sud-africaine.Le roman, qui a déjà été interdit en Inde, met en scène le prophète Mahomet sous les traits d’un homosexuel et qualifie ses 12 épouses de « prostituées ».Salam Rushdie, invité par l’hebdomadaire libéral Weekly Mail, doit prononcer une conférence au Cap sur la censure.Selon le rédaeteur-en-chef de l’hebdomadaire, des menaces d’attentat avait été faites contre le journal.Plusieurs porte-parole des quelque 350,000 musulmans d’Afrique du Sud ont vivement protesté contre la venue de l’auteur en Afrique du Sud.JAPON Philippe Pons Paris, Le Seuil (Points Planète), 1988: 247 pages.JEAN-PIERRE LEGAULT IL N’EST PAS aisé de saisir le Japon dans son âme profonde.La différence, perceptible partout, toujours, est cependant indéfinissable, insaisissable, particulièrement pour ceux qui ne font que passer quelques jours ou même quelques semaines sur l'archipel.L’ouvrage de Philippe Pons Japon, mis à jour récemment, jette un éclairage nouveau sur ce pays qui, de prime abord, n'a rien de bien déroutant pour l’occidental : « nos magasins, en plus grands, nos machines en plus perfectionnées, notre architecture en béton, en plus futuriste, nos uniformes vestimentaires.».Rapidement cependant, cet univers apparaît muet à l'occidental.Le rideau d'idéogrammes de la langue affichée partout concrétise la différence qui perdure entre deux mondes, l’occidental et l’asiatique, tissée de millénaires d’histoire forgée à partir de philosophies différentes.Les clichés sont faciles.Les japonai-series, monnaies courantes.Mais pour ceux qui ne peuvent s’en satisfaire, le passage de l’observation à la compréhension n’est pas aisé.Philippe Pons s’applique à nous faciliter la tâche.Ce livre, écrit sans complaisance mais avec grand amour, nous propose un « itinéraire touristique » de l’intérieur, de l’invisible, du non-dit.Pas de monuments à visiter, pas de circuits organisés qui folklorisent la tradition encore ancrée profondément dans la vie quotidienne.Écrit dans un langage simple et intelligent, l’ouvrage laisse entrevoir ce Japon qui nous échappe, ce pays « loin des secrétaires à courbettes, des buildings de verre et d’acier » qui ont propulsé le Japon dans le monde phantasmagorique des occidentaux qui y ont vu une reconnaissance de la suprématie de « leur » civilisation, de « leur » mode de vie.D’abord une mise en garde, nous dit l’auteur : tous les raccourcis sont trompeurs pour une juste compréhension de ce pays.Le phénoménal redressement économique du Japon, Vient de paraître chez Michel Gosselin TWTYÛU LE REPOS PIÉGÉ triptyque _ L> vague I l’Ame LE REPOS PIÉGÉ de Michel Gosselin La suite romanesque de LA FIN DES JEUX.Simon a maintenant quatorze ans.Réfugié dans un mutisme qui l'isole, il cherche éperdument à élucider le mystère du suicide de son père.166 pages —- 13,95 $ Pour tout renseignement: 524-5900 JAPON Philippe Pons POINTS PLANÈTE SEUL qui fait l’envie, s'explique, se comprend et se situe dans un contexte qui a peu en commun avec le développement des pays occidentaux.La différence demeure en dépit de l’ouverture croissante du japon sur le monde extérieur : « dans quel pays, nous demande l’auteur, la télévision et la presse annoncent-elles, l’automne, la progression du rougeoiement des érables ?» Faisant fi du piège des statiques qui nous inondent pour renforcer notre méconnaissance de ce pays, cet ouvrage trace à grands traits un por-trait des détails qui font le Japon « nouveau ».Procédant de petits chapitres portant chacun sur un thème qui a l’heur de retenir l’attention, Philippe Pons nous fait franchir un pas en avant dans la compréhension de ce peuple sorti vainqueur de sa défaite.Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour.les réservations.contactez Jacqueline Avril 842 9645 L'ASSASSIN s’en vient.ANNE DANDURAND Michel Tremblay Prix Athanase- DAVID 1988 Romans • La Grosse Femme d'à côté est enceinte • Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges • La Duchesse et le roturier • Des Nouvelles d'Édouard Le Coeur découvert 20 ans d'écriture et de succès Photo: GEORGES OUTIL Théâtre Trois petits tours A toi, pour toujours, ta Marie-Lou Les Belles Soeurs Demain matin Montréal m'attend Bonjour là, bonjour En pièces détachées Les Héros de mon enfance Sainte Carmen de la Main Damnée Manon, sacrée Sandra L'impromptu d'Outremont Les Anciennes Odeurs Albertine en cinq temps Hosanna / La Duchesse de Langeais Le Gars de Québec Le Vrai Monde?La littérature .d'A UJOURD'HUI LEMÉAC éditeur 3575, boulevard Saint-Laurent suite 902, Montréal, Qc H2X 2T7 Tel.: (514) 848-1096 mm
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