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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1988-11-19, Collections de BAnQ.

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Spa*»* ' ÜF m JEAN-LOUIS DUFRESNE IL Y A QU ELQUE chose de singulier à rencontrer un personnage comme Hugo Pratt dans le hall d’entrée cossu d’un hôtel chic du centre-ville de Montréal.Auteur de bédé prolifique, homme de multiples parcours, homme passionné par l’aventure et les rencontres fortuites, sa présence et sa prestance cadrent très mal avec le feutré du petit salon où il me reçoit.Personnage lui-même légendaire, presque autant que son héros le mieux connu, Corto Maltese, l’histoire de sa vie trouve ses racines sur les cinq continents.Né en Italie, enfance à Venise et en Érythrée (Éthiopie), retour en Italie, 20 ans en Argentine, 10 ans en France, des séjours plus ou moins prolongés en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis et dans les îles du Pacifique (et j’en oublie sûrement ) ; il avoue se considérer comme un émigrant de luxe perpétuel; un peu un gitan moderne s/ ?• le plaisir des mes ¦ Jeffrey Archer est l’un des maîtres incontestés du roman à suspense, même dans La main dans le sac, l’une de ses premières oeuvres.D -2.¦ Jean-Rock Boivin a fait un beau voyage à Cuba avec un étonnant roman de Pierre Karch.I) - 3.¦ Lisette Morin, à la lecture du dernier Christiane de Rochefort, La porte du fond, trouve que son auteur est toujours aussi indomptable.1) - 5.¦ Une oeuvre exceptionnelle, de celles qui marquent la littérature internationale.C'est ainsi qu’Alice Parizeau décrit le roman d’Anatoli Rybakov, Les enfants de l'Arbat.D - 6.¦Et, en prime, une rencontre avec Alina Reyes qui, 50 ans après Lady Chatterley, a inventé un boucher superbement doué pour les plaisirs de la chair.0-10.Montréal, samedi 19 novembre 1988 en quelque sorte.Il vit présentement en Suisse, théâtre des dernières aventures de Corto Maltese, Les Helvétiques, son plus récent album paru cet*automne en français.Invité spécial du Salon du livre, le passage à Montréal d’Hugo Pratt n'est pour lui qu’un transit, qu’une simple escale, d’un long périple qui ne semble jamais se terminer.Immédiatement après le Salon, il a l’intention de se rendre à Brandford et à Niagara-sur-le-Lac.Il travaille présentement à la poursuite de Fort Wheeling, dont le premier album en français, édité chez Casterman en 1976, relate la cruelle et guerrière colonisation des Français et des Anglais sur cette Terre d’Amérique, qui était d’abord et avant tout Terre amérindienne.Hugo Pratt ne voyage pas en simple touriste.Ce qui lui importe avant tout par ce voyage dans la région des Grands-Lacs, c’est de retrouver des impressions, des lieux, des odeurs, des états d’âmes qui lui permettront d’introduire une réalité historique à ses scénarios.Ses séjours consistent souvent en des visites de bibliothèques où il consulte de nombreux livres de références et d’histoire.« Il y en a qui connaissent tout sur Platon, Marcuse et Pétraque; moi c’est l’histoire des peuples amérindiens qui me passionne.» Hugo Pratt, philosophe, s'estime être avant tout un faiseur de rêves.« Je ne dessine pas la réalité, de toute façon elle n’existe pas.Il n’existe qu’une illusion pure de la réalité.Ce qui prime dans mes histoires c’est l’imaginaire, le vraisemblable.Il me reste une grande possibilité grâce à mes talents de dessinateurs et c’est de rêver et de faipe rêver mes lecteurs.» Ce qui a de plus fascinant dans l’oeuvre d'Hugo Pratt, que ce soit pour Corto Maltese, les Scorpions du désert ou Fort Wheeling (les trois séries qu’il entend poursuivre), c’est cette technique de narration qu’il a développée de maintenir constamment son lecteur dans le doute sur le caractère véridique des aventures qu’il raconte.À preuve, il s’agit de consulter le livre, Mémoires de Corto Maltese, qu’il vient de publier tout récemment en collaboration avec Michel Pierre.Ce livre retrace le destin de Corto Maltese qui croise et recroise les chemins de l’histoire des premières décennies de notre siècle et celui de grands hommes qui Hugo Pratt, invité spécial du Salon du livre.l’ont façonnée (Staline, Pancho Villa, John Reed,.Hermann Hesse, etc.).« Il y a toujours une base historique à mes histoires, explique Hugo Pratt, mais je raconte cette vérité historique comme si c’était quelque chose de faux.» Ironiquement, il rajoutera qu'il est beaucoup plus difficile de raconter des mensonges et, par la suite, de tenter de les faire passer pour vrais.« Je recherche à déséquilibrer mon lecteur, à l’introduire dans un univers plausible, à le rendre perplexe sur le fond véridique de mes aventures.» Hugo Pratt s’amuse sur tous les tableaux.Est-ce que c’est ce qu’il raconte qui est source d’imaginaire ou la vie de Corto Maltese a-t-elle un fonds de vérité ?Aux lecteurs de décider ! « Moi même j’ai vécu où j’ai vu des actions qui font la vie de Corto Maltese.Mais si moi je les racontais, on ne me croirait pas.Lorsque c’est Corto Maltese qui les ra- conte mes lecteurs sont plus enclins à le croire que moi qui en suit l’auteur.Ce phénomène est tellement puissant que l’on ne parle presque plus de moi, on en a que pour Corto Maltese.Je n’ai plus rien à voir avec son existence.De savants sémiologues parlent de lui comme s’il était né de sa propre combustion.» Loin de se plaindre de cette situation, Hugo Pratt nous laisse sous l’impression qu’il aime bien jouer ce jeu d’équivoque de l’existence possible de Corto Maltese.« Vous savez je l’ai rencontré à quelques occasions, Corto Maltese », renchérira-t-il avec un brin de malice au fonds des yeux et sourire en coin.Au-delà de l’aventure, l’ésotérisme occupe une grande part dans l’oeuvre d’Hugo Pratt.« Ce monde ésotérique me permet de le faire voyager sur tous les plans.Cela m'amène plus loin dans l’imaginaire, dans le plausible, dans le rêve.L’ésotérisme c’est un autre voyage, une autre aven- PHOTO JACQUES GRENIER turc.» 11 se dit fils de Melville (Moby Dick), de Jack London (Croc blanc) et de Stevenson (L’île au trésor) qu’il admire.Les mondes féériques, mystérieux où régnent le rêve et des illusions dorées l’inspirent.Plus que tout, il croit qu’il est nécessaire de laisser flotter son imagination au gré de ses pensées.L’imagination c’est comme un cadeau, vivre sans l’imagination ce n’est plus vivre, c’est survivre; et survivre c’est une mauvaise façon de vivre.« Je suis né pour raconter des fables, mieux, je gagne ma vie en racontant des fables.» Nostalgique, Hugo Pratt relate son enfance à Venise, cette belle Venise d’antan, avant qu’elle ne soit polluée par le tourisme commercial.« Je peux faire vivre cette Venise avec le dessin et transmettre à mes lecteurs mes souvenirs, mes impressions et cette atmosphère que je retiens.» Voir page D - 8 : Hugo Pralt Cette chose qu’on cherche par l’écriture GUY FERLAND POUR LOUIS GAUTHIER, qui vient de publier Le pont de Londres (VLB éditeur), la littérature est une question de survie.Il avait à peine 20 ans lorsqu’il a écrit son premier livre, un roman sur une attente, intitulé Anna.Après des études en philosophie, et un mémoire de maîtrise refusé sur La vérité chez Nietzsche, dans lequel il alliait considérations philosophiques et collages de photos, il se lance dans des petits travaux de toutes sortes, et dans l’alcool, et dans la drogue.Une période floue de sa vie se déroule en même temps qu’il continue de publier.Il est directeur littéraire chez Pierre Tisseyre (où il fait publier deux romans) et rédacteur en chef au journal L’univers-Matin.L’époque, la fin des années 60 et le début des années 70, était à la débauche, à la dépense improductive, et Louis Gauthier embarqua volontiers dans le coup.Les romans se suivent tout de même à intervalle réguüer, mais lentement, à raison d’un tous les trois ans.Anna en 1967, Les aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum en 1970 et Les grands légumes célestes vous parlent en 1973.Cette parcimonie est caractéristique de l’écriture de Louis Gauthier.Ses derniers récits tendent à être le plus court possible.C’est que l'auteur se méfie des mots.« Je n’ai rien à dire, je dis des choses à moi-même et si cela intéresse les gens, tant mieux, lance-t-il en entrevue.» En grand écorché, il se remet continuellement en question, par récriture.Pour lui, c’est comme une thérapie.« Même si c’est difficile d’écrire, cela me procure un certain plaisir.» Plaisir qu’on ressent à la lecture de ses petits récits où rien n’est dit de trop.Un long silence de cinq ans sépare son troisième roman du suivant.« J’ai étudié en animation culturelle, à l’UQAM, à l’époque c’était le département le plus marxiste de l’université, poursuit-il.Ça m’a fait réaliser des choses sur mon rapport naïf à l’écriture.Et j’ai écrit Souvenir du San Chiquila qui racontait, derrière le récit, ma prise de conscience.» Car l’écriture, pour Louis Gauthier, n’est jamais séparée de sa vie, de ses questionnements, de ses déplacements.« Aujourd’hui, je vis comme tout le monde, j’ai un job stable, chez une compagnie de communication, une épouse, deux enfants, une voiture, et de l’argent, continue-t-il.J’écris à partir d’un matériel de notes de voyages que j’ai faites à la fin des années 70.Je construis une histoire, j’élague, je sculpte sur la matière brute.Je veux que le récit soit court, précis, net.Mais les mots n’ont pas la même consistance que le marbre.» Dans Le pont de Londres, qui constitue le deuxième volet à son nouveau cycle entrepris avec Voir page D - 8 : Cette chose PHOTO CHANTAL KEYSER LOUIS GAUTHIER Montréal dos écrivains MONTREAL DES ECRIVAINS Collectif UNION DES ÉCRIVAINS QUÉBÉCOIS TYPO FICTION LIVRE DE POCHE l’Hexagone lieu distinctif d HmHHB LIVRE DE POCHE lieu distinctif d’édition littéraire québécoise TYPO FICTION ift J ChftoÊàa» (***» • If* • & fTl H—wrt-— a Dm« • • DM 7^* ftnaeMs • D•#«* • *** r • i—nkt • Frwmrar f • n f HtgfMM • • CArartta Hanoi • a J•*«•** • Kfcaat • la FrM» lacrfc • Majar • vUw a m m • («Mrr • THMkr • Plu» ftnwatf • R* 1***» larrattr a Tarirai • V»er ¦ rrpo nc-rwe Entre toutes les femmes Professeur de littérature française à l'Université McGill et critique littéraire au DEVOIR, Jean Élhier-Blais poursuit également une carrière de romancier.Les éditions LEMÉAC publient, celte fin de semaine, son nouveau roman Entre toutes les femmes.Un livre qui se déroule au pays et à l'étranger au hasard des mutations diplomatiques.JEAN ÉTHIER-BLAIS Blanche \ Ceux qui l’ont connue disent qu'il y avait en elle une flamme.Physiquement, elle ne vieillira pas.Elle est petite, la taille et l’allure d’une jeune fille.Les cheveux sont d’un noir de corbeau, toison dense, capiteuse, des cheveux qu’elle ne frisera jamais, mais portera coupés bien droits, avec une frange qui cache le front bombé.Les yeux sont profonds, cachés dans l’orbite.Les pommettes saillent et tirent le visage vers les oreilles, raidissant le nez qui est droit et mince.On dirait qu’une goutte de sang Ming a retrouvé ici son cours.Le haut de ce visage est sec, quelque peu rébarbatif, ne faisant confiance à personne, regardant sans aménité le monde et les astres.Mais la bouche est rieuse, les lèvres pleines, les dents éclatantes, le menton est pointu et moqueur.Dans ce visage, éclate la vie à venir.Le regard craint, la bouche rit.Le corps est fragile.Blanche a le cou long.Lorsqu’elle rit, elle renverse la tête en arrière et sa tête se balance doucement, dodelinant presque.Elle a une silhouette et son corps est d’une seule pièce.Là est le secret de son charme.Elle est de ces êtres qui, lorsqu'ils sourient ou qu'ils pleurent, c’est le coeur lui-même qui pleure ou qui sourit.Blanche se tient bien droite.— Tu as un dos de pianiste — lui dit sa mère et lorsque Robert et Gaby Casa-desus paraissent en scène, elle pousse Blanche du coude.Après le concert, elle ajoutera — Voilà Voir page D - 8 : Inédit Hugo Pratt a même rencontré Corto Maltese D-2 ¦ Le Devoir, samedi 19 novembre 1988 Un troc honnête entre la rigolade et la peur LA MAIN DANS LE SAC ( Édition originale : Not a Penny More, Not a Penny Less, 1976 ) Jeffrey Archer Paris, Presses de la Cité, 1988.SERGE BERGERON SUR la quatrième de couverture de La main dans le sac, on nous annonce que l’auteur, Jeffrey Archer, est un des maîtres incontestés du roman à suspense.Ce n’est certes pas une révélation; nous n’avons qu’à nous souvenir de titres comme, par exemple.Une affaire d'honneur, ou encore, Les allées du pouvoir, pour en être pleinement convaincus.Pourtant, on voit très mal l’auteur se forger pareille renommée grâce à un roman comme La main dans le sac : on s’aperçoit très vite que le suspense y est plutôt édulcoré, voire même inexistant.Mais, étant donné que cette traduction tire son origine d’un livre paru en langue originale anglaise en 1976, on comprendra que Archer n’avait pas encore entamé la carrière qu’on lui connaît maintenant.Malgré cela, on aurait tort de bouder ce roman car, une fois la lecture commencée, on se sent irrésistible-rpent entraîné par l'allure endiablée de ce récit fortement teinté d’humour.À défaut d’avoir « peur », on rigole.Le marché semble honnête.L’auteur met en scène un escroc dlenvergure internationale, Harvey Metcalfe.Derrière une façade de respectabilité, que lui apportent ses entreprises régulières, il se livre à toutes sortes d’activités illicites.Le récit s’ouvre sur la jeunesse de Metcalfe, alors que celui-ci travaille comme coursier à la bourse de New York.Sa tâche principale consistait 9 a â i ; JEFFREY ARCHER à transporter des documents confidentiels d’un bureau à un autre.Sachant fort bien la valeur des enveloppes qu’on lui confiait, il n’hésitait jamais à consulter leurs contenus chaque fois que l’occasion se présentait .Il devint vite professionnel du décachetage et du recachetage.Grâce à ces tuyaux habilement acquis, il s’enrichit rapidement et, à l’âge de 21 ans, pouvait se permettre l’achat de sa première compagnie.D’une escroquerie à une autre, en passant, quelquefois, par une réussite honnête, l’auteur relate en quelques pages quarante années de la vie de Metcalfe : son mariage avec la fille d'un important banquier de Boston, la constitution de son écurie de chevaux de course, l’acquisition de sa collection de toile de maîtres, etc.Durant toutes ces années, l’es- croc s’amuse à polir ses méthodes et finit par trouver une formule quasi infaillible, qui consiste à ne jamais diriger personnellement une opération, mais à s’adjoindre une équipe de gens sûrs et aussi peu scrupuleux que lui.Une fois l’affaire terminée et les profits dans la poche de Metcalfe, ses acolytes disparaissent dans la nature en ne laissant aucune trace, aucune preuve .Les enquêteurs des fraudes reconnaissaient là l’espèce de signature de Metcalfe.Mais sans preuve.De prime abord, ce récit nous donne l’impression de vouloir se développer comme une histoire policière.Après quelques pages, on imagine que tout l’appareil judiciaire va concentrer ses forces dans l'espoir de pouvoir enfin coincer l’escroc.Cependant, on ne reste qu'au stade de l’impression puisque police et enquête n’ont qu’un rôle minime dans cette histoire.En fait, la police ne servira que de bougie d'allumage à un groupe de gens désireux de se venger de Metcalfe.Imaginer quatres personnages : un professeur d’Oxford, un jeune lord anglais, un médecin londonien et un marchand de tableaux.Ajouter à cela qu’aucun d’eux ne se connaissait et que rien dans leur existence n’aurait dû les rapprocher.Mais pourtant, un jour, chacun voit l’occasion de s’enrichir par le biais d’une compagnie pétrolière installée dans la Mer du Nord.Alléchés par de faux rapports portant sur des découvertes pétrolifères, tous vont soit puiser dans leurs économies, soit hypothéquer leur propriété, pour acheter des actions qui, de source sûre, devraient au moins tripler de valeur.Malheureusement pour eux, la source sûre, un étudiant frais émoulu de l’école des sciences économiques de Harvard, est manipulée par Metcalfe.Après quelques semaines d’euphorie, durant lesquelles les quatres victimes entrevoyaient un avenir plus que confortable, leurs actions chutent jusqu’à ne plus valoir le papier et l’encre pour les imprimer.Les voilà tous ruinés.Après une courte enquête du bureau des fraudes boursières, enquête qui leur révèle qu’ils n’ont aucun recours légal contre Metcalfe, ils décident de s’associer pour reprendre à l'escroc le produit de son vol.Alors commence la plus désopilante manoeuvre de « contre-escroquerie », où l’on assiste à un renversement complet de la vapeur : les victimes deviendront à leur tour fraudeurs et, pour ce faire, employeront des méthodes dignes de Metcalfe lui-même (puisqu’il faut combattre le feu par le feu.) Avec La main dans le sac, l’auteur nous donne un excellent récit d’aventures doté d’une histoire solide et de personnages amusants.Même si les situations semblent parfois un peu trop farfelues, Archer réussit à s’arrêter assez tôt pour ne pas tomber dans le grotesque.Ses inconditionnels lui pardonneront certainement ce « petit péché de jeunesse ».- 1 S 111 ¦ UUU &2-iU =.LJ — — — Fiction et biographies 1 Le Alexandre Zèbre Jardin Gallimard (1)* 2 Le Bûcher des vanités Tom Wolfe Sylvie Messinger (4) 3 Anne quitte son île Lucy-Maud Montgomery Québec/ Amérique (8) (8) 4 Les derniers jours de Charles Beaudelaire Bernard-Henri Levy Grasset (2) 5 Les Tisserands du pouvoir Claude Fournier Québec/ Amérique (3) 6 La Lectrice Raymond Jean Actes Sud (5) 7 Un amour Insensé J.Tanizaki Gallimard (10) 8 Le Boucher Alina Reyes Seuil (6) 9 Le Langage perdu des grues D.Leavitt DeNoel (7) 10 Quoi?L’Éternité Marguerite Yourcenar Gallimard (-) Ouvrages généraux 1 Lendemains piégés Claude Morin Boréal 0) 2 Histoire générale du Canada Paul-André Linteau Boréal (4) 3 Le Cristal et la chimère Fernand Séguin Libre Expression (3) 4 L’Homme qui devint Dieu Gérald Massadié Laffont (2) 5 L’État du monde 1988-1989 Collectif Boréal (5) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.’ Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente Cioran refuse le prix Paul-Morand GUY FERLAND Rencontres Le Centre d’essais des auteurs dramatique reçoit, mardi le 22 novembre de 17 h à 19 h, au Café théâtre de la Place, l’écrivain belge Hugo Claus.Ce romancier est également dramaturge, poète, scénariste, réalisateur et même peintre.La rencontre sera animé par Paul Lefebvre et l’auteur lira quelques extraits de ses oeuvres.L’entrée est gratuite, mais on demande de confirmer votre présence en téléphonant au 288-11384.Les éditions Flammarion invitent le public au lancement du livre de Constance Naubert-Riser intitulé Kleeet publié chez llarzan dans la collection « Les chefs-d’oeuvre », le 24 novembre à 18 h à la librairie Olivieri, 3527, rue Lacombe.À la Place aux poètes, au restaurant La Folie du large, 1021 rue Bleury, c’est la soirée « Découvertes poésie jeunesse 88 ».Janou Saint-Denis reçoit quatre jeunes poètes : Charles Gagnon-Mahony, Julie Cus-teau, Danya Maisonneuve et Daniel Langlois.Dans le cadre du programme « Rencontre avec des (crivains » du Conseil des Arts du Canada, l'associai ion des travailleurs culturels du Québec, présente, Poésie à six heures avec Antonio D'Alfonso le jeudi 24 novembre au Café Cine-Citta, 6778, Saint-Laurent.Nouveau conseil au SILQ Le jeudi 3 novembre dernier, les membres du Salon international du livre de Québec ont élu, en Assemblée générale annuelle, leur nouveau conseil d’administration.Celui-ci assumera la direction et l’orientation de la 18e édition.Les personne élues sont les suivantes : Lorenzo Mi-chaud, Michel Champagne, Cajetan Gauthier, Fernand Girard, Ginette Lacroix, Gilles Pellerin, André Ricard et Claudette C.Roy.Concours littéraire Afin d'encourager la production de textes dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et au Québec, le module des lettres de l’Université du PHOTO CLAUDE CHEVRIER JANOU SAINT-DENIS Québec à Chicoutimi invite toute la population à participer à ses deux Concours annuels : Le Concours du meilleur texte de quatre lignes et le Concours du meilleur texte de trois pages.Les textes devront parvenir avant le 15 février à l’adresse suivante : Module des lettres, Concours de création de textes.Université du DEUX DËSMors D’OR À ^ldans WCORPS?oc EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE Québec à Chicoutimi, 555, boul.de L’Université, Chicoutimi, G7H 2B1.Les bourses varient de $ 10 à $ 100.Pour des informations supplémentaires, on peut téléphoner au 418-545-5336.Sur les ondes A l’émission Présent Dimanche, demain matin vers 9 h 30, Monique Bel-zil s'entretiendra avec John Saul qui vient de publier Paradis blues aux éditions Payot.À l’émission La Dédicace, demain soir à 18h, diffusé sur les ondes de Cil AA FM, 103,01, Daniel Tremblay reçoit Pascal Bruckner, auteur de Qui de nous deux inventa l’autre?Normand De Bellefeuille parlera de son « métier» à l’émission Profession : Poète diffusée à TV5 le jeudi 24 novembre à 21 h 30.A rémission Apostrophes diffusée demain à 20 h à TV5, sous le thème de Fidélité et trahisons, Bernard Pivot reçoit l’académicien Michel Debré (Gouverner-Mémoires 1958-1962 chez Albin Michel), Denis Jeamboar et Yves Roucaute (Éloge de la trahison - De l'art de gouverner par le reniement au Seuil),’ Nina et Jean Kéhayan ( Le chantier de la place rouge au Seuil) et Robert Mitterrand ( Frère de Quelqu’un chez Laffont).r&mm® Livres neufs et usagés récents et anciens sur tous les sujets LA GRANDE LIBRAIRIE À CONNAITRE 251 Ste-Catherine E Émile-Michel Cioran PHOTO IRMELI JUNG PARIS (AFP) — L’Académie française a décerné jeudi son Grand Prix Paul-Morand, l’un des prix les mieux dotés de France avec 300,000 FF ($ 50,000), à l’écrivain et philosophe d’origine roumaine Émile-Michel Cioran, qui a décidé de le refuser.Ce prix est « incompatible avec ce que j’écris, avec ma vision des choses.On ne peut pas applaudir aux choses que j’ai écrites.Mon oeuvre est une oeuvre de négation, je ne peux pas avoir un prix.Je suis contre les prix », a déclaré E.M Cioran, 77 ans, joint au téléphone par l’AFP.L’attribution du prix Paul-Morand 1988 s’avère particulièrement difficile cette année puisque déjà la semaine dernière les académiciens n’étaient pas parvenus à s’entendre sur un nom et avait dû reporter leur décision, fait sans précédent dans les annales de la célèbre Académie (fon- dée en 1634 par Richelieu).Cioran est un auteur hors-norme, connu pour ses recueils d’aphorismes sombres et desespérés, notamment le Précis de décomposition, La tentation d’exister, De l’inconvénient d’être né et Le mauvais démiurge.Depuis un prix qui lui avait été attribué en commun avec le dramaturge Adamov, dans les années cinquante, Cioran a refusé toute autre récompense littéraire.« Je ne peux pas faire une exception maintenant, ce n’est pas de l’orgueil, mais je me sens mal, en contradiction.» Le prix Paul-Morand, décerné tous les deux ans, récompense depuis 1980 « l'auteur d’un ou plusieurs ouvrages écrits en langue française, remarquable par des qualités de pensée, de style, d’esprit d’indépendance et de liberté ».DEUX GRANDS AUTEURS JEUNESSE CHEZ HURTUBISE HMH A vec Paul de Grosbois Avec Madeleine Gaudreault-Labrecque Les Aventures de Michel Labre continuent.PANIQUE DANS LES ROCHEUSES Rappel des titres de la collection HMH Jeunesse Madeleine Gaudreault-Labrecque Le mystère du grenier Paul de Grosbois Les initiés de la Pointe-aux-Cageux Yves Thériault L’or de la felouque Dans Les Aventures de Michel Labre: Madeleine Gaudreault-Labrecque Vol à bord du Concordia, Alerte ce soir à 22 heures, Gueule-de-loup, Sur la piste du dragon I, Sur la piste du dragon 2, Le secret de la pierre magique in Trois héros intrépides se joignent à la collection.LE CRATÈRE DU LAC LYSTER éditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone (514) 364-0323 Dlj LAC LYSTER Iw U f Le Devoir, samedi 19 novembre 1988 ¦ D-3 cLxS L Wn'in5, • le plaisir des ivres Portrait de groupe sur la plage NOËLLE A CUBA , Prise de Parole, Sudbury 1988 392 pages.] Jean-Roch LJ B0I7IN iLs.; Lettres à québécoises QUAND LE ROMANCIER se fait détective de l'âme, il voit des pistes, des traces d’âme partout.Alors il révèle de secrètes émulsions de la réalité et par la magie des mots il arrive à redonner à la banalité des destins ordinaires leur singulière grandeur.Je ne m’attendais pas à ça en entamant cette brique de près de 400 pages où j’apprenais dès le départ que j’allais passer deux semaines à Cuba, à l'hôtel Marazul avec une trâlée de Québécois ! Mais j’ai fait un « trrrès beau voyage», comme dirait Clémence.J’ai vécu des aventures très spéciales avec cette bande de Québécois disparates, des moments de tendresse, d’autres de banale violence quand la passion intoxique et rend l’individu plus petit que soi, de ravissement quand elle lui donne des ailes et le fait décoller de terre dans la musique des étoiles.Ces traces d’âmes, seul le vrai romancier sait les débusquer.Il écrit : « Les mots sont la boisson et le gâteau d’Alice, ce qui l’alimente donc, ce qui la fait grandir ou rapetisser par rapport au reste, choses et gens.Les mots ont la propriété de changer le point de vue et sont les seuls à pouvoir le faire.» Pierre Karch est d’origine québécoise et vit à Sudbury.Il faut souligner qu’il publie, chez un éditeur de Sudbury, un roman sur lequel n’importe quel éditeur québécois aurait été ravi de mettre la main.Je n’avais lu de lui que des nouvelles, mais toutes m’avaient frappé par leur angle de vision impitoyable et.clément.Une ironie douce, une compassion sans apitoiement, une sorte de tendresse lucide qui reconnaît à ses personnages l’héroïsme de la vie ordinaire.Il fut d’ailleurs lauréat du deuxième concours Contes et nouvelles du monde francophone.Il faut preuve de souffle dans ce roman ou nous suivons pas moins d'une vingtaine de voyageurs à partir du décollage jusqu’au retour deux semaines plus tard.Dans les premières pages, il faut revenir sans cesse pour se retrouver parmi les couples et les personnes seules qui composent cette bruyante bande de vacanciers.En montage parallèle serré, on saute d’un dialogue à l’autre.À travers la confusion apparente et obligée de tous les commencements de voyage s’installent les premières pièces d’un gigantesque puzzle, les fils tenus et puissants du filet des désirs dont la vertu du voyage fait de nous les papillons éperdus et magnifiques.« Reves d’amour et de conquêtes ! Rêves de fortune et de trésors enfouis ! Rêves informes qui se précisent et qui se cherchent un décor de rêve.» La reine du frisson raconte la vie tête-bêche L'ASSASSIN DE L’INTÉRIEUR /DIABLE D'ESPOIR Anne Dandurand Montréal, 1988, XYZ éditeur, 62 et 64 pages JEAN-ROCH BOIVIN ANNE DANDURAND ne fait jamais rien comme les autres.En tout cas, depuis le 19 novembre 1953 où, pour faire différent de ses vies antérieures sans doute, elle est née jumelle.Ça n’a pas cessé depuis.Elle est ici deux auteures, avec photo et bio à l’appui, et deux recueils de nouvelles sous la même couverture aux couleurs du Scorpion mais présentés tête-bêche.Littéralement.L’organisation d’un recueil de nouvelles n’est pas insignifiante.Ce n’est pas un canular.Ce n’est pas un menu mais c’est composé.Ma lecture terminée, j’admirais avec quelle habileté l’endroit m’avait emmené dans l’envers jusqu’aux deux dernières nouvelles.L’avant-dernière me semblait la meilleure parce que j’avais oublié celle que j’avais lue en inédit, dans LE DEVOIR un samedi matin, qui avait mis de l’esprit (qu’est-ce que c’est encore ?) dans mon café et dans ma journée.C’était la dernière, la meilleure.La plus puissamment complète.Je me croyais rusé.Pourquoi m’était-il si évident que j'avais commencé du bon côté.Je pourrais prétendre que c’est à cause de ces quelques lignes à la dernière page : « Et a ce moment-là, j’ai compris que la mort était une grâce, que le temps n’avait de saveur qu’à ce prix, et que mon malheur n’a aucune permanence puisque je vis.» Ça ne tient pas.Rien, absolument rien ne dit par où commencer.C’est comme la vie.Cul-par-dessus-tête, mais avec un sens.Bien des sens.Du sens.Tous les sens, au premier chef.La phrase citée pourrait faire croire que la nouvelliste se fait sentencieuse.Non, non.Elle raconte juste des histoires, très simplement.Cette phrase-là, c’était dans une histoire de fée.Mais dans toutes ces nouvelles, les cinq ( ?) sens sont convoqués.Ça aide à se raccrocher parce que, forcément, on se retrouve à marcher sur la tête comme quelquefois dans la vie.Anne Dandurand se révèle dans son oeuvre une spécialiste du frisson.Sans machine diabolique.À coups d’odeurs, toutes parfums, de caviar et de chocolat, de lèvres gourmandes en haut en bas, en large et en travers, de couleurs toujours et de textures même du jour.Et des bijoux sonores : « Dans la rue la bourrasque blanche sculpte à tue-tête ses fantômes fugaces.» Anne Dandurand, c’est Des Es-seintes en jupon, peint par Warhol.C’est simple.Il y a Noëlle d’abord, qui est caissière chez Steinberg et qui cherche l’amour et ce que ça peut bien être.Elle n’est pas le personnage le plus important de ce voyage, malgré le titre, mais ses rêves informes recoupent ceux de tous les autres, qu’ils se soient déjà brûlés les ailes à l’amour ou qu’ils en attisent les feux par tous les moyens que procure l’oisiveté organisée des vacances.Il y a François qui a difficilement convaincu sa femme, Claire, de faire ce voyage pour retrouver les dernières aquarelles de James Wilson Morrice, ce peintre canadien qui vécut quelques années à Cuba.Elle, ses rêves sont précis.Ils sont exclusivement d’argent et elle se fiche de Cuba, des autres et même de Morrice auquel elle ne croit pas.Cette recherche donne au récit la structure d’une enquiête policière (sans l'embarrasser de policiers).Il y a la vieille institutrice à la retraite qui écrit des contes pour enfant et un enfant insupportable, une couple de jeunes femmes qui cherchent « un beau morceau », un vieux couple juif, une grosse femme mère de famille nombreuse qui tricote sans quitter sa chaise en attendant de retrouver ses enfants qui lui ont offert ce voyage en cadeau.Et Liljana, cette femme d’oigine européenne qui a vécu bien des mariages et dont on se dit, chaque fois qu'elle replonge dans ses souvenirs, qu’elle serait à elle seule la matière de tout un autre roman.Impossible de les présenter tous puisqu’il faut tant de pages à l’habile conteur pour nous faire faire l’inventaire du petit bagage de rêves de chacun, qu’il traite avec la méticulosité d’un douanier des âmes.Il y a un personnage exceptionnel dans ce groupe de voyageurs.Il s’appelle Icare et vient de Toronto.Beau, sans complexe, sans peur et sans reproche, il voyage seul.Comme Terence Stamp dans Theorema, il est l’ange qui sert de révélateur des désirs, celui dont ils se souviendront tous, qui leur aura fait toucher la matière de leur rêve.Ce voyage à Cuba est le parfait cadeau de Noël pour ceux qui ne pourront voyager que dans les livres.Pour ceux qui partiront, c’est le livre à apporter dans ses bagages, malgré son poids.Sa jolie couverture aux tons pastel ne déparera pas votre tenue de plage et sera du plus bel effet sur votre bronzage.ERIK 0 R S E N N A PHOTO HUNO ANNE DANDURAND [ALCOOL AU VOLANT QU'ON SE LE OISE Régw * I ¦Muranc» iutomobd#-du Oi*b*c «Des sentiments et des émotions., à fleur de peau.Une écriture intraveineuse, un livre fort intelligent.» Gaston L'Heureux / CKAC-Touche à tout «Dons sa délectable «Exposition coloniale», il a chargé chaque page, comme au lance-pierres, d'une ironie dévastatrice.Mais il lâche parfois l'élastique.Et c'est le désespoir qui nous frappe.» Frédéric Vitoux / Le Nouvel Observateur Editions du Seuil ÿ?QUÉBEC/AMÉRIQUE NATA ET LE PROFESSEUR ALICE PARIXI .Al QUÉBEC/A M t.RIQUE Nata et le professeur Alice Parizeau Alice Parizeau nous offre, encore une fois, un magnifique roman.Nata et le professeur, c'est l'amour d'une chanteuse bohème, l'envie de créer, la passion de vivre et la véritable puissance de l'art qui veut dominer celle de la violence et de l'action clandestine.Une œuvre magistrale, qui secoue et laisse rêveur à la fois.280 pages - 18,95$ Anne quitte son île Lucy Maud Montgomery ü I 20 MILLIONS DE Ü CHI l'va Anne (juitte son île Lucy Maud Montgomery Enfin! le troisième tome de la célèbre série Anne, un des plus grands classiques de tous les temps.312 pages - 16,95$ N A I II l'N RAISIN DANS < I I AVION'?» Y a-t-il un raisin dang cet avion?Raymond Plante François Gougeon, le plus rêveur et le plus drôle de tous les raisins québécois, vit ici sa troisième aventure.Cette fois, il monte une pièce de théâtre qu'il va présenter à un festival à Paris: une histoire aussi folle qu'extraordinaire! 160 pages • 6,958 Deg milliong pour une chanson André Vanasse Une aventure qui a tout pour plaire aux jeunes qui aiment la musique rock.Un roman qui risque de faire beaucoup de bruit.192 pages - 6,958 20 millions de chinois «Made in Taiwan» Jules Nadeau L'auteur rend compte de son expérience et de ses observations de la vie taiwanaise.Grâce à une foule d'anecdotes, le lecteur pénètre dans le quotidien des habitants de ee petit pays.Le côté underground et clandestin, la face cachée de l'autre Chine, apparaît au grand jour.412 pages - 29,95$ Neige de mai O Claire de Lamirande ir I u, mm nn Ü * H m ¦> jgBrL QUEBEC AMERIQUE Neiçe de mai Claire de Lamirande Neige de mai est un récit d'une intensité dramatique remarquable, inoubliable.L'auteure y traite du bonheur, de la souffrance, de l'euthanasie et de Dieu avec une intonation parti-culière, émouvante et poétique.Une œuvre qui vous touchera et vous fera réfléchir.236 pages -19,95$ Le Pari d Agathe Le Pari d'Agathe Sonia Sarlati Pour redonner santé et confiance en soi à son ami Clovis, Agathe le fera maigrir sans qu'il s'en aperçoive.Une histoire intelligente, drôle, pleine a astuces et de rebondissements, dont le thème principal est l'amitic.142 pages • 6,958 Menace sur Bouquinville Louise Lévesque Une histoire policière où on ne s'ennuie pas.Un mystère à la portée des jeunes lecteurs: simple, d'une grande fraîcheur, où triomphe l'imagination.112 pages • 6,958 i mu mn m LA PASSION DES LIVRES 8861 9 : Jtafl D-4 ¦ Le Devoir, samedi 19 novembre 1988 • le plaisir des mes Guérin prime un polar allégorique LA VAIRONNE Évelyne Bernard Guérin littérature coll.« Roman » 251 pages GUY FERLAND AUSSI BIEN LE DIRE d’entrée de jeu, le prix Guérin couronne cette année encore un grand texte.Et par texte, j’entends un tissu tissé fin d’intrigue, de réflexions et d’écriture.Le sens de ce récit échappe à la première lecture parce qu’on se laisse entraîner bien malgré soi par une intrigue policière bien menée.Mais sitôt qu’on élève un peu la réflexion, on s’aperçoit qu’il s’agit en fait d'un conte philosophique qui se replie sur soi pour nous fournir la clé du texte.Un livre est une chose étrange.Michel Serres dit quelque part qu’un livre ressemble à un oignon .L’au teur met au centre de son oeuvre une idée géniale, la perle à découvrir, et enrobe le tout de pelures successives.Le lecteur et le critique doivent enlever pelure après pelure pour parvenir à goûter toute la saveur du fruit (ou du légume) en son centre.En un mot, la lecture et la critique défont l'oeuvre pour voir comment on l’avait construite.La première pelure du roman La Vaironne d’Evelyne Bernard, c’est l’intrigue complexe d’un auteur hanté par un nom de personnage (Agnès) et par un visage aperçu dans le métro.Ce récit seul aurait suffi à enchanter tout un chacun.Mais voilà, Évelyne Bernard va plus loin.Pierre Salvat est auteur de ro- mans policiers.Un jour, il voit le visage de l’homme qui lui a inspiré son personnage d’enquêteur, Laragne, dans les notices nécrologiques d’un journal.Cet homme, il ne le connaissait pas, l’ayant seulement aperçu dans un métro un jour.Mais il sent que cette mort a quelque chose à voir avec le nom d’Agnès qui le hante depuis quelque temps.Déjà là, au départ, il y a redoublement.Mais, plus encore, la suite du récit va remettre en question l’objet même du livre comme de toute oeuvre d’art.Quelque temps après, Pierre Salvat (de son vrai nom Sauveur Bati-foy ) reçoit un coup de téléphone de la fille du monsieur en question qui le prie de venir voir quelque chose que son père avait laissé au romancier, car il s’était reconnu dans les traits du personnage principal de la série romanesque.Tous les éléments de l’histoire sont là, un peu disparates il est vrai, mais lourds de signification.C’est maintenant que commence la descente aux enfers qui va tout ra-sembler dans une fin apocalyptique.Un tableau représentant Louis Leconte (nom prédestiné comme tous les autres noms des personnages du roman), car c’est le nom de l’inspirateur de l’enquêteur, est à l’origine du drame.Un tableau plus vrai que nature, dans lequel les yeux du personnage semblent vivants.D’ailleurs, Louis Leconte est mort de façon mystérieuse, en se laissant très rapidement dépérir sans que la médecine parvienne à trouver l’origine du mal.Pierre Salvat est saisi devant le tableau.Non seulement retrouve-t-il son inspiration et son inspecteur, mais il devient obsédé par PHOTO LOUISE LEMIEUX EVELYN BERNARD ces yeux qui semblent le suivre partout.La fille de Louis Leconte, Ariane, lui montre également une édition hors série des Fables de La Fontaine entièrement illustrée par le même peintre qui a peint Louis Leconte.Dans toutes les illustrations, on sent la même présence, comme si les animaux représentés étaient vivants.Les yeux, surtout, brillent d’un éclat inquiétant.Là-dessus, Ariane découvre un second tableau représentant une femme étrange, aux yeux vairons.La beauté de la femme surpasse tout ce que Pierre Salvat avait pu imaginer jusque-là.Pour lui, il ne fait aucun doute que cette femme est la même que celle dont le nom le hantait.N’en pouvant plus, et après bien des démarches pour découvrir le peintre qui a produit les deux tableaux et les illustrations bizarres des fables, Pierre Salvat décide d’aller lui rapporter les deux tableaux, sur une île près de Terre-Neuve où il se cache de toute la société, semble-t-il.Là, Pierre Salvat va découvrir l’horreur de la beauté.Les cadavres s’accumuleront pour l’amour de l’art qui devrait rendre immortels les modèles des peintures.Il sera question de piratage, de brigandage, de Gor-gonne, de double, d’hérédité maudite, d’incestes, de meurtres, de conspiration, bref de tout ce qui est à la source des oeuvres d’art.Pierre Salvat reviendra de 111e désillusionné, tant sur l’art que sur la vie.La perfection n’est pas de ce monde, même en art.Surtout en art.Ce récit, allégorie de la création en art, s’inscrit, par le thème, dans la même lignée que Le portrait de Dorian Gray ou La peau de chagrin.Évelyne Bernard écrit d’une plume alerte, au présent, une histoire bouleversante qui marque le lecteur et qui part de livres pour aboutir à un autre livre.Mais le ton et la symbolique de La Vaironne, dont je n’ai pas parlé parce que trop riche, en font une oeuvre particulièrement originale.Et le tout se lit comme un polar.Un véritable tour de force ! Dix Juifs-témoins racontent leur action LES JUIFS PROGRESSISTES AU QUl.EC Allan Gottheil Montréal, Éditions Par Ailleurs (Diffusion Prologue), 1988.CLÉMENT TRUDEL DIX JUIFS se racontent.Cinq hommes et cinq femmes dont l’action a été, ou est toujours, marquante dans la vie québécoise.Radicaux et « progressistes »?Les causes qu'ils furent appelés à épouser ont souvent coïncidé avec les aspirations des Canadiens français: Stan Gray a mis son énergie à organiser l’opération McGill français (1969);, Arnold Bennett a depuis toujours été le champion des droits des locataires.Tous expriment une volonté de distanciation vis-à-vis du nationalisme et assument fièrement leur judaïsme, même si (comme pour Donna Mer-gler) Israël apparaît « impérialiste » et qu’elle se sent « insultée » lorsque ce pays prétend parler au nom de tous les Juifs.Les .1 uifsprogressistes au Québec (Editions Par ailleurs, diffusion Prologue) est dû à Allen Gottheil.Il n’est pas « pas facile de vivre à contre-courant », les Juifs d’ici ayant parfois eu le réflexe de « proscrire leurs propres marginaux ».Le Juif doit de préférence arborer sa marginalité, pense Gottheil, ne pas se montrer complaisant face à la majorité, soit pour s’en faire l’allié, le complice ou l’agent-tampon, dans un Québec où les courants contestataires ont généralement un groupe de militants juifs.Certains de ces Juifs-témoins n’ont pas besoin qu'on les présente : ALLAN GOTTHEIL ET SA COMPAGNE SUZANNE.PHOTO ALAIN CHAGNON Henry Morgentaler et Jean-Claude Bernheim ! Tous deux ont une action dérangeante, le premier comme champion de la « liberté de choix » de toute femme à mettre fin à une grossesse; l’autre, pour s'entêter à défendre les détenus, voire à réclamer l'abolition des prisons.Accompagnons Léa Koback («5 ans) dans son militantisme auprès des ouvrières du textile, depuis les années ’.10; elle ne renie aucune de ses luttes contre l’intolérance.Suivons Arnold Bennett, consommateur insatiable de science-fiction, dans son travail de conseiller du RCM pour le district Notre-I)ame-de Grâce; une « tension créatrice » l’oppose parfois au tandem Fainstat-Doré, au sommet du RCM.À Hamilton, Stan Gray a maintenant sa clinique spécialisée dans les dossiers de santé et sécurité au travail; Gray nous dit que, jeune Juif, il percevait les « Français » comme ses ennemis.L'on saura comment Gray en vint à diagnostiquer une nécessaire lutte Au Salon du livre Séances de dédicace Samedi De 14hOO à 161)00 André Morency Terminus De 17taOOM9tiOO Alexis Klimov Jean Renaud la revue Le Beffroi Dimanche De 13bOO» 15hOO Laurent Lapiante Le vingt-quatre octobre De 17h00i 19h00 André Morency Terminus l»t» H» 11 KOI %i.iiiJ •*»> I I M 1)1 lloNsDU ISU I KOI st.tnd I I SI |)| ||()\S|)I lllll KOI sl;iiVl»«lN I I S I 111 I IONS DU HI I I KOI stand »o5 I ISI HUIONS DU III I I l1 stand uns I l S I 1)111( INS DU 111 I I KOI sl.md uns II SI III How |)l III 11 KOI si.niJ 'Xl.s 11 SI |)| now 1)1 III 11 KOI stand LF.S ÉDITIONS DU BEFFROI siand'JO.s I I SI 1)1 IIONS Dll 111 I I KOI stand Otis 11 S| 1)11 low 1)1 III II KOI Si ,nd«MS I I SI I >11 IO\S I )l III 11 KOI si.iixl ‘XlS II S I 011 loss 01 III 11 KOI sl .ivl'XIS 11 si 011 low 1)1 III 11 KOI si.,nj «ins I I s| 1)11IOW |)l III I I KOI si.ukl ‘His I I si DI I loss |)l III I I KOI si.hxI'XA J I s | |)| I loss 1)1 III I I KOI si.ukl *H)s II si niiiossoi in 11 koisi.,nJ*Ni> 11 si ninossnr m ijkoi m.whis I LSI 1)1110SSIII III | | KOI si.,ixl'Ml' ?11 SI 01 now III III 11 KOI si ,„xl mis I I SI DU IONS.1)1 HU I KOI si.mvOhis II s | 011 KISS 1)1 III 11 KOI Si.nxiviis I I si 01IIOSSDI III 11 KOI si.iixl 'ills I I si DI I IOW 01 III I I KOI ,i.,ixl'«l> II s I 01 l iossoi III 11 KOI si.nxl 'ms I I SI 1)1 IIOSSDI III 11 KOf si.nxl ‘ins I I si 01 IIOSSDI III 11 KOI si.nxl'ms d’émancipation des Québécois.Donna Mergler est chercheuse, rattachée à l’UQAM; elle réussit à faire le pont entre milieu scientifique et milieu syndical, tout en tenant, comme son père (Bernard), à son franc parler.Mme Mergler condamne le terrorisme sous toutes ses formes, « lorsque tout être humain est abattu gratuitement, qu’il soit Juif, Palestinien ou Sud-Africain».Il faut aussi prendre conscience du long chemin parcouru par la jeune écologiste et pacifiste Andréa Lévy qui tient à s’insérer dans la société québécoise francophone même si elle est souvent perçue comme une « Anglo ».Maurice Amram, originaire du Maroc, est journaliste et a accédé à la présidence de la FNC (Fédération Nationale des Communications -CSN).Il connaît les limites à une insertion réussie, à mi-chemin entre le cacher et la cabane à sucre! Amram aime bien cette affiche où l’on reproduit le mot d'Einstein: (traduction libre): les grands esprits sont souvent en butte à des esprits médiocres qui les contrarient.On évoque aussi des taquineries qui ont souvent l’effet d’une douche froide: « Fais pas ta petite juive », dira une Québécoise de souche à sa fille turbulente, etc.Ce livre n'occulte aucun trait négatif des « Québécois », s’il en est, mais ne va pas dans le ton alarmiste.On sent ces Juifs d’autant plus vigilants qu’ils avouent une empathie pour la so- ciété québécoise.même si dans un milieu pluriculturel comme celui du RCM, il arrive à un militant d’interpeller un conseiller par: « Toi, le Juif ! ».Henry Morgentaler se dit athée, mais ne peut oublier qu’il est un rescapé des camps de la mort, d'où son « réflexe inné de soutenir le souffre-douleur », et sa détermination « humaniste » de fustiger l’oppression, l’injustice et la souffrance où qu’elles se manifestent.Bennett, qui fut très attaché aux valeurs et aux rites traditionnels juifs, se révèle, lui, agnostique.Une ancienne de La Forge comme Nancy Neamtan, s’est classée parmi les 30 meilleurs finissants du secondaire, au Québec; elle se retrouve bien dans sa peau comme animatrice à Pointe-Saint-Charles.C’est peut-être là le véritable embryon de la bonne entente.Ce livre nous présente en effet une galerie d’humanistes attachés au progrès, férus de culture.Dix Juifs dont les témoignages évoquent d’autres Juifs remarquables, ayant surtout en com-mun de respecter quiconque ne pense pas comme eux.Les stratégies d’avant-garde en reprise québécoise LA CAMÉRA OBSCURE DU POSTMODERNISME Pierre Milot Montréal,Éd.de l’Hexagone, 1988 : 83 p.LORI SAINT-MARTIN LA QUARANTAINE largement dépassée maintenant, la génération d’écrivains qui gravitent autour de la Nouvelle barre du jour et des Herbes rouges s’est taillée, dans l’institution littéraire québécoise, une place plus que respectable.À défaut de signer des best-sellers, elle se donne pour radicale, audacieuse, subversive.Dans une série de courts articles dont la plupart sont déjà parus dans Voix et images, Pierre Milot entend montrer que, loin d’être marginale, cette « avant-garde » en arrive aux « dernières étapes de son processus de consécration », c'est-à-dire qu’elle s’intégre très bien dans l’establishment littéraire.Les enjeux sont considérables, car il s’agit d’acquérir un « capital symbolique », un pouvoir qui s’exerce dans ie domaine de la culture : influence, prestige, invitations à participer à des colloques, à parler à la radio, à donner des conférences à l’université, mais aussi voyages payés, prix littéraires, bourses du Conseil des arts.L’approche de Pierre Milot s’inspire de celle du sociologue français Pierre Bourdieu et s’attache surtout aux « stratégies d’émergence » de l’avant-garde.La plus efficace : « s’ajus’er au champ parisien de la « modernité », telle que mise en marché par la revue Tel Quel, les philosophes post-structuralistes et les féministes littéraires des Éditions des femmes ».Ayant massivement investi le système d’enseignement (notamment le réseau collégial), l’avant-garde est en mesure d’imposer et de transmettre ses idées.À chacune des positions énoncées par le groupe de Tel Quel ou par d’autres maîtres à penser des années 1970 et 1980, correspond donc une sorte de « retraduction », une reprise québécoise, affirme Pierre Milot : « un peu d’Althusser, beaucoup de Derrida, du Deleuze par-ci, du Lyotard par là, sans oublier Foucault».Défilent le structuralisme, la sémiologie, la psychanalyse, le maoïsme, puis un nouvel intimisme inspiré des Fragments d’un discours amoureux de Barthes, suivi d’un retour au discours religieux, d'après Bernard- PIERRE MILOT Henri Lévy et Philippe Sollers.Hélas, on ne peut amalgamer ainsi Lyotard, Scarpetta et Habermas, dont les positions s’opposent diamétralement, ainsi que Pierre Milot le montre dans son dernier article (placé au début du livre, celui-ci aurait peut-être mieux situé le débat).Il en résulte une « confusion conceptuelle » de taille, toujours selon Pierre Milot, qui reproche aussi aux écrivains en question d’abuser de procédés rhétoriques, aux dépens de la « rigueur argumentative ».Selon lui, des expressions telles que « nouvelle écriture », « nouveau lyrisme » (qui se démarque à peine de l’ancien lyrisme tant honni), « la mort du genre », se sibstituent à la pensée et court-circuitent toute réflexion sérieuse.Bref, les « maîtres penseurs traitent la philosophie comme un mood et la littérature comme un look» Pierre Milot a l’oeil exercé, l’esprit vif et la plume acide.Son étude reste cependant trop fragmentée (elle contient six articles dont quelques-uns s’apparentent au simple compte rendu) pour emporter entièrement notre adhésion.L’auteur passe d’ailleurs de l’étude universitaire au pamphlet sans crier gare.Il affirme souvent sans prouver (c’est le propre de la polémique), mais clame bien haut qu’il s’agit d’un travail « sociologique » sérieux.Et, pour un auteur qui emprunte la démarche et le langage de Bourdieu, il semble bien peu soucieux de nous dire d'ou il parle.Est-ce uniquement par amour de la « rigueur argumentative » qu’il s’attaque ainsi à tous ces écrivains ?Quoi qu’il en soit, le débat modernité/postmodernisme fait encore des ravages et donne parfois, comme ici, des livres incisifs.Nos ancêtres les coureurs de bois LOUIS B.CHAMPAGNE FRANÇAIS ET INDIENS EN AMÉRIQUE DU NORD au XVIe-XVIIIe siècles, Philippe Jacquin Payot Paris 1987 — 310 pages.CETTE ÉTUDE du phénomène des coureurs des bois et son influence sur le développement de la Nouvelle-France, basée sur plus de 50 pages de notes et de renvois aux documents officiels, nous fait voir sous un nouveau jour l’histoire du Canada que nous ont fait connaître les manuels des Frères des Écoles Chrétiennes et des CSV.Au moment où la « mère-patrie » nous a envoyé environ 4,000 colons, dont 60 % étaient des hommes, presque 1,000 de ces hommes ont disparu dans la forêt, pour faire la traite des fourrures.Le métier était payant et ne demandait presque aucun travail, les Indiens faisant tout l’ouvrage.Tout ce qu’il fallait, c’était le goût de l’aventure et le goût de rejeter tout règlement, facultés que les Canadiens ont toujours possédée à un très haut point Une des règles que les coureurs de bois s'empressaient de rejeter, c’était le jansénisme des rapports entre hommes et femmes.Ce dévergondage et ce retour au clandestin inquiètent les dirigeants de la colonie qui perdent tout con trôle sur les coureurs des bois.Ceux ci sont donc mis au ban de la société Des ordonnances interdisent le corn merce de la fourrure et des « policiers » sont envoyés avec mission de rabattre les égarés vers la colonie; Tonti, Duluth et Lemoyne sont parmi ceux qui reçurent cette mission.Ce qui eut pour effet de les faire fuir plus profondément dans la sauvagerie : au-delà des Grands Lacs, dans les plaines de l’Ouest et jusqu’aux Rocheuses.Ce sont les comptoirs anglais du Sud (Albany, New York et autres) qui profitèrent le plus de cette politique.Donc, une perte de revenus pour la colonie qui survivait alors avec peine, tandis que la cour de France ne se privait de rien.La politique janséniste des dirigeants chassa donc vers l’Ouest et le Sud les Indiens Blancs.COLLECTION DAMM.G%I.M» APPROCHES LES EDI TIONS DU BEFFROI stand 9(15 LES EDITIONS DU BEFFROI sland 905 LES EDITIONS DU BEFFROI stand 905 RIOPELLE GRANDEUR NATURE.( (HIM MON qfflj APPROC IIKS .Skit'S Riopelle grandeur nature Daniel Gagnon 280 pages 19,95 S Voici deux hommes: un peintre et un écrivain.Ils ont tous deux soulevé, ici, beaucoup de passion.Ils ont dérangé par leur originalité, leur liberté et surtout par leur succès.Voici deux livres : vibrants, fascinants et sérieusement documentés.A vous de les découvrir ! * FRANÇOIS) I.Al K K N T « l/OEt'VRE ROM ANESQUE DF K EJ KAN DUCUARME -( ni i N i ion | 34lkltS En rappel : L’œuvre romanesque de Marie-Claire Blais 248 pages 16,95 $ L’œuvre romanesque de Réjean Ducharme Françoise Laurent 180 pages 16,95$ Le Devoir, samedi 19 novembre 1988 ¦ D-5 Christiane Rochefort demeure indomptable et incorrigible LA PORTE DU FOND roman de Christiane Rochefort PARIS, 1988, Grasset 245 pages.LE SILENCE DE GABRIELLE roman de Sophie Avon PARIS, 1988, Arléa, 120 pages.Lisette MORIN ?Le feuilleton POU R QU I la suit depuis Le repos du guerrier — son premier roman par quoi le scandale .et la célébrité lui sont arrivés — Christiane Rochefort parait toujours la même : indomptable, incorrigible mais surtout inimitable.Osons même ajouter que, contrairement à certains de ses confrères .arrivés !, elle ne consent même pas à s’imiter, à se répéter d’un livre à l’autre.Mais si La Porte du fond innove, ce n’est pas, certes, par le choix du sujet : les relations incestueuses d'une gamine de huit ans et de son père, sujet dans l’air du temps littéraire, mais bien par le traitement romanesque.Une structure, non pas éclatée, mais extrêmement serree : neuf divisions, avec des sous-titres inventifs, ironiques, et une table des matières qui est un petit chef-d’oeuvre du genre.Si, comme l’affirmait Jean Cocteau, « on ne dure que par la forme », la postérité devrait reconnaître en Christiane Rochefort, l’une des grandes romancières de ce siècle.Le style de La Porte du fondest tour à tour tributaire de la Bible, de Lewis Carroll (il y a quelque part un sourire « chershire » qui sent son Alice à plein nez.) et de tous les bons disciples du grand-père Freud, en commençant bien sûr par la grand’mère Dolto, à laquelle Rochefort paie un tribut dans le rappel final de ses sources : « Dans l’inceste père fille, la fille adore son père et est très contente de narguer sa mère ! » Dans ce combat de sept années contre le père violeur « qui ne la bat-tait même pas», la petite fille avouera : « J’en ai perdu chaque bataille.Mais pas la guerre ».Elle prévient même les lecteurs : « Perdez l'illusion bonne gens, assis dans la croyance que les malheurs passés doivent labourer la mémoire la vie durant, comme si c’était un devoir d’encore et encore les payer.» Ce long asservissement, dans le milieu familial, ce silence obligé d'une enfant qu’on ne croirait pas si elle osait raconter, il pourrait être larmoyant, gémissant, bref insupportable.C’est mal connaître « l’Historienne » des Petits enfants du siècle et de Les enfants d’abord que de la soupçonner ne serait-ce que d'une once d’attendrissement.« Sur ce chemin tortueux, fait-elle avouer à la narratrice de La Porte du fond, j’accédais à une Science de la Nature Humaine, qui aurait fait rougir ma mère ».Il est douteux, cependant, que cette confession d’une petite fille bien de son siècle fasse rougir celles qui la liront.Tout au plus peut-on soupçonner qu’elle gênera aux entournures certains mâles phallocrates, bien engoncés, bien corsetés dans leur bonne conscience.Roche-fort, à qui l’on a reproché d’avoir brandi l’étendard dans toutes les batailles féministes et politiques de sa CHRISTIANE ROCHEFORT en 1976.génération, est d’abord, est avant tout un excellent écrivain.Qui possède la science des mots, l’art de les agencer sans jamais glisser dans le jargon « in ».C’est de ce gai savoir — dont elle coiffe l’une des fameuses et savoureuses séquences de son livre, qu’il faut remercier Christiane Rochefort.Ouvrez vite, sans frapper, La Porte du fond.Ce n’est ni la chambre des sept femmes de Barbe Bleue ni le palais de Dame tartine.Mais c’est, étrangement, une confession malgré tout étonnamment pudique, qui voisine chez le libraire l’impudique confession de la cliente d’un certain boucher, que l'on doit à Alina Reyes, apprentie des lettres qui fréquente le Marquis de Sade avant les bons auteurs que continue Les blessures de l’âme enfantine L’ENFANT-TOUPIE Guy Croussy, Paris, éd.Julliard, 1988, 205 p.ODILE TREMBLAY « AVANT D’ÊTRE NÉ, je demandais déjà qu’on me laisse tranquille ».Ce sont les blessures de l’âme enfantine que Guy Croussy vient mettre à nu dans son excellent roman « L’en-fant-toupie ».Ce touchant ouvrage à la fois drôle et triste est un puits d’émotions contenues.Parce qu’il met en scène un garçon volatile, drapé dans une angoisse diffuse et incontournable et parce qu’il récuse tout jugement de valeur, le livre décon- L’ÉLAN VERS LE PIRE Cioran photographies d'Irmeli Jung Gallimard quelques pages GUY FERLAND NON, CONTRAIREMENT à ce que la rumeur publique laissait entendre ici au Québec, E.M.Cioran n’est pas mort.Loin de là.Et comme pour nous prouver le contraire, lui qui n’aime pas être photographié, le voilà qui publie un livre de quelques aphorismes accompagnés de belles photographies dues à Irmeli Jung.Un pied de nez, quoi.Non, E.M.Cioran n’est pas mort et il met toujours autant d’énergie à blasphémer la vie.« Tout est superflu.Le vide aurait suffi.» Noire, sa pensée l’est d’autant plus lorsqu’elle est mise en relief par des portraits qui nous montrent l’esprit du penseur.Tout est noir, en effet, dans les photographies d’Irmeli Jung, et d’abord le regard courroucé de Cioran qui semble toujours mécontent d'exister.« Quelle gaffe que tout commencement, la naissance en premier lieu, il va sans dire.» Sur les quais
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