Le devoir, 24 décembre 1988, Cahier D
ÏLïl®i £8 0*^881 Mjpaœagflg mm M jjp L’équipe du Plaisir des livres souhaite à tous ses lecteurs des Fêtes heureuses et joyeuses et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté.Montréal, samedi 24 décembre 1988 En compagnie de Bobino et de Bobinette DOMINIQUE DEMERS Taisez-vous et assoyez-vous élève Bobino, disait Bobinette.Je commencerai mon cours d’Histoire par une histoire très intéressante : l’histoire du petit Chaperon Rouge ! » Le grand frère de la petite démone à deux couettes expliquait d’un ton gentiment doctoral que l’Histoire, ça parle de gens célèbres.Et Bobinette répliquait que, justement, on parlait d'elle dans le Chaperon rouge.La grand-mère ne dit-elle pas : tire la chevillette et la bobinette cherra.« Une bobinette, c’est une vieille serrure », disait Bobino.Alors là, Bobinette offusquée le traitait de « vieux cadenas».Les dialogues étaient ponctués de « Ho ! ho ! ho ! et de « Ah ! la la la cette Bobinette ».C’était en 1962, Bobino existait depuis déjà cinq ans, Bobinette avait un an.Dans Bobino, Bobinette et cie publié aux éditions Pierre Tisseyre, Michel Cailloux invite les tout-petits devenus grands à redevenir bobinophi-les en lisant les dialogues d’une vingtaine d’émissions diffusées entre 1961 et 1985.C’est l’occasion de découvrir la magie profonde de ces textes.Alors que l’image des personnages, les deux nattes de Bobinette, le chapeau melon et la boutonnière de Bobino, envahissent encore nos souvenirs, ces dialogues trahissent l’immense talent de celui qui a inventé les boutades, les espiègleries, les quiproquos, les jeux de mots et les astuces assortis de pétards et de colle à la farine, de poires à eau, de poil à gratter et de poudre à éternuer.En 1959, Michel Cailloux jouait le rôle de Michel-le-Magicien dans La ooîte à Surprise lorsqu’on lui a demandé de prêter main forte à Guy Sanche en signant les textes de Bobino.Depuis deux ans, Bobino livrait des improvisations en ondes s’adressant tour à tour à Gustave, Tapageur, Télécino et Camério, tous aussi fantaisistes qu'invisibles.Pour compléter la galerie de personnages fantômes, Michel Cailloux a inventé le général Garde-à-Vous, Mlle Prune, le professeur Barbenzinc, Mlle Apricot, M.Plumeau .Chacun avait des traits caractéristiques très définis, une personnalité bien à lui et des tas de petites manies.Des milliers d’enfants les ont d’ailleurs dessinés sans jamais les avoir vus.Mais l’héroïne, la vedette, le personnage le plus fort, le plus fou, le plus drôle, c’est Bobinette ! À l’heure où, dans les livres comme à la radio et à la télévision, on proposait des en- fants héros tout gentils, revus et corrigés par des adultes bien pensants et moralisateurs, Bobinette a redessiné la géographie de l’enfance avec son personnage de joyeuse tannante.C’est l’éloge plutôt que l’édulcoration de l’enfance.À la nostalgie des adultes, Michel Cailloux oppose la réalité des enfants.Bobinette est drôle, espiègle, frondeuse, curieuse, passionnée, enjôleuse et toute-puissante.Bobino, c’est le faire-valoir, le sage grand-frère.C’est Bobinette qui mène le bal ! « Bobinette, c’est moi ! dit Michel Cailloux.J’ai toujours regardé les adultes d’un air bizarre.Ils sont trop sérieux.Bobinette pense comme moi.Derrière ses blagues, il y a un fond de sagesse.Tout ce qu'elle fait, tout ce qu’elle invente, c’est pour rétablir la bonne humeur, rendre les gens plus gais.Au début, je voyais Bobinette comme un petit lutin, quelqu’un d’asexué.J’en ai fait une fillette simplement pour rétablir l’équilibre, parce que Bobino était un garçon.A cette époque, il y avait des personnages masculins partout.Même dans La boite à surprise c’était toujours des hommes, sauf pour Fanfreluche.» Comme Bobinette, Michel Cailloux adore jouer des tours pendables, Voir page D - 6 : Bobino BOBINO ET BOBINETTE ¦HÉ ¦¦¦yf ' ;••• ALICE POZNANSKA-PAR1ZEAU L’art doit avoir un sens FRANCE LAFUSTE EL LE AV AIT A P El NE 16 ans, ne parlait pas un mot de français mais voulait devenir écrivain.Elle avait quitté sa Pologne natale pour étudier et vivre à Paris, Comme Nata, comme Henrik, comme tous ces émigrés polonais liés à la France sentimentalement et culturellement, à qui elle donne vie dans son dernier roman, Nata et le professeur.« Il y a toujours quelque chose d’autobiographique dans un roman, dit Alice Poznanska-Parizeau de sa voix ourlée, mâtinée de riches inf lexions slaves.Nata veut chanter, moi j’ai toujours voulu écrire.Avec elle, je revis mon arrivée à Paris.» Et c’est bien de ces premières années dans la ville-lumière que veut parler la journaliste et écrivaine.Connue par ses écrits, essais et romans, mille fois conviée à analyser ses oeuvres, ses engagements littéraires et politiques, cette femme chaleureuse a le sentiment de n’avoir jamais rien dit de ses 10 années initiatiques.C’est avec verve et humour qu’elle entreprend de les raconter.« Quand je suis arrivée à Paris dans les années 50, après la mort de mes parents, je n’avais que le métier d’écrivain en tête.J’avais 16 ans et il fallait que je passe mon bac dans l’année.Tradition familiale oblige.Mais il fallait aussi que j’apprenne le français en six mois et que je me mette à écrire.Bref, le genre de mission impossible à réaliser.Mais je m'entêtais.Je travaillais 20 heures par jour et, pour ne pas m’endormir, j’avais trouvé une astuce.Je me mettais de grandes bassines d’eau froide sous les pieds.Il fallait que je me dépasse pour être au niveau des rêves possibles d’une famille qui n’existait plus.C’était aussi une question de fidélité nationale.» La décision n'eut pas, semble-t-il, l’heur de plaire à son oncle Léopold Marchand, un auteur dramatique à succès.« Quand il m’a vue, com-mente-t-elle en déliant ses mots, il a tout de suite cru à une deuxième Elvira Popesco.Il voulait que je devienne une actrice.Je hurlai que non, que jamais je ne monterai sur les planches, quitte à passer pour une furie.» L’oncle n’eut guère plus de succès auprès de sa nièce quand il entre- Un regard derrière les vitrines : Alice Parizeau prit de lui lire des passages de Chéri, le roman de Colette qu’il adaptait au cinéma.« Quelle horreur, dit aujourd’hui Alice Parizeau.Pour la jeune fille imprégnée de romantisme polonais et slave que j’étais, nourrie des Balzac, Hugo, Dickens, Bernanos, Mauriac et Dostoïevski, l’univers d’un homme entretenu était parfaitement indécent et amoral.» Ces commentaires, son oncle mais aussi l’acteur Jean Marais et l’écrivain Maurice Druon les mirent dans leur poche .et le mouchoir par-dessus.Plus de 30 ans ont passé mais la conception est restée la même : l'art oui, mais à condition qu’il ait un sens, qu’il soit utile et source d’enrichis-sement.Celle pour qui la vie et le pouvoir d’évoluer sont les plus grandes richesses rejette sans appel « les oeuvres qui ne sont que déception sur la valeur de la nature humaine.» « Je crois à l’oeuvre qui fait de l’être humain quelqu’un qu’on a envie de rencontrer.» Ainsi, Gigi de Colette est « merveilleuse de fraîcheur et suscite la confiance en l'être humain », Raskolnikov, l’étudiant dé- sargenté de Crime et Châtiment et le Docteur Jivago lui apportent une vision fantastique et enrichissante du monde.» Quant à ses propres personnages, ils disent sa confiance en l’avenir, ils la confortent dans ses convictions sur la valeur de l’entraide, de la mission collective, du dépassement de soi.« Nata, c’est la certitude dé réussir, Henrik, c’est, au-delà des doutes, le pouvoir de l’amour, le désir de réhabiliter ses proches et de sauver son pays.Comme beaucoup d’émigrés, cet ancien professeur de littérature de Varsovie a été élevé dans un romantisme nourri par les interdits, la répression, l’identité bafouée.» Roman d’amour, Nata et le professeur est ainsi porté par la force du bien collectif comme les Lilas fleurissent à Varsovie, Ils se sont connus à Lwow ou l’avant-dernier, Blizzard sur le Québec.« Plus les gens ont eu une vie compliquée, une enfance difficile, une jeunesse dure, plus ils sont attachés à leur idéal, à leur pays, plus ils cherchent à éviter aux autres ce qu’ils ont vécu » avance l’écrivaine.Voyez-vous, Nata et Henrik sont viscéralement liés à un passé où il y a eu des drames jamais éclaircis, jamais payés.Aussi, il leur est impossible de vivre en dehors de la collectivité.11 n’est pas jusqu’à l’art qui ne reflète la conscience du monde.En organisant une exposition de tableaux représentant des scènes de massacre oubliées, Henrik ressuscite un drame humain et national.L’art peut-il être assez fort pour résoudre des problèmes nationaux ou mondiaux, demande la romancière ?« C’est une question que je me pose depuis très longtemps, répond l'essayiste.Car, après tout, que disent des oeuvres comme la Polonaise de Chopin ou Les Chants polonais de Padereswski si ce n’est l’âme d’un peuple ?La Polonaise, n’est-elle pas l’oeuvre révolutionnaire d’un compositeur qui n’a pu prendre part à l’insurrection ?Cette musique a bien plus remué l’opinion publique que tout ce qui a été écrit sur la Pologne à l’époque.Raconter la Pologne à travers la musique, c’est vaincre l’indifférence.Ça vaut aussi pour Picasso et son Guernica, Hemingway et ses luttes de toreros ?Même si ça ne règle rien, il se crée un mouve- Volr page D - 6 : L'art Cris, chuchotements et murmures MARIE-CLAIRE GIRARD « JE N’AI PAS EU plusieurs enfants mais une seule fille, et cela changea l’orientation de toute ma vie » écrit Thérèse Renaud dans son livre Le choc d'un murmure publié récemment chez Québec-Amérique.Mariée au peintre Fernand Leduc, cosignataire en 1948 du Refus Global, Thérèse Renaud considère la maternité comme un déclencheur, un révélateur qui, chez elle, a permis dé-couvertes, ouverture sur le monde et retour sur soi-même.Le choc d’un murmure relate cet apprentissage qui, pour être beau et fascinant, n'en est pas moins difficile.Il a fallu six ans à Thérèse Renaud pour écrire Le choc d’un murmure, six années au cours desquelles elle s’est interrogée pour découvrir, à travers le combat que livrait sa fille, son propre combat.Cette âpre lutte que les filles livrent pour se libérer de l’influence de leur mère, Thérèse Renaud en était témoin tout en croyant en être détachée puisque sa propre mère avait disparu alors qu’elle était très jeune.Ainsi, toute une partie cachée d’elle-même a vu le jour dont, entre autres, la prise de conscience du fait qu’elle avait aimé sa mère alors qu’elle avait toujours été persuadée du contraire.« J’étais la mère que j’aurais voulu avoir », écrit aussi cette orpheline.Et elle dira : « Je ne voulais pas d’enfant au départ.Et puis, un jour, le bébé a bougé et j’ai ressenti un irrésistible mouvement d’amour.Je voulais que ça vive.J’ai choisi mon mari et ma fille plutôt qu’une carrière de chanteuse.Je ne regrette absolument rien, le grand amour entre ma fille et moi a comblé ma vie.» « Peut-être parce que je n’ai pas eu de mère, poursuit Thérèse Renaud, je me suis regardée être mère, avec beaucoup de surpri- PHOTO JACQUES GRENIER THÉRÈSE RENAUD ses d’ailleurs.J’ai découvert une ouverture au secret de la vie et j’ai voulu que ma fille fasse de même en sachant qui elle est.Et qu’elle vive pour être, non pour paraître.» Thérèse Renaud souligne également l’importance de la découverte de la psychologie pour les femmes de sa génération : « Nous avons pris conscience de Freud, de Piaget, de A.S.Neill et comme résultat nous avons tenté d’ouvrir nos enfants à un autre rapport avec eux-mêmes.Et de toute façon, c’est la mère qui ouvre son enfant au monde extérieur.Tout ce que j’ai retenu c’est qu’il n’y a pas de plus grand amour que l’amour maternel, mais qu’il ne faut pas que ce sentiment devienne un poids trop lourd.Il n’y a pas de recette, je n'en ai pas trouvée, il faut sans cesse se poser des questions.Ce que je voudrais dire aux femmes, Voir page D - 6 : Cris russes f; m, \ Coyote Mit™1 Gauthier e poïi't Lond-Tes éditeur LA BONNE CHEZ VLB LES MONTAGNES RUSSES LE PONT DE LONDRES COYOTE de Michel Michaud Die, Coyote, a quinze ans, lui, Choml, en a 19, et lis vont vivre une terrible histoire d'amour.Avec, en toile de fond, Pointe-aux-Trembles, le «bout de l’Qe», presque le bout du monde.«Un vrai morceau de littérature, et M.Michaud, un romancier dangereusement talentueux.» Réginald Martel, La Presse.294 pages — 16,95 $ vlb éditeur de Jacques Côté Un roman d'amour sur un air de blues, où tendresse rime avec Jeunesse.C’est en fait un portait non équivoque d'une certaine Jeunesse que brosse ce Jeune auteur de Québec.Une Jeunesse extrêmement débrouillarde et Inventive, en quête de la Joie de vivre et du.grand amour.Un premier roman vivifiant! 228 pages — 16,95 $ de Louis Gauthier La suite attentue du Voyage en Irlande avec un parapluie.On y retrouve la même qualité d'écriture, la même atmosphère de désillusion amoureuse, la même «Intranquillité» devant l'insondable mystère de la vit et des relations humaines.«Une écriture impeccable et belle qui semble couler de source.Ced révèle, si besoin était encore, un y and talent d'écrivain.» Guy Fer-land, U Devoir.98 pages — 9,95 $ LA PETITE MAISON __ .DE LA GRANDE LITTÉRATURE f i D-2 B Le Devoir, samedi 24 décembre 1988 • le plaisir des ivres Un roman du merveilleux ou le merveilleux ne se fait guère sentir ANNE QUITTE SON ILE Lucy Maud Montgomery Éditions Québec/Amérique Montréal, 1988.Titre original Anne of the Island.Traduit de l'anglais par Hélène Rioux.SYLVIE MOISAN DANS CE TROISIÈME tome de la série des Anne, le lecteur retrouve la plupart des personnages des romans précédents.C’est ce que nous révèle la quatrième de couverture, qui précise qu’il s’agit d’un roman destiné aux jeunes.et aux moins jeunes.Que les jeunes puissent apprécier ce roman, passe encore.Quant aux moins jeunes, la chose me semble plus improbable.Anne, notre jeune héroïne de dix-huit ans, quitte donc l’île-du-Prince-Êdouard pour aller étudier en Nouvelle-Écosse, à l’université de Redmond.Ses amis Priscilla, Charlie Sloane et son beau Gilbert Blythe l’y accompagnent.La jeune femme ne tardera pas à lier de nouvelles amitiés mais, bien qu’elle fasse la découverte d’un monde nouveau, elle demeure toujours fidèle à son coin de pays, où elle retourne durant les vacances.Ayant repoussé les avances de Gilbert, son ami d’enfance qui voudrait bien être « plus qu’un ami », elle rencontre le prince charmant en la personne du beau Roy, jeune homme de bonne famille, riche et séduisant, qui finira par la demander en mariage.Mais, bien qu’il soit indéniablement un beau parti, est-il bien le prince charmant qu’Anne attendait ?N'est-il pas plutôt le fruit d’une rêverie sentimentale qui lui dissimule le véritable amour ?Quand ce bon vieux Gilbert tombera gravement malade, passant près de mourir, Anne trouvera vite la réponse à cette question.On classe ce roman dans la littérature du merveilleux.Je veux bien, mais l’ennui c'est que le merveilleux en question ne se fait guère sentir.Les personnages sont inconsistants, banals, à tel point que l’on a parfois de la difficulté à les différencier les uns des autres.On sent qu’ils sont accessoires et qu'ils n’existent que pour nous permettre d’apprécier la grandeur d’âme et l’infinie sagesse d’Anne.Car notre héroïne est sage ! Pas du tout le genre à oublier de faire sa prière du soir avant de dor- mir ou à lancer un juron.Asexuée et dévote, elle possède une morale indéfectible, jamais remise en question, et cherche avant tout à préserver dans sa vie les valeurs essentielles.On aura deviné que lesdites valeurs sont plutôt du genre traditionnel.Bien qu’il ait droit à quelques lyriques descriptions de paysages, avec moult champs de fleurs et arbres centenaires au pied desquels on vient rêver depuis l’enfance, le lecteur ne découvre malheureusement pas grand-chose des lieux et de l’époque où se situe l’action.Cet aspect du récit, s’il avait été exploité, aurait pu lui donner un certain intérêt.Nous faisons pourtant connaissance aveclesgensdu villaged’Anne.La narratrice est sans complaisance aucune envers ces personnages.Il semble en effet qu’ils soient, pour la plupart, étroits d’esprit, jaloux, et médisants.De la vieille fille bigote à la jeune coquette écervelée, nous retrouvons ici toute la collection des clichés d’usage.Qu’importe, Anne est bien au-dessus de ces mesquine- ries, c’est du moins ce qu’on veut nous démontrer.Mais le regard qu’elle jette sur ses compatriotes n’est finalement pas très généreux.Romancière connue dans le monde entier, Lucy Maud Montgomery est née en 1874 à l’île-du-Prince-Édouard.Elle est décédée en 1942.De toute évidence, et contrairement aux deux autres qui semblent plus réussis, le troisième tome de sa populaire série a mal vieilli.Anne quitte son /fe est en effet un récit empreint d’un sentimentalisme démodé, où la morale, omniprésente et réductrice, est d'un autre âge.Les personnages sont stéréotypés, l’héroïne est agaçante de perfection et la prévisibilité de l’intrigue interdit toute surprise.Quant au style, on pourrait aisément le qualifier d’ampoulé.Jugez-en vous-même : « Gilbert la serra contre lui et l’embrassa.Puis, ils prirent ensemble le chemin du retour dans la pénombre, roi et reine couronnés du royaume de l’amour, marchant sur les sentiers bordés des plus jolies fleurs qui se soient jamais épanouies et par-delà des prairies hantées où soufflaient les vents de l’espoir et du souvenir.» Un roman pour les jeunes.pas trop délurés, quand même.L’auteur s’explique MON RÉCENT roman L'Étrangère ou Un printemps condamné vient de connaître les foudres du DEVOIR sous la plume d’un certain M.Boivin dont je suis bien loin de vouloir contester les mérites puisqu’ils me sont inconnus.Mais j’aimerais profiter de cette recension pour m’expliquer brièvement.On dirait qu’avec mes ouvrages, la critique n’a le choix qu'entre deux attitudes : la louange disproportionnée ou, plus fréquemment, l’éreintement sans rémission.J’ai rarement joui de ces papiers insipides qui distribuent bons et mauvais points avec une indifférence de professeur de cégep noyé sous l’avalanche’de la médiocrité.Non, il semble que je provoque, que j’oblige le lecteur a se compromettre, à se démasquer.Or, c’est précisément mon but : éveiller de leur torpeur des esprits qui croient peut-être que la littérature puisse être « innocente ».M.Boivin n’aime pas mon livre.C’est son privilège et il est en bonne compagnie : il y a deux ans, son prédécesseur dans les mêmes colonnes du DEVOIR, un certain M.Lépine, taxait de « ridicule » — rien de moins — mon avant-dernier roman Le Secret d'Axel, ouvrage qui a marqué le sommet de ce malentendu entre un auteur et ses lecteurs.Mais quoi, peut-être faut-il exclure les critiques de cette catégorie qu’apostrophait Baudelaire : « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ».Pour ma part, je consens à être un auteur « ridicule » aux yeux de gens qui portent aux nues les balbutiements morts-nés du premier élu-cubrateur venu.Mais Dieu me garde de juger mes contempo- - (*• PHOTO MARIANNE CHOQUETTE GILBERT CHOQUETTE rains — je risquerais moi aussi de dire des bêtises.Car écrire est une ascèse qui engendre souvent l’infortune, qu’on soit débutant ou « dinosaure » — ainsi que me qualifiait on ne peut plus flatteusement le titre qui coiffait l’abattage réservé à L’Étrangère ou Un Printemps condamné.Et qu'il me suffise de dire qu’en attendant le jugement de la postérité — s’il n’est pas « ridicule » d’y songer — je m’en tiendrai au seul jugement des esprits que j'estime.Avec mes sentiments les plus distingués.— GILBERT CHOQUETTE La Bibliothèque nationale s’enrichit En 1988, les collections spéciales de la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) se sont enrichies de 22 fonds de manuscrits.En cette fin d’année, la BNQ souhaite faire connaître cinq des plus remarquables d’entre eux.Tout d’abord, soulignons le fonds de la revue Liberté.Cette revue a été fondée par Jean-Guy Pilon en 1959 et plusieurs générations d’auteurs y ont collaboré depuis.En 80 ans, Liberté a publié des milliers de textes et le fonds regorge d'informations non publiées qui témoignent de l'évolution de cette revue et du milieu littéraire qui la soutenait.Ensuite, deux carnets autographes de Émile Nelligan sont venus s’ajouter au fonds de manuscrits de ce poète que possède déjà la BNQ.En outre, l’Association des sciences et des techniques de la documentation ( ASTED ) a remis à la BNQ les nombreux documents qu’elle possédait encore provenant de l’organisme dont elle est issue : l’Association canadienne des bibliothécaires de langue française (ACBLF).Fondée en 1943, l’ACBLFa contribué de façon notable à l’évolution de la bibliothéconomie, de l'édition et de l’éducation au Québec.Pour sa part, Madeleine Ouellette-Michalska, journaliste, critique littéraire, essayiste et romancière a remis à la BNQ les manuscrits de ses oeuvres, dont celui de La maison Tresller, de même que de nombreux textes encore inédits.ÉMILE NELLIGAN Enfin, les héritiers de Louis Geoffroy, décédé en 1977, ont laissé à la BNQ le fonds de ce poète et éditeur; le fonds est compose des manuscrits de la plupart de ses poèmes, de sa correspondance avec des auteurs illustres et de nombreux inédits écrits par lui-même ou par des écrivains qu’il a fréquentés.La Bibliothèque nationale du Québec possède actuellement 450 fonds d’écrivains et d’organismes reliés au domaine culturel.Evitez la fumée Pour mieux respirer Normand Chaurette Scènes d'enfants Normand Chaurette Scènes d’enfants 13,95$ En vente chez votre libraire Dramaturge apprécié, Normand Chaurette signe un premier roman éblouissant: en Virginie, un écrivain américain tente par l'écriture d'un drame de faire toute la vérité sur la mort de sa femme Vanessa, survenue en novembre 1964.La littérature d'AUJOURD'HUI LEMÉAC éditeur 1S7S, Ixiuk'vjrd Sjint l jurent suite *)()’.Montre.il, Qi H2X 217 lei I S Hi 84H-10 ^ ,oV Xi \0 • k plaisir des ivres Le cauchemar de l’amour en état de désespoir NUIT EN SOLO Véra Pollak Montréal, Les Quinze éditeur, 1988, 184 pages.« TU TE SOUVIENS ?» Cette ques tion reviendra, lancinante, dans la longue nuit de Viviane pendant qu’allongée près de son conjoint, qui dort comme un gisant, elle rapaille les lambeaux de sa quarantaine.Cette nuit d’insomnie l’amènera au plus profond de son enfer intime : toute Jean-Roch B0I7IN Lettres A québécoises une vie vécue sous le signe de l'abandon.Il ne répondra pas à cette question, ne bronchera pas mais, au matin, une page aura été tournée pour Viviane.Pendant cette nuit, elle aura repris un à un les moments du passé comme on choisit ce qu’on garde et ce qu’on jette quand on part pour ne plus revenir.Le passé a ceci de riche que le souvenir travestit les bons et les mauvais moments et il semble que la quarantaine soit un palier intéressant pour se donner le doux vertige de contempler les gouffres d’ambiguïté de l’ame humaine.Pendant toute la nuit du roman, Viviane s’arrachera du coeur cet Alain qui dort, dans une opération à coeur ouvert.Vera Pollak pratique une écriture extrêmement maîtrisée et efficace.La critique a chaleureusement accueilli Rose-Rouge, publié chez le même éditeur en 1987.Dans ce second roman, l’écrivaine triomphe de la romancière.Entendons si vous voulez que ce roman me semble mieux écrit que le premier, plus implacable.Moins agréable aussi.Il n’y a pas beaucoup de rose dans cette nuit blanche.Viviane a vécu de dures choses dans son passé, mais quand le présent devient inacceptable sous peine de reniement à soi-même, elle choisit d’affronter le matin dans sa solitude aride.« Or, il se trouve que, cette nuit, pour une histoire de scotch non digérée, d’étreinte non accomplie, de sommeil de plomb d’une part et d’insomnie tenace de l'autre, je viens de comprendre que l’irréparable entre nous étant depuis longtemps accompli, je ne suis plus que colère.Contre toi.Contre moi.» Sa colère est froide et Vera Pollak la traduit avec cet humour acerbe et léger qui fait naufrager les meilleures intentions sur les récifs de la réalité.Viviane est née d’un père canadien et d’une mère juive.Rescapée d’un bombardement, on l’apporte, bébé, à sa tante Mathilde.Héritage non désiré d'un neveu que Mathilde avait complètement oublié, plus préoccupée de communiquer avec l’au-delà qu’avec la plate réalité qui l’entoure.Surtout que la guerre mène son train d’enfer.Tante Mathilde vit son karma et s’arrange pour payer en cette vie tout le plaisir qu’elle a eu à être belle dans l’entourage des Es-terhazy (suivez mon regard .), dans une autre vie.C’est d’un solennel et définitif « Sornettes que tout cela ! » que tante Mathilde coupait toute tentative de la petite Viviane de s’épancher ou d’exiger l’affection VÉRA POLLAK dont sa naissance l’avait privée.« J’ai eu tout bêtement une enfance hantée, comme d’autres ont eu une enfance choyée.» Dans la vie de Viviane — question d’âge et sans doute à cause du bouillon de culture dans lequel elle est tombée en venant vivre au pays de son père — est arrivé « Féminisme », personnage à majuscule et genre masculin, qui a proprement lavé le cerveau de cette femme à laquelle sa naissance interdisait toute « sornette ».Viviane a été mariée à Raoul, qu’Alain, son actuel concubin, celui qui dort du sommeil des innocents nés pour être les éternels coupables, qualifie de « jovial caillou ».Raoul est le père de Guillaume qui, seul véritable innocent de toute cette histoire, peut se dispenser d’aménités envers cet Alain ethnologue, divorcé lui-même de Mélina qui devient la meilleure amie de Viviane.Cette nuit de cauchemars éveillés passée avec Viviane est une lecture exigeante.L’amour en état de désespoir est pour moi, je l’avoue, la seule chose devant laquelle je me masque le visage.Ces conjoints, qui se racontent leurs rêves mais n’en ont plus à partager, sont de tristes spécimens.Raoul est un homme exemplaire, d’une magnanimité que j’aurais auparavant qualifiée de féminine.Il n’entre dans le roman qu’en cas d’urgence.Alain, lui, semble aussi absent de lui-même que son sommeil obstiné est présent dans le récit.C’est un pauvre homme à n’en pas douter et je me suis souvent senti mal à l’aise pour lui dans ce lit d’emprunt où il dort si bien.J’ai eu des envies de le réveiller, qu’il provoque enfin le drame qui est la matière commune des romans et des affaires de coeur.Mais Viviane analyse et découpe au scalpel ce coeur qui « aime trop ».C’est écrit tel quel au dos du livre.En français, on peut qualifier ce verbe, ce qui le réduit à sa plus superficielle expression.J’ai bien aimé ce roman à cause de la plume qui vous entraîne dans ces abysses de l’amour comme droit fondamental de je ne sais quelle charte d’invention récente.J’ai freiné de tous les côtés, et encore, à cause de l’analyse incessante des sentiments, qui ne seront jamais que sornettes.Je crois aux mots pour le dire, mais je reste attaché autant à Emma Bovary qu’à Madame de Merteuil.On ne pourrait donc plus « faire catleya » ?Maudite littérature d’hommes ! Frénésie urbaine PLAXIE PILON Jeanne d’Arc Jutras Montréal, VLB, 1988: 115 p.JEAN-FRANÇOIS CHASSAY Plaxie Pilon de Jeanne D’Arc Jutras raconte en accéléré la vie du personnage éponyme.Situé d’abord au présent, le roman décrit ses amours ardents, parfois malaisés, avec Allibie Albert, puis projette le lecteur dans le passe pour lui faire découvrir le cheminement personnel de Plaxie : une mère adorée qui quitte un mari sans intérêt tout en lui laissant sa fille à charge, la douleur de cette dernière lors de la mort de sa mère et le sentiment d’avoir été abandonnée, la découverte des amours les- biens, l’échec d’un couple et enfin la décision de quitter Saint-Glocôme et son passé pour Montréal.Plaxie se confie peu — manifestement pas plus à Allibie qu’aux autres —, et vit au jour le jour, occupant divers emplois temporaires et profite le reste du temps de la dolce vita montréalaise qui lui fait oublier ses soucis quotidiens.Plaxie Pilon est un roman gai et sans prétention, ce qui ne suffit pas à masquer le fait qu’il demeure fort décousu.Il s’ébauche autour de quelques scènes ou événements anecdotiques qui semblent rédigés au fil de la plume et qui ont finalement peu de consistance.Ce roman possède pourtant un rythme enlevé, soutenu et un style syncopé marqué par une indéniable frénésie langagière.1 ¦ ¦ LA LIBRAIRIE DES ÉDITIONS ¦ Arts, Lettres & Techniques inc.la centrale du livre technique vous Invite à profiter avant rénovations d’importantes réductions sur livres neufs ARCHITHECTURE, ARTS, LIVRES TECHNIQUES: ÉBÉNISTERIE, MAR-QUETTERIE, SCULPTURE SUR BOIS, ÉCONOMIE, GESTION, ETC.Cette offre e*t valable du 27 déc.88 au 14 janv.89.Venez noua voir pour profiter de prix exceptionnels 901, bout Ste-Croix (St-Laurent) Montréal, H4L 3Y5 tél: 747-4784/85 métro du Collège ou Côte Vertu Le Devoir, samedi 24 décembre 1988 M D-3 Oiseaux HISTOIRE DE L'ART r-COuL_ K*wr- 1 «îU i.„o GASTRONOMIOT H ISM )l KI C.ENKRAU ‘Ijcsikmdc •Reixitvtf'dcl* ifalicnih• * Æ PREMIER des ENFANTS i \gencla dVirt 1989 \ ;S.\f,S M l .'Sl \\ *S PRIX MEWÇjs ?LIBRAIRIE CHAMPIGNY INC.4474, RUE SAINT-DENIS MONTRÉAL (OUÉ.) H2J 211 TÉL.: 844-2587 lliciiiiPignv; continue le bal.^ * ( NOUVEAU Il mu xllOlLSSC PETIT ROBERT SSE II mu nne*iun 11“ >n l ;ii misse ROBERT * COLLIW8 DICTIONNAIRE « ( .RW! ) Lui )USSC I \ \
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