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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1989-02-04, Collections de BAnQ.

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f mm 'mm 1mm SSmS^î le plaisir des ¦ Water Music, le livre qui risque d’être le livre dont on parlera.Page D- 2 ¦ Lettres Québécoises : un jeune auteur né à Port-au-Prince et élevé à Jonquieres livre des récits d’exil.Page D - 3 ¦ 11 est question de l'espace, du langage et de la mort, du regard dans Naissance de la clinique, une archéologie du regal'd médical.Page D- 4 ¦ Lisette Morin a lu Pour le dire avec des Heurs et Alice Parizeau a trouvé que le style de la version française de L homme sentimental laissait a désirer.Les comparaisons et les descriptions de Javier Marias sont parfois surprenantes, note-t-elle.Page!) - 5 ¦ Jean Ethier-Blais s’est délecté du Mal de l'Ame, de Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent.Page D - 6.Montréal, samedi 4 février 1989 PHOTO JACQUES GRENIER Un portrait stéréotypé Comment s'articulent les rapports dominants/dominés autour des principaux paramétres d'identité que sont l'âge, le sexe, la condition physique et mentale, l'appartenance ethnique, la langue ou l'orientation sexuelle.Lise Noël, dans sa réflexion sur L'Intolérance, publié chez.Boréal, fait le tour de la question.LISE NOËL SOUVENT sanctionnés par l’autorité des experts, les stéréotypes imprègnent les moindres aspects de l'opinion publique.Acquis dès l'apprentissage du langage et de la culture, ils sont ensuite structurés par l’enseignement officiel que les enfants reçoivent des adultes, et il n’est pas jusqu’aux manuels scolaires qui ne les véhiculent systématiquement.Et la répétition, ici encore, renforce l'évidence.Prévenu que le dominé a tel trait de caractère qui lui viendrait de sa « différence », le dominant ne sera pas étonné de pouvoir en observer des manifestations fréquentes.Et pour avoir pris note de tous ceux et celles qui adoptaient le comportement qu’il attendait d’eux, il se croira autorisé à conclure, en toute impartialité, que l’ensemble du groupe auquel ils appartiennent fait la même chose.Aussi, par les vertus de l’argument circulaire, lui paraîtra-t-il définitivement prouvé que les femmes ont des réflexes incertains au volant, que les Noirs agissent comme si la route entière leur était réservée, que les gens de classe inférieure sont grossiers vis-à-vis des autres automobilistes, que les jeunes conduisent trop vite et les vieilles personnes, trop lentement.Certes, il lui arrivera souvent de pester contre un bourgeois blanc d'âge mûr qui se sera rendu coupable de l’une ou l’autre de ces fautes à son endroit, mais il n’y verra alors que l’effet de la personnalité d’un individu particulier.À la rigueur, d gardera de l’incident un souvenir désagréable, mais ne l’utilisera pas pour donner un coup de pinceau supplémentaire au portrait-robot d'une catégorie abstraite d’êtres « typiques ».De la même manière que le comportement d’une seule personne peut être rapporté à toute une collectivité, les caractéristiques attribuées à un groupe sont souvent appelées à rendre compte de la personnalité d’un individu.C'est de cette façon qu’on verra dans les manifestations d’impatience de l'un, une tendance « propre » aux handicapés, et dans l’humour tranchant de l’autre, l’effet de son orientation homosexuelle.Faisant office de démonstration, de simples postulats seront invoqués par des penseurs sérieux pour expliquer des faits de société ou de grands événements historiques.Ainsi, fort de l’écho que son utilisateur sera assuré de trouver d’emblée dans l’opinion publique, l’argument de la « mentalité » pourra tenir lieu de preuve passe-partout.C’est ainsi que « l’âme slave » pourra servir à expliquer mille ans d’autocratie russe, et leur « génie guerrier », les conflits nombreux dans lesquels ont été engagés les Allemands; selon les besoins de la cause, les réactions des Canadiens français, seront tout entières mises sur le compte de leur « émotivité latine ».ou de leui « prudence normande ».S O S : nous avons tous mal à notre âme ! MARIE LAURIER IL N’Y A VRAI MENT pas de quoi pavoiser ! Nous sommes tous des « résistants de l’émotion », banalisés dans une morne neutralité affective, des gens pour qui le bonheur n’est plus un objectif.Rien que cela ! En deux mots comme en mille: nous passons notre temps à « écraser » notre âme ou à tout le moins à faire semblant qu’elle n'existe pas! Voilà un bien sinistre destin décrit par Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent dans un essai qu’ils viennent de publier en France chez Robert Laffont et qui porte ce titre prémonitoire: Le mal de l’âme.On se l’arrache déjà dans les librairies du Québec et il figure à Paris en bonne place aux palmarès de l’Express et de la revue Le Point.Et pourtant les écrivains ne font que reprendre une série de lieux communs que l’on sait confusément, dans l'ordre et le désordre, sur notre civilisation échevelée et sur notre vulnérabilité à s’approprier les objets et à se couvrir d’apparences.Mais il ont le rare mérite d’avoir résumé ce mal de vivre au temps présent avec un certain panache et beaucoup de talent sous un titre-choc.Avez-vous dit « âme »?« Oui », répondent en choeur les essayistes qui forment un parfait tandem au Québec pour nous parler de cet ouvrage qui fait déjà un malheur en France au lendemain du plaidoyer remarqué et remarquable de Denise Bombardier sur le plateau d’Apostrophes à la défense de son livre et aussi de la langue française.U n événement médiatique qui lui a valu les compliments de Bernard Pivot surtout lorsque, telle une passio-nara, elle a défendu superbement la langue française et servi une petite leçon d’histoire du Canada et du Québec aux doctes invités français, d’abord sceptiques sur la pertinence de son livre qu’ils jugeaient « moralisateur » et ensuite sidérés par sa fougue à défendre la langue de Molière sur leur propre terrain.« MORALISATEUR, certes non, moraliste, peut-être bien, admet Denise et j’ai eu le sentiment que cela dérangeait les Français qui n’aiment pas se faire rappeler certaines vérités.» Si le Dr Saint-Laurent n’a pas pris une part active à l’émission de Pivot, n’en étant qu’un témoin silencieux mais visible à l’écran, il n'en est pas moins le penseur du « mal de HERVÉ MARIE-CLAIRE GIRARD NON, il n'est pas du tout hargneux, Brasse-Bouillon.Le héros du livre qui a bouleversé mes 13 ans a maintenant 78 ans et Hervé Bazin est tout, sauf vieux, avec son toupet de cheveux bien noirs, son visage encore lisse, son esprit caustique et sa verdeur angevine.Il me montre une photo de son fils Nicolas qui a trois ans.Comme tous les pères qui n’ont pas 78 ans il me vante les prouesses de son gamin ___ Hervé Bazin parle aussi du Canada mieux que je ne saurais le faire moi-même.Il connaît l’Abitibi, la Gaspésie, les provinces Maritimes et il a un vieil ami, le comte de Méribel, qui élevait des visons à Laterrière, près de Chicoutimi, d’où je viens.Son oncle, René Bazin, l’écrivain catholique, venait à la chasse au Canada et il exhibait un fusil qui lui avait été donné et qui avait une vierge gravée sur le canon.Il y aurait même un lac qui porterait le nom de René Bazin, quelque part dans l’immensité québécoise.Surprenant Hervé Bazin.Même s’il est en tournée de promotion pour son dernier roman, Le démon de minuit, chez Grasset, nous ne pouvons pas ne pas parler de sa mère, de Folcoche, de cette femme qui l’a singulièrement marqué et pour qui il dit avoir maintenant, avec le recul, de l’estime.Elle était grande et blonde, il n'aime, bien sûr, que les petites brunes.Et Hervé Ba- BAZIN EST TOUT SAUF VIEUX Hervé Bazin est tout sauf vieux, avec son toupet de cheveux bien noirs, son visage encore lisse .zin reconnaît, chez cette mère haie, un courage physique assez extraordinaire.Il raconte qu’au début du siècle, elle est allée rejoindre son mari en Chine.Au large de l’Espagne, le bateau sur lequel elle s’était embar- quée fit naufrage.Ne sachant pas nager elle s’est agrippée à n’importe quoi et elle a été du nombre des quatre ou cinq rescapés.Ne sachant pas non plus l’anglais elle s’est retrouvée à New York d’où elle télégraphia à son mari de venir la chercher.Ce qu’il fit.Avec une mère comme celle-là, spécialiste des mauvais traitements et de la torture psychologique, il y a de quoi vous dégoûter de la famille.Et pourtant Hervé Bazin et ses deux frères ont eu à eux trois 21 enfants et se sont empressés de réussir ce qu’on leur avait refusé.Mais c’est Brasse-Bouillon qui détient sans contredit la palme avec ses quatre mariages et ses sept enfants dont l’âge s'échelonne de 54 à trois ans.Mais une enfance malheureuse peut être aussi payante : on vend 100,000 exemplaires de Vipère au poing chaque année depuis 40 ans, on parle bientôt de dix millions d'exemplaires.Hervé Bazin se dit étonné de ce succès, étonné mais ravi il va sans dire.Selon lui il occupe dans la tête de bien des gens le créneau de l’enfance malheureuse; il a traité de l’aspect socio-familial dans le roman français et se retrouve ainsi à marcher sur le même sentier qu’Al-phonse Daudet avec Le petit chose ou Jules Renard et Poil de carotte.Membre de l’Académie des Concourt, Hervé Bazin lit beaucoup.Les Goncourables ?Deux tiers de lectures inutiles, lance-t-il.Et après tout il aime bien retourner à ses classiques : Flaubert n’a jamais fait un mauvais livre, Stendhal non plus.Les écrivains contemporains ?D’après lui il paraît un grand écrivain tous les 10 ou 15 ans.Le dernier en date c'est Michel Tournier.Mais on ne peut pas prévoir ce qui durera, il faut tenir compte des outrages du temps subis par une oeuvre et du contexte dans lequel elle se retrouvera.Mauriac, Prix Nobel et aussi bon romancier qu’il soit, risque de ne plus rien Voir page O - 6 : Bazin PHOTO JACOUES GRENIER En toute convivialité, les deux auteurs de l’essai Le mal de l'âme, Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent.l'âme » et c’est à la suite d’une entrevue qu’il accordait à Denise Bombardier pour le magazine Le Point en 1987 que cette collaboration de la journaliste-vedette et du psychiatre-psychanalyste québécois a pris naissance pour écrire un livre, à la demande expresse de l’éditeur Robert Laffont.Encore une fois, Denise, que le dominicain Benoit Lacroix comparait l’autre soir devant moi à « la Diane Dufresne de l'écriture », a ses entrées dans le cercle littéraire parisien et encore une fois elle a su frapper juste et suscité une rafale de lettres de lecteurs lui demandant où trouver le livre qui lui avait inspiré cette entrevue parue sous le titre: « Corps, avez-vous donc une âme?» ( Le Point no 776, 3 août 1987).Réunissant leurs talents d’écrivain et de psychanalyste, les deux Québécois résolurent de l’écrire.« J’ai d’abord livré en vrac l’essentiel de mes pensées sur nos difficultés de vivre et de survivre au temps présent, nous dit le clinicien des âmes.Denise a ensuite résumé et rédigé cet essai, avec évidemment ma collaboration constante et le souci de ne pas utiliser le jargon compliqué de la psychiatrie.» Voilà pour le fond et la forme.« Il s’agit d’un livre de vulgarisation, renchérit la journaliste.Je connais le Dr Saint-Laurent depuis longtemps et j’ai moi-même une formation en psychologie et une expérience en thérapie analytique.» Et surtout ce besoin irrépressible chez elle de communiquer, comme elle sait si bien le faire le dimanche matin à Radio-Canada, la seule émission d’information en direct de la semaine, avec les défauts et les aléas que ce genre suppose.Ainsi, selon nos interlocuteurs, ce « mal de l’âme », il est omniprésent dans la vie moderne, et à tous les âges de la vie: dès l'enfance, ce temps que l’on réduit toujours, à l’adolescence qui est un échec faute de héros et de modèles à proposer à nos jeunes « qui se suicident de plus en plus », à la maturité où l’on fait grand cas de ses malaises physiques pour les confier aux « psy » et aux « ra pies » (entendre les thérapeutes de tout acabit) en départageant sciem- ment les élans du coeur et de l'âme, comme s’ils n’avaient plus leur place dans l’équilibre du comportement humain.Denise Bombardier et le Dr Claude Saint-Laurent expliquent en long et en large les méandres de cette triste condition humaine qui a évacué Dieu, ou plutôt les références religieuses de ses préoccupations, qui pense souffrir dans son corps alors que c’est son âme qui crie son désarroi et son impuissance à réconcilier la raison et l'émotion.« Nous ne savons plus souffrir, affirme le psychiatre qui croit comme Freud que « la souffrance est la première éducatrice » et peut être génératrice de grandes oeuvres, par exemple chez Mozart, Victor Hugo, Hemingway et d’autres grands artistes.Aussi l’ouvrage invite-t-il les lecteurs à être des « résistants » en retrouvant le sens des valeurs que le Dr Saint-Laurent exprime ainsi: « Si vous pensez quelque chose, donnez de la valeur à votre pensée, si vous sentez quelque chose, donnez de la valeur à ce que vous sentez, si vous aimez quelqu'un, aimez-le profondément et defendez-le contre toutes les manipulations.» Les auteurs se gardent bien de donner des recettes stéréotypées, à l’américaine, pour retrouver son âme.« Au fond, disent-ils, la solution que l’on propose à ce mal de l’âme, c’est que les gens refusent de se laisser capter par les forces de manipulation externe et retrouvent le sens de la valeur absolue et inviolable de leur singularité.» On peut y parvenir en calibrant son espace émotionnel et sa raison.Dont acte.On croit avoir déjà lu ces choses quelque part, mais il est sans aucun doute utile qu'on nous les répète, servies à la moderne, par deux Québécois bon teint qui apportent cependant une conclusion un peu courte et réductrice à leur ouvrage en insistant un peu trop sur l'urgence à « féminiser la perception même de la vie », la femme sachant davantage se tirer d’affaire dans le maelstrom de la vie moderne.Une notion que les auteurs auraient intérêt à développer davantage afin de dissiper toute méprise.Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent sont bien d'accord pour poursuivre leur réflexion commune sur ce grave sujet.Ce qui nous vaudra peut-être une suite à cet essai, en attendant le roman que la journaliste publiera bientôt au Seuil sous le titre évocateur de sa récente passion amoureuse: Un tremblement de coeur.DE L’ANNONCIATION À MONTRÉAL Histoire de la Folie dans la Communauté 1962- 1987 HENRI DORVIL v^^Trsi B La ministre de la santé et des services sociaux, Madame Lavoie-Roux, vient d’annoncer la politique de santé mentale axée sur la désinstitutionnalisation.>L acceptation du malade mental par la communauté constitue une condition sine qua non de la réussite de cette opération.Ce livre, tiré d’une thèse de Ph.D., en sociologie à l’Université de Montréal, raconte l’histoire de quatre communautés qui ont accepté de vivre avec les patients psychiatriques: L’Annonciation, Labelle, St-Joseph-du-Lac et Montréal.En vente chez votre libraire ou chez l’éditeur: 280 pages, 20,00$ Les Éditions Émile-Nelllgan 5615, rue Roy, Montréal-Nord, Qc, H1G 1H2 Tél.: (314) 323-4464 ou 467-4508 D-2 ¦ Le Devoir, samedi 4 février 1989 • le plaisir de:i ivres Une aventure rare WATER MUSIC T.Coraghessan Boyle traduit de l'américain par Robert Pépin Paris, Phébus, 1988 PAUL CAUCHON VOUS VOILÀ avertis : Water music risque d’être bientôt le livre « dont on parlera ».Cette histoire baroque d’un explorateur écossais qui tente de découvrir le cours du fleuve Niger à la fin du XVllle siècle est une saga comme on n’osait plus en rêver, une formidable construction romanesque qui ne vous lâche plus de la première à la 720e page, palpitante, violente et hilarante.Son auteur, TC Boyle, est un discret New-Yorkais de 40 ans qui enseigne en Californie et qui commençait à écrire des nouvelles à la fin des années 70.Water music, son premier vrai roman, est publié aux États-Unis en 1981 et reçoit, nous dit le dossier de presse, « un fabuleux accueil de la critique» qui mmm tel’# mm mmm ¦m*.’ * i É MK ( Æii La .mmim SuK*' j~-C' 'FjtMmii « éblouie », compare le tout aux Cent \ns de solitude de Garcia Marquez (rien de moins).100,000 exemplaires vendus aux États-Unis et la petite RECHERCHE 57, RUE DE SEINE 75280 PARIS CEDEX 06 NUMÉRO DE FÉVRIER 1989 au sommaire : LE MÉTABOLISME DE L'OBÉSITÉ par J.Fricker et M.Apfelbaum L'IRRÉVERSIBILITÉ DU TEMPS par P.V.Coveney LA MODÉLISATION DE LA CROISSANCE DES PLANTES par P.de Reffye, C.Edelin et M.Jaeger LA MÉMOIRE DES ODEURS par T.Engen LA CIVILISATION DU RIZ EN ASIE DU SUD-EST parC.F.W.Higham dossier : LES RISQUES CHIMIQUES INDUSTRIELS par J.Escande et A.Lannoy EK.No.207 — 4,95$ OFFRE SPECIALE D'ABONNEMENT I UN AN: 39,008 Je souscris un abonnement d'un an (11 nos), a LA RECHERCHE, ! au prix de 39,00 S.Veuillez payer par cheque établi à l'ordre de Diffusion Dimédia Inc.I Nom__________________ Profession_____ | I Adresse______________________________ | Ville- Code Postal_______ J A retourner accompagné de votre reglement à: Diffusion Dimédia, 539, Boul.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2."Un délai, de 8 a 12 semaines, interviendra entre la date de la demande d'abonnement et la réception du premier numéro.L'abonné(e) le sera pour un an, à compter du premier numéro reçu." | ______________________________________J et somptueuse maison Phébus publiait le livre en 1988 dans une traduction française irréprochable.Grasset posséderait les droits pour le deuxième roman de Boyle, World’s End, publié en 1987.Water music s’organise autour de deux personnages imaginaires.Le premier, Mungo Park, est un explorateur écossais qui remontera le Niger et visitera la mythique Tombouctou en 1795 et en 1805.À cette époque, l’Kurope a perdu bien des illusions.L’époque des découvertes achève.Mais le Niger demeure un mystère, les Kuropéens charriant encore des mythes tenaces sur l’« Afrique mystérieuse peuplée de monstres à deux têtes » et Mungo rêve d’entrer son nom dans l’Histoire.De l’autre côté de la Méditerranée, l’Afrique n'est déjà plus la terre des grands royaumes, elle est sérieusement contaminée par l’homme blanc et par ses propres contradictions.La rencontre des deux mondes, c’est fini : nous en sommes à l'évaluation des dégâts et bientôt commencera l’exploitation économique systématique.Water music présente en parallèle l’histoire de Mungo Park et celle du Londonien Ned Rise, celui-ci démontrant par sa seule existence l'incroyable capacité de survie d’un être humain.Orphelin, faux mendiant, fournisseur de faux caviar, organisateur de spectacles porno, voleur de cadavres, Ned Rise est pendu après un procès truqué mais revient de justesse à la vie alors qu'un chercheur s'apprêtait à le disséquer dans une salle de cours.On ne tentera pas de résumer plus longuement ce récit, nous contentant d’ajouter que les péripéties les plus folles ont cours sur deux continents, dans une langue foisonnante et somptueuse qui recréé certaines des formes romanesques traditionnelles du roman anglo-saxon.Én compagnie de Mungo et de Ned, on croise des personnalités étonnantes.Comme le guide de Mungo, ce Johnson qui se promène avec un poulet séché dans le cou en guise de talisman mais qui lit dans sa brousse les oeuvres complètes de Shakespeare.Comme cette Fatima, épouse d’un grand chef maure, vénérée par toute la tribu éblouie, trônant du haut de ses 400 livres de chair à saveur de miel ! Kl puis Ailie, la femme de Mungo, qui l’attend dans son village anglais.Plutôt que d’attendre son mari comme une « sainte », cette Pénélope nouveau genre s’achètera un microscope pour explorer du matin au soir le monde de l'atome, possédée d’une fièvre pour l’infiniment petit semblable à la fièvre de son mari pour les grands espaces.Water music, c’est la musique du fleuve Niger, la musique de l'inconnu, et aussi une symphonie à plu sieurs voix comme dans le Water Music de Hàndel.Courageux el naïf, Mungo est obsédé par l’aventure pure, cet « étonnement, ce frisson que l’on ressent à traquer les métamorphoses du possible, à agir pour agir, à expérimenter pour le plaisir », dit-il.Guy Ferland Un cinquième trophée Du 17 au 21 janvier se tenait la semaine de l’imprimerie aux États-Unis et au Canada.Pour couronner l’événement, l’Association des Artisans des Arts Graphiques remettait au meilleur imprimeur montréalais le prix Gutenberg.Pour une cinquième année consécutive, c’est le Croupe Lilho Acme qui a remporté le trophée.Ce consortium est formé de cinq compagnies : à Montréal, Li-tho Acme et Les Ateliers des sourds; à Québec, Litho Acme; à Toronto, Acmè Graphics et Forxford Graphics.Vingt-sept imprimeries montréalaises, ou de la région, ont participé au concours cette année.Pour attribuer son prix, l’Association des Artisans et des Arts Graphiques se base sur les résultats du concours « Superb Printing » où les meilleurs imprimeurs en Amérique du Nord, toutes catégories, s'affrontent.Signalons que depuis quelques années Montréal reçoit plus de prix que Toronto, Boston, Chicago et Rochester.Cette année, par exemple, le Croupe Lit ho Acme a remporté 27 prix sur les 172 catégories du concours « Superb Printing » pour se voir accorder le prix Gutenberg.Ateliers d’écriture La Société littéraire de Laval poursuit cette année encore sa série d’ateliers d'écriture littéraire animée par l’écrivain et président de l’Union des écrivains québécois Bruno Roy.Ces ateliers se dérouleront à la Le théâtre chez vlb Louis-Dominique Lavigne et Daniel Meilleur Parasols Cette fable sur l’enfance dans le Tiers monde nous parle des conditions de vie des enfants dans un monde où la liberté est aussi rare que la nourriture.Une pièce qui s'adresse aussi bien aux enfants qu'aux adultes.114 pages - 12,95 $ Parasols Marie Laberge Aurélie, ma soeur La nouvelle pièce de Marie Laberge, actuellement jouée au théâtre de la Place de la place des Arts! Cinq moments, cinq nuits entières dans la vie d’Aurélie et de la Chatte.“Une pièce très dense.une pièce qui témoigne d'un art aigu du dialogue.^|ajn pontaut ie Devoir.154 pages - 10,95 $ H*ri* Lator*» Jean-Raymond Marcoux La grande opération ou quand les rêves refusent de mourir Une réflexion amusante et courageuse sur notre société.La grande opération dont il est question ici n’est pas cette opération chirurgicale associée habituellement aux femmes mais une vasectomie pour hommes d’âge trop certain! Une pièce on ne peut plus actuelle! 165 pages - 12,95 $ J 'K L 'J J X — la petite maison vlb eaitear de la grande littérature Fiction et biographies 1 La Vieille qui San Fleuve marchait dans la mer Antonio noir (3)* 2 Le Alexandre Zèbre Jardin Gallimard (D 3 Ça Stephen King Albin Michel (2) 4 Quoi?Marguerite L’Éternité Yourcenar Gallimard (7) 5 Le Boucher Alina Reyes Seuil (6) 6 Les Tisserands Claude Québec/ du pouvoir Fournier Amérique (5) 7 L’Exposition Erik coloniale Orsenna Seuil (4) 8 Le Bûcher des Sylvie vanités Tom Wolfe Messinger (8) 9 La Raymond J'ai Lectrice Jean lu (10) 10 La Fille du Ysabelle ciel Lacamp Albin Michel (-) Ouvrages généraux 1 Le Chemin le Scott moins fréquenté Peck Laftont (D 2 Le Guide Denis Duquet et de l’auto 89 Marc Lachapelle La Presse (3) 3 Les Quatre Jean Saisons Provencher Boréal (4) 4 Le Guide du vin 89 Phaneuf La Presse (2) 5 Le Mal D.Bombardier Robert de l'âme et C.Saint-Laurent Laffont (-) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Rat-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium.Sherbrooke Les Bi-blairies G.-G Caza; Joliette Villeneuve; Drummondville Librairie française • Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Maison des arts de Laval au 1395 boulevard de La Concorde ouest, à Laval, les mardis 7 et 21 février et les 7 el 21 mars à 19 h.L’entrée est gratuite pour les membres.Informations : 663-3382 ou 667-1180.Rencontres Lundi le 6 février, au bar le K barré (ex Mélomane, 812, rue Rachel est), Henri Tranquille et Yves Gauthier reçoivent Michel Tremblay de 20 h à 21 h.La rencontre portera « surtout sur la création littéraire en prenant Le vrai monde ?comme point de départ, tout en ne négligeant pas l’aspect controversé de l’ensemble de son oeuvre, le langage.» Les gens du livre pourront comme d’habitude questionner Michel Tremblay et converser avec lui à la fin de l’entrevue.Aujourd’hui à la librairie Hermès, de 14 h à 16 h, Jean-Marc Fréchette et Tiziana Beccarelli Saad, auteurs respectivement d’un recueil de poésie La sagesse est assise à l’orée et d’une novella intitulée Vers l’Amérique, publiés aux éditions Triptyque, rencontreront le public.Denis Martin sera à la librairie Hermès vendredi prochain, le 10 février, à l'occasion de la parution de son essai historique qui s’intitule Portraits des héros de la Nouvelle-France publié aux éditions llurtubise HMH.Mme Shirley Rivet, sage-femme et auteure de Sans risque ni péril, plaidoyer pour l’accouchement à la maison, récemment publié aux éditions du Remue-Ménage, sera présente chez Maxi-Nature (3887, bout.Sl-Laurent) aujourd’hui de 13 h à 16 h pour une séance de signature et une rencontre avec le public.À la Place aux poètes, qui a lieu à La Folie du large (1021 rue Bleury), la poète animante Janou Saint-Denis reçoit mercredi prochain, à 21 h, Claude Desjardins et Ralph Mashats, membres du duo « Pas Kasy », dans un spectacle de poèmes a capella et de chansons poétiques.sN N.J GUY FERLAND Des tsars aux stars à Apostrophes C'KST sous le thème de « Des tsars aux stars» que Bernard Pivot reçoit, demain soir à Apostrophes, (20 h, à TVS), Kirk Douglas (Le Fils du chiffonnier, aux Presses de la Renaissance), Jérôme (larcin (/.c Dictionnaire, chez F.Bourin), Jacques Sé-guéla ( Demain il sera trop star, chez Flammarion), Philippe Sollers (Le l.ys d'or, chez Gallimard, et Carnet de nuit, chez Plon) et Vladimir Vol-koff ( Les Hommes du tsar, éditions de Fallois).Radio-Canada FM I.K LUNDI 6 février à 16 h, au magazine de littérature étrangère Fictions, trois ouvrages récemment parus sont commentés en table ronde par les chroniqueurs Louis Caron, Jean François Chassay, François Hébert, Stéphane I.épine, François Ricard et Suzanne Robert.L'animatrice est Réjeane Bougé.LÉ MARDI 7 février à 21 h 30, au magazine de littérature québécoise Fn toutes lettres, les chroniqueurs Roch l’oisson (revues), Jérôme Da-viault (essais), Robert Melançon (poésie), Jean François Chassay (fiction), Francine Beaudoin et Jacques Thériault (actualité littéraire) font le tour des récentes parutions québécoises.Yvon Thiboutot lira un P.LIBRAIRE: Désirons acheter livres «encore utiles» Tél.: 845-5698 LA GRANDE LIBRAIRIE A CONNAITRE ¦C- ___il 251 Ste-Catherine E.texte de Jacques Folch-Ribas « Le départ en fanfare ».L’animatrice est Christine Champagne.I .K MKRCRKD1 8 février à 16h, Littératures parallèles nous propose une table ronde réunissant, entre autres, les chroniqueurs Yves Lacroix el Jacques Samson (bande dessinée), Danielle l.aplanle et Jean-Marie Poupart (policier), Chantal Ga-mache et Norbert Spehner (fantastique).L'animateur est André Carpentier.L K M KM K jour à 22 h, au magazine Littératures, deuxième d’une série de neuf émissions sur le thème de « Figures de la littérature italienne ».II s’agit d’entrevues avec des écrivains et des traducteurs qui parlent des principaux courants de cette littéral lire d’une grande richesse.L’animateur est François Ismert.LK J KUDI 9 février à 16 h, au magazine I.es idées à l’essai, Richard Salesses s’entretient avec Jean Brun, auteur de 1/Europe philosophe — 25 siècles de pensée occidentale, publié chez Stock.Radio-Canada AM A L’ÉMISSION Présent dimanche, demain vers 9 h 30, Suzanne Ouellet s'entretient avec André Petitat qui vient de publier Les Infirmières, de la vocation à la profession chez Boréal Radio Centre Ville Cinq FM \l MAGAZINK littéraire Paragraphes, diffusé le mercredi 8 février de 16 h à 17 h, 102,3 FM, Danielle Roger consacre l'émission à Julio Cortazar.CIBL-FM (104.5) A L’ÉMISSION littéraire Poésie québécoise contemporaine, demain le 5 février de 15 h à 15 h 30, Madeleine Gagnon fera une lecture de son recueil Femmeros publié par Le Noroît.Cette émission est produite par Les Écrits des Forges et elle présente une lecture de la poésie sans commentaire critique.LISE VAILLANCOURT MARIE ANTOINE, OPUS 1 CLAUDE POISSANT PASSER LA NUIT MARIE-ANTOINE, OPUS 1 Portrait acide et fragmenté d’une génération en panne, Passer la nuit, par son écriture syncopée, plonge au coeur du malaise ontologique actuel en Amérique et donne à voir, sous un angle inédit, le Québec des «années floues».C’est une oeuvre unique, tragique, immense.Elle est à la fois comique, grave et poétique.Elle dégage également une dimension critique.C’est un regard féroce sur la famille, le couple, le mariage, l’éducation, sur l’école.Raymond Bernatchez, La Presse CLAUDE POISSANT PASSER LA NUIT LES HERBES ROUGES / THÉÂTRE THÉÂTRE LES HERBES ROUGES où l'écriture faitla littérature THÉÂTRE Le Devoir, samedi 4 février 1989 ¦ D-3 • le plaisir des ivres Et si les morts avaient une voix, l’entendriez-vous?LA PLAGE DES SONGES ET AUTRES RÉCITS D’EXIL Stanley Péan Montréal, éditions du Cidihca, 1988, 169 pages Jean-Roch K J BOI7IN Lettres ?auéoécoises ( >N FAIT d’étranges rencontres dans les nouvelles de ce jeune auteur né à l’ort-au-Prince et élevé à Jonquière, Mais le conteur est si habile qu’il nous emmène dans l’envers des apparences sur le fil tranchant de sa phrase fluide avec tant d’assurance que ces rencontres deviennent essentielles.De sorte que, même si on a affaire à des textes de fiction — ou peut-être est-ce précisément à cause de cela — ils rendent un son puissant de vérité, beauté et horreur confondues.De sorte que, plus haut, plus loin, on a l’impression de voir se dessiner sur le mur imaginaire de cette fin de siècle de troublantes questions.L’exil n’est pas un état d’âme, mais ne sommes-nous pas tous plus ou moins en exil de nos songes, ceux qu’on voudrait oublier, ceux aussi que nous voudrions poursuivre ?Le recueil est si savamment construit que je reste sous le choc de la dernière nouvelle, « L’envers du silence ».Le choc d’une ultime question, à la dernière ligne : « O ph landeyo ?» (les entendrez-vous ?).Comme si chacun de ces petits récits n’avait servi qu’à me préparer à céder à l’inévitable vertige que suscitent l’horreur et la beauté confondues.On y entend le fracas de la douleur de ce pays mille fois crucifié, de toute une Afrique humaine.Je me fais sentencieux alors que l’écrivain ne l'est pas pour un sou.Sa langue, sobre et sensuelle, classique et raffinée, enveloppe tous ses récits d’une profonde compassion pour ses personnages et pour la vie.On pourrait les classer,'ces nouvelles, dans la littérature fantastique.Ce serait maintenir l’illusion que la vie est banale, ses horreurs triviales.Ce serait lire pour s’étourdir, ce qui a son charme, mais Stanley Péan n'est pas Danny Laferrière.D’ailleurs, m’est avis qu’être nègre noir chez les nègres blancs de Jonquière, c’est pas donné non plus ! Voilà que je trouve un parcours dans ces nouvelles.Du Saguenay à Haïti.De la première nouvelle éponyme où la narratrice, une jeune institutrice, se lie d’amitié avec un petit Haïtien que ses camarades de classe rossent avec la méchanceté spontanée si naturelle aux enfants et que certains hommes cultivent toute leur vie en l'exerçant sur tous ceux dont la différence provoque leur solidarité clanique.Le climat est établi lorsque nous comprenons qu'avec cet enfant, la jeune femme croyait qu'elle pourrait faire revivre l'amour qu’elle aurait voué à un enfant qu’elle n’a pas pu garder.L’horreur s’installe au coeur de la beauté des songes du pays perdu, là-bas, où la mer s’est en allée berçant l’ile de soleil de l’enfance.« Et comme des zannolit (petits lézards) sur des briques lézardées et surchauffées, nous avancions à pas de velours, lentement, sur la peau irisée du rêve.» Je dois avouer que j’ai l’hallucination facile.Familière, plutôt.Entendons-nous, halluciner c’est fascinant mais pas reposant.Stanley Péan a une plume de velours qui vous prend aux tripes, ou plus bas, ou plus haut, au coeur.Il travaille dans la faille intime où la pensée et ses oripeaux rationnels affrontent l’absurde et où, bien qu’on en ait, on touche à l’occulte.Alors on se rend compte que la réalité est lourde d’horreur banale — malgré l’antinomie de la formule — et le livre apporte cet effet troublant et irrésistible des oeuvres qui ont pour elles la réussite formelle et un sujet incontournable.Cela me ramène à cette dernière nouvelle où une Haïtienne qui pratique la médecine au Québec revient dans son île natale pour un peu de re- Amours «contingents » PHOTO RÉAL PÊAN/Cidihca STANLEY PÉAN pos.Sur la plage, elle trouve un naufragé.L'homme était parti en barque avec sa famille, pour Miami.Au risque du suicide.Sur la plage, sollicité par les pique-niqueurs qui voudraient le voir rompre son silence, il « tire » un conte.Ainsi le conteur fait-il d’un conte le noyau de sa nouvelle et un joyau tout court.Ce conte, d’une tragique beauté, a des airs de légende, une portée diffuse mais certaine.On trouvera du vaudou et des zombies dans ces nouvelles, de l’érotisme et de l’humour, pas toujours noir, de la tendresse, une belle compassion pour la vie qui doit continuer, oublieuse d’elle-même.On se demandera, comme le naufragé de la fin, si « ça ne sert à rien d’écrire dans un monde qui souffre ».Or ce livre en est la plus éloquente illustration : écrire, c’est faire un don essentiel à ceux qui résistent à l’envie de se boucher les oreilles.Le roi est nu devant la vérité.L’écrivain est jeune, mais son talent est d'une remarquable maturité.Il apporte à la littérature québécoise un riche greffon.HÉROÏNE Gail Scott traduit de l'anglais par Suzanne de Lotbinière-Harwood Montreal, éditions du Remue-Ménage, 1988 MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE QUE FAIT-ON quand on est jeune, qu’on est coincée à Lively, Ontario, entre une mère résignée et un père qui a été mineur, qu’on est vaguement de gauche, anglaise et femme, avec des envies d’écrire 7 Et qu'on est au mois d’avril 1970 ?On prend l’autobus et on débarque à Montréal un beau matin avec en poche l'adresse à Westmount de la nièce de sa voisine ! Voilà ce qui arrive à V Héroïne de Oail Scott que les éditions du Remue-Ménage publient dans une traduction française de Su zanne de Lotbinière-Harwood.En fait, l’adresse ne sert qu'un soir : le temps qu’il faut pour comprendre que les sympathies de l’héroïne se situent plutôt sur le versant est du mont Royal où elle s’installe, travaille parfois, milite beaucoup tout en écrivant autant qu'elle le peut.C’est qu'on est en pleine atmosphère d'octobre 70 Révolution politique, sociale mais aussi révolution dans les rapports amoureux.Chez le groupe de militants gauchistes au quel elle se joint, la monogamie et son cortège de jalousie et d’exclusions est résolument bannie.Pour son malheur, l’héroïne féministe rencontre un individu de l'espèce rare des nouveaux hommes.Elle l’aime, il l’aime aussi, croit-elle, mais sans sacrifier pour autant ses amours « contingents », comme aurait dit Simone de Beauvoir.Tout le drame est là.car elle a beau y mettre la meilleure volonté, la meilleure logique révolu tionnaire du monde, l’héroïne ne peut s’empêcher d'éprouver ces senti ments parfaitement bourgeois que sont la jalousie et le désir de s’atta cher exclusivement l’être aimé Ainsi racontée, l'intrigue frise le mélodrame.Mais c’est qu’il y man que toute l’ironie et la maîtrise d’écriture de (’.ail Scott, dont la coin binaison produit une héroïne tout à fait touchante : elle seule se débat avec ses contradictions alors que tout son entourage est bardé de cer- titudes quasi dogmatiques.Un jour, elle s'offre \ » Sous la table mon amour, je mets la main sur sa jambe et je remonte plus haut, plus haut.En pensant à combien je détesterais que la situation soit inversée Et que lu fasses la même chose à une femme en ma présence.» La bonne santé de l’héroïne, c’est cette distance Alors que.dans une réunion féministe, elle s’efforce d'in tervenu brillamment dans la discus sum, elle ajoute entre parenthèses « j'ai lu ça dans un livre que Marie m’a prêté » Elle écoute une de ses amies qui la supplie de se joindre à un groupe de lesbiennes radicales di rigeant un centre d'hébergement pour femmes battues : « On va de mander un projet 1*11.pour te payer.» Et celle indécrottable va jusqu'à faire brûler un lampion pour son couple qui chavire périodiquement ' Enfin, voici la décennie St).Le couple a rompu pour de bon.Reste le roman de l'héroïne et son héroïne à elle devrait faire mieux que celle de (ïail Scott Mais quand on sait tout l'ennui dont sont capables les gens sûrs d’eux mêmes, on lui sait gré de nous avoir donné cette angoissée là Ici gît Jean-Olivier Chénier Comme livre à la poste Extrait d’une brochure du service à la clientèle de la Société canadienne des postes «Tarif des livres, (iuide de l'expéditeur» (1er janvier 1989).1 (DÉFINITION Qu’est-ce qu’un « LIVRE» ?« Livre » désigne un livre déposé au Canada pour livraison au Canada ou à l’étranger par un éditeur de livres, un détaillant ou un distributeur de livres.Un livre doit être relié avec de la toile ou du papier.Il peut être : — collé ou cousu — agrafé (au moins trois agrafes) — être constitué de feuilles volantes formant un livre entier, insérées dans un cartable.Un livre est constitué de texte, accompagné ou non d’illustrations, et doit être complet sous tous les rapports.Il doit également (à l’exception des livres pour enfants) avoir au moins 49 pages, à l’exclusion des couvertures.On entend par page un côté d'une feuille, qu’elle porte ou non des mots imprimés.Ne constituent pas un livre : a) un catalogue ou une liste de prix; b) un répertoire d’adresses, de numéros de téléphone ou d’entreprises; e) les listes d'affaires, de commerce, des cours de la Bourse ou les listes techniques; d) parties de livres non relié (i.e.modification à un livre); e) un livre ou un paquet de livres contenant du matériel publicitaire; f) une pubücation périodique; g) un état financier.Bob Morane en HLM LA MÉMOIRE MEURTRIE Yves-E.Arnau Montréal, Pierre Tisseyre, 1988 MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE DANS CERTAINS romans un peu alertes du 18e siècle, le héros connaît de nombreuses aventures, frôle la mort, rencontre son destin à chaque pas, mais le lecteur n’oublie jamais que toutes ces péripéties ne sont que les faire-valoir d’autres épisodes — blondes, rousses ou brunes — autrement plus importants.Si l’on ne devait en juger que par le tableau de chasse du héros de La Mémoire meurtrie, on pourrait penser que Yves-E.Arnau s’est amusé à écrire semblable récit.Très vite, en effet, le héros, alors même qu’il était encore ce jeune Français de 16 ans, installé dans « un putain de quartier » de Montréal avec sa famille, sait qu’il plaît aux filles : « Je ne comprenais pas pourquoi tous les mecs du quartier ne rêvaient que de me taper sur la gueule alors que leurs soeurs, leurs nanas et même leurs mères me trouvaient sympathique, poli et d’un intérêt constant.» On peut conserver la même impression si l’on s’attache au ton du récit : vif, presque cabotin, avec un sens de l'image heureuse.Retrouvons le héros au moment où Colette, sa petite amie de 16 ans, se déshabille avec l’art achevé d’une courtisane à la veille de prendre sa retraite : « Peut-être faisait-elle tout ça, timide et maladroite, mais je n’étais pas plus à même d'en juger qu’un cobra royal sortant du panier peut juger de l’état d’esprit du flûtiste ! » Il y a dans ce roman jusqu’à l’érotisme sacrilège, cher au siècle de Restif de la Bretonne.Au fil de ses aventures, on retrouve, en effet, dans une chorégraphie de boite de nuit, notre jeune homme en abbé paillard avec une effeuilleuse habillée en nonne sur des talons aiguilles ! Mais là s’arrête la comparaison.Car il y a aussi du pur roman d’aventures dans cette histoire de jeune garçon qui, au prix d’études, de volonté et de mille petits boulots, réussit à quitter ce quartier de HLM.Des aventures que le héros est d’autant plus disposé à connaître qu’il en a lues de semblables au fil de ses lectures brouillonnes où, pêle-mêle, le meilleur côtoie le pire : c’est Anne Hébert, Victor Hugo et Bob Morane dans la même boîte de carton.De vraies aventures avec de vraies bagarres, car on cogne plus volontiers au milieu des HLM que dans les beaux quartiers, comme chacun le sait.En fait, tout le livre pourrait se lire aussi comme un éloge de la littérature qui, parce qu’elle enflamme les jeunes imaginations, fait oublier tout le reste.Quand le récit güsse sur les difficiles débuts d'auteur du héros, le rythme ralentit.On se dit qu'il dérape, qu’il eût mieux valu imiter Proust et faire cesser la recherche au moment où le narrateur prend la décision d’écrire.Mais ce n’était là qu’une trêve devant ménager le lecteur avant le suprême rebondissement du récit.Nous voilà définitivement revenus au roman d’aven- tures avec le méchant, le ci-devant Stone, qui poursuit le héros jusque dans le bottin des artistes ! Réussira-t-il ?DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE DU CANADA sous la direction de Frances Halpenny et de Jean Hamelin Québec, Presses de l’Université Laval, 1988 vol VII: 1836-1850, 166 pages INDEX DU BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES (1895-1968) Antoine Roy et Marie-France Fortier Québec, Bibliothèque nationale et Archives nationales du Québec, 1988 100 pages et neuf microfiches DOSSIERS DE PRESSE Claude Pelletier et collaborateurs Bibliothèque du séminaire de Sherbrooke (195, rue Marquette, Sherbrooke, J1H 1L6) YVAN LAMONDE CE TOME du Dictionnaire biogra phique du Canada (DUC), le lie de 12 à paraître pour couvrir la période de l’an mille à 1900, comprend la biographie de personnes décédées entre 1836 et 1850.On pense immédiatement à 1837 et à 1838.De fait, ce volume fait place aux Patriotes : Brien, Cardinal, Chénier, Côté, Du quet,Girod, llindenlang, Lorimier, Rodier.Ces insurgés côtoient dans le DRU un nombre impressionnant de gouverneurs ou administrateurs : Bagot, Dalhousie, Durham, Gosford, Metcalfe, Sydenham, Thomson.Parallèlement à ces conflits, on voit revivre des prêtres « chicaniers» : les abbés Odelin, Nau, Pigeon, confrères de prêtres français « chassés » par la révolution et qui meurent autour du lac Saint-Pierre, dans la « petite France » du Canada : Charles-Vincent Fournier, Jean Raimbault.On connaît aussi leurs évêques : Signay à Québec, dont on dénonce l’immobilisme, Lartigue à Montréal, pasteur d’un diocèse et d’une ville qui ont nettement supplanté Québec.On peut, d'ailleurs, voir ces lieux et ces personnes grâce aux oeuvres d'artistes qui meurent entre 1836 et 1850 : Cockburn, Dulongpré, lleriot, Roy-Audy, Sproule.Le DUC démystifie même les « personnes à sensation » de l’époque : Philippe Sylvain, remarquable collaborateur à ce volume avec Richard Chabot, lève le voile sur la scandaleuse Maria Monk, auteur de « révélations » piquantes sur les in faunes subies par des religieuses catholiques de l’Hôtel Dieu de Montréal.Au terme de 11 volumes qui s’alignent sur un rayon complet de bibliothèque, le DBCcommence à révéler des potentialités nouvelles.Il y a cinq ans, l’usager, ici et ailleurs, se réjouissait d’une oeuvre socialement diversifiée éclairant une ou quelques décennies de l’histoire canadienne Aujourd’hui, il devient possible, pour l'enseignement et la recherche, de sélectionner un métier ou une profession et d’en tirer sur 150 ans un portrait-robot.J’ai fait l’expérience du portrait-type de l’imprimeur, du libraire, du journaliste.On pourrait bâtir un cours sur l’histoire des idées au Québec en faisant lire la biogra phie (et la bibliographie) des Papineau, Bourget, Dessaulles, Parent, Duvernay et autres.Et dire que nous pourrons bénéficier du même instrument pour le 20e siècle.Des taxes judicieusement à l’oeuvre ! ¦k Au rayon des instruments de re cherche, il convient de souligner la publication de l’index du fameux BRII, accompagné d’une analyse de l’historiographie véhiculée par cette revue.(’minait on enfin l’existence de ces quelque 120 Dossiers de presse sur (les chansonniers, des historiens, des écrivains du Québec, à partir d’un dépouillement de la presse québé coise exhaustif surtout après 1960 ?Au moment où l'étude de la réception critiquc des ailleurs et des oeuvres sollicite de plus en plus d’analystes, ces Dossiers s'avèrent un outil d’appoint.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS I aujourd'hui 4 février de 17h à 19hl L’HOMME COURBÉ Michel Régnier MICHEL RÉGNIER L’HOMME COURBÉ JULIETTE ET LES AUTRES Roseline Cardinal Koscliur ( urtlinul CLICHÉS Monique Bosco 264 pages — 17,95$ Juliette et les autres / 40 pages 12,50$ MONIQUE BOSCO CLICHES Hum 102 pages v.vyjt Un livre émouvant, un cri d'espoir profond el chaleureux.Des nouvelles écrites avec humour el talem «’M.Michel Régnier est un cinéaste el un écrivain qui n’ouhlie jamais la paix, la liberté et la misère des hommes.Pour tourner ses films, il va d’un pays à l’autre et nous en rapporte, cette fois-ci.L’homme courbé qui est mille choses à la fois, toutes plus intéressantes les unes que les autres».Jean Êlhier-Blais, Le Devoir Ces nouvelles sont une sorte de "bestiaire humain” où l’amour ose à peine dire son nom.Une écriture toute de sensibilité et de pudeur.Chose rare à découvrir.«Voilà de loute évidence une écriture qui ne risque pas de flétrir sous les rides avant bien longtemps»! Guy Cloutier.Le Soleil Chacune de ces nouvelles recèle en elle-même un roman, une petite pièce de théâtre où des personnages, observés avec lucidité et finesse, cherchent leur vérité dans un quotidien d’où le «surprenant» est loin d’être exclu «Je recommande de la lecture de Michel Régnier et de Monique Bosco, l’un épaulant l’autre Voilà deux visions de la vie qui se recoupent.Le lecteur sortira de cette expérience, purifié».Jean f.lhier-lllao, !x‘ Devoir IÔ1 EN VENTE CHEZ VOTRE LIERAI RE éditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville LaSalle Q.H8N 1X2 Tél.: (514) 364-0323 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Samedi 11 février de 14h à 16h SOLANGE CHAPUT-ROLLAND ET TOURNONS LA PAGE.Li£f€ Expr^ion Vendredi 10 février de 17h à 19h DENIS MARTIN PORTRAITS DES HÉROS DE LA NOUVELLE-FRANCE lil hurtubise hmh JEAN-MARC FRÉCHETTE LA SAGESSE EST ASSISE À L’ORÉE (Prix Air-Canada de l'Académie Canadienne-françalse) TIZIANA BECCARELLI SAAD VERS L’AMÉRIQUE chez Vendredi 24 février de 17h à 19h ANDRE RUFFO PARCE QUE JE CROIS AUX ENFANTS aux Éditions de l’Homme Au.delà du mur ,ii, *4itwr LES RÉFLEXIONS D’UNE FEMME HANDICAPÉE AU-DELÀ DU MUR de Micheline Piotte Cet ouvrage raconte la terrible expérience d’une femme handicapée aux prises avec une maladie génétique au sujet de laquelle la science ne sait que très peu de chose: l’acromanie ulcéro-mutilante.C’est l’histoire d’une lutte incessante contre la mort et pour la survie.Un message d’espoir qui nous interpelle dans notre confort et notre indifférence et qui nous invite à une plus grande tolérance et une meilleure compréhension de la douleur des autres.170 pages — 14,95$ vlb éditeur deelagrai\ide littérature D-4 ¦ Le Devoir, samedi 4 février 1989 v/rnnrvS • le plaisir des mes Regard clinique NAISSANCE DE LA CLINIQUE Une archéologie du regard médical Michel Foucault Paris, P U.F., coll.« Quadrige » 1988, 214 pages YOLAND SENÉCAL POUR LE 100e titre de la collection « Quadrige », les Presses universitaires de France ont eu l'heureuse idée de rééditer la Naissance de la clinique.En effet, ce livre n’a pas toujours eu sa juste place dans l’oeuvre foucaldienne.Merquior, qui n'est pas précisément un foucaldien, en fait pourtant l'éloge (Foucault ou le nihilisme de la chaire, P.U.F., 1986).L'ouvrage fut publié pour la première fois en 1963, dans le sillon de Vllistoire de la folie.Foucault avait développé une connaissance considérable de la littérature médicale des 18e et 19e siècles.Agrégé de philosophie, on peut se demander, 25 ans après, pourquoi Foucault s'est tant intéresse à ces types de savoir.La réponse se trouve, PHOTO D M R MICHEL FOUCAULT en partie du moins, dans les pages de Naissance de la clinique : «.la pensée médicale engage de plein droit le statut philosophique de l'homme » (p.202).Ailleurs, anticipant ses recherches futures, Foucault souligne l’importance de la médecine dans la constitution des sciences de l’homme, « dans la mesure où elle concerne l’être de l’homme comme objet de savoir positif » (p.201).D’ores et déjà aussi, on entrevoit ce que seront les fondements de l’approche foucaldienne.Entre la médecine pré- et post-clinique, Foucault ne porte pas de jugements : « Ce livre n’est pas écrit pour une médecine contre une autre, ou contre la médecine pour une absence de médecine.Ici, comme ailleurs, il s’agit d’une étude qui essaie de dégager dans l’épaisseur du discours les conditions de son histoire.» Également, au-delà des pratiques, Foucault suit attentivement les développements discursifs en s’appuyant sur les textes de Pinel, Lallemand, Bichat, Broussais, etc.Mais — brièvement — de quoi s’agit-il au juste ?« Il est question dans ce livre de l’espace, du langage et de la mort; il est question du regard », écrit Foucault.L’espace ?La clinique, telle qu’elle apparaît à la fin du 18e siècle, est une nouvelle institution différente des anciennes structures hospitalières et Foucault s’efforce d’en montrer la naissance.À l'origine, la clinique a été un lieu où, face à un certain nombre de malades (des cas types), on pratiqua l’enseignement de la médecine.D’où cette prévalence du regard dont parle Foucault.L’auteur de Naissance de la clinique a été le premier à saisir comment celle-ci a favorisé un nouveau type d’expérience médicale, qui est à la base des pratiques actuelles.C’est ainsi qu’à l’ancienne médecine des espèces succédera une médecine des symptômes puis l’anatomie pathologique.«.Perçue par rapport à la mort, la maladie devient exhaustivement lisible, ouverte sans résidu à la dissection souveraine du langage et du regard» (p.200).Ouvrage aride, certes, Naissance de la clinique intéressera pour sa place dans l’oeuvre de Foucault et sa contribution à une histoire renouvelée de la médecine.Si cette réédition est bienvenue, on regrettera l’absence d’un appareil critique et d’une introduction qui aurait situé précisément cette place et cette contribution.Favoritisme et pouvoir SPOILS OF POWER (The Politics ol Patronage) Jeffrey Simpson Toronto, Collins 1988, 413 pages JEAN-PIERRE GABOURY UN CONNAÎT Jeffrey Simpson, pour le voir assez régulièrement à la télévision.Il est manifestement l’un des plus grands journalistes de notre pays, du moins suit-on religieusement chaque jour sa chronique dans The Globe and Mail dans laquelle il donne le « la » à la la classe politique pancanadienne.M.Simpson écrit aussi des livres.Il y a quelques années, il nous présentait, dans Discipline of Power, une analyse remarquable du gouvernement fugace de Joe Clark.Cette fois, il nous livre une étude brillante du favoritisme politique au Canada.Il n’est pas facile de traiter sérieusement de favoritisme (qu’on appelle plus communément chez nous « patronage ») tellement on a l’impression de peu le connaître, ne sachant vraiment comment le saisir.Le phénomène est pourtant de taille.Anthropologues et sociologues nous disent depuis longtemps qu’il est pré- sent partout et qu’il est même l’un des traits les plus significatifs de toute société.Jeffrey Simpson nous en convainc et en fait l’élément central de notre histoire politique des deux derniers siècles.Notre auteur donne au favoritisme un sens large : « des nominations, des contrats et toute autre forme mesurable de bénéfices » (p.8).Cela va donc d’actes de nature criminelle, comme les pots-de-vin, à d’autres tout simplement d’une moralité douteuse, comme le pavage de bouts de rue en période électorale.Ce volume présente, comme nous l’avons vu, le grand intérêt de nous montrer la place centrale du favoritisme dans notre histoire.« Le favoritisme, c’est le pouvoir », répète Jeffrey Simpson.Il noue patron (celui qui accorde des faveurs) et client (celui qui les reçoit) dans une relation de dépendance réciproque et sert ainsi de ciment tant aux institutions qu’aux forces politiques.Il va sans dire que plusieurs grandes périodes de notre histoire prennent alors une couleur bien différente de celle que nous en donnent nos bons manuels scolaires.On le retrouve présent, pour ne pas dire présidant, à la naissance même de nos institutions démocratiques.Notre fameuse bataille pour le « gouvernement responsable » a été avant tout menée pour la maîtrise du favoritisme.Le gouverneur s’y accrochait pour se maintenir en place et nos valeureux patriotes le revendiquaient pour asseoir leur pouvoir.« À mon tour l’assiette au beurre », dit-on communément en France en pareilles circonstances.Le favoritisme contribuera grandement à l’évolution de notre régime parlementaire en lui donnant son caractère distinctif : « un puissant pouvoir exécutif enraciné dans le favoritisme » (p.64).Entendons par là qu’il façonna la solidarité ministérielle et la discipline partisane au sein de nos parlements.Il servira par la suite de noeud à nos partis politiques : unissant les dirigeants, récompensant les militants, attirant les sympathisants, etc.Il concourra également à intégrer les différents groupes ethniques, dont les francophones au premier chef, à la société canadienne.Enfin, il servira à unir les diverses régions de notre pays.Si le favoritisme est partout, ses formes varient selon les époques et les milieux.Certains, dont John A.Macdonald, l’ont pratiqué avec une maîtrise inégalée, servant ainsi de modèle à leurs successeurs.D’une façon générale, il est rattaché au niveau de développement économique et social et il a tendance à s’atténuer ou à prendre des formes plus subtiles avec le progrès de l’instruction et de rurbanisation.En conséquence, il régresse, si l’on va de l’est à l’ouest de notre pays, etc.Ce livre fort savant se lit pourtant comme un roman, f Le favoritisme peut être difficile a appréhender, mais quel sujet passionnant ! ) En effet, il est très bien écrit et surtout il est toujours concret.Il porte la marque du journaliste qui, par formation professionnelle, n’avance jamais une idée sans qu’elle ne soit abondamment illustrée d’exemples précis.Aussi ne faut-il pas se surprendre qu'il soit depuis plusieurs semaines un des best-sellers au Canada.Il est à souhaiter qu’on traduise ce volume et qu’on le publie en français pour qu’il soit plus accessible aux francophones, car la thèse mérite d’être connue de tous ceux qui s’intéressent à la politique.Ajoutons, par ailleurs, que le Québec occupe dans l’histoire du favoritisme de notre pays et partant dans ce volume une place des plus honorables.Plus ça change, plus c’est pareil! DES ADOLESCENTS, DOCTEUR .RIEN QU’UNE MAUVAISE PASSE?Dr Saul Levine Montréal, La Presse 1988, 358 pages FRANÇOISE LAFLEUR LA CHAMBRE de votre fils de 13 ans a l’air d’une porcherie, votre fille de 16 ans prend la pilule et couche avec le voisin qui en a 35, votre filleule se teint les cheveux en rose et le fils de votre meilleur ami vous envoie paître tandis que vous faites tout pour être gentille avec lui.Votre deuxième fils de 11 ans flirte déjà avec la cigarette et votre nièce de 15 ans ne jure que par les aliments naturels, gobant quotidiennement un surplus effarant de vitamines ! Pire encore ! Voilà que vous êtes « l’heu- reux » élu d’un rejeton qui présente, question d'identité recherchée, tous ces symptômes réunis telle une grande symphonie, hymne à l’adolescence.Du calme ! Tout est normal.Et vous n’êtes pas le seul parent à s’exclamer avoir créé un monstre en se demandant : pourquoi le mien, pourquoi mon enfant a-t-il de si bizarres comportements ?Voilà que vous vous questionnez sur le rôle de parent, sur la difficile tâche d’éducateur, que vous culpabilisez et que toute une litanie intérieure de reproches, qui vous tient peut-être lieu de prière du soir, vous tord dangereusement les boyaux ! Mais, croyez-en le Dr Saul Levine qui a de l’expérience avec les jeunes, tout est normal ou presque : question de mutation.Ihilasopliiqiies revue de la société de philosophie du québec SOMMAI ri; L’ouvrage permettra aux parents, tant ahuris que désespérés, de comprendre et de dédramatiser les problèmes soulevés par le « conflit des générations » qui, soit dit en passant, existait déjà à l’époque de Socrate.Le philosophe écrivait : « Je ne vois aucun espoir dans l’avenir de notre peuple s’il dépend de notre folle jeunesse, car y a-t-il jeunesse plus insouciante que la nôtre ?Quand j’étais petit, on nous apprenait à nous effacer devant nos aînés et à les respecter, alors que les jeunes d’aujourd’hui sont extrêmement impertinents et ne supportent aucune contrariété ».Plus ça change, plus c’est pareil ! Le Dr Levine donne aux parents la possibilité de s’identifier à leurs sem- blables, puisqu’il réunit dans son ouvrage une série de lettres qu’il a reçues de parents découragés de leurs rejetons, aux prises avec les remous et soubresauts de l’âge ingrat.Il leur répond tout en les conseillant sur les divers aspects de la vie et attitudes des adolescents ; famille (nouveau mariage ou divorce), école, travail, sexualité, drogue, etc.Saul Levine est mondialement reconnu pour ses travaux sur le comportement des adolescents.Il agit en qualité de conseiller psychiatrique dans des cliniques de jeunes au Canada, aux États-Unis et en Israël.Il est chef du département de psychiatrie au centre médical Sunnybrook de l’Université de Toronto où il est aussi professeur.LE DEVOIR VOUS OFFRE LA QUALITÉ POUR INSÉRER UNE ANNONCE SOUS LA RUBRIQUE CARRIÈRES ET PROFESSIONS 842-9645 manquez Articles s ( ANTIN, De l'illusion u l'espérance.231 l) MtKitiAC H.Phénoménologie et dialectique du travail.U 1 A lit I.I-.Rf lu théorie générale des modes verbaux dans les grammaires philosophiques de l'époque classique.331 P HI RMI R, « Sun re une règle » chez Wittgenstein un paradoxe sceptique pour Saul Krtpt-e.389 J 1)1 NCil.'Vl \ , l)u Discours sur l'Inégalité à l'Emile le parcours anthropologique de Rr/usseau.403 R VAI.I.I.I.Le problème de l esprit d'autrui.Discussion de quelques solutions récentes .421 Intervention I MARCH lAtosTI Du sens commun a légalité Discours de réception à l.i Société Royale du Cjnada.433 LE 23 MARS RELIGION Élude critique V MKNDKNHAI.I., Introduction à la méthodologie de la pensée écrite, de Normand Cachante.463 Comptes rendus 483 bellarmin vol.XV, no 2 TOMBÉE PUBLICITAIRE 10 MARS LE DEVOIR i/[mnniîi V ! K | N «, : — -IL itii • 2LJ i fnn VKÜ ?I=U GUY FERLAND LA SCIENCE COMME MYTHE Pour en finir avec Darwin et les théories de l'évolution Yvon Johannisse et Gilles Lane VLB éditeur, 150 pages « DANS cet essai », nous disent les auteurs en faisant l’analyse de deux problèmes fondamentaux, à savoir : les rapports entre l’esprit et la matière, et les diverses théories de l’évolution, « nous ferons voir qu’il est impossible d’éliminer l’idéologie, et que la science exige une autre idéologie.[.] Porteur d’une vérité "objective”, le scientifique (politiquement neutre) cautionne dans les faits l’oppression et l’exploitation derrière de prétendues nécessités techniques et rationnelles.Les scientifiques sont devenus les héraults du pouvoir.» U ne telle thèse va sûrement soulever un vent de protestations.RÉDEMPTION Chantal Chawaf Flammarion, 165 pages L’AUTEUR de La Vallée incarnate raconte, dans ce roman, l’histoire d’un « homme-vampire » qui a assassiné sa com-agne au Canda et qui vient errer Paris.Une jeune femme se laisse séduire par cet ogre et réussit presque a le transformer par amour.FREUD, PROUST ET LACAN Malcolm Bowie traduit de l'anglais par Jean-Michel Rabaté Denoël, coll.« L’espace analytique », 282 pages « LA THÉORIE comme fiction», telle est le sous-titre de cet ouvrage qui met en relation la psychanalyse, Freud et Lacan, et la littérature, Marcel Proust, en tentant de répondre à la question : Quel est le voeu des théoriciens quand ils font la théorie du désir ?La rencontre de la théorie et de la fiction est des plus intimes chez ces auteurs qu’interroge Malcolm Bowie.THÉROIGNE DE MÉRICOURT Élisabeth Roudinesco Seuil, coll.« Fiction & cie » 314 pages LA CÉLÉBRÉ historienne de la psychanalyse retrace la vie d’une figure légendaire de la révolution française, Théroigne de Méri-court, qui a sombré dans la folie à l’âge de 32 ans.LA CUISINE DE LA SORCIÈRE Sabine Prokhoris Aubier, coll.« La psychanalyse prise au mot», 196 pages « EN NOMMANT “Sorcière” la métapsychologie — cette sorcière qui doit s'entremettre entre Faust et Méphisto pour que vaille leur pacte — en se donnant ainsi au poète comme on se donne au Diable, au poète désormais « compagnon actif et inquiet» des voyages de sa découverte de l’inconscient, Freud donne à lire cette métaphore fondatrice, et marque au plus juste quel lieu, ou quelle absence de lieu plutôt, assigner à la théorie.« Sorcière : entremetteuse, entre l’enfer et celui qui croyait au Ciel.Métap-sycologie : entremise, de l’insu des ténèbres au jour du savoir; de l’un à l’autre, écart passionné, intervalle même dont se tend la métaphore, jusqu'à la souffrance.» L'auteur développe ces thèmes dans cet ouvrage.vUÏJNK PROklloKls la cuisine LE DÉFUNT LIBERTIN Max Genève Barrault, 136 pages UN HOMME mort a toujours le goût des belles femmes.Il en vit intérieurement et nous raconte ses aventures d’outre-tombe.UN JAPONAIS A PARIS Akio Suzuki dessins de Cabu Belfond, 214 pages Comment les Japonais perçoivent-ils Paris ?Comment s’y retrouvent-ils ?Que retiennent-ils de leur courte visite ?C’est un regard décapant que pose l’auteur de ce volume sur les moeurs parisiennes avec l’aide bien intentionnée du caricaturiste Cabu.RENÉ LÉVESQUE PAR LUI-MÊME Recherches, mise en ordre et commentaires de Renald Tremblay Guérin littérature coll.« Philosophie politique » Renald Tremblay a tiré du Journal des débats de l’Assemblée nationale les interventions les plus significatives de René Lévesque.« Il m’est apparu évident à la lecture de la transcription de ces débats que le spectacle de l’Assemblée nationale plagie tout à fait celui d’une représentation théâtrale, affirme M.Tremblay.Au théâtre, il y a la scène, des acteurs et un drame.Dans le cas des débats parlementaires, il y a le parquet de l’Assemblée nationale qui devient cette vaste scène où les acteurs-députés jouent, sur le mode tragique ou comique, le drame quotidien du destin national.» À vous maintenant de juger la performance du regretté René Lévesque.GERMINAL Émile Zola Le Préambule, coll.« Théâtre » 203 pages.Ce volume présente pour la première fois en version intégrale le drame en cinq actes et 12 tableaux d’Émile Zola, précédé du scénario de la pièce.Ces textes sont établis, annotés et présentés par James B.Sanders, qui a obtenu la précieuse collaboration de Jean-Claude Le Blond-Zola, petit-fils de l’écrivain.Armes hexagonales LA FRANCE FACE AUX NOUVEAUX ENJEUX STRATÉGIQUES Charles-Philippe David Montréal Méridien 1988, 165 pages JOCELYN COULON LES ÉDITIONS du Méridien ont lancé une nouvelle collection, « Études stratégiques », qu’ils ont inaugurée en publiant un livre sur les problèmes militaires français.La France face aux nouveaux enjeux stratégiquesesl l’oeuvre d’un jeune chercheur québécois bien connu dans le domaine des affaires militaires, Charles-Philippe David, qui enseigne au Collège militaire royal de Saint-Jean.La situation stratégique française est assez singulière.Membre de l’Otan, mais non de sa structure militaire intégrée, la France a développé depuis les années 60 une politique de défense indépendante dont le coeur est sa force de frappe nucléaire.Troisième puissance du monde, elle aborde toutefois le prochain siècle avec de multiples interrogations qui sont toutes liées au grand jeu stratégique des superpuissances.Va-t-elle pouvoir garder son rang ?Et comment ?M.David, après avoir passé en re-, vue le développement de l’appareil militaire français, souligne que la France doit faire face à deux problèmes cruciaux : le développement de l’Initiative de défense stratégique (IDS) qui menace la force nucléaire nationale, et le traité sur les euromissiles de 1987, prélude au désengagement américain de l’Europe et à une redéfinition de la sécurité sur le vieux continent.L’auteur estime que, dans le premier cas, les choix seront difficiles et coûteux, surtout si 1TDS prend la forme d’une défense antimissiles destinée à protéger les forces militaires des deux Grands.Dans le deuxième cas, la poursuite du désarmement en Europe poussera Paris à sortir de son « splendide isolement » pour l’amener à collaborer davantage aux négociations entre les blocs et à être plus flexible dans sa recherche d’une unité militaire européenne.Les récentes propositions de Gorbatchev sur le désarmement conventionnel donnent raison à M.David et à son analyse du dilemme français.On aurait aimé que l'auteur consacre plus de pages aux différents concepts de défense européenne, comme le couple franco-allemand, par exemple, à leurs qualités et leurs limites.Il aura certainement le loisir de le faire dans un prochain livre.D’ici là, ce premier volume sur la France est un excellent état de la question. Le Devoir, samedi 4 février 1989 B D-5 • k plaisir des ivres Le bel herbier de monsieur Gascar POUR LE DIRE AVEC DES FLEURS Pierre Gascar Paris, Gallimard 1988, 164 pages Lisette MOHIN A Le feuilleton AU JARDIN de sa maison du Jura, Pierre Gascar recueille les graines noires de nigelles et rêve sur le destin de ces « fleurs fantômes avec leur feuillage en dessin de filigrane, un peu irréel » réapparues, après des pluies abondantes, dans les interstices d’une allée pavée, alors qu’il les croyait disparues à jamais.Ce geste, devenu machinal, s’accorde pour l’auteur à sa « pensivité », le mot mélancolie ne lui paraissant pas exprimer la même chose.« Ces nigelles, conclut-il, sont un peu comme mes livres : mon passe est appelé à y refleurir sans moi.» Pensif, sans doute, l’écrivain de Pour le dire avec des fleurs, mais un penseur actif, dont l’érudition, au domaine des plantes, paraît inépuisable.Il faut dire qu’il l’a nourrie aux meilleures sources, en commençant (ou en finissant ?) au Muséum d’histoire naturelle de Paris, dans la salle des herbiers, tirant inlassablement les tiroirs des casiers où l’on conserve « un gigantesque échantillonnage de la flore de tous les continents consti-tué, feuille après feuille, fleur après fleur, racine après racine, au cours de près d’un demi-millénaire ».Ces innombrables vestiges de floraisons anciennes « datant tous d'un même automne indéfini» [.]« c’est un vrai cimetière botanique, observe Gascar, un cimetière où les tombes sont dûment fleuries, mais au-de-dans.» Le titre de son livre, qui fait référence à la publicité d’un fleu- riste sur le marché international, est amusant mais trompeur.Car, écrivant son bonheur de botaniste, racontant la flore disparue ou actuelle de son pays, Gascar n’utilise pas .de fleurs de rhétorique.Il nomme comme il convient, avec justesse, les plantes et leurs composantes, jusque et y compris leurs racines profondes : c’est un ouvrage de connaisseur mais destiné aux profanes.Hormis quelques-unes, parmi les plus connues et qui s’épanouissent aussi sur notre continent, les fleurs qu’illustre si brillamment par sa prose Pierre Gascar, et dont il nous raconte l’histoire, ancienne quand elles ont disparu du parterre hexagonal, actuelle quand il les retrouve, soit au coeur de son enfance paysanne, soit pendant ses promenades estivales dans la campagne jurassienne, seront, pour la plupart de ses lecteurs, d’admirables découvertes.Écologiste, il est normal que notre auteur s’inquiète de la disparition d’un grand nombre d’espèces végétales.Dont les ormes, presque tous morts en France et dont les survivants disparaîtront demain, « tués, précise-t-il, non pas par l’homme, cette fois, comme la plupart des autres végétaux, rayés des tableaux de notre flore, mais par le champignon ceratos-tomella ulmi».À propos de l’orme, il est également question, dans Pour le dire avec des fleurs, de sa graine, contenue dans la samarre, cette excroissance pourvue d’ailes, et dont il apprendra aux lecteurs québécois, qui la connaissent bien, « qu'elle se décline en disamarre, quand la graine a deux ailes, comme chez l’érable, ou en tri-samarre, quand elle en a trois, comme chez le bouleau».Lire cet ouvrage si paisible mais en même temps si lucide, c’est découvrir avec l’auteur celui qu’il appelle tout simplement « le photographe de Bassigny », sorte de merveilleux artiste dilettante et désintéressé qui enrichit gracieusement de ses réussites les herbiers du Muséum parisien.C’est également s’attendrir sur la disparition de « Torchis à l’homme pendu », qui n'aura jamais joui de la gloire littéraire du fameux cat-tleva, de Proust, mais qui inspire ici'un chapitre fort intéressant sous le titre d’« Invincible nature ».De réflexion en observation, de rêverie intelligente en rappel historique, Pierre Gascar vous fera retrouver Jean-Jacques Rousseau et son culte de la nature, Darwin enfant rêvant « de pouvoir lire le nom des fleurs au fond de leurs corolles », Bernard Palissy puisque l’ébénisterie, à son époque, utilisait largement les motifs floraux.Il admire aussi, notre amant des fleurs vraies, réelles, la flore de pierre des cathédrales et des monuments médiévaux.Il faut signaler que la science aimable de Pierre Gascar, souvent livrée sous le mode poétique, ne néglige pas les rappels de grands savants, et, tout particulièrement, « le réalisme scientifique de Linné ».Il n’oubliera pas non plus Mao Tsé-toung, à la fois dictateur et poète.« Les “cent fleurs” certes, ajoute-t-il ironiquement, mais on exigeait que vous vous défassiez de vos épines pour prendre place dans le bouquet.» Mais qu’elles soient vivantes.ou survivantes, ou qu’elles soient mortes et enfermées dans les cases odorantes d’un grand herbier au musée, les fleurs sont pour le lecteur de Pour le dire avec des fleurs un merveilleux moyen d’évasion.Ce sont des cadavres exquis, pour emprunter le mot d’André Breton.Mais « l’obscurité de l'in-folio, le poids des pages rabattues les ont plongés dans l’intem-poralité; c’est la vertu du livre : tout ce qu’on y met meurt et vil éternellement, à la fois.Vrai pour la fleur cueillie au flanc d’un talus, pendant une lecture, et placée entre les pages de l’ouvrage, vrai, demain pour ces lignes-ci », espère l’écrivain qui termine son beau livre.Son espoir me parait tout à fait justifié.Le ténor L’HOMME SENTIMENTAL Javier Marias traduit de l'espagnol par Laure Bataillon Paris, Rivages.1988, 171 pages Alice R4RIZEAU Lettres Aétror k JAVIER MARIAS, romancier espagnol, semble influencé par le sens de l'humour propre à certains écrivains britanniques, ce qui ne l’empêche pas de concevoir la trame de son récit d’une façon fort originale.Traducteur, professeur de littérature à Oxford, il vit désormais à Madrid où ses livres connaissent beaucoup de succès et où on le considère comme un auteur jeune dont le talent est très prometteur.I.'Homme sentimental, son dernier roman, confirme certainement cette opinion.L’intrigue, plutôt mince, se déroule sur deux plans, le réel et l’imaginaire, la rencontre du chanteur d’opéra, un ténor, avec une belle femme, Natalia, et ses rêves la concernant.A force de suivre les péripéties de leurs relations, racontées à la première personne, on s’aperçoit qu elles servent aussi de prétexte pour faciliter les confessions d’un écrivain incapable d’avoir confiance en lui.Les affres du ténor qui, au lieu de répéter et d'étuder son rôle, s’amuse à décrire Natalia et son compagnon de voyage, Manur, le banquier flamand, reflètent en quelque sorte les problèmes de Marias, romancier et traducteur lié par des délais précis de livraison de ses textes.Toutes les descriptions des manies du chanteur peuvent être ramenées ainsi à celles d'un romancier et l'amour de Natalia, compris comme un moyen de fuite devant les responsabilités et les obligations draconiennes que l’art impose jour après jour à celui qui veut atteindre la perfection.De la même façon, le compagnon de la femme dont le chanteur est amoureux suscite chez lui « le désir irrépressible de l'usurpation.» « N’avez-vous jamais découvert dans les attitudes, les paroles ou les gestes des autres, écrit Javier Marias, ce qu’avant vous ne pouviez jamais nommer, l’éclat foudroyant qui vous manque, la clarté inconcevable, la main ferme et le trait assuré que de Madrid vous ne pourrez avoir, ce qui, en un temps, s’appela la grâce » Est-ce la jalousie du traducteur face aux oeuvres qu'il lit et qu'il s'efforce de rendre aussi fidèlement que possible dans une autre langue '.’ Fort probable ! Tout au long de la lecture de ce petit livre, des réflexions surprennent par leur justesse et réveillent chez le lecteur un écho personnel sur une foule de sujets dont certains sont liés à l'art, mais dont plusieurs découlent plus simplement des événements quotidiens qu'on analyse a posteriori à la fin d’une journée bien remplie.L'Homme sentimental a rapporté en 1986 à son auteur le prix lier raide;il n’en reste pas moins que la version française laisse â désirer autant en ce qui a trait au style qu'à Tu tilisation de certains termes.Mais, bien que cela soit agaçant, on appré cie les descriptions et les comparai sons surprenantes que Javier Marias parvient à brosser en racontant Madrid, sa ville, >• pressée de tout dire comme si elle était consciente que la seule possibilité qu'elle ait de conquérir le voyageur est l'étourdissement et la véhémence sans fin », par opposition à Venise ou à Edimbourg.De la même façon, il compare les chanteurs d'opéra aux voyageurs de commerce et, grâce à la verve de sa plume, cela se justifie, devient con vaincant, amusant et ressemble à un jeu dont le pari consiste à descendre l’artiste de son piédestal.« t’e n'est pas tant le degré de célébrité ou la conscience de respectabilité sociale que nous donne l'exercice de nos professions respectives qui marque la différence entre nous, c’est l’habitude d’arpenter un type de terrain déterminé.» ’ L’originalité qui caractérise la veine créatrice de Javier Marias est rafraîchissante mais, pour donner toute sa mesure, il lui faudra sans doute créer des personnages suscep-t ibles de prendre plus de place et de mieux refléter sa philosophie de l’existence à la fois désobligeante et dominée par une certaine rigueur, ce qui est relativement rare à notre époque.Les Éditions du Préambule j 16,00$ I64 pages Désert Désert Michel Morin “Trop de mots.Trop de choses.Le désert, enfin!” Collection Le Sens las Préambule La gymnaste et le vieux garçon AMOUR ET GYMNASTIQUE Edmondo de Amicis traduit de l'italien par Emmanuelle Genevois Paris, Philippe Picquier 1988, 140 pages JACQUES CROUSSET MH NS SANA in corpore sano, disaient les Latins.Juvénal (dans les pages roses du Petit Larousse) en l’occurrence.Mais, force est d’en convenir, dans le Turin férocement embourgeoisé de la toute fin du 19e siècle, tel que nous le décrit Edmondo de Amicis dans ce petit récit plein d’humour que viennent d’exhumer les éditions Picquier, l’heure n’est plus tellement à l’application de cette maxime-.Elle serait plutôt au « sybaritisme », pour employer le langage fleuri de la protagoniste du livre, la belle Pedani.C’est-à-dire au laisser-aller total des corps, partant, aux poitrines creuses, aux membres grêles, aux teints pâlots, et on en passe.La belle Pedani, toujours elle, a décidé de mettre bon ordre à tout cela.Professeur de gymnastique de son état, splendide créature promenant dans les gymnases « la beauté puissante et triomphale de son jeune corps de guerrière », elle va se faire l’ardente propagandiste de l’exercice physique, seul moyen, selon elle, d’élever « les facultés morales et intellectuelles », comme disaient les bons pères.Elle va donner des exhibitions publiques de son art, des conférences, écrire des articles, monter sur des scènes, bref, s’agiter autant qu’elle pourra au nom de sa cause.Il fallait le faire, d’ailleurs, en cette fin de siècle dernier où parler de gym- nastique, de corps en mouvement, était presque aussi indécent que d’aborder le thème de la libido.Mais la belle Pedani, dont le manque total d’humour la sauvera plusieurs fois des eaux, n’était pas femme à s’en laisser imposer.Du reste, est-ce une femme ?On en doute.Elle s’habille n’importe comment, sème le désordre dans son appartement, fait preuve d’une franchise parfois brutale dans ses propos et, surtout, exerce un métier masculin dans un véritable esprit de sacerdoce.Ne dit-elle pas, d’ailleurs, que l’homme qui saura la mériter devra être comme elle, un « gymnasiarque » convaincu ?Hélas pour elle, l’homme dont elle devra se contenter en dernier ressort n’aura rien d’un gymnasiarque.Il s’appelle don Celzani, vit dans le même immeuble qu’elle et c’est un être renfermé, timide et à « la gra- vité d’allure et les manières d’un homme de cinquante ans », bref, un vieux garçon.Don Celzani est amoureux fou de la belle guerrière.Il guette chacune de ses sorties, se poste derrière chaque porte, l’aborde au moindre prétexte; pis, il lui arrive de l’épier tandis qu’elle donne ses cours de gymnastique à ses élèves féminins.Par deux fois, il osera la demander en mariage et par deux fois elle l’enverra paître.Publié quasi clandestinement en 1892, Amour et gymnastique est la pièce maîtresse il’un écrivain malheureusement très peu traduit en français.Parcouru d'un grand courant d’énergie féminine, comme le souligne Italo Calvino, commentateur de l’oeuvre, faisant appel à l’humour, à la finesse, et construit avec une rigueur algébrique, il se lit comme s’il avait été écrit hier.Sarah et Agar chez Bourguiba LE PHARAON Albert Memmi Paris, Julliard, 1988 MICHEL-M.SOLOMON (’( >M MENT JUG ER un savant d’âge mûr, prêt à quitter son épouse de 30 ans, deux enfants adolescents et sacrifier sa carrière afin de s’engouffrer dans une liaison dangereuse avec une jeune femme qui pourrait être sa fille ?Voilà le dilemme dans lequel est pris Armand Gozlan, juif tunisien, professeur d'archéologie de réputation internationale.Avant de rencontrer Carlotta, une fille d'une beauté exceptionnelle, sa vie était rangée, il jouissait du respect, à part toutes les autres satisfactions que lui apportaient ses travaux brillants dans le domaine de sa spéciabté.Ses derniers travaux consacrés à l’existence d’un royaume hébreu en Afrique du Nord avant même la destruction du second temple, basés sur l’opinion d’Ibn Khaldoun, furent obscurcis par l’éclat de cette inespérée rencontre.Sa thèse : « Si les grand nomades juifs n’avaient pas, les premiers, poussé jusqu’à l’Afrique du Nord et n’y avaient pas propagé le monothéisme, il n’y aurait eu ni chrétiens ni musulmans.» Mais l’apparition de Carlotta dérangera son plan de travail.Pour le savant, elle représente la joie de vivre, le rajeunissement, la thérapie du désir éveillé, à un âge où il ne s’attendait plus qu’il puisse être aimé et flatté par ses qualités dans l’amour.Allegra, l’épouse, par contre, représente la sécurité, la tranquillité du foyer, l’espoir que, vieillard et handicapé, ne lui manquera jamais sa présence spirituelle et physique.Le dernier roman d’Albert Memmi, que certains considèrent auto biographique, se termine sur une note logique ; la fille le quittera et il reprendra un simulacre de vie conjugale, à Paris, sa nouvelle patrie.Le roman bouleverse et choque le lecteur par sa diversité et ses sages réflexions.Lorsque le conflit entre les deux femmes atteint l’apogée, Armand Gozlan se reconnaîtra victime d'une passion débordante qui le rend heureux et malheureux à la fois.Attaché d’un amour sans vergogne à Carlotta dont la beauté et la fraîcheur deviennent graduellement sa seule raison d’être, vacillant devant l’idée de quitter sa femme, il s’entendra dire par son ami d’enfance, son coiffeur, le bossu Quattuso, la vérité telle qu’il la comprend : « La passion est le seul miracle profane, la seule magie qui nous métamorphose, nous fasse revivre, comme une plante arrosée dont les feuilles se redressent; tu marches plus droit, tu respires mieux, tu regardes en haut et tu dé- couvres le ciel.» L’histoire du conflit familial est imbriquée dans l’histoire récente de la Tunisie aspirant à l’indépendance nationale sous la direction de Habib Bourguiba, l’homme que les Français avaient fait passer 14 ans en prison.Le savant juif Gozlan avait co opéré avec les nationalistes en quête de leur indépendance mais, au moment où la république musulmane de religion islamique fut instaurée, Bourguiba oublia sa promesse d’assurer l’égalité des droits pour tous les habitants de la Tunisie, et le collaborateur d’hier dut s’exiler.Ce fut, d’ailleurs, la boisson amère que tant d’intellectuels juifs, soient-ils tunisiens, algériens, polonais ou roumains, ont dû avaler après que la cause qu’ils avaient servie loyalement soit devenue le pouvoir dans leurs pays d’origine.L’existence intime Claude Bertrand 162 pages 15,00$ l’rrambuk L’existence intime Claude Bertrand “Claude Bertrand, comme un grand poète allemand, habite poétiquement la terre et ses pensées sont autant de flèches qui touchent au coeur du sujet”.Guy Ferland — Le Devoir Collection Ixi Sens Ia* Préambule Catherine Poupeney Hart RELATIONS OE L'EXPÉDITION MALASPINA AUX CONFINS DE L'EMPIRE ESPAGNOL L'ÉCHEC DU VOYAGE 171 pages 18,00 $ Collection L univers de» dlxi Le Préambule Relations de l’expédition Malaspina aux confins de l’empire espagnol, l’échec du voyage.Catherine Poupart Hart Au XVIIIe siècle le public se passionne pour les relations d’un Cook ou (Tun Bougainville.Sur leurs traces est dépêché Alessandro Malaspina, navigateur italien au service de TEspagne, a dont les journaux sont tu redécouverts a évalués.L'entreprise qu'il dtnge bénie ai efla de la nche tradition nabonnale, bénéficie de la formation scxntdique européenne de ses participants a a le mandat spécifique deprocéda à l’examen politico-scientifique de l’énorme Empire espagnol.Pourtant à son retour, un pouvoir hostile à tout message d’ouverture condamne les résultats de l'expédition à rouble.Collection L'univers des discours I-a Préambule en vente chez votre libraire Jean-Pierre Hogue, Denis Lévesque, Estelle M.Morin avec la collaboration de B.Lôpez-Gonzâlez Groupe, pouvoir et communication l'art de susciter le dynamisme de l’individu dans toute organisation 256, pages, 18$ Presses de l’Université du Québec Presses I fl fLELkJ D-6 ¦ Le Dévoir, samedi 4 février 1989 «Seigneur, ayez pitié des fous et des folles.» Jean E1HIER-BLAIS ?Les carnets C3 est un livre étrangement balidelairien qu’ont écrit Denise Bombardier et Claude Saint-1, aurent.Baudelaire priait Dieu d’avoir pitié des fous et des folles.Or c’est toute la société occidentale qui valse dans l’inconscience, les yeux fermés, les bras tendus vers l’avant et comme emportée par une musique aux rythmes venus de nulle part.Presque à la fin de leur livre si grave, les auteurs parlent de Dieu.Que nous disent-ils ?« Le monde occidental s’est vidé de Jésus, puis de Dieu.L’espace a semblé vide à nouveau, la lumière absente et les monstres sont revenus.Comment comprendre autrement l’angoisse devant la science, l’abondance et le succès matériel.Face aux démiurges que sont les savants qui repoussent quotidiennement les frontières de l’inconnu, les gens se sentent perdus, repoussés eux-mêmes dans une sorte de limbes, dépersonnalisés et sans aucune certitude pour les rassurer.Ils lancent des appels au secours.» Le Mal de l'âme (Robert Laffont, Paris 1989) est une réponse à cet appel, la réponse de la dignité humaine.Car c'est d’un mal de la civilisation qu'il s’agit.Baudelaire encore (et j’espère que son esprit survolera cet article comme il est pourtant présent dans ce livre) note ceci dans Mon coeur mis à nu : « Peuples nomades, pasteurs, chasseurs agricoles et même anthropophages, tous peuvent être supérieurs par l’énergie, par la dignité personnelle, à nos races d’Occident.Celles-ci seront peut-être détruites.» Valéry ajoutera plus tard que les civilisations sauront désormais qu’elles ne sont pas immortelles.Le mal de l’âme lance un cri puissant vers ce ciel qui s’est fermé contre nous, qui est devenu d'airain, comme les monstrueuses machines qui le sillonnent, symboles de notre puissance et de notre désarroi.De toute évidence, il s’est agi, d’abord, pour Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent de décrire, en entomologistes des rouages de l’esprit et des modes de comportement, le monde et ses habitants.Il est tout aussi clair que le choc ressenti devant la décrépitude spirituelle dont ils sont les témoins s’est transformé, par la méditation et la pratique quotidiennes, en un besoin : celui de raconter ce vécu, d’alerter à leurs souffrances ces innombrables âmes qui ont mal à elles-mêmes.Ils décrivent un type d’homme nouveau, en mutation.Inutile de s’apitoyer sur le passé.Il a vécu.Nous sommes, à l’extrême opposé, mais en relation directe avec lui, comme l'homme témoin de la chute de l’Empire romain.Lisez Grégoire de Tours.Il y a des similitudes frappantes, ne serait-ce que dans le besoin d’échapper par tous les moyens à la certitude que la fin approche.Les campagnes sont désertes, signe absolu de déchéance; les humains encombrent les villes, empilés les uns sur les autres, sorte de lumpenproletariat qui ignore ce qu’il est, proie facile pour les agitateurs; à cette masse hébétée s’ajoute une jeunesse sans avenir, ignorante et prétentieuse, prête à bondir.Les épidémies font rage, que personne ne peut guérir.On tremble devant les médecins, tout en se moquant de leur fausse science.N’est-ce pas précisément le tableau de ce que nous sommes devenus, avec, en arrière-plan, les pontifes du sida qui ânonnent leurs doctrines imprécises les uns après les autres, eux, si fiers de leurs machines et de leurs drogues, à qui la nature fait un pied de nez.J’ai lu avec attention le livre de Denise Bombardier et de Claude Saint-Laurent.Il est plausible que les lecteurs, tout comme moi, y apprendront beaucoup de choses, des détails qui font frémir; ils y trouveront aussi des vues originales.Mais, dans l’ensemble, ce que disent Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent, nous le savons, parce que nous portons en nous, à chaque instant, ce chancre qui a nom vie moderne, parce que le poids du quotidien nous brise les reins, parce que notre âme, dans la mesure où nous acceptons sa présence en nous, est coincée et ne respire plus.Cette souffrance profonde, dont nous n’osons jamais parler, Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent l’appellent le mal de l’âme.De quoi souffrez-vous aujourd’hui, vous avez l’air défait.Je souffre à mon âme.Mais cette question n’est jamais posée, ni donnée la réponse, car ce serait détruire l’équilibre instable auquel nous nous accrochons.Nous croyons vivre dans une société parfaite, comme était l’autel du temple de Jérusalem, cachée par un voile intouchable.Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent déchirent ce voile.Et ils recommencent depuis le début, avec le sens des mots.Les mots font peur, aussi leur donne-t-on volontiers un sens qui n’est pas le leur.Théophile Gautier allait plus loin : il voulait qu’on guillotine les mots.Le comportement suit le vocabulaire.« Imaginons.un sujet qui choisirait François d’Assise de préférence à Casanova.Ses tendances se caractériseraient par sa volonté de préférer le naturel au factice, l’imprévisible poids des petits riens à celui des objets ostentatoires, la célébration des plaisirs frugaux au pouvoir de la richesse et l’amour sans domination à la propriété sexuelle.» Portrait de l’homme idéal; idéal inatteignable.Mais ce qui compte, ce n’est pas d’atteindre un idéal, c’est d’aller vers lui.Et la leçon essentielle de ce livre, c’est que notre civilisation ne nous propose aucun idéal, sinon celui de la réussite matérielle.Or nous savons, dans notre for intérieur, que cette réussite est un esclavage.Peuple d’esclaves dirigé par d’autres esclaves, leur verre de lait à la main ! Qu’on me permette ici une remarque personnelle.On se moque de l'imam Khomeiny lorsqu’il appelle les superpuissances, et en particulier les États-Unis, des Satans; le grand et le petit.Passons à l'imam son vocabulaire.Il a raison.La civilisation contemporaine, et singulièrement l'américaine, est l’instrument privilégie d’une Puissance dont nous ne connaissons pas le nom (que l’imam appelle Satan) et qui régit le cosmos.Victor Hugo a décrit tout cela dans La Fin de Satan, avec le grand thème de la rédemption.Il n’en reste pas moins que nous avons peur.Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent analysent cette peur, que nous charrions avec le sang.C’est pourquoi ce livre est grave.Que faire ?Comment recouvrer cette âme qu’on nous a arrachée ?Les chapitres se suivent sans se ressembler, aux titres admirables.Je conseille à ceux que ce jeu amuse de les comparer à ceux d’un autre manuel descriptif de comportement, le célèbre ouvrage de saint François de Sales.Écrit à la suite des guerres de religion, il décrit lui aussi un univers à la recherche d'un nouvel équilibre.Il traite, entre autres choses, des désirs, du courage, de l’honnêteté du lit nuptial.Le monde du quotidien triomphe.Le déni actuel de civilisation consiste à obliger l’homme moyen à quitter son quotidien et à assumer la responsabilité de l’univers des dirigeants et des savants.Le journal, les nouvelles, la publicité nous propulsent constamment dans un univers de haine, de violence et de responsabilité collective qui n’est pas de notre ressort.J’ai compris cela en lisant Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent.Leur livre est la description modulée de l’hystérie universelle, occidentale à l’origine, qui recouvrira bientôt le monde.Que le cordonnier, le critique littéraire, le garçon de café ou le médecin soient embringués dans ce conte dit par un idiot qui a nom Histoire et se sentent responsables de lui, ne changera jamais rien au déroulement des faits.Il y a, se profilant derrière, une volonté de nous détruire.Qui ?Pourquoi ?L'énigme demeure.Le mal de l’âme est d’abord l’histoire de notre dérision collective.Tout, Dieu merci, n’y est pas dramatique ou statistique.Il y a, dans l’analyse, de nombreuses haltes, sur l’adolescence, le temps.Des mots que l’on croyait morts ressuscitent, la discipline par exemple.Dans un pays qui a donné le grand voyage de Kamouraska, des jeunes gens ignorent la notion même d’espace.On y apprendra que l’être peut s’élever.On y lira des pages d’anthologie sur la grossesse.Je ne connais, chez les hommes, que Tolstoï qui eût pu écrire des lignes pareilles, à la fois denses, statiques, profondes et gravement érotiques.Peut-être aussi Michelet; mais non, Michelet est déjà moderne, donc hystérique.Le Mal de l’àme est un livre de terreur, car ses auteurs craignent pour nous.Mais leur amour de l’humanité est le plus fort et c’est un livre d’espérance.+ Bazin dire à personne dans une société déchristianisée.Après avoir abondamment parlé de l’éducation des enfants, de lec-tures diverses et du rôle de la science dans la vie des hommes, nous finissons par aborder le sujet de la venue d’Hervé Bazin au Canada : « Ce « démon de minuit » qui hantt Gérard Laguenière qui, à 68 ans, après avoir subi un infarctus, se découvre une nouvelle soif de vivre.Ce n'est pas la petite vie, mais une nouvelle existence qui s'offre à lui, et ce qui s’impose c’est de vivre ce reste le plus intensément possible, et assez gaillardement si cela se peut.Pour reprendre le mot de Colette, la mort n’intéresse pas Laguenière.pas plus qu’elle n’intéresse Hervé Bazin.Habité par toutes sortes de projets, le héros du roman entreprend une oeuvre de longue haleine, divorce de sa volage épouse, se remarie avec une jeunesse et lui fait un enfant alors qu'il se retrouve en même temps arrière-grand-père.Toutes ces péripéties fort plaisantes à suivre sont émaillées de conseils pour tous ceux qui ne sont plus tout à fait aussi jeunes et aussi beaux qu'il est de bon ton de l’être dans une civilisation glorifiant sans cesse les moins de 20 ans.À l’image de son personnage, Hervé Bazin est aussi plein de projets : puisqu’il a eu des enfants pendant 50 ans, il travaille présentement à un livre sur l’éducation, un livre qui s'appellera L’éducation des parents.Il envisage aussi de voir grandir son Nouveautés Françoise Hamel-Beaudoin GUETTEURS DES SAISONS Accompagnez cette femme-peintre de talent dans sa découverte d’un autre monde: celui de l’écriture et de la vie avec un handicapé mental.Un livre plein de chaleur, de courage et de sensibilité! 22,95 $ Daniel Gagnon RIOPELLE GRANDEUR NATURE '' Découvrez ce peintre qui a soulevé beaucoup de pas- sion, qui a dérangé par sa fougue, sa liberté et surtout par son succès.Un livre vibrant, fascinant et sérieusement documenté! 19,95 $ une prescMK v a 5170 av.Décolles, Montréal, Québec H3S 2C5 — (514) 735-6406 plus jeune fils, et de vivre, de continuer de faire ce qu’il aime.Puisque, de toute façon, la mort ne l’intéresse pas.Depardieu épistolier L’enfant Je suis l’enfant Qui ne veut pas grandir Je suis Celui Qui refuse le monde d’hommes Je n’ai que faire Des calculs et des feintes Laissez-moi dire Tranquile Mes rêves intérieurs Poème de Gary Klang, extrail de l'Ex-Ile, La Vague à l’âme, éditeur LETTRES VOLÉES Gérard Depardieu Paris, JC Lattès 1988, 150 pages ROBERT LÉVESQUE GRÈVE DES POSTES ou non, U s’en est foutu, le Depardieu, entre deux tournages et deux virées ; il a écrit des lettres à tout le monde qu’il a rencontré en chemin : Adjani, Duras, Dewaere, Pialat, 25 comme ça, dont sa mère et son père, et il les a mises dans un bouquin que l’on trouve dans tous les kiosques de la francophonie.Ce sont des « lettres volées», comme il les appelle, pas tellement aux PTT en perte de 25 timbres-postes (en France, ça compte ! ) mais au temps, qu’on n’a pas toujours pour écrire à l’ami, au camarade; volées aussi à la pudeur, qui nous empêche souvent de sortir la plume et le papier.Entre le tournage de Camille Claudel et celui de Deux, il s’est tapé une correspondance à sens unique pour dire à des acteurs et actrices, à des metteurs en scène, mais aussi à des choses comme le travail, l’ar- \ide à l'enfance-Canada Save the Children Canada PHOTO JACQUES GRENIER Gérard Depardieu : « Je vous dis ce que j'ai non pas "dans” mais ‘‘sur"le coeur.» mBa mm&mm Le nouveau Nicole de Buron C’est quoi ce petit boulot?Votre petite dernière veut prendre son envol.Pas d’indépendance sans argent, pas d’argent sans travail.En attendant, à elle LES PETITS BOULOTS.fjjldratf/ gent, la nature, et même le président de la République, tout ce qu’il pense d’eux, du métier, de la vie, de l’amour.Un seul des destinataires reçoit la giclée, genre « je vous dis ce que j’ai non pas “dans” mais “sur” le coeur » : c’est Marco Ferreri.Bonjour les dégâts ! Après une entrée en matière où il lui dit qu’« il y a toujours une belle idée dans tes films », le Depardieu fonce et vous connaissez ses épaules ! « Ce que j’ai à te dire, je le dis à tous ceux qui manquent de souffle, de lyrisme, à tous ces constipés qui font des efforts terribles pour nous pondre un oeuf de Pâques dérisoire.[.] Tu te crois un précurseur, mais moi je te dis que t’as raté le dernier métro, que tu commences sérieusement à être en retard.» Il a pas dû être surpris, l’auteur de La Grande Bouffe, en lisant cette lettre éditée.Depardieu, dans un journal italien, avait déjà déclaré en parlant de lui : « Il est tellement avare qu’il n’arrive plus à chier, et que toute sa merde lui remonte à la tête.» Gageons qu’il y a une affaire de cachet là-dessous.Aux autres, à tous les autres, Depardieu sort le jeu de flûte, dont il joue fort bien.Il y a devant Duras, qu’il appelle « chère Margotton », qu’il redevient persifleur lorsqu’il raconte qu’un jour, entrant dans sa chambre, il l’a vu dissimuler quelque chose sous ses papiers.Qu’est-ce que c’est ?« Rien, rien, je suis en train de réécrire », lui dit Duras.Et c’était, il l’a vu, il le jure, l’indicateur Bertrand, un catalogue de l’immobilier.À Isabelle Adjani, il rappelle comment il a tenté de la séduire « comme un con » la première fois (pour Barocco) qu’il l’avait eue comme partenaire.« Nous étions tous les deux à l’état d’ébauche », lui dit-il joliment.La lettre la plus émouvante, c’est celle qu’il envoie à titre posthume à son camarade des débuts, Patrick Dewaere.« Tu la trouvais belle la mort, bien garce, ouverte », lui dit-il, rappelant qu’il l’a toujours connu « écorché vif, grand brûlé ».Il lui dit : « J’ai toujours senti la mort en toi » et « Je pensais que tu nous quitterais encore plus vite ».Il écrit : « Des moments de paix, d’abandon, nous en avons eu aussi ensemble, Patrick.Un vrai repos des guerriers.Avec toi, j’aurais aimé avoir une aventure.» De l’homosexualité, on n’attend pas une défense et illustration venant de Depardieu, et pourtant il écrit, subtilement : « L’homosexualité, c’est sans doute beaucoup plus subtil que ce qu’on en dit.Je ne sais pas à quoi ça ressemble.Je sais seulement qu’il existe des moments.Ils peuvent se produire avec une femme, un homme, un animal, une bouteille de vin.Ce sont des états de grâce partagés.» À Maurice Pialat il écrit : « nous sommes comme deux cneis de bande obligés de partager le même terrain vague.» À Truffaut le sensible, à qui il rappelle que ce métier (d’acteur) endurcit les femmes et féminise les hommes, il dit : « Quand je parle des femmes, c’est bien à toi que je m’adresse.Tu étais leur cinéaste.Depuis que tu es parti, elles sont orphelines, en quête d’auteur.» Sur ce métier d’acteur, qu’il exerce autant en donnant la réplique à une Catherine Deneuve grand public qu’en interprétant jusqu’aux limites de la subtilité le personnage de Tartuffe dans la mise en scène filmée de Jacques Lassalle, Depardieu dit des choses terribles : « Pour un acteur, l’idée d’une carrière est ce qui l’empêche d’être un acteur ! » Il est vache, aussi : « On ne croise pratiquement plus de flambeurs sur les plateaux, dit-il à François Périer, mais le plus souvent des petits comptables archi-sérieux, mégotant avec leur image, leur fond de commerce.» Il dit'aussi, lumineux : « Un comédien doit jouer le présent, il doit être la situation, confondu avec le présent du rôle.Il doit rompre la distance le séparant de son personnage.Il existe une poésie du présent qui ne sombre jamais dans les facilités du naturalisme.Dans Loulou (de Pialat), je n’étais pas seulement entre les bras d’Isabelle Huppert, mais dans le papier peint de la chambre d’hôtel, dans le bois du lit.Il faut savoir se laisser prendre, posséder par l’instant.Si l’on cherche à composer, à “acter”, c’est foutu.On dérange l’ordre naturel des choses, le cours du temps.Il faut avoir cette humilité nécessaire qui consiste à n’être qu’un élément du tableau, dissous dans le moment présent.Cette modestie, c’est aussi l’éternité du rôle, c’est Michel Simon dans Fric Frac.» Il a son lot des « facilités du naturalisme », le Depardieu, depuis Les Valseuses, mais ne serait-ce que pour sa composition magistrale de Tartuffe, il a sa place parmi les grands comédiens de son époque.Et il écrit bien, le loubard.
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