Le devoir, 18 février 1989, Cahier D
ma m ¦ lYente années de blues ont fait de John Mayall le dernier des Mohicans, celui qui a survécu à tous les autres.Page C - 2 ¦ Une nouvelle version de The Sound of Music, avec Frederica von Stade, et un Léopold Simoneau qui demeure l’un des plus grands interprètes de Mozart.Page C - 3 ¦ Nathalie Petrowski a écouté l’émission de Claude Charron à la lueur d'un lampion et en égrenant son chapelet.Page C - 4 ¦ La dernière piece du Théâtre Petit à Petit réussit à captiver un public d'adolescents, mais aussi d’adultes.Page C - 5 ¦ Au Musée d'art moderne de New York, une exposition Andy Warhol.Page C • 6 ¦ Le cinéma hongrois, Dims le ventre du dragon et Tap.Page C - 7 et C -8 ¦ Les moniales dominicaines sont devenues des vedettes de la télévision.Page C - 9 ¦ Un oeil immense vous regarde et vous plonge dans le vertige de l’horreur.Page C -12.Montréal, samedi 18 février 1989 Réflexions sur l’étrangeté de la littérature québécoise GUY FERLAND .LA LITTÉRATURE québécoise est morte », s’exclame d'entrée de jeu Pierre Nepveu qui vient de publier un essai percutant sur le sujet, L'écologie du réel chez Boréal.Il faut bien comprendre que, dans son livre, le professeur de littérature à l’Université de Montréal ne rétend pas que la littérature qué-écoise n'existe plus, mais qu'elle PHOTO JACQUES GRENIER Pierre Nepveu.ne correspond plus à un projet collectif identitaire.La littérature québécoise désigne maintenant un lieu de production multiple, sans objectif nébuleux à constituer.L’originalité fondamentale de l’ouvrage de Pierre Nepveu consiste à prétendre que la littérature québécoise en tant qu’objectif à atteintre, en tant qu’affirmation nationale d’une entité abstraite, portait sa mort dès son apparition dans les années 60.Voila, brièvement résumée, une des thèses surprenantes que soutient l’auteur de L'hiver de Mira Christophe (Boréal).« Mon objectif principal, dans cet essai, était de montrer le lien qui unit la littérature des années 60 à celle des années 80, affirme l’auteur.Dans les années 60, la poésie québécoise et les romans n’essaient pas seulement de définir une identité québécoise, une québécitude, mais découvrent également une étrangeté dans le fait d’être Québécois.La littérature explore alors le jeu, l’humour, l’ironie, l'éclatement de l’imaginaire (Marie-Claire Blais, Jean Basile et Réjean Ducharme par exemple).Dans la poésie surtout, on voit apparaître le thème de l’exil ; le pays est quelque chose à atteindre mais qui échappe tout le temps, qui manque, qui se dérobe.Ces thèmes étaient d’ailleurs présents bien avant dans la littérature québécoise.C’est pourquoi j’accorde une grande importance à Saint-Denys Carneau.Ce dernier est une figure charnière.Il a assumé l’étrangeté, la distance par rapport à la réalité québécoise non pas à la manière naïve de l’exotisme, mais dans une tension extrême à l’intérieur de lui-même.Il a nourri la littérature québécoise à la manière d’un fantôme qui nous attire et nous repousse en même temps.» Ce manque à combler, on le retrouve aujourd'hui dans la littérature québécoise par l'éclatement des formes, le pluralisme, le multiculturalisme, l’étrangeté; « étranger chez soi, en tant que québécois, mais aussi étranger en tant qu’individu appartenant à la modernité où toutes les catégories sont flottantes », poursuit le poète romancier et critique.Pour démontrer son propos, Pierre Nepveu s’est appuyé sur un patient travail de recherche.Son essai regroupe des articles écrits sur une période de dix ans, mais il a tout refondu pour donner une unité de ton à son livre.Pendant deux ans, il a tout récrit et plusieurs chapitres de son essai sont inédits.Aujourd’hui, dire que la littérature québécoise est morte signifie qu’il n’y a plus de projet identitaire, mais que plusieurs courants, plusieurs genres nouveaux (policier, science-fiction, etc.), plusieurs écritures (anglophones, italienne, juive, etc.) l’ont remplacée.Pierre Nepveu soutient que cette mort a une histoire et qu’elle est également une renaissance.Par exemple La Québécoite, de Régine Robin pose un regard d’étrangère sur notre réalité, mais un regard qui, paradoxalement, rejoint Sue chose de spécifiquement cois.C’est pourquoi, par exemple, Montréal est perçu par la plupart des écrivains québécois comme une ville où l’on se sent étranger.« Cette étrangeté de la ville, on la sent très fortement dans Myriam Première de Francine Noël.Une allade à bicyclette se transforme en expédition à travers les lieux dans le passé et railleurs.» A cet égard, le titre de l’essai de Pierre Nepveu est approprié.L’écologie, pour l'essayiste, c'est d’abord deux choses.Premièrement, la prise de conscience d'un épuisement possible des ressources et la possibilité d’une catastrophe.Deuxièmement, la prise en charge systémique : au lieu de fonctionner d'une façon linéaire jusqu’à épuisement du stock, on oppose une vision horizontale englobante, on voit les choses en interrelation.« À partir de ces prémisses, on peut aire que L'écologie du réel est une définition de la littérature.Le réel est de l’ordre du déchet, tout s’use très rapidement.Alors la littérature est une forme d'écologie, elle recycle et récupère des morceaux de notre mémoire et les rétablit selon un ordre nouveau.C’est-à-dire qu’on va rechercher dans le passé des éléments qui paraissent datés et on les incorpore d’une façon ludique dans l’imaginaire.Victor-Lévy Beauüeu, Francine Noël, Michel Tremblay, Yves Beauchemin et même Michaël Delisle témoignent à leur façon de cette récupération et d’une nouvelle appropriation du réel.En poésie, selon Pierre Nepveu, qui s’y connaît puisqu’il a longtemps été critique en cette matière, la filiation se marque d’une manière différente.Alors que durant les années 60 on recherchait, en général, le « réel absolu », le pays, l'origine d’une entité nationale et qu’on n’y parvenait pas, la poésie des années 80 recherche plutôt une communauté, un • Marie Laurier (Le Devoir) .l'intérêt de ce litre est de rassembler des réflexions profondes et sereines sur l'avortement.•> Jules Béliveau (La Presse) Collection CIRCONSTANCES Rosette MOCIORNITZA ICON ES I.a douce obsession du passé 2 4 planches en couleurs el IU en noir et blanc «Vos icônes donnent a nui prière une nouvelle dimension, le monde a un grand besoin de spirituels qui lui tracent les chemins de l'absolu, les icônes sont les balises de cet itinéraire mystérieux.- Cardinal Paul-Lmil Léger Collection REFLET TIRAGE LIMITE Andrei Si OKU MONTANA nouvelles Chronique febrile et impertinente (Fauteur a seulement I" ans!J de la tie d'un college montréalais /.es reres.l'amour et la nostalgie d'un pays lointain donnent un melange explosif au contact arec une realite humaine trop souvent grise et sans générosité Collection RÊVES nu M AN IT A S nouvelle optique 5780, avenue Decelles.Montréal H3S 2C7 I cl.: 737- 1332 ! 20 pages, 14,0 5 S 02 pages, 10,95 S I ’’2 pages, 10,95 S Distribution: Québec /.irres ;;ost^p»es je dimanche t ' qa9 AC ^patannfl 362 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 en juin dernier.("est ce qui se dégage d’une lettre que la ministre a fait parvenir à Bruno Roy en date du 8 février.Tout en faisant part de sa profonde sympathie à la cause des créateurs, Lise Bacon souligne que l’État est intervenu adéquatement en faveur de la reconnaissance de l’oeuvre littéraire comme pivot de l’industrie du livre, « par la mise en place de programmes, de politiques, de législation s’adressant tantôt aux auteurs, tantôt aux éditeurs, aux libraires, ou à tout organisme responsable de la diffusion de leurs oeuvres».À cet égard, elle signale que son gouvernement a fait adopter deux lois récemment, la loi 90 sur le statut professionnel et les conditions d’engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma (1987) et la loi 78 sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature (1988), qui confirment la volonté du gouvernement de garantir l’écrivain contre certains aléas en régissant les relations qui unissent l’auteur et l’éditeur.Mais Lise Bacon refuse d’engager le gouvernement au-delà de cette barrière d’encadrement.« Le rôle d'un gouvernement doit se limiter à créer le climat le plus propice possible pour que soient négociées des Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 24 février de 17h à 19h ANDRÉE RUFFO PARCE QUE JE CROIS AUX ENFANTS aux Éditions de l'Homme Samedi 25 février de 14h à 16h DENISE BOMBARDIER et CLAUDE SAINT-LAURENT LE MAL DE L’ÀME Éditions Robert Laffont Fiction et biographies 1 La Vieille qui marchait dans la mer San Antonio Fleuve noir (2)* 2 Le Zèbre Alexandre Jardin Gallimard (D 3 Ça Stephen King Albin Michel (3) 4 Le Boucher Alina Reyes Seuil (4) 5 C'est quoi, ce petit boulot ?Nicole de Buron Flammarion (-) 6 Quoi ?L'Éternité Marguerite Yourcenar Gallimard (5) 7 Les Tisserands du pouvoir Claude Fournier Québec/ Amérique (9) 8 La Lectrice Raymond Jean J'ai lu (6) 9 Sous le ciel de Novgorod Régine Deforges Fayard (-) 10 L’Exposition coloniale Erik Orsenna Seuil (10) Ouvrages généraux 1 Le Mal de l’âme D.Bombardier et C.Saint-Laurent Robert Laffont (D 2 Et tournons la page Solange Chaput-Rolland Libre Expression (4) 3 Le Chemin le moins fréquenté Scott Peck Laffont (2) 4 Le Défi alimentaire Louise Lambert-Lagacé éd.de l'homme (3) 5 Mes secrets naturels Rlka pour guérir et réussir Zaraï JC Lattès (-) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès.Le Parchemin, Champigny, Flammarion.Raf-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau.Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières : Clément Morin; Ottawa : Trillium; Sherbrooke : Les Bi-blairies G.-G.Caza; Joliette : Villeneuve; Drummondville : Librairie française * Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente ententes contractuelles équitables entre éditeurs et écrivains dans le contexte de risque que présente tout entreprise d’édition.Ce risque est bien réel nous le savons, mais il est double.Échec pour les uns, et Leméac en est l’exemple le plus troublant, succès pour les autres.Or, pas plus qu’il revient au gouvernement d’endosser le succès d’une opération commerciale réussie, il ne lui incombe d’assumer les conséquences d’un échec commercial.» L’Union des écrivains québécois n’a pas encore fait connaître sa po- sition officielle devant ce nouveau refus de Québec d’aider les auteurs qui ont perdu des sommes considérables dans cette triste affaire.À Ottawa, M.Marcel Masse étudie présentement le dossier et devrait faire connaître sa réponse bientôt.Leméac éditeur, une nouvelle maison d'édition créée à partir du fonds des Éditions Leméac, n’a rien à voir avec ces revendications bien que les nouveaux dirigeants (Pierre Filion, Lise Bergevin et Jules Brillant) appuient les démarches de l’U-NÉQ.Rencontres Jacques Brault est l’invité des lectures Skol le 19 février.Commentateur de la littérature, chercheur, auteur de textes dramatiques et d’un récit, Jacques Brault est surtout un des grands poètes du Québec.Le public est invité à le rencontrer à la galerie Skol, demain à 13 h, au 3981, boulevard Saint-Laurent, local 222, Montréal.Le vendredi 24 février, Andrée Ruffo, juge au Tribunal de la jeu- nesse, sera à la librairie Hermès à l’occasion de la parution de son livre intitulé Parce que je crois aux enfants publié aux éditions de l’Homme.Mercredi le 22, à La place aux poètes qui se tient à La folie du large, 1021, rue Bleury, la poète animante Janou Saint-Denis reçoit ses découvertes poésie jeunesse 89 : Francine Sénéchal, France Bonneau, Monique Gill, C.érald Gaudreault, Jean-François Lafondet Michel Archambault.Le sable et la pierre à Apostrophes C’EST sous le thème de « Le sable et la pierre » que Bernard Pivot reçoit, demain soir à Apostrophes (20 h, à TV5), Jacques Berque (Mémoire des deux rives, aux éditions du Seuil), Jean Lacouture (Champollion, chez Grasset), Théodore Monot (Méha-rées, chez Actes sud) et Jules Roy ( Mémoires barbares, chez Albin Michel).Radio-Canada FM LE LUNDI 20 février à 16h, au magazine de littérature étrangère Fictions, trois ouvrages récemment parus sont commentés en table ronde par les chroniqueurs Louis Caron, Jean-François Chassay, François Hébert, Stéphane Lépine, François Ricard et Suzanne Robert.L’animatrice est Réjane Bougé.LE MARDI 21 février à 21 h 30, au magazine de littérature québécoise En toutes lettres, les chroniqueurs Roch Poisson (revues), Jérôme Da-viault (essais), Robert Melançon (poésie), Jean-François Chassay (fiction), Francine Beaudoin et Jacques Thériault (actualité littéraire) font le tour des récentes parutions québécoises.L’animatrice est Christine Champagne.Vincent Davy lira « Isabelle Isa », de Guy Cloutier.LE MERCREDI 22 février à 16h.Littératures parallèles nous propose une table ronde réunissant, entre autres, les chroniqueurs Yves Lacroix et Jacques Samson (bande dessinée), Danielle Laplante et Jean-Marie Poupart (policier), Chantal Ga-mache et Norbert Spehner (fantas- tique).L’animateur est André Carpentier.LE MÊME jour à 22 h, au magazine Littératures, quatrième d’une série de neuf émissions sur le thème de « Figures de la littérature italienne ».Il s’agit d’entrevues avec des écrivains et des traducteurs qui parlent des principaux courants de cette littérature d’une grande richesse.L’animateur est François Ismert.À 22 h 30 le même soir, Hélène Loi-selle fera une lecture de « La vallée lloudou », de Gabrielle Roy.LE JEUDI 23 février à 16 h, au magazine Les idées à l'essai, Richard Salesses s’entretient avec Yves Bo nefoy, auteur de La Vérité de parole, paru aux éditions Mercure de France.Radio-Canada AM À L’ÉMISSION Présent dimanche.demain vers 9 h 30, Michel Cormier s’entretient avec Lise Noël, qui vient de publier L’Intolérance aux éditions Boréal.CIBL-FM À L’ÉMISSION Poésie québécoise contemporaine, diffusée demain à 15 h, Yves Boisvert lira des extraits de Légendes, de Renaud Long-champ.Câble 9, Vidéotron À L’ÉMISSION fierdure d’ici, dif fusée le dimanche à 14 h, le lundi à 21 h, le mercredi à minuit et le vendredi à midi 30, Christine Champagne reçoit cette semaine l’auteur Louise Dupré._ GUY FERLAND Marco Micone Déjà l'agonie «?> & i d.l'Hexagone • Théâtre >l.\IUO MICONE l)É.lA L’AGONIE À travers des dialogues concis et percutants, Déjà l’agonie met en scène les conflits que suscite l’expérience migratoire chez trois générations d’immigrés italiens.Théâtre de la mémoire et de la responsabilité éthique, Déjà l’agonie jette sur la société québécoise un regard provocant qui ne peut laisser personne indifférent.«.j’aime et j’admire ce texte dense, sans compromis.» Monique LaRue THÉÂTRE JEM-DMIEL LAFOND LES TRACES DC RÊVE lin essai sur le cheminement du cinéaste Pierre Perrault qui, identifié depuis trente ans à l’idée d’un pays à faire, enracine son écriture poétique et cinématographique dans ce “pays sans bon sens’' afin de débusquer l’âme québécoise dans la parole quotidienne des marins, des chasseurs et des Amérindiens.Plus qu’un essai sur l’aventure de Pierre Perrault, les Traces du rêve interroge d’une façon très actuelle le cinéma et le Québec d’aujourd’hui.£ as ‘Si I sO r- N JEAN-DANIEL LA FOND LES TRACES DU RÊVE # l’Hexagone lieu distinctif de l'édition littéraire auebecoise ESSAI % i Le Devoir, samedi 18 février 1989 ¦ D-3 • le plaisir des ivres Ces rendez-vous existent-ils dans quelque autre univers?L'OEIL DU DÉLIRE Danielle Roger Montréal, VLB éditeur, 1988 Jean-Roch B0I7IN æ~res A québécoses DANIELLE ROGER cite Julio Cor-tazar en exergue de son recueil de nouvelles : « Cela valait la peine de s’arrêter un peu pour la vue, un peu pour la peur qui montait en moi.» Voilà qui affiche les couleurs.Dans ces 12 très courts textes, l’émule ne déchoit pas de son modèle et, bien qu’elle en soit à une première aventure de publication, l’auteur sait nous entraîner dans ces avenues parallèles de la réalité que l’on ne fréquente pas sans un certain vertige et dont le grand Argentin a fait son domaine d'exploration.Moments de fascination d’où n’est pas absente une certaine peur.Certaines de ces nouvelles sont d'une remarquable efficacité.Toutes affrontent le même défi : cerner le moment d’un intime dérapage dans la perception d’un personnage qui le fait entrer en collision avec l’envers des choses.Pour cela, la nouvelliste fait dans le court et le concentré.Avec une remarquable économie, elle sait établir une situation et nous faire pressentir l’imminence d’un écroulement des apparences.Ainsi commence « Du côté de chez Schwartz» : « Dès que Catherine avait ouvert un oeil sur le rayon de soleil qui traversait effrontément sa chambre, elle avait su que la journée serait une de celles qu’il vaut mieux ne pas vivre.» Elle voudrait bien garder les yeux fermés et laisser fi 1er cette journée d’été dont l'éclat sied mal à son humeur.À la salle de bains, la découverte d’un bouton sur son front et d’un cafard sur le mur achève de la déprimer.Elle se retrouve à la cuisine à grignoter les restes séchés d’un beigne vieux de trois jours.À partir de ce beigne, nous retournons en arrière, chez Dunkin Donuts où André lui avait donné rendez-vous.11 est arrivé en retard, a monologué en regardant dans le vide son credo de « confort et d'indépendance ».«(.) il était là en face d'elle et maintenant elle ne savait plus quoi en faire.Elle avait sou dainement envie de partir, de rentrer chez elle, seule 11 avait regardé l’heure à sa montre, en disant — comme si c'étail une évidence (mais peut-être l'avait il proposé plus tôt.Elle aurait acquiescé sans s’en rendre compte) — ‘“On y va.” Et Catherine s'était levée.Évidemment, c’est chez elle qu'ils sont allés et ce fut moche comme les beignes qu'il avait apportés.Elle a horreur des beignes, mais c’est seule qu’elle les a mangés comme on boit le calice jusqu’à la lie.« Bien sûr, elle savait que cela n’avait rien à voir avec la faim.Cette sensation qu'elle éprouvait était plutôt l’effet d'un mauvais mélange de sentiments (et juste le fait d’en avoir, c'était assez et même trop).» Alors, elle ira marcher rue Saint-Laurent dans la foule indécente des jours de soleil « pour maintenir non pas son équilibre mais son sens de la gravité, ce qui n'est pas — malgr é les apparences — la même chose » Elle, la « végétarienne radicale ».va se retrouver attablée chez Schwarts.Et cette nouvelle se termine ainsi : .Catherine était bien décidée à aller jusqu'au bout des choses mauvaises.Manger jusqu'à ce que le contenu de son assiette soit épuisé.Oui.Tout ' Sans rien laisser, afin que plus rien ne subsiste de tout cela.Une seule miette peut suffire à nourrir un cafard.» Si j'ai choisi de m'apesantir Ion guement sur cette nouvelle, c’est, d'une part, parce qu’elle me plaît davantage, mais surtout parce qu'elle m’apparaît exemplaire du style de Danielle Roger et moins strictement cortazarienne.On y retrouve son humour acidulé, une narration appa- 1 sa re- ni„|nu,uva v t.S Ct de la parenthèse et, surtout, un personnage de femme en état de rendez-vous, si l’on peut dire.Rendez-vous qui n'aura peut-être pas lieu, ou qui aura lieu mais sera un fiasco.Souvenirs d’une «impitoyable guerre civile» LE SEUIL DE L’ABlME Jacques Neufeld Montréal, Guérin littérature coll.«Carrefour», 1988 ANDRÉ SELEANU L’HISTOIRE de l’occupation allemande en France et l’histoire du combat de la Résistance contre les sévices des envahisseurs présentent encore un redoutable puzzle qui manquera à jamais de quelques pièces, bien qu’une abondante littérature fût écrite sur les thèmes de l’occupation.Les mouvements de combat clandestins du 20e siècle posent de sérieuses difficultés de recherche dont une des causes se trouve dans le cloisonnement rigoureux des organisations afin d’empêcher leur noyautage par l’ennemi ou la capture des chefs de réseau, information au sujet des années de l’occupation et de la Résistance, si riche qu’elle soit, est souvent parcellaire, sinon contradictoire.Le procès de Klaus Barbie, chef de la Gestapo lyonnaise entre 1942 et 1944, et le documentaire-fleuve de Marcel OphuLs, à propos de « Barbie et de son temps », intitulé llôtel Terminus, récemment projeté à Montréal, ont encore démontré que les fausses pistes et les points d’interrogation sur les années 1940-1944 abondent.René Hardy, traître de Jean Moulin, chef de la résistance gaullienne, menait-il un triple jeu, dont profitaient les Allemands, mais également les Américains ?Par quelques bribes d’interviews, Ophuls nous le laisse entendre.En conférence de presse à Montréal, Ophuls plaisantait : « Tout ce qu’on sait de Barbie, c’est qu’il est coupable.» On connaît donc ses crimes, mais pour le reste il y a du flou; le côté intrigue n’est pas tout à fait élucidé.("est une époque qui a conservé beaucoup de son mystère, donc de son pouvoir de fascination.L’historien Henri Amouroux parle d’une « impitoyable guerre civile » opposant des Français aux Français, les anti-nazis aux vichyistes, avec une majorité d'apolitiques coincés au milieu.Un document inédit, un élément dans la solution du puzzle de la Résistance vient d’être publié à Montréal.Ce témoignage de résistant a été écrit par Jacques Neufeld, Strasbourgeois de naissance, juif profondément croyant, résidant à Outremont.Avant 1940 et après 1948, Neufeld a exercé sa profession de commis voyageur dans le domaine du textile.Neufeld réside depuis 1951 au Canada et il est aujourd’hui à la retraite.Comme dans le cas de tant d’autres jeunes juifs, les événements de 1940 ont précipité Neufeld dans la Résistance et la clandestinité.Pour un juif européen de cette période, rester dans la légalité pouvait constituer une condamnation à la déportation et finalement à la mort.L’auteur a assumé une fausse identité « aryenne » et il s’est associé à un groupe de résistants juifs dans le Midi de la France, jeunes hommes et jeunes filles qui formaient l’Organisation juive de combat (OJC).Neufeld était aussi associé aux Francs-Tireurs et partisans français ainsi qu'au Groupe franc de résistance dont les réseaux de communications remontaient jusqu’au gouvernement français libre, siégeant jusqu’en août 1944 à Londres.L’occupant allemand en « zone occupée » et le régime-marionnette de Vichy ont promulgué, entre 1940 et Jacques Neufeld, alias « Jacky » de l’équipe OJC, à Nice pendant l'Occupation.1944, 200 décrets selon le modèle éprouvé en Allemagne entre 1935 et 1939, visant à la marginalisation totale, à la ridiculisation et à la déportation progressives de tous les juifs de France, vers les camps de mort en Pologne.Cette réalité a déterminé les objectifs d’une résistance spécifiquement juive en France.Si le but de la Résistance française, dirigée par le général de Gaulle, a été de sauvegarder l’honneur de la France en luttant contre l’envahisseur et ses acolytes, le but de la résistance juive a été en première ligne de sauver des vies humaines.Elle visait également, mais en deuxième lieu, à dérober le pays à l’envahisseur en assassinant les ges-tapistes et leurs collaborateurs.Sur cette toile de fond se déroule le récit sobre et appuyé par bien des documents de Jacques Neufeld.Ce récit nous apporte plusieurs faits nié dits se rapportant à la Résistance juive de Marseille, Toulouse et Nice.Ce récit n’est fondé que sur le vécu.Ce qu’il raconte est très visuel, incrusté d’angoisse (comme si l'on ne connaissait pas la fin, parfois) et de souffrance.Pendant un interrogatoire, duquel il fut heureusement relâché, l’auteur a été assommé sur la nuque par un agent de la Gestapo, en lui provoquaant un traumatisme à vie ! Pourtant, le bilan de la résistance juive en Côte-d’Azur a été fécond.Sur 25,000 juifs, résidant à Nice le 8 septembre 1943, lorsque les Allemands ont envahi la ville, seulement 8,500 ont été arrêtés et envoyés dans les camps de mort.La jeunesse « zazou » (sobriquet des jeunes résis- tants) a réussi à faire passer en Suisse ou en Espagne 9,500 juifs, tandis que 7,000 ont pu se cacher, munis de faux papiers et ravitaillés jusqu'à la libération.Selon l’historien Lucien Lazare, un juif sur quatre en France a participé à la Résistance, civile ou militaire.M.Neufeld souligne l'appui considérable accordé aux juifs poursuivis par un grand segment de la popula tion non-juive de la Côte-d’Azur ainsi que l’attitude digne d’honneur du clergé catholique représenté par Mgr Rémond de Nice; il souligne aussi l'humanité du pasteur protestant Evrard.Tous les deux ont caché beaucoup d’enfants juifs des griffes de la Gestapo.La résistance juive a également bénéficié du concours du préfet résistant Jean Chaîgneau et des autorités d’occupation italiennes à plusieurs échelons.La lecture de ce volume est aussi palpitante grâce à quelques épisodes hauts en couleurs des actions du groupe Franc Juif de Nice, contre des dénonciateurs notoires tels que les Russes blancs Majoroff et Kara-kaïeff.L’auteur se limite strictement à ses souvenirs, ce qui confère l'authenticité; vertu en même temps que défaut, car le livre profiterait d’une meilleure explication du contexte historique des faits racontés.LE QM LITÏ0M a vtcpc1 “Cette nouvelle revue est promise à un bel avenir.” Guy Ferland Le Devoir “Le Québec littéraire promettait beaucoup et a beaucoup tenu.” Reginald Martel La Presse “C’est la meilleure revue littéraire au monde.” Pierre Bourgault Plaisirs mmmmm je 4572, RUE SAINT-DENIS, 2e ÉTAGE, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2J 2L3 (TEL.:) (514) 848-9757 11 y a aussi — cela est plus appa rent dans d’autres nouvelles comme « Chaleurs », « Dix visions pour un fantasme », .* Regards sur paroles » et « Manuelle » — une sensualité ardente, une veine érotique bellement exploitée •• Chaleurs » se termine sur ces mots .Poussée par son ins tinct, elle cherchera celui qu’elle ne peut pas encore nommer Elle sentira sa présence cachée au plus intime de la ville Dans une ruelle Juste à l'odeur, il saura qu’elle est là Elle miaulera pour qu'il sache que le désir rôde toujours en période de chaleur 11 viendra se frôler contre elle Après, peut-être qu'elle s’endormira » En citant Cortazar, Borges et Baudelaire, le jeune écrivain se choisit un tutélage éminent tout en réussissant à faire entendre une voix neuve, à faire voir un univers bien marqué par sa sensibilité particulière.De sorte qu'on ne peut qu’en redemander Créatures de rêve FRUIT DE LA PASSION Gloria Escomel Montréal, editions Trois 1988, 168 pages ODILE TREMBLAY FIU 11'de In passion est une oeuv re qui récuse les étroits impératifs du vraisemblable.Dans ce roman, Glo ria Escomel arrache une à une les cloisons isolant l'imaginaire du réel pour permettre à ses fantômes de côtoyer ses amours de chair.Il en résulte un ouvrage déroutant, presque volatile, écrit dans une langue poétique et ciselée; un fort beau texte qui déploie ses ailes aux confins du fantastique et du délire amoureux L’auteur, uruguayenne d'origine, québécoise depuis 19(17, est journa liste pigiste.Elle avait déjà publié des recueils de poèmes et écrit des pièces pour RadioCanada; dans ci1 premier roman, elle fait entendre une voix tour à tour tendre, sourde el affamée.« Maud, vous aussi, inlassablement fondue sous mon étreinte de chair el de songe, vous ressurgirez ailleurs, éternellement » L'héroïne de Gloria Escomel procède à la fois du mirage et de la réalité.Beauté sans âge, Maud éblouit Patrice et Patricia, les jumeaux presque enfants qu'elle li é queute en Uruguay.Mais, habité, obsédé, affolé par cet amour que la vie et les continents viennent séparer, Patrice mourra, détruit par sa passion pour Maud et par la jalousie de l’écrivain qui l’avait pourtant fait naître Car entre en scène la narratrice qui refuse de s’abriter plus longtemps derrière un paravent masculin el revendique pour son compte l'amour de Maud S’agit il de Patricia, la jumelle d'autrefois, ou de l'ombre d'une romancière désormais hantée par son personnage vedette ?L'une et l’autre Insidieusement, le roman bascule, quitte les rivages du récit conventionnel, devient la quête éperdue d'une créatrice cherchant à étreindre la silhouette fuyante qu elle a façonnée.Avec ses yeux pervenche, sa peau couleur de miel, Maud représente l’idéal saphique auquel aspire la narratrice.Celle-ci, qui voit l’image de sa bien-aimée lui échapper à Paris, doit s’envoler à Montevideo pour parvenir à toucher la belle, à la serrer dans ses bras.Peu à peu, elle explorera le corps de Maud, ses souvenirs, son enfance, et dans l’ardeur de cette fusion fantasmatique, se convaincra de sa réalité.("est à un voyage intérieur quasi initiatique que Gloria Escomel convie ses lecteurs dans Fruit de lu passion Avec ccdit' histoire d’amour foudre qui puise sa source dans l’intangible, l’écrivain plonge et se baigne' dans les eaux mystérieuses de l’univers onirique.En filigrane s’insèrent les interrogations lancinantes que soulève le processus de création littéraire Par quelle alchimie des personnages fictifs se transforment ils «‘ii créatures avides de diriger leur propre vie ?("est là une des questions sans réponse posées par Gloria Escomel dans le beau livre qu’elle signe ici
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