Le devoir, 1 avril 1989, Cahier D
lug Ml® gg gg _ le plaisir des i Iklllipiülï* Librairie Champigny 4474.rue SI Déni» Montréal (Québec) 844-2587 A» »»«ih i itOT /A«°,' .0 \» Montréal, samedi 1er avril 1989 LE 5E FESTIVAL DE LA BANDE DESSINÉE DE MONTRÉAL L’humour, c’est comme une Kalachnikov JEAN-LOUIS DUFRESNE IL FALLAIT VOIR la scène.C'était traumatisant.Autour de la table se trouvaient trois fanatiques de la bande dessinée : Michel Beauchemin du Service d’animation culturelle (SAC) de l’Université de Montréal, Pierre Huet de la revue Croc et Pierre Fournier, créateur de bd ( Capitaine Kébec, Michel Risque et Red Ketchup, séries réalisés en collaboration avec Réal Godbout) et représentant de l’Association des créateurs et intervenants de la bande dessinée (ACIBD).Au centre tout prêt de mon enregistreuse, une Kalachnikov.Une mitraillette semi-automatique de confection soviétique.Ils ont eu beau me dire que cette mitraillette était un modèle en plastique, je ne les ai jamais crus.Je suis convaincu que la présence de cette arme n’était pas le fruit du hasard.Elle faisait partie d'une mise en scène.Machiavéliques à l’extrême, ces trois mécréants cherchaient tout simplement à m’impressionner.VOUS ME M'WREZ PAS VIVANT.SALÉS BOLCHEVIKS! Je n’en doutais plus.Ces messieurs ont sorti l’artillerie lourde et était prêts à tout pour me convaincre qu’il est possible d’organiser un festival de bande dessinée à Montréal.Pire, ce 5e Festival international de la bande dessinée de Montréal, qui se déroulera au Centre communautaire de l’Université de Montréal du 4 au 9 avril prochain, se veut d’abord et avant tout un événement culturel et consacrera près de 75 % de son contenu à des auteurs québécois.Ils ont beau s’exprimer d’une voix douce et amicale, ces gens-là me font peur.Il ne faut pas se méprendre, ce sont de redoutables illuminés.Ils croient foncièrement que la bande dessinée québécoise existe, qu’elle offre des produits de haut calibre et qu’elle a en son sein une relève de qualité que le grand public se doit de connaître.Digne disciple du verbeux Achille Talon, c’est Pierre Huet qui tenait le haut pavé lors de l’interrogatoire.C’était une ruse.Au détour de la conversation, j’ai cru comprendre que le grand ma- T(V% nitou, le grand général de l’organisation était nul autre que Michel Beauchemin du SAC.C’est lui qui a proposé aux autorités de l’Université de Montréal de faire renaître ce festival de bande dessinée après plus de 11 ans d’absence.Il a même réussi à convaincre les Services aux étudiants de l’Université de Montréal de consacrer une bonne partie du budget de leur 20e anniversaire dans l’organisation de ce festival.C’est lui aussi qui, à la lumière des expériences passées des quatre festivals qui se sont tenus de 1975 à 1978, a jugé intéressant de reprendre certains aspects de la formule de l’époque et d’y adjoindre d’autres formes d’art (le cinéma d’animation, des expositions et le théâtre) croyant sincèrement que l’on pouvait aller au-delà de la simple foire commerciale et créer autour de la bande dessinée un événement culturel.Attention, cet homme est dangereux.Il est un visionnaire.Fin stratège et conscient de ses lacunes, Michel Beauchemin fit alors appel à deux acolytes, Piene Huet et Pierre Fournier, pour mener à terme son projet démoniaque.Pierre Huet, déjà membre de la secte Croc, est à la tête d’un réseau dont les ramifications s’étendent jusqu’à l’Europe.En contact constant avec ses agents européens, particulièrement franco-belges, il est parvenu, aux termes des pires bassesses, à soudoyer Jacques Tardi (Adèle Blanc-sec, 120, rue de la Gare, et une adaptation du Voyage au bout de la nuit de Céline) et F’murr ( Génie OUVI PHOTO JACQUES GRENIER Pierre Fournier, de l’ACIBD, Pierre Huet de Croc et Michel Beauchemin, de la SAC.des Alpages, Jehanne au pied du mur) à participer à cette messe noire au Dieu « bédé ».Pierre Fournier est président de l’Association des créateurs et intervenants de la bande dessinée (ACIBVD).Sous ce nom anodin se cache une société secrète dont les tentacules en sol québécois sont innombrables.Grâce à des listes informatiques, dont le SCRS canadien envie la qualité et le raffinement, ce fut pour eux un jeu d’enfant d’intégrer dans cette machination occulte de nombreux auteurs québécois de la relève.Messieurs, croyez-vous vraiment que je n’ai pas pu comprendre ce grand complot que vous fomentez malicieusement ?Vouloir sortir de l’ombre des auteurs québécois de bande dessinée (qu’ils soient professionnels, de la relève ou actifs dans « la petite presse »), quand toutes les foires ou salons du livre d’ici ne jurent que par les auteurs européens, c’est tout simplement de la subversion.Ne reculant devant rien vous osez même utiliser Serge Gaboury Voir page D - 8 : L'humour r — JTT f * rAKATAYATAK ri': ' >' 1% , S* 4 "TV; \ T / >7Ad / \ \ ,.-X —A.«w ALLO L'AUTOPORTRAIT ___VOUS COMMANDÉ 4 LJ= f Serge Gaboury sur un air connu .Il a gagné ses épaulettes JEAN-LOUIS DUFRESNE Dans le numéro 110-111 de la Nouvelle Barre du Jour paru en 1982, Serge Gaboury y présentait une bande significative de la place que l’on peut faire aux auteurs québécous dans certaines manifestations culturelles.On le voit, interrogé par un journaliste, alors que se présente Hugo Lauzatt, un auteur fictif européen de grande renommée.C’est la ruée.Commentateurs, journalistes et amateurs n’ont d’yeux que pour ce grand auteur, et Gaboury, laissé seul dans son coin, ne voit qu’une solution pour attirer vers lui l’attention.Bang ! Il se tire une balle dans la tête.« J’étais furieux à l’époque.Je ne comprenais pas pourquoi les médias et les organisateurs de salons du livre dénigraient autant les auteurs de bd québécois.Le pire, c’est qu’une telle chose s’était déjà produite à mon endroit».Et bien qu’à cela ne tienne.Le voilà après 15 ans de métier projeté à l’avant scène du 5e Festival international de bande dessinée de Montréal qui se tiendra tout prochainement a l’Université de MontréaL Iro- Francois Coupry IÜL4MH2 tints WW dans un monde sans consistante ROflFRT I AffOM MHHH Éloge du gros dans un monde sans consistance Ne faut-il pas en finir avec ce souci maladif de l’image de soi dans laquelle les autres nous enferment?par François Coupry 19,95 $ / 236 pages DANS LA MEME COLLECTION: ¦ Éloge de l’âge par Christian Combaz ¦ Éloge du gaucher par Jean-Paul Dubois H Éloge de la fa i blesse par Alain Paucard En vente chez votre fournisseur "1 niquement, c’est le 4e et dernier festival de la bande dessinée de Montréal de 1978 qui l’avait lancé.Onze ans plus tard, au 5e festival, une exposition spéciale lui sera entièrement consacrée.Après trois albums (deux recueils de ses meilleures planches parues dans Croc et un livre pour enfants, le Le mangeur d'étoiles), Gaboury vit à l’heure de la consécration publique.Du Fil des événements, un journal interne à l’Université Laval, jusqu’à Croc et le journal Le Soleil, en passant par LE DEVOIR et l’Actualité, cette rétrospective d’environ une trentaine de planches permettra au grand public de constater toute la maturité qu’a pu acquérir Gaboury au cours de ces dernières années.Bon père de famille, homme tranquille duquel se dégage une grande timidité, Serge Gaboury est bien loin de correspondre au caractère corrosif de son humour parfois grinçant.« Je ne suis pas un homme de combat.Ce que je recherche, ce n’est pas tant de dénoncer des gens ou des personnages publics, mais plutôt d’exposer le ridicule de certaines situations quotidiennes.» Comme le ri-Volr page D - 8 : Épaulettes ROBERT LAFFONT Des livres ouverts sur la vie! D-2 ¦ Le Devoir, samedi 1er avril 1989 • te plaisir des ivres Des chiffons et des sentiments SOUS LE CIEL DE NOVGOROD Régine Deforges Paris, Fayard, 1988, 413 pages MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE IL Y A 20 ans, dans les romans d’une certaine littérature destinée à un public féminin, le portrait de l’héroïne obéissait à des lois immuables qui ont connu depuis un tel discrédit qu’il n’est point besoin de les rappeler ici.Cette littérature existe toujours.Et comme le monde a changé, les héroïnes, fières, énergiques, libérées, en somme, bien que toujours brimées sans quoi il n’y aurait pas d’intrigue possible.Comme cette littérature se porte bien, elle va jusqu’à dicter leur conduite aux héroïnes de romans réputés grand public, hommes et femmes confondus, comme si on ne voulait pas voir que ce sont toujours des lectrices qui avant tout les dévorent.Voici Anne de Kiev, que la nécessité des alliances au lie siècle donne en mariage à ce roi efféminé qu’est Henri.Tous les ingrédiens d’un bon roman sont là : remparts, exotisme slave, orgueuil de reine, chevalier masqué, amours contrariées et beauté vigoureuse en vertu des nouveaux canons de la beauté féminine.L’héroïne de Régine Deforges chasse, en effet, le cerf comme un homme et très rapidement l’auteur veut jouer des contrastes entre cette reine virile et ce roi efféminé qui ne rend les derniers outrages à sa femme que s’ils doivent lui donner une descendance et encore lui faut-il au préalable avoir été mis en train par quelque mignon ! Pourtant, en dépit des allures mâles de l’héroïne, on ne quitte pas le gynécée : il est beaucoup question de chiffons dans ce roman et bon nombre de scènes se terminent sur une belle robe longuement décrite qu’il faut revêtir.On parle aussi beaucoup de sentiments et cette Anne, toute mariée qu’elle soit, compte beaucoup de galants.Il y a Phillipe, le compagnon de chasse en Russie et qui, dans un geste follement romanesque, se taillade le visage pour devenir méconnaissable à ses yeux et pouvoir ainsi demeurer en France; le duc Guillaume de Normandie, futur Guillaume le Conquérant qu’elle vaincra à la course et qui sortira profondément épris de cette humiliation; le troubadour Olivier d’Arles, amant du roi Henri; le sombre Raoul de Valois, plusieurs fois éconduit : « Voilà comment j’aime les femelles : belles et ombrageuses.» On aura compris que tout ce qui porte braies tombe amoureux d’Anne de Kiev, le roi excepté, cela va de soi.Les chiffons et les sentiments ont longtemps été prérogatives féminines.Il faut y ajouter la sorcellerie.Régine Deforges n’y manque pas.La maternité.C’est fait avec Phillipe devenu roi à son tour et Robert qui meurt, et Simon qui se fait moine.Reste l’érotisme où Régine Deforges a acquis une solide réputation qu’elle met ici à contribution pour faisander cet univers par trop féminin.Quelques glorieux faits d’armes aussi.Des champs de bataille dévastés.Un peu de religion.L’amour de la patrie.Sous le ciel de Novgorod n’est point une épopée.Pas même un roman de chevalerie.Un honnête roman d’évasion, oui.Tout au plus.GUY FERLAND Un jeune lauréat Frédéric Gosselin, âgé de 16 ans, a été couronné cette semaine au Salon du livre de l’Outaoûais lauréat du Concours pour jeunes auteurs et a reçu le Prix littéraire du lieutenant-gouverneur du Québec pour son roman Comme un mirage publié par Fides.Le jeune auteur termine ses études secondaires à la polyvalente de Lévis.Frédéric Gosselin Activités au Salon du livre de l’Outaouais Voici quelques unes des activités offertes au public au Salon du livre de l'Outaouais qui se déroule à Hull jusqu’au 2 avril.Sur la scène de La Jactance, le samedi le avril, de 14 h à 14 h 45 et de 19 b à 19 h 45 : Jeu littéraire (Quizz) avec Luc Saint-Denis et ses invités.De 20 h à 20 h 45 : performances poétiques de Michel Boulerice.Dimanche 2 avril, de 14 h à 14 h 45 : jeu littéraire (quizz) avec Luc Saint-Denis et ses invités.Sur la scène de la Place Yves-Thériault (au centre de la salle d’exposition), le samedi le avril, à 11 h : La traduction littéraire : un mal nécessaire ?Avec la participation de Roger Brunelle, Robert Soulière, David Homel et Leila Tazi.À 19 h 30 : L’histoire du Canada romancée versus l’histoire du Canada traditionnelle, avec la participation de Louis Martin Tard, Jean Provencher, Paul-André Linteau et Luc G uay.À 20 h 30 : Le phénomène du succès du livre, avec la participation d’Antoine Del Busso, Jean-Claude Boult, André Couture et Maurice Henrie.Dimanche le 2 avril à 12 h 30 : Faut-il moderniser le français écrit ?avec la participation d’Yves Beauchemin, Gaston Miron, Monique Bisson-Carpentier et Claire Boutin.À 12 h 30 : Témoignages sur la dixième année du Salon du livre de l’Outaouais avec la participation de Lise Careau, Assunta Faucher, Valérie Chaplain, René-Philippe, Suzanne Demers-LaSalle et Claudette Binet.À 15 h 30 : hommage à Yves Thériault avec la participation de Marie José Thériault, Gaston Miron, Raymond Lévesque, Marcel Dubé, Alice Parizeau et Yves Beauchemin.La cérémonie de clôture aura lieu à 17 h.Sur la scène de la salle La Strophe, le samedi 1er avril à 22 h, le public du Salon du livre de l’Outaouais entendra les voix de l’Acadie, de l’Outaouais, du Manitoba, des États-Unis, de la France, du Chili, de l’Ontario et du Québec.Ce spectacle sera radiodiffusé en direct sur les ondes de CBOF-FM 102,5.Rencontres À la place aux poètes, mercredi à 21 h à La folie du large, 1021 rue Bleury, la poète animante et aimante Janou Saint-Denis reçoit la très excentrique Anne Dandurand.Cette dernière est actrice, journaliste, télé-scénariste et cinéaste.Elle a publié trois recueils .La louve-garou aux éditions de la Pleine lune en 1982 avec sa soeur Claire Dé; Voilà, c’est moi : c'est rien, j'angoisse (journal intime) aux éditions Tryptique en 1987 et, l’année dernière, L'assassin de l’intérieur/Diable d’espoir, chez X YZ éditeur.Déjà, dit-on, elle touille à petit feu son prochain roman : Les craques, un journal imaginaire.Henri Tranquille et Yves Gauthier vous invitent à la prochaine réunion des Gens du livre au bar « Le k barre », 812, rue Rachel est, de 19 h à la fermeture.Le lundi 3 avril prochain, de 20 h à 21 h Yves Gauthier interviewera .Jean-Éthier Blais.Critique puis chroniqueur littéraire, professeur de littérature à McGill, romancier, Jean-Éthier Blais parlera de son dernier roman sur le plan de la création littéraire, de ses souvenirs de critique littéraire au DEVOIR, de son travail actuel de chroniqueur au même quotidien, du Pen Club dont il est president de la section québécoise et de sa perception de la littérature québécoise.Une période de question suivra l’entrevue.Le Cercle des amis de la littérature, affilié à la Société des écrivains, invite le grand public à la dernière de ses Rencontres auteurs-lecteurs de la saison qui aura lieu le mardi 4 avril à 20 h à l’auditorium de la Maison de la culture de la Côte-des-Neiges (5290, chemin de la Côte-des-Neiges).Le conférencier invité sera le poète et romancier Gary Klang, Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 14 avril de 17h à 19h Lancement GUYLAINE GILLET CIMON MICHELINE GILLET DESMARTIS UN JARDIN BIEN PENSÉ InterMondes Radio-Canada FM LE LUNDI 3 avril à 16h, au magazine de littérature étrangère Fictions, trois ouvrages récemment parus sont commentés en table ronde par les chroniqueurs Louis Caron, Jean-François Chassay, François Hébert, Stéphane Lépine, François Ricard et Suzanne Robert.L’animatrice est Réjane Bougé.LE MARDI 4 avril à 21 h 30, au magazine de littérature québécoise En toutes lettres, les chroniqueurs Roch Poisson (revues), Jérôme Daviault (essais), Robert Melançon (poésie), Jean-François Chassay (fiction), Francine Beaudoin et Jacques Thériault (actualité littéraire) font le tour des récentes parutions québécoises.L’animatrice est Marie-Claire Girard.Johanne Nadeau lira le texte intitulé justement Textes de Marie Belisle.LE MERCREDI 5 avril à 16 h, Littératures parallèles nous propose une table ronde réunissant, entre autres, les chroniqueurs Yves Lacroix et Jacques Samson (bande dessinée), Danielle Laplante et Jean-Marie Poupart (policier), Chantal Ga-mache et Norbert Spehner (fantastique).L’animateur est André Carpentier.LE MÊME jour à 22 h, au magazine Littératures, première d’une série de six émissions sur le thème de « Colette, luttes et passions.Les invitées seront Marie-Jeanne Viel et Geneviève Dormann, écrivains et journalistes.Texte et animation d’Anne-Marie Alonzo.Lectrice, Hélène Loi-selle.- La librairie- Flammarion Scorpion DU CENTRE LAVAL EST A LA RECHERCHE D’UN(E) LIBRAIRE Exigence Expérience minimum d’un an en librairie.Traitement Bon niveau de salaire.Excellents avantages sociaux.Si vous désirez mettre votre expérience au service d’une équipe dynamique, veuillez faire parvenir votre c.v.à: Librairies Flammarion Scorpion Service du personnel 4380, rue St-Denis, Montréal, Qc H2J 2L1 auteur de La méditation transcendantale-, de L'immigrant, pièce télévisée à Radio-Québec; de Haiti ! Hiti !, thriller écrit en collaboration avec Anthony Phelps; de Ex-île, recueil de poèmes qui a remporté en 1988 le premier prix de La Vague à l’âme.Gary Klang a intitulé son exposé Le thriller, la littérature à part entière.Il considère le genre du suspens comme très exigeant : rigueur de la structure, travail sur les personnages et déroulement de l’intrigue.La « princesse » D.Kimm Spectacle de poésie La « princesse » D.Kimm, auteur de Û solitude ! chez Tryptique, interprétera quelques-uns de ses textes demain soir à 9 h au Quai des brumes, 4481 rue Saint-Denis.Elle sera accompagnée de Pierre Saint-Jacques, claviériste connu dans le monde de l’improvisation, puisqu’il a déjà participé au Jeu d’improvisations musicales présenté à Radio-Canada.À 22 h 30 le même soir au magazine Anthologie, Françoise Faucher présente « Pierre de Grandpré, écrivain ».Animation de Madeleine Ouellette-Michalska.Le jeudi 6 avril à 16 h, au magazine Les idées à l'essai, Richard Salesses s’entretient avec Tzvetan Todorov, auteur de Nous et les autres.La réflexion française sur la diversité humaine, publié aux éditions du Seuil.Radio-Canada AM À L’ÉMISSION Présent dimanche, demain vers 9 h 30, Michel Labrec-que interviewera Jean-Claude Guil-lebaud, qui vient de publier L’Atlas mondiale des libertés aux éditions Arléa.CIBL FM À L’ÉMISSION Poésie québécoise contemporaine, diffusée demain à 15 h, Yves Boisvert üra des extraits de Cérémonie mémoire de Christiane Frenette.— GUY FERLAND À PARAÎTRE LEE IACOCCA PARLONS FRANCHEMENT (TALKING STRAIGHT) DIFFUSION SOUSSAN TEL.; (514) 738-0202 FAX: (514) 738-5102 Fiction et biographies 1 Juliette Pomerieau Yves Beauchemin Québec/ Amérique (-)* 2 L’homme qui plantait des arbres Jean Giono Gallimard/ Lacombe (6) 3 La Vieille qui marchait dans la mer San Antonio Fleuve noir (2) 4 Le Zèbre Alexandre Jardin Gallimard (3) 5 Les Lettres volées Gérard Depardieu JC Lattès 0) 6 Ça Stephen King Albin Michel (5) 7 Une femme Anne Delbé Le Livre de poche (4) 8 Le Boucher Alina Reyes Seuil (7) 9 La vérité sur Lorln Jones Alison Lurie Rivages (-) 10 Le Fils du chiffonnier Kirk Douglas Presses de la Renaissance (-) Ouvrages généraux 1 Le Mal de l’âme D.Bombardier et C.St-Laurent Robert Laffont (1) 2 Fais ce que peux Gérard Filion Boréal (4) 3 Le Chemin le moins fréquenté Scott Peck Laffont (2) 4 Une brève histoire du temps Stephen Hawking Flammarion (-) 5 Le Québec littéraire Collectif Guérin (5) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivante : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion.Raf-fin, Demarc; Québec: Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi: Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.• Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente Des coupures qui blessent COURRIER La livraison des Cahiers des arts visuels du Québec est interrompue jusqu’à nouvel ordre, le Conseil des arts du Canada ayant retiré sa subvention à ce périodique.La rédaction de la revue expose ici ses doléances.Un système institutionnalisé de subventions et cinq membres d’un jury décident cette année de limiter les subsides assez pour qu’il faille suspendre la publication de Cahiers des arts visuels au Québec.Soixante pages illustrées, quatre fois l’an depuis 10 ans à propos d’art contemporain, un millier d’abonnements et de vente en kiosque par numéro, ce qui au Québec n’est pas si déshonorant.La raison de cette décision n’est pas d’ordre pécuniaire : le même jury en même temps accorde à d’autres revues de même type un montant plus de 10 fois supérieur.La raison en est explicitement le rejet d’une politique éditoriale qui aurait aimé pouvoir se distinguer, justement, des publications voisines.Avant même d’ouvrir un quelconque débat sur la légitimité de notre choix éditorial et sur la censure, par contrainte, d’un organisme subvention-neur d’Ètat, la question est plus simple, formellement plus vérifiable; est-il judicieux qu’à propos d’une publication culturelle, les cinq personnes réputées compétentes et investies d’un pouvoir décisionnel par l’institution du Conseil des Arts du Canada, disposant des fonds publics, s’opposent au millier d’abonnés et d’acheteurs (et la vente, on le sait, ne représente que 25 % ou 30 % du lec-torat total) qui, eux, estiment assez ladite revue pour la lire et collaborer à sa rédaction ?Nous sommes, nous-mêmes, bien convaincus de l’aspect perfectible de cette édition — la bonne volonté, le bénévolat, ne compenseront jamais en qualité nos moyens déjà ridicules et le fait de ne pas pouvoir rémunérer nos collaborateurs .» l’amour de l’art » a ses limites ! Nous étions les premiers à aspirer à une amélioration de cette qualité rédactionnelle, tout comme nous nous sommes appliqués à en hausser la présentation visuelle.Mais le contenu critique, et condamnateur, des jurés du Conseil des Arts est plus précis dans son jugement de valeur, et d’autant plus inquiétant : « De l’a- Désirons acheter [/ livres «encore utiles» Tél.: 845-5698 LA GRANDE LIBRAIRIE A CONNAITRE - 251 Ste-Catherine E.vis du comité, l’absence de traitement analytique ou critique des thèmes identifiés, l’absence d’analyse ou de synthèse des témoignages d’artistes proposés au lectorat démontrent l’absence d’un projet éditorial cohérent chez Cahiers.Considérant, d’autre part, l’objectif de la revue de donner la parole aux artistes, le comité émet l’avis, à la lecture des numéros soumis, que le concept « paroles d’artistes » a ses limites et que la revue semble en abuser ».Le reproche fondamental fait à Cahiers est celui de ne pas adhérer au seul marché de la parole reconnue; notre indécence est de faire parler directement des artistes, plutôt que de concéder systématiquement au discours institué des spécialistes critiques, historiens, conservateurs .Ceci n’est pas tout à fait vrai, nous savons reconnaître le bien-fondé de cette parole-là (Normand Biron, Monique Brunet-Weinmann, Louise Déry, Françoise Legris-Berg-man, Germain Lefebvre et d’autres encore, ont régulièrement parlé dans nos pages); en revanche, il est vrai aussi qu’il nous a semblé opportun de supporter, parmi les multiples voix qui évoquent le fait artistique contemporain, celle des créateurs eux-mêmes trop souvent retranchés derrière leurs oeuvres, derrière surtout le regard des critiques.Dût-elle s’énoncer en termes moins savants, les archéologies à venir auront aussi besoin de cette mémoire directe des artistes, défalquée des apocryphes qui la commentent.Il y a 10 ans, cette position n’était pas simple à soutenir : la plupart des artistes exploitaient guère ce dire d’eux-mêmes, ce dire venu de l’intérieur même du faire créatif.Depuis, l’université aidant, l’art, surtout dans son évolution spécifique, a su apprivoiser, alimenter, cet usage de la parole intégrée au processus de création.Il est d’autant plus regrettable alors que doivent disparaître un des supports médiatiques à ce moment — les revues culturelles (particulièrement francophones, même sans exclure l'anglicisation galopante de certaines) ne sont déjà pas si nombreuses .Notre point de vue n’est pas invulnérable, mais il est défendable; celui du jury nous fait regretter son orthodoxie et son intolérance au nôtre.Sa décision à nous condamner déborde son mandat d’estimation en devenant une ingérence dans nos politiques éditoriales et dans notre liberté à vouloir les assumer, désavouant par là-même les mille lecteurs qui cautionnent notre optique.Nous ne forcionspas ces jurés à lire une revue, la notre, qui leur déplaît ou les dérange; nous n'acceptions pas qu’ils forcent un millier de lecteurs à ne plus nous lire, ni qu’ils bâillonnent, en faisant taire nos pages, les gens qui cherchaient à s’y exprimer, des artistes pour la plupart.La rédaction de Cahiers Renée-Berthe Drapeau N’entendre qu’un son Roman 1 TÉNOR SOLO y» p * Jl C '1 4 c 11 • h i/i r n tti • % y.1 S RENEE-BERTHE DRAPEAU ^’ENTENDRE f(l l > Ml\ • «Vous refermez le livre et vous vous dites qu'au fond, vous aimeriez bien être celle qui l’a écrit.» Isabelle Larrivée, Voir ||) «.il faut lire ce roman tout à fait réussi d’une jeune inconnue qui ne le restera sans doute pas longtemps.» Monique Roy, Châtelaine «Lecture exigeante donc, mais qui réussit à faire entendre un son très particulier.» Jean-Roch Boivin, Le Devoir l’Hexagone ROMAN ROMAN lieu distinctif de l'cdition littéraire québécoise 48 Le Devoir, samedi 1er avril 1989 ¦ D-3 le plaisir des ivres «Écris la vision et rends-là claire» (Habacuc, 11, 2) OBASAN Joy Kogawa traduit de l'anglais par Dorothy Howard Montréal, Québec/Amérique 1989, 370 pages Jean-Roch BOIFIN U-i Lk-*-.-erres ?: ses L’ÉDITION originale d'Obasan date de 1981.En 1983, le roman faisait l’objet d’une réédition chez Penguin Books.Cinq ans plus tard, il nous arrive en traduction.Ce qu’il y a de bien dans ce genre de détour, c’est que ceux qui ne lisent pas en anglais, mais sont néanmoins curieux de ce qui s’écrit au Canada, ont la garantie de ne lire que des livres qui ont, pour ainsi dire, fait carrière.Il était pourtant urgent que la voix de Joy Kogawa, citoyenne canadienne de naissance mais d’origine japonaise, se fasse entendre en français.Le Québec, qui n’a jamais cessé de se quereller avec le Canada des torchons et des serviettes, partage les mêmes iniquités.Ce qui rattache le Québec au Canada, c’est la présomption des bien-pensants qui, n’ayant jamais fait la guerre que pour défendre la grande alliance des Blancs, se parent d’une certaine virginité historique et considèrent le sort des autochtones comme une erreur d’organigramme.De l’esprit de clocher au racisme, il n’y a qu’un ordre de grandeur et la perversion d’un essentiel besoin d’appartenance en un rituel d’exclusion.Deux fois en ce siècle, le monde a chaviré dans des guerres mondiales.Aujourd’hui, la télévision nous montre quotidiennement toute une moitié du globe semée de camps d'internement où sont parquées des familles éparpillées.Personne ne pourra, après la lecture d'Obasan, se dispenser de la coulpe.n y a à Famham, au Québec, des Québécois d’origine japonaise qui ont vécu des choses similaires.Joy Kogawa nous précise, dans un avertissement liminaire, qu’il s’agit bien d’une oeuvre de fiction, malgré qu’elle soit inspirée de faits authentiques et que certains personnages portent leur véritable nom.Elle manifeste la même pudeur que sa narratrice, Naomi Nakane, la courtoisie de celle qui préférerait se faire oublier si ce silence n’était une déné- gation de soi et la plus simple trahison de son passé.Nous sommes en 1972.Elle enseigne à Brandon, en Alberta, près de Lethbridge, dans les plaines balayées par un vent des quatre saisons éternelles.« Megumi Naomi Nakane.Née le 18 juin 1936, à Vancouver, Co-lombie-Britanniaue.État civil : vieille fille.Santé : bonne, je suppose.[.] Personnalité : tendue.Au passé ou au présent ?C’est plutôt perpétuellement tendue.» Toute petite, elle ne parlait presque jamais, non pas qu’elle ne sache pas, mais elle avait appris les yeux baissés de ceux qui veulent être ignorés.Naomi est revenue chez sa tante Oba dont le mari vient de mourir.C’est cette tante et l’oncle Sam qui l’ont élevée avec son frère Stephen, aujourd’hui pianiste de concert vivant à Montreal.À partir d’une photo de famille, de lettres et de documents officiels conservés par sa tante Emily, l’activiste de sa famille, elle refait péniblement ce passé où l’innocence lui a été très tôt refusée.Son père était musicien.Sa famille, des constructeurs de bateau, gens de mer, à Vancouver.’ Cellule familiale heureuse et solide.Sa mère et sa grand-mère maternelle sont parties pour Nagasaki où se meurt son ar- rière-grand-mère.Le Canada entre dans la guerre mondiale et interne ses citoyens d'origine japonaise bien qu’il reste solidaire de ses citoyens d’origine allemande.Et, nous le savons maintenant, accueille discrètement des nazis notoires.Naomi ne saura plus rien de sa mère jusqu'au jour ou elle lira, à contrecoeur, les documents de tante Emily.Ils ont dû quitter Vancouver et leurs biens, pour aller vivre dans un camp minier abandonné.Avec la grâce trop brève de l’enfance, Naomi connaît des moments heureux sous le parapluie d’affection que maintiennent Obasan et Oncle avec un courage indéfectible.Son père est interne dans un autre camp et il y mourra.En 1972, Oncle est mort, Obasan est sourde d’acceptation d'une vie qui ne lui a rien cédé et tout enlevé.Tante Emily, qui milite encore de Toronto, a pour motto cette citation d’Habacuc qui impose de « dire la vision » pour que soit sue la vérité.Tante Emily, qui, enfant, admirait la GRC et sa devise : « Maintain the Right ».C’est donc de ce rapaillage de l’enfance, d’une collection de lettres d'Emily à sa soeur, Nesai — qui resteront sans réponse — et de documents officiels du gouvernement ca- Vingt-cinq ans de vie matrimoniale LE MARIAGE EN QUESTION Renée B.-Dandurand Québec, Institut de recherche sur la culture, 1988 RENÉE CLOUTIER POUR CONTRER l’ennui des attentes lors d’un récent déplacement aérien, j’ai amené pour partenaire le livre Le Mariage en question.J’ai été admirablement bien accompagnée.En l’espace de quelques heures, j’ai vu défiler devant moi 25 ans de la vie matrimoniale québécoise.et de ses apports conjugaux dans la maisonnée et dans la société.Renée B.-Dandurand, maître en philosophie, doc-eur en anthropologie, chercheuse à I Institut québécois de recherche sur i culture, m’a permis ce voyage fas-v nant.L’itinéraire suivi par l’auteur couvre les années 1960-1985.Renée B.-Dandurand y retrace l’évolution sociohistorique du mariage et de la 99 zazous LE ZÉROCYCLE Bernard Demers tyiontréal, Québec-Amérique, 1989; 148 pages.CHRISTIAN MISTRAL N’EN A-T-ON assez parlé, de ce livre mystérieux, des mois avant qu’il ne Jiaraisse, et en quels termes exci-ants ! Je l’attendais en salivant sur mes babouches, conscient du risque d’être déçu.Ne l’est-on pas toujours dans ces cas-là ?I Pas une miette.Le livre de Bernard Demers est tout aussi brillant, bandant et délirant qu’annoncé, et même plus.La riche idée, c’est qu’on .connaît déjà l’histoire, depuis40 ans on la connaît, Raymond Queneau l’a racontée sur le long et sur le large de 99 façons en 49.Une histoire simple comme bonsoir : celle d’un jeune zazou au long cou, avec une tresse à son chapeau, qui pue de la gueule, à bord de l’autobus S allant du Parc Monceau à la Porte Champerret.Il ènguirlande un covoyageur qui lui écrase les orteils, puis bat en retraite et accapare une place assise.Deux heures plus tard, on l’aperçoit Cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare, recevant d’un ami le conseil de déplacer un bouton à son manteau C’est mince ?Allez-y voir.Demers s’est attelé à la tâche lu dique de s’extraire du corps 99 nou velles variations et j’oserai dire, n’en déplaise aux prosélytes de Saint Queneàu, que ces exercices sont en core plus drôles et percutants que les originaux.Le fils de mon copain Léo, un gaillard de 18 ans qu’on n’a jamais vu lire un livre au complet d’un seul coup, s’est tapé celui-là in extenso pas plus tard qu’hier soir entre la poire et le fromage.C’est vous dire.L’auteur, né à Montréal en 1953, est docteur en psychophysiologie et jusqu’ici avait signé La méthode scientifique en psychologie et Le behaviorisme : principes et bases.Bernard Demers annihile ce pesant sérieux en se zazoufiant, hilare, sur la photo du quatrième plat de couverture (et ailleurs dans le livre, mais c’est une surprise).Cette joie se manifeste tangiblement dans chacun des joyaux qu’il a ciselés avec la patience et la passion du vrai croyant.conjugalité au Québec.Un des principaux intérêts de cet ouvrage est sa perspective d’analyse.L’évolution du mariage est observée à partir de la sphère privée (domestique) et de la sphère publique (Église, Etat, école, économie, médias, juridique) et des interrelations constantes entre ces deux sphères.L’auteur accorde également une large part à l’histoire récente des femmes.Une des hypothèses importantes de cet essai est que le mouvement des femmes et ces diverses actrices sociales ont été un des moteurs principaux à l’origine des transformations de la vie matrimoniale au Québec dans les années 1960-1985.Une autre originalité de cet ouvrage réside dans les sources documentaires variées et l’utilisation qui en est faite par l’auteur.Renée B.-Dandurand puise à des sources quantitatives (données démographi- L’avant-propos est particulièrement révélateur à cet égard.L’auteur nous y fait partager son enthousiasme à la découverte de Queneau et l’Ouvroir de Littérature Potentielle.Soupçonnant « les tiroirs de France et de Belgique de receler bien plus que quatre-vingt-dix-neuf variations inédites », il n’en relève pas moins le défi et ne tarde pas à se rendre compte que « ce n’est que progressivement, de façon directement proportionnelle au nombre de textes déjà écrits, que la contrainte s'installe.» L’intérêt premier du livre vient de ce qu’il explore les formes neuves de langage apparues au cours des 40 dernières années.Ce faisant, il confirme la vigueur, l’indomptable santé de notre langue qui « se prête aux pires exagérations, aux mutilations les plus étranges, tout en conservant une précision dont je (l’auteur) me servais pour illustrer les manies de ses bourreaux.» Et c’est à un véritable feu de Bengale dont fusent mots et images que nous convie Bernard Demers.La ques, scolaires, économiques) et qualitatives (monographies sociologiques sur la famille au Québec, prise de position de divers groupes : cléricaux, féminins, commissions d’enquêtes, etc.).L’auteur introduit aussi, au cours de la période couverte, les diverses législations qui ont influencé ou suivi l’évolution du mariage et de la famille au Québec de 1960 à 1985.Trouver dans un seul volume ces diverses sources réunies et qu’elles soient analysées de façon dynamique constitue un phénomène rare dans les études sur la vie matrimoniale au Québec.Renée B.-Dandurand distingue deux périodes principales au cours desquelles la configuration du mariage est modifiée au Québec : les années 1960-1969 et 1970-1985.Qu’en est-il au juste ?L’auteur qualifie la première période de relative stabilité si l’on se fie uniquement aux données démographiques : lesdissolu- saga du zazou est tour à tour livrée en braille ( ! ) et en sourd-muet, en morse et en signaux sémaphoriques, en graffiti et en langage binaire.Et en rébus, en charade, en mots croisés, en photo-roman, en lettre anonyme, en carte postale, en musique et en calligraphique, juste en citations, en formulaire bureaucratique* en porno, en jouai, en yé-yé, en Dali, de quoi donner le vertige à un mohawk ! L’auteur ne regrette qu’une chose : n’avoir pas pu nous narrer l’histoire en signaux de fumée ou en sonorités de tam-tam.Ce produit éminemment exportable devrait faire son chemin en droite ligne jusqu’à Paris.Il témoigne d’un amour du français qui s’engourdit rapidement outre-Atlantique.L’objet lui-même est de ceux qu’on aime à posséder dans sa bibliothèque pour le manipuler, le butiner à l’occasion.Soulignons la qualité du design graphique d’Emmanuel Blanc, qui donne sa texture si spéciale aux collections de Québec-Amérique, de même que l’illustration d’Olivier Lasser, un magnifique camélébus.ANDRÉ LAURENDEAU AR TISAN DES PASSAGES Recueil de textes d’André Laurendeau sur l’éducation choisis et présentés par Suzanne Laurin Préface de Fernand Dumont «Celles qui ont eu l’idée de réunir ces textes enseignent au cégep André-Laurendeau.Elles ont réalisé que ce nom n’était pas seulement une étiquette pour désigner leur établissement d’enseignement.Elles ont voulu montrer que ce grand journaliste fut aussi un grand éducateur.Et que ce maître a encore beaucoup à nous apprendre.» Fernand DUMONT in éditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone (514) 364-0323 nadien que sera constitué le roman.Ça ne lui donne pas une construction romanesque très efficace mais ne di minue en rien la portée du récit.Avant ce roman, Joy Kogawa a publié trois oeuvres de poésie et ce présent récit souffre dans la traduction de ne pas très bien porter le registre poétique du roman.Je le dis sans avoir lu le texte original, en me fon- dant sur certaines maladresses lexicales et grammaticales qui ne peuvent venir de Kogawa qui doit traiter cette langue, qui est la sienne mais qu’on lui prête pourtant, avec des baguettes.C’est une lecture essentielle, en dehors même du contexte littéraire où l’édition originale a pris sa juste place, pour rendre la vision claire.tions matrimoniales sont faibles de même que les naissances hors mariage.Les années 1960-1969 ont été, par ailleurs, très fertiles en transformations sociétales qui ont influé de façon importante sur la vie des femmes et se sont, à leur tour, répercutées sur les conduites conjugales dans les années 1970-1985 ; sur le plan matériel, l’accélération de leur insertion au salariat (favorisée par l’accès accru à l’éducation) et le contrôle de leur fécondité assurent aux femmes une autonomie économique et personnelle minimale; sur les plans politique et culturel, auparavant disséminées dans chaque unité domestique, les femmes se sont donné des voix collectives et ont commencé de révéler une force de ralliement insoupçonnée.Enfin, sur les plans culturel et normatif, les transformations légales (fin de l’incapacité juridique des femmes mariées et accès réel au divorce) de même que l’affaiblissement de la tutelle religieuse de l’Église rendront les ruptures de couples socialement possibles ou mieux tolérées à partir de 1970 (p.56).Les étude menées à la même époque par des ethnologues et des sociologues de la famille laissent très peu transparaître dans la maisonnée ces transformations sociétales.Le modèle dominant est celui de ménagère-pourvoyeur où les rôles sont très différenciés et hiérarchisés à l’intérieur du couple.L’auteur caractérisé, cependant, cette période de changements latents qui allaient se concrétiser au cours de la période suivante.Des événements publics récents entourant, entre autres, les politiques de services de garde au Québec montrent l’actualité de cette publication.Pour une fois qu’un ouvrage sur la vie matrimoniale nous épargne les discours sur la « grande morale du dépérissement collectif », je dis bravo à Renée B.-Dandurand.Je n’attendrai certainement pas un pro* chain déplacement pour lire d’autres travaux de l’auteur ; (en collaboration avec Lise Saint-Jean), Des mères sans alliance, IQRC, 1988; (sous la direction de Renée B.-Dandurand), Couples et parents des années quatre-vingt, IQRC, 1987.Le poème comme outil de mesure CHEMINS VACANTS Guy Ducharme Montréal, éd.de l'Hexagone, 1988 BENOIT PELLETIER CHEMINER.S’acheminer vers soi.Voilà ce que nous propose Guy Du-charme dans son premier recueil.Nous avançons dans son recueil comme dans une ville, une forêt, un champ; attentifs à ce qui nous entoure et perdus dans nos pensées.Du plutôt, ramenés à nos pensées.Trois suites de courts poèmes composent le livre : « La parade incertaine », « Le pas de la porte » et « Les friches ».De l’une à l'autre, le même ton et les mêmes thèmes reviennent, conservant à l’ensemble une belle unité.Le texte est dé pouillé, parfois à la limite du man que : « soir de chats clos/ de volets multiples/ juillet sans savoir/ vers quelles lourdeurs ».La strophe s’arrête là, nous laissant en suspens, le poème repart plus loin : « l’eau est lente et grise/ tu dis que le ciel abdique/ et tourne de désirs/ tu cherches à rire/ ou n'importe quoi / ».La syntaxe s’en trouve tendue comme une corde de violon, pour mieux vibrer.L’auteur choisit la distance du « tu » plutôt que celle du « il », créant une stimulante ambiguïté chez le lecteur : « Se parle-t-il ou me parle-t-il ?» Les images surprenantes, personnelles touchent leur but : partager l’émotion, la sensation vécue.Du charme nous convie à une poésie de l’expérience de soi, dépouillée de l'anecdote.Le poème est l'outil de mesure de la connaissance de soi.Se connaître par la contemplation de l’univers, il faut vouloir se rendre disponible, corps et esprit, il faut consentir à devenir un marcheur : « maintenant la vie/ est un énervement sur les seuils/ pour le coureur de faux périples».Manque de promeneur, les chemins de la connaissance de soi sont vacants.Pourtant, ne serait-il pas plus facile de vivre, en pleine connaissance de cause ?« le jour remis/ à sa place/ là où il est facile/ de se débroussailler/ sarcler sa pierre/ bien découpé/ ce jour est habitable ».Ducharme est cependant lucide; il restera toujours en soi cet insaisissable foyer d’angoisse, de doute : « restent à vérifier/ dans les jeux d’ombres/ les feux longtemps balancés/ certains échos/ mourants calmes/ dans les replis du seul/ instant possible ».Il oppose à ce foyer, ce trou noir le courage et l’invention : «quand la chambre/ s’incurve/ quand l’heure solide/ ne s’habite plus/ quand presque rien/ déposer quelques roches/ dans un écrin de papier », et.plus loin : « habité/ tu t’arrangeras/ bien avec la nuit / » J’éprouve un coup au coeur pour cette première oeuvre de Guy Ducharme.À 30 ans, il nous offre quelque chose de déjà riche, une oeuvre à fréquenter.Surtout pas du genre « jetable après usage ».A Prix xrrllt edi tor i l’AEPCQ Prix spécial d’abonnement ?1 an>^ 12$ D2ans^4 24$ Nom :___ Adresse : Ville : Code postal ; Spirale C.P.98, Suce.E Montréal, Québec H2T 3A5 Collection ' LES Quinze S&SS& poplin: M!Uu:oeq minuit BUIXDIX AMOUR IYEN1NI Lit IWmx OUEST MiCHGl ET THÈKESE MSCARWS Gfciritç- D'A ¦ Le Devoir, samedi 1er avril 1989 Tous droits devant PRÉCIS DE DROIT DES JEUNES tome II Renée Joyal Cowansville, éditions Yvon Blais 1988, 248 pages JACQUES TREMBLAY DEMAIN (2 avril) marquera le cinquième anniversaire de l’entrée en vigueur de la Loi sur les jeunes contrevenants.Véritable année-anniversaire, 1989 permet aussi de souligner les 10 ans d’application de la Loi sur la protection de la jeunesse entrée en vigueur le 15 janvier 1979, alors proclamée année internationale de l’Enfant.D’autres éléments de conjoncture font, de la présente année, En pays L'UNIVERSITÉ QUESTIONS ET DÉFIS Laurent Laplante Institut québécois de recherche sur la culture coll.« Diagnostic », n° 8, 1988 YVAN LAMONDE S’APPUYANT surtout sur quatre rapports de commissions parlementaires et de groupes d’études sur l'université et sur « une série de conversations avec des universitaires », Laurent Laplante pose un diagnostic-franc, pondéré et discutable sur l’université québécoise.Il faut ici partir du principe que ceux qui se donnent le droit de tout scruter acceptent de se voir appliquer le même traitement ! Ceci dit, Laurent Laplante définit la « mission » de l’université en termes de formation de la relève scientifique, de formation de professeurs, de chercheurs et de cadres.Il construit un tableau assez systématique des éléments du monde universitaire : place de l’enseignement et du premier cycle en regard de la recherche et des deuxième et troisième cycles, question de la formation fondamentale et de l’arrimage du premier cycle universitaire avec l’enseignement collégial, aspect de la cohérence de l’enseignement face à « l’université-cafétéria », évaluation réelle de l’enseignement et de la recherche des professeurs; question aussi de la tâche des professeurs, de la permanence, de la liberté académique « corporative ».Autant d’as- une année charnière dans l’histoire de la reconnaissance de droits aux enfants.L’ONU, par exemple, s’apprête à adopter, à sa session d’automne, le projet de convention internationale des droits de l’enfant en préparation depuis 1979.L’adoption de cette convention, dont les dispositions fondamentales sont tout à fait conformes aux législations présentement en vigueur au Canada et au Québec, pourra grandement influencer la communauté internationale.Le contexte ne pouvait être plus favorable à la publication d’un ouvrage synthèse sur les droits des jeunes au Québec.Renée Joyal en a profité pour faire paraître aux éditions Y von Blais le deuxième tome de son Précis de droit des jeunes.« Précis» : voilà qui fait quelque peu scolaire.De fait, le Petit Robert nous dit de ce genre d’ouvrage qu’il consiste en un « exposé précis et succinct ».En 1986, l’auteur, qui enseigne au département des sciences juridiques de l'UQAM, nous avait doté du premier tome qui touchait les droits des jeunes en regard des liens qu’ils entretiennent avec leur famille et avec leur patrimoine.Cette fois, ce qui intéresse l’auteur, ce sont les rapports qui relient les jeunes à la société.Les législations traitées touchent donc la protection de la jeunesse et la justice des mineurs.L’exposé est on ne peut plus précis, comme le veut le genre.Il com- seul moyen dont disposent les pairs pour évaluer leurs collègues pour la permanence ou pour des promotions, c’est le moyen dont dispose le professeur pour faire des mises au point de son enseignement.Vitalité démocratique : les départements et les facultés — la base de l’université — ne fonctionnent pas au consensus, à l’indécision parce qu’il n’y a pas de consensus.Ces instances de démocratie universitaire perfectible fonctionnent au vote, à la majorité, à la démocratie de celles et ceux qui y participent.Le propos de M.Laplante sur la modulation de la tâche — le dosage possible pour un professeur de ses investissements dans l’enseignement, la recherche ou l’administration — ne paraît pas toujours clair (pp.44-47).Il n’est en tout cas pas convaincant.Car moduler, c’est commencer à dissocier capacité d’enseigner et capacité de faire de la recherche, c’est ouvrir la porte à deux niveaux de professorat si ce n’est à deux niveaux d’université.Mieux vaut continuer à exiger à l’embauche et au travail le défi de conjuguer les deux tâches.C’est ainsi que l’on prépare véritablement la relève scientifique.Là est le sens plein du mot relève.H is dictis ( ! ), ce diagnostic public sort les défis de l’université et des commissions parlementaires et les rend publics.Laurent Laplante écrit avec justesse : l’université « coûte trop cher pour qu’on ne lui demande pas beaucoup.Elle fait l’objet de trop de convoitises pour qu’on laisse n’importe qui s’en emparer».prend 334 paragraphes, donc 334 idées « numérotées » et articulées les unes aux autres pour rendre compréhensibles des lois dont le seul survol induit souvent en confusion le lecteur non averti.Même si son premier public est un public d’étudiants en droit, le langage ne tient aucunement au jargon juridique et quiconque veut comprendre ces lois ou s’y retrouver rapidement pour en faire profiter un jeune (ou un groupe de jeunes), peut y arriver aisément.L’ouvrage est « succinct » — encore là, comme le veut le genre.Vous voulez tout savoir sur les « mesures volontaires » ?En une douzaine de paragraphes (52 à 63), on comprend ce qui peut y donner ouverture, de quelle manière on les choisit et de quelle façon on les applique ?Qui doit y consentir ?À partir de quel âge ?Sous quelles conditions et avec qui ?Les jeunes soupçonnés ou accusés de délits ont des droits.Quels sont-ils ?Au moment de l’arrestation ?S’il y a détention ?Lors d’un procès ?Comment fonctionne le programme québécois des mesures de rechange ?À chacune de ces questions correspondent quelques paragraphes et souvent des renvois ou des références (269 au total).C’est l’une des forces du « précis » que de ne pas « s’enfarger dans les fleurs du tapis ».Il va à l’essentiel, établit les liens logiques entres les éléments, facilite la compréhension pour le profane par des nombreuses explications de base évoquées en bas de page et renvoie le spécialiste à des ouvrages plus détaillés ou à des éléments de jurisprudence qu’il n’a qu’à aller consulter.Au terme de son dépouillement des multiples dispositions des principales lois affectant les jeunes au Québec, l’auteur se bute à certaines questions.Depuis que ces lois sont en vigueur, le chiffre des «signalements » n’a cessé d’augmenter dans les DPJ et il n’y a jamais eu autant de situations portées à l’attention du tribunal que depuis qu’on a mis de l’avant les vertus de la déjudiciarisation.« Y aurait-il là un effet pervers de nos lois ?», s’interroge Renée Joyal.Parmi les constatations majeures qu’elle dégage, citons : « Ces lois ne peuvent avoir d’effet préventif qu’en conjonction avec des politiques économiques et sociales généreuses et diversifiées : équipements collectifs adéquats, mesures de support à la fonction parentale et d’intégration des jeunes à l’école et au marché du travail, partage plus équitable de la richesse collective» (paragraphe 333).Dernière vertu non négligeable de ce précis : on y trouve le texte intégral et à jour des deux lois concernées.Achetées séparément, elles coûteraient sensiblement le prix du livre.L’oeuvre de Renée Joyal apparaît donc une véritable aubaine ! de mission pects que M.Laplante scrute, discute, interroge avec pertinence et qui s’avèrent des questions débattues à vrai dire depuis un certain moment.Laurent Laplante On parle toujours de quelque part comme on dit « ces années-ci ».Le point de vue de Laurent Laplante a les avantages de l’observateur plutôt extérieur; il requiert aussi le complément de l’expérience vécue de l’intérieur.Ce complément ferait voir une vitalité critique, pédagogique et démocratique de l’université plus grande que ne le laisse voir ce portrait un peu figé.Vitalité critique : ie professorat universitaire se fait quotidiennement rappeler, depuis plus de cinq ans, les défis des générations, des besoins et des insuffisances.Depuis un certain moment, on fait réellement plus avec moins.Vitalité pédagogique : l’enseignement est bel et bien évalué.C’est le TRANSFUSION ¦ SANGUINE Un ouvrage décapant COMMENT AIDER MITTERRAND A SAUVER LE CAPITALISME EN FRANCE Caton Paris, Albin Michel 1989, 193 pages GILBERT TARRAB LES ECRITS DES FORGES c.p.335 TROlS-RlVlÈRES C'EST PARTI Jeune g9a 5g4 La poésie COME LACHAPELLE »l DOUTE 5,00$ CHKiSTiANE FRENETTE CÉRÉMOME MÉMOIRE 5,00$ MARIO CHOLETTE RADIUM 5,00$ Jean perron UN SCiNTiUEEMENT DE GUiTARES 5,00$ FRANÇOIS VÎCNEAILT CROQUIS POUR UN S0URÎRE 5,00$ Nom remenpom k Ministère de* Affaire* C ulturdJe* du Québec d'avoir rendu prmibie celte publicité CATON, l’auteur de ce livre décapant et dérangeant, n’est nul autre qu’André Bercoff, qui utilise ce pseudonyme quand il décide de faire dans la « provoc » (comme on dit en France pour « provocation ») et dans le scandale.On connaît André Bercoff à Montréal : c’est ce journaliste prolifique et médiatique comme pas croyable, pigiste à L’Express, à Lui, au Nouvel Obs (rarement) et ailleurs.Il vient de sortir, en même temps que ce livre, La France des seigneurs, 1989 : le nouvel ordre féodal (chez Robert Laffont)), sous sa direction, dont je parlerai ultérieurement.André Bercoff : nous fûmes tous les deux élèves du Lycée français de Beyrouth, quand nous avions 14-15 ans ! Je le revois, 30 ans après, pareil à lui-même, à peine un peu plus bedonnant.Mais c’est lui qui défraye, présentement, la chronique parisienne.On le voit partout : à TF1, à Antenne 2, à M6, à France 3, dans les journaux de toutes tendances .C’est que son dernier livre, Comment aider Mitterrand à sauver le capitalisme en France, tombe sur tout le monde : sur le Front national de Le Pen, sur les communistes, sur la gauche « socialiste-centriste » de Mitterrand; personne n’est épargné dans son collimateur ! Écoutez-le, impertinent dans sa superbe fielleuse mais ô combien décapante.Parlant du pourrissement qui ronge la classe politique française, y compris l’état-major du Parti socialiste : « Progressivement, dans ce parti, les vieux dinosaures du délire doctrinaire ont été remplacés par les froids gestionnaires du pragmatisme énarchique (les « enar- ques » sont les diplômés de la célèbre Ecole nationale d’administration de Paris) Mauroy a fait passer la pilule de la crise dans le gosier hébété des corporations, Fabius modernise et séduit, Rocard entonne, avec son sourire de sainte Thérèse d’Avila au bord de l’extase, le grand air de l’ouverture.La cohérence de cet ensemble brumeux reste habilement orchestrée par l’incontestable machiavélisme de la grenouille suprême » (il s’agit de Mitterrand) (p.43).Encore : « Les peuples sans principes n’ont pas d’histoire : il ne leur reste que des anecdotes » (p.52).Et puis : « À droite comme à gauche, le consensus du silence règne [.] le pire étant cette grande Europe qui s’approche et à laquelle se raccrocheront les masses laborieuses, de plus en plus indifférentes à l’égard des laissés-pour-compte qu’il faudra surveiller avec une attention croissante » (Dp.53-54).Comme au Québec, apres tout, n’est-ce pas ?En remplaçant la grande Europe par la grande Amérique du Nord, celle du libre-échange.Enfin, encore ceci : « Voici donc esquissés les contours d’un lumpen-profefariaf d’aujourd’hui : celui de certains fonctionnaires de la santé comme de l’éducation nationale, dont la garantie de l’emploi n’assure pas, loin s’en faut, la sérénité de l’âme » (p.70).Comme au Québec, n’est-ce pas ?Je pourrais continuer longtemps, comme ça, les citations, qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à ce qui se passe chez nous.Le mot de la fin revient, cependant, à ce que me disait Bercoff, lors de nos retrouvailles : « Dans le fond, l’avenir appartient au roublard : le rouble, d’un côté, le dollar de l’autre ! » Grimaces DIAN FOSSEY AU PAYS DES GORILLES Farley Mowat Paris, Seghers, 1988, 370 pages CHANTAL BEAUREGARD ZOOLOGISTE célèbre, Dian Fossey étudia les gorilles de montagnes au Rwanda, en Afrique orientale, pendant presque 20 ans.Au cours de ces années, elle ne mena pas que des recherches sur les gorilles.Elle vécut pour eux et les défendit contre les braconniers qui les vendaient, tels des trophées de chasse, aux riches Occidentaux.En un sens, son acharnement, son courage et son endurance à défendre les animaux sont indissociables de son histoire personnelle.Dian Fossey faisait partie du groupe de trois femmes formées par le grand anthropologue Louis Leakey.Encouragée par celui-ci, elle s’installa en Afrique en 1966, afin d’étudier les moeurs des gorilles dans la région volcanique de Vi-runga.Elle se rapprocha d’eux petit à petit, en imitant leurs grimaces et en se laissant inspecter par eux.« Je les ai habitués à ma présence en les singeant et ils sont fascinés par mes grimaces et comportements que je ne répéterais, à aucun prix, devant quiconque.» Elle compila aussi une somme incroyable de notes, de journaux intimes, de correspondance et de carnets de bord de camp, à partir GUY FERLAND L’ARTIFICE Guy Scarpetta Grasset coll.« Figures » 315 pages «JE POURSUIS ici l’enquête sur la création contemporaine commencée dans L'Impureté : cinéma, musique, danse, et, surtout, peinture et littérature.Il me semble apercevoir ceci : notre époque pourrait bien être celle de la résurrection d’un grand style baroque, traversant tous les arts.Autrement dit : quelque chose qui était né au XVIIe siècle (avec Rubens, le Bernin), qui avait ensuite été oublié, dénié, déprécié (par le naturisme et le romantisme) resurgit dans notre siècle, et s’impose de plus en plus.Le Baroque contemporain ?U ne façon, de nouveau, de combattre l’illusion par les moyens mêmes de l’illusion.D’opposer le mouvement à l’ordre stable, la surface à la profondeur, le jeu à l’authenticité, la séduction des formes à l’innocence.D’afficher et de revendiquer partout l’artifice, comme pour suggérer que l’art n’est jamais “naturel”.» Will Jamils I .'enfance; d'un cow-boy solitaire L’ENFANCE D’UN COW-BOY SOLITAIRE Will James préface de Jacques Godbout traduit de l’américain par Yves Alix Boréal 72 pages C’EST en sortant du pénitencier de Carson City, en 1920, que Will James fréquente puis épouse Alice Conrad, élue Miss Nevada, révèle Jacques Godbout dans sa préface.Le reste de sa vie n’est qu’une suite étonnante de succès : il publie, d’abord, des dessins et des nouvelles dans un petit magazine de San Francisco, Sun-set, puis dans le Saturday Evening Post.Il est alors découvert par l’éditeur d’Ernest Hemingway, Maxwell Parkins, qui en fait un écrivain mondialement connu en éditant ses livres chez Scribner à New York.[.] C’est pour vivre la vie au naturel avec les cow-boysqu’Ernest Dufault, à 15 ans, a quitté Montréal.Il n’est pas indifférent que l’un des créateurs du mythe américain des vallées perdues ait été un Québécois passionné par l’art et le langage.» Ce volume contient les deux premiers chapitres de l’autobiographie de Will James, alias Ernest Dufault.LITTÉRATURE ET CIRCONSTANCES Gilles Marcotte L’Hexagone coll.« Essais littéraires » 352 pages Gilles Marcotte Le roman à l'imparfait TYPOji O.VU ¦ ¦ « LE MOT circonstances désigne ou plutôt suggère une certaine idée de l’action littéraire qui, me semble-t-il, imprègne à des degrés divers tous les textes de l’ouvrage, explique Gille Marcotte dans son introduction.Cette idée, disons d’abord ce qu’elle exclut : la littérature comme expression pure de la subjectivité, ou encore comme une collection de beaux objets sans rapport avec la vie commune, avec ce que nous appelons l’histoire.Le récit, le poème sont pour moi compromis dans la foire aux langages, aux idéologies qu’est notre vie à tous.[.] Tout ce qui fait le tissu de notre vie concrète, commune, tout ce qui appartient à nos discours utiles se retrouve en littérature mais abstrait de l’histoire agie, de telle façon que s’en dégagent des lignes de force, celles-là même que les pressions de l’actualité ne permettent pas de distinguer.» Soulignons que Le Roman à l'imparfait, du même auteur, sous-titré « La “révolution tranquille” du roman québécois », vient d’être réédité dans la collection de poche Typo, numéro 32.UNE HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE Kléber Haedens Grasset coll.« Les cahiers rouges » 409 pages « UNE HISTOIRE de la littérature française nous offre les fruits et les fleurs de dix siècles de vie littéraire intense et un peu folle, une histoire dont les héros sont marqués au front par quelque signe de la grâce, qu’ils soient cambrioleurs comme Villon, salonnards comme Proust, ravagés par une passion intérieure comme Racine ou boucanés par le vent des steppes et le soleil du Brésil comme Cendrars.Tous se donnent le main pour cette fête qu’est la littérature, dont nous oublions trop souvent qu’elle fut animée par de jeunes hommes ambitieux et désinvoltes, ardents ou volages, qui ont aimé jouer avec la vie.» Cette troisième réédition de cet ouvrage d’histoire littéraire de Kléber Haedens, mort en 1976, est préfacée par Michel Déon, de l’Académie française.LEO PERUTZ Oil roules-tu, petite pomme ?roman LA YARD OÙ ROULES-TU, PETITE POMME?Léo Perutz traduit de l’allemand par Jean-Claude Capèle Fayard coll.« Littérature étrangère » 235 pages IAN FLEMING écrivait en 1931, après avoir lu ce roman : « Si le terme de génie, si galvaudé, n’avait pas perdu depuis longtemps toute valeur et toute signification, j’aurais tout simplement qualifié ce livre de génial.» Ce récit raconte l’histoire de l’ancien officier Georg Vittorin, qui décide de retourner en Russie pour se venger de l’humiliation subie dans un camp de prisonniers russe où il a passé les derniers mois de la guerre de 1914-19.Une poursuite s’engage alors qui lui fera traverser toute l’Union soviétique et le conduira de Constantinople à Paris en passant par Milan, jusqu’au jour où se produira le « duel sans témoins » avec son ancien bourreau Séliou-kov.desquels l’éminent romancier et naturaliste canadien Farley Mowat a judicieusement puisé la matière de cette biographie remarquable.Cette Américaine, qui a su partager son destin avec celui d’un groupe d’animaux menacés d’extinction, s’était réellement fait accepter d’eux.Elle les aimait — parfois plus que ses semblables — et assurait leur protection.Ainsi, elle devint sans pitié contre les braconniers qui avaient couvert de pièges une région d’étude.Dian Fossey, qui détestait s’immiscer dans la vie de ses gorilles, « décida à contrecoeur de les évacuer vers une région plus sûre ».Pour riposter contre les trafiquants d’animaux et les tribus avoisinantes, elle organisa un commando de tra- queurs.« Sa fureur contre les braconniers qui l’avaient forcée à infliger cette humiliation à ses amis était en train de se transformer en démence.» Voilà bien un exemple probant du caractère de combattante passionnée et fougueuse de Dian Fossey, qui fut assassinée en 1985 par ses ennemis.Un livre bien construit, qui va plus loin que le film de Michael Ap-ted et fournit des renseignements pertinents, entre autres, sur l’enfance isolée de cette femme exceptionnelle.Des photographies complètent l’ouvrage, ainsi qu’un plan du Centre de recherches de Karisoke où l’on voit la tombe de Dian Fossey, enterrée près de ses gorilles.0611 Le Devoir, samedi 1er avril 1989 ¦ D-5 Tr r=?L^Ü • le plaisir des ivres Française et gouvernante pendant la révolution d’Octobre LA GOUVERNANTE FRANÇAISE Henri Troyat Paris, Flammarion 1989, 225 pages Lisette 2HORIN ?feuilleton C’ÉTAIT, je crois, André Gide qui conseillait de toujours suivre sa pente .pourvu que ce soit en montant ! Il est hors de doute que, depuis son premier ouvrage, paru il y a plus de 50 ans, Henri Troyat n’a pas un instant dérogé à cette très sage habitude.Sa pente, il la connaît bien, et de continuer à la gravir, sans un signe d’essoufflement, lui permet d’ajouter non seulement un ou deux titres par année, mais d’affiner, si c’est encore possible, son outil de très bon artisan.Ouvrir un nouveau Troyat, c’est d’abord et avant tout reconnaître sa patte.Une phrase d’une simplicité qu’on pourrait juger scolaire : le sujet, le verbe, un complément, le moins possible d’adjectifs.Bref est l’épithète qui convient.Le romancier n’a jamais tenté de nous éblouir : nous intéresser suffit à son bonheur d’écrivain.Et il y parvient, de livre en livre, de roman en biographie, au point que, longtemps boudé par la critique germano-pratoise, il défraie depuis quelque temps les manchettes des sections-livres de la plupart des magazines.Ainsi de La Gouvernante française.Elle a fait parler de son auteur comme d’un pilier solide du roman-roman.On a même dit que seul Simenon (également le sujet de l’heure, à la suite de plusieurs rééditions, dont les oeuvres complètes grâce à « Bouquins », de Guy Shoel-ler, chez Laffont) était à la fois plus prolifique et plus célèbre.Comme toujours, on a répété que le Moscou de Troyat, qu’il n’a jamais revu depuis qu’il l’a quitté, avec ses parents, au début du siècle, est traditionnel et tsariste.Qu’il n’a pas encore basculé dans la tourmente révolutionnaire.Or voici justement que le romancier, à petits pas, toujours, se rapproche de notre époque et aborde le grand bouleversement par jeune Française interposée.Elle a quitté Paris, à 24 ans, son emploi modeste de vendeuse « rayon couture » aux Galeries Lafayette, pour Saint-Pétersbourg, qui devient Pétrograd, mais qui n’est pas encore Léningrad.Que peut bien faire une jeune Parisienne dans cette ville qui va bientôt s’agiter ?S’occuper, comme plusieurs de ses compatriotes, des enfants, dans une famille de la riche bourgeoisie, celle d’Alexandre Ser-guelevitch Borissov.Elle est donc gouvernante et si bien traitée qu’elle ne désire pas rentrer dans son pays, où elle a laissé une mère pourtant très aimée, déchiré par la guerre de 14.Le maîtrise de Troyat se révèle alors, dès la page 20.« Dans ce pays étranger, dans cette maison où rien ne m'appartient, je me sens bizarrement riche, übre et utile, écrit-elle.S’il n'y avait pas cette guerre horrible dont les journaux sont pleins et cette politique absurde qui empoisonne les conversations, je coulerais des jours paisibles et clairs loin de ma patrie.» C’est la chute du premier chapitre et c’est le début véritable de « l'action ».Geneviève va nous entraîner, dans un rythme qui ne cesse de s’accélérer, dans la « désorganisation » de la belle ville de Pierre le Grand.Les Borissov, qui sont idéalistes, n’ont pas vu la tourmente s’approcher : ils ne la verront que confrontés à l’insurrection, à la perte de leurs biens, à la nécessité de l’exil.La révolution, vécue par une jeune et naïve étrangère, c’est ce que l'habileté du romancier nous réserve.Dans la rue, où l’entraîne un journaliste intelligent et sensible, Maxime Fedorovitch Koudriavstsev, neveu de ses patrons et précepteur de leurs enfants, la gouvernante assiste aux premiers excès de la crise politique qui va balayer l’empire des tsars.Ce monde de douceur et de paix qui l’entourait, à son arrivée en Russie en 1913, ne sera plus qu'un immense chaos quand elle le quittera de force, à l'aube de 1918.Il ne faudrait pas croire que, ra contant la révolution comme la voit et la décrit sa jeune héroïne, Troyat s’abandonne à la pure fiction.Il ne serait pas le chercheur obstiné, respectueux des sources et des docu ments qui l'ont guidé dans la rédae tion de ses monumentales biographies, s’il versait dans l’illusion et le romanesque.Sa Geneviève voit clair, assiste à l’arrivée de Lénine, cède à l'amour pour le timide mais courageux Maxime qu’on arrêtera et fusillera sans procès, et cohabite — c’est l'une des trouvailles du romancier — dans l’appartement déserté par les Borissov, avec trois familles de bolcheviks.C’est la vie en com- mune, et c'est le prétexte à illustrer les bouleversements, la misère d’un peuple, d'abord résolu à secouer ses chaînes, mais qui n'accédera pas au « grand jour » sans les conséquences obligées et dramatiques des changements de régime.Rentrée en France, Geneviève retrouve sa mère, un pays appauvri et endeuillé par la guerre, mais également (il s’agit d'une fiction et non pas de l’Histoire.) « sa famille » de Pétrograd, maintenant exilée et qui vit non loin de l'église de la rue Daru, refuge des Russes blancs.De quoi, pour Troyat, conclure en « réengageant • sa gouvernante dans une autre famille de Russes émigrés, les Skvartsov, qui ont réussi à s’enrichir de nouveau en France.« Sans doute est-il dans la ligne de mon destin, se dit laconiquement Geneviève, de ne jamais quitter tout à fait la Russie.» Cette Russie, il faut le préciser, qui est encore et toujours celle de Troyat, qui s’est jusqu'ici interdit de pénétrer en U RSS, même pas en romancier ! Dépucelage Du sable dans le canal LA COURONNE D’IRÈNE François Cavanna Paris, Belfond, 1988, 274 pages ODILE TREMBLAY RENONÇANT pour la seconde fois à exercer son humour aux dépens de ses contemporains, Cavanna prend l’offensive du roman historique.Lui qui avait publié deux ans plus tôt Les Fosses Carolines récidive avec La Couronne d’Irène, clôturant ainsi la saga médiévale amorcée dans le précédent volume.Mais, précisons-le tout de suite : pour « historique » qu’elle soit, cette dernière oeuvre n’en demeure pas moins essentiellement « cavannienne ».Le fait qu'ils s’agitent en plein Ville siècle ne modifie rien à l’affaire; ses personnages ont la langue verte et la truculence des héros habituels de l’auteur.Quant aux rocambolesques aventures venant secouer les protagonistes de cet ouvrage, on les croirait issues de l’imagination trépidante d’un Dumas père ou d’un Hergé.Dans La Couronne d’Irène, l’action est garantie.En ces temps lointains, Charle-magne règne sur l’Empire d’Occi-dent.Quant à celui d’Orient, il chancèle aux mains de la majestueuse et sanguinaire Irène qui s’escrime au milieu des conjurations.Le Khalife de l’Islam, le très illustre Haroun al Rachid, trône, lui, à Bagdad parmi ses houris sans manifester de velléités d’attaquer ses voisins.Mais voilà que, du nord, se profile un péril nouveau et redoutable : cinglant leurs noirs drakkars, les féroces pirates vikings viennent saigner les côtes ch- rétiennes en quête de butin.C’est dans ce climat agité que le chevalier Renaud au bras coupé, son écuyer Raymond et la belle esclave Tamara sillonnent terres et mers de Paris à Byzance.Car Renaud, coqueluche de toutes les dames, s’entête à cultiver amour courtois et passion éternelle pour l’impératrice Irène qu’il brûle de retrouver.À pied, à cheval, ou chaînes aux pieds dans un drakkar qui les a fait prisonniers, les héros font cap vers l’Orient en frôlant la mort à tout instant.À leurs côtés, le moine Patrick, un paillard Irlandais, tient d’iconoclastes sermons, tandis que sa compatriote Luce, déguisée en moinillon, comble les appétits charnels de son supérieur, avant d’être violée par tout l’équipage de Sindbad le marin.Quelques mois esclaves à la cour du khalife, les aventureux personnages ne sont pas arrivés au bout de leurs peines pour autant : ils aboutissent aux pieds d’Irène dont la couronne vient justement de rouler par terre avec fracas.Tout cela finira dans une apothéose de bruit, de fureur, de larmes et de sang.Louvoyant à travers d’authentiques balises historiques, Cavanna s’est ici amusé à émailler sa rondis-sante intrigue de scènes érotiques, de monologues amoureux, de réflexions satiriques et humoristiques sur l’amour, la vie, la mort; bref, les grands thèmes éternels que l’auteur a transplantés hors des frontières habituelles du roman contemporain.Ce récit rondement mené est d’autant plus rigolo qu’il vient désacraliser avec entrain l’Histoire au passage.Le livre infini LA GENÈSE version de Jean Grosjean préface de J.-M.-G.Le Clézio Paris, Gallimard, 1987 NAÏM KATTAN UN LIVRE domine la vie de Jean Grosjean et son écriture : la Bible.Dès ses premiers écrits, des poèmes, il a établi son rapport avec le livre, source nourricière et non pas code ou ensemble de règles.C’est dire qu’il a choisi la religion plutôt que la théologie.Se nourrir d’un livre, c’est le lire et le relire et la lecture la plus proche, la plus intime, est sans nul doute la traduction.Aussi, Grosjean a-t-il fait des traductions des prophètes, du Coran, des Évangiles.Et puis, depuis quelques années, il s’est mis à écrire des textes concis et haletants sur des personnages bibliques : le Messie, Elie, Daniel et, tout récemment, la reine de Saba.Là, il revient à l’essentiel, commence par le commencement.Il donne sa version de la Genèse.Comme tous les traducteurs, Grosjean se voit obligé d’être aussi interprète.Il est, certes, préférable de lire tous les livres dans la langue d’origine.Et la Bible est intimement liée a la langue hébraïque.Voici, sans doute, le livre le plus traduit dans l’histoire de l’Humanité et voici le livre qu’on se remet périodiquement à retraduire.C’est que, pour le rendre compréhensible dans une langue autre que celle de l’origine, il importe de l’insérer dans la langue et la culture, je dirais même la civilisation des vocables de transmission.Grosjean a choisi la voie la plus simple qui est certainement la plus difficile.Lire le texte comme pour la première fois, non pas, certes, dans la candeur mais du moins dans l’innocence.Il est impossible de se départir de siècles d’analyse et d’exégèse.Mais la vertu de la poésie est de chercher et de trouver le sens premier du mot.Livre complexe, aux richesses infinies, qui s’adresse à chacun de nous, à travers les siècles, directement.Grosjean a cherché et trouvé la langue dite mais surtout celle qu’on entend.Et avec lui, on relit les histoires tant et tant de fois récitées d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, comme si on en écoutait le récit pour la première fois.Certains mots nous frappent; il faut s’y habituer.Par exemple, s’adresser à Dieu en disant « Monseigneur ».Or, c’est la traduction exacte de la convention hébraïque non écrite, « Adonaï».On traduit généralement le tétra-gramme par « Yahweh ».Ce n’esl pas seulement faux, c’est une aberration.En hébreu, on a convenu d’appeler Dieu ou bien « Hachem », c'est-à-dire « le Nom », ou bien « Adonaï », c’est-à-dire « Monseigneur » car il est innommable et le tétragramme n’est qu’un sigle.« Monseigneur » est une trouvaille mais c’est surtout la traduction exacte d’une convention de lecture hébraïque.On peut multiplier les exemples.Grosjean n’a pas cherché à régler des problèmes ou à résoudre des énigmes.Il a lu dans l’innocence et la ferveur et il a transmis sa lecture en poète.À aucun moment on ne quitte l’essentiel.Je connais ce texte par coeur et je dois exprimer ma gratitude à Jean Grosjean de m’avoir permis d’en redécouvrir la puissance première.J’avais l’impression que je l’avais oublié.Et Grosjean m’a rappelé que ce livre infini est ma mémoire essentielle.ALEXANDRIE EN PERTE DE VENISE Kamal Ibrahim Paris, Flammarion 1988, 208 pages PAUL GAGNÉ FORT HEUREUSEMENT, Alexandrie en perte de Venise, de Kamal Ibrahim, écrivain français d’origine syrienne, n’est pas qu’un titre inventif et séduisant.C’est un roman d’atmosphère et de transition qui témoigne, à petits traits éloquents, de la fin chaotique d’un monde ancien.Ce monde ancien, c’est l’Égypte de la monarchie et de la colonisation, l’Égypte d’avant 1952, et surtout Alexandrie, ville quasi mythique, crasseuse et extraordinaire, que caractérisent les « effluves violents » des épices, les mendiants au métier sûr et aux rémissions spectaculaires, et les fous, dont certains, un bon matin, prendront un bateau à destination de Chypre, où l’asile les attend.Alex, héritier d’une grosse fortune et de valeurs en passe d’être déclarées illégitimes, hante une Alexandrie où règne la corruption et où se tiennent, alors même que tout s’écroule, de somptueux banquets et des propos raffines sur l’art et la littérature.Bientôt, toutefois, il lui faut fuir une Égypte où « il n’y a plus que des Égyptiens », et chercher refuge à Venise.Mais, comme « Venise ce n’est pas Alexandrie », le passage est difficile, et la fin prévisible : mésadapté, dépossédé, Alex se donne la mort.En fait, le récit relate toute la vie d’Alex.D’abord, lui-même évoque très brièvement son enfance, les impressions, les moments qu’il en a gardés, tels que ses fugues et une première expérience amoureuse plu tôt terrifiante.Puis, il se tait.Et c’est à sa fille que sera confié le soin de raconter le reste de sa vie.Le détail n’est pas sans importance, si l’on considère qu’elle entreprendra sa narration avant même de naître, au moyen d’une « langue apprise dans les méandres intra-utérins».À elle revient donc la tâche de rendre compte des derniers moments de la vie d’Alex à Alexandrie, de sa passion dévorante pour A., chanteuse et espionne présumée, sorte de Mata-Hari égyptienne, qu’il tentera de sauver en soudoyant le chef de la police, mais qui sera finalement assassinée.À elle,aussi, de dire les relations particulières — et peut-être pas innocentes — que Nadia, sa mère, entretient avec un jeune intellectuel allemand À elle, enfin, de faire revivre le dé À chacun son Italie ITALIES Anthologie des voyageurs français aux XVIIIe et XIXe siècles Yves Hersant Paris, Laffont, coll.« Bouquins » 1988, 1,120 pages LOUIS-B.CHAMPAGNE COMME LE DIT si bien la préface, cette impressionnante anthologie, de plus de 1,000 pages en papier fin, rassemble des textes d’une extrême diversité.« Grands écrivains ou gra-phomanes, presque oubliés ou fort célèbres, elle cite 75 voyageurs.qui ont laissé trace imprimée.Suivant leurs cheminements, elle combine leurs itinéraires à travers une péninsule d’abord morcelée et progressivement unifiée.Juxtaposant récits et descriptions, impressions et analyses, témoignages et rêveries, elle groupe les objets les plus hétéroclites.» Livre merveilleusement bien relié, dans une reliure cartonnée mais souple et qui reste ouverte à la page que nous désirons : c’est un vrai livre de chevet, ou celui mis de côté, pas trop loin, pour en lire quelques pages quand le travail le permet, ou lorsqu’on a besoin de détente en lisant uelqu’énorme brique comme les diteurs ont la manie de nous soumettre par les temps qui courent.Et les écrivains que vous pouvez y lire ne sont pas des enfants d’école.On y passe de Chateaubriand à Stendhal, à Théophile Gautier, à Guy de Maupassant, à Maurice Barrés.Et les villes que vous visitez vont de Milan à Turin, à Gênes, à Venise, à Bologne, à Ferrare, à Ravenne, à Florence, à Rome et Sienne.Vous irez vous promener en Calabre, dans les Pouilles, à Naples et ses environs, en Sardaigne, en Sicile, etc., le tout décrit par Émile Zola, Ernest Renan, Alexandre Dumas, Paul Bourget et maints autres.À la fin du livre, une série d’articles sur des sujets divers ou des objets disparates qu’on a pu voir un jour en Italie.On y parle de la langue, de la musique, des mendiants, de l’hygiène, des inepties, de la gastronomie, des fêtes, de la douane, du climat, des brigands, etc, etc.Au début de chaque extrait, vous avez la /-N Fumer, c’est gaspiller Argent et santé date de la publication du livre ou de l’article dont est tiré cet extrait : 1802,1835,1740,1765,.sauf qu’il est quelquefois désappointant de découvrir qu’une belle fontaine ou qu’une charmante petite piazza, que vous pensiez aller un jour admirer en Italie, était fort jolie et attrayante en 1802 ou 1758, mais qu’elle n’existe probablement plus aujourd’hui.Quant au style des différents écrivains, on peut bien chercher des puces à ceux des Chateaubriand, Bourget ou Zola.Mais c’est comme pour leurs autres écrits : c’est affaire de goût et de.plaisir.TGOTTITip ¦ VERS L’AMÉRIQUE de Tiziana Beccarelii-Saad Un roman de l’exil, de iltalie à l’Amérique.Puis le retour inverse de la jeune femme, toute une vie à s’affranchir des valeurs d’emprunf.Par l’auteure de Les Passantes.¦ CLAIRS DE NUIT de André Duhaime Par l’auteur de Pelures d’orange, une suite de très courts récits où les souvenirs et les prémonitions jouent à cache-cache avec les peurs avouées, le non-dit, le quotidien ¦ J.DESRAPES de Daniel Guénette Les échecs comme jeu et comme enjeu.Une scène aurait pu montrer le héros en train de lire The Rape, car tout tourne ici autour d’un rêve où le «désir» atteint une rare violence.Un premier roman d’un poète bien connu.¦ LE REPOS PIÉGÉ de Michel Gosselin La suite romanesque de La Fin des jeux qu’on a pu voir à la télévision.Simon a maintenant 14 ans.Réfugié dans un mutisme têtu, il cherche désespérément à élucider le suicide de son père.Tout un programme.¦ LA BANLIEUE DU VIDE de Charlotte Lernieux Une réflexion serrée et teintée d’humour sur l’acharnement des discours à circonscrire le vide, à susciter des limites sécurisantes, une croyance.Le tout est suivi de quelques courts récits.¦ J’AI DES PETITES NOUVELLES POUR TOI de Nathalie Parent Des courts récits qui jouent de la fantaisie et de l’enchantement, destinés surtout aux jeunes lecteurs, avec trois illustrations de Raymond Parent.¦ LE NO 39 DE LA REVUE MOEBIUS Ce numéro porte sur la « solitude ».Jean Basile répond aux questions de Raymond Martin.Des textes de fiction et des comptes rendus de lecture.Pour tout renseignement: 524-5900 ou 525-5957 C.P.5670, suce.C.Montréal H2L 2H0 part précipité pour lTtalie (Alex a dû user d’un adroit subterfuge pour faire sortir sa fortune d’Êgynte), et les derniers instants de son père, arpentant les environs de Venise.Désemparé, caressant une « nostalgie rampante », Alex perd ses moyens, celui de finir ses phrases, par exemple, et compte l’âge de sa fille « minute par minute ».Sans doute s’agit-il là des meilleures pages de tout le roman.Devenue adulte, la narratrice tient un journal introspectif, qui clôt le récit.Cherchant à démêler « le balbutiant sens des choses », elle tente — vraisemblablement en vain — de « comprendre ».Hélas, cette courte section, qui voudrait faire reconnaître la puissance des liens qui unissent la fille au père, la pérennité du sang familial et, pourquoi pas, colonial, ajoute peu de choses a un récit que menace déjà le morcellement.Le roman de Kamal Ibrahim possède d'indéniables qualités, mais n’en donne pas moins l’impression de se chercher.Les bonheurs d’écriture qui le traversent, la galerie de personnages louches et bien campés qui le composent, les trouvailles heureuses qui le parsèment (et demeurent, le plus souvent, insuffisamment exploitées), ne parviennent pas à faire oublier tout à fait quelques facilités et, pis encore pour un roman au fond assez court, quelques longueurs.Université de Montréal Un cours qui s’emporte en vacances Cours autodidactique de français écrit Pour améliorer voire fiançais écrit, un cours comprenant exercices, questions, réponses et explications suffisantes pour travailler seul même en vacances Ouvert à tous Date limite d'inscription: le 30 avril 1989 Frais d'inscription: 25$ (payables sur réception rte la facture seulement) Renseignements: 343-7393 Veuillez m'envoyer votre dépliant Nom/Ptènom__________________ Adresse_____________________ Ville ____________________ Code postal_________________ Retourner ce coupon-réponse a CAFE Université de Moniieal C P 6128.succursale A Montreal (Ouébeci H3C 3J7 ! PRIX ÉMILE-NELLIGAN 1988 LÉGENDES Renaud Longchamps 128 pages — 12,95 $ vlb éditeur dep^a grande littérature C’est «un signe des temps peut-être que la poésie des moins de trente-cinq ans se préoccupe de plus en plus de la fragilité du lien que les hommes et les femmes entretiennent avec le sol qu’ils foulent, avec l’air qu’ils respirent et avec l’eau qu’ils boivent.» Louise Desjardins, présidente du jury.«Jamais lauréat n’aura tant mérité le prix Nelligan.Oeuvre toute en subtilités, en délicatesse, en économie; écriture qui dès ses origines a trouvé son créneau, sa spécificité, un ton à nul autre pareil.» Gilles Toupin, La Presse. D-6 ¦ Le Devoir, samedi 1er avril 1989 Aux enfants la vérité Mosaïque verticale (acte II) QUAND LES PARENTS SE SÉPARENT Françoise Dolto avec la collaboration d'Inès Angelino Paris, Seuil, 1988 RENÉE ROWAN TOUT AU LONG de sa carrière, la psychanalyste Françoise Dolto, morte en août dernier à l’âge de 79 ans, a répété qu’il valait mieux pour l’enfant, en toutes circonstances, lui dire la vérité.Aux enfants du divorce comme aux autres.« L’être humain qui a choisi une famille pour naître souffre lorsque la désunion ne lui est pas expliquée comme une situation effectivement d’échec, mais malheureusement inévitable.Pour la dignité de l’enfant et celle de ses parents, il est nécessaire que ceux-ci disent ce qu’ils font et fassent ce qu’ils disent », affirme la clinicienne.PHOTO JACQUES GRENIER h" * Françoise Dolto « Points actuels», aux éditions du Seuil, la parution en format de poche de l’album à succès Enfances (1986), dans lequel Françoise Dolto raconte sa propre enfance et son adolescence.Dans la collection « L’enfant et l’avenir », la maison Aubier vient de publier une nouvelle édition remaniée du livre L'Éveil de l’esprit.Françoise Dolto y analyse les causes de la détresse des enfants perturbés dans leur développement — que cela se traduise par un retard scolaire ou par l’inadaptation à la vie familiale et sociale — tandis qu’Antoinette Muel propose une méthode éprouvée pour réapprendre à ces enfants la communication et la créativité.SOCIAL SCIENTISTS AND POLITICS IN CANADA Between Clerlsy and Vanguard Stephen Brooks et Alain-G.Gagnon McGill-Queen’s University Press 1988, 151 pages MARCEL FOURNIER LORSQU’ON les compare à leurs collègues canadiens-anglais, les spécialistes québécois en sciences sociales apparaissent toujours plus engagés, plus politisés : ils participent aux débats publics, ils écrivent dans des revues, et ils s’impliquent dans des mouvements sociaux.Bref, ce sont des intellectuels et non pas seulement des experts.Question de cul- La bible de l’opéra Dans ce dernier ouvrage qui se présente comme une longue entrevue, Françoise Dolto s’intéresse à ce que peut être la prévention des difficultés dues aux souffrances incon scientes des enfants, « souffrances, écrit-elle, toujours articulées au non-dit ou à un mensonge implicite, fussent-ils maintenus au nom du "bien” de l’enfant».L’essentiel, précise Françoise Dolto, c’est que les enfants soient avertis de ce qui se prépare au début de la procédure et de ce qui se dé eide en fin de procédure, même s’il s’agit d’enfants qui ne marchent pas encore.Elle rappelle qu’au Québec on procède à une petite cérémonie quand une famille est naturalisée.Tous les membres de la famille doivent être présents, même le bébé qui ne parle pas encore parce qu'on estime qu’il est citoyen dès sa naissance.De même, croit-elle, il serait très important que les enfants sachent que le divorce de leurs parents a été reconnu valable par la justice, que leurs parents ont désormais d’autres droits, mais que, libérés de la fidélité à l’autre et de l’obligation de vivre sous le même toit, ils ne sont pas libérables de leurs devoirs de « parentalité » dont le juge a stipulé les modalités.L’auteur aborde, dans cet ouvrage très concret, les diverses situations qui se présentent en cours de procédures et plus tard : les devoirs des parents; les différents modes de garde, leurs avantages et leurs inconvénients; la relation aux nouveaux partenaires des parents, etc.Elle répond aux nombreuses questions qui se posent lorsque la séparation s’annonce.Ses affirmations, parfois, font sursauter comme lorsqu’elle affirme « qu’il est dans l’ordre des choses qu’un père ne s’occupe pas de son enfant bébé : ce n’est pas le rôle d’un homme.[.] C’est lorsque l’enfant atteint l’âge de la marche — à dix-huit mois — que les hommes normalement virils commencent à s’occuper de lui.Ceux qui s’occupent des bébés sont généralement en grande partie marqués de féminité et, pour ainsi dire, jaloux que ce soient les mères les porteuses » ! L’ouvrage, qui s’appuie sur une longue expérience des enfants, s’adresse aussi bien aux parents qui divorcent qu’à tous ceux et celles qui « administrent les procédures de la justice» à travers les différents « corps de métiers » de cet appareil institutionnel et en dehors de celui-ci.À signaler, dans la collection TOUT L’OPÉRA Gustave Kobbé 8e réimpression Paris, Robert Laffont coll.« Bouquins » 1988, 1,097 pages MARIE LAURIER LES PASSIONNÉS d’opéra, et ils sont nombreux au Québec, peuvent bien connaître par coeur les intrigues de Carmen, de Manon ou de La Bohème et répondre sans sourciller au moindre détail du questionnaire de L'Opéra du samedi à Radio-Canada.Encore faut-il qu’ils aient appris ces choses quelque part.Dans le Kobbé, sans doute, que l’on se plaît à appeler le Larousse ou la bible de l’opéra.Ce volumineux dictionnaire de plus de mille pages vient d’être ré édité pour la 8e fois chez Robert Laffont sous le titre Tout l’opéra.Les spécialistes et les profanes y trouvent le livret et l’analyse de la musique de quelque 350 opéras depuis Monteverdi jusqu’à nos jours.Par exemple, parmi les créateurs français et américains du 20e siècle, on nous présente les Fauré, Debussy, Dukas, Charpentier, Roussel, Ravel, Poulenc, ainsi que George Gershwin, Carlo Ménotti et Philip Glass.Les grandes oeuvres du répertoire sont présentées par ordre chronologique selon les noms des compositeurs regroupés par nationalité.Cet ouvrage en est un avant tout de références sur la création, les principales reprises, les grands interprètes et la place de chaque oeuvre dans la vie du compositeur.L’auteur, Gustave Kobbé, d’origine britannique, mourut en 1918 juste après avoir achevé son livre.L’Angleterre n’allait pas laisser cette oeuvre sans lendemain et le cousin de la reine, Lord H are wood, artisan du Festival d’Édimbourg et directeur de VEnglish National Opera, s’occupa en 1976 de le rééditer pour devenir huit fois depuis ce temps, et aussi dans sa traduction française, le livre de chevet de tout amateur d’opéra.6000$ 6 000* * 6000* 1 200* 500s/loyer par mois 500s/location d'auto par mois 500s/épicerie par mois 100s/ménage par mois ROYAL LePAGE I LOCATHEQUE locator d a»’:'"r.D e» •’ cam-oo» a eng ***** (RETRO Ménage-Aide DE FACTURES POUR | AN FAITES CONNAÎTRE RADIO CITÉ FM 107 À UN AMI, PARENT, VOISIN OU COLLÈGUE DE TRAVAIL ET GAGNEZ, TOUS LES PEUX.UN PRIX DE 19,200$ CHACUN.LE PLUS GRAND CONCOURS DU PRINTEMPS RADIO CITE liililOZ' + 70 prix instantanés en certificats-cadeaux de 100$.de votre épicier METRO Pour tous les détails ÉCOUTEZ RADIO CITÉ FM 107 De proche en loin ALLEMAGNE et ITALIE Guides rouges Michelin, 1989 AMSTERDAM Gallimard, 1989 A MARRAKECH ET DANS LE SUD MAROCAIN Hachette, 1989 JEAN-GUY PILON LES « GUIDES ROUGES » Michelin (édition 1989) consacrés à l’Allemagne et à l’Italie viennent de paraître.Ils sont, comme toujours, d’une précision fascinante.Ces « Guides rouges », on le sait, sont constamment revus et mis à jour.Ils sont d’une fiabilité exemplaire et constituent des « objets » essentiels pour les touristes, qu’ils soient automobilistes ou pas.?Gallimard publie des petits guides de poche dans la collection « Les Carnets du voyageur ».Ils sont traduits de l’anglais et, à l’origine, publiés par American Express Publi shing.De brefs chapitres sur l’histoire et la culture, des itinéraires proposés et toutes les suggestions habituelles : hôtels, restaurants, cafés et boutiques.Le guide Amsterdam vient de paraître dans cette collection.On y retrouve des plans et des cartes qui sont faciles a consulter et qui seront très utiles aux touristes, car Amsterdam, avec son réseau de canaux, ses places multiples et, surtout, cette langue néerlandaise qui est si loin de nous, est une ville ou l’on ne se retrouve pas facilement.Amsterdam est une ville de musées et cet ouvrage leur fait une large place en les situant fort bien dans des itinéraires rapides et précis.Ce petit guide comporte aussi des chapitres sur Rotterdam, La Haye, Delft et quelques autres villes.?Dans la collection des « Guides Hachette Visa » vient de paraître ce petit livre joliment illustré : « Marrakech et dans le Sud marocain.Quelques pages sur l’histoire et la culture, mais surtout des renseignements pratiques, des cartes bien présentées, des itinéraires intéressants.Lors d’un voyage à Marrakech, il y a deux ans, j’avais employé l’édition précédente de ce guide pour me retrouver non seulement dans l’inextricable enchevêtrement des souks mais aussi dans certaines régions du Sud marocain.Je puis témoigner de l’utilité et de la pertinence de ce guide qui est un outil essentiel pour le touriste qui s’aventure dans ce pays proche mais aussi lointain, parfois très lointain.ture, diront certains; question de contexte politique, diront d’autres.Les politologues Stephen Brooks, de l’Université de Windsor, et Alain-G.Gagnon, de l’université Carleton (Ottawa), reprennent la discussion là où John Porter l’avait laissée trente ans plus tôt dans The Vertical Mosaic; ils analysent « le rôle des spécialistes dans la vie politique canadienne en tenant compte des diverses formes de leur engagement politique, de leurs relations avec l’État et de la complexité de leur position de classe » (p.17).Largement basée sur des données secondaires, leur étude porte principalement sur les politologues et les économistes et se présente comme une synthèse de diverses recherches antérieures.Leur ouvrage est à l’image du Canada lui-même : la première partie est consacrée aux « Intellectuals in Quebec Society » et la seconde, à l’« English Canada ».Au Québec, l’histoire des sciences sociales est découpée en trois périodes : d’abord, la lutte pour l’acquisition d’une légitimité et l’opposition au pouvoir (1943-1959); ensuite, une fois acquise la légitimité, la participation à la Révolution tranquille (1960-1969); enfin, la « crise de légitimité » et la remise en question des sciences sociales comme technologies sociales.Pour le Canada où l’influence américaine est plus visible, la périodisation est quelque peu différente et repose sur une délimitation plus floue : une première période (de 1945 aux années 1960) pendant laqueUe les spécialistes, fortement imprégnés du keyné-sisme, opèrent un « glissement vers une science sociale quantitative » ; une seconde période (de 1970 à aujourd’hui) caractérisée par une plus grande division (apparition d’un groupe en économie politique marxiste) en même temps qu’il y a consolidation de la fonction d’expert, par exemple pour l’évaluation des programmes ou la planification gouvernementale.Quelle que soit son adéquation à la réalité politique, une telle organisation de l’ouvrage fait problème.D’abord, on ne sait très bien où se placent les intellectuels québécois de langue anglaise et les experts canadiens de langue française.Hubert Guindon, les deux frères Breton et Maurice Pinard appartiennent-ils au Canada anglais ?Et que dire de Dimitri Roussopoulos et de la revue montréalaise Our Generation ?Ensuite, la cinquantaine de pages consacrées à chacune de ces entités demeure forcément superficielle et incomplète.Il y a des oublis : les contributions d’un grand nombre de spécialistes sont ignorées ou négligées (J.Brazeau, V.Lemieux, D.Latou-che, Otto et Sylvia Thur, etc.); les noms d’Y.Martin et G.Bergeron apparaissent dans l’index sans que leur action politique ne soit analysée; aucune allusion n’est faite à un organisme de sondage aussi important que Crop; on parle souvent de Parti pris mais pas un mot au sujet de Socialisme; quant aux événements de mai 1968 et d’octobre 1970, ils semblent disparus de la mémoire collective, etc.Et il y a quelques raccourcis, comme celui d’associer aux spécialistes en sciences sociales des journalistes et des hommes politiques qui parfois ont eu une formation en sciences sociales.L’objectif de Stephen Brooks et d’Alain-G.Gagnon n’est pas de présenter une analyse exhaustive du développement des sciences sociales au Canada.La plupart des informations qu’ils présentent sont déjà bien connues.On savait que plusieurs spécialistes québécois en sciences sociales avaient été politiquement engagés et avaient participé au mouvement nationaliste ; on savait aussi Îue, pour l’ensemble du Canada, les iverses commissions royales d’enquête avaient largement utilisé l’expertise des spécialistes en sciences sociales.L’intérêt d’une telle étude réside dans la comparaison entre le Québec francophone et le Canada anglais : le spécialiste québécois apparaît beaucoup plus près du modèle de l’intellectuel d’avant-garde et le spécialiste canadien-anglais, plus près de celui du défenseur de l’ordre établi.Et comme principe explicatif de cette différence culturelle, les auteurs invoquent la question nationale et les conditions particulières de la modernisation du Québec durant les années 1960.La situation du Québec ne serait donc pas distincte, elle aurait été tout simplement exceptionnelle, l’espace d’un moment, celui de la Révolution tranquille.Depuis, que ce soit du côté canadien-anglais ou du côté québécois, « la fonction d’expertise des sciences sociales a continué de prendre de l’importance avec l’expansion des capacités analytiques de l’État » (p.20).Et lorsqu’il y a critique, il s’agit habituellement de « policy critics » et non pas de « social critics » remettant en cause les fondements de la société capitaliste.Pour S.Brooks et A.-G.Gagnon, qui se promettent d’« étudier plusieurs autres situations et sur des périodes plus longues », le mystère de l’engagement politique des spécialistes en sciences sociales demeure entier.Leur analyse est très globale et se situe au niveau des « forces culturelles, économiques et historiques qui déterminent la signification des idées » (p.127); elle ne tient compte ni de la structure des milieux intellectuels et universitaires, ni de la dynamique des partis et des diverses organisations politiques.Faut-il s’étonner que certaines manifestations comme le féminisme et le pacifisme leur échappent ?L’une des caractéristiques de l’engagement politique des intellectuels est de prendre des formes inattendues et de se manifester au moment et là où l’on s’y attend le moins : bref, de remettre en question la définition même du politique.Le sida slogans FAIRE FACE AU SIDA sous la direction de Jean Martin préface du Dr Jonathan Mann, de l'Organisation mondiale de la santé Lausanne, Favre, 1988, 295 pages HUBERT DOUCET L’ÉTRANGER qui voyage en Suisse est d’abord quelque peu surpris de la place qu'occupe dans les différents cantons l’information publique sur le sida.Au Québec, après les querelles à propos de certains messages télédiffusés, on a parfois l’impression que la préoccupation publique s’est estompée.En Suisse, au contraire, un effort d’information et d’éducation se poursuit de façon soutenue et coordonnée.Un livre récent de Jean Martin, médecin du canton de Vaud, s’inscrit dans cette démarche.Il y est d’abord et avant tout question d’aider les personnes concernées, c’est-à-dire toute la population, à prendre une meilleure conscience des multiples dimensions de l’épidémie.Les collaborateurs du volume fonL d’une manière ou d’une autre, face au sida.Qu’ils appartiennent à un groupe à risque, qu’ils travaillent comme animateurs en éducation sexuelle, qu’ils soient des jeunes confrontés à une situation inconnue de leurs aînés, leurs professions les mettent en contact quotidien avec des sidéens.À tous, la même question a été adressée : comment le sida a-t-il transformé leur existence personnelle ou professionnelle ?À partir de là, les répondants étaient invités à dire leurs efforts pour appréhender les problèmes, trouver des solutions novatrices et décrire comment l’épidémie peut représenter des chances de dépasser les angoisses du moment pour arriver à une société plue conviviale.Faire face au sida comprend trois parties.La première rassemble des réflexions d^observateurs de la com-munauté qui cernent quelques grands défis du sida.Par exemple, on donne, en tout premier lieu, la parole aux jeunes pour qu’ils manifestent leur perception du sida.Ensuite, autre élément de qualité, vient l’analyse du rôle des médias par un journaliste qui nous fait vivre de l’intérieur la perspective qui est la sienne.Enfin, à la lecture de ces textes, le lecteur découvre rapidement que le sida est une série d’enjeux de sans ni peur société.La seconde partie du volume aborde différentes situations.Elle est intitulée « Au front ».Cette section décrit concrètement comment des groupes particuliers répondent à l’épidémie et discutent des problèmes auxquels ces groupes sont confrontés.On y décrit, entre autres, le rôle des mouvements homosexuels dans la campagne suisse contre le sida.Dans ce pays, le sida a peut-être amorcé une transformation de la société à l’égard des gais, n paraît être un facteur d’intégration plus que de rupture comme dans la Bavière toute proche.Dans les secteurs où se rencontrent des groupes à risque, la politique de prévention tend a responsabiliser les individus.Au fondement de cette attitude, il faut reconnaître une attitude non moralisatrice et non discriminatoire des campagnes gouvernementales de prévention.Dans la troisième partie du volume, des professionnels du secteur sanitaire et social présentent des stratégies pour l’avenir.On y décrit les modes de prise en charge médicale en Suisse, plus particulièrement dans le canton de Vaud, et les problèmes auxquels sont confrontés les différents milieux de santé.Dans ce domaine, la Suisse a choisi d’en appeler à la collaboration étroite des intervenants de tous les niveaux.Différentes questions de stratégies sont abordées, comme celle de l’enfant, d'un service social d’assistance et de la prévention.Est discutée, en particulier, la difficulté de la prévention dans certains milieux puisque « la résistance a ses raisons que la prévention ne connaît point ».Faire face au sida ne répond pas à toutes les questions auxquelles nous confronte l’épidémie.Certaines problématiques sont spécifiques a la Suisse, comme le système d’assurance-santé.D’autres, qui concernent plus spécifiquement l’Amérique, ne sont pas abordées.Malgré ces lacunes pour le lecteur québécois, ce livre, publié sous la direction de Jean Martin, sera d’un grand service pour toute personne préoccupée du sida puisque son approche n’est ni celle des slogans ni celle de la peur.Au contraire, et c’est là sa grande qualité, ce volume sollicite notre aptitude à faire preuve de tolérance et à chercher des réponses appropriées à des situations nouvelles. Moscou, à l’heure de la révolution MOSCOU Schalom Asch traduit du yiddish par Rachel Ertel Paris, Belfond, 1989, 368 pages Alice R4RIZEAU _e“res A é*rongères LE ROMAN de Schalom Asch a attendu plus d’un demi-siècle pour sa traduction du yiddish au français, ce qui est d’autant plus surprenant qu’il s’agit d’une vision tout à fait remarquable des causes profondes de la révolution russe.Au lieu de discuter de grandes idées, l’auteur parvient à saisir sur le vif cette atmosphère de fièvre, d’enthousiasme, de peur et d’indifférence qui régnait à l’époque dans les différents quartiers de Moscou.L’action se déroule au moment où, d’une rue à l’autre, d’une grande place à l’autre, les ombres d’ouvriers qui ont faim, qui ont froid et qui cherchent un abri commencent à se glisser entre les hôtels particuliers.Les usines sont fermées et les magasins aussi.Des milliers de soldats désoeuvrés, revenus du front, attendent les ordres.Eux aussi ont faim.À l’opposé, à l’hôtel Métropole, on ne manque encore ni de réserves de nourriture, ni de vins et les clients continuent à être bien reçus à condition d’être connus.Avocats, financiers, propriétaires terriens, femmes du monde, actrices et cocottes vivent enfermés là en attendant Dieu seul sait qui et quoi.Ils ne savent même pas ce qui se passe au Kremlin, mais cela ne les rend pas trop nerveux.Pas de radio, pas de télévision, pas de nouvelles fraîches dans le sens moderne de ce terme; on écoute donc les potins du premier venu et on les accepte comme des vérités incontestables dès qu’ils sont le moindrement optimistes.Et d’une page à l’autre, on décou- vre l’importance du hasard.Dans les deux camps, des individus déclenchent des agressions imprévisibles qui sont plus puissantes que l'instinct de conservation.L’absurdité de la situation apparaît petit à petit à quelques sages, mais ils n’osent pas sortir de l’ombre et s’emparer des postes de commande.Ils savent que les officiers et les élèves des écoles militaires ont échoué, que le général Kornilov, comme beaucoup d’autres hauts gradés, n'a pas sû remplir sa mission et préfère attendre à l’hôtel Métropole.Entre gens de bonne compagnie, on se comprend; dans la salle de billard règne une atmosphère chaleureuse; les serviteurs apportent à manger dans un autre salon; les sourires, les bons mots et l’argent circulent, ce qui est rassurant, jusqu’au moment où, en pleine nuit, dans la lumière des lampes à pétrole et des bougies, les pauvres montent.C’est une scène hallucinante, décrite avec une simplicité dont seul un romancier de grand talent peut être capable.En fait, il ne se passe rien.Tout simplement, des cuisines et des caves arrivent les hommes et les femmes qui y travaillent depuis toujours sans même deviner ce qui se passe dans les salons de l’hôtel.Les cuisiniers et les préposés à l’épluchage des légumes, puis ceux qui, nuit et jour, alimentent en charbon les fournaises, comme ceux qui lavent et repassent.Tous, ils vivent confinés dans les recoins où ils couchent à même le sol et ignorent le reste.La rencontre des dames qui dorment sur les sofas des salons et des femmes édentées, horribles, maigres et sales, c’est l’explosion de l’envie, du goût d’instaurer une autre justice, de prendre de force les places déjà occupées.En trois pages, le romancier démontre au lecteur non initié que l’affrontement entre les plus démunis et les autres classes sociales était inévitable dans cette Russie du début du siècle où l’obscurantisme et l’analphabétisme n’étaient pas con- sidérés comme des maladies sociales à combattre.En d’autres termes, on se rend compte pour ne plus l’oublier de sitôt que Dickens, comme Zola, comme Reymont, ne pouvaient naître russes.Mais Moscou, de Schalom Asch, c’est plus que l’histoire du début de la révolution dans les rues de cette ville, c’est une fresque où plusieurs personnages bougent, vivent leur existence propre et expriment leur philosophie de l’existence.« Une maladie est comme un voyage dans un lointain pays.Elle épure le passé et le met à une distance telle qu’il apparaît, constate l’avocat Mirkin, comme un simple mirage.» Mirkin lutte justement contre la maladie de son fils qui, par le plus extrême des hasards, est soigné dans un palais transformé en maison de convalescence pour militants bolchéviques.Dans le lit voisin, un garçonnet très malade attend les visites de son père et c’est ainsi que Mirkin se lie d’amitié avec cet étranger, un pauvre ouvrier, et découvre que comme lui il est dominé par l’angoisse de perdre son enfant.Face à ce danger-là, le statut social et l’argent n’ont plus aucune importance ! Vieux symboles, vieilles vérités que celles de l’égalité absolue des humains devant la mort, mais ils font à ce point partie de la trame romancée et se justifient si bien par l’action qu’on ne relève à la lecture aucun lieu commun.Schalom Asch, né en 1880 à Kutno, petit village industriel polonais, a émigré aux États-Unis en 1914.À l’époque, il commençait déjà à être considéré dans certains milieux comme un très grand écrivain juif.Jusqu’à sa mort, survenue en 1957, il continua à écrire en yiddish mais, depuis, plusieurs de ses romans, dont Moscou, ont été traduits et leur lecture semble démontrer mieux que les critiques les plus élogieuses l’importance de ce romancier dont l’oeuvre vieillit bien.L’ontologie de l’absence MENSONGE Malcolm Bradbury Paris, Presses de la Renaissance 1988, 186 pages GUY FERLAND LORSQUE NOUS le croisions, dans un corridor obscur de la Sorbonne dans le milieu des années 60, nous savions que nous avions devant nous l’une des figures les plus marquantes de l’histoire.Ce grand homme, discret jusqu’à l'évanouissement, enseignait à quelques initiés dans une classe turbulente dans laquelle il y avait, outre moi, Jacques Lacan, Roland Barthes, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Louis Althuser, Philippe Sollers, Jean-François Lyotard, Félix Guattari, Julia Kristeva, Pierre Macheray, Guy Brouillé et, plus occasionnellement, Samuel Beckett, Jean Genet, Jean-Luc Godard et Alain Robbe-Grillet.Tous ces penseurs importants puisaient dans son cours la source de leur propre pensée et de leurs oeuvres.Ils écoutaient bouche bée la parole du maître.Il n’est donc pas téméraire d’affirmer que ce magistral professeur, presque toujours absent de ses cours, est la clé de voûte souterraine de tous les mouvements de la pensée contemporaine — déconstruction-nisme, structuralisme, post-modernisme, constructivisme, théorie de la réception, etc.On aura compris que je parle de l’auteur du livre fondamental de la philosophie moderne, De la fornication comme acte culturel : j’ài nommé Henri Mensonge.Le livre que Malcolm Bradbury lui consacre doit être regardé comme le premier pas vers un dévoilement de la vérité toujours cachée dans une origine dédoublée.Je veux dire qu’on doit saluer le courage, voire l’audace, de ce professeur anglais qui, contre toute attente, lève le silence qui entourait Henri Mensonge.Rappelons quelques faits.Henri Mensonge, contrairement à ce qu’affirme Malcolm Bradbury, n’est pas Bulgare de naissance, mais Québécois.Il a passé sa petite enfance dans le nord de Montréal, quelque part près de ce qui est devenu la plus grande réalisation du déconstruc-tionnisme, l’aéroport de Mirabel.Par ailleurs, il a effectivement passé son baccalauréat à l’École pratique des Grandes Hautes Études en sémana-lyse.Il publia, au tout début des années 60, des articles signés de nombreux pseudonymes dans la revue d’avant-garde Tel Quel.Avant Derrida et Barthes, il inventa le structu-ralo-déconstructionnisme affirmant, et je cite son livre introuvable : « Il n’y a pas d’à-propos à propos d’un quelconque à-propos à propos de la pensée.» Ce que Malcolm Bradbury traduit admirablement en précisant que « nous ne pouvons pas en même temps travailler avec le langage et le tailler en pièces au niveau du concept ».Mais un mystère et un silence de mort sont tombés sur le personnage et l’oeuvre du penseur depuis la fin des années 60.Une disparition subite a laissé la communauté philosophique pantoise et penaude.Sans en parler, tous les penseurs sérieux sont convenus de laisser dans l’ombre l’apport indépassable, même par Yaf-hebung hégélien, d’Henri Mensonge.Mais heureusement, Malcolm Bradbury s’est levé comme un seul homme et a démontré hors de tout doute, même l’hyperbolique, ce qu’on doit à Henri Mensonge.Quoi qu’il en soit, voici à titre indicatif, et avec l’autorisation de Malcolm Bradbury qui le cite à la fin de son ouvrage capital, la fin de De la fornication comme acte culturel, ouvrage qui, est-il besoin de la rappeler, mettait en question le « phallus transcendantal » et le « vagin métaphysique » dans ce passage qui précède de peu celui que nous voulons citer : « Ce qui m’intéresse, c’est l’acte de fornication, le coitus sui generis, le coitus tel qu’en, ou hors de lui-même, un signe vide attendant d’être lu, pourvu que des gens se donnent seulement la peine de marquer un temps d’arrêt s’ils peuvent, et essayent de lire.» La fin ?Mais tout le monde sait que De la fornication comme acte culturel est inachevé.Une chronique de l’horreur L’ARBRE DE VIE L’ÉLÉPHANT ET LE PROBLÈME JUIF Hugh Nissenson traduit de l’américain Arles, Actes sud, 1988 MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE À IzIEU, il y avait un petit garçon juif que son père avait cru bon de ramener de Zurich en France pour plus de sûreté.Il avait neuf ans.Dans l’Ohio des pionniers, il existe un guerrier delaware redoutable qui avait une douzaine d’années lorsqu’il fut tué d’une balle à la nuque.Actes sud vient de publier simultanément L'Arbre de vie et L'Éléphant et le problème juif, de l’Américain Hugh Nissenson, ce qui n’est pas innocent bien que les deux ouvrages aient paru aux Etats-Unis à trois ans d’intervalle.Le premier se présente sous les dehors faussement anodins d’un livre de comptes que décide de rédiger Thomas Keene, venu s’établir en 1811 près de Mansfield en Ohio, soit à l’ultime frontière occidentale des États-Unis de l’époque.Il serait sympathique, ce pasteur méthodiste, rebelle à sa foi, qui alterne la lecture de Ju-vénal à celle des Psaumes, à chaque fois dans le texte.Ses beuveries entrecoupées de notations laconiques dans son journal — « masturbatus sum » — nous feraient sourire, n’eût été du propos général de l’ouvrage, autrement plus grave.Car il y a dans cette lutte entre Indiens delaware et pionniers blancs le tragique d’une autre extermination sur laquelle L'Éléphant et le problème juif jette un éclairage singulier.Klaus Barbie, en effet, ne devait pas éprouver autre chose que le même détachement cynique de Phil Seymour qui « veut tuer tous les Indiens de Greentown, même les enfants ».Les lentes finissent par devenir des poux.Mais, quand les Delaware massacrent des Blancs, ils leur coupent les parties génitales qu’ils leur enfouissent dans la bouche.De même, ils emportent les seins des femmes pour s’en faire des outres.Nulle complaisance, pourtant, dans le journal de Thomas Keene, qui met autant de soin à noter ses achats au magasin général, ses dettes et ses avoirs qu’il en met à raconter l’horreur de l’un ou l’autre camp.Comme si, dans cette énumération, il entrait avant tout un désir d’ordre devant le chaos des destinées humaines.Désir d’ordre aussi, mais vain celui-là, face au magma confus de la sexualité et du désir.Le pasteur Keene, à demi-fiancé à une jeune veuve, Fanny, met .en scène des fan- tasmes esclavagistes avec la Noire Lettiece Shipman qui a été vendue aux enchères et le lui a raconté.La réalité cruelle s’en trouve pervertie.Le désir sexuel est une chose effrayante.La vie aussi, quand Dieu n’est plus là.« Aidez-moi à vivre sans Jésus, Torn », demande Fanny qui revient, meurtrie mais vivante, de sa captivité auprès des Indiens qui l’ont obligée à assister au supplice de Jethro Stone, autre pionnier.De même, comment ce Dieu a-t-il permis que certains reviennent de Dachau avec le souvenir de tous les morts, comme un boulet ?Comment permet-il qu’en Palestine, des juifs tirent sur des gamins arabes ?Avec Nissenson, nul n’est exempt du mal, ni Blancs, ni Indiens, ni juifs, ni Arabes, ni collaborateurs, ni Allemands.L’humanité entière est comme cette Amérique des pionniers, toujours prête à brandir un verset de la Bible en guise d’argument, mais qui s’enivre, fornique, pratique l’esclavage, vole et se masturbe.Sombre constat.Sans espoir ?Pas tout à fait.C’est par la négociation que Fanny est libérée.Parce que chez ces Blancs, à côté des fusils et des haches, il se trouve un John Chapman qui entend la langue et la mentalité indiennes.Et parce qu’à Lyon, 40 ans après, on fait tout de même un procès à Klaus Barbie.Le Devoir, samedi 1er avril 1989 REJEAN GEORGES DOR PAUL OHL YVES BEAUCHEMIN PARTIS POLITIQUES ET SOCIETE QUEBECOISE “E DUPLESSIS Cette analyse de la vie BOURASSA 1944-1970 PELLETIER politique du Québec, de 1944 à 1970, démontre que les partis politiques sont des forces autonomes et des agents de transformation sociale qui ont contribué, de façon importante, à la dynamique remarquable qu'a manifestée la société québécoise au cours de cette période.L'auteur donne un sens tout à fait nouveau et fort original aux informations qui concernent ce quart de siècle.397 pages - 29,95 S JULIETTE POMERLEAU ••Le voyage a été passionnant.Pour que dure le plaisir, je me fixais des limites.Rares sont les livres qui nous investissent de façon aussi décisive.S'il n'existe pas de recette sûre pour écrire des best-sellers, on sait maintenant (.) pourquoi Le Matou en est devenu un, pourquoi Juliette Pomerleau reproduira très probablement le succès du roman précédent.» ,> Réginald Martel La Presst r 692 pages - 24,955 DRAKKAR LE ROMAN DES VIKINGS L'incroyable odyssée des plus grands aventuriers de mers de tous les temps: les Vikings.Une fresque saisissante sur un monde tourmenté par 1 grande peur de l'Apocalypse et les signes annonciateurs des Temps Derniers.Un roman dont les résonances se comparent à la confrontation de Caïn et Abel, à la magic de Merlli l'Enchanteur, au souffle d'ExcalIbur et au mystère du roman Le Nom de la Rose.542 pages - 24,955 JE VOUS SALUE, MARCEL-MARIE Avec l'humour qu'on lui connaît mais, surtout, avec la tendresse et la délicatesse qui caractérisent son style, Georges Dor nous décrit les premiers pas dans la vie de Marcel-Marie Moineau.Puis, nous quittons la campagne pour l'accompagner à Montréal, la -grande ville».Nous vivons scs amours, scs déceptions aussi, pendant que les années passent et que se profile à l'horizon l'image inquiétante de la vieillesse.Un livre qui nous va droit au cœur! 226 pages - 18,95 5 ÉDITIONS QUÉBEC/AMÉRIQUE 7 D-8 ¦ Le Devoir, samedi 1er avril 1989 • te plaisir des j ivres De la piscine de plastique aux effluves du A Jean tr E1HIER-BLAIS JêËb/* ?1 es carnets MJEAN MARCEL me fait penser à un joueur chevronné qui, avant de pénétrer dans la salle de • jeux, décide de s’offrir le triomphe difficile.Il dressera sur le parcours de sa victoire tous les obstacles.Les chiffres porte-bonheur, il les délaissera ; au moment de gagner, il fera en sorte de perdre.R se mettra le croupier à dos.Il n'acceptera de tout rafler que faute de tout perdre, par une sorte de mépris souverain du destin.Et lorsque, à l’aube, notre joueur quitte le casino, ses rivaux, les passionnés du jeu, ceux {jour lesquels jetons et tapis vert n'ont plus de secrets, les adorateurs du hasard, lui sourient, lui font, de la main, des signes d’amitié et d’admiration.Il a gagné, par-delà toutes les espérances.C’est ainsi que M.Jean Marcel a semé d’obstacles la route de son Hypatie ou la fin des dieux.L’époque.Hypatie a été lynchée en 415.Le lieu, Alexandrie, ville de la célèbre bibliothèque.Les circonstances, qui sont, au milieu de luttes théologiques pour le pouvoir, la disparition des dieux de l’Antiquité.Le décor, fait de désert, de monastères, de temples, de villas romaines, avec la Méditerranée que M.Jean Marcel compare à une plaie de sel et d’eau.Ajoutez à cela les innombrables va-et-vient des moines, des évêques, des administrateurs et vous aurez une idée du grouillement humain intense de ce livre.Sauf Hypatie, attachée à sa ville natale, les personnages de ce livre sont tous gyrovagues, atteints du mal des grands départs, chargés de mission, qui à Constantinople, qui en Hibemie, emportés par le tournoiement de la vie.Et pourtant, Hypatie est aussi un roman de méditation sur le cours des civilisations, sur cette passion cruelle qu’est la foi, sur l’abnégation, sur l’amour de l’Esprit.Voilà l’obstacle suprême que M.Jean Marcel s’est suscité à lui-même; il a situé son affabulation à une telle hauteur qu’on se demande, dès les premières pages, si on aura la puissance spirituelle, lecteur paresseux, de le suivre et de l’accompagner jusque dans son Empyrée.Merveille des merveilles ! On est vite emporté par la puissance du récit et par la perfection du langage qui l’accompagne.Nous sommes en présence du meme phénomène qu’à la lecture de Marguerite Yourcenar ou de Pierre Grimai.Le lecteur hausse automatiquement d’un ou de plusieurs crans son niveau de lecture.Il passe de la piscine de plastique dans son arrière-cour à la mer océane et aux effluves du grand large.Il se rend compte qu'il sait nager, que l’eau profonde ne lui fait pas peur, qu’il n’a pas été tout-à-fait gâté par la médiocrité de la production courante.Le sang lui monte à la tête, il avance dans un texte difficile mais dont les beautés lui facilitent le parcours.Bien sûr, M.Jean Marcel, qui ne connaît pas l’art des concessions syntaxiques, n’y va pas de main morte.Les termes savants, les locutions rares, les tournures savantes sont pour lui monnaie courante.Mais cela fait partie du jeu.À quel esprit viendrait l’idée de contester le roi de coeur ou la dame de trèfle ?Il en va de même en littérature.Un romancier qui connaît son métier ne fait pas parler de même façon la philosophe Hypatie et Séraphin Poudrier.Et Hypatie a le droit de s’exprimer parfaitement, puisqu’elle n’est pas québécoise.Le vrai problème du romancier est autre.Il consiste dans l'art du plausible, en sorte que son lecteur accepte d’emblée l’univers qu’il décrit.Les lecteurs de M.Jean Marcel (et j’espère qu’ils seront légion, comme ces dieux de l’Antiquité qui accompagnèrent en 415 Hypatie au royaume des Ombres) n’auront qu’à s’abandonner au rythme de sa prose.Aucun mot chargé du secret des mille connaissances et dont la valeur leur échappera, ne les retiendra dans leur lecture, car le contexte leur donne leur sens d’éternité.Ainsi, dans une promenade en forêt, ne s’arrête-t-on pas devant chaque fleur pour lui demander son nom.On avance dans un monde d’arbres et de ciel.On sait où on est, quitte à revenir plus tard se pencher sur les fleurs inconnues.Pour tout dire, on ne lit pas M.Jean Marcel comme un romancier ordinaire.H faut lui accorder ce don, qu’on reconnaît si facilement à une Marguerite Yourcenar, celui de la connaissance parfaite d'une époque alliée à un sens de l’intrigue (même policière) et à un style évocateur qui sont souvent à l’origine de chefs-d’oeuvre.Roman donc, d’accès difficile, mais d’autant plus envoûtant dès qu’on en a franchi le seuil.On se découvre, avec une simplicité évangélique, tout aussi érudit que l'auteur.Il ne reste qu’à l’accompagner, avec Hypatie.Synésios et Palladas, qui sont les gens bien du livre et à fulminer contre Cyrille et son cortège d’horribles moines.Hypatie ! J’avoue, à ma grande honte, que je n’avais d'elle que le vague souvenir d’une lecture de Barrés.Elle fut la dernière des philosophes dits païens.Elle officiait au Mouséon d’Alexandrie au début du cinquième siècle, vêtue de blanc, couleur philosophique.Elle enseignait la sérénité platonicienne, parente terrestre de la Diotime du Banquet.Chaste penseresse, elle figurait ce que l’Antiquité avait pu produire de meilleur dans tous les ordres.On la vénérait.Il était donc fatal qu’elle fût emportée par la marée de vulgarité théologique qui recouvrit l’Occident à cette époque.M.Jean Marcel décrit avec vigueur cette lutte pour le pouvoir d’où les Chrétiens ne sortent pas grandis.Ils ressemblent fort à ces « Iscariotes poilus et mangeurs d’oignons » dont parle Hertel.L’Antiquité des dieux a eu, elle aussi, ses martyrs.On l’oublie, car l’Église chrétienne, dans sa possession tranquille de la vérité, les a occultés.Hypatie est l’un de ces martyrs.Après un prologue d’une grande intensité poétique, M.Jean Marcel nous plonge dans le maëlstrom.C’est toute l’histoire de ces temps troublés qu’il nous révèle, mais une histoire vécue et racontée par des témoins.En premier lieu, Hypatie.Elle est fille de philosophe, qui a grandi dans la philosophie.Elle succède à son père comme guide intellectuel.Du matin au soir, les jeunes gens nobles de la ville prennent part aux discussions dont elle est le centre.La méthode socratique est toujours à l’honneur.Dans ce roman, la philosophie d’Hypatie se résume à des déplorations sur la disparition progressive du polythéisme, au profit du Dieu crucifié.Cela est naturel, car en période de crise, l’esprit est obnubilé.grand large Hypatie ne fait pas exception à la règle.Elle correspond avec son ancien élève Synésios, grand seigneur converti au christianisme et devenu, par acclamation, évêque de Ptolémaïs.L'action progresse par lettres.Hypatie, devenue presque aveugle, trouve à ses côtés le jeune Palladas, qui lui sert de secrétaire et de factotum.Il racontera sa mort, comment, désignée par le brutal évêque d'Alexandrie comme victime propitiatoire, Hypatie est assassinée, lapidée, par un groupe de moines.Par un jeu de circonstances, et c’est ici que l’ingéniosité de M.Jean Marcel se donne libre cours, elle se transformera en Catherine d’Alexandrie, patronne des philosophes, dont le corps repose sur le mont Sinaï.Le culte chrétien s’est approprié de nombreux dieux antiques.Il n’est que de reciter les jours de la semaine pour s’en convaincre.Ici, ce sont, avec la bénédiction savante de M.Jean Marcel, les dieux antiques qui revivent sous forme chrétienne.Donc, tout se tient; il n’y a pas, dans la civilisation, de solution de continuité.Ce qu’on peut dire, c’est que l’évolution nous entraîne, à chaque étape, vers le bas.Qui a remplacé Hypatie ?Le destin de l’illustre philosophe ne laissera personne indifférent; ni le style, ni le mouvement intérieur d'Hypatie ou la fin des dieux.M.Jean Marcel a choisi de situer son livre dans les milieux d’Alexandrie où le combat des fois rivales avait attteint son point culminant d’intensité.L’avenir de la civilisation se jouait autour du destin symbolique d’une femme.Beaucoup d’historiens se demandent à quelle date s’est accomplie la chute de l’Empire.On peut leur proposer celle de 415, qui vit mourir Hypatie.Sublime scène, l’une des plus belles du livre, lorsqu’Hypatie mourante, traînée dans une église par ses assassins, lève les yeux vers l’image dans sa gloire d’un Dieu miséricordieux.Leurs regards se rencontrent et celui de la martyre est rempli de pitié, comme si elle plaignait ce Dieu qui devra désormais assumer seul le destin des hommes.Le roman de M.Jean Marcel est plein de ces rencontres vertigineuses.Elles ne sont pas la moindre parure d’un admirable livre.HYPATHIE OU LA FIN DES DIEUX Jean Marcel Montréal, Leméac, 1989 Au commencement était Hawking UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS Du big bang aux trous noirs Stephen Hawking traduit de l'anglais par Isabelle Naddeo-Souriau Paris, Flammarion 1989, 236 pages PIERRE CAYOUETTE D’OÛ VIENT l'Univers ?Comment et pourquoi a-t-il commencé ?Connaîtra-t-il une fin ?Et si oui, comment ?Nous, les laïcs, les dépourvus de culture scientifique, sommes tenus à l’écart de ces grandes questions.Nous y cherchons vainement réponse, à moins de s’abandonner aveuglément à quelque exégèse.Même les philosophes modernes, dépassés par les progrès de la science.ne se les posent plus, ces questions fondamentales, comme du temps d’Aristote.Dans Une brève histoire du temps, Stephen Hawking entreprend de percer le mystère de la création de l’Univers.Il le fait avec générosité, dans une langue qu’il veut simple et accessible aux non-spécialistes que nous sommes.On ne peut apprécier l’ouvrage sans connaître quelques bribes de ce singulier destin qu’est celui de Hawking.Cosmologiste et physicien de réputation internationale, Stephen Hawking occupe la chaire des mathématiques de l’Université de Cambridge.Il oeuvre donc là où Isaac Newton et autres grands savant sont passés.Depuis 1965, une grave maladie neuromotrice (l’amyotrophie latérale ou syndrome de Lou-Gehrig) le gruge.En posant son diagnostic, la médecine avait, d’ailleurs, prédit sa mort prochaine.Mais, 23 ans plus tard, Hawking persiste, toujours vivant.Il demeure, toutefois, confiné à un fauteuil roulant, incapable de marcher et d’écrire.Incapable de parler, aussi, depuis 1985.Une trachéotomie lui a, en effet, fait perdre ses capacités locutoi-res.Mais, grâce à un petit synthétiseur et à un ordinateur monté sur sa chaise roulante, il peut communiquer.Son intelligence, prodigieuse, demeure intacte.Et rien ne peut freiner sa passion.Il a mis quatre ans de travail pour écrire son livre, à raison d’un mot à toutes les six secondes.Sa raison d’être : découvrir une théorie complète de la création de l’Univers, une théorie qui serait compréhensible dans ses grandes lignes par tout le monde, et non par une poi- Il QJMC UIMf CONTRIBUEZ A L’EFFORT INTERNATIONAL ABONNEZ FRANÇAIS BEAULIEU • BOUCHER • COUSTURE D’AMOUR • GARNEAU • HAMEL LACOURSIÈRE • POUPART • PROULX RENAUD HIVER 1989 ‘NÜMÉROQ C’EST BIEN DE NOUS LIRE MAIS C’EST ENCORE MIEUX DE NOUS FAIRE LIRE 1 AN-3 NUMÉROS 22,22$ LE QUÉBEC LITTÉRAIRE 4572, rue St-Denis, 2e étage Montréal, Québec, H2J 2L3 Tél.: (514) 848-9757/58 gnée de scientifiques.Ce projet s’avère assez fort, semble-t-il, pour endiguer la maladie qui le ronge.Stephen Hawking rêve du jour où nous tous, philosophes, scientifiques et même gens de la rue, serons capables de prendre part à la discussion.« Ce sera le triomphe ultime de la raison humaine — à ce moment, nous connaîtrons la pensée de Dieu », écrit-il.À ce jour, les savants expliquent l’Univers à l’aide de deux théories partielles de base.La théorie de la relativité générale d’Albert Einstein et la mécanique quantique.La première traite de l’infiniment grand, la seconde explique de l’infiniment petit.Or ces deux théories demeurent à ce jour totalement incompatibles.Hawking, lui, a entrepris de les réunifier, de fournir une théorie unique qui décrive l’Univers dans son ensemble.Selon la théorie de la relativité générale, il a dû y avoir un état de densité infinie dans le passé, le « big bang», qui s’est avéré le commencement effectif du temps.Si l’Univers s’effondrait, suivant cette théorie, il y aurait un autre état de « densité infinie » dans le futur.Ce serait le « big crunch », la fin des temps.En revanche, sans entrer dans le dédale de la mécanique quantique, précisons simplement qu'elle introduit un élément d’imprécision et de hasard dans la science.Einstein s'y est toujours opposé.Car, pour lui, « Dieu ne joue pas aux dés ».D’où PHOTO DAVID GAMBLE/ Time Magazine Stephen Hawking dirige la chaire de mathématiques à Cambridge.l’incompatibilité avec sa théorie.En unifiant les deux théories, soutient Hawking, une nouvelle possibilité apparaît à l’horizon : « L’espace et le temps forment ensemble un espace fini, à quatre dimensions, sans singularité et sans bord.» U n critique new-yorkais disait de cet ouvrage qu’il constituait le parfait exemple « d’alibi culturel » ; ce genre d’ouvrage que tous se procurent pour placer bien en montre dans leur bibliothèque, sans pour autant le lire.Parce qu’il est incompréhensible au commun des mortels.La singulière condition de l’auteur et son combat courageux contre la maladie, racontés par tous les news magazines américains ou français, ne seraient pas étrangers au succès de l’ouvrage.Une breve histoire du temps est vite devenu un best-seller aux États-Unis, l’été dernier, tandis que la version française de cet essai fait déjà des malheurs en France.Le critique new-yorkais David Blum n’avait pas tout à fait tort.L’ouvrage demeure ardu et difficile d’accès pour « l’honnête homme» peu familier avec les théories de la relativité générale et de la mécanique quantique.Ce même lecteur, pour peu qu’il fasse l’effort de traverser les passages arides, y trouvera toutefois les germes d’un humanisme généreux.Il y trouvera une vision de la vie qui transcende les règles et équations savantes pour toucher l’essence de l’être humain.4 Épaulettes dicule, le grotesque et l’imbécilité sont légion chez nous, les sources d’inspiration de Gaboury sont multiples.« Pour moi, ce qui prime avant tout, c’est de provoquer le rire.Je ne veux pas faire de leçons à personne, d’ailleurs, je suis loin d’avoir un comportement sans reproches ».Une de ses caricatures récentes au Soleil présente bien cet état d’esprit de Gaboury.La scène se déroule dans un supermarché où l’on remarque une immense pancarte qui affirme que ce magasin ne vend pas de produits chiliens.Sous la pancarte, un cher consommateur avec son panier à provisions, remplis de TV dinner et autres produits aussi infects.« Tu vois, dans cette petite caricature, je fais passer bien des idées.Un, les gens d'ordinaire s’aümentent plus ou moins bien; deux, les propriétaires peuvent bien se présenter comme tant soucieux de la santé de leurs clients, mais au fond, regardent tous les produits indigestes qu’ils offrent sur leurs étagères; et trois, vous ne trouvez pas que les gouvernements charrient quelque peu dans toute cette histoire-la.Tout le monde y trouve son compte, sans faire de morale ».Ouais, d’accord, Gaboury ne se veut pas un homme de combat.Il doit bien y avoir certains groupes qui se rapprochent de sa conception de la vie.« Pas vraiment, si ce ne sont que les gens qui doivent subir une certaine forme de pouvoir ou d’oppression.Tous ceux qui on sont à la tête de nos institutions, qu’elles soient politiques, policières, syndicales, ont tendance a abuser de ce pouvoir.Dans mon petit livre idéologique à moi, les absurdités de notre société ne sont pas l’apanage d’une seule et unique personne ou un seul parti politique.Si le fleuve Saint-Laurent est sale et crotté à l’extrême, c’est juste de la faute à Bourassa.Tous ceux qui acceptent sans broncher le sont tout autant.» Gaboury travaille en solitaire.C’est donc de Saint-Jean-Chrysos-tome qu’il projette sa vision du monde dans nos différents médias.Il est évident que les assidus de la revue Croc connaissent déjà son grand talent.« Cette exposition me fait grandement plaisir.Tu peux bien parler de consécration pour moi, mais avant tout, ce qui est important, c’est que ce festival pourra démontrer au grand public que la BD québécoise existe.» Que tous les Hugo Lauzatt de la Terre se le tiennent pour dit.Dorénavant, Serge Gaboury n’aura jamais plus besoin de se tirer une balle dans la tête pour que Ton reconnaisse son oeuvre.4 L’humour (caricaturiste au journal Le Soleil et collaborateur à Croc) comme locomotive du festival en présentant une rétrospective de ses meilleurs dessins.Quel affront.Le réseau de cette organisation semble n’avoir aucune limite géographique, ni de barrières de langues.Ils possèdent des points de contacts aux États-Unis et au Canada anglais.Inviter Matt Wagner, un des tenants de la nouvelle bd américaine, Berni Wrightson, dont la qualité de l’oeuvre dépasse parfois l’entendement et Ken Steacy, Canadien anglais de la Colombie-Britannique grand maître du airbrush, dénote la force de cette organisation.Peut-être qu’on protège ces gens-là en haut lieu.Je soupçonne fortement qu’ils aient lu le manifeste du maire Doré sur « Montréal, ville internationale à la jonction de deux grandes cultures».Je vous le redis, ces gens-là me font peur.Mais que font les autorités ?J’implore ardemment la GRC, Interpol et le FBI (qui pourrait y dépêcher son meilleur agent, Steve Ketchup dit « Red ») d’ouvrir un dossier à leur sujet.CENTRAIDE A BESOIN DE VOTRE AIDE.DONNEZ.Cantralda Stephen Hawking, ce savant exceptionnellement doué, semble capable de réaliser le rêve d’Einstein, la résolution de cette énigme qui hante l’humanité: l’origine du monde.Un fascinant voyage à de la science moderne (’intérieur llama»''*'’' ' Umm
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