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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1989-04-29, Collections de BAnQ.

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le plaisir des 1LYSSE LA LIBRAIRIE DU VOYAGE ¦ Guides ¦ Cartes routières ¦ Accessoires Ouvert le dimanche 4176, Saint Denis Montreal Mont-Royal n 643 9447 1206 Saint Denis Bern n 269 9675 560 Président-Kennedy McGill n 289 0993 Montréal, samedi 29 avril 1989 Maudits Anglais Cette lettre ouverte aux Québécois d'un franco-ontarien indigné est un cri d'angoisse et de colère.Dans Maudits Anglais, publié chez Stanké, Jean-Paul Marchand rend compte de l'injustice dont souffrent les francophones hors Québec et se scandalise de la réaction des Anglo-Québécois face au problème de l’affichage.JEAN-PAUL MARCHAND SI SEULEMENT vous pouviez comprendre, comme moi, à quel point les Anglo-Québécois ont été choyés, respectés, gâtés, et cela depuis fort longtemps, par le peuple québécois ! En fait, comparés aux minorités francophones, les Anglo-Québécois sont les riches héritiers de la Confédération, alors que .nous en demeurons les enfants pauvres.Pensez-y bien.Au Québec, les anglophones contrôlent leur propre système scolaire, du niveau primaire jusqu’au niveau universitaire.Us ont plus de 300 écoles primaires, çrès d’une dizaine de collèges et même trois universités.En plus, les Anglo-Québécois administrent leur propre système de santé, possèdent leurs propres réseaux de communication, a savoir trois quotidiens, 18 hebdomadaires, 11 stations de radio et trois stations de télévision, sans compter les 30 autres chaînes, dont toutes les chaînes américaines, accessibles par câble.Faut-il ajouter que cette communauté est la plus riche et la plus influente au Canada, qu’elle contrôle une grande partie du commerce et de l’industrie et qu’elle détient une voix puissante au sein des gouvernements québécois et fédéral ?.Les Franco-Ontariens seraient très heureux d’avoir seulement le quart des droits que possèdent les anglophones du Québec.Toutefois, mon but, ici, n’est pas de pleurer sur le sort des francophones hors Québec, mais de faire comprendre aux Québécois que les anglophones du Québec ne font pas pitié, malgré tout ce que peuvent dire les QTberville Fortier et les juges de la Cour suprême du Canada.Jamais les Anglo-Québécois n’ont connu l’abolition de leurs droits fondamentaux, même sous la loi 101.Ce n’est pas le cas pour les Frànco-On-tariens.Notre histoire à nous commence avec l’interdiction complète de nos droits les plus essentiels.L’enseignement de la langue franç a ise, et tout ce qui se rapportait au français en Ontario, fut, en effet, officiellement interdit pendant plus d’un demi-siècle.L’esprit de répression qui est né et qui s’est développé durant ces années-là continue de faire son oeuvre encore de nos jours.Saviez-vous que le racisme envers les francophones était prêché ouvertement dans les réunions publiques par les hommes politiques a la fin du siècle dernier ?Dès 1885, le gouvernement ontarien légifère pour interdire l’enseignement du français dans toutes les écoles de la province.Les francophones de l'Ontario ont, bien sûr, défié cette loi, de même que celle qui suivit en 1890.Ils les ont ignorées et ont continué d’enseigner le français à leurs enfants.Les Anglais croyaient qu’ils avaient fait disparaître le français des écoles de la province, mais ils se sont aperçus, au tournant du siècle, que la langue française était aussi forte sinon plus forte que jamais en Ontario.C’est alqrs que le gouvernement conservateur et orangiste du temps, dirigé par le premier ministre James P.Whitney, s’est allié à l’Église catholique irlandaise pour faire adopter, par l’Assemblée législative de l’Ontario, le règlement 17, qui interdisait, encore une fois, l’enseignement du français dans toutes les écoles.Pour fairç respecter la loi, cette fois-ci, on y ajouta la possibilité d’amendes sévères, de congédiements et de gel des taxes scolaires.Les manuels français venant du Québec étaient détruits.;.Solitude amoureuse FRANCE LAFUSTE PHOTO LES PAPARAZZI AU MUR D’ENTRÉE, il a mis quatre photos : on le voit à cheval dans les Cantons de l’Est où il vivait en commune il y a 25 ans, à bicyclette en Hollande, sur un voilier au milieu de l'Atlantique, sous l’eau en plein coeur du Pacifique.Quatre photos qui, à elles seules, résument le personnage Robert Blondin, l’homme de toutes les aventures et de toutes les découvertes.Quand il ne peut les vivre lui-même, il se les fait raconter à son émission quotidienne à Radio-Canada qu’il a appelée simplement L’aventure.Il y a quelques années, cet animateur à tous crins partait à la recherche des gens heureux.Il en tirait une série radiophonique de 150 émissions.De cette vaste enquête $ur les mécanismes du bonheur, il publiait en 83 les conclusions dans Le Bonheur possible : les gens heureux y avaient bien une histoire.Robert Blondin, coeur sensible peut-être souvent meurtri, en profitait pour régler son cas à l’amour un jour, l’amour toujours.Ce fut Le Mensonge amoureux.Et quand il tombe sur les aventures et le personnage de Joshua Slocum, grand navigateur du 19e siècle finissant, le premier à faire le tour du monde à voile, en solitaire, sa solitude amoureuse le touche en plein coeur.Il se dit qu’il y a là de quoi faire un roman biographique, une « autobiographie apocryphe reconstituée à partir de souvenirs recueillis au grenier de la légende volontaire du héros », écrira-t-il plus tard en formule liminaire.De l’essai théorique sur l’amour, il passait, dans 7° de solitude ouest, aux sentiments profonds.Les siens.Joshua Slocum, grand navigateur qui, dès 1895, quitta Boston à bord d’un yawl de 11.2 m, avait tout pour séduire Blondin, timonier à ses heures, qui, lui aussi, fit la traversée de l’Atlantique sur un bateau à voile.Mais il y a plus.Slocum était un marginal.Et pour Robert Blondin, qui aime tous ceux qui sortent du rang, qui aimerait vivre entre les Marquises, Montréal et Paris, c’était bien suffisant.« Cet homme a cherché la gloire toute sa vie.Il faisait donc tout pour qu’on le remarque.Et puis, surtout, c’est un personnage dont les histoires d’amour semblent correspondre un peu aux miennes.» Voila le point névralgique.La passion pour la mer n’avait d’égale que celle qu’il vouait à une femme complice « comme on en trouvait peu a l’époque ».Après sa mort, il n’a pas réussi vraiment à Robert Blondin aimer de nouveau.Et pourtant, il est fasciné par l’idée du recommencement.Mais les grands recommencements ne durent jamais.Robert Blondin s’est permis de lire entre les lignes de sa vie parce qu’il a cru y deviner une expérience, une souffrance commune.« À partir de là, je lui ai prêté mes sentiments », ajoute-t-il.Il faut dire que ceux qui se sont penchés sur son cas, dont Teller et Victor son fils, n’ont guère été plus loin que le récit d'un exploit.Slocum lui-même ne s’épanchait pas dans ses chroniques.Dans cette terre encore en friche, il y avait de quoi parler des amours d’un homme à tout âge, bref de la condition masculine.Robert Blondin serait-il un peu Slocum ?Grand sourire complice derrière un regard cerclé de lunettes resté jusque-là sévère : et si c’était l’inverse ?Cruelle solitude amoureuse mais aussi douloureux abandon social.En trouvant la gloire, Slocum pensait pouvoir la garder à tout jamais.Malgré son exploit, ses livres, ses conférences, il est retombé dans l’oubli.Pour Robert Blondin, observateur de son temps, il y a là d’évidentes similitudes avec ce milieu dans lequel il navigue depuis plus de 25 ans : « Aujourd'hui, la gloire passe par la médiatisation de l’image.Pour atteindre une sorte de nouvelle sainteté, il faut passer de la radio à la télévision.C’est le prix à payer pour durer, semble-t-il.Je vis dans un milieu où se vivent des gloires éphémères.Si vous saviez le nombre de gens que j’ai vus ne pas se relever de n’être plus reconnus dans la rue.C’est un phénomène qui me fascine parce que ça fait mal.Mais il y a une autre façon de dire les choses : cet homme a remplacé l’être aimé par l’admiration de milliers de gens.Être aimé de la foule et incapable d’aimer une seule personne.Ça aussi, je le vois autour de moi.» Robert Blondin est un communicateur de métier qui se plaît à dire qu’il est, depuis tout jeune, comédien, réalisateur, animateur.Alors, s’il écrit, c’est pour que les paroles ne s’envolent pas.« Ça fait 25 ans que je fais de la radio, c’est une forme de communication qui m’est très chère mais, à partir de la quarantaine, il est un peu '‘hypothéquant” pour des gens préoccupés de durer.Dès le premier bouquin ( Chers Nous autres, recueil de correspondances), j’ai eu envie que les choses restent.C’est souvent parti d’émissions de la radio.» Dans 7“ de solitude ouest, pas de support médiatique.Robert Blondin a passé trois ans de sa vie à faire des recherches pour restituer les événements qui ont participé au devenir social et politique des pays où Slocum fait escale; une façon de découvrir une société, une géographie, un pays de la fin du 19e.Mais il se défend d’être un spécialiste de quoi que ce soit : « Je suis un homme de synthèse, dit-il fièrement.Je fais partie de cette dernière génération de généralistes qui en savent assez sur à peu près tout pour se permettre de faire des liens entre les phénomènes ou les événements qui apparemment n’en ont pas.Je le fais a la radio, je veux continuer dans l’écriture.Même chose pour les sports.J’en pratique plusieurs mais je n’excelle dans aucun.Ce n’est pas grave.L’important, c’est de connaître.Je suis un expérimentateur dans mon métier comme dans ma vie.Avec le taux d’échec que ça comporte.» Au fait, le 7" ouest, savez-vous où il se trouve ?Exactement sur l’île de Sainte-Hélène, où Napoléon vécut le drame de la solitude.Pure coïncidence, dit Robert Blondin.En quelque sorte, le sixième sens du voyageur.UNE ENTREVUE AVEC L’AUTEUR DE LA LECTRICE L’aimable légèreté de l’être PHOTO JACQUES GRENIER MARIE-CLAIRE GIRARD RAYMOND JEAN ?Mais il est à l’image de ses livres : en: joué, aimable, disert.Homme chaleureux qui inspire confiance et respect, il a longtemps été un écrivain marqué par des préoccupations théoriques, le nouveau roman, le structuralisme, des réflexions sur une nouvelle littérature, en plus d’être impliqué dans des mouvements de gauche.Il s’est aperçu qu’il ennuyait les gens.« J’ai décidé de m’amuser un peu, dit-il, sans doute sous l’effet de l’âge.Les éditions Actes sud m’ont demandé d’écrire de petits récits assez rapides, assez courts; je me suis pris au jeu et je vois que ça plaît, que je rejoins un large public de cette façon.J’en suis venu à des idées de plaisir, de désir, avçc une écriture simple mais sans concession.EL avec La Lectrice et le film qui en a été tiré, le phénomène a pris une ampleur considérable.» Transports, un autre roman dans la même veine que La Lectrice, est une histoire, vraie au départ, sur l’indiscrétion de la caméra.Mais, au fur et à mesure que la narration avance, il s’y glisse une réflexion sur les couples vivant une situation inattendue et qui doivent repenser leur dynamique et prendre position face aux relations qu’ils entretiennent.Il y a, cependant, peu de souffrances dans ces romans : l’humour sauve tout.Et Raymond Jean dit ne pas aimer l’univers de la tragédie.Le connaissant bien comme professeur, il tente de l’évacuer, et écrire La Lectrice, Transports ou Les Fantasmes de Bella B., c’est sa façon aussi de dédramatiser l’existence.Raymond Jean Il y a toujours beaucoup de livres dans les romans de Raymond Jean : « L’idée pour moi, souligne-t-il, c’est de montrer que les livres et la littérature ne doivent pas rester inactifs; le livre peut modifier la vie et l’imaginaire, influencer les comportements.Les femmes res- sentent cela mieux que les hommes, d’ailleurs.Les hommes se méfient de l’imagination et des libertés de l’esprit.» Raymond Jean est un écrivain qui se mêle de la narration, qui implique son lecteur et qui laisse parfois la fin d’un roman complète- ment ouverte.Pour voir.Tenant d’un érotisme raisonnable, Raymond Jean, en bon Français cartésien, se demande, par ailleurs, pourquoi il y aurait contradiction absolue entre la raison et une certaine liberté érotique.Et il parle ainsi de son prochain livre, une biographie de Sade, à paraître prochainement chez Actes sud : « Les gens ont souvent lu Sade de façon incomplète, en diagonale.C’est, d’ailleurs, un phénomène qui est lié à toute littérature clandestine et je développe, dans ce livre, la thèse selon laquelle, lorsqu’on parle de l’ennui que sécrète Sade, il s’agit, en fait, de défense inconsciente.Sade se répète beaucoup, évidemment, et surtout au niveau de la mécanique sexuelle, mais, en réalité, il y a une lecture nouvelle à faire de Sade, à partir de notre fin de siècle.On publiera bientôt ses oeuvres complètes dans “La Pléiade”, et je voulais faire une biographie lisible pour le grand public, celles qui existent étant davantage des dossiers érudits pas du tout faciles d’accès.Et, à chaque fois que je propose une de ses oeuvres, je suggère également une direction de lecture.» Raymond Jean donne des cours sur René Char et sur la littérature érotique à l’Université d’Aix-en-Provence.Il est père de trois enfants, un fils aux activités politiques et syndicales, deux filles impliquées dans la littérature et le cinéma, des enfants dont il dira être content, même s’ils ont choisi d’embrasser des carrières un peu incertaines.Comme grand-père, Raymond Jean est celui qui raconte des histoires, qui permet qu’on transgresse les interdits, qu’on mange des gâteaux et qu’on dise des gros mots.Un rôle qui a l’air de l’enchanter.Il avoue que, pour beaucoup d’écrivains, la relation familiale est d’une complexité extrême.À cause de tout le dit et le non-dit, de ce qui est suggéré dans les livres, qui est une partie préservée, secrète.Ses enfants lisent ses livres mais ne lui en parlent pas, même chose du côté de sa femme : une adhésion implicite mais sans discussion sur l’oeuvre.Pour Raymond Jean, cette implication très personnelle de l’écrivain dans ses livres engendre une certaine gêne et beaucoup de pudeur dans la famille.Il y a, par contre, des inconnus qui lui écrivent, qui croient se reconnaître en lisant tel ou tel roman.À la suite de la publication de La Lectrice, quatre jeunes filles étaient persuadées qu’il s’agissait d’elles, et à d’autres, le roman a donné l’idée de pratiquer ce métier.Il y a eu de vrais annonces dans les journaux, tout comme celle que Marie-Constance avait fait paraître pour se trouver du travail Raymond Jean est athée mais se dit très sensible à tout ce qui entoure les idées de fraternité et de charité dans la religion chrétienne.Les thèmes mystiques le frappent mais la religion lui semble un poids très lourd, un fardeau de culpabilité dont on peut très bien se passer.« Je suis étranger à la métaphysique, ajoute-t-il, je suis un voyageur sur la terre.Notre fin de siècle signifie la perte de beaucoup d’illusions, le désengagement social et politique.C’est pourquoi j’investis tellement dans le libidinal dans ce type d’écriture enjouée avec lesquels je concocte mes petits romans.C’est un peu le revers de l’engagement.» PIERRE PERRAULT La grande allure I.De Saint-Malo à Ronavista RECIT DE VOYAGE ! « fHEXAGONE PIERRE PERRAULT LA GRANDE ALLURE l’Hexagone îotif de l'édition littéraire québécoise RECIT DE VOYAGE RÉCIT DE VOYAGE québécoise lieu distinctif de l'édition littéraire D-2 ¦ Le Devoir, samedi 29 avril 1989 • le plaisir des ivres Même ce qui est tragique peut être beau LES BEST-SELLERS j LE TEMPS D'ALEXANDRE Robert Jasmin Québec, les éditions Papyrus 1989, 251 pages SYLVIE MOISAN ROBERT JASMIN est avocat et sociologue de formation.Il a fait ses études supérieures à Paris puis a été syndicaliste, professeur et attaché politique à Québec auprès de trois ministres.Aujourd’hui, il est commissaire du travail.Il habite Neuville, dans le comté de Portneuf.Dans son récit, Robert Jasmin raconte la courte vie de son enfant, Alexandre, qui souffrait du syndrome de Wiscott-Aldrich.Cette maladie extrêmement rare, d’origine génétique, affecte seulement les enfants mâles et ne leur laisse que quatre ou cinq ans d’espérance de vie.Alexandre survécut jusqu’à l'âge de 13 ans, en partie grâce aux centaines de transfusions de plasma provenant de son père.Voilà ce qui sert de point de départ au récit.Pourtant, le côté anecdotique y est très vite relégué au second plan, pour laisser la place à une réflexion existentielle, voire métaphysique, suscitée, bien sûr, par la proximité de la mort, mais aussi — mais surtout — par l’amour profond qui unit le père et le fils.Pas de place donc ici pour le pathos, la grandiloquence ou le pathétique exacerbé.Le récit va tout de suite à l’essentiel et « cultive de l’authentique » comme il est si joliment dit dans un certain livre de Pagnol.Car la brève existence d’Alexandre, par sa richesse et sa force, a pour ainsi dire « ensemencé » la vie de ceux qui l’entourèrent.Loin de n’y apporter que souffrance et désespoir, à cause de la dimension tragique de son destin, elle fut la source d'un bonheur qui, d’une certaine façon, réussit à faire échec tant à la maladie qu’à la mort.« La vie d’un enfant vaut la vie de n’importe quel autre enfant », nous dit l'auteur, en quatrième de couverture.Qui songerait à le contredire ?À bien des égards, Alexandre était un enfant comme les autres ou, du moins, l’aurait été si le destin n’en avait décidé autrement.Les longs mois de sa vie passés à l’hôpital furent pour lui l’occasion de maintes découvertes.Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, il en profita, malgré la souffrance, pour découvrir le plaisir des livres, de la musique et du dessin.D’une curiosité insatiable et assoiffé de connaissances, il jetait sur le monde un regard neuf d’enfant toujours à l’affût de la beauté.Sans doute cette beauté était-elle déjà en lui puisqu’il la projetait sur le monde extérieur.Et c’est bien là l’un des secrets qui nous est dévoilé ou, plutôt, qui nous est donné par le père comme une révélation venant du fils : ce lien intangible entre le dedans et le dehors, entre le chagrin et le bonheur, entre la vie et la mort.Autant d’aspects d’une même réalité avec laquelle seul l’amour peut nous réconcilier.Lorsqu’Alexandre dira à son père, en parlant d’une musique de Mahler difficile d’accès : « J’aimerais aimer ce que tu aimes.», tout est dit des liens qui les unissent.Cette phrase, je l’entends encore aujourd’hui comme la plus belle des musiques : « J’aimerais aimer ce que tu aimes.» Alexandre venait de dire la formule permettant de trouver le chemin qui va de l’un à l’autre.Cette formule qui contenait, en somme, toute la démarche de l’amour.Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce récit : de l’amour.Non pas de la mort ou de la maladie, mais de l’amour et du pouvoir qu’il a de transcender la mort.Et ce pouvoir, c’est par la voix d’un enfant qu’il nous est révélé.Le père d'Alexandre exprime ses sentiments avec pudeur et discrétion, sans jamais verser dans la complaisance.Il a truffé son récit de citations littéraires toujours choisies avec beaucoup de justesse.Jamais sentencieux, il a su éviter les avatars du récit autobiographique.À vrai dire, par la profondeur de ses réflexions, la finesse des émotions exprimées, et grâce à une écriture raffinée oui témoigne d’une grande sensibilité, il partage avec le lecteur quelques-unes des grandes découvertes qu’il a faites, grâce à son fils, et réussit à nous convaincre que, comme le disait si bien Alexandre, « même ce qui est tragique peut être beau ».GUY FERLAND Le scénario de Jésus de Montréal est publié JÉSUS DK MONTRÉAL, scénario du nouveau film de Denys Arcand, paraîtra aux éditions du Boréal le 3 mai, 12 jours avant sa présentation à Cannes en compétition officielle.Outre le scénario du film, ce livre comprendra un avant-propos de l’auteur et un cahier de photographies.Une directrice à l’Union des écrivains québécois HÉLÈNE MERCIER a été nommée à la direction générale de l’Union des écrivains québécois.Elle travaille à l'Uneq depuis octobre dernier seulement, au service des droits, principalement au dossier des négociations avec les différents organismes du milieu littéraire.Elle succède à Yves Légaré.Le prix de la bande dessinée québécoise LE PRIX de la bande dessinée québécoise a été décerné, le 12 avril dernier, au cours du deuxième Festival de la bande dessinée de Québec, à l'album Les fdomie's, de Rémy Simard et Philippe Chauveau, publié aux éditions Kami-Case.Maurice Henrie reçoit le prix Ottawa-Carleton LA CH AMBRÉ à mourir, de Maurice Henrie, déjà finaliste au Trillium Book Award, a remporté le prix Ottawa-Carleton, le 21 avril.Le jury était composé du critique John Hare, Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Lancement Mercredi 3 mai de 17h à 19h NORMAND de BELLEFEUILLE CE QUE DISAIT ALICE , Éditions Ijllshlllt ll/C/l/C Vendredi 12 mai de 17h à 19h CLAUDETTE HOULD L IMAGE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE Publications du Québec / Musée du Québec a,9 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 du traducteur Bill Ritchford et de la poétesse Deborah McMullen.Le concours était ouvert aux écrivains des deux langues habitant Ottawa.Vingt-quatre livres ont été soumis.Québec/Amérique lance une nouvelle collection JACQUES FORTIN, président-directeur général des éditions Québe-c/Amérique, a annoncé cette semaine la création d’une nouvelle collection, « Paix », que dirigera Serge Mongeau.La collection comprendra des textes de réflexion et des ouvrages pratiques sur des actions concrètes ayant pour but de faire progresser la paix.La collection « Paix » publiera des textes originaux ainsi que des traductions.Les Gens du livre déménagent LES PROCHAINES rencontresdes Gens du livre se tiendront au bistro Chez Babou (3814, rue Saint-Denis) au lieu du bar Le Mélomane.Henri Tranquille et Yves Gauthier invitent le public à venir questionner, surtout sur l’écriture, Danielle Roger, de 20 h à 21 h lundi prochain, à ce nouveau lieu de rencontre.On se souvient que Danielle Roger a publié un recueil de nouvelles, L'Oeil du délire (VLB éditeur, 1988) et de nombreux autres textes, récits, entrevues, critiques, dans diverses revues.Elle est aussi rédactrice en chef de la revue littéraire et de photographie Ciel variable et elle anime une émission littéraire à Radio Centre-Ville, Paragraphes, depuis plus de quatre ans.Concours de création de textes LE JURY des concours de création de textes du module des lettres de l’Université du Québec à Chicoutimi a fait connaître récemment les noms des lauréats de cette année.Meil- leurs textes de quatre lignes : premier prix à Hervé Bouchard pour « Ballet » ; deuxième prix à Bertrand Bergeron pour « La chute»; troisième prix à Louis Tremblay pour « Nuit torride ».Meilleurs textes de trois pages : premier prix à Danielle Tremblay pour « La lettre d’adieu » ; deuxième prix à Guy Joncas pour « Hérosgène »; troisième prix à Vianney Gallant pour « Courage et limites d'une écriture automatique ».La proclamation des gagnants a eu lieu le mardi 18 avril en même temps que le lancement de la revue La Bo-nante H9, qui contient quelques-uns des textes primés.r Sylvain Trudel lauréat Canada-Suisse LE CONSEIL des arts du Canada a annoncé que l’écrivain montréalais Sylvain Trudel avait remporté le prix littéraire Canada-Suisse 1988 pour son roman Le Souffle de l’harmattan publié en 1986 aux éditions Quinze.La remise du prix a eu lieu cette semaine dans le cadre du salon du livre de Genève.Le prix littéraire Canada-Suisse, doté d'une bourse de $ 2,500, a été créé conjointement par le Conseil des arts du Canada et la fondation Pro Helvetia.Il est décerné alternativement à un écrivain yss-js 1 wcoo\.nom'.Les sssSsss- oroh'baflt P ,,e guerre commerce-U .*eurs interior sut VUSM»;le 113 ' rte au ctim»'°»"e des drogues.3pp nnlervenantdes En ^- Pour i ___——¦—” Pour abonnement: Presses de l'Université de Montréal a/s de PÉRIODICA.C.P.444 Outremont, Qc H2V 4R6 suisse et à un écrivain canadien pour une oeuvre publiée en français au cours des huit années précédant l’attribution.Une soirée Est-Ouest UN ÉVÉNEMENT gigantesque est oraganisé par Georges Ferenczi pour célébrer le 1er mai avec des films, vidéos, photos, peintures, sculptures, installations, performances et des lectures d’artistes d’origines hongroise, polonaise, tchèque, yougoslave, roumaine et québécoise.On remarque la présence de Mark Adamkiewicz, Michel Campeau, Benoit Fauteux, Pétr Franka, Gérald Godin, Jacek Jarnuszkiewicz, Vla-dimir Krysinski, Geneviève Le Tarte, Gaston Miron, Pierre Nep-veu, Alexis Nouss, Thomas Vamos, Gregor Zamierawski, et plusieurs autres.La soirée Est-Ouest se déroulera en deux temps : un 5-à-7 au Bistro 4 et des spectacles-expositions de 7 à 10 h au 4040, boulevard Saint-Laurent (angle Duluth).Pour tous renseignements supplémentaires, appeler Georges Ferenczi au 598-9709.Prix littéraires au Salon du livre de Québec LE PRIX Adrienne-Choquette de la nouvelle a été remis, au Salon du livre de Québec, le mercredi 19 avril, à l’auteur Normand de Bellefeuille pour son recueil Ce que disait Alice, publié aux éditions L’Instant même.Y van Tremblay, journaliste à Télé-Métropole, a remporté le prix de poésie Octave-Crémazie avec son recueil L'Espace heureux (Écrits des Forges).Marc Favreau a reçu le prix de l’Ordre des francophones d’Amérique.Concours international de poésie Vincent van Gogh UN CONCOURS international de poésie est organisé par l’Association pour la commémoration du centenaire de la mort de Vincent van Gogh, sous la haute présidence de Léopold Sédar Senghor, membre de l’Académie française.Ce concours est ouvert à tous les poètes de langue française et se termine le 30 juin 1989.Il a pour thème : « Vincent van Gogh, son oeuvre, son destin ».Les meilleurs textes seront publiés dans un livre d’or sur Vincent van Gogh.Pour renseignements, s’adresser au Consulat général de France à Québec, 25, rue Saint-Louis, GIR 3Y8, tél.: (418 ) 688-0430, ou au CAP (Connaissance de l’art par la poésie), B.p.21, 95430, Auvers-sur-Oise.Evelyne Bernard remporte le prix Logidisque de la sci-fl LE GRAND PRIX Logidisque de la science-fiction et du fantastique québécois a été attribué, pour la catégorie livre, au roman fantastique La Vaironne, d’Évelyne Bernard (Guérin littérature), et, pour la catégorie nouvelle, à Geisha blues, de Michel Martin (pseudonyme de Jean Dion et Guy Sirois), texte de science-fiction paru dans L’Année de la science-fiction et du fantastique québécois 1987.Les noms des lauréats ont été divulgués dans le cadre du Salon international du livre de Québec, le jeudi 20 avril.Le représentant du commanditaire du prix, Louis-Philippe Hébert, président-directeur général de Logidisque, a remis respectivement à Evelyne Bernard et au duo Michel Martin des bourses de $ 1,000 et $ 500.Le jury était présidé par Claude Ja-nelle, secrétaire général du grand prix Logidisque, et réunissait Gilles Pellerin et Francine Pelletier, lauréats du prix en 1988.LES LIVRES CHAUDS! Fiction et biographies 1 Juliette Pomerleau Yves Beauchemin Québec/ Amérique O)* 2 Le Zèbre Alexandre Jardin Gallimard (3) 3 L’Homme qui plantait des arbres Jean Giono Gallimard/ Lacombe (2) 4 Drakkar Paul Ohl Québec/ Amérique (10) 5 La Vérité sur Lorln Jones Alison Lurie Rivages (6) 6 Maudits Sauvages Bernard Clavel Albin Michel (7) 7 2061 Odyssée lit A.C.Clarke Albin-Michel (-) 8 Ça Stephen King Albin-Michel (-) 9 La Nuit des Perséldes Jean-Alain Tremblay Quinze (-) 10 La Vieille qui marchait dans la mer San Antonio Fleuve noir (5) Ouvrages généraux 1 Douces Colères Gil Courtemanche VLB (2) 2 Le Mal de l’âme D.Bombardier et C.Saint-Laurent Robert Laffont (1) 3 Père manquant, (Ils manqué Guy Corneau éditions de l’Homme (-) 4 Une brève histoire du temps Stephen Hawking Flammarion (4) 5 Le Chemin le moins fréquenté Scott Peck Laffont (3) Compilation fait» à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf-fin, Demarc; Québec: Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi: Les Bouquinistes: Trois-Rivières : Clément Morin: Ottawa : Trillium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre indique la position de l’ouvrage la semaine précédente Radio-Canada FM LE LUNDI 1er mai à 16 h, au magazine de littérature étrangère Fictions, trois ouvrages récemment parus sont commentés en table ronde par les chroniqueurs Louis Caron, Jean-François Chassay, François Hébert, Stéphane Lépine, François Ricard et Suzanne Robert.L’animatrice est Réjane Bougé.LE MARDI 2 mai à 21 h 30, au magazine de littérature québécoise En toutes lettres, les chroniqueurs Roch Poisson (revues), Jérôme Daviault (essais), Robert Melançon (poésie), Jean-François Chassay (fiction), Francine Beaudoin et Jacques Thé-riault (actualité littéraire) font le tour des récentes parutions québécoises.L’animatrice est Marie-Claire Girard.Jack Robitaille lira « Le dernier » et « Le Chinois », de Marc Doré, Alexis le Trotteur et Blanche Pelletier.CIBL FM À L’ÉMISSION Poésie québécoise contemporaine, diffusée demain à 15 h, Yves Boisvert lira des extraits de la revue de poésie Estuaire, n” 52, et de Poète voile au vent, de Gabriel Landry._ GUY FERLAND Sur Delir : Décalage lendemain, trois des meilleures suites retenues par le maître de jeu sont proposées au vote.Celle qui est retenue de-vient la suite officielle de l’histoire.À suivre tous les samedis dans cette page et à jouer tous les jours sur Delir.Les participants peuvent gagner des bons d’achat à la librairie Renaud-Bray.Le ton du roman interactif a été donné la semaine dernière.Ce sont les lignes en gras.Suivent en italique les phrases qui ont été retenues, chacune signée du pseudonyme de son auteur.« Je lui disais toujours : il n’y a que toi qui sais si c’est bon pour toi.» Le ciel étoilé au-dessus de nous et la voix du dedan-s .Un téléphone dans la nuit à trois heures.Laconique.« Je l’ai eu .avec le décalage horaire, il devait être .minuit à Paris .Sur les bords de la Seine, le Doc marchait d'un pas alerte.Pourquoi La Salamandre lui avait-il téléphoné ?« Allô ! Je t'attendrai près du canal Saint-Denis ».EFFACE Et pourquoi à pied ?On savait pourtant que sa vieille blessure à la hanche le faisait souffrir en diable dès qu 'il avait parcouru plus de 500 mètres.VERT Sur une simple phrase, il accourait.Il laissait derrière lui ses douleurs et ses cogitations.Un appel de La Salamandre, ce vieux compagnon qu'il croyait disparu.Ml LOU Depuis le 22 avril, la grande aventure d’écriture prend forme sur le réseau Alex-3, code Delir.Cette date marque le départ d’un jeu d’écriture singulier inspiré d’une démarche surréaliste, celle des cadavres exquis.Le principe en est simple: à chacun d’écrire la suite de l’histoire laissée inachevée la veille.Le LIBRAIRIE Gil Courtemanche DOUCES COLÈRES Une réflexion exigeante sur des questions on ne peut plus d’actualité, comme la langue, la dénatalité, notre avenir politique et culturel et le journalisme.Rien n’échappe à l’oeil de cet observateur impénitent! Jacques Leclerc LA GUERRE DES LANGUES DANS L’AFFICHAGE Un ouvrage d’information exceptionnel sur cette question brûlante d’actualité: 77 pays souverains et 181 États sont passés au peigne fin.Un document unique qui esquisse un panorama complet des lois et des pratiques qui ont cours dans ces pays.158 pages 14.95 $ vlb éditeur DELAgrande littérature 420 pages 22,95 $ ^ Le Devoir, samedi 29 avril 1989 ¦ D-3 • le plaisir des ivres La poutine du Lux: for the happy few LUX Pierre Filion Montréal, Leméac 1989, 283 pages Jean-Roch l—l BOI7IN LfcÉ* Lettres ?û^éoecoises LUX : lumière, en latin.Le sait-on que ça n’éclaire pas beaucoup le roman.Dans mon latin d’enfant de choeur, ça se prononçait « loux ».Ça reste pour moi une marque de savon.Mais, pour les branchés qui courent les endroits où il faut être vu, c’est un restaurant dans la partie « gentri-fied» de la rue Saint-Laurent, à Montréal.Voilà donc l’éclairage précis jeté sur un lieu et sur une époque, car du Lux, qu’en restera-t-il quand l’air du temps aura changé ?C’est là que le roman se passe, en tout cas, que ça se brasse, que le bonhomme va se faire savonner les méninges par quatre bonnes femmes, pendant un an et près de 300 pages de dialogues, allongés d’espressos et de frites, s.v.p.Comme le Lux est aussi une tabagie et un immense magasin de journaux et revues, c’est un endroit où l’on peut s’attarder pour draguer entre gens du beau monde.C'est ouvert toute la nuit et Outre- mont (« Choquetteville », comme l’appelle François Hébert dans la revue Liberté) étant tout à côté, les yuppies peuvent venir y ressourcer leur spleen et leur existentialisme chromé, comme en un cénacle.Ainsi donc, notre Bob, 33 ans, professeur d'informatique dans un cegep, marié et père de deux enfants, en congé de maladie parce que menacé de devenir sourd d’une oreille (la parabole est martelée dans le texte), s’y retrouve-t-il un soir .« Vêtu d’un ensemble safari un peu trop à la mode, il avait l’air d’un professeur de banlieue qui cherche sa petite soeur.Comme les places étaient rares, il a demandé à s’asseoir à notre table; nous avons parlé, il n’était pas pressé, il aimait jouer au bridge et nous aussi; il disait qu’il avait quelques points de maître.H aline a sorti son jeu, pour voir, elle aime voir.C’était vrai.Il a réussi son contrat les doigts dans le nez : quatre coeurs.Le mort, ce fut Zaza.Toute l’histoire a commencé là.Maître ès coeur.» Maître ès coeur, mon oeil ! Comme mort-vivant, on ne fait pas mieux.Comme décollage, pour sûr, c’est génial, car tout le roman tient dans ces quelques lignes propres à faire saliver.Cet homme de passions tièdes, très convenable au demeurant, va se trouver emberlificoté dans le tricotage mental de quatre maîtresses-araignées, liées par une fondamentale solidarité d’espèce.C’est Zaza, la Française assimilée, qui lui plaît et qu’il réussit à toucher au coeur et au corps.Mais pas trop.Haline « la-pas-fine », qui joue de sa langue « comme d’un coupe-coupe » et pratique une saine vulgarité saupoudrée d'expressions américaines, veille au grain.Au nom d'un code, moral ou philosophique, qui m’échappe totalement.M., la troisième, note tout sur des napperons du Luxet ne dit rien.C’est elle qui nous raconte cette histoire et se livrera à quelques envolées inspirées, en fin de parcours, quand elle aura complété sa mosaïque d'écnture sur napperons.D’un bout à l’autre, une incessante logomachie.Elles sont quatre, en fait, appliquées à réformer le Bob qui souffre du « syndrome du Prince char mant ».Elles ont une alliée en Francine, conférencière munie de cassettes enregistrées sur tous les sujets d’ordre « spirituel », sorte de gourou du groupe, qui a une faculté mentale de communication peu commune.Ce sont des femmes du « Nouvel Âge ».Cette opération de décapage de l'in-tello macho à prétention littéraire (je ne l’ai pas vu se comporter ainsi mais c’est que je suis sourd à cette problématique, donc disqualifié, et par mon sexe même.Mande pardon ! ) donne lieu à un éclatement verbal constant semé de formules lapidaires résonnantes, sinon creuses, si finement tournées qu'elles en ont des airs de slogans.C’est un roman brillant, plein de virtuosité et réussi, en autant qu'on s’y intéresse.La véritable création, n’est-ce pas, c’est de savoir faire quelque chose de rien.Faire un por trait du vide est le suprême défi.Défi relevé.L’amour de Zaza pour Bob reste fondamentalement conditionnel.Haline est le genre d'amie qu'on préfère avoir comme ennemie.Quand à la Francine, c’est la « flyée » à ne pas inviter à dîner.11 arrive une Lise, en phase terminale de cancer, pour nous sortir du carré infernal et allonger la sauce de la poutine du Lux.Alors, la Francine « retrousse les babines » pour chasser l’odeur de la mort.Les visions utopiques de M., la ci-devant narratrice, donnent de fort belles pages et une naïve raison d’exister au roman, puisqu’il convient de l'appeler ainsi.Le pôvre Bob plonge dans leur vinaigrette avec le goût du martyre.Ça donne de la marinade, un exercice de style piquant, une mince nourriture.Un roman sur lequel d’autres que moi auront beaucoup à dire, qui pourront supporter les déblatérations d’un carré de chipies et le goût de se faire fouetter du pôvre Bob.Fiat lux ! Et qu’on laisse aux femmes d’écrire des romans féministes ! Faire ce que peux, c’est déjà beaucoup FAIS CE QUE PEUX Gérard Filion Montréal, Boréal, 1989 JEAN-V.DUFRESNE LE TEMPS est ingrat pour ceux qui ont vu tout un siècle passer, lorsqu’ils cèdent à la tentation de le raconter.Gérard Filion n’a pas encore cent ans, et à le lire, je soupçonne qu’il assistera, toujours aussi solidement charpenté, au lever du 21e siècle, appuyé sur une clôture de perche quelque part dans l'île Verte, le pays de ses ancêtres.Ingrat, le temps.Les mémoires de l’ancien patron du DEVOIR regorgent d’événements qui suivent à la trace le laborieux, enthousiaste et parfois désespérant chemin de la Révolution tranquille.Mais ce ne serait pas faire injure à la carrière de cet homme que de préférer entre toutes les cent premières pages de son livre qui tient lieu de ses mémoires, Fais ce que peux, publié le mois dernier aux éditions du Boréal.On dit que c’est l’homme qui fait la carrière, mais qu’est-ce donc qui a fait ce diable d’homme ?Peut-être avant tout la profondeur et la vivacité de ses racines campagnardes, au sens le plus noble et le plus au-thenthique qu’on doit attacher à ce mot qui n’a plus cours, à une époque IN SEARCH OF CANADA Daedalus Journal of the American Academy of Arts and Sciences vol.117, n° 4 automne 1988, 396 pages JEAN-PIERRE GABOURY ON CONNAÎT la vénérable et sérieuse revue américaine Daedalus.Dirigée par des intellectuels de la trempe de Daniel Bell, d’Isaiah Berlin et de Robert Wilson, elle attire naturellement des collaborateurs de haute volée, comme des Northrop Frye, des Stanley Hoffman et des Octavio Paz.Chacun de ses numéros porte sur un thème particulier, le plus souvent sur un des grands problèmes de notre époque, comme le montrent quelques-uns de ses derniers titres : « L’Art et la science», « La religion et l’éducation » et « La langue en tant que problème humain ».Certains de ceux-ci, particulièrement populaires, sont repris en volume et deviennent des ouvrages de référence.Voilà que Daedalus consacre sa dernière livraison de 88 à notre pays.Un honneur, en somme.Intitulé « À la recherche du Canada », ce numéro PHOTO JACQUES GRENIER > V V Gérard Fillon où les communications modernes ont réduit le lointain pays aux dimensions d’une banlieue.démontre l’attention plus soutenue que nous prêtent nos grands voisins depuis quelques années.On y trouve 15 articles rédigés par des nôtres, dont Lloyd Axworthy, Monique Bégin, Margaret Catley-Carlson, Léon Dion, Donald S.Macdonald et Gérard Pelletier.On y traite d’histoire, de géographie, de politique, de culture, de littérature et même de science et de technologie.Le Québec y occupe une place de choix.Révolu donc, le temps où le Canada se définissait sans le Québec, celui-ci est même maintenant une de ses marques principales.Il est toujours intéressant de lire un ouvrage sur nous, écrit par nous et destiné à des étrangers.La perspective dans laquelle chacun des auteurs présente notre pays est forcément un exercice de haute voltige et inévitablement fascinant à observer.C’est quelquefois l’occasion de prendre conscience de l’importance d’un aspect de notre société.Ainsi, il ressort de plusieurs de ces textes qu’il convient de plus en plus de tenir compte, dans nos analyses de notre pays, du fait qu’un tiers de notre population soit néo-canadienne.Ou encore, tout semble indiquer que le traumatisme de la tentative de sécession du Québec nous marque tou- Effarant, mais donnez à M.Filion la grâce méritée de vivre encore onze ans, et il aura chevauché deux siècles.Né quelques années plus tôt que 1909, il en eût chevauché trois ! Je tire par les cheveux, bien sûr.Il reste que l’histoire québécoise a déferlé avec une telle précipitation sur le siècle qui s’achève, qu’on peut, en l’étreignant un petit peu, à la manière d’un accordéon, le retrouver presque tout entier dans la mémoire des aînés de notre improbable peuple.Gérard Filion est né en 1909.Il faudra une première guerre mondiale et le spectre des casques pointus du Kaiser pour arracher son village au bucolisme du 19e siècle et découvrir l’existence d’un peuple qui parlait l’allemand.Ces pages qu’il consacre au paysage intime de son enfance, de sa famille, de ses proches, d’une généalogie incroyablement dispersée, ont la qualité tantôt d’un Krieghoff, tantôt d’une chanson de Gilles Vi-gneault.Gérard Filion n’est pas ce qu'on appelle un grand écrivain, à vrai dire il rappellera que, même journaliste, c’était un métier, écrire, qu’il ne prisait guère, et que le hasard lui imposa plutôt que la vocation.Et pourtant, on trouve dans les premiers chapitres de son livre une richesse de vieux mots, si vieux qu’ils sonnent jours profondément.En outre, on apprend toujours quelques phénomènes nouveaux.Par exemple : savons-nous que notre société est la plus urbanisée de la terre ?Ou même, que Toronto est la ville nord-américaine qui a le plus changé au cours des 30 dernières années ?Il s’agit, en somme, d’un document instructif et éclairé.Il aidera sûrement nos amis américains à mieux nous connaître.Et, ma foi ! il mérite amplement notre attention, même si, à première vue, il peut nous sembler superficiel.tout neufs pour nous, comme ceux qui parsèment l’indéracinable vocabulaire des personnages de Natash-quan.Et il n’y a jamais rien de faussement rustique dans cette narration.Mais n’accordons pas à Gérard Filion un mérite que lui-même ne se reconnaîtrait pas.Le hasard l’a fait naître à une époque qui donnait gratuitement aux hommes et aux femmes le temps de prendre racine, comme de droit de naissance.Grandir était en soi un acte réfléchi.Ce qu’on appelle aujourd'hui la sagesse des aînés était l’héritage naturel d'un siècle qui n’avait pas encore atteint la vitesse du son.Le mérite de M.Filion, c’est de l’avoir fait fructifier, sans jamais avoir oublié ceux dont il l’avait reçu.Cela nous a donné une pensée franchement équarrie, qui détestait les agréments de la nuance, un instinct de l’indignation, si rare aujourd’hui chez nos éditorialistes, une écriture souvent dédaigneuse des subtilités — celles-là, il les laissait à son camarade André Laurendeau — mais alors, quels éditoriaux taillés dans la masse ne nous a-t-il pas assénés ! De sa jeunesse, il parle sans nostalgie.M.Filion ne s’est pas donné le temps de s’ennuyer, et s’il évoque une période de l’histoire québécoise — canadienne-française, dirions-nous — son livre n’est pas une invite aux agapes du terroir.Ceux qui sont plus jeunes que lui de vingt ans auraient du mal d’ailleurs à se convaincre qu’un Québec aussi douillettement replié dans ses villages ait pu jamais exister.Les lecteurs québécois sont encore des nomades de la connaissance historique.Pour se faire une image cohérente de leur passé, pourtant si proche, ils doivent glaner ici et là à la recherche des événements qui les ont façonnés.Quelques beaux fruits mûrs, alors, dans cet ouvrage, dont il faut pourtant déplorer une omission, mais tel n’était peut-être le propos de son auteur.Car il faut rappeler à ses lecteurs un éditorial célébré : en 1963, le Crédit social fait élire aux Communes 26 députés créditâtes du Québec : « Le Québec n’est pas une province comme les autres, écrit-il alors.Le Québec est une province plus bête que les autres.» L’est-elle toujours ?Les Quinze félicite Sylvain Trudel! PRIX CANADA-SUISSE -Les librairies- Flammarion Scorpion 4380 St-Denis 284-3688 Galeries d'Anjou 351-8763 Carrefour Angrignon 365-4432 Galeries de Terrebonne 492-5688 Centre Laval 688-5422 Mail Champlain 465-2242 Place Montréal Trust (Niveau I) 499-9675 Le Canada expliqué aux Américains & 4e8u»^>c^M>-'>''4Ci ,v\a sortes EN VENTE CHEZ VOTRE UBRAIRE m»'»1'0 1 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 29 avril 1989 Mon beau jardin Une belle utopie UN JARDIN BIEN PENSE Guylaine Gillet-Cimon et Micheline Gillet-Desmartis Saint-Nicolas-Est (Québec) éditions InterMondes 1989, 150 pages FRANÇOISE LAFLEUR CK GUIDE d’aménagement paysager, avec bon nombre d’illustrations à l’appui, explique les données fondamentales de l’aménagement des cours arrière et latérales d’une propriété.Il signale au passage les erreurs les plus fréquentes de l’horticulteur ornementai amateur, erreurs qui sont souvent coûteuses.Au fil des pages, le lecteur peut suivre l’exemple des personnages (trois couples et deux personnes seules) en fonction de ses goûts, de la dimension de son terrain et, bien sûr, du contenu de son porte feuille.Pour aider tous les propriétaires à INTERMWOES FRANKLIN ROOSEVELT André Kaspi Paris, Fayard, 1988 GEORGE TOMBS FRANKLIN DELANO ROOSEVELT fut l’homme des paradoxes.Ce père de l’État-providence, du « New Deal », était, en fait, issu du PHOTO AP Franklin D.Roosevelt en avril 1939.bien « penser » leur jardin, les au teurs suggèrent des questions à poser aux fournisseurs avant d’effectuer son choix.Les informations les plus pertinentes pour mener à bien un projet d’aménagement sont présentées sous forme d’encadrés : comment lire un certificat de localisation, comment tracer soi-même les voies de circulation, comment indiquer les clôtures sur un plan, etc.Plus qu’un livre, Un jardin bien pensé comprend également une carte d’aménagement quadrillée (en système métrique et en pieds), 15 cartons couleurs nommés « modules d’aménagement » illustrant différents types et formes de stationnements, de piscines, d’allées, de patios, de remises, de plantes, d’arbres, etc., ainsi qu’un guide d'utilisation.La centaine d’illustrations, dues à la plume d’Aline Gravel, aidera à visualiser chacune des étapes de l’aménagement du terrain, à utiliser l’annexe intitulée « Projet de jardin ».Le terme « jardin » désigne ici l’ensemble du terrain où l’on cultive des végétaux utiles et d'agrément, et non pas le potager seulement comme le sous-entend souvent l’usage québécois.Lauréates de plusieurs prix, les soeurs Gillet ont obtenu, en 1987, le prix Milan-Halvin décerné par l’association Paysage Québec pour la réalisation du meilleur aménagement paysager.L’architecte paysager renommé Milan Ilalvin a écrit la préface de l’ouvrage: «J’ai rencontré les soeurs Gillet à chaque événement ayant trait à l’horticulture ornementale au Québec.En fait, je les considère comme de vraies pionnières de l’aménagement paysager dans la région de Québec où elles dirigent ensemble une entreprise de design.» cercle clos d’une vieille famille franco-hollandaise de New York (il épousa même une de ses cousines, Eleanor Roosevelt).Et cette incarnation du dynamisme et de la générosité fut confinée, la majeure partie de sa vie, au fauteuil roulant.Malgré son grand charme, ce président médiatique et impérial ne put cacher ses sérieuses lacunes, surtout en matière d’économie et de politique internationale.Avec Franklin Roosevelt, André Kaspi en est à son 10e ouvrage sur les Etats-Unis.Mais, à la différence des Américains (Seuil, 1988), survol exhaustif et sec de l’Amérique depuis 1607 jusqu’à nos jours, cette biographie française de Roosevelt (la première depuis 40 ans) nous fait découvrir un personnage complexe.Il était temps de revoir les accomplissements et les échecs de FDR.D’abord, parce qu’avec le recul, le prédécesseur de Roosevelt à la Maison-Blanche, Herbert Hoover, ne paraît plus aussi mou qu’autrefois.Ensuite, parce que les ouvrages de l’après-guerre ont vieilli et ont été suivis d’un corps impressionnant de recherches plus récentes.L’auteur examine la fondamentale ambiguïté de l’administration Roosevelt face à Vichy, les réticences qu’eut le chef à reconnaître la légitimité de Charles de Gaulle.Et la naïveté avec laquelle Roosevelt es- HISTOIRE DE LA CLINIQUE DES CITOYENS DE SAINT-JACQUES (1968-1988) Des comités de citoyens au CLSC du plateau Mont-Royal Robert Boivin Montréal, VLB éditeur 1988, 257 pages.MARCEL FOURNIER AUJOURD’HUI l’effervescence des années 1960-1970 nous apparaît lointaine.Certains s’y réfèrent avec nostalgie : c’étaient des « années de rêve », de grands projets et d’espoir fou.D’autres regardent cette période d'agitation comme une curiosité, une bizarrerie difficile à comprendre.Mais de ces années troubles, que ce soit pour la contestation étudiante en 1968-1969, le mouvement contre-culturel ou l’action des groupes marxistes-léninistes, il n’existe pas d’étude systématique.Centrée sur une expérience communautaire, la monographie que Robert Boivin fait des vingt ans (1968-1988) de la Clinique des citoyens de Saint-Jacques permet de suivre, mois après mois, année après année, « les efforts d’une fraction de la gauche pour changer le monde ».L’histoire de la clinique est d’autant plus révélatrice que s’y rencontrent et s’y opposent « tous les courants politiques alternatifs des années 1960-1970 : l’animation sociale, la social-démocratie radicale du Frap, le féminisme, le marxisme-léninisme ».Comme l’indique le titre d’un chapitre, « tout est politique » et, à l’interne, toutes les décisions se veulent démocratiques.Qui peut aujourd’hui croire qu’en 1970 la clinique compte deux employés salariés, un médecin et une secrétaire, et que « tous les LE JARDIN D'HERBES John Prenis Montréal, éditions de l'Homme 1989, 102 pages FRANÇOISE LAFLEUR « LE BASILIC fin vert, j’ai du beau basilic .», crient les marchands des rues de Paris.Et le proverbe latin ne dit-il pas : « Pourquoi l’homme mourrait-il quand la sauge pousse dans son jardin ?» Le jardinier amateur n’a besoin, en fait, ni d’outils compliqués ni de terrain immense pour se faire un « jardin d’herbes ».U n petit coin de terre bien drainé et quelques heures de soleil par jour suffisent, en autant que le jardinier « en herbe » sache s’y prendre avec les plantes aromatiques.La présence parfumée du cerfeuil dans la première soupe aux herbes fraîches de l’année sait revigorer tout en soulignant l’arrivée de l’été.Le livre sert de guide à qui veut cul- saya de charmer Pétain n’eut d’égale que sa mollesse à l’égard de Staline, au moment du partage en sphères d’influence de l’Europe.Kaspi explique, de plus, comment FDR, quatre fois vainqueur aux élections présidentielles, su répondre aux attentes changeantes de son public.Dans ce pays en plein désarroi social, mais qui se voyait comme un exemple pour l’humanité, Roosevelt eut tour à tour l’air d’un unificateur, d'un pacifiste, d'un rebelle, d'un grand stratège militaire et d’un maître de la politique politicienne.Roosevelt demeure sans conteste le plus prestigieux des présidents.Pourtant, l’auteur ne se demande pas si, de nos jours, l’électorat américain aurait laissé à un tel personnage l’occasion de rester aussi longtemps au pouvoir.Ses liaisons amoureuses secrètes, ses longues séparations d’avec sa femme, sa faible connaissance des pays étrangers, tout ceci susciterait beaucoup plus de critiques à l’ère des communications universelles et instantanées.Quoi qu’il en soit, ce fut au terme de ses quatre mandats que Roosevelt présida à l’émergence d’une su-per-puissance économique et militaire.La biographie de Kaspi donne un aperçu fascinant de l’ère roose-veltienne qui précéda et prépara la nôtre.deux reçoivent le même salaire, soit $95 (net) par semaine» ?Pour sa part, Robert Boivin ne cache pas sa sympathie pour ces militants qui « ont essayé de soigner des gens en voulant dépasser les contraintes financières, corporatistes et idéologiques de la société » et qui « ont tenté d’établir un mode d’organisation et de relations de travail défiant les lois du marché du travail ainsi que les barrières de classes et d’intérêts » (p.250).Mais il est aussi critique, en particulier à l’égard des groupuscules marxistes-léninistes; il identifie bien les limites de l’expérience de la Clinique des citoyens de Saint-Jacques, dont le bulletin d’information s’est un moment appelé le « Sain-Jacques » (sans t).La clinique a marché à l’idéologie : certes, « l’idéologie permet parfois de transporter des montagnes, mais comme les modes, elle est passagère » (p.249).Il n’est jamais facile d’abolir les différences de classe et de culture et de donner le même statut à tous les membres d’une organisation.Par ailleurs, pour dispenser des soins, surtout lorsqu’ils sont variés et autres que médicaux, il est impossible de le faire sans l’aide de l’État.Pionnière dans le domaine de la démocratisation des services de santé, la Clinique des citoyens de Saint-Jacques pouvait difficilement éviter d’être intégrée à un CLSC.Bien documentée, l’étude que présente Robert Boivin est intelligente, pleine de nuances.Voilà un üvre qui doit être lu non seulement par tous ceux qui ont cru à la « belle utopie » de la clinique mais aussi et surtout par ceux qui n’y ont pas cru; car « l’intérêt des utopies réside moins dans l’appréciation des résultats que dans le fait de les vivre ».liver des herbes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la maison.On y trouve bon nombre de conseils, le tout agrémenté finement d’anecdotes historiques.On y explique comment sécher les fines herbes et comment les transformer en beurre, tisanes, vinaigre et liqueurs.On y expose également les règles de base qui président à l’accord des mets et du parfum des herbes.L’ouvrage en vaut la peine, ne serait-ce que pour le coup d’oeil, la beauté des photographies couleurs.Mais il y a plus.On perce ici les secrets d’une opération bien délicate, celle de la multiplication des plantes d’intérieur.Les indications sont claires, les données bien présentées, illustrations à l’appui.C’est au printemps et au tout début de l’été qu’il convient de faire accoucher ses plantes de plusieurs petits rejetons.Qu’il s’agisse de multiplication sans graines, avec des boutures de tiges ou des boutures de feuilles, de multiplication par division, de marcottage aérien, de propagation par semis, les plantes n’attendent que votre coup de pouce pour se reproduire de l’une ou l’autre façon.On y trouve, de plus, un chapitre sur le greffage des cactus et un autre sur les mélanges de terre et le rempotage.On y explique aussi comment garder ses plantes en santé, avec dimensions et formes équilibrées.Enfin, l’horticulteur aventurier pourra faire naître de superbes plantes à partir de pépins de citron, d’un tubercule de pomme de terre douce, du feuillage d’un ananas ou de fanes de carottes.On découvre au fil des pages la manière ou l’art d’incorporer à sa vie quotidienne la beauté et le parfum des fleurs séchées.Et les photographies de Joe Standart rendent ici un vibrant hommage aux divers bouquets en provenance du jardin.On y apprend comment confectionner des couronnes d’herbes, des couronnes de fleurs ainsi que des eaux florales et des sachets parfumés.On s’initie à l’art des pots-pourris, jolis récipients remplis de fleurs séchées, d’herbes, d’épices, de feuilles et d’huiles essentielles, le tout bien dosé et savamment mélangé.Il s’agit ici de prendre plaisir à parfumer les pièces et de s’amuser à créer ses propres « senteurs pour la maison », le tout assaisonné de quelques renseignements sur la sélection des fleurs et des herbes, la plantation, le séchage et la conservation des plantes.L’ouvrage s’achève sur un guide d’adresses utiles qui ne peuvent servir qu’à ceux et celles qui habitent en France, mais tous y trouveront une bibliographie intéressante de titres français parus sur le jardin, les fleurs séchées et l’art de faire des bouquets.GUY FERLAND LA FEMME CHANGÉE EN BÛCHE Marie Ndiaye Éditions de Minuit 158 pages « J'AI rappelé à Valérie comment, autrefois, j’avais tiré mon mari de l’embarras en cédant au Diable pour lui, mon mari qui ne savait que gémir et se lamenter et former des plans oiseux, et se frapper la tête et regretter ses erreurs, et s’accuser inutilement, tandis que d’un pas ferme je m’étais rendue chez le Diable, horrifiant mon mari et ainsi pourtant le lavant de tous ses ennuis.Et voilà qu’il me mentait et me trompait ! Et peut-être depuis toujours, apparemment sans mémoire de rien et dans la plus totale sérénité ! » C’est ainsi que commence ce roman au titre farfelu .' -1 Ce jour-la en Nouvelle-France CAP-AUi-WAMANTS CE JOUR-LÀ EN NOUVELLE-FRANCE Barry Lane illustré par Jean-Marc Sanchez Cap-aux-Diamants, éditeur DANS CE PREMIER livre publié par l’éditeur Cap-aux-Dia-mant, on retrouve Justin, un jeune officier canadien à la fin du Régime français, par une radieuse journée de mai 1747.En suivant ses traces, on peut visiter les plus beaux sites de la capitale de l’empire français d’Amérique, reconstitués par Jean-Marc Sanchez d’après un texte de Barry Lane.Une belle occasion de redécouvrir la ville de Québec.LA VIE ANTÉRIEURE Henri Laborit éditions de l’Homme 298 pages CETTE AUTOBIOGRAPHIE est placée sous le signe du doute.Voyez comment le célèbre savant termine le rappel de son enfance : « Que je le veuille ou non, tout mon discours jusqu’ici n’a pas eu d’autre motivation sans doute que de me trouver et de faire accepter par le lecteur de prétendus mérites, ou au contraire de trouver un alibi à ce que je suis devenu.Les faits que je viens de rapporter sont exacts mais ce sont ceux que ma conscience a retenus pour répondre à mes motivations inconscientes — tenter de me satisfaire, gratifier mon narcissisme et me permettre de vivre.Les autres faits, je ne puis les dire car je les ignore.Ils n’ont point atteint mon champ de conscience; sans doute là, pêle-mêle, enfouis dans mon inconscient, refoulés par mes automatismes et mes interdits, motivant mon discours, sans jamais montrer leur visage, car celui-ci n’est sans doute pas conforme à l’idéal du moi que mon déterminisme historique a construit en moi.» Ouf ! dicis étranger 1986 pour Les A ventures dans le commerce des peaux en Alaska.L’INFORMATION DANS LE MONDE Observatoire de l’information Seuil 630 pages « CET ÉTAT de l’information dans le monde décrit la situation de 206 pays et territoires au 1er octobre 1988.À partir d’informations puisées aux sources les plus fiables, il recense les médias existants, leur diffusion, leurs propriétaires et tendances, fait le point sur le statut des journalistes et leurs conditions de travail, sur l’environnement juridique et les violations de la liberté d’informer.Il établit pour chacun des pays un diagnostic sur les conditions d’exercice de l’information et leur évolution.» Un état du monde de l’information, quoi.LA REINE SCÉLÉRATE Chantal Thomas Seuil 242 pages « MARIE-ANTOINETTE : Reine.Autrichienne.Épouse de Louis XVI.Joua à la bergère.Fut guillotinée.» En ces quelques mots, nous dit Chantal Thomas, se résume le savoir le plus commun porté par le nom de Marie-Antoinette.L’évidence de sa culpabilité ne fait qu’un avec celle de sa beauté.Car son charme, après avoir subjugué l’opinion publique en sa faveur, produit exactement l’effet contraire.L’auteur de cet essai analyse l’image, le mythe et son évolution à travers les innombrables pamphlets contre la reine.Chantal Thomas La Reine scélérate Marie-Antoinette dans les pamphlets L’ÉTAT NOURRICIER André Corten et Marie-Blanche Tahon éditions de l'Harmattan CET ESSAI propose une recherche factuelle et une élaboration théorique qui dégagent quatre grandes idées en rupture avec les analyses courantes sur le « sous-développement » : réintégration de la production de la population dans l’analyse socio politique; apparition et surtout rétention de la rente, agricole et pétrolière; prolétarisation, qui, autant que les aliénations et la paupérisation, est un produit des « objectivations sociales » ; et l’État qui suscite et canalise la demande sociale et s’institue ainsi comme État nourricier.« État nourricier, disent les auteurs, par référence à père nourricier : de bout en bout, la prolétarisation, comme production de la population, est considérée, au niveau des enquêtes comme au niveau de l’analyse théorique, à partir d’une interrogation sur les rapports sociaux de sexe.» DOUCES COLÈRES Gil Courtemanche VLB éditeur 158 pages «JE SUIS journaliste depuis 25 ans.J’ai pratiqué ce métier avec une passion et une obstination qui m’ont fait plus d’ennemis que d’amis, avec une ambition à certains moments et un refus du compromis qui ont contribué à détruire des relations affectives et professionnelles qui m’étaient pourtant essentielles.Je suis entré en journalisme comme on devient prêtre.C’était une religion, celle de la franchise.Je n’ai pas l’intention de défroquer ou de changer de doctrine.» C’est ainsi que commence ce journal des mois d’octobre et de novembre 1988 de Gil Courtemanche qui porte sur ses 25 ans de journalisme et diverses réflexions sur l’actualité.LE PHOTOGRAPHE ET SES MODÈLES LA PATTE DU SCARABÉE John Hawkes Seuil, coll.« Fiction & cie » 246 et 186 pages CES DEUX récits de l’auteur américain des Oranges de sang se répondent à quelque 38 ans de distance.La Patte du scarabée est, en effet, un texte inédit en français publié en 1951 aux États-Unis.Le Photographe et ses modèles, qui vient de paraître en France, commence, comme l’autre récit, par une mort supposée accidentelle.Mais, très vite, le photographe narrateur découvre des indices qui laissent des doutes planer.Lui-même est aux prises avec Alex, la veuve de Harold, avec Virginie, sa fille, et Buse, la maîtresse.Il va découvrir, dans les photos de famille, des affaires pas très catholiques .Pornographie, photographie, art, chevaux, femmes, dissection, tout se mêle avec le brio habituel du lauréat du prix Mé- Le président des paradoxes Pour tout jardinier « en herbe » LA SERRE Qül FAIT PARLER LE TOOT MONTRÉAL' TOC1TE UNE TROUVAILLE Le printemps à Montréal, c’est chez Exotica que ça se fête! Venez faire votre choix parmi une variété et une quantité incomparables de plantes et fleurs printanières.Sans oublier nos semences et nos outils de jardinage.Service de livraison / Vaste stationnement à l'avant EXOTICA SÈME LA JOIE! G^cotica PLANTES & FLEURS 6580, av.du parc (entre Beaumont et Beaubien) 273-7007 ¦¦¦¦ Le Devoir, samedi 29 avril 1989 ¦ D-5 • le plaisir des ivres Entre ciel et terre, deux petites histoires bien différentes LE TÉLÉSIÈGE Michel Mohrt Paris, Gallimard, 1989,103 pages LE DÉMARCHEUR Éric Chevillard Paris, éditions de Minuit 1989, 121 pages LE FEUILLETON NON SEULEMENT cinquante ans d’âge les séparent — Michel Mohrt est né en 1914, Éric Chevillard, en 1984 — mais ils appartiennent à deux régions stylistiques dissemblables.Le premier, académicien, dont la feuille de route est bien remplie, chez Gallimard et chez d’autres éditeurs, traducteur de grande réputation, écrit une langue classique, harmonieuse, rassurante.Le second est un poussin ébouriffé de la dernière couvée de Jérôme Lindon.Une couvée piaillante dont le bruit se fait entendre, depuis peu, dans la basse-cour littéraire parisienne, et qui compte déjà Jean Echenoz (Cheroo-kee, L’Équipée malaise, L'Occupation des sols), Jean-Philippe Toussaint ( La Salle de bain, Monsieur, L’Appareil photo) et quelques coqs plus aguerris : François Bon et Patrick Drevet.Commençons par Le Télésiège, une longue nouvelle qui raconte avec toute la nostalgie qu’il faut et la pudeur des vieux messieurs racés, revenus de bien des passions sinon LA PORTE DU FOND Christiane Rochefort Paris, Grasset, 1988, 246 pages MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE NOTRE SIÈCLE est bavard.Ces dernières années surtout le voient sans vergogne jacasser doctement sur des sujets aussi tragiquement muets que le viol et l’inceste.Et l’on convoque les « intervenants » ! Et l'on trace des « problématiques» ! Et tout ce beau monde parle et parle dans les colloques car il a les mots pour lui.Mais voilà précisément ce qui manque à la jeune héroïne de Christiane Rochefort, pauvre petite chose que, dès huit ans, un père prodigue entraîne vers « la porte du fond » : jamais héroïne n’aura été si bien nommée.Avant, tout allait bien.La mère, ayant obtenu le divorce, se sacrifiait tendrement pour l’éducation de sa fille qui le lui rendait bien.Admiration inconditionnelle et amour sans borne étaient le tribut volontiers payé à cette mère au demeurant peu banale.Las.Le père surgit, auréolé de toutes les années passées à l’étranger.Réconciliation.Le couple se remet en ménage et, tout le drame est là, n’a de cesse que le trio devienne une famille « normale ».Elle le devient.d'amours anciennes, une panne survenue dans l'Oberland bernois.Deux fauteuils jumelés, comme d’ordinaire dans ce genre d'équipement, et, curieusement, une descente et non pas une remontée.Que faire, en attendant que le mécanisme se remette en marche, sinon parler, se raconter, et même se disculper pour le professeur, autrefois chargé de cours en Californie et qui y vécut une brève aventure avec une belle Américaine, et ne pas trop en dire pour la jeune femme du jetsetqui lui tient forcément compagnie et ne lui donne que des répliques brèves et interrogatives.C’est le parfait faire-valoir.Une fois revenus «sur terre» dans la vallée, les deux se quitteront.Elle, « presque à l’épouvante, comme disent drôlement les Canadiens français, pour ne pas dire à l’anglaise » (c’est le romancier qui souligne), le second retrouvant tout bonnement sa voiture au parking, non sans avoir admiré au passage de beaux arbres tout droits, pour le moment dénudés, mais dont il apprend le nom : des arolles.« De beaux arbres », répète Martin.Et un beau texte, se diront sans doute les lecteurs de ce court récit romanesque, fort bien ficelé, dans le style élégant coutumier aux Immortels, mais qui fera regretter aux familiers de Michel Mohrt la qualité épique des grands romans qui s’appelaient La Campagne d’Italie, La Guerre civile, mais surtout La Prison maritime, traversée par l’air du large que connaît si bien ce Breton authentique, né à Morlaix.?Cet infâme est un fin stratège et il aime bien enrober sa perversité d’un libéralisme qui a des lettres.Pierre Louÿs, Les Aventures du roi Pausole et aussi un certain « boudoir » sont convoqués, prêtés à la gamine à qui l’on impose bientôt un contrôle de lecture.Du coup, lui fait dire Christiane Rochefort, « je me suis retrouvée de l’autre côté».Il faut bien mesurer la pudicité blessée de ce livre où toute l’horreur réside dans ses espaces blancs.Jamais on ne franchit avec eux le seuil de la porte maudite, mais on l’entend, lui, poser au grand seigneur.On l’entend, elle, ourdir l’assassinat de ce père dénaturé comme un petit fantasme dérisoire à opposer à la réalité sordide.Mais ce gros chat jamais repu tend encore la patte.Ce qui fait mal, c’est ne plus oser inviter les copines à la maison, par crainte de.Et un peu plus tard, quand on fuit, c’est craindre encore d’aller chez elles, car toutes ont probablement des frères, à tout le moins des pères.La plus grande blés sure, c’est encore la trahison de la mère qui ne veut pas voir ce que cachent les mots absents.De farouche, superbe et légendaire, elle est devenue cette femme qui interroge sur les heures de rentrée, râle à propos du ménage jamais assez fait, déchire le journal intime.Aussi bien dire une mere normale.Michel Mohrt Le Démarcheur, d’Éric Chevillard, est un très curieux personnage qui, tout en arpentant les rues à la recherche de ses « clients » — il ne faut pas vous révéler quels sont ces clients — est un familier des cimetières, des chapelles funéraires, mais surtout de l’atelier de marbrier où il rédige avec soin les inscriptions qu’on retrouvera sur les stèles.Son patron, monsieur Bénigne, propriétaire de la maison de pompes funèbres La Marmor, apprécie le talent de Monge, qui « apprit son métier en gravant des abécédaires.[.] Il étudia les inscriptions antiques, la prosodie.Bientôt il fut maître de son art, il se forgea des outils à sa main, il sé- J Photo Alain Renaud Christiane Rochefort Car, bien plus que le roman de l’inceste, Christiane Rochefort a fait là le roman des familles, ce « misérable petit tas de secrets », comme l’a dit Malraux en son temps.Celle qui, sous les formes diverses de ses livres, n’avait jamais cessé de prendre la part des enfants fait en définitive ici l’impitoyable procès des adultes que nous sommes tous devenus.On rougit d’en être.De quoi rougir.Le baroque ressuscité L’ARTIFICE Guy Scarpetta Paris, Grasset, 1988, 317 pages MARCEL JEAN « LA BÊTISE, c’est de conclure.» Cette phrase de Flaubert, Guy Scarpetta la reprend à son compte à la fin de L’Artifice, essai dans lequel il poursuit sa réflexion sur la création contemporaine commencée dans L’Impureté (1985).« Pas de thèse finale, donc, pas de slogan, poursuit Scarpetta, tout cela doit rester ouvert, suspendu — puisque, tout aussi bien, il ne s’agissait pas, dans ce livre, d’écrire un manifeste, de proposer un programme, d’enfermer le parcours dans l’ordre d’une stratégie.Plutôt de voyager, en suivant une nervure, une ligne de force, de dessiner une configuration brisée, perméable à l’aventure, à la chance » (p.309).Cette ligne de force dont parle l’auteur, c’est le courant baroque.Un courant qui atteint son apogée au cours des XVIIe et XVIIIe siècles avec des créateurs comme le Bemin en sculpture, Pierre-Paul Rubens et Giambattista Tiepolo en peinture, Claudio Monteverdi, Antonio Vivaldi et Jean-Sébastien Bach en musique, ou encore Dominikus Zimmermann et les frères Asam en architecture.Un courant puissant, riche, mais abruptement interrompu dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et au cours du XIXe siècle par la philosophie des Lumières, puis l’idéal de vertu révolutionnaire et le romantisme.Scarpetta souligne que l’époque actuelle, celle de la fin des utopies de la modernité, est marquée par le retour du baroque.C’est toute une partie de l’art contemporain, d’Andy Warhol à Raoul Ruiz, du dernier Pablo Picasso à Luciano Berio, de Merce Cunningham à Carlos Fuen-tes ou encore d’Antonio Saura à Da-nilo Kis, que l’auteur rassemble sous le signe de l’ornement, de l’artifice et du métissage.Et ce retour du baroque s’inscrit-il dans ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler la postmodernité ?Non, répond catégoriquement Scarpetta, qui prône l’abandon de ce terme fourre-tout qui définirait une « culture ramenée à la pratique du zapping.» (p.17).Si L’Impureté, en se faisant la voix de presque tout ce qui s’inscrivait en faux par rapport au modernisme, exprimait une pensée proche du manichéisme, L’Artifice à l’avantage d’être un ouvrage plus mesuré.Refusant d’emblée de souscrire tant à l’idée moderne voulant que l’art doive évoluer qu’à la « dégradation des valeurs » post-moderne qui fait en sorte que tout devient culturel, Scarpetta exprime une pensée mitoyenne qui se méfie du radicalisme.Et à travers ses réflexions sur certains créateurs importants de notre époque, il livre quelques billets particulièrement solides sur certains faits de société : par exemple, lorsqu'il s’en prend a la mode des parures en forme de croix gammée, ou qu’il décortique notre rapport au kitsch.Parler de baroque, aujourd’hui, souligner le retour du baroque, c’est parler du retour de la séduction, du plaisir, du jeu, de la dépense.Rien d’étonnant, donc, à ce que la pensée de Scarpetta s’organise autour de celle de Georges Bataille, le philosophe de l’outrance du désir.Rien d’étonnant, non plus, à ce que la phrase qui clôt presque l’essai vienne comme une sorte d’orgasme trop longtemps refoulé : « Un véritable artiste, c’est celui qui est sexuel vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et pas seulement quand il baise » (p.315).Parce que c’est à une célébration de « l’érotisme esthétique » que Scarpetta convie le lecteur, à un éloge du grand jeu de l’illusion proclamant que l’art, en définitive, n’est «jamais naturel».leetionna les marbres».Attention ! Il ne faut pas vous fier à la citation tout à fait anodine qui précède : Monge est un très « déroutant » bonhomme, toujours vêtu d'un maillot beige, tout d’une pièce, muni de deux grandes poches qui « contiennent les ustensiles» mais bien autre chose, y compris quelques cadavres de petites bêtes.Ce démarcheur est un funambule.Il passe du rêve à la réalité la plus triviale, et même la plus morbide, sans préavis.Et, si ce n'était de la richesse du vocabulaire, de la rigueur de la prose et même de l’absolue précision grammaticale de ce très jeune écrivain, on se croirait par moments dans un conte fantastique à la Hoffmann.À d'autres moments, dans le Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand, ce poète qui écrivait en prose des songes funèbres et qui inspira si bien Maurice Ravel.Toujours suivant cet inquiétant démarcheur, on rencontre dans le bois le limaçon et l’hirondelle « qui entrent en collision », on se promène • dans l'allée Jean-Baptiste Poquelin, auteur dramatique, 1622 1673 » ( ! ), mais on sera sans doute plus attentif au Monge endormi, rêvant de tout et de rien .surtout de rien puisqu'il est avant tout un mortieole qui voudrait bien que les terriens soient tous ses clients, qu'au Monge qui se réveille devant « les carreaux de la fenêtre en désaccord avec le temps qu’il fait.C’est un ciel pour amateur de puzzles ».N'importe ! Monge ira chasser dans les champs.Et c'est la fête, la chanson des bois me paraissant plus réussie que la chanson des rues où Monge doit recruter la clientèle de La Marmor.Lire ce très curieux spécimen de style contemporain, c’est l'étonnement garanti presque à chaque ligne, mais c’est du même coup comprendre pourquoi le patron des éditions de Minuit, qui n'a pas de comité de lecture, décide tout seul de faire confiance aux jeunes.Comme dans toute danse macabre, la mort sur un pied saute, dans Le Démarcheur, d’Éric Chevillard, et c'est à cloche Éric Chevillard pied, butant sur chaque ronce épineuse, que nous le suivons.Malgré tout subjugués si l'on est profondément, inconditionnellement épris de vraie littérature.La femme et l’oeuvre JANE FILLION ou la belle d'un seigneur Nathalie de Saint-Phalle Paris, Robert Laffont 1988, 348 pages CHANTAL BEAUREGARD LES INDICES se multiplient, les parallèles foisonnent, de plus en plus convaincants.Peu à peu, on acquiert la conviction que le roman d’Albert Cohen, La Belle du seigneur, est bien l'écho d’une passion amoureuse qui se passa à Genève, de 1927 à 1929, entre le romancier et Jane Fillion.C’est visiblement l’histoire de cette femme, en quelque sorte, « l’évoea tion de la liaison, telle que Jane l'a vécue, sa version à elle de leur aven ture à deux » (p.61), qu’on peut lire comme un roman.Il faut dire que ce livre ne craint pas de prendre ses distances par rap port à la biographie officielle d’Albert Cohen.L’auteur s’élève contre l’absence dans la chronologie, « pourtant très détaillée, de la vie d’Albert Cohen, de l’édition de La Belle du seigneur, dans la collection « La Pléiade » » (p.29), de celle qu’elle considère comme l’une des clés de l’existence et de l’oeuvre de l’écrivain.Or Jane Fillion, maintenant âgée de 91 ans, serait le modèle probable de plusieurs personnages, dont Ariane, l’héroïne de La Belle du seigneur, considéré comme l’un des plus grands romans d’amour du 20e siècle.Toutefois, le véritable fil conduc teur pourrait être la ferveur qui anime Nathalie de Saint-Phalle à l’égard de la vie de Jane Fillion, femme tout à fait horsdu commun.D’abord, en partie à cause du divorce de ses parents alors qu'elle était toute jeune et qui, dans les années 20, a soulevé un tollé général.Aussi, parce qu’elle pu s’affranchir des règles d’une éducation calviniste, elle vécut libre et indépendante « en un temps où les jeunes filles n’étaient pas un instant laissées seules.(.) Il lui était permis de se brûler aux livres interdits, et de choisir dimanche le 30 Rencontre avec GIL COURTEMANCHE auteur de DOUCES COLÈRES ÉDITIONS vlb LIBRAIRE 1333, Van Home — Outremont 277-0457 - métro Outremont ses alliés.L’usage de la liberté, en lui épargnant la plupart des contraintes sociales, la conduirait à n’être ni in nocemment pure, ni étrangement trouble » (pp.154-155).Elle était belle, aimait prendre des bains, bronzer nue et parler seule.Sa liaison avec Albert Cohen, qui dura seulement deux ans, est au coeur du livre.Après sa rupture avec le romancier, elle s’installa à Paris, avec le seul véritable amour de sa vie, Marcelle Blum, sculpteur; travailla chez Gallimard et devint traductrice de la « Série noire ».Ecrite avec vigueur, prenant la forme d’un dialogue de femmes au présent, cette biographie, agrémentée de photos noir et blanc, a comme toile de fond la femme, source d’inspiration de l’oeuvre, et l’étrange réalité de l’artiste tourmenté.Ces deux éléments, indissociablement liés, sont présents dans ce texte qui suscite également la réflexion sur la part du réel dans l’oeuvre de fiction en littérature.Il est à noter que Jane Pillion ou la belle d’un seigneur a fait l’objet d'une poursuite, en France, l’automne dernier, de la part de Bella Cohen, la veuve de l’écrivain.Epilogue PARIS (Reuter) — La journaliste Nathalie de Saint-Phalle et les édi- tions Robert Laffont ont été condamnées, le 19 avril à Paris, à verser une somme de 60,000 francs ($ 12,000) de dommages et intérêts à la veuve et à la fille d'Albert Cohen pour avoir divulgué dans le livre Jane Pillion : la belle d’un seigneur, une partie de la correspondance intime de l'écrivain.La première chambre du tribunal de Grande Instance de Paris, présidé par lluguette Foyer de Costil, a également ordonné la suppression dans les éditions futures du livre, paru en 1988, des textes incriminés et du titre « La belle d'un seigneur » dans les pages intérieures.Bella Cohen et sa fille Myriam, toutes deux de nationalité suisse, qui avaient demandé 500,000 francs ($ KM),000) de dommages et intérêts, ont en outre obtenu que le jugement soit publié dans la presse.Le livre de Nathalie de Saint Phalle retrace la liaison de Jane Fillion et l’écrivain pendant les années folles, histoire qui a, selon la journaliste, été à l'origine du roman Belle du seigneur, paru en 1968, dans lequel Albert Cohen raconte l’amour fou d'un jeune diplomate juif de la Société des nations, Solal, et d’une jeune femme de la bonne société genevoise, Ariane.Nathalie de Saint-Phalle avait fait valoir à l’audience que Bella Cohen n’était encore qu'une petite fille lorsque son futur mari avait eu une liaison avec Jane Fillion et avait dénoncé cette jalousie «rétroactive»."¦'SrO'" a'’, V-e \ a,e^eV 2 Bulletin d'abonnement et de commande 4316 bout Saint-Laurent Suite 300.Montréal, H2W 1Z3 Tôl 845-1695 Abonnement un an, deux numéros Institutions : 24 $ Individus : 16 $ Étudiant(e)s (avec preuve) .12$ Prix pour un numéro : 10 $ Ci-joint un chèque pour la somme de Nom :___________________________________ Adresse ________________________________ Abonnement à partir du numéro Veuillez m'expédier les numéros : Faire le cheque a l'ordre de RIAC Envoyer le bon de commande et le cheque a RIAC Ecole de service social Université de Montreal.C P 6128.Suce A Montreal.Quebec Canada H3C 3J7 Tel (514) 343-7222 L'eau dans l'encrier ft.ui 'K-dvn >ur.,l.wr.e sang de l'or «par- Collection prose ouverte KPgpàp l/caii lions l'encrier H04- pages - IIMIô H Jcan-Kohorl Sansliu i >n Le sunfi ilr l'or I.nuise I.chimie En vente chez votre fournisseur +0 pages - 1 ô.! ES S D-6 ¦ Le Devoir, samedi 29 avril 1989 • le plaisir des ivres Pour éclairer nos « blancs » de mémoire SL 0 ~ - «ë ?3t “ l J - - V* V V L’ENFANT DE 7000 ans Le long portage vers la délivrance Bernard Cleary Sillery, éd.du Septentrion 1989, 284 pages CLÉMENT TRUDEL L’A ROM K du « makusham », ce repas de fête des MontagnaLs et des At-tikameks, doit être vraiment exceptionnel.En regardant Mathieu André Bernard Cleary L’enfant de 7000 ans Le long portage eers la délierance le préparer, dans Ninan Nitassinan (Notre terre) — film d’Arthur Lamothe — j’ai salivé.Voilà que Bernard Cleary m’en restitue le fumet dans son livre-dossier : L’Enfant do 7000 ans.Le long portage vers la délivrance.Mais L'Enfant de 7000 ans ne traite pas que de bouffe traditionnelle; il recèle un plaidoyer (un peu longuet ?) en vue d’un nouveau contrat social entre allochtones et autochtones.Des mots comme souveraineté et gouvernement responsable, c’est du déjà-lu, mais précisément, le Conseil attikamek-montagnais (CAM) reproche aux Blancs de ne jamais vouloir traiter d’égal à égal avec les premiers occupants qui n’ont jamais accepté (à l’encontre des Cris de la Baie-James) d’aliéner leurs droits ancestraux sur un territoire .de 700,000 km carrés.Nous sommes à un an de la date prévue (avril 1990), dans un accord-cadre, pour une entente de principe entre le Canada, le Québec et le CAM à propos des négociations territoriales des 12 groupes amérindiens chapeautés par le CAM.Si le scénario tient, une entente « finale » devrait apparaître avant le 30 avril 1991, mais le CAM n’aborde pas que le volet des compensations.Or Bernard Cleary est le négociateur en chef du CAM.Ce qui vaut un rappel des « blancs » de mémoire de la majorité québécoise face aux dénis de justice dont les Amérindiens font grief.Tout un chapitre traite de la polémique suscitée en 1986 par un article de L'Actualité sur « la bataille de Goose Bay » (contestation des Innu sur les vols à basse altitude des pilotes de l’Otan).Il y eut notamment un blâme émis par le Conseil de presse du Québec contre le magazine et son journaliste.Le CAM n’a pas fini de rager contre le « mépris » et le « racisme » véhiculés par ce texte.La direction de L'Actualité conteste le verdict du Conseil de presse et l’accusation de mépris.Nombreux sont les appuis à la thèse voulant que l’Amérindien décrit dans le texte de Guy Deshaies est stéréotypé (alcoolique, négligeant, se laissant manipuler) et que seuls des Blancs et des « colporteurs en uniforme » ont trouvé grâce.M.Cleary s’emporte jusqu’à dire que « l’occupation pacifique» des terres indiennes et les méfaits qui en ont découlé (par les papetières, les sociétés minières, Hydro-Québec, le gouvernement québécois devenant le « principal agent de la spoliation ») équivalent à un crime, que les « criminels» présentent maintenant comme un droit ce qui n’est qu’usur-pation .comme en Afrique du Sud (p.271 ).Au fond, certains des Blancs, dans la négociation, souhaitent tout au plus « rendre la prison plus con- fortable » et « les prisonniers plus gavés » en attendant leur extinction.Non merci, disent les intéressés qui peuvent passer pour des adeptes de la revanche des berceaux.L’enfant amérindien a un « avenir neuf », il devient pour M.Cleary (et pour Francine, la Montagnaise mariée à un Blanc qui a écrit un long poème sur le thème de l’enfant de 7000 ans) le symbole de peuples non figés.Ces Amérindiens se rappellent l’envahissement qui a mené à leur dépossession; ils ont longtemps résisté à l’assimilation, mais tous les torts ne sont pas chez les Blancs et le chapitre sur « les fossoyeurs » évoquera la présence d’éléments inquiétants au sein des bandes et des réserves .Honnies soient la drogue, la porno et autres progrès ! Bernard Cleary et le CAM font le pari d’un syncrétisme entre la mentalité des premiers occupants (portés vers la propriété collective) et les techniques les plus contemporaines pour atteindre au développement.Il existe des « clés du futur » (partie du livre qui traite de l’avènement heureux d'une télévision par et pour des Amérindiens) mais le « pays rêvé » ne se bâtira pas avec des « droits résiduels ».Les Amérindiens, répète M.Cleary à satiété, sont capables de « gérer leurs propres affaires » et veulent défendre leurs droits «jusqu’au bout».Un Israélien dialogue avec les Palestiniens MON FRÈRE, L’ENNEMI Uri Avnery Paris, Seuil, 1988 GILBERT TARRAB VOICI UN LIVRE qui, par les temps qui courent, mérite le détour.L’auteur, Uri Avnery, est directeur du journal de gauche Haolam Hazé(Ce monde-ci) de Tel-Aviv, ex-député à la Knesset (Parlement israélien) de 1965 à 1973, puis de 1977 à 1981.Ce livre : Mon frère, l’ennemi, est le second qu’il publie, le premier ayant porté sur Israël sans sionisme (Seuil, Paris).Uri Avnery, c’est aussi l’un des membres fondateurs de la « Liste progressiste pour la paix» (avec Matti Peled et Mohammad Miari, qui siègent tous les deux au Parlement d'Israël), parti politique qui prône le retour des territoires occupés (Cisjordanie et Gaza) à l’OLP d’Arafat.Un chapitre du livre est, d’ailleurs, consacré à la rencontre historique entre Avnery et Arafat (de son vrai nom Abdel Raouf Al Koudwah), qui se tint à Beyrouth le 3 juillet 1982, au plus fort de l'invasion israélienne du Liban.Grand patron du FATH (acronyme inverse de l’expression « Ha-rakat Tahrir Falistin», ou le Mouvement pour la libération de la Pa- lestine), Yasser Arafat rappelle, dans l’entretien qu’il accorda à Avnery, qu’il a maintes fois proclamé son approbation du communiqué américano-soviétique d'octobre 1977, qui mentionnait, entre autres, le droit légitime du peuple palestinien à disposer d’un État, et des mesures pour assurer la sécurité des frontières entre Israël et les États voisins arabes.U n autre chapitre est consacré à une autre rencontre historique, qui eut lieu à Londres, cette fois, entre Said Ilammami, représentant officiel de l’OLP en Grande-Bretagne, et lui-même.Avnery devait ensuite le rencontrer à plusieurs autres reprises, et se lier d’une grande amitié avec lui, jusqu’à son assassinat, le 4 janvier 1978.Said Hammami a tenu à Avnery des propos qui ne pouvaient censément être tenus sans l’accord d’Arafat.Et ces propos étaient les propos d’un modéré : le 16 novembre et le 17 décembre 1973, Hammami publiait dans The Times de Londres deux articles dont voici quelques extraits : « La création d’un État palestinien (dans la bande de Gaza et sur la rive ouest de la Jordanie) fait nécessairement partie d'un projet de paix.(.) C’est un effort appréciable, de la part d’un peuple qui a subi une pareille injustice, que de faire le premier pas vers la réconciliation, dans le but d’établir une paix juste qui satisferait toutes les parties.(.) Je crois que la reconnaissance mutuelle des deux parties respectives constituerait le premier pas dans cette direction.» Un tel langage, hélas ! était encore prématuré en 1973, puisque Hammami fut tué par la branche radicale du Front du refus pour l’avoir tenu.La même chose arriva au docteur Issam Al Sartawi, un autre ami d’Avnery, et que celui-ci, aidé par le pro- â PHOTO AP Jean-Paul II Par l’auteur des VERSETS SA TANIQUES >\l M \\ RUSHDIE Saga baroque et burlesque qui se déroule au coeur de l’Inde moderne Gagnant du Booker Prize équivalent du Goncourt Vient de paraître en livre de poche En vente partout uélipr-liorp® 327 8401 une division de Groupe Québécor inc.fesseur Dany Amit et par le célèbre Henri Curiel, rencontra pour la première fois le 18 octobre 1976.La conversation dura deux jours, presque sans interruption.Elle devait se perpétuer, cette conversation, jusqu’à la fin : on sait comment Sartawi fut, lui aussi, liquidé au Portugal, le 10 avril 1983.Sartawi, comme Hammami, comme Arafat, tenait le langage de la raison.Le seul porteur d’espoir.Le dialogue continuera-t-il, dans ces conditions, et la paix viendra-t-elle, comme le souhaite Avnery dans les dernières lignes de son livre ?À quel prix ?Portrait en blanc PORTRAIT DE JEAN-PAUL II André Frossard Paris, Laffont, 1988, 187 pages BENOIT LACROIX RETENONS de ce livre, très française! très admiratif, qu’il a été écrit par l’auteur du célèbre dialogue avec Jean-Paul II : N’ayez pas peur ! Même éditeur, même style.Facile à lire, facile à comprendre.Des souvenirs, des anecdotes, des réflexions.André Frossard est particulièrement sensible au fait que Karol Woj-tyla, devenu Jean-Paul II, tour à tour admiré et rejeté, mais superstar des médias, reste un être marqué par son enfance.Seul très tôt, il a dû s’imposer un sens à la vie.Tous les applaudissements à travers le monde, les grandes célébrations liturgiques, comme les confrontations que suscitent ses paroles et ses voyages, ne peuvent que le renvoyer à sa solitude, mais une solitude habitée par une spiritualité à toute épreuve et teintée d’absolu.Bref, le portrait d’un être exceptionnel raconté par un biographe-journaliste en quête d’hagiographie, qui, lui aussi, a le don d’accrocher par des propos jamais indifférents.MARC CHAPLEAU ENCYCLOPÉDIE DES VINS ET DES ALCOOLS Alexis Lichine Paris, Robert Laffont collection « Bouquins » 1988, 994 pages EN DÉPIT de quelques faiblesses ici et là, voilà l’un des meilleurs rapports qualité/prix de la littérature vinicole.Certes, il n’y a pas de photos ni d’illustrations ou de graphiques; mais du contenu, ça, en masse ! D’ailleurs, à moins que vous soyiez vraiment un crack du vin — et même là ! — je vous mets au défi d’épuiser le contenu de l’encyclopédie : l’histoire du vin, des alcools et de la distillation, la vigne, le vin et la santé (bien sûr que c’est tonique, voyons ! ), la fabrication du vin, son service, etc.Bravo aussi pour la quasi indestructible reliure « chiffon », typique de la collection.185 P’TITS TRUCS POUR RÉDUIRE VOS FACTURES D’ÉLECTRICITÉ anonyme Montréal, éditions Québécor 1989, 115 pages UN LIVRE minuscule, un « vrai » format de poche.Qui commence mal : « Il n’en tient qu’à vous de réduire vos frais d’électricité » (sûrement pas au voisin, en effet), mais qui trouve finalement le moyen de nous contenter.Les chapitres « Eau chaude », « Éclairage », « Réfrigération », « Cuisson », « Chauffage » et « Climatisation » abondent en conseils intelligents et vraiment pratiques.Entre autres révélations chocs : l’éclairage fluorescent (au néon) a un impact psychologique négatif sur l’usager; une « sécheuse solaire », à même de vous faire épargner 100 % d’énergie, c’est une corde à linge .; et le séchoir à cheveux, lui, coûte en moyenne $ 1 par année en électricité.Poils au nez.LE LIVRE DES MÉDECINES NATURELLES Dr Andrew Stanway et Richard Grossman Paris Robert Laffont 1988, 351 pages TOUTE l’entreprise se résume à cette opposition : la santé comme contraire de la maladie, versus la santé comme état dynamique et positif de plénitude et d’harmonie.Ou, si vous préférez : la médecine occidentale classique versus la médecine orientale naturelle et globalisante.Et douce, et sensible, et pastel, et tout miel.La médecine straight est peut-être obtuse, les méthodes alternatives, elles, sont racoleuses.Mais qu’importe .si d’avoir affaire à une macédoine à base de biofeedback, de rolfing, de training autogène et de thérapie du chagrin ne vous dérange pas, la bible de la santé est bien traduite et la mise en pages, digne de mention.À LA FORTUNE DU POT Mathias Lair Paris, Acropole 1989, 260 pages ENFIN ! Quelqu’un a tranché : les expressions « sabler le champagne » et « sabrer le champagne » ont toutes deux droit de cité.La première signifiait, au temps de Voltaire, « faire cul sec»; la deuxième, apparemment sous Napoléon 1er, parle d’elle-même (couper le goulot à l’aide d’un sabre).Merci à cette délicieuse anthologie, qui recense et commente près de 800 expressions populaires d’origine cul- ROBERT DUBOIS • IDENTIFIEZ VOS BESOINS ¦ TROUVEZ DU FINANCEMENT • REC LEZ US PROBLEMES DE "PAPERASSE" UN CHAPITRE SUR l AUTOCONSTRUCTION inaire.Le parfait complément des Mots du vin et de l'ivresse, qu’a publié Bélin en 1984 sous la plume de Martine Chatelain-Courtois.L’ACHAT DE VOTRE PREMIÈRE MAISON Robert Dubois Montréal, éditions La Presse, 1989, 192 pages AVEC Touchez Dubois (sic) et Rénovez sans vous ruiner, voici réunie la trilogie immobilière, parue toute d’un bloc ce printemps.L’auteur, chroniqueur à l’habitation à La Presse, livre la marchandise.C’est plutôt bien écrit et, surtout, bien vulgarisé.Outre les chapitres sur le financement, l’achat d’un condo et l’inspection pré-achat, pour ne nommer que ceux-là, allez jeter un coup d’oeil aux « six profils psychographiques d’acheteurs ».De l’artistique au conventionnel en passant par le sociable, il y en a pour tous les goûts.Et toutes les bourses .P.S.Saviez-vous, vous, que les honoraires du notaire se négociaient ?VOUS ET VOTRE CHARTREUX Odette Eylat Montréal, éditions de l’Homme 1989, 155 pages D’ABORD, détrompez-vous.Il n’est pas question ici d’avoir son représentant de l’ordre de Saint-Bruno sous la main.C’est, bien sûr, du chat chartreux dont il s’agit, aussi dit chat bleu, à cause de sa fourrure tirant sur l’azur.Tout sur l’hygiène, la psychologie, l’alimentation, la santé, l’éducation, les bonnes manières et la vie sexuelle de cet animal dont la fourrure, au début du 17e siècle, aurait fait les choux gras de l’industrie de la pelleterie.Pour mémoire : « Le chartreux ne réfléchit pas.(.) Cette fonction appartient en propre à l’humaine condition ».Fiou ! ^OUS ET V07ty£ CHARTREUX Ht ' / / " .4 & -«I 'll i A NOS ANIMAUX 0L homme À propos des chroniques d’Alberoni.VIE PUBLIQUE ET VIE PRIVÉE Francesco Alberoni traduit de l’italien par Raymonde Coudert /A\D LIBRAIRE: Désirons acheter livres «encore utiles» Tél.: 845-5698 LA GRANDE LIBRAIRIE A CONNAITRE - 251 Ste-Catherine E.A PARAITRE LEE IACOCCA “EN DIRECT” (TALKING STRAIGHT) DIFFUSION SOUSSAN TEL.: (514) 738-0202 FAX: (514) 738-5102 Paris, Ramsay, 1988, 180 pages RENÉE HOUDE J’AI ÉTÉ déçue par la lecture de Vie publique et vie privée, d’Alberoni, peut-être parce que j’avais beaucoup aimé Le Choc amoureux (1980), et que j’avais apprécié ses livres sur L'Amitié (1985) et L’Êrotisme (1987).Les lieux communs et les clichés abondent.Par exemple, dans le chapitre sur les défauts et les qualités du couple et de l’amour, ses analyses de l’oppression, de l’envie, de la gentillesse et de la jalousie paraissent rapides et superficielles.Le chapitre intitulé « Mesdames et Messieurs » demeure dans le même ton.Ainsi, Alberoni énonce l’opinion qui veut que les femmes de carrière « éprouvent souvent l’impression que les hommes leur préfèrent un type de femme plus traditionnel » (p.49) et expose trois raisons de cet état de fait (?).L’ensemble du livre manque d’unité; à travers ses chroniques, Alberoni parle de tout : des riches divorcés, de la médisance, de ceux qui ne savent pas dire non, de la querelle, du téléphone, sans réussir ni à convaincre, ni à accrocher.Plus loin, il établit un parallèle entre l’Europe et les Etats-Unis qui donne l’impression de céder aux e gences de la rhétorique de la co paraison, exercice d’où les nuan< sont absentes.Ainsi, il dira : « i jourd’hui, les Américains sont peuple nationaliste et belliqueux, que les Européens ne sont pli (p.149) et : « Il y a, aux États-Ui des directeurs, des journalistes, < chercheurs, des professeurs d’u versité, des prédicateurs, des prol sionnels de la politique, mais il fort peu d’intellectuels.Il y en a, revanche, en Europe » (p.150).beroni semble chercher, de son c de sociologue, des signes d’un r versement des tendances.Le ton prend parfois des acce moralisateurs donnant tantôt l’i pression d’entendre une pièce de r sique jouée un demi-ton trop haut trop bas.La justesse de la tonal n’est-elle pas essentielle pour ab der la gravité de certaines qu tions ?Même l’envolée finale nous lai sur notre faim : « Que devons-n< faire, nous qui voulons vivre ! cette terre ?Si le monde est en tr de devenir la matérialisation obj tive de notre monde intérieur, de désirs, de nos fantasmes, de nos ces et de nos vertus, alors la grai oeuvre qui nous attend n’est ] technologique mais sociale, psyc logique et surtout morale » (p.V I » Le Devoir, samedi 29 avril 1989 ¦ D-7 le plaisir des j ivres il Quand un romancier témoigne LA PULPE Jerzy Andrzejewski traduit du polonais par Jean-Yves Erhel Paris, Gallimard, 1989 tCice MRIZEAU _e*^es ?é*rc~aères ON NE SAURAIT traiter du dernier roman d’un écrivain aussi important qu’Andrzejewski sans le présenter au préalable.Moraliste, il avait vécu à la fois les années de la Grande Crise, la dernière guerre mondiale, l'occupation, la libération, le changement du régime et les déceptions qu’il a apportées depuis, et il demeure le témoin de son temps avec tout ce que cela exige de sacrifices, de courage et d’honnêteté intellectuelle.Jerzy Andrzejewski est né à Varsovie, en 1909, dans un milieu où l’on respectait les arts et les lettres sans avoir les moyens pour autant de faire abstraction des exigences quotidiennes.La petite bourgeoisie craignait surtout de déchoir, de basculer du côté des métiers manuels et luttait pour se maintenir au niveau de la classe moyenne.L’époque était incertaine.Le pays retrouve sa place parmi les nations européennes et ses relations privilégiées avec la France, mais il subit aussi les conséquences particulièrement brutales de la grande crise économique contre laquelle il ne peut se défendre avec les faibles moyens dont il dispose.Il faut reorganiser l’administration, après cent ans de partages, unifier le système scolaire et assurer sa gratuité, promouvoir des réformes dans plusieurs domaines et aider en même temps les masses de chômeurs.Ils arrivent des campagnes, cherchent en vain des emplois en ville, acceptent de s’exiler au Nouveau Monde, autant aux États-Unis qu’au Canada, ou encore en Australie, et ne se rendent même pas compte à quel point ce genre de choix sera difficile à vivre.Andrzejewski, jeune journaliste au talent prometteur, écrit beaucoup, publie des nouvelles et, en 1938, à l’âge de 29 ans, lance son roman, L'Ordre du coeur, pour lequel il reçoit le prix très prestigieux de l'Académie polonaise de littérature.Influencé par des écrivains catholiques, dont Georges Bernanos, il veut témoigner des problèmes fondamentaux de la conscience humaine, détachés des phénomènes sociaux de l’heure.L’action de ce roman se déroule dans un village où un prêtre et un assassin passent la nuit à évaluer le crime et les remords, le pardon et l’étendue de la véritable bonté absolue.Le sujet est difficile, mais le romancier parvient à le rendre d’une façon telle que le roman remporte un succès de librairie tout en étant salué par la presse catholique comme une oeuvre importante.Désormais, Jerzy Andrzejewski entre de plain-pied dans les milieux littéraires et sa carrière s’annonce on ne peut plus prometteuse.Malheureusement, la Pologne n’est pas un pays « comme les autres » puisqu’il lui faut subir non seulement une guerre, mais surtout une occupation terrifiante, à la fois fasciste et communiste, allemande et russe.Pour l’écrivain, cela signifie qu’à l’âge de 30 ans, après un premier succès professionnel de taille, il se retrouve dans le maquis.Une psychanalyse des silences LA FIN DE LA BATAILLE Elisabetta Rasy traduit de l'italien par Nathalie Castagné Paris, Rivages, 1988, 143 pages JACQUES CROUSSET NOTRE PROPRE passé nous con-damne-t-il d’avance ?C’est ce que semble croire — et plutôt deux fois qu’une — Franz Anton Beltrani, le protagoniste de La Fin de la bataille, deuxième oeuvre traduite en français de la jeune romancière italienne Elisabetta Rasy.Pour Franz Anton Beltrani, cependant, le passé, « le goût du passé ne s’acquiert pas, enfant, on le possède et ensuite la plupart des gens le perdent.Et il y a des périodes de la vie où même le passé le plus immédiat, le plus proche, constitue un refuge si solide, si profond que le reste de l’univers semble disparaître ».Par une lugubre journée de printemps, lugubre, d’ailleurs, comme le fond de son âme à jamais insatisfaite, il rend visite à un ami, ancien médecin militaire, dont il a fait la connaissance une vingtaine d’années auparavant, dans les tranchées.Avec lui, sous prétexte de soigner un mal de tête récurrent, il évoque son enfance, sa mère, son frère (bref, tout le tremblement freudien) et, surtout, ses années de guerre.Le tout dans une pièce « qui n’était jamais lumineuse, où le soleil ne pénétrait jamais ».La vie de Franz Anton Beltrani, comme celle de tout bon névrosé, puisque tel il est, n’a pas été facile.Fils d’une mère fantasque, possessive et mariée deux fois, il sombre vite dans une forme de repli sur soi voisine de l’autisme.Il voit le monde et ses personnages « chacun dans son espace, sans contact ni communication avec son voisin ».De temps à autre, toutefois, il sort de son isolement mais pour s’adonner à de furtifs jeux sexuels avec son propre frère.Adulte, il fera la guerre.Celle de 14-18, en l’occurence.La vie de tranchées, faite de torpeurs avilissantes puis de canonnades, de morts, le mettra rapidement face à lui-même; elle lui inoculera cet accablant sentiment d’inertie qui ne le quittera plus désormais de toute son existence.Même sa fiancée Maria, figure indécise, emblématique d’une vie sans contours, ne parviendra pas à le tirer, avec ses lettres répétées, de cet avant-goût de la prostration.La guerre finie, F.A.B., comme l’appelle plus succinctement la narratrice, retrouvera sa famille, sa fiancée, reprendra ses études, mais son mal de vivre, son instabilité, étant ce qu’ils sont, il laissera bientôt tout tomber; il fuira dans une autre ville.Il se fera ouvrier dans une mine, aura quantité d’aventures avec des garçons louches, connaîtra la prison, bref, se laissera broyer par les rouages d’une logique infernale dont l’issue ne peut être que l’échec.La Fin de la bataille, disons-le d’emblée, n’est pas une oeuvre facile.Pour qui cherche le simple délassement, le repos du guerrier (c’est le cas de le dire ! ), elle n’est pas à conseiller.Écrite dans un style ascétique, parfois même méandreux à force de sinuosités verbales, elle peut rebuter au premier abord.Les descriptions, par exemple, abondent et elles ont plutôt tendance à s’étirer comme ces routes qui vont fatalement se perdre dans le brouillard.Il faut donc faire un effort, entrer progressivement dans cette lente psychanalyse des gestes et des silences, avec le résultat qu’on en sort sans regret et même avec une seule envie, lire le premier roman de son auteur, La Première Extase.où l'on voit la mort de près et où l’idée même de continuer à écrire est une forme de trahison à l’égard des résistants qui, jour après jour, risquent leur vie.Membre de l'Armée de l’intérieur, fidèle au gouvernement provisoire qui se forme à Londres et dont relèvent les forces polonaises qui combattent sur plusieurs fronts à la fois, Andrzeiewski se retrouve avec sa famille a Cra-covie et doit faire des choix douloureux.Dans la Pologne où, à l’ombre de l'armée soviétique, on instaure l'ordre nouveau et le pouvoir du parti unique, le Parti communiste, ceux qui ont juré fidélité au gouvernement de Londres sont considérés comme des « traîtres ».C’est comme si, toute proportion gardée, on décrétait en France que les gens qui ont suivi le général de Gaulle et ses appels pendant la guerre pour la France libre doivent être jugés.En d’autres termes, l'affrontement idéologique de la période stalinienne fausse toutes les véritables données de la situation et les héros deviennent des coupables potentiels.Le romancier Jerzy Andrzejewski n’est pas un homme de compromis.Comme bien d’autres, il doute, mais opte pour le chemin difficile et écrit son oeuvre majeure, Cendres et diamant, l'histoire de Mathieu qui tue le secrétaire du Parti et se fait tuer à son tour par la milice.Plus tard, Andrzej Wajda va tirer de ce roman un film et c’est le début d’une collaboration très étroite entre le romancier et le cinéaste qui va durer pendant des années.Èt puis, en 1949, l’écrivain Andrzejewski entre au Parti, accepte de s’impliquer et vit une des pires crises idéologiques de son existence qui se termine par le rejet des dogmes.Il récuse tout mouvement de masses car, selon lui, elles cherchent indéfiniment à atteindre « un paradis » qui n’existe pas dans la marche inexorable de l'histoire.Ses romans, ses pièces de théâtre et ses scénarios de films sont des succès, malgré les pressions de la censure, mais, au lieu d’en profiter pour quitter le pays et aller travailler librement ailleurs, Andrzejewski s’entête et préfère supporter les contraintes plutôt que de quitter Varsovie.C'est tout cela qu’il raconte et commente dans son oeuvre ultime, La Pulpe, qu’il va achever avant de mourir, mais dont il ne lira pas la traduction française.La Pulpe, c’est, à la fois, l’histoire des gens qui comme Andrzejewski ont vécu en Pologne d’avant et d’après-guerre et qui, comme lui, sont prêts à changer cette société totalitaire qui Tes étouffe et dont ils fêtent à leur manière, lors d’une noce, la fin, et un journal intime.La rédaction du manuscrit et les corrections ont demandées à l’auteur sept ans de travail acharné.Il était convaincu, par ailleurs, que la censure n'accepterait jamais de le laisser paraître tout en sachant que le livre serait la plus importante et la plus parfaite de ses oeuvres.Entre les chapitres du roman se faufilent les confidences de l'écrivain qui donnent l’illusion qu'on pénètre dans son intimité et qu’on écrit, en quelque sorte, avec lui.Malade, fatigué, Jerzy Andrzejewski se bat avec les mots, les scènes s'agencent, il recommence certains passages, doute et finalement décide qu’il ne peut plus rien pour ses personnages et l’on parvient à être au diapason avec lui tout en s’insurgeant contre ces excès de sens critique dont il fait preuve.La Pulpe est un livre à la fois tendre et sarcastique, un roman, un journal de bord, un scénario et une confession fondamentale d’un romancier qui mourut en 1983 à Varsovie à l’âge de 74 ans, mais qui, en fait, avait vécu quatre existences dans une seule, quatre périodes différentes où la signification même de ce qu'on définissait comme des valeurs morales changeait.Jusqu’à présent, les éditions Gallimard ont publié en traduction française trois de ses romans : Les Portes du paradis, Cendres et diamant, que nous avons mentionné plus haut, et Sautant sur les montagnes.Comme il est plus que probable que plusieurs parmi ceux qui auront lu La Pulpe voudront se familiariser avec l’ensemble de l’oeuvre de Jerzy Andrzejewski, il nous paraît utile de l’indiquer ici, tout en soulignant qu’il est possible que d’autres textes de cet écrivain soient présentés à l’avenir aux lecteurs français.Pen Club à la moscovite MOSCOU (Reuter) — Un groupe d’écrivains soviétiques est convenu d'enterrer ses différends sur des dénonciations passées d’auteurs persécutés et de constituer une section du Pen Club qui défend la liberté d’expression dans le monde.La décision, annoncée jeudi au cours d'une conférence de presse, intervient à la suite d’une polémique sur la possibilité pour des auteurs qui avaient dénoncé des confrères comme Boris Pasternak et Alexandre Soljenitsine d’être admis ou non au sein du club.« Je dirais que nous sommes parvenus à un accord », a déclaré Igor Vinogradov, critique littéraire op- posé dans le passé à la formation d’une section du club avec des écrivains qui avaient soutenu dans le passé la répression contre certains auteurs.« Nous sommes parvenus à un accord à la condition que la signature de la charte du Pen Club entraîne automatiquement une répudiation de toutes les activités passées qui ne respectent pas les principes de la charte du Pen Club», a-t-il ajouté.« Ce serait vain de prétendre qu’il n’y a pas eu de difficultés.Mais je pense qu’après une naissance difficile, nous verrons bientôt un bébé très sain », a-t-il déclaré.succès Livre Prix courant Notre prix O Yves Beauchemin Juliette Pomerleau 24.95 19.75 O Jean Giono L’homme qui plantait des arbres 24.95 19.75 O Alexandre Jardin Le zèbre 19.95 14.95 O D.Bombardier Le mal de l’âme 14.95 11.25 e Gil Courtemanche Douces colères 14.95 11.25 o Gérard Filion Fais ce que peux 24.95 19.75 o Scott Peck Le chemin le moins fréquenté 19.95 14.95 O Guy Corneau Père manquant, fils manqué 14.95 11.25 o Alison Lurie La vérité sur Lorin Jones 27.95 18.75 (0 Stephen Hawking Une brève histoire du temps 21.95 16.50 La Pléiade 25% de RABAIS Achat comptant seulement eP leinin STATION METRO BERRI UQAM H2L 2C9 845-5243 Librairie agréée Vie à deux LA BOITE NOIRE Amos Oz traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen Paris, Calmann-Lévy 1988, 256 pages PAUL GAGNÉ HUIT ANS après leur divorce, un homme et une femme commencent à s'écrire.Leur correspondance a de singuliers effets : bientôt, c'est tout un réseau de communication, un incessant chassé-croisé de lettres et de télégrammes qui se crée, et donne naissance à un récit captivant et remarquablement maîtrisé.Dans La Boite noire, le romancier israélien Amos Oz a fait le pari — pari tenu, et de belle façon — de concilier un genre ancien et une histoire on ne peut plus moderne.En multipliant non seulement les voix, mais aussi les formes (outre des lettres et des télégrammes, le récit comporte des notes personnelles et des rapports de détectives privés), Oz redonne au roman épistolaire, osons le dire, ses lettres de noblesse.De Jérusalem, liana écrit à Alec, son ex-mari, après un très long silence.Motif avoué : l’informer des inquiétudes que cause Boaz, leur fils, qui menace de mal tourner, et lui demander de l’aide.(Ledocteur Alexandre A.Gidéon est un intellectuel de haut rang, spécialiste des questions terroristes et, à ses heures, homme de guerre, qui fait carrière aux États-Unis.).S’enclenche alors une mécanique complexe, où se mêlent des sentiments d’amour et de haine aux accents sado masochistes : « Je fonds et je te déteste.Je fonds et je me donne à toi.» liana et Alec se décochent des « flèches empoisonnées » et font l’autopsie de leur vie commune : « Comme après une catastrophe aérienne, nous avons déchiffré par correspondance le contenu de la boîte noire.» La vérité est brutale, du moins en ce qui con cerne Dana : « Mais toi, tu as été et tu resteras toujours mon mari.Éternellement.» La correspon- dance des deux ex-époux, jugée « tout à fait contraire à la morale », se poursuivra contre vents et marées et aura une conséquence inattendue : Dana abandonnera mari et enfant (elle a eu une fille de son second mariage) pour accompagner un Alec ravagé par le cancer dans ses derniers moments, tout en espérant pouvoir un jour rentrer au bercail.Naturellement, le contexte politico-géographique compte pour beaucoup dans la mise en scène de cette histoire d’amour peu ba nale.Il est souvent question, dans le récit, des territoires occupés et du problème palestinien.Michaël Sommo, le deuxième mari d’Uana, est un ultra-conservateur, imprégné de culture rabbi nique, qui prône le départ des Arabes d'Israël.On lui doit en ou tre de savoureuses lettres, à l'onctuosité et aux enjolivements superbes.Et il y a aussi Boaz, qui en a assez des guerres, ne veut que • travailler » et se « laisser vivre », et fonde une sorte de kibboutz réformé.Quant à Alec, il en vient à penser, au terme d’une vie entrecoupée d'intermèdes guerriers, que l’humanité court à sa perte à cause de la « maladie de la Religion ».Selon toute vraisemblance, la traduction de Sylvie Cohen est plus qu’honorable, même si quelques fautes extrêmement regrettables la déparent à l’occasion.La traductrice a su rendre avec beaucoup d’habileté des tons et des styles fort différents (poétique chez liana, emphatique chez Michaël, cérébral chez Alec), et jongler avec les niveaux de langue (Boaz a une connaissance approximative de l’hébreu, et commet faute sur faute).Bien sûr, le récit d’Amos Oz n’est pas exempt des défauts de logique inhérents au roman épistolaire : pourquoi raconter à un destinataire des événements dont il a été témoin, si ce n’est pour le bénéfice du lecteur ?En l’occurrence, le lecteur s’en moque.La Boite noire a la force tranquille des oeuvres réussies, capables de faire oublier jusqu’à l’incongruité.Un régal.VIENT DE PARAITRE SOUFFLES DE FEMMES Marie-Andrée Roy et Monique Dumais 240 pages * 14,95 $ Ixs quinze dernières années ont été une période de transformation des pratiques et des discoure des femmes sur la religion.Des pratiques nouvelles aux plans pastoral et liturgique sc sont imposées dans le milieu ecclésial et, phénomène nouveau, les fenunes se sont mises elles-mêmes à écrire, à penser la religion.Cest daas ce contexte qu’est né ce livre.11 est le fruit de la présence du mouvement des femmes daas le champ religieux.Il a pour objectif de faire le point sur cette parole émergente des femmes daas les études religieuses.LA BIOÉTHIQUE Xavier Thévenot 128 pages * 12,95 $ À partir des découvertes anthropologiques les plus récentes et des données de la théologie chrétienne, ce livre est une invitation à l’approche morale des nouvelles techniques biomédicales : procréation médicalement assistée, soulagement de la souffrance en fin de vie avec le risque de pratiques d’euthanasie, etc.LES SEPT SACREMENTS Gérard Fourez 125 pages * 12,95 $ Par les sacrements, est célébrée la totalité de l’oeuvre du salut accomplie par le Christ pour tous les hommes.À travers eux, tous les moments centraux de l'existence chrétienne, de la naissance à la mort, dans sa dimension ecclésiale et personnelle, peuvent être sanctifiés.Cest cette conception, à la fois synthétique et dynamique, qu’a voulu privilégier l’auteur.Les rites sacramentels humanisent l’existence en l’ouvrant à l’amour gratuit de Dieu.Souffle de Mail» Andra» Mot (p:.-ri PARCOURS â j.*.mi.».»!.* LA BIOÉTHIQLT PARCOURS LES SE IT SACREMENTS ÉDITIONS PAULINES 3965, bout.Henri-Bourassa Est Montréal, Qc, H1H 1L1 TéL (514) 322-7341 FAX: (514) 322-4281 LA BONNE LITTÉRATURE CHEZ VLB K'ua-l.lm, r„ on Use Daoust LES TALONS CUBAINS Un roman qui nous transporte au début de la «Révolution tranquille».Stella est dactylo dans une grande compagnie de la «couronne», boulevard Dorchester, à Montréal.Elle aura bientôt vingt ans et elle fait l’apprentissage de la vie è travers ses lectures et sa quête amoureuse.Après Maryse, Myriam première et Juliette Pomerleau, il faut lire Les talons cubalnsl 360 pages 18,95 $ vlb éditeur DEPt&f grande littérature Madeleine Gagnon TOUTE ÉCRITURE EST AMOUR Après Autographie I, où l’auteur avait rassemblé ses textes de fiction, void maintenant Autographie U, qui comprend les textes de réflexion et critiques écrits parallèlement & son oeuvre de fiction, entre 1969 et 1988.Un ouvrage essentiel pour comprendre l’évolution de la pensée québécoise au cours des 20 dernières années! 196 pages 16,95 $ Toute écriti fc3t wr.our P,,r "*Ir ''«rttmy ïl!>
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