Le devoir, 6 mai 1989, Cahier D
L'AMÉRIQUE LATINE ET LA LITTÉRATURE, UNE CULTURE À DÉCOUVRIR Dll 27 MAI AU 27 JUIN STATION METRO BERRI UQAM H2L 2C9 845-5243 librairie agréée Montréal, samedi 6 mai 1989 Gil Courtemanche se paie de douces et lucides colères FRANCE LAFUSTE A 45 ANS, j’ai fait tout ce qu’un journaliste rêve de faire.J’ai animé Le Point, je suis allé en Éthiopie, j’ai failli mourir à Beyrouth, je suis tombé en amour avec une Haïtienne, avec une Polonaise, j’ai parlé à Lech Walesa, j’ai mangé avec Michel Rocard, j’ai envoyé Trudeau sur les roses.» La liste est longue.Gil Courtemanche, regard tourné vers la ligne bleue d’horizon, moue blasée, la donne en pâture, l’air de dire : « Faites-en ce que vous voudrez, moi, ça ne m’impressionne plus du tout.» Et il ajoute, au fond soulagé : « Je n’ai plus besoin de protéger le genre de structure dans laquelle je me mettais pour pouvoir faire ces choses-là.» L’heure est au bilan pour ce barou-deur de l’information qui a vu tant de misères que nos petites gales lui semblent bien douces à gratter.Il tenait à le dire publiquement.Il a choisi de l’écrire dans son journal propre en prenant comme prétexte la campagne électorale d’octobre et de novembre dernier.Il l’a appelé Douces Colères : « C’est une autre forme de journalisme, explique-t-il.Mon travail consiste à voir, organiser, rapporter les choses que j’ai vues et apprises.Et quand on n’a pas de medium pour les faire passer, on s’en crée un.Ce que j’ai fait.» Mais avec un humour proche de la dérision il dit avoir un peu sacrifié à la mode, celle des gens de 40 ans qui s’arrêtent pour regarder leur vie.« À un certain moment, je me suis rendu compte qu’il y avait une constante dans mes peines, mes frustrations, mes idées, mon exil psychologique.» Ce retour sur lui-même, sa vie, ses choix, pas forcément les bons avoue-t-il, ce regard extrêmement lucide et sans détour sur le journalisme, les médias, la société québécoise, cachent à peine une profonde déception, celle de n’avoir pu faire ce métier qu’à moitié : « Je ne leur ai pas menti, je ne leur ai rien dit.» Celle aussi de vivre dans une société qui ne ressemble pas du tout à celle que lui-même et les intellectuels de sa génération ont rêvée en faisant la Révolution tranquille.« J’ai fait partie de cette génération naturellement portée vers ce double langage intellectuel québé- cois nationaliste et interventionniste d’État.Au Québec, on s’est donné pour des raisons nécessaires de protection et de développement accéléré dans les années 60 un État omniprésent, omni-normalisateur pour égaliser les chances de tous.Mais il aurait fallu par la suite ne pas oublier les différences.» Il poursuit : « Il est temps que le syndicalisme soit critiqué par ceux-là mêmes qui l’ont crée.Les conventions collectives sont responsables de la piètre qualité de l’information au Québec.Parce que les conventions c’est la permanence des chroniqueurs, l’auto-assignation, l’information complaisante et le discours partiel.» Gil Courtemanche ne compte plus les énergies gaspillées et les idéaux partis en fumée.Les voyages, la confrontation avec les véritables grands maux de la planète l’ont amené à prendre la mesure des choses.Aussi, la bataille linguistique au Québec lui semble dérisoire.Un faux débat que « cette prétendue difficulté d’exister » qui renvoie à « notre nombrilisme national ».« Il y a au Québec un grand silence sur tout ce qui n’est pas langue.Les médias, issus le plus souvent du même milieu nationalo-syndicalo-gauchisant confortable en sont complices.Quand j’écoute Michel Rivard, Pierre Flynn ou Daniel Lavoie, je n’ai pas l’impression que le Québec soit en train de disparaître.» Le Québec souffre de sa petitesse et de son isolement certes, mais ajoute-t-il : « Le Québécois, même s’il a à prendre l’avion pour aller manger du fromage qui a du bon sens, est privilégié.» Sa télévision est un peu américaine, un peu française, un peu BBC, mais il n’y apersonne pour dire que c’est une télé empruntée.Pour cet homme ouvert à toutes les influences, les émissions pour enfants sont un exemple de cet amalgame culturel souhaité.« On a pris des contes français, des personnages américains, de vieilles Débelles anglaises, on a mis notre langage, notre spontanéité, notre absence de culture, et ça donne un résultat magnifique.» Il ajoute : « Le Québécois a une très grande qualité : la tolérance.Je trouve qu’on a une chance merveilleuse de devenir les frères et les soeurs de ben du monde.Je rêve du jour où le Québec sera 50 % nous autres, 50 % les autres.» Voir page D - 7 : Courtemanche PHOTO JACQUES GRENIER Gil Courtemanche à sa table de travail.PHOTO JACQUES GRENIER Quand une langue est mal en point, c’est signe qu’elle est bien vivante, dit Alain Rey.ENTREVUE AVEC ALAIN REY Le dictionnaire est là pour soigner une langue MARIE LAURIER JE NE M’INQUIÈTE pas plus qu’il ne faut des maladies sporadiques de la langue française.Quand une langue est mal en point, c’est signe qu’elle est bien vivante et un dictionnaire est là pour la soigner.Autrement elle serait morte comme le grec ancien ou le latin que l’on ne peut plus réanimer.» Alain Rey, directeur littéraire des dictionnaires Robert, pose ce diagno-sic en toute lucidité.Il croit tout à fait naturel que des néologismes ou des mots empruntés à un pays étranger s’insèrent dans un vocabulaire donné.Ainsi, on trouvera dans le dernier Petit Robert ces mots que l’on emploie maintenant sur toutes les tribunes: perestroïka et glasnost, pour ne nommer que ceux-là.« Ces expressions font désormais partie de notre langage familier et on lui donne même un sens élargi au point que j’ai lu l’autre jour un titre parlant de la a « perestroïka des évêques » dans un périodique français.On voulait sans doute signifier une certaine forme de restructuration de l’épiscopat ?.« Cependant il ne faut pas se contenter d’adopter de nouveaux mots mais il est impérieux d’en expliquer leur étymologie et de bien préciser leur origine.Car décrire la langue ne suffit pas, il faut souligner qu’elle est un moyen d’expression de la pensée.» Cette remarque vaut également pour le mot sida, « cette réalité bien malheureuse que l’on ne peut ignorer.» Un mot nouveau entre dans un dictionnaire après une longue analyse linguistique, en se fondant sur une documentation variée: celle de son utilisation régulière et répétée dans la presse, la littérature, la radio, et avec plus de prudence à la télévision, ce medium étant un peu plus fugace et spontané que les autres.L’équipe de spécialistes en fera une étude approfondie pour en déterminer la description exacte.Dans le cas du français, cela repose également sur l’enseignement de cette langue maternelle ou parlée ailleurs, sans oublier son aspect culturel et littéraire.De passage à Montréal qu’il connaît bien pour y venir régulièrement depuis trente ans, Alain Rey ne se surprend pas qu’on lui rappelle la récente décision de l’Institut Pasteur voulant que ses annales scientifiques ne soient désormais publiées qu’en anglais.« Il s’agit d’une erreur de jugement, convient-il, mais il ne faut pas attacher plus d’importance qu’elle n’en a eu en France.Car c’est une décision de facilité des administrateurs qui n’ont pensé qu’à l’aspect mercantile, et les chercheurs n’ont pas été consultés.Le président Fran- çois Mitterrand et d’autres dont je suis ont réagi immédiatement (dans le journal Le Monde) en disant que cette décision était inadmissible.» Mais cela pose un intéressant problème de la langue des communications.« Il est bon de diffuser la pensée française en anglais mais à la condition que ce soit dans un contexte bilingue, commente notre interlocuteur.Car il ne faut pas faire l’autruche et nier que l’anglais est abondamment utilisé, parfois en exclusivité dans les colloques et les congrès scientifiques.Encore une fois c’est aller au plus facile, puisque les anglo-saxons cultivés parlent et comprennent très bien le français.Je favorise donc une politique pluri-linguiste dans les échanges internationaux.» M.Rey ne croit pas non plus que l’anglais sera la langue officielle du Marché commun, comme le suggé- Volr page D - 7 : Alain Rey Une nouvelle chronique LE PLAISIR DES MOTS Chaque semaine, Marie-Éva de Villers racontera les mots ses amis, leur saveur et leurs origines, leurs difficultés.Les lecteurs sont invités à apporter des suggestions, à commenter, à critiquer même.Page D - 7 La Révolution française Les ouvrages sur la Révolution française s'accumulent à un rythme effarant.Notre collaborateur Yoland Senecal en a lu toute une série.Page D - 6 Lettres québécoises La nouvelle est une genre difficile, qui semble réussir à quelques écrivains québécois.Jean-Roch Boivin a lu Ce que disait Alice, de Normand de Bellefeuille, couronné du Prix Adrienne-Choquette.Page D - 3 _______________________________________________________I Papier mâché Après Vamp, Christian Mistral revient avec Papier Mâché chez PAJE Éditeur.Fragments indépendants de poésie, de prose, de nouvelles.CHRISTIAN MISTRAL Ils avaient décidé de se marier en parachute.En fait, c’était plutôt elle qui avait décidé; lui n’y tenait pas mordicus.Us ont trouvé un jeune prêtre à la mode qui acceptait de sauter avec eux.Les témoins, ils les ont trouvés au club aéronautique.Son nom à elle, c’était Nicole, mais tout le monde l’appelait Nick depuis la petite école, parce qu’elle était plutôt garçon manqué.Raymond, son fiancé, était comme on s’en doute un grand timide, effacé et doux, un bon gars comme on n’en voit plus, amoureux de Nicole depuis l’enfance et encore tout surpris de ce qui lui arrivait.Au village, on ne s’attendait pas à voir ces deux-là convoler en justes noces et l’annonce avait causé une petite commotion, mais Nicole avait habitué les gens à ses excentricités au fil des ans.On a publié les bans.Pendant la période d’attente réglementaire, Raymond prenait des leçons de saut et devenait un très passable parachutiste.Mais on ne peut pas dire qu'il aimait ça.Enfin, le grand jour est arrivé.L’idée générale était que l’on sauterait de 2 500 mètres.Il y aurait d’abord 1 000 mètres de chute libre au cours desquels le prêtre poserait ses questions et les deux autres diraient oui.Là, le prêtre décrocherait, suivi à 400 mètres de Nicole et de Raymond à trois cents.Le prêtre a dit la messe au sol, et ils sont tous montés dans l’avion.C’est mon frère qui le pilotait et j’ai dû lui raconter ce qui s’était passé ensuite, quand il les avait largués tous ensemble au-dessus du champ.En gros, on a vu s’ouvrir le parachute du prêtre, un peu plus tard que prévu, puis Nicole a ouvert le sien et s’est retrouvée flot- tant dans le vide, puis ç’a été au tour de Raymond et rien ne s’est passé.On a retenu notre souffle.C’était pas dans son genre de faire des farces.Puis, le truc est sorti de son dos mais a refusé de s’ouvrir et s’est mis à claquer dans le vent.Ce qui m’a frappé sur le moment, c’est que Raymond ne se débattait pas.Moi, pensais-je, j’essaierais de voler par mes propres moyens.Il tombait comme une balle tandis que les deux autres semblaient indéfiniment suspendus en l’air, comme immobiles.Son parachute de secours lui est sorti du ventre, et on n’a pas été vraiment surpris de le voir s’emmêler avec l’autre.Et puis il a disparu dans la terre.D’où on était, on ne le voyait plus.Le soir même, le prêtre a dit que Nick avait répondu « non, jamais », là-haut, pour rire; elle, elle continue à dire que ce n’est pas vrai.¦HMHM LETTRE OUVERTE AUX QUÉBÉCOIS D’UN FRANCO-ONTARIEN INDIGNÉ ewVente partout Jean-Paul MARCHAND - ' 1 I D-2 ¦ Le Devoir, samedi 6 mai 1989 Deux destins qui se croisent QUADRA Jean-Claude Boult Guérin Littérature Collection Roman, 1988, 585 pages.SERGE BERGERON Jean-Claude Boult est un jeune romancier de 45 ans, Quadra étant son premier roman.Avant de se consacrer à l'écriture, il a été tantôt « fonctionnaire, serveur de restaurant, inventeur de jeux de société », nous dit-on sur la quatrième de couverture.D’origine franco-ontarienne, l'auteur habite depuis plusieurs années la ville de Hull, ville qui sert, d’ailleurs, de cadre à son roman Quadra nous met en face de deux destins qui se croisent : tout d’abord celui de Guy, jeune homme malheureux aux allures de rocker, dont le voeu le plus cher est de se transformer en Robin de Bois des temps modernes, et celui des Michaud, une famille hulloise assez particulière quant à sa façon de voir la vie.Marc Michaud travaille comme commis dans un dépanneur d’un quartier populaire de Hull.Un soir, à l’approche de l’heure de la fermeture, alors qu’il s’apprête à faire les comptes de la soirée, un cagoulard entièrement vêtu de noir fait irruption devant lui, le braque de son pistolet et lui ordonne gentiment de lui remettre « le contenu de son tiroir-caisse ».Au même moment, entre en coup de vent un garçonnet d'une dizaine d’années qui fige sur place en apercevant le voleur.Surpris, ce dernier pivote et, par réflexe, met en joue celui qui, par son arrivée impromptue, vient déranger le scénario qu’il avait mis au point depuis des jours.Pensant uniquement à la sécurité du petit, le commis lui crie de partir.Prise de panique, la gouape dirige brusquement son arme vers Marc.Un coup de feu retentit.La détente de son pistolet était trop sensible; le coup était parti accidentellement.Complètement effondré par la tournure des événements, le voleur s’enfuit, n’emportant rien.Tout ce que Guy voulait c’était cambrioler des dépanneurs et ensuite distribuer le fruit de ses larcins à des familles défavorisées, pouf palier à ce que, selon lui, la société ne faisait pas pour elles.Personne n'aurait su qui il était : il aurait signé ses forfaits Robin des Rues et cet anonymat, pensait-il, suffirait à brouiller les pistes qui pourraient mener la police jusqu’à lui.De plus, il croyait que les gens accorderaient plus de prix à ses « petits cadeaux » s’ils ne se sentaient pas obligés de le remercier.Et voilà que, contrairement au but qu’il s’était fixé, il causait du tort à autrui.Il retourne chez lui et, angoissé, attend de savoir ce qu’il advient de sa victime.Le lendemain, il apprend ue Marc Michaud repose dans un tat grave mais qu’on ne craint pas pour sa vie.Cependant, le projectile, en pénétrant dans son cou, avait causé des lésions irrémédiables à l’épine dorsale du jeune homme, le rendant ainsi quadraplégique.Guy veut à tout prix réparer son erreur.Cela va même devenir une idée fixe : payer.De prime abord, le lecteur peut se croire confronté à un récit policier.Cependant, on se rend bien vite compte que ce roman prend une toute autre tangente.En effet, la trame policière est rapidement éloignée, puis remplacée par la relation qui s’établit entre le voyou et sa victime.Grâce à des stratagèmes parfois tordus, Guy réussit à approcher celui qu’il a rendu quadraplégique, et lui avoue son crime de même que son désir d’expier en s’occupant de lui jusqu’à la fin de ses jours.Après avoir invectivé son agresseur et craché tout son fiel, Marc accepte l’offre de Guy, tout en songeant a la manière dont il allait lui faire regretter cet « accident ».C’est le début d’une relation am- biguë : non seulement le Robin des Rues devenu infirmier devra-t-il affronter son patient dévoré de haine, mais il fera face à tout le clan Mi-chaud.À première vue, les personnages semblent un peu trop entiers, un peu trop anti-conformistes (un peu trop parfaits ?), pour être vraiment crédibles.Au début, on y croit à peine.Cependant, par le procédé du monologue intérieur et de fréquents retours sur le passé des protagonistes, l’auteur nous dévoile le cheminement de chacun et permet au lecteur de mieux cerner chaque « personnalité ».Une des forces directrices de Quadra vient du regard lucide qu’il porte sur la société en général.Boult s’attaque aux préjugés véhiculés sur les handicapes, et, par le biais de son personnage de voyou, il nous invite à aller au-delà des apparences pour essayer de découvrir ce qui se cache derrière chaque individu.Non content d’éviter les clichés, il se fait fort de les dénoncer.Malgré tout, on ne peut s’empêcher de trouver dommage la propension de l’auteur à sombrer dans le mélo.À certains moments, il veut trop en mettre et ça m’a prodigieusement agacé.On pleure beaucoup trop dans ce roman, l’effet est noyé par les larmes.M.Boult aurait eu intérêt à mieux contrôler la robinetterie.Quand même un roman intéressant .GUY FERLAND Une revue littéraire meurt LA REVUE Passages vient de s’éteindre après cinq ans d'exLstence et près de 15 numéros.Cette revue littéraire était soutenue financièrement par l’Association des auteurs des Cantons de l’Est jusqu’à l’année dernière.Depuis l’automne, le comité de rédaction a entrepris plusieurs démarches pour obtenir des subventions du ministère des Affaires culturelles et du Conseil des arts, entre autres.Chaque numéro coûte près de $ 3,000.Devant les refus répétés des instances décisionnelles, le comité de rédaction n’a pas d’autres choix que de fermer boutique.La revue publiait trois numéros par année de textes courts en vers ou en prose.L’Uneq félicite la fondation Émile-Nelligan LE PRÉSIDENT de l’Union des écrivain québécois, M.Bruno Roy, a écrit à Gaston Miron, président de la fondation Émile-Nelligan, pour lui signaler que c’est avec un « grand bon- • heur » que l’Uneq a appris la création du prix Gilles-Corbeil, remis à tous Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 12 mai de 17h à 19h CLAUDETTE HOULD L IMAGE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE PUBLICATION DU QUÉBEC/ MUSÉE DU QUEBEC Lancement Mardi 23 mai de 17h à 19h en présence d'écrivains, cinéastes, universitaires et journalistes anglophones du Québec, et du Comité de rédaction.revue LIBERTÉ 183 Strangers in paradise/ étranglés au Québec?1120, av.laurier ouest outTemont, montréal tél.: 274-3669 ROpHES les trois ans et accompagne d'une bourse faramineuse de $ 100,000.« C’est un prix qui soutient parfaitement la comparaison avec, par exemple, le prix Nobel de la littérature, poursuit-il.L’U neq voit dans la création de ce prix triennal un événement majeur qui profitera à toute la communauté littéraire de langue française de l’Amérique du Nord et, tout particulièrement, aux citoyens du Québec.À propos de l’Union des écrivains québécois, la nouvelle directrice générale se nomme Hélène Messier et non Hélène Mercier comme on l’écrivait la semaine dernière.La 'Pataphysique à Montréal L’ÉVÉNEMENT La 'Pataphysique d'Alfred Jarry au Collège de ’Pataphysique se déroule présentement à Montréal jusqu’au 1er juin, principalement à la Galerie de l’UQAM (1400, rue Berri, .1R120).On peut ainsi assister à une pièce de théâtre du théâtre Ubu intitulée Chu cycle à la salle Fred Barry jusqu’au 13 mai; à une exposition à la Galerie de l’Université du Québec à Montréal jusqu’au 28 mai réunissant des oeuvres de Max Ernst, Jean Dubuffet, Joan Miro, Marcel Duchamp, Boris Vian, Raymond Queneau et Jacques Pré-vert; à un colloque avec des spécialistes des oeuvres pataphysiciennes du 8 au 12 mai au même endroit; à une semaine du cinéma pataphysique à la Cinémathèque québécoise du 16 mai au 21 mai et à une semaine de musique pataphysique du 28 mai au 1er juin.Pour tous renseignements supplémentaires contactez la SACRA (Site Actuel de Création et de Recherche Artistiques) au (514) 935-2641.Prix littéraires L’ÉCRIVAIN montréalais Edward O.Philips était finaliste pour le prix Stephen Leacock Medal for Humor, remis jeudi dernier à Toronto, pour son roman intitulé Hope Spring Eternal.Ce prix, créé en 1946, est assorti d'une bourse de $3,500.La traductrice Sheila Fischman a remporté mercredi dernier le premier Félix-Antoine Savard Award for translation of French-Canadian literature de la Colombia Universty Translation Centre.Elle a reçu $ 2,000 pour sa traduction du roman de Roch Carrier De l'amour dans la ferraille sous le titre Heartbreaks Along the Road.Les lauréats du concours littéraire Stop 1989 VOICI les noms des lauréats du concours littéraire de la revue Stop : Robert Daneau a remporté le premier prix de $ 300, offert par André Boulerice, avec Au coeur de l’usine\ Daniel Sernine a reçu le deuxième prix de $ 200, offert par Gérald Godin, avec le Baron Vendredi et le seigneur des mouches: et Françoise Godel et Jérome Rodriguez ont gagné ex-aequo le troisième prix de $ 100, offert par la revue Stop, avec respectivement À chacun selon ses mérites et La bouteille.Ateliers pratiques du Loisir Littéraire du Québec IL RESTE encore des places pour les ateliers de mai du Loisir littéraire du Québec.Ces ateliers porteront sur divers genres littéraires tels la nouvelle, la poésie ou encore l’écriture radiophonique.Il y a également des ateliers pratiques sur les techniques de l’édition et l’illustration comme technique d’animation du livre jeunesse.Enfin un atelier conjuguera littérature et musique pour stimuler des créations d’un genre unique.Pour plus de détails sur l’horaire et le coût des ateliers, téléphoner à Loisir littéraire du Québec au (514 ) 252-3033.Lancement des nouveautés de printemps des éditions Triptyque JEUDI PROCHAIN de 17 à 19 h, à la galerie Michel Tétreault (4260, rue Saint-Denis), aura lieu le lancement de cinq titres des éditions Triptyque.Il s’agit de Signature de Jean-Marc Lemelin, Chassés-croisés sur vert plancton de Marc-André Paré, J’ai des petites nouvelles pour toi de Nathalie Parent, Petites mélancolies de Louise de Gonzague Pelletier, Passage mexicain de Joël Pourbaix et le numéro 39 de la revues Moebius.Rencontres À LA PLACE aux poètes, qui se tient mercredi à 21 h au bar La folie du large ( 1021 de Bleury ), la poète animante Janou Saint-Denis reçoit Madeleine Ouellette-Michalska et Bruno Roy.Présence Est-Ouest PRÉSENCE EST-OUEST est un événement organisé par Georges Fe-renczi avec la participation d’Amnis-tie internationale, la galerie Skol, l’institut Goethe et Soldarité.Aujourd’hui entre 4 h et 7 h, au 4040 Saint-Laurent, il y aura films, vidéos, photos, peintures, sculptures, installations, musique, performances et oeuvres d’artistes d’origine polonaise, hongroise, tchèque, yougoslave, roumaine et québécoise.Parmi les spectacles présentés, mentionnons les films et diapositives d’Albert Kish, Quand les rues étaient pavées, de M.Tarkowski, Déjeuner des frères Mongolfies, de Michel Campeau, Pologne, des lectures de Gérald Godin et Christian Mistral, des vidéos de Joanna Kotkowska, Mirielle Nitos-lawska, Anna Jurasz, W.Grodecki, Larry Weinstein et Janusz Polom.À PARAÎTRE LEE IACOCCA “EN DIRECT” (TALKING STRAIGHT) .DIFFUSION SOUSSAN TEL.: (514) 738-0202 FAX: (514) 738-5102 VOTRE CULTURE PERSONNELLE.C’EST IMPORTANT! LA PLUS GRANDE LIBRAIRIE RELIGIEUSE EN AMÉRIQUE DU NORD GRANDE VENTE “PRÉ-INVENTAIRE” du 8 au 31 mai 1989 Réductions de % 20 25 ° 30 sur tout achat au comptant ainsi que sur toute commande postale et téléphonique avec mention: “Prix de vente pré-inventaire".Livres, disques, cassettes, partitions musicales, posters, cartes etc.doivent être écoulés.Ces escomptes ne s'appliquent pas aux livres liturgiques et aux textes de catéchèse.Une occasion unique pour renouveler votre bibliothèque! Profltez-enlll ?SERVICE DE DOCUMENTATION PASTORALE 312, Sherbrooke Est, Montréal, P.Q.H2X 1E6 (métro Sherbrooke) Tél.: (514)844-1753 Heures du lundi au vendredi de 9h30 à 17h30, d'affaires: Iesamedlde10hà13h.Fiction et biographies 1 Juliette Pomerleau Yves Beauchemin Québec/ Amérique (1)* 2 Le Zèbre Alexandre Jardin Gallimard (3) 3 L'Homme qui plantait des arbres Jean Giono Gallimard/ Lacombe (2) ; 4 Drakkar Paul Ohl Québec/ Amérique (10) 5 La Vérité sur Lorin Jones Alison Lurie Rivages (6) 6 Maudits Sauvages Bernard Clavel Albin Michel (7) 7 2061 Odyssée III A.C.Clarke Albin-Michel (-) 8 Ça Stephen King Albin-Michel (-) 9 La Nuit des Perséides Jean-Alain Tremblay Quinze (-) 10 La Vieille qui marchait dans la mer San Antonio « Fleuve noir (5) Ouvrages généraux 1 Douces Colères Gil Courtemanche VLB (2) 2 Le Mal de l'âme D.Bombardier et C.Saint-Laurent Robert Laffont (1) 3 Père manquant, fils manqué Guy Corneau éditions de l’Homme (-) ! 4 Une brève histoire du temps Stephen Hawking Flammarion (4) 5 Le Chemin le moins fréquenté Scott Peck Laffont (3) | Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes: Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bi- j blairies G.-G.Caza; Joliette : Villeneuve: Drummondville : Librairie française.* Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Sur Alex : Décalage Depuis le 22 avril, la grande aventure d’écriture prend forme sur le réseau Alex-3, code Delir.Cette date marque le départ d’un jeu d'écriture singulier inspiré d'une démarche surréaliste, celle des ca-davres exquis.Le principe en est simple: à chacun d’écrire la suite de l’histoire lendemain, trois des meilleures suites retenues par le maître de jeu sont proposées au vote.Celle qui est retenue devient la suite officielle de l’histoire.À suivre tous les samedis dans cette page et à jouer tous les jours sur Delir.Les participants peuvent ga-gner des bons d'achat à la li- laissée inachevée la veille.Le brairie Renaud-Bray.La semaine dernière, trois interventions ont été retenues.Ce sont les lignes en gras.Suivent en italique les phrases qui ont été retenues cette semaine, chacune signée du pseudonyme de son auteur.« Je lui disais toujours : il n’y a que toi qui sais si c’est bon pour toi.» Le ciel étoilé au-dessus de nous et la voix du dedans .Un téléphone dans la nuit à trois heures.Laconique.« Je l’ai eu .avec le décalage horaire, il devait être .minuit à Paris .Sur les bords de la Seine, le Doc marchait d’un pas alerte .Pourquoi la Salamandre lui avait-il téléphoné ?« Alio I Je t’attendrai près du canal Saint-Denis ».Et pourquoi à pied ?On savait pourtant que sa vieille blessure à la hanche le faisait souffrir en diable dès qu’il avait parcouru plus de 500 mètres.Sur une simple phrase, il accourait.Il laissait derrière lui ses douleurs et ses cogitations.Un appel de la Salamandre, ce vieux compagnon qu’il croyait dispara .pour toujours.La Salamandre, le Doc et la Devine formaient le meilleur trio de la section.Chacun avait sa spécialité; le Doc et ses petites inventions électroniques qui effaçaient même le souvenir.REGARD La Devine, sans pareil pour lire les indices le plus tenus et résoudre les énigmes les plus tordues, la Salamandre, pour organiser les coups les plus fumants.Quelle équipe enfin réunie.VERT La Devine pratiquait la communication à distance et le grand monde.Sa passion: une collection de papillons, son butin préféré: le morpho cypris de Colombie, d'un bleu si.céleste NIDA Ce texte devient la propriété exclusive de Delir.LIBRAIRIE TV I J i ni \ A ' ili Lu Erratum Désirons acheter livres «encore utiles» _ Tél.: 845-5698 | LA GRANDE LIBRAIRIE A CONNAITRE ' 251 Ste-Catherine E.Le texte intitulé Pour tout jardinier « en herbe » publié la semaine dernière en page D - 4 sous la plume de notre collaboratrice Françoise La-fleur traitait de trois ouvrages.Les titres de deux d’entre ont été omis dans le texte.Il s’agissait de LA MULTIPLICATION DES PLANTES D’INTÉRIEUR, de Jane Coleman Helmer et son équipe, une traduction de Lise Marchand publiée chez Héritage et DES SENTEURS POUR LA MAISON, de Barbra Milo Orchbach, aux Éditions du Chêne.Toutes nos excuses aux lecteurs et aux auteurs.DES LIVRES CHAUDS! vlb éditeur IA Pf TIT f MAISON I DE LA GRANDE LITTÉRATURE iurie" Gil Courtemanche DOUCES COLÈRES Une réflexion exigeante sur des questions d’actualité, comme la langue, la dénatalité, notre avenir politique et culturel, et le journalisme.158 pages 14,95 $ Tlb édU«*r Jacques Leclerc LA GUERRE DES LANGUES DANS L’AFFICHAGE Un ouvrage d’information exceptionnel sur l’état de la langue d’affichage dans le monde entier: 77 pays m et 181 États sont .es**’* analysés.420 pages 22,95 $ ïSOTU Z Ubre-échange par défaut Dorval Brunelle et Christian Deblock LE UBRE-ÉCHANGE PAR DÉFAUT Une histoire des relations commerciales entre les États-Unis, le Canada et le Québec.Que l’on soit pour ou contre, U faut lire cet ouvrage bien documenté.304 pages 18,95 $ Le Devoir, samedi 6 mai 1989 ¦ D-3 • leplaisirdes mes La nouvelle révèle la subtile architecture de l’imaginaire CE QUE DISAIT ALICE Normand de Bellefeuille Québec, L'Instant même, 1989, 168 pages.L’HORREUR EST HUMAINE Jean Désy, Christiane Lahaie, Nando Michaud Stanley Péan, Jean Pettigrew, Québec, Le Palindrome éditeur, 1989, 252 pages.Jean-Roch BOI7IN Lettres ?Québécoises On écrit beaucoup de nouvelles au Québec.Selon les statistiques que la B N Q ( 1 ) a eu la brillante idée de publier, 179 nouveaux romans sont parus en 1988, et 82 recueils et brochures de nouvelles.J’en lis beaucoup et beaucoup d’excellentes.J’aime ces lectures a escales multiples.La vie est ainsi faite qu’il est bien difficile de ménager de longues heures de lecture et l’avantage du genre est de vous présenter les bouchées toutes faites.Le plaisir d’en garder une en tête, de sortir faire une course en se la rejouant, branché comme d’autres sur leur baladeur.Le plaisir d’y revenir en se demandant si l’on pourra nous refaire le coup du ravissement de la dernière lue.Y piger même, comme dans une bonbonnière aux saveurs mélangées.Sans disposer de statistiques à cet effet, j’ai la nette impression qu’il est beaucoup plus difficile de se faire reconnaître comme nouvelliste que comme romancier.Or, de toutes les distinctions accordées par l’institution littéraire, le Prix Adrienne-Cho-quette de la nouvelle n’a jamais manqué de repérer les figures dominantes parmi la foule (c’est bien relatif ! ) d’auteurs qui s’adonnent à cette économie particulière de l’écriture : Gaétan Brulotte, Monique Proulx, André Berthiaume, Claude-Emmanuelle Yance et Bertrand Bergeron.L’Instant même, un éditeur de Québec qui se consacre exclusivement à la publication de nouvelles et dont je n’ai jamais lu que des oeuvres de très haute qualité, se trouve encore une fois distingué puisque c’est un de ses auteurs, Normand de Bellefeuille, qui se voit cette année décerner le Prix.Ce que faisait Alice est le vingtième ouvrage de Normand de Bellefeuille poète et essayiste, qui a déjà reçu le Prix Émile-Nelligan et celui de la fondation des Forges.Ce recueil de nouvelles nous montre l’ampleur de ses moyens et la couleur particulière de son génie.Le sentiment qui domine en refermant ce livre c’est celui de l’unité dans la diversité, de la qualité prismatique de l’ensemble.Derrière la parfaite autonomie des courtes histoires, se retrouve une essence particulière à tous ces textes, comme s’ils participaient d’une complexe et subtile architecture de l’imaginaire, d’autant plus efficace qu’elle vous échappe.Qui vous entraîne dans un lieu inconnu, reconnu parce que situé dans les zones de l’intime.Comme perles d’un collier, semblables et pourtant uniques dans le poli et la profondeur de leur eau.S’y manifeste une forme d’entropie qui fait qu’à partir d’un mot ( Les Adverbes), d’éléments asymétriques ( La Tasse, La Dent) ou de leur apparente symétrie ( La Maladie des dénombrements), l’univers se déglingue.Il y a, comme clé de voûte de cette discrète architecture, Alice « l’une des trois femmes de la maison » qui revient sept fois, comme un point d’orgue, souligner le regroupement par cinq des trente-cinq nouvelles.Toutes très courtes, à haute densité et degré maximal de résolution.Avec des petits rejets dans un vide rempli d’échos.A travers ces moments racontés, instantanés d’un album de souvenirs, des gestes sont décrits, des mots rapportés, des sensations, des sentiments évoqués, pour que remonte à la surface une certaine musique qui s’impose comme un refrain obsédant.On peut parler de styliste ici, qui sait donner à sa prose une prosodie, une scansion parfois, qui choisit l’ordinaire des gestes du quotidien, jamais banal, souvent pervers.La réalité travestie des signes projette son spectre sur la conscience et chaque fois la vérité se montre désarmante.Se produit alors le ravissement qu’on éprouve devant la beauté, une harmonie des formes si éloquente qu’elle vous laisse muet.Ce que la grand-mère Adèle disait, c’était beaucoup plus que les mots proférés pour le narrateur «[.] à cdt âge encore où la mort n’est qu'un Comment aimer l’autre sans le tuer PHOTO JACQUES GRENIER Spf: S - GUY FERLAND COMMENT AIMER l’autre sans le tuer ?Tel est le propos brutal et essentiel du dernier livre de Danielle Fournier, L’Empreinte, publié chez VLB éditeur.Ce récit volontairement redondant, qui atteint parfois la poésie, pose des questions lancinantes qui laissent des marques sur le lecteur.« L'Empreinte, c’est justement la marque que le désir de l’autre laisse sur soi, c’est le choc des esprits, des corps », précise le jeune auteur.Voilà pourquoi le contenu et la forme de ce troisième récit de Danielle Fournier se marient si bien.La voix claire et les yeux perçants de l’écrivain trahissent une sensibilité à fleur de peau et une grande fragilité.La fébrilité de la parole ne se dément jamais.Danielle Fournier, qui a fait une maîtrise et un doctorat en littérature et psychanalyse à l’Université de Sherbrooke, parle d’abondance, autant par ses gestes que par ses mots.Son premier roman publié, Les Mardis de la paternité ou le regard appris (éditions Triptyque), faisait partie de son mémoire de maîtrise qui portait sur la représentation du désir féminin à travers le vêtement.« Il y était surtout question d’habillage et de déshabillage, souligne l’auteur.Le regard qu’on pose sur soi et le regard étranger qu’on incite par l’habUlement étaient mis en jeu.» Dans le second récit, De ce nom de l’amour.Le détournement de l'initiale, écrit en collaboration avec Louise Coiteux, on assistait à la naissance du personnage de Léonie An-der, central dans L’Empreinte.Ce dernier récit fait partie d’une thèse de doctorat qui portait le titre, tout universitaire, de Psychanalyse et écriture : autres possibles du féminin.Danielle Fournier « Au départ, je voulais raconter l’histoire d’une femme qui tombe amoureuse de son frère, explique Danielle Fournier.Sauf que le frère n’a jamais existé; il est mort à la naissance.Cet amour incestueux va de l’autre côté du langage et se retrouve dans la folie.La soeur a complètement imaginé son frère comme étant un personnage réel; il est donc présent par son absence même.Ce que je voulais traduire par cela, c’est que l’événement importe peu en regard des traces qu’il laisse dans l’imaginaire.Et je voulais trouver la parole désirante dans la vie, non pas dans la mort.« Car la parole est toujours incarnée, en rapport avec l’autre, pour- suit-elle.Derrière toutes paroles, il y a toujours la question du désir qui se pose.Même lorsqu’on s’écarte le plus du désir, qu’on tient un discours objectif, décanté, on se positionne toujours par rapport à l’autre.» Difficile d’éviter un sujet aussi délicat.Et l’écriture dans L’Empreinte est effectivement un forme de dialogue avec un autre imaginaire.« Pour moi, l'écriture sert à nommer le réel qui nous échappe, même si on n’a jamais la maîtrise sur ce qu’on dit puisqu’on est toujours dans la perte du discours.Nos paroles appartiennent à l’autre.Lorsqu’on dit : “Passe-moi le lait”, la compréhension se fait automatiquement, parce qu’on parle de quelque chose de concret.Mais lorsqu’on dit : “J’ai mal”, par exemple, on entre immédiatem-ment dans l’incompréhension.» Dire le désir qui habite une femme, dans ces circonstances, devient un tour de force.L’Empreinte est, dè ce point de vue, le récit d’une blessure.Le personnage central, Léonie Ander, représente la femme, l’autre du pensable.Dans le cours du récit, Danielle Fournier nomme son « héroïne » L.A.Ander (autre en allemand) : « La femme qui est ni une autre, ni le même.La femme, c’est l’impensable pour l’autre et même fiour elle-même.Elle est soit ’amante, la mère, la soeur ou l’épouse; ce à quoi on ne peut jamais échapper, d’ou tout procède, et en même temps ce qui échappe toujours.Quant à l’homme, c’est un cas, d’où le nom du personnage masculin, K, sans référence à Kafka.» C’est un peu pour nommer, sans le nommer, ce rapport impossible à l’autre que L'Empreinte prend la forme d’une répétition, d’une litanie, et retrouve les figures du Verbe fait chair et de la haine dans l’amour.« On se questionne tout le temps sur la vie, la mort.^a jouissance, le désir, l'amour, la beauté, etc., commente Danielle Fournier.Au fond, les gens ne vivent pas différentes choses.On peut vivre différemment la haine, par exemple, mais on la vit tous.De même pour le narcissisme, qui structure nos rapports aux autres.Car comment peut-on aimer quelqu’un lorsqu’on ne s’aime pas soi-même ?Et comment peut-on aimer quelqu’un sans entrer en lutte avec lui ?» Toute la question du livre est là, entre ces deux pôles.L.A.Ander ne vit pas différemment.Non.Tout ce qu’elle essaie de faire, c’est d’aller de l’autre côté de la folie pour vivre, en l’absence de son frère.Comme nous tous.Échos logiques LOI SUR LA QUALITÉ DE L’ENVIRONNEMENT texte annoté par Michel Yergeau Montréal, Société québécoise d’information juridique (SOQIJ) 1988, 1,109 pages LOUIS-GILLES FRANCOEUR CET IMPRESSIONNANT travail de bénédictin — et d’analyste — n’a rien du best-seller qui voudrait profiter de la vague médiatique sur l’environnement pour lancer de nouvelles polémiques, thèses ou critiques des politiques environnementales québécoises.Il s’agit plutôt d’un ouvrage de référence, incontournable par sa qualité et sa rigueur, qui s’adresse aux avocats, aux gestionnaires, aux écologistes et aux citoyens intéressés à comprendre la loi québécoise de l’environnement à la lumière des décisions rendues par les tribunaux.Me Yergeau ne s’est toutefois pas contenté de codifier les arrêts relatifs à chacun des articles de cette loi qui établit le droit à un environnement de qualité et régit l’action des pollueurs.L’auteur, qui jouit depuis des années d’une solide réputation dans le domaine de l’environnement — il a notamment été vice-président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement — y va de commen- taires personnels qui font appel autant à son expérience du droit que de la pratique et des rouages de l’administration gouvernementale.Le texte est conçu pour faciliter la compréhension de chaque article de la loi.Une fois l’article énoncé, l’auteur retrace d’abord son histoire juridique.Il en précise ensuite le sens et la portée dans un commentaire : il explique, par exemple, les liens de cet article avec d'autres parties de la loi ou les concepts administratifs auxquels il se référé.Ou les procédures administratives qu’il enclenche.L’auteur ajoute ensuite une analyse succincte des jugements rendus sur cet article, un travail de recherche jusqu’ici inégalé.Il termine son analyse en se référant aux règlements ou parties de règlement, actuels ou passés, qui mettent en quelque sorte de la chair sur le texte législatif.Cette brique, d’allure rébarbative de prime abord, est, en réalité, un outil de référence facile à consulter et d’une grande efficacité.Pas besoin d’être juriste pour s’en servir, même si cet ouvrage deviendra sûrement la référence obligée pour tout avocat ou magistrat appelé à toucher à la loi de l’environnement.meres -Les librairies- Flammarion Scorpion 4380 St-Denis 284-3688 Carrefour Angrignon 365-4432 Centre Laval 688-5422 Place Montréal Trust Galeries d’Anjou 351-8763 Galeries de Terrebonne 492-5688 Mail Champlain 465-2242 (Niveau 1) 499-9675 soupçon ».C’était la gigue des signes et des sentiments qui lançait ses premières mesures au bal d'une jeune conscience.?C’est de Québec également que nous viennent les douze récits « d'angoisse, d’épouvante et d'humour noir » réunis sous Je titre de l/Hor-reur est humaine.Des notes biogra phiques présentent les jeunes.au-teurs encore peu connus.Ils sont cinq pour douze nouvelles.Stanley Péan, qui a publié l'automne dernier La Plage des songes (Editions du CIDIUCA), un recueil de textes inscrits sous le paradigme de l'exil, d'une inquiétante actualité et d'un onirisme puissant nourri à l’imaginaire de la tradition haïtienne, do mine le groupe de deux ou trois Ion gueurs.Sa maîtrise subjugue et con traste avec la prose laborieuse des auteurs qui l’accompagnent.Pour la plupart, le désir de faire peur oblige aux ectoplasmes, aux gadgets et accessoires du fantastique, a l'insolite gratuit.Comme s’ils n’étaient pas bien convaincus que l'horreur est humaine.Stanley Péan, lui, sait flirter avec l'horreur qui se cache partout dans les ombres du quotidien et garder une souveraine emprise sur l’ancrage réaliste de ses histoires fantastiques.Mes amis d’Angleterre, dernière nouvelle du recueil, est de Christiane Lahaie, une auteure que je découvre et qui tranche également par l’élégance du style et par un imaginaire nourri aux sources vives de l’expérience et de la culture.Quant au reste, much ado for nothing.Tout bien pesé, les nouvelles de Stanley Péan étant les plus longues, le livre vaut son poids de papier et sa dose de frissons plus ou moins délicats.Je recommanderais qu'on commence à le lire par la fin pour voir jusqu’où on peut aller dans l'audace et la maladresse.( 1 ) Statistiques de l'édition au Québec en I9SS.Montréal, Bibliothèque nationale, 19H9 Le génie particulier de Normand de Bellefeuille et les jeunes nouvellistes de Québec.Collection roman/ Guérin littérature Sylvain Rivière La s’maine des quat’jeudis Collection Roman / Guérin littérature LA GASPÉ$IE RACONTEE SYLVAIN RIVIÈRE SYLVAIN RIVIÈRE , * La lune dans une mom Italic t
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