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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1989-05-20, Collections de BAnQ.

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m a a • le p laisir des mes Il AiH L’AMÉRIQUE I-ATINL ET l.A LITTÉRATURE, UNE CULTURE À DÉCOUVRIR DU 27 MAI AU 27 JUIN le Parchemin STATION METRO BERRI UQAM H2L 2C# #45 5243 Llbolrt* agr44* Montréal, samedi 20 mai 1989 Bourgault au jour le jour avec ses paons et ses pruniers MICHEL VASTEL Mercredi matin.Dans les salles de rédaction de la Métropole, c’est l’agitation des grandes premières: Bourgault lance son livre - Moi, je m’en souviens.Mais au fond du deuxième rang, à Saint-David, l’auteur a bien d’autres soucis.Sous le regard amusé de Byto, Bourgault plante deux pruniers déjà en fleurs.« Il y a urgence: un arbre, ça prend trente ans à grandir ».Ses amis ont cru qu’il opérait un retour à la terre .« Ben non !, moi c’est Marie-Antoinette », lance-t-il en parcourant du regard ses 68 arpents: là des plans d'eau, là des arbres, là des fleurs.Il n’y a que le grand potager qui l’inquiète un peu : non pas qu'il doive se lever de bonne heure pour aller chercher un rotoculteur à Saint-François du Lac, mais il a peur d’avoir trop à manger.« Je n’ai pas beaucoup d’amis », laisse-t-il tomber, comme un autre dirait : « les tomates ont bien donné cette année ».À 55 ans, Bourgault triche un peu: les arbres qu’il plante sont déjà deux fois plus grands que lui.Et l’acacia qu’il « essaie » sur sa lourde terre noire ne résistera peut-être pas à la froide humidité qui monte de la vallée de la Yamaska.« Mes arbres peuvent mourir, je m’en fous, dit Bourgault.Quand je serai mort, si les gens ne veulent pas d’un Québec français, qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?» « Las, mais apaisé », Bourgault jouit de la vie, au jour le jour, au rythme lent de tout ce qui pousse pour lui survivre: ses arbres, ceux qu'il appelle affectueusement ses ’petits’, et toutes ces foules de polyvalentes qui, Lévesque mort, lui demandent de reprendre du service.Depuis un an, l’homme est « agressé »: le parti le sollicite, Alain Stanké l’a obligé à écrire ce livre, et les jeunes lui demandent de « reprendre la parole».Bourgault résiste au parti : « si on pouvait me démontrer que je suis indispensable, que je suis le chaînon manquant.Mais je ne risque pas grand chose à dire cela, puisque c’est indémontrable ! » Contrairement à ce que croyait René Lévesque, « je ne suis pas un jêveur, mais brutalement réaliste».Ce livre, Bourgault n’avait pas envie de l'écrire non plus.« C’est pas très bon », convient-il.C’est que, ses L’auteur de Moi, je m’en souviens se promène sur sa terre au fond du deuxième rang, à Saint-David.* < • -* • SAtiànaCf A»*-».!» - ».îxfÇST ».• ->V PHOTOS CHANTAL KEYSER Las mais apaisé », Bourgault jouit de la vie, au jour le Jour.mW* i; rnmm- vieux comptes une fois réglés avec René Lévesque, l’homme était piégé.Son Québec déprimait, et il ne pouvait pas le laisser sur un échec.Il fallait donc que son livre se poursuive sur un acte de foi: « bon, ça n’a pas marché aussi bien que nous l'aurions voulu .Mais elle est considérable cette révolution qui n'a fait la une des journaux nulle part dans le monde, mais qui a changé profon-Volr page D - 9 : Bourgault Marie-Claire Blais toujours énigmatique — PHOTO JACQUES GRENIER Marie-Claire Blais ODILE TREMBLAY TOUT LE MONDE a déjà vu cette longue mèche châtain qu’elle rabat machinalement sur son visage en entrevue, comme pour se soustraire aux regards du public.Tout le monde a déjà lu, étudié ou commenté sa prose célèbre aux accents écorchés.Mais la femme cachée derrière l'écrivain illustre est toujours demeurée une énigme.On la sait secrète et timide, protégeant jalousement sa vie privée contre les échos des trompettes de la renommée.Cette étoile brillant au firmament de la littérature québécoise relève, c’est bien connu, de l’anti-star.De beaux yeux bruns rehaussés par le maquillage, un sourire lumineux, une drôle de cravate mauve, une voix douce : Marie-Claire Blais.Étrangement identique à la jeune fille qui esquissait ses premiers pas littéraires trente ans plus tôt, ses 49 ans l’ont à peine effleurée au passage.Même silhouette gracile, même sensibilité frémissante, même visage pointu.Mais derrière sa légendaire réserve percent une chaleur et une gentillesse inattendues.En interview, l’auteur de L'Insoumise a des mains qui bougent au rythme de ses réponses, courtes, nuancées.Et puis, elle pèse ses mots, traque le terme précis, se dérobe arfois quand on touche de trop près son intimité : « Je n’aime pas me définir face aux autres.La réalité est tellement changeante», soupire-t-elle d’entrée de jeu.Ironie du sort, elle qui avoue trouver la célébrité bien lourde à assumer est devenue chez nous une espèce de monstre sacré, de ceux que le Québec enfante au rythme de deux ou trois par génération.Elle a été propulsée sur la scène internationale avec son best-seller Une saison dans la vie d’Emmanuel — aujourd’hui traduit en non moins de 14 langues, dont le chinois — qui lui valait en 1966 le prix Médicis.Depuis, d’autres décorations, comme le prix France-Québec et celui de l’Académie française, sont venues orner au fil des ans sa feuille de route.Marie-Claire Blais est à lancer son roman L’Ange de la solitude qui vient de sortir chez VLB.Il y est question de femmes artistes regroupées en commune, d’amour, de quête de soi, de solitude aussi.« J'y porte un regard nuancé et indiscret sur un monde que les gens préfèrent ne pas connaître », affirme-t-elle.Ce monde, c’est son propre univers, celui de l’homosexualité féminine avec ses rêves, ses déchirements, ses ambivalences.« On connaît encore très peu les femmes et les liens corn plexes qu’elles tissent entre elles, cet amour, cette solidarité.» Les communes de femmes artistes, elle en fréquente depuis sa première jeunesse, se laisse happer par elles à l’occasion tout en gardant un pied à l’extérieur.« Je suis toujours un peu en dedans, un peu en dehors », résume-t-elle.Nomade, Marie-Claire Blais ?Mouvante, plutôt.De 1963 à 1977, elle a vécu aux États-Unis puis en France, fréquentant des écrivains étrangers, fuyant aussi sa terre natale et les regards posés sur elle dans la rue, au restaurant : « Disons que j’ai eu envie, un peu comme Réjean Ducharme, de disparaître », profère-t-elle de sa voix chantante.Le mal du pays a finalement mis fin à son exode; depuis 1977, elle habite l’Es-trie, sans s’être immobilisée pour autant.La romancière arrive à peine de Colombie-Britannique.Quelques mois auparavant, elle arpentait La Nouvelle-Orléans; la prochaine Voir page D - 9 : Blais Entre les rêves et l’histoire Le sociologue Guy Hocher a lancé cette semaine chez: VLB Entre les rêves et l’histoire.Dans ces entretiens avec Georges Khal, Guy Rocher fait état des réflexions que lui ont inspiré sa carrière.Il a notamment surveillé à l'application de la loi 101, travail dont il parle dans les lignes qui suivent GUY ROCHER ST-CE VRAI que le pouvoir est intoxicant ?Certainement qu’il est intoxicant.Ilya une véritable « libido » du pouvoir — comme aime dire Camille Laurin, dans son langage psychanalytique — et certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres.C’est agréable de savoir que des directives, des ordres qu’on a donnés s’exécutent, et qu’on peut ainsi modifier ou corriger des situations et influencer même le cours de l’histoire.Par exemple, faire la loi 101, préparer une législation qui devait changer beaucoup et profondément le Québec, c’était fascinant, cela donnait même le vertige.Et puis, une fois la loi sanctionnée, j’ai travaillé pendant deux ans à faire appliquer la loi 101, avec le personnel de l’Office de la langue française, la Commission de protection, le Conseil de la langue française.Là encore, le pouvoir nous permet de modifier des situations, opérer des changements.Ainsi, jour après jour, j’ai vu progressivement se franciser le visage de Montréal, les milieux de travail, la vie commerciale.Par exemple, de grandes entreprises in- dustrielles ou commerciales ont entrepris la traduction française de leurs guides, directives, catalogues, à l’intention d’employés qui étaient parfois à 90 % francophones.La politique d'« incitation », qui avait été celle du gouvernement Bourassa et de la loi 22, n’avait pas été suivie d'effets.Il a fallu qu'une loi plus ferme, plus coercitive, comme la loi 101, vienne opérer des changements qui auraient dû être faits depuis longtemps.C’est l’infrastructure économique du Québec qu'il fallait progressivement franciser, ce qui est en train de se produire d’une manière que j’espère irréversible.C’est exaltant de voir de jour en jour se produire des changements qui deviennent historiques.C’est ça, évidemment, la « drogue » du pouvoir : c’est de faire l’Histoire.Et cela, je l’ai connu, je ne le nie pas.Je pense que c’est important de le reconnaître et de l’avouer.Mais cela ne me comblait pas, parce qu’après un certain temps, j’avais le goût du travail intellectuel, de la vie universitaire.Même si le travail que je faisais au gouvernement en était un où la pensée avait une place importante, il n’en reste pas moins que préparer et appliquer des politiques, ce n’est pas la même chose que de faire des recherches théoriques ou scientifiques, écrire des livres, enseigner, diriger des thèses.Au fond, dans le choix des politiques, on n’a pas un grand nombre d’options devant soi.Le nombre en est limité et je trouvais qu’on pouvait s’en faire une idée assez rapidement.L’intelligence est donc surtout occupée à développer les stratégies nécessaires pour convaincre soit les autori-Volr page D - 9 : Inédit «Du grand Bourgault! Tel qu’on l’aime.Ou le déteste.» Pierre Gravel La Presse «C’est par la grande porte de la littérature, et avec éclat, que Pierre Bourgault reprend le combat politique de sa vie, l’indépendance du Québec.» Daniel Brosseau Le Journal de Montréal PIERRE BOURGAULT m'en souviens EN VENTE PARTOUT - 280 pages - 15,95 $ Stanké les éditions internationales alain stanké Itée, 2127, rue guy, montréal h3h 2I9 (514) 935-7452 D-2 ¦ Le Devoir, samedi 20 mai 1989 L • le plaisir des ivres Sur Alex : Delir Décalage prend forme.Trois interventions ont été retenues encore cette semaine.En gras les interventions des dernières semaines,en italique les toutes récentes interventions, chacune signée du pseudonyme de leur auteur.Les personnages sont campés, l'action commence.Les abonnés d'Alex et les lecteurs du DEVOIR s'amusent.« Alio I Je t’attendrai près du canal Saint-Denis ».Et pourquoi à pied ?On savait pourtant que sa vieille blessure à la hanche le faisait souffrir en diable dès qu’il avait parcouru plus de 500 mètres.Sur une simple phrase, il accourait, il laissait derrière lui ses douleurs et ses cogitations.Un appel de la Salamandre, ce vieux compagnon qu’il croyait disparu .pour toujours.La Salamandre, le Doc et la Devine formaient le meilleur trio de la section.Chacun avait sa spécialité; le Doc et ses petites inventions électroniques qui effaçaient même le souvenir., La Devine, sans pareil pour lire les indices le plus tenus et résoudre les énigmes les plus tordues, la Salamandre, pour organiser les coups les plus fumants.Quelle équipe enfin réunie .La Devine pratiquait la communication à distance et le grand monde.Sa passion: une collection de papillons, son butin préféré: le morpho cypris de Colombie, d’un bleu si .céleste.À eux trois ils valaient bien une section complète du FBI.Leur efficacité complice en faisait le trio le plus redouté des services de contre-espionnage.Minuit trente, il était déjà en retard quand .Un lugubre personnage le héla du fond d’un taxi crasseux arrêté près de là.Sans hésiter, le Doc se dirigea vers le sinistre véhicule.Il avait reconnu son vieil ami, une étemelle brute aux yeux.sartriens.Son sourire fut Interrompu à mi-chemin par une rafale de mitraillette.Il reconnu le son familier d’une Kalachnikov.Merde, se dit-il, le KGB I Comment.Tout à coup, il ouvrit les yeux.Tout ça n 'avait donc été qu un rêve.Toujours la même chambre minuscule, le même néon lancinant, le même bruit de la ville prête à l’avaler.EMIGME Il se leva lentement, très lentement.Encore une journée à ne pas savoir qui il est.Pourquoi ce rêve à tous les jours, pourquoi le KGB et pourquoi cette blessure à l'épaule.TWEED Exténué, il retomba lourdement sur le dos.Tout à coup, il cria et s é-vanouit: une orchidée poussait sur son épaule.Encore un coup du KGB, songea-t-il.La cloche d'entrée résonna alors.BILBO Ce texte devient la propriété exclusive de Delir.Cette semaine, GUELFAST agagné un bon d'achat de $ 35 chez Renaud-Bray.C'est La Télématique d’affaires qui assure le bon déroulement de Délir.LIBRAIRIE iTtrirs i s ri n s jj s/ \ | h §4 I = ' u 1 ” 11 s : : a GUY FERLAND Ouverture du Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamlngue LE 13e SALON du livre de l’Abitibi-Témiscamingue ouvrira le jeudi 25 mai à 20 h au complexe sportif d’Amos.Il se continuera le vendredi, de 13 h à 17 h et de 19 h à 22 h, le samedi de 13 h à 22 , et le dimanche de 12 h 30 à 17 h.Ce salon itinérant comprend cette année 60 kiosques et les organisateurs attendent 5,000 visiteurs.Frédérick Back, Yves Beau-chemin, Paul Ohl, Georges Dor, Pierre Gobeil, André Dion, Louise Desjardins, Guillemette Isnard, Marcel Hébert, Yves Boisvert, Robert Soulières et plusieurs autres écrivains seront sur place pour signer leurs livres et rencontrer le public.Parmi les activités du salon, soulignons le Rallye de l’oiseau bleu avec André Dion, le Quiz sans limite pour les jeunes et les moins jeunes, le pique-nique sans limite avec Georges Dor, le spectacle de poésie « Souvenir à Félix », avec Margot Lemire, Daniel Saint-Germain, Georges Dor, Louise Déjardins et quelques autres.Langulrand édité en France L’OUVRAGE Prévenir le burn-out, de Jacques Languirand, publié par les éditions Héritage il y a quelque temps, vient d’être édité en France aux éditions Albin-Michel.Dans ce livre, Jacques Languirand propose une méthode active permettant, soutient-il, de redéfinir les attitudes et les attentes d’un individu, ces deux éléments qui sont le terrain favori des sources du burn-out.Cette méthode active trouve son prolongement dans une cassette audio.Jacques Languirand se base, entre autres, sur la théorie de l’inhibition de l’action définie par Henri Laborit pour proposer sa méthode.D’après l’auteur, le burn-out est une occasion de croissance.« J’en arrive même à penser, dit-il, que si le burn-out n’existait pas, il faudrait l'inventer ! [.] Pour ce qui est de l’occasion qu’il représente de faire le point et de repartir plus centré, réconcilié avec soi-meme, autrement dit de s’engager dans une démarche ou guérir le burn-out, d’inventer à son propre usage un nouvel art de vivre.» La loi 78 et l’édition DANS son dernier bulletin, l’Union des écrivains québécois explique en partie les dispositions de la loi 78, Il manquait au Québec un outil Je référence qui lasse le bilan de l'actualité politique et qui permette de retrouver rapidement des données relatives à la vie économique, sociale et politique.Ce livre s'adresse il tous ceux qu'intéresse la politique québécoise.Hommes politiques, fonctionnaires, jour- SOUS nalistes, leaders d'opinion et étudiants y trouveront des analyses concises et documentées de l'actualité et des tendances qui ont caractérisé l’année écoulée.254 PAGES lé PHOTOS 59,95 S L'ANNEE POLITIQUE 1987 AU 1988 QUÉBEC SOUS LA DIRECTION DE DENIS MONIÈRE L'héritage de René Lévesque Denis Monière La vie parlementaire Réjean Pelletier Les politiques gouvernementales André Bernard Le budget 1988-1989 André Blais et François Vaillancourt L'administration québécoise à l'heure des libéraux Stéphane Dion et James lain Gow Les écueils du lac Meech Gérard Boismenu Les relations fédérales provinciales: l’année des paradoxes feutrés Paul-André Comeau Les relations internationales du Québec: la marque d'un déterminisme économique Panayotis Soldatos La question linguistique Guy Bouthillier La vie municipale et régionale Guy Bourassa La vie des partis Jean Crête Le mouvement syndical Jacques Rouillard Les tendances de l'opinion politique Edouard Cloutier Profil du Québec Robert Boily Chronologie de l'année politique, septembre 1987 août 1988 Roger Charland Liste chronologique des adoptions de projet de loi couvrant la période de septembre 1987 à août 1988 Roger Charland DEVOIR QUÉBEC/AMÉRIQUE PJ Q O CQ COMMANDE Veuille: m'expédier_exemplatre(s) de l'ouvrage L'année politique au Québec 1987-1988 au prix de: 59,95$ (port et manutention compris).Vous trouverez ci-joint un chèque ou un mandat de_$, à l'ordre de: Éditions Québec/Amérique 1380 D, de Coulomb Boucherville (Québec) J4B 7J4 Ou veuillez porter à mon compte: Visa.Compte no___________________________ Date d'expiration___________________ Nom ________________________________ Adresse_____________________________ ou MC Signature Ville_________ Code postal Téléphone.Commandes téléphoniques acceptées: (S 14) (ni-ïlM adoptée à l’Assemblée nationale le 22 décembre, qui s’appliquent au domaine de l’édition.« Ainsi, apprend-on, la loi confirme la nécessité d’un contrat écrit dont un exemplaire devra être remis à l’auteur (art.32).[.] De plus, l’éditeur devra tenir dans ses livres de comptabilité un compte distinct pour chaque oeuvre publiée.L’écrivain, après en avoir avisé par écrit l’éditeur, pourra faire examiner ces livres (art.39).[.] La loi 78 offre des protections additionnelles à l’auteur.L’éditeur ne pourra plus donner en garantie à un prêteur les droits qu’il détient sur une oeuvre à moins que l’auteur n’y consente (art.35) et si l’éditeur subit une faillite, le contrat d’édition sera automatiquement résilié.» L’Union des écrivains québécois, après avoir cité d’autres articles touchant les écrivains, émet quelques réserves sur les conséquences de cette loi 78, entre autres sur la portée de la loi 78 tant que la loi sur la faillite ne sera pas amendée et sur le règlement des différends auteurs-éditeurs devant un arbitre plutôt que devant les tribunaux.Rôjean Ducharme brille par son absence ROBERT GUY SCULLY, l’animé animateur de l'émission bien nommée Scully rencontre, reçoit un invité absent, ce soir à 18 h 30 : Réjean Ducharme.Mais, pour ne pas avoir à toujours représenter la seule photographie de l’auteur de L’Avalée des avalés, plusieurs invités viendront témoigner de l'existence de l’écrivain : Robert Charlebois qui l’a chanté, Jean-Pierre Ronfard qui l’a mis en scène, Francis Mankiewicz qui l’a porté à l’écran et la romancière Marie-Claire Blais brosseront un portrait de l’homme et de son oeuvre.Un Méritas pour Antonine Maillet L’ÉCRIVAIN acadien Antonine Maillet a obtenu cette semaine un Méritas de la Fédération acadienne du Québec pour souligner sa contribution à la culture acadienne.C’est Marcel Léger, président du conseil, 3ui a remis le prix à l’auteur de La agouine et de Pélagie-la-Charette (prix Concourt 1979).Premier congrès de l'Association des auteurs de l'Ontario L’ASSOCIATION des auteurs de l’Ontario (AAO) invite toute la population à participer à son premier con-rès, les 26 et 27 mai, à l’Université 'Ottawa.Il en coûte $ 35 pour participer à ces deux jours d’ateliers et de rencontres ou $ 5 par atelier et $ 12 Fiction et biographies 1 Juliette Pomerleau Yves Beauchemin Québec/ Amérique 0)* 2 Le Zèbre Alexandre Jardin Gallimard (2) 3 Drakkar Paul Ohl Québec/ Amérique (4) 4 L’Homme qui plantait des arbres Jean Giono Gallimard/ Lacombe (3) 5 2061 Odyssée III A.C.Clarke Albin Michel (7) 6 La Vérité sur Lorln Jones Alison Lurie Rivages (5) 7 La Nuit des perséldes Jean-Alain Tremblay Quinze (-) 8 La Vieille qui marchait dans la mer San Antonio Fleuve noir (10) 9 Prélude è Fondation Isaac Asimov Libre Expression (-) 10 Maudite sauvages Bernard Clavel Albin Michel (6) Ouvrages généraux 1 Douces Colères Gil Courtemanche VLB (1) 2 Père manquant, fils manqué Guy Comeau éditions de l’Homme (3) 3 Le Mal de l’Ame D.Bombardier et C.Saint-Laurent Robert Laffont (2) 4 Le Chemin la moins fréquenté Scott Peck Laffont (5) 5 Une brève histoire du temps Stephen Hawking Flammarion (4) Compilation falta à partir daa donné*» foumlaa par las libraire* suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champlgny, Flammarion, Rat-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trola-Rlvlères : Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bl-blairles G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle ; Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la eemalne précédant» pour les repas-conférences.Pour réserver, communiquer avec l’AAO, 305, rue Saint-Patrick, Ottawa (Ontario), KIN 5K4; tél : (613) 230A032.Bibliothèque Idéale et auteur québécois DANS la « Bibliothèque idéale » de Lire, il y a, au dernier décompte, trois livres d’auteurs québécois, contrairement à ce qu’on pourrait penser : L’Homme rapaiilé, de Gaston Miron; Les Belles-Soeurs, de Michel Tremblay, et les Lettres et Écrits d'Albert Roussel, présentés et annotés par Nicole Labelle; ce dernier livre a été publié chez Flammarion en 1987 dans la collection « Harmoniques».L’auteur, originaire de Montréal et professeur agrégé de musicologie à l’Université d’Ottawa, a remporté le prix René Dumesnil de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France en 1988 pour son ouvrage.Prix littéraires LE GRAND PRIX de poésie de la Fondation des Forges, d’une valeur de $ 5,000, sera décerné lors de l’ouverture officielle du 5e Festival international de la poésie, à Trois-Ri-vière l’automne prochain.Pour participer à ce grand prix créé à la mémoire de Gatien Lapointe, le candidat doit être citoyen canadien et avoir publié trois ouvrages de poésie chez un éditeur reconnu (ces ouvrages ne sont pas admissibles); soumettre en trois exemplaires, soit un manuscrit d’au moins 48 pages, dactylographié à double interligne, recto seulement, ne faisant l’objet d’aucun contrat avec un éditeur, soit un livre publié dans les 12 mois précédant le 31 mal 1989; l’oeuvre doit être en français; joindre à cela son curriculum vitae en trois exemplaires.Le candidat doit faire parvenir le tout à l’adresse suivante : Gaston Belle-mare, secrétaire général, Fondation des Forges, 3231, rue Notre-Dame ouest, case postale 232, Pointe-du-Lac, GOX 1Z0; (819) 379-9813.Les oeuvres soumise doivent être postées avant le 10 juin Une misogynie galopante REPLIQUE SI VOS LECTEURS ne sont pas des consommateurs réguliers des revues universitaires, c’est Dar la lettre d’Andrée Ferretti (LE DEVOIR, 22 avril) qu’ils auront appris l’existence du dossier de Voix et images (n° 40) consacré à l’oeuvre de France Théo-ret, et de l’attaque virulente de Jean-Pierre Issenhuth contre le même dossier publié dans la revue Liberté.Par cette attaque que je ne peux qualifier que d'hystérique, les rédacteurs de Liberté nous rappellent encore une fois que les voix de femmes sont loin d’être acceptées dans l’enceinte de la culture québécoise telle que définie par certains hommes influents.Pour ceux qui en doute- raient, les attaques d'Issenhuth contre Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, Denise Boucher et Louise Du-pré dans le même numéro fournissent une preuve supplémentaire de la misogynie galopante dont il souffre.France Théoret est un écrivain important, et si son oeuvre jouit d’une réputation internationale, c’est parce qu’elle exprime dans une voix authentique des vérités essentielles qui ont une résonance pour ses lecteurs — qu’ils soient hommes ou femmes, québécois ou non-québécois.En tant que responsable du dossier, je suis fière de la reconnaissance qui lui a été accordée, et j’ai du mal a comprendre non seulement la rage que les articles du dossier ont suscitée chez le critique de Liberté, mais aussi le manque de professionnalisme et de sens éthique chez les rédacteurs qui ont publié un tel torchon.Dans un article du même numéro, François Ricard se lamente sur « l’apathie ou l’espèce de désarroi qui s’est emparé depuis quelque temps .de l’ensemble du milieu intellectuel ».Là encore, comme dans les articles d’Issenhuth, les écritures des femmes et la pensée de la différence qui s’y élabore se trouvent consignées au néant et au silence.Mme Ferretti reproche au dossier d’être « trop réducteur de l’oeuvre de France Théoret à son seul aspect idéologique» (c’est-à-dire féministe), tandis que M.Issenhuth semble obsédé par le fait que parmi les contributions au dossier il y a des voix qui viennent du Canada, des États-Unis et de la Belgique en plus du Québec (ça fait « prétentieux », selon lui).A ces deux critiques, je tiens à répondre que nous avons sollicité des contributions au dossier à tous les départements d’études littéraires des universités québécoises, et que nous avons regretté de n’avoir reçu aucune contribution écrite par un homme.La valeur « universelle » de l’oeuvre de France Théoret ne fait pas de doute, Mme Ferretti, nous sommes d’accord là-dessus.Mais jusqu’ici, il semble que ce soient uniquement les femmes qui s’en rendent compte.— PATRICIA SMART Km Quinzaine Pléiade se poursuit jusqu'au 23 juin Obtenez l'album “Eæh écrivains de la Révolution française99 plus VAgenda Pléiade 1989 à l’achat de 2 volumes de la Pléiade -La librairie- Flammarion Place Montréal Trust 1500 McGill Collège 499-9675 LES ECRITS DES FORGES éditeur de poésie C.p.335 TROIS-RIVIÈRES g9a 5g4 POUR VOUS PARTIR EN VACANCES I BUIN, YVES Fou-l’Art-Noir co-édition Le Castor Astral I LE GOUIC, GÉRARD Fermé pour cause de poésie 10,00$ 10,00$ 5,00$ ¦ TREMBLAY, YVAN L’espace heureux Prix Octdve-Xjrémazie —1989 Salon International du Livre de Québec ¦ POZIER, BERNARD Choisir la poésie en France 12,00 $ (sous la direction de) M JOUBERT LUCIE Des Forges # 27 5,00 $ (sous la direction de) Lauréat(e)s du Prix A Iphonse Piché Distribution en librairies: Prologue (514) 332-5860 Autres: Diffusion Collective Radisson (819) 379-9813 Le Devoir, samedi 20 mai 1989 ¦ D-3 • le plaisir Jes ivres Un cantique pour ce siècle L’Orient du Québec L’ANGE DE LA SOLITUDE Marie-Claire Blais Montréal, VLB éditeur 1989, 135 pages Jean-Roch BOI7IN lK* Lettres A Québécoises À LA TÉLÉVISION en noir et blanc nouvellement installée dans le salon, près du piano, je voyais mon premier écrivain en chair et en os.Marie-Claire Blais interviewée par un curé, le père Legault, je crois.Cette toute jeune fille à la natte sage pouvait donc être un écrivain ?Quelques mois plus tard au séminaire, ce merveilleux franciscain, Odorio Bouf-fard, qui fut mon premier maître et peut-être le dernier, me faisait lire La Belle Bête.L’effet de choc a été définitif.Des années plus tard, me voilà ralentissant la lecture de L'Ange de la solitude pour laisser passer des bribes de ces oeuvres fortes qui se catapultent dans l’écho de ma lecture, une trentaine d’oeuvres publiées, toutes marquées par une extrême exigence de lucidité et d’écriture sans lesquelles, je m’en rends compte aujourd’hui, notre littérature ne serait pas la même.Je ne serais pas le même, ça je peux l’affirmer.Je soupçonne que nous ne serions pas les mêmes.Car Marie-Claire Blais, avec cette essentielle virtus des plus grands écrivains — deux ou trois font une littérature — n’a jamais fait de romans gentils, ni même séduisants, mais elle est l’une des deux ou trois Québécois qu’on lit outre-frontières.Elle écrit des romans qui courtisent l'avenir et risquent l’inévitable vertige, les bras tendus au-dessus du vide.Ce dernier roman est très court, mais chaque mot y est pesé de son poids de nécessité et de musique.D’emblée, s’établit un rythme de la phrase longue, télescopique, au balancement que l’on croirait sophistiqué mais qui s’impose, avec ses juxtapositions en montage serré, La route comme le parfait cheminement du discours intérieur accompagnant les êtres vers leur destin particulier, avec ses conjonctions du côté des apparences et de l’abstruse réalité.Elles sont là dans la maison de l’Abeille, Johme, Gérard, Doudouline et Polydor, sous le portrait inachevé de Thérèse en maillot de bain avec le chat, peint par l'Abeille.C’est le début de la première partie du roman, la plus longue, intitulée simplement « L’univers de Johnie ».Dans la seconde partie, « Le seuil de la douleur », elles sont toujours là et même Thérèse, la joggeuse, assise sous son portrait, qui se ronge les jointures de désarroi, et Sophie, la mère de Doudouline, qui a triomphé dans Strindberg à Paris, qui va les secouer un peu pour disposer de l’urne funéraire de celle qui leur manque terriblement, ses 20 ans enfuis.Elles étaient en commune, par affinité.Chacune cherchait à sa façon à mettre à l’épreuve cette solidarité dans l'évolution de son destin individuel.Ce sont toutes des femmes, elles sont lesbiennes — sauf Sophie, la mère de Doudouline, qui ne recule devant aucun rôle — on serait mal avisé de s’en effrayer.On se targue de révolution tranquille alors que la révolution féministe est enterrée sous les négociations dilatoires.Johnie aime Gérard qui a 20 ans, sniffe de la coke et s’impatiente : «[.] quelle misère de préparer une licence en allemand, d’être boursière d’université comme Johnie, avec des parents ingénieurs qui l’avaient élevée dans la paperasse, les livres, et on aurait pu croire que Johnie était victime de la passion du mot écrit, fureur sacrée dont Gérard était jalouse.» De l’univers de Johnie, Gérard s’échappe, et Johnie connaît la solitude dans une île au soleil où elle rencontre Marianne, cette Virginia Woolf qui va ouvrir une galerie d’art à Jérusalem et lui parle de Schopenhauer.Elle lui écrira (je cite de mémoire) : « Vous êtes lesbienne, mon mari et mes fils ne doivent pas savoir, oubliez cet “égarement”.» Johnie verra des enfants palestiniens ensanglantés, entre les lignes de la galériste.Polydor s’est consacrée à la prêtrise, ce qui lui confère un destin de dévouement et d’abnégation puisque, séminaire, n'est-ce pas, femme n’y entrait pas.C’est vers l’Église anglicane que Polydor s’est retournée, qui affronte la question, risquant le schisme.Mais c’est de vocations que le roman parle, pas des Églises honnies, des oripeaux flamboyants de l’hommerie qui établit les règles du discours.Polydor nourrit le chat et la maisonnée, veille sur Doudouline et les autres, Doudouline, la chanteuse rocA-que Sophie, la parfaite actrice, met en scène comme elle l’a mise au monde, et qui a le regard de son père.L'ambiguïté assumée du sentiment de responsabilité.Il y a Paula aussi, escaladant Chichen Itza et maîtrisant l’ordinateur, impatiente devant les passions trop humaines mais sidérée par le chiffre de la misère ainsi dite humaine.Et l’Abeille, partie dans la nuit parce que le sang menstruel revient lui rappeler l’insoutenable souvenir de la mort de sa mère et qu’elle refuse de compter les rainures du plafond :«[.] la multiplicité de: rainures finissait par vous vaincre, devenue le symbole de la répétition de nos gestes jusqu’à l’usure, la stérilité de l’ennui, le symbole aussi de notre abandon sur la terre, on s’endormait, pensait l’Abeille, lasse de ne rien comprendre au sens de la vie [.]» L’une d’elles disparaît et ce texte nous révèle le nécessaire apprentissage du deuil, toujours si personnel, alors que la mort fait la manchette du quotidien.Il faut donc parler de la beauté du texte si court, de son poids de vérité à dire, qui nè pouvait l’être que par une artiste du scalpel, qui, entre la chair et l'os, s’interdit le pathos et la rhétorique.Cette littérature à ses bourgeons où l’on s’abrite, « soldat sans arme » pour un nouveau jour.Dans la maison de Marie-Claire naît une dignité neuve, une piste vers l’avenir qu’elle est seule à pouvoir indiquer.Grâce donnée que l’on voudrait rendue.Ce serait trop simple, quand il s’agit d’un roman d’une absolue nécessité.Oeuvre de lucidité, de courage et d’une singulière éloquence.Aucun risque à parler de chef-d’oeuvre.jamAdhlavie Guy Ménard Montréal, Boréal 1989, 445 pages YVES JUBINVILLE LES MAUVAIS romans ne sont pas toujours sans intérêt.En voilà un, Jamadhlavie, de Guy Ménard, qui tombe dans cette catégorie.Sa lecture n’a qu’un but, bien que discutable : imaginer, en lisant, ce qu’aurait pu être le roman si.Tout, dans Jamadhlavie.tient dans ce « si » qui résonne d’un bout à l’autre du roman.Pendant plus de 400 pages, le récit accumule les bonnes intentions, les bonnes idées, mais sans jamais les concrétiser.L’échec résulte, à bien y penser, de l’idée de départ, empruntée aux Lettres persanes de Montesquieu ou à la bande dessinée Iznogoud.Guy Ménard (dont voilà le premier roman), par la voix du narrateur Axel, raconte l’histoire du peuple dhlave et de son pays « blotti quelque part entre les Balkans » (p.10).On le devine aisément : ce pays, c’est le Québec.L’histoire est transposée au 18e siècle dans le décor exotique de l’Orient où Axel apprend à vivre au milieu de ce peuple aux moeurs FEMMES ET PRISON Monique Hamelin Montréal, éditions du Méridien 1989, 270 pages CHANTAL BEAUREGARD ON CONNAÎT peu la réalité des femmes en prison et on a même souvent tendance à l’ignorer.De fait, dit Monique Hamelin, « c’est de tout et coutumes étranges.Décalage temporel et exotisme oriental sont ici nécessaires — croit-on comprendre — pour installer un discours critique et parodique.Or il n’y a, à proprement parler, aucune parodie dans ce roman, non plus que de critique.Et pour cause.La distance nécessaire n’existe pas, si ce n’est que pour donner naissance à une fiction qui, du reste, ne parvient pas à décoller.L’auteur ne semble pas avoir saisi les subtilités de l’analogie.Dans son esprit, signifié (Québec) et signifiant (pays dhlave), c’est la même chose.Et de leur parfaite correspondance découle le sens du texte.Comme si Reagan portait le masque de Ronald et Trudeau celui de Pierre Elliott Ménard reste trop fidèle à son objet : le Québec.Ce qui en résulte, c’est une fiction fade, peu crédible, qui jamais n’accède à son autonomie.Pas de raison donc d’avoir écrit un roman.L’auteur aurait tout aussi bien pu nous livrer ses réflexions socio-historiques par le biais d'un essai ou d’un article de revue.Quant à cette présumée histoire du Québec, disons plutôt qu’il s’agit d'une « historiette ».Le narrateur se ballade entre les manuels d’histoire de son maître temps que les femmes et la question criminelle ont été vécues comme étant sans grande importance » Pourtant, la réalité que l’on découvre à travers cette recherche, menée avec lucidité, est bien différente de celle que les textes influencés par la pensée positiviste ont décrite.Aux clichés habituels « quant au biologisme et au psychologisme qui détermineraient l’agir féminin », voilà que s’ajoute une approche plus critique inspirée par l’analyse féministe dans d’autres domaines.Aussi, à partir de l'étude des coûts Baba Moustafa comme il fait dans les rues de Tzevedzihr ( Montréal).Il rassemble les anecdotes qu'il ordonne servilement en une suite chronologique.Son récit est donc sans surprises et prévisible.Reste le commentaire sociologique.Axel disserte sur l'éducation, l’État Providence, le syndicalisme, les sectes, la féminisation des mots, le sida, la pureté de la race.Là-dessus, rien de bien nouveau; plutôt un alignement de clichés qui ne font avancer ni le récit ni notre compréhension de la « problématique » québécoise.Dommage, car ça ne manquait certes pas de bonnes idées.Notamment, Axel, ce personnage-narrateur dont l'identité sociale et sexuelle est celle d’un exilé qui ne parvient pas à s'ancrer nulle part.Cette figure est l’emblème, à certains égards, de l’identité québécoise.L’auteur aurait eu intérêt à l’exploiter davantage, à la manière du romancier, au lieu de faire la chronique des malaises et événements courants, ("est là que résidait son roman et non dans ces innombrables trois petits points qui parsèment le texte, comme autant de phrases el de fictions inachevées.Un roman, ça ?Jamais de la sociaux, de nouvelles données permettent une autre lecture de la question des femmes justiciables.L’auteur tente également de mettre en lumière la trajectoire sociale des femmes, les difficultés qu’elles rencontrent face à leur incarcération, la relation qu’elles entretiennent avec le travail, etc.Mais, si les résultats de cette réflexion se lisent avec difficulté, à cause des nombreux tableaux plutôt rebutants, placés au début, et de l’écriture trop universitaire, l’intérêt est tout de même soutenu.vers l’inachèvement vie ! Derrière les barreaux A TOUT REGARD Nicole Brossard Montréal, Bibliothèque québécoise, 1989, 197 pages YVES JUBINVILLE N’ACCÉDE pas à la poésie de Nicole Brossard qui veut.Ainsi formulée, une telle affirmation ne saurait surprendre les non-liseurs de poésie comme les nombreux liseurs qui n’ont toujours pas digéré ce qu’elle leur offre en pâture depuis 25 ans.L’oeuvre de Nicole Brossard est difficile, cela va de soi.Certains parlent d’hermétisme, d’autres d’opacité.Quant à l’inaccessibilité, le consensus est d’ores et déjà établi.Il ferait même, à s’y méprendre, partie intégrante du patrimoine poetico-social québécois qui sert aux uns de prétexte utile pour répudier une certaine « école » poétique, et aux autres pour ajouter une pierre à l’édifice de sa consécration.Dans sa préface à À tout regard, le poète et critique Pierre Nepveu fait allusion à cette difficulté de l’écriture brossardienne : « Pour ce qui est de l’hostilité institutionnelle, il n’y a évidemment pas lieu de l’analyser ici, mais je mentionnerai quand même le fait que la poésie québécoise a toujours été plus proche de Rimbaud que de Mallarmé, à l’image d’une culture plus portée sur les élans instinctifs que sur les efforts patients et parfois méandreux de l’analyse» (p.9).La suite du propos de M.Nepveu porte sur cette « difficulté objective de récriture de Brossard » (p.9).Il la trouve non pas à l’extérieur, dans le rapport qu’entretient celle-ci avec le lecteur, mais bien en son coeur même, lors de son élaboration par le poète.« On ne peut guère, poursuit-il, lire Nicole Brossard si on n’accepte pas que ses textes se déroulent tout entiers dans l’espace de cette impossibilité.» Selon le critique, l’impossibilité est celle de l’écrivain dont la voix ne coïncide pas « avec ce qui s'écrit » (p.36), créant ainsi un fossé de tension, une attente surtout, nécessaire à l’écriture afin qu’elle poursuive sa quête vers le sens.Mais, à expliquer ainsi le problème de lecture que pose l’oeuvre de Nicole Brossard, on ne contribue guère à apaiser l’angoisse du lecteur.L’object ne lui apparaît pas moins rébarbatif.Du moins l’est-il à distance, puisqu’aussitôt que le lecteur pousse l’outrecuidance jusqu’à aller lire lui-même le texte, la difficulté disparaît et il se prend à nager fébrilement dans ces eaux troubles.Le plaisir de lire Nicole Brossard est particulièrement vif dans la première partie du recueil, « Domaine d’écriture ».Ici, fidèle à elle-même, la prose de Nicole Brossard est lourde, didactique et théorique.Son cours est constamment interrompu par des bris qui, chaque fois, replacent la trajectoire du poème.Mais, au-delà de ces bris syntaxiques, le lecteur est amené dans un continuum qui tient, certes, au fait que la phrase, chez Nicole Brossard, est elliptique.Pour le lecteur, il y a un bonheur à lire cette oscillation, cette hésitation, car il peut y inscrire son propre fantasme, l’« orner d’utopies » et avoir « l'impression d’avoir joui ».Cette tension entre lecture et écriture est au centre de L’Aviva, de Mauve, de Polysémie des yeux et de SUSY TURCOTTE DE L’ENVERS DU CORPS POÉSIE Dans son premier livre de poèmes, Susy Turcotte nous entraîne dans l’univers d’une femme piégée par une révolte qui n’aura pas de fin.Sa voix, unique et surprenante, s’ouvre à cet amour qui l’empêchera de perdre pied et de disparaître.- M0NEME OESRUISSEAUX l'HEXAGONE# POÊSt I HEXAGONE • POÉSIE PIERRE DESRUISSEAUX MONÈNE POÉSIE Livre de la parole et du signe, Monène est un acte de nomination, d’appropriation du réel, de ce réel qui nous échappera toujours.Mouvement incessant de connaissance, Monène est un livre de poésie riche et réussi.« GERALD GAUDET IL Y A DES ROYAUMES POÉSIE Il y a des royaumes expose toute la souffrance que provoque l’amour dans sa grande secousse des sentiments.Un chant vif qui cherche dans la mémoire les stratégies du désir afin d’atteindre la beauté impossible d’être avec l’Autre.lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise Character/Jeu de lettres.Dans ces exercices de traduction, Nicole Brossard cherche la face cachée des mots, des phrases, des sentiments et des idées dans un dialogue soit avec elle-même ou avec un autre — dans ce cas-ci, l’écrivain Daphne Marlatt.Avec cette dernière, Nicole Brossard parvient à harmoniser sa voix, mais non sans afficher tout de même sa singularité.Son poème reste le même dans le « lieu de passage » de la traduction.Comme s’il ne s'agissait, là encore, que d’un frémissement avant de reprendre la route vers.l’inachèvement.Géographie n'était du ciel l’ambre derrière la vitre dans le centre de ma tête je désespérerais d’éveiller le goût de toi et des matières le seul élan qui me porte c’est de me dire des mots nouveaux donner aux choses du monde l’exactitude de leur forme Extrait de Apprendre à vivre, de llugues ('ornvcau, aux Herbes rouges.CONNAISSEZ-VOUS CET HOMME? D-4 ¦ Le Devoir, samedi 20 mai 1989 L’interdépendance au masculin Il m’a manqué.Tu me manques.Je te manque.Nous sommes en manque PÈRE MANQUANT, PILS MANQUÉ Guy Corneau Montréal, éditions de l'Homme 1989, 183 pages RENÉE HOUDE L’ABSENCE du père est une vieille histoire : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?» La trahison du corps est une non moins vieille histoire : le Clivage entre l’instinct et l’esprit, la division du corps en bas et haut a donné lieu à la spiritualité bleue du monde chrétien qui mène à l’abandon les choses de la terre (cf.l’état de pollution de notre planète).L’histoire de Perceval illustre « le drame d'une masculinité construite uniquement de l’extérieur et ayant perdu son sens d’identité intérieure » (p.135).À la limite, l’armure du chevalier lient debout toute seule, même quand le gars en dessous est mort ! Aujourd’hui, l’archétype du guerrier — le chasseur et le guerrier si nécessaires à la survie de l’espèce — est en transformation : la lutte pour un environnement moins toxique est un nouveau champ de bataille.Il faut développer une spiritualité rouge, une spiritualité du bas : « 11 est temps de soigner notre division interne en redevenant un avec notre environnement.•> Celui qui parle ainsi est Guy Corneau, un Québécois, psychanalyste jungien.Son livre transgresse la loi du silence (lin a constitué pendant des siè-cles le corsage (corps sage) des hommes.La matière première s’appuie sur un matériel clinique et sur son expérience personnelle; elle est nommée à l’aide des riches éléments de la pensée de C.G.Jung.À courte vue, le litre énonce un constat d’échec, mais l’ensemble du livre, comme un voilier propulsé à partir du vide créé par le jeu du vent et de la voilure — telle est la force aérodynamique — nous projette, à partir du manque, dans la force vitale et l'énergie première.Très tôt, les fils manqués deviennent des fils en manque à qui M.Corneau propose de nouer (ou renouer) une relation vitale avec leur dynamisme intérieur.Tel est le but de la thérapie : établir un rapport vivant avec soi-même : « Il ne s’agit pas tant de faire quelque chose que de se laisser travailler par les différentes âmes qui nous habitent » (p 167).L’absence du père — physique et émotive — ou encore le paternage inadéquat expliquent la fragilité de l’identité masculine.« L’une des conséquences principales de l’absence du père est que les fils sont laissés sans corps.Or le corps est la base de toute identité; c’est là qu’une identité doit nécessairement commencer.L’identité du fils est ancrée dans le corps du père» (p.27).M.Corneau esquisse le portrait de 10 types d’hommes dont chaque type participe de la même genèse d’un père manquant et d’une mère trop présente.Le héros, fils de Héra, s'emploie à répondre aux voeux hé- roïques de la mère; c’est le candidat par excellence à la perte d’âme, il s’identifie à son masque social et se coupe de toute vie intérieure.Le bon garçon est un être gentil et courtois habité par une rage sourde.L’étemel adolescent préfère croire qu’il peut tout être et refuse l’incarnation dans une seule vie; c'est le puer aeternus, le séducteur en quête de la mère idéale qu’il n'a pas eue, « cherche à recréer la grâce du premier moment où il a illuminé la vie d’une femme, ce temps où il a été divin pour sa mère et où sa mère l’a été pour lui ».L'homosexuel, à la recherche d’une initiation par le père, supprime la réalité de l'autre afin de demeurer dans le même.L'homme rose est celui dont l’adhésion au féminisme s’enracine dans sa peur d’être abandonné et son désir de plaire aux femmes plutôt que dans une réflexion réelle.Le mal-aimé n’a jamais été reconnu comme une personne à part entière par ses parents, il n’a pas reçu l’amour nécessaire pour prendre confiance en lui-meme et se croire digne de l’estime des autres ; sa quête d’amour (inconsciente) est féroce et il ne vit que pour être désiré : « Vouloir être désiré, qu’y a-t-il de mal là-dedans ?Rien, sinon qu’un problème survient au moment où un individu ne peut vivre que dans ce registre » (p.77), poursuit M.Corneau.Le ré voilé dont l’énergie est indomptée, chez qui le Bien et le Mal demeurent divises, manque de père comme suit : « En étant à la fois bon et méchant, fort et faible, le véritable père ouvre la voie de l’humanité à son fils » (p.82).Le désespéréest aussi en mal de père; rappelant que le Québec détient un bien triste record, celui du plus grand nombre de suicides au monde parmi la population des 18-25 ans, rappelant à la suite de Durkheim que « plus une société intègre ses membres, moins il y a de suicides, plus les normes qui assurent l’ordre se désintègrent, plus le taux de suicide augmente », M.Corneau nous dit que le père qui manque ici est celui qui transmet le sens de la souffrance dans les initiations tribales; les jeunes adolescents devaient apprendre à tolérer la souffrance pour être admis dans le monde des hommes.Enfin, le défoncé, alcoolique ou drogué, illustre « le terme le plus dramatique de cette déstructuration masculine due à l’absence du père» (p.90).L'intimité, cette nouvelle exigence moderne, fait peur et il importe de retrouver la langue d’amour où le rééquilibrage du pouvoir ne conduira pas l’humanité vers un futur unisexuel, mais plutôt vers la réciprocité et la différence : « Quand nous refusons un temps à Vénus, nous demeurons prisonniers de l’aspect littéral de la sexualité.Le sexe devient du “cul” et ne permet plus l’exaltation de l’âme au contact de la beauté» (p.104).À ses yeux, la dépression et la maladie ont du sens.Le passage par la porte étroite de la dépression peut etre initiatique dans la mesure où elle oblige à passer par le désespoir pour faire le deuil des désirs impossibles (briser l'idéal) et où elle conduit chacun à tremper dans son fond archaïque et à se réconcilier avec son ombre : « L’oeuvre de transformation intérieure commence quand nous sommes dans la merde.» Selon lui, les individus « vivent un down, parce qu’ils n’ont pas respecté ce qu’ils sont intrinsèquement ».L’auteur continue ; « La dépression durera tant que le moi n’aura pas abandonné ses prétentions au contrôle absolu et qu’il ne sera résolu à compter avec son partenaire intérieur.Elle persistera tant que l’individu n’aura pas compris qu’elle représente en clair la mutinerie des forces intérieures qui veulent ainsi signifier au capitaine du bateau qu’il navigue peut-être en suivant les étoiles — les idéaux collectifs —, mais qu’il malmène son équipage.La psyché demande plus de démocratie » (p.160).Quelle belle image ! Convaincu de l’autonomie de l’inconscient, l’auteur dit que « la maladie est précieuse parce que nous ne la fabriquons pas : elle est un réflexe irrépressible de notre nature la plus profonde » (p.160) et parfois la partie la plus saine de la personnalité s’y exprime.En bon jungien, M.Corneau fait déborder ses analyses psychologiques sur des constatations socio-cul- MARIE DE L'INCARNATION Essai biographique Françoise Deroy-Pineau Paris, Robert Laffont 1989, 312 pages FRANÇOISE LAFLEUR SI MARIE de l’Incarnation vivait encore, elle serait aujourd’hui sur la sellette comme faisant partie du clan des « mauvaises mères » si facilement étiquetées par des psychologues contemporains de tout acabit.Car Marie Guyart, dite « de l’Incarnation » lorsqu’elle entra en religion, était veuve depuis l’âge de 19 ans et mère monoparentale.Touchée par la gr âce en 1631, âgée de 32 ans, elle entre chez les ursulines de Tours en France, abandonnant son fils à la Providence par amour pour son Dieu.Quittant Tours pour Québec en Nouvelle-France, Marie de l’Incarnation fait partie de la traversée épique de 1639, choisissant d’aller évan- turelles.Dans notre société contemporaine où n’existent plus les rituels de passage de l’initiation tribale, ces rituels sont intériorisés et incon scients; ils vont de l’accident à la dépression.« Parce que nos pères sont manquants, nous nous couvrons des cendres de la dépression pour renaître» (p.161).Comment cesser d’être ces fils en manque ?« Le vide produit en nous par nos pères manquants nous donne la chance de devenir homme ; à condition d’en finir avec nos lamentations perpétuelles et de nous prodiguer nous-mêmes les soins et attentions que nous avons attendus en vain » (p.172).Il s’agit d’apprendre à se paterner.soi-même, entre nous, de paterner nos propres enfants et les enfants de nos compagnes.En ouvrant la cage de Jean de fer dont la clé est cachée sous l’oreiller de la mère, i.e.en créant des lieux et des moments privilégiés pour aller, en fantasme, au bout de l’intensité émotive et retrouver la fluidité de son expérience intérieure, l’individu pourra retrouver son dynamisme et sa vitalité première.Côtoyer son ombre rend plus flexible, plus éclairé et plus vivant.Un beau livre qui comble plusieurs manques et qui saura intéresser les hommes comme les femmes parce que l’interdépendance au masculin se conjugue dans les deux genres.géliser les filles « des sauvages » en compagnie de madame de la Peltrie qui, au début, finança grandement son oeuvre.Les jésuites, déterminés à faire venir des soeurs enseignantes à Québec pour faire oeuvre d’éducation, ont réussi.Et Marie de l’Incarnation fondera le premier couvent des ursulines de Québec.Mais l’épopée ne sera pas de tout repos : Marie Guyart devra faire face à bien des intempéries et nombre d’oppositions.Seule contre tous, elle négociera, l’hiver 1640-1641, la construction du monastère en haut du cap Diamant et non à Sillery.Forte de son expérience de femmes d’affaires, ayant dirigé pour le compte de son beau-frère une compagnie de transports et de navigation supervisant elle-même charretiers et mariniers de la Loire, elle tiendra tête, une fois débarquée à Québec, au clergé et aux politiciens de l’époque afin d’arriver à ses buts.Elle entretiendra, d’ailleurs, une volumineuse correspondance, faisant office de directrice de levées de fonds, demandant constamment à la mère-patrie des vivres, de l’argent et autres ressources pour l’expansion de la colonie.Même si le commerce des fourrures semble bien se porter en 1654, Marie suggérera la mise en place d’une économie diversifiée, déplorant la trop forte dépendance du nouveau pays vis-à-vis de la France pour « le vetement, les outils, l’eau-de-vie et une infinité de petites commodités ».Pour elle, évangélisation et « trafic » sont étroitement liés car, pour soutenir les « ouvriers de l’Évangile », le commerce est nécessaire.« Sur trame pittoresque de peaux de castor et d’étranges tribus » indiennes, la journaliste et sociologue Françoise Deroy-Pineau nous fait découvrir une Marie de l’Incarnation inconnue, femme exceptionnelle avec ses idées d’avant-garde.Marie Guyart n’a pas froid aux yeux.Elle se faufilera a travers les intrigues de la France du cardinal Richelieu et de Mazarin pour finalement obtenir gain de cause.Elle apprendra aussi les langues des tribus et rédigera des manuels scolaires en langues amérindiennes.Si certaines femmes de l’époque, nobles et puissantes, riches d’intuition et surtout de moyens financiers, n’avaient pas encouragé et subventionné tour à tour les ursulines et les hospitalières de Québec, « on peut se demander ce qui resterait du fait français au Canada d’aujourd’hui, commente l’auteur de l’ouvrage.Ce sont elles, ursulines et hospitalières, qui remontent le moral de la colonie aux époques tragiques, qui décident de demeurer là, quoi qu’il arrive.Si l’exploration de l’Amérique du Nord est une affaire d’hommes, est-il exagéré de se demander si la survie francophone de la province de Québec après la mort de Richelieu ne s’avère pas, au XVIIe siècle, une affaires de femmes ?La reine, la marquise, la duchesse et l’ursuline s’en doutaient-elles en devisant autour du berceau du petit Louis XIV ?» (p.180).•J ¦¦A CfW® mon nouveau programme d’orthographe et de grammaire par un groupe d’enseignants Ces cahiers respectent les données fondamentales de l’apprentissage et suivent les orientations pédagogiques de l'heure.Ils comprennent également les séquences de vocabulaire orthographique recommandées par le ministère de l’Éducation du Québec.De la 1 à la 6' année du primaire Disponible pour 1-2-3-4 A paraître pour 5 et 6 — un cahier /V — un cahier B — un guide A + B + corrigé ?DEC inc.4350, avenue de l'Hôtel-de-Ville Montréal (Québec) H2W 2H^ — tél.: (514) 843-5991 Des rives de la Loire à celles du Saint-Laurent Mystère Aventure Passion Page D-2 GUY FERLAND LES SAINTS MARTYRS CANADIENS Le martyre d’Isaac Jogues par Jérôme Lalemant Guy Laflèche Singulier 330 pages « LE LECTEU R de cette biographie édifiante ne doit pas non plus comprendre que la spiritualité de Jogues est radicalement différente et certainement contradictoire avec celle de son biographe, dit Guy Laflèche dans sa présentation.Sombre et rigoriste, la spiritualité de la croix d’Isaac Jogues est celle de la plupart des missionnaires de Nouvelle-France qui sont éloignés des agglomérations françaises et qui doivent affronter les Amérindiens sur leur terrain; c’est en particulier la spiritualité des missionnaires de la Huronie qui s’exprime par leur dévotion au Saint-Sacrement.Cette spiritualité n’a rien à voir avec le triomphalisme exalté de Jérôme Lalemant, ce mysticisme dangereusement officiel, ce quiétisme, pour bien dire, que Jérôme Lalemant partagera bientôt avec notre saint évêque François de Laval.Ensemble, ils feront fusiller le meunier Daniel Vuil, le seul sorcier jamais découvert en Nouvelle-France, qu’ils convaincront en plus d’hérésie ! Par la même occasion, ils rendront folle cette pauvre Catherine de Longpré de Saint-Augustin devenue obsédée après avoir été chargée de la paysane Barbe Hallay que Vuil aura ensorcelée.Mais avant de faire ainsi encore pis, Jérôme Lalemant a déjà un mort sur la conscience : Isaac Jogues.» Guy Laflèche, on le voit, fait flèche de tout bois en commentant cette relation du martyr d’Isaac Jogues « par » Jérôme Lalemant.Guy Laflèche LES SAINTS MARTYRS CANADIENS Singulier L£ MARTYR! f> ISAAi KKH.it S PAK IFROMF DM.1 NIANT SIMONE WEIL Georges Hourdin La Découverte 274 pages SIMONE WEIL (1909-1943) a été élève à l’École normale supérieure, agrégée de philosophie, professeur de lycée en province, ouvrière chez Renault, volontaire dans les Brigades internationales, ouvrières agricole, puis, après un bref séjour à New York en 1942, engagée à Londres dans les services de la France combattante.Là, tuberculeuse, refusant de se nourrir pour mieux partager les souffrances des Français opprimés par les nazis, elle s’éteint dans l’amour de Dieu.C’est là un des nouveaux éléments biographiques que Georges Hourdin apporte dans ce livre.OUTREMER Morgan Sportès Grasset 332 pages « LE BON DIEU ne m’a pas raté : il fallait que papa fût colon et juif, maman starlette et antisémite.Dans la famille, on n’a jamais fait les choses comme les autres.Je tétai la haine et le délire dès les barboteuses.Et parce que rien ne devait m’être épargné : c’est en Algérie que je me donnai la peine de naître, en pleine guerre de libération.D’autres, dans les rues, ou dans les djebels, se battaient à coups de mitraillette pour se débarrasser d’une métropole abusive : les fellaghas.Moi, demi-goy, le demi-juif, c’est contre ma mère que je réclamai mes droits à l’indépendance.Papa mourut trop tôt ; je n’eus à compter que “sur mes propres forces”, opposant ce que j’avais de raison a la croissante paranoïa de maman, brandissant mes mots contre ses mots comme d’invisibles étendards.Ainsi naissent les jeunes nations.Ainsi essayais-je — à tâtons, dans la nuit obscure de la folie et de la guerre — de devenir ce qu’on ap pelle un Homme.» MARY SHELLEY La mère de Frankenstein Muriel Spark Fayard 336 pages MURIEL SPARK, poétesse, romancière et nouvelliste, brosse le portrait de Mary Shelley, fille du Mary Shelley La trière de Eratikenstein Muriel Spark Fayard philosophe anglais William Godwin et de Mary Wollstonecraft, auteur du très célèbre Franken stein.LA VIE SECRÈTE DES GRANDS BUREAUCRATES Maurice Henrie Asticou 340 pages L’AUTEUR a rassemblé dans cet ouvrage les « outrages et méchancetés» qu’il a entendus à l’endroit des bureaucrates.En voici quelques exemples ; « Le grand bureaucrate évite d’être compétent lorsqu’il n’y a pas de témoin » ; « C’est dans le dos que le grand bureaucrate a ses plus belles cicatrices »; « La principale différence entre un grand bureaucrate et un petit commis, c’est le traitement qu’ils reçoivent.Le reste relève de l’opinion » ; « Il existe des cas extrêmes où le grand bureaucrate se conduit en si parfait gentleman que rien n’y paraît » ; « Le grand bureaucrate adore musarder dans la zone imprécise qui sépare la lenteur de l’immobilité ».L’AMÉRIQUE FRANÇAISE DEVANT L’OPINION ÉTRANGÈRE (1756-1960) Robert Hébert L’Hexagone coll.« Anthologie » 250 pages DANS L’HISTOIRE du Nouveau Monde, l’Amérique française occupe une place à part, bien curieuse et étrange, surtout depuis le deuxième tiers du XVIIIe siècle : celle d’une colonie de l’Empire britannique qui, malgré qu’elle ait raté deux révolutions modernes — l’américaine et la française — demeure un espace menaçant à contenir, un objet de réflexion souvent mythique ou utopique, une énigme à retardement dans le système des idéologies.Cette histoire déconcertante de l’Amérique française est ici racontée par des observateurs étrangers, et elle touche divers aspects de notre société en mutation (politique coloniale, religion, moeurs, mémoire historique, langue et littérature).Robert Hébert a rassemblé dans cette anthologie les textes les plus significatifs sur notre exotisme.DES ACCOUPLEMENTS BIEN RÉGLÉS Carlo Emilio Gadda Seuil coll.« Le don des langues » 280 pages CE RECUEIL de 14 récits est, avec La Connaissance de la douleur, L’Adalgia et L'Affreux Pastis de la rue des Merles, un des quatre chefs-d'oeuvre de Gadda.Écrits entre 1930 et 1958, ces textes laissent passer en filigrane l’Italie juste avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale, y compris les furies de l’auteur contre les guerres mussolinien-nes.DRAME PRIVÉ Michaël Delisle Les Herbes rouges 114 pages « FOUDRE impossible.Ville poudreuse.Neige.Mousse.Qui sait d’où viennent certains mots.Certaines phrases.Elles émergent devant les tableaux.Il arrive que leur lien aux choses soit obscur.On croit la tournure insensée.Déraisonnable comme un attachement aux objets.Foudre impossible.» C’est sur ces phrases que s’ouvre ce premier roman de l’auteur de Fontainebleau.MICHAEL DELISLE LES HERBES ROUGES ROMAN Le Devoir, samedi 20 mai 1989 ¦ D-5 • le plaisir des ivres Un hommage à Kafka en douze épisodes COMME UN REFUS DE LA PLANÈTE Alain Bosquet Paris, Gallimard 1989, 220 pages Lisette MOmN ?Le feuilleton L’ABONDANCE, chez Gallimard, crée problème.Des 10 ou 12 titres que, normalement, le distributeur montréalais vous fait parvenir en un seul mois, il faut choisir celui qui, non seulement vous séduit au premier coup d’oeil, mais également celui qui peut nourrir décemment un feuilleton destiné au plus grand nombre possible de lecteurs et de lectrices.Il y a les auteurs féconds, les romanciers qu’un long usage vous rend non seulement familiers mais fraternels.On ne lirait qu’eux si le désir d’être équitable envers les autres — ceux qui se font rares, ceux qui en sont à leur premier essai et que la prière d’insérer rend très alléchants — ne vous contraignait à plus de rigueur.Devant la liste des oeuvres d’Alain Bosquet, qui occupe près de six pages, en commencement et fin de volume, on se sent fort mal à l’aise : d’autant que poète, essayiste, romancier, conteur.Bosquet a vu ses oeuvres traduites en plusieurs langues.Comment avouer que seule La Confession mexicaine, qui obtint le prix Interallié en 1965, a survécu dans vos rayons à plusieurs dégraissages annuels ?Trêve d’arguments propitiatoires : il faut dire pourquoi le dernier recueil d’Alain Bosquet méritait le choix hebdomadaire d’une feuilleton-niste et comme nous ont intéressés et même grandement réjouis ces 12 récits.De l’un à l’autre, les qualités d’humoriste de Bosquet, pour ne pas vanter l’alacrité d’un style qui change, selon le sujet de chaque petite histoire tout en demeurant le plus vif, le plus ironique qui se puisse lire en nos temps de prose souvent filandreuse, ces vertus-là sont irrésistibles.Et, je vous l’affirme, vous n'y résisterez pas dès que vous aurez lu les premières pages de la première nouvelle intitulée « Un détenu à Auschwitz ».C’est donc sous le parrainage de Franz Kafka, qui n’est pas mort tuberculeux en 1924 mais dans le camp de la mort que révèle le titre, que l’auteur de Comme un refus de la planète — titre de la cinquième histoire — vous offre ces personnages étonnants, farfelus, mais toujours inspirés par la vie comme elle va, plutôt mal que bien, ou plutôt par l’actualité « réfiécliie » dans les journaux ou dans les magazines.Il est difficile de choisir quelle est la réussite absolue, du milliardaire qui s’offre un Van Eyck, en exigeant qu’il soit volé; d’un Eichmann, retrouvé à Buenos Aires mais qui ne subira pas son procès en Israël ; du fils de bonne famille, citoyen moyen, qui refuse soudainement la normalité, qui « refuse la planète » ; ou du romancier qui accepte l’offre de « collaboration » d’un nègre imagi- natif mais sans talent littéraire et qui rappellera, sans aucun doute, un couple bien actuel d’auteurs de best-sellers.La plus amusante des parodies du livre d’Alain Bosquet s’intitule « L’homme aux pourboires».Non seulement y pousse-t-on la dérison jusqu’à des sommets rarement atteints, en notre siècle approbateur de tous les excès, mais les touristes, ces nomades insatiables, y revivront de « grands moments » de leurs pérégrinations, des séjours qu’ils auront souvent plus imaginés que vécus dans les grands palaces internationaux, de Rio à Singapour, de Venise à Genève, de Hong Kong à Londres ou à Paris.Un morceau .de roi, c’est plus que jamais le cas de l’écrire.« Un homme d’affaires», la sixième des nouvelles, n’a que de lointains rapports avec le fameux blues de Starmania, mais il réjouira, ou attristera, selon l’humeur, les affairistes de tout acabit, ceux et celles — la réussite financière n’est pas réservée au sexe qu’on dit fort — qui ont rêvé de faire fortune un jour.Alain Bosquet est aussi, est peut- être d'abord un poète.Celui qui inventa l'expression « l’irréductible mystère du dit non dit » se révèle, cette fois, sans le masque de la dérision, dans le dernier récit de Comme un refus de la planète.11 s'agit d’un vieux poète, dont l’inspiration s’est tarie, et qui, se promenant dans son village, s’arrête à « vingt mètres du monument aux morts, sous les micocouliers [.), choisit un banc, à moitié à l’ombre, à moitié au soleil, pour s’y asseoir ».Au même moment, une jeune fille pénètre dans le square, par le bas du village.Et c’est la rencontre.Qu’on ne racontera pas.« Le vieux poète et la jeune fille » est, dans sa grande et pudique simplicité, une confession amère.Le vieux poète a retrouvé le goût d’écrire des vers.Mais, la jeune fille s’étant envolée, « il se méfie de ces fruits tardifs et comme déformés ».Ses derniers vers lui paraissent plats et les images contraintes.« Il les déchire en petits morceaux, sans hargne ni émotion.Le calme le reprend : il sait que c’est un calme de mauvaise qualité.» C’est une étrange conclusion pour PHOTO JACQUES ROBERT/N R f Alain Bosquet un recueil dont l'absurde kafkaïen est la couleur dominante.11 faudra donc retrouver le poète, de son vrai nom Anatole Risk, dit Anatole Bisque, avant de devenir l'Alain Bosquet des anthologies, auquel Robert Sabatier, entre autes, consacre plusieurs pages dans le dernier et 10e volume de sa monumentale Histoire de la poésie française.Le posthume de son vivant LA PANOPLIE LITTÉRAIRE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE suivi de ISRAËL L’ILLUSION COMIQUE Bernard Frank Paris, Flammarion, 1989 JEAN-GUY PILON ~ IL Y A quelques années, Suzanne Paradis avait entrepris de ré écrire ses premiers romans et de ne publier que cette version corrigée.1 e ne sais s’il en va ainsi pour Bernard Frank, qui a publié huit livres entre 1953 et la fin des années 70 et qui maintenant les ré édite.J’ignore s’il les réécrit au complet mais il y ajoute parfois un court chapitre ou y apporte quelques corrections.L’editeur est, d’ailleurs, très avare de renseignements bibliographiques puisqu’il n’indique ni la date de la première édition ni celles des éditions successives.Trois livres de Bernard Frank viennent d’être réédités.On passe de l’un à l’autre sans bien s’en rendre compte, porté par ce style limpide et superficiel, sans aspérités, sans excès.Dans La Panoplie littéraire, Frank écrit justement : « Le style n’est pas l’imitation d’un style, il est cette juste et adorable manière qu'ont les phrases de se ployer aux sinuosités d'une pensée, il est ce qui arrache une idée au ciel où elle mourait d’ennui pour l’enduire du suc absolu de l'instant.» La Panoplie littéraire est composée d’une solide étude sur Drieu La Rochelle, précédée de confidences qui tiennent du journal intime et de réflexions sur les écrivains que fréquente Bernard Frank (Sartre qui voit en lui l’écrivain de cette génération, de Beauvoir et toute leur cour), ainsi que de commentaires fort justes sur le théâtre et les oeuvres dramatiques de ce temps-là.Géographie universelle est également un jeu, un grand jeu mené avec un art dissimulé, avec l’air de n’y point toucher et de s’ennuyer de temps en temps.Frank parle de pays qu’il n’a pas visités, mais ce ne sont là que prétextes à parler de lui-même, nonchalamment.L'Illusion comique est un roman que Frank a écrit dans sa jeune vingtaine.D’après tout ce que l’on dit de son auteur, ce roman serait grandement autobiographique.C’est l’histoire d’un jeune homme et de trois jeunes filles qu’il courtise à tour de rôle ou ensemble et sur qui il compte surtout pour se faire vivre.Il en vole une régulièrement, passe ses vacances chez l’autre, essaie de partager la vie de la troisième.Un jeune homme qui n’a qu’un but dans la vie : ne rien faire et être servi par les uns et les autres.Un marivaudage bien agencé, bien écrit (voir plus haut la définition que donne Frank du style).Un joli livre, bien inutile et qui ne laisse aucun souvenir.Dans chacun de ces trois livres, nous retrouvons le même regard désabusé et ironique que Bernard Frank pose sur les êtres et le monde qui l’entoure.Tout cela n’a pas beaucoup d’importance mais se lit fort agréablement.Pourquoi sommes-nous racistes?4^) Bonne forme Bonne bouffe panncipacnon Bonne y ' marche La PART!Ci PACT!on, ça perfectionne ÉTRANGERS A NOUS-MÊMES Jalia Kristeva Paris, Fayard, 1988, 290 pages NOUS ET LES AUTRES LA RÉFLEXION FRANÇAISE SUR LA DIVERSITÉ HUMAINE Tzvetan Todorov Paris, Seuil, 1989, 437 pages LA DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME présentée par Stéphane Riais Paris, Pluriel, 1989, 749 pages HEINZ WEINMANN AU MOMENT où, un peu partout, un flot d’immigrants menace les homogénéités nationales et où les barrières des frontières se dressent pour l’endiguer; où, à l’intérieur des différents Etats, les immigrants non assimilables forment des zones d’hétérogénéité, sinon des ghettos, la question de l’étranger, du rapport du « nous » à cet « autre » cesse d’êtrt un sujet de dissertation oiseuse pour devenir un des problèmes politiques, humains les plus aigus de notre temps.Il paraît donc à propos que deux intellectuels « français », Kristeva et Todorov, se penchent sur cette question de l’étranger.D’autant plus qu’ils ont été eux-mêmes des immigrants — tous les deux d’origine bulgare — qu’ils ont vécu la situation d’étrangers de l’intérieur.Pas de façon dramatique, puisqu’ils se sont tous deux remarquablement, caméléonesquement bien adaptés aux idées du pays, mais aussi du temps.Ils ont toujours écrit ce qu’il fallait écrire, au bon moment, pour être « dans le vent ».Ils s’adaptent encore, puisque P« étranger » devient un thème à la mode en France avec Le Pen, le débat sur le « code des nationalités», etc.Épouse de Sollers, ex-pasionaria de Tel quel, J.Kristeva s’est convertie à la psychanalyse.Néophyte, c’est là qu’elle a donné le meilleur d’elle.Son dernier ouvrage, Soleils noirs ( 1989), l’a encore prouvé.Or, depuis Histoires d’amour (1985), elle a ajouté une autre corde à son arc déjà bien tendu : la vulgarisation, ceüe de pouvoir raconter des « histoires » au « peuple ».Autrement dit, compréhensibles par le Français « moyen ».Étrangers à nous s’inscrit très nettement dans la série « vulgarisation » de l’oeuvre kristé-vienne.Le projet est beau, ambitieux : faire l’histoire de l’image de l’étranger dans nos sociétés occidentales depuis la Grèce antique jusqu’à nos jours ! Une seule vie est à peine suffisante pour mener à bien un tel projet.J.Kristeva l’a bâclé en un LA BONNE LITTÉRATURE CHEZ vlb Marie-Claire Blais L’ANGE DE LA SOLITUDE Le nouveau roman de Marie-Claire Blais.De jeunes femmes artistes, réunies pour le meilleur et pour le pire dans une commune très fin de siècle, se débattent au milieu de tensions de toutes sortes et en appellent à la solidarité.Un grand moment de littérature! L'ange de la solitude 136 pages — 12,95$ Denise Hébert et Pauline Julien !295S NÉPAL: L’ÉCHAPPÉE BELLE Deux récits d’un même voyage, né d’un même rêve, celui de découvrir l’Asie, cette face cachée du monde pour nous.Occidentaux.Deux femmes, l’une est peintre, l’autre, chanteuse renommée, nous invitent au voyage et nous livrent leurs impressions , .|| fabuleuses, avec photos à l’appui! Ptulln/ Joli «B J»1* AJH Népal: L'éphappé* belle 152 pages — 14,95$ U •• D-.•.• Les talons cubains 360 pages — 18.95$ Lise Daoust LES TALONS CUBAINS Voici le roman du début des années soixante et de la Révolution tranquille! Stella est dactylo dans un pool de secrétaires, à Montréal.Elle fait le difficile apprentissage de l’amour, entre les rêves et ses lectures.Lise Daoust nous fait revivre toute une époque inoubliable! an ! C’est dommage, car on sent partout les virtualités, les développements possibles tués dans l’oeuf par la précipitation.Ce livre ne nous dit rien sur l’étranger en Grèce antique (omettant de parler du mythe fondateur grec central de l’autochtonie, cause de la création du métèque, du barbare), chez les juifs, au christianisme naissant, que nous ne sachions déjà.Son analyse des auteurs du XVIIIe siècle (révolution française oblige : voilà la raison de la précipitation ! ), notamment celle du Neveu de Rameau de Diderot, constitue sans aucun doute la partie la plus intéressante du livre.Mais le temps presse : on passe vite de Kant, Herder à Hegel pour arriver à Freud : L'Inquiétante étrangeté.Déception, à la hauteur de nos attentes ! J.Kristeva ne fait que débiter des banalités : avec la découverte de l’incon scient, nous avons découvert notre propre étrangeté ! Nous sommes devenus « étrangers à nous-mêmes ».C’est vrai, mais nous nous en doutions depuis belle lurette ! Reste la belle introduction (« Toccata et Fugue pour l’étranger ») qui nous fait regretter d’autant plus les promesses non tenues par ce livre.Le Nous et les autres de T.Todorov, au contraire, croule sous la documentation.L’auteur a beaucoup travaillé.Je ne dirai pas trop, mais visiblement, trop visiblement, la documentation déborde de ce livre, plein comme un oeuf.Heureusement, Todorov s’est limité dans le temps et dans l’espace : la France, grosso modo, depuis les Lumières avec des retours en arrière sur la Renaissance (Montaigne).Le sujet est passionnant, recoupant, bien sûr, celui de J.Kristeva : explorer la perception des auteurs français de leur moi collectif, leur « nous » par rap port à l’« autre », l’étranger.Todorov continue sur la lancée de sa « poétique » et culturaliste Con quête de l’Amérique ( 1982) de triste mémoire dont il dit lui-même dans son avant-propos que « son analyse conceptuelle.n’allait pas au fond des choses ».Alors, il laisse parler les textes, « objectivement », « dialogi quement », se limitant à de brefs commentaires.Le travail pour le lecteur, au début, est laborieux, puis qu’il avance en aveugle avec un auteur qui fait semblant de ne pas savoir où il le mène.D’autant plus que la première partie, « L’univers et le relatif », ne s’élève guère au-dessus des lieux communs et du déjà-vu : « nature contre morale » dans Li Supplément du voyage de Bougainville (Diderot), nature contre culture chez Montaigne — « des cannibales » encore et toujours ! Enfin, une mise en pièce en règle du structuralisme sans « sujet » de Lévi-Strauss.L’intérêt de ce livre réside dans ses parties 2 et 3, intitulées respectivement « Races » et « Nations ».Opérant dans un domaine miné, l’auteur balise bien son champ, définit ses termes, fait une distinction utile entre le racisme de comportement et le racialisme, devenu idéologie, et qui s’érige en « science », en scientisme.Il a le grand mérite de regarder derrière l’écran géant de l’idéologie nazie qui a tendance à nous cacher les idéologies d’autres temps, ailleurs, en France notamment.Buffon ouvre le bal, suivi par Gobineau, Le Bon, Renan.Ce dernier est un des fondateurs du mythe de la « race » des Sémites et des Aryens.Il est même question d’« exterminer • des sous-races de janissaires, « machines obéissantes, dégagées des répugnances morales et prêtes à toutes les férocités », de l’eugénisme pour améliorer la race, etc.Evidemment, à la différence du « racialisme» allemand, le français n’est pas passé à l’acte, n’a pas réellement exterminé.Tocqueville, comme toujours, a vu clair en « consolant » Gobineau de son insuccès en France : « Lt chance de votre livre ( Essai sur l’inégalité des races humaines) est de revenir en France par l’étranger, surtout par l’Allemagne.Les Allemands ont seuls en Europe la particularité de se passionner pour ce qu’ils regardent comme la vérité abstraite, sans s’occuper de ses conséquences pratiques.» Enfin, tout à la fin, Todorov se pose la question (en n’y répondant que trop hâtivement) : Pourquoi cette montée irrépressible du ra cisme des temps modernes ?Elle est la rançon de l’égalitarisme démocratique où l’individu vaut autant sinon plus que le collectif (voir le débat ac tuel sur la langue au Québec ! ), alors que, dans les sociétés « holistes » (Dumont), le collectif l’emporte sur les individus.Or la différence éliminée, refoulée légalement, fait un retour vicieux en s’accrochant cette fois aux marqueurs différentiels les plus apparents : la couleur de la peau et le sexe.vlb éditeur DE LA GRANDE LITTÉRATURE \ roman CE LIVRE ? D-6 ¦ Le Devoir, samedi 20 mai 1989 • le plaisir des ivres Jacques Martin (à gauche), auteur du texte, et Gilles Challlet, dessina teur, devant le château Frontenac (dessin de droite).Plus que Marthe LES SOUTANES ROSES Portrait du personnel pastoral féminin au Québec Sarah Bélanger étude réalisée pour le groupe « Femmes et ministères » Montréal, Bellarmin 1988, 296 pages LOUIS ROUSSEAU INÉLUCTABLEMENT, année après année, la dérive vieillissante de la courbe démographique du monde ecclésiastique québécois entraîne une évolution que la majorité de la population ignore encore.Les soutanes (invisibles! virent au rose ! Ainsi, un peu malgré elle, en refusant d’en envisager encore les conséquences capitales qui se produiront au tournant du siècle, cette partie de la dernière Église occidentale à s’opposer absolument au service pastoral ordonné par ses membres féminins leur confie de plus en plus des responsabilités assumées encore par ses prêtres.Il est plus que probable que, d’ici quelques années, près de la moitié des ressources humaines vouées à la transmission de la foi, à l’animation des communautés paroissiales et à la gestion diocésaine seront de sexe féminin.Nous n’avons pas encore connu chez nous de mouvement organisé réclamant l’ordination des femmes.Peut-être celles qui y pensent ont-elles simplement opté pour la patience démographique.L’étude de Sarah Bélanger, s’inspirant de la sociologie des organisations, dresse un bilan de l’évolution de la situation pastorale au milieu des années 80, qui permet de' mesurer le chemin parcouru et de prévoir les problèmes à venir.Ces femmes salariées à temps plein ou à temps partiel et engagées dans des tâches pastorales sont assez âgées (moyenne de 47 ans), issues do milieux ouvriers ou agrico- les, et se répartissent également entre religieuses et laïques mariées.Elles oeuvrent majoritairement dans le domaine paroissial et servent d’animatrices plutôt que de responsables, car la plupart relèvent d’un supérieur prêtre.La clientèle visée est majoritairement l’enfance inscrite au primaire et les adultes, en situation de sacramentalisation, ce qui ressemble fort à la fonction classique d’éducatrice des plus jeunes jouée par les femmes.On assiste à l’invention de nouveaux postes occupés par des femmes comme à la succession féminine croissante dans des postes masculins.Cette tendance assez récente est encore ressentie comme une nou-veauté et, cependant, une certaine logique apparaît déjà, qu’expliquent sans doute des contraintes économiques.Deux fois plus de religieuses sont employées à temps plein que de laïques, et leur salaire est notablement moins élevé.Mais cela n’est qu'une forme transitoire puisque le personnel religieux est très âgé et ne se renouvelle pas.On peut donc commencer à voir s’imposer des questions inéluctables : il faudra bientôt accepter de confier des responsabilités de niveau supérieur aux femmes, y compris l'ordination; il faudra créer de meilleures conditions salariales pour ces professionnelles du pastorat et, également, accepter qu’elles influent sur l’organisation religieuse à tous ses niveaux et sur le contenu des prises de position officielles puisque la moitié d’entre elles souhaitent des changements à la situation des ministères ordonnés ainsi qu’aux questions sexuelles et conjugales.Il faut lire ce livre pour y croire : il y a déjà beaucoup de rose là où régnait le noir.Féminisation de la religion, féminisation de l’Église ou, plus simplement, féminisation du clergé ?Que nous réserve l’histoire à venir ?Un ouvrage au titre L’ANARCHO-CAPITALISME Pierre Lemieux Paris, P.U.F.coll.« Que sais-je ?» 1988, 126 pages GILBERT TARRAB C EL A FAIT toujours plaisir quand un auteur québécois publie dans une collection populaire aussi connue et prestigieuse que « Que sais-je ?».aux Presses universitaires de France.C’est le cas, aujourd’hui, avec Celui que Pierre Lemieux vient de consacrer à l'« anarcho-capita- lisme ».Mais, d’emblée, la question, inéluctablement, se pose : pourquoi ce titre accrocheur, contradictoire dans ses termes mêmes ?Car, autant on peut parler de la tradition anarcho-syndicaliste, ou anarcho-autogestionnaire, ou anarcho-socia-liste, autant l’acception « anarcho-capitalisme » pèche et coince dans les entournures.Comment peut-on, en même temps et dans un même mouvement, se réclamer de l’anarchisme et du capitalisme ?Du « ni Dieu ni Maître », si cher aux anars de toutes les époques, à cette espèce d’ultra-capitalisme pur et dur auquel LES TEMPS SOCIAUX I " • .1 Actes du colloque organisé conjointement par l’Université du Québec à Hull et l’Université Catholique de Louvain-La-Neuve sous la responsabilité de Daniel Mercure et Anne Wallemacq.LE TEMPS ET LES MUTATIONS CULTURELLES LES TEMPS SOCIAUX ET LA VIE QUOTIDIENNE LES PERSPECTIVES TEMPORELLES LA GESTION DU TEMPS Les ouvrages des éditions De Boeck 3= Wesmael sont distribués - au Canada par Diffusion du livre Mirabel.Disponibles dans toutes les bonnes librairies.28,95 $ •' ¦ .^1-,- .—! Les deux obsessions de Jacques Martin La dernière aventure de Lefranc : de méchants pollueurs au Québec mm l|Ëi liiÆMk feSFPTI! - - j j aXESm *¦< «ai ta • -*» > IP të TSafti — ! «•»* LA CIBLE Une aventure de Lefranc textes et scénario de Jacques Martin, dessins de Gilles Chaillet Paris, Casterman, 1989, 48 pages JEAN-LOUIS DUFRESNE CE N’EST pas compliqué : en bande dessinée, Jacques Martin est un monument.Un sapré monument : 40 ans de métier, cinq séries d’aventure (« Alix », 19 titres; « Lefranc », 11 titres; « Arno », trois titres; « Jhen », cinq titres; et « Xan », deux titres), plus de 50 albums publiés, des prix et des honneurs qui ne se comptent plus, dont le vénérissime insigne de chevalier des Arts et des Lettres en 1984.Lorsqu’un jour la petite histoire de la bande dessinée rendra hommage à ses défricheurs et à ses grands classiques, le nom de Jacques Martin figurera aux côtés de E.P.Jacobs et de Hergé.Ne vous méprenez pas.Ne restez pas sur l’impression que Jacques Martin est un « has-been », un reliquat d’une ancienne époque qui radote les mêmes vieilles rengaines.Évidemment, il n’est pas un innovateur et les cadres de son oeuvre créatrice sont de facture très classique.Ligne claire, grande lisibilité, esthétisme, grande rigueur historique et dramatique symbolisent singulièrement tous les contours de son oeuvre.Cette semaine avait lieu à Québec, au château Frontenac s’il-vous-plaît, le lancement de son dernier album de la série « Lefranc », La Cible.Il faut le souligner, car le lancement québécois d’une oeuvre de bd européenne est un événement très rare.Accompagné du dessinateur en titre de la série, Gilles Chaillet, cette visite promotionnelle s’explique par le fait qu’une partie de l’action de cette dernière enquête du journaliste Lefranc se déroule effectivement chez nous et plus particulièrement dans la région de Québec.En mission de reportage en Suisse chez une gloire déchue de l’Opéra de Paris, Lefranc est informé d’une missive confidentielle qui fait état de l’enfouissement illégal de fûts toxiques par une multinationale, la Sybor et cie, sous les pentes de ski de Sainte-Marie-Beaupré, dans la région de Québec.Tiens .tiens .Fûts toxiques ?Enfouissement illégal ?Entreprises et dirigeants peu scrupuleux ?Dangers pour la santé publique ?Et au Québec, en plus ! Dites donc, M.Martin, vous êtes franchement bien au courant de notre actualité politique sur le plan écologique depuis plus d’un an.« Ah non, pas du tout.J’avais ce scénario qui traînait dans mes tiroirs depuis plus de cinq ans.C’est en venant au Salon du livre de Québec, il y a deux ans déjà, que j’ai découvert la ville, sa région et, bien sûr, le château Frontenac.C’était le décor parfait pour mon aventure.Le reste demeure pure coïncidence.De toute façon, l’Afrique aurait pu être aussi bien le théâtre de cette aventure.Regardez ce que des firmes italiennes ont expédié récemment de déchets toxiques sur ce continent.Les dangers de la pollution existent à l’échelle planétaire.» Comme cela se produit souvent pour des auteurs qui savent humer les airs du temps et qui ont le grand talent de pressentir des événements, l’actualité quotidienne a rattrapé les histoires de Jacques Martin.Dans La Cible, la Sybor est une firme très puissante et ses dirigeants sont plus qu’expéditifs avec les intrus qui osent les questionner avec quelque insistance sur leurs activités.Menacé puis enlevé, Lefranc se retrouve sur une île du Pacifique au milieu de vestiges de la Deuxième Guerre Mondiale.Cette île servira au cours des jours à venir de cible pour des essais de missiles thermonucléaires.Déchets toxiques, essais nucléaires, vestiges de la Deuxième Guerre mondiale, puissance des pouvoirs économiques sur la santé publique, le moins que l’on puisse dire, c’est que, pour un auteur classique, Jacques Martin aborde des thèmes archi-con-temporains.De même, il envisage dans une histoire prochaine d’abor- der le délicat sujet des boat-people dans le Sud-Est asiatique.Étonnamment, les séries « Lefranc » et « Alix » semble rejoindre un nouveau public très jeune qui découvre les premières oeuvres de Martin du debut des années 50.Pourtant, les thèmes de J acques Martin sont loin d’être faciles d’accès pour un jeune public.« La réalité qui se profile sous leurs yeux quotidiennement à la télévision est bien plus dure que celle que je puis imaginer dans mes albums.C’est une grave erreur de les prendre pour plus bêtes qu’ils sont.» Depuis ses tout débuts dans le métier de créateur de bande dessinée, J acques Martin est rongé par deux obsessions : la première nécessité de d’abord et avant tout de raconter des histoires plausibles pour le lecteur et, ensuite, de s’assurer de la véra- cité des lieux et des éléments qui composent le récit.« Je suis loin de me considérer comme un excellent dessinateur ou même un créateur de bande dessinée.Je suis d’abord et avant tout un raconteur d’histoire, comme Hergé, comme Jacobs.Je n’ai rien inventé, je suis pas en recherche constante de nouvelles formes d’expression, j’invente pour mes lecteurs des histoires.Par la suite, j’en imagine la facture en bande dessinée.Un des problèmes, à mon avis, de certains créateurs modernes, c’est que leur capacité à inventer des histoires est bien loin d’égaler leurs superbes talents de dessinateur.» Et voilà, le très simple message de Jacques Martin : le plaisir de la lecture de l’oeuvre prime sur la création de celle-ci.Et pourtant, la qualité de la création dans l’oeuvre de Jacques Martin est garante de tous les plaisirs qu’on en retire à la lecture.Les oubliées de la Révolution CITOYENNES TRICOTEUSES Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française Dominique Godineau Aix-en-Provence, éditions Alinéa 1988, 417 pages MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE L’ÉCOLE des Annales a réhabilité une certaine Histoire.Impossible désormais d’ignorer les états d’âme de la paysannerie du Languedoc ou de l’obscur boutiquier de l’époque de Clovis.Mais les femmes ?Et, de surcroît, les femmes du peuple ?À un moment où la Révolution française mène grand tapage littéraire, un ouvrage se propose de raconter comment, sous la révolution, la rencontre entre ces femmes et leurs droits entiers n’a pas eu lieu.Bien sûr, elles n’étaient pas sans protection.Les lois révolutionnaires allant dans le sens d’une plus grande justice, on les voit signer leurs papiers, recevoir compensation des séducteurs insouciants, obtenir le divorce, gérer leurs biens et.travailler.L’oisiveté étant, comme chacun le sait, un luxe réservé aux seuls nobles, hommes et femmes confondus.Mais cc travail, s’il est jugé normal, (trop) accrocheur?l’auteur l’associe impunément ?Car, d’entrée de jeu, les dés sont jetés : dès l’introduction, — en fait, au seuil du livre — l’auteur annonce ses couleurs : « Au sens propre du terme, l’anarcho-capitalisme est la doctrine selon laquelle une société capitaliste sans État est économiquement efficace et moralement désirable.» C’est le « sans État » (réduit, plus loin dans le livre, à un « État-ban-dit », selon l’expression de Lysander Spooner, ou à un « État immoral », pour employer le mot de Rothbard, ou encore à une bande de voleurs, voire d’assassins ! ) qui, sans doute, pousse M.Lemieux à utiliser le mot d’« anarchisme », associé à celui de capitalisme, à la suite de certains auteurs dont il décrit ici l’itinéraire conceptuel (?!) : Gustave de Moli-nari (1819-1912) fut sans doute le premier de cette lignée à se réclamer ouvertement de ce courant dit « anarcho-capitaliste », mais ses penseurs philosophiques furent Ayn Rand, Robert Nozick et Murray Rothbard, nul autre que John Locke lui-même, et l’ineffable Spooner qui fignola (?) l’idée de l’« État-bandit » ! Là où le bât blesse, c’est quand M.Lemieux mentionne le nom de Proudhon parmi les précurseurs de ce mouvement resté, somme toute, sans lendemain.Heureusement qu’il n’y a pas ajouté celui de Fourier, voire de Léon Trotski ! Le proudho-nisme et le fouriérisme sont les premiers modèles des mouvements libertaires de gauche de par le monde ! Comment M.Lemieux ose-t-il associer le nom de Proudhon à un mouvement ultra-libéral de droite comme celui-là ?Car, enfin, c’est bien de cela qu’il s’agit en dernière analyse : ce petit livre aurait dû s’intituler : « Le capitalisme ultra-libéral », et non L’Anarcho-capitalisme ! L’auteur a tout à fait le droit de rédiger un « Que sais-je ?» sur l’ultralibéralisme.Mais, de grâce ! qu’il ne nous induise pas en erreur en nous terrassant d’un titre, certes accrocheur pour les ventes, mais combien en porte-à-faux ! VOTRE CULTURE PERSONNELLE.C’EST IMPORTANT! LA PLUS GRANDE LIBRAIRIE RELIGIEUSE EN AMÉRIQUE DU NORD GRANDE VENTE “PRÉ-INVENTAIRE” du 8 au 31 mai 1989 Réductions de 20% 25% 30% sur tout achat au comptant ainsi que sur toute commande postale et téléphonique avec mention: “Prix de vente pré-Inventalre”.Livres, disques, cassettes, partitions musicales, posters, cartes etc.doivent être écoulés.Ces escomptes ne s’appliquent pas aux livres liturgiques et aux textes de catéchèse.Une occasion unique pour renouveler votre bibliothèque! Profltez-enlll SERVICE DE DOCUMENTATION PASTORALE 312, Sherbrooke Est, Montréal, P.Q.H2X 1E6 (métro Sherbrooke) Tél.: (514) 844-1753 Meures du lundi au vendredi de 9h30 à 17h30, d'affaires: le samedi de 10h à 13h.ne s’accompagne pas pour autant d’un partage des tâches.Le royaume de la femme du peuple est, en effet, avant tout celui du foyer, fût-il un deux-pièces minuscule sans eau courante.N’est-ce pas là qu’en définitive blanchisseuses, ouvrières ou domestiques mettront au monde les futurs révolutionnaires qu’elles sauront donner à la nation ?On aurait tort, toutefois, de les croire là confinées.Au plus fort de l’agitation révolutionnaire, on les voit sonner le tocsin, prendre d’assaut les charrettes de farine en période de famine, invectiver les commissaires mais, surtout, elles sont aux premiers rangs des tribunes de la Convention où, en même temps que leurs petits derniers, elles ont emmené leur ouvrage, célèbres tricoteuses.D’autres vont plus loin et fondent des comités de femmes qui se verront d’ailleurs interdits le 9 brumaire, comme un décret d’avril 1793 bannit les femmes de l’armée où, pourtant, certaines s’étaient hissées jusqu’au rang d’officier.Car les femmes dérangent.Les documents de l’époque les peignent volontiers comme des furies assoiffées du sang de la « sainte guillotine ».Des mégères prêtes à lapider le boucher qui réserve ses meileurs morceaux aux plus riches.Jusqu’à des sortes de mantes religieuses ! Comment expliquer autrement, conclut, en effet, l’auteur, sinon par une peur diffuse à connotation sexuelle, ces refus catégoriques qu’opposent les hommes à leur requête maintes fois répétée de porter les armes ?On leur refuse aussi le droit de vote.Personne parmi les révolutionnaires ne songe à contester le rôle déterminant des femmes lors d’insurrections, la bravoure et l'âpreté qu’elles savent déployer au combat.Des esprits généreux comme Condorcet vont jusqu’à leur proposer le droit de cite.Mais l’ardeur révolutionnaire des maris et des compagnons sait où s’arrêter.Des figures émergent des rangs.Anne Félicité Coulombe, qui imprime L'Ami du peuple; Claire La-combe, la comédienne signant Claire Lacombe, femme libre; Pauline Léon; la femme Monic; la veuve Sergent.Toutes révolutionnaires mais trop peu citoyennes.Cet âge dit ingrat LES 13-18 ANS Ce qui se passe dans leur tête Marie-Françoise Padioleau Paris, Balland, 1989, 249 pages CHANTAL BEAUREGARD DURANT l’adolescence, il arrive bien souvent que les parents ne sachent pas comment réagir à l’égard de comportements inattendus ou de bouleversements physiques et psychologiques de leurs enfants.A ce moment-là, il ne faut surtout pas se laisser gagner par l’inquiétude et la culpabilité! Il vaut mieux apprendre à « dialoguer, expliquer, discuter, parler simplement ».Car, soutient Marie-Françoise Padioleau, « rien n’est pire pour un enfant que l’impression d’indifférence ».Mais comment une telle démarche est-elle possible face à une situation aussi grave que l’anorexie, par exemple ?Le mérite de l’auteur est d’avoir trouvé une façon pratique d’aborder ce thème, oh ! combien émoussé : comment être un bon parent.Ce guide se présente avant tout comme un outil de consultation pour dépasser les jugements hâtifs et arriver à LIBRAIRE Tj Désirons acheter 'M È livres «encore utiles» M ¦/ Tél.; 845-5698 1 ¦ ' LA GRANDE LIBRAIRIE A CONNAITRE^ 251 Stg-^Ccrtherine E.une meilleure compréhension de la conduite à risques qui caractérise l’adolescence.Mme Padioleau, qui est elle-même mère de trois adolescents, traite successivement de l’alimentation, du sport, de la sexualité, tout en soulignant que les comportements et le développement sont relatifs.Autrement dit, même s’il y a statistiquement un « âge normal » pour l’apparition de tel ou tel phénomène, eha-que individu vit ses propres expériences, selon son rythme et ses envies personnelles.À ces sujets s’en ajoutent d’autres plus problématiques, qui font plus peur, comme le sida, la drogue, l’alcool, les accidents de la route et le suicide.Bien entendu, les parents sont pratiquement toujours les derniers à s’apercevoir que leurs enfants se droguent ou ont déjà tenté de se suicider.Pourtant, soutient Mme Padioleau, cela n’arrive pas qu’aux autres.Voilà pourquoi il faut etre à l’écoute « des signes qui ne trompent pas », qui, même s’ils sont subtils, peuvent être compris.Et elle suggère même des façons de réagir.Ce guide, qui distingue les problèmes des filles de ceux des garçons, peut aussi être utilisé comme un outil de dialogue.Le caractère gras de certains titres, les encadrés et les réponses à des questions précises le rendent fort accessible.Par contre, à cause des différences culturelles qui nous séparent des Français, on peut trouver inadéquates certaines solutions proposées.De même, le carnet d’adresses ajouté à la fin, valable pour le territoire français, n’est ni très utile à un Montréalais, ni à un Québécois. Le Devoir, samedi 20 mai 1989 ¦ D-7 Les intellectuels soviétiques se prononcent LA SEULE ISSUE Sakharov et 33 intellectuels soviétiques en lutte pour la ¦ perestroïka » traduit du russe par Antonio Garcia et autres Paris, Flammarion, 1989 Alice R4RIZEAU Lenres A étrangères LES TEXTES réunis par Iouri N.Afanassiev, sous le titre La Seule Issue, sont intéressants, vivants et ne peuvent être considérés comme entachés par une propagande quelconque.Il s’agit, en effet, d’une réflexion sur le présent, le passé et l’avenir du système instauré à la faveur de la révolution d’Octobre, du stalinisme, des réformes de Khrouchtchev et de l’immobilisme de ses successeurs, qu’on dénonce, d’ailleurs, avec force.Il est évident que la valeur des textes est inégale, comme toujours, mais les thèmes abondés se rejoignent dans une sorte de protestation commune contre les imperfections du régime et l’urgence du changement.Notons au passage qu’à la fin de l’ouvrage, on donne des biographies succinctes des auteurs, ce qui permet de les situer dans les divers domaines qui sont les leurs.Toutefois, à côté des écrivains, des sociologues et des historiens, qui sont 18 au total, on ne compte qu’un seul économiste et encore le texte d’Andreï Nouikine est très général et dominé par une approche plus philosophique qu’empirique.Son titre : « L’idéal communiste est-il celui des abeilles ?» est très significatif car, véritablement, c’est de cela qu’il s’agit, de la vie des abeilles qui, sans but précis, sans objectif nettement délimité.travaillent avec acharnement.Dans quelle mesure l’allégorie correspond-elle à l’aspect concret des choses dans un pays où les dirigeants se plaignent que la stimulation au travail est insuffisante et où le législateur a éprouvé le besoin d’élaborer une « loi sur le parasi- tisme », dont les sanctions sont d’une sévérité exemplaire ?Difficile de répondre à cette question puisque l’approche économique mentionnée dans les textes de sociologues et d’historiens, fort importante, n’a pas dans le livre la place qu’elle devrait avoir, selon Andrei Sakharov, entre autres, qui le souligne dans son texte.Ceci dit, Iouri N.Afanassiev, recteur de l’Institut d’histoire et des archives de Moscou, a réuni là une matière très riche et représentative de la pensée actuelle des milieux favorables à la perestroïka.Ce qui surprend, c’est la charge émotive qu’on y trouve, le luxe d’objectifs, les envolées poétiques et les aveux, basés, ou appuyés par des nombreuses citations.Le premier thème, celui des crimes staliniens, est traité par plusieurs dont Igor Vinogradov, comme étant responsable du retard de la société face à « l’acquisition d’un niveau de démocratie politique du socialisme ».À cet égard, on discute aussi du socialisme à visage humain, dont le malheureux premier secrétaire tchèque avait parlé en 1968.Dubcek avait eu alors la vie sauve, mais ses compagnons et collaborateurs immédiats ont payé chèrement cette audace.Sous le titre « Staline est mort hier .», Mikhaïl Guefter, l’histo rien, écrit quelques belles pages qui permettent de retrouver tout un folklore concernant Staline, mais c’est Andrei Sakharov, le célèbre contestataire dont le texte rejoint le plus facilement le niveau de compréhension des lecteurs occidentaux habitués à un certain style de raisonnement et d’argumentation, qui démontre que Staline est principalement responsable « de la création d’une force sociale nouvelle .la bureaucratie ! » Le deuxième thème traité est celui de la transparence et de l’honnêteté.« Un autre aspect de l’époque du pouvoir de la bureaucratie, étroitement lié aux anomalies économiques et non moins tragiques, écrit Sakharov, est la dégradation morale de la société.L’hypocrisie et le mensonge s’épanouissent dans la presse, à la radio et à la télévision, à l’école, au sein du Komsomol, dans l’enseignement supérieur, la famille.Maintes fois trompés par les grands mots, les gens n’y croient plus, une indifférence générale s’empare de la société.La pression de cette atmosphère psychologique accable surtout les jeunes qu'elle démoralise et déprave.» Ce qui, dans le texte de Sakharov, est énoncé clairement est moins bien formulé chez d’autres auteurs qui ont besoin de plus de mots et de périphrases pour exprimer les mêmes sentiments.Il n'en reste pas moins qu’en les comparant, on obtient la même conclusion.Pour les intellectuels russes, la censure et la corruption sont liées et, aussi longtemps qu’elles ne seront pas éliminées, les réactions populaires ne seront pas vraiment positives à l’égard des courants nouveaux et des réformes qui en découlent.Le troisième thème sur lequel on insiste, c’est celui du désarmement et de la confiance que l’URSS doit gagner sur le plan international.La première étape des progrès dans cette voie consiste dans le désengagement de l’armée soviétique en Afghanistan mais, à l'opposé, on évite publiquement de mentionner les autres endroits où les agents soviétiques interviennent et, surtout, personne ne tient à traiter de l’impérialisme que Moscou exerce en Europe de l’Est.En d’autres termes, on souligne et on commente ce qui est connu et possède une visibilité aussi parfaite que les tanks en campagne, mais on se garde bien de mettre en relief les actions politiques en Angola, au Moyen-Orient ou ailleurs.La perestroïka et la glasnost ne doivent, il semble, contrecarrer en rien les visées et les appétits territoriaux de la Russie étemelle ! Le quatrième thème majeur, c’est celui de l’action du KGB, lourdement critiquée comme un élément de contrainte, d’injustice et de cruauté à l’égard des individus et des groupes.Toutefois, Andreï Sakharov constate que, « grâce à son caractère d’élite, c’est justement le KGB qui s’est avéré être pratiquement la seule force épargnée par la corruption et, en conséquence, capable de lutter contre la mafia.Cette dualité s’est traduite dans le destin personnel et la position du dirigeant du KGB, Iouri Andropov.Arrivé à la tête de l’État, il continua la lutte contre la corruption et la criminalité, mais on ne fit aucun autre pas pour surmonter les phénomènes négatifs de l’époque de stagnation ».La mafia en U RSS, on croit rêver ! Voilà donc les quatre thèmes fondamentaux, mais on traite aussi, et longuement, des problèmes tels les droits de voyager, de se déplacer à l’intérieur et à l'extérieur du pays et d’avoir le libre choix de sa résidence.Dans certains textes, on insiste sur l’urgence d’accorder des droits aux minorités et de les aider à les exer-cer, autant quand il s'agit des Arméniens que des Tatars de Crimée.Les propositions de réformes constitutionnelles fort intéressantes et de réformes judiciaires indispensables ne manquent pas non plus et il est question même du système pénitentiaire qu’on qualifie, enfin, et ce n'est pas trop tôt, de vétuste et d’inhumain ! Toutefois, autant il est relativement simple de formuler des critiques et de traiter des réformes dans des domaines indiqués plus haut, où l’on dispose de nombreuses référen ces à ce qui existe en Occident, autant tout se complique quand il s’agit de la transformation en profondeur du système de production, puisqu’il n’y a pas de précédent de passage du collectivisme à l’économie du marché.Dans son texte d’une centaine de pages, Tatiana Zaslavskaïa, direc-.trice de l’Institut d’études de l’opinion publique, analyse ce que la perestroïka va apporter aux diverses couches sociales et quel sera le « prix social » à payer pour hâter le développement socio-économique du pays et rattraper notre retard.« Elle prévoit des luttes sociales, mais, à l’opposé, constate, et à juste titre, qu'il n’est pas de son ressort de présenter un programme de privatisation progressive des moyens de mise en marché des produits de consommation courante.» « Je ne suis pas spécialiste en la matière », plaide de son côté Sakharov en constatant qu’il faudra probablement augmenter les prix et distribuer des bons aux gagne-petit pour compenser les revenus et les pensions trop faibles.D’une manière générale, dans le domaine de l’économie, de la production et de la distribution des biens, comme des politiques fiscales, les idées manquent ou encore sont trop parcellaires et basées sur les expériences considérées en Occident comme des tristes vestiges de la dernière guerre mondiale, parfaitement inopérants en temps de paix.Cette réserve, et elle est de taille, mise à part, La Seule Issue, est un livre qu'il faut lire pour comprendre les dangers du pari d’un renouveau qui ne doit pas s’accompagner, selon Gorbatchev, d’une révolution, mais des progrès systématiques, accomplis avec la collaboration des éléments qu'il considère comme étant à I 0 PHOTO AP Andrei Sakharov la fous les plus dynamiques et les plus idéalistes, ce qui, malheureusement, risque dans certains domaines de continuer à demeurer longtemps encore contradictoire en URSS.Un récité, neuf récitants LIEUX NATURELS Mario Fortunato traduit de l'italien par François Bouchard Paris, Rivages, 1989, 152 pages L’un des derniers grands «dinosaures» C’EST MOI QUI SOULIGNE Nina Berberova Arles, Actes sud, 1989, 508 pages MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LA COUVERTURE est laide et le livre, par son ampleur, de maniement difficile.Qu’importe.C’est en lisant C'est moi qui souligne que l’on peut entendre à la source la musique des petits romans de Nina Berberova qu’Actes sud a entrepris de publier ces dernières années.On retrouve chez les uns et les autres les mêmes émigrés russes égarés à Paris, les mêmes destins bouleversés, les mêmes misères et les mêmes humiliations pour certains, la même opulence pour d’autres.Il faut féliciter l’éditeur d’avoir eu l’idée de publier d’abord les petits récits et ensuite l’autobiographie.Elle serait arrivée la première que nous n’aurions sans doute pas tout saisi de ce théâtre d’ombres qu’a été l’émigration russe au début du siècle.Nina Berberova, et même sa mo- destie aura du mal à le nier, a eu une existence hors du commun.Née à Saint-Pétersbourg d’une famille bourgeoise, elle a 20 ans quand éclate la révolution qui fera déchoir son existence jusque-là protégée.Elle se découvre assez rapidement un tempérament d’écrivain qu’elle n’aura de cesse de porter à maturité.Il est assez vain de vouloir retracer ici les étapes multiples d’un parcours qui l’a menée successivement à Moscou, Berlin, Prague, Paris, Venise, en Suède et, finalement, sur la côte Est américaine, dans le confort enfin trouvé d’un campus universitaire.Il faudrait pourtant arriver à suggérer la texture du temps ainsi recréé par Nina Berberova.C’est moi qui souligne ne veut pas relater de façon linéaire et méthodique les événements d’une vie bien remplie mais, comme son titre l’indique, en marquer les temps forts.Par la suite, le récit peut progresser de l’un à l’autre, s’échapper dans le futur, s’enfouir dans la mémoire, revenir à son lieu et à son propos, repartir enfin non sans s’être attardé pour une visite à l’hôpital, un bombardement ou une lecture publique de poésie.Il en résulte une remarquable fluidité à l’image même de l’auteur : « Je ne suis pas un roc mais un fleuve », dit-elle à son compagnon d’exil Khodas-sevitch, lui aussi un poète, qu’elle s’apprête à quitter.Il est assez étonnant de suivre cette jeune « poétesse », comme on disait alors, quand elle reçoit les confidences d’écrivains solidement établis comme Gorki : « Écrivez beaucoup, publiez peu », ou en voie de l’être, comme Nabokov, de qui elle dira « qu’il nous apprend à lire autrement, créant ainsi un nouveau type de lecteur ».Car la littérature, la russe, la française, l’anglaise, ne cesse d’être au coeur de ce livre comme si la révolution, l’émigration et la guerre n’étaient que les décors singuliers devant lesquels se détache cela seul qui compte vraiment.La très jeune Berberova s’était un jour étonnée de ce que le romancier Alexandre Kouprine eût rencontré au cours de sa jeunesse à Paris l’impératrice Eugénie alors très vieille; que cette dernière eût connu les hommes de la Révolution ; et qu’elle-même pût être présente dans les mémoires comme celle ayant connu, enfant, un ancien uhlan de la guerre contre les Turcs de 1855.C’est ce qu’on appelle le dialogue des générations dont il est superflu de dire qu’il n’existe presque plus.Berberova est ce dernier grand dinosaure qui offre en cadeau à ses lecteurs le temps et l'espace.Ces deux-là s’installent, s’étalent, discutent et, soudain, nos vies nous paraissent bien quelconques.JACQUES CROUSSET LA CHOSE vaut peut-être d’être notée : alors que la littérature française, depuis plusieurs années, cherche par tous les moyens, dirait-on, à se défaire de l’espèce de sécheresse cartésienne qui l’a tant caractérisée, revendiquant par le fait même le secours de ce qu’on pourrait appeler un espace ludique — témoins : Modiano, Sollers et tous ces romans écrits dans la mouvance néo-hussarde — la littérature italienne, elle, un peu, d’ailleurs, à l’image de la littérature de langue allemande, se fait de plus en plus grave, pour ne pas dire tragique.Pourquoi cela ?On pourrait épiloguer longtemps sur cet écart, reste, en attendant, qu’un texte comme Lieux naturels semble participer de ce mouvement tout empreint d’austérité.Lieux naturels, oeuvre incidemment d’un tout jeune romancier découvert par Daniele del Giudice, ce sont d’abord et avant tout neuf petites histoires dites par autant de voix et que rien en apparence ne semble relier, mais qui tournent toutes autour d’un seul personnage : Mario.Mario, comme par un fait exprès, accumule sur lui toutes les « tares » du monde actuel; il est homosexuel, drogué, improductif socialement et, pis que tout, sidéen.À travers ce personnage pour le moins ondoyant, les neuf récitants de ce court roman vont tous faire une expérience unique, celle de la dou- leur.Myriam, d’abord, une jeune Anglaise gravement malade et amou reuse de Mario.L’oncle de Mario ensuite, interné volontaire dans un asile psychiatrique, la soeur de Mario, le petit ami de Mario, la mère de Mario, et ainsi de suite jusqu'à épuisement du sujet.Tous ces êtres, au bout du compte, témoigneront de leur impuissance à affronter la réalité et finiront par se retrouver face à eux-mêmes, c’est-à-dire dans la plus désolante incertitude; et cette incertitude sera d'autant plus vive que la mort du personnage central, Mario, viendra les arracher au peu qui les retenait encore à l’existence.Comme on le voit, Lieux naturels n'a rien d’une oeuvre facile ou légère; elle est, au contraire, tout en gravité et d’une précision quasi géométrique; et l’on est assez loin de songer, en la lisant, à ces gros pavés monolithiques que nous assènent de ce temps-ci certains éditeurs en mal de rendement comptable.Mais ce qui fait avant tout sa force, à ce petit texte, retient l’attention, pour mieux dire, c’est sa qualité d’écriture.Rarement, en effet, a-t-on l'occasion de lire des pages aussi fortes, surtout quand on sait qu’elles sont l’oeuvre d’un débutant, à peu de choses près.Lisez ces quelques lignes, par exemple; elles n’ont peut-être l’air de rien du tout, détachées comme ça de leur contexte, mais elles décrivent à merveille l’intériorité d’un être vivant dans l’attente : « La clarté du soleil se déploie dans le jardin selon un alphabet plus fourni que dans ma chambre.Il y a des formes lumineuses, des rectangles ou des triangles, qui découpent l’herbe, l’arrachent à sa somnolence naturelle.» VIENT DE PARAÎTRE Nouvelles de mort et de folie ANACONDA CONTES D’AMOUR, DE FOLIE ET DE MORT deux recueils de nouvelles d’Horacio Quiroga traduites de l’espagnol par Frédéric Chambert Paris, éditions A.M.Métaillé coll.« Bibliothèque latino-américaine», 1988 198 pages et 193 pages BRIGITTE MORISSETTE ANACONDA, cobra, python, yarara, boa : quel poème de mort et de venin.Le mot serpent est féminin en espagnol.Voila qui nous fait une belle jambe dans cette culture où l’on vénère à la fois Ève, la pomme et le serpent ! Mais revenons à nos vipères.Dans Anaconda, les serpents défilent comme un cauchemar vert et rose, dans la fièvre tropicale des abords de l’Amazone ou de son petit frère, le Parana, dans cette forêt tropicale pour laquelle les chanteurs de rock se sont enflammés.On dit que dans ces contrées magiques, les petits des anacondas sont capables de traverser l’Amazone pour s’amuser en dressant hors de l’eau la moitié de leurs deux mètres cinquante.Quand une femelle étire ses dix mètres hors du feuillage, la forêt tout entière retient son souffle.Que dire lorsque souffle un vent de guérilla chez les vipères.La rébellion s’organise ici pour combattre l’homme parce qu’il s’est mis en frais d’inventer une nouvelle arme pour triompher de la nature.Un sérum antivenimeux.N’en disons pas plus, de peur de tuer le charme hallucinant de ces nouvelles écrites par le Maupassant de la littérature latino-américaine.Horacio Quiroga naît en Uruguay en 1889, et se suicide à Buenos Aires en 1937.C’est un écrivain solitaire.Il ne se sent vraiment chez lui que dans la forêt tropicale où il écrit la plupart de ses récits.Des récits étranges et vifs, qui vous laissent pantois.Parfois, on se retrouve en terrain connu avec ces coupeurs de bois qui quittent le chantier, la rage au ventre, descendent la rivière écumante en jurant qu'on ne les y reverra plus, flambent leur paye de plusieurs mois dans le premier bordel venu, puis remontent au chantier en ayant perdu la face et le portefeuille.La plupart de ces nouvelles contiennent bien le puissant trio de toute bonne recette latino-américaine : une poignée de fantastique, un zest de merveilleux dans une sauce d’apparence réaliste.De ces deux ouvrages de cauchemars tropicaux, les récits les plus saisissants me paraissent être réunis dans le premier, Anaconda.Quoi qu’il y ait du Edgar Poe dans le second, versé par petites doses frémissantes comme ce miel sylvestre aux propriétés narcotiques et paralysantes.Si ce court récit des Contes d'amour, de folie et de mort ne vous met pas des fourmis dans les jambes, il vous logera certainement quelques frissons d’horreur entre les omoplates.Le regretté Julio Cortazar, Argentin qui demeurait depuis son refuge parisien l’âme du récit latino-américain, aimait Quiroga comme un maître.Un maître, en effet, pour ce qui est de faire parler les chiens, se révolter les serpents et inspirer à un essaim de fourmis carnivores la plus implacable des corrections ! (1) Horacio Quiroga n’est ni moraliste ni La Fontaine.Ce qui ne l’empêche pas, à l’occasion, de régler son compte à la bêtise.( 1 ) On dit aussi une correction de fourmis, tel un essaim d’abeilles ! C.P.5247 Suce.C Montréal H2X 3M4 Diffusion LOUGAROU 514J26.14J1 Collection «ALIBIS» Charlotte BOIS JOLI 80 p„ 5,95$ I .i I itlrraluri ;i liïranurr Collection «ÉTUDES ET DOCUMENTS» André VANASSE 96 p„ 9.95$ \om pô\K CflTE t D-8 ¦ Le Devoir, samedi 20 mai 1989 'C.LKl • le plaisir des ivres m Une vie de patachon PHOTO GAMMA/Presses de la Renaissance Richard Burton : un destin époustouflant.RICHARD BURTON sa vie, ses carnets intimes Melvyn Bragg Paris, Presses de la Renaissance 1989, 645 pages MARIE LAURIER SI L’ON ne le lisait en noir sur blanc, on ne le croirait pas ! Comment ingurgiter tant d’alcool et griller tant de tabac - trois bouteilles de vodka et cent cigarettes par jour — combler tous les caprices de sa femme-star tout en jouant Il amiet 134 fois de suite devant une Elizabeth Taylor vêtue 134 fois d’une robe différente ?Inimaginable ! Vrai ou faux, c’est ce qu’on raconte de l’acteur Richard Burton qui a vécu en défoncé, héros ou victime d’une vie de patachon qui allait se terminer étonnamment à 59 ans dans la désespérance de ne pas nper dépit Les clins d’oeil de Jésus JÉSUS DE MONTRÉAL le scénario du film dq Denys Arcand Montréal, Boréal, 1989,188 pages ROBERT LÉVESQUE APRÈS Duvivier, Pasolini, Scorsese, et'qui encore, Denys Arcand ramène à l’écran le personnage le plus casse-gUeule qui soit : Jésus.Qu'il soit de Gethsémani, de Milan ou de Montréal, le fils de Dieu est l’enfant terrible des cinéastes.On s’y damne.: Si Duvivier (Golgotha en 1935) ôtait respectueux mais ennuyeux, si Pasolini (L'Évangile selon saint Mathieu en 1964) était intellectuel et d'une rigueur planante, et si Scorsese {La Dernière Tentation du Christ en 1988) était arrivé à être objet de scandale, Denys Arcand, en 1989, ici ou ailleurs, ne sera rien de tout cela.¦ Comme un farceur qui tient à dissimuler sous le gag le peu de grave qu’il met dans l’approche « du » personnage, Denys Arcand n’est pas raseur comme Duvivier mais il ne sera pas non plus génial comme Pasolini ou habile comme Scorsese, demeurant maître d’une seule chose que l’on appelle maintenant, dans ce qui était le « septième art », le sens du box-office.Tout le monde va courir voir Jésus de Montréal, comme on courait voir Le Déclin de l’empire américain, et tout le monde va délirer sur ce film « incontournable » comme le person-nage que caricature Arcand lui-même dans son film.Preuve, by the way, qu’Arcand est le plus cynique des cinéastes nord-américains, même lorsqu’il rate le sujet principal de son film qui était tout de même, à moins que je ne m’abuse, un comédien jouant le rôle de Jésus.En allant chercher les phrases éclairées (et éclairante) que l’on connaît de la vie du Christ, Arcand avançait sur un terrain révolutionnaire.Il a raison de dire, dans ses entrevues, que l’on doit écouter ces réflexions sans conditionnement.Arcand, par l’artifice d’un acteur qui décide de se laisser envahir de la lueur du personnage Jésus, choisissait aussi la forme originale de sa quête.Mais, en chemin, le vendeur de pellicule a pris un pas d’avance sur le penseur, et le spectacle a remplacé la réflexion dont les contradictions se sont empilées.Jésus de Montréal est le résultat d’un manque d’audace, la quintessence du très québécois « s’cusez-là », le clin d'oeil qui, à force de battre la paupière, empêche de voir vraiment ce que l’on voulait nous montrer.Je ne crois pas que, avec le livre déjà sorti des presses, l’on verra clair dans cette entreprise où le cinéma a perdu de sa marge de manoeuvre sur le terrain du commerce.En fait, je ne sais pas pourquoi on lirait Jésus de Montréal.Voir le film suffit.Tout est là.Arcand n’a rien dissimulé.Il a appliqué à un nouveau sujet son approche personnelle : tout le monde il est pas beau, tout le monde il est pas gentil.En fait, le Jésus d’Arcand est beaucoup plus près d’un autre Jésus de l’écran, celui de Jean Yanne dans Deux heures moins quart avant Jésus-Christ ! Ne manquez pas LE 3 JUIN ^ÈlŒNIENAIRE im , DELA REVOLUTION FRANÇAISE LE DEVOIR thybsme, et cela en dépit de ses nombreux et douloureux efforts de tempérance.Richard Burton aurait pu se contenter d’être un remarquable interprète de Shakespeare et se soûler discrètement, de vivre, en fait, une existence normale avec sa première femme Sybil et ses enfants qu’il aimait bien.Mais le destin en décida autrement en mettant sur son chemin une croqueuse de diamants et une dévoreuse d’hommes qui allait entièrement l’envoûter et ruiner en quelque sorte son équilibre déjà fragile.Il opta alors pour un chassé-croisé incessant de mondanités, de réceptions, de voyages, de beuveries avec les copains et Elizabeth, de querelles avec cette dernière.Gallois certainement aux nerfs de fer et d’acier jusqu’à ce qu’iLs craquent, il a occupé les scènes de théâtre les plus prestigieuses au monde et tourné dans un nombre incalculable de films, des bons et des moins bons, est-il le premier à reconnaître.Sa liaison avec Elizabeth Taylor durant le tournage de Cléopâtre allait provoquer un scandale dans le monde entier et lui attirer les foudres du Vatican jusqu’au moment où les amants divorcés allaient régulariser leur union à Montréal même, seule ville où ils purent trouver un ministre du culte pour les marier.Cet épisode est rapidement évoqué dans la biographie de Burton écrite par Melvyn Bragg et l’on ne mentionne pas que le couple s’est marié au Ritz-Carlton et que Michel Robichaud allait dessiner la robe de la belle Elizabeth, un événement qui propulsa la carrière du jeune couturier sur la scène internationale, un happening qui avait fait grand bruit dans ce Montréal que Burton lui-même décrit un peu plus tard comme étant bien ennuyeux.Le ‘28 août 1969, il se défend contre la jalousie de sa femme alors qu’il tourne Ann of the Thousand Days avec Geneviève Bujold, qu’il appelle « Gin » : « En dépit de mes protestations d’innocence, E.(sa femme Elizabeth) n’est toujours pas tranquille en ce qui concerne Gin Bujold.Il s’agit d’une situation dangereuse, mais le danger est du côté de miss Bujold, non du nôtre.Je suppose qu’elle va trouver très difficile de retrouver la banlieue de Montréal après le clinquant de ce tournage.» Tout comme Kirk Douglas, dont la vie sexuelle m’était apparue bien excessive — mais elle est bien pâlotte .comparativement à celle de Burton — ce dernier se vante lui aussi de ses nombreuses conquêtes féminines, sans insister, toutefois, sur celles qui lui ont refusé leurs faveurs en raison de son alcoolisme.À lire ces pages fougueuses, on se demande bien quand il trouvait le temps d’apprendre ses rôles, bien qu’on le décrit comme étant fort cultivé, ayant même aspiré à devenir écrivain.Pour qui envie ces existences démesurées vécues dans l'argent, la gloire, le luxe et le lucre, cette biographie en met plein la vue et, qu’il soit faux, vrai, inventé ou exagéré, le récit détaillé de la vie de Burton est certainement fascinant.Burton a été un grand acteur de scène et plutôt médiocre au cinéma, mais il était doué d’un talent naturel ou d’un physique séduisant.Il aura passé son temps à hésiter entre « etre ou ne pas etre » qu’il savait dire comme nul autre sur les scènes londoniennes, non pas seulement dans la peau de Hamlet mais également dans sa vie personnelle.Il vivra également le même scénario sur le plateau et à la ville en jouant avec Taylor Qui a peur de Virginia Wolf ?Mais le lecteur apprend beaucoup d’autres choses dans cet énorme bouquin de près de 700 pages qui couvre la vie de Burton depuis sa naissance en 1925 jusqu’à sa mort en 1984.Des choses utiles et inutiles sur l’univers du théâtre, du cinéma, des vedettes et des têtes couronnées.Quand on s’appelle Richard Burton, qu’on sait réciter par coeur et à l’envers de longues tirades des pièces de Shakespeare, qu’on a épousé « la plus belle femme du monde », pas un seul instant n’est banal et le monde est à ses pieds, surtout durant ces années-lumière de l’ère du vedettariat.Il demeure intéressant de plonger dans cette atmosphère démentielle, ne serait-ce que pour se consoler de sa propre vie obscure et banale, loin des feux de la rampe et des papa razzi.Une vie de liberté relative, en somme, comme celle que Burton au fond souhaitait.Il aura eu, au contraire, un destin de fol amoureux d’une femme fatale, un destin d’homme pourtant riche et généreux qui aimait sa famille et ses amis, un destin de vedette malgré lui : bref, un destin qu’il ne tente pas de désavouer mais d’expliquer dans ses carnets intimes, comme son biographe, d’ailleurs.Mais quel destin époutouflant! Mystère Aventure Passion Page D-2 YVES JUBINVILLE L’ÉPILEPSIE DE L’ÉTEINT Denis Vanier Écrits des Forges et La Table rase, 1989 «(.] Pour connaître le goût d’une poire il faut la transformer en la mangeant.» Citant Mao Tsé-toung (ou Prévert), Denis Vanier livre d’une belle façon son programme poétique.Dans son dernier recueil, L’Épilepsie de l’éteint, le poète « beat » croque à belles dents dans le monde au nom de sa révolution.Mais ce monde n’est pas tant un fruit sucré qu’un morceau de viande avariée qu’il déchire violemment.Le plus étonnant, c’est que cette agression permanente dans l’écriture de Vanier fait plutôt sourire.Jugez-en : «.sur nos corps la guerre éclate partout/ comme un syndicat de virus non identifié.» Ce recueil est préfacé par Rémi Ferland, un ami, dit-on, du Club Jack-Kerouac.DE L’ENVERS DU CORPS Susy Turcotte Montréal, L'Hexagone, 1989 LA POÉSIE québécoise est toujours hantée par le corps-texte.Le premier livre de Susy Turcotte, De l’envers du corps, en témoigne vivement.Ici, le corps se donne à lire comme le texte d’une blessure, d’une douleur à jamais apaisée.Susy Turcotte écrit avec violence, empruntant la langue du désespoir.Deux parties composent ce recueil : la première, en vers libres, se débat contre le vertige du paysage intérieur; l’autre, en prose cette fois, raconte le réconfort possible dans le dialogue avec l’autre : « Il parle et me détache lentement de l’opacité.Il imite tout ce qui peut m'éloigner du vide.» IL Y A DES ROYAUMES Gérald Gaudet Montréal, L’Hexagone, 1989 «[.) Qui désire ainsi en moi.» L’amour est une épreuve, celle du sujet à la recherche de l’autre.Or cet autre, selon Gérald Gaudet, c’est soi-même abandonné à l’instant terrifiant et coupé de son passé.Dans sa deuxième fiction poétique, après Ligne de nuit, Gérald Gaudet parcourt dans II y a des royaumes le chemin qui mène vers ce lieu interdit qu’est l’amour.Composé de quatre sections — dont trois en prose et une en vers libres — ce recueil exhibe une écriture souple et abstraite, mais qui rejoint le réel par l’emploi d’un langage métaphorique circulant dans le corps et ses sensations.SOMMES Pierre Ouellet Montréal, L’Hexagone, 1989 AVEC Sommes Pierre Ouellet reprend à son compte la légende aborigène qui veut que le monde soit monde depuis que rêvent les fourmis vertes.Il la reprend pour se faire à son tour poète rêveur qui donne vie aux choses et aux êtres par la parole.Son recueil comporte trois longs poèmes dont le premier, marqué par la prose, « théorise » les deux suivants.Ouellet y explore l’acte de parole (d’écrire) et cette inadéquation au monde qui en résulte.Inadéquation qui, cependant, met le sujet parlant en présence de Dieu.Idéalisme.m PHOTO JACQUES GRENIER Roland Giguère CHEMINS VACANTS Guy Ducharme Montréal, L’Hexagone, 1989 « .se voir utile un instant/ puis rieur/ avec de grands gestes lents/ s’extraire pour mieux embrasser .» Avec ce premier livre, Chemins vacants, Guy Ducharme ouvre la voie à une poésie simple, sans artifice.Comme la vie, d’ailleurs, qu’elle imite ou plutôt qu’elle raconte.Car il s’agit ici, divisé en trois parties, d’un recueil sur la conscience d’être au monde dans la tranquillité.Et cela ne vas pas sans le sourire qui accompagne ces courts poèmes écrits pour trouver l’équilibre entre le mensonge et la vérité.APPRENDRE A VIVRE Hugues Corriveau Montréal Les Herbes rouges, 1989 L’AMOUR, chez Hugues Corriveau, est une chambre coupée du monde où l’on apprend à vivre.C’est là que commence le jour; là que la lumière inonde les corps; là qu’on apprend la souffrance et Denis Vanier le langage qui nomme les choses et les êtres.Dans cette chambre aussi surgit inévitablement la mort.Sur un ton serein, proche de la méditation, Hugues Corriveau rejoint, avec Apprendre à vivre, les Ronsard et Eluard pour dire l’amour, le désir, l’érotisme.Une poésie en vers libre compose les 79 tableaux de ce recueil.Ceux-ci jaillissent comme autant d’étincelles illuminant la longue traversée du monde vers le sens.MONÈME Pierre Desruisseaux Montréal, L'Hexagone, 1989 LA POÉSIE nous échappe parce qu’elle refuse de nommer les choses telles qu’elles apparaissent.Dans Monème, son dernier recueil, Pierre Desruisseaux précise que la poésie supplée a ce « langage (qui) s’arrête sur le seuil des choses ».Ainsi l’acte de nommer devient-il plus qu’une simple reconnaissance, il est appropriation du réel, seule condition pour que l’esprit l’habite.La poésie que l’on retrouve dans Monème se veut donc non seulement l’écho du réel, mais sa substance même, son origine libérée de l’instant éphémère.Elle est caractérisée par une langue riche aux accents parfois anciens qui suggèrent qu’au-delà des mots s’affirme une mémoire.LÉGENDES suivi de SOMMATION SUR L’HISTOIRE Renaud Longchamps Montréal, VLB éditeur, 1989 « VOUS êtes ici.» Ainsi s’ouvre le recueil de Renaud Longchamps qui regroupe deux séries de poèmes, Légendes et Sommation sur l’Histoire (prix Émile-Nelligan 1988).Le lecteur est interpellé, invité à suivre ce qui, à première vue, pourrait être sa trajectoire.Mais il n’en est rien.Il faut plutôt lire ici le dépaysement de celui qui s’observe et cherche à trouver sa place.Dans ce recueil, Renaud Longchamps cite l’Histoire en procès.Elle est, dit-il, pure illusion que l’homme doit dépasser pour enfin se blottir au^reux de l’instant.Ses textes sont, d’ailleurs, à l’image d’une traversée des apparences.Difficile, laTec-ture perd ses points d’appui et rejoint ainsi la pauvreté du langage d’où résonne sa neutralité essentielle.Le vocabulaire scientifique abonde et augmente l’étrangeté de ce monde où l’homme est, somme toute, matière négligeable.FORÊT VIERGE FOLLE Roland Giguère Montréal, L’Hexagone coll.« Typo/poésie », 1989 «[.] tant qu’il y aura une feuille vierge/ pour y déposer ses rêves .» Dans un poème À un voyant ») dédié à son maître et ami Albert Dumouchel, en 1971, Roland Giguère dévoile ainsi son secret tel une déclaration de principe.On retrouve dans ces quelques lignes le lyrisme, la joie des mots et des images, ainsi que la pensée humaniste qui en ont fait l’un des poètes les plus lus au Québec.Pour souligner l’importance de Giguère, l’Hexagone publie en format poche, dix ans après la première édition, la rétrospective Forêt vierge folle.Ce recueil regroupe des poèmes, des dessins, des collages et textes divers produits entre 1949 et 1978.Le tout est présenté par J.-M.Du-ciaume dont la courte préface décrit bien la trajectoire du plus « parfait » des surréalistes québécois.LA BEAUTÉ POURRIT SANS DOULEUR suivi de LA TRÈS PRÉCIEUSE QUALITÉ DU VIDE François Charron Montréal Les Herbes rouges, 1989 DANS ce dernier recueil, François Charron poursuit le cycle de la « poésie énumérative » entrepris il y a deux ou trois ans.Mais ici, l’auteur cherche plus que jamais à s’absenter du monde qu’il observe.S’il n’y réussit pas complètement et que le poème circule toujours autour de ce « je » qui regarde et constate, on sent tout de même poindre une voix neutre qui possède elle aussi ses échos poétiques.En sourdine également, se devine un lyrisme presque religieux qui envahit graduellement cette poésie.François Charron semble s’être découvert des ailes et se lance comme un ange à la découverte d’une voix(e) nouvelle hors de l’intimité. Le Devoir, samedi 20 mai 1989 ¦ D-9:: • leplaisirdes ?n r-T • rn-r: rs b PLitINIK l!r XJ XJ X XJiXX;JXX\ U XJ En voir de toutes les couleurs MARIE-ÉVA DE VILLERS CUISSE-DE-NYMPHE, Aragon précisa même « cuisse de nymphe émue », c’est-à-dire rose pâle rougissant.Dans cette gamme, on hésitera entre Y aurore (rose doré), la couleur chair, le pêche, le gorge-de-pigeon (couleur à reflets changeants), ou le ventre-de-biche (blanc roussâtre).Pour dénommer les couleurs qui sont toujours perçues de façon subjective, toutes les évocations sont permises.Ainsi de nombreux emprunts ont été faits tantôt aux noms des fleurs (amarante, capucine, coquelicot, lavande, lilas, mauve, pervenche), tantôt aux noms des fruits ou des légumes (orange, abricot, prune, citron, kaki, aubergine, épinard).On s’inspira aussi des désignations des minéraux (anthracite, ardoise, argent, émeraude, jade, or, turquoise), de celle des animaux (canari, chamois, écrevisse, puce, saumon, souris), des boissons (absinthe, bordeaux, café, champagne, cognac) ou de toute autre chose (azur, marine, mastic, paille, pétrole, rouille).La palette du peintre imposa également son vocabulaire (bleu d'outre-mer, céruse, ocre, sépia, terre de Sienne, vermillon).Dans la langue de la peinture, la couleur locale désigne la couleur propre de l’objet, par opposition aux couleurs produites par les ombres et les reflets.Cependant, cette expression s’emploie généralement au figuré pour traduire la représentation exacte des traits caractéristiques d’un peuple, d’un pays, d’une époque.Camaïeu est un joli nom du XlIIe siècle qui provient peut-être d’un mot de l’arabe littéraire signifiant « bouton de fleur » et qui nomme une peinture d’une même couleur, mais de tons différents.La succession de teintes de plus en plus claire est un dégradé et lorsque la diminution est presque insensible, un fondu.Par contre, la teinte appliquée uniformément sur une surface, sans aucun dégradé, est un aplat.iiëcl Le nom nuance dérive de l’ancien verbe nuer daté du XlVe siècle et signifiant « nuancer », d’après les teintes changeantes, les reflets des nuages; il désigne chacun des degrés successifs par lesquels peut passer une couleur entre le ton le plus foncé et le ton le plus clair, entre l’ombre et la lumière.Par contre, la teinte résulte du mélange de deux ou plusieurs couleurs.Formé à partir du verbe teindre qui provient du verbe latin tin-gere„ le nom teinte, dont l’emploi était rare dans le français du XlIIe siècle, a été remis à la mode au XVIIe siècle par l’intermédiaire de l’italien tinta.Il est intéressant de noter qu’au Moyen Âge, teindre signifie souvent « changer de couleur sous l’effet d’un sentiment violent », d’après le Dictionnaire étymologique de la langue française, de Bloch et Wartburg (Presses universitaires de France).Mots de la couleur, mais aussi couleur des mots : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, 0 bleu », les voyelles de Rimbaud sont transformées par l’Alchimie du verbe.Couleurs de feu, couleurs de nuit, la plus belle peut-être est la couleur fugace du temps.4 Bourgault dément cette petite partie du monde que nous habitons sans faire de mal à personne ».Bourgault regarde « les milliers de petits arbres que nous avons plantés depuis 30 ans et qui ont changé le paysage québécois » et, à l'automne de sa vie, se laisse envahir par le doute.Et si les arbres ne survivaient pas au long hiver qui s'est installé sur le Québec, après « l’échec ?» Bourgault plante des arbres déjà en feuilles et se force à croire au printemps: « vous souvenez-vous de ce jour où nous nous sommes remis en marche ?» lance-t-il, en ponctuant tout de même sa phrase d’un point d’interrogation.Car, depuis un an, on l’appelle de partout.Le Québec s’est-il « remis en marche ?» « J'en suis pas certain Les jeunes bougent, mais est-ce passager ?Je ne suis pas certain des vieux militants non plus.Il se passe quelque chose, oui, mais je ne suis pas certain que cela soit durable ».L’autre jour, dans une polyvalente de Sorel, les jeunes ont repris le combat pour leur langue.en gardant le silence pendant deux jours ! «Nous on s'est engagés dans la lutte pour notre langue, contre l’anglais.Eux, ils ont peur de ne plus vivre en français.C’est pas du tout la même chose: ils ne sont pas enragés comme nous.Très sereins, beaucoup plus décidés, eux c’est la première génération des vrais Québécois, qui n’ont rien connu d’autre qu’une télévision, un cinéma, une littérature, un gouvernement qui a de l’allure : ils sont nés Québécois».Adulé des jeunes, courtisé par les médias, Bourgault, entre deux lampées de châteauneuf du pape, dit d’un air gourmand: « Regardez comme on me traite bien ».Il aime ça ! Surtout quand un fonctionnaire le reconnaît et lui présente la plaque d’immatriculation de sa Dodge GTX 2000 avec le numéro 101.Depuis qu’il s'est installé sur sa terre de Saint-David, il se prend à espérer que sa mort attende un peu: « Je me sens tellement bien que je pense presque à arrêter de fumer », dit-il en jetant son mégot de Gitane dans l’herbe grasse du printemps.Bourgault n'est définitivement pas un 'écolo'.À Saint David, Bourgault élève un couple de paons, « parce que cela me ressemble ».Quand sa paonne est morte, mardi matin, il l’a mise dans un sac vert et le mâle a pleuré.« Elle avait deux ans: le sens de sa vie, c’est d’avoir vécu deux ans », dit-il, philosophe.Et Bourgault s'en est allé, chez Mozart Traversiez acheter une autre femelle.C’est comme son chien, Byto: pourquoi Byto ?«Parce que l'autre s’appelait Toby ! ».C'était un pit-bull qui, à force de bouffer des chats, a cru qu’il pouvait sauter d’un deuxième étage et s’est cassé en morceaux.« On se bat pas contre la mort», soupire Bourgault.La mort ?Bourgault est assez or-geuilleux pour croire qu’il peut la 4 Blais étape sera sans doute Paris.Invitée à lire ses oeuvres un peu partout à travers le monde, elle saute d’un avion à l’autre, se ressource constamment, adore changer d'air.« Nous devons absolument conserver une ouverture sur les autres peuples », me dit celle qui se définit davantage comme un écrivain de la francophonie que comme porte-parole du Québec pure laine.« Le régionalisme refermé sur lui-même, ça me fait peur.» Elle est née à Québec en 1939 dans une famille ouvrière.Des tantes pianistes, un talent pour les arts visuels flottant dans la parenté, mais d’écrivains, point; Marie-Claire sera la première de la lignée.Toute petite, cette dévoreuse de livres se promet d'en écrire à son tour.« À12,13 ans, j’avais déjà composé plusieurs recueils de poèmes que j’envoyais à un tas d’éditeurs à Paris.Hélas, sans réponse.» Quelques années plus tard, la réponse viendra du père Georges-Henri Lévesque qui dirige la toute nouvelle faculté des sciences sociales à l’université Laval.C’est lui qui aide et encourage la débutante.À19 ans, après avoir tâté du travail en usine et joué les vendeuses dans les grands magasins, Marie-Claire publie La Belle Bête: la consécration est immédiate, fulgurante.Voilà cette timide propulsée en pleine gloire.Elle ne devait plus retourner dans l'ombre.On l’imagine aussi écorchée que les personnages d'Une saison dans la vie d’Emmanuel et de La Belle Bête.Pourtant, Marie-Claire Blais se défend bien de cultiver la souffrance dans sa vie ou dans son oeuvre.« Je suis une personne plutôt sereine.Et Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Lancement Mardi 23 mai de 17h à 19h «n présence d'écrivains, cinéastes, universitaires et journalistes anglophones du Québec, et du Comité de rédaction.revue LIBERTÉ 183 Strangers in paradise/ étranglés au Québec?"eOSTROpHES ' ' même si mes premiers écrits étaient sombres, aujourd’hui, il y a de l’espoir dans mes livres.» D’un ouvrage à l’autre, elle dit vouloir exprimer une vérité toute simple qui la nante : « Les êtres humains sont à la fois très seuls et très solidaires.» Trente ans de métier.Autant de livres en autant d’années; nouvelles, romans, poèmes, pièces de théâtre : Marie-Claire Blais est une prolifique.Elle écrit tout le temps ou presque, aligne de front trois ou quatre textes entre lesquels elle choisit au fil de ses inspirations, griffonne sur ses cahiers ae vagues ébauches, puis s'attelle à la machine à écrire (la révolution informatique, c'est pour plus tard).« Je peux écrire jusqu'à quatre versions d'un texte avant de le publier.» Perfectionniste, amoureuse « de nuances et de précision », elle aime polir ses ouvrages, s’attachant à décrire avec le meme soin les figures centrales et les personnages secondaires.Cette amoureuse des longues phrases ourlées est une fan de Proust dont elle relit sans cesse l’oeuvre touffue.« J’admire beaucoup les écrivains haïtiens qui défendent la liberté d’expression et le droit à la littérature, mais évidemment, ma réalité n’e3t pas la leur.Ce qui n'empêche pas les préoccupations politiques et écologiques d’être très présentes dans ma vie.Chacun milite à sa façon.Dans mon dernier roman, j’essaie d’ouvrir une fenêtre sur la ségrégation sociale, de dénoncer le racisme, l’intolérance.» Pour Marie-Claire Blais, l’intolérance est un défaut particulièrement insupportable, comme la bêtise, d’ailleurs.En corollaire, elle avoue apprécier par-dessus tout la lucidité et la délicatesse de coeur.Mais cela, on le savait déjà; car cette lucidité et cette délicatesse sont le limon duquel elle a elle-même tiré tous ses livres.4 Inédit tés, soit les clientèles, soit d'autres administrations, publiques ou privées, de l’opportunité des mesures qu’on propose ou qu'on applique.C'est surtout en cela que consiste l'action politique et la pratique administrative.J'avais un peu le sentiment, je dois l’avouer, de commencer à devenir intellectuellement paresseux.Et je ne dis pas cela d’une manière péjorative; au contraire, j’ai une grande admiration pour les fonctionnaires, en particulier les hauts fonctionnaires que j’ai connus, qui ont une intelligence pratique extraordinairement développée et un sens exercé de l’action.Cela requiert une intelligence que j’ai ap-elée « cinématographique », c’est-dire qu’il faut constamment suivre des dossiers qui changent de jour en jour, parfois d’heure en heure, et toujours bien placer la nouvelle séquence qui vient d’entrer pour que le film continue toujours dans la bonne trajectoire.Quand on suit un ou deux dossiers, passe encore.Mais quand on en a 150 ou 200 qui sont en marche en même temps, suivre chacun d’eux devient un exercice intellectuel extraordinairement complexe et qui requiert une grande intelligence.J’ai vu des hommes au gouvernement qui ont ce genre d’intelligence d’une manière remarquable.[.] LE NOROIT souffle où il veut Fjoël 11 POURBAIX II Jean-Noël PONTBRIAND 1 Le simple geste || L’il nu d’exister 1 Dessins de 1 Tableaux de II 1 Michel Casavant l|| Célyne Fortin I i 1 2-89018-166-9 1|| 1 88 P 10 S ™ 2-89018-176-6 144p.ISS I 2 1 1120.av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274 3669 Guy CLOUTIER Beau lieu Dessins de Valère Novarina 2-89018-181-2 80 p 1° s Sylvain PROULX Parfois ce silence Dessins de Marie-Claude Bibeau 2.89018-UU-7 72 p.t>% DISTRIBUTION EN LIBRAIRIE Prologue 2975.rue Sartelon Ville Samt-Laurenl Oué H4R 1E6 Tél 332-5860 Ext 1-800-361-5751 Marie BÉLISLE Chroniques analogiques Dessins de l'auteure 2-89018-182-0 80 p 10 S Claude PARADIS L’amourable Dessins de Charles Lemay 2-89018 192-8 72 p.5 S Célyne fortin D’elle en elles dessins de Paul SAVOIE Bois brûlé Dessins de Suzanne Gauthier X-89018I83.9 120 p.15 s Petite anthologie du Noroît (3e édition) 2-890I8-I34-0 >59 p GRATUITE sur demande ÉDITIONS DU ^ NOROIT Case postale 244 Saint-Lambert (Québec) J4P 3N8 choisir.« On a le choix entre se suicider ou vivre: moi c’est un choix que je fais depuis l’âge de quinze ans », dit l’homme en pensant peut-être à sa paonne, ou a son pit-bull.La mort, Bourgault en parle souvent, mais comme d'un grand trou qui va engloutir à jamais ce qu'il lui reste de mémoire.N’a-t-il pas au moins la curiosité d'imaginer ce qu’il adviendra des « milliers de petits arbres plantés depuis trente ans ?» « J’en sais rien et ça me laisse indifférent ».Quand Bourgault éclate en sanglots, ça n'est donc pas sur la mort de René Lévesque, mais sur son échec qui l’empêche, encore aujourd'hui, de dire du bien de lui.« Je lui ai tout offert mais il a été méchant avec moi», dit-il, encore meurtri.Si Lévesque n’a pas tué son rêve, il a biçn failli tuer le Parti québécois.« À moins d’un miracle, je ne leur donne pas plus de 25 ou 30 députés aux prochaines élections, ce qui serait déjà merveilleux », prédit Bourgault.Mais ça ne le décourage pas pour autant : « Si j'ai une chance sur un million de gagner, je continue de me battre ».Bourgault prétend qu'il se fout de tout et, dans son livre comme dans ses discours, il souille la mémoire des héros du peuple québécois comme d'autres brûlent la terre.On ne sait trop s’il bat en retraite ou s’il monte au front.Militer ?« Je le fais par devoir, mais je suis facile à pomper».La cause ?« Je la sers plus et mieux que la plupart des gens », mais le mol lui fait peur: « On a fait tant de mal au nom de la Bible, du Coran ou du Kapital ».Tout ce qu'il veut, c’est une « morale », si profondément acquise, « incontournable », qu'elle mette fin à toute « tricherie »: « j’aimerais mieux vivre dans une province morale que dans un Québec indépendant mais immoral».Au fond, ajoute Bourgault, « la patrie, je m’en fous ! Mats l’homme est quand même « prêt à monter encore une fois sur les barricades.Mais, cette fois-ci, les autres passeront de- vant ».De toute manière, Bourgault « n’a pas mis de date sur l'indépenaance Ca ne changerait pas grand chose dans ma vie », dit-il en se défendant d’être un indépendantiste de carrière.11 n'a jamais fait carrière dans rien d’ailleurs ! Bourgault se plaît à vivre en marge de la politique de puis sa retraite de 1975.« Mol, au moins, j'aurai eu le temps de-réflé chir avant de mourir », dit -ilbhpen saut à Lévesque.Et puis, la pohUqye il n'en a plus envie.« Et quand on n’:i plus envie de ce métier, on fatldels marde, comme Lévesque et comme Trudeau.Je fats plus confibÀCè à Chrétien, que je méprise mais qui en a encore envie, qu'à n'importeijui d'autre ».Bourgault jouit aujourd’hui desa liberté comme de tout ce qui lui passe à portée de la main : « je peux dire ce que je veux, quand je veil.\ où je veux.Ma liberté, je m'en sei s et on me paie très cher pour çà» Avec ses cours à l'UQAM, son émis sion à lu radio de Radio-Canada, et ses conférences, il se fait « dans les six chiffres » comme on dit.« Oui, ji suis privilégié mais je l'ai mérité parce que j’ai mangé de la marde longtemps ».Le seul « luxe » de Bourgault, c’est de choisir ses amis, rares il est vrai.Et parfois à leur insu.Il a par exem pie dédicacé son livre à Simonne Mo net-Chartrand et à Michel Char trand.Il les connaît à peine pourtant mats, « on les maltraite.Ils font bou ger des choses.Ils sont beaux ».« Se faire maltraiter.Faire bouger les choses.Être beau ?» Est-ce vraiment la dédicace de son livre aux Chartrand ?Ou sa propre épitaphe que Bourgault vient de dicter?L’homme est aussi mystérieux que la page d’un livre: une fois déchirée,-on ne sait plus si c'est la première ou la dernière.Mais, il s’en fout», comme 11 dit.Car il y aura deux façons de survivre à sa mort : « l’héritage, ce n’est pas seulement ce qu’on laisse.C’est aussi ce que les autres font avec».Félix Leclerc Nouveautés Rappel dans l’oeuvre de Félix Leclerc 80 Danes Témoignages de: Yves Dubé Aurélien Boivin Jean-Raymond Boudou Émile Boudreau Marcel Brouillard Édith Butler André Cailloux Pierre Calvé Jean-Paul Desbiens Mireille Deyglun Georges Dor Gilles Gallichan et Gisèle Gallichan Jean-Paul Filion André Gaulin Louis-Paul Hamel Claude Jasmin Marie Laberge Grégoire Leclerc Louis-Guy Lemieux Claude Léveillé Robert Lévesque Doris Lussier Yves Massicotte Monique M.-Deschênes Claude Morin Suzanne Paradis Alice Parizeau Jean-Louis Roux Jean Royer Pierre Voyer Extraits de: Dialogues d’hommes et de bêtes Pieds nus dans l’aube Moi, mes souliers Carcajou Petit livre bleu de Félix Cents chansons Les presses Laurentiennes Distribution exclusive: Québec-Livres D-10 ¦ Le Devoir, samedi 20 mai 1989 LES ÉDITIONS f DU BORÉAL ?o DENYS ARCAND Jésus de Montréal i 0 eàt autel uu tüvie! i On retrouve dans ce livre les qualités d'écriture et de conception qui font le style si personnel de Denys Arcand: sobriété, précision, sens de la cohésion dramatique, vivacité et originalité, humour mêlé de compassion.Outre le texte du film, ce livre comprend un avant-propos de l'auteur, des photographies et des scènes inédites.BOREAL Vol.de 192 pages, illustré, 13,95$ Sans engagement de votre part, vous pouvez recevoir régulièrement des informations concernant nos nouveautés.Il suffit de compléter ce coupon et de nous le retourner par la poste.Nom.Adresse Code postal LES ÉDITIONS DU BORÉAL 5450, ch.de la Côte-des-Neiges, bur.212, Montréal (Québec) H3T1Y6 i ^
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