Le devoir, 3 juin 1989, Cahier D
NOUVEAU NUMERO • le plaisir des ivres publié* por ki SftON psychologie préventive • Qu* rèvét* t* manqu* d* détlr »*ku*1T par I* Pr Monc+f (MtoanJ • La mufti^v* populalra, un* éH écrivain# de la ttévolution française” plus l’Agenda Pléiade 1909 à l’achat de 2 volumes de la Pléiade -La librairie- Flammarion Deux auteurs reçoivent le prix France-Acadie PARIS (AFP) — Le jury du prix France-Acadie, présidé par Henri Queffélec et Pierre George, vient d’attribuer le lie double prix France-Acadie à deux écrivains canadiens.Dans le domaine des sciences humaines, le prix revient à l’ouvrage de Ronald Cormier, J’ai vécu la guerre, recueil de témoignages d’Acadiens engagés dans les campagnes du débarquement allié de 1944, et, dans le domaine littéraire, à Anne Albert-Lévesque pour Du haut des terres, roman de la lente désertion des campagnes et de la civilisation terrienne qui leur est liée.Les ouvrages sont publiés aux éditions d’Acadie (Moncton).Ronald Cormier est réalisateur de télévision et journaliste à Radio-Canada.Anne Albert-Lévesque, qui enseigne le français, est l’auteur d’un guide pédagogique sur la romancière canadienne Antonine Maillet, auteur du roman Pélagie-la-Charrelte, couronné par le Goncourt en 1979.Le prix France-Acadie a été créé en 1976 pour distinguer des écrivains acadiens.PIERRE FILION LUX 19,95$ ¦¦Le romancier a su tenir, jusqu'à l'insupportable, une très haute tension dramatique.On sort de ce livre ébranlé, en se jurant qu on ira pas de sitôt draguer au Lux».Réginald Martel, LA PRESSE LA BONNE LITTÉRATURE CHEZ VLB Tri - V Marie-Claire Blais H L'ANGE DE LA SOLITUDE l e nouveau roman attendu de Marie-Cia Blais De \ jeunes femmes artistes, réunies en commune, se dé battent au milieu de contradictions de toute sorte Un grand moment de littérature! 136 pages 12,95$ Lise Daoust LES TALONS CUBAINS Voici le roman du début des années soixante et de la Révolution tranquille.Stella, vingt ans et dactylo, tait le difficile apprentissage de l’amour, entre ses rêves de jeune tille et ses lectures féministes 360 pages 18,95$ Denise Hébert et Pauline Julien NÉPAL: L’ÉCHAPPÉE BELLE Deux récits d’un même voyage, né d'un même rêve, celui île découvrir l’Asie, cette face cachée du monde, pour nous, Occidentaux Deux femmes, l’une est peintre, l’autre est une chanteuse renom niée, nous invitent au voyage.152 images (avec photos) 14,95 $ Madeleine Ouellette-Michalska LA TERMITIÈRE La réédition, en livre de poche, de ce roman de la révolte étudiante.Ce récit alerte fixe une image de la contestation étudiante des années soixante dix Post facé par Marie José Thériault Un livre destiné à ceux qui ont encore des illusions sur l'école et le sys tème d’éducation en général! 152 pages — 8,95 $ 11 Michel Garneau LES GUERRIERS Une pièce sur la guerre et ceux qui la font Un fort texte dramatique qui démonte les mécanismes de fa brication des images idylliques.Un grand moment de théâtre par l’un des plus grands dramaturges québécois.130 pages — 9,95 $ Michel Garneau CORIOLAN de William Shakespeare Une traduction habile et moderne de ce classique toujours contemporain qui nous parle de ceux qui nous gouvernent et nous mènent à notre perte! 222 pages — 12,95 $ Michel Garneau LA TEMPÊTE de William Shakespeare line autre traduction d’un grand classique shakespearien.Une pièce sur la colère profonde et l'amour immense.128 pages — 10,95 $ Madeleine Gagnon TOUTE ÉCRITURE EST AMOUR Autographie II Ce second recueil rassemble les meilleurs textes de réflexion et critiques écrits par cette poétesse entre 1969 et 1988.Une écriture qui s’essaye à penser le monde et se risque à le rêver.196 pages — 16,95 $ i».•* Entre ixiBtoir» Guy Rocher ENTRE LES RÊVES ET L’HISTOIRE Entretiens avec Georges Khal Guy Rocher nous fait traverser, dans ces entretiens empreints d’une grande sagesse et d’une grande sérénité, trente ans d'histoire, tout en nous entretenant des rapports étroits entre les rêves eH'histoire.232 pages — 16,95 $ Gil Courtemanche DOUCES COLÈRES Ces douces colères nous font connaître un grand écrivain tout en nous invitant à une réflexion exigeante sur des questions d'actualité comme la lan gue, la dénatalité, notre avenir politique et culturel et le journalisme.158 pages — 14,95 $ Gilles Dupuis, Mona Gauthier Cano et Robert Richard L’INSTANT FREUDIEN Psychanalyse et culture Des personnalités diverses se questionnent ici sur les rapports entre culture et psychanalyse et proposent un nouveau modèle de l’intellectuel dans la société.220 pages — 18,95 $ Jacques Leclerc LA GUERRE DES LANGUES DANS L’AFFICHAGE Un ouvrage d’information exceptionnel sur cette question brûlante d’actualité: l'affichage commercial.Non, le Québec n’est pas seul à légiférer et à vouloir protéger la langue de sa «majorité».Un document unique! 420 pages — 22,95 $ 'WUllü Jeanne Demers, Josée Lambert, Line McMurray GRAFFITI ET LOI 101 Un troisième livre sur les graffiti de Montréal.Cette fois-ci, c’est le phénomène de la Loi 101 et de la Loi 178 qui est analysé et capté par nos trois spécialistes «ès-graffito».Un petit livre d’actualité et amusant! 68 pages — 10,95 $ Gilles Lane POUVOIR, JUSTICE ET NON-MÉPRIS Collection «Enjeux philosophiques» Peut-on tenter de vivre dans le bonheur et la sécurité tout en évitant l’écueil de l’injustice et de l’individualisme à outrance?Voici une des questions que pose cet ouvrage rigoureux de Gilles Lane.210 pages— 16,95 $ vlb éditeur DE LA GRANDE LITTÉRATURE D-4 ¦ Le Devoir, samedi 3 juin 1989 • le plaisir de s ivres Tout finit par une chanson UN SIÈCLE DE CHANSONS Claude Fléouter Paris, P.U.F., 1988 ALBERT BRIE AUSSI AGRÉABLE qu’instructif est ce survol de la chanson que signe Claude Fléouter.Au fil de sa « jeune » carrière, l’auteur a baigné dans cette mer mouvante de la musique populaire.Ses états de service on font foi.M.Fléouter est journaliste au Monde, auteur-producteur et réalisateur de télévision, et délégué général des Victoires de la musique.Cette dernière institution de l’industrie musicale rassemblent toutes les professions musicales autour d’une idée : la promotion des créateurs, interprètes et producteurs.Dans son introduction, M.Fléouter résume ainsi le contenu de son ou- vrage : Un siècle de chansons retrace l’étonnant périple d’une musique populaire peuplée de figures légendaires, l’évolution d’une musique qui a entraîné des enthousiasmes nécessaires, parfois extraordinaires, qui s’est modifiée avec les années, parce que les temps changent très vite, que les sensibilités, les visions des choses, le langage évoluent à vive allure.Le titre risque de prêter à malentendu.Je veux dire par là que son contenu ne se limite pas à ce que l'on pourrait soupçonner, c’est-à-dire que son propos s’en tienne à la chanson française.de France.Tel n’est pas le cas, même s’il fait la part du lion à l’Hexagone.Personne n’ignore que la musique n’a pas de frontières et que de ce fait les influences s’interpénétrent.On n’a qu’à penser à Maurice Chevalier 1k dans les années 40 et plus tôt, avant la guerre, à Joséphine Baker, à Henri Salvador qui a débuté sous le signe du jazz, en entendant sur disques 78 Louis Armstrong et Duke Ellington, puis en dialoguant plus tard avec Django Reinhardt.Et que dire de Jean Sablon, le premier véritable crooner français, qui fait un malheur aux États-Unis.Nombreux sont les Français qui s’entichent de Bing Crosby, de Bessie Smith et, plus tard, de Frank Sinatra.Plus avant encore, les rythmes sud-américains marquent la chanson française, plus particulièrement le tango argentin et la samba brésilienne.Peu après la guerre, les Montand, Bécaud, Aznavour, Édith Piaf font salle comble à Broadway.Mais il y a backlash en France : le rock naissant est combattu, dénigré.André Francis, spécialiste du jazz, écrit en 1958 que le rock « est la copie vulgaire du style rylhm and blues faite par une bande de voyous blancs », et Boris Vian lui-même s’en prend à Elvis Presley, à « une industrie musicale qui s’abaisse jusqu’à satisfaire la demande d’un groupe juvénile dément au détriment de la masse de ceux qui veulent encore écouter des chansons chantées sans fausses notes et proprement ».La réaction tourne court.Le jeune public en demande.Johnny Hallyday est sa figure de proue.Il n’aura fallu qu’un an pour que se produise ce tête-à-queue.On sait la suite.M.Fléouter n’oublie pas la chanson française de Botrel à Renaud, d’Alibert à Serge Gainsbourg, de Rina Ketty à Michel Sardou.Jamais il ne tombera dans le dithyrambe ou le réquisitoire.On sait à le lire à qui vont ses préférences et ses antipathies.Il n’oublie pas les Québécois : Félix Leclerc, il va sans dire, Édith Butler, Robert Charlebois, Diane Dufresne, Pauline Julien, Daniel Lavoie, Luc Plamondon, Michel Rivard et Gilles Vigneault.Somme toute, Un siècle de chansons est une réussite, celle d’un connaisseur et d’un honnête homme.L’art de nuire à sa propre cause Maurice Chevalier en 1968 L’ÉCOLE DÉTOURNÉE Louis Balthazar et Jules Bélanger Montréal, Boréal, 1989, 216 pages JEAN-PIERRE PROULX CE LIVRE est l’histoire d’un gâchis.Il raconte comment et pourquoi notre système scolaire produit des illettrés.Sa lecture, à vrai dire, n’a rien de réjouissant car MM.Balthazar et Bélanger se sont attachés davantage à décrire le malade qu’à prescrire le remède.Pourtant, la critique porte.Les deux auteurs se sont connus au Conseil supérieur de l’éducation en 198,1-1984.Louis Balthazar était et est encore politicologue à l’Université Laval, spécialiste des questions américaines.Jules Bélanger enseignait au collège de Gaspé.Il s’occupe maintenant d’histoire régionale.Les deux ont en commun une formation théologique et leur amour des lettres et des humanités.Les auteurs appartiennent, en fait, Il manquait au Québec un outil de référence qui fasse le bilan Je l'actualité politique et qui permette de retrouver rapidement des données relatives à la vie économique, sociale et politique.Ce livre s'adresse à tous ceux qu'intéresse la politique québécoise.Hommes politiques, fonctionnaires, journalistes, leaders d'opinion et étudiants y trouveront des analyses concises et documentées de l'actualité et des tendances qui ont caractérisé l'année écoulée.L'ANNEE POLITIQUE 1987 AU 1988 QUEBEC SOUS LA DIRECTION DE DENIS MONIERE 254 PAGES 30 PHOTOS 59,95 S L'héritage de René Lévesque Denis Monière La vie parlementaire Réjean Pelletier Les politiques gouvernementales André Bernard Le budget 1988-1989 André Blais et François Vaillancourt L'administration québécoise à l'heure des libéraux Stéphane Dion et James lain Gow Les écueils du lac Meech Gérard Boismenu Les relations fédérales provinciales: l'année des paradoxes ieutrés Paul-André Comeau Les relations internationales du Québec: la marque d'un déterminisme économique Panayotis Soldatos La question linguistique Guy Bouthillier La vie municipale et régionale Guy Bourassa La vie des partis Jean Crête Le mouvement sy Jacques Rouillard Les tendances de politique Edouard Cloutier Profil du Québec Robert Boily Chronologie de politique, septembre 1987 août 1988 Roger Charland Liste chronologique des adoptions de projet de loi couvrant la période de septembre 1987 à août 1988 Roger Charland I opinion annee DEVOIR QUÉBEC/AMÉRIQUE Q Z O CQ COMMANDE Veuillez m'expédier_exemplaire(s) de l'ouvrage L’année politique au Québec 1987-1988 au prix de: 59,955 (port et manutention compris).Vous trouverez ci-joint un chèque ou un mandat de_5, à l'ordre de: Editions Québec/Amérique 1380 D, de Coulomb Boucherville (Québec) J4B 7)4 Ou veuillez potter à mon compte: Visa.Compte ni1__________________________ Date d'expiration___________________ Nom ________________________________ Adresse_____________________________ i MC Signature Ville_________ Code postal Téléphone.Commandes téléphoniques acceptées: (514) 655-5163* à la même famille d’esprits que le philosophe Jacques Dufresne, le journaliste Jean Blouin, l’Américain Allan Bloom qu’ils citent d’ailleurs à plusieurs reprises.Ils ont un préjugé favorable pour la formation humaniste, fondée sur les « valeurs sûres » que sont les grands maîtres de la philosophie, de la littérature, des arts et des sciences.Comme Bloom, ils exècrent le « relativisme » de notre époque qui mène de la permissivité au relâchement.Ils récusent l’égalitarisme idéologique, tout comme le spontanéisme, et ils admettent simplement l’inégalité des talents.On ne trouve guère dans cet ouvrage de situations qui n’aient été déjà dénoncées depuis 25 ans : les polyvalentes sans fenêtres, l’audiovisuel à gogo, la formation hâtive des enseignants, l’apprentissage sans effort, le culte de l’enfant-prince, les calendriers scolaires raccourcis, les heures d’école écourtées, les évaluations bidon, la désorientation pédagogique du collège, la spécialisation hâtive de l’université, l’impérialisme syndical, etc.« Ce qu’y a de neuf dans ce livre-ci, préviennent les auteurs, c’est l’impatience de ses auteurs.» Comme d’autres avant eux, MM.Balhazar et Bélanger récusent l’école fourre-tout ou « carrefour ».Ils veulent la voir se délester de tous les objectifs qui leur paraissent inutiles pour revenir à ia « formation fondamentale ».Une école qui formerait d’abord une « tête bien faicte » leur conviendrait parfaitement.Si les deux professeurs se montrent très critiques — et, dans une large mesure, ils ont tout à fait raison — ils se font toutefois plus diserts sur lés moyens de réformer l’école.Ils insistent sur deux : augmenter la durée de la journée et de l’année scolaire et, surtout, accorder la priorité à la réforme de l’enseignement de la langue maternelle.On demeure ici sur notre faim.On aurait aimé les voir élaborer un projet d’école plus complet.Mais il y a davantage.Pour eux, les disparités, effectivement observables à l’école, constituent des réalités « que des siècles et des siècles de civilisation ont reconnues comme naturelles» (c’est nous qui soulignons).On ne peut, sans plus, admettre cette thèse.Pendant des siècles et des sièces justement, on a pris comme chose « naturelle » l’infériorité des femmes; on a aussi considéré, et l’on considère encore en certains lieux, que les Amérindiens étaient des « sauvages », que les Noirs ne sont pas des hommes.Et les Anglais nous ont longtemps considérés comme un peuple « naturellement » joyeux mais peu doué pour les affaires.Rien de mieux pour justifier et masquer ses privileges que d’invoquer la nature.L’argument est irrécusable.Pourtant, s’il est une chose que les sciences sociales nous ont apprise depuis 50 ans, c’est que des phénomènes considérés depuis toujours comme naturels étaient, en réalité, des construits sociaux et culturels.iqu bon nombre de disparités observées à l’école sont le résultat de nos structures sociales plutôt que de la nature.Autrement, les résultats scolaires des enfants seraient les mêmes partout, en milieu défavorisé comme en milieu favorisé.C’est loin d’être le cas.Les auteurs ont préféré plutôt se moquer de « la société de classe » de la C EQ plutôt que de prendre la distance critique qui s’imposait vis-à-vis le concept trop commode de nature.C’est dommage.Ils se sont tiré dans les jambes.Faites de l’exercice LA FONDATION DU QUEBEC DES MALADIES DU COEUR i s Jîm s'a T^ J sri T\ s T ?y * J yi Tp GUY FERLAND PAPIER MÂCHÉ Christian Mistral Paje éditeur 158 pages « C’EST facile de sabrer dans les flancs et le poitrail des gens.On n’a qu’à leur dire que c’est pour leur bien, et ils vont se laisser faire.La raison des tas, qu’on appelle ça.Des tas de gens maigres, blancs comme des draps et tout nus empilés les uns sur les autres qu’on pousse vers la fosse avec un bulldozer.Ça c’est vu.Ça se voit tous les jours, même les fériés.Enfin, peut-être que ça ne se voit pas toujours comme ça, comme le nez au milieu du visage, mais c’est là quand même.Dans l’air.Pas la peine de tenir un référendum pour si peu.Toute la bricole est plébiscitée depuis bien avant les livres d’histoire.On vote pour que ça continue chaque fois cju’on se lève le matin.C’est drôle, quand même.» On aura reconnu le ton dévastateur de l’auteur de Vamp, qui nous offre ici ses travaux dits mineurs.Des petits textes de quelques pages, bien écrits, qui, toutefois, abordent des sujets majeurs.FIGURE-TOI Joseph Heller Grasset 342 pages « SOUVENT, tandis qu’en l’habillant au pinceau d’un surplis blanc de style Renaissance et d’une robe noire de style médiéval, Rembrandt l’engonçait de plus Joseph Heller s I Figure-toi rowan Grasset Jacques Leclerc La guerre des langues dans l'affichage essai rlb éditeur Leclerc, d’un ouvrage qui n’a d’autre prétention que de vouloir être une description de la situation au niveau international ou unel guistiques < — que ces politiques soient appuyées ou non par une législation.» ne typologie des politiques lin-iistiques en matière d’affichage en plus profondément au coeur des ombres, Aristote songeait à Socrate — mais toujours contemplait le buste d’homère.“Criton, je dois un coq à Esculape.N’oublie pas de lui régler ma dette”, telle est, selon Platon, la dernière parole du grand philosophe alors qu’ayant vidé sa coupe de poison, déjà il sent l’engourdissement le gagner, de l’aine lui monter à la poitrine, lui glacer le coeur.» L'auteur de Catch 22 campe immédiatement ses personnages — Aristote, Rembrandt et Homère — et le ton humoristique de ce récit rocambolesque qui nous raconte ni plus ni moins que les 2,500 ans de notre civilisation.LA GUERRE DES LANGUES DANS L'AFFICHAGE Jacques Leclerc VLB éditeur 420 pages L’AUTEUR de cet ouvrage a effectué des recherches pendant plusieurs années pour rassembler de la documentation sur la question épineuse et d’actualité des langues d’affichage de quelque 77 Etats souverains.Dans la première partie, U propose un panorama de la situation internationale en dressant une sorte de synthèse des lois et usages des langues d’affichage.La deuxième partie est consacrée à la description des politiques linguistiques de chacun des États étudiés.La troisième partie offre 57 textes juridiques relatifs à l’emploi des langues dans l'affichage d’une trentaine d’États ou de gouvernements.« Il s’agit donc avant tout, précise Jacques ENFANCE DE NIVASIO DOLCEMARE Alberto Savinio Gallimard coll.« Du monde entier » 168 pages ALBERTO SAVINIO, de son vrai nom Andrea De Chirico (1891-1952), raconte l’enfance de Ni-vasio Dolcemare qui n’est autre que sa propre enfance romancée.Dans ce portrait d’une époque, on rencontre des aristocrates, des diplomates, des dames jupité-riennes, des artistes en tout genre et le Dieu de l'Église orthodoxe.Un extrait permet de goûter l’ironie de l’auteur de Mau-passant et l’autre : « Était également analysée avec beaucoup de minutie la différence entre aristocrates de vieille souche et aristocrates parvenus, de même qu’entre aristocrates travaillant et aristocrates vivant de leurs rentes.Une dame montrait à une autre dame les armes de sa famille.“Cette petite tache sur champ d’azur entre les massues, c’est sans doute un morceau de savon ?” Ainsi s’enquit la seconde dame auprès de la première, dont le mari dirigeait une usine de savon; question qui engendra une longue série de duels au sabre et au pistolet, entre maris et proches des deux dames.» LEURS MAINS SONT BLEUES Paul Bowles Quai Voltaire 302 pages «CHAQUE FOIS que je me rends dans un endroit où je ne suis encore jamais allé, j’espère qu’il sera aussi différent que possible de ceux que je connais déjà.Je présume qu’il est naturel, de la part d’un voyageur, de rechercher la diversité et que l’élément humain est ce qui lui donne le plus le sens des différences.Si les gens et leur manière de vivre étaient partout identiques, il ne servirait à rien de se déplacer d’un endroit à un autre.» C’est la philosophie du nomade Paul Bowles dont on reproduit ici les carnets de voyage.Christian Mistral Papier Mâché PAJE éditeur Un bon conseil Les écrivains de la Révolution française entrent à la Pléiade QUE SONT devenus les écrivains pendant la Révolution française ?Plusieurs se sont tus, d’autres, nombreux, se sont fait tuer.Robespierre avait averti les écrivains de son temps : « Qu’avons-nous besoin de ces hommes qui n’ont fait que des livres ?Il nous faut des patriotes qui se soient exercés dans les révolutions, qui aient combattu corps à corps le despotisme.» André Chénier et Olympe de Gouges y ont laissé leur peau.Laissés pour compte, quelques hommes de lettres ont tout de même écrit de très belles pages.On peut les découvrir dans le dernier album de la Quinzaine de la Pléiade intitulé Écrivains de la révolution fran- çaise, qu’on peut se procurer jusqu’à épuisement des stocks gratuitement à l’achat de trois livres de la célèbre collection.Le volume compte 320 pages illustrées de 361 documents commentés par Pierre Gascar.Il est à noter que la Pléiade publie un autre volume consacré à la Révolution, bicentenaire oblige, intitulé Orateurs de la Révolution française et qui contient des textes de d’Aiguillon, d’An-traigues, Barnave, Bergasse, Bois-gelin, Cazalès, Clermont-Tonnerre, Duport, Duval, d’Éprémesnil, Laly-Tollendal, Le Chapelier, Malouet, Maury, Mirabeau, Mounier, Sieyès, Talleyrand et Thouret.— GUY FERLAND Le Devoir, samedi 3 juin 1989 M D-5 • leplaisirdes ivres Quand T amour-passion devient T amour-prison LA FEMME DE PROIE Jean-Marie Rouart Paris, Grasset, 1989, 213 pages Lisette MORIN Kl UN BEAU TITRE, que l’éditeur a choisi d’illustrer, en jaquette-couverture, d’un dessin japonais du XVIIe siècle : Faucon sur un perchoir, le faucon ici ayant les pattes ornées de boucles.très féminines ! Mais c'est un roman noir.On a pour une fois interverti les rôles.La femme est la belle ténébreuse; la proie, c’est l'homme, victime consentante.Raconter à la première personne un enchaînement, une sujétion pareille à la femme, quand on se décrit comme un homme raisonnable, cul- tivé, réclame sans doute du romancier un beau courage.Mais Jean-Marie Rouart relève ce défi avec talent.Dire l’état de dépendance, comment l’amoureux est soumis au pouvoir, à la domination de cette femme, voilà qui provoquera sans doute étonnement, voire déplaisir et même irritation chez certaines lectrices féministes.« L'amer plaisir que je prends à me dénigrer », écrit quelque part le narrateur.Et, un peu plus loin, « un homme comme il y en a tant, tout a la fois insatisfait et content de son sort, qui aurait pu plus mal tourner .» Sans doute ! Mais cette Blanche de malheur le fera.tourner en bourrique.Depuis le moment où il l’a rencontrée, l’homme est envoûté : « Elle était ce soir-là telle que je la reverrai toujours, avec son nez busqué de petit rapace gracieux, ses lèvres sensuelles, ses pommettes hautes et saillantes de Circassienne.» Mais cette jolie jeune femme est une mante religieuse.Mariée, mais indépendante, aristocrate par le nom, Blanche de Mola se comporte non pas comme une « jeune » fille, mais comme une fille.Et c’est ainsi que l'aventure se noue, en présence d'une autre femme, à la fois entremetteuse et jalouse, une certaine Edwige qui provoque les rencontres, organise des voyages, ira même jusqu'à la loger chez elle quand, sans le quitter vraiment, la femme s’éloigne de son mari, ce qui ne la rapprochera guère de son amant.Quant celui-ci se retrouve seul, comme un jour dans l’île de Samos, il imagine sa guérison : « Je croyais que les souvenirs qui m’attendaient dulcifieraient ma peine; ils se liguaient contre moi comme des ennemis sans pitié.» Ce n’est qu’un espoir .Rentré à Paris, l'homme retrouve, poursuit, tente, bien en vain, d’enchaîner.la « femme de proie ».Qui se donne, se reprend, s’éloigne, pour mieux revenir et continuer d’alimenter le feu qu’elle a allumé.Le récit de cette passion ne serait que l'aventure, banale, d’une allumeuse, qu’il ennuierait après seulement quelques pages.Or le romancier est un fort bon écrivain, qui sait observer, qui pousse son narrateur jusque dans les dernières affres de l'humiliation : « Telle était la forme de ma passion pour Blanche », avoue-t-il un jour qu'elle vient, une fois de plus, de le quitter.« Blanche me possédait tout entier, occupant exclusivement mes pensées, absorbant à la fois mes désirs et mes songes, sans que pût même s'y glisser une infidèle nostalgie.» Quand il reprend goût, quand il échappe à sa passion dévorante, aux occupations de sa vie antérieure : le travail au bureau, la recherche de livres rares, d’auteurs mineurs qu’il considère comme les seuls valables, l’amant redevient un homme comme les autres.Il lui arrivera même de rencontrer d’autres femmes, de céder à quelques passades et même à Un voyage dans le temps et dans l’espace LES RUSSES Colin Thubron traduit de l’anglais par Bernard Blanc Paris, Fayard, 1988 Alice R4RIZEAU Lettres ?étrangères IL Y A deux façons de voyager : la première consiste à se précipiter dans une agence, à acheter des billets, à s’énerver et à supporter ensuite les inconvénients qui découlent fatalement d’une pareille entreprise.Les retards, les heures d’attente dans les aéroports bien moins confortables et romantiques que les gares de chemins de fer internationaux d’autréfois, la recherche des hôtels, des restaurants, des lieux à visiter et des lieux à photographier, ont de quoi épuiser et décourager les plus téméraires.Sans parler, comme de bien entendu, du compte de banque et de la nécessité de retirer pas mal d’argent pour payer tout cela.L’autre façon de voyager, c’est de rester chez soi, tranquillement installée dans un fauteuil, un bon livre entre les mains.Si vous tenez à faire un tour en Russie de cette façon, le choix du livre de Colin Thubron, romancier et cinéaste, s'impose.Réservé et fantaisiste comme un vrai Britannique, il raconte merveilleusement bien son équipée solitaire en voiture, à travers la Biélorussie, jusqu’à Moscou, Leningrad, puis le Caucase, l’Ukraine et la Crimée.Colin Thubron campe et il est le premier étranger à le faire systématiquement, ce qui suscite des réactions cocasses de l’Intourist, l’agence de voyage soviétique, et du KGB.Nous voilà en 1981.En Pologne, la loi martiale vient d’être proclamée mais ici, en URSS, personne n’est au courant.En Pologne, il était facile d'avoir des contacts avec la population, mais ici tout est différent.« Minsk, une ville de plus d’un million d'habitants », note le voyageur et les réminiscences historiques lui reviennent à la mémoire tandis qu’un guide qu’on lui offre gratuitement pour l’accompagner partout parle des statistiques du dixième plan quinquennal.Les absurdités de la propagande et les réalités imposées par le régime se chevauchent.On a l’impression, bien qu’il s’agisse des années 80, que rien ne peut changer et l’on doute du succès des réformes que Gorbatchev impose en ce moment même.Moscou, les voitures officielles, la place Rouge, les néons géants et les slogans, les grands magasins, les files d’attente et les hôtels luxueux pour touristes étrangers.Des rencontres surtout avec des gens, monsieur, madame tout le monde, Olga, la jeune veuve qui a déjà été une fois à Londres et qui accepte de recevoir le voyageur britannique tout en ayant très peur.Ensuite, c’est Nikolai, les dissidents, des discussions fascinantes dont celles sur la religion, la démocratie, la liberté, le courage et la façon dont le KGB continue à battre ses victimes sans laisser de traces visibles sur leur corps.À nouveau des interlocuteurs, cette fois-ci des jeunes, une soirée au Bolchol, le retour en métro d’un luxe inoui avec ses lustres et ses escaliers roulants, puis des affiches avec le mot « Paix ».« Et voilà qu’une fois de plus je le retrouvai là, écrit Colin Thubron, ce mot “paix" venu tout droit de la Russie de Staline, avant le traité signé avec Hitler en 1939, avant la partition de la Pologne, avant l’esclavage imposé aux pays du bloc de l’Est, avant la répression en Hongrie et en Tchécoslovaquie et avant l’occupation de l’Afghanistan.Paix.La paix, selon les critères du marxisme-léninisme, ne serait vraiment considérée comme acquise que lorsque les transformations du monde seraient terminées et qu’il n’existerait plus, sur notre planète, qu’un système et un concept uniques.» C’est vraiment un voyage qui fait réfléchir sur la signification réelle de la glasnost, de la perestroïka et sur les changements que Gorbatchev veut, ou peut introduire ! Après Moscou, la capitale, voilà Souzdal avec ses vestiges historiques à visiter, puis Novgorod-la-Grande, sur la route de Leningrad.Colin Thu- bron est un compagnon de voyage qui raconte bien et, quand il longe la Volga, on a l’impression d’être assise dans sa voiture et voir avec lui le coucher du soleil puis d’arriver au camping de Kalinine et passer la soirée avec un certain Sacha qui parle beaucoup et boit sec.Le lendemain, c’est la visite de Kalinine, ancien relais impérial entre Leningrad et Moscou, le parc du Repos et de la Culture, des vieilles femmes qui vendent des glaïeuls rouges et blancs et le spectacle donné par des petites filles qui dansent en dessinant sur le sable le mot « paix ».À Novgorod, une femme ivre monte dans sa voiture et lui montre une église, le quartier général du KGB situé juste à côté, puis le quitte et il se perd dans les rues que la brume rend étrangement mystérieuses jusqu’à ce qu'il rencontre Vadim qui, désoeuvré, ne demande pas mieux que de passer la soirée avec lui.Le chapitre qui porte sur Leningrad comprend de très belles descriptions du passé et du présent, Volodya, un dissident, Lucia et Serguel, le vieil homme triste, racontent et leurs confessions les rendent proches comme s’il s’agissait des membres d’une grande famille ou d’amis très intimes.L'été passe et c’est l’automne.En septembre, Colin Thubron part pour les républiques baltes avec un étudiant, un Estonien, qui rentre à Tartou où il étudie l’archéologie.L’histoire défile à la faveur des visites des musées, des observations diverses, des ruelles et des monuments et de certaines rencontres.Les républiques baltes, l’Estonie, la Lithuanie et la Lettonie, la visite de Riga, les églises transformées en entrepôts, des statues vénérées par les habitants, des nationalismes aussi dont le Kremlin a très peur ! L’occupant soviétique n’a pas réussi à effacer l’amour du pays et la haine de son impérialisme est présente partout, note Colin Thubron en marge de ses impressions, mais on aurait tort de croire que son voyage à travers l’URSS vise à analyser l’évolution politique et économique de diverses régions.Le voilà qui revient sur les traces des romanciers et des poètes ! À la datcha de Pasternak, il rêve à Lara, l’héroïne du Docteur Jivago, Jean Royer Poèmes d'amour ROBERT HÉBERT L'AMÉRIQUE FRANÇAISE DEVANT L'OPINION ÉTRANGÈRE 1756*1980 ANTHOLOGIE MARCEL RIOUX ANECDOTES SAUGRENUES JEAN ROYER Poèmes d’amour POÉSIE PRIX ALAIN-GRANDBOIS 1989 DE L’ACADÉMIE CANADIENNE-FRANÇAISE ROBERT HÉBERT L’Amérique française devant l’opinion étrangère 1756-1960 ANTHOLOGIE Par son choix inédit de documents, rassemblés et présentés par Robert Hébert, L’Amérique française devant l’opinion étrangère s’impose d’emblée comme un livre de référence indispensable et une anthologie originale.MARCEL RIOUX Anecdotes saugrenues ESSAI De petits faits divers survenus lors de voyages ou de colloques, Marcel Rioux en a tiré des historiettes dont quelques unes relèvent de la satire sociale qu’il nous conte du fond de sa Renardière avec l’humour acéré qu’on lui connaît.# l’Hexagone lieu distinctil de l'édition littéraire québécoise > visite avec une foule de touristes russes la maison et le parc où Tolstoï a terminé ses jours et à Spasskoïe-Loutovinovo, propriété de Tourgueniev, récite pour son propre plaisir ses poèmes, puis campe a Orel, « la capitale des écrivains».La voiture cabossée roule de Kourks à Bielgorod et à Kharkov.Dans la vallée du Don, parmi les champs de tournesols, Thubron, son conducteur, rencontre Youri, le Cosaque et à Rostov, où il arrive assez tard le soir, Misha, l’agent du KGB.Quelques jours de repos à Piatigorsk dont îes sources thermales sont fréquentées depuis le siècle dernier, Tbilissi et l’Arménie puis la ville d’Erevan qui cesse aussitôt, pour le lecteur du bouquin, d’être un nom étranger sur une carte géographique.«.N ous étions en train d’explorer, raconte Colin Thubron, l’enfer d’Erevan; notre boite de vitesse grinçait dans les tourbillons du trafic et le lecteur de cassettes de l’auto hurlait des airs de rock.C’est à Erevan que le pourcentage de voitures par rapport au nombre d’habitants est le plus élevé d’Union soviétique.Ses rues sont embouteillées par des conducteurs frustrés, elles empestent les gaz d’échappement, elles sont poussiéreuses et pleines de la cacophonie des klaxons.C'est un labyrinthe humain dynamique et extravagant — parfaitement inimaginable dans le Nord.» Et une fois lue cette courte description, on ne regardera plus jamais de la même façon qu’avant les scènes d’émeutes qui défilent sur les écrans de nos télévisions et on comprendra mieux « les messages en capsules » de dépêches des agences.C’est cela, entre autres, en plus du plaisir de lire, le grand mérite de ce voyage que Colin Thubron propose et qu’on peut faire n’importe quand en sa compagnie sans demander aucun permis et aucun visa.une liaison qu'il croira salvatrice, avec une certaine Béatrice.Mais, que se manifeste de nouveau Blanche, et tout redevient .torride ! Tenté par le suicide, par le goût d'en finir, l’homme acheté une arme.Mais, conscient que la femme ne le pleurera même pas, il repose le pistolet : « Je voulais mourir pour punir Blanche, pour que mon souvenir s’installât en elle et la possédât plus que je n’avais pu la posséder moi-même.C’était un pari illusoire.Alors, pourquoi mourir ?» Le roman est contemporain dans la mesure où « l’insoutenable légèreté » des femmes et des hommes de notre temps l’emporte sur le tragique de la vie : l’amant n’oubliera pas mais il s'éloignera.Et la dernière page est tout à fait révélatrice.Blanche, entrevue à la porte d’un cinéma des Champs-Elysées, provoque l’aveu que toute lectrice attendait sans doute, alors que surgit dans la nuit qui descend « un petit nuage rose » : « Dans une lumière aussi irréelle et insaisissable que celle qui éclairait le petit nuage rose, j’eus la révélation d’une vérité éclatante échappée aux ténèbres de l’inconscient et je compris ce qui jusqu’alors m’avait été caché : je n'avais connu qu’un seul et même amour tyran PHOTO GRASSET Jean-Marie Rouart nique au visage double.Je sentis se diffuser en moi la détente, la légèreté, le même sentiment qui suit l’acte sincère du pardon.» Quand un roman suscite ce goût de la citation, quand il reste de la lecture quelques phrases, échappées à l’oubli qui guette tous nos beaux souvenirs livresques, le livre est réussi.C’est très évidemment le cas de La Femme de proie, de Jean-Marie Rouart.Ulvsse en Albanie LE DOSSIER H Ismaïl Kadaré traduit de l'albanais par Jusuf Vrioni Paris, Fayard, 1989, 213 pages ODILE TREMBLAY S’IL EST un pays en apparence imperméable aux influences européennes tant il se garde enturbanne derrière son mutisme et son mystère, c’est bien l’Albanie.De la contrée aux frontières closes nous parvient pourtant une voix étrange, unique quoiqu’accordée aux grands courants de la littérature contemporaine : celle d’ismaïl Kadaré.Loin des basses terres où vibre et danse « la chose politique », son oeuvre s’abreuve aux sources universelles du mythe et de l’épopée.Le dernier roman de l’écrivain, Le Dossier //., va jusqu’à questionner les origines mêmes de toute création littéraire.Ambitieuse entreprise où l’auteur albanais s’engage avec une légèreté de danseur et une désinvolture d’humoriste.Drôle, vivant, insolite, son ouvrage, qualifié par certains de « thriller épique », se dévore littéralement.L’auberge de l’Os du buffle : c’est dans cet antre perdu au pied des Cimes maudites que Max Roth et Willy Norton, des Irlandais de New York, installent leur laboratoire.Au mitan des années 30, le bâtiment millénaire, érigé en pleine Albanie du Nord, constitue sans doute l’ultime refuge des derniers rhapsodes, ces poètes errants et semi-aveugles qui déclinent des chants épiques d'une voix monocorde.Or les deux ethnologues caressent un projet : percer l'énigme de la poésie homérique.S’ils découvrent comment naissent» s’altèrent et se propagent les: grandes épopées, ils pourront, espè-'i rent-ils, comprendre le rôle exaqjjj joué par Homère dans la création de: L'Iliadeet de L'Odyssée.Fut-il le véritable auteur de ces oeuvres titanes*; ques ou un simple rédacteur en chçÇ; orchestrant les chants de ses colla*; borateurs ?Profond mystère s’il eJt est.4: Mais, pour le dissiper, que d’emi bûches : car, dans le camp des dignj-v taires albanais, la situation ne fait'; aucun doute : ces faux chercheur sont de machiavéliques espions.Pii-!, tés par un indicateur de police, trti-î' qués par la femme du sous-préfet qui darde sur Willy des yeux de braise, attaqués par un ermite sanguinaire déterminé à démolir leur précieuse machine enregistreuse, les Irlandais verront s’écrouler tous leurs rêves .Du moins jusqu'à ce que l’inattendu ne vienne faire basculer complètement les dimensions de leur quête.Bondissant d’un registre à l'autre, entrelardant son roman de péripéties les plus ahurissantes, Ismaïl Kadaré signe, avec Le Dossier IL, un de ces « thriller » de haut niveau qui font vraiment appel à l’intelligence du lecteur.Action, mystère et humour : tels sont les éléments dont est composé le passionnant roman qu’il nous livre ici.LES GRANDES OEUVRES sont publiées chez Guérin Littérature HISTOIRE John P.Humphrey La grande aventure Les Nations Unies et les droits de l’homme Traduction : Ethel (1 ruff 1er ETHNOLOGIE HOftEMT-UONKI.H&CIIN L’ÉQUIPEMENT ARATOIRE ET HORTICOLE DU QUÉBEC ANCIEN «, XVttl* ET XIX* 8 (XVII > SIÈCLE) < oilf ci ion Hitloiique / Cutrltt littérature 796 pages 24,95$ Un des protagonistes de la DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME en raconte toute l’histoire depuis ses quarantes années d’existence à travers ses grands moments et son impact humanitaire.Câlin p*»M>r I Vain» mmin TOMS II deux cornes — 1048 pages 75,00$ Oeuvre posthume de Robert-Lionel Séguin, un des plus grands ethnologues québécois, qui nous restitue à travers ce bilan exhaustif toute la vie de notre collectivité.DISTRIBUTION EXCLUSIVE - QUÉBEC LIVRES ê s ) P-6 B Le Devoir, samedi 3 juin 1989 fljj?as mmm p! E]p>7@î!S; iysa • le plaisir des ivres 1) Les mots du jardinage 3 ifiU MARIE-ÉVA DE VILLERS « IL FAUT CULTIVER notre jardin » ainsi que nous le conseillait Voltaire par la bouche de Candide.Relativement ancien et traditionnel, le vocabulaire du jardinage s’apparente à celui de l’agriculture : il nomme les outils du jardinier, les techniques de l’horticulture, les caractéristiques des divers végétaux cultivés dans les jardins d’agrément ou dans les potagers.Ainsi, il peut être utile ou intéressant de reconnaître le plantoir ou la griffe, de savoir que l’action de couper les branches inutiles d’un arbre est l’élagage ou l’émondage ou que gauler signifie « faire tomber les fruits murs d’un arbre à l’aide d’une longue perche (la gaule).Allons donc à la jardinerie ! Ce mot a été créé en 1974 pour remplacer le «garden centre».Outils familiers de l’amateur de jardinage.— la bêche — outil formé d’un fer plat et tranchant prolongé d’un manche, pour retourner la terre ou pour creuser.— la binette — outil composé d’un fer plat rectangulaire qui est fixé perpendiculairement à un long manche, pour ameublir et aérer la terre en surface.— la cisaille — instrument composé de deux lames mobiles pour tailler les plantes, les branches.Note : le nom s’emploie surtout au pluriel.— le croc — outil à manche se terminant par une, deux ou plusieurs dents recourbées servant à sarcler.— la fourche — instrument composé d’un long manche de bois terminé par une partie en fer à dents plus ou moins écartées et servant à divers travaux agricoles.— la griffe — petit outil à manche comportant trois dents de fer recourbées, pour désherber la terre.— le plantoir — petit outil pointu servant à faire des trous en terre pour planter.Note : le plantoir à bulbe, qui est creux, retire des cylindres de terre (carottes), afin de permettre la mise en place des bulbes.— le sarcloir — outil à fer large et recourbé, adapté à un long manche, avec lequel on remue la terre pour la désherber.— le sécateur — gros ciseaux munis d’un ressort pour tailler les roseaux, les branches.— le transplantoir — petite pelle incurvée servant à repiquer les plantes en mottes.Avec ces instruments, le jardinier bêche (retourne la terre), bine (ameublit la terre superficiellement afin de faciliter la pénétration de l’air et de l’eau), il sarcle (détruit les mauvaises herbes), il creuse afin de placer des bulbes (attention au genre masculin de ce nom) ou afin de repiquer (transplanter) de jeunes plants.Il dame la terre (il la tasse pour la rendre plus plane), il borne les jeunes plants (garnit de terre le pied des plantes), enfin, il bassine (arrose en pluie fine) le feuillage.L'arrosage — L’instrument le plus courant pour cette opération essentielle est l’arrosoir qui se termine par la pomme (partie arrondie percée de petits trous afin de faciliter le déversement de l’eau en pluie).— L’appareil servant à l’arrosage du gazon, des champs, etc.est un arroseur qui peut être oscillant, tournant, cracheur ou canon (s’il distribue l’eau par à-coups).— Enfin, le brumisateur ou vaporisateur projette de l’eau pulvérisée sur les végétaux.Pour ceux et celles qui souhaitent parler le langage des jardiniers, Dargaud éditeur a publié, il y a quelques années déjà, un sympathique Dictionnaire du jardinage dont les auteurs sont Serge Bénard et Bruno Vaesken.Cet excellent ouvrage de vulgarisation est efficacement illustré et comporte environ 1,700 termes définis.La semaine prochaine : Les mots du jardinage (suite et fin) LE DEVOIR VOUS OFFRE LA QUALITÉ POUR INSÉRER UNE ANNONCE SOUS LA RUBRIQUE CARRIÈRES ET PROFESSIONS 842-9645 NOUVEAUTÉ Michel Dum.v CUWH.lMGUSj Homun tnjt t«iltrur 172 pjgos - 14.45S en vente chez, voire libraire CUNNILINGUS MICHEL DUMAS ".la voix de cet homme perce toutes les résistances, dissout toutes les armures et liquéfie toutes les corruptions du paysage.Des ondes de franchise fusent et s'épanouissent de sa plume.Dumas a pris le maquis, il s'impose comme un Reich moral, une suave gluance qui drogue, empoisonne et puis séduit" CHRISTIAN MISTRAL EXTRAIT DE LA PRÉFACE roman / PAJE Diffusion Parallèle LES ECRITS DES FORCES éditeur de poésie c.p.335 TROIS-RIVIÈRES g9a 5g4 POUR VOUS PARTIR EN VACANCES ¦ BUIN, YVES Fou-I’Art-Noir 10,00 $ co-édition Le Castor Astral ¦ LE GOUIC, GÉRARD Fermé pour cause de poésie 10,00 S ¦ TREMBLAY, YVAN L’espace heureux 5,00 S Prix Octave-Crèmazie — 1989 Salon International du Livre de Québec ¦ POZIER, BERNARD Choisir la poésie en France 12,00 $ (sous la direction de) ¦ JOUBERT LUCIE Des Forges # 27 5,00 $ (sous la direction de) Lauréat(e)s du Prix A Iphonse Piché Distribution en librairies: Prologue (514) 332-5860 Autres: Diffusion Collective Radisson (819) 379-9813 Du coin de l’oeil, une parcelle UNE PRIERE POUR OWEN John Irving Paris, Seuil, 1989, 568 pages MARIE-CLAIRE GIRARD CERTAINS LECTEURS seront déçus.Il n’y a, dans le dernier roman de John Irving, ni ours, ni Vienne, ni catastrophe de l’ampleur de celles qui se produisaient dans Le Monde selon Garp, llôtel New Hampshire ou L'Oeuvre de Dieu, la part du diable.Le narrateur n’est pas plus attachant qu’il ne faut, le héros, à l’occasion, se révèle carrément exaspérant et peu de figures se démarquent tout au long du roman, si ce n’est le personnage de la mère qui meurt dès le début mais qui reste présente et capture notre imagination.Si ce n’est peut-être pas le roman d’Irving qui sera le plus apprécié, je crois, néanmoins, qu’il s’agit du plus important, de ces ouvrages qui font prendre un tournant dans l’oeuvre d’un écrivain, ajoutant une autre dimension au discours.Un discours désabusé mais passionné et généreux.Irving se tourne vers la spiritualité dans Une prière pour Owen.Le roman est émaillé de citations bibliques et cet appel vers une élévation de l’âme côtoie des notations qui enchantent en même temps que des scènes âpres au réalisme sans concession.On y retrouve également des passages délirants et d’autres qui suscitent un ennui cotonneux.Encore là, ce n’est peut-être pas le meilleur roman de ce bel écrivain ténébreux, mais c’est le plus important.Owen Meany et John Wheelwright ont 11 ans en 1953, dans une petite ville du New Hampshire.Owen a l'apparence d’un enfant de six ans mais possède une voix très particulière qui ne manque pas de le faire remarquer en dépit de sa petite taille.La véritable nature de cette voix ne nous est jamais vraiment révélée : toutes les paroles d’Owen sont transcrites en lettres capitales, elle doit donc porter loin et posséder un timbre étonnant.Les propos d’Owen vont de pair avec cette voix insolite et sous des apparences d’elfe, Owen est bien plus sorcier qu’autre chose.Avec ses airs innocents, Owen tue accidentellement la mère de son meilleur ami avec une balle de base-bail.Il est persuadé de connaître la date et les circonstances de sa mort et croit qu’il a été choisi par Dieu pour remplir une mission à cause de son inexplicable naissance, de sa trop petite taille et de sa trop singulière voix.John, le narrateur, raconte à la fin des années 80 les événements de ces années 50 et 60.Il vit maintenant à Toronto, enseigne dans une école privée pour jeunes filles et s’intéresse à la littérature canadienne-anglaise qu’il cite même à l’occasion.La mort de la mère se produit dans les 40 premières pages et sert de prétexte à une longue mise en situation où l’on retrouve les éléments dramatiques et les personnages biscornus chers à Irving : une mère à la fois grave et frivole, une grand-mère avec des tendances militaristes, des cousins qui font preuve d’une violence inouïe et un père adoptif merveilleux mais un peu falot.Il faut attendre le chapitre où les enfants jouent pour le spectacle de Noël de l’école des scènes de la Nativité pour comprendre ce qui en est vraiment d’Owen : bien plus qu’un bizarre petit garçon qui ne grandit pas assez vite et dont les parents semblent un peu retardés, Owen est la réincarnation du Messie dans un monde qui ne le mérite pas.Un monde où la guerre du Viêt-Nam devient un spectacle télévisé et où un président est assassiné.Il y a une critique féroce des États-Unis et de leur politique internationale dans Une prière pour Owen.Exilé au Canada, le narrateur, atterré, constate la dépravation et la médiocrité de son pays d’origine.En ce sens, John Wheelwright renie son passé.Et c’est un homme qui n’a pas davantage d’avenir.Et que la foi, lorsqu’elle lui est venue, a saisi, figé littéralement à l’intérieur d’un moment particulier d’où il ne semble pas y avoir d’issue.Ce narrateur est un homme ennuyeux même s’il raconte des événements incroyables.Mais on peut être ennuyeux quand on a trouve ce que l’on cherchait.Irving est un de ces écrivains obsédés par la mort.Mais, dans ce dernier roman, elle possède une raison d’être.Owen, puisqu’il s’agit de lui et que sa mort nous est annoncée longtemps à l’avance, sait pourquoi il va mourir et, donc, pourquoi il est sur terre.Les interrogations métaphysiques qui scandent le livre amènent des réponses, ce qui n’est pas si fréquent dans le roman contemporain.Il y aurait donc des raisons à la souffrance, aux occurrences extraordi- Les contrebandiers Un recueil de nouvelles qui se déroulent dans une diversité d’époques, de lieux et de circonstances.Tels sont Les contrebandiers de Paul Zumthor qui sera lancé par l’Hexagone ces jours-ci.PAUL ZUMTHOR IL PLEUVAIT sur Outremont.Il pleuvait sur tout Montréal, bien au-delà de mes regards, au-delà de Montréal même, c’était probable, une pluie de fin août, tiède, inépuisable.Au coin de la rue, sur la côte Sainte-Catherine, les voitures froissaient l’eau ruisselante, il semblait qu’on pût entendre d’ici leur crépitement précipité, continu, éclabous-seur.Dans la rue même ne passait, en plein midi, pas une auto tous les quarts d’heure.Comme à chaque retour de vacances, j’avais du mal à retrouver place dans ma propre vie.Durant un mois, dans le chalet des Laurentides, prêté par des amis, où je m’étais réfugié avec Aimée, mon corps n’avait, entre deux étreintes, fait que marcher, nager, manger ou boire, l’esprit s’en te- nant à des rêveries érotiques du genre plutôt sage, et à la lecture de quelques bons polars.Rentré d’hier, j’étais à pied d’oeuvre.Le mot prenait une saveur tant soit peu amère, vu le travail qui m’attendait.Cette pluie n’arrangeait rien.Je restais là, debout à la fenêtre, fermée à cause d’un souffle de vent qui, chassant les gouttes de ce côté, en fouettait rageusement les vitres.Aimée entrouvrit la porte, sans bruit, à sa manière.— Un café ?Elle avait remonté sur la nuque, qu’elle avait fine, ses épais cheveux blonds.Va pour un café.Peut-être me mettra-t-il en train.Les arbres, en double rangée, dans le tournant de la rue, s’apprêtaient patiemment, sous l’averse et le ciel bas, aux prochaines splendeurs de l’automne.Déjà s’altéraient les nuances du vert; çà et là s’inclinait une feuille roussie, lourde de cette eau.Aimée apporta le café, me tendit une tasse.La sienne à la main, elle resta près de moi, et but, regardant la pluie.Je la vis dresser le cou, le regard éveillé de curiosité soudaine.— La voisine ! dit-elle.Ce mot suffisait.Dans notre idiorre conjugal, il désignait en ex- clusivité la vieille dame très digne qui louait un appartement à l’étage de la coquette maison située à côté de la nôtre.Enveloppée d’un long imperméable gris, bien droite sous un parapluie d’homme, bottée, chapeautée et (pour autant qu’on réussissait à le voir) soigneusement fardée, elle semblait attendre, immobile sur le trottoir, devant sa porte.« Pauvre femme.» dit Aimée, sa tasse vide toujours à la main.Il y avait trois mois à peine, le hasard d’une conversation nous avait appris la mort du mari de la voisine.Notre surprise fut grande.De ce « voisin » nous avions ignoré l’existence même.Une longue maladie, nous dit-on, avait fini par le tuer après des années d’infirmité durant lesquelles U n’avait pas quitté son lit.Aimée et moi passâmes un bon moment à philosopher sur l’opacité d’une trame sociale qui nous avait à ce point dissimulé la condition de deux êtres vivant à moins de vingt mètres de chez nous.Le lendemain, quelque mauvaise conscience nous poussa au salon mortuaire où était exposé le défunt.Nous y trouvâmes deux ou trois personnes de connaissance, des habitants de notre bout de rue, venus par gentillesse mais qui, nous confièrent-ils, n’avaient jamais entretenu de relation suivie ni avec le mort ni avec sa veuve.Quant à Des vers qui rongeront la pierre TROIS-RIVIÈRES (PC) - LE CONSEIL municipal de Trois-Rivières, à la demande de l’organisation du Festival de la poésie de la même ville, a décidé d’installer 20 panneaux gravés des vers de différents poètes sur des murs d’édifices du centre-ville.Les auteurs sélectionnés vont de Nelligan à Anne Hébert en passant par tous ceux qui ont gagné le Prix littéraire de Trois-Rivières et le grand prix de la Fondation des Forges.Les panneaux sont en train d’être installes là où il y a une bonne circulation piétonnière comme le Jardin des Ursulines, la Place de l’llôtel-de-ville et la petite rue Saint-Jean.En tout, 20 auteurs différents voient ainsi un de leurs textes honoré.M.Bellemare, responsable du festival, s’est dit d’avis que Trois-Rivières venait de poser un geste qui aura une portée certaine pour le monde de la poésie, mais aussi pour la renommée de la ville comme point de mire de la poésie.M.Bellemare croit que la formule aura un impact pédagogique stimulant et qu’elle pourrait même attirer le toursime culturel à Trois-Rivières.Cette dernière, a-t-il dit, devient probablement la première ville au monde à ouvrir 24 heures sur 24 une galerie de la poésie.Le maire Gilles Beaudoin a de son côté profité de l’événement pour annoncer que la ville ferait un pas de plus pour stimuler la renommée du festival.Dans le but de faire connaître celui-ci plus largement au Québec, la ville investit cette année dans l’achat de trois panneaux Médiacom aux environs de Montréal, Québec et Sherbrooke.Cette publicité se fera tout le mois précédant la cinquième édition du festival, qui se déroulera du 1er au 8 octobre.M.Beaudoin a ainsi estimé que le Festival de la poésie s’inscrivait désormais comme l’un des événements majeurs de l’année à Trois-Rivières, au même titre que le Grand Prix ou le Festival des trois rivières.Lo^CoULaS euxu éditrice Bernard A"»»1" Fêlures d'un Temps i 12,959 UN POÈTE DE LA RELÈVE BERNARD ANTOUN Je te raconte ça et je vois tes mains et je vois tes yeux prêts à neiger des étoiles de bonheur pour chasser le vent a’hier qui réveille les plaies — L’orphelin de l’âme a trouvé sa famille et son gîte dans les plaines de ton coeur.BernardAntoun Fê/ures d’un temps 2 (page U2) Cette poésie, celle de Bernard Antoun, venu tôt du Liban et qui mêle sa voix aux nôtres, porte son poids de mémoire et de blessures, mais est aussi traversée par le merveilleux et l’enchantement des images, et la respiration au vers épouse les souffles de la sensibilité et de la pensée.Le passé est ici exorcisé, et se dit l’espoir que la beauté soit le quotidien et l’avenir de l’homme.Il s’y trouve encore et souvent, dans les mouvances de la forme, une vérité de l’émotion et le miracle de la présence qui ne trompent pas.Gaston Miron Bernard Antoun, poète d’origine libanaise, s’invente un chant souverain, fluide, où baignent les beautés du monde.Chez lui, la poésie nomme ces «fêlures du temps» contre le mal et l’amertume, contre la violence et la mort.Ces poèmes interrogent la condition humaine à même «la voix de la terre» et la «voix des siècles qui traverse la chair».On y lit une maîtrise peu commune du langage.Jean Royer Le Devoir, 13février 1988 Disponible Diffusion Louise Courteau chez votre 7433 St-Denis, Mtl H2R 2E5 ami(e) libraire (514)272-1160 d’absolu PHOTO JACQUES GRENIER John Irving naires, aux faits inexplicables puis-qu’Owen, le condensé d’une certaine humanité, souffre, vit et meurt pour quelque chose de précis.Dieu existe, nous dit Irving, écoutez-moi je suis son prophète.À la fin du roman, j’ai constaté que tout avait eu une raison d’être.Toutes les pièces du puzzle qui avaient été élaborées patiemment devant mes yeux au cours des quelque 600 pages précédentes ont trouvé leur place.Et, je vous jure, j’ai cru apercevoir, du coin de l’oeil, comme dans ces rêves qui nous taraudent parfois et dont nous ne gardons qu’un vague souvenir, une parcelle d’absolu.celle-ci, elle était seule.Aucune famille ne l’entourait.Dans un strict tailleur noir, elle se tenait, comme nous l’avions toujours vue, haute et droite, le regard tendu, ses cheveux blancs se relevant en chignon sous le voile.Elle nous salua légèrement de la main, mais ses yeux gris et froids semblaient nous traverser sans nous saisir.Sur le trottoir, la voisine attendait.— Hier déjà, souffla Aimée (comme si elle craignait qu’on ne l’entendît), à la même heure.— Elle a sans doute une occupation régulière.— Peut-être.Elle a l’air d’attendre un taxi.— Pourquoi ne pas prendre l’autobus ?— Par cette pluie ?— Hier, il faisait beau.Le besoin de rationalité qui fait, par ailleurs, la force d’Aimée provoque chez moi, de temps à autre, une sensation de vertige.La scène, dans sa banalité, prenait soudain un aspect irréel.Ce trottoir cessait d’en être un, ces arbres dégoulinants, aux vastes feuillages emmêlés, se resserraient sous mes yeux, à hauteur de fenêtre, en forêt profonde, sans chemins tracés .C’était pourtant moins de l’étonnement qu’inspirait cette image, que de la pitié.Un taxi s’arrêtait.D’un geste vif, la voisine se rejeta en arrière pour éviter l’eau boueuse que projetaient les pneus; puis, se couvrant avec attention du parapluie, elle ouvrit la portière avant et s’assit à côté du chauffeur.Le taxi démarra.[.] +- Yves Navarre des romans intègres, des textes dignes de ce nom, c’est de permettre au lecteur de se lire, de s’écrire en lisant.C’est une histoire très étrange, poursuit-il.Il y a une rencontre amoureuse qui ne se consomme que dans le secret des pages.C’est un rapport sensuel.» Cette sensualité baigne aussi le dernier roman d’Yves Navarre et en adoucit le pessimisme.Les passagers de l’hotel Styx qui rêvent de la vie des autres apprennent à aimer celle qu’ils vivent.« On vit dans une société tellement médiatisée, tellement informée avec des schémas de valeurs inaccessibles qu’on est complètement déformés.En fait, la plupart du temps, on passe à côté de sa vie parce qu’on n’ose pas parler, se réjouir, jouir en temps voulu.» Les écrivains qu’il aime, Chardonne mais aussi Marcel Jouhandeau, Flaubert, Rousseau et Montaigne témoignent dans leurs textes de cette « présence » qu’il attribue à leur côté provincial.Dans son cas, c’est le pays de l’Armagnac où il est né il y a 49 ans qui a laissé ses empreintes.Mais Yves Navarre, cet homme extrêmement sensible, cet écorché vif qui a été de ceux qui réclamaient le droit non pas à la différence mais à l’indifférence se dresse contre un certain ordre du monde : « Les morales établies, je n’en veux pas parce qu’elles nous dictent des comportements.Dans ce pays extrêmement puritain qu’est la France, dans cette société moderne, je veux être ce que je suis, je veux devenir ce que je suis.Et je pense que la vocation irremplaçable du texte romanesque, c’est de permettre au lecteur d’etre ou de devenir, très justement, en temps voulu, avec le coeur qui cogne, ce qu’il est.Le rôle du romancier restera irremplaçable même avec le traitement de texte, la littérature de marketing, les séries télévisées.» Et il finit, lassé de son propre combat : « Au fond, je crois que je suis un maudit moraliste.» Yves Navarre ferme les yeux, retourne au silence de son dialogue intérieur, sûr de n’être au fond que le petit passager d’un hôtel Styx que l’éternité regarde et pourquoi elle décide.< * A
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