Le devoir, 3 juin 1989, Supplément
(I'll 1789-1989 cahier special SUM ALLIANCE FRANÇAISE présente dans 107 pays au CANADA: Un enseignement du français ' ‘ • tion mondiale .tagger Halifax — Montréal — Ottawa — Toronto — Hamilton — Winnipeg Regina — Saskatoon — Calgary — Edmonton — Penticton Vancouver — Victoria 1789 1989 Bicentenaire de la Révolution Française FÉDÉRATION DES ALLIANCES FRANÇAISES DU CANADA: 1312 BOUE.MONT-ROYAL.MONTRÉAL H2V2J1.Tel.: 272-3906 LE DEVOIR 1 Montréal,’jfeaMeyi 3 juin 1989 < 1 2 ¦ Le Devoir, samedi 3 juin 1989 Au Québec, la Révolution a profité aux élites et à l’Église 14 JUILLET 1789 : La Bastille est tombée, la monarchie est par terre.Dans la province du Québec sous régime anglais, on n’entend ni le son de la carmagnole ni celui des canons.Mais on a plus d’un écho.C’est l’avis de quatre historiens spécialistes de la période, Y van La-monde et Pierre Boulle, tous deux professeurs à l'Université McGill, Michel G renon, professeur à l’Université du Québec à Montréal et Jean-Paul de Lagrave, auteur d’une biographie de Fleury Mes-plet, premier imprimeur-libraire montréalais.C’est à la Gazette de Montréal, à la Gazette de Québec et au Québec Herald que l’on doit d’avoir diffusé les nouvelles de la Révolution française.« Les gazettes, dit Michel G renon, reproduisent des textes et des déclarations, rédigent des articles à partir des journaux français qui se multiplient après la Réunion des États généraux.» « Ainsi, Fleury Mesplet, précise Jean-Paul de Lagrave, quand il relate la prise de la Bastille, va jusqu’à publier un discours d’un patriote français accompagné d’un texte de Voltaire dont il est grand admirateur.» « Mais il y a aussi les récits des voyageurs, les correspondances épistolaires et les communications officielles entre le Bureau des colonies à Londres et les autorités coloniales d’ici », ajoute Yvan La-monde.Les nouvelles ne sont pas vraiment fraîches.En saison normale, elles arrivent avec deux mois de retard.Dans tous les cas ou presque, elles font les manchettes de la presse américaine.Bien sûr, tout le monde n’est pas au parfum.Les journaux n’atteignent que les classes dirigeantes, les rentiers, les propriétaires terriens, les professions libérales et bien sûr le clergé.Quant au peuple qui ne sait ni lire ni écrire, on lui lit des extraits des Gazettes sur le perron de l’église, à l’auberge ou au café, dit Yvan La-monde.Il prend ainsi connaissance de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.« L’information orale prend parfois le relais de l’écrit, ce qui explique pourquoi il y a des trous d’un numéro à l’autre », ajoute Jean-Paul de Lagrave.Les idées révolutionnaires sont dans l’ensemble bien reçues avant 1793, affirment les quatre historiens.« Les autorités coloniales voient en effet d’un bon oeil ce qui se passe en France où, 100 ans après l’Angleterre, on conteste la monarchie de droit divin et où on s’oriente potentiellement vers une monarchie constitutionnelle », dit Yvan Lamonde.Mais il y a aussi l’exemple de la Révolution américaine toute proche.« Cette révolution a déjà eu un impact entre 1774 et 1776.Disons même qu’elle a été aussi importante que la Révolution française pour le Canada de l’époque », dit Pierre Boulle.Quant aux réactions populaires comme le refus des paysans d’entretenir les voiries en faisant blocus sur les chemins, il est difficile de dire si elles relèvent d’un militantisme révolutionnaire ou d’une bonne et saine attitude paysanne face à certaines contraintes.Jean- La page couverture En page frontispice, la Révolution française en quatre photos dégagées de la co production de Denis Héroux, actuellement en tournage en France.Spectacle à grand déploiement, ce film regroupe, entre autres vedettes, Peter Ustinov, Claudia Cardinale et Gabrielle Lazure.Ce cahier spécial a été réalisé par une équipe de collaborateurs du DEVOIR.Direction : Paul-André Comeau.Conseillère spéciale : Geniève de la Tour-Fondue-Smith.Mise en page: Marie-Paule Villeneuve.1.I B K K T t C U u T t s PHOTO DAGLI ORTI Jeu de cartes révolutionnaire.Musée des arts décoratifs de Paris.Paul de Lagrave maintient de son côté qu’il y a eu à Montréal des manifestations organisées par le Club des patriotes en l’honneur de Mirabeau et de Lafayette.Virage à 360 degrés dès 1793 lorsque la France déclare la guerre à l’Angleterre et exécute le roi Louis XVI.La presse, libre jusque-là, est censurée.Quant à l’Église, elle sort de son silence pour haranguer le peuple du haut de ses chaires.On veut bien des réformes, mais on se refuse à l’exécution du symbole royal.« Dès lors, dit Yvan Lamonde, les excès de la toute jeune République sont condamnés vertement et publiquement.Mesplet et sa Gazette ne vont pas tarder à être dénoncés.L’Église dénonce publiquement les menées révolutionnaires qui obligent le clergé français à prêter le serment civil et confisquent ses biens.C’est par des mandements que l’évêque communique aux curés des paroisses ses directives.Les mythes absents avant 93 font du révolutionnaire un personnage qui a du sang jusqu’aux genoux et de la Révolution une hydre à plusieurs têtes.Les classes dirigeantes et l’Église, dont les rangs se resserrent avec l’arrivée de prêtres boutés hors de France, enfoncent le mythe d’un Canada contre-révolutionnaire.« Ce qui est intéressant, dit Pierre Boulle, c'est que ce n’est pas l’Église qui invente le grand mythe fondateur, celui de la conquête providentielle, mais le juge en chef de la province du Québec.En 1791, le juge en question déclare que la province du Québec doit à la Divine Providence d’avoir été conquise par les Anglais et de profiter ainsi du système parlementaire.L’idée est reprise dans les mandements entre 94 et 95.L’Église l’utilisera pendant tout le 19e siècle.En même temps, elle se fait le protecteur du fait français en Amérique.Ce sera son principal argument jusqu’à la Révolution tranquille.» La Révolution a contribué à créer au Québec l’image de deux France, dit Yvan Lamonde.Celle de 89-93, France d’Ancien Régime, monarchique et alliée au pouvoir religieux et civil, France républicaine post-93, régicide, laïque et démocratique.Pour les quatre historiens, il faut mettre la Révolution française en perspective et ne pas se limiter à 1789 et 1793.Tout le 19e siècle canadien vit l’antagonisme des idées libérales et nationales, hérité du chambardement de 1789 et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.Il s’agit avant tout de savoir jusqu’où on peut aller dans l’application des libertés.CRÉDITS CORPORATIFS à court et moyen terme FINANCEMENT DU COMMERCE INTERNATIONAL Change, lettres de crédit, cautions Accueil ’ : françaises .CRÉDIT LYONNAIS male à 100% du (France) une des plus grandes banques mondiales ¦ avec un très important RESEAU INTERNATIONAL MONTRÉAL (514) 288-4848 200) Mansfield, Montréal, Québec HJA 3A6 TORONTO (416)979-5454 Sun Life Court 200 King Street West, Toronto, Ontario M5H5T4 CREDIT LYONNAIS CANADA CALGARY (405)265.1080 Suite 1670,Bow Valley Square I, 202 liath Avenue S.W„ Calgary, Alberta T2P2R9 VANCOUVER (604)685-3300 920The Grotvenor Building, 1040 West Georgia Street, Vancouver, British Columbia V6E4HI Le Devoir, samedi 3 juin 1989 M 3 La Révolution après 200 ans: toujours une polémique YJVRf I IJlHt' MOl'HIR plus d'une centaine de milliers de victimes en 1793-1M La répression était-elle un mal nécessaire, la seule façon de sauver la République; une dérive odieuse d’un événement glorieux; une inévitable conséquence d'idées déjà présentes dès le début du mouvement révolutionnaire ?Le caractère sanglant de la Révolution rebute.« Est-ce une raison pour ne pas commémorer », se demande Maurice Agulhon, professeur au Collège de France.« Il ne s’agit pas d’ériger des statues à Robespierre sur qui on continuera à se disputer jusqu’à la consommation des siècles sans chance de consensus.En revanche, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen devrait dégager un consensus.» Entre ceux qui préconisent de commémorer toute la Révolution française, ou une partie, se glisse une troisième grande tendance héritière de la contre-révolution : les « refuseniks » de la révolution.Pierre Chaunu en est le héraut le plus connu, pour qui la France « commémore un événement dont le bilan fut lourdement négatif.» Alors que bien des intellectuels de gauche regrettent la volonté de la Commission du bicentenaire d’éviter les controverses, et de promouvoir une commémoration large, consensuelle et peut-être aseptisée, l’extrême droite et une fraction de l’église catholique prévoient au contraire des manifestations anti-révolutionnaires.Une grande messe pour les martyrs de la Révolution est prévue le 15 août Place de la Concorde (anciennement Place de la révolution où était installée la guillotine).Reste que, selon la formule de Michel Vovelle, « la Révolution demeure un test discriminant de deux sensibilités.Une de gauche, une de droite.Une France qui se reconnaît dans l’héritage de la révolution, une autre qui ne le reconnaît pas.Dans ce paysage collectif brisé, on comprend qu’on veuille établir des distinctions entre une bonne révolution, et une mauvaise ».iane Tramier L’ASSISTANCE retient son souffle .Le verdict tombe : non coupable, acquitté Louis Capet ! La foule laisse éclater sa joie.Le tribunal révolutionnaire lève la séance.Ça, c’est la version 1989 du procès de Louis XVI revu et corrigé par la télévision française, avec les auditeurs invités à jouer les jurés.À 72 % on se prononce pour l'acquittement : la clémence du peuple ! Quand la France commémore le Bicentenaire de la Révolution de 89, en dépit du mal qu’elle se donne, i! y a des accrocs dans le consensus.Et d’abord, que commémore-t-on ?« Un ratage de l'histoire de France », comme le prétend l’historien Pierre Chaunu ?« L’événement fondateur du constitutionnalisme moderne, de notre culture politique et de l'affirmation des droits de l’homme », comme le soutient l’historien Stéphane Riais ?Ou encore « une première expérience de démocratie, encore porteuse de valeurs et d’anticipations qui sont loin d’être devenues désuètes ou banalisées», comme l’affirme l’historien Michel Vovelle ?Au fond d’un couloir sombre et étroit, encombré de placard, une petite salle aux murs tapissés de livres, et un bureau attenant, vieillot, confiné : voilà au troisième étage de la Sorbonne le Saint des Saints.La salle Albert Soboul de l’Institut d’histoire de la Révolution française.L’historien Michel Vovelle, titulaire de la prestigieuse chaire créée en 1886, y officie avec onction et amabilité et dans la grande tradition historiographique française jacobine.Celle qui de Jaurès à Soboul a vu dans la Révolution française un grand bouleversement économique et social débouchant sur l’avènement d’une bourgeoisie capitaliste.Président de la commission de recherche historique pour le bicentenaire de la Révolution française, Michel Vovelle souligne que l’esprit de ce bicentenaire a été d’entrée de « tailler large » pour solliciter toutes les sensibilités historiographiques.Notamment la classique, jacobine, dont il est un ardent défenseur, et la révisionniste, inspiré des travaux d’historiens anglo-saxons qui a commencé à voir le jour il y a une trentaine d’années et dont le plus illustre représentant aujourd’hui est l’historien François Furet.Ce dernier allait contribuer à mettre fin à l’écrasante domination de l’historiographie marxiste avec un premier ouvrage (écrit avec Denis Richet) publié en 1965 et un deuxième en 1878.Furet attirait l’attention sur le « dérapage » de la révolution et il se démarquait complètement d’une histoire sociale de la révolution.« On a eu tendance a réduire la révolution à la promotion d’une classe, de ses intérêts et de ses stratégies », remarque Furet.« Nous avons voulu restaurer la dimension politique et philosophique de 89.» François Furet est l’historien le plus en vogue à l'occasion de ce bicentenaire.Deux ouvrages qu’il a signés sont parmi les têtes de liste des succès de librairies.Et il fait encore des vagues avec une formule iconoclaste : « La Révolution est finie ! », annonce-t-il.Plus schématiquement, au coeur de cette querelle entre historiographie classique et révisionniste se situent la question de la Terreur et celle de la répression de l’insurrection vendéenne qui ont fait l’une plusieurs milliers de morts, l’autre Presses de l'Université de Montréal études _______ françaises A Volume 25-2/3 vant de se jouer dans les rues et les assemblées, sur les places publiques et les échafauds de la terreur, la révolution se fait dans les esprits.Dans le mouvement des foules, ce sont des idées qui se mettent en marche.Elles définissent > * l'Esprit de la Révolution.) À PARAÎTRE EN SEPTEMBRE 89 L'ESPRIT DELA rf 3e tirage 268 pa9es DES INFORMATIONS UTILES POUR VOTRE PROCHAIN SÉJOUR EN FRANCE! «Une année en France.raconté avec beaucoup d’amour.dans un style vivant.» Jean Martel, LE SOLEIL «C’est trais, spontané.Toute cette histoire, c’est vraiment une histoire de coeur.» Rolande A.Lacerte, LE DEVOIR A1ÉRIDIEN c O L L l c T I O N «Un récit d’aventures, une histoire vraie.On peut s’y référer si on a l’intention de partir.On peut le lire pour se divertir.» Nathalie Roy, LA TRIBUNE 1980 SHERBROOKE OUEST, SUITE 520 MONTRÉAL, H3H 1E8 (514) 932-9037 ¦ ¦' .¦ -__ «J.^ 4 ¦ Le Devoir, samedi 3 juin 1989 Tout le village de Montsecret vient jouer la révolution iane Tramier À MONTSECRET, on a la fièvre du Québec ! Pensez ! Cent quarante personnes du village, le quart des habitants, dont beaucoup n’ont jamais même mis les pieds à Paris, s’apprêtent à partir pour le Québec.Et pour quinze jours cet été ! Et pour y jouer un spectacle qu’ils ont monté chez eux,qui raconte une histoire de chez eux, de leurs ancêtres pendant la Révolution française et qu’ils n’ont donné en représentation jusqu’ici qu’à un public régional.La prise de la Bastille, les habitants de Montsecret ne l’ont apprise que le 17 juillet : le temps que la malle-poste de Paris arrive dans ce petit village au coeur du bocage normand.("est aussi comme ça que commence la pièce « La Révolution à Montsecret », avec l’arrivée de la voiture de poste sur la place de l'église à la sortie de la messe et la nouvelle que brûle d’annoncer le colporteur aux villageois.C’est bien comme ça que ça s’est passé en 1789, et c’est comme ça que les villageois le rejouent, l’illustrent deux cents ans après.En 1989, Montsecret est toujours un peu isolé, à l’écart des grands axes et le train Paris-Granville ne s’y arrête pas.Mais l’histoire, même la grande avec une majuscule, n’a pas boudé le petit bourg de 425 habitants niché dans sa campagne doucement vallonnée.L’instituteur du village, Michel Lecardronel vous racontera que le passé de Montsecret contient en raccourci toute l’histoire de la région et de la France, de la préhistoire à nos jours.Aussi quand il s’est mis à écrire un scénario de théâtre (avec l’aide de Gérard Vil-leroy, l’aubergiste féru de généalogie) à partir des événements qui s’y sont déroulés pendant la Révolution, a-t-il touché au plus profond du drame révolutionnaire, gloire et infamie mêlées, et qui a encore le pouvoir d’enfiévrer les esprits et de passionner les discussions.De la passion, on n’en manque pas à Montsecret.Et il en fallait pour se lancer dans cette entreprise.D’abord retracer avec le plus grand souci d’authenticité la révolution à Montsecret.Ensuite faire participer à l’élaboration du spectacle tous les habitants qui le souhaiteraient.Et laisser chacun prendre part selon ses capacités, ses talents, son désir.Du plus âgé (Monsieur Ballon, 83 ans), à la plus jeune, (Lucie Vardon, 4 ans).L’EUROPE EN GRAND Signé ’TŸùzùtwxy GRANDE GASTRONOMIE Chez Pic à Valence, chez Ruinard en Champagne et autres très grandes tables dans notre France gastronomique.GRANDE HÔTELLERIE L'Intercontinental à Vienne et le Bristol à Salzburg dans notre Europe germanique.La Villa Serbelloni à Bellagio et l’Hôtel des Bains au Lido de Venise dans notre Italie inédite.L'hôtel Eychenne à Saint-Girons dans nos Pyrénées féériques.GRANDE CROISIÈRE Le Stella Solaris au départ du Pirée dans notre Grèce idyllique GRANDE HISTOIRE Châteaux, préhistoire et gastronomie dans notre Loire et Périgord authentiques GRAND TRANSPORT Air France et Sabena exclusivement.Voyagez en classe Malavoy Demandez notre brochure exclusive préparée pour les connaisseurs par des connaisseurs.VOYAGES MALAVOY Inc.1255 rue Université, chambre 1106 Montréal H3B 3W7 TÉLÉPHONE (514) 861-2485 1 '• K':% .» Ambitieux, les gens de Montsecret ! Et pourtant, c’est ce que, bon an, mal an, ils réussissent à faire depuis quatre ans.Chaque année, au mois de juillet, ils donnent une douzaine de représentations devant un public de la région.Un tabac ! 15 000 personnes ont vu « La Révolution à Montsecret».Quelques 150 acteurs, 200 costumes, 150 projecteurs, pour une fresque mettant aux prises républicains et chouans, révolutionnaires et royalistes, paysans et seigneurs : ils sont tous là, et chaque personnage du spectacle a réellement existé à Montsecret, attesté dans les archives du village.On ne s’étonnera pas de ne trouver à Montsecret aucun comédien de métier, aucun metteur en scène, technicien de théâtre ou historien professionnel.Rien ni personne qui ait eu quelque chose à voir de près ou de loin avec le show-business.Mais, démon du spectacle, quand tu nous tiens ! « On a tout appris en le faisant », raconte Claude Salliot, maire du village, employé des Postes de son état, et ingénieur du son autodidacte pour les besoins du spectacle.« La trame sonore est enregistrée, puisque c’est un son- et lumière », m’explique-t-il, « et pour faire ça, on avait loué du matériel très professionnel.Mais personne ne savait s’en servir.Et en plus les manuels d’instructions étaient en anglais.Alors on a dû faire faire appel à un prof d’anglais du voisinage pour s’en sortir.» Toutes les mains habiles du village se sont mises à la couture pour confectionner les costumes, et fabriquer les décors.À Montsecret, comme dans des milliers de villages français, on a planté cette année un arbre de la Liberté pour marquer le Bicentenaire de la révolution.Mais ici on peut se vanter d’en savoir un peu plus long que la moyenne des Français sur les événements révolutionnaires, sur les coutumes du temps, sur les grands débats d’alors.« La révolution, c’est bien sûr la liberté, l’égalité, la fraternité », remarque l’abbé Dupuy, mais on peut dire aussi, pour paraphraser Churchill, que c’est peut-être une victoire, et du sang et des larmes.» Monsieur l’abbé interprète le rôle d’un curé qui appuie la révolu- tion avant de s'en détourner.Avec son franc-parler, il reconnaît que l’aventure théâtrale à Montsecret n’a pas toujours été parfaitement angélique : on s’y est copieusement empoigné et tiraillé.Le paisible village a connu les secousses et les brouilles qui agitent les grandes troupes.« Un vrai psychodrame ! », soupire l’instituteur.Mais qu’à cela ne tienne : la saison 89 va démarrer.On va reprendre les répétitions, sortir les costumes des armoires, revoir la piste sonore, et refaire connaissance avec le grand trac des soirées de première.Cette année sera l’apothéose, puisque « La Révolution à Montsecret » a été classé parmi les « événements officiels des célébrations du Bicentenaire », et parce que la troupe va aller prendre l’air du Nouveau Monde, au Québec.Autrement dit, du 26 juillet au 6 août, n’allez pas à Montsecret, vous n’y trouveriez presque personne.À commencer par tout le conseil municipal au grand complet qui quitte le village (déléguant par dérogation spéciale ses pouvoirs d’enregistrement à l’état civil à un villageois ! ).Baie St-, Dblfl QO Le symposium de la jeune peinture refill Ou au Canada commémore le Bicentenaire de la Révolution Française sous le thème: LIBERTÉ du 4 août au 4 septembre Avec les invités: | Conférences et témoignages d’artistes de France, des États-Unis, du Canada Joël Kermarrec Darryl Hughto Serge Lemoyne .France USA Canada • 5 août • 6 août • 7 août à 14h00 — Monsieur René Huyghe «Picasso, mythe des temps modernes» à 1 IhOO — Nathalie Ducharme à 14h00 — Christiane Baillargcon à 1 IhOO — Françoise Chalifour à 14h00 — Nicole Beaulieu à 1 IhOO — Bernard Gaube Pierre Bellemare Canada Denis Pellerin Jacky Dinh Canada Canada • 8 août F.lmyna Bouchard Canada • 9 août à 1 IhOO — Gayle Ansel, Californie à I4h00 — Gaétan Pilon Stela Cosma Canada Nicholas Pitre Canada • 10 août à 1 IhOO — Jean-François Houle Dominique Sarrazin Canada • 11 août à 14h00 — Lauréat Marois Sylvia Bews Wright Canada à lOhOO — Paul Lussier à 1 IhOO — Michèle Drouin à 14h00 — Claudette Hould Conférence «Image de la révolution» à 16h00 — Normand Biron à I4h00 — Monsieur René Huyghe «Gauguin ou le dépassement du réel» Ramon Alenjandro Katell Herbert Jean-Louis Delbès Pierre Faucher .France .France .France .France • 12 août u?s crmques mvnvs Et pour tes amateurs Clément Greenberg.Olivier Kaeppelin.Virgil Hammock.Normand Biron.Hedwidge Asselin.USA .France .AICA .AICA .AICA curieux de percer les mystères des propositions contemporaines: • 45 heures du 14 août au 1er septembre avec Jean Tourangeau de l’Université Laval «L’art qui se fait» Pour ce cours inscription immédiate CORPORATION DU CENTRE D’ART C.P.789, Baie-St-Paul, GOA 1BO — Téléphone: (418) 435-3681 n Le Devoir, samedi 3 juin 1989 ¦ 5 ice Lafuste François Gendron U»**»**' .1 -A*.TM, .lêl hurtubise hmh 7360, boulevard Newman, Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone: (514) 364 0323 les éditions françaises * 1411.rue Ampère, Boucherville, Québec J4B 5W2 (514) 641-0515 • 871-0111 • 1-800-361-963?.t t I t i i U i l S ( i H H i t i i i i i H i t i i i i i nTTiii.DÉPOUILLER 36,000 dossiers de la police révolutionnaire est certes une expérience enlevante.Encore faut-il s’y atteler de bonne heure et vouer à la recherche historique un engagement total.Comme François Gendron, avocat et professeur d’histoire au Collège militaire royal de Saint-Jean, qui leur a consacré près de 15 ans de sa vie entre Paris et Montréal.Certains des rapports de police utilisés comme sources de première main sont très brefs, dit François Gendron.Parfois, une seule page.Ce sont souvent des dénonciations, des mandats d’arrestation restés sans suite.Mais il y a aussi des dossiers plus épais empilés dans des centaines de cartons.Tous ces rapports se retrouvent en filigrane dans les notices, surtout les notes biographiques.Ils sont en quelque sorte les compagnons de route d’un historien qui leur avait déjà consacré beaucoup de temps lorsqu’il déposa sa thèse de doctorat de 3e cycle à la Sorbonne, La Jeunesse dorée publiée aux Presses universitaires du Québec en 1979 devenue La jeunesse sous Thermidor aux Presses universitaires de France quatre ans plus tard.L’Académie française lui décernait un prix pour cet ouvrage sur l’avant-garde du mouvement bourgeois, antithèse sociale du mouvement des Sans-Culottes.Les mandats d’arrestation contenus dans les rapports de police en disent long sur l’arbitraire des tribunaux révolutionnaires.L’historien a parfois trouvé un mandat d’arrestation demandé par un seul membre du Comité de sûreté générale.« Tout à fait illégal en période révolutionnaire.» Quant aux accusations, elles sont portées en termes très vagues; il est donc impossible de s’en défendre.Elles sont aussi de t outes sortes : conspiration contre la République, propos diffamatoires, etc.A l’époque, il n’y a pas de garantie procédurale.Le maire de Paris Bailly est condamné à mort pour avoir voulu « étouffer la voix du peuple ».Louis XVI ne verra jamais les pièces sur lesquelles son accusation est fondée.Ses accusateurs étaient en même temps les juges de la convention nationale.Et François Gendron de citer un exemple percutant, celui d’une femme sourde et aveugle, bien évidemment innocente aux dires de ses proches, condamnée à mort par le président du tribunal révolutionnaire pour avoir « conspiré sourdement et aveuglement».Tout simplement.LES GRANDES JOURNÉES DE LA RÉVOLUTION L’histoire par les dossiers de police La société distincte de l'État Anne Legaré Nicole Morf 240 pages 22,95$ M.François Gendron a dirigé avec le doyen de la faculté des lettres de l’Université de Dijon, M.Jean-René Surateau, la publication d’un Dictionnaire historique de la révolution française (1789-99).Une oeuvre monumentale qui sortira le mois prochain des Presses universitaires de France : 1200 pages, 68 auteurs, quelque 1000 entrées.1789 BICENTENAIRE DE LA RÉVOLUTION 1989 FRANÇAISE et PHILEXFRANCE 89 Voyage accompagné par XAVIER GOTTOT du 6 au 20 juillet 1989 pour participer aux festivités! et au Grand SALON de la PHILATELIE Deux options: PARIS seulement PARIS + la Provence 1279 >1699 Ces prix comprennent l'avion, les translerts, le logement en hôtels 2 et 3 étoiles, les petits déjeuners La participation aux festivités est facultative mais les réservations sont laites pour la FÊTE DE NUIT à VERSAILLES.le plus GRAND BAL du MONDE à la BASTILLE, le Grand DÉFILÉ de la MARSEILLAISE, le CENTENAIRE de la Tour EIFFEL, etc Demandez-le dépliant.Places limitées A O [ H C e DC VOYAGE S Nicole Lemay 1410 rue Stanley, Suite 518 Montréal, (Québec) H 3 A 1P8 Tél.: (514)287-9990 Anne U'Karr Nicole Morf Nouveautés Collection Brèches La Société distincte de l'État PHOTO JACQUES GRENIER Cela fail plus de 20 ans que François Gendron se passionne pour la Révolution française.11 voulait en seigner.11 lui fallait une époque qui lui garantirait une certaine mobilité géographique.« Je ne m’en suis pas privé », dit-il aujourd’hui der i tère sa barbe de vieux lord anglais.Pendant plus de 20 ans donc, ce Québécois, qui se sent Européen dans l'âme, fera chaque été un voyage à Paris.« Quand je faisais mes recherches, il m’arrivait de reconnaître les emplacements des cafés ou des établissements commerciaux de 1795.Parfois même de donner les noms des personnes qui y vivaient.» Il avoue cependant que, approfondir une époque aussi sanglante que l’époque révolutionnaire sape le moral.« Quand je sortais des archives vers 12 h 30, j’étais complètement dégoûté.Presque toutes les personnes que je retrouvais dans les rapports de police se faisaient guillotiner au bout d’une heure et demie.Il y a un côté humain qui bouleverse.Je pense que tous les rédacteurs du dictionnaire sont passés par les mêmes affres.» Il ajoute aussi qu’un projet d’une telle envergure est incompatible avec une vie familiale normale.« Et psychologiquement, on est ail leurs, c’est-à-dire pas disponible.» Mais François Gendron reste un inconditionnel de l’Histoire .NOUVEAUTÉ A PARAITRE LIRE i LE FRAGMENT | .324 pages I Rm Ari huttuhnr hmh ^^24,95$ GINETTE MICHAUD Lire le fragment Ginette Michaud 6 ¦ Le Devoir, samedi 3 juin 1989 Du 1er juin au 24 septembre Vieux-Port de Montréal St-Laurent/de la Commune Métro Place d'Armes Exposition internationale Bicentenaire de la Révolution française (1789-1989) Hologrammes Sculptures video Multimedia interactifs Animations par ordinateur Musique électronique Tous les jours de 12 h à 23 h Pour renseignements : (514) 849-1612 Tarifs spéciaux pour les groupes -Visites guidées Restaurant cr«n«rM Gagnez un voyage pour 2 à Paris avec Air France 105, V QUÉBEC Canada Du télégraphe à la boîte de conserve Geneviève de la Tour ÉÜÜdue-Smith L'EXPOSITION Les Savants et la Révolution ouverte le 19 avril à la Cité des Sciences et de l’Industrie, de la Villette-Paris, et qui durera jusqu’au 7 janvier 1990, est peut-être la manifestation la plus engagée du Bicentenaire par sa signification profonde.Elle présente le bilan d’une décennie 1789-1799 qui a donné naissance au télégraphe, au système métrique, à la boîte de conserve, au gaz d’éclairage, à l’eau de javel, au parachute, aux ambulances, pour ne citer que quel ques découvertes des plus disparates.Mais c’est aussi de cette époque que datent les méthodes scientifiques modernes, la démarche de la recherche, la rigueur de la démonstration et de l’expérimentation qui irriguent la science d’aujourd’hui.Ils sont plus d’une vingtaine de savants, illustres à des titres divers, qu’on ne saurait tous nommer.Pourtant, certains nous font vivre encore aujourd’hui leur découverte et leurs noms font référence dans les annales scientifiques internationales.Les voici : Claude-Louis Rerthollet, chimiste, invente l’eau de javel et un nouveau tannage du cuir.Lazare Carnot, mathématicien, est créateur avec Monge de la géométrie moderne.Claude Chappe, ingénieur, invente le télégraphe optique dont la première ligne (Paris-Lille) reliera les deux villes en 11 minutes.Georges Cuvier, zoologiste, paléontologiste, met l’anatomie comparée au rang des disciplines véritablement scientifiques.Firmin Didot, imprimeur, invente le stéréotype qui facilite la vulgarisation à bon marché des éditions classiques.Jean-Bapliste Lamarck, naturaliste, est le premier à employer la méthode dichotomique qui est au- jourd’hui le principe universellement adopté des flores de recherches.Il est le père du transformisme.Simon de Laplace, astronome, mathématicien, physicien, auteur du « Système du monde », a oeuvré surtout à la mécanique céleste et aux calculs de probabilité.Il est à l’origine de la création en 1795 du Bureau des Longitudesqui régit la navigation.Antoine de Lavoisier, chimiste, est véritablement le créateur de la chimie en tant que science.On lui doit la connaissance de la composition de l’air, de l’eau et la découverte du rôle de l’oxygène dans la combusion.11 eût un rôle déterminant en Europe, ou pour établir un réseau international de station météorologique.Pierre Méchain, astronome, participa avec Delambre à la mesure du méridien entre Dunkerque et Barcelone, découvrit une dizaine de comètes et compléta le catalogue des nébuleuses établi par Messier.Et n’oublions pas Parmentier, le père de la culture de la pomme de terre ! Il y a là réunis des documents exemplaires qui projettent un éclairage particulier sur cette époque : qu’il s’agisse d' une pierre gravée de la Bastille, reliquat de la forteresse démolie en 1789, ou de montres décimales rarissimes; de la machine à papier continu de Louis Nicolas Robert ou de la lettre manuscrite de Bonaparte, datée du 26 décembre 1797, remerciant de son élection à la première classe de l’Institut national des Sciences et des Arts (classe de mathématique et physique); des cours manuscrits de l'Abbé de l’Èpée (un des deux exemplaires au monde), fondateur de la première institution pour accueillir et instruire des sourds et muets ou les aquarelles originales de Nicolas Conté sur les arts et métiers de l’Égypte.Le siècle des lumières, c’est avant tout le siècle de ces savants sous la Révolution qui nous ont légué la fièvre des découvertes les plus audacieuses — certains, astronautes du futur sans le savoir — et dont l’héritage incontestable est une foi indomptable dans le génie de l’homme.^ McGill École française d’été STENDHAL ET LA RÉVOLUTION COLLOQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONAL Présidé par V.DEL LITTO et organisé par Gabrielle Pascal 18 JUILLET 1989 19 JUILLET 1989 SÉANCE I PAVILLON PETERSON, SALLE 116 SÉANCE III PAVILLON PETERSON, SALLE 116 8h30 8h45 à 11h30 11h30 à14h00 Ouverture du Colloque par Stanley B.Frost (Director, McGill History Project, Université McGill.) Président de séance: Michel Grenon (Département d'Histoire, UQAM) • V.Del Lltto (Département de Littérature comparée, Université de Grenoble): Stendhal et la Révolution • Vital Chôme! (Ancien archiviste en chef du Département de l'Isère): Les rafles policières et les notabilités grenobloises • Jacques Sole (Département d'Histoire moderne, Université de Grenoble); Stendhal témoin et juge des transformations apportées par la Révolution d'après les «Mémoires d’un touriste» Déjeuner SÉANCE II PAVILLON PETERSON, SALLE 116 9h30à12h00 12h00 à14hOO SÉANCE IV 14h00 à17h30 14hOO à16h30 15h30 I5h45 16h30 â 17h30 Présidente de séance: Nicole Deschamps (Département d'Éludes françaises, Université de Montréal) • Philippe Berthler (Centre d'Études stendhaliennes Université de Grenoble): La mort de Danton dans «Le Rouge et te Noir» • Pierre Savoie (Département d'Études françaises.Université de Montréal): Les figures de la Révolution dans «Le Rouge et le Noir» Pause-caté • Pierre Gobln (Department ol French.Queen's University): Le dénouement du «Rouge et te Noir• TABLE RONDE: actualité de la Révolution française Modérateur: Émile Talbot (University of Illinois) 16hOO 16h30 17h30à 18hOO Président de séance: Myron Echenberg (Directeur du Département d'Histoire, Université McGill) • Jean-Claude Morisot (Département de Langue et littérature françaises.Univ.McGill): Stendhal et l’autre révolution • Serge Bokobza (Department of Foreign Languages and Literatures, University of Alabama): Stendhal et Lafayette: Un jacobin devant le grand citoyen • Jean-Jacques Hamm (Department ot French, Queen's University): Couples en situation de révolution dans l’oeuvre stendhalienne Déjeuner PAVILLON PETERSON, SALLE 116 Président de séance: André Smith (Département de langue et littérature françaises, Université McGill) • Glta May (Department ot French and Romance Philology.Columbia University, New York): La Révolution à Grenoble d'après la •Vie de Henry Brulard* • Carol Mossman (Department ot French and Italian, University ot Maryland): Stendhal et les figures de la révolte dans la - Vie de Henry Brulard• et la «Correspondance» Pause-caté • Alain Tichoux (Département de langue et littérature françaises, Université McGill): Échos de la Révolution française sur les bords du Saint-Laurent à l’époque de Henri Beyle Rapport du président ENTRÉE LIBRE Le Devoir, samedi 3 juin 1989 ¦ 7 » Les « tricoteuses de la Révolution » : un combat inutile Istine Piette Département d'Histoire Université Laval LE TROIS Frimaire de l’An II de la République, la femme Marescot, ouvrière en linge dont le mari est à l'armée, sort du Club des Jacobins avec ses trois enfants dont l’aîné a 12 ans.Elle n’y était certainement pas la seule femme présente.La politisation des femmes du peuple suit bien d’autres voies pendant la Révolution française.La citoyenne Goureau de Servigny, marchande ambulante de journaux et de cocardes tricolores, arrachait le soir les Bulletins de la Convention nationale affichés sur les murs pour les lire tranquillement dans sa chambre.À la police qui l’interroge à ce sujet, elle rétorque qu’il n’y a là aucun mal puisque « la nuit venue ils devenaient inutiles et que le lendemain on en collait d’autres par-dessus ».Les rapports de police, mémoires et documents d’époque fourmillent de cas semblables témoignant d’une culture politique populaire féminine à laquelle nos lectures sur la Révolution française ne nous ont guère habitués.Traditionnellement, les livres d’histoire identifient, décrivent et valorisent une panoplie de héros masculins.Ils mentionnent au passage quelques figures de femmes révolutionnaires, contre-révolutionnaires ou victimes : Marie-Antoinette, Charlotte Corday, meurtrière de Marat, ou encore Madame Roland, égérie des Girondins.Les historiens ont aussi mis l’accent, dans leur description des grandes journées révolutionnaires, sur les foules massivement féminines réclamant du pain à grands cris.Images de passionarias ou de mères nourricières, ces évocations répondent bien aux grands stéréotypes.Comme les hommes, les femmes de 1789 ont à la fois fait et subi la révolution.Nombreuses dans toutes les grandes foules révolutionnaires, de la prise de la Bastille à l’assaut des Tuileries qui met fin à 'la monarchie le 10 août 1791, elles se singularisent par des manifestations de masse proprement féminines quand la question des subsistances devient cruciale (en octobre 1789 et en mai 1795).Exclues par les règles du jeu des postes décisionnels et du droit de vote, les femmes occupent tout l’espace politique qui reste.Elles investissent massivement les tri- bunes réservées au public à l’Assemblée nationale, à la Commune de Paris, dans les tribunaux révolutionnaires, dans les clubs politiques et les assemblées générales des 48 sections parisiennes des sans-culottes.Plusieurs y transportent leur gagne-pain, c’est-à-dire leurs travaux à l’aiguille — de là « les tricoteuses » —, et compen sent leur absence de droit de vote par des murmures, des grommellements ou des applaudissements chaleureux dans le but d’infléchir le cours des débats.Les femmes révolutionnaires pratiquent aussi un militantisme plus direct à l’intérieur des multiples sociétés populaires dont Paris et la province se sont couvertes.Lieux d’éducation politique, ces associations permettent, plusieurs fois par semaine, de connaître et de discuter les grandes questions révolutionnaires.Soucieuses de mener une action spécifiquement féminine, quelques femmes se présentent le 10 mai 1793 à la municipalité de Paris pour obtenir l’autorisation de former une société dans laquelle seules les femmes seraient admises.Le Club des citoyennes républicaines révolutionnaires était né et se donnait pour mission de combattre les « ennemis de l’intérieur [.] tandis que nos frères garderont les frontières ».Ces militantes radicales débattent de toutes les questions de l’heure et concourrent largement à la radicalisation du gouvernement révolutionnaire en discréditant les Girondins.D’autres femmes mèneront, de manière plus isolée, le combat féministe.Etta Palm, la Hollandaise dévouée aux oeuvres, Théroigne de Méricourt, amazone plus flamboyante que militante et surtout Olympe de Gouges, active par sa plume et célèbre aujourd’hui par sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » (1791), corollaire d’une déclaration qui a connu un destin plus notoire.Ces trois marginales ont courageusement abordé les grands thèmes repris par la suite par des générations de féministes : droit à l’instruction, droits conjugaux, droits politiques et légaux.Les hommes de la révolution et surtout ceux qui sont la cible des militantes ne s’y trompent d’ailleurs pas et c’est vers elles que la répression s’oriente.Dans les premières années de la Révolution, on tolère la présence publique des femmes.L’avant-gardiste Condor- t 1$, \ù,y';y 3»éL- Ar* \ Y L «À Versailles, À Versailles», gravure à l’eau forte anonyme tirée de l’exposition l'Image de la révolution française au Musée des Beaux-arts de Montréal.cet ira même jusqu’à réclamer pour elles en 1790 tous les droits politiques au nom de la logique et de la justice.Mais les révolutionnaires du sexe féminin s’aperçoivent vite que la Déclaration des droits de l’homme n'était que trop bien nommée.Est-ce la trop grande influence politique des militantes ou leur orientation de plus en plus radicale ?Est-ce plutôt la crainte de les voir revendiquer pour les femmes la totalité des droits politiques ou tous ces motifs à la fois qui ont fait peur ?Toujours est-il que le 9 brumaire de l’An II, le Club des citoyennes républicaines révolutionnaires est interdit au lendemain d’un discours enflammé de Fabre d’Églantine beaucoup moins poétique dans ses invectives contre les « grenadiers femelles » que dans sa nomenclature des mois du nouveau calendrier révolutionnaire.La logique suivra son cours et les femmes seront également expulsées des sociétés populaires et interdites de séjour dans les tribunes réservées au public.Les railleries féroces ne manqueront pas par la suite contre « les hermaphrodites » ou « les furies de guillotine ».C’est l’image que chercheront à laisser à l’histore des révolutionnaires supportant mal la transgression par les femmes de la ligne de démarcation entre le public et le privé.À paraître prochainement L'image de la révolution française au Québec i789-i989 COLLECTIF SOUS LA DIRECTION DE MICHEL G RE NON • Michel Trudel Le vente souffle aussi de l'Angleterre • Claude Calarneau Les Français au Québec durant la Révolution 1789-1815 • Jean-Pierre Wallot La Révolution française au Canada 1789-1838 • Pierre Savard Autour d'un centenaire qui n'eût pas lieu • Cilles Chaussé Révolution française et religion au Québec • Réginald Hamel Paroles gelées et idées gelées • Claudette Hould La gravure révolutionnaire et son impact sur les consciences • Laurier Lacroix Les tableaux Desjardins: du pillage révolutionnaire à la sauvegarde du patrimoine québécois • François-Marc Gagnon La révolution dans fa pensée automatiste • Michel Crenon La part des choses et la part des mots Ipl hurtubise hmh 7360, boulevard Newman, Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone: (514) 364 0323 MONTRÉAL, LE QUÉBEC ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 1789-1805 l+l du 25 mai au 4 septembre 1989 Maison de la Culture Parc Frontenac 2550.rue Ontario Est (métro: Frontenac) du mardi au dimanche de 12 h à 20 h entrée libre Réalisation de la Ville de Montréal en collaboration avec l.es Archives nationales du Canada, le Musée McCord d'histoire canadienne, la Ville de l.yon et (»a/ Métropolitain VIVRE.MONTREAL Archives nationales National Archives du Canada of Canada Canada* 8 ¦ Le Devoir, samedi 3 juin 1989 >" '¦ *; Choix d’événements en France et ici A VOIR the et le théâtre de Bobigny à la Place des arts de Montréal.— 13, 14, 15 juillet: À la communauté urbaine de Montréal, «Citoyens franciliens», grand spectacle de plein air offert par la région Île-de-France à la communauté urbaine de Montréal.— 29-30 juillet : À Québec, «La révolution à Montsecret», son et lumière joué par 170 Français de Montsecret.Jouée à la Baie les 3 et 4 août.— 3 au 9 octobre : À la cinémathèque québécoise de Montréal, Festival du film sur la révolution.— 16 au 25 juin: au cinéma de l’Université de Montréal, «Cent années lumières» : rétrospective du documentaire français présentée à l’occasion du 50ième anniversaire de l’ONF.— 10 au 15 juillet: Fêtes et bals du 14 juillet notamment à Montréal, Québec, Lachine.Organisés par l’Union française.EN FRANCE — Du 13 au 15 juillet à Paris: après l’inauguration de l’Opéra de la Bastille, ouverture du «plus grand bal du monde»; défilé militaire; homage à la Marseillaise; feu d’artifices de la Fête nationale.— 26 août, à Paris-La Défense: concert «Les voix du monde» en hommage à la Déclaration des droits de l’homme.— 15 au 24 septembre, à Valmy : la naissance des armées républicaines et la création de la république mises en scène et en musique par des créateurs contemporains.— Juin: à Paris, «festival du film révolutionnaire», parvis de l’hôtel de ville.Dix films seront présentés en alternance sur écran géant à 21 h et 23 h les vendredis et samedis.— Juin-juillet: «Paris raconte la révolution».Dans les rues de la capitale, découvertes des lieux et monuments témoins de la révolution ( pose de plaques, animations, théâtres et concerts).— 30 juin au 30 juillet : à Marseille, «La montée des fédérés marseillais à Paris», reconstitution historique.Arrivée à Paris, le 30 juillet 1989.— Juillet et aoUt: A Paris, «Images et symboles de la révolution française».Musée d’histoire contemporaine.Exposition retraçant le rOle joué par les images, les idées, les représentations et les symboles de la révolution, de 1789 à nos jours.— 10 et 11 juin: Lille.Le «siège de Lille».Évocation du siège de Lille : spectacle son et lumière.Le 21 juin: grand concert de musique révolutionnaire avec la participation de 2,000 choristes venus de tous les départements.— 25 et 26 juin: Riom.«Fêtes de la fédération».Vaste animation dans toute la ville avec spectacles de théâtre, défilés costumés, concerts multiples et grand itinéraire son et lumière didactique le dimanche soir.— Juillet: Marseille.«La révolution marseilleise».Spectacle musical et pyrotechnique.Marat assassiné, gravure tiré de l’exposition l’Image de la révolution française.— 21 au26août: Paris,«Paris89» Rassemblement mondial des jeunes.AU CANADA — 2et 3 juillet: Ottawa, Reconstitution historique en costumes.— 20 juillet au 30 août: l'estival de films sur la révolution.Six soirées au Musée des civilisations (Hull).— 29 juin et 13 juillet: liaison télévision Canada-France (Radio-Ca-nada/TV-5).Groupe interministériel pour le bicentenaire.À partir de l’inauguration du Musée des civilisations du Canada (Ottawa) 29 juin et inauguration de l’opéra de la Bastille le 13 juillet.— Avril à juillet: «L’image de la révolution française» estampes révolutionnaires du 18ième siècle au Musée des Beaux-arts de Montréal jusqu’au 6 juin.— Septembre à Novembre: au Centre canadien d’architecture de Montréal, «Sainte-Geneviève-Pan-théon, symboles des révolutions» — Juin à septembre: au Musée des arts décoratifs de Montréal: l’exposition Bleu-Blanc-Rouge.— 25 mai au 15 octobre : au Palais des civilisations de Montréal: Cités-ciné.Exposition de la Villette enrichie d’un volet montréalais.— Été 89 : À la Cité des arts et des nouvelles technologies «Images du futur», la France, invitée d’honneur.— Du 4 août au 4 septembre, À Baie St-Paul, Symposium de la jeune peinture sur le thème «Liberté».— 7, 8, 9,10,13,14 juin: «Le Cid» mise en scène par Gérard Desar- L’IMAGE I* LA EÊWLUTM FRANÇAISE Plus de 250 estampes originales du XVIIIe siècle qui vous feront revivre l’émotion profonde de la Révolution française.Québec := Musée du Québec 1989.version française (EOQ 26093-5) version anglaise (EOQ 26094-3) Vent* et information 418) 643-5150 sans frais) 1-800-4632100 Télécopieur : (418) 6436177 IMAGES INTERNATIONALES POUR LES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN Exposition organisée par Artis 89 PLEINS FEUX SUR LE DESIGN Ray et Charles Eames Eszter Harastzy Ettore Sotlsass Jusqu’au 3 septembre 1989 CHÂTEAU DUFRESNE MUltl DES ARTI DÉCOfUm MMamtfAl de rwa im Entrée par ta knnlaaart Pla IX ac JM*, aaaaaa Jeanne Mit (SM) m-tsn
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