Le devoir, 14 octobre 1989, Cahier D
frnmm m Mm SÏMÎSïi MltiB Lbrelpxpiiesim 'MMM La violence faite à l’enfant PHOTO JACQUES GRENIER GUY FERLAND Pierre Gobeil la veille de ses noces.PIERRE GOBEIL se mariait le lendemain de l’entrevue.Il n’avait pas l’air autrement nerveux.Il m’a simplement demandé où il pourrait aller célébrer cet heureux événement.Dans un restaurant pas guindé s’il vous plaît.Ce n’est pas son genre.Ni celui de sa future.L’auteur de La mort de Marion Brando, paru récemment aux éditions Triptyque, habite le Plateau Mont-Royal dans un appartement qu’il s’est acheté il y a trois ans et qu’il a entièrement rénové au goût du jour : aire ouverte.L’ancien logement de 6 ou 7 pièces où s’entassaient sans doute une dizaine de personnes, comme dans les romans de Michel Tremblay, s’est transformé en studio où vivent maintenant deux personnes.Signe des temps.Pourtant, le personnage principal du roman de Pierre Gobeil a des liens de parenté avec le Marcel de Tremblay.Même lucidité, même intelligence, même sensibilité à fleur de peau, mêmes problèmes de communication.Les autres, ses parents en premier lieu, ensuite son entourage immédiat, ne semblent pas pouvoir le comprendre lorsqu’il lance des appels à l’aide.La mort de Marlon Brando, c’est l’enterrement de l’enfance par un acte abominable qui laisse des marques toute une vie.Pierre Gobeil a grandi à Chicoutimi.Très tôt, il a senti une attirance vers l’écriture, mais il ne s’est pas laissé convaincre facilement.Ses premières pièces furent des échecs retentissants puisqu’elles n’ont jamais été jouées.Après son baccalauréat en littérature, le jeune auteur a déménagé ses pénates à Montréal où il a terminé une maîtrise dans ce même domaine.Il a ensuite donné des cours de français avant de se consacrer entièrement à l’écriture.Son premier roman, Tout Tété dans une cabane à bateau (Québec/Amérique) a reçu un accueil enthousiaste de la critique.Ce qui l’a beaucoup surpris.Il avait travaillé huit ans à ce petit texte qui partait un peu dans tous les sens.Les critiques lui ont parues un peu condescendentes puisqu’il voyait dans son texte plusieurs défauts de composition.À la Henry Miller, il s’installait le matin devant sa table de travail et écrivait sur n’importe quoi.Une seule image, deux mains qui se rejoignent sans s’atteindre, assurait le lien de tout le matériel épars.Ce qui lui a donné un jour un manuscrit de plus de 700 pages.C’est ensuite seulement qu’il a essayé de « rabouter » tout ça pour en faire une histoire cohérente.Il ne recommande pas cette façon d’écrire à personne.Son nouveau récit, par contre, était plus structuré au départ.Mais comme il n’écrit pas vite, ça lui a pris trois ans avant d’en arriver au texte définitif.Là, une embûche.André Vanasse, le directeur littéraire de Québec/ Amérique qui l’avait beaucoup aidé pour son premier manuscrit, ne pouvait pas le publier avant le printemps prochain.Les éditeurs ont des échéanciers, lui disait-on.Il a répondu tout simplement que les créateurs aussi ont des calendriers à respecter.Une fois une oeuvre terminée, elle en appelle une autre.Il faut donc s’en débarasser et la laisser vivre dans le domaine public.Sa création, Pierre Gobeil la voit comme une fuite de la platitude de la vie quotidienne.Un besoin urgent le pousse à écrire et à publier des livres qui soient les plus beaux possibles Voir page D - 6 : La violence Jean O’Neil veut peindre l’autre visage du Québec JEAN ROYER «J’avoue que je déteste la littérature et que j’adore certains livres », me déclare Jean O’Neil d’entrée de jeu.L’écrivain m’apparaît encore sonné par l’accueil chaleureux de la critique envers l’admirable recueil de récits, intitulé Promenades et Tombeaux, qu’il vient de faire paraître à Libre Expression.Ecrivain solitaire et timide, il a justement fui la vie publique, le journalisme et la littérature à la mode, il y a plus de vingt ans.Aujourd’hui, la popularité, qui vient avec le succès, risque de le rattrapper au détour, grâce à son sixième livre, Promenades et Tombeaux, dont tout le monde parle en ville, ces jours-ci.On y reconnaît des pays vivants du Québec, avec des gens ordinaires et quelques héros, avec des paysages grandioses et leurs caractéristiques géologiques, avec leur flore et leur beauté: Memphrémagog et les Cantons de l’Est, pays natal de l’auteur, puis l’île d’Orléans, l’Outaouais, Montréal et surtout le comté de Charlevoix, pays d’adoption.Ensuite, les personnages: le père de l’auteur, Louis-Couillard O’Neil, puis Alfred Desrochers, Félix-Antoine Savard, Georges Mellis Douglas et John Torrington, qui accompagnait Sir John Franklin dans l’Arctique en 1846.Enfin, des phénomènes naturels servant de décor ou de leçon de vie, telle une éclipse de soleil ou la faille Logan.En somme, un bien beau livre où il est question de pays et de gens à connaître et déjà aimés par l’auteur.Un ensemble de récits à la fois autobiographiques et ethnographiques où l’auteur nous entretient de sa vie et de la nôtre, dans une langue admirable et un style haut en couleurs.Les « promenades » de Jean O’Neil évoquent, à la manière d’un peintre, de véritables tableaux, à la fois familiers et savants, des paysages des Cantons de l’Est et de Charlevoix.Quant aux « tombeaux », comme l’écrit l’auteur, ils ne sont jamais « que des monuments érigés par les vivants pour le contrôle de leurs propres émotions, à des êtres dissous qui n’en ont que faire ».Mais nous, qui lisons encore, nous pouvons être émus par le sentiment tragique de la vie et l’amour de la lumière qui traverse ces récits.Qui est donc ce Jean O’Neil, fils littéraire de Marie-Victorin et Robert de Roquebrune, mais aussi frère de Robert Marteau, le chroniqueur de Fleuve sans fin, Journal du Saint-Laurent (Gallimard, 1986) avec qui il partage la précision et la richesse de la langue pour décrire le paysage québécois ?D’abord, fils de deux journalistes à La Tribune de Sherbrooke.Sa mère y tenait un « courrier du coeur » et un billet quotidien.Ce billet, son fils Jean allait le rédiger lui-même une ou deux fois par mois, dès son cours classique.« Écrire était le plus facile pour moi.J’étais l’élève dont on lisait la belle composition en classe.Plus tard, j’ai choisi le journalisme pour cette facilité d’écriture.» Son père était un journaliste admirable, qui écrivit quelques livres également.Grâce à ses parents, notre auteur a connu très tôt leur collègue Alfred Desrochers et son oeuvre de poète.Pour le jeune O’Neil, la littérature avait déjà un visage.Devenu journaliste culturel, critique dramatique puis chroniqueur politique à La Presse, Jean O’Neil abandonne tout en 1966.Pourquoi ?« Par colère.C’est par réaction contre ce qui s’écrivait à la fin des années 1960 que je me suis mis à écrire.Devant ce que je Usais comme critique Uttéraire et critique dramatique, je me suis dit : il faut bien que la üttérature du Québec montre autre chose.» On comprend ici la référence à la naissance du jouai et à la création des Belles-Soeurs, la pièce de Michel Tremblay.« De la frustration du jouai, poursuit O’Neil, naît en moi le désir de montrer un autre visage de ce pays.Car il n’y en a jamais rien qu'un, comme on le voit bien chez les peintres.Il me semblait que je pouvais apporter une autre vision, qui était absente des oeuvres que je Usais.» Le jouai comme bombe Uttéraire, accompagnant ceUes du F.L.Q., en voilà assez pour faire fuir Jean O’Neil.« Quand j’ai quitté le mouvement québécois en 1966, j’aurais aimé faire comme James Joyce, Samuel Beckett ou Ernest Hemingway, qui ont tous quitté leur patrie: ils avaient besoin de la voir de loin pour faire leur oeuvre.CoUés sur elle, ils étaient empêchés de bien la voir, à cause des préoccupations familiales, des pressions sociales ou des campagnes pohtiques, par exemple.» Quittant donc le journaüsme pour un certain anonymat dans la fonction pubUque, Jean O’Neil s’est mis à écrire du théâtre, des poèmes et des récits.Signalons au moins Les Hirondelles (1973), Oka (1987) et surtout Cap-aux-Oies (1980), un livre qui ne ressemble en rien à une monographie mais dont le récit réunit la flore, la faune, la géologie, l’aspect maritime, les saisons et le sentiment de vivre des habitants de ce petit pays des hauteurs de Charlevoix.Avec Promenades et Tombeaux, son sixième livre, Jean O’Neil signe une nouvelle réussite littéraire.Quand on le compare à Daudet, il s’empresse Voir page D - 6 : O'Neil VINGT-CINQ POÈTES QUÉBÉCOIS 1968-1978 ANTHOLOOIE PRÉSENTÉE PAR LUCIEN FRANCŒIH l'HEXAGONE mm o tu u ramai* Librairie Champigny 4474, rue Sl-Dents Montréal (Quebec) 844-2587 LUCIEN FRANCŒUR MO POÈTES QUÉBÉCOIS, 1968-1978 VINGT- ¦* ^ I Ce choix de textes donnera toute son importance à la profonde évolution de la poésie j québécoise depuis 1968.Il deviendra, à coup sûr, un ouvrage de références.«.un ouvrage remarquable parce qu’il témoigne, par ses textes somptueux, d’un plaisir de la poésie qui ne peut faire autrement que de nous ravir.ANTHOLOGIE # l’Hexagone lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise Gilles Toupin, La Presse ANTHOLOGIE l i V D-2 ¦ Le Devoir, samedi 14 octobre 1989 • le plaisir des ivres Pour les enfants avant tout D’Où VIENS-TU SCRAMEUSTACHE ?Gos et Walt, 46 pages, 1989 JEAN-LOUIS DUFRESNE LORSQU K la bande dessinée, au cours des années 1960, s’est affranchie de son image de sous-produit pour enfants attardés, il était de bon ton de dénigrer toute la production pour enfants quelle qu’en soit la qualité.Il est vrai qu’à cette époque la bande dessinée a grandement progressé sous l’impulsion de nouveaux auteurs qui s’adressaient principalement aux adolescents avertis et aux adultes, mais de là à rejeter du revers de main tous les récits pour enfants, il y a une marge.Il est fort intéressant de constater que petit à petit la bande dessinée retrouve ses premiers lecteurs : c’est-à-dire les enfants.Loin d’être un be-bête retour aux sources, la bande dessinée pour enfants d’aujourd’hui se renouvelle de brillante façon.Des séries comme Jeannette Pointu, J.K.Jérome Bloche, Broussaille et Théodore Poussin sont les plus beaux fleurons de cette nouvelle littérature pour les jeunes.Il y a aussi un Sujet Créé par Radiations Artificielles et Manipulatoi-res Extra-Utérines Sans Toucher Aux Chromosomes Héréditaires Endogènes: les premières lettres forment un acronyme fort connu auprès des jeunes leeteurs de bande dessinée : le SCRAMEUSTACHE.Le Scrameustache est l'oeuvre de Roland (loosens, alias Gos.Les six derniers albums de la série ont été créés avec la participation de son fils Walter.De l'école de la nouvelle bande dessinée belge pour enfants, les histoires du Scrameustache sont branchées directement sur des réalités très actuelles.Le 18e album de la série D’où viens-tu Scrameusta-ehe '! interpelle les enfants sur des sujets fort contemporains.Voulant expliquer à ses jeunes lecteurs l'origine de son héros, Gos fait appel à des procédés scientifiques qui font l’objet de vives discussions dans notre société : les manipulations génétiques et la création in-vitro.Gos semble très conscient de la controverse qui entoure ces pratiques.« Mon premier et unique but n’est pas nécessairement de prendre position.Je laisse au Pape, aux psychologues et aux scientifiques le soin de moraliser cette délicate polémique sociale.Jamais je n’ai voulu banaliser cette question.Au contraire, les manipulations génétiques et la création in-vitro sont des éléments explicatifs sur la nature unique de mon personnage».Aux antipodes des mythes à la Frankenstein, la création du Scrameustache s’inscrit dans un registre très enfantin.Gos aborde la science, et par le fait même la science-fiction, d'une manière douce, simple, charmante en s’adressant directement au monde des jeunes.Les aventures du Scrameustache ont aussi la très belle qualité de ne présenter aucune violence inutile.La seule arme que possède le Scrameustache est un rayon lumineux défensif, capable de transformer ses agresseurs en statue de sel.Prix Nobel de la paix 1989 TENZIN G Y A T S O QUATORZIEME DALAI LAMA MON PAYS ET MON PEUPLE v'Olifl * •>.âRTOU jÿ# OlIZANI UN livre que je respecte comme l'un des grands témoignages de notre époque."Un tel livre, en ces temps troublés, et où régnent partout l’intimidation et l'imposture, est un admirable exemple de modération, de sérénité et de foi — malgré tout — dans ce qu'il y a de meilleur dans l'homme." Marguerite Yourcenar de l’Académie Française 24,95$ • Centre de Diffusion du Livre ;| c d L.s Spécialisé de Montréal Inc.1751 rue Richardson, bureau 7519, Montréal, Qué.H3G 1K6 Tél.939-2660 Télécopie 939-2661 e LES ÉCRITS DES FORGES INC.C.P.335 Trois-Rivières, Québec G9A 5G4 BEAUCHAMP LOUISE Objet 5,00$ BOISVERT YVES Les amateurs de sentiments (Co-édition Le Dé Bleu) 8,00$ BROSSARD NICOLE Installations GRAND PRIX DE POÉSIE DE LA FONDATION LES FORGES — 1989 8,00$ BROSSARD NICOLE Amantes (Cassette audio) (Co-édition Artalect) 10,00$ BUIN YVES Fou-l’Art-Noir (Co-édition Le Castor Astral) 10,00$ CARDUCCI USA La dernière fols 5,00$ CLANCIER GEORGES-EMMANUEL Tentative d’un cadastre amoureux 10,00$ CHOLETTE MARIO COHEN ANNIE et Radium 5,00$ GAGNON MADELEINE Les mots ont le temps de venir 8,00$ DARGIS DANIEL Continents neufs 8,00$ DESBIENS PATRICE Amour Ambulance 8,00$ FRÉCHETTE LOUIS La Légende d’un peuble (introduction de Claude Beausoleil) 10,00$ FRENETTE CHRISTIANE Cérémonie Mémoire 5,00$ LE GOUIC GÉRARD Fermé pour cause de poésie 10,00$ GUIMOND DANIE- Ne jamais rien dire 5,00$ LACHAPELLE CÛME La réplique du doute 5,00$ LANGEVIN GILBERT Né en avril 8,00$ LEDUC ANDRÉ Une barque sur la lune 5,00$ MALHERBE ALAIN Dlwan du piéton (Co-édition Le Dé Bleu) 10,00$ MAUFETTE GUY Le soir qui penche 8,00$ MÉLIK ROUBEN Ce peu d’espace entre les mots Co-édition Europe-Poésie) 10,00$ PELIEU CLAUDE La rue est un rêve 10,00$ PERRON JEAN Un scintillement de guitares 5,00$ POZIER BERNARD Un navire oublié dans un port 8,00$ TREMBLAY YVAN L’Espace Heureux 5,00$ (Prix de poésie OCTAVE-CRÊMAZIE 1989 Salon international du Livre de Ouébec) VIGNEAULT FRANÇOIS Croquis pour un sourire 5,00$ COLLECTIF Des Forges # 27 (Sous la direction de Lucie Joubert) 5,00$ COLLECTIF Choisir la poésie en France (Sous la direction de Bernard Pozier) 12,00$ COLLECTIF La poésie mexicaine (Sous la direction de Claude Beausoleil) (co-édition le Castor Astral) 10,00$ COLLECTIF Québec Kérouac Blues 10,00$ COLLECTIF Les passions s’avalent (co-édition galerie Daniel) 5,00$ e Distribution en librairies: PROLOGUE (514) 332*5860 Autres: DIFFUSION COLLECTIVE RADISSON (019) 379*9813 LES ÉCRITS DES FORGES INC.C.P.335 Trois-Rivières, Québec L’humour de Gos a ceci de particulier qu’il plaît rarement aux adultes.Un humour plein de finesse, de gentillesse que les enfants apprécient au premier niveau.Comme les aînés chez les Galaxiens, ce petit peuple du futur à l’image des Shtroumpfs de Peyo, qui ont tous les petits défauts ( ils sont gourmands, gouailleurs, joueurs impénitents de tours pendables, espiègles, indiscrets et même mal élevés) auxquels les enfants prennent un malin plaisir à s’identifier.Avant la sortie de l’album précédent de Gos, Les Galaxiens s'en vont en gags, la maison Dupuis a testé auprès de jeunes de 8 à 12 ans ses différents gags.Ils furent tous agréablement surpris de l’impact de cet humour, jugé puéril par certains adultes, qui répondait directement à l’esprit simple et sans complexe des enfants.En outre, Gos entretient avec ses lecteurs une vaste correspondance qui lui permet de comprendre davantage les attentes de ces derniers sur les caractères de ses personages.Le compagnon humain du Scrameustache, le jeune Knéna, a fait l’objet de nombreuses interrogations de la part des enfants.A-t-il une famille, des parents, des frères ou des soeurs ?Soucieux de se conformer à son public, Gos a délibérément introduit au cours de ses récits des éléments de réponses.Avant de débuter sa propre série du Scrameustache en 1972, Gos a fait ses classes avec des auteurs comme Tillieux et Peyo.Ses quatre années de travail avec Peyo ont grandement influencé sa technique de dessin.Traits clairs, ligne pure, décors dépouillés et caractère très tranché de chacun des personnages sont à l’image de l’oeuvre de Peyo.Quoiqu’il en soit, tant le dessin que les scénarios de Gos s’inscrivent dans une ligne toute tracée à l’avance : les enfants avant tout.Bon à tirer pour les photocopieuses y yp p yi yp p rrp p y y y - • - s • i = = Fiction et biographies 1 Le Premier Quartier de la lune Michel Tremblay Leméac d)* 2 Misery Stephen King Albin Michel (2) 3 Sire Gaby du lac Francine Ouellete Quinze (3) 4 La Chair de pierre Jacques Folch-Ribas Robert Laffont (5) 4 Le négociateur Frederick Forsyth Albin Michel (6) 6 Juliette Pomerleau Yves Beauchemin Québec/ Amérique (4) 7 Une prière pour Owen John Irving Seuil (7) 8 Dédale Larry Collins Robert Laffont (8) 9 Jackie David Heyman Robert Laffont (9) 10 Dors ma jolie Mary Higgins-Clark Albin Michel (10) Ouvrages généraux 1 Le Chemin le moins fréquenté Scott Peck Robert Laffont (-) 2 Le Petit Larousse illustré Larousse (-) 3 Histoire du Québec contemporain Linteau et al.Boréal compact (-) 4 II était une fols Mafalda Quino Glénat (-) 5 Père manquant, fils manqué Guy Corneau Éditions de l’Homme (*) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raffin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Joliette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente FRANÇOISE LAFLEUR L’Union des écrivains québécois (UNÉQ) et la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) ont signé une entente concernant la reprographie d’oeuvres imprimées dans les établissements d’enseignement d’ordre universitaire.La convention est entrée en vigueur le 1er octobre et prendra fin le 30 juin 1993.Les 20 établissements signataires pourront désormais photocopier, sans autorisation préalable des titulaires du droit et sans frais, les oeuvres contenues au répertoire de l’UNÉQ.À la condition toutefois que les photocopies soient destinées exclusivement aux étudiants et que les quantités produites ne dépassent pas 10 % ou 25 pages d’une même oeuvre.Le respect de l’entente semble être laissé à la bonne foi des usagers, principalement aux professeurs qui devront à cet effet remplir un formulaire de contrôle.Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la.Science défraiera le coût des compensations monétaires qui seront par la suite distribuées aux auteurs et aux éditeurs pour l’utilisation de leurs oeuvres.La convention repose sur les modalités d’application du mécanisme de la gestion collective du droit d’auteur assurée par l’UNÉQ.Rappelons que celle-ci protège quelque 26*000 titres d’éditeurs québécois en plus des oeuvres de plusieurs éditeurs belges, suisses et français.La Société des études médiévales du Québec vous invite à une conférence accompagnée de diapositives prononcée par Gabriel Audisio professeur, Université de Clermont-Ferrand Naissance, vie et mort d’une hérésie médiévale: Les Vaudois Jeudi, le 19 octobre 1989 à19h30 à la salle de conférence de l'Union Française 429 est rue Vlger (Métro Berrl-CIQAM) Prix d'entrée: 85,00 (membres) 87,00 (non membres) Apprenez les règles du jeu en uolicité Le Conseil des normes delà publicité 4823, ouest, rue Sherbrooke suite 130, Montréal, Qc H3Z 1G7 (514) 931-8060 Délir est de retour Joe ET MARTINS EUX C ÉTAIT PAS PAREIL, ILS APPARAISSAIENT TOUJOURS ENSEMBLE SOUDÉS,ON DISAIT QUE C'ÉTAÎT L'AMOUR, Q'ÉTAIT SANS REMEDE’, MAIS NOS COUSINS LES QUINTUPLETSjEUXALORS,ÇA VALAIT LA PEINE D'EN PARLER.R C’est sur le réseau Alex 2 qu’est revenue la nouvelle aventure de roman interactif.Les participants sont invités à broder sur le thème ci-haut.Les participants et les lecteurs trouveront chaque mois dans CROC les personnages du roman sous forme de feuilleton illustré.Les aventures de nos héros et héroïnes commencent avec les interventions suivantes.On n'avait jamais rien vu de pareil, le vieil homme au village disait que.mais il avait la réputation d'être un vieux fou et personne ne l’écoulait, mais pourtant, cette fois, il n’avait pas tort.DOMINO « Pas un mot sur .loMar (les parents) mon vieux sarpan, ou j'tenvoie .' i sérieux.A LIS mes serpents ».La menace de Lamphère était à prendre au i C§CS.(2)(3 1 Les Belles 1 Rencontres de la librairie HERMÈS Mardi 24 octobre de 17h à 19h Lancement de la revue ARCADE «au-delà du réel» automne 89 ' et recueil de nouvelles de DOMINIQUE BLONDEAU DESTINS VLB Éditeur Vendredi 10 novembre de 17h à 19h, SUZANNE JACOB «S Normand Chaurette Michel-Marc» Bouchard Michel Tremblay Michel D'Astoks René-Daniel Dubois « j Lire le théâtn ^(1 J Librairies région de Québec rive sud Jean Barbeau ?Librairies participantes: MONTRÉAL Agence du livre français Champigny Coop U.Q.A.M.Demarc 7 (Fleury) Hermès Montréaloisir Parchemin Raffin (rue St-Hubert) Renaud Bray Zone Libre RÉGION DE QUÉBEC À l'Enseigne du livre (Vanier) Action (Sle-Foy) Générale Française (Qc) Laliberté (Ste-Foy) Pantoute (Qc) Place Laurier (Ste-Foy) LAVAL/RIVE-NORD Arcades (St-Eustache) Aux Belles Pages (Laval) Lu-Lu (Terrebonne) René Martin (Joliette) Villeneuve (Joliette) RIVE SUD Boyer (Valleyfield) Le Fureteur (St-Lambert) SHERBROOKE Biblairie Belvedère CHICOUTIMI Bouquinistes ST-HYACINTHE Daigneault RIVIÈRE-DU-LOUP Du Portage TROIS-RIVIÈRES Clément Morin OTTAWA G9A 5G4 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Le Devoir, samedi 14 octobre 1989 ¦ D-3 • le plaisir des ivres Chant d’amour pour un pays choisi LA CHAIR DE PIERRE Jacques Folch-Ribas Robert Laftont Paris, 1989, 235 pages Jean-Roch TL,i BOI7IN Jkr, .e~res A Québécoises En 1983, Jacques Folch-Ribas obtenait le prix Molson pour son roman Le Valet de Plume, dont le personnage central était un écrivain.C’est autour d’un musicien que se déroulait Le silence ou le parfait bonheur, prix du Gouverneur général en 1988.On dit que La Chair de pierre est goncourable.Des trois, c’est le plus inspiré.Cette fois, c’est l’art de l’architecte qui porte les grandes questions du roman, vanité et puisance.Les qualités de l’écrivain culminent dans la composition musicale de la narration et la langue qu’il se taille dans le matériau historique.Ce dernier roman fait revivre Claude Bail-lif, premier architecte venu en Nouvelle-France à l’invitation de Monseigneur de Laval, pour élever la première cathédrale en Amérique du Nord.Les traces de son personnage étaient rares : on ne sait ni la date de sa naissance, ni celle de sa mort et il reste peu de choses de ce qu’il a construit.L’auteur, Catalan d’origine et architecte de profession, prête donc son génie à ce Claude Baillif et lui fait des rêves et des malheurs comme on en vivait à l'époque du Nouveau-Monde dans ce pays « des terres sans limites ».« Ma mère se nommait Bénigne, mon père Timothée, il était charpentier boulangeur, c’est le nom des compagnons qui construisent les moulins à vent.» Quand la peste frappa son plus jeune frère, ils furent chassés de leur petit village de Normandie.Par les chemins, son père meurt et ses frères aussi.À Paris, Claude s’éprend de Catherine, petite fille des ruelles et de la Cour des miracles.La chance va lui faire rencontrer Maître Limbourg, architecte, qui le prendra sous sa paternelle gouverne pour lui enseigner les fondements de son art, avant de le pousser vers l’Italie « la mère de tous les arts ».Sur les routes, où il apprendra des Compagnons les métiers de la construction, il médite Descartes, Virgile, Galilée, il lit les textes de Palladio, dont il verra les oeuvres dans leur chair de pierre.Ces années de formation occupent le premier tiers du roman.De retour à Paris, devenu maître maçon et maître charpentier, il participera à l’édification de Versailles mais ne retrouvera jamais Catherine.Timothée, Bénigne, Catherine, trois noms qui reviennent scander le récit, comme points d’orgue.Trois blessures au coeur de cet homme qui voit son art asservi aux grandeurs des princes et qui a le coeur du côté du peuple, des manants et des gueux.Tel est Claude Baillif qui acceptera l’invité de Monseigneur de Laval, « cet homme enfiévré, sage et tendre, lumineux, violent, qu’un dessein portait en avant et poussait au ciel des illuminés, vers PHOTO ROBERT ETCHEVERRY Jacques Folch-Ribas cette terre nouvelle dont Claude ignorait tout et qui lui était offerte ».Première construction, le Séminaire de Québec.« Je ne mis aucun ornement.Or, chacun allait s’empresser de vanter la grande beauté de cette bâtisse ! Le comte de Fron-tenanc, le gouverneur, dirait, avant qu’elle fût toute finie, qu'il en était jaloux .Je souriais, moi, que l’on put admirer la raison sans bien comprendre ce que l'on admirait.» Celui que les compagnons ont surnommé Coeur le Taciturne cultive sa solitude et n’oppose aux grands commis de l’Église et de l’État, qui veulent imposer leur ordre dans ce pays sauvage, qu’« un sourire de derrière la moustache ».« J'aimais regarder les choses plus que les êtres.L’inanimé, de la façon qu’il emplit l’espace.Il semble que les diverses matières dont le monde est fait attirent sur elles toute la lumière afin de se laisser contempler, en majesté.Dans la nature comme elle est agencée, toute de pleins et de déliés, de couleurs subtiles qui se mêlent, se marient, ne s’injurient jamais et se caressent infiniment, de lignes qui se dessinent par une main ferme et adroite, je ne trouve aucune laideur.(.) Je rê- vais d’un nouvel ordre du monde, mais à qui eût servi de construire pour la seule beauté, puisqu’elle existait déjà ?» Sa tendresse discrète, Claude la réserve à l’aubergiste Victoire, qui sait taire ses rêves car, en ce temps-là, on jugeait sorcières les femmes qui en savaient trop.À la petite llu-ronne abandonnée a la porte du cou vent, qu’il adoptera.Et aux petites gens de la ville, dont l’un s’appelle Daniel Pinard, parce qu’il aime le vin, l’autre Gaston L’Heureux, pace que sa bonne humeur est proverbiale, ou Ti-Jean Carignan, parce qu’il était du célèbre régiment.On pourrait juger le procédé racoleur.Ce serait refuser à l’auteur de se servir de cet autre matériau que sont ces beaux noms d’ici, au même titre que Claude Baillif qui veut tailler ses constructions dans la pierre et les bois du pays.Ainsi, l'auteur, par-delà le clin d’oeil, à ces noms rend hommage.Jusqu’à cette mort qu'il lui prête, au coeur de la forêt contemplant la danse des aurores boréales, l’auteur nous aura attachés au destin de son personnage et aux aspirations qui le poussèrent.Par la puissante vertu d’une parole retenue et sensuelle, dans des phrases courtes « dépourvues d'ornements », dans une langue rude et colorée, Jacques Folch-Ribas nous livre une oeuvre dont la grande beauté semble tenir toute dans sa simplicité qui est l’effet d’un grand art.11 fait que cette architecture, qu’on ne sait pas voir, elle nous parle du coeur de l’homme, des plus grands élans de son esprit et nous fait entendre « le chant de la matière ».Dans l’oeuvre de Folch-Ribas, ce roman est un chef-d’oeuvre, et dans notre littérature aussi où il restera un chant d'amour pour un pays choisi.Sang, violence, rock et littérature KAFKA KALMAR Billy Bob Dutrisac Québec/Amérique 290 pages GUY FERLAND C’EST MORBIDE, c’est sale, c’est noir, c’est malodorant, c’est dégueulasse, c’est contre toutes les idées reçues, mais c’est drôle par endroit et enlevant tout le temps.Voilà en quelques mots une description assez juste du deuxième roman de Billy Bob Dutrisac, Kafka Kalmar.Les coeurs tendres et les estomacs fragiles devraient s’abstenir de lire ce texte aux accents du rock écrit avec fougue.Le premier roman de Dutrisac, Une mort vaut mille mots baignait dans ces mêmes eaux-là.On pourrait dire de cet auteur qu’il est un assassin littéraire, car il ne se formalise pas trop de la bienséance.Pourtant, ses romans ont une efficacité romanesque indéniable et ils sont con-duils à un train d’enfer.Kafka Kalmar est un jeune reporter dans un hebdomadaire parallèle de Montréal.11 fait partie d’une bande de joyeux lurons que rien n’arrête lorsqu’il s’agit de sortir des sentiers battus de la nouvelle.Ça leur coûtera cher.Un jour, un homme se met à agresser les homosexuels du Village en les traitant de sodomite.Kalmar ouvre ses pinces et accroche le morceau.Il fait une enquête pour son journal sur un «preacher» qui répand la bonne nouvelle contre des « heureux-dollars ».En écoutant l’émission populaire L'heure rédemptrice du télévangéliste que tout le monde adore et qui condamne les homosexuels tout en cautionnant le mépris et les actes de révolte contre les déviants du droit chemin de Dieu, Kalmar fait un lien.La violence verbale conduit peut-être à la violence physique.C’est alors que, dans la vie dissolue du journaliste — il boit de la Garch, fume des Bilbao et écoute du rock à s’en fendre l’âme —, il rencontre le facteur-justicier Samuel à la sortie d’un bar.Une rencontre à ne pas faire.Il entre alors dans les cercles de l’enfer.L’horreur commence.Accrochez vos nerfs solidement, la descente sera terrible et rapide.Les cadavres s’amoncellent et Samuel le dérouilleur agit proprement.Les pécheurs seront punis.Kalmar et ses amis, qui ont par ailleurs de belles histoires d’amour et qui vivent de la culture rock, se retrouvent au centre d’un vaste complot qui aura des répercussions jusqu’au bureau du premier ministre.Le monde est sens dessus dessous.Dutrisac ne nous épargne rien.La mort prend le premier rôle et Kalmar la côtoie tous les jours.L’Église de Warhead finira par crouler sous le poids des cadavres et du délire.Dans un bain de sang.L’écriture de Dutrisac est à l’image du monde dans lequel évoluent ses personnages, noire et syncopée.Le lecteur perd son souffle dans les méandres de l'horreur.Les citations de la Bible se mêlent aux chansons rock et aux réflexions sur la vie de Kalmar.Quelques-unes méritent d’être signalées : «Je respecte davantage la mémoire de Lennon que celle de Lénine; de la Mer Morte que de Mère Teresa.» « La culture rock, c’est se situer.Politiquement, socialement, moralement, culturellement.» « Les beatniks l’ont toujours dit, tirez vos émotions au lieu de vos munitions.» Kafka Kalmar est une « cruci-fiction » en noir, contrairement à celle de Miller.Malgré certains errements et quelques longueur dans la description de détails, le rythme de l’écriture de Dutrisac accroche.Ce dernier raconte des histoires poignantes et il allie allègrement l’horreur avec l’humour.Un roman décapant qui change les idées.On n’en sort pas indemne.Billy Bob Dutrisac Plume gaillarde, parlure féconde LA S’MAINE DES QUAT'JEUDIS Sylvain Rivière Montréal, Guérin Littérature coll.Roman, 1989, 177 pages ANDRÉ GIRARD La s’maine desquat’jeudisest le troisième volet d’une oeuvre entreprise en 1986 avec la parution de La Saison desquèteux (éd.Leméac), qui s’est poursuivie en 1988, chez Guérin Littérature, avec le recueil de nouvelles intitulé La Lune dans une manche de capot.À une époque de sagas de toutes sortes, Sylvain Rivière a décidé de raconter toute sa Gaspésie natale, dans une trilogie humoristique qui prend racine dans la réalité et l’imaginaire collectif.Sylvain Rivière décrit, de sa plume gaillarde, des portraits d’originaux, pour le moins coriaces et sympathiques, campés dans une Gaspésie défroquée et assoiffée comme jamais de bonne humeur et de laisser-aller.En tout, 17 nouvelles, toutes aussi drôles et grivoises, servies par une « écritaillure et une parlure féconde».On fait la connaissance du bonhomme Minette Boudreau, bougon-neux et « proche de ses cennes ».Et aussi de Cyprien Joncas, politicien actif, qui réussit tant bien que mal à garder sa barque à flots en louvoyant a travers les écueils gourmands et hypocrites de la « politicaillerie ».Il y a aussi les trois frères Lafri-mousse, connus et reconnus chez eux et dans les environs, et dont l’aîné, Candide, a quelques manières de philosophe ; « Zéro plussse un égale, j’abaisse, y reste plus rien.Vivre-vent, vire-terre un jour ou l’autre, le lacor-daire se frappe sur un lampadaire.» Sans oublier Hector à Égide, « che-valier-ramancheux de la table boiteuse », qui suit les routes le conduisant où le mal attend, à la croisée des plaintes et des gémissements des infirmes et des comédiens trop sensibles.Colinda Godefroy, de Saint-Hélier, aubergiste célibataire qui obtient, à l’aide d’une « chaude poignée sous-panlalonnière aller-retour » un Post Office-Bureau de Poste.Et Joa- L a lib rai r i e L I M bientôt au Boulevard Saint-Laurent SUR 2 ÉTAGES AVEC ASCENSEUR mLm chim Dion.de Pointe-Bourg, un inof fensif Goliath au faciès un peu niais mais fort comme deux chevaux attelés par la queue, les mains grosses comme des battoirs, le cou en rond comme un toyau de poêle noir de suie .Capable de se baigner er plein hiver, dans les eaux glaciales de la Baie-des-Chaleurs, et ensuite de manger, en se faisant « sécher par la langue du vent », un bocal de crème glacée artisanale, ce qui fait dire à plusieurs que, contrairement au reste de la famille, Joachim « n’avait pas été fait le matin moitié-pisse.» Issus d’une littérature qui fut d'abord orale, truffés de surprises et de richesses, les portraits malicieux que Sylvain Riviere dépeint forment une saga d'un genre différent, d’une texture savoureuse, et continuent « d’ourler le mystère au chas de la magie.» Sylvain Rivière La s’maine des quat’jeudis Calketkm Kom*n / Cuir in htténture Athènes ÉDITIONS LA RENTREE SEUIL VASSILIS ALEXAKIS - PARIS-ATHENES « Vassilis Alexakis a su introduire dans la langue un humour noir, une ironie désespérée.Ce grec qui doute et écrit en français est un grand écrivain.» Tahar Ben Jelloun /Le Monde « Il vient d'écrire un livre.qui le place tout de suite.au rang des costauds, des subtils, de ceux qui sentent plus qu'ils ne pensent et qui chantent plus qu'ils ne parlent.Bravo, Vassilis.» Jacques Folch-Ribas/La Presse LIVRES LOGIQUES «Une génération d’écrivains capables de rivaliser en qualité avec les meilleurs auteurs du genre.» Alain Grousset LIRE 3os p.HgmnmHH 24,95$ SF 0 0 0 0 0 0 0 0 0 LOGIQUES I l( I U)\s SF: 10 ANNÉES DE SCIENCE-FICTION QUÉBÉCOISE anthologie sous la direction de Jean-Marc Gouanvic «L’imagination règne en maître.» Jean Pettigrew NUITS BLANCHES DI .1 r.11.4 K.h.r » I* an l'.lli, «.1.hn 11» PRIVES ; 5 LOGIQUES 1 IC I IONS DÉRIVES 5 anthologie de nouvelles inédites réalisée par Jean-Marc Gouanvic «DÉRIVES 5 est à classer parmi les ouvrages qui font progresser non seulement la SF québécoise mais aussi la S F francophone.» Michel Lord LETTRES QUÉBÉCOISES 214p.[ 1, ! 19,95$ gB (JKI.LII.ES UTOIMÇUKS SS s SS S S SS S LOGIQUES I K I IONS LES GÉLULES UTOPIQUES.roman de Guy Bouchard «Une saine réflexion sur le droit à la différence et l’exercice du pouvoir.» Rita Painchaud LE SABORD En vente partout et chez LOGIDISQUE Inc.1225, de Condé, Montreal QC H3K 2F4 (514)933-2225 FAX: (514)933-2182 îa folie à la folie 19,95 $ D'Élise à la folie par Lise Blouin C'est avec sensibilité et finesse que Lise Blouin sonde les âmes, fait vibrer les corps et pousse des êtres raisonnables à d'inhabituels débordements.Collection prose ouverte Qyinzç> i D-4 ¦ Le Devoir, samedi 14 octobre 1989 • le plaisir des ivres Une rainette en guise de petite madeleine LES ESCALIERS DE CHAMBORD Pascal Quignard Paris, 1989, Gallimard, 325 pages B Lisette MORIN A Le feui eton il, K ST NÉ à Anvers, il y a 46 ans.Il jst maigre, un peu chauve et immensément riche.Il n’a qu’une seule passion, mais dévorante : collectionner les petites oeuvres d’art que sont les jouets anciens et minuscules dont il se fait aussi le marchand antiquaire.Ce quadragénaire s’agite sans arrêt, d’un continent à l’autre.Il vq de Paris à Rome et à Florence, de Londres à New York ou à Tokyo, mais s’arrête brièvement pour aimer une Italienne, une Flamande, une Française, entre deux trains ou deux avions à prendre, entre deux lieux de passage, chez ses belles amies, dans la maison paternelle et anversoise, ou chez sa tante Otti, qu’il accueillera à son retour d’Amérique et qu’il installe.devinez où ?À Chambord, bien évidemment, tout près des fameux escaliers.Édouard ou Edward ou même Vava, pour la petite Adriana, en dépit des merveilleuses petites choses qu’il accumule sans arrêt, qu’il consent parfois à vendre dans l’une ou l’autre de ses boutiques, est néanmoins un homme inquiet et troublé.Depuis qu'il a découvert, en se penchant sur des détritus dans un dépotoir de Civitavecchia, une barrette bleue, en matière plastique, représentant une grenouille rainette.Et, tout comme la petite madeleine qui « embarquera » Proust pour de longues années, à la recherche du temps perdu, cet objet dérisoire, sorte de fétiche, l’accompagnera tout le temps que dure le dernier roman de Pascal Quignard, jusqu’à ce que lui reviennent le prénom et l’histoire de la petite fille qu’il aima, quand il était petit garçon, au Luxembourg et même, en promenade, du côté du château de Chambord.Un livre rare.Entendez par là qu’il ne ressemble à aucun des ouvrages que déverse par dizaines sur nos tables de chroniqueurs, l’automne romanesque.Un livre qui décevra, qui a déjà déçu les lecteurs pressés et boulimiques, impatients de lire le mot FIN, de voir s’achever le livre, pour passer à un autre.(À propos, Pascal Quignard est l’un des rares écrivains de notre temps à marquer, de façon si traditionnelle, la dernière page d’un roman.) Puisqu’il s’agit bien d’un roman, d’une fiction sans doute nourrie de souvenirs, de fantasmes, enrichie de connaissances érudites, accumulées par un auteur qui semble avoir tout assimilé sur les poupées, les automates, les jouets de toutes les époques, il est étonnant que Les escaliers de Chambord, au lieu de me ramener au Salon du Wurtemberg — qui m’avait considérablement et profondément impressionnée, il y a trois ans — m’a fait retrouver un passage de La leçon de musique, cet essai sur la voix, la mue de la voix, que nous donna Pascal Quignard, dans la collection Textes du XXe siècle, chez Hachette, en 1987.C’est affaire de grenouilles, sans doute.« On voit à la lisière des bois, écrivait-il, à propos de la mue de la voix humaine, sur les bords des mares, des petites grenouilles rainettes, la bouche ouverte, et qui coassent comme les hommes parlent ».Un peu plus loin, hanté par « le colt de la grenouille (qui) dure de trois semaines à quatre semaines », il ajoutait, en mettant l’observation au compte de Sandor Fe-renezi, médecin et psychanalyste hongrois, ex-disciple de Freud, « qu’il fallait mettre les grenouilles loin au-dessus de nous dans l’échelle des êtres et révérer, à l’instar des déesses, ces petits anthropoïdes verts dont le spasme avait la durée d’un Pascal Quignard mois et qui ébahissaient les hommes dans l’envie ».Il ne faut cependant pas croire que ces batraciens occupent une place démesurée dans le très beau roman de Quignard.Le marché des jouets, la concurrence qui, dans ce commerce comme dans tous les autres, est féroce, met en présence les associés d’Édouard Furfooz, dont un véritable voyou, mi-Italien, mi-Ja-ponais, un homosexuel, misanthrope et agoraphobe, qui meurt du sida, une musicienne blonde et dépressive, du nom de Laurence Chemin, véritable transfuge de l’auteur, dont on sait qu’il est violoncelliste amateur, et qui a voulu que son héros détestât non seulement les sons mais tous les bruits, professant que « le martyre sonore était le premier des martyres.Faute que l’oreille eût des paupières pour se clore».Lire Les escaliers de Chambord, en une semaine — il y faut le temps ! — de cet octobre venteux et pluvieux, est l’occupation la mieux ac- cordée à la saison.Edouard Furfooz a toujours froid.Il affectionne les laines précieuses, s’en enveloppe ; les duvets, les manteaux de drap sombre et chaleureux.Anvers, sa ville natale, lui est à la fois chère et odieuse.Parce qu’il y pleut et qu’il y bruine trop souvent.Il adore les couleurs chaudes, préfère à tout le jaune.Grand voyageur, il s’installe, pour finir, dans un appartement encombré, parfaitement laid, qu’il apprécie parce qu’il y fera sans doute constamment trop chaud.L’une de ses maîtresses, Roza, l’accusera un jour de sécheresse, « parce que ton coeur est un objet inerte », ajoutant : « Au centre de ta vie, il n’y a que des jouets.Au centre de ta vie, il n’y a que du métal, du verre, du bois, du plâtre, de l’écaille ».Quant à la merveilleuse tante Otti, qui fait retraite de silence périodiquement, dans sa maison de Chambord, elle adore son neveu mais lui reproche de bouger tout le temps « Mon petit, il est si inutile de voya ger.Il est si totalement inutile de voyager.» Quignard, qui ne nous refuse rien, a voulu qu’un petit suspense, qui a trait à une petite fille et à une grenouille rainette, et à l’acrostiche qui forme le prénom de Flora, ne se résolve que vers la fin.Mais, entretemps, grâce à la magie, il faut même oser le mot de féérie, d’un style raffiné, d’une composition tout à fait digne d’un maître du contrepoint, le lecteur n’aura pu s’arracher a cette passionnante plongée dans le monde des « choses inanimées», dont un restaurateur, ami de Furfooz, se dit le chirurgien.Il est ironique de constater que peu de ses collègues, du monde de l’édition et qui sont aussi critiques, aient admiré la perfection de ce style, aient boudé l’imparfait du subjonctif que Quignard maîtrise en .orfèvre.On peut même craindre que ce qui m’a éblouie, lectrice ordinaire, prive ce styliste des lauriers de novembre.Tant pis.ou tant mieux ?Le genre Tout-àTégoût UN CERTAIN BLATTE Patrice Delbourg Paris, Éditions du Seuil, 1989 ALBERT BRIE Le titre m’a fait souvenir de Un certain monsieur Blot de Daninos.Là s’arrête le rapprochement.Monsieur Blot était un quidam, un monsieur Tout-le-Monde .Adrien Blatte serait plutôt du genre Tout-à-l'égout.On l’imagine très bien vivant sur un site d’enfouissement.J’exagère à peine.Au grand jour du quotidien, Blatte est un employé modèle dans une banque du Marais.On se demande pourquoi il ne s’est pas fait plutôt éboueur.Ç’aurait été trop facile.Blatte — ou Cancrelat, si l’on veut — a une passion, une raison d’être : la récupération.Il recueille sans relâche des objets qui, sans lui, seraient perdus ou inutilisés.Et quels objets ! Blatte ne fait pas de discrimination.Tout lui est bon.L’auteur nous le montre à l’oeuvre : « Ainsi pour aujourd’hui, il note, sur ce qu’il baptise plaisamment son cahier de décharge, un portefeuille en toile gau- frée, simili varan de Komodo : une paire de lunettes Porsche, verre gauche manquant.Un lot de slips usagés roulés en boules telles des roses tré-mières.Il agrémente parfois la nature de ses prises de divers commentaires badins.Des soies noires, des percales, des organdis, des bas tatoués de susurrements lascifs, des guêpières fluos.Tout ce butin de linge d’amour, glané dans l'arrière-cour d’une officine spécialisée du boulevard Rochechouart, après une planque de trois heures.» Patrice Delbourg consacre des pages entières à énumérer les « vendanges» de Blatte.Mais Blatte a d’autres distractions.Il s’accorde à l’occasion une partie au casino, un tour dans une cabine de peep-show, comme d’autres s’offrent un tour de manège ou une « visite immobile » à la Mamoune ou à Papylou, ses parents perdus, à jamais inutiüsables.Ce bipède de Blatte est amoureux de Paris, d’un certain Paris où il peut chaparder à sa guise.Il marche vite pour avoir un peu l’illusion d’un voyage.Il pérégrine tête basse.Il ne lève jamais les yeux au ciel.Il ne rit jamais.L’enfance fut pour lui une lente hallucination.Adulte, il n’a ni plan de carrière, ni envie d’un bonheur, fût-il fugitif.Il ressent toujours cette même conviction d'inappartenance, de manège inutile où qu’il aille.Il feint de s’intéresser à ce qui ne lui importe guère, il se meut par automatismes, sans jamais être dans le coup, sans jamais être quelque part.Il dort du côté droit, à cause du coeur.Passe de longues heures prostré, à contempler les veines de ses mains.Pin un mot, Blatte est une larve.En public, Blatte (que jamais personne n’appelle par son prénom) ne manifeste jamais ni passion, ni fringale, rien qui puisse prouver une vie intérieure; son regard ne s’attache à aucun moment sur quelque sujet fantaisiste.Rien n’éveille sa curiosité.Personne sans doute, excepté sa mère, ne s’est aperçu de sa nais-, sance.Très peu de gens portent attention à ses manigances.On pressent que nul ne s’intéressera à sa disparition, ne se réjouira, ne le plaindra.Cette chiffe molle, que Delbourg regarde de haut, a parfois des sursauts.Ainsi, parfois l’envie le tenaille de confronter sa déréliction à la foule anonyme de ses semblables.Certes, le sort des ménagères, des anciens combattants, des économiquement faibles lui importe aussi peu globalement qu’isolement, mais il les aime pour éprouver qu’il existe.Sentir que son espèce le touche quelque part le réconforte.Il est incapable de se souvenir d’avoir pris au sérieux une seule idée baroque ou non.Il a dès l’éveil tout méprisé, tout renié, le devoir, la passion, le travail.Il s’est enfermé dans son écorce, a pris ses convoitises pour les émotions, leur a obéi, a fait le beau, a rampé, protégeant la panoplie des gestes de son petit commerce.« On dira de lui — c’est l’auteur qui parle — je vous présente un monsieur qui fut moitié un autre, moitié tout le monde, surtout personne.Il n’eut ni enfance ni maturité.Il ne fut rien après comme il avait été zéro avant.Avec un peu d’aubaine, il bénéficiera peut-être d’un non-lieu.» Un certain Blatte mourra de délaissement universel, mais il ressuscitera en Valentin-tout-court dans une maison de convalescence.Est-il heureux ou malheureux dans sa métamorphose ?Allez savoir ! LES EDITIONS VIEW DE PARAÎTRE La mort de Marlon Brando La chienne d’amour roman récit Drôle d’école conte I A MORT ni: MARION BRANDO 108 p., 12,95$ Pierre Gobeil "Un livre choc sur l'enfance et le désarroi." Hélène Rioux, Le Journal d'Outremont ".un titre insolite.un sujet à faire frémir, et une forme complexe." Marie-Claude Fortin, Voir ".révéler comme une chair vive, grâce à une écriture pleine de pudeur, les mots sournois de la violence: l'affolement et la menace." Jean-R.Boivin, Le Devoir LA CH te/WV£ P'AA-t Bianca Côté Une préface de Paul Chamberland.Des illustrations de Charlotte Gingras.Un premier récit qui (se) joue du quotidien, de la passion et du délire en poussant l’écriture à la limite de la fulgurance.Six carnets cirés rouge pour témoin.Marie Page Prix Gaston-Gouin 1989.Abondamment illustré des "cent dessins" de Normand Hudon, ce conte pour jeunes pose la question capitale: pourquoi diable le roi de Juissance veut-il à tout prix que les enfants aillent à son école?88 p., 12,95$ 146 p., 12,95$ MOEBIUS Le numéro 41 porte sur le rituel, li est question de l’éiriture, de la folie, de la vie de bureau, de la vieillesse, de la lecture publique.Un hommage à Julien Bigras.1 56 pages.7,00$ Pour tout renseignement: LES ÉDITIONS TRIPTYQUE C.P.5670, suce.C, Montréal H2L 2H0 Tél.: (514) 524-5900 GUERIN httéfature AGENDA LITTÉRAIRE DU QUÉBEC 1990 Planifié et coordonné par Louise Myette L’ineffable angoisse juive Elie Wiesel L’OUBLIÉ Élie Wiesel Éditions du Seuil Paris, 317 pages MICHEL SOLOMON C’est aux confins d’un empire mort, celui des Habsbourg, que se déroule la vie des Rosenbaum.Us sont là depuis au moins trois siècles, comme leurs milliers de concitoyens non-juifs, gagnent leur pain comme petits commerçants, coupeurs de bois et laboureurs de la terre.Fin effet, dans cette région boisée du nord de la Transylvanie, nommée Marmo-rosh, nombreux sont les paysans juifs qui se lèvent à l’aube, vont au bain rituel — le mikve — disent leurs prières avant d’enfoncer la charrue dans le sol.Le destin les a projetés dans ce carrefour de monts et vallées où les légendes des faiseurs de miracles sont sur un pied d’égalité avec les textes rabbiniques.Les deux guerres mondiales ont vu la petite ville changer de nom de l’hongrois au roumain et puis encore une fois dans le roumain, vu qu’aujourd’hui la bourgade se trouve sous la domination des communistes roumains.Rien presque n’a changé sauf le fait que la florissante autrefois communauté juive a cessé d’exister.Les quelque 30,000 juifs — hommes, femmes et enfants — ont été embarqués par les bourreaux nazis assistés par les gendarmes hongrois dans des wagons à bestiaux et expédiés à Auschwitz et autres camps d’extermination en Pologne, entre 1941 et 1945.La présence juive est témoignée par la survivance d’un cimetière où l’unique survivant juif, le fossoyeur Hershl, un ivrogne à demi fou, aide le jeune Mal-kiel Rosenbaum, né à New York, à déchiffrer les inscriptions hébraïques sur des vieilles pierres tombales.La célèbre Securitate roumaine le suspecte d’être un espion américain et lui impose la compagnie d’une jeune femme, Lydia, qui doit lui servir de guide et d’interprète.Autour d’une table où on sert la tzuica roumaine, Hershl raconte au visiteur que son grand-père, Malkiel Rosenbaum, a connu « la chance et l’honneur d’être le dernier juif enterré en conformité avec le rituel hébraïque et a été pleuré par toute la communauté dont il fut le premier martyr », avant que la déportation en masse eut lieu.Toute sa vie, Malkiel Rosenbaum avait espéré l’arrivée de Messie et la délivrance de son peuple du joug de la diaspora; Il fut torturé à mort pour avoir refusé de dénoncer les noms de ses coreligionnaires aux enquêteurs nazis.Son unique fils, Fllhanan, un fameux psychothérapeute, vit à New York avec son unique fils Malkiel.Il est gravement malade de ce qu’on appelle en général « troubles psychosomatiques» mais qui sont la perte graduelle de la mémoire.Fllhanan, qui avait combattu dans les rangs des partisans russes pendant la guerre et à côté des extrémistes juifs du LEHI en Israël en 1948, demande à son fils de visiter son patelin natal et de lui raconter ce qui est advenu aux juifs là-bas, après sa rentrée en Amérique.Pour exaucer le désir ardent de son père malade, Malkiel, un journaliste réputé du New York Times, entreprend son voyage en Roumanie à ses risques et périls.La vie du père et fils, leurs espoirs et leurs déceptions, leurs amours et leurs croyances, sont examinés en parallèle par l’auteur, avec une minutie de détails qui captive le lecteur.Les récits macabres du fossoyeur s’entrechoquent avec les activités de la poüce secrète roumaine par l’intermède de l’interprète féminin et finissent par la rentrée du jeune Malkiel à New York, au chevet de son père « au seuil du néant ».Le processus de la perte de la mémoire d’Elha-nan, la plus chère des facultés pour un intellectuel, est analysée avec un mélange d’amour filial et de philosophie inspiré par les sages du juadlsme, par Elie Wiesel, un des plus authentiques interprètes de la culture juive.Dans les paroles de son père, « L’Allemagne c’est l’histoire juive endolorie », jugement auquel il ajoute comme un coro-laire : « Pour un juif, rien n’esl plus important que la mémoire ».Dans sa vaste collection de livres, essais, pièces de théâtre, la mémoire juive pour Wiesel s’enchevêtre avec la bible, le Talmud et les légendes midrashiques qui, ensemble, justifient la raison d’être du peuple juif.À première vue, le roman semble une autobiographie romancée mais L’oublié est beaucoup plus.C’est le récit de l’ineffable angoisse juive, les inénarrables souvenirs des camps de la mort, le tout dominé par la même question brûlante : où était-il le bon Dieu quand ses enfants étaient massacrés ?Sans doute, pour la génération présente ainsi que pour les générations à venir, Elie Wiesel représente la mémoire juive incarnée.Elhanan, le père du jeune Malkiel, veut se venger des nazis qui ont massacré, torturé et annihilé son peuple, y compris ses parents, mais il connaît des limites dans sa soif de vengeance.Quand il surprend son ami et camarade de combat, Itzik, en train de violer l’épouse d’un sinistre caractère antisémite, Zoltan Ny-los, il s’efforce d’empêcher cet acte bestial.À tout jamais, il ne lui pardonnera d’avoir exprimé sa vengeance sur un innocent, péché mortel condamné par la to-rah et les enseignements des sages juifs.Fllhanan, qui bientôt entrera dans le royaume des ténèbres par la perte de la mémoire, ne pourra pardonner ce crime commis par un juif.C’est son fils qui ira chercher le pardon de la femme, encore vivante, dans le patelin natal de son père.L’oublié est une fresque des événements de la seconde guerre mondiale où le réquisitoire contre les crimes nazis contient un avertissement aux nations contre l’envie d’oublier l’holocauste.FIlie Wiesel garde pour lui-même ses doutes quant à l’avenir de son peuple qu’il aime d’un amour ardent.Dans une des dernières phrases, imprégnée d’ironie, il écrit : « l’histoire nous a tout donné depuis des siècles sauf le bonheur».On y perçoit l’ironie d’un survivant de la nuit nazie qui ne perdra jamais sa mémoire.Ne soyez plus à la recherche du temps perdu! Avec l’Agenda littéraire du Québec 1990, planifiez vos activités avec les meilleurs écrivains d’ici.0 Profitez d’un bottin des ressources et activités littéraires de l’année en cours.EDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) H2T 2G2, Tél.: (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec Hures, 327-6900 Le Devoir, samedi 14 octobre 1989 ¦ D-5 • le plaisir des ivres Des personnages irrésistibles mais un auteur imbuvable ici JOSHUA AU PASSÉ, AU PRÉSENT Mordecai Richler Traduit de l’anglais par Paule Noyart Êd.Quinze, 1989, 537 pages Alice R4RIZEAU le~res ?étrongères MORDECAI RICHLER n’est pas à ses premières armes comme écrivain et pourtant son roman, publié en 1980, parait cette année seulement en traduction française.Certes, par ses déclarations, articles et conférences, Richler a réussi à se rendre tout simplement imbuvable au Québec, mais cela ne change rien ! De Duddy Kra-vitz à Joshua on retrouve sous sa plume une verve dont la jeunesse surprend et rend ces personnages tout à fait irrésistibles.Plus encore ôn s’étonne qu’un romancier qui parvient à ne pas ennuyer ses lecteurs, ce qui est déjà beaucoup, puisse ex- primer à l’occasion des opinions parfaitement ridicules au demeurant et tout à fait impensables dans la bouche d'un intellectuel.Mais revenons au roman et à Joshua, son principal héros qui raconte sa vie, celle des autres, ses découvertes et ses échecs.À cause de lui on passe à travers le fouillis de cinq cent pages en pestant contre le manque de plan, les digressions, les retours en arrière dans un temps mal précisé et dans un espace géographique précis, l’Espagne, et on ne peut lâcher le bouquin.Est-ce la preuve de la qualité du roman, ou d’une curiosité spécifique d'un lecteur d’ici qui pour une fois évolue dans sa ville, Montréal, se saoûle en compagnie de Joshua au bar du Ritz et dérape en voiture en descendant de Westmount vers la rue Sherbrooke ?Difficile de se promener là-dessus d’une façon catégorique, mais les faits sont conformes à la réalité historique et leur interprétation plutôt hilarante par moment.Le 15 novembre 1976, le Parti Québécois prend le pouvoir et Joshua dine chez les citoyens de Westmount, juifs, anglophones et riches qui sont GUY FERLAND LE GOÛT DE L’ARCHIVE L’INFRA-ORDINAIRE LA TOMBÉE DU JOUR DOMAINES ET CHATEAUX LES FONCTIONNAIRES DIVINS Arlette Farge Georges Perec Michel Schneider Marc Auger Jean Levi coll.« La librairie du XXe siècle » Seuil CES CINQ premiers titres donnent une idée de la ligne directrice de cette nouvelle collection dirigée par Maurice Olender.De présentation sobre et soignée, ces volumes de format de poche traitent de sujets divers qui touchent par certains côtés le travail de l’écriture.Arlette Farge présente des archives de la police du X Ville siècle.Mendiants, voleurs, gens de peu sortent un temps de la foule.Georges Perec écrivait sur ce qu’il voyait en voyage ou en promenade.Ces textes, publiés entre 1973 et 1981, seront suivis des voeux que l'auteur de La vie mode d’emploi adressait à ses proches.La nouvelle collection publiera également d’autres textes épars de Perec.Michel Schneider analyse la musique de Schumann comme une création née de la douleur qu’il oppose à la souffrance.Marc Auger s’inspire des annonces immobilières des journaux pour se remémorer des lieux imaginaires ou de rêves.Enfin, Jean Levi commente la politique, le despotisme et la mystique en Chine.ancienne.PORTRAIT D’UN HOMME DU SIÈCLE Franco Zeffirelli Belfond 482 pages PERSONNAGE coloré, le cinéaste et metteur en scène de théâtre et d’opéra raconte par le menu sa vie rocambolesque remplie de rencontres importantes.Dans cette autobiographie, on voit défiler les plus grands : Lu-chio Visconti, Coco Chanel, Maria Callas, Anna Magnani, Liz Taylor, Richard Burton, Laurence Olivier, Placido Domingo, Liza Minnelli, Tennessee Williams, etc.Le cinéaste de la Tra-viata parle de ses idées sur l’art, la politique, Dieu, l’amitié et l’amour.Le volume est complété par une scénographie et une filmographie complètes publiées en annexe.PARIS-ATHÈNE Vassilis Alexakis Seuil 216 pages « J E N E sais pas quand j’ai commencé à écrire ce livre.Je sais que nous sommes le 9 aujourd’hui, je regarde dans mon agenda, le dimanche 9 novembre 1986, jour de la Saint-Théodore, eh bien non, je suis en train de me tromper d’une semaine, nous ne sommes que le 2, jour des Défunts.J’aurais préféré commencer le 9 : Théodore est un nom grec.Mais tant pis, le jour des Défunts n’est pas mal non plus.Il y a un an, j’ai essayé d’écrire.J’ai passé des heures et des jours les yeux fixés sur la page blanche sans réussir à tracer un seul mot : j’étais incapable de choisir entre le grec et le français.Je voulais justement écrire sur la difficulté de ce choix, mais comment écrire sans choisir ?» Paris- Athène est la réponse à cette question.LE LIVRE BRISÉ Serge Doubrovsky Grasset 418 pages « Si j’écris, c’est pour tuer une femme par livre.» Cette phrase est à entendre ici au sens littéral.Serge Doubrovsky, essayiste et romancier, professeur à New York, juif originaire de Russie et quinquagénaire, a commencé son livre par un journal qui s’est vite interrompu.Sa femme, Autrichienne exilée aux États-Unis, brune de 27 ans, jalouse de ses histoires d’amour passées, lui ordonne d’écrire l’histoire de leur liaison orageuse.Le livre se brise alors en deux.Le journal et le roman conjugal.Il se déroule en trois lieux : New York, Paris et Linz.Doubrovsky raconte tout sans épargner les détails scabreux, les mesquineries, les batailles, les chicanes et enfin la déchéance dans l’alcool.Un jour, on retrouve sa femme lise Epple morte dans son studio de Paris.Suicide ?« Entre mes mains mon livre s’est brisé, comme ma vie.Je me suis alors aperçu, avec horreur, que je l’avais écrit à l’envers.Pendant quatre ans, j’ai cru raconter, de difficultés en difficultés, le déroulement de notre vie, jusqu’à la réconcilition finale.Mon livre, lui, à mon insu, racontait, d’avortements en beuveries, l’avènement de la mort.» ESPACES D’UNE VIE Ricardo Bofill et Jean-Louis André Éditions Odile Jacob 254 pages « Qu’y a-t-il de commun entre toutes mes réalisations ?Quelle signification puis-je donner aujourd’hui à mon architecture ?Sans doute celle d'une volonté d’organiser l’espace.Retour à la folie des origines, à la faim d'espace héritée de l’enfance, à l’angoisse du claustrophobe.» Ce volume est une biographie du célèbre architecte.décidés à se précipiter dès le lendemain matin à la banque pour vider leurs coffrets.Joshua s'amuse ferme de cet affolement, lui qui n’a rien et qui contrairement à ses coreligionnaires gagne péniblement sa vie au jour le jour et s’essouffle d’une échéance à l'autre où il lui faut, pauvre scribe, payer ses comptes.Il éprouve même une profonde satisfaction en pensant que René Lévesque, qu’il admire, finira peut-être par transformer les anciens contremaîtres, uniformément anglophones, en ouvriers et saura aider les francophones à occuper désormais n’importe quel poste de commande.Car bien que Joshua ne connaît, ni ne fréquente aucun canadien-français et se sent aussi étranger dans ce milieu qu’un scaphandrier sur la planète Mars, une parenté existe entre eux et lui.Parenté qui découle de la pauvreté qu’il avait connue dans son enfance et qu'il ne cesse de considérer comme la pire des injustices.Fils d’un truand, amusant, tendre et haut en couleurs qui a passé des années en prison, ou encore en cavale aux États-Unis, il n’a jamais cessé pour autant de l’aimer.À l’opposé, il ne pardonne pas à sa mère Tn ! 3 £ jK, h Mordecai Richler qui pour pouvoir l'élever a dù avoir souvent la cuisse légère, ses infidélités à l’endroit d’un mari chaotiquement absent.Or, par une étrange ironie du sort, Joshua, devenu écrivain sans l’aide de personne, tombe amoureux de la fille d'un sénateur canadien, rencontrée à Londres où il fait carrière.Le voilà obligé d'affronter un milieu dont il ne soupçonnait pas l’existence quand il vivait à Montréal, un distingué conservateur surtout, aux tempes argentées et à la réputation irréprochable.Chance ou mérite, Pauline l’épouse finalement et le voilà engagé dans une vie de famille, car ils ont trois enfants et vivent dans les Cantons de l’Est dans le domaine qui appartient au beau-père.Pour être digne de sa .femme, pour ne rien devoir a personne, Joshua se démène, décroche des contacts pour la télévision canadienne et américaine, voyage entre Montréal et Ottawa, boit beaucoup, plus que les personnages d’Hemingway dans Le soleil se lève aussi, ce qui n'èst pas pou dire et fréquente des politiciens et des financiers d’ici.Derrière les noms de ces personnages se cachent peut-être des personnalités connues, c’est probable, mais ce qui est essentiel c’est qu’ils sont tous vivants.Les dialogues et les réflexions de Joshua démontrent que le puritanisme ne résiste pas à la tentation et dans certains chapitres on croit croi- Un catalogue de lieux communs OPHÉLIE APPREND A NAGER Susanna Kubelka traduit de l’allemand par Dominique Kugler Paris, Belfond, 1989, 256 pages MARIE-ANDRÉ LAMONTAGNE QUI EST-CE QUI possède la plus flamboyante chevelure rousse, les plus beaux petits ongles de doigts de pieds soigneusement peints en rouge, qui affirme avoir lu toutes les littératures françaises de A à Z, spécule avec ses dollars, est obsédée de régimes amaigrissants et habite à Paris, un appartement prêté par un directeur d’opéra ?Ophélie.Retenez bien ce nom.En dépit de la pauvreté ambiante des lettres, jamais littérature n’aura atteint de tels sommets dans la bêtise avec ce personnage, heureusement peu crédible.Susanna Kubelka imagine que son héroïne est Canadienne.Elle est parfois québécoise, c’est caprice de traduction.Mais il y a plus grave.Ophélie est née à Port-Alfred ce qui est tout de même un handicap sérieux quand on possède le talent, la beauté et l’intelligence qu’elle est persuadée d’avoir en partage.Pendant deux cent cinquante six inter- minables pages, on a droit aux amours d’Ophélie, aux boulimies d’O-phélie, aux belles robes d’Ophélie.Au lecteur on n’épargne pas non plus les amants d’Ophélie, quarante-trois selon les chiffres de la principale intéressée qui ne tient pas le compte de ceux connus à Paris.C’est que cette personne se veut le chantre de la femme mûre, experte, indépendante, et qui a réussi.Ophélie a quarante ans, mais si elle a le ventre plat jusqu’à être confondue avec une étudiante canadienne fauchée à Paris, elle n’en possède pas moins la cervelle d’une petite bécasse.Franchement, une femme de quarante ans attendrait-elle à la dernière minute pour chuchoter à l’oreille de son bouillant Tunisien de « faire attention » ?Quelle tristesse que ce Port-Alfred ! On n’y trouve que des maris « marins-pêcheurs, chercheurs d’or ou chasseurs de phoque ».L’inévitable exil guette celle en quête d’un mari intéressant, une espèce qui comme chacun le sait, n’a jamais trouvé à s’acclimater dans ce pays de sauvages en dépit des efforts de l’intendant Jean Talon.Voilà donc Ophélie à Paris, au frais de la richissime Nelly, sa tante d’Hollywood.Cette dernière, c’est un peu l’intellec- tuelle de la famille depuis qu’elle a commis l’ouvrage fameux, Le régime d'Hollywood Star dont elle a vendu plusieurs millions d’exemplaires.Par un étonnant phénomène d’osmose, le lecteur aura d’ailleurs droit au contenu du livre de Nelly à travers celui de Susanna : pas de viande, pas d’hydrates de carbone en même temps que les protéines, en clair, des crêpes au sirop d’érable (Ophélie est Canadienne, ne l’oublions pas) mais le bacon et les oeufs une heure plus tard.Ophélie apprend à nager c’est Erica Jong mais en moins drôle, J u-dith Grantz, mais en plus prétentieux.Et puis ce n’est pas un roman mais un catalogue de lieux communs sur les hommes, les femmes, les jeunes femmes, celles de quarante ans, le flegme des Anglais, la fougue sexuelle des Tunisiens, l’orgasme féminin, le massage des pieds comme remède au spleen.Après Flaubert, un tel ouvrage manquait en littérature.Pour la dernière décennie du moins.C’est le maximum en effet que peut envisager le talent de Mme Kubelka.tier San Antonio « made in Canada », phénomène auquel nous ne sommes guère habitués dans la littérature canadienne anglaise.Sexiste, misogyne, Joshua cherche à sa façon la tendresse et la justice.La tendresse, c’est l’amour de Pauline, sa femme qu’il adore, de leurs trois enfants et la compréhension amusée du père et du beau-père qui chacun à sa façon veille sur leur bonheur.La justice, c’est le mépris forcené pour les trop bien nantis qui, ayant tout reçu dans leur jeunesse, éducation soignée et diplômes, argent et respectabilités, ne sont à l'âge adulte que des parasites ou des combinateurs.Le frère de Pauline va se suicider à la suite de l’échec de ses spéculations boursières douteuses parce que Joshua va empêcher sa femme de se parjurer.Un drame, lourd de conséquences pour le couple, mais qui ne parviendra pas à le détruire.Il y a, en outre, deux autres dimensions dans ce roman qui ne sont pas liées avec le présent, mais avec le passé.La première c'est celle de la guerre d'Espagne, du Bataillon McKenzie Papineau et du sacrifice de docteur Bethune.Joshua, jeune re- , porter, raconte cette période d’une façon on ne peut plus décousue et, soudain, on comprend que c'est là- , bas que lui, le Canadien, a découvert le nationalisme juif.« Né canadien, il avait parfois l'impression qu’il était condamné à avancer, les épaules de travers, à travers ce monde qui le confondait.L'une penchant vers le bas, écrasée sous le poids de son héritage juif (bûchers sur la place du Marché, cosaques déments, chambres à gaz, mais aussi Moïse, le rabbin Akiba et Maimo- .nide).l’autre levée vers le ciel, aspirant à un héritage, n'importe lequel, mais qui pèse plus lourd que la construction d’un chemin de fer transcontinental, qu’une réputation de commerçant honnête, qu’un temps idéal pour le ski ».Et tout en buvant du vin blance dans un café de la Plaza Mayor, Joshua pense que « Quelque quatre cents ans plus tôt, pendant l'Inquisition, ils brûlaient des juifs ici, a cet endroit précis, pour le sport ».Il pense au passé, à « l’autodafé » sans établir en même temps un lien avec la tolérance du Nouveau Monde en général et du Canada en particulier.C’est ainsi que Joshua et peut-être aussi Mondecai Richler, son créateur, font des réflexions intéressantes sans aller jusqu'au bout des raisonnements ce qui est, certes, regrettable, mais ne rend pas pour autant la lecture du roman moins amusante .my.n LA RENTREE SEUIL 4L Université de Montréal Faculté de l’éducation permanente /1« m"1 .tue Benozig'10 Tableaux d’une ex JEAN-LUC BENOZIGLIO - TABLEAUX D'UNE EX Est-il un scénario plus classique ?L'une en a de l'un assez, alorsque l'un n'est point de l'une las encore ?« En trois cents pages et autant de coups de pinceau, l'histoire d'une rupture amoureuse : « Tableaux d'une ex », de Jean-Luc Benoziglio, serait-il le roman le plus drôle de la rentrée ?» Wmm® - PÉNÉTREZ AU COEUR 1 DU MONDE FASCINANT 1 DE LA PUBLICITÉ CERTIFICAT DE PUBLICITÉ Des connaissances théoriques et pratiques qui vous habiliteront à accomplir certaines tâches reliées à la publicité et de mieux cerner l’ensemble du phénomène de la publicité.DATE LIMITE D’ADMISSION: Le 1er novembre 1989 Annuaire et demande d’admission: 3335, chemin Queen Mary Métro Côte-des-Neiges Téléphone: 343-6090 ou 3 wm t m m HEWARD GRAFFTEY À L’ÉCOUTE DU PASSÉ De Diefenbaker à Mulroney La vie politique vous laisse indifférents ou, au contraire, elle vous passionne.Dans les deux cas, vous aurez intérêt à lire Heward Grafftey! ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) H2T2G2, Tél.: (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec Lures, 327-6900 ! t D-6 ¦ Le Devoir, samedi 14 octobre 1989 m % le plaisir des mes L’imaginaire de Jacques Renaud L’ESPACE DU DIABLE Jacques Renaud Guérin Littérature 1989, 263 pages JEAN ROYER L’éditeur fait bien de rappeler, en couverture quatre de L’Espace du diable, la place qu’a prise Jacques Renaud dans notre littérature depuis Le Cassé, qu’il publiait aux éditions Parti Pris il y a exactement vingt-cinq ans.La prose de Renaud allie un réalisme du langage à un surréalisme de l’imaginaire.Un quart-de-siècle après Le Cassé, les nouvelles du nouveau recueil de Renaud sont fidèles à ces deux pôles.L’Espace du diable nous fait voir tout au moins la force de son imagination.L’écrivain invente six histoires étonnantes.Tan- tôt, c’est le poète Emile Newspapp aux prises avec ses idées de révolution.Tantôt, c’est l’histoire d’un crayon magique, avec lequel les signes recouvrent la réalité.Ailleurs, le sacrifice d’une mère donne naissance à un sorcier.Quant à la nouvelle la plus importante, qui donne son titre au recueil, elle se présente comme une variation d’un thème bien connu.L'Espace du diable nous fait assister à la fusion d’un homme et de son chien.Il me semble que la plus spectaculaire, et contemporaine, des nouvelles de Jacques Renaud reste Der Fish, cette histoire de poisson, plus précisément de truite d’Allemagne de l'Est qui veut visiter la « piscine » de l’Ouest.La description d’un douanier atteint de la phobie des poissons fait de ce récit un morceau d’anthologie.Deux remarques, cependant, sur ce qui fait la faiblesse du livre de Renaud: la langue.L’écrivain, on le sait, a initié avec Le Cassé, une littérature de langue parlée, le jouai étant alors considéré comme une arme esthétique et idéologique.Avec Renaud et d’autres, la littérature des années 1960 s’est faite socio-critique de la situation d’un Québec aliéné.Aujourd’hui, la littérature a retrouvé son rôle propre de littérature.La force d’écriture d’un livre ne lui viendra pas d’un langage relâché, contaminé d’incorrections, platement réaliste ou mimant la langue parlée dans ses facilités.Aujourd’hui, l’idéologie du jouai est dépassée par la fiction même.L’esthétique de l’écrivain doit rester purement littéraire.La langue des livres doit se justifier par elle-même.Or, à la lecture de L'Espace du diable, on prend contact avec une langue relâchée, de venue parfois facile et répétitive, qui s’appuie sur deux ou trois structures syntaxiques et pas plus, qui ne se dégage pas toujours de l’effet primaire.De sorte que l’écriture de Jacques Renaud y gagnerait à rechercher une économie de style.De même, l’éditeur aurait pu montrer plus d’exigence envers le manuscrit de L'Espace du diable.On y lit un certain nombre d’expressions et de constructions fautives comme celle-ci, par exemple, page 61 : « Il fallait que le dé devienne, avec le médicament et grâce au feu, tout en prenant garde de ne pas faire fondre le dé, partie d’elle comme elle devait se confondre graduellement, à son tour, avec la terre et le couchant.» Soulignons enfin la qualité du papier et de l’impression de cet ouvrage édité par Guérin Littérature.Espoirs et déchirements de l’âme créole CLÉMENT TRUDEL Quatre cent mille Guadeloupéens et Martiniquais vivent en France.Attachés à leurs racines, nostalgiques de leur pays natal, se demandant ce qu’un Français de l’Hexagone pense des deux départements des Antilles situés à 7 000 km de Paris.11 faudrait veiller à éviter que le Français ne se mire dans des « miroirs ambigus ».Les Antillais détenteurs de la nationalité française forment, dirait-on ici, une (ou des) société(s) distincte^).C’est bien l’avertissement dont tient compte Daniel Bastien qui a coordonné, avec Maurice Lemoine, la préparation du captivant dossier: Antilles, espoirs et déchirements de l'âme créole, paru dans la série monde (No 41 ), de la revue Autrement.Dans l’immédiat après-guerre, l’« assimilation » semblait devoir prévaloir dans les ex-colonies.Autrement signale cependant les déceptions survenues aux Antilles en attente de « liberté, PARITÉ, fraternité ».On y pointe les soubresauts que connut la Guadeloupe, notamment par les agissements de l’Alliance Révolutionnaire Caraïbe (ARC) dont le chef présumé, Luc Reinette, vient d’être amnistié par Paris.« Les deux départements des Antilles sont à l’image de leur volcan, ils sommeillent mais peuvent avoir des réveils brutaux », écrit Jacques Canneval, journaliste à Pointe-à-Pitre.« Une culture, ça se vit, ça ne se définit pas », dit Maryse Condé à l’un des 30 collaborateurs de la revue chargés de rajeunir le regard que l’on porte sur la cuisine et la musique antillaises (il a fallu s’inspirer de la méthode professionnelle des Haïtiens, considérés comme incontournables, pour que percent, finalement, Malavoi et Kassav’ sur le marché français).Littérature et vie sociale font aussi partie du tour de piste.Des pages émouvantes, dans ce kaléidoscope, évoquent le sort que réserve aux femmes cette société qui vénère toujours « Maman Doudou ».À signaler, les deux courts textes de l’écri-vain-psychanaliste Simonne Henry-Valmore sur la « magie des espoirs » et sur « la fille de Morne-à-l’Eau » ; cette dernière franchit l’Atlantique sur le conseil d’un guérisseur mais doit se résigner à revenir au point de départ après avoir vu un quimboi-seur installé en France.Le deuxième guérisseur a bien compris que l’exil ne guérit pas l’angoisse ! L’emprise des guérisseurs et des prédicateurs est loin d’être chose du passé, rappelle Henry-Valmore.Les rapports souvent turbulents avec les « métros » sont abordés dans des pages où se livrent, parfois sous couvert d’anonymat, des Français de la métropole, en transit parce qu’ils ont cru, comme policiers, fonctionnaires ou cadres, améliorer leur picotin.La loi Pons (dite de ‘défiscalisation’) encourage aussi les métros à investir dans les DOM ou Départements d’outre-mer.Autrement n’oublie ni le sport (désopilante présentation du football à la Guadeloupéenne), ni le brassage de population, ni les « rapports difficiles avec l’Afrique », ni les influences (Espagne, Angleterre, Hollande) qui jouent sur un chapelet d’iles où, en créole, glace se dit par exemple sonibol (ou « snowball »).À Saint-Martin, le dollar US circule normalement et l’anglais est en ascension.Quant au phénomène des békés, ces Blancs créoles de Martinique qui constituent une « minorité dominante » selon la thèse d’Édith Ko-vats-Beaudoux, ils sont présentés comme astucieux et bien en selle dans ce monde en mutation.DU NOUVEAU SUR Laurier! 1005, av.Laurier — Tel: 279-6384 pw: 1 !» SA* 192 p.-17,95$ # l’Hexagone lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise Pauline Harvey Pitié pour les salauds! Roman Après Encore une partie pour Berri (Prix Molson de l’Académie cana-dienne-française), vous lirez avec ravissement et frémissement le quatrième roman de Pauline Harvey Pitié pour les salauds! • «Un livre dur et complexe.» Jean Basile, La Presse • «Un roman dont la lecture laisse un froid dans le dos.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil • «Percutant.» Marie-Claude Fortin, Voir «.l’un des écrivains majeurs, l’une des voix les plus originales.» Jean-Roch Boivin, Le Devoir • l’Hexagone Autrement a eu la main heureuse et nous offre trois inédits d’Aimé Cé-saire, poète-maire de Fort-de-France (Martinique).Le théâtre, les écrits politiques et les poèmes de Cé-saire ont intéressé l’Amérique blanche dès que les Afro-Américains ont voulu secouer la marginalisation où ils allaient sombrer.C’était le début des années 60.Un autre Antillais, Frantz Fanon ( Les damnés de la terre\ Peaux noires, masques blancs) se faisait alors l’interprète des indépendances et fustigeait les collaborateurs du néo colonialisme.Césaire s’est ouvert à un chercheur (en 72) du traumatisme que lui avaient causé ses brefs séjours à Miami et à New York.Ainsi, le portier d’une résidence cossue où l’on donnait une réception en son honneur dirigea Césaire vers l’ascen-ceur menant.aux cuisines, avec les domestiques ! J’oublie le rhum ?Pas vraiment.Vincent Placoly est imbattable dans sa description du rituel du tafia, chez un vieux qui lui apprête une sarde.J’en suis sorti sceptique sur les bienfaits objectifs du rhum; fasciné tout de même par la faconde d’un Antillais qui a su garder juste mesure, évitant de se retrouver dans le daleau (asile qui guette ceux qui abusent de ce cognac de canne inventé par le père Labat).+ O’Neil d’aller revoir et reconnaître au dictionnaire son illustre prédécesseur français.Il en revient avec une citation de l’auteur des Lettres de mon moulin : « Mon oeuvre est un singulier mélange de fantaisie et de réalité ».Voilà qui rassure O’Neil sur sa définition de la fiction.« Chaque écrivain, ajoute-t-il, parle de son expérience personnelle avec des acco-modements.Les écrivains n’ont pas d’autre chose à raconter que leur expérience de vie.Quitte à couper les détails sans intérêt ou ajouter la dimension du rêve.Quand j’écris, il faut que le récit soit collé sur le réel -ce qui n’exclut certes pas la fiction ou la fantaisie, loin de là.Il faut que l’écrivain apporte au réel une coloration que les autres n’ont pas vue comme telle.J’aime une écriture serrée, fondée sur le réel.« Voilà pourquoi je dis que je déteste la littérature et que j’adore certains livres.Par exemple, je suis incapable de lire les romans-fleuves sur les familles.Balzac, Zola et Proust, ce n’est pas fait pour moi.Mais La Petite Poule d’eau, de Ga-brielle Roy, je l’ai relue cinq fois, l’hiver dernier, tandis que son Bonheur d'occasion, je ne suis pas capable d’en lire dix pages.Pour le récit et le roman, mes modèles sont Gabrielle Roy et Félix-Antoine Savard , de même que Tourgeniev, Daudet, Mau-passant, Hemingway, Steinbeck, Wilder et Yourcenar.Ces gens-là ont utilisé des techniques que je n’ai pas copiées mais dont je me suis largement inspiré parce que je les trou- estuaire C.P.337, suce.Outremont, Montréal, QC, H2V 4N1 LE POÈME EN REVUE estuaire « » i ! • “ des poèmes, des dossiers, des débats, des commentaires sur les dernières parutions Les numéros 54,55,56 s’en viennent Comme sur une musique de.Les jeunes poètes — Les nouveaux interdits — Estuaire / Levée d’encre Abonnements pour quatre (4) numéros par année ABONNEMENT ÉTUD1ANT/ÊCRIVAIN 15.00 SG ABONNEMENT RÉGULIER I8.00SÜ ABONNEMENT POUR INSTITUTIONS 30,00 JG ABONNEMENT DE SOUTIEN 30,00 SG ABONNEMENT À L'ÉTRANGER 35.00 5 G CHAQUENUMÉRO 6.00SG Nom ___ Adresse Code____________________________ UllllhZ \lABONNER \ PXRTIR 1)1 NIMtRO Simplifier l’ortografe : pour ou contre ?MARIE-ÉVA DE VILLERS De façon cyclique, le projet de simplifier l’orthographe française revient sur le tapis.Il faut dire que si le français a considérablement évolué depuis l’époque de Corneille, il n’a plus guère bougé à compter du milieu du siècle dernier, alors que l’enseignement obligatoire a été établi en France.L’imbécile est atteint d’imbécillité et les mammifères ont des mamelles.Ne l’appelez pas, in-terpellez-le.Plutôt que de jeûner, vous déjeunerez car la cuisine exhale un bon arôme d’herbes aromatiques.Les illogismes de notre orthographe peuvent-ils contribuer au recul du français comme langue seconde ?Lui préférerait-on l’anglais parce qu’il est moins difficile à maîtriser ?Une simplification modérée et très progressive où l’on corrigerait d’abord les anomalies les plus flagrantes, les subtilités inutiles favoriserait-elle la diffusion du français dans le monde ?Une enquête de la revue Lire conduite en mars 1989 révélait que les Français se partagent en deux clans bien tranchés : 44 % sont favorables à une simplification de l’orthographe, 6 % refusent de se prononcer et 50 % sont hostiles à cette réforme.Précédemment un échantillon important, mais non représentatif d’instituteurs français s’était prononcé en très forte majorité pour un nouvel aménagement de l’orthographe, provoquant un tollé dans l’opinion publique française.Ne se passionne-t-on pas pour les fameuses dictées de Bernard Pivot truffées de pièges, d’accents incongrus, de consonnes insidieusement redoublées ?Est-ce un jeu d’adresse, un défi lancé à la mémoire plus qu’à la logique ?Son illustre promoteur écrivait lui-même dans France-Soir l’an -dernier : « Mes dictées, dans les- ; quelles je prends le français tel -qu’il s’écrit, permettent de faire comprendre les embrouillaminis de la langue française.» Depuis quelque temps paraissent de nombreux essais sur la question.Pour se faire une bonne -idée du débat, on lira avec intérêt le plaidoyer de Jacques Leconte ; et de Philippe Cibois paru en sep- I tembre au Seuil, Que vive l'ortho- ; graphe ! qui résume bien les po- I sitions des divers réformistes du ; français.Parmi les aménagements pré- ; conisés, citons notamment la suppression de nombreux ac- ; cents circonflexes, de consonnes -inutiles, des graphies savantes, ; de certains pluriels irréguliers.• • Doit-on supprimer les accents ; circonflexes qui n’ont pas de va- • leur sémantique, qui marquent la chute d’une lettre ancienne ?-Ex.: Bâton (de « Bastum »).• Doit-on bannir les consonnes ; doublées inutilement (dont on I n’entend pas le redoublement) ?; Ex.: occurrence ou occurence, -pionnier ou pionier.i • Doit-on abandonner les conson- -nés étymologiques ?Ex.: domp- ; ter ou donter.• Doit-on renoncer aux lettres ! grecques ?Pharmacie ou far- -made.• Doit-on remplacer les pluriels en x par des pluriels en s ?Ex.: -bijoux ou bijous.; Que pensez-vous de ces proposi- -tions qui sont avancées par les ; partisans d’un réaménagement de l’orthographe ?Seriez-vous favorables à une simplification modérée de notre système graphique ?Ce débat ne devrait pas concerner que les Français; il nous intéresse aussi : donnez-nous votre avis en écrivant au Plaisir des mots, aux soins du DEVOIR, 211, rue du Saint-Sacrement, Montréal H2Y 1X1.vais excellentes pour décrire un personnage, pour décrire un pays et pour le montrer à des lecteurs d’une façon qui ne leur avait jamais été présentée.Personnellement, conclut Jean O’Neil, j’aime une écriture de haut style, qui nous fait croire qu’on est au coeur du paysage et des êtres, comme dans un tableau de Marc-Au-rèle Fortin.» Malheureusement, ce n’est pas un tableau de Marc-Aurèle Fortin, peintre des paysages de Charlevoix, mais une peinture de Claude Monet, qui illustre les récits québécois de Jean O’Neil.On peut en faire reproche à l’éditeur et lui demander si c’est par mégarde ou pour éviter de payer des droits d’auteur pour une oeuvre de Fortin qui, au contraire de Monet, n’est pas encore tombé dans le domaine public.4 La violence car il aime par dessus tout l’objet livre.Son deuxième roman se veut une oeuvre sobre sur un sujet grave : la violence faite à un enfant.Pour ne pas produire un effet de témoignage ou de sensationnalisme, il a travaillé le côté ambivalent de l’enfant et du monstre qui l’agresse.Comme dans les tragédies, on voit une destinée progresser vers une fin inéluctable.L’enfance est un sujet privilégié pour Pierre Gobeil.Car c’est le lieu de la vulnérabilité où les impressions sont les plus fortes.Cela permet également au créateur d’approfondir des sensations et des sentiments humains.Il ne faut pas oublier aussi que le retour sur soi inévitable de l’auteur structure toute création.Lorsqu’on blesse un enfant, irrémédiablement, celui-ci aura des problèmes d’élocution.C’est ce trouble du langage qu’analyse Pierre Gobeil.D’après lui, ce sont les gens qui vivent dans le désert qui ont des problèmes avec les chameaux et ce sont Tes gens qui vivent du langage qui ont des problèmes avec les mots.Bien sûr, lorsque les autres se mêlent de la partie, les petits problèmes s’accumulent.Et l’acte abominable de la fin du roman s’inscrit à l’intérieur d’uhe situation d’ensemble.Heureusement, le jeune garçon qui raconte difficilement son histoire à travers La mort de Marlon Brando a, comme Pierre Gobeil, une intelligence critique qui lui permet de se détaclùer quelque peu des difficultés de la vie.C’est pourquoi il écrit, sans véritablement l’écrire, à la toute fin de sa composition de français : « Je crois qu’on m’a tué.» Et de continuer de vivre malgré tout.Peut-être un jour deviendra-t-il écrivain ?Pierre Gobeil, lui, l’est.I La revue Anthropologie et Sociétés en collaboration avec les Facultés de droit et de sciences sociales de l’Université Laval, la Faculté de droit, le Centre de recherche en droit public et les Départements d'anthropologie et de criminologie de l'Université de Montréal, le Département de sciences juridiques de l'Université du Québec à Montréal et les éditions Fayard invite Pierre Legendre professeur de droit à Paris I.directeur d'études a l'École pratique des Hautes Études |V' section.Sciences religieuses) à prononcer une conférence publique intitulée L’INTERDIT DE TUER le mardi 17 octobre 1989 à 19 heures a la salle K 0215 du 3200, rue Jean-Brillant.Université de Montréal et le jeudi 19 octobre 1989 à 19 heures à l'amphithéâtre IC du pavillon Charles-De Koninck.Université Laval.Pierre Legendre vient de publier aux éditions Fayard Le Crime du caporal l.ortie.Traité sur le Père.
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