Le devoir, 26 avril 1986, Cahier C
LE DEVOIR CULTUREL CAHIER c Montréal, samedi 26 avril 1986 RAYMOND DEPARDON MARCEL JEAN SUR LA TABLE, une vieille Leica toute bosselée.C’est avec ça que Raymond Depardon prend des photos.Elle a du voir l'Afrique et l’Amérique, Saigon et New York, Paris et Djibouti.Étonnant de constater qu’un photographe de ce calibre travaille avec un tel appareil.Il y a quelque chose de sentimental là-dessous.A côté, l'homme parle doucement et a le regard plutôt fuyant.Comme tous les timides, il est longtemps silencieux mais il s'exprime abondamment et franchement dès que la glace est véritablement brisée.Il parle de photo, de cinéma, de journalisme, de politique, de littérature, mais surtout de lui.Raymond Depardon est reporter, mais il a un statut particulier : il est le premier à avoir osé insister sur l’existence du reporter à l'intérieur du reportage.Tout a commencé de façon banale.D’abord, Depardon fondait l’agence Gamma avec Gilles Caron.Pour la première fois, plutôt que d’être signées du seul nom de l’agence, des photos étaient publiées en étant signées : « Raymond Depardon — Gamma ».Premier signe de la présence du photographe.Ensuite, au cours de l’été 81, Depardon envoie chaque jour à Libération une photo de New York.C’est Correspondance new-yorkaise, Présence du photographe CHASSEUR d IMAGES Celte carie litxii» ifioit » patücipêi à toutes les épreuves permettant d obtenir la carte 3 étoiles.Sur présentation de cette carte, le titulaire est assure du meilleur accueil de la part de son tomnlsseuf photo-ipaphe et d’obtenir une réduction sut son abonnement à des revues spécialisées.M &D OA/ /? a été reconnu CHASSEUR d'IMAGES * * Date________ Raymond Depardon dans son film, Les Années déclic.qui allait devenir un livre {éditions de l’Étoile).« J'écrivais des légendes, comme tous les photographes.Mais, à ce moment-là, j’ai commencé à parler de moi, à dire : j'ai pas fait de photos aujourd’hui.» L’aspect autobiographique, qui allait devenir capital dans l'oeuvre de Depardon, faisait son apparition.Ce qui.pour un écrivain, était quelque chose de tout à fait normal allait devenir particulièrement novateur chez ce photographe-cinéaste.« Du point de vue de l’autobiographie, le cinéma et la photographie sont terriblement en retard sur la littérature.On entend souvent les gens dire : "Ça ne se dit pas.” Pourtant, parler de soi, c’est parler des autres.C’est aussi parler de ce qu’on connaît.Et, comme ce que je sais faire c’est de la photographie, je ne vais quand même pas me mettre a écrire mes mémoires.Je ne peux pas raconter une histoire si elle ne me concerne pas.» Avec Les Années déclic, que l’on pourra voir à l’Outremont à partir de lundi, Depardon nous livre une véritable autobiographie filmée.Un film d’une heure où il commente ses photos, où il retrace sa passion pour la photographie jusqu'à sa petite enfance à Villefranche-sur-Saône.Car Depardon vient de la campagne, il est fils de cultivateur.Alors, enfant, il photographiait les canards, les veaux et les chats.Plus tard, ç'allait être Bardot, Giscard et de Gaulle.Très rapidement, à l’agence Gamma, Depardon commence à doubler ses reportages en 16 millimètres.L’appareil photo ne suffit plus, il faut penser à la télévision.C’est ainsi que Prague, le Biafra et le Tchad sont « couverts ».Depardon devient l'homme aux deux caméras.Le petit déjeuner terminé, nous entamons une longue promenade dans Montréal ensoleillé.Là, sur les trottoirs achalandés du boulevard Saint-Laurent, à travers les ruelles du Vieux-Montréal, le reporter s’éveille.Discret, rapide, Depardon actionne sa vieille Leica comme s’il ne voulait pas se faire remarquer.« C'est la déformation professionnelle.En reportage, il faut prendre la photo rapidement, sans s’imposer.On n’a pas le temps de bien soigner le cadre.» Depardon est le contraire d’un touriste.Il s’attarde aux immeubles simples, aux visages des hommes d’affaires sortant de leurs bureaux, à la démarche des gens pressés.Pas de photos de l’église Notre-Dame.L’édifice du DEVOIR, triste et sombre, est un bon sujet.Dans le port de Montréal, deux pétroliers côte à côte avec des marins s'affairant sur les ponts : le port de l’angoisse.Une pensée pour wim Wenders.Plus loin, un panneau indicateur : « Entrée interdite sauf par affaire ».C’est le Montréal quo tidien, celui des jours de semaine, celui de l’heure du midi.À bas le folklore.Depardon, c’est l’oeil du témoin.Comment un tel homme a-t-il pu, pour son dernier film, Empty Quarter — Une femme en Afrique, passer du documentaire à la fiction ?« Il y avait tout un passé de reporter qui me faisait bar Suite à la page D-7 MAURICE RAYMOND La vérité profonde d’une émotion NORMAND BIRON SI UN LAC apparaît souvent comme le miroir placide d’une intériorité, la vie profonde qui l’habite assure sa pérennité.La démarche de Maurice Raymond est un peu à l’image de cet étang qui se serait abrité sous la patiente sagesse d’une longue écoute du monde.Ce « Survol 1935/1985 » de son oeuvre, présenté jusqu’au 4 mai à la Galerie du 22 mars (1333, avenue Van-Horne, du jeudi au dimanche de 13 h à 17 ), devient un magnifique hommage à un être dont l’intégrité d’un cheminement a permis de somptueuses récoltes.S’il a dit la nature, c’est en moissonneur de la sensibilité; s’il a écrit la couleur, c’est en serviteur de l’intuition.En voulant arracher à la lumière ses secrets, l’artiste nous a donné une oeuvre qui est d’ores et déjà un fragment essentiel de l’histoire de la peinture au Québec.Q.— Comment êtes-vous venu à l’art ?R.— Enfant, j’ai fait des dessins qui étaient probablement une voie privilégiée pour communiquer avec mon entourage .Ce moment n’était point de l’art car, pour faire son appara-tion, il doit transcender le quotidien.Un chemin s’ouvrait.Q.— Comment en êtes-vous venu à l’école des Beaux-Arts ?R.— En apparence, grâce à un cousin qui y suivait des cours.J’enviais la chance qu’il avait de pouvoir convertir ses études en plaisir, tant au plan humain que culturel.Je me suis, par la suite, tellement attaché à ce heu que j’ai fini par retracer l’histoire de ce bâtiment.Q.— Comment se passaient les cours ?R.— Dans les années 30, j’étais un étudiant attentif qui avait soif de découvrir, en remettant à plus tard les discussions sur l’art.Avant tout, apprendre mon métier et, ensuite, dépasser ce mo- ment d’apprentissage Q.— Les mouvem mouvements de l’époque,, Suit» à la pagt D-7 Patrioterie, une gouache de 1962 de Maurice Raymond HECTOR BIANCIOTTI Hector Blanciotti : « on sent la nécessité d écrire une langue parfaite » Le voyage à travers les langues JEAN ROYER ¦m mt ES PREMIERS livres étaient, au fond, des livres de fuite, // IV/1 où je voulais absolument ignorer le milieu e! le pays dont ’-¦-j’étais issu», me confie Hector Bianciotti.Né dans la plaine argentine, fils d’immigrés piémontais, l’écrivain vil maintenant en France depuis vingt-cinq ans.Celui qui fui séminariste pour gagner ses études et sortir de l’Argentine, puis homme de théâtre en Espagne, est devenu critique littéraire au Nouvel Observateur et lecteur chez Gallimard L’homme que j’ai devant moi possède le regard émerveillé d’un voyageur heureux.Il arrive d’un long périple qui l’a conduit en littérature.Au bout de ce voyage à travers les langues de sa vie — le dialecte piémontais qu’on lui interdisait enfant, la langue espagnole, natale, où il a écrit ses premiers livres, et le français de son pays d’adoption —, Bianciotti vient d écrire son premier livre directement en français .Sans la miséricorde du Christ est un roman d’une écriture magnifique, qui a valu à son auteur le prix Fémina 1985 et fait de lui une sorte de héraut de la langue française J'avais connu l’écrivain, non par ses premiers livres dont il sent complètement étranger aujourd’hui, mais par son quatrième roman, Le Traité des saisons, où il s’était enfin mis à la recherche du « jardin » de son enfance.On y lit, à travers des scènes de la vie de la pampa, la désolation, la solitude et la mort comme résignation, mais aussi le désir du monde d’un enfant qui voulait tout connaître.C’était là le début du voyage de Bianciotti.Ce livre merveilleux, il avait pu l’écrire après avoir trouvé son ancrage en Europe et être retourné voir, pour une dernière fois, ses vieux parents en Argentine.« Mon père était calme.Il me racontait des histoires pour me faire voir qu’il avait changé Je ne l’avais jamais aimé quand j’étais enfant Mais là j'ai eu un choc parce que je me suis rendu compte que nous étions la meme personne.La seule chose qui nous séparait, c’était que moi j'avais lu des livres et lui, non.C’est ce qu’on appelle la “culture”.Mais nous étions identiques.Aujourd’hui, quand on me prend en photo ou que je me vois au naturel, je reconnais en moi les gestes de mon père et sa façon de tenir la tête.» Qu'apporte alors la culture ?Bianciotti amorce sa réponse à ma question en rétorquant à la critique que vient de faire de son dernier livre Régine Robin, dans le magazine Spirale, en l’accusant d’être un « écrivain de l’imparfait du subjonctif ».La critique regrette, en fait, que la langue de Bianciotti soit si « lisse » et parfaite, alors qu'il y a eu « la modernité », alors qu'il y a eu Joyce, Céline et Beckett.« Ce qu’elle ignore, et sans doute parce qu’elle n’en a pas eu l'expé rience, proteste poliment l'écrivain, c’est que, quand on sort d’un milieu comme celui du prolétariat paysan, comme moi, et qu'on connaît ces gens-là, on sent la nécessité d'écrire une langue parfaite.Ces gens là ont besoin, à la limite, d’un langage noble Ils aiment que le langage soit très bien élevé et très respectueux de la grammaire et de la syntaxe.Ils ne savent pas ce que c'est que la grammaire et la syntaxe mais, quand même, ils tiennent à cette perfection de la langue dans laquelle ils ne peuvent pas s’exprimer.Ils sont contents quand ils sentent qu'un écrivain exprime ce qu’iLs ressentent d’une façon noble.« Ce qu’apporte la culture, c’est de pouvoir dire ce que ces gens n’ont pas su dire.C’est ce qui me pousse à écrire.Car, au fond, écrire ne me plaît pas beaucoup, c’est fastidieux Souvent, je laisse passer du temps entre un livre et un autre, Soudain, je ne peux pas ne pas écrire.C'est une sorte de folie de se mettre à écrire.Mais je suis poussé par quelque chose Le moteur, c’est mon enfance, qui n'est pas mon enfance mais cette vie autour de moi qui n’a pas été assez dite en littérature « En même temps, j’ai des goûts très élitistes.Je peux aimer des allusions, des citations, des jeux littéraires qui échapperaient à ces gens Je ne suis pas populiste, loin de là Mais je n'oublie pas d'où je viens.Je n’ai pas de mérite : je ne peux pas l’oublier Si jamais un livre de moi peut contenir quelque chose qui dise ce que ces gens auraient voulu dire, je serai très content Même rétrospectivement.Voilà, je crois, ce que 18 culture apporte » Pour Bianciotti, le romancier est une sorte d’écrivain public et son sujet, c'est les autres Aussi s'étonne t-ll du thème de la 14e Rencontre des écrivains où il était invité à Québec, à l'enseigne de « la tentation Suit* à la pay* C-7 C-2 ¦ Le Devoir, samedi 26 avril 1986 LE DEVOIR CULTUREL LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND TECHNOLOGIE François Haltz-Bonneau, L'Image et l’ordinateur, Aubier, 354 pages.Avec les jeux vidéo, le graphisme d'affaires, l'imagerie scientifique, les vidéotex, les dessins fixes ou animés, l'image informatique a vraiment transformé nos modes d’information, de connaissance, de jeu, de perception et d'émotion.L'auteur examine donc, au-delà de l’apologie et de la condamnation, les risques et les promesses de ces nouveaux systèmes d'expression et de représentation.B.Miège, P.Pajon et J.-M.Salaun, L’Industrialisation de l’audiovisuel, Aubier, coll, « Res/Babel », 284 pages.Dans la première partie, les auteurs expliquent les transformations en cours dans les industries audio-visuelles.Dans la seconde, ils analysent les stratégies des acteurs concernés par le développement des industries audio-visuelles et techno-culturelles.On se rend compte, entre autres choses, qu'on assiste présentement à une véritable révolution audio-visuelle avec les nouveaux médias électroniques qui foisonnent (câbles, satellites, télé privée, télématique, micro-informatique, etc).ART René Huyghe (de l'Académie fran- i çaise), Les Puissances de l'Image, Flammarion, 279 pages.Comme antidote à la profusion d'images qui nous submerge et nous pousse à la passivité, René Huyghe nous propose la contemplation de l’oeuvre d'art (de la peinture en particulier) qui « accroît la domination de l'homme sur la nature comme sur lui-même ».L’académicien nous explique tout cela avec une psychologie de l'art .qui se situerait entre l'esthétique et l'histoire de l'art.£ Louis Grodecki, Le Moyen Age retrouvé, Flammarion, 612 pages.Ce recueil d'articles parus dans des publications peu accessibles ou épuisées est consacré à la période allant de l'an mil à 1200 et résume très bien l'essentiel de la pensée du célèbre médiéviste mort en 1982.Trois thèmes sont principalement abordés : 1 — l'art roman dans la sculpture et la peinture; 2 — le vitrail roman; 3 — le style 1200 (passage de l'art roman à l'art gothique).MALADIE Pierre Guillaume, Du désespoir au salut : les tuberculeux aux XIXe et XXe siècles, Aubier, coll « historique », 376 pages.Aujourd'hui, c'est le cancer et le sida; hier, c'était la tuberculose et la phtisie.Il serait peut-être intéressant et instructif de jeter un coup d'oeil sur la mythologie longtemps entretenue à l'égard de la tuberculose.En restituant cette toile de fond, Pierre Guillaume nous montre le quotidien des tuberculeux et de ceux qui avaient peur ou combattaient la maladie.ESSAI Pierre Perrault, De la parole aux actes.L'Hexagone, 431 pages Ce livre rassemble les grands textes de ce poète, cinéaste, essayiste, écrivain et voyageur qui a grandement contribué à la renaissance québécoise.Du « Discours sur la parole » à « La mort dans l’âme », Pierre Perrault nous somme de prendre possession, à tous les niveaux, de notre pays.Un livre ressource qui nous lance un défi.LA LANGUE AU CHAT MARC MORIN Les mots qui courent SI VOTRE « cheminement » « interpelle » le « rationnel » de votre « interface » (1), trois options s’ouvrent à vous : offrir vos services au régime pour privatiser l’Assemblée nationale, dispenser un cours de « vécu 304 » a l’UQAM, ou consulter au plus.Freud un psychanalyste d’Outremont ! Le premier poste étant déjà pris par un ministre à la Dénationalisation et le second étant compromis par la débudgétisation de l’Université du peuple, je vous recommande de prendre le chemin du divan psychanalytique (décemment vêtu, s'il vous plaît : Outremont est la patrie des.Ultramontains).Pour vous familiariser avec le jargon dont vous abreuvera le nouveau médecin des âmes pour fendre vos cheveux en quatre et votre lobe frontal en huit, prenez avec vous cet amusant lexique : Parlons psy sans complexe ni lapsus (2).Un récent article (3) m’apprend qu’au Québec, on a recensé pas moins de 350 sortes de psychothérapie pour soigner (?) au maximum 150 troubles mentaux identifiés.Comment se surprendre alors que cette véritable vague de fond du subconscient charroie sur sa crête des épaves linguistiques aussi pénibles que l’angoisse existentielle, le cri primai, l’analyse transactionnelle, le contre-transfert, la somatisation, le re-birth, et autres relations fusionnelles.C’est par «décompensation» (« brusque rupture des défenses et poussée pathologique violente », dans le vocabulaire psychiatrique) qu’Alain Sarton, psychologue et membre d'une société de psychanalyse, avoue avoir entrepris la rédaction de son répertoire : autrement dit, il a « écrit son obsession » des termes « psy » lus ou en-i ndus dans les magazines, la rue, le métro, au restaurant et même lorsqu’il croyait aller se changer les idées au club de sa société de psy-«-hanaly.se.Ces 590 mots ou expressions de psychologie vous permet-tront, promet l’auteur, de vous « décomplexer », voire de vous « délap-susser» ! ALAIN SARTON mi *r lajituS.K* , ‘«i HACHETTE ( 1 ) Lise Noël, « Chronique de l’intolérance — Petit lexique des mots actuels », l iberté n° 162, décembre 1985, p.94 97.CM Main Sarton, Parlons psy sans complexe ni lapsus, avec des dessins de Mené Kouin, Paris, Hachette, 1986, 334 pages.(!) Christian Rioux, «L'épidémie “psy"», L'Actualité, avril 1986, p.123-131.Cuvée de l’Académie 1986 LETTRES QUEBECOISES STÉPHANE LÉPINE * Gilbert Choquette, Le Secret d’Axel, éditions Pierre Tisseyre, 1986, 261 pages.?Jacques Folch-Ribas, Dehors les chiens, éditions Acropole, 1986, 220 pages.JE VOUS le donne en mille, ne lisez pas 261 pages pour le savoir : le secret d’Axel, c’est son poil.Oui, oui, vous avez bien lu, son poil ! Je sais, c’est ridicule, mais c’est comme ça.Axel est fils unique et vit avec sa mère dans une tour sur Côte-des-Neiges.Le « grand bébé chéri », le « petit prince adoré » à sa maman joue « du piano comme un ange » et « par les lentes soirées de juin, (aime) à s’absorber dans la contemplation de l’astre épuisé qui (dérive) longuement à l’horizon, s'enfonçant et disparaissant insensiblement, au travers de strates de nuées orangées, derrière les lointaines et bleuâtres Laurentides ».Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes (celui d’Outremont, bien sûr, celui de Lamartime et de la « pure poésie »).Toutefois, « comme chez beaucoup d’enfants à l’intelligence précocement éclose, sa puberté fut tardive ».Il était la risée de ses petits camarades et cela le rendait bien malheureux.Jusqu’au jour où l’homme en lui se manifesta.« Enfin ! se dit-il.Il allait donc s’arracher à cette enfance interminable qu’il avait commencé de prendre en haine.» Mais, tout épris d’absolu qu’il est, le cher petit Axel, ce corps d’homme, nouvellement acquis, commence à le gêner terriblement.Car il est poilu, ce corps d’homme, très poilu, et « démentirait toujours la nature éthérée à_ laquelle il avait osé prétendre ».Ô drame ! « Et si ce corps hideux d’animal velu était justement le prix à payer pour que son coeur et sa figure demeurent ceux de l’immortel adolescent qu’il ne voulait plus être ?Ô rêve ! Ô réalité ! Quoi donc vous distingue ?» Ainsi, « conscient à l’excès des impératifs de la création pure », incapable de concilier le Beau et la Bête en lui, d’unir sa trivialité à son rêve d’absolu, il se voit destiné à la solitude.L’ambition, l’amour excessif de sa mère et sa pilosité bestiale constituent pour cet adolescent modeste, discret et farouche (« comme tous les êtres supérieurs ») une prison psychique qui l’isole de son entourage.La, du creux de sa solitude, il alimente certains désirs coupables pour le playboy du Conservatoire, en qui il avait d’abord cru reconnaître « une âme angélique parlant en se- cret sa douce langue natale ».De déception en déception, il va, comme Salieri face à Mozart, prendre conscience de son néant et, victime de « la tragédie de sa chair avilie, asservie, abjecte », incapable de résoudre « cette dualité issue d’une vulgarité », ne pourra qu’accomplir son tragique destin.Le Secret d’Axel est très certainement le livre le plus ridicule que j’aie lu depuis des années.Mélodrame insipide, aussi profond qu'une chanson de Serge Lama, ce roman bourgeois rassemble les pires clichés (mère possessive, père « très riche et très vilain », enfant prodige solitaire et « poigné », etc.) dans un style que Villiers de l’Isle-Adam aurait trouvé pompeux.Cet idéaliste mystique, précurseur du symbolisme, a d’ailleurs écrit un poème dramatique intitulé Axel et dont le héros, comme celui de Choquette, traverse des épreuves successives pour accéder à .‘la de la vulgaire De plus, ce roman n’est qu’une in- un absolu situé au-delà réalité, spli suite a Thomas Mann.Car, c’est vrai, tous les sujets sont bons pour un grand auteur et, mis à part ce grossier symbole du poil (qui fait de l’artiste qu’est virtuellement Axel une bête immonde), la trame du roman de Choquette reprend plusieurs éléments de La Mort à Venise.Dans les deux cas est mis en scène le combat entre deux conceptions artistiques, l'une disant qu’il faut fuir la réalité pour atteindre le beau, la plénitude de l’art, et l’autre s’appuyant, au contraire, sur le réel pour parvenir à la création artistique.Ainsi, Thomas Mann écrit : « On reconnaissait dans les romans d’As-chenbach ces incarnations successives ; l’homme qui se domine et a l’élégance de cacher aux regards du monde, jusqu’à la dernière minute, le mal qui le mine et sa ruine physiologique; celui qui, attisant la bilieuse sensualité d’organes médiocres, sait tirer du feu qui couvait en lui une flamme pure et transposer triomphalement dans le plan de la beauté dont il était parti.» Ce désir de contrôler la nature, de nier ou de sublimer le corps pour n’être qu’un pur esprit, tout entier à sa création, nous le reconnaissons aussi dans Le Secret d’Axel.Mais, abordée maladroitement, cette question troublante tourne ici au ridicule et, bêtement appliquée à un personnage d’adolescent attardé, prend des allures de crise existentielle primaire totalement inintéressante.?Jacques Folch-Ribas siège, lui aussi, depuis peu, à l’Académie ca-nadienne-française.Son dernier roman, Dehors les chiens, certainement plus digne d’intérêt que celui de son collègue, reste quand même tout aussi académique.Roman d’es- CONCOURS NATIONAL DE CRÉATION D’AFFICHES ET DE DISSERTATION Année internationale de la paix — 1986 Grâce â une subvention obtenue du ministère des Affaires extérieures, l'Association canadienne pour les Nations-Unies organise un concours national de création d’affiches et de dissertation.les affiches gagnantes seront exposées dans l'immeuble des Affaiies extérieures à Ottawa, et à la Mission du Canada aux Nations-Unies, à New York.Quant aux dissertations gagnantes, elles seront publiées dans le Bulletin trimestriel de l’Association.Des exemplaires des oeuvres gagnantes seront remis au Premier ministre du Canada, au Gouverneur général et au Secrétaire général des Nations-Unies.Les décisions du jury seront irrévocables.Toutes les oeuvres des candidat(e)s demeureront la propriété de l'Association canadienne pour les Nations-Unies, et elles ne seront pas renvoyées aux auteurs à l’issue du concours.AFFICHE DISSERTATION Présentation: lithographie,collage, autre.Présentation: au plus 1 000 mots claire-Dimensions de l'oeuvre finale: 17 po.sur ment imprimés ou dactylographiés.22 po.ou 42 cm sur 59,4 cm.Les mots Thème: Qu’est-ce que la paix et que puis- je faire pour la favoriser?suivants doivent figurer sur l’oeuvre: Année internationale de la paix — 1986.PRIX En tout, six (6) prix seront décernés.Les gagnants auront le choix entre un voyage aux Nations-Unies, à New York, ou un exemplaire de l’Encyclopédie canadienne.Aux fins du concours, il y aura trois catégories de candidat(e)s: 12 ans et moins, 13 à 17 ans.et 18 ans et plus.COMMENT PARTICIPER Inscrire clairement son nom.son adresse et sa date de naissance au verso de chaque affiche et au début de chaque composition, sans quoi la candidature sera rejetée.Seuls peuvent participer au concours les citoyen(ne)s canadien(ne)s et les personnes ayant le statut de résident permanent.DATE LIMITE Le 31 mai au plus tard.Prière d’envoyer les oeuvres à: Concours national de création d’affiches et de dissertation Association canadienne pour les Nations-Unies 808 - 63.rue Sparks Ottawa (Ontario) K1P5A6 )ÉSIREZ-VOUS RANDlR e 2 à 5 centimètres ou plus?v)uel que soit votre âge, c’est JOSSIBLE, en 15 minutes par our, grâce à la méthode BERTHELET.Ce livre de 224 pages contient: • 10 chapitres de précieux conseils; 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les lecteurs de romans risquent, comme ce fut mon cas, de s’ennuyer beaucoup.LE PETIT ZODIAQUE ILLUSTRÉ ( IlélllllHiHIV UN JOUR OU L AUTRE I |-1 r .i LE PETIT ZODIAQUE ILLUSTRE -WW.".~~ -Jk Ci 12 beaux livres souriants et colorés 28 pages 5,95$ ch.m éditions hurtubise hmh liée 7360,-boulevard Newman Ville de LaSalle (Québec) H8.N 1X2 Telephone (514) 364 0323 jfifjfV Robert Ludlum v§p en Livre de Poche Des grands thrillers à des prix populaires ROBERT LUDLUM La mémoire peau Titres disponibles • La mémoire dans la peau • Le cercle bleu des Matarèse • Osterman week-end • La mosaïque Parsifal Des romans étonnants bourrés de suspense et d'action.En vente chez votre libraire Ecole des Hautes Etudes Commerciales H fLEL une affaire d’excellence En collaboration avec le Devoir ¦ 1 ’.V #%blM.ACalNAlRE:^ ¦ LE LEADERSHIP (FANTASIES AND LEADERSHIP! Les 5,6 et 7 mai 1986 Symposium international sur les pratiques du leadership en gestion Les faces cachées du lea le monde intérieur de.Quelques etudes de cas ou oeuvres qui seront discutées • Gandhi et le fantasme de l'érotisn; • Gandhi de Richard Attenbc • Mackenzie King l’énigme double vie • J Edgar Hoover et Jjj renseignement • Lucien Pfeiffa Prétabaii.•Otneü •Mj 1 ciel •etc # m M w r 1 site du Tki 1A radêt.Suède Hwl Hofmann nschaftsuniversitât.Vienne, triche • Sudhir Kakar, Center for the Study of Developing Societies, Delhi, Inde • ManfredFR KetsdeVries, INSEAD.Fontainebleau, France • Joan R Kofodimos, Centre for __________ Creative leadership, North Carolina • Laurent lapierre hec.Montreal • Hubert Waliot, Université du Québec à Chicoutimi • Abraham Zaieznik, Harvard Business School Inscription 550 S Demandez le dépliant et le formulaire d'inscription; Groupe de recherche sur les pratiques du leadership en gestion a/s Laurent lapierre École des H E C 5255.avenue DeceUes Montréal, QC H3T IV6 (514) 340-6345 é Le Devoir, samedi 26 avril 1986 ¦ C-3 LE DEVOIR CULTUREL LE FEUILLETON Deux Italiens pour rêver d’une ville LISETTE MORIN ?Italo Svevo, Le Destin des souvenirs, éditions Rivages * Umberto Saba.La Couleur du temps, éditions Rivages Beaucoup ivamis, grands voyageurs, s'accordent à le reconnaître : on va rarement tout droit à Trieste, lors même que l'on a visité plusieurs fois lTtalle.Sous le titre : « Trieste, dernière escale », une chroniqueuse du Ma* gastine littéraire écrivait récemment que « cette ville pensive et sauvage (est) malencontreusement située entre deux autres villes mythiques : Vienne et Venise ».Je rêve de Trieste depuis ma lecture du très beau récit de Daniel delGiudice : Le Stade de Wimbledon (publié aussi aux éditions Rivages).Et voici que deux Triestins authentiques, dont il faut, hélas ! parler au passé, viennent d’accentuer mes regrets, d’alourdir mes remords.Persuadé que « Trieste est la plus belle ville du monde », le narrateur de la nouvelle de Svevo, intitulée Grazio Cima, entend cet « étranger », venu des Abruzzes, lui déclarer que « Trieste est une fort belle ville pour ceux qui y sont nés mais, si l'on disposait de la liberté du choix, il y avait mieux en ce monde.» Italo Svevo, dont le nom véritable était Ettore Schmitz, est né à Trieste en 1881, mais mourut accidentellement à Motta di Livenza, en 1928.Il fut employé de banque et ne connut la célébrité littéraire que fort tard.Le Destin des souvenirs renferme ses dernières nouvelles, des oeuvres posthumes, tout récemment traduites par Soula Aghion.Ces courts récits, dont quelques-uns portent la mention « inachevé », sont, comme la ville qui les a inspirés, pour la plupart voués « au culte de la nostalgie, de l’exil et du secret ».Les deux enfants que leurs parents, dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, vont conduire dans un collège allemand, • dans un pays éloigné de l'Italie et de Trieste », sont évidemment l'écrivain lui-même et son frère Par son caractère tout ensemble douloureux et lancinant, ce texte révèle le projet de l'auteur qui « devait apprendre que le travail de la mémoire peut se mouvoir dans le temps comme les événements eux-mêmes », C'est, d'ailleurs, le personnage de Roberto, littérateur devenu richissime homme d'affaires, qui paraît le « travesti » le plus plausible de Svevo, dans la vie longtemps employé de banque.« Même lorsqu'on aspire à se modifier, avoue ce lucide personnage, on conserve un sourire affectueux vis-à-vis de ses propres défauts.» Mais les his toires que raconte Le Destin des souvenirs ne sont pas toutes autobiographiques : un conte fantastique, digne de Hoffmann, intitulé Le Mauvais Oeil, met en scène un certain Vincenzo Albagi dont le regard est, à la lettre, meurtrier.Après avoir « crevé » dans le ciel un dirigeable, cet oeil assassin fait de Vincenzo un matricide .et l'on se sent terriblement frustré quand le récit s'interrompt brutalement.Il est vrai que, lisant Italo Svevo et ses souvenirs transposés, on peut imaginer les fins les plus fantaisistes.Et ce n'est pas l’un des moindres charmes de ce recueil posthume que la contrainte, subie et par le traducteur et par l'éditeur, Éditions de l LInivcrsité d'Ottawa^ Vincent Herdoulay et Michel l’hipps PAYSAGE ET SYSTÈME 196 pages 16,95 $ Dans la perspective de la géographie, une synthèse indispensable il tous ceux qui s'intéressent au paysage, qu'ils soient géographes, écologistes, agronomes ou spécialistes de l'aménagement.Distribution exclusive au Canada : Diffulivre Inc., 2973, rue Sartelon, Ville Saint-Laurent, Qc.H4R 1E6 (514) 336-2663 NOUVEAUTÉS VLB Pro*ra.~r ira s .-«*$, 8t.et Archambault Musique Place de» Art» RENSEIGNEMENTS; 483-3440 «U surpris* de l’année I9M» ¦aktftl I.K OU Arsons : Uxsew.UDtnk Ml t si t\t mu tlt s I*• ti\ M i liions N i • I * Orchestre Métropolitain CioiudG-OioiiiiiDoianc I iT*’ T* Raymond Bouchard.Othello et Desdémone, celle entre Othello et Iago (je ne parle pas tant d’un amour homosexuel, une hypothèse souvent évoquée, que d’une vieille et indéfectible amitié : le Maure a une absolue confiance en son enseigne).Mais, à partir de cette base, Shakespeare tisse un réseau symbolique qui débouche sur la métaphysique, sur le cosmique.>< Notre Othello sera plus maure que noir, poursuit-il.C’est un guerrier d’origine royale et de tradition musulmane.Venise l’emploie pour ses capacités militaires.À Venise, il s’est fait plus blanc que les Blancs; des valeurs comme le christianisme et la civilisation occidentale sont devenues comme les colonnes mêmes de son être.Et Othello est un homme de foi, de confiance, qui croit que tous les hommes sont bons et que l’univers est sans failles, Ce guerrier qui a connu une vie dure et aventureuse est, émoüvement, un enfant.« Quand Iago lui verse son poison dans l’oreille, tout s'écroule.Et ce qui est détruit, ce n’est pas seulement son amour pour Desdémone, mais toute sa conception du monde.Dans cet univers où 11 avait cru trouver bonté et harmonie, le sym- bole même de cet ordre, le symbole même du Bien, Desdémone, devient le lieu du Mal.Il lui faut tuer ce mal qui ne fait pas que le menacer, lui, mais l’univers entier.Othello est une pièce, en ce sens, sur le passage de l'homme médiéval, dont le rapport au monde est fondé sur la roi, à l’homme moderne dont le savoir se base sur l'observation du réel.« Nous avons donné à la haine qu'Iago porte au Maure la force d’un# amitié trahie, avec toute la puissance que l'Inversion d'un sen* liment fort provoque, C'est un homme blessé à mort ; il est au côté d'Othello depuis si longtemps qu'on le considère comme faisant partie des meubles.Quand Othello prend un autre lieutenant que lui, il ne comprend pas, Dans la grande scène de l'acte 3, entre Othello et lui, 11 joue avec son maître comme un chat avec une souris : il connaît son Othello sur le bout de ses doigts et il le manipule selon son bon vouloir.Quand le Maure apprend, à la fin, la traîtrise d’Iago, c’est pour lui un coup aussi fort que la révélation de l’innocence de Desdémone.Iago prouve à Othello que l’homme est capable de tout.Othello devient à ses propres yeux la preuve physique que le meilleur des hommes est capable du pire.« C’est un très gros défi que de jouer un personnage shakespearien; cela demande surtout une concentration terrible parce que c’est une écriture théâtrale discontinue : on passe, sans crier gare, de la réflexion métaphysique à des préoccupations anecdotiques.Chez un personnage comme Othello se succèdent continuellement raison, folie, douleur.Ces changements et ces différents niveaux font la richesse de Shakespeare ; ils en font aussi la difficulté.» Après La Null des Rols, Hamlet et Jules César, Othello est le quatrième Shakespeare que le TNM rodult en 35 ans d'existence.Pour- P1'1 ta ant, Shakespeare est non seulement le dramaturge le plus riche que nous ait donné l’histoire du théâtre, mais c'est aussi un de ceux dont l’oeuvre nous parle le plus, en cette fin de vingtième siècle.Le rapport à Shakespeare est, je dirais, une nécessité pour qui veut saisir sa place dans l’histoire.Il faut absolument voir Ce cheval en terre cuite, grandeur nature, provenunt de l’attelage d’un char du Premier Empereur Gin Shilmnngdi (221-210 uv.,1.•(’.), Découvert eu 1979 parmi 7 OOO guerriers enterrés debout, lu tête tournée vers l’est, vraisemblablement une garde funèbre chargée de protéger l’empereur duns l’un-delà.Chine : Trésors et Splendeurs 18 mai —19 octobre Puluis de lu ClvUlsution Ile Notre-Dume Montréul l’ne exposition prodigieuse, rassemblant quelque 200 trésors de lu République populuire de Chine, dont environ lu moitié n’ont jamui» uupuruvunt quitté leur puys d'origine.Billet» en vente aux gulehctn de lu Pluee des Arts, ù lu Galerie «les boutiques de lu Place Ville-Marie, aux comptoir» de Ticket ron* et pur téléphone chez Télctron*.(En ucqutttunt «le» fruls de service, on peut égulcmcnl se procurer des billet» pur téléphone ou en écrivant à la Pluee des Art».) * Frui* de ho n ice Adulte» : 5.50 3 Enfants, étudiuut», 8e ùgc : 0 8 Renseignements : (514) 395-1986 477438 LE DEVOIR CULTUREL Le Devoir, samedi 26 avril 1986 ¦ C-7 Hector Bianciotti Suite de la page C-1 autobiographique ».« Je crois, dit-il, que quand on utilise l’expérience autobiographique et qu’on va vraiment au fond de soi, on ne parle plus de soi mais des autres : on parle d’un fond commun à tous les hommes.S’il fallait pratiquer une coupe à une certaine profondeur du genre humain, on verrait que tout le monde a les mêmes angoisses, les mêmes peurs, |es mêmes désirs inassouvis, les mêmes goûts du bonheur.Quand on est vraiment autobiographique, on ne se raconte plus soi-même, on essaie de rendre exemplaire l'expérience personnelle.» Bianciotti pense que l’écrivain est responsable de la douleur du monde.Il est là pour témoigner.Mais non pas de façon engagée et sartrienne en négligeant la littérature, dans le sens où Sartre disait que seuls les poètes y avaient droit et que le reste de la prose devait rester utilitaire.« Moi, je suis plutôt du côté de Vitto-rini, l’Italien qui a répondu à Sartre et qui lui disait qu’il valait mieux un siècle d’abjection idéologique pourvu que la littérature continue ! Il disait que la littérature est une chose assez mystérieuse où un adjectif, parfois même un adverbe, nous rapproche plus de la vérité que tous les sermons du monde ! Il croyait donc à cela qu’on appelle littérature et qui est autre chose que le langage parlé.» Nous voilà ramenés aux raisons du voyage de Bianciotti à travers les langues.Curieux cheminement, remarque-t-il, où ses parents ont refusé à leurs enfants leur dialecte piémon-tais pour leur imposer, par souci de leur éviter des souffrances, la langue du pays adoptif, cet espagnol avarié dont il s’est finalement forgé un instrument d’écriture.Puis, immigré à son tour dans sa langue d’adoption, en Espagne, Hector Bianciotti a vécu sa première expérience de changement de langue.Il essayait de faire du théâtre et du cinéma en Espagne, dans les années 1950.Comme acteur, il lui fallait parler l’espagnol de Madrid, l'accent castillan.« Je me suis alors rendu compte que je me tenais différemment, que je marchais autrement, que j'avais un nouveau port de tête, en travaillant l’accent castillan.Je devenais presque “héroïque”, comme le sont les Espagnols, qui ignorent le doute, généralement : ils défient la mort dans la corrida et ils ignorent le doute.» Arrivé en 1961, Bianciotti s’est ensuite remis à écrire dans son espagnol le plus pur, tout en apprenant le français en faisant des rapports de lecture pour l'éditeur Maurice Nadeau, qui lui demanda bientôt des articles pour La Quinzaine littéraire.Quelques années plus tard, Bianciotti devenait critique littéraire au Nouvel Observateur, puis lecteur chez Gallimard.Alors commença cette aventure du français littéraire.Après dix-huit ans de travail en France, il s’aperçut qu’il ne pouvait plus écrire en espagnol.Les mots lui venaient en français, puis les tournures, puis les phrases, qu’il devait traduire pour les écrire en espagnol.Un jour, il commença une nouvelle par une phrase intraduisible en espagnol.« La syntaxe du français avait pris racine sous la langue espagnole.Puis, un jour, en vacance en Espagne, je me suis levé et j’ai écrit directement en français.Après quatre ou cinq mois de travail, je me suis senti perdu.Je me suis dit : j’ai perdu la langue espagnole en tant qu’instrument littéraire mais je ne sais pas si j’en ai ga- Université du Québec à Montréal 30 avril - 1er et 2 mai 1986 (salle Alfred-Lallberté) Le Canada et le Mexique : autonomie et interdépendance dans les années 80 • Mercredi le 30 avril Crise et développement régional 9h Inscription au Colloque 14h-17h30 10h Allocution de bienvenue — Angel Bassolls Batalla Claude Corbo, vice-recteur à — André Corten l'Enseignement et à la — Yves Bélanger Recherche, UQAM — Benoît Lévesque Autonomie et Interdépendance — Lizette Jalbert dans les années 80 Lie.José Luis Cecena • Vendredi le 2 mai Instituto de Investigaciones Crise et mouvements sociaux Economicas, UNAM.9h30-12h30 James Hyndman.dépt.de sc.— Roberto Boria politique, Université d'Ottawa — Pierre Hamel • Présidence d'honneur — Pierre Beaucage Jacques Léveillée.directeur du — Jean-François Léonard dépt.de sc .politique.UQAM Table ronde: Le Canada et le État, accumulation et Mexique dans le système autonomie politique International 14h-17h 14h30-17h — Fausto Burgueno — La politique du Canada à — Dorval Brunelle l'égard de l’Amérique latine — Arnaud Saies André Donneur — Alfred Dubuc — Redéfinition de la politique • Jeudi le 1er mai extérieure du Mexique Crise et restructuration Maria Teresa Gutiérrez 9h30-12h3G José Luis Cecena — Ignacio Cabrera — Pierre Fournier — Présidence Cary Hector — Christian Deblock Inscription générale 20$ — Bernard Elie Inscription étudlants(es) 10$ TRADUCTION SIMULTANÉE — TEXTES DISPONIBLES SUR PLACE Exposition organisée par le Musée d'art contemporain de Montréal Gérard Garouste Scène romaine.1982 » Vous allez adorer!» Jocelyne Lepage LA PRESSE « On peut parler de resurrection au Musee d'art contemporain».Gilles Daiqnoault PRESENCE DE L'ART CBE Jusqu’au 18 mai Cite du Havre 873 2878 Exposition des travaux de deux artistes parmi les plus importants de la scène artistique contemporaine en F rance MUSÉE 0 ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL y «*M Mihv» ntionnr uHtitrM*»'.ilu Ou*»!»*» i¦
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