Le devoir, 10 mai 1986, Cahier C
.KH» ANC x ' HVa i (AN FLEMING LE DEVOIR CULTUREL .C Montréal, samedi 10 mai 1986 Contre les slogans à la mode, l’espérance d’un pays Quand un cosmonaute crache sur Rimbaud par lan Fleming T.1: 900 pages / 22,95$ T.2: 1000 pages / 22,95$ On trouvera, réunis dans ces deux volumes de la collection “Bouquins”, les récits des dix-huit missions de James Bond.par Maurice Leblanc T.1:1080 pages / 22,95$ T.2: 1080 pages / 22,95$ T.3: 1040 pages / 22,95$ Toutes les aventures d’Arsène Lupin réunies en trois volumes de la collection “Bouquins” avec une dizaine de textes et documents oubliés.d’eau) chez les vaillants capitaines de goélettes devenus débardeurs ou recyclés dans le patrimoine; ou ( Un royaume vous attend) chez ceux qui ont ouvert le pays d’Abitibi pour finalement se rendre compte qu’« on est dans le chemin » de compagnies qui convoitent les terres défrichées ou les serres de Guyenne, si prometteuses.Le vécu, c’est, pour Perrault, un très beau poème; il s’émerveille encore d’avoir pu préserver de l’oubli « la fugacité de la parole », grâce à une quinzaine de films qui totalisent environ 24 heures de cinéma.Parole qu’il oppose à l’écriture, privilège de seigneurs.Se désignant comme un * cinéaste et écrivain marginal subventionné», Perrault dit que ses films sont « plus respectés en France » qu’ici.Au Québec subsiste le problème collectif de « s’assumer comme on est ».« Je ne sais trop comment, confie-t-il, on en est arrive à mépriser les comportements qui nous ressemblent » — allusion aux reproches que certains lui ont adressés à propos de La Bête lumineuse (scènes insoutenables ?vulgarité de chasseurs avinés ?tendresse maladroite ?).Perrault se réfère à Easy Rider pour expliquer que, dès qu’un film arrive de l’étranger, les critères changent.En France aussi, où « j’ai opposé Rabelais » aux réticences exprimées.Il a été frappé par La Détresse et l’enchantement, une oeuvre où Gabrielle Roy décrit à sa manière « la difficulté que les gens ont eue à s'épanouir».Indéniablement, c’est par son enthousiasme pour le fleuve Saint-Laurent que Pierre Perrault se signale (Mia et Klaus ont utilisé ses poèmes de Toutes-Isles pour leur album sur le fleuve, en 1984).Après avoir produit une série radiophonique sur les fleuves de France, Perrault avait été vite déçu en entamant sa recherche sur le Saint-Laurent; dans la vieille bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, il ne récolta alors qu’un article d’humoriste et un autre de Mgr Olivier Maurault.Un quart de siècle plus tard, il est à même de célébrer Jacques Cartier comme « le plus grand poète du Saint-Laurent ».Il lui avait consacré déjà Les Voiles bas et en travers, et c’est toujours en hommage au navigateur de Saint-Malo qu’il a réalisé La Grande Allure, film diffusé aux Beaux Dimanches en Suite à la page D-9 ¦WHI Photo Jacques Grenier PAUL CHAMBERLAND CLÉMENT TRUDEL y E FAIS partout l’éloge de // I l’échec.C’est là qu’on com-V prend ce qui se passe, qu’on peut inventer les façons de se défendre », dit Pierre Perrault, poète, essayiste, cinéaste, qui n’abandonne pas son rêve de pays.Il vient de publier, à L’Hexagone, Delà parole aux actes, une gerbe d’essais lourde du « goût de la victoire et du courage à l’emporte-voile ».Perrault y manifeste, pour ce dessein tenace, une « patience de lichen » et dit ne pas comprendre qu’on cherche à culpabiliser des groupes en position de faiblesse.René Lévesque revient-il floué des négociations portant sur la Constitution, après la « nuit des longs couteaux » ?Le poète aurait aimé que quelqu’un, à l’époque, pense à parodier Corneille : « Mais que voulez-vous qu’il fît contre dix ?», et que l’on signale les gains de la démocratie malgré ce « non » enregistré.pour l’instant.Logique, peut-on penser.Pierre Perrault relevait, des janvier 1978 dans LFI DEVOIR (28 janvier), que Félix-Antoine Savard avait commis un « testament politique » indigne du créateur de Menaud — Savard avait, quelques semaines auparavant, mis en garde les Québécois contre les incertitudes et les dangers de la solution séparatiste.L’analyse de Perrault menait, fermement et affectueusement, à la question clé ; dans cette affaire de Royaume, Savard allait-il voter contre ses fils auxquels il avait prêché le refus de la soumission ?« Quand j’avais 20 ans, je n’avais pas de pays .mon pays c’était l’écriture », dit-il en entrevue ; « À peu de chose près, par ma formation, j’étais un Français de France.» Il entend parler du pays de Charlevoix par Yolande Simard, qui deviendra sa femme.Avec passion, elle lui fit prendre goût à ce qui est devenu ensuite son obsession : « lire les hommes » et, si possible, plutôt que de se plonger dans les récits d’historiens, profiter de l’avantage énorme de notre époque et « capter le vécu » d’une humanité, grâce à ce « cinéma vécu » dont il sera l’un des instigateurs.Fît ce, non pas à la manière d’un anthropologue, mais en s’insérant par l’amitié (Les Voitures néraux de l’éducation, à Montréal en avril dernier, le militaire s’en est pris à ceux-là mêmes qui l’ont propulsé dans l’espace, « les spécialistes des mathématiques pures, ou de la poésie de Rimbaud ».« Leur travail, a-t-il dit, même s’il contribue à notre enrichissement culturel, ne remettra pas notre pays à flot.Même si l’homme, ajoutait le cosmonaute, ne vit pas seulement de pain, H peut vivre de pain beaucoup plus longtemps qu’il peut vivre de culture.» Paul Chamberland n’a certes pas manqué de réagir à ces propos, lors de notre entretien.« Quand on voit un cosmonaute dire crûment qu’on n’a rien à faire des spécialistes de Rimbaud, note le poète, c’est que, derrière le discours de l'affairement culturel, se profile un discours tout à fait cynique qui ne fait plus de la culture qu’une question de représentation.Par un tel discours, Rimbaud est barré, comme dirait Denis Va-nier, autant qu’à son époque et au profit de la force brute sous la langue de bois qu’on voudra.Comment aurait-on pu en venir à des vaisseaux dans l’espace s’il n’y avait pas eu Le Bateau ivre pour véhiculer cette idée-là ?Quand je vois qu’un cosmonaute crache sur Rimbaud, je me dis que nous voilà rendus bien bas pour ne même plus connaître quelles seraient les sources de l’invention ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦I technologique.C’est pourquoi il faut de nouveau ré-ensourcer l’art dans sa nécessité.» Que veulent le monde capitaliste et le monde soviétique, aujourd’hui ?constate Chamberland : « Ui homme parfaitement contrôlable.D’un côté, le collectivisme se fonde sur la négation de l’individu.Et, de notre côté, c’est l’affirmation purement illusoire de la liberté individuelle.L’individu qui, en tant que conscience et lucidité, essaie d’être responsable dans son rapport avec les autres, se heurte à une fin de non-recevoir dans la société où je vis.C’est très grave et c’est invisible.Il faut dépenser une très grande énergie pour aller contre le courant actuel qui est celui de la dégradation de la vie ou ce que j’appelle le totalitarisme de la gestion.« Bien sûr, ce n’est pas le fait de gérer qui est totalitaire.Gérer, ce n’est ni bon ni mauvais en soi.Ce qu’il faut voir, c’est que tout ce qui est de l’ordre de la marchandise pure en arrive à s’imposer comme étant la seule valeur et la seule réalité.Le totalitarisme de la gestion se réalise de façon tout à fait retorse et perfide quand l’idéologie néo-libérale nous dit : nous ne prenons pas parti sur des contenus, sur des valeurs, des Suite à la page D-9 teammmmammammmmmmKmm Photo Jacquet Grenier mmammamammmmmmammam NATHALIE PETROWSKI y E M’APPELLE Harlem.Et /J I Désir.Même s’il paraît que c’est trop beau pour être vrai, comme l’a dit je ne sais plus qui.Je m’appelle Harlem Désir depuis 1959.Mais ce nom venu d’ailleurs fait toujours lever le sourcil à ceux qui l’entendent pour la première fois.Même les potes, pourtant blasés, en ressentent encore l’exotisme symbolique.Le croira-t-on ?C'est à cause de lui que je suis devenu président de SOS Racisme.» Harlem qui ?Harlem quoi ?Les chums québécois n’étaient pas au courant.Je venais de leur annoncer fièrement que j’avais rencontré Harlem Désir, ici même à Montréal.Ils n’étaient pas impressionnés.« Harlem Désir ?Connais pas.Est-ce le titre d’un roman ou le nom d’un nouveau quartier ?», ont-ils demandé, du fond de leur belle innocence.J’ai sursauté, à moitié furieuse, à moitié ahurie.« VOUS NE CONNAISSEZ PAS HARLEM DÉSIR ! » Cela me semblait parfaitement impossible.Tout le monde connaît Harlem Désir.Tout le monde sait qu’il est le nouveau leader des mouvements jeunesse et antiracistes en France.François Mitterrand ne jure que par lui.Tout le monde a vu ou porté son célèbre badge en forme de main frappée des mots « Touche pas à mon pote ».Tout le monde sait qu’il existe.Enfin, peut-être pas Madame ou Monsieur Tartempion mais, au moins, tous les jeunes de coeur et d’esprit qui se réclament de la modernité et se prétendent « branchés », câblés, « pluggés» sur l’esprit du temps.Erreur sur la personne.Harlem Désir n’a pas encore le statut de héros ou d’icône au Québec.Le lancement discret de la branche canadienne de SOS Racisme ne l’a pas davantage fait connaître.Ici, tout est encore à faire pour ce jeune Parisien, de souche martiniquaise, licencié en philosophie et fou de musique.Si tout est à faire, ce n’est pas parce que le Québec est en retard sur Paris.C’est plutôt que le racisme y fait moins de ravages que là-bas.Les Québécois ont beau dénigrer les chauffeurs de taxi noirs et gommer de leurs ondes les journaüstes et annonceurs de couleur, le Québec n’a pas encore imaginé un homme politique de la trempe de Jean-Marie Le Pen, leader du Front national et raciste avoué, qui, aux dernières élections, à récolté 10 % des voix.En contre-partie, le Québec n’a pas, non plus, généré un Harlem Désir ni même un Harlem Devoir.Notre entretien n’a pas duré longtemps.Au plus vingt minutes.Harlem Désir a trouvé le moyen d’en dire autant que si nous avions discuté une heure.Il cause, il cause, Harlem.Comme une cassette parfaitement programmée.Comme un militant fanatique le ferait.Avec la différence qu’il est jeune, articulé, plein d’espoir et complètement réaliste.Il présente, de fait, le visage souriant du militant des années 80.Au béton dogmatique et linéaire, il oppose une Photo Jacques BOUQUINS A ROBERT LAFFONT En vente chez votre libraire ARSÈNE LUPIN IVRbtiiE LUfîft ., X .» ,^«.’1».” n 1,.• „, MM’K1CV JAMES BOND PIERRE PERRAULT JEAN ROYER Q system UAND un cosmonaute, re-| venu sur terre, s’en prend à Rimbaud, il faut interroger le système socio-politique qui l’a mis en orbite.C’est ce que fait Paul Chamberland, « spécialiste de Rimbaud » depuis plusieurs années.Écrivain, Chamberland interroge les philosophes, les hérétiques et les gnostiques de tous les temps.Poète, il fréquente le mythe et cultive l’utopie contre le matérialisme ambiant.Paul Chamberland, le poète de l'erre Québec, de L’Afficheur hurle et de L’Inavouable, vient de réunir ces titres, auxquels s’ajoutent des poèmes inédits, dans la collection de poche « Typo » de L’Hexagone.On y reconnaît le militant de la revue Parti pris et le témoin de la Révolution tranquille.Puis, dans ses trois plus récents livres, qui viennent de paraître aux éditions Le Préambule, Le Recommencement du monde, Compagnons chercheurs et L’Inceste et le génocide, c’est le témoin de Mai-68 en France et c’est l’essayiste autant que le « résistant » de la contre-culture qui interroge notre temps caractérisé par la « dégradation de la vie » individuelle, sociale, politique et culturelle.Au cours d’un entretien pour les lecteurs du DEVOIR, Paul Chamberland inscrit sa réflexion dans l’actualité.Un cosmonaute, le capitaine Marc Garneau, qui crache sur Rimbaud ; un homme politique qui parle de mener le pays « comme une business»; les prises de position des parents catholiques anglophones de la CÉCM et celles du mouvement Pro-Vie contre l’avortement; la dégradation politique du PQ; le vide du discours « néo-libéral » ; la dégradation linguistique et l’omniprésence du bavardage télévisuel : autant de phénomènes « apocalyptiques » c’est-à-dire « révélateurs » de la société actuelle en train de se nier elle-même.Que se passe-t-il en Occident ?Paul Chamberland nous suggère de réfléchir sur ce qu’il appelle « le totalitarisme de la gestion », « l’affairement culturel », « le narcissisme des somnambules » et « le nouvel héroïsme ».Notre société, dit-il, a remplacé les valeurs et la qualité des rapports humains par la quantité et la gestion.L’individu n’est plus différencié.L’objet d’art est fétichisé.Le système est au bout de son rouleau : nous assistons à la « chosification» de la vie.Un exemple caricatural de cet état dégradé de la société reste celui du cosmonaute québécois Marc Garneau.À l’inauguration des États gé- HARLEM DESIR ou la mode anti-raciste sorte de dogmatisme soft, diffus, convivial, amical, qui refuse le radicalisme pour mieux jouer le jeu du dialogue avec les autorités.La fête, la vie, la musique font autant partie du programme que la lutte contre le racisme et contre les conditions de vie intolérables des immigrés.Le militantisme de Harlem Désir et de ses « potes » est joyeux et un tantinet glamour.Il fait autant appel au marketing qu’à l’intuition qui pousse certaines gens à se trouver au bon moment dans le bon endroit.C’est par le flair que Harlem Désir a conquis la France, l’année dernière.Il n’a pas eu besoin de sortir ses gros canons pour mener la bataille.Un badge, l’appui d’une poignée d’intellectuels et d’artistes et un spectacle à la Concorde, devant 400,000 Parisiens euphoriques, ont suffi.« Nous avons été pris par un tourbillon, raconte-t-il.Nous pensions nous occuper de SOS Racisme pendant nos loisirs, au lieu d’aller au cinéma.Le loisir est devenu course infernale.Le mouvement nous a dé- passés.On a servi de catalyseur à un sentiment qui existait chez les jeunes qui en avaient ras le bol du racisme.On a craqué une allumette sur un baril de poudre et ça nous a explosé à la figure.C’est sûr qu’il y a un côté mode à notre entreprise, mais ce n’est pas que cela.Je ne dis pas que porter notre badge est un certificat antiraciste.Sauf que le porter, c’est déjà s’interpeller soi-même.Quand on le porte, on sait qu’on ne peut pas avoir n’importe quel comportement.On s’oblige soi-même à avoir un autre regard.C’est un badge qu’il faut assumer dans la mesure où certaines personnes ne le supportent pas et le prennent comme une insulte.C’est pourquoi je crois que les deux millions de personnes qui ont porté le badge ont porté les idées avec.» Harlem Désir a pris la France par surprise.Il l’a également prise au bon moment, dix ans après mai 68, dans le creux d’un vide idéologique Suite à la page D-9 C-2 ¦ Le Devoir, samedi 10 mai 1986 LE DEVOIR CULTUREL LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND HISTOIRE Fernand Braudel, L'Identité de la France, espace et histoire, Arthaud/ Flammarion, 1986.Malheureusement monument funèbre, ce livre devait avoir quatre parties.Seules les deux premières ont été complétées, le grand historien ayant succombé à la tâche.Ce premier volume contient la première partie : espace et histoire de la France, placés sous le signe de la géographie.Un deuxième volume, Les Hommes et les choses, abordera la démographie et l'économie politique.Une oeuvre majeure pour comprendre le présent et l’avenir de la France.Norman MacRae, Le Rapport 2026, brève histoire du monde futur, Flammarion, 1986.Affichant un optimisme à tous crins, le rédacteur en chef adjoint de The Economist, qui avait prévu le surplus de pétrole d'aujourd’hui pendant la crise de 1974 et la formidable expansion du Japon quand personne n'y croyait, prédit un avenir radieux pour tous dans moins de 40 ans.Il n'y aura pas de troisième guerre mondiale, pas de pénuries d’aucune sorte et les gens travailleront moins tout en produisant plus.L'auteur nous donne rendez-vous à l'an 2026 pour vérifier ses prédictions.HYSTÉRIE Étienne Trillat, Histoire de l’hystérie, Seghers, « Médecine et histoire », 278 pages Source de la psychanalyse, l'hystérie marque une des limites de la médecine.Mal en voie de disparition « depuis que les médecins ont cessé de s'y intéresser », elle a toujours fasciné les médecins, les philosophes et les prêtres.L'auteur nous propose « de suivre, de l'Antiquité à nos jours, les signes de la présence de cet objet non identifié, de recueillir les témoignages de ceux qui ont cru l'apercevoir ou cru le saisir ».BIOGRAPHIE Vincent Brome, Carl Gustav Jung, l’homme et le mythe, Hachette, 395 pages.Cette première biographie complète en langue française retrace l'itinéraire souvent cahoteux du célèbre fondateur dissident de la psychanalyse.En suivant la carrière mouvementée de Jung, on comprend un peu mieux l'origine de ses conceptions originales et révolutionnai-tgs ©n psychanalyse Ronald W.Clark, Ben|amln Franklin, Fayard, 520 pages.Journaliste, industriel, homme de science, inventeur, diplomate et homme d'État, Benjamin Franklin a toujours eu une curiosité inlassable et promu la liberté.L'auteur de biographies sur Einstein et Freud retrace les grandes étapes de sa vie.LITTÉRATURE Virginia Woolf, Journal, tome V, Stock, coll.« Nouveau cabinet cosmopolite », 328 pages.Ce cinquième tome du journal couvre les années 1931-32-33.L'auteur d'Orlando termine les Vagues et commence les Pargiter qui deviendront Années.Comme dans les tomes précédents, Virginia Woolf nous parle de sa vie quotidienne, de la campagne, de livres, de rencontres, de voyages, etc.L’identité À HUtokf y Vient de paraître Non à l'obsession - Vers une connaisssnce réelle du syndrome et de tout ce qui s’y rapporte par EsM* LjmonUgM, mmbra du cofliM SU)A-Qu4bw WM L IMiM Un ouvrage accessible à tous qui jette un éclairage nouveau sur l’état des recherches et sur ses moyens de prévention.De plus, le lecteur trouvera des statistiques mondiales siir l’évolution de la maladie.L'information à la portée tie tout le monde.S9 95 ÉDITIONS LÉMÉAC EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE Diffusion Prologue SEANCE DE SIGNA TU RE A /’occasion de son passage à Montréal, Pierre Henry signera son livre Dieu, le samedi 10 mai 1986 à 15 h à la LIBRAIRIE DU SQUARE, 3453, rue St-Denis (carré St-Louis), Montréal, tèl: (514) 845-7617 DIEU VICTOR HUGO PIERRE HENRY Théâtre sonore Avais-propos d’Isabdk Mimer 1C IIS Distributeur exclusif: I aïs Éditions Française Inc.1411 Ampère, Boucherville, (Québec) .I4B 6C5, (514) 641-0514 LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER Nos livres en France — Tout le monde n’a pas la vision chauvine du Parisien Michel Braudeau, qui se fiche complètement des autres littératures, dont la nôtre (voir notre article de samedi dernier).J’ai posé la même question à Jean-Jacques Bro-chier sur l’indifférence de médias français vis-à-vis de la littérature québécoise.Le directeur du Magazine littéraire, loin de porter les oeillères de Michel Braudeau, donne un avis concret et une opinion qui découle de la situation qu’il vit par rapport à la présence de la littérature québécoise à Paris.La désaffection ou la non-curiosité de la critique parisienne pour notre littérature n’est pas absolue, répond M.Brochier.D’abord, elle parle des écrivains québécois qui publient en France exactement comme on parle de tous les autres pubbés en France.Pour les livres publiés au Québec, les médias parisiens font face à deux problèmes.D’abord, les éditeurs n’ont pas les moyens de leur faire parvenir de services de presse.Deuxièmement, une grosse partie de la production québécoise concerne la poésie, un genre dont parlent très peu de journaux en France.Car c’est très difficile de parler de poésie et peu de gens la lisent.Enfin, le journaliste hésite à parler d’un livre que ses lecteurs ne trouveront nulle part en librairie.Ces trois raisons s'accumulant, les journaux parisiens gardent le silence sur la littérature du Québec.Pour beaucoup, c’est un problème de genre et de diffusion.Il y a eu, certes, des tentatives de distribuer nos livres en France, rappelle M.Brochier, mais elles n’ont pas duré plus de six à huit mois et on a manque de persévérance.D’autre part, les éditeurs, qu’ils soient belges ou québécois, cessent le service de presse aux journalistes après quelques mois d’indifférence des médias.De sorte qu’il est impossible dans la Photo J.-M.Villeneuve Christiane Frenette s’est mérité le prix de poésie Octave-Crémazie.presse d’avoir une idée d’ensemble de la production et de choisir des titres à recenser.En réalité, certains titres d’éditeurs littéraires québécois sont désormais distribués en France via Distique et, surtout, Réplique diffusion.Un attaché de presse, M.Roger Magini, travaille avec ce dernier diffuseur pour sensibiliser les libraires et les journaux parisiens et français.Si les éditeurs d’ici ne sont pas trop négligents dans leurs rapports avec leur diffuseur français, qui démontre un réel désir de percer le marché, on peut supposer qu’un meilleur accueil sera fait à nos livres produits au Québec.À une condition : il ne s’agit pas d’imposer tous nos titres mais de proposer aux Français les ouvrages qui puissent les intéresser.Et cela, Borges ou Segrob GUY FERLAND * Marie-Esther Vazquez, Borges : images, dialogues et souvenirs, Seuil, 284 pages, 1985.SUI EST Borges ?Un vieil anarchiste romantique ?Un vieux poète aveugle qui, après re et Milton, incarne la figure mythique du vrai littérateur ?Un érudit spécialisé dans l’étude de la littérature anglo-saxonne ?Un écrivain argentin respecté et admiré, conférencier hors pair, qui a porté l’art du dialogue et de l’entretien à des niveaux jusque là inconnus ?Borges est tout cela, et plus.Son humour légendaire et sa modestie viennent de là : il sait très bien qu’on n’est jamais tout à fait soi-même.C’est pourquoi il parle souvent de lui-même à la troisième personne : « C’est à l’autre, à Borges, que les choses arrivent.» Il explique d’ailleurs son succès avec une pointe d'ironie : « Il est dû au fait que je suis sud-américain, que je suis vieux et que je suis aveugle.C’est là ma force.» Cette lucidité et cette humiüté ne l’empêchent pas pour autant de reconnaître ses propres talents.Avec Borges : images, dialogues et souvenirs, qui vient de paraître au Seuil, on s’en rend bien compte : s’il n’a pas encore remporté le prix Nobel, dit-il, / N LE DEVOIR CULTUREL est dirigé pdr Robert Lévesque V_________________________/ c’est qu’il a accepté une invitation de Pinochet à un dîner lorsqu’il était allé chercher son doctorat honoris causa de l’Université de Santiago, au Chili.Et, du haut de sa gloire, il ne se gêne pas pour porter des jugements sévères sur l’oeuvre d’écrivains importants.Par exemple, d’après lui, on peut pardonner à Goethe et Flaubert d’avoir écrit si lçon ne retient de leurs oeuvres que les Élégies romaines du premier et le premier chapitre de Bouvard et Pécuchet du second, le reste ne valant absolument rien.Et il n’est pas plus tendre envers les auteurs argentins ou espagnols.Mais il faut voir, dans ces sentences à l’emporte-pièce, les réactions d’un lecteur hédoniste.Car, pour Borges, le plaisir de la lecture passe avant tout.Comme Barthes l’avait déjà fait, il avoue humblement qu’il ne lit que par plaisir, jamais par obligation.Ce sont cette fraîcheur et cette franchise dans la manière d’aborder les oeuvres qui ont contribué à rendre Borges très populaire.À l’opposé des grilles d’analyse, des techniques sémiotiques et structuralistes, on retrouve la « méthode borgésienne ».Les célèbres conférences (publiées dans la collection « Folio/essais ») sont un sommet dans cet art.Les lectures en biais de Borges, par l’angle du plaisir du texte, subjuguent littéralement les LA LANGUE AU CHAT Ce chat-ci a, cette semaine, la langue pâteuse.Et puis, c'est le printemps et les ruelles sont si invitantes .M.M, seul son diffuseur le sait ! ?h ?50e anniversaire — La Société des écrivains canadiens a célébré son cinquantième anniversaire de fondation par un « dîner de la poésie », samedi dernier.Les artistes Andrée Lachapelle et Jean-Louis Roux ont donné un récital de textes de poètes québécois appartenant ou non à la SÉC.D’autre part, M.René Le Clère donnait, jeudi soir, une conférence publique à l’Université de Montréal, où il évoquait des figures de la Société, dont Jean Bruchési, Albert Lévesque et Victor Barbeau.?Prix Octave-Crémazie — C’est Christiane Frenette, une étudiante de l’Université Laval, qui a mérité le prix de poésie Octave-Crémazie pour son recueil Indigo nuit, paru chez Le-méac.?* ?Prix Mireille-Lanctôt — La fondation qui regroupe les parents et amis de la regrettée journaliste Mireille Lanctôt propose un prix annuel de journalisme de $ 5,000.Attribué au congrès de la FPJQ et offert aux jeunes journalistes de 30 ans et moins, ce prix sera attribué à une oeuvre écrite ou orale, diffusée entre le 1er septembre 1985 et le 31 août 1986.?Les ondes littéraires — À TVFQ (câble 99), demain à 21 h 30, l’émission Apostrophes a pour thème « La star et les débutants ».Bernard Pivot reçoit Régine Deforges, Oana Orléa, Marie-Claude Beinex, André Le Gai, Claude Tardât, Pierre Veilletet et le traducteur du livre de Patrick Süs-kind, Le Parfum, Bernard Lortho-lary.Au réseau AM de Radio-Canada, à l’émission Aux belles heures, Suzanne Giguère parle de littérature entre 13 h et 14 h.Elle interviewe, cette semaine, l’écrivain allemand Hans Christoph Buch (lundi) et l’essayiste Michel Guay (mardi), l’auteur d’un livre sur la civilisation chinoise.À la radio FM de Radio-Canada, Gilles Archambault présente, chaque jour à 17 h, le magazine Libre Parcours et André Major réalise, le mardi à 19 h, le magazine En toutes lettres, animé par Réjane Bougé.auditoires et les lecteurs.Sa passion absolue pour la littérature en général est fondamentalement communicative.On ne peut tout simplement pas résister au « grain de sa voix».C’est, d’ailleurs, la plus grande qualité du livre de Maria-Esther Vazquez de nous faire entendre, encore une fois, la voix chaleureuse de ce mythe vivant.Ceux qui ont déjà lu d’autres entretiens avec Borges, ou son Essai d’autobiographie, ne trouveront rien de nouveau dans cet ouvrage.En effet, ces entretiens nous permettent seulement d’ajouter quelques renseignements secondaires à la connaissance de l’homme.Mais la répétition n’est-elle pas au coeur du plaisir ?LE PETIT ZODIAQUE ILLUSTRI LE PETIT ZODIAQUE ILLUSTRÉ 12 beaux livres souriants et colorés 28 pages 5,95$ ch.méditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville de LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone (514) 364-0323 mmmm LIVRES RÉCENT ET ANCIENS Achat et vente la plus grande librairie 25t Ste Catherine E.mm* m&mm vir- ««à-xi VLB / LITTÉRATURE LE PÉRIL AMOUREUX de Daniel Gagnon Dix nouvelles insolites hantées par les frissons de l’amour et de la mort.Un ouvrage tout à fait envoûtant! 138 pages — 11,95$ LA VISITE DES SAUVAGES d’Anne Legault Une pièces fertile en rebondissements et construite comme un roman.Un bon suspens et une belle réussite au Théâtre Port-Royal.146 pages — 9,95$ LES GARÇONS MAGIQUES de Jean-Paul Daoust Des histoires d’amour, faites de souffrances, de jeux d'approches et de reculs, d’espoirs et de déceptions.Une belle générosité! 160 pages — 12,95$ PROGRAMMEURS À GAGES de Jacques Bissonnette Un véritable thriller, écrit par un spécialiste de la sécurité informatique.Une histoire tout à fait plausible, bien que toute ressemblance avec.est tout à fait fortuite! Le livre idéal pour les vacances.282 pages — 14,95$ MAÎTRESSES-CHEROKEES de Josée Yvon Un nouveau récit à la recherche des «Filles sans nom», à travers l’Amérique.Une écriture personnelle, une voix autre, syncopée, 136 pages — 11,95$ L’esprit d’entreprise George Gilder Fayard GEORGE GILDER L’ESPRIT D'ENTREPRISE Biographies fascinantes d’Américains partis de rien qui ont réussi.Le livre réhabilite les héros oubliés du capitalisme.Pour résoudre les problèmes économiques et financiers des années à venir, il faudra faire appel aux pionniers des nouvelles industries.L’auteur montre comment peut s’exercer cet esprit créateur.En vente chez votre librairie Vient de paraître aux Éditions Maritimes et d’Outre-Mer Flottes de combat 1986 Jean Labayle-Couhat Jean Labayle-Couhat flottes fighting de combat fleets 1986 Ouvrage fondé en 1897 et publié aux États-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne et en France à tous les deux ans.Toutes les flottes de combat de tous les pays du monde avec leurs caractéristiques.Une véritable encyclopédie.Approuvé par l’O.T.A.N.et par la «Naval Reserve Force» américaine.En vente chez votre libraire i 6 » 4 à Le Devoir, samedi 10 mai 1986 ¦ C-3 LE DEVOIR CULTUREL —LE FEUILLETON— Retrouver Bory et son village à l’heure des souvenirs LISETTE MORIN ?Jean-Louis Bory, Un prix d'excellence, Gallimard, 182 pages.SES AMIS, et ils étaient nombreux dans le milieu parisien de la presse, ne se sont pas consolés de sa mort.Ils ont, depuis qu’est paru Un prix d’excellence, une raison de plus d’aviver leur chagrin.Quant aux lecteurs ordinaires de Jean-Louis Bory, ils n’étaient pas tous, tant s’en faut, du village beauceron de Méréville ou du quartier parisien (le 6e arrondissement) où il vivait et travaillait.Il faut plutôt parler des amis de Jumainville, la « patrie » mythique de Bory, comme le fut Chaminadour (Guéret) pour Jouhandeau, et Combray (Illiers) pour le grand maître des rêveurs éveillés, Proust, que Bory cite d’ailleurs dans son livre d’outre-tombe : « On ne peut bien décrire la vie des hommes si on ne la fait baigner dans le sommeil où elle plonge.» Ces lecteurs, s’ils avaient été séduits, tout-de suite après la guerre, par Mon village à l’heure allemande (prix Goncourt), n’auront peut-être pas — l’esprit de fidélité est rare et les lecteurs sont volages — suivi Jean-Louis Bory dans sa série des Hermenont.Les Québécois, grands lecteurs de magazines français, auront davantage lu et admiré le critique littéraire et de cinéma que fut, et si brillamment, l’auteur de Musique I et de Musique II, de même que de Questions au cinéma et Des yeux pour voir.Jean-Louis Bory, qui fut professeur de lettres, comme Julien Gracq, Paul Guth, Jean-Louis Curtis et bien d’autres, s’en est souvenu dans Tout feu tout flamme (Musique II).J’ai repris, cette semaine, ce revigorant ouvrage, ayant tourné la dernière page du livre trop court, et imparfait, qu’est Le Prix d'excellence.Étincelant causeur, pour les gens qui l’entourèrent, Bory se révèle ici un analyste sérieux et pénétrant des moeurs contemporaines.N’ayant pu, et pour cause, me dire éblouie par la verve de l’homme, l’importance de l’écrivain sagace dans ses réflexions sur la littérature, celle d’hier plus encore que celle d’aujourd'hui, me paraît, avec le recul, indéniable.En s’excusant d’employer « un gros mot comme celui d’humanisme », Bory faisait observer que « l’humanisme moderne [.] consiste peut-être dans l’aménagement du dernier rivage sur lequel nous campons.Refuser autant de se laisser fasciner jusqu’à un désespoir mortel par les apocalypses, que de détourner les regards, que de s’enfouir la tête dans le sable comme l’autruche ».Et, malgré tout, consolateur, Bory ajoutait : « Faire l’inventaire inlassable des valeurs qui paraissent nécessaires au voyage, à la façon dont Noé cataloguait les couples animaux.Et peut-être puiser dans la richesse du catalogue, la force de chanter le chant d’un nouvel espoir.» Or l’auteur de ces considérations, d’un optimisme modéré, écrivait ces lignes en 1966,13 ans avant de s’enlever la vie.N’aurait-il pas suffisamment consulté « le catalogue »?Et l’humanisme fut-il pour lui, après tout, impuissant à sauver l’homme désespéré par le mal d’amour ?Toutes questions qui ne trouvent guère de réponses, ou d’explications, dans Un prix d’excellence.C’est le petit garçon studieux, fils de la directrice de son école et d’un pharmacien de village, qui remportait chaque année « le prix d’excellence » ; c’est le romancier qui poursuivit, sa carrière de fort en thème, devenu professeur, en décrochant à 25 ans le prix Goncourt; c’est l’amant d’une province chérie entre toutes, celle des Beaucerons où « nous vivons toujours à ras de terre, plaqués au sol, en toute humilité involontaire, par notre poids comme la limaille de fer reste collée à son aimant »; c’est le Français de la France profonde autant que le journaliste très lancé de la vie parisienne que l’on retrouvé, et apprécie, dans ce petit livre que l’auteur, en le dédicaçant à un ami, qualifie lui-même de « conte désordonné ».Un conte en épisodes variés, inattendus, qui n’échappe pas toujours au folklore provincial : la distribution des prix sous le préau de la halle agricole, les incidents, petits mais quelquefois dramatiques, de la vie familiale, mais, surtout, les retours émus à la vieille maison héritée de son père et comiquement baptisée « la Calife » (lire, pour explication, la page 49).Sommes-nous, lecteurs d’Un prix d’excellence, trop instruits du drame personnel de l’auteur (cet amour interdit dont il se fit un étendard avant un linceul), trop avertis de la sombre et dernière année 1978 ?Ce n’est pas, en tout cas, d’un oeil innocent, non prévenu, que nous abordons ces histoires où le fantastique le dispute aux fantasmes.De l’hirondelle symbolique jusqu’à la postière qui fait un « tri » très personnel du courrier, en passant par divers personnages de haute fiction (un Londonien exhibitionniste, des préposés à un « gardiennage » du côté de Montmartre, et un remake du Télémaque de Fénelon.) Jean-Louis Bory nous propose des histoires où l’ange du bizarre glisse vers le délire.Il se produit, semble-t-il, une sorte de dérapage, entre le projet, toujours conscient,-de l’auteur et sa concrétisation sur le papier.Quand la mémoire, fidèle et chronologique, soutient le récit, Bory est à son mieux.Il raconte si bien la Beauce de son enfance, la maison ouverte qu’était la sienne, à Méréville, sa visite de gratitude chez la grande Colette, rue de Beaujolais, au Palais-Royal.Un véritable morceau d’anthologie, celui-là, que les lycéens de Henri IV — son lycée — recevront sans doute un jour comme modèle.C’est dans ces pages où le grand écrivain nous émerveille, et dont l’absence nous attriste, que nous retrouvons le plus sûrement l’auteur de Clio dans les blés.Et que, soudain, point la nostalgie, le désir de relire Jean-Louis Bory puisque le plaisir de le lire pour la première fois est désormais exclu : qu’il s’est arrêté pour nous avec ce livre posthume.Vient de paraître aux Éditions J.C.Lattès U m " i*Ti SOTHEBY’S LE PRIX DES CHOSES F A mi* F.T LLXPERTISF.DK KOOUOBJICTS Le prix des choses — Sotheby’s L'édition 1986.La cote et l’expertise de 8000 objets.Un ensemble d'antiquités et d'objets de collection, des masques africains, des pendules anciennes, des voitures de luxe, du mobilier ancien, de l’argenterie, de la céramique et des figurines de Chine.Établi par la plus grande maison de vente aux enchères du monde.En vente chez votre librairie Pop Corn LETTRES QUEBECOISES STÉPHANE LÉPINE * Louise Leblanc, Pop Corn, Quinze, 1986, 289 pages.* Marilu Mallet, Miami Trip, nouvelles traduites de l’espagnol par Louise Anaouïl, Québec/Amérique, collection « Littérature d’Amérique », 1986, 128 pages.DANS Ange amazone, Yolande Villemaire écrit : « Incognito derrière ses lunettes-soleil de star en forme de coeurs, Claude Beausoleil déclare avec conviction : “ Liber aperit librum".Ce qui veut dire : “Le livre ouvre le livre.” » « Et, ajoute-t-elle, je te vois écrire en lettres de néons roses sur les murs de ton atelier, Miguel.Je te vois en train d’écrire Dream.Je te rêve chamane caméléon, double de mon âme arc-en-ciel qui se lève dans le coeur de quartz rose de l’archange visuel.Je te rêve imprévisible et possible, incarné, de feu.» Sur la couverture du dernier roman de Louise Leblanc, Pop Corn, la star fictive des années 1970, incognito derrière ses lunettes-soleil, renvoie une image, une incarnation, « imprévisible et possible », d’elle-même.Et, comme le souligne Edgar Morin dans un texte cité en exergue au roman, « la star.subjuguée par cette image en surimpression sur sa personne réelle .se demande si elle est bien identique à son double d’écran ».Le narrateur se posera la même question.Admirateur de Pop Corn, Kaven O’Brien sera amené accidentellement à enquêter sur son histoire, à ouvrir le livre de sa vie, à démêler toutes les fictions accumulées avec les années autour du personnage mythique qu’elle est pour bien des gens.Le 25 novembre 1982, Kaven O’Brien, ancien journaliste devenu écrivain, découvre le corps d’une femme inanimée sur le toit de sa voiture.Cette femme, dont le passeport trouvé sur elle permet de croire qu’il s’agit d’une certaine May Molin, ressemble étrangement à une vedette internationale surnommée « Pop Corn », assassinée en 1978.Une valise, qui bloquait la marche arrière du véhicule et appartenait de toute évidence à May Molin, contient une foule de documents sur Pop Corn.« Au milieu de quelques vêtements, Kaven découvre la panoplie d’une star : photographies, cassettes, bobines, articles de journaux, magazines et autres documents .À cet instant précis, Kaven a vraiment l’impression d’un mystère, le sentiment que derrière cette femme qui se cache se dissimule une énigme, la certitude qu’elle n’est pas simplement une fan un peu folle qui copie un modèle et se trimballe avec les reliques de son idole.Il vient d’entrer dans l’inconnu avec son inconnue.» C’est donc à partir de cette découverte que va s’engager l’enquête.Une enquête qui va le mener loin car, en tentant d’en savoir davantage sur ce double de Pop Corn, il va « franchir la frontière.du moi profond où l’être se multiplie ».En effet, derrière la représentation vivante de : un roman éclaté ?la star morte, il va découvrir une femme inattendue.Pop Corn, de son vrai nom Lorelei Lonesome, est un personnage au carrefour de toutes les fictions, un personnage qui concentre tous les rêves et tous les désirs de ses admirateurs.Pour réussir à l'identifer, il lui faudra donc enlever toutes les couches de maquillage, toutes les personnalités.Pour réussir à délivrer la princesse de ses rêves, il lui faudra traverser, comme le prince charmant, une forêt d’images et de représentations.Comme chez Yolande Villemaire, on trouve, chez Louise Leblanc, des personnages lourds d’archétypes, des personnages qui cristallisent tous les mouvements de mode, les mythologies les plus diverses, celles des mass media et du star-system comme du cinéma et de la publicité.Aussi ne faut-il pas s’étonner de rencontrer, dans Pop Corn, Pinocchio, Félix le Chat et Maria Goretti, les Everly Brothers, Gilbert Bécaud et Janis Joplin.En fait, Louise Leblanc propose une écriture foisonnante, libre de toutes contraintes, une écriture qui explore tous les registres, qui se joue d’elle-même et de la fiction, avec, à certains moments, une aisance, un humour et une efficacité indéniables.Mais « jusqu’où un auteur ne doit-il pas aller pour plaire à ses lecteurs » ?Cette question que se pose l’un des personnages pourrait toutefois être renvoyée à Louise Leblanc.Car l’exubérance parfois amusante et le débordement généreux de Pop Corn ne peuvent manquer de séduire au départ mais, n’étant pas soutenues par une armature solide, ces qualités finissent par devenir des défauts.Cette esthétique de la parodie, influencée à la fois par la bande dessinée, le popart, les sixties et le roman populaire, vaut aux lecteurs des passages amusants mais tourne finalement à vide.Avec Ange amazone, par exemple, Yolande Villemaire faisait, elle aussi, voyager la narratrice entre toutes les époques et les fictions, faisait cohabiter identités, visions, mythologies et voies narratrices en un tout signifiant et judicieusement orchestre.Dans un autre ordre d’idées, le film Ixe-13de Jacques Godbout permettait, par la parodie et le maniement des clichés, une critique sociale virulente et, dans ce contexte, la forme véhiculait le sens.Pop Corn, à mi-chemin entre les deux, n’a pas les qualités littéraires propres aux textes de Villemaire et use de la caricature avec une innocence qui laisse songeur.Explorer ainsi le territoire des imaginaires médiatiques est intéressant en soi mais, lorsque la manipulation des clichés ne comporte aucune réflexion sur ces clichés et n’a d’autre but que celui d’amuser, le travail perd de sa valeur.La forme apparemment éclatée de Pop Corn n’est donc pas le fruit d’une réflexion réelle sur l’écriture et n’est pas employée dans un autre but que celui de la séduction.Le titre du dernier roman de Louise Leblanc décrit alors très bien son contenu.Comme le corps de Lorelei, qui « n’était que bulles et molécules qui éclataient », Pop Corn est un roman éclatant et éclaté, qui se présente sous un bel enrobage mais derrière lequel ne se cache que du vide.Lorsqu’elle n’a plus ses lunettes-soleil de star pour se camoufler, lorsqu’on dépasse les apparences pour pénétrer le livre de sa vie, le charme de Pop Corn n’opère pas longtemps.?Tout à l’opposé, l’écriture de Marilu Mallet se veut discrète, retenue, dépouillée, sans effets faciles ni clins d’oeil accrocheurs.Passer de Pop Corn à Miami Trip, c’est quitter l’univers de la bande dessinée et du patchwork pour entrer dans celui de Wenders ou d’Alain Tanner.Alors qu’un certain cinéma allemand a donné naissance à ce qu’on appelle aujourd'hui les road-movies, Marilu Mallet contribue, pour sa part, à l’écriture du road book américain.Au-delà des rapports de couples qui forment la trame manifeste, au-delà des violences et des angoisses quotidiennes, ce qui retient l’attention dans les six nouvelles de ce recueil, c’est l’Amérique, le réel et les images américaines qu’on retrouve au détour des pages.La vastitude du territoire américain sert ici d’échiquier aux allers et retours des personnages, à leur piétinement, à leur mouvance, à leur désillusion et à leur violence.Dans la plus belle nouvelle, qui a donné son titre au recueil, un homme et une femme quittent le Québec, où circulent toujours « les rumeurs d’une crise invisible », et descendent jusqu’à Miami.D’un motel à l’autre, une complicité s’installe doucement.Les hésitations et les paroles retenues, les touchers sensuels et timides, que Marilu Mallet décrit dans un même mouvement de distance et de proximité, sont des moments inoubliables et particulièrement émouvants.Il y a là une justesse dans les dialogues, une tendresse discrète dans les gestes.Il y a, surtout, une écriture tout entière placée sous le signe du tact.Soutenue par le fait qu’une relation homme-femme est ce qu’elle sent et ce qu’elle décrit le mieux (elle est à la base des six nouvelles), Mallet, là, touche vraiment au réel.Dans la dernière nouvelle du recueil, L’ambassadeur du triple regard, l’auteur s’inscrit, cette fois, dans la foulée de Malcolm Lowry ( Under the Volcano) et d’E.M.Forster (A Passage to India) et fait le portrait d’une femme qui, au contact d’une culture étrangère, se voit transformée.Cette confrontation tendue (« La tension vient toujours d’une incompréhension profonde»), Marilu Mallet l'expose assez bien.Fuyant l’exotisme, elle va directement au coeur de la rencontre, faite à la fois de curiosité, de fascination et de peur, et sait montrer l’impression que fait sur son personnage l’obscurité infinie et vertigineuse d’une culture et d’un continent ouverts là, béants, et incrustants et indéterminables.OUVERT 7 JOURS JUSQU À 21 HEURES Librairie Champigny inc 4474 rue Sami Denis Montreal (Que )¦ • 844-2587 1 Ctiampi&ny UN JOUR OU L'AUTRE DÉSIREZ-VOUS graNDIR de 2 à 5 centimètres ou plus?Quel que soit votre âge, c’est POSSIBLE, en 15 minutes par jour, grâce à la méthode BERTHELET.Ce livre de 224 pages contient: • 10 chapitres de précieux conseils; • 100 EXERCICES SPÉCIAUX bien illustrés et clairement expliqués; • 9 tableaux pour contrôler votre entraînement.ACHETEZ-EN UN! En vente PARTOUT à seulement 10,95$ Les Éditions de l’Homme (514) 523-1182 nSsr M.Georges Curzi La Direction de l’Agence du Livre Français est heureuse d’annoncer la venue, dans son équipe, de Monsieur Georges Curzi à titre de gérant de la division des ventes au détail, située au 1246 de la rue Saint-Denis, à Montréal.Josée Yvon La guerre de cent secondes Pierre Gallois — Fayard il ' j ij Pierre Gallois LA GUERRE DECENT SECONDES Les Etals-Unis, /'Europe • et la aierre des étoiles Comment avec des engins nucléaires les combattants avec leurs stratèges intervenant à la vitesse de la lumière vont imposer la loi de la force en tous points du globe.Cartes explicatives en couleurs.En vente chez votre librairie récit vlb éditeur V le castor astral “À la beauté sublime des textes féministes s'ajoute la texture du masque déchiqueté par le récit de sa cruauté” Daniel Carrière, Lettres Québécoises “Je parle de cette voix entre défiguration et transfiguration, celle de Josée Yvon, vérité hallucinatoire, compulsive, parfois terrible, périlleuse.” Michael Bishop, Université McGill Il existe une littérature de l’insoutenable qui force les significations jusqu’au bout, celle de Josée Yvon.” Claude Beausoleil, Les livres parlent vit) éditeur Josée Yvon Maîtresses-Cherokees v en vente dans toutes les bonnes librairies J LOUISE BOUCHARD LES IMAGES LES HERBES ROUGES EE3Q LES IMAGES / LOUISE BOUCHARD • «Une prose d’une pureté, d’une vérité bouleversantes.» • «Pour moi, les IMAGES est un des plus beaux textes de prose qui se soient écrits au Québec ces dernières années.» GILLES MARCOTTE, L ACTUALITÉ Les Herbes Rouges Diffusion: Québec Livres t C-4 ¦ Le Devoir, samedi 10 mai 1986 LE DEVOIR CULTUREL ANNIE KRIEGEL ?Sur la piste des extrémismes Photo Jacques Grenier Guide Bleu -Canada canada “Le guide le plus complet pour voyager” Comprend: Un ensemble de cartes-itinéraires des plus importantes routes.Un guide alphabétique groupant les descriptions de toutes les villès.Des renseignements pratiques sur les sites et monuments.Une évaluation touristique, gastronomique et hôtelière ainsi qu’une classification des points d’intérêts.En vente chez votre libraire AENEAS £.pim**, o c o O O 13 0
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