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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1986-11-29, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR CULTUREL Montréal, samedi 29 novembre 1986 VOS HOTES GUY ET DODO •'-ÇS* \ Dîners i.lMlDINK Table d'hôte d'afTaires V [>\1{JS J midi et soir Cuisine Bourgeoise^^^^^Service personnalisé 4024 STE-CATHF.RINE OUEST Métro Affaler Rèsen a lions 935-3277 J PEF Le Musée de la civilisation I Photo D.m.r.Pef, « collectionneur de grains de sable .» ?Sus aux adultes! DOMINIQUE DEMERS PEF ?C’est comme « pif ! paf ! pouf ! » Un nom explosif, une interjection joyeusement impertinente.Celui qui le porte jure que le hasard l’a ainsi affublé.« Mon nom est Pierre-Elie Ferrier : ça donne Pef tout simplement.» Mais il admet aussi que le hasard fait bien les choses et que le nom colle plutôt bien au personnage.Cette année, Pef lançait trois nouveaux titres pour enfants au Salon du livre de Montréal.Tour à tour auteur-illustrateur, simple illustrateur ou auteur tout court, il a publié 30 albums pour enfants en moins de 10 ans.Son premier titre, Moi, ma grand-mère, paru à La Farandole, l’a rapidement consacré auteur à succès.Mais c’est avec La Belle Lisse Poire du prince de Motordu, un conte de fées moderne absolument fou et délicieusement truffé de jeux de mots tordus, qu’il a véritablement réussi à conquérir les tout-petits.Les éditions Gallimard ont vendu 200,000 exemplaires des péripéties de la princesse Dézécolle et du prince de Motordu.Les livres de Pef ont beau être écrits pour les enfants, il n’est pas Suite à la page C-7 Le Musée de la civilisation en construction (octobre 1986).% sH* Mi Al i Jpupjl» ' jr * 4*llfl ési ¦ ?Un éléphant qui ne veut pas blanchir ANGÈLE DAGENAIS UÉBEC — Le Musée de la ci-¦ lvibsation — une construction qui aura coûté $ 30 millions au Trésor québécois — a échappé au scalpel acéré du gouvernement élu il y a un an, pour la bonne raison qu’il était en chantier et que ses travaux étaient très avancés lors des élections québécoises de décembre 85.Le « gros oeuvre » doit être terminé en février prochain.Lise Bacon, ministre des Affaires culturelles, a toüt de même, dès l’arrivée des libéraux au pouvoir, repoussé d’un an l’ouverture de ce musée logé près du Vieux-Port de Québec et qui était l’un des principaux projets du précédent gouvernement.Elle a obligé également la direction de l’établissement à se définir une mission, des objectifs et des stratégies opérationnelles très précises; bref, elle a exigé qu’on rédige à son intention un « concept muséal » détaillé, avant de fournir un cent de plus à ce qui aurait pu devenir un éléphant.blanc.C’est chose faite, depuis à peine deux semaines.Le musée devra attendre, malgré tout, portes closes, de mars 1987 à juin 1988, que Mme Bacon trouve $ 30 millions de plus pour l’aménager .car il semble que, pour chaque dollar investi dans le béton, il en faille un autre pour aménager et animer ce type de musée, selon les critères reconnus dans le monde muséal.C’est ce qu’explique au DEVOIR, cette semaine, le directeur du Musée de la civilisation, Guy Doré, qui ne s’attend évidemment pas à ce que Mme Bacon trouve une pareille somme en un an.Le musée compte sur l’octroi d’un budget de fonctionnement de $ 10 millions par année des coffres publics, ce qui en fera, s’il l’obtient, le mieux nanti de tous les musées du Québec ! Même vide, il coûte déjà annuellement la jolie somme de $ 2 millions en taxes, chauffage et sécurité.Le dernier-né des musées « nationaux » du Québec, flanqué au pied de la falaise entre la place Royale et le bassin Louise, est une immense structure de deux étages, à l’architecture audacieuse, intégrant un clocher de verre, de grandes fenê- tres, deux terrasses surélevées, des éléments du patrimoine archéologique déterrés lors de la construction, et de petits pignons insolites qui prendront, avec l’âge, la couleur vert-de-gris caractéristique des toitures de la Vieille Capitale.Cette structure ultra-moderne se marie étrangement fort bien avec les vieilles pierres des deux édifices anciens qu’elle incorpore — la grande maison du marchand Estèbe, qui contrôlait l’arrivée de toutes les marchandises parvenant en Nouvelle-France, et l’école de Marine, de style plus récent, qui seront occupées par le personnel du musée.La construction de la structure neuve et la restauration des bâtiments anciens sont maintenant presque terminées.Le constructeur livrera les aires d’exposition « sur le brut », c’est-à-dire sans cloisons ni finition intérieure.Il s’agit de quatre immenses salles totalisant plus de 8,000 mètres carrés qui attendent le fameux « concept muséal » pour s’approprier les objets qui leur donneront vie.Un musée de la civilisation, ce n’est pas un musée d’histoire, ce n’est pas un musée ethnologique, ce n’est pas un musée scientifique, ce n’est pas un musée archéologique, ce n’est pas un musée d’art et de tradition populaire : c’est un peu tout ça à la fois.Celui de Québec compte déjà sur une collection de 50.000 objets euro-québécois des 17e, 18e et 19e siècles — mobilier, costumes, objets utilitaires ou personnels, outils, jouets, livres, etc.— et 5.000 oeuvres d’art et objets utilitaires amérindiens et inuit entreposés dans de grands hangars climatisés de Vanier.Le Musée de la civilisation, au dire de son directeur actuel, entend privilégier un concept d’expositions Suite à la page C-6 LE MOIS DE LA PHOTO ?Les bonsaï du réel Paris vit à l’heure du Mois de la photo, une manifestation annuelle qui donne à la photographie la place qui lui revient, et qu’elle n’a pas toujours.LE DEVOIR a demandé à l’un des meilleurs photographes’québécois de commenter la situation sur le front de l’image.GUY BORREMANS (collaboration spéciale) PARIS — Métro Châtelet, six heures du soir.Sous le regard des CRS, dans la marée des travailleurs, l’odeur de chauffé et d’aisselles qui n’appartient qu’à ce lieu, une jeune fille accroupie, tenant un carton sur lequel on lit ; « Pour manger et rester propre », pleure doucement.Mais il n’y a pas de photographes : il n’est plus là, il est occupé, dans une centaine de galeries, de musées et d’endroits publics, à séduire — par le baroque obscène (Joel Peter Witkin), par la rigueur des formes (Ralph Gibson), le constat documentaire impitoyable (Sebastiao Salgado).D’un côté, les galeries et musées qui, pour Suite à la page C-6 K- -m r a Pascal Kern, Icône, triptyque (1986), à la galerie Zabriskie nullement une démarche de photographe ! ternir *- ii h ' i r Jt En pages LA LANGUE AU CHAT Retour de la « langue au chat » : Marc Morin s’embarque dans le débat le plus frais en ville; il en fait ses « eux et Bacon ».C-2 DANIÈLE LÉVESQUE Elle signe le remarquable décor de La Médée d’Euripide, de Marie Cardinal, au TNM.Paul Lefebvre nous la présente.C-9 GILLES AUGER Carol Bergeron interviewe le chef d’orchestre Gilles Auger, qui a remporté un prix à Besançon et dirige, mardi, la première production des Nouvelles Variétés lyriques, Orphée aux enfers.C-9 HUMEURS Nathalie Petrowski a revu cette semaine À tout prendre, le film de Claude Jutra réalisé en 1963.Elle parle de la disparition du cinéaste.C-10 CINÉMA JUIF Francine Laurendeau présente la Quinzaine de cinéma juif qui s’ouvre à la Cinémathèque québécoise mardi prochain.I)-7 MORRIS LOUIS Maurice Tourigny visite la rétro- spective Morris Louis au Musée d’art moderne (MoMA) de New York.Ce peintre américain, décédé en 1962, est l’un des plus controversés.Le MoMA rouvre le débat.D-10 ROBIN NORWOOD CES FEMMES QUI AIMENT TROP La radioscopie des amours excessives Si vous vous retrouvez toujours ensorcelées par des hommes qui ne vous aiment pas ou ne savent pas vous aimer.Ce livre est fait pour vous! BEST-SELLER AUX ÉTATS-UNIS DEPUIS PLUS D’UN AN! COLLECTION PARCOURS dirigée par Josette Stanké Stanké dltlons Internationale» Alain Stanké , 2127, rua Guy.Montréa « C-2 Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 LE DEVOIR CULTUREL LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER René Lévesque et la science-fiction — Porté par le succès de son récit personnel et politique, Attendez que je me rappelle., qui en est à 150,000 exemplaires aux éditions Québec/Amérique, l’ex-premier ministre René Lévesque veut désormais poursuivre sa vie d'écrivain.Au cours de l’entretien qu'il nous accordait pour LE DEVOIR de jeudi dernier, il confirmait son intérêt pour la science-fiction et son désir d’écrire des livres dans ce genre littéraire.« Écrire de la science-fiction, c’est une idée que j’ai toujours eue, confie René Lévesque.On passe beaucoup de messages dans la science-fiction depuis Gulliver et même depuis Aristote qui a écrit L’Atlantide.Il ne s’agit pas d’écrire des plaidoyers mais il y a beaucoup de choses auxquelles on pense ou que l’on sent et qui passent admirablement en science-fiction, si on frappe la bonne idée.J’aimerais en écrire et je vais essayer, parmi d’autres choses.J’ai lu au moins deux bouquins de Bradbury, par exemple.Au-delà du fait que c’étaient de sacrés bons suspenses dans un monde imaginaire, c’étaient aussi des textes socio-poli-tiques assez intéressants à leur façon », ajoute M.Lévesque.?Prêts aux auteurs — La Commission du droit de prêt public se prépare à distribuer trois millions de dollars aux auteurs canadiens.Les 24 membres de cette commission représentent les écrivains, traduc- LE DEVOIR CULTUREL est dirigé par Robert Lévesque /a\ d LIBRAIRE Ë LIVRES Ë, RÉCENT ET ANCIENS ¦ Achat et vente I la plus la plus grande librairie P—V/£p\ - 251 Ste-Catherine E Estuaire L’ART POÉTIQUE NUMÉRO 40-41 LE POÈME EN REVUE ESTUAIRE C.P.337, SUCC.OUTREMONT MONTRÉAL, QC H2V 4N1 BULLETIN D'ABONNEMENT Abonnements pour quatre (4) numéros par année ABONNEMENT ÉTUDIANT'ÉCRIVAIN 12.00$ ?ABONNEMENT RÉGULIER 15.00$ ?ABONNEMENT POUR INSTITUTIONS 25.00$ ?ABONNEMENT DE SOUTIEN 25.00$ ?ABONNEMENT À L'ÉTRANGER ' 30.00$ ?ABONNEMENT POUR DEUX ANS (nous vous enverrons dix (10) anciens numéros d’Estuaire disponibles de votre choix.) (prix spécial pour huit numéros, au Canada seulement) 30,00$ ?ABONNEMENT POUR TROIS ANS (nous vous enverrons vingt (20) anciens numéros d’Estuaire disponibles de votre choix.) (prix spécial pour douze numéros, au Canada seulement) 45,00$ ?On peut aussi se procurer la plupart des quarante premiers numéros d’Estuaire CHAQUE NUMÉRO 4,00$ ?Nom________________________ Adresse.Code.VEUILLEZ M'ABONNER A PARTIR DU NUMÉRO- teurs, bibliothécaires et éditeurs du Canada.L’Uneq refuse de faire partie de la commission, ce qui n’empêche pas les auteurs, membres ou non d’une association, d'être admissibles au DPP (droit de prêt public).On compte environ 7,000 auteurs et 20,000 oeuvres qui pourraient être admis à ce programme.Les auteurs qui croient pouvoir recevoir ces droits pour le prêt de leurs livres en bibliothèque doivent s’inscrire au programme avant le 15 décembre.L’adresse de la commission est la suivante : Commission du droit de prêt public, C.p.1047, Ottawa (Ontario), KIP 5V8, et son numéro de téléphone : (613) 236-9388.?Départ chez DMR — L’attachée de presse de Diffusion Mont-Royal, Marie-Françoise Losay, a quitté son emploi pour d’autres défis.Soulignons la qualité des rapports que les journalistes pouvaient avoir avec cette attachée de presse toujours attentive aux auteurs et à leurs oeuvres.C’est une ex-libraire, Josée Lareau, qui prend la relève de Mme Losay.Nous lui souhaitons bonne chance.?Lecture Skol — La galerie Skol recevra, demain à 13 h 30, le poète Alexis Lefrançois, le premier auteur à publier un livre au Noroît et dont la publication de l’oeuvre, en deux volumes, marquait le centième ouvrage de cette maison d’édition.Ses poèmes sont donc réunis sous le titre Comme en tournant la page.La poésie de Lefrançois s’ouvre sur un monde à la fois grave et joyeux.La galerie Skol est située au 3981, rue Saint-Laurent, espace 222.?Cinquante ans — Les éditions Fi-des fêteront bientôt leur cinquantième anniversaire de fondation.Le programme des célébrations sera connu le mercredi 3 décembre.* ?Signature — Michel Tremblay participera à une lecture/rencontre à la librairie L'Androgyne (3636, rue Saint-Laurent), demain à 14 h.?Atelier — La Société littéraire de Laval tiendra son troisième atelier d’écriture, animé par Patrick Cop-pens et Renée Thivierge, le mardi 2 décembre à 19 h 45 au 3145, rue Saguenay, à Duvernay.?Chez Hermès — Deux poètes rencontreront le public de la librairie Hermès, à Outremont, le vendredi 12 décembre à 19 h.Gérald Godin vient Photo Jacques Grenier Le poète Alexis Lefrançois lira ses oeuvres à la galerie Skol, demain après-midi.de publier Soirs sans atout, un livre marqué par la douleur qui révèle son immense appétit de vivre.Madeleine Gagnon a fait paraître L’Infante immémoriale, un de ses plus beaux livres sur l’amour.Les deux poètes ont publié en coédition aux Écrits des Forges des Trois-Rivières et à La Table rase de Paris.LA LANGUE AU CHAT MARC MORIN Chers épouvantails (1) Eux et Bacon LES ENFANTS d’immigrants, suivant les traces de leurs aînés « amnistiés », se remettront-ils à envahir les écoles anglaises ?Reverrons-nous, rue Sainte-Catherine, des affiches en anglais, en grec, en chinois ou en toute autre langue étrangère avec du français en post-scriptum ?L’Ouest montréalais con-firmera-t-il son statut d’État séparé en proclamant « Vive le West Island libre ! » ?Les Québécois seront-ils forcés, comme avant la Révolution tranquille, de « speak white » chez Ogilvy, Eaton et The Bay ?Nos écoliers francophones, incités à l’apprentissage de la langue anglaise dès la première année du cycle primaire, seront-ils exposés à l’inévitable anglicisation au détriment de leur langue maternelle ?Tant de questions qui refont surface, du simple fait que les Québécois, dans leur habitude de courte vue qui consiste à « voter contre », ont ainsi accordé la majorité parlementaire au parti politique que l’on sait, tout en oubliant commodément que cette formation, électora-lement endettée à l’égard de la puissante minorité officielle, serait forcée de brûler ce que nous avions adoré.Nous voici donc, à l’aube de 1987, confrontés une fois de plus à l’éternelle menace qui, plus que toutes les autres circonstances de notre existence collective, qualifie ce peuple en perpétuelle quête de lui-même : la survie de cette chère langue que nous avions déjà tournée sept et cent fois avant de la parler à haute voix.?Le parti gouvernemental, par la voix de son ministre de la Justice, a reconnu, le mois dernier, qu’on ne pouvait légalement modifier la Charte de la langue française par simple règlement, sans passer par l’Assemblée nationale.Cela nous fait une belle .langue quand on sait, ou qu’on soupçonne, que le gouvernement ne manquera pas d’utiliser sa confortable majorité pour passer outre aux objections de l’opposition.Le salut du français, la préservation des acquis ne se trouvent donc pas à l’Assemblée nationale, du moins tant que durera le régime en place.Pouvons-nous compter davantage sur la bureaucratie linguistique ?« Fat chance ! », dira-t-on couramment en ce pays lorsque le français aura été versé aux archives Marius-Barbeau avec les costumes de feu les Feux-Follets.On a vu comment madame le vice-premier ministre, exaspérée par des « avis » qu’elle n’avait pas sollicités et qui, crime ultime, n’allaient pas dans le sens de son propre engagement électoraliste, a remis à leur place, c’est-à-dire sur les tablettes d’où ils n’auraient jamais dû descendre, tous ces « conseillers », « officiers » et « commissaires » de la langue qui ont osé défendre sur la place publique notre pauvre langue menacée en même temps que leur propre emploi.?Le fameux débat, réveillé comme le chat qu’on croyait endormi sur son coussin, reprend donc de plus belle.Laissé aux parlementaires, on dira même — fâcheux jeu de mots — qu’il s’en-Lise.Confié aux offices, commissions et autres hauts comités confondus, qui ont désormais pour seul mandat.de se la fermer, il sera inévitablement émasculé, comme cet office de protection des étalons dont l’ex-ministre agro-alimentaire déplorait récemment la castration.Même s’ils en usent et en abusent en Chambre — n’est-ce pas leur seule raison d’être ?— nos députés et ministres ne sont pas propriétaires du français qui, une fois de plus et ce n’est pas la dernière, tire .la langue.Les fonctionnaires non plus qui, en leurs officines, se l’agitent comme les serpents qui sifflent sur les têtes des Gorgones.Cette langue appartient au peuple qu’elle définit.: à lui donc — à vous, humbles ou grands lecteurs, petits parleurs ou grands faiseurs — de monter aux barricades.À moins, bien sûr, que Dallas et Dynasty ne vous tiennent plus à coeur que ce Temps d'une paix linguistique qui n’est évidemment pas encore venu .(La semaine prochaine : Un agneau à la laine d’acier) 66 Prix Goncourt” Valet de nuit - Michel Host — Grasset Si l’hymne à la ville et à son fleuve se trouve au centre du livre, c’est qu’il faut une eau vaste et terrible où lancer les vaisseaux.Le narrateur subit un huits clos où le passé enfoui se décolore dès qu’il le ramène au jour et tente de reconstituer l’image émiettée de sa vie.Il mène une quête qui le jette sur les traces d’une mère lointaine, inconnue, ou pire, méconnue, et sur celles de son père disparu lors des tourmentes de la guerre.MICHEL HOST Vcilet de nuit Grasset En vente en librairie LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND John Hawkes Aventures dans le commerce des peaux en Alaska LIBRE-ÉCHANGE David K Willis, Les Privilégiés de la nomenklatura, les Presses de là Cité, coll.« Document », 283 pages.Les « libres-échanges » de citoyens entre le Canada et l’Union soviétique, ces derniers jours, remettent en lumière la vie quotidienne des Soviétiques.Ce sont justement les petits faits de la vie de tous les jours en URSS que décrit David K.Willis dans cet ouvrage.Un livre qui arrive à point nommé et qui tente de montrer que la société soviétique est une société de classes.et sexiste en plus ! ESPIONNAGE Brian Freemantle, Le KGB, le plus secret des services secrets.Plon, 220 pages.Le KGB est une grosse machine : 250,000 agents secrets parcourent le monde; 70,000 censeurs contrôlent tout ce qui est imprimé en Union soviétique; la police, l’armée, les prisons et les camps de travail sont sous sa surveillance.James Bond n’a qu'à bien se tenir.LITTÉRATURE John Hawkes, Aventures dans le commerce des peaux en Alaska, Seuil, coll.« Fiction & cie », 504 pages.L'écrivain novateur, que le New York Times avait qualifié de « notre plus grand écrivain vivant », se met à faire du roman d'aventures réaliste à la Jack London.Et ça lui réussit ! Il vient de remporter le Médicis étranger pour ces Aventures.Son style, habituellement sophistiqué, est, dans ce dernier roman, à l'exemple du paysage qu'il décrit : plat, dépouillé, majestueux, immense .André Belleau, Surprendre les voix, Boréal, 238 pages.La mort récente d’André Belleau, le 13 septembre dernier plus exactement, nous a laissés cois, mais c’est peut-être pour mieux entendre sa voix dans ses admirables essais.Ce recueil est une réédition revue, augmentée et refondue de Y a-t-ii un intellectuel dans la salle ?.Il contient une trentaine d’essais écrits entre 1963 et 1985.APARTHEID Bernard Lugan, Histoire de l’AIrlque du Sud, de l'Antiquité à nos jours, Perrin, coll.« Vérité et légendes », 272 pages.L'Histoire nous enseigne souvent des vérités qu’on ne veut pas admettre, subjugués que nous sommes par les conflits actuels.Mais il faut prendre du recul et savoir que, sur 50 % du territoire de la république d’Afrique du Sud, les Blancs ont précédé les Noirs, que leur première rencontre n'a eu lieu qu’au XVIIIe siècle, que la guerre civile entre Noirs est aussi importante que la lutte contre l’apartheid,'etc.Tout cela n'excuse rien, mais est essentiel pour comprendre ce pays morcelé, véritable mosaïque de conflits de toutes sortes.POÉSIE Louis Desaulniers, Le Jour du tangara, éditions du Trécarré, 156 pages.La poésie de la couleur et la couleur des mots s'entremêlent dans ce livre magnifiquement illustré par des reproductions d'acryliques sur toile de l’artiste Louis Desaulniers.La voix colorée, tendre et simple du peintre nous touche autant que ses tableaux qui ressemblent, à s'y méprendre, à dés vitraux.En lisant les récits de son rapport à la peinture, on s'aperçoit qu’un vrai poète est quelqu’un qui est au plus près de soi.Jacques Boulerice, Apparence, Belfond, 125 pages.Apparence ?C'est une soixantaine de textes qui s’arrêtent sur les petits riens de la vie quotidienne.À y regarder de plus près, il y a toujours un drame derrière les apparences.Une écriture suggestive nous fait découvrir l’intensité de la vie à travers de menus gestes, de paysages, d’anecdotes.DANIEL DEPLAND Les noces de la lune rouge ¦ SSPS®?, » «Diamant noir déposé sur la tombe d’une mère, par un fils qui l’a découverte à la minute où elle le quittait.» Jérôme Garcin / L'ÉVÉNEMENT DC JEUDI «Simple et déchirant, articulé autour de l’une des tragédies-clef ; la mort d’une mère.» Christian GiudicelU/LIHE ¦Un roman d’amour, l’amour intense et ultime d’un fils pour sa mère atteinte d’un cancer.Un livre qui m’a beaucoup touché.» Christiane Charette/BO\ DIMANCHE RECHERCHI en novembre : DOSSIER : LIS APPLICATIONS DIS SYSTÈMES EXPERTS par Pierre Vandeginste KAIKO : L'EXPLORATION DES FOSSES DU JAPON par Siegfried Lallemant, Serge Lallemand, Laurent Jolivet et Philippe Huchon LES ÉTRUSQUES par Michel Gras LA PERCEPTION DU TEMPS CHEZ L'ANIMAL par Marc Richelle et Helga Lejeune LES SURPRENANTES PRÉDICTIONS DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE par Franck Laloe N" 18 4,253 EN VENTE PARTOUT OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT • Un an: 36,00* Je souscris un abonnement d’un an (11 n°), à la RECHERCHE au prix de 36,00$.Veuillez payer par chèque établi à l’ordre de Diffusion Di média Inc.Nom.Profession.Adresse.Ville- Code postal.A retourner accompagné de votre règlement à: Diffusion Dimédia, 539, Boul.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2.• Un delà,, dau moins 8 semaines, interviendra entre la date de la demande d abonne-ment et la réception du premier numéro L abonné Elisabeth Roudinesco achève ici ce qu’elle avait si brillamment commencé avec le premier tome en 1982, aujourd’hui revu et corrigé.Du rôle de la figure centrale de la psychanalyse en France; Jacques Lacan; du débat sur les idées et sur les pratiques, des scissions, des différents modèles d’institutions mis i l’essai ici ou là, du conflit aussi des doctrines, tout est dit.Tout ce qui est raconté ici, par un témoin tantôt direct, tantôt indirect, fera date pour des décennies.Histoire de la psychanalyse en France.2 Tome 1:512 pues Broché 37,5» Relié 47,955 Tome 2:800 pues Broché Relié 54.9S1 UNE OEUVRE MAGISTRALE HENRI 6UILUMIN / U MONDE Le troisième et dernier tome sur de Gaulle, — de la guerre d’Algérie à sa mort, sans oublier sa mémorable visite au Québec en 1967, et son vibrant «Vive le Québec libre» — rassemble de façon spectaculaire les trois atouts de cette monumentale biographie: à la fois livre d’histoire, essai politique et roman d’aventures.On dispose désormais d’un portrait irremplaçable du général de Gaulle.Tome 3; broché 34 95$ relié 48,95$ RAPPEL Tome I : broché 30,95$ relié 38,95$ Tome 2: broché 29,95$ réiié 38,95$ U L L T R E i A Y ror^and L’auteur des Chroniques du Plateau Mont-Royal a laissé temporairement son Centre d’observation d’un milieu qu’il connaît bien pour nous dire, nous raconter, nous chantonner les hymnes d’une intimité qu’il connaît mieux encore.Une émotion intense, continuelle, habite cette oeuvre unique qui, bien comprise, peut rejoindre des soucis communautaires, voire universels.Cette histoire d’amours en est une / de libération contagieuse, exhaustive, bienvenue et exemplaire.Collection «Roman Québécois» 16,95 $ LÏM ii\l M B Le ,, coeur j découvert EDITEUR roman d’amours Photo: GEORGES DUTIL C-4 ¦ Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 LE DEVOIR CULTUREL JEAN-JACQUES BROCHIER ?Éloge du plaisir JEAN ROYER ?JEAN-JACQUES BROCHIER n’est pas seulement un journaliste de grande culture, critique raffiné et rédacteur en chef du Magazine littéraire depuis vingt ans ; il est aussi un écrivain de grande classe et ce n’est pas par pure flatterie qu’on le compare à Maupassant et qu’on lui a attribué pour son roman, Un cauchemar, le Prix du livre Inter 1985.Essayiste, il a publié des études remarquées sur Sade, Camus, Vailland (qu’il admire tant), Nizan, les surréalistes et Robbe-Grillet.Romancier, il s’est fait connaître avec une première oeuvre autobiographique, Un jeune homme bien élevé, qui lui a valu.le Prix des Sept en 1978.Puis deux autres romans très personnels ont confirmé son talent d’écrivain: Odette Genon-ceau et Villa Marguerite.Son troisième roman, Un cauchemar, est un véritable éloge du plaisir et l’on soupçonne son personnage, Pierre-Antoine Moreau, de ressembler à l’auteur dans sa façon de jouir de la vie.Car cette oeuvre n’est pas seulement une histoire à suspense mais la réflexion d’un écrivain sur les bonheurs de l’existence.L’histoire policière devient l’occasion d’une méditation sur l’art de boire et sur nos rapports avec les chiens autant que sur le gibier, les étangs et les fusils.Dans sa « chasse aux fantasmes », Jean-Jacques Brochier parcourt les songes de l’alcool et les paysages de la Sologne avec ses forêts, ses chasses et ses silences.Dans ce livre, la volupté affronte l’effroi.« Je crois qu’on écrit les livres sur commande, me confie Jean-Jacques Brochier.C’est à la demande d’un éditeur que j’ai écrit mon premier roman.Il était autobiographique, mais j’ai quand même essayé de garder mes distances car je n’aime pas beaucoup me mettre dans mes phrases, j’aime plutôt les regarder de loin.J’ai eu de bonnes critiques.Par faiblesse, j’ai continué.Aujourd’hui, mon éditeur, chez Albin Michel, croit à ce que j’écris beaucoup plus que moi-même.Mais j’aime bien écrire des romans, cela permet un peu de sortir de soi et des circuits littéraires dans lesquels je suis enfermé comme journaliste.« Je ne suis cependant pas assez orgueilleux ou vaniteux pour me considérer comme un vrai écrivain.Je vois beaucoup d’écrivains qui, même quand ils sont assez malheureux, sont parfaitement sûrs de la solidité de leurs malheurs.Moi, je suis à la fois critique et écrivain.Donc, le critique met en doute le talent de l’écrivain.« Le roman reste pour moi important.Il est arrive dans ma vie après 40 ans, comme une maîtresse légitime, qui me donne beaucoup de satisfaction.Mais ma première activité étant la critique, je me vois mal abandonner la critique pour n’écrire que des romans.Ecrire un papier de critique littéraire, lire un livre en essayant de découvrir un auteur, cela reste quand même essentiel à mon existence.S’il fallait que ie m’enferme pour écrire tous les deux ans un roman qui tomberait comme No 1 en décembre, je crois que je deviendrais très triste.« Il reste que la vie sans écriture me semblerait difficile.Je sais bien qu’il y a plein de gens qui vivent sans écrire et qui vivent très bien.C’est quand même bizarre de prendre du papier blanc et de l’encre noire pour passer son temps.Mais c’est ce que je sais faire.Autant le faire le mieux possible.Je ne sais pas conduire une voiture ni réparer une lampe électrique mais je sais écrire.Donc, j’écris.Ses livres, Jean-Jacques Brochier les écrit loin de la ville et du journalisme.« J’écris mes romans a la campagne, en m’enfermant tout seul pendant des plages de huit jours.Dès six heures du matin, au sortir du lit, je me retrouve avec mes personnages.Seul mon chien peut me tenir compagnie.Plus je vis, plus je; vois que les villes ne sont pas faites pour les hommes.Il faut vraiment que les hommes se détestent pour avoir inventé les villes ! Moi, je suis obligé par profession de vivre à Paris.Un journal comme le Magazine littéraire pourrait difficilement se faire ailleurs.De plus, j’ai une fille de 10 ans qui va a l’école et que je ne voudrais pas mettre pensionnaire.Mais si je le pouvais je vivrais au moins cinq jours par semaine à la campagne.La ville, c’est l’agressivité et le bruit, que je supporte de moins en moins.Pour cela, Paris est une ville très au point! Heureusement, quand je me retrouve chez moi, à 100 kilomètres de Paris, j’ai l’impression d’être dans un autre monde, à 2,000 kilomètres ! « Il y a une manière de perdre son temps à la campagne qui n’est pas de le perdre mais de le laisser couler autrement.On va se balader avec le chien dans le bois, on va aux champignons, on va à la chasse ou à la pêche.Moi, j’adore la Sologne.Je suis capable de rester i côté d’un étang pendant une journée sans bouger, rien que pour regarder ce qui se passe dans le paysage.A la campagne, la nature vous impose son rythme».C’est a l’âge de six ans, en revenant de la campagne jusqu’à Lyon, sa ville natale, a l’époque de la guerre, entre deux bombardements, que Jean-Jacques Brochier a lu son premier livre, un roman d’Arsène Lupin.Aujourd’hui, il aime autant les romans « difficiles » que les oeuvres policières ou de science-fiction.Il aime les romans qui racontent une histoire ou qui maintiennent un intérêt pour le lecteur.« Un bon livre, c’est d’abord celui qu’on a envie de lire jusqu’au bout.Que ce soit un ouvrage difficile ou non, que ce soit un roman ou un essai.Il faut avoir envie d’aller jusqu’où bout en même temps que le goût de s’arrêter de temps en temps pour penser à autre chose.Barthes disait qu’il était très mauvais lecteur parce que, quand le livre était bon, il partait dans une espèce de rêverie qui n’avait rien à voir avec le livre, il interrompait sa lecture et décollait sùr une phrase ou même sur un mot.Certes, il ne faut pas toujours interrompre sa lecture mais je pense que cela fait partie des maniérés de lire.Si une phrase reste toute sèche, comme ça, sur le papier, c’est qu’il lui manque quelque chose.C’est pourquoi le lecteur est si important, pour la vie d’un livre.Au cours de notre entretien, l’écrivain me raconte que s’il se trouve mal à l’aise dans une maison, il s’aperçoit vite de la raison de son anxiété : il n’y a aucun livre en vue ! Jean-Jacques Brochier ne peut pas vivre sans les livres.On comprend vite alors comment ce liseur et ce bibliophile est d’abord un collectionneur de plaisirs.« La vie est courte.Aussi bien essayer de la passer dans le plaisir, à condition que cela ne fasse de mal à personne.C’est à cette condition, cependant, qu’il faut tenter de trouver son bonheur partout.Et je ne rinse pas qu’aimer un livre ou aller la chasse fasse du mal à quel- qu’un.« Dans mon dernier roman, Un cauchemar, c’est un peu ce dont meurt mon personnage, finalement: il refuse de faire du mal à quiconque.Du coup, il en fait quand même - on en fait toujours un peu.Dès le moment où il s’en rend compte, il prend les mesures qui s’imposent.Pour moi, cela était très important quand j’ai écrit le livre.Mais très peu de critiques l’ont remarqué ».Dans son roman, Brochier fait l’éloge du plaisir.Qu’il s’agisse du bonheur de la nature ou de l’éloge de l’alcool, son personnage explique ses manières d’être heureux de vivre contre tous les écologismes réducteurs.Ce qui me frappe aujourd’hui, dit le romancier, c’est la tendance au rétrécissement de la vie.On veut vous empêcher de boire, de fumer, de manger du sucre ou de la graisse.Bientôt, on vous dira qu’il ne faut pas faire l’amour parce que ça fatigue! Quand on sera tous dans un congélateur, évidemment cela pourra durer 2,000 ans ! Mais on ne s’amusera pas beaucoup, on n’aura pas l’impression de vivre vraiment.J’ai horreur de cette tendance hygiéniste qu’on a aujourd’hui à vouloir supprimer tout pour une hypothétique survie alors qu’une bombe peut nous tomber sur la figure demain matin ou qu’on peut se faire renverser par une voiture.C’est pourquoi dans ce roman le personnage, malgré toutes ses faiblesses, aime boire et fumer, faire l’amour et manger.En ce sens, j’espère que je suis comme lui ! » D’ailleurs, Jean-Jacques Brochier ne s’est jamais gêné pour affirmer que la cuisine, par exemple, fait partie de la culture au même titre que la littérature.« Ce n’est pas un hasard, ajoute-t-il, si les trois-grandes civilisations littéraires sont les trois grandes civilisations culinaires.La situation est maintenant en train de changer puisque que, grâce au ciel, il existe d’autres littératures.Mais on peut dire que pendant très longtemps il y avait trois littératures, celles de l’Italie, de la France et de la Chine, où se retrouvaient aussi les trois plus grandes cuisines du monde.Je ne le dis pas du tout par nationalisme, puisque c’est un fait.Au 16e siècle, la littérature française était très vivante tandis qu’il n’y avait pas de littérature anglaise, peu de littérature allemande et, pour Photo A.P.P.M./Louls Monter Jean-Jacques Brochier cause, pas de littérature américaine.Mais il y avait en France, en Italie et en Chine une cuisine et une littérature intéressantes ».Aujourd’hui, Jean-Jacques Brochier ne s’est pas converti à la « nouvelle cuisine » mais il reste un liseur de toutes littératures nouvelles.Le Nouveau Roman l’a intéressé, par exemple.Il vient de faire paraître un livre sur Robbe-Grillet et se déclare ravi que le Prix Nobel ait été décerné à Claude Simon.Il réserve un accueil attentif aux jeu-’ nés romanciers et remarque deux phénomènes principaux dans la littérature française actuelle.« D’abord, la littérature étrangère reprend ses droits en France.Quand j’ai commencé au Magazine littéraire, il y a vingt ans, on traduisait très peu de romans étrangers.Pourtant, dans les années 1930, des auteurs de littératures étrangères, il y en avait eu partout, chez Stock, chez Plon.Puis, en 1940, il y a eu le blocage des Allemands.En 1945, il y a eu les Américains et ça s’est arrêté là.Depuis dix ou douze ans, le mouvement est en train de s’inverser en France.On retraduit les écrivains qui avaient été mal traduits, on traduit des titres qui ne sont pas forcément connus.D’autre part, on ne traduit plus les auteurs japonais de l’anglais mais directement du japonais.On paie mieux les traducteurs, aussi.La littérature étrangère est en train de prendre en France la place qu’elle mé-rite « Deuxièmement, conclut Jean-Jacques Brochier sur la situation littéraire actuelle, on publie depuis sept ou huit ans en France de 40 à 50 premiers romans par année, ce qui était auparavant impensable.Parmi ces 40 premiers romans, il y en a souvent deux ou trois de très bons et une vingtaine de bons.Les éditeurs se sont rendus compte que les bons écrivains en France se trimballaient vers les 70 berges et qu’il fallait avoir quand même une relève ! La sémiologie et la psycha-nalyuse, entre autres, ont stérilisé une certaine génération qui n’écrira plus que des choses confidentielles.Il fallait retrouver le vivier, des nouveaux romanciers et, de ce point de vue, il est en train de se reconstituer, pour la santé de notre littérature ».Vient de paraître “Le vrai” Larry Collins FORTHll DE WKP * Fortitude Larry Collins Un document exceptionnel, étonnant.Un roman bouleversant, plein d’aventures, de trahisons, de passions.Un roman d’espionnage pendant la deuxième guerre mondiale avec une belle Française comme héroïne.Mozart Jean et Brigitte Massin «i Vient de paraître “Le vrai” Wolfgang Amadeus Jean et Brigitte Massin Kavarsi MOZARd " '1 Ce livre est à la fois une biographie, une histoire de son oeuvre .et une synthèse des rapports entre la vie du compositeur et sa création musicale.Mozart est un enfant prodige, au génie dédaigné, mort dans la misère.C’est un être humain lucide, bridant de passion et capable de tous les courages pour écrire la musique qu’il avait envie d’écrire, même si elle ne devait pas plaire.chez Fayard MICHEL RAGON wiasœiWF aux yeux d'Asie ç* Ma soeur aux yeux d’Asie Michel Ragon C’est l’histoire d’un paysan français qui débarque en 1909 en Cochinchine en vainqueur et qui peu à peu sera vampirisé par l'Asie; et que l’on verra, la retraite venue, quitter un jour sa tribu paysanne retrouvée pour emmener par la main sa petite fille métisse voir le temple d’Angkor reconstitué à Paris, dans la fabuleuse Exposition coloniale de 1931.En vente chez votre libraire En vente en librairie En vente chez votre libraire § Vient de paraître “Le vrai” Appelle-moi par mon prénom Appelle-moi par mon prénom Régine C’est le récit du tourbillon d’une vie de battante.Mais surtout l’histoire d'une femme exceptionnelle qui a réussi, à force d’acharnement, à dompter son propre destin.Une adolescence pauvre, dure.Une carrière à l'arraché, les premières bottes et les premiers déboires, entrecoupés d'amours tumultueuses.Et des rencontres plus secrètes, avec André Malraux, Françoise Sagan, Henry Miller.Vient de paraître Album géant ENCYCLOPÉDIE DELA JEUNESSE m La nouvelle encyclopédie de la jeunesse En un seul volume, une variété de sujets pour la recherche destinée aux étudiants.Au sommaire, nous trouvons: la terre, les plantes, les animaux, la découverte du corps, la médecine, notre passé, l’histoire du monde, les sciences, les transports, l'observation du ciel, les arts, les sports, lés loisirs, les traditions et les coutumes.Un excellent ouvrage de références pour tout adolescent avide de connaissances.Le vrai LE SICILIEN Le Sicilien Mario Puzo Un très grand roman par l’auteur du célèbre “Parrain”.Dans un monde de violence et de drame, avec le beau Salvatore Guiliano, on court, on vole d’aventures en aventures sur cette terre de Sicile où tout est passion.En vente chez votre libraire En vente chez votre libraire En vente partout LE DEVOIR CULTUREL Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 C-5 Celle qui ne raccompagnait pas LETTRES QUEBECOISES STÉPHANE LÉPINE ?Yvon Rivard, Les Silences du corbeau, Boréal, 1986, 268 pages.?Yvon Rivard, Mort et naissance de Christophe Ulric, Leméac, collection « Poche Québec » n° 12, 1986, 283 pages.B EAUCOUP D’ÉCRIVAINS :onfondent le complexe et le compliqué.Sous le couvert d’une modernité douteuse, combien d’auteurs nous livrent des textes fi-landreüx et obscurs, à peine lisibles.Gavé de pareils textes, j’en suis venu à développer une admiration sans bornes pour les écrivains (tel Philippe Jaccottetl dont les oeuvres sont d’une clarté désarmante et, en même temps, d’une profondeur telle qu’on a l’impression de ne jamais pouvoir les saisir totalement.Yvon Rivard appartient à cette catégorie d’auteurs capables, à un premier niveau, d’écrire une histoire qui se tienne, de créer des personnages forts, d’aligner des phrases et des paragraphes (ce qui n’est pas donne à tout le monde) et de lancer le lecteur sur des pistes qui lui semblent inépuisables.Ainsi, comme tous les grands livres, Les Silences du corbeau peut être mis entre toutes les mains.Tous prendront un immense plaisir à suivre ce personnage qui va jusqu’aux Indes pour tenter de se retrouver.Mais ce roman apparemment si simple n’en demeure pas moins ambigu et complexe.Je n’ai pas la prétention d’en avoir épuisé les sens mais je tenterai ici de suivre quelques-unes des pistes qui se sont offertes à moi.D’abord, chez Yvon Rivard, on se rend compte bien vite que « les rencontres ne sont possibles que dans un certain vide ».Au centre de son oeuvre (lieu inaccessible de la rencontre avec l’autre ou paradis perdu) se trouve donc un vide, un remous, symbole du féminin, « sein de la mère éternelle » autour duquel les narrateurs errent, prisonniers d’une toile de mots et de fils textuels ou réels.Dans ses trois romans (Mort et naissance de Christophe ulric, qui vient d’être réédité chez Leméac, L’Ombre et le double et Les Silences du corbeau, paru tout récemment), Yvon Rivard met en scène un homme partagé entre, d’une part, la peur d’être « happé vers le fond », de s’abandonner, de se noyer, de sombrer dans le remous féminin et, d’autre part, « l’irréversible désir de voir sa source », de se perdre en elle.« Tous les signes recueillis, recréés, mots et femmes, que je porte en moi, dit Christophe Ulric, refluent vers ce point.Ne serait-ce pas ici le lieu, précise-t-il, où tous les amants égarés en leur maîtresse.où tous ces amants en proie au vertige d’un corps multiple, dispersé, désarticulé, discontinu, trop immense, toujours évanescent, trop près ou trop loin, pourraient enfin trouver le repos ?» Cette image forte et riche de sens d’un centre impénétrable mais constamment désiré, d’une « zone creuse qui [serait] l’écorce renversée des mots », d’une énigme incontournable (qui pourrait avoir pour nom la femme), Maurice Blanchot l’exploitait magnifiquement dans son récit intitulé Celui qui ne m'accompagnait pas.Dans ce texte, un homme confronté à une image interrogative de lui-même s’engouffre inéluctablement dans un£ dérive spiralée qui converge vers un point de fuite situé au centre de la pièce : « C’est ce jour qui me maintient fermement près du mur, m’interdit de m’en écarter, comme si, d’après lui, tout le danger, qui avait aussi la force d’un désir ruineux, se fût trouvé situé quelque part, plus au centre de la pièce.» Dans Mort et naissance de Christophe Ulric, le personnage, sous l’impulsion de ce même « désir ruineux », de ce même attrait, tourne en rond, entreprend un long voyage autour d’un centre inexistant, autour de quelqu’un, en fait, dont le nom et la présence réelle lui échappent : « Serait-ce enfin Geneviève qui s’approche, elle dont le seul nom a creuse au centre de cette pièce le vide où Christophe bivouaque depuis des semaines ?» Ainsi suis-je amené à parler des voyages qui, avec ce centre au caractère polysémique et cette image souvent présente des miroirs, des reflets et des doubles, occupent une place déterminante dans l’oeuvre d’Yvon Rivard.En effet, qu’ils soient immobiles (ces « voyages que l’on fait, allongé sur son lit, un livre à la main, le regard amarré aux fenêtres ») ou réels (comme dans Les Silences du corbeau), les voyages sont l’illustration du mouvement perpétuel qu’effectuent les narrateurs constamment à la recherche d’une femme ou d’une réalité féminine insaisissable.» Voyager, c’est facile, disait Christophe, il suffit d’une amante .une femme nous porte, nous ne voyageons qu’en elle.» Dans Les Silences du corbeau, le voyage qu’effectue le narrateur en Inde naît du désir de « trouver son centre et d’en faire le gond qui reste immobile ».Incapable de fixer son désir (il aime également deux femmes), incapable de s’abandonner réellement à son désir, de vivre la perte de contrôle et de pouvoir, il aimerait se glisser jusqu’au fond de ce remous qu’appréhendait avec crainte Christophe Ulric, « mais quelque chose (le) retient, la peur de mourir ou le pressentiment que cet .YVON RIVARD de réduction SUR TOUS NOS LIVRES FORMAT DE POCHE ET SUR U\ COLLECTION DE LA PLÉIADE DS KGENCE DU LIVRE LIBRNRIE UNIVERSITAIRE 1246 rue St-Denis — Montréal, Que.H2X 3J6 — Tel.: 844-6896 Les silences DU CORBEA ROMAN YVON RIVARD Mort et Naissance de Christophe Ulric ________________________ abîme risque de s’ouvrir à l’intérieur de (lui)».«.Les vers de Elytis m’ayant confirmé, dit-il, dans ce sentiment que je ne pourrais jamais me détacher d’elle si je ne parvenais pas à surmonter cette peur de mourir.», il part donc en Inde pour vaincre sa peur de mourir, pour apprendre à surmonter l’abandon, car peut devenir maître quiconque « ne possède aucun pouvoir ».Le regard de ce narrateur est plein de crainte et, en même temps, d’innocence.Cette position instable, mouvementée et « déstabilisante » qu’Yvon Rivard lui donne, c’est celle d'un exilé et d'un étranger, étranger vis-à-vis de lui-même, vis-à-vis des femmes qu’il a (mal) aimées et du voyage qu’il a entrepris grâce à elles, position trouble qui permet la progression du désir et la victoire sur la peur.Le narrateur s’est donc rendu à Pondichéry comme s’il était tombé malade de sa vie passée, comme s’il n’en contrôlait plus les ressorts, comme s’il voulait s’extirper du monde pour atteindre fiévreusement un au-delà cruellement absent.Nous le retrouvons impuissant face à son propre parcours, transplanté dans un autre monde, où son discours est inopérant, ses codes et son langage déconstruits.Le regard qu’il pose sur ce nouveau monde idéalisé et éprouvant est celui d’un homme qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut et qui fait part d’une expérience plutôt douloureuse.Il y a quelque chose de très « nervalien » dans l’expérience de cet homme : un passage, une initiation qui mène des ténèbres — « L’univers est dans la nuit », s’écrie le Nerval d’Aurélia, et le roman de Rivard s’ouvre sur l’impuissance d’un « homme nu qui médité seul, la nuit, face à la mer » — à un monde de la révélation, de la reconnaissance, initiation qui prend la forme d’une idole ambiguë.Cette idole, « une jeune Indienne de 17 ans qu’on appelle Mère », à la fois femme et maîtresse spirituelle, est constamment tirée, entraînée vers deux pôles à la fois nécessaires et antithétiques l’un à l’autre, par le regard de tous ceux qui la suivent : ils la désirent physiquement et spirituellement.Le regard du narrateur est tendu entre ces deux points d’horizon : la compréhension de soi et le désir, et c’est seulement dans le contexte si particulier de ce voyage en Inde, là où les points se croisent, qu’il pourront peut-être se rejoindre.Les enjeux de ce dernier roman d’Yvon Rivard sont si nombreux et si complexes que je ne saurais en faire le tour dans le cadre d’un compterendu comme celui-ci.C’est un roman d’une richesse inouïe qui, même à la relecture, ne se dévoile pas facilement.Les mots sont pourtant com- " JP™ ' IP Mort de la veuve d’Ernest Hemingway NEW YORK (Reuter) — Mary Hemingway, veuve du romancier américain Ernest Hemingway, est décédée mercredi au centre médical St.Luke à New York, à la suite d’une longue maladie.Elle avait 78 ans.Journaliste, elle avait été correspondante à l’étranger pour les ma; gazines Time et Life sous le nom de Mary Welsh avant d’épouser Hemingway en 1944.C’était son troisième mariage et le quatrième du romancier.«tiuTOIT Jm E MAÎTRE PRIX MEDICIS Un grand roman d'aventures, sous ia forme d'un hymne à l'espace et à l'amour, et aux humains qui s'agitent si lu mineusement entre les deux.Par l'auteur de : Les Oranges de sang Prix du meilleur livre étranger 1974.Fiction A C ic John Hawkes Aventures dans le commerce des peaux en Alaska S I L par (académie (rança Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS aujourd’hui 29 novembre de 14h à 16h GAÉTAN BRULOTTE Le surveillant Éditions Leméac mercredi 3 décembre de 18h à 20h U choix de JEAN PANNETON dans l’oeüvTe de RINGUET Le choix de M.JOSÉ THÉRIAULT dans l’oeuvre d’YVES THÉRIAULT Le choix de MARCEL DUBÉ dans l’oeuvre de MARCEL DUBÉ Éditions Presses Laurentiennes vendredi 5 décembre de 19h à 21h REVUE DIXIT .01 samedi 6 décembre de 14h à 16h FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES DROITS DE L’HOMME vendredi 12 décembre de 19hà 21h GERALD GODIN Soirs sans atout Écrits des Forges MADELEINE GAGNON L’infante Immémoriale Ecrits des Forges samedi 13 décembre de 14hà 16b Dr.PAUL DAVID 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 NOUVEAUTÉS Lise Harou Photo Kèro/Boréal Yvon Rivard.muns, les formes volontairement simples, éloignant d’ailleurs le roman de toute réflexion trop consciente d'elle-même.Les mots sont bruts mais jouent avec le regard de l’homme qu’ils commentent, qu’il soulignent, qu’ils expliquent aussi.Toutefois, ce personnage est si riche, si ambigu qu’il nous semble qu’un roman ne peut suffire à en exploiter toute la substance.Si Mort et naissance de Christophe Ulric demeure sans contredit l’un des ouvrages les plus importants de la littérature québécoise, Les Silences du corbeau est une oeuvre de maturation, une oeuvre moins foisonnante, apparemment plus simple qui permet à Y von Rivard de développer des idées et des thèmes qui lui sont chers (« la femme cherchée dans tous les coins et les recoins de l’attente », la peur de l’abandon qui, pourtant, seul permet la constitution ,du sujet, la crainte qu’inspire l’étrangeté et l’altérité, etc.) et de s’affirmer comme un des plus grands écrivains de sa génération.LA MAGIE DU PASSÉ Père Marcel-Marie Desmarais, o.p.A PROPOS DE MAUDE L'histoire d’une relation intime, maintenue des années durant de part et d autre de l’océan.Souvenirs, lettres, voyages, délires et fantasmes s’inscrivent dans le désordre du temps de cette infinie séparation qui poussera au désespoir un des personnages de ce récit.86 pages — 8.95$ Carole David Terrsrl «mvi do J cru-KHl d’wuv fie non TERRORISTES D’AMOUR Suivi de JOURNAL D’UNE FICTION Un livre extrême, où le récit se perd et recommence toujours, emporté par la colère, le refus, le besoin de séduire jusqu’au bout, de tout dire de ce qui est refoulé, entre la vie et la mort, c’est à-dire ces existences brisées de ces filles qui n’ont pas de nom.104 pages — 9,95$ François Piazza Friuiyoia Plana Blues Note nouvelles & BLUES NOTE Huit nouvelles où l’humour côtoie avec succès la poésie, marquées au sceau de la nostalgie, c’est-à-dire ce qu’il y avait avant, de la ville, du pays natal, de l’amour qui s’en est allé, comme la vie.Un bonheur de lecture garanti! 116 pages — 10,95$ Renaud Longchamps y.»nmvl U-ryj .-aurpa AMÉRICANE Le troisième tome de ia série “Ba-beiie”.L’histoire d’un chassé-croisé, sentimental, politique et poétique entre un Québécois et une Américaine.Une errance tragique sur une terre que nous ne maîtrisons plus.Une évocation de notre décadence.114 pages— 10,95$ Alain Blanchet ¦«*« «M» lr AMÉRIQUE INTÉRIEURE Une vision réaliste et intimiste de l’autre territoire.Une poésie différente, une sensibilité nouvelle.Un voyage tout en émotion parmi ces hôtels de campagne et leurs fantômes, loin des grands circuits touristiques.72 pages - 8,95$ vlb éditeur LA PETITE MAISON DE LA GRANDE LITTÉRATURE CHARLES DUTOIT ¦ Georges Nicholson — 240 pages 16,95 $ LE MAÎTRE DE L’ORCHESTRE Depuis qu’il a ét* nommé directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Dutoit voit s’affirmer sa réputation.Mais au-delà de cette brillante image d’un Charles Dutoit conquérant, autoritaire, la carrière du chef avant sa nomination à Montréal est souvent mal connue du grand publie, tandis que l’homme reste un être secret.Cette biographie suit Charles Dutoit pas à pas depuis ses débuts à Lausanne, en passant par Genève, avec Ansermet, puis par Vienne, Mexico et Gôteborg.Elle nous présente un portrait captivant de l’une des grandes figures de notre société, suivi d’une entrevue où Charles Dutoit parle de musique, de sonorité d’orchestre et de l’avenir de l’O.S.M.ft LES EDITIONS DE L’HOMME C-6 ¦ Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 LE DEVOIR CULTUREL B»lille, Bromrd, Gallenn», Lavoie, Sungur Inceaulu, Moshe Safdfe, Deanoyef» al Mercure, architecte» Maquette du Musée de la civilisation avec la maison Estèbe à l'arrière-plan centre.Ci-dessous : le hall du musée auquel sont incorporés des vestiges des vieux quais.Le Musée de la civilisation Suite de la page C-1 thématiques semi-permanentes ou temporaires qui se renouvellent de deux à six mois, et une approche multi-disciplinaire.Les grandes expositions de prestige, dont les coûts s’élèveront à plus de $ 1 million, devront rester évidemment plus longtemps — entre six et trente mois.Il se veut un musée très vivant et mouvant plutôt qu’un musée statique et conventionnel.Il compte sur un équipement audio-visuel et électronique sophistiqué pour intéresser une clientèle de 14 à 25 ans qui ne fréquente pas assidûment les musées.Le musée aimerait, à son inauguration, présenter une exposition de très grand prestige consacrée au « fait français en Amérique »; on avait, d’ailleurs, entrepris des démarches en ce sens avec là France avant que le ministre des Affaires culturelles ne repousse d’un an son ouverture.Les premières années, le musée présentera des expositions plus « typées », consacrées davantage à la civilisation atlantique dont nous sommes héritiers mais, par la suite, affirme M.Doré, il pourra offrir des expositions beaucoup plus variées pour faire connaître d’autres civilisations aux Québécois.Les must muséologiques que le musée québécois ne pourra pas éviter concernent l’influence autochtone, française, britannique et américaine dans la formation de la cul- ture québécoise.On peut donc s’attendre à voir, au cours des prochaines années, des expositions reflétant ces.thèmes.Le musée n’entend pas présenter que le passé.Il organisera des présentations sur des sujets d’actualité — scientifique, écologique, écologique, culturelle — et même des expositions expérimentales audacieuses, s’il en a les moyens.Son mandat international l’obligera à organiser des manifestations culturelles québécoises à l’extérieur du pays, mais également à recevoir des présentations étrangères dans ses murs.Des contacts ont déjà été établis avec 1 'American Folk Art Museum de New York et avec la Smithsonian Institution de Washington.Le Musée de la civilisation devrait occuper environ 135 personnes à plein temps.Le directeur ne semble pas du tout préoccupé pour trouver le personnel professionnel dont il aura besoin.Il aurait reçu 350 offres de services à ce jour ! Une trentaine de personnes sont déjà à l’emploi du Musée de la civilisation, dont Gilles Crépeau à la direction de l’administration, François Tremblay à la direction des collections, Jacqueline Mondy à la direction des communications, Francine Lelièvre à la direction des expositions et Pierre Chabot, qui assiste le directeur Guy Doré.Le Musée de la civilisation existe, d’ailleurs, sur papier depuis 1984, mais offre des expositions à la maison Chevalier (monument historique de la place Royale) que lui a cédée le ministère des Affaires culturelles l’an dernier.L’exposition présentement en cours à la maison Chevalier, la quatrième en deux ans, est consacrée aux sculptures de 13 artistes animaliers du Québec.Elle a été organisée en collaboration avec le Musée du Bas-Saint-Laurent à Ri-mouski.Les services administratifs sont logés dans un autre édifice du ministère des Affaires culturelles, côte de la Montagne.Depuis la création du musée, le personnel s’est affairé principalement à répertorier par informatique la collection de la banque fédérale RCIP(Réseau canadien’ d’information sur le patrimoine), de constituer un catalogue d’archives, de restaurer des gravures et pièces de mobilier, de s’occuper de prêts d’oeuvres, etc.En plus des expositions de la maison Chevalier, le musée a organisé une exposition itinérante consacrée à l’illustre graveur inuk de Povungnituk, au Nouveau-Québec, Davidialuk Alasuaq, qui a voyagé aux quatre coins du Québec; et une exposition promotionnelle au Grand Théâtre de Québec sur les traîneaux d’enfant des 19e et 20e siècles, intitulée « Boule de neige ».Bientôt, le Musée de la civilisation aura ses propres murs, qui resteront toutefois fermés au public pendant 15 mois.Drôle de concept de rentabilité ! ¦ V s i: — HM HMH INQjJS Les bonsaï du réel Suite de la page C-1 suivre un mouvement amorcé aux États-Unis, ouvrent toutes grandes les portes à la photo, enfin reconnue comme partenaire à part entière, comme un outil de création parmi tant d’autres, modernes et contemporains.De l’autre, les puristes, qui misent sur l’isolement traditionnel, force qu’il ne faudrait pas oublier dans cette foire d’empoigne qu’est « Le mois de la photo ».Dans ce mouvement généreux, en apparence, transparaît vite le mercantilisme, la présence toujours grandissante de la publicité, les coteries, l’obscurantisme maniéré de certaines chapelles; on tend même à mettre en veilleuse le document-reportage, sous prétexte qu’il a trop cultivé l’art du hasard.Les grands formats apparaissent partout, en noir et blanc ou en couleurs, enveloppés dans le carcan insupportable du cibachrome, qui porterait à croira que la photographie est vouée au bleu, et que le seul matériau noble est le plexiglas (Peter Knapp).Nombreux sont ceux qui s’adonnent à cet exercice de style sous prétexte de modernité.S’il est vrai que l’image manipulée fait partie intégrante de la tradition photographique et qu’elle a servi de pont, en libérant plusieurs de l’isolement où les plaçait la stricte adhésion à la photo « straight », il n’en reste pas moins que la photographie risque, dans cette démarche, de perdre ce qui a fait sa force et sa richesse, bradées à tous les vents des manières et des modes.On assiste, entre autres, à un bombardement massif de « séries » ; celles-ci ont leur place, à mon sens, dans une perspective de recherche, comme les brouillons d’un livre, mais elles devraient être regardées comme telles, et non élevées au rang d’oeuvre par un accrochage; c’est du travail à la chaîne, la consécration par l’art de la consommation.Dans un sens, la photographie fait, à travers ce mois, la preuve de son infinie résistance aux tentations offertes par la cohabitation, le mariage blanc avec les arts plastiques; mais, dans ces tentatives de tous acabits, on oublie aussi souvent que la puissance d’évocation de la photo réside dans son format, dans une sorte de simplicité, de bonsaï du réel, dans l’étonnante et inépuisable force qu’a ce petit cadre en apparence inoffensif, qu’il soit du format 24 x 36, 6 x 6 ou autre .Le désir de se dégager de ce qui est ressenti comme un carcan ressemble, bien souvent, à ces tentatives des années 60 de « préparer » les instruments de musique.À voir certaines merveilleuses petites séries d’images en noir et blanc Photo Baudoin Lebon Joel Peter Witkin, Interim Purgatory : Two Antechrists Shown with Examples of Esthetic Egomania (1984).qui échappent totalement à la tentation de la grandiloquence et de la rébellion — je songe a Eve Rubinstein, à Flor Garduano, à Sebastiao.Sal-gado, Diana Blok et Marco Broek-mans — il appert, cependant, que la photograpliie traditionnelle qui tente de changer les choses en travaillant dans les limites du cadre se porte diablement bien et qu’elle est loin de l’épuisement.Donc, on.triture l’image, on la découpe, on la mutile, on la brûle, on la gomme ou on l’enferme dans des chappes d’acier rouillé (Pascal Kern), pour faire oublier tout le mal qu’elle a fait aux photographes.C’est à croire que, finalement, ce « mois de la photo » aurait dû simplement s’intituler « mois du visuel » ; la galerie Zabriskie ne dit-elle pas, dans son texte de présentation de l’artiste, qu’« il n’a nullement une démarche de photographe »! Je comprends trop bien le désir des photographes ae sortir de leur ghetto et d’avoir accès à la manne des peintres, mais n’est-ce pas aussi un constat d’échec de leur médium, dans un monde si pollué visuellement que personne ne voit plus rien, ne regarde que très rarement ?Certains, devant ce quasi-cataclysme, surenchérissent, ou simplement constatent.Ces derniers vont, par là, plus loin que bien des apprentis iconoclastes en offrant, dans un format toujours spécifique et puissant, une sorte d'inventaire de ce monde surpollué et près d’étouffer ; je songe à Sandy Skoglund et ses chats verts ou à Leslie Krims et le dédale curieux de ses amoncellements d’objets kitsch ou domestiques.Selon Bresson, l’aptitude à se servir des moyens à sa disposition diminue à mesure que leur nombre augmente; j’ai peur que, devant la quasi-disparition de tout critère et la marée envahissante du mercanti- lisme publicitaire, qui se traduit ici par des images accrocheuses mais glacées et à consommation instantanée (voir Jonvelle, l’exposition « Comme des garçons » à Beaubourg, ou encore Giacobetti), j’ai peur que, devant le style désign ét autres plastifications, la photographie ne se stérilise.L’âge du flashé, l’âge du mitraillage, le vrai, celui commandé par ces nouveaux appareils motorisés, informatisés, a mise au point automatique qui soulagent l’individu de toute responsabilité de choix, que ce soit devant l’instant, tranche de temps que la photographie livrera toujours au futur, ou devant la multitude de tragédies que nous offre le quotidien, la photo reste heureusement un moyen merveilleux, non seulement de révéler les sub-con-sciences mais d’en être aussi la génératrice.Le mois, ce sont aussi les grands canons, les Manuel Alvarez Bravo, les Irving Penn, les Bill Brandt, Man Ray, Auguste Sander, le tendre Doisneau et l’inoubliable Diane Arbus.Jan Saudek, lui, avec des images toutes simples, toutes nues, coloriées à la main et la plupart prises dans le studio de son appartement de Prague, bouleverse aussi Paris.Kodak fait bien les choses, qui a placardé un de ses nus suaves et violents à travers les rues de cette ville toujours aussi belle malgré Le Pen et les bombes, en d’immenses affiches qui proclament longue vie aux pirates de l’art.On peut se demander quel est l’impact d’un tel événement sur le public, sur les artistes.Une directrice m’a dit : « Le marché est saturé, et le mois de la photo, s’il fait connaître la photographie au grand public et diffuse l’idée des médias comme terrain de spéculation, n’augmente pas nécessairement le nombre d’acheteurs.» On reste rêveur (surtout quand on survit de la photo) devant les prix affichés.Cela commence à $ 1,000 et grimple aisément à $ 10,000 ou $ 12,000.Bah ! Peut-être pourrons-nous un jour vivre de notre art.CANCER AGIT.RÉAGISSEZ! CANADIAN CANCER DU CANCER SOCIETY La nouvelle encyclopédie de la jeunesse 300 question’s, 300 >épomes HACHETTE LA NOUVELLE ENCYCLOPÉDIE DE LA JEUNESSE Dis,comment ça marche?Dis, comment ça marche?Albums tout en couleurs — 300 questions, 300 réponses.Albums destinés aux adolescents avides de nouvelle connaissances.Ilustrés en couleurs.Excellents outils pour étudiants du niveau secondaire qui ont besoin de livres ressources pour leurs études.Titres disponibles: c’était quand?Dis pourquoi?Où est-ce?Qu’est-ce que c’est?Que ferai-je plus tard?Qui est-ce?Hachette Jeunesse Disponibles en librairie, vendus séparément à $24.95 chacun.Vient de paraître Ma première vie privée des hommes d’une famille Viking Les aventures d’une famille Viking Une invitation à la découverte de l’histoire; de véritables reportages illustrés.Chaque volume aborde une époque ayant marqué l’histoire de l’humanité.I>e texte est abondamment illustré en couleurs par de grands dessinateurs: scènes vivantes reconstituées à partir de documents authentiques soulignant l’originalité du costume et de l’outil.Titres dans la collection: Les Chevaliers du Moyen Âge L’armée dans la Grèce antique Les légionnaires romains Les chasseurs de la Préhistoire Les Gaulois Dans une abbaye au Moyen Âge Hachette Jeunesse En vente en librairie — $13.95 chaque album LES DYNAMIQUES À LA MARGE Volume 10 numéro 2 — 9 $ Centralité des marges et dynamique des centres.Punkitude et dandysme.Marginalisation des Amérindiens.Folklorisation des Mongols en Chine.Limericks.Sorciers et devins.TRAVAIL, INDUSTRIES ET CLASSES OUVRIÈRES Volume 10 numéro 1 — 10 $ Dimensions sexuelles et ethniques dans l’organisation du travail.Procès de travail, rapports de parenté et transformations techniques.Une industrie avant l’industrialisation.Anthropologie industrielle et culture ouvrière.Demandez-les à votre libraire! Département d'anthropologie, Université Laval, Québec G1K 7P4 ¦Bii» i mmm Abonnement (3-numéros/an): régulier 18 $.étudiant 12 $, organisme 30 $ Téléphone: (418)656-3027 À paraître: Volume 10 numéro 3 CORRESPONDANCES ESTHÉTIQUES mm UNIVERSITÉ ü LAVAL Faculté des sciences sociales LE DEVOIR CULTUREL Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 ¦ C-7 UN CADEAU Folie du roi, folie d’une époque HEINZ WEINMANN ?Françoise Autrand, Charles VI, la folle du roi, Fayard, 1986, 600 pages.LES ROIS et les reines sortent de leur purgatoire où la « nouvelle histoire » les avait relégués.Ces repères vivants que furent les règnes de.(François 1er, Louis XIV, etc.) ont été balayés par les vagues et les courbes des climats, de la fécondité, de la morbidité.Ce fut une façon d’« objectiviser », de « démocratiser » l’Histoire.Les têtes couronnées, têtes d’affiche d’abord déchues en têtes de turc, sont devenus un chiffre parmi d’autres dans la grande comptabilité des siècles.Voilà le retour du pendule ! Les rois ont été morts, vivent les rois ! La royauté a de nouveau gagné la faveur populaire et celle des historiens.Comment expliquer autrement le succès d’une série chez Fayard, axée essentiellement sur la biographie des rois français ?Vient de voir le jour un Charles VI sous la plume alerte de Françoise Autrand.Modèle du genre, cet ou-vrave est sans aucun doute le meilleur de la série.Mérite arraché de haute lutte.En effet, qui connaît un peu « son » histoire de France sait quel défi constitue le règne de Charles VI pour l’historien, période trou- ble et mouvementée s’il en fut : schisme de la papauté avec un pape français intronisé à Avignon; schisme de la royauté, le roi anglais vainqueur à Azincourt dictant sa loi aux Français; le dauphin, futur Charles VII, répudié par son propre père ; une guerre sanglante entre Anglais et Français, dite de « cent ans », qui ravage villes et villages du nord de la Loire ; comme s’il ne suffisait pas de cette guerre contre l’envahisseur anglais, s’y greffe une guerre civile sans merci qui divise la France en deux factions ennemie : Bourguignons et Armagnacs; deux meurtres politiques aux conséquences lourdes : celui du duc d’Orléans, frère de Charles VI, et celui du duc de Bourgogne, vengeant le premier.La coupe est loin d’être pleine : ajoutez deux soulèvements sanglants des Parisiens et deux épidémies de peste et vous aurez en gros le cortège de misères du triste règne de Charles VI.Pour les Français du siècle, que pouvait signifier la folie du roi sinon que Dieu avait abandonné le peuple chéri par lequel il aimait se manifester dans l’Histoire (« gesta Dei per Francos») ?Tout cet enchevêtrement des événements, de la diplomatie, de la stratégie des alliances par mariage interposé, F.Autrand le rend parfaitement compréhensible dans un récit limpide qui, non seulement éclaire le règne de Charles VI, mais nous fait saisir les ressorts secrets qui animent l’homme du Moyen Âge.PEF Suite de la page C-1 rare qu’un lecteur de la race des grandes personnes s’en procure un exemplaire pour de prétendus enfants qui n’existent pas.« Beaucoup d’adultes achètent mes livres, dit Pef.On les reconnaît tout de suite : ils sont gênés et ont envie de s’e-xcuser.C’est très drôle ! » Pef a publié son premier livre pour enfants à 40 ans.Au début des années 60, il amorçait une carrière de dessinateur humoristique pour adultes, en même temps qu’un certain Topor.Mais l’humour de l’époque était un peu trop noir à son goût.« Je suis un gentil, explique Pef, comme en s’excusant.Je n’avais pas les dents assez longues.Un de mes amis m’a consolé en disant que la mode des femmes coupées en petits morceaux n’était que passagère.J’avais envie de créer des dessins tendres et poétiques, pas niais mais toniques.» Changement de cap : Pef s’attaque à la presse enfantine où il publie des centaines de reportages et de bandes dessinées.En 1975, Anne Sylvestre lui confie l’illustration d’une pochette de disque pour les tout-petits.Quelques éditeurs le remarquent et l’encouragent à écrire et à illustrer des livres pour enfants.Les livres de Pef ne ressemblent à rien d’autre.Pour une fois, le mot « inédit » n’est pas galvaudé.Un de ses trois derniers albums, Barba-nouille, publié chez Messidor/La Farandole, raconte l’étrange aventure de trois enfants enlevés par un vieux gribou nommé Barbanouille parce que sa barbe est faite de spaghetti et qu’il dirige une usine de nouilles où il exploite les petits enfants.D’horribles grenouilles dévoreuses d’enfants montent la garde mais les jeunes héros réussissent quand même à se débarrasser de la vieille fripouille.Rendez-moi mes poux !, un autre grand succès, met en scène le petit Mathieu, un enfant unique triste et solitaire qui décide d’élever des poux pour se distraire.On a les amis qu’on peut ! Il devra défendre son droit à choisir ses compagnons devant ses parents hystériques.Mathieu et ses petites bestioles finiront quand même par gagner la partie à l’insu de ce qu’il convient d’appeler les grandes personnes.D’abord auteur-illustrateur, Pef avoue être « tombé en amour » devant quelques contes d’Henriette Bichonnier qu’il accepta d’illustrer.Le Roi des bons et Le Monstre poilu ont, eux aussi, fait des ravages.Henriette Bichonnier s’amuse a servir une réplique aux disciples de Bruno Bettelheim en réécrivant les contes traditionnels avec plus de pure fantaisie que de surmoi et de libido et Pef crée des personnages qui feraient frémir Mme Leprince de Beaumont.Le Monstre poilu, c’est tout à la fois l’histoire de La Belle et la bête et celle de toutes ces grenouilles qui se métamorphosent en beau prince, alors que Le Roi des bons rappelle l’empereur orgueilleux et la méchante belle-mère de Blanche-Neige, version masculine.« J’ai mis 300 heures pour illustrer Le Roi des bons, raconte Pef.Non seulement faut-il choisir une époque et procéder à une sorte de recherche d'acteurs pour inventer une physionomie aux héros, mais encore faut-il créer des costumes et une mise en scène.Dans mes livres, il y a un rideau qui se lève.C’est l’heure du théâtre, des costumes, des déguisements.Pensez à ce prince de Motordu qui n’a de prince que le nom.Dans le fond, c’est un enfant déguisé.Regardez son costume : un vieux rideau qui sert de cape, un blue jean et des espadrilles aux lacets toujours défaits.« Ce qui donne son aura à un livre pour enfants, c’est le rapport texte/image.Ça prend un temps fou pour réaliser un bon montage.Et puis, il y a les couleurs.Mes illustrations'sont mises en couleurs par Geneviève, ma compagne.Elle a dessiné Le Roi des bons en mauve pour créer ensuite des oppositions sourdes avec des bruns et des bleus lavés.Les couleurs sont très importantes pour la culture graphique des enfants.La vie n’est pas un coloriage à la Walt Disney qui s’étale exclusivement en couleurs primaires.C’est beaucoup plus complexe et nuancé.» Les albums de Pef s’inscrivent au coeur de la nouvelle littérature de jeunesse.Celle qui enfante des héros plus amusants que grands, des héros-miroirs où les enfants prennent plaisir à se reconnaître.Celle qui ne se contente plus d’être vaguement complice des enfants et va jusqu’à tourner la morale sens dessus dessous pour leur donner raison au grand dam de leurs aînés.Un parti pris pour l’enfance ?Des personnages adultes moins bien outillés que les enfants pour faire face à la vie ?Pef a l’air pris au dépourvu.Un peu gêné, aussi, comme pris en flagrant délit.« C’est vrai que j’offre une galerie de personnages adultes peu recommandables.Le père donne sa fille en pâture au monstre dans Le Monstre poilu.L’institutrice de La Belle Lisse Poire du prince de Motordu veut absolument gommer la personnalité du pauvre prince.Barbanouille est franchement horrible.Il incarne le libéralisme, le capitalisme, le pouvoir des adultes sur les enfants, le paternalisme, la démagogie.Le Roi des bons est simplement inévitable.Les parents du petit Mathieu dans Rendez-moi mes poux ne comprennent rien.» Les livres de Pef pourraient constituer une encyclopédie de rêves et de fantasmes enfantins.Joyeusement infestés de poux, bourrés de nouilles et de mots tordus, ils mettent en scène des pompiers, des grands-parents, des monstres poilus, des pères Noël et des tas d’enfants.« Je suis fils d’enseignant, raconte Pef.Nous habitions des écoles et ma fenêtre donnait sur la cour de récréation.J’ai toujours été environné d’enfants.Il ne faut pas magnifier l’enfance mais il faut écouter les enfants.Les enfants aiment mes livres parce qu’ils sentent que je fais attention à eux.C’est un regard bien différent de celui de Marcel Marlier avec ses Martine, par exemple.Je montre les enfants tels qu’ils sont.C’est vrai que, pour eux, les poux et les nouilles, c’est très important.« Les enfants ne collaborent jamais directement à mes livres.Je les rencontre, je les écoute et je les consulte, mais lorsqu’il est temps de créer, je suis seul, même s’il reste quelque chose comme une petite musique d’eux qui m’accompagne.Les histoires que je raconte aux enfants, c’est à moi d’abord que je les ai racontées.» Pef s'amuse à ne pas être raisonnable.À ceux qui veulent bien l’entendre, il raconte qu’il est collectionneur de grains de sable et qu’il écrit des livres dégoûtants, poilus et tordus ou encore des livres émouvants et gros mouilleurs de mouchoirs.Il réinvente la grammaire et l’orthographe avec son Livre de français et se permet de refaire la logique mathématique dans Le Livre de nattes.Il faut lire ses Réponses bêtes à des questions idiotes et son Dictionnaire des mots tordus pour comprendre jusqu’où peuvent le mener ses errements.Il n’est pas moins impitoyable lorsqu’il doit résumer en quelques mots les profondeurs de sa pensée.Demandez-lui, par exemple, la qualité première et essentielle de tout livre pour enfants.Il vous confiera alors le premier article de son credo : « Ne jamais être rasant ! » En voyant agir le bourgeois de Paris ou le parlementaire dans leur milieu, en écoutant la « disputatio » de l’universitaire, en observant le menu peuple — équarisseurs des Halles (déjà), vendeurs de cervoise, etc.—, en suivant le roi et les princes dans leurs ambassades et dans leurs batailles, en assistant aux fêtes royales, nous comprenons sur le vif le comportement des hommes du Moyen Age, le fonctionnement de leurs institutions.F.Autrand marie avec bonheur les acquis de la « nouvelle histoire » avec ceux de l’ancienne et fait naître une nouveüe branche historique, la « prosopographie », microanalyse des personnages dans leur milieu.Mais, comme si ces défis déjà redoutables n’avaient pas suffi à l’historienne qui, après son étude magistrale sur les parlementaires de Paris, pourrait établir le Who’s Who du Xlve siècle, tellement elle connaît le Tout-Paris de l’époque, elle décape le vernis dont l’historiographie nationaliste depuis Michelet avait couvert l’histoire de France.Comme tous les grands historiens, F.Autrand travaille sur deux fronts : elle passe au crible les légendes et les mythes nationaux — qui, à force d’être impri- més et enseignés aux élèves, se solidifient en « vérités » historiques — pour les comparer avec les perceptions des gens de l’époque.¦ Ainsi, F.Autrand jette une nouvelle lumière sur ce personnage étonnant, moderne avant la lettre qu’est Louis d’Orléans, frère de Charles VI.Pour les historiens nationalistes, il est nécessairement « bon », puisque victime des « traîtres » bourguignons qui vendent le pays à l’ennemi anglais en signant le « honteux traité de Troyes » ( 1420).Le portrait vivant que l’historienne nous en brosse fait apparaître un homme intelligent, faisant fi du syllogisme moyenâgeux, rompu au savoir moderne de l’Italie qui donnera lieu à la Renaissance.Homme d’État moderne, certes, mais épris d’occultisme et de sorcellerie.Ambitieux, il place ses hommes dans l’administration, mène une politique agressive d’expansion.Pour faire bonne mesure, c’est un coureur de jupons cynique qui ne respecte pas le code de l’« amour courtois ».De là à dire qu’il a fait une cour assidue (et même plus ! ) à la reine Isabeau de Bavière, il n’y a qu’un pas que les pipelettes de l’époque franchissent allègrement.Pour toutes ces raisons, Louis est « mal aimé».Pasxl'indignation.donc, lorsque le duc de Bourgogne le fait assassiner en 1407.Il crie sur tous les toits qu’il l’a tué pour protéger le roi.Le « tyrannicide » est une épée à double tranchant : Ravaillac s’en souviendra.Insensiblement, nous nous som mes approchés du centre où se nouera la folie du roi, autre axe de ce livre passionnant.Elle est alimentée de longue date par une tension que provoque la rivaüté sourde entre les deux frères ennemis.Si l’historienne s’abstient de faire un diagnostic, elle décrit si bien les symptômes et les facteurs déclenchant la maladie que tout psychiatre en herbe pourra facilement coller ses étiquettes : schizophrénie, délire paranoïaque.Si, au début, les crises du roi sont très violentes, suivies de pénodes'de rémission où il renoue avec les affaires courantes, il sombre, à la fin de sa vie, dans un état de prostation permanent.Pourtant, à aucun moment Charles VI, grand, d’une carrure athlétique, ne perdra le goût de la chasse et des jeux.Vieillard, il tombe en enfance.Couronné à 12 ans, c’est à 24 ans Suite à la page C-10 LA.POÉSIE, ça se lit ! e Les Écrits des Forges C.P.335, Trois-Rivières G9A 5G4 GODIN, Gerald Soirs sans atout 8 $ le bestseller en poésie cette année.GAGNON, Madeleine L’infante immémoriale • son livre le plus important Jean Royer, Le Devoir 8$ DE BELLEFEI1111Æ, Normand Catégoriques 1 2 et 3 8 $ Grand Prix de la poésie de la Fondation des Forges COLLECTIF Choisir la poésie 10 $ Plus de 30 poètes actuels livrent leur vision de la poésie d’aujourd'hui et de demain.Éditions du Noroît C.P.244, Saint-Lambert J 4P 3N8 BRAULT, Jacques Poèmes I 20 $ Hnfïn réédités, trois recueils du Prix David 1986.UGUAY, Marie Poèmes 20 Un ouvrage qui regroupe, avec quelques inédits, les trois recueils de cette jeune auteure décédée en 1981.LEFRANÇOIS, Alexis Comme tournant la page Vol.I : Poèmes 12 $ Vol.II : Petites choses 13 $ magistrale rétrospective Michel Beaulieu, Lettres québécoises LA PETITE ANTHOLOGIE du Noroît ( 3e édition ) Jusqu’au 1er janvier, envoi gratuit sur demande.DISTRIBUTION EN LIBRAIRIE: COMMANDES POSTALES : Prologue (514) 332-5860 Diffusion collective Radisson (819) 376-5059 ou chez l’éditeur COLLECTION LITTÉRATURE D’AMÉRIQUE TRADUCTION dirigée par Donald Smith le rendez-vous des classiques et des best-sellers MCBfC AMtRimit v/lnm.-.TlOnsoii nus pignons verts Vcnnw.fttrçsi» #> ScV-wHk' oxus-bri» AW OtW*W OmtS OUlBH; AMfRIOUt Danse à contre-jour de Joan Barfoot - une descente vertigineuse dans l’univers d’une femme délaissée.- Bientôt dans nos salles de cinéma: un film primé en Europe et aux États-Unis.Anne.La Maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery UNE SÉRIE TÉLÉVISÉE A RADIO-CANADA TOUS LES MARDIS AU MOIS DE DÉCEMBRE.Voici enfin en français un roman qui a séduit le monde entier.- Un des plus grands best-sellers du siècle.- «Un enchantement total du début à la fin».New York Times - Un livre pour toute la famille, à ranger dans sa bibliothèque à côté du Petit Prince et d'Alice au pays des merveilles.ÉDITIONS QUÉBEC AMÉRIQUE 450 Sherbrooke est, suite 390, Montréal, Qc, H2L 1J8 Commandes téléphoniques acceptées.(514) 655-5163, 288-2371 Un été à Mariposa de Stephen Leacock - un des plus plus grands humoristes de langue anglaise - un livre à lire.pour rire, mais aussi pour observer, à travers un regard unique, génial, la grandeur et la petitesse de la condition humaine.DE QUALITÉ.En vente chez votre libraire LA FORCE DE VIVRE Lrskine ( uldwcll Los mémoires du dernier grand survivant de «la bande des 6» (Faulkner, Steinbeck et lui.pour le Sud, Kit/gorald, Dos Passos, llcmingvvav, pour le Nord).jacques boulerice apparence !.APPARENCE Jacques Boulcricc Recueil de poésie de cet auteur quéhé-cois, composé d’une soixantaine de textes comme autant de tableaux avec des échappées de lumière, • des brèches dans le quotidien.16,50$ NIGHT OCEAN et autres nouvelles H.P.Lovecraft Ia»s fanatiques de Ixivecraft seront heureux de découvrir des textes inédits.Il semble que ces nouvelles soient les dernières inédites en français._ „ 21,95$ LA VIERGE ROUGE LA VIERGE ROUGE Fernand» Arrahal Arrahal a écrit ce roman extraordinaire directement en français contrairement à son habitude qui était d’écrire la version française de ses textes, d’après un original espagnol.Un )>rand livre, à la mesure de son immense talent.21,95$ DEHORS LES CHIENS Jacques Folch-Ribas lin roman policier?Un roman d'espionnage?Un roman historique?Un roman is> chologique?le tout à la fois! , vous de le découvrir.„ _ 15,95$ C-8 ¦ Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 LE DEVOIR CULTUREL Noirs et Blancs en couleur LETTRES AMERICAINES GUY FERLAND ?Michel Fabre, Richard Wright : la quête Inachevée, Lieu Commun, 400 pages.?Chester Himes, La Troisième Génération, Folio 1748, 473 pages.?Chester Himes, Faut être nègre pour faire ça .Lieu Commun, 220 pages.Y A LITTÉRATURE noire américaine a d’abord été une litté-«rature de combat.Pour protester contre la ségrégation persistante et pour revendiquer des droits.Mais cette lutte, à travers le roman, n’a pas vu le jour facilement.Avant 1920, il n’y avait pas plus qu’une trentaine de romans écrits par des noirs.Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale, dans le ghetto de Harlem, que les romanciers noirs ont commencé à publier abondamment.Richard Wright est un des premiers à avoir une renommée internationale.Dans sa remarquable biographie, Richard Wright, La Quête inachevée, Michel Fabre retrace le long et pénible itinéraire qu’a traversé Richard Wright pour devenir un écrivain important.Né près de Natchez, Mississippi, en 1908, l’auteur de Black Boy a une enfance difficile.Vivant dans la misère, son père ayant abandonné sa mère lorsqu’il avait six ans, Richard doit habiter dans plusieurs familles.Il apprend la vie sur la rue dans la désolation et la solitude.À six ans, nous dit-il dans Black Boy, il est déjà alcoolique.Son adolescence se passe mieux.Il vit chez ses grands-parents, à Jackson, avec sa mère, et il peut fréquenter régulièrement une institution scolaire .pour les noirs.Déjà à 13 ans, Richard est un passionné de littérature.Il termine brillamment ses études en 1925.Mais, pour devenir écrivain, l’auteur d’Un Enfant dupaysdoit auitter sa famille et subvenir seul à ses besoins.On le retrouve à Memphis, dans la dèche, travaillant péniblement pour survivre et subissant tous les tourments de la discrimination.Malgré tout, Wright continue à s’instruire par lui-même et à écrire.Il part bientôt pour Chicago où il espère trouver des meilleures conditions d’emploi et des possibilités d’écrire.Mais là encore, il doit se satisfaire d’emplois exécrables.C’est en 1933 qu’a lieu le grand tournant.Il adhère au Parti communiste : pou la lutte à l’égalité raciale, mais surtout pour pouvoir enfin écrire; car le Parti communiste possède alors plusieurs revues littéraires.Dès lors, son ascension comme écrivain est fulgurante, même s’il s’expose aux critiques des dirigeants du Parti.Comme le dit Michel Fabre, « il s’agissait La quête inachevée l .un Commun pour lui de continuer à écrire en dépit des dirigeants communistes de Chicago, pour devenir l’une des vedettes que le Parti aidait parce qu'il tirait profit de leur renommée, et conquérir, ainsi, peu à peu, son indépendance ».Encore une fois, Richard Wright vise plus haut, plus loin, mais toujours dans la même direction : devenir écrivain.Pour arriver à ses fins, Wright part pour New York.C’est là qu’il devient véritablement un écrivain.Il rencontre, dans Harlem, d’autres futurs écrivains (Ellison, entre autres), il fait des lectures importantes, il élabore sa théorie littéraire, il publie des articles et dirige même une revue.C’est en 1937 qu’il rédige Native Son (Un enfant du pays).Lors de sa publication, le roman fait grand bruit.Salué par la critique, il froisse quelque peu les communistes, car l’histoire de Bigger traite plus du conflit racial que de la lutte des classes.Mais le succès du livre, qui, rejaillit sur le Parti, fait taire les critiques.Richard Wright devient, du jour au lendemain, un écrivain reconnu.Tout, à partir de ce moment, se met à aller plus vite.Les projets n’arrêtent plus.Une mise en scène de son roman par Orson Welles, son mariage, sa rupture définitive avec les communistes et, finalement, son ouverture au monde.En 1946, la publication de son autobiographie, Black'Boy, marque une rupture avec son passe.Sa renommée dépar ia’?-frontières de son pays.C’est à la suite d’une prise de conscience des problèmes des noirs à treavrs le monde, et aussi pour des raisons personnelles, que Wright déménage à Paris, en 1947, où il se lie d’amitié avec les existentialistes : Sartre, Simone de Beauvoir, etc.Là,-il s’intéresse plus spécifiquement aux problèmes des noirs africains et , milite pour la décolonisation du tiers-monde.Michel Fabre insiste beaucoup sur cette période de là vie de Wright, même si les succès littérai-' res de l’auteur sont moins retentissants.C’est le grand mérite de cette fs» 11 y Venez faire avec nous votre choix de livres-cadeaux.-Les librairies- flammarion scorpion 1243 University 866-6381 • 4380 St-Denis 284-3688 • Galeries d'Anjou 351-8763 Centre Las'al 688-5422 • Carrefour Angrignon 365-4432 • Mail Champlain 465-2242 ii Le vrai” Oro - Cizia Zykë Oro, c’est le carnet de bord d’un aventurier, un colosse de trente-six ans.Le jeu, la drogue, la contrebande.Pour lui, la notion d’interdit n’existe pas et le monde est plein de filons.Un récit tout cru pour une vérité toute nue.En vente partout biographie de nous restituer toute l’ampleur et l’unité de la démarche de Richard Wright.On y apprend à connaître l’homme militant et luttant pour ses frères.Michel Fabre nous expose magnifiquement la conception wrightienne selon laquelle « le salut de l’hamnité ne peut venir que du tiers-monde ».Richard Wright meurt à Paris, en 1960, en rupture de ban avec sa patrie, toujours ségrégationniste envers les noirs, et avec l’Europe qu’il juge trop centrée sur elle-même.La grande originalité de cette biographie, c’est de nous avoir montre un humaniste contestataire, militant antiraciste et anticolonialiste, toujours aux prises avec son milieu.Avant-gardiste dans ses conceptions Sues, Wright a déblayé la voie à rie d'écrivains noirs engagés.Chester Himes, l’un des plus grands disciples de Wright, a élargi quèlque peu le débat racial.Dans La Trosième Génération, il raconte la dure adaptation des noirs à la vie américaine urbaine.On y voit une famille désunie par le problème de la couleur de la peau — la mère est presque blanche —, poussée par une fatalité étrange vers le désastre.Le thème lancinant du « passage de la ligne », abondamment utilisé par les écrivains noirs, est exploité ici à son maximum d’intensité dramatique.Dans ce roman vif et poignant, où les membres d’une famille se déchirent sans arrêt, Chester Himes a su exposer tout le ridicule du désir pour un noir de devenir blanc.Ce problème du mélange des races était d’ailleurs abordé dans le Black Boy de Richard Wright.Dans le recueil de nouvelles, Faut être nègre pour faire ça., Chester Himes tire parti de la réalité du monde carcéral.Comme pour illustrer la mise à l’écart des noirs aux États-Unis, presque tous les héros de ces nouvelles se retrouvent, un jour ou l’autre, en prison.Chester Himes, passé maître dans le roman policier humoristique, avec son célèbre Le Feint des Pommes, raconte, dans ces petits récits, des histoires sordides où les victimes sont le plus souvent les coupables.Ayant séjourné lui-même dans un pénitencier, Himes sait rendre tangible l’atmosphère étouffante, remplie de tendresse et de cruauté, de la vie entre prisonniers.Ces nouvelles noires, dans tous les sens du terme, ont été publiées, pour la plupart, dans diverses revues des années 30,40 et 50.Quelques récits inédits complètent ce vaste tour d’horizon de l’art du conteur de l’auteur de La Fin d’un primitif et font de Faut être nègre pour faire ça .une excellente introduction à l’oeuvre de Chester Himes.Andersch : l’humanisme ne protège-t-il donc de rien ?LETTRES ALLEMANDES DIANE-MONIQUE DAVIAU ?Alfred Andersch, Le Père d'un assassin.Une histoire de lycée, récit traduit de l’allemand par Stéphane Hémon, Gallimard, 1986, 123 pages.MUNICH, fin des années 20, lycée Wittelsbach.Les élèves de la quatrième année B ouvrent leur manuel de grammaire.Le cours de grec va commencer quand, soudain, entre le proviseur.Inspection surprise.Le professeur est aussi étonne que ses élèves : il n’a pas été averti.L’inspection vaut donc autant pour lui que pour sa classe.Et, au cours de cette heure, le proviseur fera, en effet, trembler aussi bien le professeur que les lycéens.Ce proviseur se nomme Himmler, il est le père de celui qui deviendra, quelques années plus tard, le cerveau des SS.Le Père d’un assassin est un récit autobiographique : c’est Alfred Andersch lui-même que Himmler père a « interrogé » sur ses connaissances en grec, un matin de mai 1928, examen qui tourna fort mal pour le jeune Andersch.Himmler père, que les élèves appellent « le Rex », est issu du « très ancien pa-triciat urbain de Rhénanie du Sud », comme il l’expliquera lui-même à un élève insolent.Il est catholique et conservateur, humaniste et helléniste, mais, sous des dehors dignes et faussement aimables, il cache un caractère féroce, autoritaire, et il sera tout à fait impitoyable, au cours de son inspection, avec ceux qu’il choisira comme victimes.Alfred Andersch, qui s’en explique longuement dans la « Postface pour des lecteurs », a choisi de raconter l’histoire à la troisième personne.Tout passe donc par le regard de Franz Kien, que l’auteur reconnaît être son alter ego.Ce personnage de Franz Kien, Andersch l’a utilisé dans cinq récits antérieurs, mais c’est la première fois qu’il le fait remonter aussi loin dans le temps, jusqu’à l’enfance.Andersch, mort en février 1980, avait travaillé jusqu’en janvier à la rédaction de ce récit et de la postface qu’il tenait à insérer dans son livre.Le Père d’un assassin, dernier ouvrage de l’auteur, est sous-titré « Une histoire de lycée » : avec ce sous-titre, Andersch situe son récit dans la tradition des réflexions narratives sur l’école.Tout comme chez Hesse, Remarque, Heinrich Mann, Thomas Mann, l’école s’avère être une institution dont la fonction première est d’opprimer les enfants.Andersch le souligne, d’ailleurs, en plaçant en exergue à son récit une citation de Brecht tirée du poème « Sur la mort d’un criminel » et l’extrait suivant du Dictionnaire de philosophie de Mauthner : « Presque personne ne semble comprendre que le péché commis heure après heure sur nos enfants appartient à l’essence de l’école.Mais, un jour, les choses se vengeront et les États auront à payer pour avoir fait de leurs écoles des institutions où l’âme de l’enfant est systématiquement assassinée.» Le Père d’un assassin, comme les cinq autres histoires mettant en scène Franz Kien, présente une double perspective : une perspective individuelle et une perspective socio-politique.Se penchant sur le traumatisme de son propre échec scolaire, l’auteur montre que celui-ci fut grandement déterminé par son refus de « coopérer » avec un système autoritaire.Faisant du cours de grec un cas type, Andersch dénonce les mécanismes d’un système d’éducation, voire de toute une société.Dans un espace restreint (la classe d’un lycée), un temps circonscrit (le cours de grec), Andersch élabore un drame en miniature ; son récit devient paradigme du déploiement et de l’exploitation brutale du pouvoir et de l’autorité.Le proviseur Himmler et sa subtile terreur verbale incarnent l’autoritarisme meurtrier qui bientôt s’étendra sur l’Allemagne et fera trembler l’Europe.Andersch réussit, en même temps, à révéler les aspects cachés de deux biographies connues : d’une part, sa propre éducation dans une famille archiréaction- • 9 aire (le père de Franz méprisait le vieux Hir naire ( limmler parce que celui-ci n’était même pas antisémite et admirait le fils Himmler, un jeune homme « tout ce qu’il y a de mieux», national-socialiste et brouillé à mort avec son père); Alfred Andersch.d’autre part, l’éducation de Heinrich Himmler au sein d’une famille d’humanistes où l’on vénérait Socrate et abhorrait l’insigne nazi.Dans le portrait qu’Andersch trace de Himmler père, on est tenté de se demander quels éléments ont pu marquer revolution du fils : ce dernier portait-il en lui ce qui, chez le père, s’exprimait dans la pédanterie et l’arrogance, ou se serait-il développé en opposition radicale à l’ambition humaniste du père ?Quoi qu’il en soit, Andersen montre bien que les visées humanistes de Himmler père ne l’empêchaient pas d’écraser ceux sur qui il pouvait exercer son autorité et qu’elles n’ont soit aucunement touché le fils, soit influencé que négativement.Dans sa postface, Andersch précise : « J’avoue ne pas posséder de réponse à de telles questions; je vais même plus loin et déclare résolument que je n’aurais jamais raconté cet épisode de ma jeunesse si je pouvais affirmer avec précision que le monstre et le pédagogue sont liés et montrer de quelle manière ils le sont.» Mais Andersch insiste sur ce fait « de nature à nous plonger dans le désespoir » : le fils Himmler n’a pas grandi dans le milieu qui a formé celui qu’il s’est plus tard choisi comme père spirituel mais bien « dans une famille de bourgeoisie ancienne, imprégnée de fine culture humaniste ».L’humanisme ne protège-t-il donc de rien ?Voilà une des nombreuses questions que l’auteur se pose dans la postface et sur laquelle il invite le lecteur à réfléchir.Prix Médicis Les funérailles de la sardine Pierre Combescot Un livre foisonnant qui agite avec brio des foules de voyous, cardinaux, tyrans, terroristes, prostitués.et qui les précipite, par dessus les siècles et les lieux, à travers une Italie symbolisant ici l’Occident et son délire.L’auteur collabore au “Canard enchaîné” et à “l’Express”.Grasset l'IKKKK CO Mill SC* OT Les de Funérailles la Sardine Grasset En vente chez votre libraire Vient de paraître Hachette/La découverte L'ETAT DU MONDE1 Jeunesse Encyclopédie économique K et géopolitique mondiale HACHfTTE ; IA DCCOUVÏSTE L’État du Monde Jeunesse Une encyclopédie économique et géopolitique mondiale sur les cinq milliards d'habitants, sur le tiers monde, les états industriels capitalistes, le bloc soviétique, les religions, les climats, les femmes dans le monde et les relations inter-pays.En vente chez votre libraire “Le vrai” CLAUDE SHOAH T*?, f._ Shoah - Claude Lanzmann Claude Lanzmann présente dans ce livre le texte intégral, paroles et sous-titres, de son film Shoah.Le grand art de l’auteur est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix et d’exprimer l’indicible par les visages.Dans ce livre on retrouve la mémoire de l’horreur de l’Holocauste.En vente partout ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••O•••••••••••••••••• “ ••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••a®*#* ••••••••••••••••••••••••O ••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••A •••••••••••••••••••#••••• ••••••••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••A ••••••••••••••••••••••••• _______________ ______________ •••••••••• • • - •• • • • • •• • • •• • • •• •• _____ ___________________________________ •• ¦ ¦ ••••••••••••••••••••••••••••••• Ne ratez pas l’occasion {••••••••••••••••••••••••••••«ai de vous procurer yotre carte.C|jent IâjWïAA «AVANTAGES LEMÉAC» ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••A j| JUSQU’A 7Q%lljjP ••nC'*'*'*****"* ^ •••••< •• JJ £••••••••••••••%••••••••• •••••••••• •• M ^ ••••••••••••••••••••••• •• r» ada i o ••»••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••• •••••••••••••••••*••••••••••••••••••• •• LEMEAC LIBRAIRIE 371 ave Laurier Ouest • ¦ Outremont OC H2V 2K6 -Tel.-15141 273-2841 «DE NOUVEAUX SOLDES SUR LES RAYONS À CHAQUE JOUR! Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 ¦ C-9 LE DEVOIR CULTUREL DANIÈLE LÉVESQUE ?L’éclat des choses PAUL LEFEBVRE " DANIÈLE LÉVESQUE.Retenez bien ce nom.Ou mieux, allez voir Aiédée au TNM et vous ne pourrez pas ne pas le retenir.C’est elle qui a fait le décor.La cage de scène a été mise à nu et peinte d’un blanc mat.On voit tout : la brique, les calorifères, les deux haut-parleurs, tout petits sur l’immense mur du fond.Le plancher de scène, légèrement incliné, est constitué de plaques d’acier.Aucune frise ne cache les spots au plafond; de chaque côté et au fond, de minces tiges d’acier vont du sol aux cintres, supportant d’autres projecteurs.Et, au centre de la scène, insolent, terrible, un grand carré d’asphalte, de la vraie, scindé en deux.« Je voulais, dit Danièle Lévesque, évoquer le côté classique de la Grèce ancienne, tout en transmettant la rigidité de ses lois.Pas question de fausses colonnes : je voulais utiliser des matériaux qui parleraient d’eux-mêmes.L’asphalte est venue de la préoccupation que nous avions, le metteur en scène Jean-Pierre Ronfard et moi, de rendre présent le sol, la terre; l’idée de pierre m’est d’abord venue jusqu’à ce que je réalise que, pour moi comme pour tous ceux qui habitent une ville en 1986, le sol, la terre, c'est l’asphalte.C’est important de montrer aux gens ce sur quoi ils marchent.Quant à l’acier, il me semblait adéquat pour rendre le côté organisé de la Grèce, ce monde où Mé-dée se sent étrangère.Cet acier, qui, sous les éclairages de Michel Beaulieu, évoque aussi l’eau, qui s’oppose à la terre.» Elle n’a pas 30 ans, c’est sa première scénographie dans un théâtre institutionnel et l’on peut déjà dire qu’elle fait partie de ce groupe de jeunes concepteurs visuels qui sont en train de changer la scène québécoise.Née à Montréal, Danièle Lévesque découvre le théâtre à la fin de ses études secondaires dans ses cours d’expression dramatique.Elle s’inscrit en esthétique de la décoration au cégep du Vieux-Montréal (« Parce qu’il y avait un seul cours, sur mes six sessions, qui s’appelait “Décor de théâtre” ») et, après ses études, travaille un an en décoration intérieure.Elle entre ensuite à l’École nationale de théâtre où elle travaille, entre autres, avec Michel Beaulieu (« Mon rêve, c’était qu’il éclaire un jour mes décors ») et François Barbeau (« Un homme à qui je dois beaucoup; il m’a poussée, et, surtout, il m’a aidée à me comprendre et m’a appris comment aller chercher en moi ce qu’il me fallait pour créer »).Dès sa sortie de l’ÉNT, en 1983, elle a pu travailler, commençant avec La Terre est trop courte, Violette Leduc, au théâtre de l’île, à Hull, dans la mise en scène de Michèle Magnv.Puis, il y-a eu, entre autres, Bluff à La Licorne, Marée basse à l’Espace libre, Les Paradis n’existent plus.Jeanne d’Arc à Fred-Barry, Bain public (le fameux mur de pots de marinades), sans parler des décors du spectacle de Joe Bocan.« Récupérer, dit-elle, peut être aussi intéressant que concevoir;.Photo Jacques Grenier j&_JÜNÉi Danièle Lévesque.pour les 10 costumes d’Aurore, l’enfant martyre au Quat’Sous, je n’avais que $ 900.C’est aussi passionnant d’essayer des morceaux de linge sur des corps d’acteur que de créer des esquisses.D’avoir quelques paires de souliers, de les faire essayer à un acteur à qui on demande de dire ses répliques et de finir par trouver la paire de souliers avec laquelle le personnage sonne juste.« Créer une scénographie, n’est pas que lire un texte à travers des formes et des matières; c’est aussi comprendre le lieu dans lequel tout cela va se jouer.Il faut allier l’intelligence du texte à l’intelligence du lieu.Au lieu de cacher, de maquiller les caractéristiques d’un théâtre, j’essaie, au contraire, de les découvrir et de les utiliser.J’ai compris beaucoup de choses sur les objets, sur leur force, leur sens, en lisant les romans de Violette Leduc.La photo, si proche du réel, est un art qui me fascine : en une image, Diane Arbus crée un monde.C’est cela qui me frappe aussi chez Hitchcock : comment, par un travail de caméra souvent minimal, il charge de sens des objets.Moi, j’essaie de créer une image matérielle qui résume ce que la pièce a d’important, une sorte d’abrégé de signification.Pour moi, faire un décor, ce n’est pas faire une recherche de style, c’est aller au coeur des choses.C’est aussi offrir .un lieu aux acteurs.Et pour moi, c’est beaucoup, ¦ aussi, donner prise à la lumière; créer quelque chose que la lumière va révéler, puis transformer.« J’essaie, conclut-elle, de trouver la simplicité.C’est difficile.À chaque fois, j’ai peur.La simplicité, ce n’est pas le simplisme, comme la sensibilité, ce n’est pas la sensiblerie.» GILLES AUGER ¦ De Besançon à Offenbach CAROL BERGERON a 29 ANS, « un bébé dans ce méfier », comme il dit, Gilles Auger vient de remporter le premier prix, à l’unanimité du jury, au 36e Concours des jeunes chefs d’orchestre de Besançon.Il a ainsi inscrit son nom à un palmarès où l'on peut lire, notamment, ceux de Sergiu Comissiona (en 1956), Seiji Ozawa (en 1959) et Michel Plasson (en 1962).Un seul autre Québécois, Pierre Hétu, a mérité cet honneur, en 1962.DuU au 14 décembre à la salle Maisonneuve de la Place des arts, à l’invitation des Nouvelles Variétés lyriques (NVL), Gilles Auger assurera la direction musicale de l’opérette Orphée aux enfers, de Jacques Offenbach, la première production des NVL.On ne le verra donc pas sur un plateau de concert mais dans la fosse d’orchestre, à la tête de l’Orchestre métropolitain.En France, cependant, Gilles Auger a décroché le prix Émile-Vuiller-moz dans un tout autre répertoire.Il fallaitd’abord montrer son savoir-faire en dirigeant un orchestre de taille moyenne dans du Mozart, du Beethoven, du Schubert, du Wagner et du Stravinski.Pour la dernière épreuve, les trois finalistes (un Français, un Italien et un Québécois) devaient affronter un grand orchestre symphonique, celui de Lyon.Ils étaient tenus de diriger les mêmes oeuvres spécialement choisies pour illustrer trois aspects importants du métier de chef d’orchestre : la musique contemporaine, dans une pièce écrite pour le concours par le compositeur français Marius Constant; le grand répertoire symphonique, par La Danse des sept voiles de Richard Strauss, et l’accompagnement, par la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart.« Je suis allé chercher la confirmation que je m’engageais dans la bonne voie, me confie Gilles Auger.À Québec (sa ville natale), ce n’était pas difficile d’être le meilleur puisque nous n’étions pas nombreux à vouloir faire de la direction d’orchestre: » Il lui fallait donc aller ailleurs mesurer la force réelle de son talent pour faire taire ce « petit doute » inhibiteur.Maintenant qu’il est revenu couvert de lauriers, cette inquiétude, qu’il partageait avec tant de jeunes musiciens, lui pèse beaucoup moins.Avec un tel passeport, Gilles Auger pourrait échafauder d’ambitieux projets pour une carrière internationale, mais il n’en est rien.« Je préfère rester lucide.Je ne tiens pas à vivre dans mes valises.©accord pour une carrière, mais pas n’importe laquelle.Pour le moment, j’envisage de continuer à gagner ma vie à Québec, où je travaille surtout avec les jeunes musiciens.» Dans la capitale, « c’est moi qui fait marcher les orchestres de jeunes : au Conservatoire, à la faculté de musique de l’Université Laval, à Lévis.Faire apprécier le métier de musicien d’orchestre, en développer le goût, je trouve' cela très stimulant.Et puis, il faut savoir qu’il est plus difficle de travailler avec un orchestre inexpérimenté que de diriger un ensemble professionnel qui a peut-être joué 500 fois la symphonie que vous dirigez».Si exigente que soit cette activité principale, cela n’empêche pas Gilles Auger d’y ajouter quelques concerts avec la Sinfonietta de Radio-Canada à Québec, des matinées symphoniques pour l’Orchestre symphonique de Québec et quelques autres engagements aux Trois-Rivières, à Chicoutimi, etc.Sans compter que, Tan prochain, heureuses retombées du concours de Besançon, il sera invité à diriger notamment les orchestres de la Suisse romande (à Genève) et de Lyon.« J'aime les compositeurs romantiques, avoue-t-il, et je ne cha-che pas mon penchant pour Mahler.J’espère un jour pouvoir diriger toutes ses symphonies.À mon âge, cependant, j’ai le devoir d’aimer tous les styles de musique.» Cela inclut évidemment la musique contemporaine, qu’il trouve particulièrement ingrate et difficile.« Elle est devenue si complexe que nous n’avons jamais assez de temps de répétition pour la bien jouer.» Parmi les compositeurs du Québec, Gilles Auger voue une admiration sans borne pour Serge Garant.L’oeuvre et l’activité exceptionnelle du musicien l’intéressent.« J’ai aussi un petit faible pour la musique de .François Morel, celle de ses débuts, proche de Stravinski, dans laquelle l’élément rythmique est particulièrement séduisant.» C’est lui qui, dans un concert montréalais de l’Orchestre des jeunes du Québec, a dirigé la première de Swiateo, un pas vers la lumière, de Michel-Georges Brégent.Il garde un très bon souvenir de cette pièce « difficile mais qui avait des choses à dire».Parmi les grands chefs d’orches- Gilles Auger.tre de l’heure, Leonard Bernstein est son modèle absolu.« Il dirige avec une telle intensité d’émotion .Et maintenant qu’il est à l’apogée de sa carrière, les plus grands orchestres jouent pour lui avec plaisir.Il possède un charisme extraordianire et cette qualité est pour moi la chose la plus importante.Battre la mesure, c’est facile.Mais faire passer les sentiments dans le coeur et dans la tête des musiciens que Ton dirige, c’est autre chose.» .Avec Orphée aux enfers, Gilles Auger fait ses débuts québécois sur la scène lyrique.« Léopold Simoneau et Pierrette Alarie m’ont invité à diriger Angélique, de Jacques Ibert, et Le Pauvre Matelot, de Darius Milhaud, pour le Canada Piccola Opera.À l’école Julliard de New York, j’ai aussi fait une Manon de J ules Massenet.« Offenbach n’a peut-être pas écrit une musique géniale, mais c’est léger et bien fait.Pour cette production d'Orphée, Bruno Laplarite (directeur des Nouvelles Variétés lyriques) m’a demandé de refaire l'orchestration en tenant compte de l’effectif instrumental que j’aurai à ma disposition.D’autre part, l’opérette a été remaniée à partir des deux versions assez différentes que nous possédons : celle de la création, en 1858, qui dure une heure et demie et qui a servi de base, et celle de 1874 qui dure trois heures et-qui constitue un spectacle à très grand déploiement.J’ai travaillé à partir, des deux réductions pour piano et des enregistrements des deux versions.Je m’en suis tenu, autant que possible, à l’orchestration du compositeur.» DÉCEMBRE À lOSM Lundi - Mardi _ 1-2 décembre, 20h LES CONCERTS AIR CANADA (*) Kl RT VVÔSS, chef ( LAI DI AUMMINGS, SOIREE VIENNOISE soprano Extraits d'opérettes, ouvertures populaires, valses, polkas et marches de Johann Strauss Billets: 26 S - 19 S - 13 S - 10 S Mercredi - Jeudi 10-11 décembre, 20h CHARLES DUTOIT.chef DANIEL BARENBOIM, piano LES GRANDS CONCERTS PAPJXEAl-COUTURE Clair-Obscur (première mondiale) BEETHOVEX Concerto pour piano n 3 DEBI SS) Le Martyre de Saint-Sébastien - fragments symphoniques SC R l\BISE Poème de l'extase Billets: 26$ - 19$ - 13$ - 10$ Commanditaires: le K).Sun l.lfe tlu Canada BRI CE BOWER, contrebasson 4 le I i.MICHAEL LEITER, contrebasse Digital Equipment du Canada I.Iinllce Dimanche 14 décembre.14 h 30 CHARLES DI TOIT, chef PIERRE GRANUM AISON, orgue LES CONCERTS ESSO(W) Il \)l)\ Symphonie n 85 La reine" POILESC Concerto pour orgue CARTER Elegy SCIIl BERT Symphonie n 4 Billets: 11 $ - 7 S Mardi 16 décembre.19h30 CHARLES DI TOIT, ( bel SALAIA McNAIR.soprano JANICE T AVLOR, mezzo-soprano KEITH LEW IS, ténor VICTOR BRAIN, baryton Choeurs de POSAI (Iwan Edwards, chef) Mercredi - Jeudi 17-18 décembre.19 h 30 LES CONCERTS BANOIE ROI ALE BARODIE ET CLASSICISME BASILIQUE NOTRE-DAME HAXDEI, Le Messie Bill’ets: 21 $- IB S - 13 $ - 7,50 $ BASILIQl E NOTRE-DAME CHARLES 1)1 TOIT, chef IDSIiEI.Le Messie Billets: 21 $- 18 S - 13 $ - 7.50 $ saie Commanditaire: les 17 et IB.Mel,rod I oung II rlr 1.1 mitre SALA I A AlrNAIR.soprano JANICE TAYLOR, mezzo-soprano KEITH LEWIS, ténor Choeurs de POSAI VICTOR BR Al N.baryton (Iwan Edwards, chef) Salle Wilfrid-Pelletier Place des Arts Reservations téléphoniques 514 842-2112 Frais de service Redevance de 1 $ sur tout billet de plus de 7$ Si disponibles, 100 billets seront vendus à 6$.une heure avant le concert.ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL CHARLES DUTOIT liii s>/} fAye ¦ •I Salon des Métiers D'Art du Québec PLACE BONAVENTURE, 5-21 DÉCEMBRE Cette année aux Fêtes, distinguez-vous: offrez un cadeau SMAQ qui plaît à tout coup.POUR MIEUX VOUS SERVIR: ir une garderie pour les 2 à 6 ans ?deux boutiques SMAQ Express, avec une selection de cadeaux à 15 $, 25 $ et 40 $.Place Bonaventure Hall d’exposition ouest Du 5 au 20 décembre, de midi à 22 heures.Le 21 décembre, de midi à 18 heures./i Un cadeau SMAQ, c’est chic, c’est beau, c'est fou comme c'est de bon goût! Un cadeau SMAQ, c'est un cadeau du SMAQ, le Salon des Métiers d'Art du Québec.Un salon qui présente plus de 300 mini boutiques dans une joyeuse atmosphère.Adultes 2,75 $ Étudiants/âge d’or 1,75 $ Enfants 6-12 ans 1,00 $ PASSEPORT 6,00 $ Prix de groupe 1,00 $/ personne (groupe de 20 personnes et plus avec réservation.Appelez 270-7770) ENTRÉE C-10 ¦ Le Devoir, samedi 29 novembre 1986 LE DEVOIR CULTUREL HUMEURS NATHALIE PETROWSKI Sur sa Vespa .LA PLACE, prise en otage par les vents rageurs, est déserte.Deux individus venant de directions opposées s’engagent sur l’asphalte glacée qu’ils traversent à moitié avant de s’arrêter.« Bonjour, dit la femme.— Bonjour, répond l’homme.— As-tu des nouvelles de Claude ?poursuit-t-elle.— Non, toi ?réplique-t-il.— Moi non plus.» Ils se regardent, douloureusement, pivotent sur leurs talons et repartent chacun dans sa direction.L’image se fige, le mot « FIN » apparaît en lettres dansantes sur l’écran.La lumière s’allume.Le film est fini.Depuis le 5 novembre, pourtant, depuis que Claude Jutra a disparu, le film continue.Le dialogue est le même.Le désarroi aussi.Seuls les acteurs ont changé.Ils jouent pourtant la scène avec le même chagrin, échangent des regards tristes, soupirent en scrutant l’horizon où la tête bouclée n’apparaît plus.La réalité dépasse la fiction.Dans ce cas-ci, la fiction précède la réalité.Car cette scène de film, tournée en 1963, c’est Claude Jutra lui-même qui l’a imaginée pour son premier long métrage, À tout prendre, journal intime du plus personnel des cinéastes québécois.Je ne sais trop pourquoi je suis allée voir À tout prendre : peut-être pour retrouver quelqu’un que je n’ai jamais connu et que je ne connaîtrai jamais.Peut-être aussi pour conjurer les scénarios du dé- sespoir qui fleurissent à sonsujet, et éviter le piège des bons sentiments à retardement.Comme la plupart, je n’ai connu Claude Jutra qu’a travers des films comme Mon oncle Antoine, Ka-mouraska et La Dame en couleurs-, une connaissance aussi imparfaite qu’incomplète.J’ai, bien sûr, beaucoup entendu parler de lui, surtout récemment.Les témoignages de ses meilleurs amis ne m’ont rien appris que je ne sache déjà.Je voulais écrire quelque chose sur Claude Jutra, mais quoi ?Une enquête policière ?Un portrait de l'homme ?Une apologie de l’oeuvre ?Un éloge funèbre ?Les choix étaient limités.« Pourquoi ne vas-tu pas revoir À tout prendre », m’a suggéré un ami.Revoir ?Je ne l’avais jamais vu ! Je ne savais même pas qu’il existait encore et que les archivistes lui avaient, dans un élan de générosité, évité le bûcher.Je me suis installée dans un fauteuil miteux, au sous-sol des bureaux de Cinéma libre, devant un écran qui gondolait dans les coins.Dès les premières images, j’ai su que je ne m’ennuierais pas.La copie, pourtant neuve, manquait de contrastes et de définition.Les noirs et les blancs n’étaient plus qu’un fondu granuleux de gris laminé par le temps.Le son était ca-fouilleux, et pourtant quelque chose de particulier, de merveilleusement naïf, de courageux, se dégageait des images.J’ai retrouvé le Claude Jutra que je n’ai pas connu, le bum de bonne famille, le jeune bourgeois bohème et cynique, le poète drôle et désespéré.Le front dégagé, le regard Claude Jutra dans À tout prendre.perçant, le visage lisse comme un étang, j’ai vu sa jeunesse passer en 24 images/seconde, et en 16 mm.J’ai entendu sa voix, faussement tragique, tourner en dérision l’amour, la société.et Claude Jutra.J’ai surtout vu que ce petit film intimiste, ancêtre, en quelques sorte, du Déclin de-l’empire américain, tourné avec les copains du coin et les moyens du bord, foisonnant d’idées, regorgeant de risques conceptuels, a su eonserver, au cours des années, une résonance actuelle digne d’un visionnaire.Il y a, dans À tout prendre, l’évolution en accéléré du cinéma moderne.Jutra cabotine avec la caméra, multiplie les clins d’oeil complices à l’endroit du spectateur, glisse dans la fiction, se ressaissit pour réintégrer le plateau de cinéma, tantôt acteur de son propre drame, tantôt metteur en scène d’une histoire qui ne lui appartient pas, comme un funanbule en équilibre précaire sur une lame de rasoir qui creuse une entaille entre le rêve et la réalité.Ici, je reconnais le précurseur de Woody Allen, là-bas le frère spirituel de François Truffaut (qui apparaît, d’ailleurs, quelques brèves secondes), là l’élève de Norman McLaren et ici le contemporain de Robert Frank.Un cinéaste personnel, imaginatif, tranquillement révolutionnaire.J’entends encore sa voix crier son besoin d’air, de mouvement, de liberté.Je le revois filer en trombe sur sa petite Vespa, dépasser le graffiti d’un Québec libre en devenir, laisser derrière lui les morceaux carbonisés d’un coeur confus que la vie normale a cassé.Étrangement, ce ne sont ni le passé, ni la nostalgie, ni la mélancolie qui me remontent à la gorge au contact de ces images.Le contraire.C’est la vie qui me parle, c’est la liberté qui m’appelle, c’est le risque qui m’invite sur sa Vespa.Non, je n’ai pas de nouvelles de Claude Jutra.Je sais seulement qu’il est libre.Plus libre que l’air, plus libre que la plupart d’entre nous.LES COMPERES ^ PIERRE GÉRARD RICHARD DEPARDIEU g- UN FHM DE FJ ât' '£8* Concerto LE R LE PLUS Vi ¦ a** BETA CONCERT DE NOËL renseignements: 282-9565 Théâtre Maisonneuve Place des Arts Réservations téléphoniques : 514 842-2112 Frais-de service Redevance de 1 $ sur tout billet de plus de 7$ Salle Wilfrip-Peiletier Place des Arts Rcsi-rvalions téléphoniques SM 842 2112 I mis rie serv éoflovam e rie 1 $ sur tout hillel de plus de 7$ i ¦lii SEULEMENT $29.9S POUR LA PREMÈRE FOIS SUR SCÈNE À MONTRÉAL ¦ APRÈS MISS kalabash; / L'ALBUM LE PLUS REMARQUÉ DE LA RENTRÉE / VOICI ENFIN _ M cnm 98lm présente LA NOTE BLEUE GILLES ARCHAMBAULT Nostalgies Folie du roi .s&rt ' 'S'gTs%neeLc,?Wmes q PARLE AUX ENFANTS.PAR QtAUDtO SEGOVIA ET HECTOR ORE Z ZOU "5AI5155AN T.PASSIONNÉ.brillant d'une tpltndeur auul diversifiée qua lanwtlla." Lo» Angola* Times •¦EXALTANT.RESPLENDISSANT .sophistiqué .sensuel du tango jusqu'aui limite! dt «OS rêve* San Francisco Herald Examiner VU.1Z ItC.AB DIM.ZI DEC.Billets - $32 50, 2750, 22 50, 1750 à la Place des Arts, à tous les ?*'i
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