Le devoir, 18 avril 1987, Cahier D
- — -1 1 , .¦ - ' .' -.- .—¦—'—'- 1 LE PLAISIR J LE puWsm LE PL.' El LEPMM LEI#AI vrt Nos collaborateurs ont lu .?L'Enjeu du manifeste/Le Manifeste en jeu, de Jeanne Demers et Line McMurray/D-2 ?Le Traversiez d’Esther Rochon/D-3 ?Promenade dans un parc, de Louis Calaferte/D-4 ?Les ouvrages autobiographiques d'Erskine Caldwell, décédé il y a une semaine/D-4 ?Deux femmes, de Harry Mulish/ D-4 ?Femmes devant un paysage fluvial, de Heinrich Bôll/D-5 ?La Statue intérieure, de François Jacob/D-5 ?Un numéro de la revue Autrement sur la Passion du passé/D-6 ?Les Grands Reportages, présentés par Henri Lamouroux/D-6 ?Commerce sans frontière, db Bernard Landry/D-7 ?Un essai sur les Chroniques l d’Arthur Buies, par Francis Parmentier/D-7 ?Surprendre les voix, d’André Belleau.LE DEVOIR, samedi 18 avril 1987 Lire, relier, relire.Ces livres qu’on recouvre d’une peau pour les mieux caresser FRANCE LAFUSTE collaboration spéciale FAIRE de la reliure, disait, il y a quelques années, Jean-Paul Bodain alors qu’il était encore apprenti, c’est parer les livres qu’on aime d’un habit de lumière.» Définition généreuse qui rend bien compte de la noblesse de cet art.Car, au-delà de la technique, s’exprime, dans le choix de la cou-vrure et des décorations, le pouvoir créateur.« Mon but, dit Odette Drapeau-Milot, directrice de l’atelier La Tranchefile, c’est de créer des oeuvres d’art; c’est aussi démystifier la reliure.J’aimerais que les gens comprennent qu’un livre relié, c’est une oeuvre d’art au même titre qu’une peinture ou une gravure.» Relier un ouvrage, c’est aussi le conserver et le protéger contre la poussière et les assauts du temps, but ultime que se fixaient les moines chartreux et bénédictins au Moyen Âge.Les relieurs des temps modernes n’ont plus, cependant, de missels, d’évangéliaires ou de psautiers à parer et leurs ouvrages a relier ne sont plus décorés de riches enluminures.||'|—III||||IIII « Le plus souvent, reconnait Nicole Billard-Normand, de l’atelier Le Point d’art, on me confie un livre racorni à la couverture défraîchie, un recueil de poèmes auquel on tient particulièrement, un missel.» Tout le monde n’a pas, en effet, dans sa bibliothèque, le texte inédit de Gilles Vigneault Avant que.l’hiver, avec des lithographies de Monique Mercier, une impression sur du papier fait main dans les moulins de Richard Debas, en Auvergne.Les bibliophiles et les collectionneurs sont, bien sûr, les clients des relieurs d’art, « mais il ne faut pas croire pour autant qu’ils sont tous issus de la haute société », m’assure Mme Billard-Normand.« Après tout, renchérit Odette Drapeau-Milot, pour le prix d'un bon repas à quatre, on peut avoir une reliure en toile.Une belle reliure, ajoute-t-elle, l’oeil rieur, c’est le plaisir de toucher du cuir ou du papier.Ça augmente le plaisir de la vie.» Certains livres donnent envie de les faire relier, parce qu’ils ont une certaine qualité typographique, contiennent des gravures et des dessins d’artistes.Ces livres-là ont une valeur pécuniaire indéniable.D’autres, par contre, n’ont de valeur que celle que leur confère le collectionneur.François Ouvrard, le fils de Pierre Ouvrard, l’un des doyens de la reliure au Québec, fait observer qu’il existe, entre le collectionneur et son livre, une relation affective.Ainsi, un père abbé de sa connaissance, Yves Abran, du diocèse de Valleyfield, a pour les bibles une dévotion toute particulière.La venue d’un étranger est l’occasion de passer en revue quelques-unes de ses.800 bibles : « Quand je vais chez lui, me raconte François Ouvrard, le père abbé me fait asseoir dans son fauteuil, allume toutes les lampes de son cabinet de travail et, à l’aide d’une baguette, parcourt les rayons de sa bibliothèque.Il me raconte au passage l’histoire de quelques-unes de ses bibles dont certaines sont des répliques de la bible de Gutenberg.» Un rite qui’il respecte et auquel il l’initie.« Une autre fois, poursuit-il, il me demande de créer 14 mosaïques illustrant les stations du chemin de croix.Après être resté muet pendant un bon quart d’heure, il se fait soudain prodigue de louanges.» Odette Drapeau-Milot sait qu'il faut créer une relation d’amitié avec les clients, gens secrets pour la plupart, jaloux de leur intimité avec leur livre.Certains font relier leurs volumes en Europe, convaincus qu’au Québec, il n’y a pas de bons relieurs.« C’est une image à combattre, affirme-t-elle, car les relieurs d’art québécois ont tous été formés dans des ateliers avec des maîtres renommés et sont allés en Europe parfaire leurs connaissances.» Gilbert Saint-Jean, de l’atelier Le Maître relieur, mentionne l’aspect lucratif que représente une belle reliure d’art : « Certains collectionneurs font des placements et spéculent sur la valeur potentielle d’un ouvrage relié dont le prix peut tripler en quelques années.» D’ailleurs, il soupçonne fort un de ses clients de faire relier ses ouvrages par Jacques Blanche!, son maître et le plus an- Suite à la page D-8 Dans son atelier, le relieur retrouve les gestes lents et précis des orfèvres et enlumineurs du Moyen Âge.PHOTO JACQUES GRENIER Paul-Marie Lapointe, poète d’aujourd’hui JEAN ROYER PAUL-MARIE LAPOINTE vient d’entrer au panthéon de la poésie universelle.Le petit livre carré à couverture rouge qui lui est consacré — et qui le consacre — porte le numéro 254 de la célèbre collection * Poètes d’aujourd’hui » chez Seghers.Ce Paul-Marie Lapointe comprend une présentation de Robert Melançon suivie d’un choix de textes qui feront enfin connaître cette oeuvre à travers la francophonie.Certes, le poète est bien connu au Québec et ailleurs.Il méritait en 1972 le prix David du Québec et le prix du Gouverneur général du Canada.Puis, en 1976, il recevait un des plus importants prix de poésie des États-Unis, celui de 1 ’International Poetry Forum; cet honneur s’accompagnait d’une traduction anglaise de ses poèmes sous le titre The Terror of the Snows par les Presses de l’Université de Pittsburg.Enfin, en 1983, une traduction italienne de ses poèmes sous le titre II Reale assoluto e altre "scritture”paraît chez Bulzoni, à Rome.Mais il faut dire que la France n’avait pas encore eu accès, sauf dans quelques anthologies, à l’oeuvre de Paul-Marie Lapointe.Celui dont Jacques Ferron a écrit un jour qu’il est « peut-être le plus grand poète du pays » — entendons : du Québec — a publié une oeuvre considérable depuis Le Vierge incendié paru en 1948, la même année et aux mêmes éditions Mythra-Mythe que le manifeste Refus global.À partir de 1960, il a fait paraître quatre titres aux éditions de l’Hexagone : Choix de poèmes/Arbres, Pour les âmes, Le Réel absolu et Tableaux de l’amoureuse, suivi de Une, unique, Art égyptien, Voyage et autres poèmes.Depuis 1976, il a publié aux éditions L’Obsidienne deux livres à tirage limité : Bouche rouge, avec des lithographies de Gisèle Verreault, et Tombeau de René Crevel, avec des Paul-Marie Lapointe : « Nul amour n’a la terre qu’il embrasse et ses fleuves le fuient.» eaux-fortes de Betty Goodwin, ainsi que le monumental écRiturEs en deux volumes.Sur la couverture rouge du numéro 254 de la collection « Poètes d’aujourd’hui », qui sera en librairie la semaine prochaine, la tête de Paul-Marie Lapointe apparaît comme celle d’un acteur plutôt que celle d’un poète, vous diront certains.Pourtant, s’il est un poète discret, qui ne s’est pas bâti un personnage public devant son oeuvre, c'est bien Paul-Marie Lapointe.Jacques Ferron l’avait bien remarqué dans son fameux portrait du poète qui a été repris dans le second tome de ses Escarmouches (Leméac, 1975).Ferron parle de la « démarche souveraine » du poète : « Je peux dire que Paul-Marie Lapointe, même s’il est un homme réservé qu’on peut prendre pour un courtier, qui n’a pas ces allures extravagantes que se donnent certains poètes qui s’annoncent outrageusement comme des fous du roi, est au courant de sa valeur et ne s’en cache pas.Ronsard et Malherbe ne faisaient pas autrement.À les lire aujourd’hui, on se demande parfois : pour qui se prenaient-ils ?Ils se pre- naient pour Ronsard et Malherbe, et, mon Dieu ! je crois qu’ils avaient rai son.Avec la plus grande simplicité du monde, Paul-Marie Lapointe a la même attitude.C’est cela que je nomme la démarche souveraine.» Robert Melançon, pour sa part, interroge l’oeuvre, qu’il décrit aussi comme étant « souveraine ».L’essayiste avait, d’ailleurs, fait allusion au portrait du poète par Ferron, dans la préface qu’il a finalement dû faire disparaître de son ouvrage, faute d’espace.Car les petits livres de la collection « Poètes d’aujourd’hui » comptent obligatoirement un maximum (je 90 pages pour chacune des deux parties de la présentation de l’oeuvre et du choix de textes.Melançon n’a pas pu dire non plus, dans le cadre de son essai, ce qu’il doit à ceux qui ont parlé de Lapointe avant lui, Georges-André Vachon, Robert Major et Pierre Nepveu, entre autres.Ce qu’il s’empresse de faire au cours de notre entretien télépho nique où il m’explique comment et pourquoi il a écrit son Paul Marie Lapointe.Suite à la page D-3 IM HHHi Il IIIIHMilHWI'IllillUhl' | î MH mm 'mmssmmm revue d’histoire de l’amérique Fondée en 1947 par Lionel Groulx Publiée par l'Institut d histoire de I Amérique française (1970) volume 40, no 3 hiver 1887 Quarante ans d’histoire de l’Amérique française ¦ ‘ pHC: arsr- r.ANGÈLE DAGENAIS Dans les années 40, il y avait une osmose parfaite entre LE DEVOIR et le chanoine Lionel Groulx.Lecteur assidu, il était également ardent défenseur de ce journal qui, pour sa part, publiait réguüèrement ses prises de position et conférences publiques.Au moment ou le chanoine a fondé l’Institut d’histoire de l’Amérique française, en 1947, le rédacteur en chef du DEVOIR d’alors, Orner Hé-roux, ne tarissait pas d’éloges envers le nouveau centre de recherche « scientifique » que Mgr Groulx consacrait exclusivement à l’étude de la civilisation française du Nouveau Monde.(Il faut se rappeler qu’à cette époque, les départements d’histoire n’existaient pas encore dans les universités.) Poussé par ces formidables tapes dans le dos publiques que lui servait LE DEVOIR, l’institut ne tarda pas à réunir des centaines d’adeptes qui s’abonnèrent aussitôt à la Revue trimestrielle qu’il publia quelques mois plus tard sur les presses.du DEVOIR, évidemment.La Revue d’histoire de l’Amérique française fête ses 40 ans ce printemps.Chose curieuse, la revue compte aujourd’hui autant d’abonnés qu’à ses débuts, il y a 40 ans, soit le nombre magique de 1,300 ! Qui sont-ils, ces fidèles abonnés ?Autant monsieur et madame Tout-le; monde qui se passionnent pour la généalogie et la petite histoire de leurs ancêtres que les étudiants des départements d’histoire, les chercheurs et historiens de métier, les grandes biblio-thèques d’Europe et des États-Unis, les ambassades canadiennes, etc.La revue compte, en effet, plus d’une centaine d’abonnés aux États-Unis — dont toutes les grandes bibliothèques du pays — une cinquantaine en France (l’Institut de France, la Sorbonne, les universités de Bordeaux, de Caen, etc.), une cinquantaine en Europe, une dizaine dans les Antilles françaises et au Mexique et six en Asie (Australie et Japon).Les délégations générales du Québec à Paris, Londres et New York en commandent également quelque 75 exemplaires.Les premiers signataires de la revue étaient presque tous gens d’Église : Lionel Groulx, bien entendu, Thomas Charland, o.p., Adrien Pouliot, s.j., Antoine Bernard, c.s.v., Mgr Olivier Maurault, recteur de l’Université de Montréal, Joseph Le Ber, abbé, etc.Ce premier numéro avait 160 pages; l’abonnement se vendait $ 4 par année et l’adresse de l’Institut d’histoire de l’Amérique française qu’il fallait contacter pour s’abonner était le 261, avenue Bloomfield, à Outremont, résidence privée du chanoine Groulx.Quarante ans plus tard, le nombre de pages de la revue n’a pas changé mais sa fabrication est entièrement informatisée.L’abonnement est passé à $ 36 par année et l’adresse est identique.La maison d’Outre-mont, classée monument historique, s’est adjoint la propriété voisine qui abrite les documents et voûtes d’ar chives de la Fondation Lionel-Groulx.Les voûtes comprennent une quarantaine de fonds d’archives, dont ceux d’Olivar Asselin, Henri Bourassa, Sir Georges-Étienne Cartier, Alphonse Desjardins, André Laurendeau, Armand Lavergne, Georges-Henri Lévesque, Louis-Joseph Papineau, Me Maxime Ray mond, etc., que tous, quidam ou universitaire, peuvent consulter sans frais.« Après 40 ans, explique la prési dente de l’institut, Andrée Désilets (professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke), l’institut et la revue sont restés très fidèles à leurs origi- Sulte à la page D-8 L'ENCYCXOPÉDÏÈ | _____: î canada | L’ENCYCLOPÉDIE DU CANADA TROIS TOMES (dans un bottier): 250 $ L’OUVRAGE DE RÉFÉRENCE LE PLUS IMPORTANT QUI AIT JAMAIS ÉTÉ PUBLIÉ AU PAYS ! • 8 000 articles • 3 500 biographies • 2 200 pages • 1 600 illustrations • 300 cartes • 7 ans de travail • 3 000 collaborateurs «À peine sortie des presses, L’encyclopédie du Canada se vend comme des petits pains chauds» Véronique Robert, Le Devoir (Plus de 20 000 exemplaires déjà vendus en prépublication) niauurmcun Stankg les Edition» Internationales Alain Stanké , 2127, rue Guy, Montréal H3 D-2 M Le Devoir, samedi 18 avril 1987 LE PLAISIR foc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR resw • livres LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER La FIDELF veut ouvrir les frontières COMMENT les littératures de langue française d’Europe et d’Amérique peuvent-elles se faire connaître les unes aux autres ?Cette question toujours d’actualité est explorée de nouveau par la Fédération internationale des écrivains de langue française (FIDELF), qui a inauguré, le 20 mars dernier à Paris, le premier cycle des travaux de sa commission du « modèle théorique de diffusion des littératures françaises».La FIDELF est présidée par Guy de Bosschère et la commission réunit Michèle Lalonde, Jean-Pierre Faye, Gaston Miron, Marc Quaghebeur et Philippe de Saint-Robert.Les travaux ont pour but de « dégager des moyens concrets susceptibles de contribuer à un désenclavement des littératures françaises dans leur ensemble, et de celles, en particulier, des pays francophones périphériques et même de certaines régions françaises de l’Hexagone, souvent méconnues ou ignorées du fait de la pression des grands groupes de distribution français, dont les critères de sélection (rentabilité maximum, star system, etc.) ont depuis trop longtemps pour conséquence involontaire d’occulter toute une part importante de ces littératures ».En fait, la commission s’est notamment fixé pour objectifs d’obtenir un abaissement des tarifs douaniers, d’étudier les situations spécifiques des* divers marchés en Afrique, en Amérique et en Europe, puis de rechercher toutes les possibilités de co édition et de co-diffusion, en créant à travers les pays francophones un réseau de librairies patronnées par la FIDELF.Ces librairies pourraient faire régulièrement la promotion d’écrivains francophones selon des listes de 15 auteurs réunies par la FIDELF.Les méandres de la séduction UNE NOUVELLE série de quatre émissions à l’enseigne de « La séduction » prend l’affiche au réseau MF de Radio-Canada, du lundi 20 avril au lundi 11 mai, à 16 h 30.L’équipe de production réunit Claudette Lambert à la recherche et à l’animation, Hélène Savoie, assistante, et Jean-Guy Pilon à la réalisation.Ces émissions tentent de définir la séduction et d’en étudier les mécanismes et les méandres.L’émission de lundi prochain reçoit Albert Jacquard, généticien, et François Péraldi, psychanalyste.L’émission du 27 avril explorera « l’imaginaire et le star system » avec Nicole Brossard et Denis Héroux.À rémission du 4 mai, « L’image et le corps » sera le thème pour les invités Marie-Louise Pierson, mannequin, Lise Watier et Michel Robichaud, couturiers.Enfin, le 11 mai, l’émission portera sur « La voix et le féminin », avec Renée Hudon, animatrice à Radio-Canada, Vénus Koury-Ghata, poète et romancière.Compléteront cette émission, un témoignage de Philippe Sollers et un texte de Louise Maheux Forcier.Place aux poètes MERCREDI, à La Chaconne (342, rue Ontario est), à 21 h, Janou Saint-Denis reçoit le poète Yves Boisvert, qui vient de publier aux Écrits des Forges le recueil Poèmes sauvés du monde.LES ONDES LITTÉRAIRES À la télévision de Radio-Canada, demain à 13 h, l’invité de Marcel Brisebois à Rencontres est encore Pierre Vallières.Ce second entretien a pour titre : « De la révolution à la résurrection ».Au réseau de Télé-Métropole, demain entre midi et 14 h, Reine Malo propose, à Bon Diman- PHOTO JACQUES GRENIER Michèle Lalonde membre d'une commission de la FIDELF.che, la chonique des livres par Christiane Cha-rette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À CIBL-FM (104,5), à 19 h, Yves Boisvert lit des pages de Frank Venaille, à son émission Textes.Au réseau Quatre Saisons, demain à 22 h.Les Dimanches de Clémence porte sur le courage de la pauvreté.L’animatrice Clémence Desrochers reçoit Kolette Turcot (Kolette, ADT Quart-Monde), Huguette Lapointe-Roy (Charité bien ordonnée, Boréal), Andrée Lachapelle, porte-parole du mouvement ADT Quart-Monde, ainsi que Paul Ohl (Katana, Québec/Amérique).À TVFQ (câble 30), demain à 21 h 30, Apostrophes a pour thème « Les fêtes de l’esprit ».Bernard Pivot reçoit Micheline Boudet, Benedetta Craveri, Roger Chartier, Fanny Deschamps et Jean-Luc Dejean.Madame du Deffand et Marguerite de Navarre, entre autres, seront à l’honneur.(Reprise le dimanche suivant à 14 h 30.) À Radio-Canada, vers 23 h, Francine Marchand et Daniel Pinard animent le magazine culturel La Grande Visite.Au réseau de Radio-Québec, à l’émission Télé-Services, à 18 h 30, Louise Faure reçoit un écrivain par semaine.Au réseau Vidéotron (câble 9), lundi à 15 h, Richard Bernier anime l’émission Pour la littérature.Au programme, cette semaine : Jack Kerouac.L'émission est reprise à minuit le lundi et à midi le samedi.Au réseau Vidéotron (câble 9), lundi à 21 h 30, Écriture d'ici, animé par Christine Champagne et Marcel Rivard, reçoit Gilles Pellerin, nouvelliste.L’émission est reprise le mardi à 13 h 30 et le dimanche à 10 h 30.À la radio AM de Radio-Canada, tous les jours de la semaine à 13 h, Suzanne Giguère et Louise Saint-Pierre parlent littérature et théâtre aux Belles Heures.À la radio FM de Radio-Canada, du lundi au jeudi à 16 h, Gilles Archambault présente le magazine d’actualités littéraires Libre Parcours.À la radio FM de Radio-Canada, mardi à 21 h 30, Réjane Bougé anime En toutes lettres, le magazine d’actualité de la littérature québécoise, réalisé par Raymond Fafard.À la radio FM de Radio-Canada, mercredi à 22 h, Jean-Pierre Myette anime la série La Pensée captive.Cette semaine, Wilhelm Schwartz parle de Uwe Johnson.L’émission est réalisée par André Major.LA VITRINE DU LIVRE Alfred Desrochers.J , i LITTÉRATURE Écrits du Canada français, n° 59, Montréal, 1987,193 pages.RÉANIMÉE par Paul Beaulieu depuis deux ans, cette revue continue de reprendre sa place dans notre paysage littéraire.Au sommaire de ce numéro, des textes divers de fiction et de réflexion de Jean-Pierre Duquette, Daniel Gagnon, Jacques Brossard, Pierre Trottier, Willie Chevalier, ainsi qu’une pièce radiophonique d’André Ricard, Prière pour hâter la fin du momnde.Le grand intérêt de ce numéro 59 des Écrits reste une correspondance de suc lettres écrites de 1930 à 1932 entre Alfred Desrochers et René Garneau.Paul Beaulieu nous présente les missives sous le titre bien choisi : « Le poète et le lettré».Le poète de Sherbrooke et le jeune étudiant de Québec entretiennent une discussion sur leurs visions de la littérature.Garneau se sent de culture européenne et Desrochers affirme son identité américaine.Voilà un débat qui n’est certes pas terminé parmi nos écrivains.Il est intéressant de noter les arguments des années 1930.PSYCHIATRIE Écriture et folie, par Monique Plaza, Presses universitaires de France, coll.« Perspectives critiques » dirigée par Roland Jacard, Paris, 1987,217 pages.QUELS SONT les rapports entre folie et écriture ?La question subsiste.C’est Antonin Artaud qui écrivait : « S’il est encore quelque chose d’infernal et de véritablement maudit dans ce temps, c’est de s’attarder artistiquement sur des formes, au lieu d’être comme des suppüciés que l’on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers.» Quel chemin Maupassant, Woolf.Beckett, Duras, Highsmith et d’autres ont-ils emprunté pour aller à la rencontre de la folie ?C’est ce que se demande l’auteur de ce livre, Monique Plaza, docteur en psychologie et psychothérapeute.Il y a dans ce livre des chapitres fascinants, comme celui qui traite des rapports entre Artaud et les surréalistes.REVUES Le Beffroi, n" 11, Québec, avril 1987,188 pages.CETTE REVUE veut allier les textes de création et la philosophie.Au sommaire de ce deuxième numéro, on rencontre une variété de signatures.Jean Éthier-Blais commente le livre Signé Hubert Aquin.On lit aussi des textes de Jean Brun, Clément Marchand, Jean-Pierre Issenhuth, Meery Devergnas, François Hébert et d’autres.Sans oublier quelques lettres de Gabriel Marcel à Louis Lavelle et des textes de Benjamin Fondane, signés à Bucarest en juin 1929.La revue se complète de quelques pages d’aphorismes.Retenons cette pensée de Karen Blixen : « Il parait que les lions pris au piège et enfermés dans une cage souffrent plus de l’humiliation que de la faim.» Passages, n” 11, Sherbrooke, 1987, 64 pages.CETTE REVUE nous fait connaître les principaux écrivains qui publient en Estrie.Au sommaire de ce numéro récent figurent les noms de Jean Civil, Bertrand Bergeron, Pierre Desruisseaux, Huguette O’Neil et André Bernier, entre autres.RÉPERTOIRE Répertoire des écrivains francophones des Cantons de l’Est, édité par l’Association des auteurs de la région, Sherbrooke, 1987, 172 pages.DES PHOTOGRAPHIES un peu pâles, des bibliographies et des extraits critiques pour de nombreux auteurs.Un outil d’information qui montre aussi la vitalité littérai-e d’une région.HUMANISME La Dimension spirituelle de notre société, Marcel Laflamme, éditions Paulines & Médiaspaul, Québec et Paris, 1987,221 pages.L’AUTEUR est professeur en administration à Sherbrooke.Il propose « une vision chrétienne de notre devenir».Comment se passionner pour quelque chose d’infiniment plus grand que l’unique consommation ?Comment rayonner dans le concert des nations via un projet de société original et édifiant ?Comment faire refleurir la joie et l’espérance chez les Québécois ?Comment entrevoir des possibilités collectives fécondes ?L'auteur fonde son cheminement et ses réponses sur un humanisme chrétien.POÉSIE Deux amants au revolver, Jean-Marc Desgent, Les Herbes rouges, n° 154.Montréal, 1987,40 pages.VOICI « l’histoire » toute simple, dit l’éditeur, d’un homme et d’unp femme fascinés par la passion des mots, la solitude, la mort.Ils cherchent les moyens de vivre au-delà d’eux-mêmes.Voici un recueil, nous rappelle encore l’éditeur, « au style violent, touffu et chargé d’émotions ».— Jean Royer « Crois ou meurs » À quand le manifeste vidéo-clip?L’ENJEU DU MANIFESTE/ LE MANIFESTE EN JEU Jeanne Demers et Line McMurray Le Préambule, 156 pages LES ESSAIS LORI SAINT-MARTIN NOTRE SIÈCLE est celui de la contestation politique et culturelle.Pensons au dadaïsme, au surréalisme, au futurisme et à la révolte des femmes, des peuples dominés, des étudiants et de tant d’autres groupes.Les formes mêmes se multiplient : affiche, tract, placart, mais aussi graffito, tee-shirt, macaron.À quand le manifeste vidéo-clip ?Jeanne De-mers et Line McMurray analysent ici le manifeste comme un acte de parole qui s’élève contre l’autorité et qui se retrouve, paradoxalement, récupéré par elle.Le manifeste peut être écrit, ou encore agi : la première Nuit de la poésie, les festivals dadaïstes, Lacan donnant ses cours le dos tourné aux étudiants.C’est un texte ou un geste choc, différant de la performance ou du pamphlet par son caractère inattendu et agressif.La provocation y joue un rôle de premier plan.Marinetti, le père du futurisme italien, précise qu’il faut des cibles bien choisies et « de la violence et de la précision» dans l’attaque.Le trait marquant du manifeste, selon les auteurs, c’est la position qu’il prend face à l’Institution.Sur la base du rapport au pouvoir central, on peut identifier quatre types de manifestes.Tout d’abord, le manifeste d’imposition, qui émane de l’autorité en place et qui vise donc, à la manière d’une loi, à maintenir le pouvoir.Entrent dans cette catégorie les décrets des princes et des Etats aussi bien que les arts poétiques, comme celui de Boileau, qui consacre le classicisme.À l’autre extrémité, on retrouve le manifeste du réseau parallèle, qui refuse toute forme de pouvoir (manifestes féministes ou contre-culturels).Entre les deux, le manifeste qui cherche à imposer un nouveau pouvoir central (les manifestes dadaïstes de Tzara) et celui qui désire déplacer le pouvoir du centre vers la périphérie.La plupart des manifestes littéraires québécois, dont le plus célèbre demeure Refus global, se rangeraient dans la dernière catégorie.Le manifeste doit son existence même au refus qu’il oppose à l’ordre.Les auteurs soulignent le paradoxe u’il y a à étudier, donc à faire entrer ans l’institution universitaire, un genre hors institution.Fixer le subversif, n’est-ce pas le figer, le neutraliser ?D’ailleurs, autre paradoxe, le manifeste assure la survie du système, en permettant aux dominés de se défouler à leur aise.La vague contestataire vient se briser contre le roc du pouvoir, assurant la pérennité de celui-ci.« Crois ou meurs », dit le manifeste, cherchant à avaler tous ceux qui pensent autrement.C’est ainsi que même les manifestes d’opposition basculent vers l’imposition d’une vérité qu’on veut incontestable.Le manifeste sera même d’autant plus efficace que sa volonté de puissance ressortira avec éclat.Il faut surprendre, choquer, ébranler ceux qui le reçoivent.Les circonstances dans lesquelles on présente le manifeste sont donc de la première importance, tout ctmme l’aspect matériel du texte : lé format, les caractères, même la couleur du papier.Marinetti allait jusqu’à parler d’une « révolution typographique ».Certains manifestes sont reproduits tels quels dans le livre de Jeanne Demers et de Line McMurray, nous permettant de mesurer le fossé qui sépare les caractères gras de Paul Chamberland, réguliers et sûrs d’eux, de l’écriture pâle et tremblée de Sophie Podolski, qui dit son mal de vivre intime.Parce qu’il repose sur l’effet de surprise, le manifeste doit toujours se renouveler, menacé sans cesse de récupération, donc de mort.Il ne faut pas s’étonner alors de son déclin, déjà amorcé, ni de l’apparition d’anti-manifestes, qui déconstruisent PHOTO ONF Raoul Duguay à la Nuit de la poésie 1980 le genre en le parodiant.Un exemple : les manifestes de l’Oulipo(Ou-vroir de littérature potentielle, auxquels participaient, entre autres, Georges Perec et Raymond Queneau).Ces textes ironiques soulignent la modestie du mouvement et son caractère tranquillement marginal, loin du fracas des textes futuristes ou autres.Peut-être assistons-nous, comme le suggèrent les auteurs, à la fin du discours de vérité.Lettre d’amour à Toulmonde, Manifeste vélorutionnaire, Manifeste électrique aux paupières de jupes, De la déception pure, manifeste froid, The Lettuce Manifesto, Clavicule Sling Shot, Mani-fesse mium-/mium, Destruction du livre.: les titres seuls font rêver.Mais les auteurs, cherchant à définir le genre, rejettent dans l’ombre les manifestes individuels au profit d’une typologie qui, bien que fort intéressante, fait écran entre les textes et nous.Ici, la théorie risque d’éloigner le lecteur moyen du manifeste au lieu de l’en rapprocher.PHOTO JEAN-PIERRE ROY Aux Dimanches de Clémence, demain soir à Quatre Saisons, les invités de Clémence Desrochers sont : à gauche, Huguette Lapointe-Roy et Andrée Lachapelle; à droite, Kolette Turcot et Paul Ohl.NOTES DE LECTURE LE LIVRE DE PRÉFACES suivi de ESSAI D’AUTOBIOGRAPHIE Jorge Luis Borges Folio, n° 1794, 337 pages CETTE RÉÉDITION du célèbre Livre de préfaces du regretté Borges, mort l’été dernier à Genève, rappelle la disparition du plus grand et intelligent lecteur du 20e siècle.Un lecteur inactuel, puisque les préfaces rassemblées ici introduisent, pour la plupart, des oeuvres classiques, telles celles de Shakespeare, Cervantes, Carlyle, Swedenborg, Henry James, Franz Kafka, Melville, Whitman, etc.Ces textes ont été écrits entre 1923 et 1974.C’est donc dire qu’ils parcourent toute la période active de Borges en tant qu’écrivain.Le grand conteur, essayiste, poète et Colloque: Politique et santé mentale des peuples Atelier sur: Afrique du Sud Amérique Centrale Québec 25 avril, 9h30 info; 598-7377 conférencier s’y montre un brillant lecteur qui saisit au mieux les enjeux des oeuvres qu’il présente.Bien sûr, un écrivain n’abandonne jamais complètement ses idées artistiques lorsqu’il commente les livres qui lui tiennent à coeur.Il est intéressant de voir, à cet égard, Borges ramener à lui les oeuvres de Melville et de Kafka.Son autobiographie montre, hors de tout doute, que Borges est un véritable homme de lettres.De sa plus tendre enfance à un âge avancé, on le voit se pencher sur des textes et se battre avec les mots.Un itinéraire d’intellectuel raconté dans un style oral que rehaussent, au passage, de fines observations sur les livres et les gens._ Guy Ferland LES ÉCRITS DES FORGES INC.C P 335 - Trois-Rivières, Québec - G9A 5G4 NE MANQUEZ PAS LA RENTRÉE LITTÉRAIRE DE YVES PRÉFONTAINE AVEC LE DÉSERT MAINTENANT 8,oo$ JEUDI.LE 7 MA11987 A L FRANÇAISE 429.VIGER EST.MONTRÉAL 17HRES VOUS ÊTES CORDIALEMENT INVITÉ(ES) Distribution en librairies PROLOGUE 2975 Sarlelon.Ville St-Laurent H4R 1E6 (514) 332-5860 Par la poste DIFFUSION COLLECTIVE RADISSON C.P 500 Trois-Rivières G9A 5H7 (819) 376-5059 362 jours par année Venez regarder avec nous APOSTROPHES le dimanche à 14h30 samedi 25 avril de 14h à 16h ANDRÉ MAJOR auteur de L HIVER AU COEUR XYZ Éditeur aujourd’hui 18 avril de 14h à 16h JEAN ROYER auteur de DEPUIS L ’AMOUR Éditions de L’Hexagone samedi 30 mai de 14h à 16h MAURICE LEVER auteur de ISADORA aux Éditions BELÉOND Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 1 Le Devoir, samedi 18 avril 1987 ¦ D-3 LE PLAISIR /Jpc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres Esther Rochon: une écriture «cool» Des nouvelles pour sortir du labyrinthe •' .< - ' < — - ' • ¦ *4 : x ; *4 < * * * » * * * * * * : * * *s, ¦¦ ipr * ^ Esther Rochon PHOTO JACQUES GRENIER Pas d’allégories faciles, mais des univers intérieurs scrupuleusement cartographiés.LE TRAVERSIER Esther Rochon éditions de la Pleine Lune 1987, 188 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN GAGNANTE du Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois 1986 pour son roman L'Épuisement du soleil, Esther Rochon était également parmi les finalistes du prix Molson de l’Académie cana-dienne-française.Ce que les aficionados distinguaient, l’institution littéraire le saluait : une écriture et une vision neuves (malgré qu’elles semblent prescrites par le genre) mais peut-être bien plus quelque chose de très très ancien, de classique, aussi classique que Les Voyages de Gulliver, que Les Aventures de Robinson Crusoé ou que Candide.C’est le récit d’une quête de soi-même, à travers le voyage.Rendre compte de la lecture d’un recueil de nouvelles est toujours un exercice acrobatique.On cherche un lien entre des textes souvent écrits à des époques différentes et que l’intention de l’auteur était, justement, de circonscrire.Chez Esther Rochon, le problème ne se pose pas.La parenté entre ses nouvelles est si forte que s’il n’était, pour chacune, proprement spécifié qu’elles ont fait l’objet d’une parution antérieure dans des revues spécialisées, on croirait qu’elles forment un tout, créant un lieu et un temps romanesques.Dans ces mondes d’anticipation, la narratrice nous entraîne avec une élégance détachée, désamorçant l’insolite.Une écriture « cool».Toutes ces nouvelles sont sous le signe du passage, comme en fait foi le titre du recueil.Dans « Le labyrinthe », trois femmes relatent tour à tour leur parcours pour trouver le « centre ».La troisième est née dans le labyrinthe.Elle écrit : «J’ai trouvé le centre; il lui arrive de s'exprimer à travers moi.Ma perception du monde est comme avant, mais elle ressemble à un papier découpé posé devant la lumière du centre.Ma vie sans doute va continuer avec les impulsions qui y étaient déjà présentes, s’inscrire comme un ornement supplémentaire sur cet immense papier, beau par endroits, déchiré à d'autres, et qui, ailleurs, brûle » (p.30).Dans « L’escalier », une femme grimpe interminablement, fuyant une incessante marée.Elle n'en redescendra pas.Seulement ça.Et ça ressemble à la vie.Quoi qu’il en soit, l’auteur ne fait pas d'allégories faciles.Ce sont des univers intérieurs qu’elle cartographie scrupuleusement.L'hiver nucléaire, les mutants, les extra-terrestres sont au rendez-vous, et les héros/héroïnes avancent, fuite ou quête, coûte que coûte.Les gestes sont de survie, apparemment dépouillés de valeurs « sentimentales ».Non pas que les sentiments n'aient pas cours, mais ils ne semblent plus avoir la même valence.La narratrice écrit : « Ils s’aimaient beaucoup, même s’ils n'existaient pas en absolu, ce dont Us se rendaient fort bien compte » (p.45).Dans ces mondes-là, d’Esther Ro chon, on se déplace beaucoup à la recherche de soi-même.Il y a des sas pour entrer et sortir du labyrinthe, des traversiers d'un monde à l’autre, cet escalier dont on ne redescend pas et même un train emportant toute la population d’un village à son bord, et chiens, et chats, et canaris (le monde est fait de ça ! ), fonçant à travers une forêt de vitrail.On n’entre pas dans ces mondes là sans guide.La narratrice se fait discrète sans s’effacer.Son style est dépouillé, minimaliste, le ton retenu, empreint de sobre poésie pour faire voir la face cachée des choses.Même le portrait d'une société se brosse en quelques traits : « ("était une société cruelle mais riche.Ailleurs, les sauvages qqi gardaient leurs monstres crevaient de faim avec eux.Ailleurs, ceux qui avaient beaucoup d’enfants ne pouvaient les nourrir.Ici, il y avait peu d'enfants et pas de monstres » (p.107).Est éva cué tout le fatras romantique des idéologies; reste cette quête d’un Graal qui s'appelle ailleurs.Vous cherchez de nouvelles fron tières ?Le dépaysement est au pro gramme et rembarquement garanti.Pas le retour.Ce livre est un sas à sens unique.Cvthère, c’est complet, reste le voyagé à Ithaque.Lapointe Suite de la page D-1 « Pour écrire cet essai, me dit Me-lançon, qui est professeur à l’Université de Montreal, j’ai voulu garder une certaine distance.Je ne voulais pas tant donner mon opinion sur cette poésie que de laisser le plus possible l’oeuvre se présenter.J’ai essayé de me mettre au service de l’oeuvre de Paul-Marie Lapointe.NOTES DE LECTURE LA BELLE ÉPOQUE Boris Vian 10/18, n° 1842, 285 pages BORIS VIAN, on le sait, a brûlé la chandelle par les deux bouts.Il est mort, comme il l’avait prédit, avant d’avoir atteint 40 ans, en 1959.Mais sa courte existence a été bien remplie, comme en témoigne, si besoin en était encore, ce recueil d’articles écrits entre 1945 et 1959, soit durant toute la période de production littéraire de l’auteur de L’Écume des jours.Ces textes, inédits en volume ou totalement inédits, traitent des sujets les plus variés : de l’automobile aux scènes de ménage, en passant par la critique littéraire ou les reportages économiques .sans oublier les articles sur les variétés dans lesquels l’auteur d'En avant la zizique montre sa grande connaissance de la musique et de la chanson.Boris Vian aborde tous ces sujets avec un égal bonheur.Il est toujours pertinent et divertissant.Son écriture incisive, son humour souvent caustique et sa vaste érudition charment littéralement le lecteur.— Guy Ferland LALC00L AU VOLANT « C’est une oeuvre que j’aime.C’est une oeuvre que je lis et que je fréquente.Et une poésie qu’on fréquente, c’est une poésie qu’on applique à des circonstances.D’autre part, ajoute Robert Melançon, il y a des poèmes de Paul-Marie Lapointe que je sais par coeur, comme certains poèmes de Umberto Saba ou Cavafy.Lapointe fait partie de la dizaine de poètes avec qui je vis.» Dans son essai, Robert Melançon, qui, on s’en souviendra, a été critique littéraire au DEVOIR, nous présente l’oeuvre du poète livre par livre.Il nous propose une lecture, « qui n’est certainement pas la seule qu’on puisse faire », ajoute-t-il, mais qu’on peut qualifier de généreuse et attentive à l’oeuvre.« La chose la plus importante qu’il faut noter, c’est l’extraordinaire exigence de lecture que cette oeuvre impose, note Melançon.Ce n’est pas une oeuvre difficile mais séduisante et en même temps exigeante.Elle appelle une réponse qui mobilise beaucoup la personne qui la Ut.« On peut dire que le texte de La-pointe est un texte de liberté.De vraie liberté.Ce qui implique qu’il est libre à l’égard de lui-même, qu’il ne s’encombre pas de sa propre image ni de celle que les autres peuvent avoir de lui.» Paul-Marie Lapointe entre donc dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » après quatre autres poètes québécois : Alain Grandbois, Saint-Denys-Garneau, Anne Hébert et Rina Lasnier.Le directeur de la collection chez Seghers, Bernard Del-vaille, aimerait y voir entrer bientôt Fernand Ouellette et Gaston Miron (qui a toujours refusé, prétextant son oeuvre trop mince).On pourrait aussi penser qu’un poète comme Michel Beaulieu aurait sa place dans ce panthéon de la poésie universelle.L’entrée de Paul-Marie Lapointe dans cette collection à large diffusion est, certes, un événement im- portant dans l’histoire de la littérature québécoise.Mais les lecteurs de l’essai de Robert Melançon remarqueront qu’à aucun moment dans le petit livre, ni par l’éditeur ni par l’essayiste, il n’est fait mention des origines québécoises de Lapointe.On présente plutôt sa poésie comme issue de la tradition lyrique française et « cependant américaine ».« Je n’ai pas présenté une seule fois Lapointe comme un “poète québécois” et c’est délibéré, me confie Robert Melançon.Car si je lis sur Jaccottet, par exemple, il ne m’intéresse pas de le voir présenté comme un Suisse.C’est son oeuvre qui m’importe.Paul-Marie Lapointe est un poète québécois, cela se lit, cela va de soi.» Mais alors, d’où vient Paul-Marie Lapointe, se demanderont sans doute ses nouveaux lecteurs de la francophonie.— De la poésie.Car c’est bien ce poète qui écrivait : « Nul amour n’a la terre qu’il embrasse/ et ses fleuves le fuient.» — Jean Royer ESSAIS £ ROMAN VÉCU D’UNE LE REEL ET LE THEATRAL ESSAI P* Le réel et le théâtral Nairn Kattan Pour Nairn Kattan, le théâtre leptesente le potn.de partage entre l’Orient et I Occident, théâtre dans le sens de mediation car selon lui le rapport que Occident établit avec le reel passe toujours par 'a médiation du théâtre 1295$ 192 pages GENERATION QU’ONSELEDISE Regie de I assurance automobile du Quebec xnxxmxx: ASSOCIATION DES ÉDITEURS CANADIENS DATE A RETENIR LE 21 NOVEMBRE 1987 LE BAL DES ÉDITEURS 29,95$ la mémoire et la promesse La mémoire et la promesse Nairn Kattan Suivant l’itinéraire biblique Nairn Kattan apprend que pas l’exil et que I oubli du ne promesse non accomplie, la perte d’une mémoire nous plonge dans reXil 12,95$ 160 pages le désir et le pouvoir Le désir et le pouvoir Naim Kattan Dans cet ouvrage, Nairn Kattan poursuit son mterrogation inquiété de nos vies et de notre nvilisation et nous incite a poursuivre le débat et la reflexion^ 198 pages 16,50$ mm NOUVEAU l! NAIM KATTAN Le repos et l’oubli Le repos et l’oubli Nairn Kattan Vient de paraître, ce livre de réflexion et d’interrogation sur les civilisations vécues ou observées par l’auteur 198 pages 16,50 IS1 hurtubise hmh 7360, boulevard Newman LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone (514) 364 0323 ftoUrin -Je commencent quinZe •g§5§C ponsa^ ' e piafier’ ceigne^ H donc*! ,in jeune ^'^piures.ep ,a"E X.9.95S îSgëÉï JS* Highsmitri.defeau-Narcejac; Patricia HJP des d’af^’ —nodZ°n rand rom e |'0n re- taussli passi0^ jent ^ Tiarl de hant Pue 0 r ips motifs e"saCnhS P|ÜSSUre-(Guy îjïâ»# Dlaën‘ ïsfgss- .-p |orsPue , m’a al!Ü gué mesU' juries^ ¦indoux noi traits dans élé d’autrefois, entourés et écoutés comme des oracles.Mais que deviennent, dans tout cela, la notoriété et les réussites du passé ?« Les plus hautes récompenses m’étaient périodiquement décernées, mais je ne sais comment, on s’arrangeait pour que les bénéfices de cette notoriété retombassent avec éclat sur d’autres dont la médiocrité n’avait pu les obtenir.» Est-ce une confession de l’écrivain déçu ?Le mérite de ces récits, écrits généralement à la première personne, réside dans le fait qu’ils dénoncent la condition commune à des multitudes et ne se limitent pas uniquement à une longue plainte de l’artiste.U n livre à lire, en somme, et cela d’autant plus que, depuis quelque temps, on assiste au Québec à un renouveau d’intérêt pour un genre littéraire qui consiste à présenter aux lecteurs un ensemble de textes très courts.La revue XYZ, entre autres, s’efforce de faire connaître ainsi au public plusieurs auteurs en suscitant leur collaboration à cette catégorie de volumes.À l’opposé, ce qu’on re- PHOTO JACQUES ROBERT/Denoël Louis Calaferte : Des récits qui ne se limitent pas à une longue plainte de l’artiste.tient à partir de l’exemple de Promenade dans un parc, c’est l’unité de ton qui, sous la plume de Calaferte, crée une poignante image de la crise des valeurs de notre époque, mais qui, traitée dans un style différent, pourrait facilement devenir artificielle et lassante.Un p’tit gars de Géorgie, Erskine Caldwell Photo CP Erskine Caldwell en 1975.GUY FERLAND « VOILÀ, ma journée est terminée, je suis au soir de ma vie.Dès le début, j’ai poursuivi un dessein : révéler à travers mon oeuvre romanesque l’esprit qui anime chacun, face aux joies ou aux chagrins de l’existence.» C'est sur ces mots que nous laissait Erskine Caldwell dans son autobiographie, La Force de vivre, parue à la fin de 1986 (voir notre recension de l’ouvrage dans LE PLAISIR DES LIVRES du 14 mars).Mission accomplie, aurait-on eu envie de dire à Erskine Caldwell, mort d’un cancer au poumon samedi dernier.Car toute son oeuvre est un témoignage âpre et révélateur de la pure existence des « petits Blancs » et des « pauvres nègres » du « Sud profond ».Le grand conteur et voyageur, dernier survivant des géants de la littérature américaine, a eu une existence bien remplie.Né le 17 décembre 1903 en Géorgie, Caldwell a promené sa silhouette dégingandée un peu partout aux États-Unis et voyagé aux quatre coins du monde.Il a été reporter en URSS, en 1941, pour le magazine Life et la radio CBS; il a été scénariste pendant cinq ans à Hollywood, et il a écrit des articles du Mexique et de la Tchécoslovaquie pour des journaux.Comme plusieurs écrivains américains, il a exercé tous les métiers avant de devenir romancier (marchand de peaux de lapin, ramasseur de coton, chauffeur, reporter sportif, joueur de football professionnel, garçon d’écurie, caissier, portier, garde du corps, rédacteur de notices nécrologiques, critique littéraire, etc.).Élevé avec les Noirs et les pauvres blancs dans le sud des États-Unis, c’est d’abord leur monde sordide de misérables qu’il va décrire dans The Bastard (1929) et Poor Fool (1930).Dans La Route du tabac et Le Petit Arpent du bon Dieu, ses deux chefs-d’oeuvre, Caldwell racontait, dans un langage cru, direct, simple et efficace, les difficiles conditions d’existence des métayers qui doivent attendre les ventes du tabac ou du coton pour acheter leur pain quotidien.Dans cet uni- vers de la nécessité, les hommes sont réduts à leur plus simple définition; les passions rudes, la faim, la sexualité, le lynchage et la violence gratuite se disputent le coeur et le ventre de ces misérables.La terre et la chair sont les seuls dieux dans ce pays de misère.Caldwell ne jugeait personne.Sa seule ambition était, nous dit-il dans ses mémoires, « de parler des dures conditions économiques et sociales des non-privilégiés, de façon à émouvoir le lecteur et à susciter peut-être en lui de la compassion à l’égard de ces créatures d’un monde sous-humain ».Son engagement social et politique ne dépassait pas cette tâche de reporter, répétait-il sans cesse.Dans un livre essentiel pour comprendre toute l’oeuvre de ce grand écrivain, Call it Experience (« Mais l’art est difficile »), il racontait sa dure percée au firmament des lettres américaines et donnait quelques conseils pratiques aux jeunes auteurs.Il se dégage de ce livre autobiographique que la plus grande qualité d’un écrivain, c’est sa persévé- Deux femmes et un Hollandais volant DEUX FEMMES Harry Mulish Actes Sud MONIQUE BOSCO ON NE ME l’aurait pas dit, prouvé noir sur blanc, jamais je n’aurais compris, par moi-même, qu'Alber-tine, une des plus séduisantes héroïnes de Proust, était un homme.Et, ma foi ! je continue à croire que mon « plaisir du texte » n’en aurait été ni troublé ni altéré, si j’avais continué à l’ignorer.Mais revenons-en à nos moutons de cette semaine.Connaissez-vous la littérature néerlandaise contemporaine ?Moi, non.J’ai donc été contente de recevoir, en service de presse, un roman de Harry Mulisch ui s’intitule Deux femmes.Il fut crit en mai-juin 1975, l’auteur nous le précise comme si le temps pris pour sa fabrication « faisait quelque chose à l’affaire ».Plus de 10 ans plus tard, traduit en français par Philippe Noble, le roman est publié aux éditions Actes Sud.Entre-temps, l’auteur a reçu le prix P.-C.-Hooft, « la plus haute distinction littéraire néerlandaise » et, comme l’indique le « prière d’insérer », deux de ses oeuvres, Deux femmes et L’Attentat, ont été portées à l’écran.L’épigraphe de ce livre, elle, nous indique clairement l’intention de son auteur, qui cite Sappho : « De nouveau mon coeur frémit sous Êros,/Comme les chênes des monts sous l’assaut du vent.» Deux femmes, donc.Une relation « duelle » s’instaure, qui tournera, comme il se doit, en triangle.Et qui finira dans le sang.Je ne vous en dirai pas plus.Je ne vous raconterai pas « l’histoire ».C’est contre mes principes.Disons que la trame est mélodramatique à souhait.Et c’est « bien ficelé en diable ».comme on l’aurait dit du temps d’Henri Bernstein ! Pas étonnant que le cinéma s’en soit emparé.Après tout, récemment, Resnais, lui aussi, a bien fait Mélo, sur un texte de Bernstein justement, et avec le succès que l’on sait.Deux femmes, donc, s’aimaient d’un amour tendre.Écrit par un homme, traduit par un autre, ce récit, néanmoins, n’emporte pas mon adhésion.En cette époque où les femmes sont plus plus ou moins forcées de « théoriser leur féminité », je m’étonne qu’un auteur se risque à nous décrire les amours de deux femmes avec des fantasmes aussi masculins, nourris de citations d’Os-car Wilde, de petits jeux scatologi-ques où l’on voit ces deux jeunes ^pouT le cioiie'- r 1 > À l’émission APOSTROPHE du 19 avril: • HISTOIRE DE L’ÉDITION FRANÇAISE en 4 volumes • TOUS LES LIVRES AU FORMAT DE POCHE 1987 • PRÉFACES et dans la collection “Histoire du Livre”: • LE LIVRE FRANÇAIS SOUS L’ANCIEN RÉGIME • HISTOIRE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES EN FRANCE DE LA RÉVOLUTION À 1939 • LE TRIOMPHE DU LIVRE Tous ces titres sont disponibles chez votre libraire et diffusés par les ÉDITIONS DU CERCLE DE LA LIBRAIRIE PROMODIS C.P.305, Saint-Lambert, J4P 3P8 Tél.: (514) 671-3888 .—.femmes, par exemple, passer la soirée à mesurer « queues et étrons ».Le dialogue, entre elles, n’est guère plus convaincant : « Tu vas avoir tes petits ennuis ?», demande Laura à Sylvia.Et la scène centrale, située dans un théâtre, à Amsterdam, nous décrit la première d’une pièce intitulée Amis d’Orphée, où auteur et critique dissertent sur les nécessités du travesti, depuis la plus haute antiquité.Moi, cela m’est égal.Je recommanderais même la lecture de l’oeuvre de Harry Mulish car il apporte la preuve, par l’absurde, qu’il y a bien une « écriture-femme ».Car, d’après moi, jamais deux femmes qui s’aiment, peintes par une autre femme, n’auraient utilisé semblable langage et images.Comme le disait jadis, familièrement, Colette au « petit Marcel » (et je la cite en traduction libre) : « Pour Sodome, vous êtes admirable.Pour Gomorrhe, par contre, vous repasserez.» Il y a donc bien eu erreur sur la personne, à la croisée des chemins, entre le côté de Guermantes et celui des jeunes filles en Heurs.?EN PRIMEUR The Blessed Ones, Ingmar Bergman Montréal: 23 avril 21h00 — Québec: 27 avril 21h30 7 P, cuis., S.de B., .À Saisir Agnès Varda Montréal: 24 avril 21h00 — Québec: 25 avril 19h00 Letters home Chantal Ackerman Montréal: 24 avril 21h00 — Québec: 2 mai 21h30 Folie ordinaire d’une fille de cham, Jean Rouch Montréal: 26 avril 19h00 — Québec: 28 avril 21h30 Info: Montréal: 598-7377 — Québec: 529-3775 &nw rance.Caldwell nous explique, en effet, comment il a réussi à faire publier une première nouvelle en envoyant deux nouvelles par semaine à un rédacteur d’une revue littéraire .Sa conception de la création littéraire était assez simple.Selon Caldwell, un roman ou une nouvelle doit avoir pour base une histoire imaginaire avec une intrigue qui tient le lecteur en haleine et une assez grande profondeur pour lui laisser une forte impression.En travaillant de neuf heures à cinq heures, six jours par semaine, 10 mois par année, et en réécrivant une douzaine de fois chacun de ses textes, Caldwell parvenait à ce résultat.Mais, depuis ses premiers livres, qui firent scandale entre 1930 et 1940, Caldwell était tombé dans un oubli relatif.La critique américaine boudait ses oeuvres ultérieures qu’elle jugeait répétitives et monotones.Caldwell ne semblait pas pouvoir se renouveler et son style ne correspondait plus au goût du jour.Son parti pris anti-intellectualiste lui a peut-etre joué un vilain tour, lui qui disait lire seulement six livres par année.Quoi qu’il en soit, les plus grands lui ont rendu hommage pendant sa vie, William Faulkner et Norman Mailer entre autres.Il était considéré, avec John Dos Passos, William Faulkner, Ernest Hemingway et John Steinbeck, comme un des cinq plus grands écrivains américains.Sa disparition laisse un grand vide sur l’« âge d’or » de la littérature américaine.Université de Montréal Pour comprendre le Québec d’aujourd'hui Une approche multidisciplinaire.Un vaste choix de cours.Une équipe exceptionnelle de professeurs et d’invités parmi les personnalités marquantes de notre milieu.Ce programme est destiné aussi bien aux adultes soucieux de comprendre leur milieu culturel qu’aux étudiants qui souhaiteraient inclure un mineur en Études québécoises dans leur plan de formation.?Veuillez m'expédier votre dépliant Nom/prénom Adresse Ville Code postal Retourner ce coupon à: Service des programmes facultaires Faculté des arts et des sciences Université de Montréal C.P 6128, succursale A Montréal (Québec) H3C 3J7 Renseignements Tél.: (514) 343-7327 Le Devoir, samedi 18 avril 1987 ¦ D-5 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISI LE PLAISI des] • i livres De terribles témoins à charge, les femmes des politiciens Quand elles regardent le fleuve, elles voient pourrir F Aile magne FEMMES DEVANT UN PAYSAGE FLUVIAL Heinrich Boll Le Seuil, 236 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN LE HASARD heureux s’appelle souvent, pour les chroniqueurs — les « littéraires » comme les autres - l’actualité toute bête.En même temps que j’ouvrais, l’autre semaine, Femmes devant un paysage fluvial, le dernier roman de Heinrich Bôll, le quotidien du matin m’apprenait que Willy Brandt le père de VOstpolitik, prix Nobel de la Paix en 1971, venait d’être « démissionné » par ses pairs, malgré 23 ans de loyaux services envers la social-démocratie ouest-allemande.Autre prix Nobel, de littérature cette fois et pour l’année 1972, l’écrivain, décédé en 1985, continuait, même dans ce tout dernier ouvrage, terminé quelques mois avant de mourir, de regarder avec lucidité, une ironie cruelle et désespérée sa patrie : l’Allemagne fédérale.Les femmes de ce roman vivent à Bonn, la capitale du pays mais que les habitants de Cologne continuent méchamment de surnommer « le vil- lage ».Elles sont compagnes, légitimes ou illégitimes, des hommes politiques au pouvoir, ou des éminences grises qui gravitent autour de l’appareil électoral.Quand elles regardent le fleuve, « derrière cette végétation typique des bords du Rhin, faite de bosquets et de buissons », Erike Wubler.Katharina Richter, Eva Plint ou Elisabeth Blaukrâmer savent qu’elles ne quitteront pas cet univers de brigue et d’intrigues, de compromissions, de bassesses, tout ce monde politique allemand qui leur fait pourtant horreur.Quand Ernst Grobsch, pour lequel elle a quitté Karl, son mari, lui déclare qu’il ne « quittera pas ce pays.Car cet État est celui qui m’a fait et je veux en être jusqu’à ce que ceux qui ne nous gouvernent pas ne puissent plus nous dominer », Eva Plint répond : « Je ne partirai pas, je reste ici.Ici près de toi.» La douzaine de chapitres qui composent ce curieux roman, en forme de dialogues, de « scènes » qui pourraient très bien se jouer au théâtre, sont de véritables charges vitrioli-ques contre l’Allemagne pourrissante, qui n’a pas encore exorcisé les vieux démons du nazisme, une Allemagne qui déborde de richesses mais que le romancier, sans illusion, considère dévorée de l’intérieur par les scandales personnels et collec- tifs, le népotisme de ses hommes publics et de ses fonctionnaires : bref, un pays qui ressemble sans doute à beaucoup d'autres États capitalistes, dans le monde, mais que Heinrich Bôll, catholique, voue aux gémonies parce qu’il continue de pécher contre la loi évangélique de l’amour du prochain.Ceux qui « pratiquent » l’auteur de Portrait de groupe avec dame, qui ont lu et vu au cinéma, grâce à Vol-ker Schlôndorff, L’Honneur perdu de Katharina Blum, retrouveront sans surprise un romancier extrêmement doué pour la critique sociale, mais qui n’a pas perdu pour autant les dons éminents qui font les romanciers.Femmes devant un paysage fluvial peut bien accumuler les conversations, les discussions sordides autour des tables, chargées de victuailles, encombrées de tout ce qui ajoute à la bonne chère et aux libations des riches Allemands de l’Ouest, qu’ils soient au gouvernement ou rêvent d’en être, c’est avant tout l’oeuvre d’un écrivain fort, original et constamment partagé entre son amour viscéral du pays et le désespoir, vers la fin de sa vie presque absolu, de ne pas le voir évoluer comme il le souhaitait, à la fin de la guerre.Ce désir profond d’amélioration du « paysage » politique de l’Allemagne fédérale, ce sont les fem- mes, dans les livres de Bôll, et ce dernier roman ne fait pas exception, qui l’expriment le mieux.Leur lucidité est sans faiblesse, encore que certaines d’entre elles succombent au désespoir, sombrent dans l’alcoolisme, la folie et — comme Elisabeth Blaukrâmer — trouvent un ultime refuge dans le suicide.C’est au chapitre 6, dans le long monologue d’Ernst Grobsch, racontant par le menu comment il a rédigé la brochure électorale d’un député qu’il méprise souverainement, du nom de Hans Günther Plukanski, que le romancier est le plus étonnamment efficace.Et qu’il transcende la petite histoire électorale d’une province ouest-allemande, au point que tous les « écrivains à gages » de nos hommes politiques à nous pourraient s’y reconnaître, y retrouver leurs humiliations et leurs abdications.Autre personnage symbolique, chez Heinrich Bôll : celui qui casse les pianos, qui « démonte de nuit les instruments et empile avec soin les morceaux devant la cheminée » de certains banquiers.Bonn, qui pourrait l’oublier ?c’est AUSSI la ville de Beethoven.Et même le cynique Grobsch ne peut que se le rappeler avec douleur : « Beethoven me fait toujours pleurer, confesse-t-il, je sais que c’est de mauvais goût.Je sais L’échelle de Jacob Comment faire de ï«à-venir» avec son passé.LA STATUE INTÉRIEURE François Jacob éditions Odile Jacob 1987, 357 pages HEINZ WEINMANN QUEL DÉSARROI pour celui qui, sa vie durant, inquiet, n’a cessé de scruter l’horizon en quête de nouveau, de devoir se dire : je suis arrivé au but, je peux me reposer sur mes lauriers.François Jacob est de ceux-là.Sans aucun doute, Jacob est arrivé en haut de l’échelle de sa spécialité, la biologie moléculaire.Ses travaux avec ceux de ses co équipiers, Monod et Lwoff, se sont mérité la plus haute distinction officielle, le prix Nobel.Il enseigne aux institutions les plus prestigieuses de France : à l’Institut Pasteur et au Collège de France.Il a publié deux livres qui lui ont valu l’estime des spécialistes et un relatif succès en librairie ( La Logique du vivant et Le Jeu des possibles).Sa vie d’homme de science ne lui pas fait négliger sa famille.Il a eu quatre enfants, dont Odile qui dirige les éditions Odile Jacob, spécialisées dans la vulgarisation scientifique de haut niveau (J.Ruffié, Le Sexe et la mort), ne crachant pas sur les sujets qui se vendent (É.Badinter, L’Un est l'autre).Ainsi, aujourd’hui elle édite son père.Tel père, telle fille : le succès attire le succès.Voilà que La Statue intérieure arrive premier parmi les best-sellers en France.Et François Jacob qui croyait qu’en tâtant de cette nouvelle activité d’écrivain, il commencerait au bas de l’échelle ! D’emblée, il se met en haut.Car La Statue intérieure est un chef-d’oeuvre qui n’a pas à rougir devant les chefs-d’oeuvre du genre : Les Confessions ou Si le grain ne meurt.Ce n’est pas peu dire.Homme de science, Jacob maîtrise la langue française dans tous ses registres avec un brio étonnant : avec le même bonheur, il passe du récit d’aventure aux modulations les plus nuancées des états d’âme, du roman de formation (Bildungsroman) au compte-rendu des expériences a l’Institut Pasteur.De ce fait, cette oeuvre démolit souverainement le mythe de l’homme de science et de l’homme de lettres associés comme l’aveugle et le paralytique : l’un étant l’estropié des lettres, l’autre des chiffres.Galilée déjà composait des poèmes.Oui, ce médecin, ce biologiste de la synthèse des protéines, mieux que certains écrivains, a compris l’enjeu profond de l’autobiographie : saisir dans une « seconde lecture » les événements et les états d’âme d’une vie irrémédiablement révolue.Comment la faire revivre par l’écriture sans lui enlever son chaos initial, ses hésitations, ses recommencements, ses aléas ?Comment ne pas laisser uniformiser en un seul personnage les différents moi qui se sont succédé depuis la petite enfance ?La Statue intérieure n’est pas de marbre, elle s’anime parce qu’elle engage un dialogue vibrant entre le sujet présent et ses avatars passés en tentant désespérément de mettre à l’abri de l’oubli les angoisses, les joies, les passions du passé.Et puis il y a l’histoire de cette vie qui a l’allure d’un roman.Ce juif français qui aurait pu poursuivre une carrière normale, devenir chirurgien comme il le désirait, si la guerre et l’horreur nazie n’avaient pas brisé tous ses projets.Pourtant, le ciel s’est vidé tôt, au moment de la « bar-mitzvah ».Un jour, le père découvre François dans les toilettes en train de lire la Bible.Lèse-Bible.Il reçoit une taloche.Depuis ce jour, il n’ouvre plus jamais les Écritures.Les seuls commandements auxquels il obéira dorénavant seront ceux énoncés par la Nature, une fois qu’il sera engagé dans la recherche scientifique.Mais nous n’en sommes pas encore là ! Sans avoir terminé ses études en médecine, le jeune homme quitte Paris au moment où les Allemands y mettent la botte.Ne se faisant pas d’illusions sur la visée ultime des nazis, François Jacob opte pour la lutte armée.Il s’engage dans les forces de la France libre en Angleterre.Dakar, Tchad, Tunisie.Il est mortellement blessé en France au moment où les troupes alliées libèrent Paris.Lui qui, pendant quatre ans, avait rêvé de l’entrée triomphale à Paris ! La vie continue.La patrie reconnaissante ?Elle ne fait pas de cadeaux à ceux qui se sont sacrifiés pour elle.Finie la chirurgie ! L’université ?Elle n’a que faire d’un « irrégulier » qui a interrompu ses études.Pendant cinq ans, l’auteur est paumé, sans travail, sans perspective d’avenir.Enfin, une planche de salut ! L’Institut Pasteur.L’esprit de son fondateur y souffle encore.Un vrai bouillon de culture ! Les idées y précèdent souvent les fonds de recherche.Des laboratoires ?Point.Tout se passait dans le grenier, avec une seule table pour faire les expériences sur les virus et pour casser la croûte à midi.Une seule idée fondamentale hantait les trois mousquetaires de l’institut, Monod, Lwoff et Jacob : ce qui est vrai pour le colibacille l’est aussi pour l’éléphant.La même structure, la même logique est à la base de tout vivant.À l’époque, c’était loin d’être évident.Le seul sentiment qu’inspiraient les virus aux hommes de science, c’était la peur.Et puis quel extraordinaire objet que ces virus pour l’étude de la génétique ! On tire profit de leur prodigieuse vitesse de prolifération : sept générations en 20 minutes.Le matin, les résultats de l’expérience de la veille sont prêts.François J a- /'/^y/
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