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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1987-05-30, Collections de BAnQ.

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Au XIXe siècle dans La Petite Revue de philosophie/D-7 O Néoconsenatisme et restructuration de l'État, sous la direction de Lizette Jalbert et Laurent Lepage/D-7 ?Close to the Charisma.My Years between the Press and Pierre Elliot Trudeau, de Patrick Gossage/D-7 ?Le Mystère Waldheim, de Bernard Cohen et Luc Rosenweig/D-7 ?Les textes d’un colloque consacré à Louis Hémon, à l’Université de Bretagne/D-8 Montréal, samedi 30 mai 1987 LE PLAISIR ripe vres Andrée Ferretti Renaissance en Paganie Ulysse fait toujours un beau voyage le nom du grand voyageur.Mais Ulysse n’aurait jamais revu les berges d’Ithaque s’il avait eu tous les guides et toutes les cartes routières de la librairie.Il serait probablement toujours par monts et par vaux, à l’affût d’une nouvelle destination.Un jour de 1979, quatre copains, deux hommes et deux femmes de Montréal, sont aussi partis vers d’autres rivages.Avec, en poche, un billet ouvert pour faire le tour du monde, ils se retrouvent en Asie.Sachant qu’à Montréal, il y a peu de guides de voyages sur ce continent, ils s’informent, prennent contact avec des éditeurs de Singapour.Revenus au pays natal, ils n’ont rien perdu de leur esprit d’aventure et décident de lancer une entreprise pour des voyageurs qui leur ressemblent; la librairie Ulysse est née.Nous sommes en 1980.Pendant six ans, elle reste la seule librairie spécialisée dans le voyage, rue Saint-Denis.En juillet 1986, sa soeur cadette installe ses pénates avenue du Président-Kennedy : « Nous voulions rejoindre encore plus de voyageurs et surtout la clientèle anglophone qui n’avait à sa disposition que des librairies générales », précise M.Pomerleau.Des quatre copains ingénieurs du début, deux sont restés et ce jeune cadre de 24 ans les a rejoints en 1984.C’est d’ailleurs lui qui, aujourd’hui, dirige de main de maître une entreprise qu’il qualifie aisément dë prestigieuse.Après tout, Ulysse, avec sa succursale, est la seule librairie spécialisée dans le voyage à Montréal et au Québec, parmi la soixantaine d’autres dispersées au Canada et aux États-Unis.Gérald Pomerleau a la bosse du commerce et l’amour des voyages.Il fait profiter son entreprise d’une formation en administration, spécialisation tourisme.Son premier grand périple, c’est en U RSS qu’il le fait, à l’âge de 14 ans, avec ses copains de hockey.Mais il y a d’autres voyages, en Europe et aux États-Unis.« J’ai toujours été dans mes valises, ajoute-t-il, rayonnant.Aux personnes qui me disent que j’ai de la chance de faire ce métier-là, je réponds que je ne voyage pas beaucoup mais tout simplement pas assez.» À la librairie Ulysse, m’apprend-il, on bouquine beaucoup et on s’informe sur la destination de son choix ; « Nombreuses sont les personnes qui viennent chez nous et qui, curieusement, ne fréquentent jamais une librairie.Elles se trahissent quand on leur annonce le prix d’un guide.Pour elles, $ 25 est un prix fa-ramineux.» Il poursuit : « Il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas les guides et qui ont besoin d’aide.S’ils ne peuvent la trouver auprès de notre personnel, qu’à cela ne tienne, ils la trouvent auprès d’un client.Les samedis, c’est, me dit-on, une véritable cacophonie, très sympathique et peu courante dans les autres librairies.Au cours de ses premières années d’existence, la librairie Ulysse était réservée aux intellectuels d’un certain milieu social, hommes et femmes d’affaires relativement aisés.Peu à peu, les étudiants sont venus les rejoindre.En effet, il y a à peine cinq ans, l’étudiant partait « rien dans les mains, rien dans les poches », mais aujourd’hui, il s’informe et prépare son voyage.La librairie est ainsi présente dans la section voyages de l’Université du Québec à Montréal, de l’université McGill et de Concordia.À ces deux types de clientèle s’ajoutent tous ceux qui ne voyagent que par les livres, comme cet éternel voyageur du comté de Richelieu qui n’a jamais manqué son rendez-vous du samedi matin.Cette histoire d’amour et de voyage dure, de l’avis de M.Pomerleau, depuis sept ans.Des guides comme bibles Lorsque le père des guides, Karl Baedeker, éditait au 19e siècle ses premiers ouvrages, il pensait aux militaires de l’armée allemande qui partaient en mission commandée.Il voulait pour eux un guide à la fois pratique et culturel qui les initierait, s’ils en avaient le temps, au charme du pays « visité ».L’idée a fait son chemin et, croit-on, même Michelin s’en serait inspiré.Il y a à peine 10 ans, les éditeurs publiaient encore un guide par pays.Mais si les monuments historiques et les plages sont immuables, le prix des hôtels, des restaurants, les droits d’entrée dans certains sites touristiques changent très vite.D’où la nécessité d’une division guide pratique / guide culturel avec, dans le premier cas, une révision chaque année, et, bien sûr, des orientations différentes selon les budgets.C’est ainsi qu’on trouve un Let's go ou un Frommer américains, un Routard français pour voyageurs en sac à dos, un Fodor pour amateurs de bonne chère et d’hôtels bon-chic-bon-genre, un Michelin rouge pour qui voyage en voiture.Pour plaire aux voyageurs qui auraient envie de sortir des sentiers battus, les éditeurs se sont lancés dans les guides thématiques, spécialisés dans le cyclisme, la randonnée pédestre, les balades sur les canaux ou les plages nudistes.Ainsi, aux éditions Autrement, on a sorti le Parisen marche, guide selon les humeurs et, chez M.A.Poches, le Paris-rendez-vous, le Paris-jardins et 52 Week-Ends autour de Paris.Mieux, un Américain du nom de Manston est allé fureter dans les marchés aux puces d’Europe.On attend « le nouveau-né » avec impatience chez Ulysse.Aux côtés de ces guides fantaisistes, les guides culturels affichent leur sévérité scolastique proverbiale : le Guide bleu Hachette, indétrônable, le Michelin vert, le Baedeker (toujours là) et les AP A Insight Guides, très prisés des anglophones.« À vrai dire, reconnaît M.Pomerleau, pour bien préparer un voyage, il faudrait avoir les deux types de guides, un pratique et un culturel, dans ses bagages.Car rares sont les éditeurs qui excellent dans les deux.Côté cartes routières,' les Michelin, ÎGN (Institut géographique national), les Bartholomew britanniques et les Hilderbrand allemands ne se lassent pas d'être mille fois pliés et dépliés.« Attention à Michelin, qui sème, au hasard des chemins, ses usines et ses garages de pneus », ironise le libraire.Aux côtes des guides et cartes racoleurs, les livres d’art avec photographies artistiques sur papier glacé s’enferment dans un mutisme jaloux.Ils ne parlent qu’à ceux qui veulent en découvrir les richesses, avant ou après un voyage.Selon M.Pomerleau, les plus gros éditeurs sont lés Français, les Américains et les Britanniques mais, dans la librairie, ce sonl les guides sur la France et sur les États-Unis qui tiennent le haut du pavé.Viennent ensuite les guides sur l’Europe, l’Asie, le Mexique et les Antilles, soit, au total, 60 % de livres en français contre 40% en anglais, rue Saint-Denis.La proportion est, sur l'avenue du Président-Kennedy, de 50-50.« Si, le plus souvent, les guides se ressem blent, estime mon interlocuteur, il suffit de jeter un coup d’oeil sur le contenu pour s’apercevoir que le point de vue des auteurs, lui, diffère.Les Québécois se tourneront plus facilement vers un Let’s go américain qu'un Routard français.» Le premier, en effet, semble avoir un humour moins corrosif que le deuxième auquel on reproche parfois son indélicatesse.Autre inconvénient pour lé Québécois : il est impossible de mettre la main sur un guide-en français faisant le tour de trois ou quatre pays d’Europe en même temps.La raison ?N’importe quel éditeur français vous la donnera : mettre la France, le Portugal et l’Allemagne dans le même sac est pure aberration.Le Québécois ira, en désespoir de cause, vers un guide américain à la vision plus globale.Et les éditions québécoises ?Les maisons d’édition québécoises spécialisées dans le voyage Suite à la page D-8 FRANCE LAFUSTE collaboration spéciale SI ULYSSE s’était fié à un guide de voyages plutôt qu’aux dieux et aux vents, il aurait retrouvé Pénélope beaucoup plus vite ».Voilà la réflexion savoureuse que me livrait tout récemment Gérald Pomerleau, vice-président de cette librairie montréalaise qui porte GÉRALD POMERLEAU vice-président de la librairie Ulysse : « J’ai toujours été dans mes valises.» Photo Louise Lemieux Françoise Dolto, une vieille dame qui n’a jamais déserté son enfance À 78 ans, elle ne cesse de s’étonner.Et d’étonner les autres RENÉE ROWAN DEPUIS son entrée au pan théon d’Apostrophes, le public aussi bien français que québécois se nourrit des paroles de Françoise Dolto.Tous et chacun veulent savoir ce que la célèbre mamma de la psychanalyse pense des enfants adoptés, de l’enfant pervers, des parents délinquants, de la famille reconstituée.On l’interroge sur tout ce qui touche aux relations parents-enfants.Elle a enregistré, à Paris, une vidéo qui a lancé, au début de mai, le congrès de l’Association d’éducation préscolaire du Québec.Elle participait, cette semaine, au congrès annuel de la Corporation professionnelle des psychologues du Québec, au Château Frontenac.Ses propos sont simples, directs.Tantôt audacieuse et novatrice, parfois conservatrice, elle ne laisse personne indifférent.Chacune de ses interventions publiques est un événement.LE DEVOIR n’a pas échappé à la fascination du « cas Dolto », de cette belle dame de 78 ans qui conserve, intacte, « cette faculté d’étonnement, cette faculté de surprise, de réflexion » qui est, depuis toujours, sienne.« J’ai passé ma vie à m’étonner », dit-elle.Et à étonner les autres, pourrait-on ajouter.Françoise Dolto a pris sa retraite de praticienne de la médecine en 1979.Mais, comme elle le dit si bien, elle a fait beaucoup d’autres choses depuis.En plus de poursuivre ses recherches, elle a fondé la Maison verte, un lieu de prévention où les thérapeutes accueillent parents, enfants et femmes enceintes.Elle s’est fait connaître du public par ses nombreuses émissions sur France-Inter où, pendant des années, cette pionnière de l’analyse a répondu, d’une voix rassurante, aux questions de parents déroutés par révolution de leurs enfants.Et elle écrit toujours.Fin un an, elle a publié, coup sur coup, trois livres : Solitude (éditions Vertiges), Enfances (Seuil) et Dialogues québécois (Seuil), qui sort tout juste des presses.À la demande de sa fille Catherine qui voulait garder des souvenirs de cette « drôle de mère », elle a accepté de se mettre à nu dans un texte extraordinaire de franchise intitulé « Les yeux ronds» (Enfances) où elle raconte sa perplexité d’enfant devant le monde des adultes et comment elle s’est constituée telle qu’elle est.La psychanalyste sait parler d’elle comme elle sait parler des autres.Je l'ai rencontrée dans un salon cossu de Mont-Royal alors qu’elle venait de se livrer pendant une heure, sous les feux des réflecteurs, au jeu de la question.Elle était encore pleinement disponible, chaleureuse, prête à se répéter pour les lecteurs du DEVOIR.Q.- Vous avez été marquée par la mort de votre soeur, par la souffrance de votre mère, « devenue dingue dans sa douleur ».Si cela n’était pas arrivé, seriez-vous aujourd’hui Françoise Dolto ?F.D.- Certainement pas.Je ne crois pas que je serais devenue psychanalyste s’il n’y avait pas eu cette mort et la souffrance de mes parents qui a causé un grand problème aux six enfants que nous restions.Nous a vons tous été très touchés.La maison auparavant était une maison très, très gaie.On riait beaucoup, mes parents a vaient toujours des histoires à raconter, il y avait souvent des invités à table.Et on faisait beaucoup de musique d’ensemble.Q.- Vous jouiez vous-même d’un instrument ?F.D.- Toute mon enfance, j’ai fait de la musique.Du piano d’abord.Ma soeur faisait du violon, mon frère aîné, Pierre, du violoncelle, et l’autre frère, Jean, de la flûte traversière.Quand ma soeur est morte, j'avais 12 ans.Pour continuer à faire de la musique d’ensemble, ma mère m’a demandé si je ne voulais pas prendre le violon.C’est ce que j’ai fait et ça m’a beaucoup intéressée.Quand j’ai entrepris mes études de médecine, j’ai arrêté le violon, d’abord parce que je ne jouais pas de manière à me satisfaire, moi, en solo.Le violon doit être joué parfaitement pour prendre du plaisir à jouer seul.Tandis que, dans la musique d'ensemble, chacun joue son rôle et ça donne une musique collective.Q.- Et pourtant, vous recherchez la solitude ?• F.D.- La solitude existe pour chacun de nous.C’est spécial à l’être humain, je crois.La solitude est à la fois necessaire et stimulante.Elle permet de décanter les choses essentielles et, en même temps, l’esseu-lemenl peut être une souffrance.La solitude, méditative et de réflexion, est indispensable.J’ai écrit sur la solitude parce que je crois que ce sont des moments forts, des moments de silence intérieur.Q.- Vous avez su toute jeune qu’un jour vous seriez médecin ?F.D.- Oui, à sept ans.J’étais décidée à devenir pédiatre sans en connaître le mot.Ça, c’était les suites de la guerre de 1914 et de la grippe espagnole qui a suivi.Ç’a été une heca- Photo Jacques Grenier FRANÇOISE DOLTO : « La solitude, méditative et de réflexion, est indispensable.» tombe autour de nous.Pour moi, il me semblait que la médecine, ça faisait partie de ce qu’il fallait faire, il fallait s’y consacrer.Et surtout, pour moi, la médecine des petits enfants.Q.- Cette passion des enfants vous vient-elle du fait que vous avez été élevée au sein d’une grande famille ?F.D.- Comment voulez-vous que je le sache ?C’est impossible de vous ré pondre.Peut-être que j’aurais été élevée sans ma famille, avec la typologie qui était la mienne du fait génétique, que je serais devenue tout de même quelqu’un d’observateur des individus en état de croissance.Je ne sais pas.C’est vrai que j’était très attentive aux associations d’idées qui faisaient que la conversation avançait pendant les repas et ça, grâce au fait que nous, les enfants, nous n ’a vions pas le droit de parole.Si nous avions eu le droit de parler, sans doute je n’aurais jamais été si observatrice.On ne peut absolument pas séparer la façon dont quelqu’un a été élevé de ce qu’il est devenu.Nous sommes le résultat de notre histoire.Q.- Mais alors, les parents ont une énorme responsabilité qui peut leur peser lourd à certains moments?F.D.- Mais pourquoi ?L’enfant survit.Les parents ont la responsabibté, ils n ’ont pas de culpabilité, surtout pas de culpabilité de ce qu’ils sont puisque leur enfant, lui, de tout ce qui se passe, fait son bonheur.S’il y a une relative stérilisation qui fait des conflits dont il se sent coupable, c’est là que notre époque a trouvé le tra vail de la psychanalyse.Il est certain que sans la psychanalyse, je ne serais pas devenue ce que vous dites être Françoise Dolto maintenant.Certainement, j’aurais eu une névrose comme celle de ma mère.Une névrose rétro et conservatrice du passé, une culpabilité de ne pas rester rétro au lieu d’être deplain-pied avec le nouveau.J’ai été psychanalysée pour des Suite à la page D-8 D-2 ¦ Le Devoir, samedi 30 mai 1987 LE PLAISIR ///a-LE PLAISIR ; LE PLAISIR LE PLAISIR 'LE PLAISIR es J • livres LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER Plus de 25 titres de poésie en un m0,SN’EN DOUTEZ pas : la poésie québécoise est bien vivante.On pourrait même rebaptiser le mois de mai « mois de la poésie ».En effet, les principaux éditeurs nous présentent leur production récente en un seul bloc.Sauf les éditions de l’Hexagone, qui échelonnent leur production durant l’année (Alain Doric a déjà publié Michel van Schendel, Gérald Gaudet, Luc Lecompte, Fernand Ouellette, Guy Gervais et d’autres), les éditeurs de poésie fournissent deux sprints, celui de l’automne et celui du printemps.Ce qui crée des bouchons aux carrefours : chez les libraires et les critiques.Aux Écrits des Forges, Louise Blouin et Bernard Pozier ont lancé sept ou huit recueils, dont ceux de Yves Préfontaine, Marcel Olscamp, Côme Lachapelle, Pierre Châtillon, Michaël Delisle (qui vient de publier deux autres titres à la NBJ et a Lèvres urbaines) et des Français Eugène Guillevic, Frank Venaille et Patrice Delbourg.À cette production s’ajoute un essai important de Claude Beausoleil inhtitulé Extase et Déchirure.Chez VLB éditeur, Jacques Lanctôt lançait, dimanche, pas moins de cinq livres de poésie, soit des poèmes de Michel Albert, des récits d’Elise Turcotte et Paul Chamberland, un important recueil d’Antonio D’Alfonso (L’Autre Rivage) et un nouveau livre de Philippe Haeck (L’Atelier du matin).Aux éditions Triptyque, on lançait aussi, cette semaine, des recueils de Jean Chapdelaine Gagnon, Joël Pourbaix, Raymond Martin et Anthony Phelps ( Orchidée nègre, prix Casa de las Americas), en plus d’un récit de Michel Clément.Enfin, aux éditions du Noroît, c’est mercredi prochain, le 3 juin, qu’on lance pas moins de neuf titres, dont ceux de Denise Desautels (avec des dessins de Francine Simonin), Serge Legagneur (une réédition), Claudine Bertrand, Louise Cotnoir, Pierre Laberge, Louise Larose, Paul Savoie, Robert Yergeau et un nouveau Lucien Francoeur (Si Rimbaud pouvait me Ure).Tous ces livres nous donnent à voir que la poésie de 1987 se fait tour à tour récit ou journal intime et parfois poème.Je n’ai pas pris connaissance de toute la production mais, à première vue, je suis porté à vous recommander la lecture des livres de Beausoleil, Préfontaine, Patrice Delbourg, Michaël Delisle, Chamberland, D’Alfonso, Philippe Haeck, Raymond Martin, Jean Chapdelaine Gagnon, Pierre Laberge, Robert Yergeau et Lucien Francoeur.De toute façon, nous tâcherons de rendre compte des recueils les plus intéressants d’ici quelques semaines dans LE PLAISIR DES LIVRES.Le Festival d’art engagé de Montréal PARMI les 150 artistes qui participeront au Festival d’art engagé de Montréal, du vendredi 5 au dimanche 7 juin, dans le voisinage de la librairie Alternative (2035, boulevard Saint-Laurent), on comptera près d’une trentaine de poètes de langues française, anglaise, espagnole, italienne et créole.On entendra, entre autres : Louky Bersianik, Paul Chamberland, Miriam Anouk, Janou Saint-Denis, Antonio D’Alfonso, Catherine Larivain, Fulvio Caccia et Madeleine Begon.Des artistes de toutes disciplines, y comprix le théâtre, la musique et la danse, participeront à l’événement qui sera constitué d’un spectacle continu et gratuit en plein air, sur la rue Saint-Laurent, de midi à 22 h, les 6 et 7 juin.Succès d’Alice Parizeau LE SUCCÈS d’Alice Parizeau, Les Lilas fleurissent à Varsovie, sera bientôt traduit en néerlandais aux éditions Vitgeverij Kadmosd’Utrecht.Suivra une traduction en langue espagnole qui paraîtra à Buenos Aires.Ce livr e, qui a mérité le Prix européen des écrivains de langue française, a aussi été édité en édition reliée et en poche à New York.Gratien Gélinas chez Leméac DEPUIS son arrivée chez Leméac, le nouveau directeur littéraire Pierre Filion agrandit le catalogue.Quelques écrivains vont rejoindre les éditions Leméac cet automne.M.Filion nous annonce déjà que le dramaturge Gratien Gélinas a choisi Leméac pour la réédition de son oeuvre, qui comprend principalement Ti-Coq, Bousille et les justes, Les Fridolinades et La Passion de Narcisse Mondou.Un prix pour Claire Dé L’ÉCRIVAIN Claire Dé, de Montréal, a remporté le premier prix de la revue française N comme nouvelles, qui tenait cette année son concours sur le thème « Un crime parfait ».Claire Dé avait soumis une nouvelle intitulée « Un appartement tout confort ».Au sujet de la nouvelle APRÈS le magazine Nuit blanche, c’est au tour de Québec français de proposer, dans son numéro de mai, un dossier sur la nouvelle.Des textes de Michel Lord et André Carpentier, une bibliographie ainsi que des témoignages d’auteurs complètent le dossier.Photo Jacques Grenier PAUL CHAMBERLAND publie des récits chez VLB éditeur.Le prix John-Glassco LE PRIX de l’Association des traducteurs littéraires est allé à Liedewij Hawke pour Hopes and Dreams : The Diary oh Henriette Dessaules, 1874-1881 (Hounslow Press).Le prix John-Glassco est décerné annuellement.Le concours Lurelu LE CONCOURS de la revue Lurelu est ouvert à tous les gens de plus de 18 ans qui n’ont jamais publié de livre.Il s’agit de soumettre en trois exemplaires un conte pour enfants de cinq à 10 ans ou une nouvelle pour adolescents de 10 à 14 ans.Le texte doit avoir de trois à 12 pages dactylographiées à double interligne.Faire parvenir son texte à Lurelu, C.p.8, Saint-Jérôme, J7Y 5T7.Les trois meilleurs textes seront publiés dans Lurelu.Chacun des auteurs primés recevra un prix de $ 100.LES ONDES LITTÉRAIRES À la télévision de Radio-Canada, dimanche à 13 h, l'invité de Marcel Brisebois à Rencontres est Patrick Gormally, professeur de littérature à Dublin et grand ami des lettres québécoises.Au réseau de Télé-Métropole, dimanche entre midi et 14 h, Reine Malo propose, à Bon Dimanche, la chronique des livres par Christiane Cha-rette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À CIBL-FM (104,5), dimanche à 19 h, Yves Boisvert lit des pages de François Charron à son émission Textes.Au réseau Quatre Saisons, dimanche à 22 h, Les Dimanches de Clémence délaisse le monde des livres pour celui de la chanson, avec Georges-Hébert Germain, Luc Plamondon, Mouffe, Jim Corcoran et Michel Rivard.À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h 30, Apostrophes a pour thème la collaboration en France occupée, avec des livres sur Pétain, Laval et Brasillach.Bernard Pivot reçoit Fred Kupferman, Anne Brassie, Marc Ferro, Gilles Perrault et Pierre Sipriot.(Reprise le dimanche suivant à 14 h 30.) À Radio-Canada à 23 h, Francine Marchand et Daniel Pinard animent le magazine culturel La Grande Visite.Au réseau de Radio-Québec, à l’émission Télé-Services, à 18 h 30, Louise Faure reçoit un écrivain par semaine.À la radio FM de Radio-Canada, lundi à 16 h 30, Jacqwues Folch-Ribas présente « L’érotisme au féminin », avec Nicole Brossard et Marie Cardinal.Réalisation de Jean-Guy Pilon.Au réseau Vidéotron (câble 9), lundi à 21 h 30, Écriture d'ici, animée par Christine Champagne et Marcel Rivard, reçoit Yvon Paré (Les Oiseaux de glace, Québec/Amérique).L’émission est reprise le mardi à 13 h 30, le samedi à 13 h 30 et le dimanche à 10 h 30.À la radio AM de Radio-Canada, tous les jours de la semaine à 13 h, Suzanne Giguère et Louise Saint-Pierre parlent littérature et théâtre aux Belles Heures.À la radio MF de Radio-Canada, du lundi au jeudi à 16 h, Gilles Archambault présente le magazine d’actualités littéraires Libre Parcours.À la radio MF de Radio-Canada, mardi à 21 h 30, Réjane Bougé anime En toutes lettres, le magazine d’actualité de la littérature québécoise, réalisé par Raymond Fafard.Photo Jean-Pierre Roy Demain soir, aux Dimanches de Clémence, à Quatre Saisons : de gauche à droite : Georges-Hébert Germain, Luc Plamondon, l’animatrice Clémence Desrochers, Jim Corcoran, Mouffe et Michel Rivard.DANS LES POCHES GUY FERLAND JEAN ÉTHIER-BLAIS, Dictionnaire de moi-même, Leméac, coll.« poche/littérature », 197 pages.« Le paysage intérieur a, lui aussi, sa luminosité.» Et ce qui éclaire l’intériorité de Jean Éthier-Blais, c’est la littérature.Car, en se définissant lui-même, ce qu’il nous montre, c’est son amour des mots.Des mots remplis d’expériences, pleins de vie, qui mettent en lumière une pensée riche et subtile.?JACQUES POULIN, Mon cheval pour un royaume, Leméac, coll.« poche/littérature », 190 pages.Ce texte, paru il y a 20 ans, n’a pas vieilli.Bien que le nationalisme révolutionnaire québécois soit dépassé, le désir d’inventer un pays à travers la littérature et l’amour persiste plus que jamais.Le désespoir et le désabusement des jeunes prennent une résonance plus forte encore aujourd’hui.Poulin avait touché juste avec ce premier roman.?MARCEL PROUST, Sur Baudelaire, Flaubert et Morand, éditions Complexe, coll.« Le Regard littéraire », n° 9, préface d’Antoine Compagnon, 232 pages.Proust critique.Proust lecteur.Proust écrivain.Ça ne fait qu’un.Ces textes de circonstances, JACQUES POULIN Mon cheval pour un royaume Proust est son art même.C’est ce qu’on peut vérifier dans le texte « Sur la lecture », qui précède la traduction de Proust du Sésame et les lys de John Ruskin, publié dans la même collection.?MARC FERRO, L’Histoire sous surveillance, Folio/histoire, n” 19, 252 pages.Codirecteur (avec J.Le Goff et E.Le Roy Ladurie) d’Annales, spécialiste de la révolution de 1917, Ferro examine les procédures de l’analyse historique et les voies qui permettent à l’historien de se rendre autonome par rapport à la société.?MOSHÉ GAASH, Comment faire son alyah en 20 leçons, Points/virgule, inédit, n° V53,165 pages.Ce livre sur un voyage en Terre promise illustre, de façon humoristique, la montée en Israël d’un médecin parisien.?LE REGARD LITTERAIRE MARCEL PROUST Sur Baudelaire, Flaubert et Morand PREFACE 0 ANTOINE COMPAGNON (•B EDITIONS 'flCOMPUXEE1 Sigmund Freud présenté par lui-même, Folio/essais, n° 54,143 pages.Cette nouvelle traduction de Fernand Cambon est essentielle pour comprendre comment s’imbrique la vie de Freud avec la psychanalyse.Un post-scriptum inédit en français complète le volume.?SIMONE DE BEAUVOIR, La Cérémonie des adieux, suivi de Entre- LE REGARD LITTERAIRE JOHN RUSKIN MARCEL PROUST Sésame et les Lys 3, l’im'Hlé s'le et les «pseno imP01 riants- En nlibraifie ,99.' 00$ I D-4 ¦ Le Devoir, samedi 30 mai 1987 LE PLAISIR ,]pc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es] • livres Le chef de « Solidamosc » se raconte L ’histoire d’une enfance et d’un mouvement social UN CHEMIN D’ESPOIR Lech Walesa Fayard, 1987, 604 pages LETTRES^ ETRANGERES ALICE PARIZEAU IL Y A des volumes qu’il suffit de feuilleter et d’autres qu’il faut lire, méditer et qu’on ne peut oublier parce qu’ils apportent un éclairage et une vérité universels.L’autobiographie de Lech Walesa, Un chemin d’espoir, publiée aux éditions Fayard, appartient à ceux-là.C’est plus que le message d’un homme qui avait réussi à regrouper, dans une situation où le pouvoir exerçait des pressions officielles et occultes, 10 millions d’adhérants ! C’est la démonstration que les valeurs humaines fondamentales peuvent se mani- LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND THÉÂTRE Marie Laberge, Le Night Cap Bar, VLB éditeur, 176 pages.CETTE PIÈCE est un thriller québécois bien rodé.Le montage — plusieurs versions du même incident — permet de mêler les cartes d’une histoire somme toute assez sordide.L’auteur a voulu brosser un tableau de la dépravation des bars et montrer les mauvaises conséquences de l’abus de l’alcool et des drogues.HISTOIRE Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France.François 1er, les Valois, tome 4, éditions Pygmalion/Gérard Watelet, 321 pages.À CH EVAL entre le Moyen Âge et la Renaissance, le roi-chevalier François 1er était écartelé entre des valeurs opposées.C’est ce que nous explique Georges Bordonove, lauréat de l’Académie française, dans ce quatrième volume de son épopée de l’histoire des Valois.CHER VOLTAIRE i'.m&pmtimû' de Madame du Deffand Vhitaire bx&m tepm-i&k Viem b Laberge Sight Sap Bar vlb éditeur 4 V' W1 dmkmmes MYTHE Edmond Dupland, Vïe et mort de Louis XVII, Olivier Orban, 384 pages.LE ROI est mort, vive le roi ! On n’a pas entendu ce cri dans les rues de Paris au lendemain de la mort de Louis XVI, peu s’en faut.Mais qu’a-t-on fait de Louis XVII ?Est-il mort dans un cachot en 1795 ?Les rumeurs les plus folles ont cours encore aujourd’hui à ce sujet.C’est pour mettre un terme à ces qu’en-dira-t-on qu’Edmond Dupland a retracé les derniers moments, avec force documents, de la vie de Louis XVII.PORTRAIT André Lefebvre, Marie-Victorin, le poète éducateur.Guérin/littérature, 203 pages.POUR COMMÉMORER le 20e anniversaire de la faculté des sciences de l’éducation (1985), on avait commandé un article sur le frère Marie-Victorin à André Lefebvre.L’article est devenu un volume fort respectable qui brosse un portrait, non seulement de la contribution éducative de Louis-Conrad Kirouac, mais de toute l’époque d’avant la Révolution tranquille, qu’on ou-bbe trop vite malheureusement.CORRESPONDANCE Cher Voltaire.La correspondance de madame du Deffand avec Voltaire, une édition d’Isabelle et Jean-Louis Vissière, Des femmes, 575 pages.CETTE CORRESPONDANCE comprend les lettres écrites de 1759 à 1778 entre les deux amis de toujours.C’est donc dire que la marquise du Deffand et Voltaire avaient déjà passé la soixantaine.Ils regardent le monde de haut, même si Voltaire se considère comme un homme fini.On découvre, à travers ces lettres, .e Marie de Vichy-Chamrond des plus perspicaces.DÉFI Claude Boivert, Denys Chabot, Jean Ferguson, Raymond Godard, Margot Lemire et Daniel Saint-Germain, Le Relais abitibien, éditions Meera, 115 pages.SIX AUTEURS, pour écrire un roman de 12 chapitres en 12 semaines, voilà le défi qu’ont relevé ces écrivains de l’Abitibi.Une histoire abracadabrante où se répondent six imaginations débridées.ANGOISSE Cyrille Koupernik, Le Livre des peurs, Ramsay, 242 pages.L’AUTEUR, psychiatre reconnu, a peur de tout.Il a peur de l’eau, de la hauteur, de la police, peut-être même de son ombre.Il synthétise pour nous ses phobies et ses lectures de travaux scientifiques dans ce livre apeurant.• ••••• • ••••• • ••••• • ••••• • ••••• • • • • • • • • • • • • • •••• ••••••••• ••••••••• ••••••••• • • • ••••••••••••• OUVERTURE D’UN NOUVEL 1 ÉTAGE • • • • • • • • • • • • •••••••• • • •••••••• •••••••• •••••••••••• •••••••••••• • ••• •••••••• • • •••••••• •••••••• •••••••••••• ••••••••••••••• ••••••••••••••• ••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••_ ••••••••••••••••••• ••••••••••••••••••••••••••••••••••••• •••••••••••••••••••••••••••••«••••••A •••••••• •••••••• •••••••• ••••••••••• ••••••••••• ••••••••••• ••••••••••••••••••••••••••••••••••••G •••••••••••••••••••••••••••••«••••••• ••••••••••••••••••••••••••••••••••••• •••••••••••••••••••••••••••••• : - - — — — ?••••••••••••••••••••••••••O Des millers de livres à prix incroyables ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••• ••••••< ••••••< ••••••< ••••••< ••••••< ••••••< ••••••< §•§•••< •••••• ••••••< •••••4 •••••4 •••••4 •••••4 •••••4 •••«•4 Ouvert 7 jours par semaine jusqu'à 21 h '-ni liMiM LIBRAIRE 371 ouest, ave.Laurier Montréal.QC-H2V2K6 Tél : (514) 2-73-2841 fester partout, même dans ces pays du bloc de l’Est où Moscou impose lourdement ses règles qui interdisent a priori toute apparition d’un syndicalisme libre et autonome.A cet égard, l’autobiographie de Lech Walesa, prix Nobel de la paix, a la valeur d’exemple, mais c’est également l’histoire d’un mouvement social qui demeure vivant tout en étant interdit.Mais, tout d’abord, qui est Lech Walesa ?« Ils habitaient un peu plus bas, parmi les autres, pas très loin de chez nous, raconte un voisin.Les Walesa étaient des pauvres.Leurs terres, héritées de Mateusz, ont été perdues par eux, acquises par d’autres.» « .je vins au monde sous ce toit, écrit Walesa, le 29 septembre 1943, à trois heures et demie du matin.Notre père se trouvait interné dans un camp.Je me souviens de son retour à la maison : il n’en pouvait plus, sentait sa fin approcher, regrettant déjà les couleurs de la vie.Il souffrait de fréquentes hémorragies.Il allait rester à peine deux mois parmi nous.En mai 1945, l’oncle Stanislas rentra du camp à son tour.Il reprit tout de suite le travail.Papa fit jurer solennellement à Stanislas de prendre soin de nous.» Et c’est ainsi que la mère de Lech, devenue veuve, épousa l’oncle Stanislas afin qu’il fasse vivre ses quatre enfants et veille à préserver le lopin de terre de moins de deux hectares sur lequel était bâti leur maison en bois de trois pièces.Lech Walesa consacre à cette mère courageuse de très belles pages.Il lui doit beaucoup « .le soir, elle nous faisait parfois la lecture.Elle avait une jolie voix, douce et agréable.C’étaient des moments d’intense plaisir.» Fatiguée, malade, elle parvient quand meme à donner à ses enfants le goût de la culture et.les joies de sa découverte.À l’époque de cet après-guerre, la Pologne se relève lentement de ses ruines.L’histoire de la famille Walesa est aussi celle de beaucoup d’autres.On pleure les victimes des camps nazis, on élève les jeunes et on s’efforce de joindre tant bien que mal les deux bouts, tandis que l’ordre nouveau, imposé par les « amis » soviétiques, s’installe.De cela, Lech Walesa ne parle pas dans son autobiographie.Plus simplement, il relate en peu de mots, mais combien saisissants, son enfance.« Je couvrais à pied les quatre kilomètres qui nous séparaient de l’école et les sept pour me rendre à l’église, le plus souvent pieds nus, les chaussures liées par leurs lacets et jetées sur l’épaule.On ne les remettait qu’avant d’entrer.» Forcément, on manquait de cuir et les chaussures étaient non seulement chères, mais encore difficiles à trouver.Déjà, le régime des pénuries s’instaurait pour durer ! « Mes frères et moi faisions des heures supplémentaires chez les voisins.Pendant les vacances, tous quatre travaillions de l’aube à la tombée de la nuit.En automne, on économisait chaque centime pour faire les achats nécessaires avant l’hiver.Les colis en- voyés des États-Unis, par tante Ja-nina Brolewicz, belle-soeur de ma mère, nous étaient d’un grand secours .Ma mère, elle, paraissait humiliée par cette situation.Elle souffrait dans sa fierté de femme qui aurait voulu ne rien devoir à personne.J’ai grandi dans ce climat en spectateur lucide.Jamais je n’ai cherché à passer quelque compromis avec ce monde qui impose des solutions toutes faites en jurant qu’il ne peut en être autrement.» Le jeune Lech Walesa ne croit pas au déterminisme socialiste.Il est optimiste.Il s’inscrit aux cours d’enseignement professionnel, section « mécanisation de l’agriculture », dans cette Pologne où, de nos jours encore, on voit des laboureurs marcher derrière un cheval.« À l’époque.un type nouveau d’ouvrier-paysan faisait son apparition.Il était pris en tenailles, exposé d’un côté à l’influence des slogans de l’émulation socialiste du travail et à l’obligation de se surpasser lui-même étant souvent membre d’une “brigade du travail socialiste”, essuyant de l’autre les appréciations narquoises que le milieu paysan, sceptique, portait sur ces slogans grandiloquents.» Ensuite, ce sera « une grande ville, un port, quelque chose de très vaste, d’immensément étendu — comme la liberté », la mer et le travail aux Chantiers navals.« Dans les années 60, note Walesa, les Chantiers navals constituaient véritablement une grande entreprise .Des équipements élémentaires y manquaient tels que vestiaires ou lavabos, sans parler du problème du séchage des vêtements de travail .Notre chantier ressemblait à une manufacture peuplée d’hommes crasseux, déguenillés, empêchés de se laver et d’uriner, car ce n’est pas si simple quand on travaille aux pièces sur un bateau.La production sur les Chantiers est régie par le système du travail aux pièces.C’est un merveilleux moyen pour la direction de se décharger de ses responsabilités.Dans un tel système, tout un chacun est intéressé à gagner le maximum.Personne, cependant, n’est là pour livrer là où il faut les matériaux nécessaires.La répartition des tâches incombait au contremaître qui pouvait ainsi exercer son pouvoir.» Les ouvriers habitent dans « les chambres d’hôtels, ou chez l’habitant .L’hôtel de la rue Klonowicza était de loin le pire.C’était un bloc d’immeubles de quatre étages servant à héberger 600 personnes.On y entrait par un portillon, en passant devant une guérite, un peu comme dans un camp.Cela dit, pendant des années, les 600 gars né furent même pas capables d’y aménager un terrain de volley-ball ni aucune autre activité de loisirs.» Il suffit de bien lire ces descriptions pour comprendre que les mots « syndicats », « grèves », « liberté » n’ont pas le même sens là-bas et ici, en Pologne et au Québec, en Amérique du Nord et en Europe de l’Est ! C’est dans ces conditions-là que Lech Walesa va épouser Danuta, qu’ils vont avoir six enfants et qu’ils vont connaître ensemble les pressions policières, les renvois, la con- Le printemps poétique chez vlb éditeur Michel Albert JOURS HEUREUX & SAD NIGHTS L'auteur nous ouvre ses carnets de poésie, dans lesquels est transposée, événement par événement, la trame mouvementée de son quotidien amoureux.Poésie rythmée, rock'n roll, comme celle de la beat generation, il n’y a pas si longtemps.92 pages — 8,95$ Paul Chamberland MARCHER DANS OUTREMONT OU AILLEURS Le poète nous invite, dans ce nouvel ouvrage, à un parcours «total».Les thèmes abordés sont ceux de tous les temps: l’amour, le désir, ta solitude, le rejet, la route vers la mort.Mais ici le désir est dit dans sa singularité.Un texte provocant, une biographie imaginaire.106 pages — 9,95$ Antonio D’ Alfonso L'AUTRE RIVAGE Ici les mots prennent désormais une valeur transcendantale, servent de révélateur à une sensibilité humaine jusqu’à maintenant méconnue, redéfinissent le monde qui nous entoure.La parole prend force dans le quotidien, par-delà le bruit de fond constant de la banalité.L'émotion émerge de partout.184 pages — 11.95$ Philippe Haeck L’ATELIER DU MATIN Le lecteur retrouvera, dans ce nouveau recueil, un poète à la fois serein et inquiet, qui parle avec une aisance rare de la vie dans ce qu'elle a de plus déroutante quand elle n'est plus qu’un Immense ratage.Un livre baume, qui est construit pour nous accompagner dans la lumière du midi.136 pages — 10,95$ Élise Turcotte LA VOIX DE CARLA La voix de Caria surgit au milieu de paysages, d’objets et de rumeurs qui composent notre quoditien.Elle est, par moments, couverte par d’autres sons, d'autTes bruits.Mais tout devient audible dans cette écriture qui restitue les modulations de la réalité, leur géométrie dans une apparente simplicité.100 pages — 8,95$ *t#f* «J .» .V* .' ."TW Wk -%.¦ ** ¦ .X.':ï ., Photo AP LECH WALESA : « Jamais je n’ai cherché à passer quelque compromis avec ce monde qui impose des solutions toutes faites en jurant qu’il ne peut en être autrement.» dition du « sans-travail » qu’on ne veut embaucher à cause de ses idées, mais aussi des camarades, des amis et le goût de vivre, dominé par la confiance dans la nature humaine.Devenu un leader populaire et incontesté, Walesa va lutter jusqu’au bout pour éviter la violence.En prison, comme en liberté, il va s’efforcer de discuter et de convaincre, puis, tandis que la preuve est faite qu’il est un chef d’État né, capable, dans une démocratie, d’assumer des très hautes fonctions, il retourne aux Chantiers où il est toujours et encore un ouvrier, parmi d’autres.Pourquoi ?« Chaque individu reste une énigme unique en son genre, écrit Walesa.C’est pourquoi il faut, à mon avis, parler avec les gens, car c’est alors qu’apparaissent leurs vraies motivations et que bien des choses peuvent être expliquées et éclaircies.Au fil de notre conversation, un général, à mon grand étonnement, m’avait fait découvrir sa “faille”; alors que nous évoquions le prétendu désir de Solidamosc de s’emparer du pouvoir, le général, après avoir ex- posé la réalité de ce danger, preuves et arguments à l’appui, déclara soudain : — Et qu’adviendrait-il de gens comme moi ?— Vous resteriez général.Il n’y aurait rien de changé.Car nous n’avons nullement l’intention de nous emparer du pouvoir.Le peuple souhaite simplement exercer un contrôle, avoir de l’influence.— Je n’en crois rien, me répondit-il! Les gens comme moi seraient éliminés.Savez-vous ce que je faisais avant d’entrer dans l’armée ?Je gardais les vaches, je n’étais qu’un simple pé-quenot.J’ai alors lu dans-lé regard de cet homme une peur panique de voir quelqu’un ou quelque événement le priver de la miette du pouvoir qu’il détenait.» Quand on referme l’autobiographie de Lech Walesa, on se dit, cependant, que Solidamosc, mouvement ouvrier issu de la grande tradition chrétienne, marqué par le sacrifice ultime du père Popieluszko et par les souffrances des milliers de gens, continue malgré tout, malgré la peur panique de la Nomenklatura, à avoir devant lui « un chemin d’espoir ».N OU VE A U TES LE SEIGNEUR EST MA JOIE Vers la contemplation John T.Catoir 160 pages * 9 $ Le Seigneur est ma joie a été un best-seller aux États-Unis où il s’est vendu à plus de 250 000 exemplaires.L’auteur exprime de façon simple les principes de base de la prière et de la contemplation.Il donne le goût de s’envoler à la recherche de la «Présence de Dieu», source intarissable de joie.POURQUOI, SEIGNEUR?Carlo Carreto 160 pages * 12.95 $ Qui n’a rencontré la souffrance?Depuis la nuit des temps l’homme essaie de comprendre: pourquoi?Pourquoi surtout la souffrance de l’innocent?La souffrance demeure une énigme.L’ouvrage souhaite apporter du réconfort en ouvrant des pistes pour mieux vivre sa condition d’éprouvé et surmonter le désespoir.L’ESPRIT SAINT ET L’ÉGLISE Une analyse des Actes des Apôtres pour aujourd'hui François Lavallée 256 pages * 16,50 $ Fruit de plusieurs années d’enseignement universitaire et de pratique pastorale, cet ouvrage vise un objectif bien précis: initier le lecteur à l’apprentissage d'une méthode de lecture critique de la Bible et en particulier des Actes des Apôtres.Un très précieux outil pour mieux se nourrir de la Parole de Dieu en réfléchissant avec l'auteur sur l'actualité du livre des Actes des Apôtres.LE PASSAGE DU TEMPS Jeanne L’Archevêque-Duguay 128 pages * 9 $ Un ouvrage qui respire l’authentique poésie, où chacun y trouve paix, réconfort, espérance, sérénité.L'auteur tend la main tout particulièrement aux aînés pour ranimer en eux l'étincelle de l'espoir, de l’Amour, jusqu’à la fin du passage du temps.Jnta i.QMutr ncur POURQUOI, SEIGNEUR?MEDIASPAUL à EDITIONS PAULINES L’ESPRIT SAINT ET L’ÉGLISE ep ÉDITIONS PAULINES 3965, boul.Henri-Bourassa est, Montréal, QC, H1H IL1 Tél.: (514) 322-7341 Le Devoir, samedi 30 mai 1987 ¦ D-5 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Deux romans en forme de nocturnes LE FEUILLETON LE LIVRE DES NUITS et NUIT-D’AMBRE Sylvie Germain côll- « Folio », 336 pages êt- Gallimard/Lacombe 360 pages ; LISETTE MORIN Gallimard devrait nous prévenir, nous, les nouveaux lecteurs de Sylvie Germain, qu’il est impérieux de lire le premier roman avant d’attaquer le second, qui vient de paraître.En cédant à la prudence, et puisque la dépense était médiocre — l’ouvrage étant en collection « poche » — j’ai donc abordé cet écrivain, inconnu pour moi, par Le Livre des nuits, qui est de l’année 1985.Quelle histoire ! Mais, surtout, quelle étonnante romancière, à la langue fleurie, souvent inspirée par la Bible (le nom de la tribu dont elle suit le destin, sur quatre générations, Péniel, s’y trouve, paraît- il.) et même.par les écrits de sainte Thérèse de Lisieux ! Le patriarche, qui survivra à ses fils, petits-fils et arrière-petits-fils, et par qui tout commence dans les deux romans, quitte les bords de l’Escaut, « les confins de la terre et de l’eau » pour longtemps errer, à travers des pays innommés, avant de se fixer a Terre-Noire, un domaine qui sera à la fois le refuge, le désert et la Terre promise de ce Victor-Flandrin Peniel, dit Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup.Les Péniel qu’il engendrera, grâce à quatre femmes, naissent « par paires », et portent tous à l’oeil une tache d’or qui les distingue du.commun.Le thème de la gémellité n’est pas nouveau, et la littérature de notre temps en offre un autre exemple, chez Michel Tournier, avec Les Météores.Mais, poussé à l’extrême, dans les livres de Sylvie Germain, il s’accompagne de beaucoup d’autres phénomènes qui pourraient laisser croire que Le Livre des nuits comme Nuit-d’Ambre sont des contes fantastiques.Or l’auteur, décollant de la réalité plate à tout moment, garde suffisamment de liens « historiques » avec l’époque pour que ses livres soient bel et bien des romans.Remplis d’épisodes extraordinaires, où le lecteur marche à sa suite dans les forêts de symboles que décrit Baudelaire en un sonnet fameux.Les Péniel, comme les femmes qu’ils rencontrent, de livre en livre, sont de bien étonnants personnages .Ce qui leur arrive est toujours inséré dans la trame des événements, de la guerre de 1870 jusqu’à mai 1968.Ce qui n’empêche pas le dernier de la lignée, Charles-Victor, dit Nuit-d’Ambre, de revenir au domaine de sa famille, après une sorte de meurtre rituel, commis à Paris, et qui « le délivrera » des sortilèges de la grande ville autant que de quelques-uns de ses fantasmes.Malgré l’étrangeté du sujet, le parti pris de l’auteur qui surnomme tous ses personnages, leur octroie des destins cruels, « tue » les femmes de Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup, ou les rend folles dès qu'elles ont engendré jumeaux ou jumelles, tous marqués du signe d’or des Péniel; en dépit de l’odeur de mort et de putréfaction qui se dégage des lieux où naissent et meurent les hommes et les femmes de ce récit extraordinairement suggestif, on est constamment subjugué par le talent de l’écrivain, son art de rendre crédibles les plus incroyables aventures de ses personnages, et sa facilité à dire l'indicible.Des chants poétiques s’intercalent dans la trame romanesque des « Nuits » de Sylvie Germain.Elle est, nous apprend la notice biographique, professeur de philosophie à Prague.On reconnaîtra facilement, dans « les années d’études» de Nuit-d’Ambre, à Paris, quelques réminiscences et une tentation, vite réprimée, d’autobiographie.Mais ce qui force l’admiration, dans les premières comme dans les dernières nuits, c’est un style constamment maîtrisé, tenu en laisse .D’autant plus extraordinaire, cette maîtrise, que le sujet de cette histoire tient du légendaire, fait constamment référence à l’imaginaire, s’envole parfois vers les planètes, évoque sinon la fin du monde terrestre, tout au moins la folie des hommes qui, de guerre en guerre, de génération en génération, s’acharnent à détruire ce qu'ils ont réussi à édifier.Partis de la terre originelle, certains membres de la grande famille Péniel se mêlent aux « occupations ordinaires » des citadins.Baladine étudie la musique, devient violoncelliste à Strasbourg, avant de rencontrer un « homme du Nouveau Monde », un certain Jason.Nuit-d’Ambre lui-même préparera et rédigera, pendant six longues années, une thèse philosophique .qu’il abandonnera en quittant la ville pour revenir à Terre-Noire.Jason, le compagnon américain de Baladine, lit un roman célèbre : The Heart Is a Lonely Hunter, mais dont la romancière — toujours par son goût de l’ésotérisme — nous fait lire le titre à l’envers.Quelques très doux interludes de tendresse marquent les livres et les « nuits » terriblement angoissants de Sylvie Germain.La rencontre, à Paris, de Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup, avec l’émouvante Ruth, jeune femme juive venue de Vienne, et celle du petit Benoît-Quentin, le bossu, avec la petite Alma .Le quatuor finissant par aboutir, comme tout le monde, à Terre-Noire, ce qui n'empêchera pas un holocauste, modèle réduit mais non moins effroyable, d’atteindre Ruth, sa fille et les enfants que lui donna Péniel.On pourrait tenter de réduire ces Photo Jacques Robert/Gallimard SYLVIE GERMAIN romans, uniques dans la production courante, à une tentative, pas tou jours réussie, de « cerner » l'Histoire violente des dernières cent années en les noyant sous la fable et la légende.Le Livre des nuits et Nuit d'Ambre méritent mieux : qu’on les lise comme l’oeuvre originale, étonnamment mûrie, d’un jeune écrivain qui détourne à ses fins propres, et pour notre enchantement de lecteurs et lectrices, l’histoire des enfants de son imagination, qui ressemble à celle des humains ordinaires quand ils cèdent à leurs rêves et à leurs projets passionnés.Le désir triangulaire ou le problème amoureux du chiffre 2 ( ) Michèle Causse Trois, Laval, 1987, 148 pages JULIE STANTON TOUT SIMPLEMENT ( j.Mais oui, c’est là le titre inaudible du livre de Michèle Causse qui, sur la couverture crème de son dernier ouvrage, a préféré le signe typographique au mot Parenthèses, « parce que, dit-elle, j’ai voulu montrer que l’écriture ne s’entend pas mais se grave ».Michèle.Causse, traductrice et écrivain venue publier cette fois au Québec pour vivre de l’intérieur le statut d’une colonisée qui, pour être lue en France, doit être amazone langagière continuellement jetée dans la bataille avec le mot qu’elle traque jusqu’à en atteindre toujours plus l’extrême limite du sens, l’écrivain propose ici un texte hors genre dans lequel elle raconte des états d’être.Ceux d’une amante séparée de l’objet de son désir.La femme aimée retenue en son élan par le poids constant de ce qu’elle juge une faute, celle d’avoir rejeté la Tierce.La tentative avortée de vivre une histoire qui fie peut s’actualiser qu’en impo- «Le monde en un seul mot» VERBE SILENCE Guy Gervais L’Hexagone, 1987, 62 pages NOTES DE LECTURE DEPUIS son recueil Gravité (1982), Guy Gervais est un poète de la maturité.Sa réflexion atteint des accents uniques en notre poésie, où la pensée renoue avec Demotion.Le propos de ce recueil intitulé Verbe silence serait de « dire le monde en un seul mot » ou, si vous préférez, raconter la naissance du poème.Car ce petit livre méditatif est une réflexion sur l’acte d’écrire et notre façon d’être au monde.Les quatre parties du livre s’intitulent « Un seul mot », « Une femme », « Mélancolie » et « Pierres ».Ces titres résument assez bien la démarche du poète, qui essaie de relier son sentiment de vivre au mystère de la nature.Ici, le philosophe qu’est Guy Gervais, disciple d’Abellio, trouve un souffle nouveau dans le poème qui s’ouvre de plus en plus à la sensualité, même s’il contient une cosmogonie toute mystique.« Que voir sinon ce qui est par-delà les envols/ la conscience resplendit sous l’abandon des formes.» — JEAN ROYER Photo Gloria Escomel MICHÈLE CAUSSE sant l’humiliation à l’exclue, cette Tierce qui agit comme catalyseur négatif en empêchant la composition d’un couple qui a beaucoup à se dire et à partager.« Il va falloir qu’on règle le problème du chiffre 2 en amour ! », s’exclame Michèle Causse en souhaitant pour le futur qu’il n’y ait plus de soustractions mais des additions, le sort d’une troisième, d’une quatrième personne laissée pour compte dans une telle situation de chassé-croisé l’amenant à se poser de nombreuses questions depuis qu’elle a écrit ce « face-à-face » intense et douloureux.« Nous devons arriver, dit-elle, à modifier notre mode d’être et de perception, nos réactions spontanées de jalousie, de possessivité et d’exclusivité.Une utopie quasiment biologique ! Dans le couple lesbien — je parle de cette réalité, puisque c’est la mienne — la façon dont nous avons procédé jusqu’ici a provoqué de tels désastres qu’il faut forcément trouver autre chose.Qu’il y ait un effort, je dirais, presque communautaire, sinon on assiste à un reflux vers la solitude, les êtres sont fragmentés.C’est ce que je vois à Montréal, de plus en plus de femmes seules désespérément en quête d’elles-mêmes et de l’autre.Désespérément, parce que la personne se refuse à enrichir cet isolement, non épanouissant, au contact d’une relation susceptible de s’avérer immense sur le plan mental et sexuel, conditionnée à se dire que cela ne se fait pas parce que quelqu’une alors se trouvera en souffrance.S’il arrive, par exemple, qu’une attraction érotique vienne bouziller tout l’univers mental d’un couple, ne pourrait-on pas aménager cette espèce d’émotion à la fois chimique et apparemment non rationalisable, de manière à ce que se vivent les choses qui sont à vivre à deux parce qu’uniques, mais qu’il n’y ait point cette douleur abominable de l’exclusion ?Abominable à tel point que même un couple qui pourrait se former ne se forme pas et se retrouve constamment déchiré par la culpabilité envers cette autre qui est quelque part et qui empêche .Nous sommes encore dans la barbarie ! » Mettant autant d’intensité à écrire ses textes qu’à écrire sa vie, Michèle Causse croit que l’histoire de ce livre, c’est beaucoup celle de son écriture.Une mise en forme insolite et avec des structures quasiment géométriques, brisées, l’auteur se laissant porter par les sons.Des citations intégrées au souffle même de cette presque prière — Dickinson, Lispector, Gide, Duras, Stein, Matisse, Brossard, Barnes — avec la fonction bien déterminée de faire avancer ce propos difficile d’accès, l’auteur en convient, mais dont la pulsion profonde demeure l’adéquation maximale entre elle et le mot — « parfois c’est lui qui gagne, parfois c’est moi ! » — dont Michèle Causse se sert pour changer le monde, oui, mais aussi pour faire progresser le langage, le rapport avec la lectrice — « et quelques éventuels lecteurs, sans doute poètes.» — se situant en second lieu.Et tant pis si elle risque d’être ni vue ni connue ! Ce qui la fait avancer, c’est d’écrire le texte qu’on ne trouve pas ailleursm et sa plus grande joie d’écrivante, elle la ressent lorsque confrontée avec ce qui pose difficultés.Ici, Michèle Causse — dont le poète Bernard Noël qualifie l’écriture de « juste et nécessaire » — rappelle que le modernisme est advenu autant pour les femmes que pour les hommes « et nous n’allons pas nous mettre à écrire comme si Joyce n’avait pas existé ou comme si Mallarmé n’avait pas effectué un certain travail sur le mot.Non, ce n’est pas parce que mon public risque de se composer presqu’exclusivement de femmes que je vais choisir le style Harlequin ou revenir à celui de Balzac ! Si les femmes ne peuvent pas encore se laisser séduire par cette écriture, elles la rejoindront un jour lorsqu’elles comprendront qu’il n’y a pas de plus grand bonheur que d’élucider ce qu’on ne comprend pas.Déchiffrer, redéchiffrer, on ne vit que pour ça, et sur tous les plans, ne croyez-vous pas ?» Ouvrir le livre de Michèle Causse, lire ce qui suit et toucher l’universel en l’amour : « ce trop peu de toi ce trop de toi/ dans un paysage calciné/ gestes regards perdus pour la violence de la célébration/ t’atteindre dans la tension du présent/ d’une soumission sans fin dire ton nom.» Les Carnets tecorneBde 1 de lXOnal' Léonard de Vinci de Vinci ;¦ aux éditions Une douzalfl®td6*Iîf attribués à Pcine PdUde Vinci avec quelque Léonard àe ses carnets certitude- de cjnq mille comptent pl • fln à nou- Sffi&SS- entrant- Gallimard ROMANS Andrée A.Michaud LA FEMME DE SATH üne écriture somptueuse traverse tout le récit, porteuse de sa propre séduction.La lecture vient ensuite compléter l’alchimie.Ce livre est rare.Il est une œuvre d’art.Réginald Martel, La Presse 154 pages 14,95* (Jne femme sans histoire nous mène d’un lieu à l’autre, d’un corps à l’autre, tout doucement.Entre la mémoire et l’oubli se déploient le plaisir d’écrire, le plaisir d’être.Un rituel de mots, un envoûtement.Yvon Paré LES OISEAUX DE GLACE (Jn livre qui s’accroche à la mémoire comme un moment de vie intense.[.] J’ai culbuté hors du temps, dans un monde de silence, de corps et de matière confondus, un monde d’une étonnante poésie.Christiane Laforge, Le Quotidien (Jn homme, une femme, un amour qui n’a pas lieu.L’écart entre le rêve et la réalité se fait douloureusement sentir et va précipiter ces êtres au seuil du possible et du tolérable.(Jn roman d’une grande sensualité.275 pages, ll6,95* OUtttCM*"0* V B® $ QUÉBEC / AMÉRIQUE & ,i***rMt CMt******* 10,95$ 4073, rue St-Hubert, suite 201 Montréal,H2L 4A7 (514) 525-4346 K EDITIONS K SAINT-MARTIN L’ENTREPRISE ALTERNATIVE Mirages et réalités HaroU Bhérer et A ndré Joyal Qu'est-ce qui fait qu'une entreprise est alternative: son mode de gestion ou le mobile de démarrage?La nature de ses produits ou l'idéologie qui la sous-tend?Après avoir étudié 136 entreprises québécoises, les auteurs répondent à la question: travailler autrement — pourquoi et comment?v En vente dans ioute bonne librairie P-6 U Le Devoir, samedi 30 mai 1987 LE PLAISIR j]Pc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres L’église Saint-Patrick de Montréal * •** Ces dix communautés culturelles n’ont pas toutes aussi fntensément que les Irlandais conservé leurs coutumes et leur cohésion.Ces Québécois d’Europe du Nord Des Scandinaves aux Belges en passant par les Gallois LES COMMUNAUTÉS CULTURELLES OU QUÉBEC tome 2 sous la direction de Yuri Oryshuk Fides, 1987 CLÉMENT TRUDEL LE « PETIT VIKING » Naslund a ses faris\ c’est une étoile « suédoise » du hockey au Québec.Quand meurt à 111 ans Jackrabbit, on s’empresse de faire état des origines Scandinaves de celui qui est considéré comme le père du ski au Canada.De son vrai nom Herman Smith-Johansen, ce Norvégien est inhumé dans les Lau-rentides où il habitait, et un sommet du mont Tremblant porte son nom.Une dizaine de monographies (tome 2 de Les Communautés culturelles du Québec, sur l’Europe du Nord) peignent un portrait de 10 communautés qui n’ont pas toutes aussi intensément que les Irlandais conservé leurs coutumes et leur cohésion.Les Gallois, par exemple, sont peu nombreux et le haut degré d’exogamie explique leur peu de visibilité, mais si l’on y regarde attentivement, leur apport a marqué notre société.Morgan venait du pays de Galles ! L’ouvrage note que l’Europe du Nord est redevenue aujourd’hui « terre d’immigration », phénomène qui peut être « la source d’un nouveau dynamisme ».Ce que cherche à reconstituer la Société d’histoire des communautés culturelles du Québec (la série comprendra six tomes), cp sont, à larges traits, les germes d’une action dynamique qu’ont exportée les Européens du Nord.On pourra vérifier si les Néerlandais (ou les autres communautés étudiées) se collent davantage aux anglophones, s’ils s’acheminent vers les régions rurales ou vers les villes, etc.L’arpenteur général désigné après la victoire de Wolfe, Samuel Holland, était né aux Pays-Bas mais ce que l’on sait moins, c’est que Jan Smit, devenu chef chez les Mohawks de Kana-waghe sous le nom de Canaqueese, avâit un père néerlandais et une mère amérindienne).Ce tome 2 de Les Communautés culturelles du Québec tente de cerner la spécificité des immigrants anglais, belges, danois, écossais, finlandais, gallois, irlandais, néerlandais, norvégiens et suédois.Pour le Royaume-Uni, on a fractionné les groupes suivant qu’ils proviennent d’Angleterre, d’Écosse, du pays de Galles ou de l’Irlande.Quelques détails m’ont agacé dans cet album : le Danois Béring a-t-il vraiment navigué (au 18e siècle ! ) sous le drapeau soviétique (p.69) ’ Certains noms propres y sont mal orthographiés, dans un ouvrage que la Société d’histoire des communautés culturelles du Québec coordonnait à l’aide de nombreux consultants : La Haye est parfois identifiée comme La Hague; la maison deç Habsbourg devient Hapsbourg ou Hasbourg.Sur une carte couleurs de l’Europe du Nord, on a interverti les capitales de la Norvège et de la Suède (p.14).Laissons ces détails irritants qui pourraient correspondre à quelques défauts dans une vaste mosaïque.La préface de Réjean Lachapelle sur « Immigration et politique d’immigration au Québec » est une remarquable mise en situation des efforts déployés par le Québec pour attirer plus de francophones ou de « fran-cophonisables » sur son territoire.Lachapelle se demande avec à-propos « quel usage fera la société québécoise des outils qu’elle a forgés au cours des quinze dernières années ?» pour mieux faire passer dans les faits son projet de société.Qu’on se rappelle la plaquette « Autant de façons d’être Québécois », un canevas d’intervention qui date de l’ère péquiste.Les tenants d’un multiculturalisme made in Québec ne semblent pas renier l’essentiel de son contenu mais il y a bien eu exode d’anglophones à la fin de la décennie 70.M.Lachapelle signale qu’en 1971, le recensement précisait que 47 % de non-Français et de non-Anglais vivant au Québec-disaient pouvoir soutenir une conversation en français.Au recensement de 1981, 63% de ceux dont la langue d’origine n’était ni l’anglais ni le français disaient pouvoir converser en français, mais M.Lachapelle note bien que, « même dans la meilleure des hypothèses, l’insertion d’un grand nombre d’immigrants dans une société ne va pas sans problèmes ».Les 20 pages sur les Québécois d’origine belge soulignent que les deux premiers directeurs des H ÉC ( Laureys et de Bray ) étaient nés en Belgique; qùe les débuts de la colonie de Namur, au Québec, furent un quasi-désastre mais qu’un échec momentané n’a pas détruit l’intérêt que les recruteurs de main-d’oeuvre avaient très tôt manifesté pour les habitants du « plat pays ».La monographie sur les Irlandais (pp.133-159) évoque les tragédies qui marquèrent cette communauté.Entre 1831 et 1860, près de la moitié des voyageurs débarquant à Québec étaient des Irlandais fuyant Jïu-fa-mine et la pauvreté (très nofliëiïu-ses furent les victimes du typfiiis et des milliers furent inhumés dans la Grosse-Île).En maints endroits du Québec, on se remémore les nombreuses adoptions d’orphelins irlandais qui se firent il y a 140 ans environ, par des ruraux modestes.Il est également utile de se rappeler les frictions, le « choc des langues » (les paroisses irlandaises ont difficilement conquis leur autonomie dans une terre où, comme le voulaient certains dirigeants, langue française et foi catholique étaient destinées à se souder, infailliblement).Beaucoup de manoeuvres irlandais moururent dans la construction du pont Victoria (une pierre noire, tout près du pont, sert de cénotaphe à ces travailleurs et chaque 25 mai, une cérémonie s’y déroule).La Finlande, le Danemark, l’Angleterre et l’Écosse servent aussi de toile de fond à d’autres monographies accompagnées de tableaux statistiques et de mises en contexte.Un peu de clichés, mais aussi des jalons a profusion sur ce que l’on pourrait appeler le métissage culturel inéluc-’ table qu’a vécu cette Terre-Québec au gré des migrations.Des contes pour guérir «L enfance n’est pas un paradis, c’est une source de malentendus» LITTERATURE JEUNESSE DOMINIQUE DEMERS IL Y A dix ans, Julien Bigras faisait frémir ses confrères psychiatres en redéfinissant le territoire du psychanalyste et la géographie de son art.Au diable la traditionnelle distance thérapeutique ! Plus question de rester neutre.En publiant sa première oeuvre littéraire, L’Enfant dans le grenier, il inaugurait une nouvelle pratique excessive, émotive, à fleur de peau, et découvrait que l’écriture, le conte surtout, pouvait venir à l’aide du psychanalyste comme de ses patients.Depuis, le psychanalyste écrivain n’a pas cessé de" déstabiliser psychiatres et critiques littéraires en publiant Ma viem ma folie, Le Psycha-nalistenu, Kati of course, La Folie en face.Cette année, il a relu L'Enfant dans le grenier et fait le point avant d’en publier une édition revue et corrigée chez Aubier.Plus que jamais, pour Julien Bigras, « tout est affaire d’enfant ou d’enfance ».Pour guérir ses malades, il leur raconte des histoires; pour mieux cheminer dans sa propre aventure psychanalytique, il se raconte, par personnage interposé.Au coeur de ces recherches s’inscrit une relation à l’enfance.Un périple magique, à la fois merveilleux et terrifiant, à la recherche de sa propre enfance.À l’heure de L’Enfant dans le grenier, Julien Bigras venait de terminer sa propre psychanalyse et constatait que de grands pans de son Vélo à la VÉLO Michel Labrecque et Jean-François Pronovost LORSQUE les Québécois découvrent un sport, ils l’adoptent, pour ainsi dire, à six millions d’exemplaires.L’engouement pour le vélo ne se dément pas et, pour ceux qui choisissent d’en faire leurs beaux dimanches ou leurs vacances à l’été, il est grand temps de s’y mettre.Pour bien commencer, lire, peut-être, le dernier manuel intitulé Vélo, par Michel Labrecque et Jean-François Pronovost, deux solides maniaques de la bicyclette.Le premier a participé à la création du plus grand événement cycliste canadien, « le Tour de File de Montréal » ; le deuxième est collaborateur au magazine Vélo-Québec.Pour nous amuser, la préface est de notre confrère de La Presse, Pierre Foglia, qui, depuis quelques décennies, fantasme sur le maillot jaune.Il est des perversions plus malsaines et la lecture de Vélo nous invite, elle, à goûter l’un des plaisirs les plus tordus qui soient : rouler à vélo, sur une mécanique impeccable, lorsque, au petit matin, en dévalant une petite route secondaire des Ap-palaches, vous entendez distinctement le babil des premiers oiseaux accompagner le très subtil cliquetis des engrenages parfaitement lubrifiés.*' C’est, d’ailleurs, le premier conseil, que vous rouliez a plat ou que vous tentiez l’ascension de Smokey Mountain, sur la Cabot Trail dans l’île du Cap-Breton : une machine sale vous prive au départ de près du cinquième de votre énergie physi- être avaient été délaissés.Des trous béants liés aux phénomènes de terreur et de ravissement précoces enfouis en chacun de nous.Il découvrait que l’écriture littéraire lui permettait d’aller chercher l’enfant caché dans le grenier.Un enfant tué.Un enfant fou, muet et méchant.Pour le retrouver, il a suivi le sentier d’une écriture proche de la parole enfantine : simple, visuelle, parente du conte.« C’est venu tout seul, explique Julien Bigras.Je ne me suis jamais demandé si ce que j'écrivais était du nouveau roman ou si ça ressemblait plutôt à un récit du 18e siècle.Je me suis mis à écrire.Tout simplement.L’écriture scientifique m’étouffait et ne permettait pas de rendre compte de ce que je vivais.L’écriture créatrice, au contraire, me libérait.Aujourd’hui, les textes dont je suis le plus fier, j’ai envie de les raconter à des enfants.Malheureusement, je n’arrive pas encore à dépouiller suffisamment mon écriture pour qu’elle puisse véritablement correspondre à de la littérature pour enfants.J’ai écrit quelques contes non conjugués, des souvenirs d’enfance terrifiants.Ce sont mes préférés et ce sont aussi ceux qui attirent le plus les enfants.» Un peu avant que Julien Bigras ne découvre les mérites du conte, un autre psychiatre, Bruno Bettelheim, faisait l’éloge des vertus thérapeutiques du conte traditionnel dans sa Psychanalyse des contes de fées.Mais Julien Bigras n’est pas un fan de Bettelheim.« Bettelheim, c’est le prêt-à-porter.Moi, je travaille dans le sur-mesure », lance-t-il à la blague.Alors que Bettelheim encourageait parents et éducateurs à raconter Le Petit Chaperon rouge aux tout-petits bouche que, croyez-le ou non.Vélo n’a rien de particulièrement original, et n’a pas été écrit pour l’être; il est simplement bien fait, bien illustré, aussi portatif qu’une bécane, mais n’attendez pas d’avoir enfourché pour le lire.On y trouve très exactement tout ce qu’il faut savoir, en somme, pour s’initier au vélo, depuis l’achat jusqu’à l’entretien, une pratique qui, en soi, apporte autant de plaisir que la randonnée elle-même.On y donne aussi, bien sûr, quelques conseils sur la sécurité, mais c’est, je crois, peine perdue.Prier saint Christophe est aussi efficace.L’Amérique est un continent chrétien, et tous les automobilistes ont l’envie folle de vous envoyer au Ciel.Priez-le au départ, et que Dieu vous vienne en aide ! Ou alors, réservez vos randonnées pour la Nouvelle-Écosse ou l'île-du-Prince-Édouard, où les automobilistes sont encore civilisés.__J -V D “ p3v3\ le cioite- afin qu’ils y puisent des pistes de solution à leurs dilemmes profonds, Bigras écrit des contes taillés sur mesure pour ses patients.« Je travaille avec de grands blessés.Des écorchés vifs, des victimes de viol et d’inceste, des suicidaires, des psychotiques.Ils n’arrivent même pas à se racontar.Comme avec des enfants, je leur donne de la pâte à modeler et, petit à petit, ils réussissent à donner un corps aux monstres qui les habitent.Lorsqu’ils parlent un peu, je rassemble parfois en un conte les morceaux épars de leur discours éclaté.Lorsque je tombe pile, ils se reconnaissent dans les personnages que je leur ai inventés et apprennent ainsi à nommer leurs peurs.D’autres patients adoptent ma démarche personnelle et écrivent eux-mêmes pour se libérer.Des contes, des poèmes, des récits.» Il y a dix ans, Julien Bigras envoyait promener la psychanalyse et repartait à zéro, avançant comme un équilibriste sur son fil de fer dans l’aventure d’écriture.« Quand j’ai écrit L’Enfant dans le grenier, j’ai volontairement aboli toutes les balises psychiatriques théoriques.J’ai vécu des terreurs inouïes.J’ai cau-chemardé pendant très longtemps mais je ne voulais pas arrêter le processus terrifiant.Aujourd’hui, je suis de plus en plus respectueux de la distance nécessaire entre le psychanalyste et son patient.Cette distance n’est pas psychanalytique, mais créatrice : c’est l’espace du récit.Le récit n’est pas une explication plaquée des problèmes de l'autre.C’est une élaboration créatrice à partir de la réalité.Le processus créateur n’est pas terrifiant, il est thérapeutique.Tant qu’on peut donner une forme à notre folie, on n’est pas fou.La folie, c’est l’incapacité de créer.» L’enfance a toujours été importante pour les psychanalystes.Mais, pour Julien Bigras, elle accapare tout l’espace et, en même temps, elle se définit différemment.Bigras parle du leurre de la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.Un leurre trop exploité par les marchands d’illusions, psychanalystes compris.« L’enfance n’est pas un paradis, c’est une source de malentendus.On y mystifie trop l’enfance.Ma mère m’a écrit une lettre très importante Elle s’étonnait de m’entendre raconter mon enfance en termes si troublés, si écorchés.Elle se souvenait de moi comme d’un enfant rieur, espiègle, heureux.Et elle avait raison ! Nul n’a vécu que des terreurs.et des abandons.Mais l’enfant est marqué par une foule de petits événements en apparence insignifiants.Des trous noirs, des refus qu’il n’a pas compris, des peurs refoulées.J’ai beaucoup évolué.Pour moi, la mère n’est plus la seule responsable de tous les malheurs de Noé.Au contraire, elle a pris beaucoup de valorisation à mes yeux.« L’enfant n’est pas foncièrement bon.La psychanalyse a eu tort en croyant que la mère avait tous les défauts alors que l’enfant était pur.Les enfants aussi sont habités par la haine.Ce sont des tueurs.Ils ne veulent rien se faire enlever et se défendent farouchement.Ils sont batailleurs, déterminés.Le pire, c’est qu’ils ont raison ! C’est très sain.La principale différence entre l’enfant et l’adulte, c’est l’authenticité.En anglais, on dit “genuineness.C’est l’enfant qui dit au roi qu’il est nu, dans le conte d’Andersen.C’est lui aussi qui n’a pas peur de dire : je te déteste.Bien sûr, les enfants ne sont pas toujours authentiques.Mais, lorsqu’ils le sont moins, c’est qu’ils sont déjà un peu adultes.J’ai connu des petites filles de 12 ans qui étaient déjà des adultes.Pas étonnant : elles étaient obligées de baiser avec leur père.» Entre deux patients, dans un vaste appartement au coeur de Montréal ou le silence ne se tait que pour recevoir des confidences, Julien Bigras livre ses secrets.« Il faut se laisser inspirer par l’enfant en nous et par |pï!5 Pour de plus amples ’informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations, contactez Jacqueline Avril 842-9645 JULIEN BIGRAS « Tant qu'on peut donner une forme à notre folie, on n’est pas fou.La folie, c’est l’incapacité de créer.» l’enfance des adultes de notre entourage.Laisser l’enfant dicter nos choix d’amitié, d’engagement.Le laisser nous dire quoi écrire.Je me suis aperçu que les choses les plus solides, les plus durables, les plus puissantes se produisent lorsque je me suis réconcilié avec l’enfant en moi.Lorsqu’il devient le chef d’orchestre de mon destin.C’est en renouant avec cet enfant que je suis devenu un homme libre.Cette aventure intérieure n’a rien de narcissique.Au contraire.Elle ouvre à l’autre en passant par la porte de son enfance.» 'Philipp© Qingros Je désire recevoir.exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR” J’inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix).NOM:.!.ADRESSE:.PROVINCE:.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT: ?Chèque ?American Express ?Master Card ?Visa No.de carte de crédit.Expiration:.«LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Gingras- Un livre de 295 pages qui retrace l’histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu’à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Le Devoir, samedi 30 mai 1987 ¦ 0-7 LE-PLAISIR Mc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres \ s Le comte de Paris à Québec, début mai.Photo PC Le néoconservatisme est-il libéral.ou serait-ce l’inverse?NÉOCONSERVATISME ET RESTRUCTURATION DE L’ÉTAT sous la direction de Lizette Jalbert et Laurent Lepage Presses de l'Université du Québec, 1986 DORVAL BRUNELLE MÊM4S S’IL peut y avoir quelque chdse.d'inconvenant dans le fait de souligner l’intérêt que représente une publication dont on connaît les collaborateurs, le silence qui entoure certaines parutions justifie qu’on puissépasser outre.La production intellectuelle est davantage menacée par l’invisibilité que par le favoritisme.Pour le meilleur comme pour le pire, depuis la Deuxième Guerre, nous vivons en Amérique du Nord sous l’empire de dogmes libéraux qui ont été plus ou moins adoitement accommodés aifn d’amortir la poussée des revendications sociales et démocratiques.Or, depuis quelques années surtout, ces compromis sont remis en cause par un mince courant de pensée que, par détournement sémantique, on a affublé du préfixe « néo » alors qu’il n’y a pas si longtemps, ce sont les keynésiens qui s’étaient fait appeler « néolibéraux ».Ce genre de flottement est parfois cause de ce que l’on ne voit pas bien qui est visé ou qui niche derrière lès expressions « néolibéral » ou « néo-conservateur », de sorte qu’il faudra encore attendre l’effet de la sédimentation avant d’entreprendre une taxonomie en bonne et due forme.Dans l'intervalle, les études consacrées à ces courants reflètent dans leur diversité, voire dans leurs hésitations, une difficulté essentielle qui est celle du repérage de l’objet, avec le résultat qu’il subsiste une ambiguïté dans la position d’analystes qui auraient en commun de se rattacher à un courant critique face au conservatisme.Le lecteur est, en effet, souvent interpellé, soit explicitement, soit implicitement, à envisager les dimensions antidémocratiques, anti-étatiques ou antiféministes du néoconservatisme, sans que l’on puisse vraiment discerner si ces lacunes affectent l’une ou l’autre variante du courant visé, ou si elles ne découlent pas plutôt de la grille d’analyse qui leur est appliquée.En ce sens, le néoconservatisme file entre les mailles des instruments critiques actuellement disponibles, tout comme les stratégies politiques néolibérales — en supposant que les deux expressions soient synonymes pour le moment — échappent à l’emprise des affrontements classiques entre la droite et la gauche.Cette mouvance expliquerait, d’ailleurs, que ces enjeux puissent susciter de nouvelles polarisations éthiques et politiques animées d’une même méfiance à l’endroit de l’État.Afin de rendre compte de ces angles d’analyse, l’ouvrage regroupe diverses approches sous quatre sections consacrées respectivement à l’étude du néoconservatisme, aux nouvelles politiques économiques canadienne et américaine, entre autres, à la restructuration de la politique sociale face aux revendications féministes notamment et, enfin, aux stratégies d’opposition au néoconservatisme.Au moment où l’étude de ces questions risque, encore une fois, d’être tributaire de ce qui s’est fait ailleurs, en France et aux États-Unis en l’occurrence, il est temps de mettre à la disposition du public d’ici des collectifs de ce genre, histoire de lancer une polémique ou deux dans un paysage intellectuel momentanément terne.Pour le comte de Paris, l’avenir dure.longtemps L’AVENIR DURE LONGTEMPS Comte de Paris Paris, Grasset, 1987, 260 pages YOLAND SÉNÉCAL L’A VENIR dure longtemps n’est ni un livre d’histoire ni une autobiographie (le comte de Paris a publié des Mémoires d’exil et de combat, chez Marcel Jullian en 1979) mais plutôt un ensemble un peu diffus de réflexions personnelles, de souvenirs, d’analyse sur le passé, le présent et l’avenir de la France; cet avenir qui « dure longtemps », une belle formule empruntée à de Gaulle.« Avant de Gaulle, mais comme lui, la monarchie a toujours su que l’avenir durait longtemps.C’est grâce à cette certitude qu’elle a fondé son projet.» (p.179).« Je n’écris pas pour me justifier, précise le chef de la Maison de France, mais pour dire ce que je crois et espère.Et dans ce dire il n’y a pas la volonté de dominer les esprits, mais celle de faire partager une expérience héritée et vécue » (p.204).Le comte de Paris parle d'abord de sa foi.Pour lui, également, la France demeure un mystère, comme chaque être est un secret.Quelques chapitres autobiographiques suivent, mais on n’y apprendra rien de nouveau par rapport aux Mémoires.Le comte de Paris passa son enfance au Maroc puis, exilé, en Belgique.Il participa au début de la guerre sous un nom d’emprunt, puis a la résistance en Afrique du Nord.C’est alors que se situe l’épisode de l’affaire d’Alger, marquée par la tentative de prise de pouvoir du comte de Paris et l’assassinat de l’amiral Darlan, successeur désigné de Pétain, dans lequel le prince se défend bien d’avoir été impliqué.Autorisé à rentrer en France en épo tique importante, dans le but de se faire connaître.Puis, avec de Gaulle, ce fut le temps des espoirs et des désillusions.Par ailleurs, on trouvera dans L’Avenir dure longtemps des réflexions sur le pouvoir, la justice, de même qu’une forme de projet de société que nous évoquons dans l’entretien.Sur la monarchie, le comte de Paris se montre toujours très discret.Henri d’Orléans a constamment désiré être un arbitre.Il l’est plus que jamais dans ses analyses sur la société française d’hier’ d’aujourd’hui et de demain.Sur chaque problème évoqué, il s’efforce de peser le pour et le contre et de maintenir la balance égale.D’autre part, les faits de société les plus récents ne lui échappent pas : le comte de Paris va jusqu’à parler du crack ! Sans étaler ses connaissances, le prince paraît Le Québec au 19e siècle Le libre-échange, une idée pas catholique! AU QUÉBEC ! AU XIXe SIÈCLE I La Petite Revue de philosophie, vol.8, n" 1 (automne 1986) 214 pages JACQUES-G.RUELLAND CE NUMÉRO de La Petite Revue de philosophie comprend les travaux d’un groupe de chercheurs de l’UQTR et de l’UQAM sur « l’histoire de la philosophie québécoise » ainsi que des contributions d’éminents historiens de la pensée.Les textes englobent la période 1840-1879, soit entre les événements de 1837 et la proclamation du thomisme comme doctrine officielle, et portent sur trois thèmes principaux : le libéralisme, le libre-échange et l’influence de certains intellectuels de l’époque : Étienne Parent, T.-A.Chandonnet, Marc Sauvalle, Domi-nique-Ceslas Gonthier, etc.On ne peut s’empêcher de songer à l’actualité des deux premiers thèmes.Il n’est pas nécessaire de les définir ici, mais il paraît pertinent d’apprendre ce qu’ils représentaient pour les Québécois d’alors.C’est ce que permettent les articles d’André Vi-dricaire, « Les débuts de l’économie politique et la question du libre-échange » (pp.23-58), et de Harel Ma-louin, « Le libéralisme : 1848-1851 » (pp.59-101).Dès 1840, E.Parent, Des-saulles, Morin et quelques autres endossent la théorie du libre-échange « pour stimuler l’expansion du peuple canadien-français» (p.58).Mais cette position ne s’inspire pas de la doctrine catholique et sera vivement combattue.Les limites du libéralisme ont toujours été fixées par la liberté que les gouvernements ont octroyée aux citoyens : c’est pourquoi les partisans de l’ultramontanisme du 19e siècle ont attaqué cette doctrine par tous les moyens (p.100).L’article le plus intéressant de cette revue est celui de Claude-Élisabeth Perreault, « Paul-Marc Sauvalle, un journaliste rebelle» fpp.161-189).Sauvalle (1857-1920) était un journaliste libéral.Il combattait pour la liberté de presse, de parole, de conscience, et prônait la séparation de l’Église et de l’État et l’instruction laïque et obligatoire.Il s’insurgeait contre la dîme des curés et les exemptions de taxes des communautés religieuses.Bref, c’était un homme qui voyait juste et loin ! Sa vie fut aussi rocambolesque que put l’être celle d’un journaliste au siècle passé.En 1885, il se fixe à Montréal où il travaille notamment pour La Patrie et où il est mêlé à toutes les disputes de l’époque : l’affaire Tardivel, la querelle Fréchette- Chapman, etc.À la suite de certains articles publiés par Sauvalle dans la Canada Revue, celle-ci, ainsi que l’Écho des Deux-Montagnes, se feront condamner par Mgr Fabre en 1892 (p.176).« Lire Sauvalle, c’est rencontrer un journaliste engagé, éloquent et opiniâtre », écrit C.-E.Perreault.Anticlérical d’abord, Sauvalle était au 19e siècle le défenseur de la démocratie et du libéralisme au Québec.Les articles de cette revue parlent de notre histoire.Écrits par des philosophes, ils affichent une méthodologie qui surprend parfois l’historien.Mais cela ne leur ote aucune valeur — au contraire.Ils expriment un point de vue original sur une partie de notre histoire souvent fort mal connue, et ils éclairent d’une lumière nouvelle des problèmes d’actualité.Les débats sur le libéralisme, le libre-échange, l’école laïque, la liberté d’expression, n’ont rien de neuf : on pouvait au moins s’en douter.Mais de voir comment ils ont été traités par les libéraux, comment ceux-ci se sont heurtés à de multiples difficultés pour faire valoir leurs idées au 19e siècle, voilà qui n’est pas enseigné par nos manuels d’histoire.C’est là que réside la valeur de cette revue.Un charisme ambigu CLOSE TO THE CHARISMA My Years between the Press and Pierre Elliot Trudeau Patrick Gossage Toronto, McClelland and Stewart, 1986, 271 pages PAUL-ANDRÉ COMEAU PATRICK GOSSAGE a rempli les fonctions de « secrétaire de presse » auprès de l’ancien premier ministre Pierre Elliot Trudeau durant six ans.Cette expérience fournit la trame de cet ouvrage qui tient à la fois du journal personnel et de l’essai politique.Chronique très particulière des années 76 à 82, ce livre brosse un portrait lointain et vaguement impressionniste de l’homme politique qui dirigeait alors les destinées du gouvernement fédéral.À travers les campagnes électorales, à la faveur des nombreux et importants voyages à l’étranger effectués par M.Trudeau Waldheim: amnésie d’État?LE MYSTÈRE WALDHEIM Bernard Cohen et Luc Rosenweig Paris, Gallimard collection « Au vif du sujet » 1986, 199 pages IL Y A donc une affaire Waldheim.Il ne s’agit plus, hypothèse minimaliste, d’une manoeuvre électorale téléguidée pour contrer l’avènement à la tête de la République autrichienne de l’ancien secrétaire général des Nations unies.Depuis que les États-unis ont opposé un refus catégorique de recevoir le nouveau Président autrichien, il n’est plus possible d’écarter cet épisode qui place le gouvernement de Vienne dans une situation très inconfortable.Deux journalistes français ont tenté d’éclaircir le mystère Waldheim à la faveur d’une enquête menée dans plusieurs pays d’Europe et aux États-Unis.Même si on leur a nié l’accès aux documents fondamentaux du dossier personnel de M.Kurt Waldheim, tel que compilé aux Nations unies, le résultat de cette recherche journalistique mérite considération.Les faits reconstitués, les documents analysés, les témoignages recueillis accablent le chef d’État autrichien.La lecture de cet ouvrage accroît le malaise qu’a fait naître la campagne de révéla- tions du passé « nazi » de M.Waldheim.Deux dimensions de ce petit livre suscitent des commentaires bien particuliers.En premier lieu, il faut signaler la tentative de décrire le comportement collectif du peuple autrichien depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.Les coauteurs du Mystère Waldheim imaginent même l’expression « d’État amnésique ».L’accusation est sévère et mériterait sans doute une démonstration plus étoffée, mais elle soulève des questions graves.En second lieu, tout le chapitre consacré au passage de M.Waldheim à la tete des Nations unies constitue une charge dévastatrice contre cet homme d’État.À l’aide de témoignages oraux, ils brossent de M.Waldheim un portrait où la vanité le dispute au vide intellectuel.À ce seul titre, et même si la charge est parfois caricaturale, on se demande comment la commission d’historiens envisagée à Vienne pourra rétablir l’image de M.Waldheim.— PAUL-ANDRÉ COMEAU durant cette période, c’est, en fait, un essai sur le rôle des médias en politique concrète que livre M.Gossage.Sur le charisme de M.Trudeau et la « trudeaumanie » en tant que telle, ce témoignage n’ajoute rien de très nouveau.C’est dans un tout autre registre que sa lecture devient intéressante.A cet égard, le sous-titre de l’ouvrage correspond vraiment à l’entreprise menée par l’auteur.Il s’agit, en fait, de voir comment les responsables des relations avec les médias envisagent leur rôle, partagés qu’ils sont entre les exigences de leurs « clients » et les obligations que leur tracent sinon le leader politique lui-même, du moins les membres de son entourage immédiat.La relation entre M.Trudeau et la presse a été essentiellement ambiguë.Partagés entre leur admiration pour l’intelligence et le panache de l’homme et leur agacement devant le peu de considération qu’il leur manifestait, les journalistes ont inévitablement oscillé entre l’adulation et l’acharnement dans leurs reportages et analyses.À cet égard, le rôle des « attachés » de presse paraît encore plus ambigu, tellement ils doivent « vendre » une certaine image de leur patron.Les pages les plus significatives et, sous un autre aspect, les plus désolantes de cet ouvrage ont trait aux missions internationales de M.Trudeau.Ces voyages servaient presque uniquement à transmettre au Canada une version très favorable des initiatives et des gestes du premier ministre.L’auteur invoque, à leur décharge, la non-familiarité des journalistes canadiens avec l’actualité et la vie internationales pour expliquer l’interprétation très « paroissiale » répercutée dans les médias d’ici.En somme, un témoignage intéressant sur les relations entre les médias et les services de presse des hommes politiques.pou?le cioiïe- JL Ctiampisiiy Librairie Champigny inc 4474, rue St-Denis Montréal (Que ) 844-2587 9H à 21H • y SEPT JOURS r ISTOIK* df «¦»» Enfin! A nouveau disponible Linteau — Durocher— Robert Histoire du Québec contemporain Tome I: De la Confédération à la crise 660 pages — 24,95$ informé de l'historiographi- la plus récente : il n'v a rien a redire sur son analyse des structures sociales de la France peu avant la Révolution, et son étude du système de la Ille République est admirable.Comme •< la monarchie n'est pas un parti », le comte de Parts assume toutes les traditions de la France, car il faut dépasser « nos guerres civiles ».C’est ainsi que le prince ne voit pas de contradiction entre la célébration du millénaire capétien et celle, qui débutera bientôt, du bicentenaire de la Révolution, dans laquelle, il faut dire, sa famille à joué; un certain rôle .Toujours « h prince rouge ».Le comte de Paris a eu s u jolde malheurs : déceptions politiques, maladie, problèmes familiaux étalés; dans toute la presse, mais « m les: épreuves ni les chagrins, écrit il,: n’ont détruit mes convictions, m al-: téré la force de mon espérance » Sur lui-même et son action, le; comte de Paris s’efforce d'être lu-; eide : « Avais-je décidément tout; raté, aurais-je été, tout au long de; ma vie publique, cet aventurier, cet: opportuniste, que les bien-pensants; dénonçaient avec des mines scanda-; Usées ?Certes, je n’étais pas au pou.-;: voir.Mais j’avais tiré l’iaée moiiar-': chique de son ornière dogmatique et : extrémiste, servi autant qu'ilJw per-: mettait mon pays pendant la gUCn e, : participé aux grands débats pour l’indépendance et la justice, permis à ma famille qu’elle réintègre la coin munauté nationale et partagé son destin.En mourant au combat, en Al gérie, mon fils François a montré que, pour un prince français,4e sert vice du pays ne connaît pas
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