Le devoir, 6 juin 1987, Cahier D
LE LE LE LE LE PLAISIR Jpc PLÆsm wres Nos collaborateurs ont lu .?Le Repos et l'oubli, de Nairn Kattan/D-2 ?La Femme de Sath, d’Andrée-A.Michaud/D-3 ?Beaux Draps, de Jean-Marie Poupart/D-4 ?Ménagerie, de Claude Margat/LM ?Tout disparaîtra.d’André Pieyre de Mandiargues, et Le Manteau de Fortuny, de Gérard Macé/D-5 ?L'Amour au temps du choléra, de Gabriel Garcia Marquez/D-5 ?Le Cinéma espagnol des origines à nos jours, d’Emmanuel Larraz, et La Guerre d’Espagne au cinéma, mythes et réalités, de Marcel Oms/D-6 ?Les Scientifiques parlent/., sous la direction d’Albert Jacquard/D-6 ?Sang mêlé, de Jim Thompson, et Mr Hyde, de Boileau-Narcejac/D-6 ?Le 22e Bataillon, de Jean-Pierre Gagnon, et Débarquements et offensive des Canadiens en Normandie.de Reginald H.Roy/D-7 ?Les CLSC, ce qu’il faut savoir, de Maurice Roy/D-7 ?Le Linceul de feu.de Vincent Mansour-Monteil/D-8 ?Roland Dorgelès.Un siècle de vie littéraire française, de Micheline Dupray/D-8 Montréal, samedi 6 juin 1987 Traduire c’est trahir, mais certains le font disent les Italiens; LIEDEWY HAWKE a traduit Fadette, le journal d’Henriette Dessaules, devenu Hopes and Dreams.(Voir en page D-7.) EVELYN DUMAS collaboration spéciale GE QU E je vise, c’est d’être larfaitement invisible, dit iheila Fischman.Si quelqu’un reconnaît une traduction comme étant de moi, c’est pour moi un échec.» Pourtant, Sheila Fischman, qui habite Montréal, est sûrement l’un des traducteurs les mieux connus au Canada.Depuis sa traduction de La Guerre, y es sir !, de Roch Carrier, à la fin des années 60, elle a traduit une trentaine de livres québécois, par des auteurs aussi divers que Michel Tremblay (qui lui a demandé de traduire ses romans), Anne Hébert, Hubert Aquin, Yves Beauchemin et Nairn Katlan.Elle n'est pas, non plus, d’un naturel effacé.Elle insiste ainsi sur l’invisibilité, parce qu’elle sait que, dès qu’on pense au traducteur en lisant un livre, c’est qu’il y a eu un raté.La traduction littéraire est un métier peu reconnu — qui se souvient du nom du traducteur du dernier roman étranger qu’il a lu ?— et peu payé puisque les traducteurs eux-mêmes, y compris les meilleurs, disent qu’elle ne suffit pas à les faire vivre.À l’occasion de l’assemblée an- avec un tel nuelle de l’Association des traducteurs littéraires, en mai, nous avons interrogé quelques traducteurs, pas tous membres de l’association, sur leurs conditions de production et de travail.D’abord, qui est traducteur littéraire ?Pour être accepté à l’association, il faut avoir fait une traduction publiée sous forme de livre.Mais Michel Buttiens, secrétaire de l'association, qui a obtenu le prix de traduction du Conseil des arts du Canada en 1984, pour Le Voyage de l'iceberg, et qui travaille à sa deuxième traduction de livre, ne croit pas que le titre devrait s’octroyer si facilement, et surtout pas pour des livres de psy- bonheur! chologie « pop ».M.Buttiens a étudié la traduction et l’interprétation en Belgique, son pays d'origine et, à l'heure actuelle, en plus de travailler dans un cabinet de traduction, il est traducteur-conseil aux éditions du Boréal, dont le directeur lui a proposé sa première, puis sa deuxième traduction.« Entre la personne qui connaît un sujet, et celle qui est un très bon traducteur, il vaut mieux choisir le bon traducteur pour traduire un livre », selon M.Battiens.Ivan Steenhout, qui a traduit une trentaine de livres, et obtenu deux fois le prix du Conseil des arts pour la meilleure traduction vers le Iran- TliePùryttfl Icnncm I Veuilles 1K4 IKKI I RAXSI Al un* I HOKWY H.VVkt Suite à la page D-8 Les Amours blessées de Jeanne Bourin risquent, elles aussi, de faire un malheur MARIE LAURIER JEANNE BOURIN préfère écrire des « romans dans l’Histoire » plutôt que des romans historiques dont le genre a été entaché de fantaisie par Alexandre Dumas et d’autres écrivains.« Pour ma part, je me livre à un sérieux travail de recherche et de documentation avant d’écrire un livre», affirme-t-elle.Cette nuance a de l’importance pour cette spécialiste du Moyen Âge qu’elle a si admirablement décrit dans son récit du drame d’Héloïse et Abélard, entre autres, pour celle aussi que l’on appelle en France « Madame Chambre des dames », en rappel du titre de son ouvrage le plus connu, qui s’est vendu à trois millions d’exemplaires et a été vu en feuilleton par des millions de téléspectateurs.Ce succès a de quoi monter à la tête .« Sincèrement, non, me dit Jeanne Bourin, de passage à Montréal la semaine dernière.Si cela m’était arrivé jeune, j’aurais sans doute éprouvé le vertige de la gloire.Mais j’ai eu la chance de commencer à écrire tard, alors j’accueille le succès avec pondération.» On peut immédiatement prévoir que son tout dernier-né, Les Amours blessées (Table Ronde/Lacombe), fera, lui aussi, un malheur.Même si Jeanne Bourin n’est pas encore passée chez Pivot et qu’elle commence à peine sa tournée de promotion, plus de 100,000 lecteurs ont déjà acheté le livre.Ce « roman dans l’Histoire » raconte, cette fois, avec une minutie et une précision fondées sur une recherche intensive, la saga des amours du grand poète de la Renaissance, Pierre de Ronsard, avec sa plus ardente égérie, Cassandre, à qui 11 a dédié une multitude de ses plus beaux hymnes et chants d’amour, dont les très célèbres vers que tout le monde connaît par coeur : « Mi gnonne, allons voir si la rose/ Qui ce matin avait éclose.» Cassandre a bel et bien existé et séduit Ronsard : « Je la vis/ J’en fus fou .», écrivit-il, immédiatement après avoir rencontré la jeune fille de 15 ans dont « l’oeil brun outre-perça mon âme » ! Cette fougue avait de quoi aviver l’intérêt de Jeanne Bourin, qui nous fait découvrir que le 16e siècle en est un de rupture brutale dans le processus d’émâncipation des femmes.« Au Moyen Âge, les femmes étaient fortes, libérées, majeures à 12 ans, admises à de longues et difficiles études, comme l’a démontré Héloïse.Elles pouvaient exercer tous les métiers : orfèvre, médecin, armateur, juge, trouvère, etc.L’épidémie de peste noire au 14e siècle allait décimer la moitié de la population, alors que la guerre de Cent Ans et les malheurs qui s’ensuivirent allaient changer radicalement les règles du jeu.Si bien qu’au 16e siècle, le droit romain, misogyne, remplace le droit celtique qui assurait alors l’égalité des sexes.Cette régression sera catastrophique et l’on assistera à l’assujettissement de la femme par son père d’abord, par son mari ensuite.Les malheurs du 14e siècle, on n’a pas fini de les étudier, de les décanter ! On a oublié 300 ans d’histoire ! » Sans être une féministe militante, l’écrivain estime qu’il est de son devoir de démontrer ce qu’on a passé trop longtemps sous silence, à savoir que les femmes ont bénéficié pendant plusieurs siècles de droits dont on les a ensuite dépossédées.Jeanne Bourin ouvre alors une parenthèse pour rappeler une situation fort symptomatique de l’époque : le « carcan physique » du corset est apparu au 16e siècle sous le vertugadin, en même temps que le « carcan des droits féminins », alors qu’au Moyen Âge, on ne connaissait même pas ce vêtement.Héloïse, qui a vécu au Moyen Âge, et Cassandre, à la Renaissance, sont donc à l’opposé l’une de l’autre.« Mais elles sont toutes les deux fascinantes en ce qu’elles incarnent parfaitement l’atmosphère de ces époques.La première alliait la passion à l’intelligence, ce qui est rare, la seconde se trouve dépossédée de tous ses pouvoirs et réduite au rang de mineure toute sa vie.» Cassandre aime Ronsard — ils ne peuvent s’épouser car le poète est clerc tonsuré — d’un amour de coeur plus que de chair.Mais elle finira par céder à ses avances alors que son mari était à la guerre, et son enfant aura vraisemblablement été conçu pendant ces « quatre mois de bon- heur ».Elle subira, cependant, l’humiliation de se voir peindre sans masque ni fard dans les odes et sonnets de son amant, ce qu’elle réprouvera violemment au point de priver Ronsard de ses faveurs.Rendue à l’âge mur, elle retrouvera sa sérénité et confirmera, sans plus s’en défendre, l’amitié amoureuse qu’elle a vouée au poète pendant 40 ans.Et réciproquement.Voilà un résumé bien succinct d’une histoire peu banale, écrite dans une langue vivante et fort élégante.Jeanne Bourin avoue travailler beaucoup, six heures par jour régulièrement, et elle met au moins deux ans à écrire un livre dont elle alterne les genres : un roman tout court et un roman « dans l’Histoire », de préférence avec une héroïne.Son prochain ouvrage sera donc un roman tout court dont elle ne peut nous dévoiler pour l’instant la trame mais qu’elle commencera à écrire en octobre.Après une tournée de promotion de son livre, qui la conduit dans tous les pays francophones du monde, Jeanne Bourin prend enfin des vacances en Chine, avec son mari.Pille lancera à Noël un conte du 13e siècle pour les enfants sous le titre Le Sanglier blanc.JEANNE BOURIN : « Mignonne, allons voir.» si la femme de la Renaissance n'était pas « réduite au rang de mineure toute sa vie ».Photo Jacques Grenier La publicité est-elle en train de récupérer la bande dessinée?enki bilal t patrick cauvin LADY POLARIS Jean-Claude Mézières et Pierre Christin éditions Autrement, 1987 HORS JEU Enki Bilal et Patrick Cauvin éditions Autrement, 1987 PAUL CAUCHON COMMENT peut-on raconter une histoire autrement ?Les exemples abondent en littérature, mais en bande dessinée, les formules inédites se font plus rares.Les éditions Autrement, bien nommées, semblent vouloir chercher une nouvelle voie en ce sens.Les principes de base de la bédé semblent fixes depuis des décennies, malgré toutes les expériences graphiques des 15 dernières années : une grande planche divisée en un certain nombre de cases illustrées qui racontent un récit ponctué de récitatifs et de dialogues dans les ballons.Mais, chez Autrement, on étouffe dans la page, on cultive la marge, on jongle avec les images : bref, on s’éclate ! Voyez Lady Polaris, de Mézières et Christin, le tamdem qui nous donne déjà Valérian sur un mode plus traditionnel.Cela se veut d’abord une enquête journalistique fiction — ou une fiction journalistique, ou une enquête bidon (les « genres » valsent dans tous les sens et donnent la nausée aux gardiens de l’orthodoxie chez Lagarde et Mi-chard).Donc, Mézières et Christin, qui présentent l’histoire en assumant leur rôle d’auteur-narrateur, rencontrent un vieil homme qui leur parle du Lady Polaris, un navire qui a fait naufrage dans des conditions mystérieuses.Les deux auteurs tentent alors de retracer les rares survivants de l’événement en se promenant le long des ports de la Baltique et de l’Atlantique.À cette circulation dans le récit correspond une sorte de circulation entre les images possibles de la narration : grandes illustrations, vignettes encadrées dans le texte, vignet- tes disposées en cases comme en bande dessinée, et même photographies réelles.Circulation autour des images, qui se disposent partout sur la page, circulation autour des modes narratifs (dialogues, commentaires, descriptions, extraits d’entrevues), Lady Polaris se présente comme une lente dérive, alors que la conclusion de l’histoire, plutôt tarabiscotée, laisse toutes les possibilités imaginatives ouvertes.Avec Hors jeu, de Cauvin et Bilal, le système est plus simple mais le récit de Patrick Cauvin est superbe.Dans un avenir indéterminé, un ancien commentateur de soccer se remémore l’époque bénie de ce sport maintenant disparu.En très peu de pages, Cauvin fait surgir les figures glorieuses du passé et les événements qui ont jalonné la disparition du sport, de l’emploi des souliers spéciaux qui lançaient des projectiles à la greffe de prothèses, en passant par les « laserauréoles » utilisées par l’équipe nationale du Vatican pour déconcentrer l’adversaire ! Et l’on admirera longtemps ces arbitres vivant sous terre, protégés par des cages de verre blindées comme d’anciens souffleurs de théâtre.Chaque page de droite présente une grande et magnifique illustration de Bilal, et la page de gauche propose le texte, qui décrit l’illustration-photo, en un commentaire nostalgique qui nous fait effectivement croire a la disparition du soccer.?LA MARQUE BLEUE Pascal Fournier et Pascal Dubuck GIP éditeur, 1987 (distribution Dargaud) LES FRANÇAIS sont fous de la publicité, c’est bien connu.Il nous faut signaler ici un des plus récents et des lus spectaculaires avatars de cette oulimie : La Marque bleue est le premier album d’une nouvelle collection de bédé d’aventures ayant pour cadre une société d’affaires.Oui, vous avez bien lu, une entre-prise commerciale.Ici, il s’agit du Suite à la page 0-8 ËÉÏÜS Dmif JWfiùr Ces îles en nous Impn.iurl’inlimilr OUfBf C I AMtMOUI Ces îles en nous Denis Pelletier Véritable expérience d’intimité en lui-même [.] le propos donne envie de se mettre en retrait des activités quotidiennes et de s’offrir du temps.Et dériver.Julie Stanton, lé Devoir QUEBEC/AMERIQUE Un essai remarquable sur l’appréciation de tous les moments de plénitude et de dépaysement que nous offre la vie.154 pages, 12,95$ N D-2 M Le Devoir, samedi 6 juin 1987 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER Photo Raymond Poltraa Les Dimanches de Clémence, demain soir à Quatre Saisons : de gauche à droite, Louisette Dusseault, Madeleine Ouellette-Michalaka, l’animatrice Clémence Desrochera, Maude et Jeanne Bourin.CAROLE MASSÉ et Jacques Godbout sont délégués par Radio-Canada aux « Rencontres des écrivains francophones », à Redu, du 12 au 14 juin.de Michel Cailloux et Jacqueline Déry-Rochon, réélus à la vice-présidence, et de Roger Brunelle, Thérèse Patenaude, Angèle Pintal, réélus directeurs.Le C.A.se complète de nouveaux élus : Rolland Morrisseau, Pascale Rajotte, Hubert Saint-Germain et Claude Desjardins.Prix du Gouverneur général LES PRIX du Gouverneur général pour 1986 étaient décernés récemment par le Conseil des arts du Canada.Il est toujours intéressant de connaître les jurys dans diverses catégories.Rappelons que, pour la littérature québécoise, les lauréats ont été Cécile Cloutier (poésie), Yvon Rivard (roman), Anne Legault (théâtre) et Régine Robin (essai).Les jurys réunissaient : pour la poésie, Pierre Morency, Pierre Nepveu, France Théoret; pour le roman, Gabrielle Poulin, André Brochu, Jacques Folch-Ribas; pour le théâtre, André Ricard, Bernard Andrés, Hélène Loiselle; pour les essais, Nicole Deschamps, René Durocher, Claude Lévesque.Récitals de poésie CE SOIR, à la galerie Oboro (3981, boulevard Saint-Laurent, espace 499), à 20 h, il y aura soirée de poésie présentée par Claude-Marie Caron.Mercredi soir, 10 juin, à La Chaconne (342, rue Ontario est), à 21 h, Janou Saint-Denis reçoit Gilbert Moore à la Place aux poètes.LES ONDES LITTÉRAIRES À la télévision de Radio-Canada, dimanche à 13 h, l’invité de Marcel Brisebois à Rencontres est Francine Couture-Lebel.Au réseau de Télé-Métropole, dimanche entre midi et 14 h, Reine Malo propose, à Bon Dimanche, la chronique des livres par Christiane Cha-rette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À CIBL-FM (104,5), dimanche à 19 h, Yves Boisvert lit des pages du poète Yves Préfontaine à son émission Textes.Au réseau Quatre Saisons, dimanche à 22 h, Les Dimanches de Clémence a pour thème « Discours de femmes ».L’animatrice Clémence Desrochers reçoit la comédienne Louisette Dussault, qui est aussi écrivain de théâtre, ainsi que Jeanne Bourin (Les Amours blessées, La Table Ronde), Madeleine Ouellette-Michalska (L’Amour de la carte postale, Québec/Amérique) et Aude (Banc de brume, Garamond/du Roseau).À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h 30, Apostrophes a pour thème « Les relations ».Bernard Pivot reçoit Philippe Adler, Ghislaine Andréani, Pierre Desproges, Bruno Masure, Antoine He-brard et Danièle Leferre.(Reprise le dimanche suivant à 14 h 30.) À Radio-Canada à 23 h, Francine Marchand et Daniel Pinard animent le magazine culturel La Grande Visite.À la radio MF de Radio-Canada, le lundi à 16 h 30, Jacques Folch-Ribas anime la série « L’érotisme ».Ce lundi, il sera question des « artifices », avec Fernande Saint-Martin, Jacques de Roussan et Naîm Kattan.Au réseau de Radio-Québec, à l’émission Télé-Services, à 18 h 30, Louise Faure reçoit un écrivain par semaine.Au réseau Vidéotron (câble 9), lundi à 21 h 30, Écriture d’ici, animée par Christine Champagne et Marcel Rivard, reçoit Yvon Paré (Les Oiseaux de glace, Québec/Amérique).L’émission est reprise le mardi à 13 h 30, le samedi à 13 h 30 et le dimanche à 10 h 30.À la radio AM de Radio-Canada, tous les jours de la semaine à 13 h, Suzanne Giguère et Louise Saint-Pierre parlent littérature et théâtre aux Belles Heures.À la radio MF de Radio-Canada, du lundi au jeudi à 16 h, Gilles Archambault présente le magazine d’actualités littéraires Libre Parcours.A la radio MF de Radio-Canada, mardi à 21 h 30, Réjane Bougé anime En toutes lettres, le magazine d’actualité de la littérature québécoise réalisé par Raymond Fafard.Les énigmes de la francophonie LES ÉCH ANC ES culturels entre la France et le Québec doivent passer par la politique, ce qui crée parfois de l’ambiguïté dans les termes.Aujourd’hui, c’est au tour de l’éditeur scolaire français Hatier de dé baptiser la littérature québécoise en l’appelant « littérature canadienne francophone », selon le titre d’une étude qui vient de paraître dans la collection « Profil formation français » (n° 419-420).Cet essai a été dirigé par Edwin Hamblet, de l’Université de New York, « ancien président du Conseil américain d’études québécoises ».L’ouvrage retrace l’histoire de la littérature québécoise, à laquelle il ajoute l’Acadienne Antonine Maillet.Par ailleurs, il n’est pas question, dans ce livre, de la littérature canadienne-française qui s’écrit hors du Québec.L’ouvrage aurait donc dü s’intituler « La littérature québécoise ».Or les éditions Hatier auraient ignoré l’exigence d’au moins un ayant droit.Les éditions de l’Hexagone avaient fait remarquer à l’éditeur français que des auteurs comme Alain Grandbois, Roland Giguère et Paul Chamberland appartiennent à ce qu’on appelle « la üttérature québécoise ».Dans sa réponse à Hatier, Gaston Miron avait précisé : « Je ne suis pas un écrivain canadien mais québécois.C’est mon identité.J’écris en français et non pas en anglais.Et c'est comme tel que je suis connu comme écrivain ici et dans le monde.» Les éditions de l’Hexagone refusaient ainsi de participer à un ouvrage qui s’intitulerait « La littérature canadienne-française > Or l’étude est parue sous le titre : La Littérature canadienne francophone.Aujourd’hui, les éditions de l’Hexagone se trouvent devant un fait accompli.« Nous allons protester, dit l’éditeur Alain Horic.C’est de la fausse représentation.Ce titre n’était indiqué nulle part dans la demande de droits.Si nous avions su quel était le titre de l’ouvrage, nous aurions refusé de participer à ce livre.» Notre collaborateur ÉMILE OLLIVIER représentera Haïti aux mêmes « Rencontres des écrivains francophones », dans les Ardennes, à la mi-juin.L’étude de M.Hamblet, qui s’attache à notre histoire littéraire de Jacques Cartier à Gilles Vigneault, dresse des portraits d’écrivains en poésie, roman, théâtre et chanson.Ainsi, Miron, Giguère et Chamberland se retrouvent au chapitre intitulé « Poètes du pays ».L’Exotisme de l’Autre IL EXISTE dans les Ardennes un petit village qui compte 450 habitants et 25 librairies, dont certaines occupent des maisons entières.De Pâques à octobre, ce village est envahi par quelque 120,000 visiteurs venus bouquiner.C’est dans ce lieu exceptionnel, nommé Redu, qu’auront lieu, les 12,13 et 14 juin, les « Rencontres d’écrivains francophones », sous l’égide de la Communauté des radios publiques de langue française.Ces rencontres ont été précédées d’une série de correspondances sur cassettes entre des écrivains de chacun des pays de la communauté radiophonique.Radio-Canada s’est fait représenter par les écrivains québécois Jacques Godbout et Carole Massé.Pour sa part, notre collaborateur Émile Ollivier représentera Haïti.Le réalisateur Fernand Ouellette sera aussi à Redu.Ces émissions, produites à l’enseigne de « L’Exotisme de l’Autre », seront entendues au réseau MF de Radio-Canada.Littérature de jeunesse D ES ATELIERS sur les stratégies de promotion et de communication en Üttérature de jeunesse se tiendront le 11 juin, de 14 h à 17 h, au Centre Saint-Pierre (salle 203,1212, rue Panet - métro Beaudry).C’est une initiative de Communication-Jeunesse.Société littéraire de Laval LE CONSEIL d’administration de la Société littéraire de Laval était élu lors de l’assemblée générale annuelle de l’association, récemment.Patrick Coppens a été réélu président.Il sera entouré Naïm Kattan de Bagdad à Montréal La littérature, c’est le «septième jour» LE REPOS ET L’OUBLI Naîm Kattan Hurtubise/HMH, 1987,197 pages LES ESSAIS LORI SAINT-MARTIN AUNE ÉPOQUE que certains veulent « transculturelle », l’exemple de Naïm Kattan retient l’attention.On connaît les grandes lignes de sa biographie : juif de langue arabe, né à Bagdad, il étudie à la Sorbonne avant de s’installer à Montréal dans les années 50.Auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre, il a signé aussi plusieurs volumes d’essais, dont une étude en trois tomes des « écrivains des Amériques » (États-Unis, Canada anglais, Amérique latine).Ne pas choisir, conserver précieusement toutes ses appartenances, telle pourrait être la devise de Naïm Kattan.Ainsi, l’intégration à la vie montréalaise lui facilite le retour aux autres civilisations qu’il a traversées : « Comme un amour qui s’ajoute à tous les amours sans les nier et sans les effacer, mon appartenance au Canada s’inscrit dans le prolongement de ma naissance irakienne et de ma vie juive.» Ainsi, lecteur assidu de la Bible mais aussi du Coran, amateur de Tolstoï mais aussi de Saul Bellow et de Northrop Frye, grand voyageur, Canadien par conviction (il nous donne dans ce livre une étude des deux nationalismes canadiens), Naïm Kattan se livre ici à une série de réflexions qui abordent, de tous les côtés, le double thème du titre.Pour toutes les religions, le septième jour, jour du repos, est le plus grand et le plus important.Ainsi, les cultures et les êtres oscillent sans cesse entre deux pôles : l’arrêt et le recommencement, le sacré et le profane.Le caractère sacré de la prière, dans les trois religions étudiées (judaïsme, islam, christianisme), vient de ce qu’elle est arrêt, repos, acte répétitif et constant qui scande le temps.La société occidentale est malade d’avoir voulu nier le temps et les saisons, d’avoir désappris le repos et de le chercher, avec frénésie, dans l’oubli.Ainsi, on rêve du jardin perdu, où DANS LES IJTYPO LES MEILLEURS BOUQUINS Roland Giguère La Main au feu ROLAND GIGUÈRE LA MAIN AU FEU 6,95$ poésie.148 po «L’un des meilleurs poètes au monde.» Michel Beaulieu «Cette poésie est parfaite.» Réginald Martel TYPO |i POCHE ¦¦ l’HEXAGONE le repos semble encore possible; mais ce jardin, on le recherche par des moyens artificiels (un retour a la terre factice ou un saut dans un Club Med), de sorte que le jardin ainsi fabriqué devient « le produit de la même machine qui le rend onirique ».La quête des origines, l’amitié qui s’oppose à l’oubli, trouvent aussi leur place dans ce recueil.La conception de l’écriture qu’exprime Naïm Kattan ressemble fort à celle de Gabrielle Roy : « Parfois, je me demande si je ne me suis pas mis à écrire pour faire surgir de l’ombre des amis, inconnus, mais qui se révèlent et entrent naturellement dans ma vie.» Et le rôle de la littérature dans notre vie ?C’est l’« emprise du septième jour, espace de l’arrêt et de la reprise ».D’ou une longue étude du temps dans la littérature québécoise.Un essai sur l’érotisme démontre que la pornographie a détruit le sens de l’écrit érotique, expression d’un désir libre et qui s’accepte : autre abrutissement de la vie moderne.A.M.Klein suscite la sympathie de l’auteur parce qu’il « peut être à la fois juif et écrivain anglophone, un homme de la Bible et un héritier de Shakespeare », aimer Israël, Montréal et l’Irlande.Et toujours, l’auteur nous renvoie au Livre qu’il estime essentiel : « Pour comprendre l’Amérique, je relis la Bible et je cherche à m’expliquer le monde de mon enfance.» L’omniprésence de la référence biblique laissera sans doute plusieurs lecteurs indifférents.Se déploie pourtant dans ces pages une immense culture, qui veut ignorer les barrières de l’espace et du temps.Ainsi, « Suite et succession », un essai qui traite de la transmission du pouvoir et du savoir, de père en fils, utilise des exemples bibliques (Saul, David, Salomon) et historiques (pouvoir papal et pouvoir des souverains), mais aussi littéraires (Le Roi Lear, Les Frères Karamazov)-, Marx et Freud auront le dernier mot.Si l’analyste brûle parfois les étapes, en revanche l’ampleur du tableau ne laisse rien à désirer.Naïm Kattan n’est pas un styliste, du moins dans ses essais.Il utilise un langage simple, sans grande recherche ; moins qu’avec les mots, il joue Photo Jacques Grenier NAÏM KATTAN avec les idées.(Il s’élève, d’ailleurs, contre l’abus des jeux de mots : « .quand le mot devient son propre objet, conduisant à la redondance et à l’insignifiant, l’isolement s’installe et le lecteur se découvre dans une solitude aussi étanche que celle de l’auteur »).La plus grande qualité de cette oeuvre, c’est sans doute la perspective large et généreuse de l’auteur, situé à la frontière de trois cultures, de trois religions, de plusieurs langues.Ouverture salutaire, chez un auteur qui s’oppose à l’oubli en interrogeant sans cesse une mémoire millénaire.ERRATUM Nos lecteurs sont priés de noter que la Petite Revue de philosophie, dont l’un de nos collaborateurs recensait le dernier numéro en page D-7 du PLAISIR DES LIVRES du 30 mai, est éditée par le cégep Édouard-Montpetit.MÉMOIRES ANACHRONIQUES ueciac «Marlowe ?Vous avez dit Marlowe ?Peut-être est-il l'inventeur d’une nouvelle race d'écrivain : le détective historique.» Pierre Boncenne / tire « Une autobiographie fictive où l’humour retouche et enrichit l'histoire».Laurent Laplante / Ici Québec — Radio Canada 608 p.29,95$ «C’est Colomb lui-même qui nous parle depuis un outre-tombe où il voit tout et pourfend sans ménagement les générations de biographes qui ont forgé sa légende».Irène Frain / Paris-Match SEUIL PRIX DU GOUVERNEUR GENERAL “ I ANNE LEGAULT , LA VISITE DES SAUVAGES ou ** L’ÎLE EN FORME DE TÊTE DE VACHE «Anne Legault donne au théâtre québécois une oeuvre d’une fort belle tenue, écrite dans une langue sûre.» Robert Lévesque, Le Devoir «Une pièce sur la jeunesse, sur la jeunesse de toutes les époques, et si elle prend des apparences rétrospectives, ce n’est que pour mieux se projeter dans l’avenir.» Anne Legault vlb éditeur 148 pages — 9.95$ vlb éditeur la petite maison de la grande littérature I Le Devoir, samedi 6 juin 1987 B D-3 LE PLAISIR Apc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISE LE plais: Jfries] • ! livres Sous le signe du Scorpion, Andrée-A.Michaud nous convie aux confins de l’obsession LA FEMME DE SATH Andrée-A.Michaud Québec/Amérique, 1987 152 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN POUR ALLER à Sath, il faut savoir se mettre en état de grâce.Car, si c’est un pays du bord de mer, c’est aussi un espace intérieur.Il faut entrer dans l’empire du regard où toute réalité retrouve son étrangeté primordiale.Sath « .est une ville-illusion apparaissant encore à quelques voyageurs, la nuit, sous certaines atmosphères, un lieu qu’on cherche désespérément, après, quand l’air se charge d’odeurs et de chants qu’on croit avoir déjà perçus, un soir, sur le quai d'une gare ».Dans cette ville de nulle part, un soir, une femme est descendue du train.Un homme la suivait.Une autre femme également a sauté du train juste avant qu’il ne reparte.Cette femme s’attache à leur mystérieuse errance, comme envoûtée.Un jour, la narratrice trouvera, sur le pas de sa porte, un paquet adressé à « l’occupante ».Hasard ?Ici, la frontière est floue entre hasard et nécessité.Dans l’emballage de papier brun, le récit, écrit d’une main tremblante, de la rencontre de ces trois personnages, à Sath.À son tour, la voilà lancée sur la piste de ces trois voyageurs fantomatiques.«.avec le*temps, j’en vins à croire que malgré toute la distance qui nous séparait, ces quelques pages m’appartenaient, et que jamais elles n’avaient été destinées à une autre qu’à moi.Chaque jour, j’en relisais des passages, et lentement je m’imprégnais de la pensée de cette femme, de son récit, au point de me sentir capable de le réinventer parfois.» Elle partira donc pour Sath.Elle ira interroger ceux qui ont vu.Qui ont cru voir.S'ensuit une narration à la structure complexe où s’imbriquent sept récits.« Il ne faudra donc pas s’étonner si, à travers tous ces récits, les possibles parfois se confondent, c’est-à-dire cette femme et ses multiples, qui ne tiennent à rien, sinon à certains regards, certaines odeurs, lumières.» Car, de cette histoire, qui sans cesse s’échappe comme le sable dans la main qui se referme pour le retenir, se dégage ce que Céline appelait « la petite musique » de l’auteur.Cette aventure de la narratrice à la poursuite d’une femme qui aurait connu l’histoire de cette autre femme et de cet homme qui la suivit à Sath, c’est d'abord et avant tout une aventure d’écriture, une histoire de mots.Comme toujours, devant le jamais vu, le tout neuf, on est condamné à nos vieux mots.On dit : ça ressemble à.ça me fait penser à .Deux comparaisons m’obsèdent.L'Année dernière à Marienbad, à cause de l’exploration du souvenir, d’une phrase qui montre et décrit les lieux, les gestes, la couleur des atmosphères.Qui montre et laisse à voir.Je pense aussi à Duras, à cause du côté voix-off de la narration.À cause aussi de la scansion de la phrase qu’on a envie de dire à haute voix.Les comparaisons sont odieuses et je ne voudrais pas succomber à la tentation du label.Tout au plus voudrais-je indiquer le registre de cette « petite musique » d'Andrée-A.Mi-chaud qui lui est toute propre.On ne peut que s'incliner devant la maîtrise de l’écriture, la puissance et « Ecrire pour se donner ce qu’on n’a pas dans la vraie vie » JEAN ROYER LE PREMIER roman d’Andrée-A.Michaud, La Femme de Sath, est d'une qualité exceptionnelle.Ce n’est pas tous les jours qu’un écrivain se révèle avec un premier livre aussi achevé.La surprise passée, la lecture dégustée, on peut aller voir qui a manié la plume.Née dans la Beauce en 1957, An-drée-A.Michaud a toujours détesté écrire à l’école, dit-elle.« Peut-être à cause des sujets imposés : récits de vacances ou des Fetes, par exemple.» C’est vers l’âge de 14 ou 15 ans que le plaisir d’écrire l’a gagnée.« Je suis devenue quelqu’un de très solitaire.J’avais souvent besoin de m’isoler.Je suis silencieuse.Cependant, même si on ne parle pas, on a quelque chose à dire.C’est par l’écriture qu’on peut parvenir à dire ces choses-là.» Aujourd’hui, après des études en philosophie, en cinéma et en lettres, elle publie son premier roman chez Québec/Amérique.« Je me suis dit que je voulais faire de l’écriture ma principale activité : il me fallait commencer par me rendre au bout d’un livre, pour me prouver à moi-même que j’étais capable de le faire.» Les lectures d’adolescence qui l’ont marquée, ce sont celles de Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais, Jean-Paul Sartre romancier et des Photo Québec/Amérique ANDRÉE-A.MICHAUD auteurs du « nouveau roman », particulièrement Robert Pinget, Nathalie Sarraute et Michel Butor.On lui dit aujourd’hui que l’écriture de son roman La Femme de Sath est influencée par celle de Marguerite Duras, ce que ne nie pas Andrée-A.Mi-chaud, en ajoutant qu’elle n’a pas lu Duras par elle-même et que cette découverte reste tardive et d’effet secondaire.Le roman d’Andrée-A.Michaud est, certes, plus littéraire qu’un best-seller pour consommation rapide.C.’est la forme qui intéresse notre romancière et non le fait de raconter une histoire dans ses détails.« Lire une histoire pour elle-même n’est pas d’un grand intérêt.Il faut qu’il y ait quelque chose de plus : un jeu avec les mots, avec le style.Je privilégie beaucoup la forme mais il faut qu’il y ait une narration, bien sûr.Je ne veux pas privilégier la forme pour la forme pure, car cela deviendrait tout simplement un travail expérimental.Mais il ne faut pas que la narration l’emporte sur la forme.Il faut réussir à trouver la forme qui convienne au propos.» Pour la jeune romancière, le plaisir d’écrire égale le plaisir d’etre.« Je ne peux pas dissocier écriture et quotidien.Meme si je passe une journée sans prendre la plume pour écrire, il y a toujours des choses qui se travaillent dans ma tête en prévision d’un texte à venir.» Comment elle écrit ?« Je ne pars pas d’anecdotes, de faits précis ou d’intrigues bien construites.Mon point de départ, ce sont des impressions, des atmosphères, des images vues, des choses entendues, des sensations.À partir de là, j’imagine une histoire qui va enrober tout cela.Pour ce premier roman, j’avais besoin de remonter ma propre mémoire, sans que cela soit évident pour le lecteur.Il faut aller au bout de certaines choses pour être capable de s’en débarrasser et de passer à autre chose, justement.Mon prochain livre sera bien différent.» Pourquoi André-A.Michaud écrit et continuera d’écrire ?« C’est un be- Le dictionnaire biographique canadien pourrait être interrompu TORONTO (PC) — Le répertoire biographique des plus illustres citoyens canadiens pourrait ne pas être complété.Publié jusqu'à ce jour en 10 volumes, le Dictionary of Canadian Biography raconte la vie de plus de 5,000 Canadiens qui ont acquis une notoriété publique, qu’ils soient hommes politiques, gens d’Église, aventuriers ou voleurs de grands chemins.Quoique le répertoire ait suscité l’enthousiasme général tant au pays qu’à l’étranger, son sort n'en est pas moins dangereusement remis en cause, en raison des restrictions budgétaires décrétées par le gouvernement fédéral dans plusieurs champs d’activité.« Si nous ne pouvons pas trouver l’argent nécessaire pour continuer notre travail, nous ne serons pas en mesure de publier la biographie de personnalités importantes comme celles de (Wilfrid) Laurier, (Robert) Borden et Mackenzie King », a déclaré James Marsh, un historien de l’Université de l’Alberta.En fait, le dernier volume, de la sé- rie de 10, fait état de biographies de personnalités ayant vécu jusqu’en 1900, ce qui ne comprend pas une seule des personnalités masculines ou féminines illustres dont la vie a pu prendre fin au cours du siècle présent.L’éditrice Frances Halpenny, qui a dirigé le projet depuis ses tout débuts en 1959, conserve l’espoir que le Conseil de la recherche en sciences sociales reconnaisse la valeur et Champions Librairie Champigny inc 4474, rue St-Denis Montréal (Qué.) 844-2587 9H à 21H • y SEPT JOURS c LA CONFÉRENCE INACHEVÉE de Jacques Ferron «Comme un texte sacré» Jacques Ferron I** pafl de Oamelin et «fatras récits Préfaça d» Pierre Vadeboncœur «La Conférence inachevée me rappelle cruellement la perte de ce très grand écrivain, le premier à faire des lieux de son oeuvre le centre naturel du monde.J’ai lu La Conférence inachevée, qui est üné sorte de testament, comme j’aurais lu un texte sacré, dans un état d’accueil total.Ce que je viens de lire, dans le très beau recueil de VLB Éditeur, c’est, ici, là et là encore la mort de Ferron lui-même.«Les deux lys», un chef-d’oeuvre.Ce texte est bouleversant.» Réginald Martel, La Presse 240 pages vlb éditeur la petite maison de la grande littérature soin.Je n’ai pas cherché à en analyser les raisons.J’ai des choses à dire et c’est de cette façon que j'ai envie de les dire.C’est une façon aussi de lutter contre certaines angoisses, de les mettre sur la table et de les regarder en pleine face.Le plaisir de l’écriture n’est pas négligeable, non plus.Quand on écrit, on embarque facilement dans un autre univers, parallèle.Écrire, c’est peut-être une façon de se donner ce qu’on n’arrive pas à avoir dans la vraie vie.» l’originalité de cet imaginaire obsessionnel, surtout si l’on considère qu’il s’agit d'un premier roman.Ce texte est d'une telle beauté et d'une telle qualité littéraire que le chroniqueur voudrait effacer ses propres mots pour en citer des pages entières.Je me contenterai de transcrire ce moment où la narratrice arrive au bout de sa recherche : « L'écriture m’épuise, le temps qu’on met à se souvenir, à croire qu'on se souvient, à remplacer un mot par l'autre tout en se figurant que ce mot-là saura mieux dire que le premier.« Je suis très fatiguée, très exténuée, au point de ne plus savoir qui de moi ou des autres a dit quoi, qui devrait l’avoir dit, qui pourrait, au point de me demander aussi si je ne parle pas une langue étrangère, une de ces langues hybrides fondées sur le malentendu, qui serait parcourue par le bruit de la mer et du vent, le crépitement du feu, le chant de la détresse.» Pour aller à Sath, il faut accepter le voyage hasardeux de la mémoire, succomber à l’envoûtement du silence de ceux qui ne trouveront pas les mots, au tumulte de la nature indifférente.Dans ce roman écrit sous le signe du Scorpion, Andrée-A.Mi-chaud se taille une place éminente dans notre littérature.Et s’il arrivait ce qu'il mérite à ce roman ambitieux, c’est dans la littérature tout court qu’on lui ferait cette place.L’écrivain est jeune et la vie est longue .Comme le disait Michel Tournier, à rémission Au gré de la fantai sie à Radio-Canada M F, le vendredi 22 mai : « Entre la littérature de laboratoire et la littérature populaire, il y a de la place pour une littérature qui soit ambitieuse et qui soit lue.» Souhaitons à Andrée-A.Michaud les lectrices et les lecteurs qu'elle mérite.l’importance de la publication d’un tel répertoire et qu’il en subventionne les travaux jusqu’en 1989, année où les travaux d’édition doivent prendre fin.C’est alors que la rédaction du 12e volume de la série devrait être terminée.L’organisme fédéral accorde annuellement la somme de $ 1 million pour la réalisation du répertoire biographique canadien.HOWARD BUTEN Monsieur Butterfly ROMAN SEUIL Mickey a onze ans.Il est schizophrène.Ralph chie dans ses chaussures.Tina est née avec les deux jambes tournées vers l'arrière.Harold a douze ans: il a peur de choses que nul autre que lui ne peut discerner.Et vogue la galère pour un monde où règne le "coeur secret”: celui de Monsieur Butterfly, tendre ironique, guetteur de l’impossible, sans cesse nous interroge: “Dites-moi pourquoi le coeur humain rouille si facilement et __________ n’est plus récupérable?” «Le roman le plus tendre, le plus secret, le plus terrible Une recherche dans les profondeurs d'un monde secret celui des enfants qu’on dit anormaux^.; et des adultes qu'on dit normaux».« Nicole Zand / Le Monde «Howard a écrit un livre extraordinaire, tout entier de rires, de larmes et d’amour, le livre du coeur secret comme H dit».Jacques Folch-Ribas / La Presse Hom/mA 4 S»'SM 'Vv'jSv» DANS LA COLLECTION DE POCHE POINTS VIRGULE En vente chez votre libraire SEUIL A'Ï&SANT ]VtALTl ‘ depuis Ce.«boette S s0us la la ce dation é,éréapfdaàqa" i l'on Jacquo;^mmen.aire- •¦*15 ment3 9,‘SS*iiMnS»p|éi*iB® fe£>28"a' r;*v MA1"’ lM*,#** «¦SsSsfe.à 89-00$ „„rscaté '*!$* fil# sagat7ep-lesP «°^à9,00* libraif|e a en 0 ¦¦ M V***; ?lb éditeur LE PLAISIR /Jfc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR à LE PLAISIR I ^ J • livres Cet été, je vais à la mer ou ailleurs avec Un jour de rage, Jean-Marie Poupart s’est mis dans de «beaux draps» «Sans récriture, je ne serais pas supportable.» Cécile Cloutier L'écouté « Des lecteurs, j’en ai environ 2,000, qui me suivent depuis l’adolescence .» Là, avec cette réponse sérieuse, nous approchons du véritable entretien littéraire.Continuons dans cette belle voie.Est-ce que la situation de l’écrivain des années 1980 n’est pas très différente de celle des années 1960?« À l’époque des éditions du Jour, se rappelle Poupart, il y avait une grande effervescence, une émulation qu’on ne retrouve pas aujourd’hui.Les gens se parlaient de ce qu’ils écrivaient.Aujourd’hui, depuis la fondation de l’Union des écrivains, nous ne parlons entre nous que des manuscrits refusés, des photocopies et des droits d’auteurs.Moi, j’aime parler de ce que j’écris avec d’autres écrivains, meme ceux dont l’univers romanesque est éloigné du mien, comme André Major, Victor-Lévy Beaulieu ou Alain Poissant.J’aimerais aussi parler de fiction avec quelqu'un qui vient de publier un premier roman et qui a 23 ou 24 ans.» Jean-Marie Poupart, on peut l’affirmer, est un véritable passionné de l’artisanat du métier.Jadis lecteur aux éditions du Jour, il le reste vingt ans plus tard pour quelques amis (et bientôt pour un éditeur).Lui-même fait lire ses manuscrits par d’autres avant de les soumettre à l’édition.« J’aime ça, coacher du monde.Il y en a qui coachent tellement mal, ici, qui essaient de faire écrire les autres comme ils écrivent eux-mêmes.« Voilà pour mon rôle social, me confie enfin Poupart.À part ça, je suis quelqu’un comme Gilles Archambault : je suis un soütaire et j’ai des horaires pour écrire.Je vais voir mes films le vendredi après-midi.Quand j’écris, cela m’arrive de débrancher le téléphone du mur.Mes meilleurs amis ne sont pas nécessairement des littéraires.Ce qui tient une grande place dans ma vie, c’est ma partie de cartes avec la bande de Croc.C’est étonnant mais c’est comme ça ! L’amitié avec Yves Taschereau, puis avec Serge Grenier.Celui-là, c’est un véritable écrivain.Certaines choses qu’il écrit vont rester.» Aussitôt qu’il commence à parler de lui, Poupart va se cacher derrière les autres ! Et lui, Jean-Marie, comment se sent-il comme écrivain dans le Québec de 1987 ?« D’abord, je suis plus reconnu socialement : mon gérant de banque ne rit plus de ma profession quand je vais négocier un prêt.D’autre part, le fait que tout le monde est rendu expert en placement au Québec est nuisible aux écrivains, nous, les gens de l’impe-sable.Par exemple, on n’arrête pas de me demander si mon livre est un best-seller, parce qu’il en a le formai et le prix.La valeur commerciale a remplacé la valeur littéraire.Non, je ne pense pas que mon livre va toucher le grand public.Il s’adresse à un public restreint.Pour lire Beaux Draps, il faut avoir des références culturelles et être de connivence.J’écris pour un public de 2,000 personnes, non pour 10,000, 20,000 ou 30,000.Certes, Beaux Draps est mon livre le plus accessible mais je n’ai pas voulu en enlever les allusions culturelles pour le rendre plus commercial.J’ai voulu rester fidèle à la boulimie de René Faille.Mais, quand tu ne veux pas rejoindre le plus grand nombre, on semble t’en faire le reproche.Comme s’il fallait à tout prix écrire un best-seller.Aujourd’hui, les écrivains sont condamnés à la réussite ! » FautULBEYSïB.pour le cioiie! PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL CÉCILE CLOUTIER pour L’ÉCOUTÉ poèmes 1960-1983 Collection Rétrospectives .192 p.— 19,95$ _______?l’HEXAGONF.______ autoportrait avec des larmes au coin de l’oeil.Jean-Marie Poupart n’est ni vaniteux ni nostalgique.Il ne prépare aucune stratégie pour vous faire avaler les clairs-obscurs de son âme.En fait, il parle comme il a écrit Beaux Draps, son dernier roman paru chez Boréal : avec une verve généreuse et, entre les anecdotes, de grands éclats de rire.(Voir la critique de Jean-Roch Boivin, dans LE PLAISIR DES LIVRES du 30 mai.) Vous me direz que cet heureux bavardage ne fait pas des entretiens forts.Je répondrai qu’avec Poupart, il faut apprendre à ne pas se prendre au sérieux.Pourtant, cet écrivain, qui a été directeur littéraire aux éditions du Jour de Jacques Hébert dans les années 1960, est devenu aujourd’hui un auteur reconnu, un critique de cinéma et un chroniqueur littéraire écouté, en plus d’être un professeur patenté.En couverture quatre de Beaux Draps, son éditeur a inscrit cette boutade : « Jean-Marie Poupart est sans conteste l’un des écrivains les plus doués de sa génération » ! Devant ce lieu commun, Poupart pouffe de rire en me précisant qu’il avait beaucoup travaillé son roman ! Non, Poupart ne parlera pas de lui.Devrait-on se fier au personnage de son roman pour en savoir plus long ?René Faille est un écrivain dans la quarantaine, un boulimique de la culture, gros et laid, qui cherche les moyens de se suicider et qui n’aime pas ce qu’il écrit.Ce portrait n’est certes pas celui de Poupart.Jean-Marie, lui, aime écrire plus que tout.« Sans l’écriture, je ne serais pas supportable, me dit-il.Il y a quelque chose qui bouillonne en moi et que je dois exprimer comme on exprime, au sens étymologique, un citron.J’ai absolument besoin d’écrire pour garder un certain équilibre.Je verrais des films et je lirais des romans : cela ne serait1 pas suffisant pour bien vivre.» Si son personnage, René Faille, est capable de se dire : « Dieu que vous vous aimez d’avoir l’audace de vous haïr à ce point », Poupart, lui, au contraire, a besoin de l’amour des autres.Il a besoin de lecteurs.« J’en ai environ 2,000 qui me suivent, parfois depuis l’adolescence.C’est précieux, des lecteurs, il faut les cultiver.Je suis touché quand on me dit qu’on a lu mes livres.» D’ailleurs, ce roman intitulé Beaux Draps, il l’a conçu un jour de rage, après qu’une bibliothécaire lui eut reproché d’avoir perturbé des enfants en leur racontant la vérité du Petit Chaperon rouge.En rentrant chez lui, l’auteur de livres pour enfants (Les Craquelins, chez Leméacl s’est mis à vouloir répondre à l’adulte de bibliothécaire.« J’ai décidé, ce soir-là, de créer un personnage méchant.Pour rappeler aux adultes que je suis quelqu’un qui aime écrire sur la folie et l’absurdité de la vie.Alors m’est venu le flash du personnage de René Faille : outran-cier, misanthrope, suicidaire.René Faille est laid et gros, sauf qu’il a une petite étincelle dans la tête qui fait que ce n’est pas un personnage mort.C’est un personnage que la mort fascine mais qui reste, malgré tout, drôlement tourné vers la vie.Aussitôt qu’une occasion se présente pour que ça fasse clic avec la vie, il ne discute pas longtemps.Il ne se demande pas, par exemple : vais-je apporter mon sperme dans un thermos ?» Vous le sentez, ce n’est pas René Faille qui est drôle mais Jean-Marie Poupart.Beaux Draps se veut un roman d’humour noir.C’est ce que cultive Poupart pour ses 2,000 lecteurs.« Je voulais développer le côté sarcastique du personnage, dit l’auteur.Je n’ai pas inventé l’humour noir.C’est André Breton qui l’a donnée, la recette pour faire de l’humour noir : tu parles des gens qui crèvent, tu parles des gens qui baisent.Autrement, tu fais un humour qui va moins en profondeur.» René Faille ne va pas nécessairement jouer au funambule sur la rampe du pont Jacques-Cartier et n’est pas porté par cette espèce de trémolo qui pourrait accompagner ses plans suicidaires.Au contraire, c’est un cynique dont le rire accompagne ses activités d’écrivain.U ne question alors nous vient : Poupart aurait-il voulu assassiner en René Faille nos mythes littéraires négatifs, ceux de Nelligan et Aquin ?« Bien sûr, me répond Poupart, cela correspond à l’agacement que je eux avoir devant le culte qu’on rend certains de nos écrivains au détriment du texte.On en fait des mythes mais on oublie leurs livres.» Les pas perdus JEAN-MARIE POUPART : 258 pages — 14,95$ .vlb éditeur de la grande littérature MÉNAGERIE Claude Margat Flammarion coll.« Textes », 82 pages GUY FERLAND MÉNAGERIE est presque l’anagramme parfaite d’« imaginaire ».Claude Margat, tout comme ses deux héros, ne sort pas de ces deux lieux clos.Dans un texte presque surréaliste, qui s’enchaîne par associations, deux fainéants se promènent et se livrent pieds et poings liés à leurs impressions.U n peu comme Bouvard et Pécuchet, ces deux oisifs ridicules s’échangent des spéculations philosophiques vaines.Les associations incongrues de leurs rêveries font penser aux hallucinations d’un drogué.« En tout cas, il sentait un oeil lui pousser dans la joue.Un oeil ou un fruit ?Il n’aurait pu le dire.» « Sur le bord d'une bassine rouillée rem- plie d’eau de pluie, une vingtaine de paupières humaines arrachées et découpées à la lame de rasoirs s’égouttaient lentement.» Toutes ces images sont fortes, mais sans portée.Claude Margat, critique littéraire à La Quinzaine littéraire, sait écrire et produire des effets saisissants.Il nous l’avait déjà montré dans son premier roman, Tous les jours.Mais il ne semble pas avoir quelque chose d’essentiel à dire.C’est pourquoi, malgré d’indéniables qualités (humour, imagination, clins d’oeil, intelligence de la narration, etc.), son deuxième roman tombe à plat.On ne voit pas où l’auteur voulait en venir et un certain désabusement nous laisse, finalement, un goût amer dans la bouche.Photo Chantal Keyser Le grand succès du printemps 1987! Un humour laconique qui égaiera vos chaudes journées d’été.Un livre qui se goûte et s’apprécie à petites doses, pendant les 140 tableaux et sketches rassemblés ici par le grand maître brasseur Plume Latraverse! Plaise La traverse Contes Gouttes WM 'ou Le pays ti'un reflet CONTES GOUTTES OU LE PAYS D’UN REFLET de Plume Latraverse JEAN ROYER SI VOUS rencontrez Jean-Marie Poupart entre deux visonnements de films ou deux cours de littérature, si vous vous entretenez avec lui durant deux heures, vous n’aurez peut-être rien appris de l’homme mais l’artisan vous aura raconté avec passion ses manières d’écrire des livres.Cet écrivain qui nous donne, après vingt ans, son dixième roman, ne vous dévoilera pas facilement son LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND REVUE JEU, cahiers de théâtre, n" 42, 208 pages.CHAQUE PARUTION de cette revue contient une masse inestimable de renseignements de toutes sortes sur le théâtre québécois et celui d’ailleurs.Des analyses fouillées sur les pièces importantes constituent le plat de résistance de ces cahiers.Dans ce numéro, on décortique en particulier l’oeuvre de Robert Lepage, on mène une enquête sur les salles de théâtre, on revient sur la « Quizaine internationale » de l’été dernier, on fait une double critique de La Double Inconstance de Marivaux, on analyse l’impact du théâtre d’été sur le public et l’on recense un nombre considérable d’ouvrages se rapportant au théâtre.Tout cela dans le même volume ! Liberté 171, juin 1987,111 pages.DANS CE NUMÉRO, la revue Liberté prend des libertés avec des thèmes de saison qui ont la particularité d’avoir le même suffixe « age » : jardinage, magasinage, reportage, surmenage et voyage.Un texte virulent de Jean-Pierre Issenhuth contre le nouveau programme de français pour les 4e et 5e années du secondaire précède ces cinq textes.Des poèmes de Jorge Luis Borges, Juan Garcia, Michel Lemaire, Judith Cowan, Philippe Routier et les chroniques habituelles complètent cette parution.ROMAN Anita Brookner, Sofka, traduit de l’anglais par Fanchita Gonza-lez-Batlle, La Découverte, 202 pages.APRES le succès de Regardez-moi, Anita Brookner nous revient avec une étude de moeurs de la bonn'e société anglaise.Cette chronique familiale britannique permet à l’auteur d’utiliser tout son art suggestif afin de montrer les failles derrière l’apparence à la conformité et aux bonnes manières.CHIENS DE GARDE?Bernard-Henri Lévy, Éloge des intellectuels, Grasset, 164 pages.FAISANT ÉCHO au texte d’Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, le beau B.-11.L.lance le signal d’alarme : la pensée se meurt par le nivellement par le bas.La pub, le clip, le rock, les médias, etc.sont les causes de la sclérose intellectuelle.Un pamphlet percutant qui souligne un danger et un malaise dans la civlisation.POÉSIE Élise Turcotte, La Voix de Caria, VLB éditeur, 97 pages.IL Y A dans cette Voix de Caria une vision cinématographique surprenante, aussi drôle que cela puisse paraître .En lisant ces phrases simples comme des indications de plans, on voit défiler des choses et les objets prennent vie.Une écriture serrée, bien servie par l’ellipse, fait surgir devant nous un univers d’images.La peur, la mort, le temps, les signes, le corps et la voix sont quelques-uns des thèmes abordés de biais dans ce üvre dense.CONTES Jacques Ferron, La Conférence inachevée.Le Pas de Gamelin et autres récits, préface de Pierre Vadeboncoeur, VLB éditeur, 238 pages.JACQUES FERRON, c’est d’abord un style.Pierre Vadeboncoeur le souligne magistralement dans sa préface.Le récit le plus important de ce recueil, Le Pas de Gamelin, relate l’expérience de Ferron comme médecin à l’asile Saint-Jean-de-Dieu.Un texte fort, dénonciateur des tortures institutionnalisées, mais qui demeure par-dessus tout un très beau texte littéraire.Un de nos grands artistes nous donne, dans ce « testament littéraire », la mesure de son talent.Gabriel Garcia Marquez, L'Amour au temps du choléra, traduit de l’espagnol par Annie Morvan, Grasset, 378 pages.DANS LA LIGNÉE de Cent ans de solitude et L’Automne du patriarche, ce dernier roman raconte un amour impossible sur fond d’anecdotes survenant dans une petite ville des Antilles.PSYCHANALYSE Françoise Dolto, Dialogues québécois, Seuil, édition réalisée avec la collaboration de Jean-François de Sauverzac, 313 pages.EN 1983, lés psychologues de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, invitent la célèbre psychanalyste française à participer à un séminaire sur son oeuvre.À travers des cas d’adolescents qui lui sont présentés par les « psy » québécois, Françoise Dolto développe une très pertinente éthique du sujet qui revient immanquablement sur le problème principal de toute thérapie : « Qui est celui qui dit qu’il est en souffrance ?» LA VIE D’UN ESPION EST-CE LA VIE D’UN Mnmi PION?Echec à la Reine ¦ :jjÈ hâ m Roman Échec à la reine Est-ce la fin du jeu ?À ce jeu celui qui se fait prendre se fait tuer.Dans cette partie, Londres ne mène pas car Moscou est un adversaire redoutable.Pourquoi ces assassinats : cette vieille femme impotente dans un hôpital de riches séniles ?Cette prostituée ?Ce diplomate ?Les pièces tombent le jeu se resserre.Alec Hillsden va traquer la vérité.terrifiante.Forbes livre les plus noirs secrets des services secrets./ Echec à la reine, le roman d'espionnage de l'été.I Le Devoir, samedi 6 juin 1987 ¦ D-5 : plaisir fa PLAISIR LE! LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR fil • livres Pour Mandiargues, chercher les robes.c’est trouver la femme TOUT DISPARAÎTRA André Pieyre de Mandiargues Gallimard, 182 pages LE MANTEAU DE FORTUNY Gérard Macé Gallimard collection « Le Chemin » 122 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN TOUT COMMENCE et tout finit dans une seule radieuse journée de printemps, au coeur de la ville de Paris.L'homme, originaire d’Europe centrale, vient d’avoir 53 ans.Il se nomme Hugo Arnold et quitte son petit appartement de la rue Chabanais (célèbre autrefois par un lieu — « La Grande maison» — que Valéry Larbaud appelait « conservatoire ou académie du putanat ») pour se diriger vers une petite galerie de brocante, rue Guénégaud, là où il espère trouver ces belles robes de Fortuny, « une bonne affaire telle qu’il (lui) en faut de temps en temps » pour lui permettre de vivre dans une certaine oisiveté.Or ce qu'il trouvera, dans le métro qu’il emprunte pour gagner la boutique de la marchande de robes, n’a rien à voir avec « ces enveloppes vides », si belles, si rares et si précieuses qu’elles soient.C’est la femme, éternel sujet des phantasmes érotiques de Hugo/Mandiargues, qui lui apparaîtra et qui le séduira.« Entre accrocher et raccrocher, se dit Hugo, il n’y a qu’une petite consonne de distance et de différence ».La femme, ou plutôt la fille, s’appelle Miriam Gwen, fille d’une belle Irlandaise, comédienne de temps à autre, ou plutôt « théâ-t reuse » comme elle se qualifie elle-même, mais exerçant plus régulièrement, sinon quotidiennement, le plus vieux métier du monde.Elle est belle, admirablement moulée de jersey de soie noir, cheveux courts et noirs avec frange, coiffée, donc, comme le fut Katherine Mansfield ou Louise Brooks, jouant Lulu, dans les films de Pabst.Tout disparaîtra ne serait pas une oeuvre d’André Pieyre de Mandiargues si le sujet, en apparence anodin, n’en cachait pas un autre.Car la promenade en métro, avec arrêts nostalgiques aux anciennes stations ornées, comme « il y a quatre-vingt-dix ans de hauts pois de senteur en bronze dont la fleur était une lanterne rose », et descentes dans les nouvelles stations, comme celle du Louvre « qu’on ne traverse pas sans sourire de son décor de vestibule de musée, où l’ordonnateur aurait pu faire graver en caractères romains l’inscription ANDRÉ MALRAUX FECIT.» cette promenade que tout lecteur et toute lectrice refera avec enchantement, puisque Paris ensorcelle toujours ses amants, n’est que prélude à ce que l’auteur définit pudiquement en latin : un theatrum eroticum.Dans un « foutoir », sous une verrière mansardée, l’homme cédera à ses penchants sado-ma-sochistes mais se verra bientôt subjugué et même torturé savamment par celle qu’il croyait asservir.Cet interlude érotique, qui occupe finalement 50 des moins de 200 pages du récit, ne serait qu’une des innombrables versions littéraires de l’héritage du marquis de Sade, si l’écriture, le style de ce qu’il faudrait plus justement qualifier de nouvelle fantasmagorique, n’était un délice continuel.À ce couple de hasard, l’auteur accorde la grâce suprême d’un langage ra-cinien, toutes les réminiscences d’une culture longuement et patiemment nourrie à toutes les fontaines du classicisme.Lire Tout disparaîtra, c’est retrouver non seulement le magicien de La Mo- tocyclette et de La Marge, les romans les plus lus et les plus justement célèbres d’André Pieyre de Mandiargues, mais c’est refaire connaissance avec le conteur du Musée noir, se souvenir de L’Homme du parc Monceau, entre autres, ce héros « qui aurait bien ri si l’on avait essayé de lui passer les menottes » .Mais, s’il n’y avait pas de gendarmes, dans le conte fantastique du Musée noir, ils sont bien là, aux dernières pages de Tout disparaîtra.On tient pour l’assassin de la femme nue, l’homme qui la sortit du fleuve pour la revêtir de bure.« Les menottes, pour la première fois de sa vie, cela ne lui déplaisait pas de les porter », conclut l’auteur de cet ouvrage d’un grand littérateur.L’un des derniers peut-être à mériter ce titre que les scribouil-leurs de notre temps ne sauraient ambitionner.« Mandiargues, écrivait Guy Dumur, en postface à la réédition du Musée noir, a prouvé amplement qu'un écrivain pouvait encore être un artiste.» S’il en fallait une preuve de plus, le presque octogénaire auteur de Tout disparaîtra vient de nous l’offrir, avec une générosité exemplaire.?Comme les robes de Fortuny, cette « rare marchandise », leur beauté légendaire et leurs soies colorées à l’époque modern-style, re viennent, comme un leitmotiv, dans le dernier livre de Pieyre de Mandiargues; comme, en ce même mois, Gallimard publiait un essai de Gérard Macé opportunément intitulé Le Manteau de Fortuny, il devenait intéressant, sinon inévitable, de le lire sans délai.Et de se rendre compte que, dans le second autant que dans le premier ouvrage, les créations légendaires du couturier vénitien ne sont qu’un « alibi » pour exalter d’autres passions.Chez Mandiargues, le goût du rêve érotique et la passion de l’écriture.Chez l’essayiste Gérard Macé, un prétexte à relire Marcel Proust, à s’émerveiller une fois de plus — nous associant à cet émerveillement — de l’extraordinaire puissance d’évocation de celui qui.recherchant le temps perdu, se perdit dans une ville mythique en souhaitant y voyager un jour, jamais venu, avec Albertine.Macé rappelle que le nom de Fortuny est d’abord prononcé par Elstir, dans un passage d’/t l’ombre des jeunes filles en fleurs où il est question de fêtes nautiques, des tableaux du Véronèse et de Carpaccio, d’étoffes anciennes ornées de dessins d’Orient.Mais, de ce man- teau d’Albertine, le lecteur toujours obnubilé (c’est lui-même qui le confesse) par l’oeuvre de Proust passe à une relecture passionnante où l’entraîne « ce fil d’Ariane » arraché au manteau de Fortuny de la fugitive .Et, comme un livre nous en suggère un autre, que lire, c’est s’obliger souvent à relire, Gérard Macé m’a renvoyée aux Mille et Une Nuits, aux voiles de Sché-hérazade, et à la princesse de Peau d'âne, dans le beau conte dont Charles Perrault écrivit deux versions.en vers et en prose, et que ne relisent plus guère les enfants.Il est vrai que, dans sa suite de moralités, l’histoire de Peau d’âne n’est pas faite pour les petits.Que ce sont les grands qui découvrent, avec l’âge, « Que de l’eau claire et du pain bis/ Suffisent pour la nourriture/ De toute jeune créature/ Pourvu qu’elle ait de beaux habits ».Et •< que sous le ciel il n’est point de femelle/ qui ne s’imagine etre belle ».Le Manteau de Fortuny et Tout disparaîtra sont de ces lectures roboratives qui proposent non seulement une rêverie intelligente aux lecteurs qui la préféreront toujours à toute autre .dissipation, mais qui glorifient, en un monde qui en est de plus en plus privé, la prééminence de la culture littéraire.Marquez interprète des figures de l’amour Les romanciers latino-américains nous remettent à Y école du monde L’AMOUR AU TEMPS DU CHOLÉRA Gabriel Garcia Marquez Grasset, Paris, 1987, 379 pages LETTRES^ ETRANGERES ÉMILE OLLIVIER IL EN EST d’un roman de Gabriel Garcia Marquez comme du beaujolais nouveau.Les crues du printemps nous ont apporté son dernier ouvrage disponible en français : L’Amour au temps du choléra.Connaisseurs, initiés, lecteurs inconditionnels emploient la même formule : le nouveau Marquez est arrivé, il est en ville.Précipitation, cohue, toutes affaires cessantes, on s’en va quérir le dernier Marquez.Qu’a-t-il encore inventé pour notre plus grand plaisir, ce diable d’homme ?Il avait juré de ne rien publier tant que le régime de Pinochet ne serait pas balayé.Serment d’écrivain, promesse d’ivrogne.Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il s’agit d’un écrivain travaillé par le prurit de l’imaginaire et qui véhicule, à travers une idée du roman, une vision de la réalité, une conception de la fonction de l’écrivain en terre d’Amérique latine, terre marquée de multiples blessures, de dix mille agonies ?Tout L’Amour au temps du choléra tient dans son éblouissante ouverture d’une soixantaine de pages.Le docteur Juvénal Urbino, vieux notable loufoque et singulier, meurt un dimanche de Pentecôte, en grimpant à un arbre pour rattraper un perroquet.Cette mort absurde plonge dans la douleur ses proches et, selon toutes les apparences, sa femme, Ferminal Daza.Le soir des funérailles, Fermina, après avoir reconduit elle-même les derniers visiteurs, s’apprêtait à refermer la porte de la maison sur sa solitude quand elle vit, debout au milieu du salon, Florentino Ariza.Coup de théâtre : au lieu de présenter ses condoléances à la veuve, comme il se doit en pareilles circonstances, on apprend que ce vieillard de 66 ans attendait, depuis 51 ans, neuf mois et quatre jours, l’occasion de « réitérer une fois encore son serment de fidélité éternelle et son amour à jamais».Marquez reprend ici une technique qu’il a déjà utilisée avec une perfection inégalable dans Chronique d’une mort annoncée, texte que Rosi vient d’adapter au cinéma, cette année.Dès les premières pages, dès même les premières lignes, le lecteur sait à quoi s’attendre.Les jeux sont faits et pourtant, un je-ne-sais-quoi accroche jusqu’à la dernière page : Marquez harponne son lecteur comme le pêcheur, son poisson.Il ne le lâche point.Récemment, un critique faisant l’éloge de la fécondité des romanciers latino-américains, remarquait avec justesse que chez eux, dans leur inlassable questionnement de la réalité, le roman ne se présente pas comme un pur jeu de forme, encore moins comme le calque du monde, une sorte d’imitation, un pur mimétisme, mais restitue le monde à un autre niveau, celui où la figuration se fait connaissance et compréhension.En quelque sorte, Marx, dans ses célèbres thèses sur Feuerbach, avait déjà sonné le glas du mimétisme, quand il déclarait que, jusqu’ici, les philosophes n’avaient fait qu’interpréter le monde, le moment était venu de le transformer.Sur cette voie, le roman est incontournable.Un exemple en clair : saint Augustin, Husserl, Kant ont apporté une précieuse contribution a la compréhension de la catégorie du temps.Proust a figuré cette catégorie de façon exemplaire dans ses romans.Avec l’avènement des sciences sociales et humaines, on a cru que le roman avait perdu son terrain.La psychanalyse prenait en compte la facette cachée de son objet : l’investigation des profondeurs abyssales de l’être humain; la sociologie et l’histoire semblaient lui assener un coup de grâce en assumant, à travers leurs débats, l'explication de la complexité des rapports sociaux et leurs déterminations.Heureusement, il n’en est rien.Les romanciers latino-américains nous remettent à l’école du monde.Sceptique ?Lisez L’Amour au temps du choléra.Cette histoire se déroule dans une petite ville de la côte caraïbe.Elle nous plonge à la fois dans le jeu des contradictions sociales et dans les profondeurs d’un sentiment universel : l’amour.Marquez joue toute la gamme et interprète toutes les figures : l’amour passion, la cristallisation dont parlait Stendhal; l’amour routine, celui que connaissent! les vieux couples; l’amour déception, celui qui survient quand on ne s’aime plus comme avant, la perte de l’amour.Récemment, dans une entrevue, Marquez déclarait : « L’amour, pour moi, est un sentiment oecuménique; dans ce sens, je suis chrétien.» Sombrons-nous pour autant dans la « bluette sentimentale » ?L’affirmer, ce serait passer un peu à côté des ressorts qui actionnent la production du romancier.Il est impossible d’aborder cette oeuvre sans poser la question de la présence sociale de l’écrivain, de sa fonction dans ce presque continent qu’est l’Amérique latine confrontée à des urgences politiques, sociales et culturelles.On connaît les positions de Marquez, grand admirateur de la révolution cubaine.Loin de moi l’idée de reprendre le thème, ressassé à satiété, de l’engagement qui contient une redondance puisque, qu’on le veuille ou non, le roman pense et dit le monde.Avec L'Amour au temps du choléra, il faut le souligner à grand trait, Marquez délaisse quelque peu le réalisme magique (il s’est d’ailleurs toujours défendu d’en être un adepte) pour se situer dans la postérité de Flaubert, en héritant de celui-ci, non le côté purement formel mais ce réalisme dont la grande ambition est de manipuler toutes les expériences humaines avec la prétention de dévoiler des niveaux de plus en plus profonds de significations.Lorsque, il y a de cela déjà plus de deux décennies, Marquez publia une longue nouvelle, Il n’y a pas de lettre pour mon colonel, des voix se sont élevées pour saluer la promesse d’une oeuvre singulière.Quand vint le temps de Cent ans de sohtude, les mêmes voix clamèrent qu’il lui serait impossible de dépasser un tel texte.L’Automne du patriarche.Des feuilles dans la bourrasque, La Mala flora, pour nous, lecteurs francophones, ont montré que ces voix se sont trompées car, si dans ses livres Marquez ne raconte que l’histoire de la lente décépitude d’un village de Colombie, pour soutenir cette oeuvre totalement homogène, cette longue sonate de la solitude et de la mort, il y a une verve qui utilise tous les registres de l’humour, toutes les ressources du récit, pour dire l’espérance fragile des peuples latino-américains.L'Amour au temps du choléra table beaucoup sur la passion obsessionnelle, l’amour jusqu’à la moelle, jusqu’à la mort.Mais peut-être faut-il maintenant sonder les replis de l’âme humaine pour comprendre les germes de violence qui sont déposés comme des grains de folie dans la tête des hommes.N’est-ce pas l’espoir et, mieux encore, la félicité qui luit quand, à la fin du roman, l’orfèvre Marquez fait voguer devant nos yeux ce bateau battant pavillon jaune, l’emblème du choléra ?Le ba- GABRIEL GARCIA MARQUEZ : « Plus que la mort, c'est la vie qui n'a pas de limite .» leau du destin remonte le grand fleuve Magdalena; les deux amants sont enfin réunis : Fermina, un pied dans la tombe; Florentino, armé de son amour impavide, donne l’ordre au capitaine de continuer à errer sur le fleuve.« Celui-ci, note le narrateur, fut soudain effrayé par le pressentiment tardif que plus que la mort, c’est la vie qui n’a pas de limite.» Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd’hui 6 juin de 14h à 16h PAUL-MARIE LAPOINTE ROBERT MELANÇON Lequel vient de publier Paul-Marie Lapointe Coll.Poètes, d’aujourd’hui aux éditions SEGHERS Vendredi 12 juin de 18h à 20h Lancement de voix&images n° 36 consacrée à YVES BEAUCHEMIN Vendredi 19 juin de 17h à 19h ANDRÉE FERRETTI auteure de RENAISSANCE EN PAGANIE AUX ÉDITIONS # l’HEXAGONE Samedi 20 juin de 14h à 16h PAQUERETTE VILLENEUVE auteure de RETOUR 11, journal d’émotions aux Éditions , Zt/HLL' 1120.av.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 nous Venez regarde Apostrophes ___le drmancb^a^^Jj année 362 jours par Le grand roman inédit de JULIEN GREEN '*^1 «< i"' -• fl Lii.ii rrrr ¦ *.i lillf’iffllr/f»' LES DAYS LOINTAINS «Pour lu mélancolie des jours enfuis, pour la nostalgie (.) H faudra lire — c'est le vrai livre qu'il faut emporter en vacances! — Les Pats lointains.Vous en aurez pour des heures et des heures.et vous ne verrez pas couler le temps».| jsotte Morin / Le Devoir «C'est terriblement bon, j'en préviens les avaleurs de pages (.).C ertains romans, et le Journal, sont remarquables, mais je crois que celui-ci.Les Pays lointains est encore meilleur».Jacques Folch-Ribas / La Presse Roman.900 p./ relié / 39.95$ SEUIL FautLEDEV^S pour le cique* DJ!AN EST A LIRE DANS JAI LU j D-6 B Le Devoir, samedi 6 juin 1987 LE PLAISIR ///a LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres Fernando Rey et Francisco Rabal dans Padre nuestro, de Francisco Regueiro.Cinéma espagnol: guerre civile et crise perpétuelle LE CINÉMA ESPAGNOL DES ORIGINES A NOS JOURS Emmanuel Larraz éditions du Cerf collection « 7e art », 341 pages LA GUERRE D’ESPAGNE AU CINÉMA, MYTHES ET RÉALITÉS Marcel Oms éditions du Cerf collection « 7e art », 389 pages MARCEL JEAN LE CINÉMA espagnol, c’est Bunuel et Saura, mais quoi encore ?On connaît bien mal cette cinématographie qui, pour la plupart des gens, se limite à ces deux grands noms, même si Bunuel, dans son abondante filmographie, n’a tourné en Espagne que trois longs métrages : Las Hur-des (« Terre sans pain »), Viridiana et Tristana).Pour d’autres, plus âgés, le cinéma espagnol c’est aussi Josélito, le petit rossignol du franquisme, et Luis Mariano, cette autre « voix d’or » mondialement connue.Enfin, pour les cinéphiles, l’Espagne à l’écran, c’est aussi L’Esprit de la ruche, de Victor Erice, Mort d’un cycliste, de Juan Antonio Bardem, Les Saints Innocents, de Mario Camus, Bienvenue, Mister Marshall, de Luis Garcia Berlanga, et Padre Nuestro, de Francisco Regueiro.Mais qui connaît plus à fond l’histoire du cinéma espagnol ?Qui sait que, dans ce pays frontalier de la France de Louis et Auguste Lumière, on réalisait déjà des films en 1896 (Sortie de la messe de midi à l’église de Pilar de Saragosse, d’Eduardo Jimeno) ?Bien peu de gens, d’autant plus que, jusqu’à tout récemment, aucun ouvrage en langue française ne présentait l’histoire complète du cinéma espagnol.Le livre d’Emmanuel Larraz, Le Cinéma espagnol des origines à nos jours, paru en France en 1986, vient donc combler un grand vide.Car le cinéma espagnol, s’il est en crise perpétuelle depuis sa naissance, n’en demeure pas moins l’un des plus importants d’Europe.Second marché de l’Europe occidentale pour la fréquentation cinématographique, l’Espagne produit régulièrement une centaine de longs métrages par année.Parmi ceux-ci, une majorité constituée de mélodrames, de « soft-porno » et de films d’horreur, mais aussi quelques bons films signés Luis Garcia Berlanga, Victor Erice, Manuel Gutierrez Aragon, Jaime de Arminan, José Luis Garci, Fernando Fernan Gomez et quelques autres.Et le cinéma espagnol actuel n’est pas à mettre dans un seul sac.En effet, depuis les élections générales du 15 juin 1977, de nombreux cinémas régionaux ont commencé à se faire connaître.Les cinémas catalan, avec des cinéastes comme Antoni Ribas, auteur de La Ville brûlée, primé en 1978 au FFM, et basque, dont on connaît le réalisateur de Tasio, Montxo Armendariz, sont ceux qui ont connu l’essor le plus remarquable.Mais l’histoire du cinéma espagnol ne saurait être dissociée de l’histoire politique de l’Espagne, ce pays déchiré dès 1936 par la guerre civile et soumis à la dictature de Franco de 1939 à 1975.Emmanuel Larraz, dans son histoire du cinéma espagnol, a le mérite de n’occulter aucune période et d’accorder la même importance aux cinéastes franquistes qu’aux cinéastes aux sympathies républicaines.Il montre bien le fonctionnement de la cinématographie sous le règne du Caudillo et met à jour, non sans un certain humour, les mécanismes souvent absurdes de la censure, l’une des plus bêtes que le cinéma ait connue (a ce chapitre, l’incident entourant la sortie de Viridiana, de Bunuel, est particulièrement suave).Cependant, pour mieux cerner ce point tournant de l’histoire d’Espagne et de son cinéma que fut la guerre civile, une ouvrage s’impose en complément à celui de Larraz : La Guerre d’Espagne au cinéma, mythes et réalités, de Marcel Oms.C’est à une recherche imposante que s’est consacré cet auteur à qui l’on doit déjà trois monographies se rapportant au cinéma espagnol : Juan Antonio Bardem (éd.Serdoc), Carlos Saura (éd.Édilig) et Dom Luis Bunuel (éd.du Cerf).Avouant d’emblée son parti pris républicain, l’auteur dissèque ensuite l’image de la guerre civile restituée par le cinéma, à travers les actualités d’époque (Norman McLaren, Jo-ris Ivens et Ernest Hemingway sont parmi ceux qui ont filmé la guerre), les fictions espagnoles (L’Espoir, d’André Malraux, réalisé pour les républicains), les fictions hollywoodiennes ( Pour qui sonne le glas, de Sam Wood, avec Gary Cooper et Ingrid Bergman) et les films plus récents comme ceux d’Arrabal ( Viva la muerte et L'Arbre de Guernica) et La Vaquilla, de Luis Garcia Berlanga.L’analyse de Marcel Oms, avec un demi-siècle de recul, semble tracer le portrait définitif des rapports entre le cinéma et la guerre civile espagnole.Nous n’avons qu’à nous réjouir de posséder enfin deux essais comme ceux de Larraz et Oms, car ils permettront aux lecteurs francophones d’y voir plus clair dans cette cinématographie qui, bon an mal an, nous fait toujours quelques signes de la main.Information scientifique: conçoit bien ne s’énonce pas toujours clairement ce qui se LES SCIENTIFIQUES PARLENT.sous la direction d'Albert Jacquard Hachette, collection « La Force des idées » 1987, 322 pages MICHEL GIGUÈRE QU’ELLE EST donc difficile à établir, cette fameuse communication entre les scientifiques et le grand public.Les gens de science se plaignent régulièrement de ne pas être écoutés ou de voir leurs messages trahis par une vulgarisation trop poussée, alors que le public intéressé par la science doit très souvent se contenter de parcelles d'informations scientifiques souvent incompréhensibles pour lui.C’est en partie pour remédier à cette situation qu’Albert Jacquard, éminent généticien, a conçu le projet de demander à neuf autres scienti- fiques de renommée internationale un texte sur ce qui, dans leurs champs de spécialisation respectifs, leur semble important pour la société d’aujourd’hui.L’ouvrage en question, Les Scientifiques parlent ., est donc un recueil qui vise à « faire partager au plus grand nombre les apports de la science », selon Jacquard lui-même.L’exercice était périlleux et le pari n’est qu'en partie tenu.D’abord, ce livre prouve, si besoin était, que certaines disciplines scientifiques se prêtent mieux que d’autres à la diffusion au grand public.C’est ainsi que les deux textes sur la biologie et la génétique, parce qu’ils traitent de sujets qui nous sont devenus familiers grace à l’actualité (manipulation génétique, fécondation in vitro, nouveaux traitements de maladies .), nous semblent plus proches et nous interpellent davantage que certains autres textes du recueil.Il est certain que tout ce qui touche le domaine de la santé et les transformations du corps humain préoccupe potentiellement chaque individu.De même, les considérations démographiques, expliquées dans le texte de Jean Bourgeois-Pichat, ont de quoi heurter.Ses projections plaçant à 11 milliards le nombre d’êtres humains vers la fin du 21e siècle, à 45% la proportion de personnes âgées de plus de 65 ans en 2060, ou à 30% la part de musulmans sur la Terre en 2025 (comparativement à 18 % aujourd’hui) dressent le tableau d’une humanité bien différente de celle du siècle actuel.La démographie soulève ici des problèmes sérieux qui méritent qu’on s’y attarde.Le livre prouve, d’autre part, que certains scientifiques, malgré la renommée dont ils jouissent dans leur discipline, n'ont pas la capacité de mettre leurs connaissances à la por- tée du public.Le texte de Claude Ménard est un contre-exemple parfait de ce que doit être la vulgarisation : pour la compréhension de l’économie, il faudra repasser.L’utilisation sans explication de concepts sans doute très clairs pour lui mais totalement obscurs pour le lecteur moyen produit un texte d’un hermétisme indiscutable.On réalise que pour un Hubert Reeves ou un Albert Jacquard, communicateurs exceptionnels, il existe quantité de scientifiques qui n’arrivent pas à produire un discours qui soit accessible au grand public.Il convient de souligner le passionnant débat entre Cornélius Castoria-dis et Jacquard qui clôt le livre.Le premier, dans un texte intitulé « Voie sans issue », y va d’un réquisitoire contre l’activité scientifique et les choix de société qu’elle a engendrés.Il y affirme la nécessité pour l’humanité de développer une sagesse collective sous peine de ne pas pouvoir éviter les dangers qui guettent la société à la suite de l’autonomisation toujours croissante de la technoscience.Pour sa part, Jacquard, plus optimiste, croit qu’une nouvelle lucidité permettra a l’humain d’actualiser les thèmes chers de liberté, d’égalité et de fraternité dans la civilisation scientifique menacée par les conséquences des choix technologiques devants lesquels elle est placée.Jacquard, dans son texte de présentation, affirme que « notre siècle, malgré les efforts des vulgarisateurs, a laissé se creuser le fossé entre la réflexion scientifique authentique et ce qui en est perçu par la plupart des citoyens ».C’est pourquoi il a voulu que les hommes de science dont il a requis la contribution s’adressent directement au public, sans intermédiaire.La crainte des scientifiques de se voir trahis par les vulgarisateurs transpire de chaque texte du volume.Cependant, plusieurs des 10 auteurs en profitent pour réaffirmer l’importance de l’information scientifique dans les médias.Jean Bernard, par exemple, plaide pour « une action vigoureuse des responsables de l’information », alors que Jean-Claude Kaplan souligne le rôle capital de la presse en matière d’information scientifique.Ce mélange de méfiance et de respect pour les médias illustre bien l’ambivalence des sentiments qui caractérise les scientifiques d’aujour- Désireux de dialoguer avec le public mais encore souvent maladroits, les auteurs de ce livre auront montré qu’il reste beaucoup de chemin à faire avant que les scientifiques et le grand public puissent se comprendre moins imparfaitement.Mieux vaut le maïs cT Oklahoma que le ventre de Paris SANG MÊLÉ Jim Thompson Rivages/Noir MR HYDE Boileau-Narcejac Denoël SERGE TRUFFAUT LA PLUS récente parution en français d’un roman de l’écrivain américain Jim Thompson ne met en scène que des tordus.C’est, en effet, la fréquentation d’une incroyable galerie de cinglés et de vicelards que propose, dans l’excellente collection policière Rivages/ Noir, celui qui a signé antérieurement 1,275 âmes, transformé cinématographiquement en Coup de torchon, par Bertrand Tavernier.Dans Sang mêlé, Jim Thompson se livre, cette fois, à l’autopsie des relations qui lient entre eux les mem- IA SANTE DENTAIRE VOUS POUVEZ CONSERVER UNE BONNE SANTÉ DENTAIRE .TOUTE VOTRE j VIE A pou/j^ PRENEZ-EN RENGAGEMENT SOLENNEL pwrkv*.L'ASSOCIATION DENTAIRE CANADIENNE bres de la famille King.Un récit qui permet incidemment à l’auteur de poser à plusieurs reprises un regard vitriolique sur la colonisation de l’Oklahoma, l’État des « premiers arrivés ».« Un premier arrivé était quelqu’un qui avait franchi la frontière de l’État sans attendre qu’il soit ouvert aux colons .C’est ainsi qu'on surnommait affectueusement l’Okla-homa “l’État des premiers arrivés”, tout comme on appelait le Kansas le repaire des “abolitionnistes” et le Nebraska, le pays des “éplucheurs de mais”.» Chef de clan, plutôt que père de famille, le vieux Ike King doit à un sens aigu de l’opportunisme et à l’emploi de toutes les méthodes inhérentes à la spoliation du bien d’autrui, d’avoir fondé un empire terrien qui en fait le plus influent propriétaire de l’Oklahoma.Plus mégalomane que « premier arrivé », Ike King « faisait la loi à lui tout seul.et il semblait penser qu'il était au-dessus des réglementations régissant le comportement des simples mortels ».Sa progéniture lui ressemble.Comme le vieux King, elle se complaît dans la violence et le sang.En fait, sa progéniture, c’est une trinité de Caïn qui, faute d’Abel sous la main, passe son temps à élaborer des plans pour tuer l'autre, pour « zigouiller » les autres.Et pourquoi cette obsession assassine ?Mais pour l’héritage, sacre- Un livre comme on en trouve rarement en librairie.Une bombe d'une violence Inouïe dont les retombées ne manqueront pas d’en étonner plus d'un, aussi bien laïcs que religieux, sans oublier plusieurs membres Influents de la hiérarchie ecclésiastique.EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE ___DIFFUSION QUÉBEC-LIVRE__ bleu ! Critch, Arlie et Boz ne désirent que cela.Les terres du vieux.Les terres et le pouvoir qu’elles symbolisent.C’est bien de cela qu’il s’agit, de l’accession au trône du monarque Ike, digne héritier des autocrates du Moyen Âge.Ce que raconte Thompson, avec le ton des grands du policier, est à mille lieux du rêve des pionniers, meublé de démocratie et de liberté, d’égalité et de solidarité, et que sais-je encore ?Ce que rappelle Thompson, dont certains des ancêtres sont mis en scène dans ce roman, c’est le poids de la violence et de la cruauté dans la gestation de ce qui est aujourd’hui la première puissance de la planète.Tel que le confie Geoffrey O’Brien au verso de la couverture de Sang mêlé, le regard de Thompson, « c’est un regard sans pitié mais plein de bonhomie, jeté sur des intrigues féodales qui mélangent meurtre et ma- riage, droits de propriété et politique rudimentaire un peu à la façon des sagas islandaises ».« L’effort de reconstituer la mentalité de tels ancêtres honnêtes et barbares était peut-être tout ce qui pouvait alléger un peu l’aliénation tout à fait moderne de Jim Thompson.» On sait de l'Oklahoma qu’il est un État avant tout agricole.Eh bien ! l’épilogue mis à part, le roman de Thompson, « c’est au coton ».On ne peut pas en dire autant du dernier-né du couple Boileau-Narcejac, intitulé Mr Hyde et paru dans la collection « Sueurs froides » aux éditions Denoël.Ce Mr Hyde, c’est l’histoire trop alambiquée d’un écrivain, Jeantôme, qui, n’ayant plus le succès d’antan, se demande comment il se fait que la série de crimes qui frappent tant l’imagination des Parisiens comporte des éléments, des indices qui sont le fait de sa personnalité et de M3 55 v Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations contactez Jacqueline Avril 842-9645 ses habitudes.Ce Mr Hyde, c’est également le récit de la jalousie, voire du mépris que Jeantôme nourrit à l’égard de sa femme, Valérie La Salle, dont le succès de romancière est, aux yeux de Jeantôme, immérité.En deux mots, ce roman est tellement incongru qu’il vaut mieux, histoire de ne pas vous fatiguer les yeux pendant 198 pages, vendre la mèche.Au centre de cette série de meurtres, il y a, dans les rôles de vilains, la secrétaire de Valérie et un antiquaire que Jeantôme aime bien à l’occasion visiter.Si jamais vous êtes des fidèles de Boileau-Narcejac, il serait peut-être souhaitable d’attendre la parution de ce Mr Hyde en collection de poche.Ces deux lascars y sont tellement habitués que cela ne saurait tarder.* -fhiUppe Ging/as «LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Gingras Un livre de 295 pages qui retrace l’histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu’à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Je désire recevoir.exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR” J’inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix).NOM:.ADRESSE:.PROVINCE:.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT: ?Chèque ?American Express ?Master Card ?Visa No.de carte de crédit.Expiration:. Le Devoir, samedi 6 juin 1987 M D-7 LE PLAISIR f/pc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres iLS .jt C’est le 43e anniversaire du «jour le plus long» L’aventure de lever un bataillon francophone durant la Grande Guerre LE 22e BATAILLON Jean-Pierre Gagnon Québec, Presses de l’Université Laval, 1986, 455 pages DÉBARQUEMENT ET OFFENSIVE DES CANADIENS EN NORMANDIE Reginald H.Roy (traduction de Roland Marquis) Montréal, éditions du Trécarré, 1986, 471 pages PAUL-ANDRÉ COMEAU AUJOURD’HUI MÊME, un peu partout sur les plages de Normandie, de discrètes cérémonies vont rappeler le sacrifice de milliers d’hommes tombés lors du « jour le plus long ».Voilà maintenant 43 ans que l’armada, patiemment rassemblée en Grande-Bretagne, déclenchait la libération du Vieux Continent.Au Québec, les ouvrages historiques qui relatent la participation des nôtres à l’un ou l’autre des deux conflits mondiaux n’ont jamais eu droit Fadette, aux honneurs des listes de « best-sellers».Le genre n’est guère prisé, pas plus, d’ailleurs, que ces événements n’occupent une grande place dans la mémoire collective.C’est pourquoi il faut souligner la publication de deux ouvrages passablement différents, mais néanmoins complémentaires.Débarquement et offensive des Canadiens en Normandie traite précisément de la contribution canadienne au « jour le plus long ».Il s’agit d’un récit minutieux mené par un historien militaire formé à la méthode traditionnelle.De l’aube du 6 juin jusqu’à la fin de la bataille de Falaise en août 1944, Reginal H.Roy reconstitue avec un luxe de détails les combats menés par les Canadiens descendus à la plage Juno, selon les codes imaginés par l’état-major allié.Cet ouvrage ne renouvelle pas le genre, même si sa lecture est intéressante.Par contre, la monographie consacrée au 22e bataillon par Jean-Pierre Gagnon correspond à des objectifs tout autres.À la faveur de cet essai sur le premier bataillon francophone levé au Canada, c’est, en fait, une étude sur les relations entre une société et son armée qu’esquisse l’auteur, devenu membre du service historique de l’armée du Canada.Le 22e Bataillon est un ouvrage qui emprunte à l’histoire et à la sociologie et se distingue nettement des publications habituelles consacrées aux deux guerres.La narration des combats, où a été impliqué le seul bataillon canadien-français engagé dans la Grande Guerre, occupe, en fait, une place limitée dans ce qui, au départ, était un thèse de doctorat.Jean-Pierre Gagnon tente plutôt de présenter ce bataillon comme un microcosme de la société canadienne-française, d’où le récit de la fondation du bataillon, du recrutement de ses premiers soldats et des renforts éventuels, d’où l’examen minutieux de l’origine sociale et géographique de ses soldats et officiers.Démarche inédite dans ce genre d’entreprise, cet ouvrage aborde les problèmes engendrés par la vie militaire elle- de Saint-Hyacinthe * « * A ?Le débarquement de troupes canadiennes en Normandie, au matin du 6 juin 1944.Photo CP même aussi bien ici qu’éventuelle-ment au front.Tous les problèmes sont abordés : depuis la désertion jusqu’aux frasques des soldats en permission sur le Vieux Continent.La mise sur pied de ce bataillon francophone dans une armée massivement anglaise s’est accompagnée d’un certain rituel pour favoriser l’enrôlement des Canadiens français.Cette relation entre la société distincte d’ici et son armée en gestation retient heureusement l’attention de l’auteur.Ce problème est d'ailleurs capital puisqu’il ressurgit au moment où se déclenche la première crise de la conscription.C’est à dire au moment où la nécessité de dépêcher des renforts se fait la plus pressante durant cette guerre de tranchées qui, de Courcelette à Vimy, dessine la fiche de bataille du 22e bataillon du « Corps expéditionnaire canadien».Devenu par déformation linguistique le « vandooze », c’est à Courcelette, en terre de Picardie, que le 22e bataillon s’est illustré durant la guerre la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité.Pas moins de à Toronto 20 % des 5,000 hommes qui ont combattu entre 1914 et 1919 dans les rangs de ce bataillon reposent dans l’un ou l'autre des cimetières militaires où flotte maintenant le drapeau canadien.A LIRE ABSOLUMENT édipressejl I n vente partout BMC VAN LUStlADBt EVELYN DUMAS « IL FAUT être dans un état d’esprit contemplatif pour traduire un livre, explique Liedewy Hawke; le traducteur doit s’immerger dans l’oeuvre de sorte que le rythme de la traduction s’accorde au sens de l’original.Je ne traduisais pas du français à l’anglais, mais plutôt du français à une image que j’avais dans l’esprit, et de cette image à l’anglais.» Au Canada, dont les citoyens ont souvent besoin d’un traducteur pour avoir accès aux oeuvres littéraires de leurs concitoyens, le travail solitaire et souvent précaire du traducteur littéraire fait l’objet de deux hommages publics à chaque année : ICC PI V CE QU’IL FAUT SAVOIR Maurice Roy Montréal, éditions Saint-Martin, 1987, 132 pages ALORS QUE l’image des CLSC est malmenée par les médias, que le gouvernement évalue leur pertinence (rapport Brunet) et que le ministre Thérèse Lavoie-Roux refuse de parfaire leur réseau, plusieurs des critiques des CLSC auraient avantage à lire le petit livre sans prétention de Maurice Roy.L’auteur est bien placé pour parler des CLSC.Actuel directeur général d’un CLSC de la Rive-Sud depuis 1978, il a été directeur général du premier CLSC, à Ho-chelaga-Maisonneuve, et conseiller à la Fédération des CLSC.Il est donc un inconditionnel des CLSC et le livre ne remet jamais en doute leur pertinence.Le livre fait bien le tour du jardin.Il fait une bonne description de la philosophie, du mode de gestion, des services offerts, des budgets et du personnel.Il dresse aussi le tableau des principaux organismes collaborateurs : centres hospitaliers, centres d’accueil, départements de santé communautaire, conseils régionaux, etc.En somme, ce livre est une lecture assez agréable et donne une excellente image de ce que sont les CLSC actuellement.Là où l’auteur devient plus qu’un simple agent d’information, c’est dans son analyse des conditions de développement des CLSC depuis leur conception en 1970 jusqu’à 1986.Il a bien saisi les débats et les enjeux entourant l’avenir des CLSC.Il montre R-C inaugure la salle Jean-Desprez LA SALLE « multimédia » de la maison de Radio-Canada a été renommée « salle Jean-Desprez» en l’honneur de celle qui fut pendant de nombreuses années animatrice d’émissions fort suivies à la radio d’État.MM.Franklin Delaney, vice-président de la télévision française, et Paul-Marie Lapointe, directeur des programmes de la radio française, ont présidé, jeudi, à l’inauguration de la salle Jean-Desprez, résultat de l’initiative du comité de « toponymie au féminin » de Radio-Canada, qui désirait qu’une salle de la maison porte le nom d’une femme ayant marqué son temps.Afin de commémorer cet événement, Radio-Canada a fait graver une plaque de bronze au nom de Jean Desprez qui a été dévoilée par sa fille, Jacqueline Auger-Laurent, accompagnée du maître de cérémonie, Henri Bergeron.le prix John-Glassco, décerné par l'Association des traducteurs littéraires pour la première traduction littéraire d’un traducteur, vers l’anglais ou vers le français, et le prix de traduction du Conseil des arts du Canada, l’un pour le français, l’autre pour l’anglais.Liedewy Hawke a gagné les deux prix, le mois dernier, pour Hopes and Dreams.The Diary of Henriette Dessaules, 1874-1881, publié aux éditions Hounslow Press (banlieue de Toronto) que dirige son mari.C’est la traduction de Fadette, journal d’Henriette Dessaules, 1874/1880, publié en 1971 chez HMH mais tombe depuis dans l’oubli et devenu introuvable.Il s’agit d’extraits du journal intime tenu entre 14 et 21 bien le danger des politiques sociales du gouvernement actuel, qui risquent de limiter le rôle des CLSC à des urgences de quartier ou à des agents de coordination des ressources bénévoles du milieu.Il plaide évidemment pour le respect de la vocation originale de véritable agent de développement créatif et innovateur, devant travailler en collaboration avec les ressources communautaires dans le respect de leurs particularités.ans par une jeune fille de la bourgeoisie de Saint-Hyacinthe, journal qui révèle un esprit étonnnamment indépendant, et une non moins étonnante maîtrise du style.Henriette Dessaules était la cousine du fondateur du DEVOIR, Henri Bourassa, qui l’invita à tenir une chronique féminine hebdomadaire sous le titre « Lettre de Fadette ».Ceux qui ont lu ces chroniques disent qu’elles passent moins bien l’épreuve du temps que le journal.Fadette est un livre qu’on lit d’une traite, l’écriture sans marque d’effort permettant de plonger directement dans la fraîcheur des confidences.Livre qui tient à un ton, ce qui est le plus difficile à traduire.La traduction aurait facilement pu être guindée.Liedewy Hawke était consciente de ce danger.Elle confesse même qu’une première version de la traduction était précisément cela, guindée.Mais elle a tout repris, et la traduction coule comme l’original.Certains soutiennent que, pour bien traduire, il faut traduire vers sa langue maternelle et qu’un bilinguisme trop consommé nuit au produit du traducteur.Le cas de Mme Hawke dément ces théories Elle est hollandaise, sa langue maternelle est le néerlandais.Le français était son sujet préféré à l’école et sa spécialité au baccalauréat.Elle a aussi appris l’anglais et l’allemand à l’école.Elle habite Toronto depuis 25 ans, son mari est canadien-anglais, mais elle Le printemps poétique chez vlb éditeur Michel Albert JOURS HEUREUX &SAD NIGHTS L’auteur nous ouvre ses carnets de poésie, dans lesquels est transposée, événement par événement, la trame mouvementée de son quotidien amoureux.Poésie rythmée, rock’n roll, comme celle de la beat generation, il n’y a pas si longtemps.92 pages — 8,95$ Paul Chamberland MARCHER DANS OUTREMONT OU AILLEURS Le poète nous invite, dans ce nouvel ouvrage, à un parcours «total».Les thèmes abordés sont ceux de tous les temps: l’amour, le désir, la solitude, le rejet, la route vers la mort.Mais ici le désir est dit dans sa singularité.Un texte provocant, une biographie imaginaire.106 pages — 9,95$ Antonio D’Alfonso L’AUTRE RIVAGE Ici les mots prennent désormais une valeur transcendantale, servent de révélateur i une sensibilité humaine jusqu'à maintenant méconnue, redéfinissent te monde qui nous entoure.La parole prend force dans le quotidien, par-delà le bruit de fond constant de la banalité.L’émotion émerge de partout.184 pages — 11,95$ Philippe Haeck L’ATELIER DU MATIN Le lecteur retrouvera, dans ce nouveau recueil, un poète à la fois serein et inquiet, qui parle avec une aisance rare de la vie dans ce qu’elle a de plus déroutante quand elle n’est plus qu’un immense ratage.Un livre baume, qui est construit pour nous accompagner dans la lumière du midi.136 pages — 10,95$ Elise Turcotte LA VOIX DE CARLA La voix de Caria surgit au milieu de paysages, d’objets et de rumeurs qui composent notre quoditien.Elle est, par moments, couverte par d’autres sons, d'autres bruits.Mais tout devient audible dans cette écriture qui restitue les modulations de la réalité, leur géométrie dans une apparente simplicité.100 pages — 8.95$ Un tour de CLSC a travaillé longtemps pour la radio française dans la capitale ontarienne.Liedewy Hawke avait lu Fadette à sa sortie en 1971, et avait noté quelques passages dans ses carnets personnels.C’est en relisant ces passages, 13 ans plus tard, qu’elle a eu l’idée de faire la traduction.« J’étais disposée à travailler davantage que ne l’aurait fait quelqu’un dont la langue maternelle est l’anglais », dit-elle.Tous les matins, sept jours par semaine, pendant trois ans, Liedewy Hawke a travaillé à Hopes and Dreams.Elle a visité Saint-Hyacin-.the, endroit « exotique » pour elle, étudié le système scolaire québécois de la fin du 19e siècle; elle est entrée dans la maison qu’habita Henriette et s’est arrêtée dans sa chambre, a fait le tour du couvent des soeurs de la Présentation et de sa chapelle.« Il est important de connaître le contexte d’une oeuvre, de pouvoir le visualiser, sans quoi on peut faire des erreurs colossales», note Mme Hawke.Mais elle ne s’est pas arrêtée là dans ses recherches.« Le charme du texte français vient de ce que le style n’a rien d'artificiel.Je voulais produire le même effet en anglais, et donner au tout une saveur 19e siècle.» Alors, elle s’est plongée dans des textes anglais du 19e siècle écrits pour des jeunes filles de l’âge d’Henriette : le journal d’adolescence d’une doctoresse ontarienne où elle trouva des mots désuets comme « gallivanting », ou encore « merry » — au lieu de « cheerful».Elle a lu aussi les classiques de la littérature pour petites filles de langue anglaise, comme Anne of Green Gables et Little Women.• Un aspect de Fadette disparaît, toutefois, dans Hopes and Dreams : Henriette Dessaules utilise des mots ou des expressions anglaises qui sont soulignés par des caractères italiques dans l’édition HMH.« Il y a des subtilités qui ne peuvent pas être rendues quand on s’adresse à un large public », explique Liedewy Hawke.Prenez le large avec.r~—i—\ QUEBEC ANTONINEMAlur CLAUDE JASMIN Lfl SABLIÈRE MARIO WON Mort ot Nalatanc* do Christoph* Ulric ZtHLc Le sang du souvenir LWïlSÉ.Éditeur Surveillant ALICE PARIZEAU Survivre laSAGOUINE LE SANG DU SOUVENIR Jacques Brossard 8,95$ LA SABLIÈRE (MARIO) Claude Jasmin 7,95$ LE SURVEILLANT Gaétan Brulotte 6,95$ MORT ET NAISSANCE DE CHRISTOPHE ULRIC Yvon Rivard 7,95$ LA SAGOUINE Antonine Maillet 7,95$ SURVIVRE Alice Parizeau 7,95$ MOI, OVIDE LEBLANC, J'AI POUR MON DIRE Bertrand B.Leblanc 7,95$ QUEBEC En vente chez votre libraire PAR L'AUTEUR DE AOOOi IIW I auteur du NINJA, E.VAN LUSTBADER, ne décevra pas ses lecteurs avec JIAN; érotisme, crimes rituels, exotisme et suspense.Un vrai maître! 19 93$ ROMAN .Vy/ni Mrssitifjo VIRUS Qui a oublié MANIPULATIONS?«VIRUS» une forme de sida sévit uniquement dans les centres hospitaliers et a déjà tué H personnes.ROBIN C'OOK nous revient avec un formidable complot; Marissa, l’héroïne v écheppera-t- 19,95$ fit rtmum ORRIS après LI S SOULIERS DL Si PII KRI L'AVOCAT DU DIABLE tASSIltY l ’auteur de LES SOULIERS DE SAINT PIERRE et L’AVOCAT DU DIABLE, MORRIS WEST, nous relate dans ce nouveau roman l’histoire d’une vengeance posthume; celle de ce CASSIDY, qui avait un talent pour la haine et le désir de perdre soh gendre.18,95$ fMek Hbmingo MARILYX INCONNUE Un album de photos dont beaucoup sont inédites, réalisées à la veille de la mort de l’actrice.Un texte documenté pénétrant et attachant.Un livre qui nous révéle véritablement une MARILYN INCONNUE 49,95$ D-8 ¦ Le Devoir, samedi 6 juin 1987 LE PLAISII2 /]fc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es V • livres Le linceul de feu de Æ .Jean ETHER-BLAIS ?Les carnets LA SAINTETÉ se présente à nous sous toutes sortes de formes.Job, ce grand discutailleur, fut-il un saint ?Il y a, à Venise, une église consacrée à saint Job.S’agit-il du même ?Je dis Job, parce qu’il me rappelle étrangement Louis Massignon, à qui Vincent-Mansour Monteil vient de consacrer une biographie monumentale et passionnante.Cette réussite dans l’ordre biographique ne surprendra pas les aficionados de Vincent Monteil.Il fut le disciple et l’ami de Massignon.De près ou de loin, selon les circonstances, il suivit le Maître, du regard ou par la pensée.Il milita à ses côtés dans les luttes qui mirent la France aux prises avec le démon du colonialisme.Alors que Massignon édifiait sa grande oeuvre de théologien et d'exégète musulman, Vincent Monteil se consacrait à des travaux d’ethnologie arabe, à une carrière de traducteur, à des réflexions profondes sur la littérature et les mouvements de pensée dans l’univers musulman.On ne peut aller plus loin dans la connaissance d’une civilisation qui ne soit pas la sienne.Cet homme sait tout.Polyglotte, il a traduit Hafiz tout autant que Lorca.Poète, il a rendu en vers français (de type verlainien) les hymnes d’Abou-Nawas.Dans la traduction en vers, il est l’égal de Marguerite Yoûrcenar.Enfin, Vincent Monteil a la patience, l’onginalité d’esprit et la prudence d’un bénédictin.Ses livres ne connaissent pas le hasard.On lui reproche parfois un ton polémique.Il s’est engagé à fond dans la défense des Palestiniens.C’est un homme à la fois très nuancé et tout d’une pièce.Il a intitulé sa biographie de Louis Massignon Le Linceul de feu.L’harmonie cachée de toute une vie est dans ce titre : le repos éternel du linceul, la brûlure de l’amour divin.Nous connaissons de la France les grands hommes que nous proposent les journaux et les revues.Ce sont souvent des caricatures, dont l’étoile pâlit sitôt la bière refermée.Seule la grandeur d’une oeuvre assure la durée à son auteur.Le purgatoire de l’esprit est plein de ces grands hommes d’un instant.Et voici u’après sa mort, un Massignon, ont les écrits ne touchèrent jamais le grand public, devient une figure de proue, sans doute plus important pour la formation de l’esprit du siècle que Sartre, camus, Malraux, Bergson.Pourquoi ?Parce que l’oeuvre vit de sa vie propre et qu’à côté de Massignon, ses contemporains font figure d’écrivains presque sans originalité, soucieux de leur réputation quotidienne, sensibles aux modes, peu enclins à se commettre totalement, gardant des réserves, refusant le don total.Au contraire d’eux, Massignon s’enfonce dans des recherches qui nous paraissent ésotériques; U étudie la vie et l’oeuvre d’un mystique persan du IXe siècle, al-Hallaj, le fils du cardeur.Ce mystique proclamait une vérité massignonienne par excellence, l’union avec Dieu, la fusion de l’homme dans l’amour.On connaît le sort fait à ces porteurs de feu; al-Hallaj fut flagellé, mutilé, décapité à Bagdad en 922 de notre ère (309, selon le calendrier musulman).Aujourd’hui encore, le livre de Massignon (1922) constitue une pierre d’achoppement pour les islamisants, par la transformation qu’il implique de la mystique musulmane, par la ressemblance du destin d’al-HalIaj avec celui de Jésus, par la projection dans l’univers immobile de la pensée musulmane de ce bolide qui met le feu aux poudres.Il y a, paraît-il, à Bagdad, des colombes qui, le jour anniversaire de la mort d’al-Hallaj, se lamentent en roucoulant le mot « vérité » et en versant des larmes de sang.Univers mystérieux propre à Massignon.Vincent Monteil raconte cette vie avec une grande abondance de détails.Un peu à la manière de Plutarque, il écrit des vies parallèles, celle de Massignon d’abord, mais, inséparable de cette Louis Massignon première vie, la sienne propre, inextricablement mêlée à celle du Maître, comme pour souligner l’importance de la réverbération psychologique et morale.N’est-ce pas la meme qualité d’âme qui fait que certains êtres se rapprochent et s’aiment ?Vincent Monteil insiste à juste titre sur l’évolution spirituelle de Massignon, inséparable de son approfondissement de la pensée musulmane.Il ne s’est jamais converti à l’islam; au contraire, bien que marié, il finit sa vie comme prêtre de rite melkite (après avoir obtenu l’autorisation de Pie XII Pacelli).Par l’islam, il devint le héraut de tout le Livre, des enfants d’Abraham.Le judaïsme est religion d’espérance; le christianisme, religion de charité; l’islam, religion de foi, union en trois corps vivants des vertus théologales.Depuis peu, l’Église marche en direction de l’islam, reconnaît la substantialité de sa voie.N’est-ce pas à l’érudition et aux prières de Massignon que nous le devons ?On voit à quel point nous sommes loin du grand homme fabriqué au jour le jour par l’actualité.Vincent Monteil insiste sur cette intemporalité.La vie de Massignon est sertie de drames, personnels et politiques.Vite, il se fit l’apôtre de la réconciliation entre le Croissant et la Croix.A-t-il voulu l’unification ?Cela relève de l’utopie.On sait quels liens unissaient la France au Maghreb d’abord, plus tard au Liban et à la Syrie.La décolonisation transforma Massignon en défenseur des libertés auxquelles il croyait depuis toujours.D’abord, la dignité de l’homme, ensuite, à l’intérieur de cette liberté, le respect de l’islam, religion monothéiste, civilisation totale.Il lutta contre l’irrédentisme en Afrique du Nord, pour l’émancipation des Algériens, en particulier.Vincent Monteil lui reproche ses atermoiements.Mais Massignon était l’homme d’une génération qui croyait aux nuances des accommodements.Il oubliait que notre époque est celle des extrémismes téléguidés par les superpuissances, en particulier par Moscou.On peut dire que, dans l’ensemble, malgré les plaies, les Français ne s’en sont pas mal tirés.L’ombre du général de Gaulle recouvre naturellement toute cette agitation comme d’un manteau de haute laine.Vincent Monteil rend justice à ce grand homme.Massignon vécut ces tribulations avec une belle hauteur de vue.Il ne niait pas aux masses le droit de s’affirmer.Tout simplement, il craignait que, la réussite venue, elles ne s'enlisassent dominées par des appareils de parti.Le sort des Algériens est un bel exemple de cette déconfiture.Sa conception de l’islam lui interdisait de donner son accord à toute solution qui eût empiété sur la dignité de ses communiants en Dieu.Il lutta donc jusqu’à la fin, avec une ardeur mystique qui lui fit nombre d’ennemis et ne lui attira la reconnaissance de personne, sinon d’un petit cercle d’âmes choisies.Le mécanisme de cette pensée et de cette action est admirablement démonté par Vincent Monteil.Pour un non-initié, le texte est parfois difficile à suivre, surtout lorsqu’il s’agit des prises de position sur Israël, sur la langue arabe, sur la conception finaliste de l’histoire.Le lecteur se trouve dans la situation d’un homme qui découvre un continent nouveau, dont la faune et la flore lui sont inconnues.Nous sommes formés à ignorer la civilisation arabe, à vivre en dehors d’elle.Elle nous est plus lointaine que la chinoise, elle-même labyrinthe.Pis encore, depuis près d’un demi-siècle, on nous apprend à craindre et mépriser tout (ou presque) de ce qui nous vient de l’islam.En sorte qu’une génération entière d’hommes cultivée vit dans cette ignorance et ce mépris, en parfaite bonne conscience.Un livre comme cette biographie de Massignon (Végapresse, Paris, 1987) nous permet de nous rendre compte de cette ignorance.Plaise au ciel que de nombreux lecteurs, séduits par la vivacité du style de Vincent Monteil, par sa passion de tout expliquer, inspirés aussi par la grandeur insigne de l’homme Massignon (1883-1962), prennent goût au monde islamique et réussissent à dépasser leurs préjugés et leurs contradictions.Ils trouveront ici une vie spirituelle dont ils n’ont peut-être pas l’habitude, un homme qui va, en toute quiétude, jusqu’au bout de ses idées.Parfois, les conclusions choqueront, car Massignon n’est jamais tiède.Mais, à chaque page, ils trouveront matière à méditer, des faits nouveaux, la présence d’une âme séraphique, l’affirmation de la foi en Dieu.Peut-être voudront-ils, eux aussi, s’envelopper du linceul de feu ?Traduction Suite de la page D-1 çais, a appris, quant à lui, que rien ne donne au traducteur littéraire un statut, et que sa situation est toujours précaire.« Je vis de mon élevage de chèvres, pas de mes traductions.» Il avait fait de nombreuses traductions pour Sogides, dont deux lui avaient valu des prix.À son retour d’un séjour en Afrique, la direction de Sogides avait changé.La nouvelle direction l’a formellement informé qu’elle n’avait pas de place pour lui.M.Steenhout s’est retrouvé aux éditions du Roseau, qui ont publié sa traduction de Robe noire, du romancier canadien-anglais Brian Moore, en coédition avec Payot en France.Ainsi se réalise un phénomère rare, sinon unique : un éditeur français accepte une traduction faite au Québec.Sa langue maternelle est le néerlandais, mais M.Steenhout précise que le français est sa « langue véhiculaire » depuis l’université.Il souligne qu’il y a des expressions et des tournures de la langue canadienne-anglaise qui ne font pas partie de l’anglais international, et qu’il serait dérisoire de vouloir traduire en « français international ».Pour bien traduire, il faut bien connaître le mi- • lieu physique et social dont parle l’oeuvre.« On ne peut pas traduire Le Matou sans connaître certaines rues de Montréal.» Michèle Tisseyre, qui a commencé " pou* .lecioiie- à traduire des auteurs canadiens-an-glais au début des années 70 quand la maladie a interrompu sa carrière à la télévision, et qui a traduit depuis une vingtaine de livres, décrochant en route un prix de traduction du Conseil des arts, explique qu’avec sa première traduction, Telle est ma bien-aimée, de Morley Callaghan, elle est devenue amoureuse de l’oeuvre de ce romancier canadien-anglais, et a décidé de faire de la traduction sa deuxième carrière.Elle souligne que son mari, Pierre Tisseyre, a été le premier éditeur à se lancer dans la publication de traductions d’auteurs du Canada anglais, lorsque le Conseil des arts a commencé à donner des subventions « à la traduction dans l’autre langue», en 1974.Ces traductions ont-elles du succès ?« Comme les auteurs québécois qui ne sont pas de grands succès, répond Mme Tisseyre.Ça vivote, Les librairies ne gardent pas les livres.Parfois, ils retournent des caisses qui n’ont pas été ouvertes.Il faut dire que les journaux publient très rarement des critiques de traductions faites ici.» Mme Tisseyre signale que son éditeur a tenté à plusieurs reprises de vendre certaines traductions à des éditeurs de France, sans succès, quoique un éditeur français s’intéresse en ce moment au premier tome de la trilogie de Deptford de Robertson Davies.« Les éditeurs français préfèrent les gros succès américains.Et nous avons découvert que les lecteurs chez les éditeurs français sont eux-mêmes des traducteurs qui, en lisant une traduction québécoise, disent : Ce n’est pas notre sensibilité.» Dans le cas de Cinquième Emploi, de Davies, la traduction était déjà faite à Montréal.Mais Hélène Filion, qui a traduit plusieurs des oèuvres de l’écrivain canadien-anglais Margaret Atwood, a appris que les droits pour la traduction française de son dernier roman, The Handmaid’s Tale — très populaire aux États-Unis — ont été vendus en France.Hélène Filion aimerait quand même faire la traduction et s’en ouvre à Margaret Atwood.qui la renvoie à son agent à Los Angeles.Pourquoi fait-on de la traduction littéraire ?Par amour des mots, de l'écriture, des livres.Michèle Tis- ?••••••••••••• ••••••• !!!!!!!!•**••• ••••••••••• •îîîîîîî!*''** ••••••••••• •••••••••••• ••••••••••• • • • • • • • • , .- ••••••••••••••• i H OUVERTURE Ü •••••••• •••••••• _ m •••••••• •••••••• MM I K I ** •••••••• •••••••• •••••••• •••••••• •••••• •••••••• •••••• •••••••••••• •••••• •••••••••••• • • • • •••• • • • • •••••••• • • • • ••••••• • • ••••«•• • • •»«••••»•»*.• • ••••••••••••••• 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décrire la scène par un ami français qui ne savait pas un mot d’anglais, que Sheila Fischman a transformé la proposition française en la proposition anglaise suivante : « A strand of sea poised between tides, (.).» — Evelyn Dumas Bande dessinée Suite de la page D-1 groupe industriel Accès (un holding qui existe vraiment et qui regroupe dans ses filiales les hôtels Ibis et So-fitel, un ensemble de restaurants, des sociétés telles Vitapop ou Afri-catours, etc.).Dans l’histoire, les responsables d’Accès contactent un détective privé pour retrouver des objets égyptiens nécessaires à son identification commerciale.Passons rapidement sur cette histoire, plutôt insipide et dégoulinante de clichés, et allons à l’essentiel : l’album, commandité par le groupe, est truffé de logos publicitaires et l’éditeur lance un grand concours où, si vous identifiez correctement les logotypes, vous pouvez gagner un voyage autour du monde.Voilà donc la publicité qui envahit les bandes dessinées sans douter de rien.Subventionnera-t-elle les écrivains, qui seraient obligés par contrat de « ploguer » à chaque page Molson ou IBM ?Mon irritation face à cet album ne rime probablement à rien.Car les peintres de la Renaissance, qui devaient représenter dans une Nativité un des bergers sous les traits de leur prince mécène, ne faisaient-ils pas la même chose ?L’OR DU QUÉBEC Lambil et Cauvin « Les Tuniques bleues » n° 26 Dupuis, 1987 « LES TUNIQUES BLEUES », c’est une série d’humour qui existe depuis 15 ans, qui en est à son 26e épisode, et qui met en scène une troupe de militaires américains pendant la guerre de Sécession.Série honnête par deux vieux pros pas trop spectaculaires (le Cauvin dont on parle ici n’est pas le même que celui de Hors jeu).Le dernier épisode présente une particularité qui semble une première dans la bédé française : il se situe au Québec.Un chercheur d’or a décidé de léguer son trésor aux confédérés du Sud (les Tuniques bleues appartiennent à l’armée du Nord), et il s’est réfugié chez nous.Les deux héros partent à la recherche du vieux prospecteur, arrivent à Québec, et l’aventure se poursuit dans la forêt, alors qu’un coureur des bois colérique, toujours perdu et rempli de poux, s’acharne à les égarer.C’est loin d’être un chef-d’oeuvre, mais cela méritait d’être signalé.en attendant que nos auteurs se fassent connaître outre-mer.— Paul Cauchon 614 p.24,95 Quel livre étonnant, quel homme, quelle inaoyable aventure! Nicole Casanova, Le Quotidien de Paris FAYARD Une vie bien remplie ROLAND DORGELÈS Un siècle de vie littéraire française Micheline Dupray Presses de la Renaissance Paris, 537 pages ROLAND DORGELES (1885-1973) fut un des auteurs les plus célèbres de son temps.Et il le savait.Le romancier des Croix de bois et l’académicien qui fit la pluie et le beau temps chez les Concourt n’a pas laissé filer volontiers ses heures de gloire et de pouvoir mises au service de la littérature.Micheline Dupray raconte la vie de Dorgelès avec une ferveur indéniable.Mais la biographie tourne vite à l’hagiographie.Ce qui n’est pas étonnant puisque l’auteur est la cheville ouvrière de l’Association des amis de Roland Dorgelès.Ce qui nous fatigue dans ce livre, c’est la propension continuelle de l’auteur a justifier certains actes de Dorgelès, au lieu de lui laisser vivre sa vie et de nous la raconter en nous laissant juger.Ce qui intéresse, par contre, dans cet ouvrage, c’est la vie bien remplie de l’écrivain qui a vécu la bohème artistique du début du siècle avec Apollinaire, Picasso, Mac Orlan et Carco, entre autres, qui a fait entrer Colette chez les Concourt et qui est resté jusqu’à la fin de sa vie ou presque un des acteurs importants de cette Académie où il s’en passe, comme on dit, des vertes et des pas mûres : pensons aux fameuses « affaires » Salacrou, Vintila Horia, Ara-, gon et Bernard Clavel.Cette hagiographie de Dorgelès LE REALISME SOCIALISTE UNE ESTHÉTIQUE MPOSSBLE «LE RÉALISME SOCIALISTE» de RÉGINE ROBIN ÉDITIONS PAYOT 347 pages, 46,95$ DIFFUSION RAFFIN 7870 FLEURICOÜRT, ST LÉONARD, P.Q.HIR 2L3 doit beaucoup aussi aux carnets intimes de l’écrivain, auxquels Micheline Dupray a eu accès.Ce qui nous donne finalement un ouvrage exemplaire sur les moeurs littéraires en f rance — Jean Royer Yves Berger reçoit le prix de Monaco PARIS (AFP) — Le prix littéraire de la Fondation Prinee-Pierre-de-Monaco a été attribué, jeudi, à l’écrivain et directeur littéraire Yves Berger, auteur de nombreux essais sur la civilisation américaine et de trois romans voués à sa grande passion, les États-Unis.Ce prix, doté de 40,000 FF, couronne un écrivain français ou d’expression française pour l’ensemble de son oeuvre.Il est attribué par un jury de 16 personnalités, dont huit académiciens français, quatre académiciens Concourt, et des auteurs francophones comme Antonine Maillet ou Jacques Chessex.Y ves Berger prend place dans un palmarès particulièrement prestigieux, aux côtés de Julien Green, le premier lauréat en 1951, Ionesco, Marguerite Yoûrcenar, Jean Giono.«S Dossier spécial sur l'esprit ou le cerveau ?dans le dernier numéro.Volume VIII no 2 de la petite revue de philosophie du collège Édouard-Montpetit Ë^VENTE DANS LES LIBRAIRIES Abonnement: tél.: 679-2630, poste 460 ""L'cspüt ta/cccircau?< v
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