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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 1992-02-01, Collections de BAnQ.

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• le plaisir des ivres rOainpignyn "LA PLUS GRANDE LIBRAIRIE FRANCOPHONE D’AMÉRIQUE" P.Vennat.La Prgss>c?rn 112 pagM '8',5S En vente chez votre libraire blidte Librairie L L'Ogre de Grand Remous One lecture de Robert Lalonde 3700, boul.Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 Tél.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514) 499-1535 INVITATION À LA CULTURE JAPONAISE Collectif 191 pages Éd.La Découverte L’ambition de cet ouvrage confectionné sous la direction de Jean-François Sabouret, sociologue et chercheur au CNRS, est de permettre à tout lecteur curieux de dépasser les clichés qui sont, aujourd’hui encore, véhiculés sur ce Japon qui est autre chose qu’une vaste manufacture.De fait, Sabouret et ses collaborateurs se sont attardés à décortiquer et à présenter la littérature comme le cinéma, la peinture comme la musique, la dance comme le théâtre.En prime, cet ouvrage est abondamment illustré.BRÈVE HISTOIRE DE L’EUPHORIE FINANCIÈRE John K.Galbraith Éd.du Seuil 116 pages Dans ce bref mais lumineux essai d’à peine 116 pages, le célèbre économiste John K.Galbraith analyse les dénominateurs communs « des grands épisodes spéculatifs des trois derniers siècles ».De la folie des tulipes au XVIIe siècle aux « Junk Bonds » de Michael Milken, Galbraith dégage une constante : la masse des investisseurs est une masse .naïve.Page 94 : « Les événements relativement limités des années soixante et soixante-dix et leurs malheureuses conséquences établissaient suffisamment que l’aberration financière était toujours la norme.Mais la pleine et entière démonstration devait revenir aux années quatre-vingt, et se terminer en débâcle spectaculaire le 19 octobre 1987».WINGAPOH! Georges Walter Phébus 618 pages Il y a moins d’un an, Georges Walter signa une magistrale biographie de Edgar A.Poe.Aujourd’hui, il nous propose un roman qui a pour unité de lieu celle qu’explora de son vivant le sieur Poe.Nous voici donc en Virginie et en Nouvelle-Angleterre.Nous voici en compagnie de John Smith, né à la fin du 16e siècle.Ce Smith est un soldat de fortune, un aventurier.Nous voici plongés en pleine colonisation du Nouveau Monde.Nous voici en plein roman d’aventures.Tout amateur de Stevenson, Flanders et autres écrivains de « l’horizon » devrait y trouver son bonheur.servitude et la liberté ».Nomination de Paul Lefebvre LES Herbes Rouges ont choisi Paul Lefebvre pour la fonction de directeur de la collection « Théâtre » M.Lefebvre remplace Gilbert David, critique au DEVOIR, qui, au cours de son mandat, a publié 13 titres.Ces 10 dernières années, M.Lefebvre a travaillé aussi bien pour Radio-Canada que pour la revue Jeu et le quotidien Le DEVOIR.Depuis deux ans, il est coordonnateur artistique de la salle Fred-Barry.M.Lefebvre a signé la mise en scène de Le sang de Michi de Franz Xaver Kroetz.Le concours XYZ POU R la troisième année, la revue XYZ invite les écrivains en herbe à leur faire parvenir des nouvelles inédites, d’ici le 1er juillet 92.Les intéressés peuventt envoyer leur texte à : XYZ (concours de nouvelles), 815, rue Ontario Est, bureau 201, Montréal (Québec), H2L 1P1.Les gagnants de ce concours seront connus à l’occasion de la Fête de la nouvelle l’automne prochain.Pour informations on téléphone au (514)525 2170.L’UNEQ rappelle L’UNION des écrivains québécois rappelle à tous les auteurs et éditeurs qui désirent participer au projet La petite bibliothèque du + Lalonde centrale.Dans L’Ogre de Grand Remous aussi.« Mes personnages s’expriment différemment selon qu’il pleut ou qu’il fait soleil », déclare-t-il comme une évidence.Les plantes, les oiseaux sont répertoriés, nommés.Dans la lorgnette de Lalonde, la nature n’a plus rien d’une berceuse romantique.« Elle est aussi féroce que généreuse ».Il peut vous parler sans fin de sa chienne, qui fut deux semaines prisonnière d’un piège à loup, qui lui a appris le courage.Ro bert Lalonde habite à Ste-Cécile-de-Milton, sur une terre de 50 acres où il plante des arbres comme Jean Giono, son écrivain préféré.Souvent il revient à la ville se replonger dans le grand tourbillon du monde, « histoire de ne pas devenir complètement schizo.Mon équilibre, je le puise dans le contraste», dit-il.Il est né en 1947 à Oka.A l’école, on le trouvait renfermé.Mais quand il sautait la clôture pour errer du côté de la réserve, les Mohawks trouvaient qu’il parlait à travers son chapeau.Jamais vraiment intégré, jamais complètement rejeté.« Je suis le rejeton des deux cultures », estime-t-il.Si bien qu’à l’heure où la «crise du golf» a éclaté, lui ne s’étonnait de rien.«Je savais Oka as- LES RÈGLEMENTS DE COMPTES Henri Amouroux Robert Laffont 767 pages Les règlements de comptes est le neuvième tome écrit par H.Amouroux sur l’Histoire de France sous et après l’occupation.La période décortiquée par cet historien et journaliste part de septembre 1944 et se termine en janvier 1945.Thèmes abordés : les voyages de De Gaulle dans les grandes villes de province qui, en 1944, échappent à l’autorité de Paris; la position du Parti Communiste; la remontée victorieuse du Général de Lattre le long de la vallée du Rhône; la vie très difficile des Français au cours de l’hiver 1944-45, l’hiver le plus rude de toute la deuxième guerre mondiale, et, bien évidemment, les différents épisodes de l’épuration._ .¦ iTe Üton it KOITION- EDWY PLENEL Voyage avec Colomb 'mm, ipSpjj M VOYAGE AVEC COLOMB Edwy Plenel Le Monde 258 pages En cette « année Colomb », les livres, il fallait s’y attendre, abondent.Celui que nous présente les éditions du journal Le Monde se distingue tout simplement par le fait que le reporter Edwy Plenel a suivi les traces de Christophe Colomb.De l’Europe à l’Amérique centrale, des ruelles de Gênes aux côtes africaines, on nous propose rien de moins qu’une confrontation entre 1492 et 1992.À noter que cet ouvrage reprend le feuilleton publié par Le Monde au cours de l’été 1991.— S.T.parfait Montréalais, qu’ils ont jusqu’au 28 février pour envoyer leur ouvrage.Dans un communiqué, l’UNEQ souligne que « les livres soumis doivent être disponibles sur le marché et figurer au catalogue des éditeurs.Les formulaires d’incription sont disponibles à l’UNEQ ».Organisé avec la Corporation des fêtes du 350e anniversaire de Montréal, ce concours comprend six catégories : poésie, prose, essai, théâtre, album d’art et de photos, littérature jeunesse.Une somme de 2 000 $ sera accordée au gagnant de chaque catégorie.Le CdA reporte une date LE Conseil des arts du Canada reporte la date limite du troisième prix littéraire Canada Japon du vendredi 31 janvier 1992 au vendredi 28 février 1992.Doté d’une bourse de 10 000 $, ce prix est destiné à des ouvrages traduits du japonais au français ou à l’anglais comme à des livres sur « le Japon d’auteurs ou traducteurs canadiens ».Pour informations, on peut appeler au (613) 598-4376.Les nouvelles de Stop DIX nouvelles composent le dernier numéro de la revue Stop.Page 95 : « Elle ne relisait jamais ses notes de cours, donc, sauf en ce qui concerne les pages de gauche ».Question 7 Soigne t elle sa droite ?sise sur un volcan ».Durant tout l’été indien, il a campé chez sa famille, es sayant de réconcilier en lui l’irrécon ciliable malentendu qui oppose « no tre absence de spiritualité et leur ah sence d’organisation sociale ».« Paradoxe, j’écris pour essayer de nier la culture que j’ai, soupire t-il, pour capter l’émotion qui m’é chappe dans la vie ».Les heures rou ges lui ont inspiré le roman Cama-chigama, du nom d’un lac au nord du parc de la Vérendry.Ce sera la suite du Dernier été des indiens qu’il pu bliait en 1982.« Pas question pour moi d’y faire l’autopsie d’une crise qui à mes yeux n’en était pas une.Mais j’y questionne ces sociétés qui génèrent des peuples ennemis».Camachigama est terminé mais, fidèle à son habitude, Robert Lalonde laisse le manuscrit sur la glace, attend d’en être assez détaché pour le lancer au grand jour.L’écrivain est ailleurs déjà, rédigeant de puis quelques mois un nouveau livre.Ça parlera d’un adolescent qui corn munique avec l’univers à l’aide de ses seuls sens.Et ce personnage ressemble étrangement à son Julien dans L'Ogre de Grand Remous.« Mais fait-on autre chose que de ré péter sans cesse ce qui nous hante?» demande-t-il. Le Devoir, samedi 1er février 1992 ¦ D-3 L • le plaisir des ivres La souffrance du chevreuil L’OGRE DE GRAND REMOUS Robert Lalonde Seuil, 1992, 192 pages Louis Cornellier LES ÉCRIVAINS québécois qui ont fait de l’espace naturel le décor de leurs inventions ont versé, plus souvent qu’autrement, dans une complaisance niaise, en faisant paradis ce qui était, et est encore, pure agression.En effet, les charmes de la nature ont été chantés par plusieurs de nos romanciers devenus bardes bucoliques et les rares contre-attaques visant à ébranler cet « assaut de la nature » (voir mon article sur Jean O’Neil dans le DEVOIR, 19 octobre 1991) issu d’imaginaires en manque d’idéal n’ont pas toujours été reçues comme elles le méritaient.Quand on voit Louis Hé-mon et son très beau Maria Chapde-laine, de même que Yves Thériault 'N L’OGRE DH GRAND R H MOD S et son roboratif Agaguk, rabaissés au statut de reliques écologiques, c’est qu’il y a profonde méprise.À l’intérieur de cet effondrement où les antinaturalistes viennent secouer par intermittence les amoureux de la forêt, Robert Lalonde occupe une position particulière du fait de son rapport problématique avec la nature.Omniprésente dans ses oeuvres les plus récentes (dont le plutôt réussi Fou du père et le plus moyen Baie de feu, recueil de poè mes publié aux Écrits des Forges en 1991), elle y est présentée sous le visage d’un lieu tendu, déchiré entre le sublime et l’horreur.L’Ogre de Grand Remous, que les éditions du Seuil publient en ce début d’année 1992, vient poursuivre dans cette veine, mais cette fois-ci avec une efficacité rare et maîtrisée.Autour de quatre enfants abandonnés par des parents exaltés dans une maison située en marge de la civilisation, lieu portant le nom évocateur de Grand Remous, Robert Lalonde procède à un travail de tressage qu'il réalise à l’aide de matériaux aussi divers que paraissant ici aller de soi Sorte de roman policier que l’auteur lézarde avec d’incessantes ré férences aux Contes de Perreault (plus particulièrement Le Petit Pou cet et La Belle au bois dormant), L'Ogre de Grand Remous fait varier les narrateurs au rythme des chapitres, chacun essayant, avec sa vision propre, d’interpréter l’abandon afin d’éclairer une situation inexplicable (procédé semblable à celui utilisé par Anne Hébert dans Les fous de Bassan et par Bernard-Henri Lévy dans Les derniers jours de ( 'harles Baudelaire).Toutefois, ce sont les incessantes réflexions du cadet, le fou Julien, qui, contre-investissant les paroles raisonnables et désespérées de ses frères et soeur, finissent par donner la clé d’une énigme habilement tissée et essentiellement composée de soubresauts.Face au drame de la dépossession, les parcours enfantins éclatent et la conclusion du livre foudroie les hypothèses fragiles précédemment forgées.D’abord chercheur en compagnie de Charles, l’aîné, qui investit la bibliothèque parentale dans l’espoir d’y découvrir des pistes, Aline finira plus tard en Californie, prenant ainsi la voie de l’éternelle errance.Indifférent, Serge échouera dans le Massachussets avec la ferme intention d’oublier.Fou, Julien, le petit Poucet, sera le guide délirant, mais seul détenteur de la vérité, de ces aveugles qui se croyaient voyants.Presqu’in concevable, la finale orchestrée par Lalonde rugit d’une vérité violente jusqu’à la beauté.Rendu dans une langue riche de nuances (sauf pour la section inti tulée « Un hiver sur la plage» où le recours facile aux expressions amé ricaines exaspère et est plutôt difficile à justifier) et capable d’évoquer sans mièvrerie un espace naturel toujours bouillonnant, L'Ogre de Grand Remous interpelle la cou science du lecteur tout en évitant de la diriger : « Le chevreuil blessé par ma balle de 30/30, je le suis dans le sous-bois de la sucrerie.Trois jours durant, je colle mon oreille à l’orme, puis au bouleau et j’écoute chacun de ses bonds égarés.Et puis, je le vois : la douleur l’immobilise, il frotte doucement son flanc contre la paroi ten dre du rocher, puis repart en caracolant.Je le suis encore.Chaque fols qu’il s’arrête pour se frotter à non veau, je vois sa blessure saigner cofi tre l’écorce ou la pierre.Quand je m’approche enfin de lui, il est épuisé, ("est parce qu’il va mourir qu’il accepte mes caresses.Alors je sais que je suis pareil à lui, et je pleure en passant doucement ma main dans sa fourrure mouillée de sang».Sa souffrance, nous dit le romancier, ressemble trop à la nôtre pour l’esquiver : « Personne ne vient a no tre secours ! » Malheur à nous.Le murmure discret de l’angélisme PARLER LOIN Papiers d’écolier 1 Philippe llaeck VLB, 1991, 145 pages PRÉPARATIFS D’ÉCRITURE Papiers d’écolier 2 VLB, 1991, 194 pages Louis Cornellier IL Y A quelque chose d’insupportable et de profondément attristant dans l’attitude des directeurs de collections à « idées » qui les porte à s’excuser de nous imposer des réflexions théoriques qu’ils s’empressent de ramener à une certaine facilité.Réfléchira, réfléchira pas ?À cette question pourtant claire, les éditeurs québécois, ceux qui se risquent encore à publier ce genre littéraire si peu compatible avec le populisme ambiant et qu’on appelle « essai », répondent en adoptant un réflexe québécois jusqu’au bout des ongles qui consiste à ménager la chèvre et le chou.Un Jean Royer dira, par exemple, qu’il privilégie des oeuvres où le savoir ne nie pas l’écriture.Chez VLB, où une nouvelle collection d’« essais critiques » vient d’être lancée sous la direction de Jacques Pelletier, l’art de l’esquive subtile comme un camion de dix tonnes s’écrit ainsi : « S’adressant à un large public informé, les essais seront écrits dans une langue précise visant à éviter le double piège de l’académisme abstrait et de la vulgarisation primaire.» Lire : soyez pas trop compliqués, sinon vous vendrez pas.L’ineffable Philippe llaeck, bien connu pour sa conception missionnaire de l’enseignement de la littérature au collégial, applique avec une ferveur qui ne se dément pas cette leçon d’anti-intellectualisme primaire apprise chez ses maîtres ès transmission de la connaissance intuitive.Les deux essais qu’il publie simultanément chez VLB, Parler loin et Préparatifs d'écriture, sont une démonstration parfaite d’écriture naïve qui confond rigueur intellectuelle avec discours engoncé et non-créatif.Rédigés à l’emporte-pièce selon une formule hybride qui amalgame commentaires littéraires, critique sociale, fragments autobiographiques et propositions sur renseignement de la littérature au collégial, ces deux livres exercent un attrait sur le lecteur qui ne peut qu’être séduit par le murmure discret qui s’en dégage.Aussi, attention : danger.Le propos de Parler loin est vaste, car llaeck nous y présenté ses réflexions sous forme de promenades libres au coeur des grandes préoccupations de l’espèce humaine.Parasité par un désir compulsif de plénitude qui lui provient de son état d’être en perpétuel manque, l’écrivain explore les lieux de l’altérité absolue (Dieu, le couple, la mort et aussi, dans une certaine mesure, la modernité) et cherche à la résorber.D’apparence dialectique parce que d’abord ouverture gratuite à l’autre, le mouvement proposé par llaeck emprunte surtout à l’utopie syncrétiste jungienne qui s’incarne ici dans la figure des corps amoureux fusionnés : « Un homme de vient le compagnon d’une femme quand il sait dans sa chair ce que veut dire ne faire qu’une seule chair avec une femme : il y a deux corps et pourtant une seule chair.L’homme met beaucoup de temps à dire je suis ma femme, ma compagne est dans ma chair autant que j’y suis.» Ce qui distingue trop est donc suspect : « Ai-je raison si je dis : l’idée sépare les choses, les êtres, le poème les réconcilie.» Quelles destinées cachent les visages que vous croisez ?Marguerite Andersen Courts Métrages et Instantanés nouvelles / clic/, voire libraire Peut-être, mais il faudrait ajouter que cette fusion à l’allure si désirable est la même que celle qui anime les délires communautaires les plus meurtriers dont le nazisme et le communisme sont des versions-limites mais qui puisent aux mêmes sources (sur ce point litigieux, voir mon intervention dans le DEVOIR du 3 juillet 1991).D’ailleurs, l’angélisme de llaeck est lui-même plutôt problématique : « Je ne méprise pas le pouvoir : je l’admire quand il est au service du plus grand nombre (Gandhi et Castro).» Cynisme ou bêtise ?Poser la question, c’est y répondre (ailleurs, llaeck affirmera se méfier des communautés.Cela donne une idée de l’aspect contradictoire de sa logique).Dans Préparatifs d’écriture, les mêmes thèses sont reprises, mais appliquées à un objet beaucoup plus précis : la littérature et son enseignement.Pour llaeck, tout apprentissage littéraire, s’il ne mène pas à l’écriture personnelle, est raté.Faisant sien le cri délirant d’un Durasse damant que la poésie doit être faite par tous, l’« enseignanl-écrivant » qui j s’exprime ici multiplie les propositions visant à la pratique d’un enseignement non-traditionnel où le maître devient élève et les élèves maîtres.La pédagogie « créationniste » ainsi mise de l’avant ressemble, à plus d’un point de vue, à celle qu’on a baptisée « du vécu » et dont les retentissants échecs commencent à être connus.« Comment l’intelligence des élèves peut-elle apparaître si l’enseignant ne tient qu’à les voir répéter un savoir extérieur à leur vie » écrit candidement Philippe llaeck qui n’a rien d’autre à proposer que des concepts mous et vaporeux pour remplacer ce qu’il dénonce.Croyant l’expérience immédiate plus apte à façonner des individus que la lente et patiente intégration de concepts «externes», le poétique professeur fait l’éloge d’une approche littéraire intuitive qui permet, selon lui évidemment, de mieux « sentir » les textes, de ne pas les écraser sous un bagage conceptuel toujours réducteur et, surtout, d’emprunter la voie qui mène à l’écriture, objectif suprême.Le débat entre ces deux conceptions opposées de la pédagogie n’est pas nouveau et la contribution qu’y apporte Philippe llaeck est d’une pauvreté sans borne.Les incessantes attaques qu’il mène de front contre la rigueur intellectuelle et le savoir sont d’une bêtise incommensurable qui porte au désespoir : « Une expression rigoureuse permet à qui l’entend de penser uniquement ce qui lui convient et ce que, de toute façon, il croit que la raison lui ordonne.[.] Qui veut échapper à ce sentiment devra voir en chaque défenseur de la pensée un traître à celle-ci.»; « L’absence de paroles : la parole humiliée par la maîtrise du savoir, le discours des experts, des spécialistes.» (C’est moi qui souligne).Enfin, la pire mais non la moindre : « Nos cultivateurs illettrés avaient sans doute une meilleure connaisance de la vie au milieu de leurs champs que nos jeunes tech- | niciens avaleurs de codes au milieu des villes.» On croirait entendre Mi- { chel Chartrand ! Dans un entretien lumineux qu’il accordait à la revue Moebius au j printemps 1991 (no 48), l’excellent es- LIBRAIRIE „ HERMES 1120.av.laurier ouest outremont, montréai tél.: 274-3669 libraires encontres s heures^ fl IndmiM.i'.sayiste Pierre Milot touchait, encore une fois, juste : « C’est un problème que personne n’a, à mon sens, soulevé de façon concrète.C’est le fait que cette génération n’a produit aucun essayiste vraiment important (selon les critères en vigueur dans l'institution littéraire) qui aurait pu intervenir à diverses étapes du processus comme Barthes l’avait fait dans les années 60 et 70 avec Tel Quel.En somme, cette avant-garde québécois n’a pas eu son Roland Barthes.Et la postmodernité québécoise n’a pas non plus son Guy Scarpetta ».Mais elle a son Philippe llaeck.Et à l’intérieur de ce paysage morne décrit par Pierre Milot, on peut dire que l’auteur de L’Action restreinte, De la littérature (1975), Naissances.De l’écriture québécoise (1979) et La table d’écriture.Poéthique et modernité (1984) représente vraiment la puissance zéro de l’essai théorique.La confuse et facile littéraro-phi-losophie (sur cette notion, voir l’éclairante analyse de Milot dans La caméra obscura du postmodernisme, L’Hexagone, (1988) qu’il nous offre depuis maintenant plus de 15 ans n’a rien pour rehausser le portrait d’une génération d’essayistes plutôt terne.Et Dieu sait si, pourtant, il en aurait besoin.Vivement, le prochain essai de Pierre Milot ! Pour contrer l’abrutissement.Ï&Â 4 Philippe llaeck PATRICK GRAINVILLE “La colère est le coeur brûlant du livre de Grainville; elle lui donne son souffle sacrilège.” Jean-Noël Pancrazi, Le Monde ‘C’est toute la magie du Brésil qu’embrase Colère” Jean-Louis Ezine, Le Nouvel Observateur 'iSSi ri.J Éditions du Seuil ANDRÉ BALLAND MN'êV'R Il aura fallu attendre qu'André Balland abandonne son métier d’éditeur pour le voir se consacrer à une oeuvre de création dont L'Amateur marque le début éclatant.Éditions du Seuil iss si \ EDITIONS BELLARMIN PHILOSOPHIE « I Bernard Lonergan POUR UNE MÉTHODOLOGIE PHILOSOPHIQUE Essais philosophiques choisis Vol.de 248 pages, 19,95$ Les fondements philosophiques de l’un des plus grands penseurs canadiens contemporains.Colette Quesnel MOURIR DE RIRE D’APRÈS ET AVEC RABELAIS Cahiers d’Études médiévales - 10 Vol.de 136 pages, 17,95$ Le rire a participé à la transmission des écrits rabelaisiens et leur a conféré un caractère immortel.Mais qu’ont en commun le rire et la mort?L’auteur tente de dégager le sens et la fonction de mourir de rire dans l’univers de Rabelais.mourir «le Hit «r»|»rr «•I »%«»«• llaliHai1 ESSAIS SUR LE SENS ET LA RÉALITÉ Textes réunis par Daniel Laurier ESSAIS SUR LE SENS ET LA RÉALITÉ Collection Analytiques - 2 Vol.de 240 pages, 35,00$ Des articles d’actualité sur la question du langage et sa relation à la réalité.EN VENTE DANS LES LIBRAIRIES D-4 ¦ Le Devoir, samedi 1er février 1992 le plaisir des Le lecteur, cet inconnu r\ Robert i* • i SALETTI U.i a Essais ^«Québécois ÉCRIVAIN CHERCHE LECTEUR L’écrivain francophone et ses publics sous la direction de Lise Gauvin et Jean-Marie Klinkenberg Creaphis et VLB, 259 pages.ON POURRAIT rédiger un article rien qu'avec des citations d’écrivains à propos de l’image qu’ils se font du lecteur.Baudelaire trouvait qu’il était un frère hypocrite, Lautréamont qu’il constituait un valable garde-malade.Léautaud s'inquiétait beaucoup des ânes qui allaient pouvoir le lire, alors que pour Céline le lecteur était, disons, un mal nécessaire.Fantôme qui hante l’écriture ou projection marchande du livre, le public lecteur reste évidemment indispensable, ce qui ne fait pas de lui une figure familière pour autant.L’avis de recherche est lancé : lecteurs demandés.Actes de la é c r i v a i I e c I lïiintniJhfUitif*ht>nt‘ et ms publics rencontre de Royaumont du mois de mai 1990, Écrivain cherche lecteur réunit des écrivains, critiques, universitaires et éditeurs de France, de Suisse, de Belgique et du Québec qui se sont penchés sur la vieille question du ‘pour qui écrit-on’, d’abord pour soi ou pour les autres ?, dans le but d’établir un portrait de la littérature francophone actuelle et d’évaluer sa capacité à s’affranchir de la norme parisienne et de l’influence hexagonale (remarquons tout de suite l’absence, ici, des Antilles et de l’Afrique, ce qui montre qu’en littérature comme ailleurs, on n’a pas résolu les problèmes posés par la division Nord-Sud).Le lecteur idéal, celui qu’imagine l’écrivain québécois, par exemple, pour donner forme à son texte, a-t-il un accent provincial ou un visage universel ?Ou si l’on préfère, la langue joue-t-elle le plus grand rôle dans le caractère littéraire d’une oeuvre ?On le constate, ces questions ne sont pas minces et l’intérêt de ce recueil est de leur fournir plusieurs éclairages.Autant d’éclairages en fait qu’il y a d’étapes dans la vie commerciale d’un livre.On reconnaîtra aux organisateurs de la rencontre, Lise Gauvin et Jean-Marie Klinkenberg (ils ont déjà collaboré à un ouvrage sur la littérature et l’institution au Québec et en Belgique), le mérite d’avoir laissé la parole aux écrivains bien sûr, mais aussi à ceux qui s’occupent de diffuser la littérature, parce qu'ils l’éditent ou qu’ils en parlent (critiques et professeurs).Ceux pour qui le lecteur idéal est aussi un lecteur réel.Si tous reconnaissent la précarité actuelle de la littérature francophone, d’autres consensus plus positifs sont dégagés.Le rôle important de l’enseignement est souligné à grands traits.De plus, s'accorde-t-on à dire, la France, si elle ne représente plus la référence ultime en matière de style et de norme littéraires, doit affirmer un leadership plus concret dans le rayonnement de la francophonie, ce qu’elle a d’ailleurs déjà commencé à faire par son implication dans la coédition.Troisième élément, qui rejoint le deuxième, le perfectionnement et le développement de moyens de diffusion mieux adaptés devient une priorité.À ce titre, les médias sont au bar des accusés, qui restreignent de plus en plus l’espace dévolu à la critique littéraire au profit des arts du spectacle et d’une superficialité qui sert mal les écrivains à la longue.Et puisque l’édition est le point de départ de la diffusion, la question de la coédition refait surface dans ce contexte aussi.C’est un secret de Polichinelle, la littérature québécoise n’a pas encore réussi à percer le marché francophone dans son ensemble, et cela malgré des liens institutionnels plus profonds avec la France et surtout la Belgique depuis une dizaine d’années.La publication outremer de quelques écrivains (Anne Hébert, Jacques Godbout) et la multiplication des colloques de spécialistes n’ont pas endigué la mer de silence à laquelle est confrontée la littérature d’ici.Pour un Michel Tremblay qui est joué ailleurs et traduit, combien y a-t-il d’auteurs qui sont confinés au’petit marché québécois (quand ce n’est pas le simple marché montréalais) ?C’est là où, selon plusieurs, la coédition peut devenir une solution.La poésie, en particulier, a tenté l’expérience avec plusieurs accords d’édition et de diffusion impliquant l’Hexagone, le Noroît, les Ecrits de Forges, Triptyque et Guernica.Mais comme le rappelait Gaston Miron lui-même — qui représentait le Québec à la Rencontre avec Francine Noël, Marie-Claire Blais, Godbout, Marie Laberge, Réginald Martel, Pierre Filion et Claude Beausoleil —, la poésie est la marginalité absolue.Du côté du roman, le cas récent de Jacques Poulin publié conjointement par Leméac et Actes Sud tranche avec la politique de la « bannière séparée» adoptée jusqu’à maintenant, qui voulait que des auteurs (Antonine Maillet, Yves Beauchemin, Marie-Claire Blais, Tremblay, Arlette Cousture, par exemple) aient, du point de vue de l’édition, deux carrières définies géographiquement : l’une québécoise, l’autre française.L’enjeu de la survivance pour plusieurs maisons d’édition de petite et moyenne dimensions du Québec et d’ailleurs se situe donc, selon plusieurs intervenants à ce colloque, dans la coédition.Dernière chance ou voie de l’avenir, celle-ci est la réponse de l’édition littéraire à deux réalités sociales précises.Il y a d’abord le fait que la culture lettrée dans son entier est entraînée dans un processus universel de minorisation.Et conséquence de cette première réalité, les milieux littéraires s’organisent désormais en réseaux, c’est-à-dire en petits circuits nés d’affinités communes.C’est sans doute ce qui distingue la coéditioh littéraire de la coproduction cinématographique, qui est une expérience surtout commerciale et aux résultats plutôt mitigés.Dans un contexte où le nombre de publications augmente mais où le public lecteur est de plus en plus fragmenté, la coédition et la collaboration institutionnelle dont cet ouvrage, lui-même coédité, est le fruit, permettront-elles aux littératures francophones de dialoguer et d’échanger ?Si la réponse n’est pas claire, la question méritait d’être posée.4 Rentrée ploi etc.Bref, c’est un livre qui calmera toutes les angoisses.Un livre qui répond à tous ceux qui disent que dans tel ou tel domaine, la souveraineté n’est pas possible».Au sein de L’Hexagone, son directeur, Jean Royer, qui est rentré en fonction l’automne dernier, s’est attaché « à renforcer l’élan des essais littéraires comme de l’essai d’actualité politique ».Question souveraineté, L’Hexagone va publier * un gros, un très gros morceau sur lequel Gaston Miron et Andrée Ferretti travaillent depuis plusieurs mois, soit une anthologie des grands textes indépendantistes ».Pour sa nouvelle collection — Vois —, Jean Royer a rassemblé un ensemble de textes écrits, au cours des 30 dernières années par Pierre de Bellefeuille, sur l’independance.Un ensemble augmenté d’un long article d'un soixantaine de pages dans lequel cet ancien député péquiste explique son cheminement et son option politique.« J’ai choisi De Belle-feuille à cause de sa rigueur intellectuelle et de sa constance.C’est un homme qui n’a jamais dérogé de sa ligne politique.Intitulé L'ennemi intime, cet ouvrage est en fait un essai critique sur les louvoiements politiques de ceux qui se disent souverainistes ».Au sein des éditions du Boréal, son directeur, Pascal Assathiany, estime que le nombre d’essais produits cette saison est à mettre sur le compte du hasard.« Nous sommes tributaires des textes qui nous sont fournis.Nous dépendons de la qualité des titres.On travaille avec cette chose étrange et merveilleuse qu’est la création.Et la création n’est pas élastique.On n’a pas d’emprise sur elle.La récession et la TPS n’ont en rien changé nos critères de sélection.Reste évidemment que le contexte économique commande une production réduite ».Pierre de Bellefeuille Des précisions fournies par le Boréal, on peut avancer que les essais qui seront prochainement publiés semblent, de prime abord, plus scientifiques ou objectifs que subjectifs ou nerveux ou émotifs comme ceux de L’Hexagone et de VLB.De Serge Denis, un sociologue, on nous proposera bientôt Le Québec vu par la gauche canadienne-anglaise.« Un ouvrage qui confirme les problèmes d’incompréhension qui minent les relations entre anglophones et francophones au Québec et au Canada ».De Josée Legault, on publiera L’invention d’une minorité : les anglo-québécois.Pas en reste, Québec-Amérique va mettre en marché un essai intitulé L'indépendance dans lequel son auteur, Denis Monière, « retrace l’évolution de ce concept et les différents systèmes de légitimation invoqués par les peuples pour accéder à ce statut» tout en analysant « les tenants et les aboutissants de l’indépendance pour le Québec».Du même auteur, Québec-Amérique proposera Le combat des chefs, un ouvrage dans lequel sont étudiés les débats télévisés.Outre Monière, cette maison d’édition publiera d’ici trois semaines Gaston Miron un essai rédigé par Édouard Cloutier, Jean H.Guay et Daniel Latou-che.Son titre ?Le virage.Le sujet ?L’Accord du lac Meech finit en queue de poisson.Conséquence directe : l’option indépendantiste reprend du poil de la bête.« Dès lors a surgi une grande question : ce réalignement de l’opinion est-il définitif ou risque-t-il de s’effriter le moment venu ?».Du côté de la fiction, les livres publiés sous l’égide de Jean Royer à L’Hexagone et de Noël Audet à Québec-Amérique feront probablement l'objet d’attentions particulières, ces deux acteurs du monde des livres venant de prendre respectivement les rênes de ces maisons d’édition.Ayant observé que « la bonne fiction est plus rare qu'auparavant », le * patron » de l’Hexagone publiera deux romans seulement : Modeste Tail-lefer de Claire Tourigny et Le vêtement de Jade de Jacques Boule-rice.Chez VLB on mise sur 6,5 à l’échelle Richter, un roman loufoque de Martin Pelchat, journaliste à La Presse, et sur Keepsake 1 des textes inédits de Jean Basile.Depuis qu’il est devenu directeur littéraire de Québec-Amérique, Noël Audet s’applique à choisir des ma- I puscrits qui « traduisent ou illustrent ce que vivre en terre d’Amérique signifie pour les Québécois.Pour moi un auteur doit dire, doit écrire cela ».Cette politique éditoriale mise à part, M.Audet s’est attaché à créer un environnement favorisant une plus étroite collaboration entre l’auteur et l’éditeur.« Tout éditeur doit travailler de près avec l’écrivain.À lui faire travailler son manuscrit ».Au programme de cette maison, cinq titres dont un premier roman, Forêt de J.Gagnon.Au Boréal on nous promet de nouvelles «histoires naturelles» de Pierre Morency, Lumière des oiseaux, sans aucun doute l’un des titres les plus attendus de la saison, ainsi qu’un premier roman qui a séduit l’auguste maison Gallimard au point que cette dernière s’est engagée à le publier en France.Il s’agit de La chute du corps d’Hélène Le Beau dont Pascal Assathiany nous promet qu’il va faire du bruit.« Le Beau a un tempérament d’auteur ».Fidèle à sa passion pour la nouvelle, XYZ, que dirige André Va-nasse, entend marquer le coup avec les receuils L’esprit ailleurs de André Brochu et D’ailleurs de Bernard Andrés, même si « j’ai noté un chute manifeste de la nouvelle ».Qui plus est, XYZ va profiter de la présente saison pour lancer sa nouvelle collection Les vilains.La première « méchante » à signer un texte s’appelle Hélène Monette.Le titre ?Crimes et chatouillements.De tous ces romans, de toutes ces nouvelles, sans oublier les poèmes des uns et des autres, il est plus que probable que c’est Hubert Aquin qui attirera l’attention des amateurs de l’objet littéraire.Leméac ayant racheté de Pierre Tisseyre les droits sur l’oeuvre de cet écrivain, on nous en promet la réédition progressive tout comme on nous promet, d’ici quelques semaines, la publication de son Journal.Jusqu’à présent celui-ci n’avait jamais été publié.4 Céline trois monuments au déshonneur français.Il a en fait, comme le dit Philippe Sollers qui présente en préface ces lettres de détresse, « traversé le feu, la prison et le déshonneur».Nous le retrouvons surtout après la guerre (de 1931 à 1947 il n’y a que des lettres de routine — il propose des manuscrits, il se fait refuser, il annonce qu’il va chez Denoël, il refuse un article pour les Cahiers de la N RF, Malraux lui demande une préface, etc.) où de 1947 à 1961, tel un revenant condamné, ses rapports avec la maison Gallimard seront intempestifs, humoristiques, jamais tranquilles, toujours empreint d'une sorte de rage pressée qu’il dissimule mal, redemandant sans cesse les mêmes choses (des avances, de la publicité, des éditions de poche et la Pléiade) et les redemandant encore.Quelles sont ses obsessions ?L’argent et l’argent encore (lettre à Nimier le 15 septembre 60 : « tout est pèse en ce monde»); son travail d'« ouvrier » qui veut être payé en liquide (le 27 décembre 50 : « ouvrier qui veut être payé comptant, à la livraison de son boulot, net, sec, cash, pas d’Histoire »); l’impatience devant la lenteur des choses avec des images délirantes sur le fait que tout le monde est toujours en vacances (lettre du 6 août 54 : « Ce vieux Père Déficit — ndlr : Gaston Gallimard — doit être en train de se faire sucer le jonc au bord d’un lac.pendant que je me crève au tapin pour que ses morues se couvrent de vison cet hiver! ») ; la jalousie des autres grands (le 23 septembre 53 à Claude Gallimard : « lorsque monsieur Gaston colporte d’énormes colis ce sont des Joyce! tout! tous! mais pas Céline! »); et bien sûr son entrée à la Pléiade, leitmotiv principal de celui qui veut être « pléiadisé avant d’être décédé ».Il va mourir avant de caresser le Voyage et Mort à crédit dans les pages papier missel de la grande collection.Mais il aura eu l’assurance en avril 1959, deux ans avant de mourir, qu’il « en sera ».Que lui répond-t-on à l’énergu-mène de Meudon ?Il y a certaines lettres de Paulhan, de Gaston Gallimard, plusieurs de Nimier, qui se retrouvent dans la brique des « lettres à la NRF».Dans les archives Gallimard, on gardait parfois des doubles des lettres envoyées à Céline au 25 ter, route des Gardes, Meudon.C’est de la politesse un peu secouée, de la part de Gaston, qui demeure toujours respectueux même dans les moments de ras-le-bol.« Je ne suis pas Louis XIV », lui écrit-il le 26 mars 1954 après trop d’insistance pour des a-valoir, « j’administre une société et je suis responsable devant elle de mes actes».S’il y a une vieille reconnaissance entre Céline et Gaston Gallimard malgré les premiers refus de manuscrit (Céline respecte la stature de Gaston tout en l’accusant de ne pas assez croire en lui), il y a avec Jean Paulhan une plus dure atmosphère.Une fois, Paulhan sortira de ses gonds et sera très direct dans une lettre, le 14 janvier 55.La lettre, qui sera la dernière de Paulhan à Céline, est plus longue que d’habitude.« Je n’ai rencontré dans vos lettres qu’une malveillance aigre, continuelle, sournoise (.).Vos lettres sont amusantes comme peuvent être amusantes des lettres d'enfant ou de fou.PuLs, de qui dirait-on du mal — quand on vit comme vous dans une maison de campagne, un peu à l’écart — sinon des rares personnes que l’on a sous la main : des personnes qui, en vous rendant service, se sont mises en quelque sorte sous votre main ?(.) Je m’aperçois que vos lettres en tout cas ont cessé de m’amuser ».C’est l’arrivée de Roger Nimier en décembre 1956, comme conseiller littéraire à la NRF, qui va calmer quelque peu Céline.Tout de suite il y aura entente, complicité.Nimier va d’abord à Meudon saluer l’écrivain qu’il admire.Il ira souvent, le dimanche, manger avec Céline et Lucette Almansor, sa femme (elle vit toujours), et tous les chats.Le 14 mars 57, Céline écrit : « Ah mon cher Nimier que vous êtes amical et bien fraternel de tant vous soucier de ma miteuse histoire! mais hélas il s’agit de défendre mon boeuf ou crever sous les rires de tous ces salauds ».Lettres pathétiques, aussi : le 7 juin 61 à Nimier, «je n’ose plus me considérer dans les miroirs! » Lettres regrettables comme celle du 7 janvier 60, trois jours après la mort de Camus : « un petit puéril accident d’auto! » Lettres comiques de Nimier qui lui dit le 11 juillet 57 : « je crois que Gaston est un peu triste de ne plus recevoir d’insulte.Songez-y », ou qui lui envoie, le 24 juin 61, une carte postale où l’on voit des vaches en pâturage : « voici quelques lectrices de Françoise Sagan».Il faut lire ces « lettres à la NRF », c’est le plus indiscret et fascinant voyage au bout de la nuit de Céline.Il faut relire aussi Mort à crédit qui ressort chez Gallimard avec les illustrations de Tardi, au cas où nous aurions oublié que Louis-Ferdinand Destouches est l’un des plus grands écrivains des deux derniers siècles, le 19e d’abord (« le siècle dernier je peux en parler, je l’ai vu finir.» écrit Céline dans Mort à crédit) et le 20e dans lequel, comme l’écrit Sollers, il demeure « le grand spectre de notre époque ».En soumettant chez Gallimard le manuscrit de Voyage au bout de la nuit le 14 avril 1932, il avait écrit à qui de droit : « C’est du pain pour un siècle entier de littérature ».Il fut peut-être chiant le Céline, mais il savait qu’il était « le défonceur de la porte de cette chambre où stagnait le roman jusqu’au Voyage».Publié chez Denoël, le Voyage rata le Concourt j 32 devant un écrivain aujourd'hui in- j connu.Clément Trudel BARTOLOMÉ DE LAS CASAS Une théologie pour le Nouveau Monde Marianne Mahn-Lot Desclée de Brouwer, 178 p.LA VIE de l’évêque de Chiapas, « défenseur des Indiens », redevient actuelle en cette année marquant les 500 ans du premier voyage de Colomb.L’auteur retient que de Sévillan était peut-être un converso (catholique dont les ancêtres étaient juifs), ce qui expliquerait son insistance à proposer la foi, à ne pas l'imposer, en une ère où très peu d’Espagnols étaient disposés à tant d’obligeance envers une main-d’oeuvre qui fut d’ailleurs vite décimée ou exterminée.Ce livre adopte l’ordre chronologique du long combat pour la justice de Fray Bartolomé.On ne dissimule pas le côté entêté du dominicain que certains réprouvent pour avoir, un moment, accepté que des Africains robustes soient substitués comme esclaves aux Indiens dont le Vatican reconnaissait qu’ils avaient une âme.Excellente fresque des intrigues à la Cour des souverains d’Espagne et des rancunes persistantes entre esprits libéraux et « colonialistes » de dure allégeance, si l’on peut se permettre cet anachronisme.Saga à reflets d’or et d’argent qui enrichiront surtout les créanciers de l’Espagne! LA PERSÉCUTION, SA FORMATION EN EUROPE Robert I.Moore Les belles lettres Paris, 1991 POU R quiconque s’intéresse aux racines de l’intolérance et à ces trois siècles (950-1250) où l’Europe occidentale se mit en quête de « déviants » à pourchasser : les hérétiques, les Juifs et les lépreux, le plongeon de l’historien Moore dans les archives est fascinant.Pas de jugements à l’emporte-pièce dans cet ouvrage d’abord paru en anglais en 1987.L’auteur s’en tient à un sobre exposé des étapes qui précèdent la mise en place de la répression.Pourtant, bien des souverains, bien des papes eurent des conseillers juifs.Insidieusement se déclenche une lutte de pouvoir, les aspirants conseillers « chrétiens » produisent des ragots, sèment les éléments de mythes qui associent le Juif à la sorcellerie et au Diable.Lois de ségrégation contre les lépreux; phénomène de l’exploitation que l'on fait des Juifs avant leur expulsion (Espagne); préoccupation de l’Église d’intervenir dans tous les domaines de la vie et de la pensée.Voilà autant de points d’appui d’une identification de « déviants » qui renforce l’unité chez les « autres ».On pense aux écrits de Durkheim à ce sujet.Moore souligne que ce n’est pas « l’hostilité populaire » qui produit les victimes, mais bien la réaction d’une autorité qui sent son emprise s’amenuiser.LA LIBERTÉ CONFISQUÉE Et autres essais Jean Theau La pensée universelle Paris, 1991, 294 p.LE plus long des essais de Theau, exprofesseur à l’Université d’Ottawa, porte sur la censure occulte en démocratie.Bonne polémique antisartrienne et rappel des dangers de restreindre la liberté sous prétexte de la rendre souveraine.Le regard de Theau s’attarde souvent sur la politique étrangère de la France qui, pense-t-il, a souvent donné lieu à des coups de théâtre, pas toujours à des actions efficaces, avant comme après de Gaulle.Theau donne, dans un bref post-scriptum sur la guerre du Golfe, son idée sur les faiblesses de l’unité européenne.Les 27 pages traitant de Le droit à la vie et la peine de mort soulignent notamment le paradoxe, dans l’histoire, d’abolitionnistes notoires qui ont subi la peine de mort, et de suppliciés célèbres (Socrate, Jésus) qui n’ont jamais murmuré contre la peine de mort! Maggy Saragossi Persuasion et séduction U discourt fK»liiuo-cn bout de ligne un écheveau tel qu’il ;st quasi impossible de lire les vers le l’une sans du coup chercher à remonter aux faits saillants de l’autre.Villon-voyant, Villon-voyou : le Lais comme le Testament ligotent L’es deux figures l’une à l’autre et posent entre elles, sans jamais la résoudre, l’équation géniale sur laquelle va fleurir le lyrisme de l’ère moderne.Au lecteur dès lors — ce semblable, ce frère — de saisir les innombrables allusions faites aux événements et aux personnages de la vie du poète, à lui de déchiffrer les significations cachées, de découvrir les sous-entendus et les clins d’oeil, de*\senlir l’ironie sourdre et le sarcasme mordre.Reste qu’on a beau l’interroger de tout bord tout côté, l'oeuvre de Villon, l’une des plus frustrantes à lire de la littérature française, garde jalousement son secret : on est devant elle comme devant un coquillage, contraint d’induire l’architecte et d’esquisser maladroitement le portrait-robot du créateur.("est ce secret qu’il y a moins d’un demi siècle, le père de Dada, Tristan Tzara, entreprit de percer.Et selon une méthode digne des plus abracadabrantes recherches oulipiennes.Mis sur la piste par un prédécesseur, qui avait découvert dans un vers du Testament les syllabes permutées du noîn d'Ithiers Marchant, le rival heu- Sx de Villon, Tzara émet l’hypo Se suivante : les textes de Villon sgjjt truffés d'anagrammes, ces mots eMevelis dans le corps du texte qui s{mt à la littérature ce que les pubs subliminales sont au cinéma.\ Une hypothèse qui lui permettra de détecter dans les octosyllabes du ltajs une foule de noms propres dont Içs lettres sont réparties symétriquement autour d’un axe central formé djune ou de plusieurs lettres.Exemple : « VivRe Aux humains est iN-cUÏrlAin» = NAVARE, le nom du collège que Villon et quelques malfaiteurs patentés cambriolèrent le sol)' de Noël 1456.Ces mots sous les mods, Tzara va en découvrir 1235 du fiLu’une lecture minutieuse et réso luinent moderne.Sixième et dernier tome des oeuvres complètes de Tzara, publié chez Flammarion grâce au travail impeccable d’Henri Béhar, Le secret de Villon est, on le devine, d’un abord fastidieux.Il apparaît souvent comme un immense château de carte, une construction théorique folle et audacieuse où on frise le délire d’interprétation cher à Dali.Et ses procédés résistent mal à l’analyse qui n’ignore pas la part significative de hasard entrant dans la composition même de l’anagramme (j’ai retrouvé mon nom disséminé à quelques endroits).Si rébarbative et si maniaque soit-elle, l’étude de Tzara n’en lève pas moins le voile sur nombre de passages obscurs dont l’interprétation avant elle restait erronée.Elle attribue entre autres à Villon un texte demeuré jusque-là anonyme, L'Kmbus-che Vaillant, et souligne le rôle joué par ce texte dans la rixe qui devait conduire Villon à occire d’une pierre au visage le prêtre Sarmoye.Mais surtout, Tzara, en se livrant ainsi à un décryptage en règle des vers et en proposant une lecture d’un texte invisible, sous-cutané en un sens, s’élève contre l’image romantique d’un Villon poète des bas-fonds, paillard et bruyant, qui aurait écrit le Lais en une seule nuit dans_ la griserie du vol commis le soir même.Et c’est là une de ces ironies de l’histoire, que ce soit l’un des précurseurs de l’écriture automatique qui plaide pour la compréhension « d’un poète à la fois lettré et très attentif à la langue parlée, très curieux de tout ce qui touche au langage tel qu'il se fait et se modèle en son temps ».Que ce soit celui qui baptisa le mouvement de la révolte et de l’absurde sur un pur coup de dé, qui préfère au poète inspiré la figure d’un poète de métier, usant des lettres comme l’artisan use de son outil, en toute conscience et de façon longuement méditée.Roman d’amour déçu bien plus qu’alibi du poète-cambrioleur, poème aux clefs multiples et aux sens latents et non cri spontané du laissé-pour-compte, le Lais témoigne aux yeux de Tzara d’une rare maîtrise des moyens d’expression qu’offre le langage, une maîtrise qui n’a pas pu s’acquérir qu’au prix d’un patient travail d’écriture.La légende Villon sort ébranlée de cet examen : l’oeuvre, elle, à petites doses il est vrai, livre un peu de son contenu énigmatique dont nous sommes les héritiers, lointains mais en même temps contemporains de Jehan Ra-guier, Catherine de Vaucelle ou Pe-rennet Marchant auxquels Villon, qui n’avait « tente ne pavillon », légua fort ironiquement ces quelques vers de sa façon.Lisette ÆIORIN ?Le 1 SVEN Jean Lods Calmann-Lévy, 224 pages PLUS par coïncidence que par choix de lecture, voici le second feuilleton, en deux semaines, consacré à un roman dont le titre est un prénom, et, de surcroît, un prénom en quatre lettres.Iris, de Thierry Laget, était tout entier consacré à la recherche, obsédante, d’une femme aimée et trop tôt perdue pour le vieil homme centenaire qui ne l’a jamais oubliée.Sven est le prénom — son nom n’a guère d’importance — d’un garçon qui vit avec un vieillard dans une île, il s’agit de la Réunion, où le passé l'emporte sur le présent, au point que les deux se confondent dans le récit.Mais le roman de Jean Lods est double : dans une autre île, de l’archipel des Frisonnes, un gardien de phare, paralytique, vit ses derniers jours en compagnie d’un homme beaucoup plus jeune auquel il a prêté un restaurant-bar désaffecté, à l’enseigne du « Pavillon bleu ».Dès les premiers chapitres, qui ne sont d’ailleurs pas numérotés, on apprend qu’un passé relie l’homme de passage, compagnon du gardien de phare, à l’insulaire du bout du monde et à son jeune « gardien ».Les deux îles et leurs occupants ont déjà été des lieux de bonheur, et, dans les deux cas, c’est une femme qui, en s’en allant, a transformé en enfer de solitude cet éden de calme et de sérénité.Dans son phare, battu des vagues, sous les embruns presque constants, l’homme en fauteuil roulant attend sa fille, Anne, partie au loin, ne se résignant pas à se croire abandonné.Quant à l’occupant du château branlant, sur une ferme qui fut jadis prospère, à l’orée d’un village lui aussi déserté par ses occupants, c’est sa femme, puis son fils Emmanuel qui l’ont quitté.Le jeune garçon reconstitue, grâce à des « jeux », suggérés par le vieil homme — celui du chemin de fer, entre autres, jouet merveilleux avec tous ses accessoires, y compris un village miniature où il installe l’épouse en allée, le fils — l’univers autrefois familial et heureux de l’homme irascible, qui chevauche encore une belle jument, entre deux siestes sous la véranda, dans un rocking chair d’époque coloniale.Le dépaysement que procure ce roman — qu’on pourrait une fois de Jean Lods plus qualifier d’inclassable, si le terme n’était si galvaudé — est de deux ordres.D’une part, dans une langue si belle, si parfaitement accordée aux paysages qu’elle aide à faire voir, l’auteur est un romancier de tradition classique.D’autre part, sa façon de fragmenter son récit, l’énigme qui subsiste jusqu’à la fin (le gardien de phare mourra sans avoir revu sa fille, et Emmanuel, qui attend Sven, qui lui a préparé non seulement une belle chambre mais un champ clos pour que s’y ébatte le cheval entre deux galops le long de la plage) prendra la relève dans le phare.pour jusqu’à quand ?Le thème de ce très beau livre, où la description de la nature explique peut-être que celui qui s’appelle Emmanuel soit un photographe, est facilement lisible : le passé est aboli, on ne le ressuscite que par le souvenir et tout essai de transposer le temps de la jeunesse en temps présent est futile.Mais, séparées par des milliers de kilomètres, ces deux îles, si dissemblables par le climat et par la végétation, se ressemblent en étant le dernier asile, asile de mort, hélas ! de deux hommes vieillis et malheureux, deux oubliés par la vie et le mauvais sort.Jean Lods, que je découvrais dans ' : /., ™,nn Vercier Mais qui va donc consoler Mingo?PAUL BUSS1ERES consoler Mmgo ROMAN VW&& *** f .j tet cbama» >m,i Paul Bussières Un récit envoûtant.Un document saisissant sur la vie des Inuit.Un témoignage exceptionnel sur leur vie spirituelle.24.95 $ ROBERT LAFFONT AUX EDITIONS FIDES Antoine Del Busso succède à Micheline Tremblay m Le Conseil d’administration de la Corporation des Éditions Fides est heureux d’annoncer la nomination de monsieur Antoine Del Busso au poste de directeur général et d’éditeur.Il succède à madame Micheline Tremblay qui occupait le poste depuis 1983 et qui a été nommée récemment à l’Administration générale de sa communauté, la Congrégation des Sœurs Sainte-Croix.Sous la direction de madame Tremblay, les Éditions Fides ont connu un redressement et une expansion remarquables, tant dans le secteur de la distribution que dans celui de l’édition proprement dite.En effet, en plus de son propre fonds d’au-delà de 1000 titres actifs, Fides est devenue distributeur exclusif au Canada de plusieurs maisons françaises (Éditions du Cerf, Chalet, Liturgie, Marne, Médialogue, Moustier) ainsi que des Éditions Bellarmin et du Beffroi.En février 1990, Fides est devenue propriétaire des Éditions Bellarmin, maison fondée par les Jésuites, qui maintient toute son autonomie éditoriale.Par ailleurs, Fides est partenaire de Leméac et Hurtubise HMH dans la collection de poche Bibliothèque Québécoise.Elle possède également une participation importante dans les Éditions d’Enseignement Religieux FPR Inc.La Corporation des Éditions Fides consolide ainsi sa place sur la scène culturelle québécoise.Monsieur Antoine Del Busso possède une vaste expérience dans le domaine du livre.U a notamment été directeur des Éditions du Boréal de 1977 à 1989 et plus récemment éditeur au sein du groupe Sogides.Également actif à l’Association des éditeurs, il en a été vice-président pendant plusieurs années.En 1991, il a été membre du Groupe-conseil sur la politique culturelle du Québec, sous la présidence de monsieur Roland Arpin.de ce qu’il en reste : une massure, un * téléphone toujours branché, et une belle bête dans l’écurie.Dans la production courante et les nouveautés lentes à nous parvenir en cet hiver neigeux, Sven, de Jean Lods, est une surprise heureuse et la chance d’une très bonne soirée de lecture.Le vieux poète anglais, John Donne, disait que « personne n’est une île ».Mais il arrive, grâce à un! î fabuliste inspiré et un prosateur admirable, que des îles peuvent abriter des solitaires mystérieux et fascinants.L’INTEL- vu // Sven, n’est pourtant pas un romancier débutant : il a déjà publié trois romans chez un autre éditeur -Gallimard — et en 1987 Le Bleu des vitraux fut couronné par le prix Alain-Fournier.Il y a, dans son dernier livre, une capacité de transmuer les événements anciens en épisodes apparemment réeLs qui force l’admiration.Quand le vieil homme, encore très solide, entraîne son jeune compagnon, réplique du fils qui l’a quitté, en même temps que sa femme, dans de promenades longues et difficiles, à travers un territoire repris par la brousse, semé de ronces; quand un certain dimanche il le force à le suivre pour assister à la messe, qui ne peut avoir lieu dans une chapelle elle aussi abandonnée, et après lui avoir fait revêtir le costume marin d’un petit garçon d’autrefois, l’émotion est à son comble pour le lecteur, tant la remémoration de la vie heureuse devient facile, à partir des photos pâlies et des images trouvées dans un vieux missel.On ne sait d’ailleurs plus qui, de l’enfant ou du vieillard est le plus ardent à imaginer ce qui fut, à partir U A VIOLENCE A L’ECOLE LLLLLLLL 11 i «lit lllüMEl LLL_„.LLÜKlLÆ lBllîllll lllcllll LLLLLLLL LOGIQUES SOCIÉTÉS LA VIOLENCE A L’ECOLE Guide de prévention et techniques d’intervention Jacques Hébert 160 p.- 16,95 $ L’ABUS SEXUEL III LOGIQUES SOI IL I l ï L’ABUS SEXUEL L’intervention Pierre Foucault 120 p.- 14,95$ il! • • > r LA RELATION D’AIDE LOGIQUES SO< If.IP.S v:r LA RELATION D’AIDE Aider les adolescent(e)s en difficulté Jocelyne Forget 172 p.- 18,95$ SUICIDE lOGiourc, St>< Il I i s ¦il LE SUICIDE Comment prévenir, comment intervenir Monique Séguin 126 p.-16,95$ i : Les éditions ;.LOGIQUES ; C.P.10, suce.«D» Montréal QC H3KSB9 Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 * D-6 ¦ Le Devoir, samedi 1er février 1992 SL": • le plaisir des ivres Andrée MAILLET Achoses écrites Carnet 20 J’AI KNTAMÊ janvier sur mes skis de 15 ans, 16 et 17 ans.Bien d'autres souvenirs ont neigé en lents tourbillons tout autour de moi, de nous.Par exemple, cette messe de minuit du Premier janvier tout après l’Année Sainte, à Assise.Mimi Janssens servait la messe du père Roger de Bar, là-haut, au milieu des Giotto.Germaine Tillion, l.yn et moi par pur hasard — et c’est vrai qu’il est souvent pur — avions découvert un temple circulaire ouvert et illuminé au coeur même de la ville — la vieille ville, dirions-nous aujourd’hui — que quelques plâtres coloriés, quelques cierges, quelques éléments catholiques suffisaient, fallait-il croire, à christianiser.Tout le reste l’essentiel : le péristyle, un demi-dôme, du 2e siècle av.J.-C— d’obligeants Italiens qui parlaient français, plutôt que de nous laisser nous perdre en conjectures, nous dire que nous étions chez Minerve.Combien la Déesse sembla présente et tutélaire au-dessus de la crèche, de l’Enfant-Dieu qui était depuis toujours l’enfant, le nourrisson des Moniales, des Recluses de toutes les époques, des vierges aspirant à la sainteté (y aspirant ou non.Minerve est l’une des déesses vierges), l’Enfant-de-Cire qu’elles pressaient chacune à son tour contre sa poitrine, le berçant et chantant, mère une fois l’an, ou deux ou trois fois, aux Fêtes.?Je songe à la plus jolie séquence du film intitulé Thérèse.À part cette séquence et un beau chant de femme a capella, le film m’a déçue : quelques anachronismes, des gestes dégoûtants.?Alors, dans ce temple de Minerve travesti en église, quoi d’épatant, cette nuit-là ?Des cantiques inouïs, envoûtants, tous chantés (juste) par le peuple d’Assise, en italien.Les chants de l’Ombrie pour les temps de la Nativité.À cinq cent mille lieues des Santa Lucia et autres Sorrento.De la musique pure et divine (plus grave que les airs provençaux) s’apparentant peut-être à quelques airs basques anciens, ni lydiens ni hypolydiens tels certains recueillis en Hongrie par Rartok; mais, à l’origine (peut-être) de ce que Frescobaldi a retrouvé, et Kodalv (en Hongrie aussi).éloignés dans l’espace des anciennes musiques celtes, mais probablement contemporains, à peine polyphoniques, et dont l'accord de la quinte n’était pas la base.Il faudrait Andrée Désautels et le meilleur folkloriste de l’Italie pour m'expliquer ces cantiques puissants, tirés de la Terre, assurés comme une belle femme enceinte soutenue elle-même par une force mâle et tranquille.Pas les plus attendrissants ni charmeurs : seulement parmi les plus beaux chants religieux que j’ai jamais entendus de ma vie — à part les chants grégoriens.Une nuit magique, dit Lyn « avec des chants que l’on n'attendait pas».Les ouvertures du temple avaient des plaques d’albâtre affinées en guise de vitraux, assez minces pour laisser passer la lueur nocturne, verdâtre s’il me souvient.Les fidèles étaient restés debout durant la messe basse, debout et tassés, si dense était la foule.Dehors, une grosse lune sur un ciel de grosse soie bleue, bien tendue, poudrée d’or.Souvenirs d’un dimanche dans les bois.Ce matin, je vous salue, très hauts sapins ! Vieux et très droits sapins, je vous chante ! Droites et hautes épinettes au vert jaune, je vous admire en ce réveil ensoleillé.Des arbres verts s'ébrouant, rejetant comme en riant leur première poudrée de neige.Veillerez-vous sur mes jours donnés ?Arbres que je protège, veillerez-vous sur mes journées ?Le vent s’emmêlant vivement à vos branches, le vent que je vois dans tous ses déguisements danse avec chacun de vous, tous les dimanches.¦it -ii « L’erreur la plus fâcheuse est de croire qu’on sert sa patrie en calomniant ceux qui l’ont fondée.Tous les siècles d’une nation sont les feuillets d’un même livre.Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé.Tout ce que nous faisons, tout ce que nous sommes, est l’aboutissement d’un travail séculaire.Pour moi, je ne suis jamais plus ferme en ma foi libérale que quand je songe aux miracles de la foi antique, ni plus ardent au travail de l’avenir que quand je suis resté des heures à écouter sonner les cloches de la ville d’Ys.» Ernest Renan.?J’ai récemment porté un jugement littéraire sur un ensemble de textes publiés, sans faire le détail.C’est mon jugement sur l’ensemble qui a une valeur critique.C’est au genre d’écriture choisi par certains éditeurs, les Herbes Rouges, entre autres, que je m’objecte.Toutefois, chez ces éditeurs, il y a des oeuvres intéressantes que je me propose quand même de commenter, éventuellement.De quel droit juger ?De celui que m’ont donné mes pairs, tout simplement.Voici quatre décennies que des écrivains parmi les plus haut placés du Québec m’ont accordé de cent manières une qualité de discernement hors du commun dans l’art de juger des talents littéraires, et les écrivains québécois.Et, un flair infaillible pour distinguer dans un lot de textes, soumis par des débutants, celui de l’écrivain qui s’affirme déjà comme un tempérament.Vais-je m’assoupir dans ces gerbes d’oeillets et de pavots parce que je suis septuagénaire ?Ou, n’ai-je pas raison de penser qu’une telle confiance me crée des obligations ?Celle, par exemple, de répéter le cri d’alarme de Jean Larose, en disant : « Avant de faire créer — à partir d’eux-mêmes, c’est-à-dire de l’infime — vos jeunes élèves, donnez-leur à lire les classiques » ! Renchérissant, je dis; faites-leur pasticher les maîtres.En littérature, je préfère ce qui est travaillé, difficile à faire — et fait de manière à ce que cela semble facile; (mais pas toujours, pas nécessairement ! ).On dit à tort et à travers qu’on ne mêle pas la politique et l’art, le féminisme et l’art.Moi, je crois au contraire que l’art porte plus loin, plus haut les utopies qui seront lois demain.?CE QUI VA SUIVRE, il ne faut pas le moindrement corriger.Tiré d’un journal authentique dans une belle calligraphie avec pleins et déliés, c’est écrit par un jeune homme de 22 ans — et demi — précise-t-il, natif de Sorel.La scène se passe à Rome.Le jour est daté du 1er janvier 1869.J our de l’an.Le jour de la nouvelle année n’a pas été aussi agréable pour moi.Le mercredi, j’eus à monter la garde et passer la nuit à la belle étoile — Le jeudi, je descendis de garde à 11 h de l’avant-nudi, et le soir je fus nommé de patrouille dans la ville afin de maintenir l’ordre qui est souvent interrompu dans ces jours de fêtes par le désordre, /’ivresse despékins.Nous appelons Pékins toute personne qui ne porte pas l’uniforme militaire.Cette patrouille dura jusqu’à une heure du matin, ainsi se termina pour moi l'année 1868 et commença celle de 1869 — la carabine en bandoulière sur le dos.CE BEAU GARÇON croit que la langue est gardienne de la foi.Que la foi est gardienne de la langue française (avec ses pleins et ses déliés).Il a raison deux fois.Il est à Rome pour sauver le pape, le St-Père de l’église catholique et romaine, écrit-il, contre Garibaldi.Il est Zouave pontifical.Dans son coeur, ce titre est tout en majuscules.Il était un petit-cousin de grand-maman Dupuis.Il se nomme Joseph Francoeur.Sa fille, tante Baba, m’a légué ce trésor : le journal de Guerre d’un jeune volontaire qui a offert sa vie pour son idéal.Lui, il savait qui était Dollard des Ormeaux et Madeleine de Verchères.C’est pourquoi il est là où il se passe quelque chose d’important dans notre civilisation.Un Zouave ! Notre peuple a admiré et aimé nos Zouaves pontificaux.À cette époque-là, peu de gens chez nous connaissaient la valeur de Garibaldi.Nous n’avons eu que trop de staliniens ici.De Jdanovistes, au demeurant sans mérite.L’athéisme militant, à oeillères et qui ne se prive pas du mensonge, n’a jamais ajouté un iota d’intelligence à quiconque; c’est l'Inquisition laïque toute assi moche que l’autre.Ignorer le passé en croyant être moderne, c’est perdre sa mémoire — l’Histoire étant la mémoire d’un peuple.Et, qui perd sa mémoire n’est, hélas ! plus quelqu’un.Il n’est personne.___ A.M.P OMBESCOT Il y a des Goncourt heureux Serge Truffaut LE GONCOURT, parfois il s’accompagne de la chance, parfois de la poisse.À qui n’y prend garde, ce prix littéraire, le plus convoité de la panoplie de prix que les sénateurs de la Republique des lettres délivrent annuellement, peut imprimer en effet les stigmates chers au malin.À l’esprit du malin.C’est pas compliqué, le Goncourt, c’est soit la fortune, soit la guigne.Ce prix fondé au siècle dernier par deux frères qui étaient aussi fanatiques dans leur misogynie qu’ils étaient virulents dans leur antisémitisme, entraîne tout auteur aujourd’hui primé dans un maelstrom médiatique qui, si on n’en respecte pas les us et coutumes, vous conduit dans les bras de la déprime, de l’éthylisme aigü ou, pire, de cet oubli qui se confond avec l’indifférence.Tenez, par exemple, Jean Carrière, Yves Navarre, Michel Host et, dans une moindre mesure, Frédérick Tristan.Le premier, lauréat en 1972 pour L’épervier de Maheux, s’est noyé dans le vin.Le deuxième, lauréat en 1980 pour Le Jardin d’acclimatation, a rencontré la déprime.Le troisième, lauréat en 1986, autrement dit hier, pour Valet de nuit, est.Le troisième ?Où diable est-il passé ?Le sait-on ?Cela intéresse-t-il quelqu’un ?Quant au quatrième, lauréat en 1983 pour Les Égarés, peut-être une fois par année, au détour d’un article on apprend, en quatre ou cinq mots à peine, qu’il travaille tel sujet ou tel thème.Dernier primé, Pierre Combescot, auteur de Les Filles du Calvaire, chez Grasset, le porte bien son Goncourt.De passage à Montréal, dernière station d’une longue tournée qui s’est poursuivie pratiquement pendant trois mois, Combescot le porte même confortablement, son Goncourt.À cette attitude qui n’est point une falsification savamment mise en scène, il y a évidemment une explication.Notre homme a l’oeil ironique, l’oeil qui sait donc prendre ses distances, comme il a le regard du vieux briscard expérimenté.Le regard de celui à qui, comme dirait le quidam qui trône au bistrot des Filles du Calvaire, « on ne la fait pas ».Avant le Goncourt, juste avant, Pierre Combescot avait raflé le Mé-dicis pour Les funérailles de la sardine.De quoi roder ses réflexes.« Les Funérailles se sont vendues Pierre Combescot tortiller.» PHOTO JACQUES GRENIER « Grasset, c’est un club où on fait de la littérature sans se à 65 000 exemplaires ».De cet inventaire, notre écrivain a hérité « d’une base de lectorat de 30 000 a 40 000 fanatiques.Un phénomène très important car cela vous permet de créer une mystique autour de soi.Surtout, c’est mon cas, si vous ne publiez pas de livre à tous les deux ans.Il faut savoir résister.Il faut dire non aux pressions qui sont faites sur vous pour que vous pondiez un roman dans la foulée du succès obtenu par le précédent ».« Ce que j’apprécie de mon éditeur (Grasset), c’est que lorsque je dis non, c’est non.Point.Grasset, c’est un club où on fait de la littérature sans se tortiller, s’en prendre des pauses devant l’éternel.(T* n’est pas comme Gallimard.Mon roman n’aurait pas pu être édité ailleurs ».Il y a quelques années, « Hector Bian-chiotti, un ami, voulais que je vienne chez Gallimard.J’ai essayé, mais je ne me sentais pas à l’aise».Mais qu’est-ce qui différencie Gallimard de Grasset ?« Grasset me porte bonheur».Lucide, fin, pertinent, Raymond Queneau, le savant, avait noté : « Pourquoi ne demanderait-on pas un certain effort au lecteur ?On lui explique toujours tout au lecteur.Il finit par être vexé de se voir si mépri-samment traité le lecteur ».Votre livre, à cause de la richesse du vocabulaire qui le traverse exige du lecteur un effort ?À votre histoire, aux mots de votre histoire, on pourrait fort bien appliquer votre propre observation : ‘chaque mot recelait un parfum d’aventure’.Non ?» « Tout d’abord, je dois vous dire que Raymond Queneau était un homme de lettres.Il était au comité de lecture de Gallimard; il s’occupait de la Pléiade.Bref, Queneau était une éminence grise.Moi, je suis un artisan.Incidemment, je ne suis même plus critique littéraire.Quoi qu’il en soit, je suis un artisan des lettres qui tient à le rester.L’essentiel étant pour moi l’écriture.Mon écriture.J’écris d’abord et avant tout pour moi-même.C’est un exorcisme.Toutes les formes d’art sont d’ailleurs des exorcismes ».« Tous les jours, il faut que j’écrive deux ou trois pages.C’est mon yoga, ma gymnastique, mon jogging, mon régime alimentaire ».Le Concourt n’a pas mis un frein à cette habitude ?« Non ! Tous les jours je travaille sur mon prochain Uvre.Si vous voulez, pour moi l’écriture exige une discipline, un entraînement.Tout pianiste digne de ce nom travaille quotidiennement sur son instrument.Moi, je m’entraîne à la phrase».« Si elle est trop limpide, il faut que je l’enrichisse.Je n’aime pas le style nouvelle cuisine.Vous voyez le genre ?Il faut qu’elle soit la plus musicale possible, ma phrase.Je la cisèle.Je la travaille comme un sculpteur».Et ces mots, ce langage, où êtes-vous allez les chercher ?« En fréquentant Francis Carco, Pierre Mac Orlan, Lacenaire, Bruant.Parfois je les invente ».Lorsque votre vocabulaire est riche, « vous pouvez porter votre livre comme un bou cher qui vous évite, lorsqu’on a eu le Goncourt, de tomber dans les écueils dont nous parlions ».Il faut bien le dire, certains ne sont pas sortis indemnes « parce que leur roman n’avait pas la force d’un bouclier».Car au fond, « le Goncourt, c’est comme le temps des cerises.Ça dure trois mois » de conclure ce Gon-courl heureux.Les héritiers de Fernand Séguin LES DÉBROUILLARDS Agence Science-Presse Conseil de Développement du loisir scientifique SCIENCE EXPRESS Agence Science-Presse Association des professeurs de sciences du Québec LES GRANDS DÉBROUILLARDS Éditions Héritage, 1991 Yolande Lavigueur PRINTEMPS 1978 : l’Association des communicateurs scientifiques du Québec (ACSQ) forme un comité chargé d’élaborer un projet de service de diffusion de l’information scientifique dans les médias régionaux.C’est le projet Hebdo-Science, aujourd’hui une corporation sans but lucratif autonome : l’Agence Science-Presse.Hebdo-Science, ré digé par des journalistes scientifiques, paraît 52 fois l’an et témoigne de la Recherche en cours au Québec et dans le monde, ainsi que des aspects scientifiques des questions d’actualité.Ses associations tissées serrées et dans différentes directions contribuent à la visibilité et à l’efficacité de l’Agence Science Presse.Le travail, la compétence de son directeur Félix Maltais et de ses collaborateurs, à son expansion.Née de l’Association des communicateurs scientifiques, l’Agence profitera des locaux et services de l’Association ca-nadienne-française pour l’avancement des sciences, du réseau Vidéo- iiBRQÜ isa cmo» CBT «.’AVENIR?KHvtti tri* I POUR PASSER L’HIVER AU CHAUD, MASSEAU-SÉGUIN GUIDE EXPRESS DES VINS MARCEL MOUSSETTE L’HIVER DU CHINOIS I.lllM-l < Il I (lllllM Un succès foudroyant Le Survenant aux yeux bridés VOUS PROPOSE: ANDRÉ BERTHIAUME PRESQU’ÎLES DANS LA VILLE André HrrlMaum* Presqu'île» ilans la ville 'VjjroMu- m Un des maîtres incontestés de la nouvelle tron et de l’Université de Montréal pour la production d’émissions télévisée, des Presses de l’Université du Québec et des Éditions Héritage pour l’édition de ses livres et cahiers de la collection des Petits Débrouil lards.Le Conseil de développement du loisir scientifique, un allié de toujours, assume conjointement avec l’Agence la publication du magazine Je me petit-débrouille, coordonne le travail d’animation des Conseils de loisirs scientifiques régionaux et travaille à étendre le mouvement des débrouillards à toute la francophonie.Les magazines Québec Science, Franc-Nord, Forêt Conservation, Spectre, Interface et Le Québec Astronomique participent à la table de concertation des revues de vulgari sation scientifiques mise sur pied par l’Agence.L’Association des professeurs de sciences du Québec est aussi partenaire de l’Agence pour la publication d’un newsletter, Science-Express, destiné aux enseignants et étudiants du secondaire et du collégial.Enfin, les productions SDA qui ont mis au monde la série Les l)é brouillards, animée par Marie-Soleil Tougas et Grégory Charles et diffusée à Radio-Canada, sont partenaires de l’agence, tout comme les gouvernements et entreprises qui lui apportent un support financier.Puisque c’est la fête des débrouillards, le 10e anniversaire de leur revue, parlons du professeur Scientifix, ce savant pédagogue-fantôme qui a eu l’intelligence de mobiliser la jeunesse en l’impliquant activement dans ses expériences.Auteur, dès 1979, d’une chronique d’expériences scientifiques pour les enfants dans Hebdo-Science et dont le succès donna naissance au magazine Je me petit-débrouille.Ce fui le début d’un mouvement d’éveil scientifique qui allait, en quelques années, rejoindre des dizaines de milliers de jeunes, chez nous et à l’étranger.La revue Les Débrouillards compte aujourd’hui près de 21 000 abonnés ! Après la formation du Club des petits débrouillards et la publication de 110 numéros de la revue, l’Agence courtise maintenant les Grands débrouillards.Aux huit livres d’information et d’activités de la collection des petits débrouillards, au cinq Cahiers d’activités et à une première bande dessinée s’ajoute Les Grands Débrouillards.Cette BD originale raconte, sous forme d’aventures, 14 facettes du patrimoine scientifique et technique québécois.On y présente des chercheurs, des inventeurs, des savants.Les Débrouillard(es) sont-elles à venir ?Le lecteur y apprend des choses dans différents domaines, de façon imagée et amusante.Après le sel, serait-ce le sucre de la science ?Saviez-vous que le concepteur de la première souffleuse à neige était un laitier, Arthur Sicard, qui avait bien des misères à se rendre en ville, en hiver, pour y vendre son lait.Et, comment a-l-on fait pour construire le Tunnel II.Lafontaine ?Et, les grands barrages hydro-québécois ?Cinq scénaristes ont travaillé à cet album, dont Claude D’Astous qui a reçu le prix Jeunesse de l’Association québécoise des éditeurs de ma- ÉDITEUR, C.F.5247, SUCC.C, MONTRÉAL QC H2X 3M4 , M ULYSSE LA LIBRAIRIE DU VOYAGE LA COURSE AUTOUR DU MONDE CHEZ ULYSSE Venez rencontrer Karina Goma et Patrick Masbourian le dimanche, 2 février de 11 h à 16 h.Présentation des films des participants et séance de signature pour le livre La Course D'Europe-Asie à Destination Monde.4176 St-Denis, Montréal, 843-9447 gazines, pour son article À vue de nez, publié dans Je me petit-débrouille en novembre 90.Et, deux illustrateurs : A1+ Flag et Jacques Goldstyn, ce dernier est géologue de formation et père de la railleuse petite grenouille Beppo.Cette grenouille de 10 ans a été de toutes les publications du monde des débrouillards depuis le début.Elle prête d'ailleurs son nom à des récompenses, accordées par l’Agence dans le domaine de la vulgarisation scientifique : quelle bonne idée ! Le premier récipiendaire fut justement le papa de Beppo, Jacques Goldstyn, qui a su créer un univers à la fois sérieux et amusant, toujours crédible, dans lequel les jeunes aiment se retrouver.Un deuxième prix Beppo est allé à Marie-Hélène Denault.Marie-Hélène est directrice générale du CDLS de Montréal et a contribué à former des centaines d’adjoints du professeur Scientifix.Elle supervise l’organisation d’ateliers de débrouillards aux quatre coins de la grande région métropolitaine.Elle est aussi à l’origine de la Journée nationale des Débrouillards fêtée à travers la province le 7 décembre.Enfin, M.Pierre Bourque, directeur du Jardin botanique de Montréal, s’est aussi mérité un prix Beppo.Il a contribué à faire du Jardin, avec son Insectarium et bientôt son Biodôme, un lieu fort agréable de sensibilisation aux sciences.Si on exclue le mot petit du vocabulaire de la débrouille, depuis le 10e anniversaire de la revue, c’est que les enfants ne se considèrent pas longtemps comme petits.Ils se lo-ruvent toujours des plus petits par rapport à qui être grands.Nous parlerons désormais du
de

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