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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-03-21, Collections de BAnQ.

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_____— • le plaisir des ivres pChampigny-, Venez rencontrer les auteurs du Dictionnaire pratique des expressions québécoises le samedi 21 mars, de 14h à 16h 4380 St-Denis.Mtl H2J 2L1 844 2587 Le Devoir, samedi 21 mars 1992 ! 1 mr- Roger Lemelin W 1 Le système démocratique est en passe de s'imposer comme modèle unique sur toute la planète.C'est là que les difficultés commencent.CELEBRE LA VICTOIRE DE LA DEMOCRATIE Flammarion JULIEN GRACQ Le doux royaume de la terre Lisette AIORIN A Le feuilleton GER LEMELIN Le romancier \ * des faubourgs Francine Bordeleau PEUT-ÊTRE lui-même, un jour, l’a-t-il su : à l’âge de 30 ans, Roger Lemelin avait terminé son oeuvre littéraire.Malgré Le Crime d’Ovide Plouffe, le livre par lequel le scandale arrive, en 1982, parce que son auteur le fera distribuer par la chaîne de supermarchés Provigo, malgré Les Voies de l'espérance, un recueil d’essais publié en 1979, malgré Pierre le magnifique (1952) et Fantaisies sur les péchés capitaux (1949), Roger Lemelin est et restera l’écrivain de deux livres.Paru en 1944, Au Pied de la pente douce marque un tournant dans la littérature québécoise.Son auteur a 25 ans, il est fils de fonctionnaire et a été élevé dans le quartier Saint-Sauveur’, à Québec.À une époque où nos romans parlent encore d’une société archaïque et campagnarde, un jeune homfne saisit l’air de son temps et écrit1 le premier drame de moeurs urbaines du Québec.Largement autobiographique, Au Pied de la pente douce est un roman sur l’ambition déçue.Denis Boucher, son héros, veut devenir grand reporter, quitter Saint-Sauveur et monter la côte jusqu'à la haute ville, le lieu du pouvoir et de l’argent.Boucher échouera, mais la province tout entière apprendra que sa capitale est scindée en deux mondes hermétiques! et que le passage de l'un à l’autre est abrupt.Lemelin s’y révèle anticlérical, nationaliste ((pie ne démentit pas le fédéraliste déclaré qu’il allait devenir), naïf et grandiloquent.« Il brandit son poing vers le ciel, marmotta au nom de la jeunesse canadienne-française qu’elle a besoin d’une cause pour chercher la supériorité.Depuis cent ans, le sang n'a pas été versé sur la Patrie, pour la sauver.(.) Comme des lambeaux, serons-nous emportés par ceux qui nous entourent, qu'ils soient nègres, anglais ou nippons, pouvu qu'ils aient le courage de laisser gicler le sang de leurs veines, s’il le faut, pour payer un idéal ?» Ce style, ces phrases vieillissent ma); on peut admirer l’homme, on upplpudira plus difficilement l’oeuvre, qu’il faut sans cesse remettre en contexte.Lucide, Roger Lemelin sera cependant le premier, plus tard, à considérer ses livres avec une certaine modestie.Mais, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il est, avec Germaine Guèvremont et son Survenant, avec Gabrielle Roy et son Bonheur d’occasion (qui ont, eux aussi, vieilli), l’un des chefs de file de nos lettres.En publiant Les Plouf fe, où revient Denis Boucher, Lemelin dit à la société québécoise ce qu’en 1948 elle est prête à entendre (contrairement au Manifeste du Refus global, paru un an plus tôt, qui est déjà ailleurs beaucoup plus loin).Avec Les Plouffe apparaissent, dans le roman québécois, des questions graves : la réussite au prix de la plus abjecte trahison, le militantisme syndical, la guerre, l’écrasante figure maternelle.Dans Les Plouffe, un tablau des gens ordinaires, du monde ouvrier, la famille se disloque : à cause de la ville, à cause de la vie.Pittoresques ou dramatiques, les personnages — il faut reconnaître à l’écrivain ce talent — y sont remarquablement dessinés.Le père et la mère, Cécile la « vieille fille » amoureuse de son homme marié, les frères Ovide et Guillaume, Boucher, le curé Folbèche : chacun se partage les grands enjeux de la société de l’époque.Les Québécois, qui sans doute se retrouvent dans cette famille urbaine, feront de la version feuilleton des Plouffe, — Les filles de Caleb des années 50 pour le retentissement et l'audience — un grand succès.Avec ce roman comme avec Au Pied de la pente douce, Lemelin accumule les prix.Le plus étonnant, c’est que Les Plouffe est publié en France chez Flammarion en 1955.En plein post-existentialisme, durant les jours de gloire de Boris Vian et alors que se prépare le nouveau roman ! Pierre le magnifique, en 1952, marque la fin de la trilogie Denis Boucher.Il explique à Pierre Boisjoly : « Je suis ne et j'ai vécu dans le quartier ouvrier de Québec, et ma famille étail tout aussi pauvre que la tienne.J’ai eu une enfance révoltée.D’abord, j’ai été révolté par la misère el l'ignorance de ceux qui m’enlou-Voir page D-4 : Lemelin CARNETS DU GRAND CHEMIN Julien Gracq José Corti, 1992 308 pages.LE TITRE de ce feuilleton, je l’emprunte — de mémoire — à Georges Bernanos.Il me semble convenir parfaitement au grand chemin d’un promeneur sage, mais érudit, dont les itinéraires sont toujours bien balisés.Rien à voir avec notre — car il est nôtre autant qu’à l’Amérique voisine — avec notre Jack Kerouac on the road.Julien Gracq, il est opportun de le signaler, comme il nous le rappelle dans son livre, avait choisi, au moment de son entrée à l’Université, « une discipline toute jeune et presque à l'état naissant » : il s’agit de la géographie, « la géographie moderne, sortie du néant depuis une quarantaine d'années à peine (qui) avait l’âge à peu près de la psychanalyse ou de la sociologie ».Mais le géographe qui pendant des années a rempli des carnets de ses « exercices pratiques » sur le terrain, est aussi poète, romancier, est surtout grand maître ès-langue française.Dans ses pérégrinations, Gracq n’oublie pas non plus qu'il avait séjourné à Londres, sans doute pour s'y frotter à la langue devenue « l’espéranto — le vrai — du monde moderne : l'anglais, usé, poncé, poli, émoussé et pour ainsi dire désodorisé par le frottement universel ».Les pages « anglaises » des Carnets du grand chemin sont intéressantes, expriment une certaine naïveté (Gracq était encore très jeune et il n’osait même pas pénétrer dans les pubs, qui l’intimidaient, l’effrayaient presque Julien Gracq « avec leurs vitres dépolies, leurs horaires insolites».) Ces lieux « l’effarouchaient comme des maisons de tolérance».( !) Beaucoup plus tard, ce « Londonien» de passage a lu l’édition révisée du livre de Paul Morand sur Londres.Il apprit à « déchiffrer, avec curiosité et gourmandise, une cité dont je ne savais presque rien ».Gracq adore néanmoins utiliser les vocables anglais : ses carnets en sont émaillés, lors même qu’il sillonne en tout sens sa France, les régions de son coeur : le Morvan, la Touraine, el les pays voisins comme la Suisse, la Belgique, avant même de nous offrir une incursion en Californie, où il admire les « grands séquoias (qui ) y régnent depuis quatre mille ans ».Les itinéraires de ce voyageur sont à lire mais fort difficiles à résumer.Ses descriptions du cyprès, l’admirable passage sur le pin et les pinèdes, et le morceau réjouissant sur les habitudes des écureuils, aèrent le tissu serré d’un livre qui ne se contente pas de décrire et de se souvenir, mais qui ajoute — en prime — de la page 230, environ, jusqu’à la dernière, des opinions sur les grands hommes que tous les gracquiens connaissent bien : de Wagner à Chateaubriand, d’André Breton à André Pieyre de Mandiargues (toul récemment disparu); des commentaires critiques sur le cinéma qui, selon lui, copie maladroitement l’opéra et sur cent autres sujets puisque, dans son introduction, bien qu’il se soit essayé à « grouper des notes essentiellement disparates par familles», Gracq n’y est pas vraiment parvenu, « chacun des fragments qui le composent » démontrant que « ces notes ne s’arrangent qu’assez mal de compartiments ».?Un dédain toujours récurrent pour les jugements de ses pairs.La chance, pour les lecteurs, de l’entrée « en Pléiade » d’écrivains encore vivants — les deux Julien, Green et Gracq en sont la preuve — c’est que, n’ayant pas terminé leur oeuvre, leurs livres de l’année nous renvoient sans douleur aux plus anciens.Ainsi, tout en dégustant le plus lentement possible Carnets du grand chemin, j'ai ouvert lout à côté le premier tome des Oeuvres complètes.En m’arrêtant, bien Voir page D-4 : Gracq Wittgenstein : entre la parole et le silence WITTGENSTEIN 1.Les années de jeunesse (1889-1921) Brian McGuinness Seuil, 1991, 397 p.PHILOSOPHIE, MYTHOLOGIE ET PSEUDO SCIENCE, WITTGENSTEIN LECTEUR DE FREUD Jacques Bouveresse Éditions de l’Éclat, 1991, 141 p.Heinz Weinmann Ludwig Wittgenstein Ludwig Wittgenstein est un des grands philosophes de notre siècle qui, comme nul autre, a révolutionné la philosophie autant par son sujet que par la forme particulière choisie pour l’exprimer.Il n’est qu’à regarder son Traclalus philosophico-logique pour s’en convaincre.L’ouvrage est composé d'une série de propositions concises, épigrammatiques numérotées de 1 à 7.("est le no 7 qui a connu surtout une certaine « popularité médiatique », cité à tort et à travers parce que tiré de son contexte ; « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».La philosophie de Wittgenstein porte précisément sur la question de savoir comment délimiter ce qui peut être su et donc dit de ce qui ne peut l’être et rester indicible, ("est par la radicalité de son partage entre le diable et l’indicible que la philosophie de Wittgenstein se démarque de celles qui l'ont précédée, comme celle de Nietzsche également exprimée sous forme aphoristique.Ne nous trompons pas, la minceur ascétique des épigrammes du Tractates a été arrachée de haute lutte par un travail de réduction et de concentration de plus de six ans.Comme le note Wittgenstein, •< l’ouvrage est striclu sensu philosophique et en même temps littéraire (ce que les philosophes oublient souvent !), mais il n’y a pas de verbiage en lui ».Dire le plus en parlant le moins.Dire le maximum en se taisant comme il le confie encore dans une lettre souvent citée : « Je suis parvenu, dans mon livre, à restituer nettement les choses dans le lieu qui leur revient en n'en parlant pas».La belle biographie de Wittgenstein, la première tranche de ses « années de jeunesse» jusqu’à la publication (iu Tractates, par un des grands connaisseurs anglais de Wittgenstein, Brian McGuinness, montre bien que sa vie entière est rythmée Voir page D-4 : Wittgenstein ÉMM D-2 Le Devoir, samedi 21 mars 1992 • le plaisir des ivres Serge Truffaut IL Y A un peu plus d’un an à peine, Nino Ricci obtenait le prix du Gouverneur général pour son roman Cormorant Rooks.Les mois passent.Pas un éditeur québécois ne songe à le traduire.Peut-être qu’aucun d’entre eux ne s’est même donné la peine de le lire.Pourtant, il s'agissait, et quoi qu’on pense des récompenses littéraires, du prix du Gouverneur général.Toujours est-il que la maison Denoël, filiale de l’auguste maison Gallimard, tombe dessus.Mlle le fait traduire par Anne Rabinovitch.Voilà un mois, le roman de Nino Ricci sort en France sous le litre de Les yeux bleus et le serpent.Dans L’Kxpress, Anne Pons note : « Il y a du Dickens dans le regard de son innocent sur le lot des pauvres gens.»> Dans Le Monde, Nicole /.and souligne : « On reste fasciné, comme par le serpent qui transmet le mauvais oeil, par la fluidité de la narration, qui déroule d’une façon savante, cyclique, les anneaux d’un destin terrible et inéluctable : la fin d'une enfance ».Plus loin, Nicole /and observe : « il cisèle, avec une sûreté psychologique étonnante, la vie du village, un monde de femmes où les pères sont absents.» Bref, de l'addition de bonnes critiques de L’Kxpress, Le Monde et autres quotidiens et magazines, on peut déduire à tout le moins que le roman de Nino Ricci a obtenu un très bon succès critique.Mais là n’est pas la question.La seule et véritable question est la suivante : comment se fait-il que les Nino Ricci éditeurs locaux qui vitupèrent avec constance, et souvent avec raison, sur les vices culturels des traductions françaises n’aient pas mis le grappin sur Nino Ricci alors qu’ils avaient le nez dessus ?Les chercheurs de la table ronde I) KM AIN, la librairie Gallimard propose une table ronde sur la vie littéraire au Québec et plus précisément sur les nouvelles démarches qu’ont arrêtées et employées les membres du Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) qui, sous la direction de M.Maurice Lemire, ont signé le tome 1 d’une histoire de la littérature québécoise aux Presses de l’Université Laval.La démarche qui sera exposée demain « se caractérise par une approche matérielle du fait littéraire, par l’examen des textes, mais également par l’analyse du processus de leur production et de leur réception ».Les auteurs de ce travail invités par la librairie Gallimard sont : M.Maurice Lemire, professeur et chercheur au CRKI.IQ de la Faculté des lettres de l’Université Laval, Mme Lucie Robert, professeur au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal, membre du CRF.LIQ et directrice de la revue Voix et images, et M.Denis Sainl-.Iacques, directeur du CRKI.IQ et également professeur de l'Université Laval.Colloque sur le Québec L’UNIVKRSITÉ LAVAL organise un colloque sur La question nient it aire au Canada francophone.Roger Bernard, Patrick Clarke, François Paré, Nicolas Van Schendel, Fernande Grondin, Jane Jenson, Régine Robin et Walter Moser seront quelques-uns des conférenciers de ce colloque qui se tiendra les 7, S et 9 mai au Pavillon Charles-De Koninckde l'Université Laval.Pour de plus amples informations on peut rejoindre Jeanne Valois au (418) 656-5170.De Calgary à Montréal I.K SI KG K de la rédaction de La revue canadienne droit et société/ The Canadian Journal of La w and Society déménage de Calgary à Montréal.À la faveur de ce changement, cette revue devient biannuelle.Incidemment, un numéro spécial de la revue Research Policy consacré aux « réseaux innovateurs » a été lancé cette semaine dans les locaux de l’UQAM.Ce numéro spécial « reprend les travaux d'un colloque international sur les réseaux innovateurs tenu à Montréal en mai 1990 et organisé par le Centre de recherche en développement industriel et technologique et le Centre d’études en administration internationale.Au plaisir.ICI, ce matin, se termine mon « directorat » au cahier « Le Plaisir des livres ».Au terme d’une série d’environ 75 numéros, où j’ai tenté, de semaine en semaine, d’orchestrer des cahiers littéraires pour des lecteurs inconnus, vous, me voilà partant.Je ne plie pas bagages, et demeure à la rédaction du DEVOIR; mais à d’autres le soin de poursuivre la coordination et la fabrication du cahier livres.Merci à Guy Ferland et au copain Serge Truffaut qui ont donné le bon coup de main, merci aux collaborateurs que j’ai pu attirer ici, merci au maquettiste Yves d’Avignon.Salut aux lecteurs.— Robert Lévesque La méthode Curtis LECTURES EN LIBERTÉ Jean-Louis Curtis Flammarion, 1991, 290 pages Alain Charbonneau LliCTURKS VN LIBERTÉ : titre redondant, ou du moins qui suppose l’existence assez, peu probable de lectures en captivité.'Pitre en tout cas qui donne le ton au recueil d’études qu’il chapeaute : le ton de l’Académicien qui croit rompre avec l’éti- quette en jouant les moutons gris et en affectant bien artificieusement l’audace buissonnière de celui qui aurait pu sagement ronronner sa rengaine de toujours.Ce jugement qui porte sur l’ensemble, étrangement, ne s’applique pas aux parties.Partagé en un « domaine français » et un « domaine anglo-saxon », le dernier livre de Jean-Louis Curtis présente en fait toutes les qualités qu’on est en droit d’attendre d’une suite dépareillée de corn- RECHERCHE néi-ime"16’1' lplevirusduS ' *“ïSÏ«“*'S ÉGALEMENT AU SOMMAIRE : ¦ OÙ VA LA PHYSIQUE NUCLÉAIRE?¦ LES CELTES DANS LES BALKANS ¦ LES CRISTAUX DE FILMS ¦ LE BILAN RADIATIF DE LA TERRE ¦ LA NOUVELLE RÉVOLUTION VERTE ¦ DOSSIER: LA RÉINTRODUCTION DES ESPÈCES RECHERCHE EN VENTE EN KIOSQUE - 6,55$ - MARS 1992 mentaires et de réflexions libres sur les grands (évidemment !) auteurs de la littérature.Et même quelques-unes qu’on rencontre assez rarement de nos jours dans ce genre d’écrit.Fin connaisseur de la littérature de langue anglaise, traducteur de Shakespeare après François-Victor Hugo et André Gide, romancier prolixe et pasticheur polémique (il a tenu une chronique réac sur mai 68 — La Chine m'inquiète — et sur l’élection de Mitterrand en 80 — La France m’épuise), Curtis pose ici à nouveau des Questions à la littérature, petites et grandes, sur les sujets les plus variés et parfois les plus avariés : la sincérité de Gide, la vulgarité de Dickens, la prétention de Gertrude Stein, le génie de Joyce, l’orientation sexuelle de Shakespeare, la morale de Zola ou l'entêtement obtus de Mauriac.Les textes, écrits et publiés dans les revues ou les oeuvres qu’ils préfacent entre 1952 et 1990, alternent entre l’essai et le portrait, quand ils ne ressuscitent pas carrément l’explication de texte, cet exercice qui n’est plus en vogue dans la critique littéraire actuelle et qui pourtant, tout en redonnant au texte étudié la place qui lui revient, en négocie sans détours ni raccourcis trompeurs le sens et les enjeux.Peut-être parce qu’il l’aborde en observateur extérieur, et non en sujet, Curtis se montre plus pénétrant et moins mesquin en terrain anglais que français.Alors qu’il ne peut s’empêcher d’endosser l’horreur de Mauriac pour les surréalistes, ni de râler bêtement entre deux lignes sur Barrés contre la société d’aujourd’hui « où tout le monde, sans excepter les enfants, est soumis, par les affiches, les magazines, le cinéma, la télévision, à un bombardement de pornographie », il reste plus didactique (au sens le moins péjoratif possible) et moins hautain quand il présente des auteurs de langue anglaise moins connus, Evelyn Waugh ou Car-son McCullers.Mais là où le naturel revient dangereusement au galop, c’est dans les lieux communs auxquels il donne la rigueur d’une théorie ou d’un système.Saviez-vous, par exemple, que « deux sentiments sont constitutifs de l’amour : celui de sa nécessité et celui de sa durée.Là où ces deux sentiments n’existent pas, là où l'on sait que l’amour éprouvé n’a rien de nécessaire, rien de fatal, (.) l’amour n’existe pas.» Je ne sais pas si la psychologie gagne quelque chose à ce genre de schématisme primaire, mais une chose est certaine, c’est qu’il ne nous apprend rien de neuf sur l’espace littéraire c plexe et ambigu de Proust.i /I i/FTi z! s s Di\ir r : s [ I I i 5.5 r r ’ iimmiii |i c.— - Li ! J —* 7 .— com- LE DUEL CHURCHILL/HITLER John Lukacs Robert Laffont 317 pages LE 10 MAI 1940, Hitler se lance à la conquête de la partie ouest de l’Europe.Ce même jour, Winston Churchill devient premier ministre du Royaume-Uni.En moins de deux, une France très mal dirigée militairement cède tout son terrain.Après la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Belgique, la France et autres, plus rien ni personne ne s’oppose à Hitler, à l’exception de.l’Angleterre et Churchill.Ce dernier a 80 jours devant lui pour modifier, à son avantage et à celui de la démocratie, le cours de la guerre.De ces 80 jours, John Lukacs fait le récit.LA BALLADE DE CALAMITY JANE Larry McCurtry Presses de la Cité 328 pages POU R avoir raconté la conquête de l’Ouest, Larry McCurtry a obtenu le prix Pulitzer, la plus haute distinction littéraire des États-Unis.Aujourd’hui, il nous raconte l’histoire de Calamity Jane, mais également d’un Buffalo Bill promenant son cirque en Europe.Page 222 : « Soucieux pour l’avenir, chagriné par la mort de son vieil ami, Bartle avait adopté la méthode de Calamity pour tenter de faire passer les idées noires.Il passait son temps à boire avec elle ».LES MYTHES FONDATEURS DE LA NATION AMÉÉRICAINE Élise Marienstras Éditions complexe 377 pages MARIENSTRAS enseigne l’histoire des États-Unis à l’Université de Paris-VII.Elle est notamment l’auteur de 1890, Wounded Knee ou l'Amérique fin de siècle.Aujourd’hui, elle propose une analyse des mythes propres à l’Amérique et se demande surtout comment les « Pères fondateurs » ont-ils « pensé » les États-Unis.« Pour l’auteur, nous indique-t-on sur la page couverture, l’idéologie dominante de l’Amérique passée et présente prend sa source dans les mythes développés par le discours des Fondateurs».LES FRONTIÈRES DE LA DÉMOCRATIE Étienne Balibar La Découverte 268 pages PEN D ANT des années, le nom de Étienne Balibar fut associé à celui de Louis Althusser avec lequel il signa Lire le Capital.Autant dire qu’il adhérait aux singularités philosophiques inhérentes au matérialisme historique comme au matérialisme dialectique.Bref, il était marxiste.Aujourd’hui, Balibar nous présente un regroupement de textes qu’il a écrits entre 1981 et 1991.Et notamment sur les droits de l’homme.Son objection ?« On parle très peu ou pratiquement pas de la politique des droits de l'homme ».LA CHASSE-GALERIE, DE LA LÉGENDE AU MYTHE: Brigitte Purkhardt xyz 208 pages PROFESSEUR de littérature au-CEGEP Édouard-Montpetit, Brigitte Purkhart analyse dans cet essai les légendes québécoises ayant la; chasse-galerie comme dénominateur commun.Ainsi que l’éditeur lé précise, « il s’agit d’une étude ; £ multidisciplinaire qui fait appel ^ùx apports de la sémiotique narrative, de l’anthropologie et de l’archétypologie.Une des premières études systématiques de la • ’ •" structuration légendaire du récitée chasse-galerie au Québec».; ; y.LE ROMAN DU RETOUR.’- ¦ * » Constantin Stoiciu llumanitas 196 pages » * %» ¦ » * * »*«/• ?» * KG U l.lanie ?.Il va sans dire q(i£ la lanie le mérite bien.Nullé j)hrt rs dans l’Est, le communisme Roumanie Roumanie ailleurs dans n’a connu de telles proportions et.Yi’a fait de tels dégâts matériels,.-moraux, culturels et sociaux tiiPen Roumanie », souligne Constàritin Stoiciu dans son introduction.-Ce ; roman du retour est un récit sur le pays natal, le pays des origines comme sur le nays d’adoption.WOODY •yr- - / .M» 1 WOODY ALLEN Eric Lax Julliard 410 pages EN TANT que critique au New York Times, Eric Lax a rencontré Woody Allen en 1971 pour la première fois.Puis il l’a rencontré une deuxième fois.Puis une troisième, et une quatrième, et.À chaque fois, il , prenait des notes.Il les gardait pour lui.Il se lia avec Woody Allen.Ensuite, en 1987, il a estimé qu’il avait en mains la matrice d’un livre.II a alors poursuivi ses recherches avec l’accord du cinéaste.; Aujourd'hui, il nous propose le résultat de toutes ces années de , travail.— S.T COURRIER Sur la question nationale.( I.élire adressée à Robert Salelti au sujet de son arl iele l.e bon.la brute et le rigolo paru le 7 mars.) BON NOMBRE de vos petits articles sur les essais québécois, plus spécifiquement ceux concernant la question nationale, ont fini par me lasser profondément.Aussi, je vous renverrai tout de go les mots qui concluent votre texte du 7 mars dernier.Le bon, la brute et le rigolo : « Arrêtez s.v.p., la diligence est pleine.» Que vous ne soyiez pas chaud face au projet d'indépendance, c'est votre droit le plus strict.Si de surcroît vous êtes un fédéraliste invétéré trop heureux des sempiternelles gifles du partenaire, on ne saurait que compatir à vos jouissives mortifications.Si, au mieux, la voie vers l’indépendance ne vous convenait guère sous sa forme actuelle (« La cruelle absence d'un vrai chef »), il serait recevable également que vous insériez quelques points d’orgue à la parti-lion.Mais voilà, on attend toujours vos idées.Alors que nous nous attendrions légitimement, lecteurs du DEVOIR, à une critique éclairée et étoffée, vos seules armes de fer-blanc restent le sarcasme, la condescendance et le mépris.Que pareil étalage estudiantin ait pu s’échapper une fois seulement de votre clavier, on eût pu l’ex- OFFRE SPÉCIALE D'ABONNEMENT — UN AN : 49,00 S + (TPS) Je souscris à un abonnement d’un an (11 nos), à LA RECHERCHE au prix de 49,00 $ + 7 % (TPS) = 52,43 $ I Veuillez payer par chèque établi à l'ordre de Diffusion Dimédia Inc.| Nom___________________________________________________ I I Adresse_______________________________________________ 1 Code postaL Vllle_____________________________ A retourner accompagné de votre règlement à: Diffusion Dimédia, 539, boul.Lebeau, Ville Saint-Laurent H4N 1S2 « Un délai de 6 à 12 semaines interviendra entre la date de la demande d’abonnement et la réception du premier numéro._L’abonné(e) le sera pour un an à compter du premier numéro reçu » Librairie La Vie littéraire au Québec Une table ronde Le dimanche 22 mars à 14 heures, la Librairie Gallimard accueillera des collaborateurs du Centre de recherche en litléralure québécoise (CRKI.IQ) qui vienl de publier le premier tome d’une histoire de la littérature québécoise, aux Bresse de l’Université Laval ( l'Wl ).' i Seront présents: M.Maurice Lemire.Mme Lucie Robert, M.Denis Saint-Jacques 3700, boul.Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 Tél.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514)499-1535 cuser.Or un discours mesquin devenu coutumier ne peut masquer ce qui se révèle être définitivement, à mon avis, une bien triste absence de pensée.Tout ce qui touche l’idée d’indépendance du Québec, ou même celle d’un simple affirmation nationale un peu plus musclée (à ne pas confondre avec « armée » — type d’analogie que vous commettez sans vergogne, bien que le procédé soit un peu gros), semble vous faire horreur.Je me souviens en outre de votre commentaire sur le dernier bouquin de Bruno Roy concernant la chanson québécoise (été ’91).Vous vous êtes alors confondu longuement en haulainerie, passez-moi le néologisme personnel, sur le .« bleu nationaliste » de la page couverture.Je me souviens encore plus récemment de vos remarques fort peu honnêtes sur le Cana bec libre de Vacher, et dans lesquelles, comme fréquemment, vous ne faites pas dans la nuance.Il ne vous est pas difficile, en effet, de franchir le Rubicon du nationalisme québécois vers le .national-socialisme.Dans le meilleur des cas, il s’agit d’une plate ignorance.Restent d’autres alternatives mais aussi indignes les unes que les autres, et en particulier pour un chroniqueur soi-disant sérieux et compétent.Vraisemblablement, ce qui s’apparente de près ou de loin à une idée claire et dosée et détermination — seriez-vous donc un bourassien inconditionnel ?— vous fait frémir.À nouveau : bien libre à vous.Sauf que le dénigrement systématique, M.Sa-letti, n’a jamais fait office de réfle- xion.Vous levez d’autant plus aisément le nez sur les textes qui s’inscrivent dans le projet d’un Québec solide que vous démontrez de la sorte aussi bien, d’une part, votre incapacité à les discuter véritablement que, d’autre part, une grande fermeture d’esprit.Au sujet de son récent ouvrage, vous lanciez à Pierre de Bellefauille que « le jugement est brûlai, qui distille un peu d’arrogance et davantage de hargne ».Je n’ai de ce.SSe .de m’étonner que vous ne puissiez, devant pareille évidence, rencontrer le miroir de vos propres obscurités.Freud parlerait sans doute ici, Sherlock Holmes également, de projection élémentaire.Le monde est laid bien sûr, et ta critique bienvenue.Disqualifier tes idées noires, quelque roses qu'elles puissent paraître a priori, de forts arguments à l’appui, est louable, nécessaire et combien oxygénant.Le salissement de ce qui ne nous plaît pas par les seuls ressorts de son pouvoir de dénigrement mène cependant vers des couleurs, du rouge au brun, moins apaisantes encore.Il y aura toujours des plumes qui, comme la vôtre, confondent pensée et préjugé.Ce qui m’indigne paf-des-sus tout, cependant, c’est que la voire puisse impunément répandre sim fiel dans les pages du meilleur quotidien du Québec.Il y a là comme un contresens.Dans les feuillets de Nation City Libre (two), ce serait en tout cas moins d’étonnant.Jean-Luc Goiiin Lac-Bcauport m»m e» (OMMI l\n»M\N DES NOUVEAUTÉS À DES PRIX IRRÉSISTIBLES.Comme un roman Daniel Pennac Prix rég.Notre prix 2295$ 18,35$ Valable jusqu'au 28 mars 1992 le Parchemin y STATION MÉTRO BERRI-UQAM, MONTRÉAL H2L 2C9 - (514) B45-5243 __________LIBRAIRIE AGRÉÉE__y MTf Le Devoir, samedi 21 mars 1992 ¦ D-3 • le plaisir des ivres André Brochu Délire Brochu L’ESPRIT AILLEURS André Brochu \ V/„ 1992, 138 p.Louis Cornellier J’AI DIT et redit — aujourd’hui je ressasse donc — le peu d'effets que produisait sur ma personne la lillé-raluredile fantastique.Ma justification, pauvre en mots mais riche en palabres potentiels, relève plus d’une perception subjective du monde que d'une assertion à prétention scientifique : le mystère tiraille le genre humain, non pas de l’extérieur, mais bien plutôt de l’intérieur.Kt tout le reste, aurais-je envie d'ajouter par nécessité rythmique, est littérature.( >r, voici I.'esprit ailleurs d’André Brochu.Je dis or, mais je devrais dire ainsi, car il existe une façon de traiter du fantastique pour en faire surgir un effet de vérité saisissant la condition humaine à ras de gorge.I.a Métamorphose de Kafka, par exemple.Ou encore.Le sein de Philip Both.L'Italie de (!uy Scarpella.Il y en a d'autres.J’arrête ici question d’espace.Retenez simplement la leçon : avec L’esprit ailleurs, c’est dans cette lignée (surtout celle de Both, à cause de l’humour) que vient s'inscrire André Brochu.Je n'amalgame pas (Jean-Roch Boivin.c’est l'autre ! ).je ne fais que souligner une parenté de ton.Ce petit recueil de sept nouvelles tire sa richesse d'un humour dégingandé, mais parfaitement maîtrisé, qui permet à l’écrivain de rendre les pires invraisemblances acceptables.Un spécialiste d’éthologie qui tombe en amour avec un kangourou, un mort qui revient prendre sa place dans le lit conjugal, des bicentenaires de 10 centimètres qui discutent de la question nationale, un homme qui entend « toc », voilà autant de situations qui, parce qu'elles frisent la démence, requièrent un traitement particulier.Ce que leur offre Brochu.Le plaisir manifeste qu’il prend à entraîner le lecteur là où la réalité n'a plus prise s’affiche ouvertement.Seul maître du jeu, goguenard, il désa morce avec franchise les résistances : « La porte s’ouvre.ce n’est pas Fernand.Et c’est ici que le réa- lisme, pensera-t-on, en prend pour son rhume ».Ceux qui veulent poursuivre sont donc avertis.Merci.La nouvelle qui clôt L'esprit ailleurs est un véritable morceau d’anthologie.Avec une fulgurance peu commune dans notre littérature (sauf, parfois, chez llantelin et Mistral), Brochu y élève l’aulo-dérision au rang d’art majeur.Un brillant cinglé se couche sur le divan d’un psychanalyste.Poète et illumine, il transforme toutes les vétilles qui l’accablent en un flot ininterrompu d'un génie à faire frémir.A faire rire aussi : « .le préfère aimer ma femme absolument.Elle a un coeur de soie et de bois de rose, un ventre doux comme la loutre, et quand ses jambes couvrent les miennes, je bascule dans le lit des rivières, je culbute dans les orées des bois.Elle est mon poème sylvestre et maritime, a des marées de forte lune et des ressacs de clarté de miroir.Et puis, je mens, évidemment ».Mieux encore : «Comment faites-vous, sans l'usage du magnétophone ni du bon vieux stylo ?Vous avez la mémoire des âmes ?Vous stockez le matériel interprétatif dans votre sin- ciput, comme Crémazie faisait de ses poèmes ?Mais qu’adviendrait-il île moi si les bits se trompaient de tiroir, si mes complexes se mêlaient avec ceux de Tartempion et que, après transfert et contre-transfert, je me retrouvais doté d’un inconscient de camionneur ?Ou pis encore, d'une libido à soutien-gorge ?» Un grand moment qui rappelle le sublime Portnoy et son complexe de Philip Roth.Après la très belle ('rois du Nord de l’année dernière, L'esprit ailleurs aurait pu décevoir.Il n'en est rien.Un écrivain capable de tant d’intelligence drôle et franche et à la langue aussi précise mérite salutations.Qu'il considère les miennes comme faites.Le français vert et bleu \ndrr Dugas rl Hnnard Souo LE DICTIONNAIRE PRATIQUE DES EXPRESSIONS QUÉBÉCOISES Un exotisme méthodique D’AILLEURS.Bernard Andrés XYZ, 1991, 132 p.Louis C'orncllier Bernard Andrés LE BERNARD ANDRÊS que je connais (il a été mon professeur de littérature française à l’UQAM et mes travaux sur Laclos et Sollers le laissaient plutôt perplexe) est un homme d'un raffinement sûr dont la froide élégance rappelle le dan-dysme du siècle dernier.Mon souvenir le dessine par une figure paradoxale : celle d’un littéraire empreint à la fois de classicisme et de Ihéoricisme (UQAM oblige!) ultra-moderne, c’est-à-dire potentiellement affecté.Ai je bonne mémoire?À tout le moins.D'ailleurs.me renvoie en ét lio les traits ci-haut esquissés.Rapidement.un rythme s’installe.Vif, ifachuré, laconique.Paradoxe ici aussi : sur une atmosphère vaporeuse et à l'éclairage feutré, Bernard Aiidrès dépose une manière froide et • saccadée.L’exotisme des lieux évoqués (Bangkok, Puerto Plata, Shan-gai.Los Angeles, Albi et d’autres) fait contraste avec le ton méthodique et presque trop détaché.Pourtant, si D'ailleurs.ne m'atteint |>as, ne m’ébranle pas, c’est que les nouvelles qui le composent ne me semblent pas mener ailleurs, mais plutôt nulle part.La plupart du temps confus, ces textes souffrent de la brièveté que le genre exige.Aussitôt mises en place, les intrigues se tout harakiri par l'entremises de ^ chutes sèches qui viennent assoin-Iji'ir encore davantage un propos déjà passablement difficile à cerner Si le concept n’a pas cours, qu’on me permette de le lancer : la nouvelle .Suicidaire comme pratique textuelle.Je laisse le soin au théoricien Andrés de l’expliciter.Certaines tentatives échappent toutefois à celte triste fin.De cons-’ 1 ruction plus transparente et moins tarabiscotée, elles donnent à voir un Bernard Andrés habile à faire beau coup avec peu.« Caho merenge» D’ailleurs.l'cre nouvelle m « La bouche de Shangai » et « L'autre l.autrec» appartiennent à cet ensemble qui constitue une expérience de lecture digne de porter ce nom.Sur l’autre versant, celui des ratages, quelques titres sont à éviter à tout prix.« Advienne que pourra » et « Text-Tupple» atteignent des sommets inégalés de nombrilisme et de cabotinage.Le délire informatique et le ronron théorico-humoristique imaginés par l’écrivain auraient du rester dans ses tiroirs.Leur publication s’explique difficilement, compte tenu de l'acuité du regard critique dont devrait faire preuve un universitaire patenté.La pratique marxiste de l'auto critique serait-elle disparue avec le Mur?Passons.Au mérite de Bernard Andrés, il faut souligner l'assurance d’un style qui, s’il était expurgé d'un vocabulaire souvent jargonneux (les passages en langues étrangères non Ira duitsel la description détaillée, avec marques publicitaires en plus, de l’équipement de plongée sous-marine agacent), présenterait de belles qualités.La prochaine fois, peut-être.ji-L- ¦ANNIE ERNAUX sera au Québec du 23 au 29 mars 1992.Du 26 au 28 mars elle participera au Salon du livre de l’Outaouais à Hull.PASSION SIMI'II cf «A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu'attendre un homme.» ÉDITIONS GALLIMARD, 77p., 15,95$ ÉROUART / L’abîme sud-africain Odile Tremblay CETTE SEMAINE, au moment où l’Afrique du Sud décidait si oui ou non les 30 millions de Noirs étaient des interlocuteurs dignes de ce nom pour les trois millions de Blancs au pouvoir, Gilbert Érouart, attablé à un restaurant de Montréal, dissertait à perte de vue sur les tenants et aboutissants du régime de séparation des races en ces contrées lointaines.Qu’est-ce que le consul français chargé des affaires culturelles, scientifiques et de coopération franco-québécoise, en poste à Québec depuis un an et demi, peut avoir de si long à dire sur l’apartheid, à huit heures du soir, dans un restaurant d’Outremont ?C'est que ce diplomate écrivain, de 86 à 89, a représenté la France à Johannesburg, à l'heure où l'apartheid battait son plein.De ce séjour « au coeur de l’absurde », il a puisé la matière du roman qui sort chez Robert Laffont.Intitulé l.'homme qui n’a pas eu heu, le livre est préfacé par Nadine Gordimer, Nobel 91 de littérature, et grande combattante de l’apartheid.« Un roman qui par sa lucidité et sa force, parvient à sonder les plus terribles abîmes, à arracher le masque à ces périodes qui sont parmi les plus étranges et les plus diaboliques de l’expérience humaine», écrit-elle dans son avant-propos au roman d'É-rouarl.l.'homme qui n'a pas eu lieu aborde la condition des Métis dans un régime basé sur la discrimination raciale.On y rencontrera un père métis reclassifié blanc, interdit de séjour sous le même toit que sa fille qui.elle, n'a pas subi de changement de statut.Le roman éclaire la quête d’identité de toute une population par nous extrêmement méconnue, ni blanche ni noire, penchant à droite ou à gauche selon le sens du vent, au gré des caprices et des lois iniques qui régissent son statut flottant.« Quel avenir le post-apartheid réserve-t-elle aux I metis ?demande Gilbert Érouart.Université de Montréal Un cours qui s’emporte en vacances Cours autodidactique de français écrit ûifé Pour améliorer votre français écrit, un cours comprenant exercices, questions, réponses et explications suffisantes pour travailler seul, même en vacances.Ouvert à tous Date limite d'inscription : le 30 avril 1992 Frais d’inscription : 58.50 $ (payable sur réception de la facture seulement) Renseignements : (514) 343-7393 Veuillez m'envoyer votre dépliant Nom /prénom Adresse Ville Code postal Retourner ce coupon à CAFÉ Faculté des arts et des sciences Université de Montréal C.P 6128.succursale A Montréal (Québec), H3C 3J7 Mystère ! La réalité dépasse ici la fiction.Comment croire qu'il y a quelques années à peine, on déterminait la race de quelqu’un en plaçant un peigne dans ses cheveux et en vérifiant s'il tenait tout seul dans le crêpage ?» « Je n’ai rien inventé, jure Gilbert Érouart.En Afrique du Sud, l’impensable est là à portée de la main.On n’a qu’à se baisser pour le ramasser ».• « En 89, la loi interdisait encore aux non Blancs de marcher sur les plages.Puis ils ont eu le feu vert.Mais ce droit ne s’étendait pas à l’eau.Un enfant métis ne pouvait aller chercher son ballon dans la mer.J’ai été en contact avec l'absurdité quotidienne.Mon livre est celui du non-sens ».Ne cherchez pas dans cette chronique sud-africaine les noms familiers du Cap de Bonne-Espérance, de Soweto, de Prétoria.Ils sont ici rebaptisés Despérano, Sogregas et Deusdedit.« En diplomatie, le droit de réserve nous interdit de témoigner de nos expériences professionnelles, explique l’auteur.A moins de changer la topographie (comme ici) ou d’écrire sous pseudonyme.Mon premier roman, L'Ambassade, abordait la condition des diplomates soviétiques en Europe de l’Ouest.En accord avec le quai d’Orsay, je l’ai signé d'un nom d’emprunt ».Comment entre-t-on dans la Carrière ?Pas toujours une cuillère d’argent à la bouche.Sous le toit d’enfance de Gilbert Érouart, il n’y avait pour seule lecture que Pêcheurs d'Islande de Pierre Loti.L’écrivain-diplomate est né dans le nord de la France d’un père mineur, mais ses études en histoire de l'art sont venus élargir son univers.Étudiant, il fut admis deux ans comme pensionnaire à'la prestigieuse Villa Méditas, enclave française à Borne, reflet des temps passés avec domestiques en livrée, que depuis Louis XIV la France offre en sol italien à ses meilleurs espoirs.Après cette incursion du côté du grand siècle, Gilbert Erouart était mûr pour la diplomatie.Attaché culturel à Rome, puis au Luxembourg, il fut ensuite nommé quatre ans en Afrique du Sud conseiller à l'ambassade de France chargé des contacts avec les mouvements noirs.« L’apartheid, ce n’était pas ce qu'on croyait, (’’était pire, d’une certaine façon, mais quasi caché.Au début de mon mandat, j’ai douté de sa réalité.Aucun Blanc ne se risque dans les quartiers noirs, nul panneau de circulation ne marque l’entrée de Soweto.Quand j’étais là-bas, moins de 0,50 % des Blancs avaient déjà été jeter un coup d’oeil du côté des Noirs.La séparation était tellement totale qu’on ne la voyait plus.» « Vous croyez que l’apartheid a été aboli l’an dernier, avec la chute des lois ségrégationnistes ?En fail, rien n'a changé.Nous voici simplement devant un vide constitutionnel.Tant qu'on n’enchâssera pas dans une nouvelle constitution la reconnaissance formelle que les Noirs sont des êtres humains, leur statut demeurera inchangé.Quelque part, mon héroïne dit à son père : ‘Tu n’existes pas.Jamais lu n’auras lieu’.À ses yeux, le premier Sud-Africain n’est pas encore venu au monde.Pour qu’il naisse, ça prendra un bain de sang.» Depuis un an et demi, Gilbert Érouart est en poste au Québec.Quand Mgr Tutu est venu l’an dernier comparer le sort des Amérindiens à celui des Noirs d’Afrique du Sud, ça l’a fait sauter.Kif kif, les sta-I ut s de tous « les damnés de la terre» ?« Ça n’a aucun rapport ! bondit Gilbert Érouart.Seule l’ignorance peut justifier une aussi folle comparaison ».Gilbert Érouart a écrit l.'homme qui n'a pas eu lieu pour la mémoire.« L’Histoire oublie très vite, estime-t-il.Si l’Afrique du Sud demain, après-demain, découvre la démocra-lie, le monde niera l’horreur du passé.Moi, je veux qu’on se souvienne.» La Société de développement des périodiques culturels québécois annonce les gagnants des Prix d'excellence 1992.Le Grand Prix d’excellence : &te/ dPrùi/t/e un magazine thématique de photographie noir et blanc actuelle Le Prix d'excellence pour la tenue artistique : P / Lsutacô' l'unique revue de sculpture au Canada Le Prix d’excellence pour la tenue éditoriale : i ifdra/e un magazine critique multidisciplinaire Le Prix spécial du jury : < Piéort/ une revue qui intègre de façon originale l’image au texte soeAef» l.K FRANÇAIS VF.RT F.T Ht.Fil 9 LOGIQUES | 1 SOCIÉTÉS I «On pourrait s’amuser longtemps avec les mots, en puisant au hasard dans le tout nouveau Dictionnaire pratique des expressions québécoises pour raconter “en français vert et bleu” l’histoire de Baptiste et de Catherine, dans un langage où les mots ont gardé toute la chaleur et la saveur des régions, toute la poésie et la nostalgie des vieux accents de la France d’il y a plus de 300 ans.» Jonn-(’lande Rivard LE SOLEIL «Un dictionnaire pas comme les autres.Une bonne idée de cadeau.» .Jean-Pierre Trudel JOURNAL I)E MONTRÉAL «Les 10 000 expressions que contient ce dictionnaire fournissent une certaine couleur locale et peuvent aider le non-initié à se dépêtrer dans nos particularismes.» Clément Trudel LE DEVOIR «De “Fier pet”.à “fait à l’os”! Il n’existe guère de limite à l’imaginaire populaire pour exprimer les choses de la vie.Les auteurs du dictionnaire ont privilégié la recension à la censure.» Rudv Le Cours LA PRESSE «Voilà indéniablement un bon guide pour tout esprit chercheur et surtout pour le touriste avide d’entendre les échos du Québec.» Philip Wickham CONTINUUM «Les auteurs ont fait preuve d’un esprit vraiment pratique et sont parvenus à formuler des définitions claires et précises, réussissant un exercice de synthèse extrêmement rigoureux.» .Jean-François Crépoau LE CANADA FRANÇAIS Les livres des Éditions LOGIQUES sont en vente dans toutes les librairies.Les Éditions LOGIQUES C I’ 10.suit.R-, Mont réiil iQ( ' i 11:îK 3B9 Tel: iôt D933-222Û Fax: 1 D 933-2182 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 21 mars 1992 w' -^Tciu L • h’plaisir des ivres Un Québec évanescent r\ Robert - J SALETTI A Essais Ji Æk.Québécois LE LONG MALENTENDU i Le Québec vu par les intellectuels progressistes au Canada anglais, 1970-1991 Serge Denis Boréal, 199 p.IL PARAÎTRA cynique de traiter de la perception que l’élite canadienne-anglaise de ce pays a du Québec, au moment où un écrivain réputé, membre à sa façon de cette élite, déverse son fiel sur les Québécois accusés de tribalisme.Kl pourtant, un lien est possible qui n’est pas dû qu'à l'actualité.A la page 124 du Long Malentendu se trouve une courte synthèse des origines de la « bonne conscience » des intellectuels progressistes anglophones vis-à-vis de la question du Québec.Serge Denis y distingue trois causes : l’incapacité pour un pays comme le Canada qui a des assises politiques non démocratiques de faire une place au concept d'autodétermination nationale, le recours à une Charte des droits (version trudeauiste) pour combler les vicissitudes de la Constitution, et la perpétuation de certaines idées ( maintenant anciennes, on ose le croire) sur la nature du Québec comme sa vocation religieuse et son .comportement tribal.Loin de moi l'idée de prétendre par ce rapprochement que Mordecai I Serge Denis LE LONG MALENTENDU l e Qucbcx vu 5W l*.s intellectuel* pri>|>rU R Gamilo José Gela, écrivain es-pagnol et Nobel de littérature 1989, les gens se divisent en aficionados çl en toreros.Témoin cet extrait de conversation d'une de ses nouvelles '!> « Un homme qui n'est ni torero ni aficionado, c'est presque comme -s’jl était raide mort, entouré de quatre cierges.Dans les rues, on voit beaucoup de types morts, des types qui portent, cloué aux quatre coins du coeur, quatre cierges noirs comme quatre banderilles de châtiment.» Autrement dit, dépeindre le tbréa-clor, la corrida, les aficionadoé/lè taureau, ramène à l’essentiel de ‘ce qui gouverne une destinée, sans qûoi la vie se confond irrémédiablemértt avec la mort, il n’est plus de nom à porter pour l’homme, plus la peine de se le rappeler.Ne reste alors qu’uhe carcasse sans âme, à laquelle même une épée ne pourrait arracher un fri.Il faut dire que l’univers de Caitillb José Gela voisine la cruauté pure, la sauvagerie sous l'habit, la pulsion à l’état brut.Encore que ce soit la fantaisie, aussi peu bridée que ne l’est le taureau sauvage dans l’arène, qui fonde ses personnages, les affublé d'un nom ronflant.Or, ce nom se révèle un bien vain bouclier pour parer les coups du sort.Ainsi, Indépendance Trijueqdé, dite Gorda II, ne s’imposera pas, si habile soit-elle dans le maniement de l’épée, à un public convaincu qu’ellè n'evolue pas là où une demoiselle doit se faire valoir.De même, Mat nolo (iranero, qui inventa une feinte de la main droite baptisée « passe dé la signature », ne fut pas épargné, qui mourut d'un coup de corne à l’oeil un après-midi de mai 1922.La tauromachie résume les aléas, les vicissitudes de toute existence, auquel on ne peut opposer que « l’a-ficion pour l’aficion », la meilleure des parades contre la charge fatale, inévitable par ailleur.Peut-être pour cela, les écrits taurins de Gela sont autant de passes de muleta (faenas), rapides, risquées, entières.Des lieux, des êtres, des bêtes y sont ébauchés vigoureusement, par de brèves secousses décisives.N’y manque pas non plus le common taire du prochain pour corroborer ou contredire la légende qui entoure toute corrida.En quatre ou cinq pages à peine, voilà restitué la petite histoire des arènes de Madrid ou encore celle d'un taureau malade qui « pourrait très bien .figurer l’image dé l'époque qu’il nous a été donné dè subir ».Décidément, Gamilo José Gela, non sans humour, concis comme pçr-sonne, compte aux côtés de Picas,so et de Garcia Lorca parmi les artistes; que la tauromachie aura le plus sûrement inspiré.+ Lemelin raient.Mon enfance s’est passée à chercher des ennemis, des gens à qui dire non.L’autorité : le curé de ma paroisse, l’échevin de mon quartier, le député de mon comté, le maire, le premier ministre, je les méprisais.» Roger Lemelin a bouclé la boucle.Le Crime d’Ovide Plouffe, en 1982 — un roman dont l’histoire est inspirée par un fait divers — apparaîtra comme une suite artificielle des Plouffe.Il sera néanmoins lu et, on s’en souvient, adapté au cinéma par Gilles Garle; Lemelin, qui parvint à se faire admettre comme invité à l’Académie Goncourt, était doué pour le succès populaire.Pour les gens de ma génération Cette année, soyez de la fête ! ET PARCOUREZ LE MONDE! HONGRIE TCHÉCOSLOVAQUIE IDENTIFIEZ UNE CONSTELLATION (5 ÉTOILES) DU CIEL TIRAGE IE 31 MARS 1992 NOM DEL ETOILE DATE 0 APPARITION REMPLISSEZ ET RETOURNEZ A CIEL.CP 98,5, LONGUEUIL J4H 3Z3 UPON ORIGINAL 08U QUESTION 0 HABILITE A COMPLETER 90 • 8,5 = LE DEVOIR «twrik * tuursG KLM (celle des années 60), les livres de Lemelin sont de ces curiosités qui font partie du patrimoine üttéraire.Son grand mérite aura été d’avoir contribué à l’émergence d’une littérature québécoise libérée du terroir rural.Mais, l’écriture romanesque de Lemelin, cette écriture réaliste et laborieuse, en fut une de transition, de passage entre deux mondes.Cela aussi, il le sentit.Roger Lemelin s’accordait mieux avec l’écriture drue du journalisme et de la polémique qu’avec la fiction.Roger Lemelin rêvait-il d’être un grand écrivain, de ceux dont l’oeuvre résiste au temps ?Il aura en tout cas merveilleusement réalisé son ambition première : celle de parvenir au sommet de la pente douce.+ Gracq entendu, à La littérature à l’estomac, ce pamphlet implacable, publié en 1950, et qui n’a pas pris une ride.Gracq y vilipendait ses contemporains qui se « contentaient de prendre des nouvelles des grands écrivains vivants» se fiant aux « porte-parole mandatés » grands fabricants de réputations toutes faites.« Pour tout dire (il le constate en 1949), on a rarement en France autant parlé de la littérature du moment, en même temps qu’on y a si peu cru ».« Il y a une autre cause à la méfiance de plus en plus ombrageuse du public en face d'une offre indiscrète : elle tient aux habitudes devenues désuètes de la critique », écrivait encore l’auteur de La littérature à l'estomac.Son jugement n’a pas beaucoup changé puisqu’à la page 302 de ses récents Carnets, il avoue qu’« un des signes les plus certains qui (lui) dénoncent le relatif appauvrissement du dernier tiers du siècle en cours est la disparition des juges, ou plutôt des referees contemporains — amis ou inconnus — dont l’opinion m’importerait.(.) Depuis la mort de Breton et de Valéry, de Malraux et de Mauriac, et peut-être de Gide, de pareilles références ont pour moi quasiment disparu (peu m’importe le jugement de tels ou tels écrivains vivants que j’admire, mais qui n’ont pas d’oeil pour le paysage qui s’étend au-delà de leurs labours) ».Et vlan ! Honnête, malgré tout, Gracq se pose néanmoins une question : « Pourquoi de telles références sont-elles toujours et obstinément pour l'écrivain seulement d’autres écrivains, et jamais des critiques ou des amateurs de livres, si pertinent, si largement reconnu que lui paraisse être leur jugement ?» Rien de pareil, reconnaît-il, à propos des peintres et des musiciens, car ils pratiquent des « arts artisanaux à la technique ésotérique et élaborée » donc à l’épreuve du doigté inexpert des amateurs : d’où la reconnaissance par les pairs.« Mais tous ces critiques, ces connaisseurs éclairés de la littérature, eux aussi, savent manier la langue, écrivent.» Réponse : « L'idée tenace qu’on entre en littérature un peu comme on entre dans un ordre réglé et clos, et que la situation (que l’écrivain) a pu se faire a besoin d’être validée par un parrainage strictement professionnel ».Il est évident que, citant avec une telle profusion, puisant largement dans les dernières pages « critiques » des Carnets du grand chemin, je cautionne le reproche de l’auteur (le renforce même.) quand il accuse la critique d’être « mangée peu à peu par la citation».Jugeant que cette manie des citations — « cela devient presque caricatural dans les émissions littéraires à la télévision » — tient à ce que la critique « soupçonne qu’elle s’adresse à un public lacunaire, un public qui a moins lu les livres dont on l’entretient qu’il n’en a « entendu parler », et qu’il est prudent de ne solliciter son intérêt et son attention qu’accompagné d’une valise de commis voyageur, laquelle souligne avec éloquence l’avènement de la littérature comme échantillonnage ».Incorrigible, la lectrice que je suis termine avec une autre citation, tirée cette fois d’Kn lisant, en écrivant (chez José Gorti, 1991).« Ge que je souhaite d’un critique littéraire, estime encore Julien Gracq — et il ne me le donne qu’assez rarement — c’est qu’il me dise à propos d’un livre, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, d’où vient que la lecture m’en dispense un plaisir qui ne se prête à aucune substitution.(.) Quelle bouffonnerie, au fond, et quelle imposture que le métier de critique : un expert en objets aimés ! Car, après tout, si la littérature n’est pas pour le lecteur un répertoire de femmes fatales, et de créatures de perdition, elle ne vaut pas que l’on s’en occupe ».Masochiste, sans doute, j’ajoute — ultime citation — l’autocritique d’Angelo Rinaldi, qui conclut son topo sur le dernier Gracq en parlant de « cette besogne qui dévore nos jours et nos nuits de critique gagne-petit ».Et que nous jugeons utile, n’en déplaise, à l’écrivain.critiqué.+ Wittgenstein par deux mouvements contradictoires qui s’affrontent en permanence : mouvement de retrait solipsiste, ascétique quasi monacal (après la guerre Wittgenstein a sérieusement envisagé d’entrer dans les ordres) et un mouvement vers l’Autre, une quête tellement obsédée du dialogue qu'il importunait les autres par sa présence.Il importait à Wittgenstein de savoir où tracer la frontière entre le moi et le « monde », entre le moi et l’autre.Gomme Schopenhauer qu’il a beaucoup médité dans sa jeunesse, il était convaincu que les relations in-lerhumaines ressemblaient beaucoup à l’amour entre deux porcs-épics : plus ils s’approchent pour s’aimer plus ils se piquent.II s’agit de trouver la distance idéale ! Gomme dans la composition du Traclulus tout se tient rigoureusement entre la vie et l’oeuvre, logique et éthique, quête de l’expression philosophique parfaite et quête de la perfection existentielle.« Comment puis-je être un bon philosophe alors (jue je n’arrive pas à être un homme (le bien » ?Gel écart, cet écartèlement entre un idéal fixé très haut et une réalité, une réalisation toujours décevantes constituent le drame existentiel et philosophique de Wittgenstein que fait bien ressortir celle biographie.Pourtant, tout préparait ce huitième enfant du richissime industriel d’origine juive converti au catholicisme, Karl Wittgenstein, à une vie facile qui ne l'obligeait pas à ce « casser la tête » avec de la philo.Sa maison cossue de l’Alleegasse est devenu un des lieux de rendez-vous convoités de Vienne, culturellement à son apogée fin-de-siècle.Haut-lieu surtout de la musique : la père industriel ne se déplaçait jamais sans son violon, véritable « violon d'Ingres».Sept pianos à queue attendaient les pianistes de marque dans les différentes maisons de la famille, dont Brahms qui était un des familiers.On y entendait le jeune Casais.Les soeurs de Karl avaient pris des leçons de piano avec Clara Schumann.La peinture était aussi à l’honneur.Défenseur de la nouvelle peinture autour de Klimt, la Secession, le père de Wittgenstein paie de sa poche la grande fresque Philosophie rejetée par les professeurs d’université outragés.Pas étonnant alors qu’une soeur de Wittgenstein, Magaret Sto-neborough, ait été portraiturée par Klimt.Sortis de leur milieu privilégié qui leur inculque un haut sens du devoir, les cinq garçons connaîtront de grandes difficultés à entrer dans leur vie.Trois se suicident.Ludwig, toute sa vie, se trouve au bord du suicide.La mauvaise conscience le tenaille parce qu’il a hérité de tous ces privilèges non mérités.Alors qu’il aurjijt pu vivre toute sa vie sur les rentes paternelles, il se débarrasse de spn' héritage, d’abord par des dons généreux à des artistes, puis par un rejet, officiel catégorique.Il ressemble de plus en plus à Alio-j cha Karamazov par l’ascèse monacale à laquelle il aspire dans sa vie' matérielle pour ne vivre que pour, dans l’esprit.Gel esprit justement a été marqué de façon indélébile par son passage à, Cambridge dès 1911.Ingénieur, il collabore à Manchester aux premières expériences aéronauliques.Le calcul des hélices le conduit aux maillé-, matiques.C’est ainsi qu’il est eritrp en contact avec Bertrand Russell qui' travillail aux fondements logiques des mathématiques, ayant juste pu blié en collaboration avec Whitehead ses Principia Mathematics.L'étudiant de 20 ans discute avec le « niai-, Ire » sur un pied d’égalité.Le Trac-talus est né de ce dialogue passionné, et passionnel bien rendu entre Wittgenstein et Russell surtout, ipais, avec d’autres comme Keynes et' Moore.Après le récit des années de.guerre où Wittgenstein se distingue-par son courage, cherchant toujours, ie face-à-face avec la mort, la biographie se termine par une lecture, brève mais essentielle du Tractalus.-Elle met bien en lumière le paradoxe! de ce « livre étrange» qui affirme avoir apporté une « solution défini-, live » aux problèmes abordés tout en-avouant leur parfaite inanité.Le livre de Jacques Bouveresse, auteur de cinq études sur Wittgens tein qui font autorité, montre encore] la grande ambivalence de Wittgenstein, celte fois à l’égard de Freud.« I( est extraordinaire.Bien sûr, il est; plein d’idées qui ne sont pas nettes] et son charme et le charme de sorr sujet sont tellement grands que vous pouvez aisément être mystifié»: Cette fascination de la psychanalyse ne durera pas longtemps puisque, Wittgenstein y applique son scalpel’ logique en s’acharnant surtout corn] Ire la notion d’« inconscient » pris comme un substantif, une topiquef alors qu’il n’a valeur que d'un adjecï lif.' •! Une analyse décapante qui nous fait voir avec des yeux neufs et Wittv genstein et Freud. e Devoir, samedi 21 mars 1992 ¦ D-5 • le plaisir des ivres La Suisse Le monde et les livres en romand SEPT CENTS ANS DE LITTÉRATURE EN SUISSE ROMANDE anthologie établie et présentée par Christophe Calame Éditions de la Différence, 1991 LETTRES NEUCHÂTELOISES Isabelle de Charrière Éditions de la Différence, 1991 RAISON D’ÊTRE Charles-Ferdinand Ramuz Éditions de la Différence, 1991 Lise Gauvin LES ÉDITIONS de la Différence, connues ici pour leur collection de poésie « Orphée » où figurent les textes de Paul Morin et de Nelligan, ainsi que l’édition récente de Jodelle par Robert Melançon, sont l’une des maispns les plus dynamiques sur la place de Paris.S’intéressant au roman,, à l’essai, au livre d’art et à la poésie, le directeur, .loaquim Vital, sait trouver les livres qui étonnent et les projets qui viennent changer les habitudes de lecture conventionnelles.Ainsi cette vaste entreprise concernant la littérature de Suisse romande : une anthologie et une collection extrêmement séduisante par sa présentation visuelle, l’une et l'autre sous la responsabilité de Christophe Calame.Des mille et une manières de faire une anthologie, entreprise difficile par définition, Christophe Calame a choisi la manière subjective, celle qui n’a pas à justifier ses choix autrement que par des énoncés du type : «j’aime» ou «je n’aime pas».Peut-être est-ce la seule vraiment honnête.Il n’en reste pas moins que le lecteur perçoit comme un hiatus entre 1,’ampleur du projet — «sept cents ans de littérature en suisse romande » —, sa dimension institutionnelle inévitable et la disparité des notices ainsi que le traitement cavalier des références.Car si l’on peut s’amuser à lire, comme présentation de Cendrars, deux simples phrases et aucune nomenclature de ses oeuvres, ou encore un clin d’oeil du type : « on n’attache pas une casserole suisse aux pas de Philippe .Jacottet », il est plus gênant de constater que parfois les titres cités dans les notices sont accompagnés de leurs dates de parution (Maurice Chappaz), parfois ne le sont pas (Georges Haletas), et qu’à d'autres occasions, on ne donne aucun litre.Pour Martine Magnaridès, par exemple, on se contente de dire qu’elle a écrit six livres et qu’elle est vice-présidente de la Société cantonale des écrivains.Seul l’extrait cité a droit à une référence bibliographique.Dans certains cas toutefois, même celle,-ci est incomplète : aucune date de parution n’accompagne les textes choisis d’Ella Maillart et de ('dette (traire.Puisque l’ordre proposé est chronologique, le lecteur doit se contenter de.déductions et d’approximations.Aucune bibliographie générale ou partielle ne viennent compléter, en fin de volume, ce que je cbhsidère comme une carence imposante de ce travail, monumental p'ar ailleurs et qui, en plus d’être d’iine lecture agréable, aurait pu de-vènir un ouvrage de référence indis-pehsable.1 Ce que je retiens de ma lecture, c’èst d’abord l’introduction finement ironique de l’auteur de l’anthologie qui se met en scène lui-même, sous lôi'me dialoguée, avec un Français, ùh’ critique romand et un auteur ro-niand.On reconnaît là les précautions nécessaires à tout anthologiste.\ l’auteur qui souffre de n’êlre pas didis son livre, il répond qu’il a voulu faire une « histoire intérieure » de la Shisse romande.Au critique romand qui discute ses choix, il réplique que I’àlithologie n’est pas l’Arche de Noé et qu’il s;agit surtout d’une mise en perspective.Au Français, il reproche sà méconnaissance et son indiffé-rêhcé.À )a remarque : «S’ils étaient grands (les auteurs), nous les connaîtrions», il rétorque : « Non, car pour connaître un vin, il faut le boire (côrrime pour connaître un livre, il faut le lire !) El vous ne pouvez boire nos vins, pas plus que vous ne pouvez lire nos livres : la différence des changes monétaires, de l’ordre de un à quatre, et la différence des masses de populations, de l’ordre de un à 10, empêchent notre viticulture autant que notre édition d’apparaître sur le marché français.Mais la réciproque n’est pas vraie, et nos importateurs s'enrichissent si régulièrement qu’à Lausanne, deux éditeurs au moins sont aussi des diffuseurs.(.) La seule façon pour un auteur romand d’apparaître en France, PHOTO ARCHIVES Charles-Ferdinand Ramuz c’est d’être « coédité » par un éditeur français ».Ne reconnaissons-nous pas là des accents familiers ?On ne saurait exagérer l’importance d’initiatives comme celles-ci qui font circuler un certain nombre de noms et sont l’occasion de nouveaux bonheurs de lecture.On lira donc cette anthologie avec la curiosité du voyageur pour y découvrir précisément à quel point la thématique du voyage y tient une large place.De Cendrars le bourlingueur à Bouvier le philosophe, l’« IJ-sage du monde », en Suisse romande, passe par tous les lieux de la terre, traverse l’Afghanistan (Ella Maillart), parcourt la Grèce (Jean Romain), ou éprouve la « Tentation de l’Orient» (Jean-Marc Lovay).Mais cela n’empêche pas les uns et les autres de tenir un discours sur eux-mêmes, tel ce Chessex qui ne craint pas de déclarer : « Il faut le vin ou le kirsch pour que la violence des Vaudois sorte.On l’enfermait sous sa redingote.Un jour ça casse ! Le torrent arrache tout ! » D’un point de vue formel, je retiens l’importance que prend, dans la littérature romande, la forme dialoguée et le récit par lettres.Faut-il y voir la manifestation de ce « goût pour la discussion » dont parle Ramuz dans Raison d’être ?Je retiens aussi de cette lecture les récits « économies » de Corina Bille, l’humour d’Anne-Lise Grobéty, la prose incisive de Charles-Albert Cingria, la pensée prospective de Denis de Rou-gemont.L’absence d’un auteur comme Monique Laederach, par contre, me semble inexplicable.La collection, intitulée également « sept cents ans de littérature suisse » et qui compte déjà une dizaine de titres, n’a que des qualités : maquettes agréables, choix judicieux des titres, introductions bien faites, informées sans être pédantes.J’ai lu avec le plus grand plaisir les Lettres neuchâteloises d’Isabelle de Charrière et Raison d’être de Ramuz.Dans le premier cas, l’auteur, d’origine hollandaise, propose un fin tableau de moeurs doublé d’un roman d’amour et d’une recherche langagière : en 1784, année de la publication, le livre fit scandale.Dans Raison d’être, publié pour la première fois en 1914, Ramuz relate un séjour à Paris, autre thème obligé des lettres de Suisse romande, et son retour au pays.De Paris, il écrit : « Je m’efforce en vain d’y participer, j’y suis maladroit, je m’en rends compte et ma maladresse s’en accroît.L’embarras où on est devient ridicule (on a 20 ans); on ne sait plus parler, on ne sait même plus marcher.De toutes petites différences d’intonation, ou dans l’accent, ou encore dans l’attitude, sont pires que les plus marquées et vous gênent bien davantage.L’Anglais reste un Anglais, l’Anglais n’étonne pas, il est « classé »; moi, je suis presque pareil à ceux qui m’entourent, et, voulant l’être tout à fait, je n’échoue que d'un rien, mais terriblement voyant».On ne saurait mieux exprimer la « position » du francophone face à un certain parisianisme : ni tout à fait étranger ni tout à fait adaptable au contexte français.Avec ces livres et cette anthologie, l’éditeur manifeste une sensibilité aux «différences» qu’il faut louer hautement, la plupart des autres éditeurs parisiens se contentant d'agiter la menace de ghettoïsation pour éviter de créer des collections francophones ou tout simplement de prendre des risques à propos d’auteurs moins connus.Pareil « événement », réalisé à l’occasion d’un centenaire, crée un heureux précédent.SlÉÜ£^T[ï?9645 DES NOUVEAUTÉS A DES PRIX IRRÉSISTIBLES.Histoire de Montréal depuis la Confédération Paul-André Linteau Prix rég.Notre prix Valable «•«* 23,95s _____ïe Parchemin me STATION MÉTRO BERRI-UQAM, MONTRÉAL H2L 2CB - (514) 845-5243 LIBRAIRIE AGRÉÉE, Jean-Pierre ISSENHUTH A Poésies LA LUEUR DES JOURS Jean Grosjean Gallimard, 1991 LA PLURALITÉ DES MONDES DE LEWIS Jacques Roubaud Gallimard, 1991 « QUICONQUE ne parle pas à des ombres n’existe plus : il est transparent comme l’eau de roche, innocent comme la pomme tombée, victime d’avance de la première contagion à venir».Je lis cette phrase menaçante dans La lueur des jours de Jean Grosjean.Qu’est-ce que parler à des ombres ?Je ne sais pas, mais là se trouvent la force, la complexité, l’opacité qui sauvent.Grosjean laisse le lecteur en proie à une incertitude plus puissante qu’une affirmation claire, dont on se libérerait sans réfléchir par l’approbation ou le désaveu.Au lieu de donner à trancher et à classer, la phrase donne à penser.Renvoyé à lui-même par l’absence de prise certaine sur l’énoncé, le lecteur doit chercher.Mais, je ne voudrais pas monter ce détail en épingle, même s’il me paraît puissamment révélateur de la fécondité de la poésie.Dans les 130 pages en vers et en prose de La lueur des jours, je trouve de tout : des facilités, des clichés, des longueurs, des redites, parfois une promptitude à conclure qui précipite le poème dans une fin convenue, mais aussi l’espèce de détachement qui fait que la poésie, en certaines circonstances, ne dit plus rien d’autre qu’« il y a », « voici », « cela est », du moins à l’échelon d’énergie accessible à nos sens dans les conditions courantes.Ainsi : Le ciel est presque blanc./ Le présent la mélisse./ le ruisseau passe.Ou bien, dans Barque, cette fois sans verbes et sans temps : La barque à l'ombre des arbres / et sur le reflet des arbres.Des oiseaux épars dans l'air / et leur image dans les eaux./ Le vent dans les dômes des arbres / et dans l'orgue des roseaux./ La respiration du vent / et le remuement des feuilles./ Le murmure de l'air sur l’eau / et de l'eau contre la barque.Grosjean prend le monde et la vie comme matières premières de l’art.Le résultat est-il phénoménal ?Il ne me semble pas, mais le contact direct est là, on monte au front sans tricherie et on n’ajoute rien à la prolifération dérisoire des « livres sur les livres » que Georges Steiner, dans Réelles présences, dénonce en y contribuant lui aussi.lime reste de La lueur des jours la cendre du combat, incertain et peut-être nécessairemnt perdu d’avance, de celui qui se remet sans cesse devant et dans le monde, sans prendre une bibliothèque pour bouclier ou pour abri, et dit ce qu’il peut.Écrivant ces mots, il me vient a l’esprit les noms de Pierre Reverdy et de Jacques Brault.La pluralité des mondes de Lewis, de Jacques Roubaud, ne s’inscrit pas tout à fait dans la même perspective.Une note en avertit le lecteur : la première partie du livre s’inspire d’un ouvrage de David Lewis, On the plurality of worlds (Oxford, Blackwell, 1986); d’autres passages renvoient à Étienne Binet et à la « théorie de la singularité quiconque » de Giorgio Agamben (La comunità de viene, Einaudi, 1990).L’auteur signale des emprunts, des transpositions, des détournements de sens qui indiquent une matière au moins partiellement livresque.De là, peut-être, chez moi, l’impression d’entendre un discours ou d’assister à une conférence pleine de généralités soporifiques sur le monde, plutôt que la certitude d’aller à sa rencontre par le détour humanisé de la poésie.Dans La pluralité des mondes de Lewis, il m’apparaît clair que le poète est devant le monde, mais je doute constamment qu’il soit dedans.Il me montre un objet de science et se demande : « Qui, ou qu'est-ce qui avait pu ainsi dénaturaliser le monde ?Il ne restait de lui que des nervures désaffectées, des bâtiments poreux, des enclaves sans verdure.» D’où vient cette dénaturalisation ou cet appauvrissement qu’il regrette ?D’une « pensée déçue par les yeux », lit-on plus loin.Je comprends par là : trop de matière livresque cherche à s'appliquer, au détriment de la vulnérabilité et de la perméabilité qui rendent la poésie possible.Reverdy, lui, savait qu’il était plus faible que son sujet, et dépourvu, et inférieur; il aurait plutôt écrit que sa pensée décevait le monde.Évidemment, on peut dire de toute forme de poésie qu’elle est par nature indiscutable, incontestable et triomphante du seul fait qu'elle existe.Le problème est que j’écris cela sans y croire et que je trouve, pour ce qui est de Roubaud, plus de poésie dans La belle Hortense que dans Le pluraliste des mondes de Lewis.Ce livre et, dans une bien moindre mesure, celui de Grosjean, me portent à donner raison à Gilles Marcotte qui déclarait récemment — en supposant qu’on ait rapporté ses propos sans étourderie — que la poésie française n’est pas dans une période faste.Comme l'a fait souvent son génie assimilateur, je suppose qu’elle se prépare discrètement à naturaliser un important phénomène poétique.C’est le manège que j’imagine celui du coq gaulois : voyant périodiquement son fumier réduit à une galette sèche, il court recharger ses batteries chez les voisins (Pétrarque, Ossian, Poe, etc.), monte sur son tas rénové et se remet à chanter à heures fixes, avec des accents si bien acclimatés chez lui qu'on dirait vraiment qu’il en est l’inventeur.Les voyageurs immobiles LES VOYAGEURS Simon Vestdijk traduit du néerlandais par Louis Roelandl Phébus, 1992, 316 pages L’HISTOIRE SUIVANTE Cees Nooteboom traduit du néerlandais par Philippe Noble Actes Sud, 1991, 140 pages Francine Bordeleau « 117*; .1 RK such stuff as dreams are made on, and our little life is rounded with a sleep».Cette phrase admirable de Shakespeare que Vestdijk fail dire à l’un de ses personnages, un vieil acteur de théâtre homosexuel, et qui est traduite par : « Nous sommes de la même étoffe dont sont tissés les rêves, et notre misérable vie baigne dans le sommeil», est le grand leitmotiv de ces deux récits séparés par un intervalle de plus de 40 années.Dans Les voyageurs, nous croiserons souvent Shakespeare; c'est la figure d’Ovide qui commande à L'histoire suivante.Mais étrangement, dans les deux romans, nous retrouverons Yorrick, un personnage secondaire de Hamlet.Ce n'est pas là leur seul point commun.Médecin mélancolique, peut-être misanthrope, Simon Vestdijk, né en 1898, laissa à sa mort, en 1971, une oeuvre abondante.Il aura eu moins de chance que Cees Nooteboom, né en 1933 et souvent traduit en français.Les lecteurs francophones n’ont eu accès qu'à L’Ile au Rhum et à ces Voyageurs, écrits et traduits dans les années 40.Avec Les voyageurs, Vestdijk convie à une traversée de la nuit extrêmement singulière, aux accents kafkaïens.Les habitants d’une ville sont tirés de leur lit par des policiers et rassemblés dans le hall d’un cinéma qui semble se dresser au milieu des abîmes.Obligée de se soumettre à des ordres impératifs et incompréhensibles venus d’on ne sait où, cette société se met en marche.Destination : le buffet d’une gare, que l’on atteindra er.suivant des couloirs sans fin.Vestdijk s’attarde aux douze locataires d’un immeuble confrontés à des événements bizarres, illogiques et surréalistes.Ils rencontrent ainsi un jeune homme mort au XVIIe siècle, des groupes formés de personnes nées au X Ville, des infirmières autoritaires, des gardiens décadents, un curieux garçon de café.Les or dres sont crachés par un annonceur radio et les questions laissées sans réponse.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 27 mars de 17h à 19h ANNE-ÊLAINE CLICHE et toute l’équipe de La revue PROTÉE .LA TRANSMISSION .1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 si\i\ Msrnijk ,a XIIX.J4H JH III «14.440 2*4 IKI.M .
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