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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-04-04, Collections de BAnQ.

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pOaiiipigiiy- Un week-end de littérature jeunesse avec des auteurs et des illustrateurs de (a courte échelle les 4 et 5 avril, de 14 à 16h 4380 St-Denis, Montréal H2J 2L1 844-2587 Le Devoir, samedi 4 avril 1992 SYLVIE HALPERN Moi, maman et Morgentaler * • Nathalie Petrowski f.Tl- 4 LA PRKMlftRK FOIS que la journaliste Sylvie Hal-pern rencontra le docteur Henry Morgentaler, elle fut conviée à une partie de ping-pong dont elle se souviendra longtemps.Bille s’était pointée chez le célèbre docteur pour écrire un livre sur lui, livre qui est paru cette semaine sous le titre de Morgentaler, l’obstiné.Voulant se mettre dans lès bonnes grâces du sujet, la journaliste accepta la partie avec d’autant plus d’empressement qu’elle pratiquait ce sport de salon régulièrement et avec un certain succès.1 II n'y avait pas cinq minutes que la partie de ping-pong était engagée, que la journaliste de L’actualité découvrit un Morgentaler qu’elle ne Connaissait pas, redoutable adversaire prêt à tous les coups, bas, fumants et fervents, qui le conduiraient à une victoire certaine.La journaliste perdit la partie mais non le goût d’en savoir davantage sur cet homme paradoxal, ardent défenseur de l’avortement et père permissif de quatre enfants, athée convaincu se comportant toutefois comme un croyant investi d’une mission, soldat subversif n’acceptant que sa propre autorité, perdant de bien des batailles mais grand gagnant d’une guerre sans fin.« C’est la première fois que je me retrouvais devant quelqu’un qui avait à ce point envie de gagner et qui ne s’en cachait pas », dit la journaliste aujourd’hui.Ce fut peut-être la première fois mais non la dernière puisque par la suite Sylvie Ilalpern passa une semaine complète avec Henry Morgentaler à Gray Rocks, le retrouva plus tard dans sa maison de Toronto avant de rencontrer amis et associés qui voulurent bien lui livrer les deux ou trois choses qu'ils savaient sur Henry.Au bout du compte, Sylvie Ilalpern réalisa un long reportage de plus de 200 pages sur un homme aussi énigmatique que fascinant.Avoir été l'éditeur de Sylvie Halpern, j'aurais demandé à la journaliste de prendre toute la formidable matière factuelle amassée et de la passer dans le moulinet de la littérature pour en faire un véritable roman.Car la vie de Henry Morgentaler est un roman et l’homme, un personnage comme on en rencontre rarement dans la vie.Sylvie Ilalpern n’est pas d’accord.« Je n’en voyais pas la nécessité sans compter que j’ai été tellement fascinée par le récit de sa vie, que je me suis dit qu’il n’y avait pas lieu d’en rajouter.Je voulais m’en tenir aux faits et à l’enquête.Qui est Morgentaler ?D’ou vient-il ?Et pourquoi a-t-il mené un tel combat pour l’avortement ?» Dans Morgentaler, l’obstiné, c’est donc la journaliste de L’actualité qui a pris le pas sur l’écrivain, évitant ainsi les eaux troubles de la subjectivité et les glissements de sens trop compromettants.C’est dommage car il y avait dans la vie de Morgentaler une extraordinaire matière romanesque.Bin même temps le choix est légitime et la tâche n’en fut pas moins ardue.« Il ne faut pas oublier que Morgentaler n’est pas évident à interroger, lance Ilalpern.D’abord c’est un familier des médias.Il sait gion, il y avait des non dits et des demi-mots que j’ai pu saisir intuitivement et qu’un autre journaliste non-juif n’aurait pu comprendre.» Morgentaler ne donna pas spontanément son consentement.Il fallut lui expliquer la démarche en détail et lui fournir des buts précis.A la fin, il accepta pour une unique raison : comme lui, Sylvie Ilalpern avait un jeune fils prénommé Benjamin ! Dans Morgentaler, l'obstiné, Sylvie Ilalpern insiste beaucoup sur le côté papa-poule de Morgentaler, sur l’amour inconditionnel et démesuré qu’il éprouve pour ses enfants, les aînés de son premier mariage comme les deux cadets de deux unions différentes.On comprend l’astuce.Morgentaler a plus souvent qu’autre-ment été accusé d’être l’ennemi numéro un des enfants.Boucher, tortionnaire, assassin, ses détracteurs manquaient de mots pour exprimer l’horreur que son action leur inspi- j A vec l’avortement, Morgentaler a été \\i\ admirable dans la mesure où il a ouvert le rideau des alcôves, fait sortir les rats des égoûts et mis le débat sur la place publique.Avant lui, tout le monde savait ce qui se passait dans les fonds de ruelles avec les charlatans et les charcutiers, mais personne n’en parlait.» vendre sa salade comme personne.Ce n’est qu’en rentrant chez soi qu’on découvre qu’il vend la même salade à tout le monde.Et puis, il est passé par le tamis de la psychanalyse, connaît les codes.On doit presque le pousser dans ses derniers retranchements pour qu’il se livre vraiment.Avec lui, je passais sans cesse de la tendresse à l’agacement.» Le portrait que la journaliste trace du célèbre docteur n’en demeure pas moins favorable à la cause et au personnage.C’était du reste l’effet souhaité.Pas question de se lancer dans une entreprise de démystification ni à l’inverse, de faire de Morgentaler, un saint ou un surhomme.Trois ou quatre livres avaient déjà été écrits sur lui, mais des livres techniques, rien de vraiment personnel ni de complet.« Étant de culture juive comme lui, je dis bien de culture et non de reli- rait.Et pourtant assez paradoxalement, le bien-être des enfants est le fondement-même de sa lutte.Pour Morgentaler, un enfant doit à la naissance recevoir une grande dose d’amour, de confiance et d’encouragements sans lesquels il ne pourra s’épanouir.C’est au nom de cet amour manquant, défaillant, déficitaire qui a poussé certains enfants devenus adultes à bâtir des camps de concentration, que Morgentaler a accepté de pratiquer des avortements.Au nom des enfants mal aimés et au nom des femmes trop malheureuses pour savoir comment les aimer.Pour Sylvie Ilalpern, le rapport douloureux de Morgentaler a sa mère fut à cet égard déterminant.« Morgentaler aime être entouré de femmes parce qu’il a longtemps douté de l’amour de sa mère, dit-elle.Il avoue lui-même qu’il attendait de ses compagnes de vie qu’elles soient PHOTO JACQUES NADEAU Sylvie Halpern en quelque sorte sa mère, qu’elles le couvent et le rassurent pour lui faire oublier une mère qui lui reprochait toujours de tout mal faire.» Grâce à ses clientes reconnaissantes, Morgentaler aurait donc retrouvé l’estime de lui-même et une raison d’être qu’à 70 ans, il refuse toujours d'abandonner puisqu’il continue d’ou- vrir des cüniques dans toutes les provinces du Canada et qu’il continuera probablement jusqu’à sa mort.Mais il n’y a pas que la mère, il y aussi ce séjour dans un camp de concentration qui le marqua à jamais et le poussa à sa sortie à défier toute autorité.« Bin sortant des camps, raconte Halpern, Morgentaler avait un sentiment d’injustice énorme doublé d’une bonne dose de culpabilité à l’é- ' gard de sa famille exterminée.Se considérant comme un lâche, il décida par la force de sa volonté de devenir un homme courageux.Avec l’avortement, il a été admirable dans la mesure où il a ouvert le rideau des i Voir page D-4 : Halpern {Christophe Colomb, par Sebastiano Del Flombo.Colomb déshabillé L’ÉTAT DU MONDE EN 1492 Sous la direction de Guy Martinière et Consuelo Varela La Découverte, 1992, 638 pages L’INVENTION DE L’AMÉRIQUE Thomas Gomez Aubier, 1992, 331 pages 1492 UN MONDE NOUVEAU ?Bartolomé et Lucile Bennassar Perrin, 1991, 273 pages FORTUNE D’UN NOM AMERICA Cosmographiae Introductio suivi des lettres d’Amerigo Vespucci Jérôme Millon, 1991, 221 pages Heinz Weinmann PLUS les célébrations 500e anniversaire de la « découverte de l’Amérique » approchent, plus celui qui en est la cause, Christophe Colomb, est occulté sous la « couverte » — pour parler en québécois — de sa découverte, celle de la terre américaine en l’an de grâce 1492.Objet depuis plus d’un siècle d’un culte de héros romantique, Colomb paie aujourd’hui le prix d’une surexposition souvent peu historique.Les historiens de cette fin de siècle, frottés pour la plupart à la « nouvelle histoire » mettent enfin Colomb à sa place, c’est-à-dire celle qu'il occupait vraiment en 1492, et par là nous font découvrir tout un pan de l’année fatidique, jusqu’ici occultée par l’omniprésence du découvreur.Absent longtemps de la scène historique — aucune chronique n’enregistre le premier voyage colombien —, Colomb et l’Amérique sont une invention du 18ième siecle.« L’Amérique est découverte, s’exclame Voltaire; on subjugue un nouveau monde et le nôtre est tout changé.Voilà l’histoire qu’il faut que tout le monde sache ».Tout le monde la saura en effet, puisque Voltaire entonne précisément quelques-uns des grands thèmes de la « symphonie du nouveau monde » dont allait se bercer l’Europe : européocentrisme, colonialisme, opposition entre l’Ancien et le Nouveau.Air connu.Dans son oeuvre maîtresse Cosmos (1845-62), le géographe allemand Alexander von Humboldt tire ses conséquences du premier voyage de Colomb.1492 devient la date-charnière entre Moyen-Âge et Temps modernes, entre l’Ancien et le Nouveau.Humboldt, scientifique à la tête froide, n’hésite pas à mettre en parallèle en terme de portée historique, la découverte de Colomb et l’apparition du Christ.Christophe Colomb illuminé par un messianisme apocalyptique ne s’identifie-t-il pas au Christ, signant Christoferns, « porteur du Christ » ?On comprendra dès lors aussi l’acharnement de Humboldt pour corriger cette injustice insigne qu’a fait subir une Histoire ingrate à ce « messie » des temps modernes.Alors que l’Histoire devait récompenser largement l’imposteur Amerigo Vespucci en prêtant son nom au continent d’« Amérique », elle baptise chichement du nom de Colomb la petite « Colombie ».Ainsi au fur et à mesure que crois- sait la figure de Colomb, ceux qui l’entouraient, ses contemporains, se réduisaient à l’insignifiance, à rien.Aujourd’hui, ce 500e anniversaire de la « découverte de l’Amérique » sonne le glas du monopole de Colomb sur 1492.À travers le flot de livres d’histoire publiés pour l’occasion, deux grandes approches viennent faire vaciller l'empire Colomb : l’ouverture géopolitique et le déplacement temporel.Commençons par l’« ouverture géopolitique ».Le monopole colom-bin de 1492 ne tenant qu’a la restriction de son champ historique, il s’effondre dès que s’ouvrent les horizons du monde de l'époque.Voilà le défi formidable de L’état du monde en 1492, élaboré par deux grandes équipes multidisciplinaires franco-espagnoles dirigées par deux spécialistes du temps des decouvertes, Guy Martinière et Consuelo Varela.Plus qu’un livre, cette encyclopédie sur le monde en 1492 est la plus belle tentative réussie pour guérir l’histoire des découvertes de la plaie de l’« européocentrisme » voulant que le monde n’existe qu’une fois vu et répertorié par des yeux d’Européens.Ainsi les sept grandes régions du monde (Inde, Chine-Japon, monde musulman, Blurope chrétienne, Afrique noire, Amérique, Océanie) de 1492 sortent magiquement des eaux de l’oubli.Chaque région est soumise à une analyse spectrale de ses moeurs, sa culture, ses mythes, ses religions, à une étude serrée de son économie, ses enjeux politiques.Lentement, un monde grouillant de vie se déploie sous les yeux du lecteur mué en Colomb du « village glo-Volr page D-4 : Colomb Francis Fukuyama LA FIN DE L’HISTOIRE ET LE DERNIER HOMME Hammarion La fin de l’Histoire est arrivée La chute du communisme et le triomphe de la démocratie libérale marquent la fin de l'Histoire, c’est-à-dire la fin des affrontements idéologiques pour le contrôle du destin des hommes.Cette thèse, pour le moins hérétique et férocement attaquée, est défendue avec brio par le penseur américain Francis Fukuyama dans son livre La Fin de l’Histoire et le dernier Homme.Le bouquin fait jaser et ébranle les certitudes.Une recension de Jocelyn Coulon.Page D-6 Is.iIh'IIc (.«-lin I I: \1YS I I Kl m MARLOLAND Isabelle Gélinas LE MYSTÈRE DU MARLOLAND Le mystère qui entoure les cassettes du jeu Super Mario Ross 2 entraîne Olivier et ses amis dans une folle aventure où les ennemis seront nombreux.Un roman pour tous les jeunes amateurs de jeux vidéo.(12 ans et plus) Mou- «.npil LE DÉTONATEUR r Mylène Goupil LE DÉTONATEUR À travers la description d’une société cruelle où l’argent règne en maître.Mylène Goupil parvient à créer un récit plein d’humour et débordant d’imagination! (14 ans et plus) Vol.de 200 pages, 13,95 S LAURÉATES DU CONCOURS POUR JEUNES AUT EU R S tildes D-2 ¦ Le Devoir, samedi 4 avril 1992 # le plaisir des ivres La plume des Anglos fft -y ' Odile l| ws * Tremblay a Entre Æk les lignes LE PHÉNOMÈNE est tellement courant qu’on ne s’en étonne même plus.Quand les auteurs canadiens anglais veulent percer le marché francophone, ils tournent plus souvent qu’autrement le dos au Québec et courent se faire traduire et publier à Paris.À l’ombre de la tour Eiffel, ils pourront trouver un bassin de lecteurs, se faire un nom loin de la montagne de préjugés que l’autre solitude de leur pays leur envoie dans un miroir brouillé.Margaret Atwood a compris le jeu, qui, de guerre lasse, a un jour, version franco, troqué le Québec pour la France en y récoltant la gloire que l’on sait.Immaturité politique de notre part ?Désintérêt ?On s’interroge.À moins qu’un certain Riehler ne se permette de nous injurier dans sa prose et son verbe, le Québec rejette les écrits de son voisin de palier.Seule la provocation lève la barrière.D’outre-Atlantique nous parviennent pourtant quelques échos de la littérature canadienne-anglaise.La semaine dernière, le prix du meilleur livre étranger était octroyé à Paris à la romancière ontarienne Jane Urquhart pour Niagara, publié aux éditions Maurice Nadeau et dont notre collaboratrice Francine Bordeleau nous avait déjà entretenu dans ces pages.Je me suis jetée à sa suite dans la lecture d’Urquhart.Précisons-le tout de suite : le roman est inégal.Niagara nage dans une forêt de symboles avec des histoires qui s’emboîtent comme des poupées russes, certaines plus réussies que d’autres, telle la rencontre de cette Fleda qui va lire dans la forêt canadienne aux abords de la rivière Niagara, au grand ravissement d’un jeune poète rêveur et romantique.La plume de Jane Urqhart est truffée de références littéraires à la poésie de Byron, de Keats, de Browning, de Shelley, et on s’amuse du parallèle quand nos auteurs francophones citent de leur côté Rimbaud, Baudelaire ou Céline.Le dialogue de sourds des deux solitudes s’alimente aussi à des sources culturelles distinctes qui parfois sautent aux yeux.Transportée dans une forêt d’érables et de pins tout à fait canadienne, la prose de Jane Urqhart a des accents de la vieille Angleterre qui l’a inspirée et nourrie.À la lire, on se dit qu’il y encore la Manche entre nos deux littératures.Un long bras de mer.Sans le tunnel.La littérature anglo a pourtant su, c’est là une de ses forces, attirer les auteurs néo-canadiens, mettre l’Inde, l’Italie, la Grèce à l'enseigne de la feuille d’érable, aller chercher les autochtones aussi, de moins en moins wasp, multiethnique, les meilleurs espoirs de sa relève portent souvent des noms aux résonnances étrangères.On a Dany Laferrière, Stanley Péan, quelques autres chants d’immigrés.Trop peu.Eux s’enorgueillisent de Michael Ondaatje, d’Êric McCormack, de Nino Ricci aussi.Cet écrivain d’origine italienne a écrit un bijou de premier roman couronné par le prix du Gouverneur Général 90 et qui vient tout juste de paraître en français chez Denoël (à Paris, il va sans dire) sous le titre Les yeux bleus et le serpent.Le style tout en douceur, en harmoniques possède une sorte de luminosité, de grâce et un rare sens de l’ellipse dont on salue la maîtrise.L’intrigue a pour cadre un petit village des Appenins que les hommes ont fui pour aller chercher fortune ailleurs et qui suffoque entre femmes, vieillards et enfants.L’auteur révèle les petitesses et ses superstitions de ce lieu clos à travers le regard d’un narrateur enfant dont la mère d’esprit libre et fort a « fauté »> et que tous montrent du doigt.C’est toute une société hypocrite et bien-pensante qui renaît sous la plume de Nino Ricci, par touches impressionistes, sensibles, à travers des portraits, des anecdotes, des croyances païennes venues du fond des âges crever la surface du récit.Ce livre touchant est un salut à l’enfance, et une sorte de tragédie en unité de lieu qui résonne comme un mythe dans une forêt de symboles.Les yeux bleus et le serpent m’a rappelé certains passages de L’odeur du café de Laferrière, par cette chaleur, cette couleur d’évocation des paysages et climats d’enfance dont l’auteur a su rappeler à lui toute l’émotion.Niagara, Jane Urquhart, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Paris, ed.Maurice Nadeau, 1991,233 p.Les yeux bleus et le serpent, Nino Ricci, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Paris, ed.Denoël, 1992, 285 p.::s il Serge Truffaut POU R SOU LIG N ER la sortie de son 200e numéro, le revue Liberté a réuni plus d'une vingtaine de textes écrits par autant d’écrivains ou essayistes québécois.Certains mettent en scène leur ego.Certains sont tristes.Certains sont joyeux.Quelques-uns sont ironiques.Trois ou quatre sont poétiques.Parmi eux, il y a un cri.Celui de Jean Larose qui, prenant à partie l’émission La bande des six, répond en fait à tous ceux qui critiquent le « supposé » élitisme de son dernier ouvrage, soit L’amour du pauvre paru chez Boréal.En voici un extrait : « Ainsi je suis descendu dans l’arène (ou devrais-je dire ‘le poulailler’ tant caquettent madame Suzanne Lévesque, la mère poule des ondes québécoises, et ses cinq petits poussins) mener le combat moderne contre la bêtise qui nous asphyxie chaque jour davantage, nous qui, encore hier, étions nombreux à nous rebeller contre l’idéologie du bungalow, mais qui, aujourd’hui, nous retrouvons seuls par suite de défections innommables, d’une débandade formidable, d’une chute dans la glu du vécu, du déni puéril du symbolique ».Bigre ! Jean Larose serait-il si violent ?À cette question, François Hébert, dans son éditorial, apporte des éclaircissements.« Vous aurez noté, bien entendu, que c’est nous qui tenons les plumes en question.Vous jugerez si nous avons eu la main lourde ou heureuse ».Ce 200e numéro de Liberté a été confectionné selon le mode du.Pastiche ! Ouf ! De la beauté La vingtième rencontre québécoise internationale des écrivains a été placée sous le signe de la beauté.Dans le texte de présentation à cet événement, les organisateurs écrivent : « Le sens du mot beauté ne semble-t-il pas lié à celui du mot bonheur ?En voulant signifier trop de choses, en se collant aux valeurs datées de ce que l’on nomme le goût, les deux mots périodiquement se déconsidèrent et rejoignent pour un esprit sceptique le lot des promesses impossibles ».Cette rencontre se tiendra à l’Hôtel Chantecler à Sainte-Adèle du 24 avril au 28 avril prochain.Pour de plus amples informations, on peut appeler au (514) 48S-5883.Du pastiche à l’exil Le pastiche est le thème du dernier Liberté; l’exil celui du récent numéro de la revue lîumanitas.Caroline Bayard, Pierre Bertrand, Bogdan Gugu, Alberto Kurapel, Axel Maugey et Gina Stoiciu figurent au sommaire de ce numéro baptisé, très précisément, Exil et fiction.Du texte de Alberto Kurapel, on a retenu ceci : « Créer en exil est très dur et la solitude s’impose comme le vent dans une tempête.L’indifférence est un fléau dont souffrent ces sociétés, rendant très douloureuse n’importe quelle tentative de création Librairie \ l i Adr a o^ Autour de Ingmar Bergman Une présentation de M.Marc Gervais Le dimanche 5 avril à 14 heures, la Librairie Gallimard accueillera le critique et professeur de cinéma de renommée internationale M.Marc Gervais.Pour souligner la parution de Images de Ingmar Bergman (Gallimard, 1992), le professeur Gervais viendra parler de la vie et de l'oeuvre du grand metteur en scène suédois.3700, boul.Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 Tél.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514) 499-1535 PHOTO CHANTAL KEYSER Suzanne Jacob artistique.Combien de groupes ai-je vu naître et mourir en peu de temps, non seulement à cause d’objectifs diffus, de querelles et mesquineries, mais aussi à cause de l’isolement ! » Québec Français Au sommaire du 85e numéro du seul magazine traitant à la fois de littérature et de pédagogie, on propose un dossier sur les pédagogies nouvelles, un dossier littéraire consacré à Suzanne Jacob ainsi que les chroniques habituelles.Dans son éditorial, André Gaulin note : « Nous devrons croire que si nous sortons de ce pays pour incompatibilité de cultures, le Canada vivra mieux sans nous.Pourquoi considérer comme la mort d’un pays créé par la force la naissance de deux pays enfin libres ?Et qui resterons voisins.Vite ! Venir PHOTO ARCHIVES Ingmar Bergman au monde et renouer avec le plus profond de nous ».Ingmar Bergman Demain à compter de 14h, la Librairie Gallimard accueillera Marc Gervais, critique et professeur de cinéma, qui vient de publier Images de Ingmar Bergman aux éditions Gallimard.M.Gervais parlera évidemment de la vie et de l’oeuvre du grand cinéaste suédois.In memoriam Denis Bélanger naquit à Amqui.Il a écrit des romans.Il a fait dans la critique cinématographique.Il y a un an, Bélanger proposa un recueil de nouvelles paru chez Québec-Amérique.Le titre ?La vie en fuite.Le dénominateur commun à ses nouvelles ?La mort.Denis Bélanger est décédé.Il avait 42 ans.ft MfxJr kdition* LES PARADOXES DE LA PAUVRETE REPORTAGES Prélice de René Dumonl BIIIECTIII 'iimiiii1 LES PARADOXES DE LA PAUVRETÉ Collectif Le Monde Éditions, 190 pages « À part nos exclus, nous vivons non seulement très au-dessus des miséreux, mais pis, par nos gaspillages, nous dépassons les dépenses que permettent les ressources de la planète », estime René Dumont dans la préface à cet ouvrage regroupant des articles publiés entre novembre 1989 et janvier 1992.Tous les articles présentés traitent de la pauvreté à travers la monde.Page 70 : « Ce n’est plus le Canada qui gère sa dette, mais sa dette qui gère le Canada ».DEUILS Vivre, c’est perdre Revue Autrement, 223 pages Sur le quatrième de couverture de ce nouveau numéro de la revue Autrement, on affirme que « notre société a procédé à un gommage de toutes les manifestations extérieures, qu’elles soient individuelles, comme les larmes, les gémissements, les cris, ou collectives à travers les rituels laïcs ou religieux.» Partant de cette constatation, l’équipe réunie par Nicole Czechowski et Claudie Danziger observe et soupèse nos comportements, individuels comme collectifs, à l’égard de la mort et du cérémonial qui l’entoure.LA BATAILLE DU SILENCE Vercors Éditions de Minuit, 350 pages Été 40, c’est la débâcle de la France.Sur le front de l’édition, c’est la décadence.Drieu La Rochelle, Drieu le « facho » prend les rênes de la maison Gallimard.Grasset et Denoël, aussi « fachos » que Drieu, sinon plus, collaborent avec l’ardeur de jeunes communiants.Heureusement, un groupe fait exception : René Char rejoint la Résistance et Vercors fonde.Les Éditions de Minuit.De ce fait d’armes et littéraire, Vercors, l’auteur de Le silence de la mer, s’est fait le témoin.Fin voici le récit.DAVID CRONENBERG Serge Grünberg Cahiers du cinéma, 152 pages Depuis la sortie, récente, de Naked Lunch, le cinéaste canadien David Cronenberg fascine les Français.Après le succès critique que son film a obtenu, voici que l'équipe des Cahiers du cinéma lui consacre tout TRIPTYQUE CP.5670, SUCC.C MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL: (514) 524-5900 ou 525-5957 A paraître bientôt le guide du Tango de Pierre îVlonette Mythes et symboles DANS IA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE I ! 11 .*11 Vil Marie Savard Poèmes et chansons de 1958 à 1981 98 p., 14,95$ Le chant, pour moi, est le son de l’air sur la corde chaude du souffle.Le souffle est la seule chose que je puisse contrôler, quand je chante.Encore là, ça demeure toujours le souffle du poème.Antoine Sirois Mythes et symboles dans la littérature québécoise 156 p., 18,95$ Dans ce recueil de textes, Antoine Sirois s’est plus à retracer les grands mythes et symboles gréco-romains et bibliques qui ont marqué notre civilisation occidentale.L'auteur montre comment Ringuet, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Jacques Ferron et d’autres romanciers ont transposé, adapté les récits anciens dans leurs propres récits et soulevé les questions qui, de tout temps, ont hanté l'humanité eh quête de sens.Le suspense 200 p., 9,00$ Des textes de: Guy Lavigne, Judith Messier, Hélène Rioux, Marc-André Paré, Josée Yvon, Danielle Roger et une entrevue de Roch Carrier MONTREAL EN PROSE 1892-1992 Les nouveautés de l’Hexagone Anthologie présentée par Nathalie Fredette Montréal en prose 1892-1992 Un Montréal en prose inédit.Des premières expériences de la ville moderne aux récits inventifs qui font de Montréal une vraie ville imaginaire.Cinquante textes peu connus écrits par des écrivains majeurs.Gabrielle Roy, Mordecai Ricnler, Jacuues Ferron, Steaphen Leacock, Hubert Aquin, Michel Tremblay, Yolande Villemaire et biens d’autres encore.En librairie dès lundi.24,95 $ T I.K St) U K Kl.F.DIS MOIS l'AIRII I V vu .mit Sla ymphonie animale UES ANIMAUX DANS UES EXPRESSIONS DF IA IANGUE FRANÇAISE fc Lunussc• 4 Jacques Boulerice Le vêtement de jade De courts récits comme autant d’histoires d’amour entre un homme et sa vie dont il retient les moments les plus lumineux.Des scènes où surgissent les visages fraternels, les paysages animés de la beauté des choses.En pleine ville, en plein jour, le plaisir de la lecture.Récits 14,95 $ Jacques Boulerice Le vêtement dejade un dossier.Page 11 : « Naked Lunch, somme cinématographique, est la fusion inespérée d’un cinéma entièrement renouvelé et d’un texte extrême, un film expérimental sur la vision des mots, sur les correspondances entre les images et les mots, sur deux langages qui jusque-là, semblaient incompatibles, un voyage à l’intérieur de la vulnérabilité humaine, source, pour lui, de la créativité, et peut-être même de la création».LA BOLDUC La vie de Mary Travers David Lonergan, Éd.Isaac-Dion, 215 P- À l’endos de la couverture, on nous! promet que cette autre biographie sur La Bolduc « apporte de nombreux faits inédits sur la vie de celle qui a été le premier auteur-compositeur-interprète du Québec ».Page 100 : « Consciente de la misère qui l'entoure, elle laisse discrètement dans chaque village de quoi acheter deux ou trois paniers de nourriture pour les plus démunis.Autant elle adore chanter devant son public, autant elle supporte mal la vie de tournée ».__ s.T.LA SYMPHONIE ANIMALE Patricia Vigerie Larousse, 239 pages La symphonie animale est un dictionnaire des « animaux dans les expressions de la langue française ».Plus précisément, il s’agit d’un dictionnaire des proverbes ayant tèi ou tel animal pour sujet.Des exemples ?Cabri, Créole : « Ce n’èst pas parce que le cabri fait des crottes comme des pilules qu’il est' pharmacien ».Roumain : « Le cabri saute la table, la chevrette saute lé * mur ».Le canard, Chinois : « Le fils d’un charpentier sait tirer la scié, fe fils d’un canard sait nager ».'1 LE VOYEUR ABSOLU Evgen Bavcar Seuil, 124 pages * i Après La preuve, film australien mettant en scène un photographe .‘ aveugle, voilà que les éditions du .Seuil nous propose un livre écrit et .illustré par un photographe — Evgen Bavcar — tout aussi aveugle que le héros du film de Jocelyn Moorhouse.« Comment un aveugle réussit-il à j substituer à une vision qui n’existe, plus depuis trente-cinq ans un ensemble sensible qui lui permet , d’appréhender une réalité dans tous ses détails ?» À cette question, I Bavcar propose une longue, une très longue réponse.* .- LA DOULEUR DES VOLCANS Hélène Pedneault VLB, 145 pages Des récits, de brefs récits, une .ribambelle de récits composent , cette Douleur des volcans d’Hélène-Pedneault.Page 11 : « L’écriture, c’est une zone sinistrée où les .attentats contre la performance,sont la monnaie courante, zone .fréquentée par des poux qui pensent qu’ils sont dans une chevelure.Fit le lus beau, c’est que les poux arrivent nous faire croire aux cheveux ». Le Devoir, samedi 4 avril 1992 ¦ D-3 L’homme derrière le combat SYLVIE HALPERN MORGENTALER l’obstiné BORÉAL MORGENTALER L’OBSTINÉ Sylvie Halpern, Boréal, 1992, 203 p.Josée Boileau HENRY MORGENTALER, c’est l'homme-symbole, tellement tissé au paysage social des dernières années que bien peu de questions se soulèvent à son sujet.Qu’ignorons-nous de cet homme qui a vécu ses luttes au grand jour, qui fut de toutes les tribunes pour débattre de ses motivations ?On sait qu’il est Juif, qu’il a subi l’enfer des camps de concentration, que le droit à l’avortement est pour lui le combat d’une vie.Mais voilà qu’un livre lui est consacré, et alors on s’étonne.Pourquoi donc personne n’y a-t-il songé plus tôt?En France, l’ex-ministre Simone Veil a laissé son patronyme à la loi sur l’avortement.Ici, le nom de Mor- gentaler symbolise un combat plus vaste encore.Au Québec comme au Canada, il suffit de prononcer le nom « Morgen-taler » pour voir la lutte pour le droit à l’avortement, les procès, la prison, les manifestations en face des cliniques honnies.Le monde même des juristes est marqué par Henry Mor-gentaler dont un célèbre amendement au Code criminel porte le nom.Morgentaler et avortement sont à ce point liés qu’ils tiennent du phénomène.La journaliste Sylvie Halpern a le grand mérite de nous le rappeler.Un sujet accrocheur, un titre qui l’est tout autant; ne voyons pas dans ces ingrédients des gages de qualité.Bien des livres armés des mêmes vertus et prétendant faire bilan d’histoire ou d’actualité se sont royalement plantés.Pas celui-là.Car l’au-teure a son tour nous accroche dès le lead de ce long reportage qui, même au bout de 197 pages, jamais ne s’essouffle.Entrer dans la ronde Morgentaler l'obstiné, voilà sa force, n’est pas seulement l’histoire de Morgentaler l’homme, ni même de sa seule bataille entourant le droit à l’avortement.S’y mêlent l’histoire des Juifs, l’arrivée d’un immigrant au Québec, l’émergence du mouvement féministe québécois des années 70 et 80 (et ses ambivalences face au phénomène Morgentaler), l’évolution de la province au sortir de sa Révolution.Surtout, comme l’explique elle-même l'auteure, ce livre est avant tout une histoire de rencontres.Entre Morgentaler et ceux et celles qui l’aiment, ceux et celles qui ne l’aiment plus (notamment sa première femme, laquelle fournit l’occasion d’un touchant chapitre sur la jeunesse d’Henry et de Chava), ceux et celles qui ne le supportent guère.Entre Morgentaler, enfin, et Sylvie Halpern.L'auteure a en effet eu l’intelligence de laisser la place à son personnage sans s’oublier pour autant.Femme, juive, depuis toujours « las-cinée par les médecins», Mme Halpern s'impose comme auteure de ce livre, sans jouer à la vedette et surtout pas à la groupie.Mais totalement présente.À travers son regard, le texte perd la sèche allure du long article qui était son piège.Sylvie Halpern est tout simplement celle qui a vu tous ces gens : elle les décrits tels qu’ils lui sont apparus.On sort de l’histoire et de la biographie pour tomber dans le constat personnalisé.Ce livre remet les choses en perspective, rappelant qu’avant d’être la province d’avant-garde au Canada en matière d’avortement — avant en fait Henry Morgentaler, et rien ne fait plus plaisir à ce petit homme orgueilleux —, le Québec vivait dans un obscurantisme et une hypocrisie pires qu’ailleurs.Un livre qui rappelle aussi que le Dr Augustin Roy, bête noire du mouvement féministe actuel pour ses Finir un livre ou pas LE PREMIER INSTANT Pierre Pelletier, Sudbury, Prise de parole, 1992 162 pages Pierre Salducci APRÈS quelques pages de ce Premier instant de Pierre Pelletier, on sait qu’on n’entre pas dans un roman comme les autres.En effet, tout ici inspire la perplexité.Pierre Pelletier qui jusqu’ici s’é-tàit surtout illustré dans les arts visuels, débute son récit par un long texte apologétique sur le pouvoir et le rôle de l’image dans notre vie, confession qui s’articule autour de cet aveu en guise de profession de foi : « Imaginer des hommes, des femmes qui vivent sans cette force réalisante de l’image (.).Non vraiment, je ne peux pas ».Après ces quelques pages préliminaires, le mouvement romanesque se met en place petit à petit, et là encore, de façon assez peu conventionnelle.Le premier instant ne présente en fait que peu d’intrigue et pratiquement pas d’action.Pierre Pelletier nous convie ici à embarquer dans une sorte de ronde qui nous permet de faire le tour d’un groupe d’indivi-düs, séparés depuis, mais qui se sont croisés les uns les autres un jour ou l’autre.Tous sont artistes — certains écrivent, d’autres peignent ou sculptent — et tous partagent une certaine difficulté à trouver le sens de leur vie.Ils errent, le plus souvent entre Ottawa et Montréal, parfois plus loin.Ce sont des êtres marginaux aux prénoms étranges comme Thèz, Anika, Carmel, Arie, Louig, Fel, Jean-Dor, Karouna, Louvée, Fernan, Léane, Catou, Farouna, etc.Le roman fait ainsi intervenir de nombreux personnages qui disparaissent parfois aussi vite qu’ils sont apparus selon le rythme de la ronde.Oh n’arrive jamais à les connaître vraiment, ni à en apprendre beaucoup sur eux.Chacun tient un rôle précis et unique.Ils représentent parfois la fin d’une aventure ou le début d’une autre, ils peuvent symboliser une expérience artistique voire une conviction politique, ou encore rappeler un voyage, un endroit.Ils agissent peu mais se racontent beaucoup, s’écoutent, se souviennent.En ce sens, Le premier instant est le roman d’une introspection collective qui laisserait plus la vedette à la contemplation et au constat qu’à l’analyse et à la rénexion.Au terme de cette démarche cependant le bilan est loin d’être positif.Les artistes étouffent à la fois dans leur art et Pierre Pelletier dans leur relation amoureuse.Certains choisissent la fuite, plusieurs mourront de façon plus ou moins naturelle et l’on comprend à la fin que c’est justement une de ces morts qui a provoqué tout le mécanisme d’écriture du roman.Le premier instant est une oeuvre très personnelle et très originale.La personnalité de son auteur est manifeste dans le choix de sa thématique mais surtout dans sa conception de l’écriture romanesque.Comme Pierre Pelletier a déjà publié plusieurs textes poétiques depuis 1975, son style demeure très innuencé par la poésie.Il aime les métaphores abstraites et les associations audacieuses.Ceci nous vaut de très beaux passages comme « Et ce n’est qu’avec les années qui les distancèrent encore davantage qu’elle découvrit l’ampleur de l’absence qu’il avait laissée en elle et l’ampleur de l’attirance qui était toujours là » (p.25), mais aussi des phrases un peu moins évidentes comme « L’éternité jaillit de mon malheur et de leur rire superbe » (p.96) ou « Tout se bouscule, s’affirme en même temps, proclame la multiplicité de l’inattendu.» (p.88).Bien qu’assez court, ce premier roman de Pierre Pelletier demeure plutôt déroutant dans son ensemble, d’autant plus que ce n’est qu’à la toute fin que certains détails bien précieux nous sont révélés.Dès lors, il faudrait presque tout relire au bénéfice de ce nouvel éclairage.Ainsi, Le premier instant fait partie de ces romans qu’on quitte sans pouvoir dire si c’est bon ou si c’est mauvais, si on l’a aimé ou pas et surtout si on a vraiment tout compris.Le risque ici, consiste à se demander si on a bien pris la ronde en marche, ou si on l’a simplement regardée tourner, de l’extérieur.LE VÊTEMENT DE JADE Jacques Boulerice L’Hexagone, 1992, 118 pages Louis Cornellier SOUVERAINE, gratuite, hors du monde même si elle l’obsède de son regard, la littérature recouvre de mots, donc de pensée, un espace qui, sans elle, aurait froid d’ignorance et de barbarie non combattues.La littérature, Jacques Boulerice nous le rappelle avec un titre signifiant d’une beauté certaine, est Le vêtement de jade d’un univers torturé, insupportable lorsque privé du maquillage que lui appose la médiation esthétique.Doit-on — peut-on même — appeler « récits » la mise en forme d’impressions croquées sur le vif et transposées dans une langue poétique jusqu’à l’abstraction ?La réponse, je crois, est négative.Mais cela n’importe que peu.La beauté, parce qu’elle est rare, supporte aisément la confusion.Quand il parle des humains, Jacques Boulerice provoque des secousses amoureuses d’une ampleur bouleversante.Posté à la frontière qui sépare le romantisme mielleux de l’amour absolu mais désespérément lucide (salut Breton !), il parvient à transformer la misérable nudité existentielle en une prière chantée par des lèvres tremblantes : « Ce soir sous la lune, la chair frissonne et l’eau de l’hiver rêve en imaginant tes seins tendus dans leur désir.Il n’y a pas de plus chaude saison que la neige qui sent dessous la terre frémir.Il n’y a pas de matin plus clair que le soir en espérance vers ton lit.Est-ce la mort qui tend si blanc son corps ?Femme avenir ».Au matin, rêves envolés, la pesanteur de l’absence rappelle la difficulté de vivre : « Un enfant sait depuis toujours le poids sur son corps de la pierre, depuis toujours ce cauchemar « maman, papa, il y a des roches roulées sur moi ».Si personne ne les poussent, il n’en sortira pas.Sous lui, en même temps que le poids augmente, se creuse tout noir un trou ».Plaisir d’amour ne dure qu’un moment.Plaisir de lecture aussi.En plein centre du parcours (« Un livre, écrit Maurice Blanchot, même fragmentaire, a un centre qui l’attire.»), un texte d’une violence inouie, titré « La PHOTO JACQUES GRENIER Jacques Boulerice peau du cou », porte la séance d’habillage littéraire à son climax.En moins de deux pages, Boulerice trace le visage macabre de l’indifférence.L’extrême entraîne l’illusion : « Les humains passent et prennent la mort pour un torticolis ».Clore sur ce constat aurait été sage.Malheureusement, l’écrivain a senti le besoin de se corriger.Pleine d’une mièvrerie bucolique et innocente, la deuxième moitié de Le vêtement de jade s’enfonce dans une suite de descriptions inutiles inspirées de Dame Nature.Délaissant l’homme pour la mer et les oiseaux, Boulerice, en quête d’un sublime inhérent à la pureté des objets sans âme, laisse la sienne, et son style, au vestiaire.Diluée dans le bleu du ciel et les voltiges ornithologiques, l’efficacité de ses premiers textes se perd dans un déluge de notations banales qu’on a hâte de voir s’arrêter tellement elles ne mènent nulle part.Non pas « récits » mais plutôt tableautins méditatifs, les très courts textes que nous propose Le vêtement de jade sont marqués au sceau de l’élégance formelle.Mise au service de la petitesse qui est aussi la grandeur de l’humanité, cette distinction sait charmer.Le visage naturaliste, par contre, ne lui convient pas du tout.Le droit de ne pas finir un livre, a dit Pennac.J’aurais dû écouter.UN OUTIL ESSENTIEL I UNE INTERROGATION À LA RECHERCHE I OUVERTE ET MULTIFORME Prix du Gouverneur Général 1990, Nino Ricci est un écrivain canadien-anglais à découvrir.Il est à Montréal les 6 et 7 avril 1992.Les yeux bleus et le serpent 285p.Éditions Denoël 24,95$ LA RÉVOLUTION FRANÇAISE AU CANADA FRANÇAIS Deux loges montréalaises du Grand Orient de France Roger L« Moine \ Cet ouvrage retrace l’histoire de deux loges maçonniques montréalaises au tournant du siècle.Il contient également un lexique de la franc-maçonnerie, un dictionnaire des francs-maçons des deux loges montréalaises et le catalogue de la bibliothèque du «Cercle Alpha-Omega».Grâce à la participation d’une vingtaine de spécialistes, cet ouvrage a la constante préoccupation, en offrant une meilleure connaissance des effets de la Révolution au XVIIIe et XIXe siècles, de lancer une interrogation ouverte et multiforme sur notre société et son devenir.DEUX LOGES MONTRÉALAISES DU GRAND ORIENT DE FRANCE Collection Cahiers du CRCCF ROGER LE MOINE 190 p.(15 cm x 23 cm) ISBN : 2-7603-0307-1 LA RÉVOLUTION FRANÇAISE Collection ACTEXPRESS SOUS LA DIRECTION DE SYLVAIN SIMARD 442 p (15 cm x 23 cm) ISBN 2-7603-0351-9 LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ D’OTTAWA LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ D’OTTAWA Disponible en librairie ou chez : guëtun murin éditeur dlffimur iiilmir df< Prmu d> CI nl«*rMle d'illlau* l P Ufl, Huit IIIH'II I t.yl I \N\IM.J4R IM 14141 44* 1 .»*» I M H 1514.44«-l«*Mk Disponible en librairie ou chez : gaëtun murin éditeur dtfTuwar Mclatlf d*« Prt«f> df I t nltrrtil# d’Otlaoa ( P IM.BOt t MUmi l f .Ql 1 .1 AN ADA.J4B SK* IM.: tlldi 44» Ma» Tf l.f.t .: (514.44» IM* prises de position virulentes contre les sages-femmes, a été l’un des ceux qui appuya le plus vigoureusement le Dr Morgentaler, au grand dam de la très conservatrice profession médicale.U n livre pour se souvenir enfin que dans l’histoire de l’avortement au Québec, Henry Morgentaler fut vraiment le premier à prendre tous les risques, n’en déplaise à ses adversaires, à ceux qu’agace son côté « sauveur et fier de l’être », ou aux quelques féministes qui préfèrent l’oublier parce qu’il a le grand défaut de ne pas être une femme.tSION 6 • VERSION 6 • VERS RSION 6 » VERSION 6 • VERS HUGO C’EST LE MEC DE MON MAC RSION 6 • VERSION 6 • VERS HUGO PLUS le dictionnaire cl la grammaire V.».mo mo'll ~ LOGIDISQUE mnn.io Pour Macintosh Plus, SE, II Compatible Word 4 et MacWrite II 84,95$ Aussi disponible pour DOS et Windows «HUGO PLUS est le premier logiciel à faire une véritable correction orthographique du texte en tenant compte de la grammaire.HUGO PLUS est le meilleur des correcteurs orthographiques.» Science & Vie Micro «HUGO se distingue par une meilleure interface utilisateur, avec la possibilité d’apporter directement des modifications dans le texte.» Décision Micro «Molière lui-même en serait étonné!» Informatique & Bureautique LOGIOISQl K ('.P.10, suce.I) Montréal (JC H.’IK .111!) Tel.: (511) JM-2225 FAX: (511) î).'i;i-2182 D-4 H Le Devoir, samedi 4 avril 1992 FRANCINF OUFII.F.TTE Le secret est dans la sauce Odile Tremblay TR ANC, K ET MYSTÉRIEUX |H phénomène que celui du best * seller.Quand on y pense .Ici surtout, alors que la plupart des écrivains québécois dotés d’une voix personnelle parviennent de peine et de misère à vendre quelques maigrelettes centaines de livres, alors que (on le clame assez fort), nos compatriotes lisent peu et connaissent très mal leurs propres auteurs, certains noms, certains titres font sauter la banque des libraires.Francine Ouellette, en particulier.Le grand public s’arrache ses oeuvres, quand la critique, de son côté, l’accuse souvent de faire de la sous-littérature.Qui a raison ?Qui a tort ?En 84, son roman Au nom du père et du fils s’écoulait à rien de moins que 100 000 exemplaires.« J’ai été le premier livre de plusieurs lecteurs, confesse-t-elle.Certains se croyaient incapables de passer à travers un gros ouvrage comme le mien ».La gloire de Francine Ouellette, c’est d’être lue par ceux qui d’habitude ne lisent pas et qui forment le gros de la population québécoise.« Plus tu rentres dans un univers intimiste, moins tu rejoins de personnes », déclare-t-elle comme une évidence.À ses yeux, le roman populaire est l’équivalent de la chanson populaire.« Il y aura toujours moins de monde pour écouter du Vivaldi que du Roch Voisine ».Après son Au nom du père, suivi du Sorcier et du roman écologique Sire Gaby du lac qu’elle sortait en 89, la romancière vient de pondre une énorme brique de plus.J’ai nommé Les ailes du destin.« Je ne suis pas une grosse intellectuelle, prévient Francine Ouellette.Une intrigue simple, nas de mots compliqués, la source d’énergie de mes livres, c’est l’émotion.» Le secret du best seller serait, semble-t-il, dans la sauce émotive qui le baigne.Élitisme des « littéraires » qui voient dans son oeuvre un ronron facile (et cliché) ou bien vrai simplisme de son écriture ?Les avis diffèrent.Une chose est certaine : Francine Ouellette vit en marge du milieu littéraire.Elle habite les rives de la rivière la Lièvre à Lac-des-îles, près de Mont-Laurier, avec son mari pilote, sa fille.« J’ai tout mon temps pour me consacrer à l’écriture », explique-t-elle.Les ailes du destin racontent les mésaventures du héros Luc Maltais, d’abord bûcheron, puis pilote que des activités de contrebande conduisent dans une prison où sa vertu sera mise à dure épreuve.Nous sommes au début des années 60.«Je me documente beaucoup avant d’écrire, explique-t-elle.Pour Les ailes du destin, j’ai visité quatre pénitenciers, interrogé des détenus, des directeurs et des gardiens de prison.Au cours des années 60, les conditions de détention étaient très dures.On rasait la tête des prisonniers, on les mettait au trou pour presque rien.L’homosexualité était tabou, sévèrement réprimée.» Homophobe, ce roman Les Ailes du destin qui évoque « l’inavouable péché gluant contre son sexe » ?(sic) « J’ai voulu dé- crire l’homosexualité à travers les yeux d’un héros qui éprouve les préjugés de son époque et de son milieu », répond la romancière.Francine Ouellette est née à Montréal dans le quartier Ahuntsic, mais son père venait de Mont-Laurier, royaume de la foresterie.Elle passait tous ses étés là-bas, ce qui devait lui inspirer plus tard Au nom du père et du fils, roman historique sur la colonisation de la région.A douze ans, elle écrivait déjà toutes sortes de contes pour sa meilleure amie.« Et je me considère toujours comme une conteuse d’histoires ».Après avoir étudié les beaux-arts, à 20 ans, elle déménageait ses pénates à Mont-Laurier, enseignant au village les arts plastiques, puis Francine suivit un cours de pilotage et épousa son instructeur avant de le suivre à Schefferville.« C’est là que j’ai eu l’idée d’un roman sur l’aviation ».« La première version des Ailes du destin fut rédigée en 75.Mais aucun éditeur n’en voulait.« Toute la partie se déroulant en milieu carcéral était erronée de toute façon », estime-t-elle aujourd’hui.Le livre fut entièrement réécrit.Elle en compose d’ailleurs actuellement la suite.La carrière d’un best seller digne de ce nom culmine avec sa transposition au petit écran.Il suffit que les personnages se mettent à bouger pour que le roman connaisse un second souffle.Arlette Cousture en sait quelque chose avec ses Filles de Caleb.Au tour de Francine Ouellette.Télé Métropole racontera dès février 93 Au nom du père et du fils en PHOTO JACQUES GRENIER Francine Ouellette treize épisodes.Pour l’heure, les producteurs dirigent les auditions.Il y aura des Indiens, Gros Ours et Biche Pensive, le bon docteur Lafrenière et un mauvais curé qui abuse de son pouvoir.Bref les héros tout d’une pièce de Francine Ouellette à l’assaut de la télé.Honni soit qui mal y pense.Andrée MAILLET Achoses écrites Carnet 29 LÉO AVAIT DES YEUX BLEUS plus brillants que le ciel, des cheveux de foin mûr et la peau hâlée.Nous nous aimions.Nous nous embrassions avec tant d’élan et tant de joie que ceux qui nous regardaient, Mikael et Gretchen par exemple, ne pouvaient que s’attendrir.Il venait me voir.Je lui montrais mes livres.Il les lisait à voix haute, et comme je les connaissais par coeur, je les récitais pour qu’il pense que moi aussi je savais lire.Il était toujours propre dans ses vêtements de coton déteints et rapiécés.Quand l’heure de sa venue approchait, je prenais mon bain, puis je me couvrais de talc du cou jusqu'aux pieds.Je mettais une robe fraîche et mon collier de perles de bois, multicolores.Par la fenêtre je le voyais arriver, non par la route mais dans le jardin qui attenait au grand pâturage de son oncle.Il sautait le ruisseau, il levait les deux bras au-dessus de sa tête en riant et me faisait signe de descendre ce que moi j’avais sept ans.Cependant je me voyais plus grande à cause de mon amour.J’aimais Léo pour toute la vie.Il était chef d’une bande et j’étais à Léo.Il gagnait sa vie et la mienne.Il me faisait voir des choses, des gens, des pays que je ne pouvais imaginer.Il était très important.Les grandes personnes me confiaient à lui.Il acceptait des responsabilités.Il n’éprouvait pas la peur.Il n’avait peur de rien.Nous n’avions jamais de discussions.Il parlait.Il m’écoutait.Il me contemplait avec ravissement.Quand il repartait, c’est qu’il allait revenir le lendemain.L’avenir était immédiat.L’été durait le temps de Léo.À l’automne, son oncle le mit dans un grand collège d’où il est sorti plus tard pour devenir docteur ou bien curé.Je ne l'ai plus revu qu’en rêve.?.AINSI, je m’approche de la fin du second volume des Princes de Sang.Une lectrice demande si le roman est en librairie, à elle et aux lecteurs qu’elle représente, je réponds qu’il me faudra corriger le volume I dont la fin est tout à fait terminée, reprendre trois scènes de groupe, arranger ceci, cela, le dicter, le faire taper avant de le donner à mes éditeurs.Mais si je n’écris pas la suite tandis qu’elle me court dans la tête, je perdrai l’inspiration et ce qu’on perd, en art, ne reviendra jamais.Et ce cera une parcelle de donner.En s’exilant en Afrique afin d’y faire fortune, but avoué de ses pérégrinations, Arthur Rimbaud avait tué son double : Rimbaud le Poète, le Découvreur, l'Écrivain qui a fait exploser l’embâcle qui bloquait depuis Malherbe l’embranchement poétique du Fleuve Littéraire, en France.Un fleuve qui dévale les siècles en formant le plus gigantesque delta d’oeuvres écrites jamais créé sur terre depuis que la Nature — ou la Matière — a inventé l’homme (et ses dieux, et son Dieu).?(.) Et tandis que s'était élevée, couvrant la lune, une grande poudrerie d’argent dont je voyais danser la rage par la fenêtre engivrée que je n’avais pas obscurcie.(.) Où étais-tu hier ?— Dans le Nord.— Où, dans le Nord, ma Tendresse, O ! Vilaine Courailleuse ! Hein ?Vilaine, oh ! Vilaine ! Où ?Dis, où.— Non.Seulement cela : dans le Nord.— Avec qui ?— Avec Robbie, pour voir.Pour savoir.Et plaintive, j’ajoutai : Il le fallait bien ! Si j’avais été.Il fallait bien que ce soit plausible que ce soit lui ! — Tu as bien fait de penser à cela.Mais tu ne m’en as rien dit, rien du tout, rien.— Et jamais je n’aurais pensé que tu devinerais.J’ai bien vu des médecins, ça c’est quand même vrai.Il faut que je sois très prudente.— Le reverras-tu ?Dis-moi.Je veux savoir.Je veux.Dis-le, je veux ! — Non, pas comme ça.Regarde : la belle tempête de neige ! Il se souleva et me dit : — N’as-tu aussi l’impression ?.Il sauta hors du Ut, me porta devant la fenêtre ouverte d’un pouce.— Ressens-tu ce froid, ce coup d’air glacé sur nos corps ?Quand tu n’es pas là, je veux dire où je peux t’imaginer, où je pourrais te rejoindre, d’où je te ferais revenir sur un seul mot : viens ! .De la seconde où je prends conscience de notre séparation qui est totale si je ne sais où ni comment t’atteindre, j'entre dans un cauchemar blafard, ma pensée se congèle, je ne m’interroge même plus où est elle ?Non.Tu es sur l’autre rive de l’abîme, je suis au centre d’une mer abyssale, au milieu du Grand Rien, je vis puisque je sens le froid, le tourbillon du vent glacial qui me pénètre.Ce n’est pas une impression de solitude comme celle d’une agonie prochaine.Je ne recherche pas la Mort autant qu’éviter la douleur; d’un coup d’aile, je ne connais pas d’autre moyen, c’est en volant que j’ai trouvé une dimension nouvelle, la sensation d’apesanteur mentale, si tu veux, où tout ce qui m’étreignait mortellement : l’absence brutale de maman, un abandon, un arrachement.et.toutes les hideurs qui m’ont ensaisi entrant par cette brèche sanglante, tout le mal est tombé de moi la première fois que j’ai pris seul charge de cet oiseau, un oiseau dont j’étais le coeur, et qui faisait de moi un être humain d’une espèce différente : l’homme-oiseau que l’Homme a toujours rêvé d’être.Devenant un autre, le passé, mon passé de souffrances s’écaillait, tombait de moi, il me poussait des plumes, je vivais l’une des grandes métamorphoses de la vie animale.Ainsi, lorsque je te perds, que je crois t’avoir perdue — ou que je sens que je te perdrai inéluctablement et à brève échéance, je n'ai qu’une impulsion : celle de retrouver mon autre dimension, de recouvrer l’existence loin de l’intolérable je faisais, vite, vite.Il venait après l’heure des vaches.Il me racontait sa journée.Parfois, rarement, on me permettait d’aller avec lui au village.Alors, il ne lâchait j pas ma main de toute la promenade.C’était un grand garçon de 10 ans et mon livre qui se sera évaporée, c est-à-dire de ma vie.A l’instar des autres créateurs, j’ai la faiblesse de tenir à mon oeuvre, c’est-à-dire à la vie.Ce sentiment me convainc d’une chose : lorsqu’un artiste se suicide c’est qu’il lui semble qu’il n’ait plus rien à LIBERTÉ 199 Chanter dans les ruines les littératures de l’Arménie Je désire m'abonner (6 livraisons annuelles, 30 S) Nom.Adresse.Ville.Code.Province.LIBERTE C.P.444 Outremont H2V 4R6 Tél.: 274-5468 Université de Montréal Un cours qui s’emporte en vacances Cours autodidactique de français écrit otjf Pour améliorer votre français écrit, un cours comprenant exercices, questions, réponses et explications suffisantes pour travailler seul.même en vacances Ouvert à tous Date limite d'inscription : le 30 avril 1992 Frais d’inscription : 58.50 S Renseignements : (514) 343-7393 Veuillez m'envoyer votre dépliant Nom /prénom Adresse Ville Code postal Retourner ce coupon a CAFÉ Faculté des arts et des sciences Université de Montréal C P 6128, succursale A Montréal (Québec), H3C 3J7 El Université de Montréal Faculté des arts et des sciences até WFacU" CTO Si l’on veut accélérer sa scolarité élargir ses connaissances apprendre une langue Cours intensifs Printemps-été 1992 la ail Demandez le répertoire des cours Renseignements 343-6521 condition humaine, celle des départs, des déchirements, des manques, de la privation de ce qui est vital — de retrouver mon avion, l’Air, mon second, mon meilleur élément, un nouveau monde où, lorsque je suis très haut, très seul, inaccessible, suprêmement conscient, physiquement heureux, serein parce que sans peur, il semble que le seuil de la mort soit facile à franchir et sans angoisse, que ce n’est rien du tout qu’une douce entrée en Néant, notre sort à tous.( Les Princes de Sang II, en préparation 1992) ?.ALORS, je disais que ceux de mes compatriotes qui se sont révoltés, entre 13 et 18 ans, contre la lourde main de l’Église, adipeuse et souvent fétide, sont parvenus à l’âge adulte, physiquement et + Kalpern alcôves, fait sortir les rats des égouts et mis le débat sur la place publique.Avant lui, tout le monde savait ce qui se passait dans les fonds de ruelles avec les charlatans et les charcutiers, mais personne n’en parlait.» Le plus paradoxal de cette formidable bataille c’est qu’elle ait eu lieu au Québec, dans une province plus catholique que le pape et plutôt fermée aux étrangers.De fait, l’exemple de Morgentaler au Québec vient détruire les thèses d’anti-sémitisme avancées par un certain Mordecai Richler.« Le miracle de l’affaire, c’est qu’une société que tout poussait à rejeter un homme comme Morgentaler, l’ait formidablement accueilli et écouté », affirme la journaliste, prompte à ajouter qu’à l’égard de Morgentaler, le Canada anglais fut bigrement plus anti-sémite que le Québec.psychiquement.En revanche, ceux qui, à 35 ans passé, ont attendu la réforme de l’éducation et la laïcisation pour redécouvrir que l’Église n’avait pas fait que du bien, se retrouvent à 50,60 ans avec une agressivité, pré-adolescente parfois, à l’égard du clergé, des dogmes, du catholicisme, du Passé en général.Une rancoeur qui ne s’apaise pas et ronge notre entité comme peuple, et fragmente notre identité, et perpétue sans raison autre qu’un soulagement égoïste un état d’esprit de colonisés qui n’a plus sa raison d’être.Ils ont tous besoin du confessionnal (d’une aide psychologique, je veux dire).Par charité, comme écrit quelque part Jean Larose, je tairai leurs noms (dont celui de Jean Larose qui s’en prend au Prêtre.Ça m’a étonné; je le croyais encore tout jeune).M D’esprit plus latin qu’anglo-saxon, Morgentaler s’installa à Montréal en 1950 après des études en Allemagne et en Belgique.En 1955, il ouvrit sa première clinique médicale dans l’Est de la ville mais ce n’est que pendant la révolution tranquille, qu’il pratiqua son premier avortement.« L’histoire de Morgentaler conclut Halpern, c’est la rencontre d’un homme et d’une société.Morgentaler a profité de l’air du temps et du mouvement des femmes au Québec.C’est tout un contexte social qui lui a permis de mener sa lutte aussi brillamment.Evidemment dix ans plus tard, au coeur de l’ère Reagan, tout était à recommencer au Canada anglais ».Ce que Sylvie Halpern retient le plus de ce petit homme à l’énergie diabolique, c’est son entêtement, la foi qu’il a mis dans ses luttes, mais surtout le fait qu’il n’est pas revenu sur ses positions et qu’il n’a jamais, jamais, douté.+ Colomb bal » qui découvre à tour de rôle la Chine des Ming, les Moghol en Inde, la contestation du pouvoir en place au Japon par les « ikkis», littéralement « le monde à l’envers» etc Mais Colomb mis à la périphérie ne peut nous faire oublier que toutes ces parties du monde existent un peu grâce à lui.1,’autre stratégie, celle du « déplacement temporel », est de loin la plus « populaire ».Elle propose une évasion de la «prison» de 1492, soit en déniant à cette dernière sa fonction de charnière entre l’Ancien et Nouveau soit en remontant aux conséquences très lointaines de la « découverte» de Colomb.Ainsi fait Thomas Gomez dans L'invention de l’Amérique.D’une conception historique traditionnelle, ce livre expose pour la nième fois de quelle façon les découvertes de l’Amérique débouchent inéluctablement sur sa conquête.1492 un nouveau monde ’! de Bartolomé et Lucile Bennassar, le titre l’indique, conteste 1492 comme date d’une quelconque rupture.Cette dernière n’intervient selon les auteurs qu’en 1520 avec la conquista, la Réforme.Livre intelligent qui montre comment progressivement le concept de l’« Amérique » a_ émergé en Europe jusqu’à son baptême en 1507.Hélas, pour mieux démontrer ce qui se passe en dehors de l’Espagne, notamment dans les cours italiennes de Milan, de Florence, d’Urbin, l’étude se décentre, perd la belle unité du début.La fortune du nom « America » qui contient l’original et la traduction de la Cosmographiae introductio, une « image du monde » selon Ptolémée, suivi des lettres d’Amerigo Vespucci, déplace cette fois l’accent temporel de 1492 en 1507.Il raconte l’histoire toute romanesque du nom d’« Amérique ».Une fois que l’« effet Co lomb » après la publication de sa lettre à Santangel en 1493 est tombé, l’« Amérique », floue, innommée, disparaît de l’horizon public.Dix ans après, elle revient sur la carte grâce à une première lettre d’Amerigo Vespucci à Pier Franco di Medici publiée sous le titre de Mun-dus novus.Un « monde nouveau », le mot est lâché pour la première fois.Succès fulgurant dont témoignent ses 14 éditions et ses nombreuses traductions en langue vernaculaire.17 Europe découvre dans cette lettre un monde étrange où l’innocence édénique (nudité des femmes) et la luxure, rationalité et merveilleux se côtoient.À la demande du duc de Lorraine René II, une lettre parvient à l’école de Saint-Dié.Ce centre renaissant très actif est en train de publier une cosmographie illustrée par une carte du cosmographe Waldseemüller.C’est là, en 1507 qu’émerge pour la première fois l’« Amérique » comme continent distinct.C’est là surtout qu’elle est baptisée d’après Amerigo Vespucci et féminisée pour l’har-moniser avec les autres continents, tous au féminin.Comme le note I Waldseemüller, « je ne vois pas pourquoi qu’on s’opposerait à ce que cette terre soit appelée à partir du nom de celui qui l’a découverte, Amerigo, homme à l’intelligence pénétrante ».Colomb n’est même pas nommé, preuve qu’en 1507 il demeure un illustre inconnu même chez les spécialistes.Mais reconnaissons qu’en toute justice, Vespucci a nécessairement sa part dans la « découverte de Î*A-mérique ».Car Colomb a connu l’Amérique sans l’avoir reconnue.Une chose existe-t-elle vraiment avant d’être identifiée, nommée ?Vespucci, qui contribua à nommer le continent d’Amérique, n’a-t-il pas mérité par là même qu’on nomme ce continent d’après lui ?Le débat qui devait diviser historiens et géographes du passé se perpétuera au-delà de la « fin de l’histoire ». Le Devoir, samedi 4 avril 1992 B D-5 leplaisirdes -v* M ¦ • I » • •‘•J* De zéro 1 15 A a I age de pierre iifean-Pierre |SSENHUTH ffA Poésies - SfolX ABANDONNÉES >#• i» \>ntATALIS 'VQiristian Mistral 1:1992 Ijtians La preuve par le vide (José «ÇJorti, 1992), Pierre Chappuis fait ses Ijpiliëüx momentanés à l’état de ~conscience poétique.« Déjà, dit-il, ,;J>rûle en moi une douleur secrète, ;(l|ayoir à ne pas perdre ce qui m’est /jtoriné (voilà qui est chose faite), ;£aypir, pour rétablir la ^pompiunication, à lancer l’arche d’un jîppème.Ciel maussade, peut-être, * pans moins d’une heure ».Quand ils ; $&nt en lévitation magnétique, les ' Supraconducteurs éprouvent-ils, eux ielufsi, la douleur secrète de devoir ' Quitter leur état ?Et quelle est leur Marche à eux, leur « congé au vent », *¦ comme dit René Char ?La poésie serait-elle, en mots, une arche double, celle de Noé et celle de l’Alliance ?Il m’arrive de passer de • la physique à la poésie sans trop m’en apercevoir.Car elles ont en commun l’étrangeté et le charme, et quelquefois un peu plus.Je le constate encore en lisant, dans Voix abandonnées d’Antonio Porchia : « Il n’y a rien où je ne veux rien, et seulement là où je ne veux rien ».« Mon côté le plus obscur est celui qui’s’éclaire le plus, pour s’obscurcir davantage ».« Au cours de mon voyage par cette forêt de nombres qu’on appelle monde, j’ai pour guide un zéro, en guise de lanterne ».Antonio Porchia a écrit Voix : Voix chez G.L.M., en 1949, introduction et traduction de Roger Caillois, réédition aux éditions Sables, 1989; Voix chez Fayard, en 1978, traduit de l’espagnol par Roger Munier, préface de Jorge Luis Borges, postface de Roberto Juarroz; Voix inédites, chez Unes, en 1986, présentation et traduction de •Roger Munier; Voix, aux éditions Artcodis, en 1991, choix de textes; et n’iaintenant, Voix abandonnées, édition établie et préfacée par Laura Cerrato, traduction de Fernand : Verhesen.En espagnol et en français, 500 phrases tâtonnantes, que l’auteur avait gardées pour lui.Un de mes amis déteste l’effet-massue des aphorismes.Apprécierait-il Voix abandonnées ?Je réponds oui quand je devine, dans les’ « voix », un soupçon d’autodérision : « Lorsque mes yeux s’ouvrent immensément, je ne sais : où ils regardent ».« Ce que je vois, je dis que c’est ce que je vois, sachant que je mens ».« L’homme tourne, tourne, jusqu’à s’arrêter à un endroit où il n’attend rien et.il attend ».«•Quand tout, autour de moi, est une •marée qui monte comme une menace, moi, comme une menace, je ¦descends ».• Quitter Voix abandonnées pour Fatalis, poème de 250 vers de : Christian Mistral, c’est tomber d’une passerelle incertaine dans un camion de pompiers.On peut tout dire de ce camion, sauf qu’il passe inaperçu.On peul dire bouffissure, esbroufe, bande dessinée, frénétisme à la .manière des Roueries de Trialphde Charles Lassailly, bien oublie -aujourd’hui.On peut dire aussi énergie débridée : le camion roule à , tombeau ouvert.Il sème en chemin un chaos de tubes, de plaques et , d’enjoliveurs chromés.Il ne va combattre aucun feu : c’est lui qui •est en feu.- Ainsi Max Cockrell s’en va-t-il , chez sa blonde, la nuit.Sa silhouette, Pierre et brume amalgamées/Se J\eurte au détour d'angles brusques / A d’étranges cubes de ténèbres (.) ¦Çoçkrelln’a jamais su prier / Vers i quel extrême orienter / Son visage / Se,coucher dans le lit du cirrus souterrain / Globuleux nuage de glaise morte / Quand il pleut à .l'envers (.) Les échos du naufrage i /.Les nefs l'incantation / Les mots pour obtenir / Les déluges les galeries / Les fenêtres suintantes / .Plus a vant dans l'ombre le mènent.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 C’est La marche de nuit, qui me paraît réussie par moments : sens du rythme, création d’atmosphère, imagination verbale maîtrisée.Les choses se détériorent à l’approche d’une scène d’accouplement sauvage, digne de La guerre du feu, suivie de pulsions meurtrières à l’avenant.À partir de ce moment, Mistral veut-il illustrer une régression masculine vers l’âge de pierre ?Dans A winter’s tale, Dylan Thomas a abordé le même sujet, mais en évitant le chromo hystérique dans lequel Fa tabs tombe à pieds joints.Tout l’ouvrage serait peut-être sauvé si on pouvait le déclarer satirique ou parodique, mais comment le faire avec conviction ?Même si le poème crie Parodie ! Parodie !, la distanciation n’y est pas nette.Elle l’est encore moins dans la préface de Louis Hamelin qui semble croire, si je ne m’abuse, qu’il suffit de boire comme un trou pour être Malcolm Lowry.J’ai pourtant déjà lu, dans Estuaire, des poèmes de Mistral qui ne dégénéraient pas.Si mon souvenir est juste, leur façon directe d’en venir au fait et d’y rester tranchait sur un pénible environnement psychologisant.Je suppose que ces poèmes étaient postérieurs à Fatalis.N’est-il pas un peu tôt, à 27 ans, pour spéculer sur un fond de tiroir constitué à 23 ans ?Et si l’auteur n’était pas encore assez détaché de son bébé pour en prendre la mesure, l’éditeur n’aurait-il pas dû le mesurer pour lui ?Voir Tanger et mourir Lisette ÆORIN ?Le feuilleton L’ANGE AVEUGLE Tahar Ben Jelloun Paris, 1992, Le Seuil, 202 pages.BIEN qu’ayant « circulé plus de deux mois et demi dans le Sud si contrasté et attachant » de l’Italie, et parcouru, avec son ami et traducteur Egi Volterrani, 4000 km en voiture, Tahar Ben Jelloun est toujours, et profondément, un Africain du Nord.Dans la douzaine de fictions — qui ne sont pas à proprement parler des nouvelles, plutôt des récits établis sur « une base de vérité », ce sont les Siciliens et les Napolitains, ceux de la mafia ou, comme on l’appelle dans région napolitaine et en Calabre, la camorra, qui tiennent la vedette.Des histoires, précise l’auteur, qui sont « nourries par le quotidien, avec ce qu’il comporte de folie, de joie, de drame et de bonheur ».Pourquoi ce titre L’ange aveugle ?Parce que dans le pays de mort violente où nous conduit Ben Jelloun, des enfants sont armés.Ils tuent quelquefois mais sont aussi tués à leur tour.Et, qu’au Ciel, peu d’anges acceptent de protéger ces enfants de si mauvaise réputation.Et que seul un ange aveugle, imaginé par le romancier José Cardoso Pires, accepte et acceptera de se porter volontaire pour « l’accueil et la rédemption de ces enfants perdus ».Au fait, il n’y a guère d’enfants assassins dans ce recueil.Tout au plus quelques garçons, nourris « dans le sérail », fils de père ou oncle du clan des mafieux.On apprend beaucoup plus de choses sur les victimes adultes, sur les juges autant que sur les assassins.Et, sans peut-être que l’auteur en ait vraiment conscience, ces Siciliens et ces Napolitains, ces belles femmes pulpeuses du Sud, ont beaucoup de liens de parenté avec les héros et héroïnes des romans précédents de l’auteur.Les lecteurs de ces très beaux contes — très apparentés aux « mille et une nuits » — qui s’appelèrent L'enfant de sable, La nuit sacrée, et plus encore Jour de silence à Tanger, hommage émouvant au père, reconnaîtront dans plusieurs des personnages de L’ange aveugle, ces palabreurs des places publiques, cousins des Siciliens et des Napolitains.L’un des récits est d’ailleurs intitulé Nuit africaine où l’on fait connaissance avec Antonio, un retraité de la petite commune de Villa Literno où, dans les parcs, « de vieilles personnes sont assises, attendant plutôt quelque chose que quelqu'un ».Entre l’ennui et l’insomnie, cet Antonio fait un voeu, toujours le même : avoir 1(M) ans à Tanger.« Pourquoi Tanger ?Parce qu’il pense que c’est une légende, pas tout à fait une ville.Il en a souvent entendu parler.Il l’imagine comme une superbe mariée, toute de lumière, de perles, de diamants et de magie.Il se dit que Tanger doit ressembler à Naples, moins grande, moins sale, moins folle, mais avec autant de mystère.Avoir 100 ans à Naples, ce serait pas mal, mais les avoir à Tanger, ce serait quand même plus beau ».Si ce récit me semble plus attachant que tous les autres, c’est qu’il permet de mesurer, dans une ville si petite, l’ébranlement que suscite l’arrivée, en une seule nuit, de milliers d’Africains venus « récolter » les tomates des agriculteurs du lieu.L’abandon d’un bébé métis, sous des cageots de laitue, enfant immédiatement adopté, apporte une note d’émotion et même de tendresse à tant d’implacables règlements de comptes entre gens d’une même race qui semblent abandonnés par l’État et par la Justice des hommes.Dans Pietro le fou, Pietro le sage, on rencontre un vrai palabreur, qui harangue les gens dans les foires ou les meetings politiques.Il est né bègue, mais, si personne ne l’interrompt il peut parler fort bien et longtemps.Il dira, par exemple, qu’il est né en face de la maison de Don Stuzzo, « l’homme de Dieu qui a cru que la démocratie pourrait être chrétienne ou, si vous voulez, qui a pensé que les chrétiens pouvaient etre des démocrates ».11 ajoute aussi : « Je n’ai rien contre, pourvu qu’ils soient sincères et humains.Or, mes amis, la politique c’est l’art de paraître sincère tout en étant inhumain, ou le contraire».C’est ce même Pietro qui s’exilera à Marrakech où, « sur une grande place publique, des conteurs, sages ou fous, naïfs ou malins, racontent des histoires pour faire passer le temps aux gens qui s’ennuient ».'Pout n’est pas si tranquille ni si anodin dans L’ange aveugle.Le sang coule à flots, dans au moins cinq de ces récits, et les meurtres y sont rarement punis.Éloquente, à ce propos, le cas de la Veuve courage qui porte sur son visage « toute une vie dévastée».Qui réclame patiemment, et longtemps, justice, pour un affront perpétré en plein jour, le meurtre de son mari Giacomo.Dans une espèce de conclusion, à tant de haine cuite, et recuite, on lira La relève où, revenu au pays après des années d’exil en Amérique, le vieux Ricardo, devenu lecteur, en prison, d'Ainsi parlait Zarathoustra, écrit une longue lettre à son neveu Salvatore, sorte de testament où il lui rappelle que dans ce pays « le destin est tracé d’avance.(.) Ici sache que tout baigne dans le trafic, même l’air que tu respires; il est contaminé, pollué par les odeurs nauséabondes de ce destin».Lui cédant tous ses biens, le vieil homme conseille au jeune de quitter « Trapani, la Sicile et même l’Italie » Pour où ?— et c’est l’auteur lui même ici, qui a quitté l’Afrique pour Paris qui montre le bout de l’oreille — pour la France : « Tu y feras des études, tu vivras là où la culture a encore quelque chance d’être considérée ».Il est assez troublant de lire Tahar Ben Jelloun, émigré, au moment où le débat est devenu permanent, dans la France éclatée, politiquement, où les lépénistes gagnent du terrain de façon inquiétante.L’Italie de la camorra a sans doute permis à un fort bon romancier « de faire de la fiction avec les matériaux de la réalité et de reconnaître à la littérature sa -fonction primordiale, celle de cambrioler le réel apparent ».Mais tout n’est pas que littérature, hélas ! dans cette Europe que chérit Tahar Ben Jelloun mais qui n’a rien du paradis des beaux contes, des belles histoires d’un Africain à la langue fleurie.F Bravo ! U rancine Ouellette a cédé à la tentation d’écrire en 1975.S’il lui a fallu attendre neuf ans, soit jusqu’en 1984, pour que soit publié son premier roman, Au nom du père et du fils, celui-ci allait lui apporter une gratification aussi inattendue que merveilleuse: non seulement connut-il le succès mais les lecteurs le consacrèrent bientôt best-seller! Depuis, Francine Ouellette n’a pas cessé d’écrire.En 1985 paraissait Le Sorcier, qui est la suite d'Au nom du père et du fils, et en 1989 Sire Gaby du lac.Les Ailes du destin est le titre de son tout nouveau roman, son quatrième! es Ailes du destin portent une grande histoire, aussi exaltante /et simple que celle qui anime toutes nos vies: se choisir un destin et s’entêter à le forger à coups de rêves et d’expériences, à coups de bonheurs et de recommencements.Pour nous faire vivre cette aventure qui est celle de la liberté, Francine Ouellette nous permet d’accompagner deux personnages qui sont aussi différents l’un de l’autre que le sont les univers qu’elle nous fait découvrir.Luc, jeune élève pilote d’avion, qui, pour réaliser ses rêves, défie le «petit pain» qu'on lui avait prédit devoir être son lot, et Emile, son mentor, l'homme secret au visage moitié ange, moitié démon, grâce à qui la romancière a littéralement ensorcelé chacune des pages de son roman.Publier le quatrième roman de Francine Ouellette est un véritable plaisir.C’en fut d’abord un que de le voir naître et grandir dans l’imagination de cette romancière dont la discipline a la ferveur du bonheur.El puis, un quatrième roman de Francine Ouellette, cela confirme la vitalité des tisserands de la fiction de chez nous.Francine Ouellette appartient en effet à une génération d’écrivains qui a donné un nouvel élan à notre fiction.Au cours de la dernière décennie, des succès de librairie nombreux et remarqués ont repoussé les limites à 'intérieur desquelles les romans d'ici se trouvaient, ou se croyaient, traditionnellement confinés.T: IJ oin de tous se ressembler, ces écrivains apportent des couleurs différentes au tableau de notre imaginaire et.heureusement pour les lecteurs, les genres et les styles qu'ils empruntent sont aussi variés que le sont nos appétits et nos attentes.«al L'édition d’ici a fait de grands pas en quinze ans.Elle a vu s'élargir sa clientèle lectrice qui affirme de façon éloquente sa confiance en ceux et celles qui se commettent pour elle.Aujourd’hui, l’édition peut aussi compter sur des partenaires dynamiques qui forment le vaste réseau par lequel le manuscrit devenu livre se rend jusqu’aux lecteurs.Cette percée de l’édition fut possible grâce à toute cette génération d’écrivains qui ont renouvelé notre rapport avec la fiction par leur originalité et leur authenticité.Francine Ouellette est de ceux-là : son bonheur d’écrire alimente notre bonheur de lire et.à l'instar de ses pairs, elle a donné envie à plusieurs autres écrivains de faire de même.i le chemin à parcourir est bien sûr toujours plus long et ardu que celui qu’on laisse derrière soi.il n'est pas défendu parfois d’arrêter sa course pour dire : bravo! Je profite de la parution des Ailes du destin pour dire à Francine Ouellette: bravo! (’.v Ailes du destin racontent l'histoire d'une quête de liberté et en la lisant on se dit qu'elle ne pourrait rester sans suite !.Carole Levert Editrice CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIMÉ D-6 ¦ Le Devoir, samedi 4 avril 1992 J[ «gi • le plaisir des ivres De l’autre côté de l’Histoire LA FIN DE L’HISTOIRE ET LE DERNIER HOMME Francis Fukuyama Éditions Flammarion, 1992, 450 pages.Jocelyn Coulon QUELQUES mois avant la chute du mur de Berlin, un obscur fonctionnaire du département d’État, Francis Fukuyama, publiait un brillant article intitulé La fin de l’Histoire.L’auteur démontrait que la mort du communisme et la victoire de la démocratie libérale marquaient la fin de l’Histoire, c’est-à-dire la fin des hostilités idéologiques pour le contrôle de l'âme humaine.Il n’en fallait pas plus pour provoquer un joli tremblement de terre.Si Fukuyama trouva quelques partisans enthousiastes, il suscita aussi une avalanche de sarcasmes et de moqueries.La plupart de ceux qui le critiquèrent ne l’avait même pas lu.Ridiculiser la thèse de la fin de l’Histoire était devenu le sport favori de journalistes, intellectuels et politiciens à l'horaire chargé et à la parole verbeuse et facile.« Mais l’histoire poursuit sa course tous les jours », disaient-ils d’un air exaspéré.Fukuyama n’écrivait pas le contraire.Il faisait simplement la différence entre les événements qui arrivent et l’Histoire.Devant la polémique internationale que souleva son article, Fu- Francis Fukuyama LA FIN DE L’HISTOIRE ET LE DERNIER HOMME Flammarion kuyama décida d’en faire un livre qui vient de paraître simultanément en 12 langues.La Fin de l'Histoire et le dernier Homme est un bouquin remarquable et original où l’auteur défend courageusement sa thèse sur le triomphe de la démocratie libérale.Bien sûr, l’auteur n’a pas que des certitudes et sa conclusion tempère son analyse.Mais la thèse est brillante et voici pourquoi.La démocratie libérale est l’aboutissement d’un long processus historique qui a vu l’effondrement des régimes aussi divers que la monarchie, le fascisme et plus récemment le communisme.La chute de ces idéologies rivales fut le résultat de leurs contradictions profondes qui écar- NOUVEAUTÉS Ütiys théolcNÎioues a PRETRES ET EVÉQUES an:,'.s:! PRÊTRES ET ÉVÊQUES Le service de la présidence ecclésiale Rémi Parent * 320 pages * 26,95$ La montée des nouveaux ministères dans l’Église a rendu moins évidente la spécificité du Ministère ordonné — celui des prêtres et évêques — provoquant ainsi une crise d’identité profonde.Se basant sur les justifications théologiques au nom desquelles on ordonnait, Rémi Parent renouvelle ici les notions de service, d’unité et de communauté comme catégories essentielles de la présidence ecclésiale.LA RÉINCARNATION Théorie, science ou croyance?André Couture * 376 pages * 34,95$ Quarante-cinq volumes de toutes tendances publiés en français sur le thème de la réincarnation sont analysés par un historien des religions avec une grande honnêteté intellectuelle et un fort souci d’objectivité.L’analyse de la littérature rèincamationniste est précédée de deux articles — signés par des spécialistes — qui situent des arguments fréquemment invoqués en faveur de la réincarnation: la prétendue croyance en la réincarnation des Essé-niens de Qumrân et de l’Église primitive.LA REINCARNATION théorie, science ou croyance?i omii1 COMME LE PAIN ROMPU Pierre van Breemen * 208 pages * 9,95$ Au fil de commentaires accessibles à tous, l’auteur invite à accueillir sereinement Dieu dans le concret de la vie.À la façon du pain rompu et partagé, de courts chapitres méditatifs nourrissent de façon simple et familière le courage de la fol.Sans lien apparent ces textes s’inspirent autant de pages bibliques que d’expériences humaines et suggèrent avec beaucoup de justesse tout ce que la fréquentation de la vie de Jésus peut apporter de densité spirituelle et de facilité d’accueil.HISTOIRE DES CHRÉTIENS Claude Prudhomme * 168 pages * 12,95$ Cet ouvrage sélectionne vingt événements-clés des deux mille ans de christianisme et les présente dans leur contexte.Dates, chronologies, et cartes illustrent chaque chapitre.Il ne s’agit pas d’un abrégé de l’histoire de l’Église mais d’un livre fournissant des repères pour en comprendre la longue et complexe évolution.LARCOUKS Lbibkatvyd* C.rmdun dbfcimM HISTOIRE DES CHRÉTIENS DU CRÉPUSCULE À L’AUBE Chemin de croix Claude Sumner * 40 pages * 3$ L’itinéraire que nous offre ce nouveau chemin de croix est celui même de la vie chrétienne, de toute vie humaine.C’est à notre univers de labeur, de peur et de souffrance que le Christ ouvre le chemin de sa croix lumineuse.DANS LE SILENCE DU COEUR Mère Teresa de Calcutta et ses coopérateurs 100 pages * 13,95$ Ces méditations de Mère Teresa ont été écrites pour ses coopérateurs, soeurs et frères des missionnaires de la Charité.Ceux-ci les ont prolongées par quelques réflexions ou quelques prières.DANS LE SILENCE I XJ CŒUR W VÂt En vente chez votre libraire ÉDITIONS PAULINES 3965, boul.Henri-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 Tél.: (514) 322-7341 Télécopieur (514) 322-4281 taient toute idée de liberté et d’égalité pour la majorité des hommes.Ces idées, selon Fukuyama, ont vraiment commencé à s’imposer avec la Révolution française et la conquête de l’Europe par Napoléon.Devant les victoires de l’empereur français, le philosophe allemand Hegel déclara, après la bataille d’Iéna en 1806, « que l’Histoire était terminé dans le sens que les principes de liberté et d’égalité qui sous-tendent l’État libéral moderne avaient été découverts et réalisés dans les pays les plus avancés, et qu’il n’y avait pas de principes ou de formes d’organisation sociale et politique alternatifs qui fussent supérieurs à ceux du libéralisme ».Il n’y avait plus de grandes contradictions qui menaçaient d'éclipser cette idéologie comme par le passé.Les principes de l’État libéral ont essaimé à travers le monde et malgré les retours en arrière qu’ont représenté le fascisme et le communisme, la marche de la démocratie libérale s’est poursuivie.Fille tire son succès auprès des hommes de deux besoins qu’elle satisfait : le désir rationnel de s’enrichir par les lois du marché et le désir, bien plus important encore, d’être respecté et reconnu par les siens.Fin fait, pense Fukuyama, empruntant largement à Platon et Hegel, le désir de reconnaissance est le moteur de l’Histoire bien plus que la lutte des classes ou l’acquisition de richesses.Il y a des dictatures qui sont prospères mais dont les citoyens n’ont pas droit au chapitre.Filles aussi, sans être fasciste ou communiste, se sont pour la plupart effondrées.Cette quête millénaire pour la dignité et la reconnaissance est donc satisfaite par la démocratie libérale.Mais il y a un revers à cette médaille.Si les hommes ont enfin trouvé le régime qui assure une certaine égalité, ils risquent de s’engourdir et de vivre dans un monde ou l’inhibition des passions les fera crever d’ennui.Fukuyama sait très bien que la vision nietzschéenne de l’homme dominateur, qui veut être reconnu comme supérieur et non égal, hante les consciences.« La démocratie libérale satisfait-elle le désir de reconnaissance de manière adéquate ou bien ce désir est-il appelé a rester radicalement insatisfait, donc capable de se manifester sous une forme entièrement différente ?N’y a-t-il pas une part de la personne humaine qui recherche délibérément la lutte, le danger, le risque et l’audace, et cette partie ne reste-t-elle pas insatisfaite par le mot d’ordre paix et prospérité de la démocratie libérale ?», écrit l’auteur.Il y a donc danger que l’homme replonge dans l’Histoire avec toutes ses guerres, ses injustices et ses révolutions.Fin laissant la question ouverte, l’auteur nous invite à réfléchir sur la destinée humaine et sur nos pratiques démocratiques.Les grandes guerres, militaires et idéologiques, sont peut être terminées mais la tension entre liberté et égalité reste au coeur de nos actions.Échos de la Chambre haute CHÈRE SÉNATEUR Solange Chaput-Rolland et Brenda Robertson (lettres).Ed.Libre Expression, 1992, 136 p.Clément Trudel DEUX FEMMFIS-SÉNATEURS peu enclines à l’affrontement partisan et à la « guérilla verbale » s’écrivent, avant et après l’échec de l’entente du lac Meech.L’une, Brenda Robertson, demeurée politicienne, a servi longtemps dans le cabinet de Richard Hatfield et s’attarde ici à décrire la frustration des régions face au Québec et à l’Ontario.L’autre se dit attachée à son rôle de commentatrice, mais n’hésite pas à blâmer une presse qui choisit de retenir les aspects loufoques du Sénat plutôt que les bonnes interventions de ses membres.Bien peu de sénateurs, reconnaît Mme Chaput-Rolland, se livrent au travail de réflexion sereine qui devrait être le leur.La sénateur de Mille-Isles est « plus heureuse devant une page vide à noircir que devant une Chambre pleine, mais vide de pensées» (p.31).Ces 31 lettres abordent l’éphémère actualité politique, mais aussi des sujets plus généraux comme la nécessité de s’ouvrir jeune à d’autres cultures et de bien respecter les traditions (parlementaires) « sans s’en servir pour paralyser le progrès » -flèche en direction de sénateurs libéraux qui ont fait de l’obstruction.Elles laissent pointer ici et là des bribes d’exaspération devant un univers encore macho, surtout de la part d’une passionnée comme Solange Chaput-Rolland.Le livre ne communique pas cette passion, toutefois; l’amitié qui se développe entre deux sénateurs est une bien mince plateforme pour'prétendre plaider en faveur d’un sénat renouvelé.Mme Robertson insiste sur les bons côtés des « voyages indispensables à notre compréhension du monde », même si l’opinion canadienne retient surtout les excès de quelques membres du Sénat à ce chapitre.Fille espère voir sanctionner les sénateurs absentéistes de même et ceux qui « abusent de leurs privilèges».À ses yeux, la répartition des pouvoirs est importante entre « provinces égales ».Le Sénat doit conquérir une « légitimité », même si le premier ministre s’est à quelques reprises prononcé en faveur de son abolition.Un sénat élu, ou non-élu, devrait se borner à recommander des améliorations aux Communes, non pas bloquer des projets de loi.Solange Chaput-Rolland a souvent étalé ses états d’âme sur la place publique lors des crises qu’a traversées Solange CHAPUT-ROLLAND F Brenda tOBERTSOr iy mJm le Canada.Elle n’y manque pas dans cette correspondance qui la trouve, par moments, dans le noir total face a l’incompréhension manifestée à l’égard des demandes minimales du Québec.CBC l’invita, en mai 1990, à son « Cross Country Check Up » ; elle laissa éclater - après 40 appels de citoyens polis mais tous opposés à Meech - sa déception profonde: « la réforme du sénat.un prétexte pour dire non au Québec».Les deux femmes entendent conserver une attitude d’idéalistes dans un contexte partisan qui les gênent.Elles décrivent la solennité des semaines pré 23 juin 1990 où l’on planta une épitaphe sur Meech, tentant malgré tout de demeurer optimistes.Leurs relations épistolaires sont celles d’amies issues des « deux Canadas », elles témoignent de déchirures que Mme Robertson tente de conjurer en évoquant la « mauvaise pièce de théâtre » qui se joue devant elle.Que n’écoute-t-on pas plus souvent les économistes comme Robert Mancell venus démontrer que le Québec ne recevait pas plus que les autres provinces ! La Québécoise Chaput-Rolland entend continuer à « jeter des ponts de fraternité.du moins entre citoyens » dans un pays où « la réflexion collective n’est pas une qualité canadienne ».La Néo-Brunswickoise Robertson se désole que le Sénat soit devenu un champ de bataille politique dans un « système parlementaire paralysé»; elle oubliera ces tristes séances.La Chambre haute qui semble fermée aux « contributions audacieuses » apparaît parfois comme la clef d’une solution au spleen politique canadien.Le paradoxe à ce sujet reste entier, en cette année référendaire.SOCIOLOGIES CRITIQUES POUR «ISSIR ms HAÏR US PRISSENT Miscellanées autour de l’œuvre de Michel Maffcsoli de BRIGITTE PURKHARDT et collaborateurs «Dans la lignée du Collège de philosophie fondé par G.Bataille, M.Leiris et R.Caillois (.) Une façon de tirer leçon du présent est d’en jouir (.) Que la fête commence!» Robert Saletti, Le Devoir 212 pages • 22 $ Les “Editions “BaCzac Le pied de la lecture Robert SALETTI A Essais ÆL' Québécois PASSION DU POÉTIQUE Joseph Bonenfant L’Hexagone, « Essais littéraires » 232 pages La lecture est actuellement l’enjeu de bien des débats dans le milieu de l’enseignement, tous niveaux confondus.Voie royale de l’apprentissage linguistique et de l’intégration culturelle, l’acte de lire est en manque d’adeptes.L’inquiétude se propage.Les nouvelles générations ne savent pas lire, dans les deux sens de l’expression : elles ne lisent plus, ou alors elles ne comprennent pas ce qu’elles lisent.Dans son tout récent livre Comme un roman, Daniel Pennac s’en prend justement à cette vision apocalyptique de la réalité culturelle.La lecture est une liberté qui s’accomode mal, en effet, de cette obligation morale à laquelle les pédagogues et les gendarmes de la culture voudraient astreindre les jeunes.Combien de fois entendons-nous quelqu’un regretter l’époque béate des collèges classiques, quand lire s’appuyait sur des valeurs institutionnelles pratiquement inamovibles.Délesté du poids symbolique attachée à l’école — d’ailleurs de plus en plus soumise aux guerres partisanes et politiciennes —, l’adolescent est aujourd’hui livré en pâture aux exigences compétitives du monde qui l’entoure.Fin ce sens le devoir-lire, comme le devoir-jouir qui sape sa sexualité, n’est qu’une facette d’un devoir-performer général qu’il faut mettre en cause.Cela dit, la lecture n’est pas que liberté individuelle de lecteur, elle est aussi la responsabilité collective d’une société.Entre alors en considération l’enseignement.Dans Passions du poétique, Joseph Bonenfant s’intéresse à la lecture de la poésie dans trois perspectives différentes : la théorie, l'analyse des oeuvres et l’enseignement.Pour l’auteur, qui est professeur à l’Université de Sherbrooke depuis 1966 (et qui a déjà tenu la chronique de revues littéraires au DFIVOIR), cet ouvrage représente un peu une somme, composé qu’il est de textes originaux, mais aussi de conférences et d’essais passés qui ont ponctué l’activité du professeur et du chercheur au cours des dernières décennies.C’est que Bonenfant, comme Gilles Marcotte, à qui il fait penser, à cause de sa séniorité d’abord et de son indéfectible amour de la littérature québécoise ensuite (et ce même si sa pensée critique n’a pas à mon avis l’originalité de celle de l’auteur du Roman à l’imparfait et de L’amateur de musique), a joué le rôle d’un guide pour quantité d’étudiants embarqués dans l’aventure des lettres québécoises.Passions du poétique se veut donc une sorte de bilan fondé sur les trois perspectives de lecture évoquées tantôt.Trois perspectives auxquelles correspondent les trois parties du livre, adéquatement titrées « Parcours des théories », « Parcours des oeuvres » et « Parcours de l’enseignement ».Je ne m’attarderai pas ici au parcours des oeuvres, qui forme la section la plus étendue, parce que ce parcours s’attarde à des mondes poétiques particuliers (Crémazie, Nelligan, Saint-Denys-Garneau, Grandbois, Lasnier, Ouellette, Miron, Pilon, Gatien Lapointe), familiers aux amateurs de poésie à qui il s’adresse avant tout, et parce que l’approche sémiologique qui le domine, même exempte de lourdes citations et de longues discussions théoriques, intéresse surtout les spécialistes.Par contre, le parcours des théories montre le chemin parcouru depuis les années 50 par le discours critique québécois.Dans un article sur les voies et les impasses de la critique thématique, Bonenfant explique que le discours critique sur la littérature québécoise fut trop longtemps prisonnier du « thématisme », cette approche qui élève le thème au rang de symbole et qui fut si populaire dans les années 60 au moment où donner une voix au pays à bâtir était la consigne.Dans JOSEPH BONENFANT Passions du poétique ESSAIS LITTERAIRES l'HEXAGONE m le même souffle, l’auteur avance que la période structuraliste qui suivit fut la bienvenue malgré ses excès, parce qu’elle prenait le contre-pied du thématisme en redonnant à l’oeuvre poétique son autonomie.Il considère enfin que des oeuvres I critiques importantes comme celles de Marcotte ou d’André Brochu donnèrent le ton à ces bouleversements structuralistes.En définitive, si la notion de thème n’est pas à jeter avec l’eau du bain critique, elle doit être scrupuleusement définie de manière à nourrir une autre approche, que celle-ci soit de nature structuraliste, psychanalytique ou sociocritique.Tout cela pourrait ne pas faire de doute en 1992, mais il suffit d’avoir fréquenté une université montréalaise récemment pour comprendre qu’il est parfois bon dé rappeler quelques évidences.Dans un autre article, Bonenfant fait remarquer que l’analyse de type linguistique appûquée à une oeuvre complète est pratiquement inexistante au Canada et au Québec.Si grâce à plusieurs, la poésie québécoise a pu progressivement prendre la place qui lui revenait dans le champ des études littéraires, moins nombreux sont ceux qui, de facto, ne lui font pas servir une cause.Le pays est-il encore trop dur à vivre ?se demande Bonenfant.En d’autres mots, sommes-nous capables d’assez de détachement nationaliste pour maintenir une certaine distance critique vis-à-vis des oeuvres et comprendre que la langue qui les habite est aussi celle sur laquelle s’appuie le discours critique.Bref, le discours critique doit dialoguer avec l’oeuvre qu’il est appelé à commenter.Puisqu’on en est à la critique créatrice, j’ajoute un mot sur le parcours de l’enseignement (trop brève troisième partie de Passions du poétique) qui se clôt sur une discussion du statut de la création littéraire à l’université.À partir de son expérience personnelle dans le cadre du doctorat en création littéraire qu’offre l’Université de Sherbrooke, Bonenfant porte un jugement plutôt positif à l’endroit de cette institutionnalisation d’un phénomène qui a pris de l’ampleur ces dernières années sous les effets combinés du plus grand accès à l’université (dont l’UQAM reste le prototype), du décloisonnement des études littéraires et de professeurs qui s’adonnent également à la fiction et à la poésie.Fin vertu du principe que l’écriture et la lecture sont deux faces du même phénomène, la création littéraire est donc de plus en plus associée à la recherche et à la « productivité » universitaires.Pour ma part, je me demande s’il ne s’agit pas là, indirectement, d'une façon d’isoler la littérature québécoise de son destinataire premier (au sens de fondateur), le lecteur anonyme et multiple.On forme des écrivains conscients d’écrire au lieu de former des professeurs heureux de lire.Si les adolescents québécois ne savent plus lire, c’est peut-être que pour plusieurs de leurs guides (parents, professeurs, écrivains), la lecture reste un plaisir soütaire (ce que, quelque part, elle est nécessairement).Mais lire la poésie québécoise, c’est lire la poésie et le; Québec.À tout prendre, c’est se donner à l’autre pour qu’il m’apprenne qui je suis.L’écriture et la lecture ne seront jamais sur le même pied.Avant les pogrons DERRIÈRE LA PORTE Giorgio Bassani Gallimard, 226 pages Alain Charbonneau TRADUIT et publié une première fois en 1967, le troisième roman de Giorgio Bassani, Derrière la porte, est réédité par Gallimard dans la collection L'Étrangère.Récit à la première personne dans lequel l’auteur des Lunettes d'or, avec la lucidité d’un homme qui sait le prix du désenchantement et le poids des désillusions, se penche par narrateur interposé sur une triste période de son adolescence, vécue entre le lycée et la maison familiale.C’est là, daas ce petit monde clos où tout mûrit et tout fermente, qu’au moment de la crise, il se heurte à fourberie et à la déloyauté de ses c marades de classe avec lesquels cherche désespérément à se lier d’ mitié.C’est là, dans ce monde fern où les prodromes du fascisme anno cent les futurs pogroms du nazism que lui, fils d’un petit bourgeois ju de Ferrare, connaît la honte d’êü exclu, rejeté, marginalisé, et qu s’ouvre alors une plaie que jamà rien ne parviendra à refermer.Un roman aux accents proustien ou la complicité, tant recherchée ai près d’autrui, s’abîme contre les tri hisons et les médisances, petites < grandes, et où les portes servent d paravents à la honte et de masque la douleur.À lire ou à relire, pou ceux et celles à qui rien de ce qui e: humain n’est étranger.
de

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