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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-04-25, Collections de BAnQ.

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rChampigiy-i OUVERT DE 9H A 22H MÊME LE DIMANCHE 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL H2J2L1 TÉL.(514)844-2587 Le Devoir, samedi 25 avril 1992 I FS MYSTÈRES DE QUÉBEC ! i i Abattez-la Monique Proulx CKTTK FOIS-CI, lorsque je franchirai la porte Saint-Louis dans la lumière glauque de la fin d’après-midi et qu’elle se faufilera inévitablement devant moi, je l’abattrai.Dans mes poches tintinnabulent des dagues, des revolvers, des tomahawks et des lance-flammes, entre mes doigts se languissent des capsules de cyanure et des lacets strangu-lapts comme chez Bob Morane.Cette fois-ci sera la dernière.La voici.Comme toutes les autres fois, elle marche d’un pas guilleret qui feint d'ignorer ma présence.Ses vingt ans baveux et son sourire inepte me frôlent presque, au passage : elle empeste les images bon marché et le cinéma de répertoire, elle arrive sans aucun doute du Cartier.Je lui emboîte le pas.Mlle oblique tout de suite dans la rue d’Auteuil, et le temps que je tergiverse entre l'efficacité du Colt 45 et celle du poignard malais, elle est déjà répandue sur la terrasse du Croque-Mitaine, hilare, rougeaude et trop entourée pour être menaçable.Klle boit du champagne, la gueuse, en compagnie d’autres inconséquents comme elle qui croient que l’argent pousse dans les arbres.Je la vois soudain décrocher du bouleau argenté qui surplombe la terrasse un billet de cinquante dollars.Lorsque je m’approche, affriolée, de l’arbre qui porte enfin judicieusement son nom, les billets sont redevenus de ventrus bourgeons orangés, elle s’est volatilisée de sa chaise, et je n’aperçois maintenant que les pans de sa veste virevoltant à angle droit, plus haut, au coin de Sainte-Anne.Ici.j’ai tout mon temps, la rue Sainte-Anne étale sa provincialité rectiligne loin devant, tel un clin d’oeil aux assassins.Je gagne du terrain sur elle, nos talons claquent sur les pavés avec une unanimité menaçante.Sans crier gare, elle s’engouffre au Biarritz.Je reste plantée là, le nez écrasé contre la vitre et les fumets capiteux des steaks béarnaise et des fondues parmesan.Klle mange, la salope.Klle fait du charme au charmant Bernard, elle spurit aux deux vieilles filles industrieuses qui zigzaguent sous le poids des plats.J’attends.Je ne ronge pas mon frein, j’affûte plutôt mon couteau serbe, celui qui fait le plus mal en pénétrant la jugulaire.Klle sort.Klle marche vite, la mignonne, échauffée sans s’en douter par la fin qui la talonne.Kn deux bonds, elle a traversé la rue à la hauteur de Saint-Stanislas et s'est évanouie derrière la porte du 93 Sainte-Anne.Je m'embusque près des taillis fleuris de l’Hôtel de ville, je me caméléonise dans l’entrée du Clarendon.Klle n’arrive pas.C’est sûr qu’elle prend son temps, engluée aux premières loges, chez elle, devant le spectacle sucré du printemps.Kxaspérée, je sors mon Smith & Weston et je me le canarde tout ça, les lilas qui sentent trop fort, le show' rose des cerisiers, les merles sopranos, les petites filles jouant au ballon et à l’éternité dans la cour des Ursulines el le crépuscule pyrotechnique, surtout, qui pète le feu au-dessus des mansardes.Je les rate, tous.La revoici : pimpante, l’oeil égarouillé d’une pucelle qui vient de respirer des herbes illicites.Tant mieux.Givrée, elle sera plus facile à refroidir.Klle hoppe-la-vie de l’autre côté de la rue Desjardins, elle musarde devant les promesses de fondues chinoises de l’Aquarium — ma parole, elle est défoncée, malgré sa maigreur d’anorexique — puis elle va tout droit, happée par les grandes eaux bleues.Là, sur la terrasse, à l’ombre très kafkaïenne du Château, elle se penche sur le fleuve, el qui trop se penche irrésistiblement choit, c’est du moins ce que j’en dis.Je m’élance.Un troupeau de gazouillants touristes à caméra noire et gorge blanche vient un moment me la cacher : je crois l’avoir perdue, diantre et cibolac, mais la voilà longeant le musée du Fort et bifurquant un tantinet dans Buade pour sniffer les effluves des scallopinis aux morilles de La Ripaille, puis, enfin, elle se résout à descendre avant de se faire descendre, elle descalade vers Des Remparts mais évite le parc Montmorency — dommage, la Place Royale, en bas, lui aurait fait une bien Voir page D-4 : Proulx :**&**»*" 4 Wf.PHOTO LES ÉDITIONS DE L’HOMME La Côte Sainte-Famille vue à travers la porte Hope, vers 1867 : une photo de Louis-Prudent Vallée.Intrigues et fantômes Jean O’Neil PIKRRK sur pierre et souterrain sous souterrain, Québec cultive les mystères et les secrets.Cela ne se passe pas uniquement à l’Assemblée nationale où Robert Bourassa et Jacques Parizeau s’avertissent d’avance, derrière les rideaux, de ce qu’ils demanderont el de ce qu’ils répondront, souvent par leader parlementaire interposé pour que chacun ait son petit rôle dans ce qui n’a jamais été autre chose qu’un parlement.On parle beaucoup à Québec.Beaucoup, beaucoup.On se tonitrue les billevesées de part et d’autre mais les secrets et les intrigues rasent les murs, flottent le long des corridors et pénètrent les officines par le dessous des portes pour embuer la netteté des décisions administratives et assurer les élus que, ne choquant ni n’aidant quiconque, ils ont toutes les chances de conserver leur siège.Le siège de Québec ! Naïf, j’ai longtemps cru qu’il s’agissait d’un assaut, d’une bataille décisive, et je me suis mis à les compter.Les Kirke en 1629; Phipps el la bouche des canons de Frontenac en 1690; Walker décimé par quelques îles aux oeufs (ces îles flottantes si délicieuses avec du sucre caramélisé) en 1711; Wolfe en 1759; Arnold et Montgomery en 1775 et qui d’autre encore ?Au cours de ces recherches, ma curiosité a bientôt dérivé vers les joutes électorales, les finales de la coupe Stanley de l’époque.J’ai compris que le siège de Québec était une réalité permanente à laquelle s’agrippaient les carriéristes de la démocratie et j’ai rapidement perdu tout intérêt dans le siège de Québec pour m’attarder plutôt à ses dessous.Oh, les dessous de Québec ! Aussi anciens que Champlain lui-même, tout en voûtes basses et obscures, en tunnels qui, au passage, vous suintent de la glace dans le cou jusqu’au dos el vous offrent, sans avertissement, un crâne ici ou un fémur là.Du moins en était-il ainsi à l’époque.Mon premier tunnel fut celui du Canadien National qui relie le bord du fleuve au centre industriel Saint-Malo.Jacques et moi n’eûmes qu’à en voir l'ouverture, près de l'actuel boulevard Champlain, pour savoir que nous n'en serions pas quilles avant de l’avoir traversé.Une belle paire d’imbéciles dont les genoux claquaient à l'idée qu'un train eût pu passer et qui n’avaient pas la moindre idée de la longueur de l’entreprise.De temps en temps, nous tournions la tête pour apprécier la grandeur des ouvertures, celle que nous laissions derrière et celle Voir page D-4 : O’Neil SPÉCIAL QUÉBEC EN L’HONNEUR du Salon du Livre de Québec qui, du 28 avril au 3 mai, affiche le thème du suspense et du roman noir, notre cahier fait un tour du côté de la Vieille Capitale.Les écrivains de Québec se confient à Francine Bordeleau : Pierre Morency, qui vient de publier un livre magnifique Lumière des oiseaux, mais aussi Paul Ohl, Québécois d’adoption, Chrystine Brouillet, à qui les vieux murs ont su inspirer de noirs polars, et Gilles Pellerin, qui raconte l’aventure collective d’un recueil de nouvelles policières québécoises, bientôt publié à l’Instant même.De son côté, Sylviane Tramier rencontre à Paris les auteurs Daniel Pennac et Gérald Messadié, attendus au Salon.Enquête sur un polar au-dessus de tout soupçon Serge Truffaut QUÉBKC, ville mystère, H.P.Z\ Lovecraft, père du mystère Ci surréaliste, s’est fréquemment promené.À Québec, capitale irrationnelle, ils ont invité quelques-uns des braves types qui ont sorti le polar de la mouise dans laquelle il y a dix ans il était plongé.Sur ce dossier, on s’est penché.D’où vient ?Où va le polar ?L’enquête est en cours.Au début des années 80, Pierre As-souline, le Maigret de la République des lettres, le Marlowe qui renifle le plagiat en moins de deux, se lance dans une vaste enquête sur les us et coutumes prévalant au sein de la vénérable maison Gallimard.Kn 1984, il remet un rapport de 534 I pages à son client.L’identité de ce dernier ?André Balland.À la page I 444 de ce rapport, il analyse la fonc-B tionnement économique des éditions ; Gallimard.Il note : « Gaston Gallimard a tout lieu de se féliciter de la réussite de la Série noire.Klle s’af- firme vite, contre l’avis de certains puristes du comité de lecture, comme le véhicule d'une littérature à part entière, tout en procurant des bénéfices rapides et réguliers à la maison Gallimard».Histoire d’appuyer son observation sur du solide, du genre béton armé, notre Assouline alias Marlowe refile à Balland la transcription écrite d’une discussion enregistrée lors d’une réunion à huit clos des pontes qui régnent au 22, rue Sébastien-Bottin, siège social de l’auguste Gallimard.Au cours de cette assemblée, Gaston, le ton impératif et le verbe financier, s’adresse aux détracteurs du genre dit policier : « Si je peux éditer des poètes que les gens ne comprennent pas, c’est grâce à la Série noire».À l’origine de la Série noire, il y avait la bande à Marcel « Duduche » Duhamel.Pendant une trentaine d’années, le père Duhamel va traduire Frederic Brown et John McDonald, Jack Finney el Jerome Cha-ryn, Robert Bloch et Donald Westlake ainsi que Jim Thompson, le cireur du crime.Tous ces empaffés de l’adjectif qui s’accorde toujours avec l’urgence, Duhamel et ses acolytes les traduisent.Il les fait imprimer sur du papier au grain d’autant plus « prolo » qu’il est gros, le grain.Puis, il présente le tout sous une couverture noire cernée d’une fine bande blanche.Signe majeur, le titre est toujours imprimé en jaune vif.Au beau milieu des années 70, Duhamel tombe raide mort.Robert Soulat le remplace à pied levé.À peine devient-il le patron de la Série noire, Soulat commet un crime de lèse-majesté.Cet « enfoiré » change la couverture.Au centre de cet étang aussi noir que l’encre de Raymond Chandler, il fout un dessin du genre dessin d’enfant.Ce « truc » de marketing ne marche pas.Gallimard vend moins de Série noire, alors Gallimard édite moins de poèmes.Alors Gallimard faisant moins de fric, Gallimard dit merci à Soulat et organise un kidnapping.Gallimard et ses complices se rendent sur la rue Falguiere, près du boulevard Montparnasse, là où se trouvent les locaux du journal Le Monde.Là où officie Patrick Raynal, critique littéraire.Ils mettent le grappin dessus.Ils le bombardent « patron » de la Série noire.Premier geste ?Il revient à la couverture or-ginale.Deuxième geste ?Il prépare ses valises.Pour où ?Pour.Pour Québec, poil au bec ! Kt oui ! Dans le cadre de ce Salon qui, contrairement au Salon de Montréal, a pris le risque de l’originalité, Raynal va venir présenter les titres qui portent SA patte, comme il expliquera son programme éditorial.Après enquête, on sait que ce programme éditorial prévoit la réédition des meilleurs « morceaux » de la collection.« Vous z’en voulez un préviou ?* Raynal vient de sortir les numéros 413 et 1584 de la collection.Le 413, c’est Kn double de Jack Finney.Le 1584.c’est Monde des ténèbres de Robert Bloch qui fut un grand, un très Voir page D-4 : Polar POUR DÉCOUVRIR UN SUJET EN TOUTE LIBERTÉ D’ESPRIT MEF La bioéthique E Le, Sacre E Les chamanes E L'affaire Rushdie E Les Charismatiques GUY DURAND ¦ ROBERT TESSIER ¦ DANIELE VAZEILLES ¦ RAPHAËL AUBERT ¦ MONIQUE HEBRARD ¦ D-2 ¦ Le Devoir, samedi 25 avril 1992 • le plaisir des Battements d’ailes rv* Odile Tremblay Il - Sx: a Entre Æb.les lignes ON A BEAU, au-dessus des villes, entendre de loin en loin le jacassement des grandes oies blanches qu’Aragon associait au chant triste de Reiner MAria Rilke, on a beau regarder leur formation en V filer vers le nord, en cet avril tardif, encore frileux, déjà estival, difficile de croire vraiment à ce Retour des beaux jours.Manque de perdure, manque de chants •d’oiseaux.Une hirondelle ne fait pas 3e printemps, dit-on.Voire ! Elle en •est le prophète.Mais certaines Hectures nous réchauffent le coeur.£ Point nécessaire d’être de ceux •qui, comme moi, s’adonnent aux Joies de l’ornithologie pour goûter Îleinement le si beau livre de Pierre lorency Lumière des oiseaux.Qui 3le serait pas sensible à ces chants yriques célébrant la beauté du Jnonde en des pages dont la chaleur, Ha clarté, le velours du style Rappellent parfois le phrasé, le soleil ÿ’un Giono ?- Pourtant, Morency ne prend plus 2?on lecteur par surprise.Les fans du yoète naturaliste trouveront dans Pierre Morency cette suite à L'Oeil américain, un même regard connaisseur, attentif et émerveillé posé sur une nature dont il apprivoise et divulgue les secrets.Mais les oiseaux sont cette fois les héros de l’histoire.Des histoires plutôt, puisque ce bestiaire compose une série de variations sur les moeurs de l’avifaune, souvenirs d’excursions, de voyages, carnet d’observateur, célébration des beaux points de l’univers : l’île d’Orléans où Morency a ses quartiers, le paradis aviaire des Everglades, la ville de Québec aussi, dont il n’a jamais quitté le berceau.« Nous avons tous, chacun de nous, écrit-il, quelques lieux privilégiés pour appréhender le monde, pour juger de notre position sur la planète, pour saisir la ligne de fusion du temps et de l’espace.L’un de mes points d’appui se trouve ici, à Québec, sur la première marche d’un escalier public menant de la rue Saint-Denis à la rue Dufferin.Assis sur cette marche, il m’est déjà arrivé de faire une expérience capitale : regarder mon propre regard en train de s’envoler.» Homme-oiseau donc que ce Pierre Morency, et partant, en constante relation d’intimité avec tout ce qui vole.Du Grand Héron, dont il admire la gravité et la placidité, il dira qu’il est le philosophe des oiseaux.Portrait de l'auteur en Héron, annonce-t-il en coiffant son chapitre.Qui, de l’homme ou du volatile au long cou est ici mis en scène ?Ces observations sont autant d’occasions de réfléchir sur la condition humaine, d’admirer l’harmonie de la création, de prôner le respect de la vie, sur un ton jamais doctrinaire, en amateur éclairé, en poète aussi.« Celui qui doit s’envoler se donne des ailes ».Suivant le cours des promenades, des souvenirs, des divagations de Morency, on apprend plus et mieux sur les tambourinades et le rire du Pic flamboyant, sur l’élégance, la force et la rapidité du Colibri à gorge rubis, cet hybride de l’abeille, de l’elfe et du joyau, dont le vol trop rapide à notre oeil atteint une fréquence de 24 battements d’ailes/seconde.Certaines espèces sont chères au coeur du poète-ornithologue, tel ce Moqueur polyglotte capable d’imiter tous les bruits alentours, même la musique de la flûte et la voix des hommes.Ou bien le si sympathique Goglu qu’on voit folâtrer autour des fermes l’été venu dans son costume d’Arlequin noir, blanc, jaune, et dont le chant complexe et proprement inimitable donnerait, aux dires d’un cultivateur du comté de Lotbinière à peu près ceci : Siliking.Siliking.Dugobelis.Dugobelis.Spiritus, spiritus.Sacré Baptiste.Pérusse, Pérusse.Zing, zing, zing, dans le foin.» Il y a des univers sonores entre les chants d’oiseaux.Le livre de Morency en traduit plusieurs à nos oreilles, raconte amoureusement la vie animale si méconnue.Sa belle prose ciselée compose un hymne à la liberté dont l'oiseau est ici le symbole.Ais-je dit que les dessins si précis de Pierre Lussier rehaussaient, éclairaient le texte avec bonheur ?Lumière des oiseaux, Pierre Morency, Leméac, 1992, 331 p.Serge Truffaut • L'INDUSTRIE québécoise du livre est moribonde.Depuis des mois et _des mois, tous les acteurs de cette •industrie ne cessent pas de le ^répéter.Ainsi en est-il d’André -Vanasse qui, dans un éditorial paru "dans le dernier numéro de la revue »Lettres québécoises, estime que le Divre pourrait sortir de la « salle “d’urgence » si le gouvernement, -évidemment, faisait un effort.^Lequel ?« Il suffirait simplement jgue notre gouvernement prenne les •mesures appropriées et exige “d’abord (comme cela se pratique en "Suède) que les librairies agréées ^maintiennent en tout temps sur leurs •étagères un exemplaire de tous les •livres de fiction publiés par les fauteurs québécois.Cette exigence ^est du reste conforme à la loi 51 qui Toblige les librairies agréées à détenir “un fonds québécois suffisant.» Est-*ce tout ?Non ! Selon M.Vanasse, « le ^gouvernement devrait aussi inciter, ?en créant un budget spécialement .destiné à cet effet, toutes les bibliothèques municipales, scolaires et étatiques à adopter la même politique.Iü aussi les déboursés ne seraient pas élevés, même si les bibliothèques doivent payer le prix fort des livres.Au pire, la facture s’élèverait à 9 495 $.Tout naturellement, dans son éditorial, André Vanasse s’en prend à Jean Larose qui, décidément, est devenu en moins de trois mois la tête de Turc de tous les acteurs du monde des livres, de tous ceux notamment qui ont le pouvoir de « tirer ».Voici un extrait de cette apostrophe : « Le malheur est que notre gouvernement et nos institutions se butent à une résistance farouche de certains de nos intellectuels qui à l'instar de Jean Larose, considèrent que c’est s’appauvrir que d’étudier avec sérieux et passion ceux et celles qui ont construit notre imaginaire collectif.» Qu’un seul homme, Jean Larose, ait suscité avec un seul livre autant de récriminations au cours des récents mois révèle une petite chose : le monde des livres est décidément très chatouilleux pour IVRE uUI PA l'cnri Hcrr ECORNIFLEUR astragale en vente chez votre libraire Comptoir de diffusion du livre ne pas dire très susceptible.Jean Larose, encore ! Une fois n'est pas coutume, voici une critique « positive » à propos de l’essai L'amour du pauvre de Jean Larose.Elle a paru dans le dernier numéro de la revue Nuit Blanche.Elle est signée Maurice Pouliot.Un extrait ?Certain ! « On le dit prétentieux, méprisant, réactionnaire, trop français, et de manière tout aussi prétentieuse, méprisante, réactionnaire et oh ! combien québécoise, on lui tourne le dos en haussant les épaules.Ce faisant, on ne saurait mieux illustrer ce que Jean Larose s’évertue à pourfendre : l’amour de notre pauvreté d’être et donc la haine de la richesse d’être.En ce pays — il faut bien que quelqu’un le dise ! — l’intelligence, la culture, le savoir font peur.» Outre cette critique et les dizaines d’autres, ce dernier numéro de Nuit blanche propose un dossier sur les dictionnaires ainsi qu’une longue entrevue avec Paul Ohl.Conseil des Arts Le Conseil des Arts du Canada a modifié son programme d'ouvrages de non-fiction afin qu’il englobe désormais « la gamme complète des subventions offertes par le Service des bourses dans d’autres disciplines artistiques, c’est-à-dire la bourse A, la bourse B, la bourse de courte durée et la bourse de voyage.» Pour de plus amples informations, on peut appeler au : (613) 598-4305.Le conseil de la Société des auteurs Lors de sa première assemblée générale, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques s’est dotée d’un conseil d’administration dont voici la composition : Marcel Beaulieu, président, Micheline Lanctôt, vice-présidente, Christian Fournier, trésorier, Denys Arcand, Gilles Carie, Marie Chouinard, Jean-Louis Roux, Jean Salvy, Michel Tremblay, Lise Lemay-Rousseau, Richard Martin et Gilles Parent, administrateurs.Des lauriers pour la littérature jeunesse LE PROGRAMME Prix du Livre M.Christie est destiné à encourager la création et la publication de livres jeunesse de qualité en stimulant le goût des enfants pour la lecture.Il en est, cette année, a sa troisième édition.Quatre gagnants, deux auteurs et deux illustrateurs canadiens, francophones et anglophones reçoivent une bourse de 7 500 $ chacun et le certificat Prix du Livre M.Christie; Leurs noms seront dévoilés le 30 avril.Les finalistes catégorie texte français sont : Denis Côté, Les yeux d'émeraude ( La Courte échelle), Christiane Duchesne, Bibitsa ou l’étrange voyage de Clara Vie, Prix excellence, Livres 92 (Québec/Amérique), Philippe Gauthier, Le chateau de fer (Éditions Paulines), et Rémy Simard La B.D.donne des boutons (Boréal Junior).Catégorie illustration d’un texte français : Sheldon Cohen, Un champion (Toundra/Grandir), Hélène Desputeaux, Jules Tempête (Héritage Jeunesse), Stéphane Poulin, Un voyage pour deux (Annick Press) et Daniel Sylvestre, Zunik dans le dragon ( La Courte Échelle).Quel que soit l’album choisi par les jurés, il s’agit ici de quatre albums « gagnants » à tous points de vue, quatre étoiles à faire briUer à travers le ciel tout entier de la littérature jeunesse.Librairie < X I M A ^ oîfer-X?, Voyageurs en souffrance une lecture de Mavis Gallant Le dimanche 26 avril à 14 heures, la Librairie Gallimard accueillera Mme Mavis Gallant qui viendra lire des extraits de son dernier recueil de nouvelles publié en traduction: Voyageurs en souffrance (Éditions Dl-L'X TEMPS, TIERCE, 1992) 3700, boul.Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 Tél.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514)499-1535 his J [ Illllllllllll T 5j ’ i ii JL ‘L •r ; Sis ; /ri Fi —5 MH ill I I tss\RI> quotkifcnrtç IH5S-19H QUÉBEC Michel Lessard Les Éditions de l’Homme, 255 p.Michel Lessard est professeur titulaire en Histoire de l’art et en muséologie à l’Université du Québec à MontreaL II vient de consacrer des mois et des mois à la recherche afin de confectionner un magnifique album aux Images oubliées de la vie quotidienne 1858-1914à Québec, « ville du patrimoine mondial ».Dans son introduction, M.Lessard note : « En évoquant l’âme de Québec, les photographes rappellent toutes les vieilles villes du monde, tous les grands patrimoines urbains du passé de l’humanité».MAX OU LE SENS DE LA VIE François Jobin Québec/Amérique, 253 p.Pigiste depuis une vingtaine " ' 5,Fra .d’années, François Jobin a réalisé aussi bien Génies en herbe que Nord-Sud qu’il a été producteur-délégué du populaire Club des 100 watts.Max ou le sens de la vie est son premier roman.L’histoire, nous dit-on, est simple.« Un petit garçon, désiüusionné par la vie en vase clos de son village natal prend la route à la recherche du sens de la vie.Max fait la rencontre de plusieurs personnages qui semblent démontrer que les activités terrestres ne constituent pas le sens premier de la vie.».PROPOS D’ÉCOLOGISTE Gaétan Malenfant, CRIE, 199 p.Depuis dix ans, Gaétan Malenfant milite pour une meilleure protection de l’environnement.Il est membre fondateur du Comité d’étude sur les produits toxiques ainsi que du Comité de recherche et d’intervention environnementale., Page45 : « Le point qui me semble majeur est que l’environnement c’est, en bout de chaîne, l'humain qui l’habite.Cet état de fait a motivé les écologistes des années 80 à tenir le discours de la santé environnementale.Dans cette vision des choses, les jobs ne passent pas avant l’environnement, mais vont de pair ».L’HOMME QUI PRENAIT SA FEMME POUR UN CHAPEAU Oliver Sacks, Seuil, 313 pages Sur le quatrième de couverture de cet ouvrage composé par l’auteur de L’éveil, on précise que « Oliver Sacks décrit dans ce livre les affections les Elus bizarres, ceUes qui atteignent un omme non seulement dans son corps, mais dans sa personnalité la plus intime et dans l'image qu'il a de lui-même.» S’appuyant sur sa longue fréquentation de ces personnes qui vivent dans un ailleurs pour nous étranger, Oliver Sacks en brosse des portraits qui sont autant d’essais sur l'exercice de la médecine.NEW YORK CONTRE N.Y.Une mosaïque éclatée Revue Autrement, 222 p.Le New York multi-racial comme le New York abandonné, riche, bancal, phare des cultures académiques comme des cultures underground, fascine.Dans son introduction à ce New York « vu par Autrement », Serge Marti souligne ; « La crise économique qui frappe New York se double d’une crise d’identité, de société, que subissent d’ailleurs toutes les grandes villes américaines et dont les métropoles européennes craignent le mauvais exemple.» Pas moins de onze collaborateurs expliquent et précisent l’origine de cette crise d’identité.LA VOILE DE L’ESPOIR y,\ Simon Wiesenthal Laffont, 246.p, « Le 2 août 1492 avant minuit, .Colomb, qui ne doit appareiller que : le lendemain, fait monter tous ses : compagnons à bord de ses ; : : : caravelles.Parmi eux, un interprète d’hébreu ».Pourquoi ?Parce qué le 2 août 1492, aucun Juif ne devra plus se trouver en Espagne.S’appuyant sur de solides archives, Wiesenthal mène enquête.Page 166 : • « L’interrogatoire convainquit le juge que Garcia était un Juif clandestin.L’inculpé devait nommer tous les juifs clandestins à part lui».CHÂTELAINE ET LA LITTÉRATURE Marie-José des Rivières L’Hexagone, 378 p.Marie-José des Rivières est membre associée du Groupe de recherche multidisciplinaire féministe de l’Université Laval Pour confectionner son ouvrage, elle a analysé tous les textes de fiction < parus dans le magazine Châtelaine entre 1960 et 1975.Page 227 ; « Le • l récit à la première personne et le monologue intérieur, adoptés par un grand nombre de nouvelles, nous : Sortent également à associer la: ; ' ttérature dans Châtelaine avec l’intime, le personnel le privé ».• • NATIONS ET NATIONALISME’ Eric Hobsbawm, Gallimard, 248.p! Eric Hobsbawn est professeur d’économie et d’histoire sociale à .; Birkbeck College à Londres.Français, Allemand et Italien de langue et de culture, juif d’origine-, :.britannique de nationalité et marxiste convaincu, Hobsbawm ,.s’est penché sur les courants nationalistes qui agitent l’Europe de l'après-guerre froide pour en dégager les singularités tout comme il s’est penché sur le nationalisme africain.Bref, il « s'attache avant > tout à cerner d’un regard neuf les j i ' tribulations du concept »., : - $.T.Christine Cormier Amor Amor Filippo Salvatore La Fresque de Mussolini Christine Cormier Amor Amor Roman 15 $ Pendant le retour dans sa famille sur la Côte-Nord, une jeune fille cherche à se dire.Filippo Salvatore • La Fresque de Mussolini Théâtre 9$ Pouruuoi a-t-on peint une fresi-que de Mussolini dans l’église: Notre-Dame-de-la-Défense à Montréal ?Les éditions Guernica Distribution DMR/Socadis Sous la direction de Jacques Vermette et Richard Cloutier prjga' La parole en public VWaa Savoir être, savoir faire Collectif qui traite des difficultés éprouvées en communication orale sous l'angle du communicateur.Un ouvrage agrémenté de moyens concrets dont I le lecteur peut facilement tirer profit viii-212 pages, 24.95$ DES LIVRES À DÉCOUVRIR.En vente chez votre libraire ou chez l'éditeur Cité universitaire LES PRESSES ^ »» DE L'UNIVERSITE Tél.(418)6565106 I /Il//Il Téléc.(418)6563476 UiVAL Serge Cantin Le philosophe et le déni du politique Marx, Henry, Platon À partir de Marx et de Henry, l'auteur pose le problème essentiel de l'attitude du philosophe envers le politique, ce qui l'amène à l'analyse de deux figures: le Malin Génie cartésien et le Big Brother orwellien.xviii-306 pages, 32$ \e philosoPhf V, l.! don' aupoUUq"p I i 1 y Illllllllllll Wm0m Roman 184 pages, 17,95$ La littérature s'écritauBoïédl Au commencement étaient le chaos et les ténèbres %* D-3 Le Devoir, samedi 25 avril 1992 GILLES PELLERIN Québec au beurre noir ., ».* i i » ?Francine Bordeleau SAN ANTONIO, Patricia Highsmith, Agatha Christie, Conan Doyle, Boileau et Narcejac, Simenon, James Ellroy et j’en passe : en Europe et au* Etats-Unis, la littérature policière et son extension naturelle, le roman noir, ont inspiré un nombre ahurissant d’auteurs.C’est fou tout ce qu’on a trouvé à écrire à partir cf un canevas en apparence désarmant de simplicité : un meurtre, un assassin, une enquête.Pourquoi le genre n'a-t-il que fort peu inspiré les écrivains québécois jusqu’à maintenant ?Gilles Pellerin, a qui je pose la question, n’a aucune réponse scientifique à avancer.Mais, le recueil Saignant ou beurre noir ?suscitera peut-être un mouvement, aura peut-être, qui sait, des répercussions inattendues.Saignant ou beurre noir ?, c’est d'abord une idée de Denis LeBrun, directeur général du Salon du livre de Québec et ci-devant grand amateur de littérature policière.Au point qu’il en a fait l’un des grands themes de.l’événement et qu’il a demandé à L’instant même, l’éditeur de Québec qui publie exclusivement de la nouvelle, de produire un recueil de nouvelles policières qui serait lancé le 28 avril, lors de la soirée d’ouverture du Salon.Pour Gilles Pellerin, l’un des animateurs de L’Instant même, une telle commande était intéressante dans la mesure où elle permettrait à la maison de « diversifier ce produit éditorial de prime abord limité qu’est la nouvelle».Saignant ou beurre noir ?est un recueil collectif qui regroupe 13 auteurs.Formule au départ hasardeuse sur le plan commercial, reconnaît volontiers Pellerin, et peu usitée.Les chances de succès de ce type de recueil sont d’abord tributaires de la renommée des auteurs participants d’où, pour Saignant., trois Français bien connus des amateurs de polar : Michel Lebrun (célèbre «Un auteur de nouvelles ne peut pas écrire un recueil chaque année.Mais il faut l’entretenir.C’est le grand service que peut rendre un collectif.(.) Il faut mettre côte à côte des auteurs à tendance orthodoxe et des auteurs qui, par leurs textes récents, commencent à flirter avec le polar ou le noir.»» pour son Année du polar et ses romans), Tonino Benacquista (une « valeur montante » avec sa Maldonne des sleepings) et Didier Dae-ninckx, auxquels s’ajoutent Claude Bourgeyx et Jean-Pierre Cannet, dont le public québécois semble avoir bien accueilli La Lune chauve.Côté québécois, Chrystine Brouillet, Anne Dandurand, Jean Pierre Girard, Bertrand Bergeron, Diane-Monique Daviau, Jean-Paul Beaumier, Gilles Pellerin et le lauréat du concours de la nouvelle policière qui s’est tenu à l’automne, signent chacun un texte.Cofondateurs de la maison et eux-mêmes auteurs, Beaumier et Pellerin sont un peu arrivés à la rescousse.L’idée de l’éditeur, avec ce recueil, c’était « de mettre côte à côte des auteurs à tendance orthodoxe et des auteurs qui, par leurs textes récents, commencent à flirter avec le polar ou le noir», dit Gilles Pellerin.Quant à l’accueil qui risque d’être réservé au recueil, « nous sommes dans l’inconnu total même si la sortie de Saignant ou beurre noir ?bénéficie d’un contexte extrêmement favorable puisqu’elle coïncide avec un événement très médiatisé ».Chose sûre, la proposition du Salon du livre de Quebec est arrivée à point nommé pour L’Instant même qui songeait depuis belle lurette à la pu-bliction d’un collectif policier.Saignant ou beurre noir ?pourrait même être une manière de test pour aider à déterminer de nouvelles avenues.« Un auteur de nouvelles ne peut pas écrire un recueil chaque année.Mais, entre ses recueils, il faut l’entretenir.C’est le grand service que peut rendre un collectif », explique Pellerin.En attendant, L’Instant même travaille à la préparation de deux anthologies : l’une de nouvelles mexicaines, l’autre de nouvelles irlandaises.« Mais, il reste tant à faire avec la nouvelle ! » Francine Bordeleau DANS L'Oeil américain, paru en 1989 (coédition Seuil/Boréal), Pierre Mo-rency nous incitait, à sa suite, « à entendre ce que nous écoutons», à « voir ce qui est derrière quand on regarde deVant ».C’est d’ailleurs le sens de l’expression « avoir l'oeil américain », et pour l’écrivain elle permettrait « de sortir hors de soi, d’aller à la rencontre des choses, mêmes menues, de voir soudainement le monde s’élargir et déployer des richesses souvent invisibles au promeneur distrait ».Et aussi de transmettre, un peu à la manière des premiers explorateurs européens, l’éblouissement qu’elles suscitent.(tes «choses» dans L'Oeil américain, c’étaient les arbres, les lacs, les forêts, les îles du fleuve, les animaux .Bref, Morency partait explorer la nature dans l’espoir ultime d’en tirer peut-être une sorte d’« interprétation globale du monde».Dix mille lecteurs (8000 au Québec, c'est un chiffre assez considérable pour ici, et 2000 en France) ont embarqué avec lui.Intéressant.Car, j’ai toujours un peu craint que Pierre Morency, le remarquable poète de Au Nord constamment de l'amour et de Quand nous serons (Prix Québec-Paris et Grand prix de poésie de la Fondation des Forges), l’écrivain, auquel la Société Saint-Jean Baptiste vient de décerner le prix Ludger-Du-vernay pour l’ensemble de son oeuvre, ne pâtisse de sa réserve notoire, de son total désintérêt pour le grand cirque médiatique.D’abord et avant lout homme d’écriture, ce dont té- PIERRE MORENCY PHOTO CLÉMENT ALLARD • » » Pierre Morency L’histoire d’une petite fille, Fanny, à qui la peur est interdite depuis qu’elle a force le passage pour venir au monde, et qui traverse la vie en dansant avec les animaux et les enfants de Noé.HÉLÈNE LE BEAU La Chute du corps / Côté arbre, côté loup moignent jusqu'à ses textes radiophoniques (on se souvient des séries qu’il a présentées à Radio-Canada pendant une vingtaine d'années, comme Bestiaire, passée à la postérité), Morency n'est pas naturellement doué pour le marketing littéraire.En écrivant, dans la préface de L'Oeil américain, « que les deux éléments de Pierre Morency soient l’air et l’eau, c’est l’évidence», Jean-Jacques Brochier ne s’y trompait pas.Cela correspond à ce que je peux cerner de l'homme comme à son écriture.Dans Lumière des oiseaux (Boréal/Seuil), qui sort pratiquement à l'instant et qui, vous pouvez m’en croire, est le grand livre québécois de ce printemps (et peut-être même de l’année), l’écriture de Morency, pour qui « la prose se doit d’être intelligente et précise », est plus limpide que jamais.J’ai envie de dire aérienne, tant il y a osmose entre elle et son sujet.Avec L’Oeil américain, avec Lumière des oiseaux qui en est le prolongement, Morency écrit sur une nature qui le fascine depuis toujours.« Mais, je ne suis surtout pas un écolo, et je ne fais pas une croisade pour l’environnement.La nature en soi, ça ne veut rien dire », tient-il à souligner.Le mot environnement lui reste d’ailleurs au travers de la gorge.Ces deux livres, que viendra compléter un troisième dans la même veine, « célèbrent la nature présente, la place de l’être vivant dans le monde, pas l'attachement à la campagne ».Ils célèbrent aussi le Québec et la région de Québec, là où est né l’écrivain et là où il habite encore.De cet attachement qui le lie à Québec, et qu’on retrouve à l’oeuvre daps ses livres même, Pierre Morency a souvent parlé.Même si, reconnaît-il « en vivant à Québec, je me mets en marge du milieu littéraire ».A l’instar de Flaubert, Pierre Morency dit : « L’Oeil américain, Lumière des oiseaux», c’est moi.J’ai un côté arbre, un côté loup .Ce sont là des aspects de moi-même ».Son oiseau préféré ?Le moqueur-chat, un petit oiseau discret, fureteur, de couleur grise, dont le chant imite le cri des autres espèces.Mais, il aime aussi beaucoup les rapaces, ces oiseaux de proie « extrêmement beaux, efficaces, rapides; en outre les prédateurs, on l’oublie trop souvent, sont rares dans la vie animale ».Rien d’étonnant à cette prédilection : les rapaces, se distinguant d’abord par l’extraordinaire acuité de leur regard, ne peuvent qu’émerveiller celui dont l’écriture veut avoir « l'oeil américain ».La nature, les oiseaux sont
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