Le devoir, 10 octobre 1992, Cahier A
Montréal, samedi 10 octobre 1992 Vol.LXXXIII — No 236 Champigny —i TOUS LES JOURS expose GUIDO MOLINARI du 7 octobre au 18 novembre 1992 4380 ST-DENIS, Mît 844-2587 4 CAHIERS — 1.30 + tps tvq Le monde selon Reeves CULTURE Le cinéphile écartelé Le Festival International du Nouveau Cinéma et de la Vidéo, qui célèbre cette année son 21e anniversaire, est au Québec le vétéran des rendez-vous cinématographiques.« Le plus vieux en âge, le plus jeune en esprit », précise son directeur Claude Chamberlan.Odile Tremblay l'a rencontré.Page Le prix du génie Qui se souvient d’André Mathieu, ce jeune pianiste prodige que l'on comparait même à Mozart au début des années 30 ?Bien peu de gens.Le cinéaste Jean-laude Labrecque (photo) a décidé de lui consacrer son prochain film.Marie Laurier a rencontré le réalisateur.Page C- selon Hubert Reeves vient démontrer que l'astrophysique est un champ propice à la culture des best-sellers.Dans Compagnons de voyage, il livrait récemment au Seuil sur des photographies de Jelica Obrenovitch de nouvelles réflexions sur le monde et le cosmos.Odile Tremblay l’a rencontré.Page Lundi, jour de l’Action de Grâces, LE DEVOIR ne sera pas publié.Ottawa installe en douce une réserve à Oka ?Achat pour 6 millions de 150 acres de terres ?Décret d'exemptions fiscales fédérales Caroline Montpetit POUR PROTÉGER leurs droits sur leur territoire, les Mohawks d’Oka ont manifesté, levé une barricade, fait le coup de feu, et tenu un siège.Deux ans après les terribles événements de Kanesatake, les Mohawks semblent maintenant sur le point de gagner leur bataille.Sans trop le dire, le gouvernement fédéral a enclenché des procédures bureaucratiques afin d’accorder bientôt au territoire occupé par les Amérindiens de Kanesatake le statut de réserve qu’ils réclament.Et le statut fiscal très avantageux que cela implique pour ses habitants.LE DEVOIR a appris que pas moins de douze propriétés dans la région ont été achetées par le gouvernement fédéral, afin d’être cédées aux Mohawks, au cours de l’année 1992 seulement.Ces propriétés, qui comptent à la fois des terrains et des constructions, ont coûté entre trois et quatre millions $ au gouvernement fédéral depuis le début de l’année.Depuis 1990, et en comptant l’acquisition d’une partie du terrain du golf d’Oka au terme de la crise de 1990, le gouvernement fédéral a en fait dépensé six millions $ pour acheter 150 acres de terres pour les Indiens de Kanesatake, terres principalement concentrées dans la municipalité de la paroisse d’Oka, voisine de celle du village d’Oka.Par ailleurs, de son côté, le ministère du Revenu fédéral a adopté, le 3 juin 1992, un décret selon lequel les exemptions fiscales fédérales s’appliquaient aux Indiens de Kanesatake, comme à d’autres Indiens vivant sur des territoires non consacrés, * comme si les établissements indiens désignés étaient des réser ves».En vertu de ce décret adopté à Ottawa, les Amérindiens, vivant à 25 kilomètres au nord-ouest de Montréal, du côté nord du lac des Deux-Montagnes, comprenant le village d’Oka et les secteurs de la partie ouest de la paroisse d’Oka connus comme Côte Sainte-Philomène, Côte Saint-Jean, Côte Saint-Ambroise et Côte Sainte-Germaine-Côte-Sud, sont maintenant officiellement exemptés de l’impôt sur le revenu et de la taxe fédérale sur les produits et services.Par ailleurs, selon un fonctionnaire de la section Québec du ministère fédéral des Affaires indiennes, le gouvernement provincial en serait également à étudier la possibilité d’imposer un décret semblable pour Kanesatake, en ce qui a trait à l’impôt sur le revenu et aux taxes provinciales.« Ce décret s’applique présentement uniquement pour les taxes et les impôts fédéraux.La fiscalité et les règlements municipaux ne sont pas du tout mis en jeu par son adoption », souligne Jean-Guy Fortier, gérant régional de l’administration pour le ministère fédéral des Affaires indiennes.Voir page A-4: Oka LE RACISME DANS L’EST DE MONTRÉAL Hausse de 10% du tourisme à Montréal Le taux d’occupation des hôtels est passé de 68,8 % en 91 à 79,4 % Robert Dutrisac PORTÉE par les Fêtes du 350e, l’affluence touristique a bondi au mois de septembre dans la région de Montréal.Les hôtels du Grand Montréal ont renoué avec des taux d’occupation approchant ceux de 1990 meme si le nombre de chambres disponibles s’est accru depuis de quelque 10%.Selon les données fournies par M.Gustav Bametter, vice-président exécutif de l’Association des hôtels du Grand Montréal, le taux d’occupation des chambres des établissements hôteliers de la région métropolitaine est passé à 79,4 % en septembre comparativement à 68,8 % un an auparavant.Cette performance est d’autant plus encourageante que le nombre de chambres disponibles s’est accru de 8 % en un an.On assiste donc à une hausse réelle de 18 % du nombre de nuités.« Ça termine en beauté ce que nous appelons les bons mois, de juin à septembre », a souligné M.Bametter.Stimulée par les festivités entourant le 350e anniversaire de la fondation de Montréal, l’affluence touristique durant les trois mois d’été avait également affiché une hausse notable, 6% de plus qu’en 1991, malgré le temps souvent exécrable.À l’Office des congrès et du tourisme du Grand Montréal, M.Pierre Bellerose signale que « Montréal a connu une croissance intéressante alors que Toronto subissait une forte baisse ».Le tourisme d’agrément, qui constitue en été l’essentiel de l’afflux touristique, est extrêmement sensible aux conditions économiques.Aussi, les touristes cet été se sont faits rares dans la plupart des grandes villes nord-américaines tandis que Montréal a réussi à tirer son épingle du jeu, a-t-U expliqué.Les Fêtes du 350e y sont pour beaucoup et le budget de 7 millions $ affecté à la publicité de Montréal — habituellement, il s’élève à un maigre 2 ou 3 millions $ —, dont 4 millions $ directement reliés aux festivités a beaucoup aidé, a fait remarquer M.Bametter.Septembre a également accueilli deux importants congrès dont celui sur les bénéfices sociaux qui a attiré 6000 personnes, principalement des Américains.« Durant la semaine ou s’est tenu ce congrès, plusieurs hôtels affichaient complet », a indiqué M.Bellerose.Pour l’année entière, on attend 430 000 congressistes à Montréal, une progression de près de 4 % au regard des 414 000 congressistes qui ont foulé le sol montréalais en 1991, selon les prévisions de l’Office.M.Bametter entrevoit toutefois une baisse marquée du nombre de congressistes affluant à Montréal en 1993.« Nous prévoyons une chute de la moitié des chambres louées à des congressistes», a-t-il fait savoir.Quant au taux d’occupation des hôtels en octobre, M.Bametter a prédit Voir page A-4: Hausse Ku Klux Klan mis à part, White Power constitue le plus important groupe ouvertement raciste à Montréal, plupart de ses 500 membres ont entre 14 et 17 ans.Les plus vieux de l’organisation utilisent les jeunes pour coups d’éclat, de façon à contourner les lois criminelles.Le nouveau bastion du Ku Klux Klan Pierre Cayouette E KU KLUX KLAN n’est pas mort.Au Québec, ce mouvement d’extrême droite se porte même plutôt bien.Il parle français, vit à Montréal et se développe rapidement dans le quartier 11 ochelaga-Maisonneuve.Ce quartier pauvre de l’est de Montréal est devenu le bastion du Klan, qui partage le territoire avec une flopée d’autres organisations ouvertement racistes.Dans l’est de la ville, le Ku Klux Klan peut même compter sur la gracieuse collaboration du journal local, cette semaine, afin d’y « redorer son image».llochelaga-Maisonneuve est devenu une poudrière.Depuis deux ans, des jeunes skinheads clamant « White Power ! » et des militants antiracistes s’y affrontent régulièrement à coups de bâtons ou de couteaux.« Le Ku Klux Klan tente de redorer son image », titre cette semaine, en caractères immenses et colorés, la Une de Nouvelles de l’Est, l’hebdo du quartier 1 i ochelaga-Maisonneuve.En surimpression sur une photo de manifestants néo-nazis, la I-— Hochelaga-Maisonneuve, quartier pauvre de l’est de Montréal, est devenu le bastion du Ku Klux Klan.Depuis deux ans, des jeunes skinheads clamant « White Power ! » et des militants antiracistes s’y affrontent régulièrement à coups de bâtons ou de couteaux.Une véritable poudrière.manchette accrocheuse renvoie à un long article publié en page trois.Le leader de la faction montréalaise du Ku Klux Klan, Michel Larocque, y explique en long et en large que son groupe « n’a rien à se reprocher ».Nouvelles de l’Est est un journal hebdomadaire publié par llebdos Télémédia et distribué à 27 750 exemplaires.Non pas à Birmingham, Alabama, mais bien dans le quartier llochelaga^ Maisonneuve, à Montréal ! La journaliste Jeanne Corriveau y raconte que le KKK « a un sérieux problème d’image » et que son leader a entrepris une campagne de charme auprès de la population d’Uochelaga-Maisonneuve.« Un quartier blanc et francophone, écrit-elle, qui représente un terrain propice pour l’expansion du Klan.» Les membres du Ku Klux Klan y sont comparés à de jeunes cadres dynamiques avec leurs cheveux courts, cravates et vestons.Cet épisode est le dernier en lice d’une série d’événements qui, depuis deux ans, font du quartier llochelaga-Maisonneuve le lieu d’un singulier affrontement entre des mouvements d’extrême droite racistes et des militants antiracistes.La majorité des membres québécois du Ku Klux Klan habitent d’ailleurs ce quartier de l’est de Montréal ravagé par le chômage et la pauvreté.Le 22 septembre dernier, une assemblée organisée au Collège de Maisonneuve par le Comité contre le racisme d’H ochelaga-Maisonneuve a tourné en manifestation raciste.« White Power ! », criaient des Voir page A-4: Racisme Les têtes de Turc de l’Ouest De Winnipeg à Victoria, le ressentiment contre le Québec et la hargne à legard de Mulroney alimentent les adversaires de l’entente Chantal Hébert envoyée spéciale du DEVOIR VANCOUVER - Le NON a confor- .tablemen! fait son nid dans l’Ouest canadien.Au point où les partisans de l’accord de Charlottetown s’y donnent peu de chances de le déloger d’ici le 26 octobre.De Winnipeg à Victoria, le mouvement s’appuie sur un fond tenace de ressentiment contre le Québec et s’alimente à même un réservoir apparemment inépuisable de hargne à l’égard des élites politiques canadiennes.À commencer par le premier ministre Brian Mulroney.Parti avec un avantage de deux contre un le 28 août dernier, le OUI dégringole systématiquement d’une semaine à l’autre à l’extérieur du Québec et nulle part autant qu’au bord du Pacifique.En Colombie-Britannique et en Alberta, si le vote avait eu lieu cette semaine, le NON l’aurait emporté et si la tendance se maintient, il pourrait également dépasser le OUI au Manitoba le soir du 26 octobre.La tournure qu’a prise la campagne référendaire en Alberta et en Colombie-Britannique confond même les politiciens aguerris de la région.« Je ne sais pas ce qui alimente autant le camp du NON, avouait ainsi cette semaine le premier ministre albertain Don Getty.Mais je suis renversé d’entendre ce que les Canadiens d’ici ont à reprocher à d’autres Canadiens.» Ces autres Canadiens constituent, dans la bouche de Don Getty, un euphémisme pour désigner les Québécois qui sont, avec Brian Mulroney, les principales têtes de Turc des adversaires de l’accord dans l’Ouest.En Alberta et surtout en Colombie-Britannique, on reproche aux gouvernements locaux d’avoir accepté un statut particulier pour le Québec par le biais de la clause de société distincte et de lui avoir fait un cadeau sur le dos de l’Ouest en lui garantissant un quart des sièges de la Chambre des communes à perpétuité.Voir page A-4: Têtes Don Getty ¦ Les textes juridiques sont disponibles .Page A-4 ¦ La chronique de Gilles Lesage sur le débat des chefs Page A-7 ¦ Rae tente de neutraliser l’effet Trudeau.PageA-8 Brève histoire de Montréal Paul-André Linteau Une remarquable synthèse de l’histoire de Montréal qui, de petite colonie missionnaire, est devenue une grande métropole et le principal foyer culturel du Québec et des francophones d’Amérique.128 pages ?9,95$ l'itul- Amlrt 1 i Ml 1-4U Des livres ftWkNMt Mil» .ll««V 1*1 MtM l«nl IINUAI .»«*• IA. ! I Vt> K nlUiol.PHOTO PC Le coroner Marc-André Bouliane a entendu pas moins de 254 témoignages au cours de son enquête.transporteurs permettant sa résiliation en cas de non-respect des règles de sécurité; — l’exigence d’un permis de conduire spécifique pour la conduite d’autobus d’écoliers; — la présence permanente de brigadiers adultes (bénévoles ou rémunérés) quand des enfants de cinq à huit ans sont à bord de l’autobus, qu’ils aient ou non à traverser devant l’autobus pour se rendre à la maison; — des cours de formation obligatoire en matière de sécurité à l’intention des enfants; — la création d’un poste de régis- seur du transport scolaire dans chaque commission scolaire.Il devra voir aux trajets et répondre aux plaintes des parents; — une campagne de publicité de la Société d’assurance-automobile du Québec pour réveiller les automobilistes qui négligent de s’arrêter quand s’allument les clignotants de l’autobus d’écoliers; — le changement de la règle budgétaire voulant que la subvention du ministère des Transports soit octroyée en fonction du nombre des enfants inscrits au lieu de celui des enfants transportés; Il a signalé que certaines commis sions scolaires avaient eu la bonn'éiA idée de se doter de règlements pef*PK * mettant d’accorder l’accès au trans H *’ port scolaire aux enfants qui ne de*! meurent pas tellement loin de l’école*'!1”1' mais ont à traverser des intersect11* tions dangereuses.- Il a servi un blâme à la Fédération _ des comités de parents du Québec 1 pour la fin de non-recevoir servitj|.aux parents qui y ont cherché de l’aide pour des questions de transport scolaire.t Il a invité cet organisme à dévé- ‘ iupper des propositions nettes et pré cises en matière de sécurité pour les enfants qui empruntent les autobus — d’écoliers.Plus globalement, le coroner Bou v liane considère qu’« on ne s’est javi 1 mais préoccupé de la sécurité de nos'^’-^l enfants.On a créé un système autoui* d’eux.On les a transportés comme lL'»> s’iLs étaient du gravier ou du bétail.»*/Ul11 > îiîVi Il dit avoir été tenté de ne fainMB’u qu’une seule recommandation è;.) «celle d’appliquer le gros bon sensgm9| Mais je ne me fie pas à ça », a-t-il dit»i snil Au Québec, de 1978 à 1991, les a H3A3J2 Tél.(514)848-1641 AVIS est donné, conformément à l'Article 1571 (d) du Code Civil du Bas Canada, que NAF NAF BOUTIQUES j CANADA INC.par 'Cession ! Générale de Créances au* Livres • Québec' exécuté le 1er mai 1991 el ; enregistré à Montréal sous le numéro 7 Le référendum Au débat de l’Action de Grâces Y aura-t-il un dindon de la farce?QUEL CADEAU de l'Action de Grâces que ce face à face télévisé entre MM.«ourassa et Parizeau, lundi soir ! Toutes autres affaires cessantes, l’ensemble du Québec sera accroché à l’un ou l’autre des trois réseaux francophones pour ce match entre le chef du OUI et celui du NON référendaire.D’ores et déjà, comme pour un combat de championnat, chacun suppute les chances de l’un et l’autre protagonistes de l’emporter par mise hors de combat ou aux points.Probablement a cause du mets traditionnel de ce congé automnal, d’aucuns se demandent s’il y aura un dindon de la farce : qui se fera dindonner par l’autre ?Le branle-bas médiatique atteint même la presse écrite, à la remorque de l’image et du son.Ce super-spectacle sera, à n’en point douter, le point culminant d’une campagne référendaire, pourtant riche en rebondissements et imprévus quotidiens.Les deux clans ont mis au point le contexte et les modalités du duel avec la plus grande circonspection, chacun se faisant tirer l’oreille à tour de rôle.Au début, c’est le premier ministre qui faisait des manières; puis, tout baignant dans l’huile pour le chef péquiste, celui-ci ne voulait pas que quelque sable se glisse dans l’engrenage.L’on s’est finalement entendu pour un débat fort bien ciblé et prévisible — probablement trop — avec un arbitre on ne peut plus neutre, et à une date qui laisse à l’un et l’autre belligérant une quinzaine de jours pour consolider et amplifier sa victoire, ou pour réparer les dommages d’une mauvaise performance.CET ARRIÈRE-PLAN n’est pas anodin.À l’automne 1960, le débat télévisé Nixon-Kennedy avait propulsé le jeune candidat démocrate, dans une forme resplendissante, vers la Maison-Blanche.Deux aas plus tard, au Québec, les conseillers du premier ministre Lesage s’inspiraient de la parfaite maîtrise du petit écran par les stratèges américains pour débalancer M.Daniel Johnson et le faire paraître à son plus mal.L’affrontement n’ayant lieu que trois jours avant l’élection du 14 novembre, le chef unioniste, sa défaite consommée en ce dimanche fatidique, n’a même pas eu le loisir de réparer les pots cassés.Il en est résulté un tel traumatisme que, depuis lors, il n’y a pas eu de duel au petit écran québécois, les chefs se contentant de débats radiophoniques.Toutefois, comme dirait Yvon Deschamps, on ne veut pas le lire, on ne veut pas l’entendre, on veut le voir.Ce qui sera fait jeudi soir.Mais les amateurs de sensations fortes, d’empoignades et de combats de coqs risquent d’être déçus.Non pas que les échanges manqueront de vigueur et de vivacité.Les deux ont fort à gagner.Entre les deux blocs déjà commis au OUI et au NON, dans une proportion probable de 40 % à chacun, il y a là les 20 % ou plus d’indécis, de discrets et de mal ou peu informés, qui peuvent basculer dans l’un ou l’autre camp, au gré de leur humeur ou de la performance des chefs.D'où la nécessité pour ceux-ci non seulement de bien paraître, mais de tendre pièges et pelures de banane à l’autre.OR, MM.Bourassaet Parizeau se connaissent fort bien depuis plus de 20 ans, ils ont eu souvent l’occasion de croiser le fer et, de façon générale — en termes d’images sportives, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit en l’occurrence — ils s’en tirent avec un verdict nul.Certes, on peut rappeler que, grisé par son budget de l’An 1, M.Parizeau, alors ministre des Finances dans le cabinet fantôme du PQ, avait mangé une dégelée aux mains du ministre des Finances Raymond Garneau, durant la campagne électorale d’octobre 1973.Depuis lors, notamment en mai 1978 aux Hautes Études commerciales, en janvier 1980 dans L’Assomption et, depuis trois ans à l’Assemblée nationale, les deux avocats-professeurs-forts-en-chiffres qui se font face directement peuvent mesurer leurs forces et leurs faiblesses mutuelles, les défauts de leur cuirasse.4 Gilles Lesage On l’a bien vu en novembre dernier, au cours d’une interpellation sur les offres constitutionnelles d’Ottawa : sur des plans différents et à des degrés divers, MM.Bourassa et Parizeau, qui se respectent mutuellement, marquent des points qui plaisent à leurs admirateurs sans que, toutefois, un gagnant s’impose d’emblée.Il en sera probablement encore ainsi lundi soir.D’une part, M.Parizeau a bien pris soin de faire en sorte que le débat porte uniquement sur l’entente de Charlottetown — divisée en quatre segments thématiques pour les besoins de la cause — et non sur une éventuelle souveraineté du Québec, ainsi que l’aurait voulu M.Bourassa.Celui-ci, au surplus, est obligé de défendre, expliquer et justifier une entente dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est décriée et considérée comme un pis-aller par ceux-là mêmes qui l’ont signée.Aussi, l’attaque et la dénonciation sont plus faciles pour M.Parizeau, dont l’assurance, en toutes matières, n’a d’égale que sa superbe vanité.Et c’est là que le bât peut blesser.Autant M.Bourassa paraît simple, accessible et ordinaire — comme un grand nombre de Québécois, il se pose encore une foule de questions auxquelles il n’a pas de réponses toutes faites, autant le président du PQ et du NON se comporte comme si tout était réglé sur du papier à musique.Pour lui, il n’y a pas de problèmes, que des réponses qui descendent de l’Olympe.A'' la lumière des coups de sonde, de plus en plus dévastateurs pour le OUI, et pas seulement au Québec; à la lumière aussi des gaffes, tuiles et briques qui déferlent à un rythme suffisant pour énerver le flegmatique M.Bourassa, auquel M.Mulroney nuit presque chaque fois qu’il ouvre la bouche, tout va trop bien pour le clan du refus.Un excès de confiance peut jouer de vilains tours à celui qui, tel M.Parizeau, ne pèche pas par excès d’humilité.À cet égard, la télé, l’écran du bonheur ou du malheur, c’est selon, est traîtresse et sans pitié pour celui qui, trop sûr de lui, respire l’arrogance du vainqueur.La confrontation exacerbe les échanges, pousse au paroxysme le culte de la personnalité, du chef sans failles.Courtois, calmes et sereins, les deux chefs n’ont rien à perdre, tout à gagner, d’une confrontation certes mémorable qui, au fond, lance une seule et grande question aux indécis : lequel vous inspire le plus confiance ?Qui est le plus crédible ?De qui achèteriez-vous une auto d’occasion ?Rendons grâces — de quoi et à qui au juste ?— pour ce face à face, test de leadership au Québec pour les prochaines années.EN BREF.Dickson penche pour le OUI L’EX-JUGE en chef de la Cour suprême du Canada, M.Brian Dickson, estime que les Canadiens ne prennent pas assez au sérieux la plus grave crise en temps de paix que vit le Canada.« Nous sommes confrontés à des dangers, de sérieux dangers, pour notre survie nationale », a commenté M.Dickson, qui a pris sa retraite il y a deux ans.L’ex-juge en chef se prononce rarement sur des sujets politiques.Mais hier, il a implicitement soutenu le camp du OUI, qualifiant l’accord constitutionnel de Charlottetown « d’exploit ».Wells craint pour l’Ouest LE PREMIER MINISTRE de Terre-Neuve craint que l’Alberta et la Colombie-Britannique ne votent NON au référendum du 26 octobre.De retour vendredi de la tournée de deux jours qu’il a effectuée dans l’Ouest pour y défendre l’accord de Charlottetown, Clyde Wells s’est dit préoccupé.Un vote pour le NON lui est apparu comme une réelle possibilité dans ces deux provinces, a-t-il dit.Il compte se rendre la semaine prochaine en Ontario et au Manitoba.Le débat référendaire tourne «au ridicule» Parizeau obtient les textes juridiques d’une autre source que le bureau du premier ministre Jean Dion envoyé spécial du DEVOIR CHICOUTIMI — Pour Jacques Parizeau, l’embrouillamini qui entoure la parution des textes juridiques de l’entente de Charlottetown reflète ni plus ni moins le degré de * ridicule » dans lequel est sombré le débat référendaire, dont les à-côtés constituent une véritable « parodie ».Sur un ton résigné mais non dénué de dérision, le leader du NON a commenté, en soirée hier, les informations selon lesquelles Robert Bourassa détenait la version finale des textes depuis jeudi soir, version dont Radio-Canada a également dévoilé des extraits au cours de l’après-midi.Pendant ce temps, le comité du NON obtenait aussi les textes, mais en empruntant des canaux « moins officiels, pas par le bureau du premier ministre » comme celui-ci l’avait promis.En substance, a dit M.Parizeau, toute cette histoire démontre à quel point la situation est devenue « absurde ».« Pour des gens qui veulent discuter de la Constitution, cela fait très sérieux, a-t-il ironisé.Des morceaux qui sortent n’importe comment, des rumeurs de toutes espèces.Et tout ça simplement pour l’expression juridique de ce que devrait être une constitution.Tout cela commence à faire de moins en moins sérieux.Mais à quoi diable jouent-ils?» Néanmoins, il refuse de s’en faire.« J’ai passé le point où je pouvais me formaliser de choses semblables.Cela devient tellement absurde comme scénario.Ce pays a pourtant déjà été sérieux.Ça n’a pas de bon sens que ça vire comme ça.Ce n’est pas correct.» M.Parizeau a indiqué qu’il étudiera les textes juridiques aujourd’hui et que ce n’est qu’alors qu’il les commentera.Mais ayant amplement le temps d’en prendre connaissance et de les analyser d’ici lundi, il a assuré que ce nouveau quiproquo n’aurait pas d’influence sur le débat télévisé des chefs.Cette réaction somme toute réservée s’inscrivait dans l’exacte lignée des propos cjue le chef péquiste avait tenus plus tôt sur d’autres sujets, au dernier jour de sa tournée au Saguenay.Commentant les plus récents sondages et les allégations de ses adversaires, il avait en effet joué la carte du calme et de la prudence.En matinée, M.Parizeau aurait pourtant eu toutes les raisons de festoyer avec la publication d’un sondage Léger et Léger donnant près de 26 points de priorité au NON, la plus forte avance depuis le début de la campagne.Mais il a résolument refusé d’arborer « un sourire trop prononcé, même quand on est tente de l’avoir ».Car, dit-il, « tout n’est pas joué.Nous avons déjà assisté à des surpri ses par le passé.Il ne faut surtout pas se laisser emporter par un écart même si, comme celui-ci, il est important.Pas d’emballement prématuré.» Cela dit, M.Parizeau a fait valoir que la vague irrésistible qui semble porter son option avait aussi ses effets négatifs, qu’il décèle dans « le ton, que je n’aime pas du tout, que certains ont commencé à adopter dans la campagne.Depuis deux ou trois jours, et singulièrement hier (jeudi), on lance des injures.» Il a pointé du doigt son vis-à-vis Robert Bourassa, « avec ses accusations de mensonge et de malhonnêteté intellectuelle », ainsi que l’ex-ambassadeur Yves Fortier, «ce porte-parole du comité fédéral du Y ES qui a parlé de racisme et de xénophobie ».Ce genre d’allégations, indique-t-il, tendent à démontrer que « dans le camp du OUI, on commence à s’énerver passablement.À ceux-là, je dis : un instant, du calme.» Car, prévient-il, « lorsque M.Bourassa se sent menacé, il a recours aux insultes.Nous l’avons vu aux derniers jours du débat à l'Assemblée nationale : il a prononcé defc propos injurieux que je ne l’avais jamais vu utiliser auparavant.Mais nous contrerons ces attaques en faisant preuve de calme.» M.Parizeau s’est par ailleurs défendu d'avoir utilisé le même genre d'injures à l'endroit de son vis-a-vi$.On sait que la campagne du NON menée par lui et Lucien Bouchard a pris une nouvelle saveur cette sa-maine, les attaques à l’endroit de l’entente du 28 août étant de plus en plus déviées vers la personne du premier ministre.Mercredi, à Rouyn-Noranda, le chef du Bloc québécois avait notamment accusé M.Bourassa d’avoir « trahi » le Québec à Charlottetown.Hier, M.Parizeau a lancé au chef libéral : « Vous, personnellement, avez sacrifié le consensus du Québec qui s’était fait autour de Bélanger-Campeau.Votre défaite ne sera pas notre défaite.» Là-dessus, a précisé M Parizeau, «je n’ai pas accusé M.Bourassa de mentir comme lui l’a fait.Nou,s avons un débat autour d’un projet de contrat.La question, c’est de savoir s’il correspond ou non aux intérêts du Québec.Nous voulons maintenir le débat sur ce ton-là.» Pour le débat télévisé Les deux camps ont écarté les journalistes Paule des Rivières LE DÉBAT des chefs, lundi soir, porte bien son nom.Car les chefs ont, comme jamais auparavant, imposé leurs conditions aux trois réseaux de télévision qui présenteront la confrontation.MM.Jacques Parizeau et Robert Bourassa ont choisi les quatre thèmes qui rempliront les 90 minutes de débat, de 21 h à 22 h 30, qui sera présenté à Radio-Canada, à Radio-Québec, à Télé-Métropole et à News-world — le réseau de nouvelles continues présent partout au pays.Trois chaînes radiophoniques interrompront aussi leurs émissions régulières : la radio AM de Radio-Canada, le réseau Télémédia et le réseau Radio-Mutuel.Le débat aura lieu dans un studio de l’édifice Téléport, à l’angle des rues Papineau et René-Lévesque, à Montréal.Dans leurs négociations, les chefs des deux comités ont catégoriquement refusé de remettre leur sort entre les mains d’un journaliste, malgré que plusieurs noms leur aient été soumis.Peut-on mieux illustrer l’extrême méfiance qui règne entre la profession journalistique et les deux comités politiques ?Ainsi des noms comme Lysiane Gagnon, Jean-V.Dufresne et Florian Sauvageau n’ont pu faire l’unanimité.Situation totalement à l’opposé de celle des États-Unis où plusieurs journalistes refusent de jouer le jeu des grands débats, parce qu’ils ne peuvent avoir le dernier mot.Ici, le dilemme ne s’est pas posé.L’invitation n’est pas venue.Finalement, le choix s’est arrêté sur le président du Conseil de presse, M.Guy Bourgeault.Ce dernier passera le week-end à se familiariser avec la technique télévisuelle.Mais il prévient que « l’on ne me transformera pas en vedette et l’on ne me dira pas quel habit porter».M.Bourgeault recevra également, cet après-midi, les questions qu’une petite équipe de recherchistes a dé- veloppées autour des quatre thèmes qui sont, rappelons-le : le partage des pouvoirs et le pouvoir fédéral de dépenser, l’autonomie des autochtones, la société distincte, la clause Canada et l’union économique et sociale et enfin les institutions et la formule d’amendement.« M.Bourgeault arrive comme un sauveur qui permet que le débat ait lieu, dit Alain Saulnier, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.Car les organisations des deux camps ont méprisé les capacités de nos grands journalistes à être au-dessus de la mêlée.» L’organisme que préside M.Bourgeault reçoit les plaintes des individus ou groupes estimant qu’un média a mal traité d’une question.Que fera-t-il si quelqu’un se plaint du débat ?« La vice-présidente tranchera celte question.» Les négociations entre les deux camps ont démontré à quel point le débat est crucial pour les chefs.Pour Robert Bourassa, il s’agit d’un quitte ou double.Pour Jacques Parizeau, un match nul peut être satisfaisant.À l’issue du débat cependant, les journalistes ne manqueront pas c(e décortiquer le face à face sous loutqs les coutures.À Radio-Canada, Le Point pourrait précéder le téléjournal afin de permettre à son animateur Jean-François Lépine d’analyser le débat.À Télé-Métropole, Pierre Bruneau animera une table ronde qui inclura notamment le journaliste Jean-François Usée de L'actualité.À Radio-Québec, Michel Viens animera une table ronde réunissant Pierre Fournier, politicologue et directeur des études financières chez Samson Bélair, André Bernard, spécialiste en sondages et professeur à l’Université du Québec à Montréal, et Guy Côté, conseiller en communications au cabinet de relations publiques National.Radio-Québec invitera aussi ses téléspectateurs à lui faire connaître le nom de celui qui, à leur avis, a gagné le combat.Parizeau a tout à perdre; Bourassa, tout à gagner Jean Dion JACQUES PARIZEAU est heureux et impatient d’aller au combat.Depuis la confirmation de la présentation du débat télévisé des chefs, il le réaffirme sans détours.Quoi de plus normal, ajoute-t-il, c’est lui qui le premier avait accepté de croiser le fer avec son adversaire devant les caméras.C’était il y a environ trois semaines, alors que la campagne référendaire démarrait à peine et que, fait à noter, le OUI et le NON étaient pratiquement nez-à-nez dans les intentions de vote.Depuis, la donne a cependant bien changé.Le NON flotte littéralement dans les sondages (« l’eau monte », disait Robert Bourassa, cette semaine), les tuiles s’abattent à répétition sur le camp du OUI, et les opposants à l’entente tablent tranquillement sur leurs acquis, décortiquant aux quatre coins du Québec le projet d’entente sans trop faire de vagues.Conscient de ce que seule une peau de banane géante pourrait être de nature à renverser les tendances, le NON mène en fait depuis plusieurs jours une campagne fort conservatrice, ressassant à l'envi les mêmes thèmes, ne s’aventurant jamais au-delà des sentiers battus qui consistent à dire que : a) plus on regarde l’entente, plus on est contre; b) les preuves viennent de partout que Robert Bourassa s’est écroulé à Charlottetown; et c) la paix sociale ne sera nullement mise en péril, au lendemain du 26 octobre, par une victoire du NON.Or dans cet océan de prudence, qui fait damner les reporters en mal de copie, le débat s’annonce comme le seul écueil éventuellement susceptible de forcer le clan du NON à rajuster sa stratégie défensive mais efficace, qui consiste à fermer le jeu et à gagner du temps jusqu’au jour du scrutin.Pour Jacques Parizeau et ses troupes, l’opération n’est évidemment pas sans risques.Celui-ci, bien sûr, refuse catégoriquement d’admettre qu’il a tout à perdre à affronter en direct le redoutable rhétoricien qu’est Robert Bourassa, ce qui est ordinairement le lot des candidats en avance.Mais où diable d’autre sa campagne pourrait-elle s’échouer, elle qui a la partie belle en jouant sur les deux tableaux du refus des fédéralistes « pro-renouvellement en profondeur » et des souverainistes ?En fait, M.Parizeau n’avait pas le choix.Il se donne aujourd’hui des munitions en empruntant une attitude positive, indiquant que le débat est non seulement une chose souhaitable, mais aussi un événement « né- cessaire à l’information du public ».C’est de bonne guerre.Ce qui est par contre clair, c’est qu’un calcul rapide des enjeux a démontré qu’un refus de participer, peu importe les motifs invoqués, aurait probablement été pire qu’un éventuel revers, par ailleurs toujours discutable, devant les caméras.Après avoir appelé un débat de tous ses voeux, il aurait été bien maladroit de se défiler.Il ne s’agit pas de prêter des intentions au chef péquiste en alléguant qu’il ira en studio à reculons.Son coffre n’est pas à dédaigner, pas plus que l’avantage enviable qui est le sien de se poser en critique d’un projet d’entente qu’il n’hésitera pas à dénoncer à la fois sur la nature minimale de ses dispositions et sur son caractère nébuleux dans l’esprit de plusieurs, qui formeront commodément, lundi soir, un bon contingent de téléspectateurs.Mais M.Parizeau doit également tenir compte de ce que, jusqu’au sondage Léger et Léger paru hier, sa popularité personnelle s’était toujours tenue en deçà de celle de M.Bourassa.À Jonquière, il en a tenté une explication, faisant valoir que les appuis aux leaders du NON se divisaient entre Lucien Bouchard et lui (« ce qui est très bien », a-t-il précisé), pendant que la contre-performance dramatique de Brian Mulroney dans les consultations ne pouvait que forcer les partisans du OUI à se rabattre sur le premier ministre j du Québec comme porte-étendard.Cette thèse en vaut une autre, et il J est difficile de l’analyser à la lumière de l’ambivalence proverbiale des Québécois.Chose certaine, il est loin d’être acquis que l’avance du NON, j qui oscille entre les 20 et 25 points, j pourra se traduire sur le plancher du débat, où deux personnalités très différentes se livreront à un chassé-croisé dont il est possible que les auditeurs sortent encore plus confus qu’avant.Cela dit, M.Parizeau a perdu ces jours derniers un gros cheval de bataille, l’argument de l’absence des textes juridiques.Il lui reste l’« écra- | sement » de Charlottetown, la caution Allaire et le fond de l’entente, '¦ dont il a abondamment discouru lors ! de sa campagne, pour contrer le spectre de l’insécurité et de la sépa- | ration que ne manquera certes pas de lui servir son vis-à-vis.M.Parizeau consacrera la fin de semaine à préparer, en compagnie de ses conseillers, le premier débat à avoir lieu au Québec en 30 ans.Il partira lundi soir avec un coussin appréciable.Il ne doit craindre qu’une j chose, c’est que le ciel lui tombe sur | la tête.Michel Venne MAINTENANT qu’il touche le fond du baril, avec des sondages qui donnent la majorité absolue au NON, le chef du OUI, M.Robert Bourassa, compte sur la publication des textes juridiques aujourd’hui pour clore un épisode, et sur le débat télévisé pour « remonter à la surface ».Convaincu de pouvoir l’emporter contre Jacques Parizeau devant plus de trois millions de téléspectateurs lundi soir, M.Bourassa passe de la défensive à l’attaque.Sa cible : les souverainistes qui cachent leurs véritables intentions dans cette campagne, selon lui.Son arme : les « surprises désagréables » que réserverait aux citoyens une victoire du NON.Selon les propos qu’il a tenus ces derniers jours, l’entente elle-même sera traitée de plus en plus en arrière-plan, présentée de toute manière comme le moins mauvais scénario.Visiblement, M.Bourassa veut faire glisser la campagne sur les conséquences d’un rejet de cet accord.« Si les Québécois et les Canadiens décident en fonction de l’entente comme telle, sans tenir compte des conséquences, ils peuvent avoir des surprises désagréables », a-t-il dit hier devant une soixantaine de personnes d’affaires pour le OUI réunis au Manoir Comeau, à Baie-Comeau, dans la circonscription de Brian Mulroney.Au cours des deux dernières semaines de campagne, il faudra « situer le débat dans sa vraie perspective », a-t-il déclaré.« Si on dit NON, on dit OUI à quoi ?» « Il faut, a-t-il ajouté, que les Québécois réfléchissent à l’après-26 octobre.Les Québécois et les Canadiens doivent décider s’ils veulent un pays inachevé, et encaisser un 8e échec en 40 ans (après ceux de 1950,1964,1971, 1980, 1982, 1987 et 1990) ou aller de l'avant.» À plusieurs reprises, hier, le premier ministre a soutenu que les souverainistes souhaitent une victoire du NON pour une simple raison : ils veulent se préparer la partie belle pour les prochaines élections et affronter « un fédéralisme le plus facile à combattre possible ».Selon M.Bourassa, si l’entente est rejetée, les Lucien Bouchard et les Jacques Parizeau, qu’il a accusés jeudi de malhonnêteté intellectuelle, seront les premiers en campagne électorale a reprocher au gouvernement de n’avoir obtenu ni la société distincte, ne le droit de veto, ni de nouveaux pouvoirs en matière de culture et de main-d’oeuvre, toutes choses qui figurent parmi les 31 gains que procure cette entente au Québec, soutient le premier ministre.« Leur objectif est de faire campagne pour la souveraineté contre le fédéralisme le moins attrayant possible », a-t-il soutenu.Si le NON devait l’emporter, « ce qui-est loin d’être fait», on se retrouve « assis entre deux chaises », dit-il dans une interview à la radio locale.Selon lui, les investisseurs étrangers vont dire : « Le Canada vacille, c’est un pays à l’avenir incertain qui ne parvient pas encore à régler ses problèmes.» Un NON est un OUI au statu quo, dit-il.Et qui peut penser qu’une nja-jorité de Québécois soient en faveur du statu quo au Canada, avec l’amèr-tume, les tensions et l’insatisfaction qu’il suscite.Ou alors c’est se rapprocher de la rupture du pays, une autre option que la majorité des Québécois, suppose M.Bourassa, n’est pas prête à envisager, puisque ses principaux propagandistes refusent d'en parler.Face au statu quo et à la souveraineté, l’entente apparaît comme le choix le plus raisonnable, dit-il.L’fn-tente n’est pas la perfection, a-t-il Répété, soulignant qu’elle ne satisfait pleinement personne : ni l’Ouest Canadien qui estime que le Québec a trop eu, ni les autochtones dont certaines nations contestent l’accord.« Les Québécois doivent regarder le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide», a-t-il déclairé, comme il a souvent comparé l’pn-tente à un prix secondaire d’une'loterie, le « 2e prix », précise-t-il maintenant, récusant l’expression « prix de consolation » employée par LE DEVOIR jeudi : 500 000$ au lieu du million espéré.À la radio, le chef du OUI dit»en être venu à la conclusion, lors des/ijê-gociations du mois d’août, que « sr gn demandait plus, il n’y aurait pas eu d’entente ».M.Bourassa « croit qu’un grâtld nombre de Québécois n’ont pas pris une position définitive », même si le sondage Léger et Léger publié hier donne 51 % au NON (en hausse de huit points depuis une semaine), 27 % au OUI (en baisse de un) et 22 % d’indécis (en baisse de quatre points).« Le vote pour le NON est un vote mou, dit-il.La raison va prévaloir.Dans l’isoloir, les Québécois auront un réflexe de prudence.Pourquoi dire NON à des gains, quand l’entente ne bloque pas l’avenir ?» Affirmant que « gouverner le Québec n’est pas une sinécure », il dit que ce sont les citoyens « qui prennent la décision », lui ayant, à son avis, « fait le maximum » pour les informer sur les bienfaits d’une entente qui pourra paraître, à la lueur de l’histoire dans quelques années, si elle est rejetée, comme « une chance manquée »; r A-6- ¦ Le'Devoir, samedi 10 octobre 1992 POLITIQUE Rae tente de neutraliser l’effet D’après Campeau, les banques Trudeau sur les Anglo-Québécois n’ont guère apprécié l’intervention de la Royale Catherine Leconte Vfc^U « en voisin » pour faire sortir le fcftte des anglophones de Montréal en^veur de l’entente constitutionnel, le premier ministre de l’On-tarjq Bob Rae s’est taillé un franc succès hier midi auprès de quelque 80 .représentants — pour la plupart jeyjijjes, mâles et anglophones — de la communauté des affaires.Au Comité du OUI du comté de Saint-Louis, au centre-ville, il a soutenue moral des troupes (parmi lesquelles le chef du Parti Égalité, Robert Libman) en déclarant que meme si les sondages donnent le NÉltff largement gagnant au Québec, il IM « ridicule » de suggérer aux tenants du OUI de jeter l’éponge dès maintenant. mmmm sunrunner "TT : î J < ¦-ÿïx* ¦ ù ft*- ;i ' En Sunrunner cet hiver, vous avez aussi peu de chances d'être remarqué Le Sunrunner, c'est un tank.Rien ne l'arrête, surtout pas une petite tempête de neige.Peut-être ne serez-vous pas remarqué en Sunrunner, cet hiver, mais vous allez faire votre chemin.tSelon la première éventualité."L'Assistance routière est offerte sur les modèles Asüna 1993.Durée : 3 ans ou 60 OOO km selon la première éventualité.Détails chez votre concessionnaire.• Offert avec 2 ou 4 roues motrices • Freins arrière antiblocage o Moyeux à verrouillage automatique pour le 4 x 4 • Moteur 1,6 L à injection électronique • Garantie 3 ans/60 OOO km, sans franchise* « Assistance routière Asüna 24 heures* A Assistance ROUTIÈRE HuiSS Rsüna CONSTRUITES POUR N'IMPRESSIONNER PERSONNE D'AUTRE QUE LE CONDUCTEUR.Chez votre concessionnaire Pontiac • Buick Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 L’ACTUALITE INTERNATIONALE Israël pose ses conditions La visite éclair d’Amr Moussa à Jérusalem n’a pas l’effet escompté JÉRUSALEM (AFP et Reuter) -Israël a accepté (AFl .té la participation de représentants de Palestiniens de la diaspora aux négociations multila-uet térales sur le Proche-Orient en posant trois conditions, a indiqué hier le Çorte:parole du premier ministre Itzhak ~ « Ces représentants palestiniens vivant en del dehors des territoires (occupés) ne doivent pas être membres du CNP (parlement en exil de l’OLP), ne pas être résidents de Jérusalem-est, et la délégation palestinienne doit s’engager à ne pas soulever ta question du droit au retour des réfugiés palestiniens », a précisé G ad Ben-Ait Il a précisé que la position israélienne avait été transmise au minis- tre égyptien des Affaires étrangères AmriMoi oussa, qui a effectué jeudi une en Israël, où il a rencontré abin et le ministre des Affai-angères Shimon Peres, adio israélienne citant M.Pe-avait donné que deux condi-jeudi soir mais la position tra-nelle israélienne est de refuser icuter d’un droit au retour pour alestiniens.discussions multilatérales, nt sur cinq thèmes d’intérêt ré-1, s’étaient tenues pour la pre-fois à Moscou en janvier, ès la réunion de Moscou, Israël refusé à prendre part à la con* lission sur les réfugiés et sur le oppement économique régional ison de la présence de Palesti-de la diaspora et appartenant à l’OLP.La commission sur le développement économique régional se tiendra à Paris les 29 et 30 octobre.La commission sur les réfugiés devrait se réunir dans les prochaines semaines au Canada.Tout en se félicitant des efforts du Caire pour relancer les négociations israélo-arabes, on s’efforçait hier dans les milieux israéliens autorisés de minimiser la portée de la visite-éclair d’Amr Moussa, ministre égyptien des Affaires étrangères.« Il a apporté avec lui toutes sortes d’idées sur la mise en place de l’autonomie palestinienne, mais aucune de nouvelle.Toutes ces idées ont été rejetées », a souligné un haut responsable, dont le ton tranche avec l’optimisme affiché par Amr Moussa à son retour au Caire.Il a prédit que les négociateurs israéliens seraient porteurs d’instructions « positives » lors de la reprise, le 21 octobre prochain à Washington, des pourparlers avec les Arabes.À la faveur de sa visite, le gouvernement d’Yitzhak Rabin a fait savoir qu’il était prêt à discuter avec des Palestiniens de la dispora dans le cadre du processus de paix lancé il y a un an a Madrid, contrairement au cabinet de droite d’Yitzhak Shamir, auquel il a succédé en juillet.On espère, de source israélienne autorisée, que cette concession favorisera le climat des négociations.Les délégués palestiniens, qui attendent une réaction de l’OLP à Tunis, n’y ont, pour le moment, pas réagi.UQAM ^université actuelle • '• • - r; (qiactif* programme de maîtrise a comme objectif l'approfondissement des connaissances dtins le champ du droit social et du travail.Il vise à former des juristes aptes à tf ! vailler dans des équipes multidisciplinaires et capables de contribuer au développait int du droit social et du travail par la publication de leurs travaux.Le programme est a ssi ouvert a des non-juristes spécialistes des politiques sociales et du travail.Maîtrise en droit social et du travail (LL.M.) Admission, session d'hiver 1993 k tivités du programma C i programme de maîtrise sans mémoire comprend 45 crédits.À la session d’hiver 193, il prévoit les cours et séminaires suivants, dispensés en soirée (à partir de 18h) : séminaire interdisciplinaire Irait du travail III : modèles comparés en droit du travail et organismes ntemationaux du travail ràndements des législations sociales et du travail séminaire en droit social séminaire en droit du travail : le droit professionnel I éditions d’admission I tsséder un baccalauréat ou l'équivalent en droit.Peuvent être admis des can-( i )at(e)s ayant un baccalauréat dans une autre discipline et une expérience ou une ( i nnaissance pratique du domaine du droit social ou du travail.Les admissions se I nt à temps complet ou à temps partiel.I insaignomsnts al demandas d'admission : s’adresser avant le 1 " novembre 1992 à II " Katherine Lippel, département des sciences juridiques, tél.: (514) 987-3903."I Université du Québec à Montréal COLLEGE FRANÇAIS MATERNELLE - PRIMAIRE - SECONDAIRE - COLLÉGIAL 185 Av.Fairmount POUR LA PREMIÈRE FOIS.Laurier — Autobus 51 Place des Arts — Autobus 80 JOURNEE PORTES OUVERTES Invitation spéciale aux parents des futurs élèves du secondaire LE DIMANCHE 1ER NOVEMBRE DE 14H00 à 17H00 Visitez: le PAVILLON CENTRAL, le PAVILLON DES SCIENCES (4 étages de laboratoires), le PAVILLON DES THÉÂTRES, (coin Fairmount et Durocher) les RÉSIDENCES DES SPORTIFS, le pensionnat du secondaire INSCRIPTION EN IRE ANNÉE DU SECONDAIRE Deux possibilités: 1 EXAMENS D’ENTRÉE (pour les élèves de 6ième année) Les samedis: 31 OCTOBRE 1992 à 9h30 7 NOVEMBRE 1992 à 9h30 (Inscription sur liste de candidats) 2 ADMISSION SUR DOSSIER.(Entrevues individuelles) Étude des bulletins de l’année antérieure et de l’année en cours.Décision immédiate.Tests si nécessaire.PORTES OUVERTES pour les inscriptions en pré-maternelle, et au primaire.RENDEZ-VOUS AU 5155 RUE DE GASPÉ Metro laurier N.B.:les inscriptions du collégial pour la session de janvier ont lieu tous les jours au bureau d’admission.Rendez-vous au 185 a.Fairmount, O.(à deux pas d’Outremont) Téléphone: 495-2581 Télécopie: 271-2823 Pavillon contrat: 185 tv.Fairmount 0.Stationnement assuré — Navette entre les deux établissements Willy Brandt, l’homme qui a rendu possible le rapprochement Est-Ouest BONN (Reuter) — Dernier chef de file de la génération qui a reconstruit l'Allemagne sur les ruines du Ille Reich, Willy Brandt est sans doute l’homme politique allemand qui aura remué le plus de passions au cours de l’après-guerre.L’ex-chancelier social-démocrate, dont la personnalité allait souvent droit au coeur, a mobilisé des millions d’électeurs d’Allemagne fédérale en les conviant à une démocratie plus audacieuse et en inscrivant le terme de « compassion » dans le vocabulaire politique de son pays.Parallèlement, il a eu droit aux plus violentes attaques de ses adversaires chrétiens-démocrates, qui l’ont traité de traître à la patrie, de dupe des Soviétiques et de charlatan habité par l’obsession de cacher sa naissance illégitime.Mais au bout du compte, le plus révélateur est peut-être la profonde reconnaissance dont témoignent les premières réactions des milieux politiques à l’annonce de la mort de Willy Brandt, jeudi à l’âge de 78 ans, des suites d’un cancer de l’intestin.« Le gouvernement pleure un représentant de l’Allemagne qui a valu à notre pays un respect politique que très peu d’autres ont obtenu », a déclare Dieter Vogel, porte-parole officiel du chancelier Helmut Kohl, dans un hommage caractéristique.Même Henry Kissinger, à qui l’Ostpolitik (ouverture à l’Est) de Willy Brandt inspira une méfiance tenace, a ensuite reconnu en lui le symbole d’une Allemagne qui tournait le dos à son passé nazi.« La personnalité chaleureuse et sensible de Brandt était idéale pour le role symbolique qui était le sien », écrit dans ses mémoires l’ex-secrétaire d’État d’origine allemande.« Qui peut oublier la scène émouvante et historique du chancelier allemand visitant la Pologne ou tombant spontanément à genoux en hommage aux victimes du ghetto de Varsovie?», ajoute-t-il avant de critiquer les fréquents accès de mélan- i rent tomber le Mur de Berlin en novembre 1989 le saluèrent en reprenant sa formule, « ce qui appartient au même ensemble grandira désormais dans l’unité ».Les débuts de Willy Brandt comme militant socialiste exilé en Norvège et anti-nazi lui avaient conféré un prestige moral auquel peu d’autres leaders allemands d’après-guerre pouvaient prétendre.Ce qui servait aussi d’argument aux conservateurs : ceux- ci rappelaient régulièrement qu’il avait été privé de sa citoyenneté par les nazis et avait regagné Berlin sous un uniforme de commandant norvégien.Sa naissance illégitime en 1913 à Lubeck donna lieu à une campagne féroce dans les années 1960.Le chancelier d’alors, Konrad Adenauer, avait ainsi rappelé son vrai nom en parlant de « Wüly Brandt, alias Herbert Frahm».D’autres raillaient en lui un John Kennedy de pacotille, par allusion au discours dans lequel le président américain avait déclaré en 1963 dans la ville divisée « Ich bin ein Berli- Les deux hommes présentaient pourtant des points communs.Bien qu’il ait eu plus de mal à conquérir le pouvoir (la chancellerie ne lui fut acquise qu’au troisième essai), Willy Brandt incarnait comme J.F.Kennedy une évolution vers un type de dirigeants plus jeunes et dynamiques.Sa personnalité imprégnait son PHOTO AP Willy Brandt, ex-chancelier social-démocrate, a reconstruit l’Allemagne sur les ruines du Ille Reich.style oratoire, ne fut-ce que par un iretait colie de Willy Brand.Après avoir été de 1969 à 1974 l’un des chanceliers qui ont le plus prêté à controverse, Willy Brandt s’est imposé dans ses dernières années comme le doyen incontesté de la classe politique allemande, jouissant d’un respect qui transcendait les cli- vages traditionnels entre partis.Son prestige s’étendait à l’ex-RDA, où des admirateurs avaient risqué l’arrestation en allant lui souhaiter la bienvenue lors de sa première visite à l’Est en 1970.Une génération après, les habitants d’Allemagne orientale qui fi- timbre rauque qui se prêtait aussi naturellement aux murmures de la sagesse qu’à des exhortations explosives qui frisaient parfois la démagogie.En marge de ses nombreuses victoires et défaites politiques, Willy Brandt a mené une vie privée orageuse, marquée par trois mariages -deux avec des Norvégiennes, le troisième avec une Allemande de 35 ans plus jeune que lui.L’Europe n’a cure des élections américaines Les Européens ne voient pas de différence entre Bush et Clinton Sylviane Tramier LA CAMPAGNE électorale américaine s’est fort peu souciée jusqu’ici de politique étrangère.C’est dans l’ordre des choses : ces questions ne passionnent pas assez l’électorat pour qu’il soit politiquement rentable de les soulever autrement qu’en passant.Les partenaires politiques des États-Unis leur rendent la pareille : les élections américaines ne les ont pas beaucoup intéressés.Les Européens en particulier ont l’impression qu’il n’y a pas de différence majeure entre un George Bush et un Bill Clinton.Ils n’ont pas de préférence marquée pour l’un ou l’autre candidat.Et ils ont aussi d’autres chats à fouetter.« L’Europe est absorbée dans ses problèmes, » dit Philippe Moreau-Defarges, politicologue à l’Institut français des relations internationales (IFRI) « Les dirigeants européens sont en période difficile, aussi les élections américaines passent-elles au deuxième plan.» Ce manque d’intérêt pour l’issue d’une élection présidentielle qui est censée désigner le dirigeant de la seule superpuissance du globe qui nous reste, découle aussi d’une con- viction que les Européens ont ac-de quise au cours des dernières années : les États-Unis sont en déclin et leur leadership mondial, qu’ils ont tenté d’affirmer pendant la guerre du Golfe, est en net recul.Et ils en veulent pour preuve l’incapacité des États-Unis à se défaire de Saddam Hussein, leur impuissance, égale à celle des Européens, devant la guerre en Yougoslavie (ou leur réticence à déployer ne serait-ce que des petits moyens pour l’arrêter) et leur situation économique incertaine.D’autre part, les Européens ont conscience que l’Amérique s’éloigne de l’Europe, bien qu’elle y aient encore des intérêts économiques et commerciaux considérables.« Une chose nous frappe quand même dans cette élection » dit Philippe Moreau-Defarges, « c’est que si Clinton l’emporte comme le prévoient aujourd’hui les sondages, George Bush aura été le dernier président « atlantiste » des États-Unis.Celui d’une génération qui a vécu la Information Ville de Montréal v?QZ Commission de la culture et du développement communautaire La Commission permanente de la culture et du développement communautaire, issue du Conseil municipal de la Ville de Montréal, tiendra une assemblée publique d'information concernant les orientations proposées sur les maisons de la culture: les 9, 10, 16, 17 et 19 novembre 1992 à la salle du Conseil municipal, 275, rue Notre-Dame Est, à 19 heures à l’exception de la séance du 19 novembre qui aura lieu à 13 h 30.le mardi 13 octobre 1992, à 19 heures Centre Jean-Marie-Gauvreau 911, rue Jean-Talon Est (près de la rue Saint-Hubert, métro Jean-Talon).Les formalités suivantes sont d'usage concernant la participation du public: toute personne désirant intervenir par écrit est priée de bien vouloir faire parvenir une copie de son intervention à l'adresse suivante: Cette assemblée a essentiellement pour but de renseigner la population sur le contenu des propositions présentées par l'Administration municipale concernant les orientations des maisons de la culture.Une période de questions, mise à la disposition du public, est prévue lors de cette assemblée.Division des commissions et des comités du Conseil 85, rue Notre-Dame Est Montréal (Québec) H2Y 1B5 Téléphone: 872-3770 Télécopieur: 872-9964 La date limite de dépôt des interventions écrites est le 6 novembre 1992.Pour toute demande de renseignements supplémentaires, on peut s'adresser au secrétaire de la Commission en téléphonant au 872-3770.Suivant cette période d'information, la Commission recevra les commentaires et suggestions du public lors d'une seconde série d'assemblées fixées aux dates, heures et endroits suivants: Le 10 octobre 1992 Le greffier de la Ville, Léon Laberge VIVRE MONTREAL ET EN PARLER deuxième guerre mondiale et bâti le lien transatlantique militaire tel que nous le connaissons.» Mais le temps où les États-Unis étaient le protecteur naturel de l’Europe tire a sa fin.« Avec la fin de la guerre froide, le parapluie nucléaire américain n’interesse plus les Européens », dit Serge Halimi, analyste politique au Monde diplomatique.D’une certaine manière, la chute du mur de Berlin va continuer de peser sur la future organisation des relations euro-américaines, quel que soit le résultat des élections du 3 novembre.Le passage de témoin à une nouvelle génération qui n’a pas connu la deuxième guerre mondiale et la disparition de la menace soviétique a liquéfié le ciment stratégique qui soutenait l’architecture des relations entre les États-Unis et l’Europe de l’ouest.Le réaménagement de la puissance américaine est à l’ordre du jour.« La fin de la guerre froide a conduit à un changement profond dans la nature quotidienne de l’alliance de sécurité euro-américaine », dit François Heisbourg, spécialiste français des questions stratégiques.« Les Européens s’attendent à ce que les Européens, devant le délabrement social et économique des États-Unis, ne veulent plus qu’ils jouent ce rôle de leader.Cette élection sert de révélateur aux difficultés économiques des États-Unis et leur interdisent de jouer un rôle mondial.» En Europe, on n’en conclut pas forcément que les Américains vont se replier en position isolationniste.Mais on s’attend à ce que les questions de politique intérieure soient nettement prioritaires.Les Européens, à peu d’exception près, ont une conception plus interventionniste du rôle de l’État.L’élection américaine, mettant au prise un héritier du reaganisme et un partisan, modéré, de l'action gouvernementale, et semblant tourner à l’avantage du second, parait donner raison à l’approche européenne.Elle met en tout cas les défenseurs du libéralisme à outrance sur la défensive, et remet en cause les postulats libéraux.Les Européens considèrent que la vague libérale venue des États-Unis commence à être endiguée.Américains ne se mettent plus en première ligne sur les questions de sécurité.Pendant la guerre froide, nous avions les Américains en flèche et les Européens derrière.Cela est fini.Les États-Unis vont demeurer la plus grande puissance mondiale, mais ils n’exerceront plus leur leadership de façon systématique.» L’effacement du leadership américain amène les Européens a exercer un rôle auquel ils ne sont pas habitués.Ils ne sont pas encore prêts à se substituer aux États-Unis.« Les Européens et les Américains se rejoignent finalement : les Américains n’ont plus les moyens d’assumer leur hégémonie, estime M.Halimi.On l’a vu avec la guerre du Golfe qu’ils ont fait financer par les États du Golfe et les Japonais.Et les « Il est frappant, écrit le Financial Times de Londres, de voir que tous les projets de réformes de M.Clinton — en matière d’éducation, d’appren- teet< tissage, d’équipement, de santé et de politique industrielle — pousseraient l’économie américaine dans une direction très distinctement européenne.» Mais pour l’heure, ce qui déterminant dans les relations euro-américaines sont les questions commerciales.La tension croissante entre les États-Unis et la Communauté européenne à propos des négociations du Gatt occuoe tout le terrain.Quel que soit le prochain occupant de la Maison-Blanche, il aura en bonne place sur sa table de travail cette dispute qui est susceptible de causer plus de tort aux liens euro-américains que toute autre considération d’ordre stratégique.REDACTEURS EN CHEF Le samedi à 18 h Animée par Lise Bissonnette, directrice du quotidien Le Devoir, une émission qui réunit, chaque semaine, journalistes, politicologues et diplomates des cinq continents pour un tour d'horizon des grands événements dans le monde.Diffusé au Canada, aux Etats-Unis, en Amérique latine et dans les Caraïbes, c'est un débat sür l'actualité.A TV5, câble 15*.« Produit par Larry Shapiro - Les Affaires Mondiales * * * , * en collaboration avec TV5.LA TELEVISION INTERNATIONALE O l’eut varier.Consultez votre câblodistributeur.TOUT UN DÉBAT ! i Vt TT ifV »;•> oil tj tilr >lî j , 05) Uil «1 uv 1.1 Bit 9ft un 00 ol jq tid V Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 i m ACTUALITE INTERNATIONALE > IChevardnadze seul en lice pour affronter l’électorat géorgien Accord pour rapatrier 200 000 réfugiés guatémaltèque^ PHOTO AP Edouard Chevardnadze, leader géorgien pressenti comme le seul capable de maintenir l’unité de la Géorgie sécessionniste.< D'après Reuter et France Presse TBILISSI — Les Géorgiens sont invités dimanche à élire à la tête de leur pays Edouard Chevardnadze, j candidat unique.Pour ses partisans, il est le seul homme capable de ramener la paix clans une Géorgie en proie aux guerres ethniques et en délicatesse avec la Russie, son voisin le plus puissant.Edouard Chevardnadze dirige la Géorgie sans mandat officiel depuis mars.Il avait alors pris la suite de l’ex-président Zviad Gamsakhourdia, renversé par des opposants.Dans l’ouest du pays, des insurgés fidèles à Zviad Gamsakhourdia ont lancé un appel au boycottage des élections, qui ont été remises à plus tard en Abkhazie.Edouard Chevardnadze a déclaré au Conseil d’État, hier à Tbilissi, qu’il pourrait ajourner une rencontre prévue mardi avec le président Boris Eltsine, en qui il a dit perdre confiance.Une telle rencontre, a-t-il dit, ne peut avoir lieu qu’une fols les résultats des élections officiellement connus.« D’abord, la confiance envers la Russie a été grandement amoin-I drie », a-t-il dit selon des journalistes ¦ locaux.« On ne se poserait pas de questions si Boris Nikolaievitch avait rempli ses obligations».« Deuxièmement, je ne pense pas qu’il serait moralement correct de le rencontrer avant que les résultats des élections soient connues.Cela l semblerait imposer un dirigeant au peuple géorgien », a-t-il ajouté.Edouard Chevardnadze s’était abstenu jusqu’ici de critiquer directement Boris Eltsine, réservant ses flèches à l’armée et aux dirigeants conservateurs du parlement.Mais les relations avec le voisin le plus puissant de la Géorgie sont au plus sas.Edouard Chevardnadze a déclaré hier qu’il n’y avait aucun espoir d’édifier un État prospère sans rétablir de bonnes relations avec la Russie.Avoir de bonnes relations avec la Russie est d’une importance vitale, mais nous devons être sur un pied d’égalité », a-t-il dit.« En fait, les intérêts russes et géorgiens ne sont pas opposés.Us coincident ».Il a également lancé un appel aux insurgés pour qu’ils oublient leurs différends avec Tbilissi.« La Géorgie est maintenant coupée en deux (.) Mais nous devons créer ur pays fort, uni et démocratique », a-t-il ajouté.S’il rallie plus de 30 % des votes, Edouard Chevardnadze devra encore mettre au pas des unités de l’armée, indisciplinées et loyales à son adjoint, Jaba Iosseliani, et à son ambitieux ministre de la Défense, Ten-guiz Kitovani.Mais Kitovani a déclaré cette semaine à Reuter qu’il entendait garder le contrôle de l’armée.Des élections législatives auront aussi lieu dimanche.Elles se dérouleront selon un panachage entre scrutin de liste et scrutin majoritaire et aboutiront probablement à un parlement morcelé en petits groupes politiques.Beaucoup d'hommes politiques géorgiens sont terrifiés à l’idée d’un retour à la dictature, qu’ils ont connue sous le communisme, puis avec Zviad Gamsakhourdia, et ils ne sont pas mécontents de la perspective d’un Parlement faible dirigé par un président fort.Si Edouard Chevardnadze n’aura pas le titre de président de la République mais seulement de président du Parlement, sa légitimité, conférée par un mandat populaire, sera renforcée par des pouvoirs exécutifs en matière de défense et de politique étrangère.Georgy Chantouria, dirigeant du Parti national démocrate, a déclaré à Reuter que ces élections mettraient fin au soutien dont jouit encore Zviad Gasakhourdia.Quant aux récentes allusions d’Edouard Chevardnadze à sa démission éventuelle, ce n’était qu’une manoeuvre politique, a-t-il ajouté.* Il peut survivre sans problème.C’est un joueur et il est dans son élément, maintenant».Mais hier, à Goudaouta, au quartier général abkhaze dans le nonl de la république autonome séparatiste de Géorgie, le président au parlement abkhaze Vladislav Ardzinba, a déclaré à 1’ AFP : « Nous ne permettrons pas la tenue des élections en Abkhazie ».« Ces élections n’ont aucune justification juridique», a affirmé M.Ardzmba, estimant que les élections présidentielles avaient déjà permis l’an dernier l’arrivée au pouvoir de M.Zviad Gamsakhourdia, destitué en janvier par l’opposition.Les autorités géorgiennes ont maintenu sur le territoire abkhaze les élections prévues dimanche en Géorgie, à l’exception de l’Ossétie du sud.Les électeurs doivent désigner leurs députés ainsi que le président du parlement, pour lequel le président du Conseil d’État Édouard Chevardnadze est l’unique candidat.En fait, des bureaux de vote seront ouverts au gré des positions militaires des deux camps.Les Abkhazes reconnaissent qu’ils ne peuvent empêcher partout la tenue des élections, notamment à Soukhoumi la capitale, tenue par les Géorgiens.M.Ardzinba s’est montré intransigeant sur le règlement du conflit qui a fait des centaines de morts depuis l’intervention militaire géorgienne le 14 août dernier.« Tant que les troupes de Tbilissi ne seront pas parties, nous seront obligés de poursuivre la confrontation », a affirmé M.Ardzinba, qui doit rencontrer mardi prochain M.Chevardnadze et le président russe Boris Eltsine « quelque part en Abkhazie ».« Les Géorgiens doivent quitter l’Abkhazie, c’est la seule solution pour régler pacifiquement ce conflit», a-t-il ajouté.Le président du parlement abkhaze s’est toutefois déclaré « confiant » sur les entretiens du 13 octobre, indiquant que la démilitarisation totale de la république et l’envoi d’une force de paix seraient des points essentiels de ses propositions.M.Ardzinba a par ailleurs totalement démenti l’envoi d’armes « par les Russes ou par d’autres ».« Nous n’avons fait que reprendre les chars et les mitrailleuses abandonnés par les Géorgiens après le 1er octobre », a-t-il affirmé.Selon le président du parlement abkhaze, des « exactions » ont été commises en Abkhazie par les quelque « 18 500 prisonniers de droit communs », que Tbilissi a amnistiés et envoyés sur le front.Sur le terrain, les stigmates des violents combats qui ont fait plusieurs centaines de morts des deux côtés, selon des chiffres abkhazes et géorgiens, sont présents partout.Des corps des combattants géorgiens gisent le long de la route côtière, jalonnée de carcasses de véhicules calcinés.Les hommmes sont rassemblés dans les rues de Goudaouta pour commenter les événements des derniers jours.L’eau et la nourriture se font rares depuis la fermeture partielle des frontières nord et sud de l’Abkhazie.L’électricité est coupée dans de nombreux endroits.Jean-François et Nathalie Des Groseilliers collaboration spéciale CIUDAD DE GUATEMALA - Dès décembre de cette année débutera au Guatemala l’un des plus grands rapatriements de réfugiés de l’histoire.Après 16 mois de négociations, le gouvernement guatémaltèque et les Commissions permanentes des représentants des réfugiés au Mexique (CP) ont signé un accord, jeudi dernier, sur les conditions de leur retour.Le président du Guatemala, Jorge Serrano Elias, a déclaré qu’il ne considère pas cette entente comme un cadeau du gouvernement mais plutôt comme une obligation de justice envers les réfugiés.L’accord conclu à Ciudad de Guatemala assure aux ré- fugiés un retour volontaire collectif et organisé; un accompagnement international lors du retour; une liberté de circulation à l’intérieur et à l’extérieur du pays; un droit à la vie et à l’intégrité personnelle et communautaire; un droit d’organisation et de mobilisation et enfin, l'assurance d’obtenir une terre au Guatemala.Une Commission internationale de médiation, dont le Canada fait partie, a également été créée afin d’assurer le bon fonctionnement du rapatriement.En décembre prochain, un premier groupe d’environ 5000 personnes devrait traverser la frontière.Au début des années 1980, près de 200 000 Guatémaltèques ont fui la répression de leur pays et se sont installés, pour la plupart au Sud du Mexique.Ces paysans, en majorité indigènes, ont été victimes d’une vio- lence généralisée; plusieurs d’entrt eux ont vu leurs maisons brûlées et leurs terres occupées par des militaires, explique Andrez Ramirez, offir cier de camp du Haut Commissariat, des Nations urnes pour les réfugiés (HCNUR).Environ 44 000 de ces réfugiés ha:1 bitent aujourd'hui dans des camps fl- ' nancés par le HCNUR.Même si le Haut Commissariat leur acheminé; des vivres, leur procure un toit, deç soins de santé et finance leurs éco-L les, leurs conditions de vie sont pré1 ; caires.Malgré l’accord conclu jeudi der- a nier, les CP craignent toujours l’attitude de l’armée face au retour des réfugiés.« Chaque jour, l’armée se prépare à militariser toutes les ter- [ res dont nous pourrions disposer », i explique M.Kurtz.>»J si :u ¦.oi J H UNIVERSITE nMI iaval Faculté des sciences sociales MAITRISE EN ANALYSE DES POLITIQUES UNE FORMATION INTERDISCIPLINAIRE POUR L’ÉTUDE DES INTERVENTIONS GOUVERNEMENTALES ET LA RÉSOLUTION DES PROBLÈMES PUBLICS Depuis plus de quinze ans, la maîtrise en analyse des politiques de l'Université Laval offre une formation universitaire de deuxième cycle aux personnes qui occupent ou qui veulent occuper un poste de niveau supérieur dans les services de planification et d’évaluation, ou les bureaux d’études, des organisations publiques ou privées.L’ANALYSE DES POLITIQUES À L’UNIVERSITÉ LAVAL • une approche originale combinant la science économique et la science politique • une bonne préparation à la recherche et à l’évaluation • un diplôme offrant d’excellentes perspectives d'emploi • un corps professoral de réputation nationale et internationale • une pédagogie qui fait appel à l’initiative des étudiants et des étudiantes • le contact avec des groupes de recherche reconnus • la tradition d’excellence de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval LE PROGRAMME Ce programme de 45 crédits a une durée normale de quatre trimestres.Il comporte 10 cours obligatoires et 3 cours optionnels.La préparation et la rédaction d’un essai favorisent la mise en pratique des connaissances et des habiletés acquises pendant la scolarité.EXIGENCES D’ADMISSION Les étudiants et les étudiantes titulaires d’un diplôme universitaire de premier cycle (baccalauréat) peuvent demander leur admission à ce programme.Aux formulaires habituels, les candidats et les candidates doivent ajouter une lettre personnelle expliquant pourquoi ils ou elles désirent s’inscrire au programme.DATE LIMITE POUR SOUMETTRE UNE DEMANDE D’ADMISSION POUR L’HIVER 1993 : le 1er novembre 1992.POUR DE PLUS AMPLES RENSEIGNEMENTS : Direction du programme Maîtrise en analyse des politiques Faculté des sciences sociales Université Laval Québec, Québec G1K 7P4 Téléphone : (418) 656-3813 Télécopieur : (418) 656-7861 POUR OBTENIR UN FORMULAIRE DE DEMANDE D’ADMISSION : Bureau du reglstraire Pavillon Jean-Charles-Bonenfant Université Laval, Québec, Québec G1K 7P4 Téléphone : (418) 656-3080 Télécopieur : (418) 656-5216 NOURRIR LE MONDE LES SOLUTIONS SUR IA TABLE Foire alimentaire Organisée par le Centre de recherches pour le développement international dans le cadre de la Journée mondiale de l'alimentation, le 16 octobre 11 h à 14h, aire publique, Complexe Guy-Favreau, Montréal Venez déguster des mets exotiques des quatre coins du monde offerts par les consulats et les restaurants de Montréal.Ceux qui travaillent à la sécurité alimentaire du monde, organismes gouvernementaux ou sans but lucratif, présenteront des informations reliées à l'alimentation et parleront de leurs projets de développement.La foire sera précédée à 9h30 d'un forum d'échange et de discussion.Les profits de l'événement seront versés au Regroupement des cuisines collectives de Montréal.CRDI # c • » * O * développement durable et équitable A-12 ¦ Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 ÉDITORIAL (In fédéralisme hiérarchique La QUESTION du partage des pouvoirs est l’une des plus piégées de la jungle constitutionnelle canadienne.A la limite, on ne peut pas plus en juger que des valeurs les plus personnelles, tant les convictions intimes entrent en jeu.Certains sont persuadés que le Québec d’aujourd’hui doit sa situation, pas trop mauvaise à l’échelle du malheur des peuples, au cadre souple et à la sécurité de la fédération.D’autres croient tout aussi fermement que le Québec a dû arracher à la fédération chacun de ses progrès, que son dynamisme est fait de victoires successives sur le carcan canadien.Le premier courant ne voit pas l’utilité d’un important transfert de pouvoirs d’Ottawa au Québec, le second souhaite ce transfert, à divers degrés qui vont du fédéralisme décentralisé à la pleine souveraineté.De Robert Bourassa à Jacques Parizeau, tout le leadership poütique québécois se situe dans le second courant, à l’exception, marginale, du Parti Égalité et de ce qui reste des disciples de Pierre Trudeau.En endossant le rapport Allaire et en acceptant d’en faire le programme du Parti libéral du Québec, en signant le rapport sur l’avenir politique du Québec ( Bélanger-Campeau ), M.Bourassa s’inscrivait dans cette quête d’autonomie croissante.Tel était aussi l’esprit de l’Accord du lac Meech, dont M.Gil Rémillard a si souvent répété qu’il serait l’assise d’une deuxieme phase de négociations où le Québec, fort de sa reconnaissance comme « société distincte », obtiendrait des pouvoirs accrus.C’est donc à cette aune qu’on juge l’entente de Charlottetown, et M.Bourassa le confirme en incluant neuf compétences provinciales exclusives parmi les « 31 gains » qu’il répète avoir faits en août.Ses adversaires lui répliquent, et ils ont beau jeu, qu’au moins six de ces compétences appartenaient déjà aux provinces, et que les trois autres sont si partagées qu’on n’y voit plus clair.Us lui collent donc un zéro à l’épreuve, depuis trente ans attendue, de la négociation de la « division des pouvoirs ».En fait, la mathématique de l’entente est autre.Ce n’est pas une nouvelle division des pouvoirs qui y apparaît.C’est une nouvelle divison des taches entre Ottawa et les provinces, une nette hiérarchisation des rôles, qui restera comme la marque de cette phase de renouvellement du fédéralisme.Il y a là un troc.D’un côté le gouvernement fédéral devient le grand timonier, dans tous les domaines de l’activité étatique : il établit les cadres, oriente les politiques, fixe les grands objectifs.Les provinces acceptent cette présence tutélaire sur leur terrain mais gagnent en contrepartie une plus forte marge de manoeuvre dans l’appücation des politiques convenues au centre.L’un est à la conception, l’autre à l’exécution relativement autonome.Le modèle est limpide, et quiconque a un exemplaire de l’entente peut le suivre à la trace.Avant toute discussion du partage des pouvoirs, il se donne dans le premier chapitre, sous le titre L’union sociale et économique du Canada, une innovation communément appelée « charte sociale ».Il s’agit d’un engagement commun des parlements fédéral et provinciaux envers une série d’objectifs de société, le plus souvent de compétence provinciale ou partagée ( santé, éducation, relations de travail, environnement, etc.).Les frontières s’effacent, la perspective est unitaire.La charte n’est pas justiciable, mais la conférence des premiers ministres est chargée de créer un « mécanisme de surveillance » qui ne saurait, par définition, que trouver son impulsion au centre.Rien ne saurait mieux l’illustrer que le chapitre sur les rôles et responsabilités, c’est-à-dire sur le partage des pouvoirs.En liminaire, Ottawa obtient d’enchâsser enfin son pouvoir de dépenser L ’entente propose une division des tâches, et non des pouvoirs dans les sphères provinciales, et le troc s’établit : les provinces pourront se libérer un peu de cette intrusion — se retirer de nouveaux programmes cofinancés ou obliger le gouvernement fédéral à respecter leurs priorités — si elles acceptent en retour de se plier aux « objectifs nationaux».Et la clause sur la formation et le perfectionnement de la main-d’oeuvre, la plus détaillée de celles qui concrétisent des « transferts » aux provinces, explique enfin comment on arrivera à définir les « objectifs nationaux ».On fait une vague allusion au fait que le processus de discussion pourrait être commun, mais le texte affirme clairement que l’établissement même des objectifs relève du gouvernement fédéral, qui « tiendrait compte de la situation et des besoins particuliers des provinces ».Les objectifs devraient obligatoirement être débattus au Parlement fédéral.En sera-t-il de même pour les « six soeurs » ces compétences provinciales exclusives mais envahies depuis 1867, et dont Ottawa offre aujourd’hui de se retirer ?Le texte ne le dit pas, mais réaffirme le pouvoir fédéral de continuer à y dépenser, donc de le faire selon le nouveau cadre général qui imposera des « objectifs nationaux ».Dans la mesure où le retrait n’est pas inconditionnel, où Ottawa exige de négocier son départ, on doit comprendre qu’il tiendra à ce type de présence.Outre la détermination des objectifs, rien n’indique qu’Ottawa ne voudra pas conserver, dans tous ces domaines d’activités provinciales, celles qui se rattachent à ses propres compétences en matière de recherche, de relations internationales, de commerce interprovincial.Elles ont toujours servi de prétexte à l’invasion, et les quelques hauts fonctionnaires qui ont brièvement commenté l’entente sur ce point, il y a quelques jours, ne prévoyaient qu’une déconcentration ümitée, un retrait des activités les plus directement usurpatrices des pouvoirs des législatures.On les a fait taire aussitôt, mais l’entente sur la culture donne une bonne idée de cette répartition des tâches.Ottawa s’en tient aux institutions dites « nationales » et aux « questions culturelles canadiennes », c’est-à-dire celles qui transcendent les frontières provinciales.Les provinces peuvent ensuite mener la politique culturelle qu’elles désirent sur leur territoire.On appelle compétence provinciale « exclusive » cette compétence pratiquement partagée, et clairement hiérarchisée.La marge de manoeuvre que gagneront les provinces, dans ce nouveau système, pourrait être aussi mince que les sommes qu’elles rapatrieraient.La culture en est un bel exemple.Des 283$ millions que le gouvernement fédéral dépensait au Québec en 1990 dans le secteur culturel ( Radio-Canada exclu ), tout au plus 30$ millions ne relevaient pas des grandes « institutions nationales ».Il pourrait bien en être de même pour les « six soeurs » ( forêts, mines, tourisme, logement, loisirs, affaires municipales et urbaines ), une fois la négociation terminée.Il est impossible d’en juger sans connaître les paramètres de la négociation, sans savoir ce qui sera ou non sur la table.MM.Bourassa et Mulroney, dans leur échange de lettres de septembre, affirmaient que des tables sectorielles définiraient ces paramètres avant le référendum.On n’en entend plus parler.La seule donnée certaine au chapitre des pouvoirs, dès lors, est le virage vers un nouveau rapport fédéral-provincial.D’évidence, le gouvernement fédéral n’évacue aucune compétence provinciale, et s’il se retire c’est en installant partout son système de surveillance.Certains verront là de l’harmonisation, d’autres du fédéralisme dominateur.C’est, en tout cas, un fédéralisme d’un modèle que le Québec n’a jamais requis, ni même envisagé.Si M.Bourassa le défend aujourd’hui, contrairement à tous ses prédécesseurs et aux thèses qu’il signait encore hier, ce ne peut être que par résignation.LISE BISSONNETTE LETTRES AU DEVOIR Un homme intègre SUITE AUX événements entourant la conversation interceptée de Mme Diane Wil-helmy, nous voulons faire connaître notre vision de M.André Tremblay, intervenant dans cette délicate situation.Ayant suivi son cours de droit constitutionnel à l'Université de Montréal l’année dernière, nous voudrions souligner l’objectivité de son enseignement politique.Il a toujours su exposer les deux côtés de la médaille pour nous aider à développer nos propres idées relativement au débat constitutionnel actuel.Nous lui en sommes reconnaissantes.Nous désirons saluer son intégrité et, par le fait même, dénoncer la machination dont il a été victime.Chacun a le droit à son intimité et au respect de sa vie privée, peu importe le poste qu’il occupe au sein de notre société.Cette lettre n’est pas un appui au mouvement du OUI pas plus qu’elle ne l’est pour celui du NON.Elle est écrite dans le but de souligner l’importance du respect à la vie privée, à l'intégrité et à la réputation d’une personne : droits fondamentaux présents dans notre Charte québécoise.L’image que nous gardons de M.Tremblay est celle d’un homme qui ne fait pas d’affirmations gratuites et nous aimerions que l’opinion publique ne soit pas biaisée par tous les événements qui l’entourent dans la présente controverse.Sophie Crevier Sophie Martin Ariane Mignolet Annie Veilleux Montréal, 30 septembre 1992 Pour la paix LA CHARTE DES Artistes pour la l’aix leur interdit en tant que groupe de prendre position politiquement, y compris dans le débat référendaire (l’Union des Artistes quant à elle a choisi le camp du NON).Néanmoins, à titre de président des Artistes pour la Paix, je ne peux qu’exhorter tous les tenants du NON québécois à dire et redire inlassablement non à toute intolérance envers les anglophones, les autochtones ou les immigrants.Qu’il me soit aussi permis de déplorer les interventions alarmistes de certains ministres conservateurs qui ont laissé entendre de façon irresponsable qu’une victoire du NON au Québec entraînerait des conséquences à la libanaise ou à la yougoslave.Faut-il leur rappeler d’une part que le référendum ne porte pas sur la souveraineté du Québec, ce qu’ils s’empresseraient d’ailleurs de confirmer au lendemain d’un vote rejetant l’accord de Charlottetown ?D’autre part, j’étais ; cet été en tournée de concerts et de « master ! classes » en Tchécoslovaquie, plus précisé- i ment en Bohème du Sud, au moment où la Slovaquie a annoncé son indépendance.Les ! Tchèques que j’ai alors rencontrés ont modelé leur réaction sur celle, digne et responsable, de leur dirigeant Vaclav Havel qui ! s’est déclaré attristé sans faire montre d’au-I cune agressivité, même si le vote slovaque ! l’avait démis de ses fonctions de président de la fédération quelques jours auparavant.La paix lui importait davantage que le pouvoir.Vraisemblablement, nos attitudes pacifiques ou non détermineront en grande partie notre avenir collectif, que nul ne peut prédire.Souhaitons un débat référendaire démocratique et serein et la fin des manipulations telles que les enregistrements clandestins, le spectre brandi d’un désastre écono-j mique hypothétique ou les chantages à l’intervention de l’armée fédérale ou aux subventions gouvernementales (les Artistes pour la Paix n’en reçoivent aucune) : ainsi le verdict du peuple sera davantage fondé sur un examen objectif de l’option fédérale pro-ï posée et surtout aura plus de chances d’etre | accepté, quel qu’il soit, de façon démocra-j tique et sereine.Pierre Jasmin Président Artistes pour la Paix Montréal, 1er octobre 1992 Wilhelmy et les médias BEAUCOUP DE GENS se sont demandés si les médias avaient gagné dans la désormais célèbre affaire Wilhelmy.Il me semble que le seul gagnant dans cette cause est le public.La démarche sans précédent de l’ensemble des médias du Québec ne visait qu’une chose : rendre accessible à la population du Québec une information d’intérêt public.Il devenait absurde que l’ensemble du Canada à l’extérieur du Québec puisse prendre connaissance de la fameuse conversation entre la sous-ministre Diane Wilhelmy et le conseiller constitutionnel André Tremblay, alors que la principale intéressée, la population du Québec, n’y avait pas accès.LE DEVOIR Fondé par Henri Bourassa le 10 janvier 1910 Directrice : USE BISSONNETTE Rédacteur en chef Bernard Descoteaux Directeur délégué i I administration André Leclerc Rédacteur en chef adjoint Jean Francoeur Directeur de l'information Benoit Aubin Directeurs adjoints de l’information Pierre Beaulieu, Roch Côté Directeur des publications spéciales Guy Deshaies FAIS CE QUE DOIS Bâillonner la presse ne sert jamais la démocratie; pour contourner cette limite à l’information, un marché noir du transcript s’est mis en branle.Une traduction de l’article de Rhéal Séguin du Globe and Mail a circulé dans des boîtes à lettres de Montréal.Voilà comment le public réagit quand on lui enlève son droit à l’information.Tout cela montre le caractère anti-démocratique des injonctions lorsque le droit du public à l’information est remis en cause.Par ailleurs, plusieurs ont vu dans cette affaire une entrave au droit à la vie privée.Il est évident qu’on doit s’interroger sur la manière douteuse dont la conversation a été interceptée.Bien qu’il ne s’agisse pas d’un acte illégal au sens de la loi, le balayage des ondes est une manière fort peu orthodoxe de recueillir l’information; il faudra certainement qu’un jour on jette un nouvel éclairage sur la zone grise que constitue l’écoute des téléphones cellulaires.La censure n’a pas sa place dans une société moderne et démocratique.Alain Saulnier Président de la FPJQ Montréal, 2 octobre 1992 Ce i) ’est pas moi DANS UN chapitre particulièrement consacré à l’antisémitisme, Mme Delisle fait deux fois référence à un texte censé être de moi.Dans le premier cas, elle me prête des propos qui sont d’un autre et ne correspondent pas à la référence donnée.Dans le deuxième, elle cite assez longuement un texte dit de moi alors que la référence fournie renvoie à un article de Y Action nationale signé très clairement par un autre.François-Albert Angers Saint Lambert, 28 septembre 1992 Des pertes royales AINSI DONC, M Allan R.Taylor, président du conseil et chef de la direction de la Banque Royale, a-t-il lancé sa campagne antisouveraineté avec des prévisions de malheur, mais je crois que les Québécois auraient tort de s’inquiéter de ses menaces.En effet, quelle crédibilité apporter aux prévisions économiques du dirigeant d’un établissement financier qui, selon l’édition du 12 septembre de La Presse, vient de classer « non productifs », dont une bonne partie probablement irrécupérables, 510 des 780 millions! prêtés à Olympia & York, en grande partie investis à l’étranger, soit dit en passant, de même que 460 des 500 millions $ engagés dans Central Capital en plus d’avoir perdu 200 millions $ prêtés à Algoma Steel ?Avec de tels résultats financiers, il semble évident que ce monsieur aurait intérêt à s’occuper d’abord de sa propre gestion et à laisser les Québécois démontrer leur esprit démocratique et leur compétence économique Lambert Mayer Montréal, 27 septembre 1992 CAHPALUE de la peuk Daniel Latouche Ah ! La campagne ! IL Y A DEUX façons de suivre cette campagne référendaire ; au jour le jour, en examinant les coups et les contrecoups de chacun, les petits mots gentils et les coups de poignard, ou en regardant tout ce brouhaha de haut et de loin, en tentant d’évaluer le long terme.La première façon est la plus amusante.Il n’y a rien comme écouter quelques milliers de politiciens s’énerver en même temps sur la même chose pour redonner le sourire.À ce titre, nous sommes choyés.Pour la première fois de son Histoire, tous les politiciens du Canada, les provinciaux et les fédéraux, les autochtones et les autres, ceux du Nord et du Sud, tout ce beau monde (enfin.) s’active en même temps.Du jamais vu.Selon mes calculs, ils seraient environ 1650 politiciens élus à s’agiter ainsi sur cinq fuseaux horaires.Regardez-les bien passer.Ils ne reviendront pas de sitôt.Pas après le traitement qu’on leur afflige actuellement.C’est la révolte du ras-le-bol.Ah, ils vont s’en rappeler du référendum de 92.Ce qui ne les empêche pas à l’occasion de se dépasser.À ce sujet, la médaille du « geste le plus bizarre » de la semaine doit sans doute revenir à M.Parizeau pour sa visite d’une usine de tomates en Abitibi.Qu’est-ce que pouvait bien faire là le chef péquiste ?S’est-il adressé aux légumes ?Les a-t-il convaincus de voter contre ?Leur a-t-il parlé de la souveraineté ?Avait-il été invité par le Comité des tomates vertes pour le NON ?J’aurais donné cher pour être là et l’entendre conversant avec les boutures et les jeunes plants et s’informer de la meilleure façon de faire du ketchup (de ses adversaires, bien entendu).JE NE SAIS pas pourquoi, mais chaque fois qu’un politicien part en campagne, et dans le cas de M.Parizeau, c’est vrai dans les deux sens du mot, il se sent obligé d’aller voir le monde ordinaire au travail.Ce que cela doit être frustrant d’être au boulot et d’avoir à faire des guilis à des messieurs dames bien habillés qui insistent pour vous donner la main en s’informant de votre santé sous le regard béat de votre patron.Si jamais l’un d’entre eux se pointe à mon bureau, je fais un malheur.D’ailleurs, la Commission de la santé et de la sécurité au travail devrait formellement interdire aux politiciens le droit de pouvoir se promener avec des casques de sécurité.C’est de la fausse représentation.Non seulement cela leur donne l’impression de travailler, mais cela les empêche de recevoir une brique où vous savez.D’accord, M.Parizeau a gagné le premier prix, mais la concurrence a été rude, surtout au chapitre de la « déclaration la plus insipide de la semaine » dont le mérite revient sans aucun doute à ces chefs du OUI qui parlent maintenant des 31 mensonges des séparatistes et des 31 gains réussis par le Québec.Deux jours que cela m’a pris pour reconstruire leur mathématique.Comment sont-ils arrivés à ce chiffre magique de 31 ?Il y a d’abord les cinq conditions du Québec pour devenir à la table des négociations, auxquelles on ajoute les 18 nouveaux députés que le Québec obtient à la Chambre des communes, sans compter les trois juges de la Cour suprême.Nous en sommes donc à 26.De ce nombre il faut cependant retrancher les 15 pouvoirs que le Québec n’a pas obtenus et qu’on retrouvait dans le Rapport Allaire.Nous tombons alors à 11 gains.À ce chiffre il faut cette fois ajouter comme autant de gains les 18 sénateurs dont le Québec a réussi à se débarrasser.Avec en plus une société distincte, nous voilà à 30.Un pour la luck, et hop nous sommes à 31.La déclaration de Robert Bourassa accusant Jacques Parizeau de malhonnêteté intellectuelle mérite aussi d’être soulignée.Il fallait le faire.M.Bourassa en censeur de l’intégrité intellectuelle.Du jamais vu.Quant au prix du titre le plus farfelu de la semaine, il revient de plein droit à La Presse dont l’édition de jeudi titrait en première page : Bourassa n’a pas frappé un mur à Charlottetown.C’est techniquement vrai puisque c’est le mur qui a frappé ce pauvre Robert.Mais quelle curieuse façon de présenter les choses.C’est comme annoncer en grande primeur que cette année le dimanche de Pâques ne tombe pas un lundi.MAIS, il faut aussi regarder la campagne à long terme.Je l’ai fait pour vous.Voici donc en primeur certains échanges tirés de la conférence de presse de M.Parizeau au lendemain de sa victoire.Comme « long terme », j’en conviens, ce n’est pas fameux, mais en politique, on a le long terme qu’on peut.Question : « Monsieur Parizeau, à quel moment avez-vous su que la victoire du NON était acquise ?» Réponse : « Je suis heureux que vous me posiez cette question.Non, ce n’est pas au soir du débat télévisé, mais bien quelques jours plus tôt lors de mon voyage en Abitibi.D’ailleurs, un de vos brillants collègues l’avait mentionné à l’époque.Dès que j’ai vu cette tomate avec une épinglette du NON, j’ai compris que ça y était.» Q : « Il semble bien que ce ne sont pas seulement les Québécois, mais l’ensemble des Canadiens dans au moins sept provinces qui ont refusé l’accord.Comment pouvez-vous dire maintenant que le Québec est une société distincte et une province pas comme les autres ?» R : « Cela prouve hors de tout doute que la collaboration entre le Québec et le Canada est possible.Il suffit de présenter aux citoyens un torchon constitutionnel pour que la barrière linguistique tombe.C’est encourageant pour l’avenir de nos deux communautés.» Q : « Mais n’est-ce pas dangereux pour votre cause ?En effet, il suffira au gouvernement fédéral de proposer un torchon bi-annuel avec référendum à l’appui pour qu’à chaque fois, l’unité canadienne s’en trouve renforcée.» R : « Effectivement, c’est une situation que nous n’avions pas envisagée.Il va falloir que j’y réfléchisse.» Q : « On apprend à l’instant monsieur Parizeau que seule l’Ontario a donné une majorité au OUI.Ne croyez-vous pas que les Ontariens vont réussir là où toutes les conférences constitutionnelles ont échoué : mettre tous les Canadiens sur la même longueur d’onde dans leur mépris viscéral de l’Ontario ?» R : « Y a-t-il d’autres questions ?» Q : « Monsieur Parizeau, une rumeur incessante fait état de la décision collective de tous les premiers ministres canadiens de démissionner pour protester contre le manque de gentillesse des citoyens à leur égard.Est-ce vrai que, dans ces circonstances, vous accepteriez alors l’invitation du gouverneur général de prendre la tête du gouvernement canadien, tandis que Lucien Bouchard deviendrait premier ministre du Québec, William Holden premier ministre de l’Ontario, Ovide Mercredi celui de l’Ile-du-Prince-Édouard, tandis que Preston Manning dirigerait l’Alberta et toutes les provinces de l’Ouest en même temps ?» R : « Il n’y a aucun fondement à cette rumeur.Il est vrai que j’ai eu des conversations avec le gouverneur général, mais c’était à propos du poste de gouverneur de la Banque du Canada.» Q ; « Maintenant que vous venez de découvrir que 74 % des Canadiens, de l’Atlantique au Pacifique, sont d’accord avec vous et demandent à se joindre au Québec lorsque celui-ci déclarera son indépendance, comment vous sentez-vous ?» R : « Je n’ai jamais été aussi fier d’être Canadien.» Q : « Mais encore ?» R : « Comme l’a déjà dit un de nos humoristes célèbres, ce que les Canadiens veulent, c’est un Canada fort dans un Québec uni.Cette fois, ils vont l’avoir.»
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