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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-10-10, Collections de BAnQ.

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• le plaisir des mes 3635 rue Saint-Denis, angle Chômer 843-4308 Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 Le monde selon Hubert Reeves mm.v/i PHOTO JACQUES GRENIER ! tt * ?.: vm.ii, Odile Tremblay HUBERT REEVES est un cas relativement rare dans la communauté scientifique.Parce qu’il refuse de voir le monde à travers la seule lorgnette de la science et qu’il revendique le droit à une perception poétique, sociologique, psychologique.Bref, le droit d’être un individu à part entière.Dans l’aréopage d’adeptes de la raison pure où siègent les physiciens, il fait presque figure d’hurluberlu.« On ne dit rien de la beauté des Demoiselles d’Avignon en énumérant les couleurs qui les composent », faisait-il remarquer quelque part.Parfois, Reeves en a marre des chiffres et des quan-tas.Alors, il lit de la poésie ou il écrit.Avec un plaisir communicatif.Hubert Reeves est un excellent écrivain qui s’avoue très attentif à la musique des mots qu’il aligne.Comme à leur impact.En 81, Patience dans l'azur dont le Seuil prévoyait écouler 3,000 exemplaires, a tiré a 500 000, en plus de se voir traduit en 15 ou 20 langues.Qui a dit que l’astrophysique n’était pas un champ propice à la culture des « best sellers » ?Ici, comme en France et comme partout, chaque publication de la star des étoiles à la tete de prophète est attendue par ses fans, qui sont loin de se recruter seulement parmi les mordus d’astrophysique, mais chez monsieur et madame tout le monde heureux de découvrir qu’ils comprennent quelque chose à ce qu’on leur avait prétendu incompréhensible.L’heure de s’enivrer, Mali-corne, Poussières d’étoiles furent autant de façons pour le chercheur de marier la science aux réflexions d’un promeneur contemplatif et aux alarmes d’un esprit éclairé face à notre planète menacée.Aujourd’hui, il publie au Seuil Compagnons de voyage, dans lequel il interroge le ciel, la terre et le projet de la nature, en faisant partager au lecteur ses espoirs et ses angoisses.Il me reçoit dans la maison de son enfance près de l’Université de Montréal.Ses parents, qui croyaient aux vertus de l’éducation avaient voulu installer leur progéniture à mi-chemin entre le Collège Brébeuf et l’Université.Aujourd’hui, c’est son fils Nicolas qui habite les lieux.Hubert Reeves y fait un saut quand il laisse sa propriété de Malicorne dans la Bourgogne française.Même si ses travaux l’appellent ailleurs, jamais il ne quittera complètement le Québec, déclare-t-il.« Ici sont mes racines».Rares sont les scientifiques ayant le souci de la vulgarisation.La majorité d’entre eux, dans leur tour d’ivoire, communiquent en un jargon inaccessible au commun des mortels, perpétuant le clivage entre ceux qui « savent » et la population d’autant plus manipulée par ses gouvernants qu’elle connaît mal les enjeux en cause.Or, de rappeler Reeves, depuis la guerre et sa bombe « H », la science joue un rôle capital dans la société.Les découvertes scientifiques ont un impact sur le politique.L’utilisation du nucléaire, les manipulations génétiques, en bout de ligne, le citoyen vote là-dessus.Sans parler que Hubert Reeves les recherches scientifiques sont financées avec les deniers publics.» Pour Reeves, le « savant » a un devoir moral face au public.Mais encore faut-il être doué pour la vulgarisation, aimer ça et vouloir y mettre du temps.Lui, il s’est découvert ce talent quand il était encore étudiant à l’Université de MontréaL Appelé à donner un cours d’astronomie dans un collège privé où s’échouaient des « renvoyés » des cours classiques, il a obtenu, tour de force sans précédent, l’attention de la salle.Aujourd’hui, il met à profit ses dons de pédagogue dans ses conférences qui font courir les foules avides de se faire expliquer le « big bang • par le menu.Il les met aussi dans ses livres.Cer tains lecteurs lui disent qu’ils se sentent plus intelligents en lisant sa prose.Flatteur.Son dernier ouvrage Compagnons de voyage est un bel album (de luxe) dans lequel des photos commentent la ., texte, et vice-versa.Le projet est né en plein désert du , Sahara, de la rencontre de Reeves avec la photographe .d’origine yougoslave Jélica Obrénovitch (dite Chou-; .chou).Elle avait des photos très belles de la nature.11 avait plusieurs écrits épars qu’il a développés, remaniés, en s’inspirant des images et en adoptant des thèmes.« Les photos sont venues donner une profondeur de champ à mes textes», commente-t-il.» > > sion de la nature, selon que le lecteur se place du point de .•> vue du prédateur ou de la proie.Sublime ou cruelle, la < t nature a-t-elle un coeur ?a t-elle un but ?Reeves, en * * faisant intervenir des témoins experts, poètes, physL ciens, sociologues, etc.nous invite à son procès.« Dieu avait-il le choix ?», demandait Einstein.Aujourd’hui, les scientifiques sont devenus les cons».'t ciences du monde moderne.Einstein, à l’heure d’Hirosf .'j hima, s’est le premier levé pour dénoncer la menace nui ij cléaire.Hubert Reeves, champion du solaire, (seuîI* source d’énergie inépuisable à moyen terme) s’oppose ait T nucléaire, à cause des risques d’accidents aux consé*»} quences catastrophiques qu’il engendre.Mais, avec le dé*; * mentèlement de l’URSS, la menace nucléaire (en tanf ‘ qu’arme militaire) est moins criante.Pour Hubert Ree-; -ves, le danger de l’heure réside surtout dans la menacç ; écologique globale que la présence de l’homme fait pesec sur la terre.Il est également d’ordre génétique, avec les.manipulations du genôme humain qui risquent de nous faire basculer en pleines contre-utopies à la Orwell ou à! • la Huxley.Ses livres sont des cris d’alarme, mais aved \ une porte ouverte sur l’espoir.La conscience écologique t s’est développée, estime-t-il.Rien n’est perdu.Depuis que les dogmes et les vérités de foi religieuses ¦ | ont basculé de leurs socles, les scientifiques sont souvent* ‘ perçus comme des gourous détenteurs de vérité.Un rôlç *.que refuse d’assumer Hubert Reeves.Dans ce livré;; comme dans tous les autres et sur chaque tribune qu'il;; occupe, l’astrophysicien fait appel a la responsabilité inî ; t dividuelle du public.« Les scientifiques sont là pour donîîî ner un portrait du mode d’organisation du monde.Norft pour dire aux gens quoi penser.Que je crois ou non eri'l Dieu n’a de l’importance que pour moi.À chacun de tirej;*' ses conclusions personnelles.» Aux yeux de Reeves, société évoluera au rythme de la conscience individuelle^;;' seul rempart contre le fanatisme.« Si chacun avait réfléj;;-chi par lui-même, Hitler n’aurait pas pris le pouvoir.E; ' *¦ en France, le Pen ne convaincrait pas grand monde.» : ; ; % * P.D.JAMES La hd.c’est un peu Greg «v *% JM "Une belle tragédie qu'Alain Gerber conduit sans faiblir en romancier inventif maître de ses effets".Christian Giudicelli, Figaro Magazine "Après "Mylenya", ce roman s'inscrit en deuxième position dans la série romanesque qu Alain Gerber a entreprise sous le titre "Cinq citadelles de sable .L'auteur du "Verger du diable" (prix Interallié 1990) au sommet de son art.La tête d’Achille, le corps de Greg.PHOTO JACQUES GRFNIER Pierre Lefebvre MICHEL GREG est un monument.Un monument qui était de passage au Mail Champlain cette semaine, invité de la Symphonie de la bande dessinée francophone.J’en ai profité pour rencontrer le père de l’ineffable Achille Talon, le héros le plus verbo-moteur de la bande dessinée, entouré de son papa à lui et de la non moins ineffable et si délicate Virgule de Guillemet.Bof.Michel Greg est plusieurs hommes à la fois.Talon et ses amis ne sont pas ses seules créatures.On retrouve en lui un scénariste prolifique qui sortait du chapeau de son imagination Olivier Rameau, Commanche, Bernard Prince.En plus d’avoir scé-narisé ses propres séries, il a prêté main forte à bon nombre d’auteurs en panne de scénario.Derrière quatre Spirou et Fantasio signés Fran-quin, se profile Greg.Il a composé des milliers de pages de Chick Bill pour Tibet, un Corentin pour Paul Cuvelier.llergé lui-même fit appel à lui pour Tintin.Comme son Achille, Greg n’est jamais à cours d’idées, Ni d’énergie.En témoigne le Journal de Tintin qu’il dirigeait de 1966 à 1975.Là-bas, c’est Greg encore qui « fit » bon nombre de carrières et relança un journal en plein déclin.Dès 1975, il occupait la direction littéraire des éditions Dargaud et devient leur attaché commercial aux U.S.A.jusqu’en 1986.Ainsi peu de créateurs, à part René Goscinny, auront à ce point façonné non seulement la bande dessinée, mais également son milieu et ses structures.« Je suis devenu rédacteur-en-chef de Tintin un peu par hasard, se rap-pelle-t-il.À l’époque, Pilote n’était pas encore tout à fait rodé, et la plupart des dessinateurs travaillaient soit pour Spirou, soit pour Tintin, soit, comme moi, pour l’un et l’autre.Mais Tintin se retrouvait plongé dans l’amidon.Le journal était vendu Voir page D-2 : Greg De la fonction libératrice du meurtre Véronique Robert LES MEILLEURS MEURTRES et cadavres exquis du jour nous sont servis par une grand-maman de 72 ans, toute en sourires et en extase devant ses petits-enfants.Phyllis Dorothy James, mieux connue sous le nom de P.D.(prononcer Pi-Di) James, n’a vraiment pas, à l’instar d’Agatha Christie qui l’a précédée dans cette voie, le physique de l’emploi.Qui croirait à la voir s’approcher digne et affable qu’elle est un des meilleurs écrivains de romans policiers au monde ?On cause de chose et autre pendant les cinq premières minutes de conversation.Puis, à travers la courtoisie, perce tout à coup un de ces traits d’humour britannique dont P.D.James a le secret, nuancé d’un brin d’excentricité et d’irrévérence.Là, vous reconnaissez en elle la « vieille dame indigne » qui sommeille, bien qu’à vrai dire, lady James — elle est baronne depuis l’an dernier — ne fasse pas vieille dame du tout.Celle qui a donné vie aux détectives Adam Dalgliesh et Cordelia Gray était de passage à Montréal cette semaine, cadeau de la Grande-Bretagne aux célébrations du 350e Voir page D-2 : James P.D.James Le vrai Simenon Pierre Assouline vient de publier « la » biographie de Georges Simenon qui humanise le « phénomène », explique Serge Truffaut.Page D-4 Gloire à Parizeau ! Jacques Parizeau a aussi la sienne, signée Laurence Richard, ex-attachée politique, de René Lévesque.Un panégyrique, selon Pierre Cayouette.Page D-3 ROBERT LAFFONT PHOTO NORMAND BLOUIN Cj > **« D-2 Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 ïï cjp If-S • le plaisir des ivres L’Albanie, vu ft* 'r Odile P « Tremblay BL "s» a Entre les lignes JE ME SOUVIENS, au début des années 80, en Europe, quand des voyageurs me racontaient leurs tentatives infructueuses pour ne serait-ce que traverser l’Albanie, le pays alors le plus fermé et le plus mystérieux du continent, avec ses frontières de béton armé, presque annexé politiquement à la Chine rouge.On ignorait alors ce que la population vivait.Les communistes faisaient circuler à l’étranger Albanie nouvelle, l’organe officiel du parti, au ton aussi réaliste-socialiste que la Pravda.Il fallut attendre bien des années, quand le régime est tombé et ses masques avec lui, pour voir au Téléjournal ces milliers de réfugiés cordés sur des bateaux suppliant l’Italie de les adopter.L’Albanie tout ce temps-là mourait de faim.L’éclatement des pays de l’Est le révéla au monde.Mais pour les amoureux de la littérature, le pays comptait tout ce temps au moins un porte-parole : Ismail Kadaré.Grand écrivain, traduit en plusieurs langues.Lui seul ouvrait (entrouvrait plutôt) une porte sur les moeurs, l’histoire, les coutumes de ce pays caché.Je le revois encore, il y a trois ou quatre ans à peine lors d’une KADARE } Pyramide psrjiwuf Vrtont bavard entrevue avec Pivot, pour la défunte Apostrophes.Dans un français incertain, mal à l’aise, esquissant les questions trop directes du célèbre animateur littéraire, patinant pour éviter de parler politique.Kadaré vivait à Tirana à l’époque et au prix de quels louvoiements arrivait-U à produire tant de romans, sans subir le couperet de la censure ?Lui seul le sait.Mais une chose est certaine : L’écrivain, pour survivre sans doute, refusait d’arborer la croix et la bannière du héros dissident, comme il refusait dans ses livres de dénoncer directement la tyrannie de son gouvernement.Explorant les légendes, les mythes, jouant de métaphores, il a réussi le tour de force de mettre l’Albanie sur la carte du monde littéraire avec une oeuvre d'immense valeur, quoique politiquement trouble, se lisant à plusieurs niveaux.Il faisait penser à ces alchimistes du Moyen Âge qui codaient les symboles de leurs recherches dans des cartes à jouer, des légendes déchiffrables par les seuls initiés.Tandis que la ligue des écrivains albanais le blâmait pour son traitement subjectif de l’Histoire, les critiques occidentaux le jugeaient tiède, réactionnaire.Longtemps assis entre deux chaises, Kadaré, réfugié de la vingt-cinquième heure qui demandait l’asile à la France il y a moins de deux ans, commence tout juste à oser parler.L’an dernier, il publiait un essai Printemps albanais pour y remonter le cours de l’histoire de son pays.Voici qu’il revient aujourd’hui au roman, genre qui lui est plus familier.La pyramide a été composée pour moitié à Tirana, pour moitié à Paris, alors que l’écrivain se tenait à cheval entre deux univers.On s’en aperçoit.La pyramide n’est pas, loin s’en faut, le meilleur roman de l’auteur.Comme tous ses admirateurs, j’aimais sa façon de courtiser les légendes, d’enraciner ses récits dans la littérature orale, les vieilles coutumes, déchiffrant les chants des rhapsodes, mêlant le tout à ses propres souvenirs d’enfance, sur fond de merveilleux, si bien qu’on basculait avec lui dans un univers d’érudition, de mystère, de mythe, qui rappelait en moins intellectuel la métaphysique-fiction de Jorge Luis Borges.Ici, Kadaré reprend les ingrédients de son explosive recette, mais est-ce sa nouvelle position de dissident officiel ?l’écrivain albanais manie cette fois la métaphore d’une main lourde, appuie trop fort, et le crayon de sa mine casse.La pyramide raconte la construction de la pyramide Chéops, sous le règne du pharaon du même nom.Chronique égyptienne d’une époque sans pitié, quand les fabriquants de fouets triplaient leur production à la veille des grandes constructions, quand on tranchait la langue des maçons pour les empêcher de divulguer leurs secrets, et que chaque pyramide s’érigeait avec le sang des hommes.C’est le monstre du totalitarisme qui surgit.À l’image du régime albanais, on le comprend vite.La pyramide, le plus haut tas de pierre du monde, avec ses dédales, ses fausses portes, et les profondeurs de la chambre du tombeau, se veut l’utopie qui renaît toujours sous une forme ou l’autre.Kadaré nous raconte chaque étape de la construction, déclinaison un peu fastidieuse, et décrit avec la même minutie les angoisses du pharaon conjuguées à son délire de grandeur.Mais le roman est aussi pesant que les blocs sur lesquels s’appuient la pyramide.On croit y lire entre les lignes le désarroi de Kadaré, comme s’il avait autrefois trouvé son équilibre à déjouer une tyrannie et que privé du monstre qu’il combattait en coulisse, son inspiration s’essoufle et se cherche.?La pyramide, Ismail Kadaré, traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni, Fayard, 228 p.1 Fil T ï ïl "F: Stéphane Baillargeon OCTOBRE, c’est le mois de l’abonnement dans le réseau des bibliothèques pour jeunes de la Ville ide Montreal, qui fête cette année son 50e anniversaire.Les jeunes de 15 ans et moins qui s’abonneront à l’une des 24 bibliothèques vont courir la chance de gagner instantanément un prix en jouant à la roulette : des cassettes, des affiches, des T-shirts et des livres, évidemment.Le 31 octobre, on tirera le nom d’un grand gagnant qui se méritera un gros lot comprenant une collection complète de Tintin, un dictionnaire Robert, des bons d’achat d’une valeur de 100$, etc.La première biblio pour jeunes a ouvert ses portes en 1942, dans l’actuelle Bibliothèque centrale, rue Sherbrooke Est.L’an dernier, le réseau comptait environ 40 000 jeunes abonnés.L’étranger parmi nous L'étranger d’Albert Camus a aussi 50 ans.Depuis sa parution en 1942, plus de six millions de lecteurs l’ont adopté.Chaque année, il en fascine 200 000 nouveaux.L’étranger arrive en tête des best-sellers de la collection «Folio», suivi de près par un autre roman de Camus, La dont on attend l’adaptation cinématographique signée Luis Penzo.Goncourt en cour Un journaliste français a assigné la Société Littéraire des Goncourt en justice sous prétexte qu’elle ne respecte pas « les dispositions testamentaires d’Edmont de Goncourt dans l’attribution de ses prix ».Le procès sera l’aboutissement d’un long processusde déboulonnage entrepris par M.-G.Faget, journaliste, pamphlétaire à ses oeuvres, qui veut prouver que trois grandes maisons d’éditions (Gallimard, Grasset et Le Seuil) contrôlent cet important prix, n leur reproche notamment d’avoir Les frères Goncourt transgressé la règle demandant que le Goncourt soit « donné à la jeunesse », selon la formule du testament.Au cours des dix dernières années, la moyenne d’âge des candidats était de plus de 50 ans, Marguerite Duras l’a reçu à 70, Lucien Bodard à 67.Littérature de l’est Au sommaire de Littérature actuelle, demain dimanche, au réseau FM de Radio-Canada, dès 14h30, deux heures entièrement consacrées à la littérature d’Europe de l’Est à l’ère postcommuniste.Un portrait de Mircea Êliade, des commentaires sur Milored Pavic, un entretien avec Negoven Rajic.En deuxième heure, un débat sur le rôle de l’écrivain dans les sociétés anciennement chauffées à rouge, avec Pierre Martens, Vaclav Jamek, Jacques Godbout, Denise Bombardier, Georges Nivat, François-Régis Bastide et Besnik Mustaphaj.Place aux poètes, toujours La poétesse Janou Saint-Denis persiste et signe avec ses rencontres autour de poètes d’ici comme ailleurs, au Floresta Café, 4670 rue St-Denis, coin Laurier.En octobre, le mercredi à 21h00, on peut entendre Bernard Antoun et Marie Délavai (le 14), Gabriel Lalonde (le 21) et Christine Falardeau, Patrick Gagnon, Dimitri Massicotte, Catherine Larivain et Daniel Brisson (le 28).BOURGAULT DOUX-AMER Pierre Bourgault/Stanké Des bons mots plus ou moins « songés » du père blanc de l’indépendantisme.« La vie est une maladie mortelle ».« L’éthique est une morale du profit ».« L’esclave de la moto nous parle de sa liberté ».(sic) Et puis celle-ci, qui fera plaisir aux anciens du RI N : « Le militant est un con.Mais sans le militant, son voisin le resterait ».Le recueil est dédicacé (cinq fois ! ) à l’animateur radio-canadien Joel Le Bigot, « qui fait semblant de comprendre Foglia » et qui, comme on le sait, fait grand usage de la parole des autres.LE PÈRE GÉDÉON Doris Lussier Stanké/240 pages Doris Lussier raconte l’histoire de la création de son célèbre personnage et livre les textes de cent monologues.Le professeur de philo le dit lui-même dans son avant-propos : « Ceci est un livre sans importance.Il ne soutient aucune thèse, ne prône aucune doctrine et n’engage en rien la conscience universelle.» MONTRÉAL 1642-1992 Hurtubise HMH/155 pages Montréal en huit tableaux.Les trandes étapes historiques, conomiques, sociales, culturelles et bien sûr religieuses de la métropole qui entreprend bientôt sa 351 année.De courts chapitres abondamment illustrés avec un parti pris évident pour les arts et les lettres, l’édition, le cinéma, le théâtre, les arts visuels.J’OBSERVE LES INSECTES Gilles Brillon et Doris Barrette Éditions Michel Quintin/80 pages Un livre pour apprendre aux jeunes à apprivoiser la nature qui les entoure.Comment imiter le « chant » du criquet ou cuisiner des biscuits pour grillons.Comment capturer puis élever des pucerons ou des drosophiles.Comment construire une fourmilière.Des textes didactiques mais tout à fait digestes,, des dessins amusants et instructifs, des dizaines d’activités pédagogiques à réaliser chez soi ou en forêt, seul ou en compagnie, bref, le rêve de tout jeune amoureux des bibites.MOEBIUS no 53, Les écrivains Éditions Triptyque/117 pages Le nombrilisme considéré comme un des beaux-arts.Le 53e numéro de cette revue « d’écritures et de littérature», est consacré aux écrivains, fait par des écrivains, peut-être d’abord pour des écrivains.18 interrogations de la figure mythique de l’homme et de la femme de lettres dans notre société quelque peu désintéressée du livre.« Ou sont les lecteurs?Dorment-ils?», se demande Daniel Gagnon d’entrée de jeu.En prime, une douzaine de reproductions des « portraits d’écrivains » de cet auteur-peintre.PARAGRAPHES .m QUE PENS® LA LITTÉRATURE ?PARAGRAPHES no 8, Que pense la littérature ?Université de Montréal/149 pages Du sérieux.Que pense la littérature ?En quoi les méthodes ., des études littéraires se différencient-elles de celles des „ sciences sociales ?Est-il possible d’inteipréter l’évolution d’une société en suivant les transformations de son écriture ?Ce.huitième numéro de la revue du département d’Études françaises de L’Université de Montréal présente les actes du colloque organisé en février 1991 par le Centre d’Études Québécoises.Six textes de spécialistes renommés (Marc Angenot, Fernand Dumont.) et autant de réponses à leurs interventions.— S.B.4 James anniversaire de Montréal.Elle a visité les universités de Montréal et Concordia, autographié des livres dans des librairies et prononcé une conférence à l’Université McGill devant un auditoire nombreux qui l'écoutait religieusement quand ses blagues ne le faisaient pas crouler de rire ! Depuis la parution de son premier roman, À visage couvert en 1962, la renommée de P.D.James n’a cessé de grandir.On a dit de ses romans policiers qu’ils renouvelaient ce genre grâce à la psychologie fouillée des personnages et à l’importance accordée à l’environnement physique qui semble influer sur le cours ¦ des événements — elle-même se sent beaucoup plus près de son idole, Graham Greene, que d’Agatha Christie ! Sans oublier les satires délectables qu’elle sert de divers milieux : des « psy » de tout poil dans Une folie meurtrière, des intellos dans Sans les ipains, ou encore des politiciens dans Un certain goût pour la mort.Tous ses ouvrages ont été traduits en français (il existe même deux anthologies en format de poche).Son der-• nier roman, The Children of Men (.1992), paraîtra sous peu chez Fayard.Pour la seconde fois avec ce livre, P.D.James s’écarte du policier.Dans The Children of Men, elle imagine que l’humanité a cessé de faire des enfants.« L’idée m’est venue en lisant un article scientifique où on rapportait que le taux de fécondité des hommes a chuté de 50% au cours de ce siècle, me dit-elle.Quelques jours plus tard, j’ai lu un texte traitant des millions d’espèces vivantes disparues au cours de i’histoire.Me demandant ce que nous ressentirions face à un avenir sans postérité.» Le polar futuriste prévu s’est mué en cri d’alarme.Mais que les admirateurs de Dalgliesh se rassurent : l’énigmatique poète-détective devrait refaire surface dans le prochain roman.P.D.James est venue tardivement à l’écriture : mariée à 19 ans, mère de deux filles, elle fut l’épouse d’un médecin, rentré de la guerre avec un déséquilibre mental dont il ne s’est jamais remis jusqu’à son décès en 1964.Forcée de devenir le gagne-pain de la famille, P.D.James a travaillé successivement dans un hôpital, au ministère de la Santé puis au ministère de l’Intérieur, notamment au département de médecine légale, expériences auxquelles son oeuvre puise abondamment.« Elle a commencé à écrire à 39 ans « mais j’ai voulu devenir écrivain dès que j’ai su ce qu’était un livre, précise-t-elle.Parce que j’ai toujours été une grande admiratrice de Dorothy T.Sayers, à cause aussi peut-être du petit côté sceptique et morbide qui est en moi, le roman policier m’attirait.» Elle dit cela avec un regard malicieux, trempant délicatement ses lèvres dans la tasse de café offerte par le personnel du Consulat de Grande-Bretagne.« Quand, dans ma petite enfance, on m’a raconté pour la première fois l’histoire de Humpty Dumpty, je me suis tout de suite demandé : est-il tombé, ou l’a-t-on poussé ?» sa vocation se dessinait.Elle se dit fascinée par la structure du polar.« J’aime qu’une oeuvre de fiction ait un début, un milieu et une fin.Comme chez Jane Austen, dont les romans possèdent souvent la rigueur de construction d’un bon policier.» En gestation de son premier roman, elle a hésité entre mettre en scène un détective amateur, dans la grande tradition britannique de style Sherlock Holmes, ou un professionnel.« J’en suis venue à la conclusion que le détective amateur était moins crédible : dans la vraie vie, l’amateur trébuche rarement sur des cadavres, il ne possède ni l’expertise ni les ressources techniques nécessaires.Les personnages à la Miss Mar-ple qu’on invite à prendre le thé dans le sillage de tous les meurtres ne me convainquent pas vraiment ! » Ce qui n’a pas empêché P.D.James de créer Cordelia Gray, histoire de rétablir l’équilibre et d’épicer ses romans de liens romantiques entre l’amateur et le professionnel.« Peut-être que je les marierai un jour.Quand ?Mystère ! Mes héros ne m’ont pas fait de confidences.» Pourquoi les dames britanniques sont-elles si portées sur le roman policier ?« Il existe une longue tradition de femmes écrivains en Angleterre.Le policier étant un genre populaire, pas surprenant que les femmes s’y soient attaqué.Mais il y a plus, je crois : la recherche d’indices, essentielle à l’intrigue d’un roman policier, repose sur les détails de la vie quotidienne, et les femmes ont l’oeil pour ces choses.En outre, le policier est un genre contrôlé.Avec ses conventions, il fournit un cadre rassurant à l’intérieur duquel les femmes se sentent en sécurité pour traiter d’événements violents.Les femmes subissent davantage la violence que les hommes : peut-être trouvent-elles là un moyen de l’exorciser ?» À ses yeux, le roman policier possède de grandes vertus.« Il fait fonction de catharsis face à notre peur de la mort, il nous permet de croire et d’espérer en un monde moral et juste.Le lecteur est réconforté à la fin du livre de voir un problème résolu grâce à l’intelligence, à la persévérance et au courage d’êtres humains.Je conçois le roman policier comme une petite célébration de la raison et de l’ordre dans le monde de plus en plus désordonné qui est le nôtre.» Comme quoi le meurtre a parfois une vraie fonction libératrice.4 Greg dans les écoles catholiques dirigées par les Jésuites qui touchaient une commission sur les abonnements.La direction avait une frousse mortelle de déplaire à ces gens-là.L’ennui, c’est que les ventes en kiosque baissaient dangereusement.Les dessinateurs, lassés, partaient pour Spi-rou.Franquin, Macherot quittaient le navire.J’y songeais aussi.Un jour, devant Georges Dargaud, l’éditeur français de Tintin, je me suis vidé le coeur, y allant de toutes mes doléances face au journal.Et il a fini par me demander ce que je ferais avec.De fil en aiguille, je me suis retrouvé L.DLTIME REBELLION LE FÉDÉRALISME CONTRE LES ABUS DES POLITICIENS Jean-Pierre Dandurand Une vue d’ensemble des effets du fédéralisme sur la politique, l’économie, la culture et la paix.En vente chez votre libraire ÉDITIONS DU TRÉCARRÉ JEAN PIERRE DANDURAND 192 pages 17,95$ Diffusion Diffulivre LA OU VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 titres sur tous les sujets 1246 rue St-Denis devant Raymond Leblanc, l’éditeur belge de Tintin, qui m’a engagé tout de go.Sans vraiment me demander mon avis.» Plutôt que de chercher à rapatrier les déserteurs, Greg a mis en place une nouvelle équipe.Des inconnus furent lancés : Hermann, Dupas, Dany, d’autres joueurs étaient changés de place.Vance qui faisait une série western, pas du tout son truc, a pondu Bruno Brazil, agent de la C.I.A.Greg mit la main à la pâte, améliora les scénarios des collaborateurs.Tintin remonta la côte.« Avant d’être dessinateur, je me considère d’abord comme un raconteur d’histoire, dit-il.Et quand je ren-contre un dessinateur capable d’améliorer mon histoire, de lui donner vie, je suis aux anges.Si j’écris pour un autre, j’essais toujours de me fondre en lui.Au contraire d’un Goscinny, par exemple, qui avait une personnalité très forte.Quand il travaillait avec un dessinateur, celui-ci se pliait à son style et se mettait à faire du Goscinny.Moi quand je travaillais pour Franquin, je faisais du Franquin, et aujourd’hui, avec Blanc-Dumont, je fais du Blanc-Dumont.» « Avec les longues histoires d’/l-chille Talon, le processus est inversé.Lorsque Pilote a cessé d’être un hebdomadaire, j’ai arrêté de faire des gags en deux pages, faute de lieu où les publier.Heureusement, un mensuel allemand m’a demandé de continuer Talon, réclamant 22 pages par mois.Après avoir pris des assitants, je me suis mis à écrire les Aventures d’Achille Talon.Le défi fut de plonger dans l’aventure un personnage qui n’était pas doué pour ça.Je pars d’une idée qui aurait pu servir pour Spirou, ou Bruno Brazil et je l’applique à Talon.Alors, forcément, l’histoire dérape.Parce que Spirou aura toujours un rôle actif alors qu’A-chille, qui n’a rien d’un héros, est entraîné malgré lui par les événements.Quand il part en voyage, c’est sa mère qui lui fait sa valise, puis elle lui recommande de ne pas prendre froid ».Greg est en train d’accoucher d’uri quarante-deuxième Achille Talon, qui s’intitulera : L'île en trop.À un concours, Lefuneste gagnera une Î1Ç où il entraînera Talon.Mais les organisateurs du concours voudront récupérer les lieux aux « caractéristiques extraordinaires ».Mais le plus extraordinaire, ce sont les mémoires que Michel Greg est en train de rédiger.Les amateurs de bd y trouveront de quoi se rassa-sier.Son histoire se confond littéra lement avec celle de la bande dessi* née.* W PROGRAMMES DE CULTURE CANADIENNE^ k * VOLET HISTOIRE DE L’ART VOLET ARCHITECTURE VOLET LITTÉRATURE MARDI, 13 OCTOBRE 13H30 ROBERT ADAMS Troisième d'une série sur les jardins au Canada Conférence avec diapositives sur LES JARDINS BUTCHART LEUR HISTOIRE, LEUR TOPOGRAPHIE Diapositives gracieuseté des jardins Butchart ni MÉTRO PLACE DES ARTS ^ ENTRÉE 5 $ (taxes comprises) LUNDI, 19 OCTOBRE 13H30 EBERHARD ZEIDLER Architecte de renommée mondiale Nombreuses réalisations canadiennes Conférence avec diapositives A LA RECHERCHE DE L'ESPACE HUMAIN Écoles d'architecture, surtout au Canada Textes français sur demande.CINQUIÈME SALLE BILLETS EN VENTE A LA PUCE DES ARTS LUNDI, 26 OCTOBRE 13H30 MICHAEL ONDAATJE Récipiendaire de 2 prix du gouverneur-général et du Prix premier roman de «Books in Canada» Lecture, commentaires, discussion Extraits de THE ENGLISH PATIENT, en lice pour le prix Booker, en Angleterre PLACE DES ARTS Réservations: 842-2112 ou 937-7937 Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 • le plaisir des mes Les Parizeau, une société distincte ! JACQUES PARIZEAU, UN BATISSEUR Laurence Richard, Éditions de l’Homme, 249 pages Pierre Cayouette CERTAINS esprits obtus hésitent encore à reconnaître que le Québec forme une société distincte.Personne ne pourra plus cependant douter, après avoir lu le panégyrique que consacre Laurence Richard à Jacques Parizeau, que les Parizeau, eux, forment une véritable société distincte.« L’homo parizensis », écrit d’entrée de jeu la biographe du chef pé-quiste, est « inventif, travailleur acharné, doué du sens des affaires, têtu, déterminé et doté d’une conscience sociale incarnée dans un engagement personnel ».Cette formule modeste est de Gérard Parizeau, père de Jacques.Jacques Parizeau a grandi dans une famille de la haute bourgeoisie francophone d’Outremont.; Il a été élevé à l’européenne, dans un milieu cultivé où la littérature, la musique et les idées étaient à l’honneur.; jll a étudié au collège Stanislas, aux HEC puis au London School of Economies.Chez les Parizeau, la formation dans les grandes universités d’Europe était héréditaire.Enfant, Jacques Parizeau baignait à un point tel dans ce milieu à l’européenne qu’il en méconnaissait la politique canadienne.Chez lui, écrit sa biographe, on ne discutait que de politique française, britannique et européenne.« Je suis né dans la bourgeoisie internationale.J’étais au courant de la querelle entre la maîtresse de Reynaud et la maîtresse de Daladier en France et de son influence sur la défense nationale bien avant de savoir qui était le premier ministre du Canada », confie-t-il à Laurence Richard.L’ouvrage, publié en pleine campagne référendaire, a créé un malaise.Surtout chez le principal intéressé.L’éloge emphatique qu’on y fait de M.Parizeau rappelle ces biographies complaisantes dont on peut un jour relire un « condensé » dans le Sélection du Reader’s Digest.Le héros y est un plus-que-parfait.Sa vie, pourtant semée d’embûches, est un parcours sans faute.Le lecteur en ressort à la fois ad-miratif et.complexé ! C’est que ce pauvre lecteur n’a généralement pas l u bâtisseur étudié au London School of Economies et il dû, lui, encaisser quelques échecs.Les biographies du genre cherchent jgénéralement à démystifier l’histoire.Comment ?Par le biais d’anecdotes qui nous font pénétrer dans l’univers des « grands de ce monde ».Ainsi, l’auteure raconte comment Jacques Parizeau a préparé l’évalua- tion du coût de la nationalisation de l’électricité à la demande de René Lévesque.Un dimanche après-midi de 1961, René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles du Québec, téléphone à Jacques Parizeau, professeur d’économie aux HEC.« Pensez-vous qu’on peut nationaliser les compagnies d’électricité », demande Lévesque à Parizeau.— Je n’ai pas la moindre idée.11 faudrait voir le dossier, répond Parizeau.— Venez chez-moi.J’ai le dossier.Lévesque réside rue Woodbury, près de l’université.Parizeau s’y rend et trouve Lévesque installé derrière une pile de feuilles.Parizeau et trois jeunes collègues de HEC se mettent à l’ouvrage.En quelques jours, ils calculent que la nationaliation de l’électricité coûteraient 300 millions $ C’est ainsi que débute sa carrière de mandarin.C’est ainsi que s’amorce aussi la partie la plus réussie de l’ouvrage de Mme Richard, la patiente démonstration du rôle extraordinaire qu’a joué Jacques Parizeau dans l’émancipation économique des Québécois.D’abord comme mandarin — c’était longtemps avant l’invention du cellulaire ! —, puis comme ministre, M.Parizeau a été au coeur de la création d’une « garde montante québécoise».De la Caisse de dépôt aux régimes d'épargne-actions.M.Parizeau a tout fait, avec un sens de la continuité remarquable, pour que les Québécois « se mêlent de leurs affaires ».Les plus vieux lecteurs du DEVOIR reliront par ailleurs avec sourire ce que M.Claude Ryan, alors directeur du quotidien de la rue Saint-Sacrement, écrivait au moment de l’adhésion de Jacques Parizeau au Parti québécois.« Les péquistes sentaient depuis la fondation de leur parti que le point le plus vulnérable de leur programme, c’était la politique économique, en particulier la difficulté où ils se trouvaient de réfuter avec assurance les objections économiques des adversaires de l’option souverainiste.Or l’adhésion de M.Jacques Parizeau a eu, à ce sujet, l'effet d’un catalyseur magique ».Cette biographie flagorneuse, revue et autorisée par M.Jacques Parizeau, est l’oeuvre de Mme Laurence Richard, attachée politique de René Lévesque de 1980 a 1982.Cette filiation somme toute récente explique peut-être l’absence de distance critique à l’égard des épi- sodes moins glorieux de la carrière de Monsieur».L’échec du Jour, le budget de l’an 1 et « l’erreur de micro » au congrès de 1981 ne sont que brièvement effleurés.Le temps pour M.Parizeau de j s’en justifier.Les anciens journalistes du Joui sursauteront.Parizeau reconnaît que ce furent les deux années les plus éprouvantes de sa vie, « un souvenir moche et répugnant ».Mais il attribue une large part de la responsabilité de l’échec du quotidien indépendantiste aux journalistes.« On s’est retrouvé devant un bon nombre de gens pour qui le journal devait faire avancer la cause de la révolution sociale.Il y avait maldonne ».Malgré son ton complaisant, l’ouvrage de Laurence Richard pourrait être d'une grande utilité à ceux qui, plus jeunes, cherchent à mieux comprendre qui est cet acteur majeur de la vie politique québécoise.L’ouvrage demeurera utile, aussi, pour comprendre pourquoi, Jacques Parizeau, ce fils de la grande bour geoisie francophone d'Outremont à la rigueur intellectuelle incontestable, ne déclenchera jamais les ferveurs populaires comme le faisait René Lévesque.En eaux troubles L’EAU BLANCHE Noël Audet, Québec/Amérique, Montréal 1992, 270 pages Pierre Salducci AUTANT le dire carrément, L’Eau blanche est un brouillon d’écolier, un tnanuscrit à l’état de projet qui né-çèssiterait encore des heures de travail avant de devenir lisible, et encore ce n’est pas sûr, tant les fautes, les maladresses et les aberrations grouillent à chaque page.Tout d’abord, Noël Audet fait preuve ici d’un vocabulaire particulièrement pauvre, ce qui est un comble pour un professeur de création.Il confond le sens des mots et mélange par exemple « effraction » avec « infraction », tout en s’égarant sur la signification de « bobard » qui veut dire mensonge et non « petit propos insignifiant ».Par ailleurs Noël Audet utilise mal certaines expressions.Ainsi on ne dit.pas « se faire un malin plaisir de » mais « prendre un malin plaisir à », on ne dit pas « être placé sous verrous » mais « placé derrière les verrous », tout comme le coup de foudre ne nous « tombe » pas dessus, c’est la foudre seule qui nous tombe dessus, on dit plutôt « avoir » un coup de foudre.Les exemples sont foisonnants et consternants, sans compter les répétitions permanentes d’une lourdeur épouvantable.La syntaxe de M.Audet n’est guère plus brillante.Souvent des marques de la négation ont été négli- gées, plusieurs phrases sont construites sans verbe tandis que d’autres font un usage abusif de pronoms relatifs, Noël Audet ne semble connaître que le « où », qu’il emploie à tort et à travers aux dépens de formes plus élégantes et même, plus grave encore, parfois en beu et place de « que » ou de « dont ».Par ailleurs, la concordance des temps n’est pas toujours respectée.Côté style, Noël Audet hésite en permanence sur la langue à adopter pour son récit et enchaîne maladroitement des expressions familières du Québec avec un français précieux de pur dictionnaire.Comment un ouvrier qui s’exprime avec des « j’ai t’y », des « stie » et des « Chus », peut-il dans le même souffle parler de sa blonde en évocant des tétons « mari-lynesques » et « neigeux » ?Encombré de tournures disgracieuses (« sa femme lui parut chose à envahir» ! !), de métaphores ridicules (un hélicoptère comparé à « une sauterelle geante en colère») ou banales (« s’étirer comme une jeune chatte »), le style demeure extrêmement lourd, chargé, redondant, jusqu’à la ponctuation elle-même qui laisse à désirer.On a droit néanmoins à de véritables morceaux de bravoure du genre : «.pour s’emparer d’une larme de fromage, alors les palais entraient en fête, car c’était bien dans cette cathédrale de la bouche qu’allait éclater le concerto culinaire.».Alors là, franchement! Noël Audet enchaîne en permanence clichés et banalités, ce qui nous vaut les pires pages jamais écrites sur l’adolescence (réduite à un éveil du désir dans l’oeil du père), et sur les rapports homme-femme, il y est également question du Grand Nord, des constructions hydro-électriques, de la cause des Amérindiens et de celle des Inuit, mais aucune progression dramatique ne parvient à se mettre en place tellement l’ensemble est dilué avec diverses scènes intermédiaires comme les soupers fins à Outremont, la virée sur les plages de Floride, la grève des ouvriers, etc.Parallèlement, les personnages ne possèdent pas une once de crédibilité et agissent en fonction d’une psychologie à deux sous que Noël Audet souligne en permanence à gros coups de crayon.Au bout du compte, L’Eau blanche se révèle comme le pire exemple d’une littérature en tous points pitoyable et d’une remarquable pauvreté.Tableaux épars LE MAL DE VIENNE Rober Racine, Montréal, L’Hexagone, 194 p.Pierre Salducci LE MAL DE VIENNE de Rober Racine est un texte déconcertant qui nous sort complètement de nos habitudes de lecture.En effet, ce premier roman est dépourvu à la fois d’histoire et de personnages, du moins dans le sens traditionnel du terme.Il faudrait plutôt parler de « rencontres » avec quelques personnalités singulières qui servent de prétexte à diverses explorations.Chacune de ces rencontres nous ouvre les portes de mondes très différents mais toujours originaux et qui se côtoient dans une sorte de folie collective.Ces personnages s’expriment principalement par le biais de longs discours sur des sujets plus ou moins excentriques ou par révocation de visions en général farfelues.Ils n’agissent pas ou presque.À l’origine, Le Mal de Vienne est une plongée dans l’univers bttéraire de Thomas Berhard, romancier autrichien.Studd (abréviation de Studio D) souffre de « thomas-bemhar-dovite », il vit, pense et ressent tout comme Thomas Bernhard et ses personnages mais sans jamais pouvoir l’exprimer aussi bien qu’eux.Par ailleurs, Studd est habité par toutes sortes de voix auxquelles il donne vie selon son humeur, se prenant à l’occasion pour l’un ou pour l’autre.L’univers de Rober Racine s’avère plutôt difficile à pénétrer et une solide connaissance de l’oeuvre de Tho-mas Bernhard, de Beckett, de Vienne (et de tant d’autres sujets) est nécessaire pour goûter pleinement toutes les subtiütés d’une démarche si érudite.De plus, le Uvre se présente comme un ensemble compact de 200 pages sans division ni coupure.Étouffant ! Même s’il pêche par une absence d’idéologie et une certaine confusion dans l’énoncé, le roman manifeste néanmoins une belle capacité d’invention qui aboutit à des tournures comme « Vous êtes diamétralement.Toi aussi, je trouve ça ?» ou encore « Je vais chronométrer ton visage».Ce travail sur la langue, doublé d’un goût pour le jeu et la manipulation, n’est pas sans rappeller le projet de certains surréalistes.Déjà connu en tant que concepteur en arts visuels, Rober Racine considère la littérature comme « un matériau visuel et sonore » ; en ce sens Le Mal de Vienne s’inscrirait bien plus comme une nouvelle étape de son évolution artistique que comme une véritable oeuvre romanesque.Riches et célèbres au Québec LE BAL DES ÉGO Carmel Dumas, Art Global, Montréal, 1992, 451 pages.Pierre Salducci VOICI un livre qui va faire l’effet d’une bombe.Sans aucun équivalent avec ce qui s’est déjà écrit au Québec, Le Bal des égo de Carmel Dumas va tout d’abord suiprendre par la nouveauté de son sujet et l’étendue de son propos.Par la suite, ce premier roman ambitieux ne manquera pas de séduire puis d’emporter l’adhésion de tous les types de lecto-rat, aussi variés et exigeants soient-ils.En effet, cette oeuvre consistante et audacieuse, de plus de 450 pages, parvient à relever, un par un, et avec brio, tous les défis qu’elle s’était fixés.Plus qu’un roman, Le Bal des égo est une chronique qui nous entraîne à la fois dans le milieu de la chanson québécoise et dans celui du journalisme culturel.Pour chercher des équivalents télévisuels, on pourrait dire qu’il s’agit d’un mélange des séries « Scoop », pour le journalisme, et « Fame », pour l’école du spectacle.Ainsi assiste-t-on à la naissance et à l’explosion de la grande chanteuse Fabienne Laçasse (qui n’est pas sans rappeler Diane Dufresne), et à la lente maturation de Charlotte Laten-dresse, journaliste pigiste, qui va connaître bien des hauts et des bas avant de trouver son équilibre.Construite autour de ces deux figures symboliques et antagonistes, l’intrigue met en scène également toute une série de personnages passionnant dont nous suivons à la fois les carrières et les amours, souvent étroitement liées.Même s’il s’agit d’une fiction, Carmel Dumas n’hésite pas dans son ro- man à jeter des ponts entre le réel et l’imaginaire ce qui est très habile et qui tient en permanence éveillée l’attention du lecteur.zciLe Bal des égo se double ainsi d’une valeur de document, à la fois sociologique et historique.Couvrant les quatre dernières décennies de notre actualité, Carmel Dumas nous fait revivre à travers ses personnages et avec beaucoup d’authenticité les différents courants de pensée qui ont marqué l’avénement de la révolution tranquille avec toutes ses conséquences.Par ailleurs la romancière inclut dans son récit de nombreux événements historiques et multiplie lek clins d’oeil entre les protagoniste^ qu’elle a inventés et certaines fi gures publiques du Québec.Un dosage très équilibré et souvent intriguant.Oeuvrant elle-même en tant qup journaliste pigiste dans le domaine culturel, Carmel Dumas sait de quoi elle parle.Ses analyses sont particulièrement percutantes, précises, détaillées, argumentées et elle nous fait découvrir un univers insoupçonné de conflits et d’intrigues, ainsi que tout un monde d’espoirs concrétisés et d’illusions perdues.Bien que construit à partir d’ingrédients mille fois utilisés comme l’amour, le sexe, l’argent et le pouvoir, le roman de Carmel Dumas conserve néanmoins une grande justesse de ton, une des principales qualités de la romancière étant justement de ne tomber dans aucun excès et de rester au plus près de la réalité.Ses personnages s’aiment, se détestent, se désirent, ou se séparent selon une évolution très convaincante.Leur psychologie est très bien rendue, la sensibilité et l’émotion sont toujours au rendez-vous.De plus, le tout est habilement construit et écrit fort honnêtement ce qui ne gâte rien.Un outil bibliographique indispensable sur l'histoire de Montréal Clés pour l’histoire de Montréal permettra aux chercheurs et à tous les amateurs d’histoire de découvrir tout ce qui a été publié sur cette grande métropole.248 pages 29,95$ CLÉS POUR LHIST0IRE DE MONTRÉAL ¦4 fn collaboration avec lo Fondation Lionel-Croulx Cl I S l’OCR I I IISTOIKI PK MONTRÉAL • JOANNE BURGESS LOUISE DECHÊNE PAUL-ANDRÉ LINTEAU JEAN-CLAUDE ROBERT Boréal TRIPTYQUE C.P.5670, SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL.: (514) 524-5900 ou 525-5957 CALLAS ÏÏÏÏTTTTTTÏÏ Réal La Rochelle CALLAS La diva et le vlnyle (essai) 400 p., 24,95 $ Pour le quinzième anniversaire de la mort de cette grande cantatrice: redécouvrez l’opéra, le disque et la voix, à travers une étude qui navigue en dehors des sentiers battus.CHRONIQUES DU METRO ANNE ÉLAME CUCHE Louise Champagne CHRONIQUES DU MÉTRO (nouvelles) 134 p., 14,95 $ Quelques-uns de ces récits sont réels, d’autres totalement fictifs, alors que certains, issus de l’imaginaire collectif des voyageurs souterrains, ont dû être écrits de toute urgence pour éviter qu’ils ne se produisent réellement.Chose certaine, quand vous refermerez ce livre, le métro de Montréal n'aura plus jamais le même visage pour vous.LA PISSEUSE Anne Élaine Cliche LA PISSEUSE 241 p., 19,95$ (roman) La pisseuse est une femme, un tableau, une séquence de film interminable, une expérience religieuse, une demande, une prière, bref: un roman.La pisseuse est le nom d’un parcours vers le sens d'une image perdue: un deuil, l'invention d’un mystère.DEUX OUVRAGES ESSENTIELS POUR COMPRENDRE LE DÉBAT RÉFÉRENDAIRE Andrée Ferretti et Gaston Miron LES GRANDS TEXTES INDÉPENDANTISTES Écrits, discours et manifestes québécois 1774-1992 Cette anthologie offre une vue précise de l'évolution de l’idée d'indépendance au Québec sur plus de deux cents ans, tout en la distinguant des thèses nationalistes.Elle a le grand mérite de rassembler dans une perspective historique ces écrits individuels ou collectifs, sur un sujet plus que jamais d'actualité: faire l’indépendance du Québec, sans marchandage aucun.500 pages — 24,95 $ En vente dès mardi en librairie Sous la direction de François Rocher BILAN QUÉBÉCOIS DU FÉDÉRALISME CANADIEN Cet ouvrage propose un bilan critique du fédéralisme canadien dans une perspective québécoise.Il identifie, de manière claire et précise — ce qui n'est pas le propre de Mordecai Richler ni de Pierre Elliott Trudeau et de son club privé Cité libre — les coûts et les bénéfices de l'appartenance du Québec au régime fédéral, tout en permettant de répondre aux nombreuses objections des adversaires de la souveraineté du Québec.412 pagos — 24,95 $ f}[an Wébécoic a ».l’Hexagone Lieu distinctif de l’édition littéraire québécoise vlb éditeur DE LA GRANDE LITTÉRATURE P-4 B Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 JAUNIS Wsm xmmî ROCK* DÉTE Bon chic, bon genre LE GARDIEN DES RUINES François Nourissier Grasset, 1992, 349 pages.Francine Bordeleau « À QUOI ça tient, un homme ?À presque rien : quelques silences, quelques hontes ravalées, quelques comédies.Tout ça tient debout par miracle ».Cette vérité implacable, malheureusement énoncée lors de l’épisode le moins convaincant du Gardien des ruines, est le leitmotiv du dernier roman de François Nourissier.Dans le genre « écrivain français », on ne fait pas mieux que Nourissier, ci-devant secrétaire général de l’Académie Concourt, critique littéraire et intellectuel affichant avec élégance et bon sens des idées conservatrices.Et l’élégance, c’est justement ce qui caractérise l’écriture fignolée de Nourissier.Une écriture au demeurant un peu académique, parfaitement maîtrisée, au ton doux-amer.Pour tout dire, l’oeuvre de cet écrivain-là évoque généralement pour moi un musée bien tenu rempli de toiles de peintres « classiques » et de valeurs sûres.Cette impression, Le gardien des ruines, encore plus que les autres Nourissier, a tout pour la conforter.Celui qui, ici, finit par consacrer sa vie à la préservation des « ruines » (entendre par là tout ce qui est vieux), c’est Albin Fargeau, un médecin parvenu, en cette journée de septembre 1981 qui occupe presque tout le roman, à l’âge respectable de 65 ans.Engoncé dans ses peurs, Fargeau apparaît comme le conservateur typique : incapable de vivre ce moment « brut » qu’est le présent, encore plus incapable de se projeter dans les incertitudes de l’avenir, ce personnage velléitaire se réfugie dans le passé, dans les vieilles idées et les vieilles demeures, et ne s’intéresse plus qu’à ses patients âgés.Comment devient-on conservateur, voire « réactionnaire » ?C’est à cette grande question que veut répondre Nourissier.Cette journée de 1981 sera ainsi parcourue de nombreux retours en arrière ?ceux-ci, commençant très exactement en 1938, donnent à lire l’évolution de la France à travers la drôle de guerre, les camps, la Libération, les années du général de Gaulle, la guerre d’Algérie, Mai 68.Faire tenir un roman dans une journée : le procédé n’est pas nouveau — l’irrésistible Georges Perec a poussé le procédé jusqu’à l’extrême en faisant de quelques minutes avant huit heures du soir, le 23 juin 1975, le temps de La vie mode d'emploi —, mais il séduit presque à tout coup.Alors que Perec utilisait ce subterfuge pour établir une sorte d’archéologie humaine, Nourissier s’en sert pour reconstituer l’Histoire et montrer comment elle façonne un homme ou, plus précisément, comment l’homme réagit à l’Histoire.La leçon de Nourissier est pessimiste.Né petit-bourgeois, Fargeau, qui s’aménage dans le XVIe arrondissement de Paris une vie tranquille et tiède, le restera.Être sans passion (Fargeau entretient une relation extra-conjugale, mais c’est un adultère bien pépère), se prétendre sans histoire bien que celle-ci, nécessairement, soit : serait-ce là les conditions de la survie ?Oui, quand on appartient à ce monde par essence décalé qu’est la bourgeoisie parisienne, un monde que, de toute évidence, Nourissier connaît trop bien pour ne pas lui garder une certaine tendresse.Cette journée de 1981 finira mal.Trois voyous feront irruption dans l’appartement de Vera, la maîtresse de Fargeau, pour dire au médecin ses quatre vérités.C’est l’épisode le moins convaincant de ce roman bcbg, dans lequel François Nourissier est finalement égal à lui-même : distingué et terriblement français.Bonsoir les choses mon beau souci.Mon plus secret conseil, de même que son roman Fermina Marquez n’ont pas une ride.Il a été un lettré, curieux des langues étrangères, un dilettante éclairé comme il ne s’en fait plus.Héritier d’une grande fortune, mais tenu sous tutelle par une mère abusive, il a beaucoup voyagé.S’il aimait Paris et son domaine de Valbois, c’est à Londres qu’il se sentait le mieux.Il a fait de fréquents séjours en Espagne, ayant une préférence pour Alicante.Ce journal est présenté et préfacé par Robert Mallet.Des coupures y ont été pratiquées.Larbaud n’était pas le moins du monde gidien.C’est en vain qu’on chercherait dans ces pages des confessions intimes.On nous indique que des passages ont été supprimés, des pages arrachées.Larbaud répugnait à compromettre ou même à gêner des personnes encore vivantes au moment de la publication.L’intérêt de ce journal ?Celui que l’on prend aux propos d’un écrivain race qui nous fait part de ses d’ici-bas découvertes littéraires et des gens qu’il rencontre.H y est question, par exemple, de Samuel Butler, qu’il a traduit et fortement apprécie, de soirées en compagnie de Fargue ou de Valéry, de la Comtesse de Noailles ou de Claudel.Il a écrit le début de son journal en anglais.La traduction française nous est donnée en regard.Il lui arrive fréquemment de citer en espagnol ou en italien.Il est évident que ce livre ne convient qu’à des lecteurs que la littérature et ses artisans intéressent.On est très loin de la production de masse et de ses denrées périssables.Fait-il allusion à une période de déprime, Larbaud mentionne qu’il était visité par des humeurs noires.Il n’en dit guère plus.C’est un homme qui sait se tenir.On peut en être agacé.Commentant sa lecture d’un roman de l’Américain Marden, il exprime l’avis que « ce n’est que de l’imprimé ».Il ajoute : « En tant que document sur le manque de culture du citoyen moyen des USA, c’est tout à fait remarquable.Pauvres gens ! Comme ils doivent être malheureux ! » Il estimait qu’un écrivain ne devait pas perdre son temps à se bâtir une réputation, à courtiser un public.Tout au plus devait-il par élémentaire courtoisie assurer une certaine présence.Nous connaissons également de lui quelques poèmes, dont quelques-uns sont remarquables.Celui-ci, par exemple : Lorsque je serai mort depuis plusieurs années / Puissé-je être une main fraîche sur quelque front ! / Et qu’on mette à mes débuts dans l’éternité, /L’ornement simple, à la Toussaint, d'un peu de mousse.Frappé d’hémiplégie en 1935, Larbaud ne prononça pendant les 22 dernières années de sa vie que des phrases éparses.Toujours sur un ton neutre, comme s’il ne comprenait pas le sens de ses paroles.Sans aucune intonation affective, rappelle Th.Alajouanine.Revenait souvent celle-ci : « Bonsoir, les choses d’ici-bas».Gilles AECHAMBAÏÏLT LIVRES Journal 1912-1935 Valery Larbaud Paris, Éditions Gallimard, 1955 PAUL VALÉRY n’y est pour rien, mais on s’entête à écrire le nom de Larbaud de façon erronée.On l'affuble d’un accent aigu fautif et, comme si ce n’était pas suffisant, on ajoute un trait d’union tout aussi inutile.Peut-être ne commettrait-on pas si souvent l’erreur si la personnalité et l’oeuvre de l’auteur avaient été autres.Larbaud est un écrivain pour Happy Few.Son univers est essentiellement bourgeois.Il participe de l’élitisme le plus pur.Le plus exigeant aussi.Prosateur d’une rare finesse, Larbaud a laissé des récits parfaits.Enfantines, Beauté, au boulot PHOTO LETELLIER Georges Simenon De la peur d’être Simenon Serge Truffaut GEORGES SIMENON a été ce qu’il n’a jamais voulu admettre qu’il était : un phénomène.Un phénomène économique, un phénomène cinématographique et, bien entendu, un phénomène littéraire.L’impression qu’au soir de sa vie il a tenté à maintes reprises d’imprimer sur ses lecteurs comme sur ses pairs de la République des lettres, à savoir celle de l’artisan qui met aux services de ses personnages des verbes simples et de pudiques adjectifs, est à gommer.Définitivement.Alors, pourquoi.Pourquoi tenait-il tant à se ranger du côte de l’ébéniste ou du forgeron des mots ?Par coquetterie ?Non.Par frousse.Il avait peur.Oh ! Pas une de ces peur qui pèse sur vos entrailles avec force, mais bien une peur de l’échec, de la déchéance économique, d’un déficit affectif et de cet insidieux quand-dira-t-on.À la lecture de la biographique, l’énorme biographie (753 pages) que Pierre Assouline vient de consacrer à celui qui a été bien autre chose que le père de Maigret, on sent, on saisit on apprend que la peur aura été le sentiment avec lequel il aura conjugué toute sa vie.Après lectures des ouvrages que Stanley Eskin, Fenton Bresler et Marie-Paule Boutry avaient signés dans les années 80, Assouline nous livre une grande découverte : la peur, fruit du mensonge qu’Henriette, sa mère, a imposé à sa naissance, a été la principale dynamo d’une oeuvre aussi massive qu'elle est intemporelle.Ah, Henriette ! Elle était si pieuse, si éprise de bondieuseries diverses « qu’elle n’a pu se résoudre à l’idée, nous signale Assouline, qu’il est venu au monde un vendredi 13, peu après minuit.Aussi, a-t-elle donné comme date de naissance à l’état civil le 12 février 1903, à 23h 30.» Le geste est lourd, pesant.Il symbolise, pour une bonne part, le reste.Ce qui va venir.En tout cas il annonce l’inconfort, le mal-être qui va caractériser avec force leurs relations et ce, jusqu’après la mort d’Henriette.Oedipe peut aller se rhabiller.On en doute ?« Trois ans plus tard, quand elle accouche de Christian, elle marque sa préférence pour son cadet et ne perdra jamais une occasion de rappeler cette prédilection, jusqu’à la fin de sa vie.A l’en croire, Christian est beau, doué, plein de charme et d’aptitudes.Georges, lui, est disgracié, lourd et laborieux.L’un obéit, l'autre pas.» Et lorsque Georges, depuis longtemps célèbre, informera Henriette que Christian est décédé, elle lui rétorquera : «.Quel dommage, Georges, que ce soit Christian qui soit mort.» Bigre ! La Cousine Bette de Balzac, qu’on se le dise, a été la mère de Simenon.De cette haine d’autant plus terrible que jamais ces protagonistes n’en couperont les liens, l’écrivain récoltera « un fort sentiment de culpabilité lié à une dépréciation de son image » que seule l’affection toute en retenue de Désiré, son père, pondérera.L’homme est dénué d’ambition.Il est « timide, dicret, pudique, économe de ses sentiments » et rempli d’humilité.De cette humilité que Simenon placera toujours au-dessus des autres qualités humaines.Désiré annonce Jules Maigret.Comme il annonce bien des personnages des romans dits durs.Alain l^efrançois, le héros de Le fils, écrit en 1957, c’est Désiré de la tête au pied.Il est là, dans ce roman, comme il est presque partout.Parfois, l’écho à son père est Fugace.D’autres fois, il est permanent.C’est le cas, par exemple, de L’Horloger d’Everton.¦ ; Hélas pour le petit Georges, son père était si inconsciemment épris ; d’humilité qu’il lui a été impossible de brosser les défenses qui aurait permis à son fils d’exorciser cette « peur d’être un raté.Peur d’être métamorphosé par son succès Peur que la reconnaissance n’agisse plus comme une compensation.Peur de trop bien se connaître au risque de ne plus pouvoir écrire r Peur que son inconscient soit éclairé.» C’est pas fini ! r « Peur d’être confronté à l’échec .Peur de manquer de tout.Peur que sa perversité comportementale ne devienne un jour une perversité structurelle.Peur d’être effrayé par sa propre souffrance .Peur, enfin, de ne plus être à l’heure.» Et Assouline d’insister : « La peur lui semble le pire des sentiments tant elle porteuse de maladies et de haines tenaces.Mais elle domine sa vie.L’évangile selon saint Georges ?Au commencement était la peur, puis vint la culpabilité.» L’un explique cela.La trouille a produit un phénomène.Pour mieux se cacher, se camoufler des autres il a écrit, écrit, écrit.Ainsi, lorsqu’un quidam évoquait ou faisait un lien entre tel trait de tel personnage et le créateur Simenon, il pouvait brandir tel autre bouquin pour illico invalider l’assertion qui lui était proposée.Il écrit des centaines d’ouvrages comme d’autres plantent des arbres pour mieux camoufler la clairière.Un exemple ?Si l’on se fie à vos écrits journalistiques pour la Gazette de Liège après la Première guerre mondiale, vous êtes antisémite.Non ?Et Le Train ! L’héroine n’est-elle pas une juive tchèque qui fuit le nazisme pour mieux rejoindre la résistance ?Ouais.Sauf que cette réhabilitation de soi n’a pas été confectionnée pendant la Deuxième guerre mondiale, mais en.1961 ! Parce que pendant la Deuxième guerre mondiale, la hantise de la pauvreté l’a amené directement dans les bras de la Continental, l'entreprise de production cinématographique mise sur pied par les occupants.Et que s’est-il passé ?Moyennant une importante aide pécuniaire, Simenon a collaboré à la réalisation d’un nombre imposant de films tirés de ses romans.Était-il collaborateur ?Difficile à dire.S’il est vrai qu’il a abondamment écrit pour les revues et journaux de l’époque, il n’a jamais, contrairement à un Céline, un Drieu La Rochelle, un Morand, un Brasillach ou un Chardonne défendu des positions politiques.Il faisait dans la fiction.Car, il faut le souligner, il détestait la haine.À cause de cette forte propension pour l’humilité il en était incapable.Ceci explique cela.Un phénomène, Georges Simenon en aura été l’illustration littéraire la plus achevée.Si Sartre a été l’existentialiste des fictions, Simenon en a été le phénoménologiste.Il a été, et demeure, l’artiste des natures mortes des sentiments humains les plus divers.Comprendre, mais pas juger tel était l’ex-libris de Simenon.C’est exactement ce que Pierre Assouline a réalisé.L’exploit est d’autant plus à souligner qu’il a effectué la mise à nu de Simenon, l’auteur qui fut toujours à la recherche de « l’homme nu.» ?Simenon, par Pierre Assouline aux Éditions Julliard- 753 pages. Le Devoir, samedi 10 octobre 1992 M D-5-.; Dans le ring Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes J'EN FAIS le pari.Le dernier Weyergans va se rendre aux prix littéraires de novembre, et peut-être au Concourt.Le livre est court, d’une seule volée, et se lit comme on regarde, à la télé, dans le pur hasard des heures creuses, un vieux film avec J ules Berry ; un de ces films montés par Colpi, décors de Trauner, Coutard à la caméra et peut-être l’révert au dialogue.Ce roman de Weyergans est d’ailleurs un coup de chapeau au vieux cinématographe, celui qui ne vit plus qu’à la télé l’après-midi ou tard la nuit.Coup de nostalgie pour ces films de l’entre-deux-guerres qui faisaient une heure vingt, rarement plus, et, comme le dit le narrateur de La démence du boxeur, « où l’action a la politesse de s’effacer devant la poésie ».La démence du boxeur, de François Weyergans, est un hommage au cinéma de Jean Renoir, de Max Ophuls, de Victor Sjostrbm, de Vittorio de Sica, et pour peu que les jurés Goncourt aient un faible pour ce cinéma de sépia ils vont craquer devant le portrait de Melchior Marmont, un octogénaire que Weyergans imagine en solitaire naïf et très amer, mais combatif, au bout de sa vie.Dans un délire de mémoire, où les images de la vie de ce producteur « qui a perdu beaucoup d'argent dans les années 30 avec des films que toutes les télévisions lui achètent aujourd’hui », et qui vient de tourner son premier film à 82 ans, s’entremêlent à celles du cinéma qui a le même âge que lui, Weyergans fait de Melchior Marmont un des mages du cinéma, qui est allé à Hollywood, guidé par les étoiles, faire brûler l’encens d'un art qui s’est volatilisé.Melchior Marmont, président de la société anonyme Melchior Films (production et distribution), a tout produit.Il a lui-même aidé à tuer le cinéma qu’il adore, en produisant le tout-venant du commerce, laissant en plan ses propres scénarios, ses désirs et ses projets.Avec jouissance : « Quand il prenait la décision de renoncer à un tournage préparé depuis des semaines et des mois, au lieu d’être de mauvaise PHOTO JACQUES GRENIER François Weyergans humeur en payant les dédits, il s’était chaque fois retrouvé dans un état euphorique égal à celui du joueur qui voit sortir à la roulette le numéro plein sur lequel il a lancé ses dernières plaques.Il gesticulait dans son bureau, annulant au téléphone des locations de matériel, dans des transes de derviche tourneur ».C’est que Melchior Marmont fonctionne autant aux revers qu’aux victoires.Comme un boxeur.Il a eu en mains le scénario du premier James Bond, mais n’a pas retenu.Il a laissé à d’autres des synopsis qui sont devenus des succès.Il a voulu intéresser Max Ophuls à un film sur Louis-Philippe, mais le cinéaste préférait cette année-là tourner La Ronde avec un autre producteur, « un film beaucoup plus simple ».A 20 ans il avait voulu être poète, chanter son siècle, secouer son siècle, « et il était parti pour les États-Unis dans l’espoir d’y éprouver des sensations qu’il qualifiait par avance de modernes ».À 22 ans, il tombe amoureux du cinéma en se faisant engager par Cecil B.de Mille, sixième assistant sur un film consacré aux amours du roi Salomon et de la reine de Saba.Il doit parcourir les rangs de figurants pour s’assurer qu’ils ont enlevé leurs lunettes et leurs montres.Soixante ans plus tard, vieux boxeur sonné, le voici revenu dans cette maison du Bourbonnais, à 35 kilomètres de Vichy, où, gamin, il a joué au conducteur de locomotive et vécu son adolescence, écrivant des poèmes à la lueur d’une bougie et s’endormant avec une main sur la poitrine pour s’assurer que son coeur ne cessera pas de battre durant la nuit.Cette grande maison délabrée, noire, froide, sans électricité, qu’il vient d’acheter sans en vérifier l'état, c’était le château appartenant au début du siècle à un propriétaire de scierie qui était l’amant de sa mère.Melchior et ses deux frères, le père mort à la guerre de 14, s’y étaient installés avec leur mère.Aujourd’hui, Melchior Marmont est seul dans cette maison qui lui appartient enfin.Ses quatre femmes sont enfuies ou mortes.Seule sa vie est là qui défile.Il s’est fait déposer ici au milieu de l’après-midi.Un taxi doit venir le prendre à 20 heures pour le ramener à l’hôtel.Le jour tombe.Il n’a pas sa montre.11 fait noir.Le vent se lève.Des volets claquent.Il a très froid, ses muscles s’alourdisssent, et il se souvient qu’il a tout à l’heure laissé ses gants dans ce qui était la chambre de sa mère, à l’étage.Il va y monter péniblement.Dans la tête de ce vieil homme qui grimpe à quatre pattes l’escalier qui le mène à l’ancienne chambre de sa mère, une nuit d’orage, repassent des séquences d’une vie bâtie sur l’espoir et le mensonge, sur l’amour et la fuite.Le narrateur nous dit que Melchior Marmont imagine la lumière des tubes au mercure qui va bientôt dissiper ces ténèbres.Qu’il « joue au poker avec Mark SennetL Qu’il prend un café avec Charpin.H î se revoit sur un plateau de télévision .parlant de ses mémoires que son fils ’ a écrit pour lui, inventant la moitié des anecdotes.Il a faim.À l’hôtel on • j a promus de lui garder un ballotin de - -sole aux girolles.Essoufflé, il , s’agrippe à la rampe de fer forgé.Il * monte.Une marche pour Maman ! , 11 voudrait que la lune apparaisse.• ; Si personne n’avait eu la curiosité de \ connaître les astres, le cinéma existerait-il ?Il se le demande, ’! j accrochant sa pensée, pensant à ce j j moine de Boheme, trois siècles auparavant, qui a appelé objectif des ; ] instruments à lentilles.Il croit entendre l’horloge du village, qui , j arrive aux 12 coups de minuit; , ! penché à la fenêtre, il va reconnaître la charrette fantôme, de son vieil ,, ami Victor Sjostrôm., celle qui, la ! j nuit, dans ce film de 1920, tirée par un vieux cheval charbonné, ramassait les morts.La Démence du boxeur, François Weyergans, Grasset, 1992,236 pages.Lazare entre deux morts La foisonnante langue créole A Poésie LAZARE Patrick Coppens, Laval, Éditions Trois, 1992.Avec dix dessins de Roland Giguère et une préface de Jacques Brault.Lucie Bourassa LE MYTHE de la résurrection est ici! revu et corrigé de bien étrange façon.Alors que l’évangéliste pré-séfite d’abord la maladie de Lazare pour marquer ensuite, par le mira-clé, la gloire divine, le poète met en scène un homme qui n’est ressuscité que « pour mieux entrer à vif dans sa mort », comme le dit Brault dans sa préface.Le récit sacré abandonne, au profit de ceux du Christ, les faits et gestes de Lazare au moment où celui-ci se lève « les pieds et les mains liés de bandelettes, et (le) visage enveloppé d’un suaire » (1).Patrick Coppens adopte au contraire le point de vue du miraculé : en suivant cet homme à la « mine de déterré » plutôt que Jésus, il creuse une béance entre leurs deux histoires — humaine, divine — de résurrection.Le silence biblique sur la « seconde vie » de Lazare signale-t-il une impossibilité qui ferait échec à la narration ?Lazarus, l’oratorio inachevé de Schubert, s’arrête après la mise au tombeau : le compositeur y a mis la transfiguration dans la mort même.Un récit de Gilles Quinsat (2) fait du ressuscité le double muet d’Orphée, incapable de ramener le secret du monde des morts.Coppens ne met pas l’accent sur l’inaccessibi- lité de ce séjour à la mémoire; il s’intéresse à la survivance angoissée d’un homme ordinaire que le hasard, inclus dans son nom, a élu.Cet homme est hanté par un soupçon d’indignité : « Pourquoi moi ?», et il joue aux cartes pour défier le vrai hasard.Mais sa survivance est vue en regard des deux décès qui la bornent : « Lazare, la maladie dont tu relèves fait de la mort un voeu posthume ».On comprend alors que l’aventure du miraculé ne pouvait être qu’un « roman évanescent », traité selon une poésie nostalgique de narration.L’intégration d’éléments de récit au poème, fréquente dans la production actuelle, est ici particulièrement réussie, sans doute parce que le rapport au mythe la rend nécessaire.Dans une langue maîtrisée, les poèmes enchevêtrent de façon microscopique plusieurs genres de discours : bouts d’histoire et de dialogues, aphorismes, descriptions métaphoriques.Lazare est il, tu, ou je, le texte multipliant à l’envi les voix, les temps et les points de vue, parce que nombre « de masques sont nécessaires — superposés, déplacés — afin de circonvenir l'unique voix monotone de Lazare » (Quinsat).Fallait-il pour autant que ce dernier disparaisse aussi souvent dans des poèmes apparemment éloignés du propos central ?Rien n’est moins sur, d’autant que les seuls titres internes au livre consistent en la numérotation de chaque texte, ce qui n’aide pas à en cerner l’organisation d’ensemble.On s’étonnera de voir, à côté de pages âpres aux évocations cadavériques, la pulpeuse sensualité rythmique des autres : « Olisbos et colibris, l’ombre se retranche dans les cages, collines et colliers, lourdes hé- rédités, cheptels errants ».Peut-être est-ce pour marquer fortement la tension entre la vie et la mort.On sera encore plus surpris de lire, dans un livre où les échos sonores sont une ressource d’écriture importante, que « les assonances assomment ».C’est que Coppens articule la question de la mort et de la résurrection à celle de la poésie : de même que Lazare est dépouillé de tout triomphe, de même toute présomption, toute habileté, notamment chez l’artiste, sont rabattues au rang de vanités.La dérision prend une grande place : « J’ai vécu l’agonie, et me voilà sur terre parmi des lecteurs bien-portants ».Mais elle ne cède pas au cynisme facile, qui valoriserait un taire pusillanime; ressusciter, écrire, ne sont pas sinécure, mais arrachement à un « non-être somme toute confortable » (Brault), car «les souffrances inutiles te font vivre écrivain, tentatives déchirantes aux dépens du papier ».Pluralité des voix, jeux de contrastes et d’ironie, tout cela empêche la rassurante lecture unique d’un livre où le mythe est repris dans une parole qui en déplace le sens en en valorisant les énigmes et les paradoxes : « Si j’ai vécu comme un cadavre / c’est que la mort m’a rejeté ».Ce Lazare un peu grinçant, auquel la préface de Brault renvoie un juste et éclairant écho, inquiétera, sans oublier de toucher discrètement : « — Chère Zéda.Mon dénuement n’a trouvé que ce papier taché comme mon âme et, comme elle, immortel, pour te dire mon amour ».1 — Jean, XI, 44.2 — Lazare et ses voix, Gallimard, « Le Chemin», 1977.Une séduction qui tourne court POING MORT Nina Baraoui Gallimard, Paris, 1992 102 pages.Hervé Guay A 25 ANS, Nina Baraoui a déjà commis deux romans chez Gallimard.Le premier, La voyeuse interdite, a connu le succès en librairie l’an dernier, en plus de lui avoir valu le prix du Livre Inter 1991.Poing mort pa-raît cet automne sur cette lancée.Derrière la grille d’un cimetière, une jeune femme solitaire côtoie les morts et remue leur terroir.D’elle, on ne sait que des brides.Fillette, elle a fait voeu de cruauté.La Mort l’a appelée, elle l’a suivie obéissante.Sur elle, cependant, l’étau de la méchanceté se resserre.On se demande qui pourra la délivrer de la morbidité qui la dévore.Il n’y a pas à tergiverser : indéniable que Baraoui possède une écriture de frappe, laquelle se remarque dès leS premières lignes.Ses mouches, par exemple, « s’accouplent comme dos amants en quête de ravissement » ; ses dévotes « ont les mains collées à force d’implorer».Saisissantes, les images naissent en enfilade sous sa plume.'Or, s’il y a profusion d’images créés, la technique ne varie guère et IflSse à la fin.Baraoui se sert le plus souvent des verbes pour doter d’a-umisme les choses.Chez elle, ainsi, la voix poignarde, étreint ou claque dU talon.De plus, les métaphores triples ou quadruples abondent (« Oi-séau de mauvais augure, graine avariée, joyeuse estropiée»).Encore qu’elles ne fassent qu’appuyer à nouveau sur la même tonalité.-C’est en fait le principal reproche qp’on peut faire à Baraoui d’enfour-'Cher sans cesse le cheval de l’igno-.minie et de la répulsion, sans varier.Tant et si bien qu’à la fin, cette accumulation de details immondes devient risible.Pour preuve, cette énumération qui frise le ridicule et que la protagoniste professe sans broncher.*.« J’arrachais les peaux, les croûtes et les boutons, je piquais d’un coup d’aiguille à tricoter le ventre des chattes et assistais à la noyade des indésirables; je tordais le cou des poules et des coquelets, je cirais le parquet pour qu’on tombe, dévissait les tringles à rideaux et tirais la chaise de mon voisin; je partais à la cueillette des fruits vénéneux, concoctais des bouillons néfastes et je dissimulais sous les oreillers des pa- quets de mouches écrasées ».C’est une chose donc, de jouer de l’horreur, par des traits, si poétiques soient-ils; une autre de pourvoir au dosage de cette avalanche nauséeuse.Oui, Baraoui fascine au début à force d’abjection et de barbarie.En revanche, l’ensemble est si univoque qu’après quelques pages, la séduction tourne court.Et pourtant, son récit s’étend à peine sur 100 pages.Un pamphlet décapant qui met à nu la farce constitutionnelle Laurent-Michel Vacher UN CANABEC LIBRE L’illusion souverainiste 90 pages 9$ L.M.vacih r «Un livre précieux car c’cst le seul de son espèce depuis longtemps.» Daniel Lalouche, Livre d'ici «Une contribution enlevée et provocante qui mérite d’être commentée et débattue.» Dorval Brunclle, Spirale Éditions Liber Cl*.1475, succursale B Montréal, Québec^.IISU SI.‘2 UN CANABEC LIBRE ÛU En vente en librairie LETTRES FRANCOPHONES TEXACO Patrick Chamoiseau Gallimard, 1992, 427 pages Lise Gauvin PATRICK CHAMOISEAU, romancier martiniquais que la critique française considère comme l’un des favoris au prochain Goncourt, a déjà derrière lui une oeuvre importante, tant individuelle que collective.Son premier roman Chronique des sept misères (1986) raconte l’histoire des « djobbeurs» du marché de Fort-de-France, son deuxième, Solibo magnifique (1988), est l’aventure d’un conteur mort d’une « égorgette de la parole ».Il a aussi publié Antan d’enfance (1990), récit autobiographique, et d’autres ouvrages sur les contes martiniquais et la Martinique.De lui Kundera écrivait : « Ce qui me plaît le plus chez Chamoiseau, c’est son imagination oscillant entre le vraisemblable et l’invraisemblable, et je me demande d’où elle provient, et où se trouvent ses racines ».(L’infini, 1991) Ses racines, il les trouve dans la ville et la culture créole, dans une mémoire diffuse qu’il tente de se réapproprier, dans une cohérence à décoder : « La ville créole qui possède si peu de monuments devient monument par le soin porté à ses lieux de mémoire.Le monument, là comme dans toute l’Amérique, ne s’érige pas monumental : U irradie ».Le livre précédent de Patrick Chamoiseau, publié en collaboration avec Rafael Confiant, racontait l’itinéraire des Lettres créoles, et s’intitulait Tracées de la littérature antillaise.Celui-ci reprend les étapes importantes de l’histoire martiniauaise et en constitue la chronique a travers la généalogie d’un personnage.On remonte ainsi jusqu’à la vie de l’esclave résistant, empoisonneur des boeufs du colon, jusqu’au cyclone qui anéantit St-Pierre et jusqu’à l’arrivée de Papa-Césaire et de de Gaulle, dont on ne saura jamais s’il a dit : « Mon Dieu que vous êtes français » ou « Mon Dieu que vous êtes foncés ».Fidèle à son projet déjà nommé dans l’Éloge de la créolité, Chamoiseau fait entendre les petits, les humbles, ceux dont la parole a été jusque-là occultée parce que non écrite.Après les portefaix du marché de Fort-de-France et Solibo le conteur magnifique, voici cette Marie-Sophie Laborieux, digne fondatrice du quartier appelé Texaco, un quartier périphérique de Fort-de-France abritant les plus démunis.Cette Mère Courage, femme de coeur et informatrice de l’auteur qu’elle nomme dans le récit Oiseau de Cham est une « câpresse très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immobiles».Mémoire collective et mémoires individuelles se jouxtent dans cette fresque constituée des mille histoires des uns et des autres, le père Ester-nome, Arcadius, Marie-Clémence, Sonore, Néolise, Idoménée.ainsi que des bribes repris des cahiers de Marie-Sophie, écrivain à ses heures, autodidacte qui a appris à lire en gardant des enfants et qui, au moment du plus profond dénuement, tient à mettre dans son baluchon quatre livres : un Montaigne, VAlice de Lewis Carroll, les Fables de La Fontaine, un Rabelais.Elle aura même, avec Ti-Cirique Thaltien, un lettré connaisseur de Rimbaud et de Jacques Stephen Alexis, des conversations qui augmenteront ses connaissances littéraires et lui feront prendre conscience de l’ambiguïté de l’écriture.« Oiseau de Cham, existe-t-il une écriture informée de la parole, et des silences, et qui reste vivante », demande-t-elle à celui qui se veut le « marqueur de paroles ».C’est cette interrogation à plusieurs niveaux, à rebours des certitudes apaisantes, qui fait l’intérêt et l’originalité de ce livre.Paradoxe de l’écriture qui transforme la vie en petite mort, qui s’abreuve de la mort pour la retourner en vie : « Écrire se porte bien au dernier bout d’un bord quelconque de soi ».La langue de Chamoiseau, cette langue française, recréée et « cha-moisisée », au dire de Kundera, demande une certaine adaptation de la part du lecteur.Celui-ci prend vite plaisir à constater que l’esclavage est devenu « l’estravaille », selon une tradition populaire que notre Sol québécois ne pourrait désavouer, ou à imaginer une veuve occupée à sonoriser » dans sa poitrine les haut-par1! leurs de treize chagrins ».Si l’ombrd de Rabelais se profile dans cette prose généreuse, on y sent constant* ment « le foisonnement ouvert de la langue créole».L’ensemble donne l’impression d’un continuum langa»; gier puisé aux sources du pluralism^’ et de la poésie.Plus proche de la mo1’ dernité surréaliste que de l’archaïsme cultivé avec soin ou des « effets de réel» donnés par l’usage de lexiques particuliers.C’est par cette conquête d’un langage, véritable lieu/ d’une poétique, que le livre échappe1 aussi bien à un exotisme facile qu’à • une asismilation rapide à la littéra1’ ture métropolitaine française, inté* ' gration qui ne pourrait avoir que des relents de culpabilité atavique.On a parlé à propos de Texaco d’épopée.Il serait plus juste d’y voir un grand geste collectif constitué d’une collection de petits faits, d’un certain regard sur le quotidien et sur les faiblesses mêmes des êtres, qui finit par susciter une admiration égale à celle des actions d’éclats.Ce qui frappe surtout dans cette suite de récits, c’est la tendresse avec laquelle le romancier prend le temps de dire, pour chacun de ses personnages principaux, les rêves et les ratés de la vie.Chamoiseau, dans une entrevue qu’il m’accordait il y a quelque temps, disait qu’il n’était pas libre d’écrire un roman d’amour « à moins de repérer ce qu’il y a dans l’amour de problématique pour (sa) collectivité ».Avec Texaco, l’écrivain a décrit l’amour dans ce qu’il a d’intime et de collectif.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Jean-François Chassay Le Jeu des coïncidences dans La Vie mode d’emploi de Georges Perec Le Jeu des coïncidences dans La Vie mode d'emploi de Georges Perec Collection Brèches 174 pages 15,95$ La littérature n’est plus ce qu’elle était.le discours scientifique contemporain ayant profondément modifié ses structures romanesques et narratives.Plus qu’une révolution, une évolution dont Jean-François Chassay offre une analyse remarquable.HIIK imisti HMH En vente chez votre libraire Aujourd’hui 10 octobre de 14h à 16h Lise Laçasse Avant d’oublier Aux Éditions TROIS 3 Jeudi 15 octobre de 17h à 19h LANCEMENT L’autobiographie dit monde Robert Richard Coll.^Impossible Les Éditions ‘BaCzac et REVUE L’IMPOSSIBLE No 1 dirigée par André Beaudet Vendredi 16 octobre de 17h à 19h André Dagenais • Le Travaillisme • Libérer/Renverser LES PRESSES UNIVERSITAIRES DE MONTRÉAL Dimanche 18 octobre de 13h à 15h Marco Micone Le fiquier enchanté 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Le fiquier enchanté
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