Le devoir, 19 décembre 1992, Cahier D
I « gpcga® iMi Hi liw iSKH OEFENSi PRIVATE I .- ss | PARKING : i 4 î ;è|$| ®!ï3ÉÉÏ«l§Sl§i iMIll; ïf» Ü H PHOTO JACQUES NADEAU 'Æt*K Hu** *î&2f: wmmi ^VJ»» iy-V' Y-V:.v -.*'-' ,'• OwMdu IraoMO I7k30.il 596 1280 Cuisine française Vin • Biere • Spiritueux Une bonne table.Sous la direction de Maurice LEMIRE La vie littéraire au Québec, tome2:1806-1839 Le projet national des Canadiens Un collectif consacré à l'histoire littéraire du Québec écrit sous un angle original, celui des institutions littéraires, de ses agents, de ses moyens de diffusion.De l'essai politique à l'éloquence religieuse, de la poésie aux écrits intimes toutes les formes littéraires y figurent xx-588 pages, 45$ Cité universitaire Sainte-Foy, Québec Canada G1K7P4 Tél.(418)656 5106 Téléc.(418) 656 2600 UN LIVRE À DÉCOUVRIR.En vente chez votre libraire ou chez l'éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL Coeur de créole Véronique Robert TOUT est douceur chez Patrick Chamoiseau.Ses gestes, son regard, sa voix.En même temps, tout est force tranquille d’une identité patiemment conquise et d’une pensée à la poésie exacte.Il se passe souvent la main sur le crâne, habituellement juste avant de résumer une idée en une de ces for-mules admirablement tournées dont il a le secret.L’écrivain martiniquais de 39 ans, lauréat du dernier Goncourt, vient de faire une incursion discrète au Québec.La lassitude inévitable d’une fin de tournée de promotion disparaît dès qu’il parle du sujet qui lui tient le plus à coeur: la créolité.En 1989, il a signé avec deux autres écrivains antillais, Jeqn Bernabé et Raphaël Confiant, l’Éloge de la créolité.Texaco, ce troisième roman qui lui a valu le Goncourt, aurait pu porter le même titre.Texaco est le nom d’un quartier pauvre aux portes de Fort-de-France, où des ouvriers agricoles dépossédés commencèrent à s’installer en 1950.Le seul espace encore disponible près de la ville était la zone de sécurité autour des réservoirs de pétrole de la compagnie Texaco, d’où le nom.La construction du quartier est amorcée et animée par une de ces femmes fortes dont l’obscur combat n’atteint jamais les manuels d’histoire: Marie-Sophie Laborieux, survivante toutes catégories.Lorsque survient un urbaniste chargé de raser le quartier bien des années après, Marie-So lui en raconte l’histoire et les origines.Sur deux siècles de la vie martiniquaise.C’est ce récit qui constitue la trame du roman «où tout est vrai, dans les anecdotes et les faits, et tout est faux, car je les ai reconstruits et recombinés».L’annonce du dernier Goncourt a fait l’effet d’une bombe.C’était la première fois, pour reprendre l’expression du quotidien Le Monde, que le jury se démarquait d’une «conception étriquée du roman français».Le sujet de Texaco sort déjà des rangs.Mais il y a plus: son écriture fait le lien entre la tradition orale et l’écrit.Autant la langue de Patrick Chamoiseau est belle et riche, autant elle n’a rien de conventionnel, puisqu’il l’enrichit de termes créoles.Avec grande originalité, comme le souligne Milan Kundera: «Chamoiseau n’a pas fait un compromis entre le français et le créole en les mélangeant.Sa langue c’est le fran- Patrick Chamoiseau çais, bien que transformé, non pas créolisé (aucun Martiniquais ne parle comme ça) mais chamoisisé».Eu chapitre de la langue, Patrick Chamoiseau évoque spontanément Rabelais.«Je partage ses visions de la liberté, de la folie, du manque d’académisme, du goût de la démesure.» Le Goncourt 92 en est convaincu: l’avenir sera transculturel ou ne sera pas.«Si on fonctionne dans le vieux sectarisme racial ou nationaliste de style années 60, qui cherche une langue — une histoire — un drapeau, on ne va pas s’en sortir».L’écrivain applique la formule à la Martinique aussi bien qu’au Québec.Il s’inscrit également dans le courant littéraire et politique actuel par la célébration du quotidien, des souffrances anonymes.«On est de plus en plus sensible aux non-héros, et on plonge sous l’Histoire pour retrouver les histoires.Tous les peuples qui sont venus dans les Antilles ont eu des trajectoires particulières, et cette histoire n’est transportée que par la mémoire orale, non par l’écriture coloniale».Patrick Chamoiseau voue une grande amiration à Aimé Césaire, «qui a poussé le grand cri de la négritude dans les années 1930.Voir page D-4: Chamoiseau Patrick Chamoiseau, lauréat du prix Goncourt 92.Romancier montréalais d’expression anglaise, David Homel connaît bien tout ce qui grouille et grenouille dans la faune littéraire anglo-montréalaise.Il éclaire pour nous de l’intérieur ses aspirations et ses déchirements.David Homel A S’EST PASSÉ au temps du smoked meat, un jeudi soir, cet automne.Chez Ben’s, sur le boulevard de Maisonneuve.Ce n’était Cas un jeudi ordinaire.rie foule d’au moins 300 personnes se pressait dans le restaurant vénérable décoré de photos de hockeyeurs et de chanteurs américains.On était là pour fêter la littérature anglo-montréalaise.Les jeunes espoirs tout de noir vêtus, style punk du boulevard St-Laurent, côtoyaient les tailleurs en tweed des dames de Westmount.Tout y était.On changeait de lecteur et lectrice toutes les sept minutes dans une chorégraphie éblouissante.Les profs de Cégep succédaient aux hippies recyclés venus réclamer leur part de marginalité.Puis, s’approchèrent les romanciers à temps plein sans emploi stable, suivis du poète chilien et du raconteur yiddish, lesquels laissèrent la parole (de justesse!) au fa-çonneur de vers prudents.Chacun venait faire son tour de piste avant de se remettre à ignorer son voisin.La communauté n’est pas grande; les conflits, inévitables.Un tel a écrit des méchancetés sur le dernier roman de l’autre, et se retrouve boudé par sa présumée victime.Le compositeur de sonnets ne voit que le dos de la poétesse, elle pour qui toute forme établie du langage n’est qu’esclavage.En voilà pour la solidarité linguistique! Les Anglais, vous dites?Lesquels Anglais?je vous réponds.Car, après tout, ce sont des écrivains, des corporations à un seul actionnaire, des êtres divisés, sépa- duit par un certain succès commercial.Ce statut nous vient souvent d’ailleurs.De temps à autre, sans aucune raison apparente, des journalistes de Toronto font le voyage jusqu’à Montréal pour enquêter sur l’agonie des derniers Anglais.Nous sommes toujours assez polis pour leur donner ce qu’ils recherchent, pour qu’ils fassent leur article et nous laissent en paix.De toute façon, comme le dit le commentateur littéraire Joel Yanof-sky, l’extinction et la disparition sont des métaphores pour tous les écrivains.La lutte pour la survie, c’est le pain quotidien des artistes, et si cette lutte peut recevoir un appui politique, tant mieux.On serait fous de refuser l’aubaine.Tout de même, rares sont les oeuvres qui abordent directement, sans détours, des thèmes politiques, quoique Gail Scott, Anpe McLean, et Scott Lawrence, pour ne nommer que trois écrivains, racontent à travers leurs livres la complexité de leur vie à Montréal.Toute une autre lignée de romanciers, nés ailleurs, profite du côté «étranger» de leur lieu de résidence pour s’attaquer au régionalisme de la littérature canadienne, quelle que soit sa langue d’expression.N’ayant jamais connu les années de gloire de la communauté anglaise, ils ne voient en Montréal qu un lieu où il fait bon vivre, et écrire.C’est leur base d’opérations, d’où ils partent pour ratisser le monde entier à la recherche de leurs obsessions du moment.Pas plus Français qu’Anglais, au fond, donc incapables de comprendre les motivations des deux groupes ethniques.Certains écrivains puisent leur inspiration dans la perpétuelle opposition entre les cultures.Cette résistance quotidienne donne à Kenneth Radu, par exemple, une conscience accrue de sa propre langue, du monde intime de ses fictions.«Je ne me suis mis à écrire qu’à mon arrivée au Québec», avoue-t-il.Faut-il être écrivain pour apprécier les effets sains et fécondateurs de l’éternelle opposition linguistique?Toute romancière qu’elle soit, Sharon Sparling n’a pas envie de philosopher.«Je suis tannée d’être marginalisée, d’être laissée de côté par Toronto parce que je vis ici», gémit-elle.Sa plainte pourrait faire écho à celle de beaucoup d’autres écrivains résidant hors du centre médiatique de Toronto.Voir page D-4: Montréal Le Devoir, samedi 19 décembre 1992 CHFe e.n anglais à ]\AonWé.a rés.Le fait de parler une langue commune n’y changera jamais rien.Qui plus est, plusieurs d’entre eux refusent l’étiquette «écrivain anglais».Oui, ils s’expriment dans la Tangue de Shakespeare, mais n’ont pas une goutte de sang anglais dans leurs veines, et aucune sympathie pour la culture britannique.Allez après ça mettre les «Anglais» dans le même panier culturel Là où les troupes se rejoignent, c’est dans le combat.Les écrivains anglos de Montréal détestent Toronto et refusent de se voir comme des Canadiens-Anglais «comme les Graffitis à autres».Ils sont «distincts».À leurs yeux, les «English Canadians» sont des êtres apolitiques, sans style, sans tradition littéraire, qui ne savent même pas faire la noce (le pire reproche!) Le même discours que tiennent certains nationalistes québécois face aux Canadiens-Anglais.Et pour des raisons identiques: un faux complexe de supériorité né d’une position minoritaire.Pour prouver leur supériorité, ils évoquent la solide tradition montréalaise en littérature anglaise.Pendant que le reste du Québec disait son chapelet, et que les Canadiens-Anglais singeaient les Britanniques, au cours des années 1930 et Montréal.1940, les Anglos de Montréal mettaient au monde la première vraie poésie moderne au Canada.Frank Scott, Irving Layton, A.M.Klein, Louis Dudek — la génération qui nous a légué Leonard Cohen et David Solway — participaient déjà aux mouvements du vingtième siècle.Et ne nous étonnons pas si beaucoup d’entre eux sont des immigrants juifs; ils ont compris que l’on peut «‘arriver» par la parole aussi sûrement que par le commerce.«La littérature canadienne moderne fut fondée ici, clament les écrivains actuels.Nous en sommes les légitimes héritiers, et que personne ne l’oublie!» • le plaisir des ivres PHOTO-MONTAGE JACQUES NADEAU Deuxième terrain d’entente pour cette communauté: jongler avec la perspective de sa propre disparition.Le fameux exode des Anglo-Québécois, l’attrition de leur communauté, leur procure un frisson malsain.On parle sans cesse de déserter, tout en faisant construire un ajout à sa maison.Ah qu’il est doux de jouer à se faire peur! Comme si l’idée de l’extinction donnait à la communauté une féroce énergie nourissant l’élaboration de ses oeuvres.Et puis soyons cynique: les minorités sont à la mode de nos jours, et le statut de minoritaire officiel confère une distinction qui se tra- SOMMAIRE Les choix 92 Pour ce dernier numéro de l’année - Le Plaisir des livres ferme durant la période des Fêtes et reprendra fin janvier -, et à titre de choix cadeaux, plusieurs chroniqueurs nous présentent les meilleurs crus littéraires de 92.D-6 et D-8 La Divine Édition À Noël comme toute l’année, le marché du livre religieux se porte bien.Il s’est réformé, dépoussiéré, et ses éditeurs ressentent moins les effets de la crise économique que leurs pendants «laïcs».Un reportage de Stéphane Baillargeon.D-4 La tornade antillaise Le Goncourt à Chamoiseau, le Nobel à Walcott; en cet anniversaire de la découverte de l’Amérique, les écrivains antillais ont la cote.L’ouragan des Caraïbes a aussi frappé le Québec.Des articles de Hervé Guay et de Lise Gauvin.D-5 » ^999999 D-2 ¦ Le Devoir, samedi 19 décembre 1992 Douleur juvénile Sp^j£3f?k' mfWi \ Odile fus* Tremblay §d& : a Entre A les lignes AU COMMENCEMENT était la tristesse.Du moins celle de Cioran, philosophe qui fit du .pessimisme une morale.Au commencement de la vie de Cioran donc était cette tristesse-là, déjà contenue dans ses écrits de jeunesse, lesquels exsudaient la mélancolie comme une fleur son parfum.L’auteur du Précis de la décomposition, plus Français que les Français, écrivit ses premiers livres, on l’oublie souvent, dans sa langue maternelle, le roumain.Il y a deux ans paraissait en traduction son tout premier essai au titre , évocateur Sur les cimes du désespoir.Voici que sort : aujourd’hui dans la langue de Molière Le livre des leurres, ouvrage qui parut en 1936 aux Editions Cugetarea de Bucarest, et sur lequel le jeune philosophe s’est fait les dents.Cioran a 25 ans, il vient de terminer ses études de philosophie à Bucarest, et il est déjà fataliste, cultivant un désespoir adolescent qui ne se connaît pas encore, mais gémit sur lui-même, s'apitoie, appelle un absolu qui lui échappe et mêle les pulsions hormonales aux grands drames métaphysiques.Les traducteurs avouent s’être ; arrachés les cheveux sur cette prose roumaine échevelée, pleine d’aphorismes et de jeux de mots en principe intraduisibles.Quant à Cioran, pas fou, ou à tout le moins prudent et parant les coups, il dit ne plus se reconnaître aujourd’hui dans cet ouvrage.“Ce n’est pas moi.ou du moins, ce ne l’est plus.Avis aux détracteurs» Il ne se fait pas d’illusions: son fan club, nombreux en France, celui qui goûte ses aphorismes Cioran Le livre des leurres Tr.uluil ua K truck >1 Humors ILaxIn ïS: épurés comme des haïkus, risque d’être déçu par le salmigondis de ses premières proses.Mais il se consolera en découvrant les commencements qui présagent la suite, explorant le chaos avant que la terre ne se sépare des eaux, et que n’émerge un style de ce fatras.Le Cioran de la maturité, écrivant en français depuis 50 ans à Paris, sera ce nihiliste esthète aux yeux de qui «La création fut un premier acte de sabordage».L'auteur de La tentation d’exister tendra toute sa vie à la non-existence, affichant un dégoût pour tout ce qui s’agite et qui s’illusionne, à contre-courant de son époque étourdie d’action, taoiste esseulé sous la tour Eiffel.A 25 ans, à Bucarest, Cioran est déjà Cioran.11 manifeste un goût pour la formule choc, les thèmes qui allaient l’inspirer toute sa vie sont en place:la sainteté, la douleur, l’amour, la musique, la religion, la philosophie, la mort.Mais empilés les uns sur les autres, dans un désordre pas toujours artistique.Le livre des leurres est comme une forêt embroussaillée, foisonnante d’idées qui partent en tous sens, trop riches, trop désordonnées, avec des illuminations ça et là.Sa prose de jeunesse tient du voyage hallucinogène et du grand délire mystico-existentiel.Ni récit, ni poème, ni prière, mais un peu tout ça, avec des exhortations aux troupes, “frères n’entendez-vous pas l’appel de la sérénité, et son immensité plus chaude et plus douce?N’êtes-vous pas saisis par la nostalgie des lointains, vastes comme vos douleurs?» On s’y perd, on s’y retrouve, il y a à boire et à manger, des plats un peu indigestes souvent.Et allons y pour les formules, parfois faciles et creuses «Les hommes n’ont pas compris qu’il n’y a pas de meilleure arme contre la médiocrité que la souffrance», avec lesquelles alternent de belles phrases sur la mélancolie au «charme voluptueux qui rend les souffrances fluides et les dissipe comme une illusion».Triste, triste, inconsolable Cioran.Toutes les sources du poète-philosophe deviennent ici visibles, avant qu’elles ne soient gommées, harmonisées dans une personnalité adulte.On retrouve dans cette philosophie qui se cherche, un brin de l’ascétisme de Schopenhauer, un peu de l’héroïsme Nietzchéen, l’influence des poètes et des grandes saintes mystiques, avec qui ce fils d’un prêtre orthodoxe partage un très judéo-chrétien sens de l’expiation et du péché.Il n’y a pas d’autre éthique hormis l’éthique du sacrifice».Sur les femmes («sexe condamné»), les lapalissades et les lieux communs sont de mise.Nous sommes en 1936 ef les préjugés des Pères de l’Eglise ont encore la cote.L’amour ne peut donc à leur contact qu’être suspect.«L’amour des hommes et celui des femmes, a quelque chose de fangeux, de sale et de rampant», tranche-t-il.Lejeune Cioran est habité par cet amour de la musique, qui sera une des grandes passions de sa vie, et qui lui inspire déjà ses plus belles pages: -Il y a dans l’ivresse musicale un chant de tous les organes, un hymne de chaque fibre, une vibration extatique devant le charme voluptueux des cimes; ou encore «Bach nous parlait de la tragédie des anges, Mozart nous parle de leur mélancolie.Mélancolie angélique tissée de calme et de transparence, jeux de couleurs».Etrange prose vertigineuse, qui s’écoule comme un torrent de lave et de boue, pleurnicharde, parfois sublime, qui nous montre surtout les ficelles de Cioran, et démystifie sa pensée.Certains cachent leurs écrits de jeunesse.On comprend pourquoi.Ils les révèlent et les compromettent.?Le livre des leurres Cioran, traduit du roumain par Grazyna Klewek et Thomas Bazin, Paris, Gallimard, 1992, 264 p.DEFENSE DE LA LIBERTE Judith Jasmin, Boréal/240 pages LE RECUEIL rassemble des transcriptions de conférences et de reportages diffusés à Radio-Canada.Dans les premières, la grande dame interroge des problèmes toujours actuels, le rôle social des journalistes, le terrorisme, le nationalisme au Québec et dans le monde, la place des femmes dans la société.Les reportages transcrits ( avec listes des images à l’appui ) posent un regard lucide et compatissant sur des sociétés et des minorités en mutations, les Noirs américains, les Algériens du début des années 1960, les Inuits et les Indiens du Québec.Les textes ont été recueillis et sont présentés par Colette Beauchamp, qui vient de publier la biographie Judith Jasmin, de feu et de flamme ( Boréal ).LES ÉTRANGERS SONT NUES Pierre Desproges, Seuil/120 pages UN TRUC pas du tout «Politicaly Correct», mais alors pas du tout.Tout le monde passe à la casserole après avoir été haché menu.Une trentaine de nationalités en tout, Anglais, Chiliens, Coréens, Français et même les Canadiens.Pas tendre avec nous le monsieur: «La première chose qui saute aux yeux, chez le Canadien, c’est sa médiocrité.(.) L’homme est veule, mou, lâche, stupide et mesquin, voire socialiste.En résumé, nous dirons que le Canadien est imbuvable.Ne buvons point les Canadiens, Broutons les Canadiennes.» Pierre Desproges est décédé.Les textes ont été écrits pour l’hebdomadaire sulfureux Charlie-Hebdo, en 1981.Ils sont maintenant illustrés par des dessins originaux d’Edika.RENAISSANCE ET HUMANISME Gallimard-Larousse coll.«Découverte Junior»/100 pages ENCORE des illustrations époustouflantes, encore des textes courts et chocs pour ce neuvième volume d’une histoire du monde qui en comprendra 20.Le livre du temps des cent révolutions, de la Renaissance où tout se bouscqle.Où Luther et Calvin réforment l’Eglise et déclenchent l’intolérance de Rome.Où banquiers et marchands de l’Europe du Nord sont plus riches que rois.Où artistes et philosophes de l’Italie placent i’Homme au centre de l’Univers, où l’univers perd son centre, le corps humain son mystère, la nature son idéale immobilité.LETTRE À UN JEUNE POETE Rilke, Seuil/142 pages PAS BESOIN de présenter ce monument des lettres modernes., réédité pour une énième fois dans une nouvelle collection où des oeuvres de Musset, Hugo, Flaubert, Wilde et d’une dizaine d’autres géants lui tiennent déjà compagnie.Le texte est accompagnée d’une postface un peu baveuse du J romancier Christophe Donner: «Je n’écoute pas ses conseils, marchant du même pas, pouffant de rire à ; certaines de ses fadaises, et parfois, transporté par le génie de sa bienveillance, j’ai envie de crier, • mais de toute façon, tout au long de cette prose qui est une des plus belles, il n’y a rien qui me soit utile, car je suis déjà, bien avant de le ; lire, écrivain.» QUÉBEC 1792 Denis Vaugeois Fides/172 pages L’ouvrage rappelle qu’à plusieurs points de vue, le Québec d’aujourd’hui est né de 1792, date de la mise en place des institutions parlementaires.Vaugeois, lui-même ancien ministre péquiste, s’intéresse aussi aux questions territoriales et aux acteurs, d’ici comme ailleurs, qui ont contribué a créer la Province de Québec.S.S.Stéphane Baillargeon CARACTERES est mort, vive Jamais sans mon livre.Après des journées de valse-hésitation la semaine dernière, la direction de la chaîne française France 3 a finalement décidé du sort de son magazine littéraire animé depuis six ans par Bernard Rapp.Caractères sera retiré de la grille horaire avant Noël et, en échange, /K LIRE E MOIS- LA PCR " une technique qui révolutionne l'analyse biologique, depuis le diagnostic médical jusqu'à l'étude du virus du sida.LA PHYSIQUE DU TAS DE SABLE: un quatrième état de la matière aux comportements surprenants.RECHERCHE Bernard Rapp animera une nouvelle émission intitulée Jamais sans mon livre, chaque dimanche à 18h, à compté du 17 janvier prochain.Et pourquoi ce choix?La faiblesse de l’audience de Caractères (2r/i en moyenne) a évidemment pesé lourd.De nombreux commentateurs ont d’ailleurs crié au scandale, le Syndicat de la librairie soulignant encore une fois les contradictions de la télévision publique déchirée entre les exigences de la course à l’audience et le désir de maintenir un certain espace culturel.L'affaire Caractères» n’a pourtant pas eu lieu.Le principal intéressé n’a pas voulu jouer le rôle de bouc émissaire du sacro-saint marché, de victime de la dictature des cotes d’écoute ou de martyr censuré des arts et des lettres.“On dirait des déclarations de syndicats d’épiciers, a dit l’animateur.Si rémission était si bien, pourquoi ne se sont-ils jamais manifestés?» Une chose est certaine, la nouvelle émission sera plus dans le ton mass-média et grand public.Fini l’atmosphère de salon, dans l’accélérateur, le rythme lent et charmant qui avait fait la marque de Caractères et de son ancêtre Apostrophes.En fail,Jamais sans mon livre portera moins sur les livres et les auteurs que sur la lecture et les lecteurs.On va demander à des lecteurs plus ou moins célèbres de venir parler de leur passe-temps favori et on va même faire appel à des reporters qui pourront par exemple cueillir des enfants à la sortie des écoles pour leur parler littérature.Finalement, à côté d’Ex Libris animé par Patrick Poivre-d’Arvor, il ne reste que ce bon vieux Bernard Pivot et son émission Bouillon de culture pour tenir la barre haute, sans compromis, mais sans grand succès non plus, avec deux points d’audience en moyenne.La disparition de Caractères va peut-être même lui servir: France 2 songerait a programmer sa bouillante émission, dès janvier, à l’heure de la défunte.Le Vent d’Ouest dans les voiles GUY LAMOUREUX et Ghislain Cloutier, deux jeunes créateurs de bande dessinée de Montréal viennent de signer un contrat pour trois albums avec la maison d’édition parisienne Vents d'Ouest.Il y a eu de prédédents, Robert Rivard et ses Pixies, le duo Godbout-Pournicr et leur célèbre Red Ketchup.Le héros de Lamoureux (créateur du projet et dessinateur) et Cloutier (co-scénariste) s’appelle «Salomon Boor».Le premier tome de ses aventures dessinées devrait sortir des presses au printemps 1994.LU STRATEGIES DE LA PCI-L'ARBRE FONTAINE L'USURE DES CONTINENTS • LA NAISSANCE DE LA MICROSCOPIE également au sommaire: PRIX.NOBEL (T DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE L'ÉROSION PROFONDE DES CONTINENTS LA NAISSANCE DE LA MICROSCOPIE N° 249 • DECEMBRE 1992- EN KIOSQUE -5,95$ »101389489 1000840803 OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT — UN AN: 55,00 $ + (TPS) + (TVQ) Je souscris à un abonnement d’un an (1 1 nos) au prix de 55,00$ ¦ 7% (TPS) 8% (TVQ) 63,56 $ Nom________________________________________________________________________ Adresse____________________________________________________________________ Ville- Code postai____________________________ A retourne' accompagné de /o!,e règlement a Diffusion D méd a, 539, boul.lebeau, Ville Saint-Laurent H4N 1S2 " Un délai de 6 à 12 semaines interviendra entre la date de la demande d'abonnement et la reception du premier numéro.L abonné(e) le sera pour un an à compter du premier numéro reçu » m Chronologie illustrée de l’Histoire Universelle Les faits, les hommes, les civilisations TOUTE I/HISTOIRE DU MONDE EN UN SEUL VOLUME! De la préhistoire à aujourd’hui, un survol complet des grands courants politiques, culturels, scientifiques, philosophiques, religieux, artistiques, de tous les pays, de toutes les civilisations, a toutes les époques.99,95 S Un OUVRAGE l)E RÉFÉRENCE INTARISSABLE! eO-HC TIS / Albin Michel Universelle CHARLES TAYLOR - PRIX LÉON-GÉRIN 1992 Grandeur et misère de la modernité «Un ouvrage majeur [.] Ce que j'ai lu de plus clair et de plus novateur sur la modernité depuis très longtemps.» (Robert Salelti, Le Devoir) Vol.Je 112 fuiije.i — N,()5S ÉDITIONS BELLARMIN - COLLECTION «L’ESSENTIEL» CLICHE RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON OU TEXTE MAL IMPRIME Le Devoir, samedi 19 décembre 1992 ¦ D-3 L* le plaisir des ivres Bilan 92 Les nouveaux thèmes du roman québécois Jacques Allard QUE RETENIR de la vingtaine de romans dont j ai proposé ici une première lecture depuis le printemps dernier?Repoussant l’idée prématurée d’une synthèse que seule la décantation du temps permettra d’esquisser, on peut toujours y aller de notes sur les thèmes et valeurs qui paraissent dominer.On peut partir d'un fait: l’inexistence du thème religieux ou si l’on veut de la représentation du spirituel dans les histoires que l’on se raconte.On a beau se dire que la laïcisation de notre société en a historiquement disposé depuis plusieurs décennies, cela ne suffit pas pour qui tente de comprendre le discours imaginaire qui nous habite.L’unique roman où la vie religieuse est mise en texte, celui d’Antonine Maillet: Les Confessions de Jeanne de Valois ne s’attache guère qu’à ses PHOTO JACQUES NADEAU Antoninc Maillet aspects extérieurs, affirmant avant tout la valeur sociale de la contribution d'une communauté à l’éducation en Acadie.Où est donc passée l’interrogation si fondamentale des années 50?Celle des André Lange-vin, Jean Simard et autres?Même les formes éclatées ou parallèles des pratiques actuelles (un millier de sectes, paraît-il dans le Québec d’aujourd’hui) n’arrivent pas a faire quelque figuration.Voilà qui en dit sans doute assez sur la vieille théorie du roman-reflet et tout autant sur nos ruptures intimes.Aurions-nous davantage investi dans l’imagination de la Cité?Accouché de quelques grandes utopies de l’organisation sociale?Redessine la carte du pays rêvé?Cela ne parait pas dans l’échantillon parcouru.Ce qui se dit le plus souvent à ce propos passe d’abord par un discours de l’intimité où se jouent le rapport à soi, puis à l’autre.On le voit au mieux dans le pays du cocon tissé par Jean O’Neil dans Lise et les trois Jacques: là où l’espace intime se construit sur le régional.Ou encore dans la Dolores de Georges Dor qui propose de revenir aux solidarités profondes de la souche où s’abolissent les classes sociales.• Devant ce village à retrouver, se présente l’option de certains personnages, comme chez la narratrice de Pauline Harvey dans Un homme est une valse: le cocon, oui mais à la condition qu’il soit renouvelable; ou en déplacement comme chez le Benjamin Tardif de François Barcelo.Dans ce monde désacralisé ou pollué, de toute manière peu habité, comme dirait le roman de Pierre Nepveu, la reconstruction de l’espace ne paraît pouvoir se faire qu’à travers la redécouverte de l’amour.Celui du couple?Là, c’est généralement la dérive, souffrante ou même souvent fatale (Avenue de Lo-rimicr d’André Vanasse).Plutôt celui des rapports du père et de la fille diraient Des mondes peu habitésioù la fille est promesse de vie) et Avant d'oublier où l’héroïne de Lise Laçasse finit par trouver enfin sa maison après sa recherche du père.A écarter, semble-t-il, les faux pères, les encore séduisantes figures d'autorité, comme les professeurs d’université {Quelques adieux, Avenue de Lorimier, — ou encore Terrains vagues de Michel Dallaire, mais c’est alors dans un paysage intime qui transcende les frontières comme chez Marie suivant l'été de Lise Bis-sonnette >.A travers cette opposition du cocon et d’un espace plus vague, agrandi aux dimensions du monde (américain et européen), où se présentent ainsi des figures de fusion ou de réconciliation sociale, se situent aussi les propositions de Marco Micone (Le figuier enchanté): Tailleurs s’installe sans complexe dans l’ici.Mais aussi celles, tout au- PHOTO JACQUES NADEAU Marco Micone tant critiques, de Louis Hamelin (Cowboy) où T Autre, T Amérindien si proche, paraît finalement sacrifié, perdu.Cet Autre, si nécessaire, peut être toutefois retrouvé, du moins historiquement, dans le Guanahani de Louis Lefebvre.Ou encore, mais cette fois dans le réel immédiat, avec Noël Audet dont l’Eau blanche démontre que la reconciliation avec le Naturel (Amérindien) s’accomplit pour autant que les barrages ne soient qu’hydro-électriques.Ainsi semble pouvoir se bâtir une nouvelle société dont la réussite serait fondée sur la richesse du mariage des traditions et des ethnies.Ce tableau (partiel) de fin d’année confirme qu’un nouveau dialogue des valeurs a cours dans notre imaginaire.Parallèlement à un discours du plaisir encore très présent mais souffrant (La maison rouge du bord de mer) et de moins en moins narcissique, se tiendrait celui d’une nouvelle cité fondée sur des rapports renouvelés: ceux du père et de la fille (son intensité parfois incestueuse en est une marque); du natif avec le migrant mais tout aussi bien du natif avec l’aborigène (c’est peut-être le thème prédominant); enfin du cocon regional avec le monde occidental (jamais notre roman n’a autant manifesté ses références externes).Rêve-t-on encore du roman total?de l’oeuvre définitive?Voilà déjà des oeuvres qui pensent et parlent à qui veut bien les entendre.Tout cela est imaginaire, évidemment.Une mère d’autrefois BELLE-MOUE Huguette O'Neil, Montréal, Éditions Triptyque, 1992, 95 pages Pierre Salducci BELLE-MOUE» est le surnom donné à Bertha par son gendre à partir d’une déformation de ¦ belle-mouman», diminutif que tout son entourage devait adopter par la suite.A ce simple détail, on comprendra que le récit de Huguette O’Neil est une histoire de famille.Plus particulièrement, l'évocation des relations liant Bertha et sa fille aînée, auteurc du récit.Huguette O’Neil, journaliste de formation qui signe ici son second titre, brosse le portrait d’une mère québécoise d’autrefois dans lequel on reconnaîtra sans doute bien des femmes du début du siècle et des années ch1 la grande noirceur.Bertha Lapointc-Tanguay meurt a l’hôpital le vendredi 15 juillet 1088.Le récit s’ouvre sur le moment difficile où on choisit de débrancher les appareils qui maintiennent la patiente en respiration artificielle.S’ensuivent aussitôt les inévitables tracasseries autour des funérailles, les parents à prévenir, les cérémonies à prévoir.On se recueille et les souvenirs affluent.C’est l’heure des bilans.La famille s’interroge et chacun se reproche ce qu’il a fait ou oublié de faire au coups des derniers instants.A partir de cet événement tragique, la narratrice réfléchit sur les lliipiirllr Ir\ril ^ lri|*l»i|iif- BELLE-MOUE i ¦¦¦ -a relations tumultueuses qu’elle a toujours entretenues avec sa mère et essaie de les expliquer.Elle plonge dans ses souvenirs, ressuscite de petits détails oubliés et va jusqu’à recréer le cadre de vie qui fut celui de sa mère.Peu à peu le récit se transforme' en une entreprise de réconciliation à cheval entre l’hommage et l’autoflagellation.Avec des mots parfois rudes, l’auteure constate l’ampleur des dégâts: «vois-tu maman pour pardonner il faut comprendre aujourd'hui si je raconte ta vie c’est pour te parler te dire ce que je n’ai pas dit pour arriver à comprendre ta faiblesse ton manque de préparation pour faire face aux difficultés de la vie te pardonner d’avoir été une charge pour moi et une honte».Dans Belle-Moue, Huguette O'Neil fait alterner les tranches de vies avec ses propres commentaires (en italique et sans ponctuation).Elle dissèque les personnages afin d’établir leur part de responsabilité dans l’ordre des choses.11 apparaîtra finalement tiue Bertha, comme tant d’autres à son époque, a fait ce qu’elle a pu avec ce qu’elle avait, (c’est-à-dire avec son seul instinct en guise d’instruction) et qu’on ne peut la tenir complètement responsable de ce qu’a été sa vie comme de ce qu’elle a imposé aux autres.Cette constation permettra à la narratrice non seulement de pardonner à sa mère ses erreurs mais en plus de la remercier de ses efforts.Par son souci de l’analyse ( Haute ui'e fait même référence à des psychanalystes de renom) et par la gravité et la sensibilité du regard, Belle-Moue n’est pas sans rappeler d’autres textes de femmes comme ceux d’Annie Ernaux, de Marie Cardinal ou d’Anne Philippe, lesquelles ont également traité ce sujet.C’est en tout cas un livre poignant dont le ton est très touchant et qui sonne juste d’un bout à l’autre.Belle Moue a obtenu le Prix Gaston-Gouin de l’Association des auteurs des Cantons de l'Est.Cette belle'récompense est à mon avis tout à fait méritée.emballages-cadeaux 9h.22b LIBRAIRIE HERMES n?0.av.Laurier oue»t.Outremont, Montréal fol (514) 274-3669 - Fan: (514) 274-3660 Flora Balzane» % Soigne (a chute FLORA BALZAN O .[.] c'eut un livre qui entre dans la catégorie des “llvres-quc-l'aurals-voulu-écrlrc' (un sur mille environ).• Pierre Foglla, la Presse l‘« I I It ' I I I IYZ Maintenant disponible en format poche i 9,95$ 815.rue Ontario f st bureau 20 ).Montréal (Québec) H2L IPI 400 chevaux à Paris LE SABOT DE BREL j Blondin Robert roman.Montreal.Quinze, 340 pages Jacques Vllard VOICI UN récit galopant comme Tannée qui s’achève.11 met en scène 400 chevaux qui, en 1989, auraient été lâchés en toute liberté dans la grisaille parisienne du matin.dévastant tout sur leur passage, rues, commerces et habitants.Les Ringo du Croissant, Québir de Chenu, Pussy Cat, Sagacity.Rose du Beauvoi, Quiriam, Tarif du Bois, Paysan du Sorbai et autres Stie de Katevalc, tous purs-sang de l’hippodrome d’Auteuil, ouvrent par leur cavalcade le deuxième roman de Robert Blondin qui se veut un hommage ricaneur à Jacques Bref L’animateur de Radio-Canada (on a pu l’entendre récemment à L’Aventure de CBF) avait déjà publié 7e de solitude ouest (Quinze, 1989) après s’être fait connaître dès 1978 par ses recueils de lettres anciennes (Chers nous autres, VLB) et des essais (Le Bonheur possible, l’Homme, 1983; Le mensonge amoureux, l’Homme, 1985).Autant de titres qui n’annonçaient pas forcément l’ambition du Sabot de Brel.Le titre provient d’une histoire de sabotévidé dans lequel Jaekv (le nom ici porté par Jacques Brel) se serait coincé le pied avant d’entrer à l’Ecurie, bar-restaurant de la rue Castagnary ( 15e arrondissement) où se trouverait précisément une plaque de laiton rappelant l’événement.L’anecdote ainsi portée en titre dit assez à quelle enseigne critique on loge: on ne peut épouser cette vision dit monde qu’à la condition d’en retourner la sympathie acide contre qui s'adonnerait au culte du disparu.Prendre à la lettre la proposition libertaire du chanteur bruxellois peut conduire à libérer des chevaux mais si c’est pour créer un événement médiatique, être par là quelqu’un parce que médiatisé, cela ne peut que conduire à la bêtise dénoncée par l’oeuvre même de Brel.Cette idée de départ a conduit Blondin très loin dans le rêve et le délire qui portent ses personnages, quelques-uns directement inspirés de ceux-là mêmes de Brel.La galerie très eoloree comporte les fameuses Madeleine et Mathilde, très librement développées et beaucoup d’autres tune bonne douzaine d’acteurs principaux) qui sont interreliés par les liens de la famille, de l’amour ou de l’amitié.Les connaisseurs de l’oeuvre et de Ut vie du poète-chanteur pourront faire les nuances, mais il n’est aucunement besoin de s'y connaître pour participer à l’étourdissante équipée narrative: 38 chapitres où se déploie une verve assortie d’une connaissance precise des rues et des quartiers de l’aris et même de ses environs.Pas de tourisme là, pas plus que dans l’épinglage qui est fait des habitudes des cousins.Même si cela tourne un peu court sur l'idiosyncrasie parisienne, il y a du - vécu» qui ne ment pas.En ce sens, on peut dire que jamais auparavant la vision québécoise de la France (surtout celle de la capitale) ne s’est trouvée aussi bien attrappée.On pourra faire des rapprochements avec Maman-Paris, Maman-la-France iLeméac, 1982) mais, une fois éliminés quelques clichés communs, ce sera pour opposer au folklore des retrouvailles historiques propre à ce roman de C.Jasmin une prise directe sur le réel.Plus encore, la québécité (incarnée en un personnage de femme ou véhiculée à travers le festival western de Saint-Tite.) cohabite aussi avec le monde belge où Ton retrouve les parents de Jacky.L’originalité du projet et le travail condidérable de ht recherche, sans parler de la copieuse scénarisation font regretter que ce roman n’ait pas bénéficié d’un élagage plus sévère de l’écriture: l’allant, la vivacité de la narration conduit à une recherche d’expressivité mal contrôlée, ce qui donne des lourdeurs d’effet (avec beaucoup de points d’exclamation) aussi bien que des périphrases, comme c’est souvent le cas dans notre roman.A cet égard, le Sabot se range du côté des oeuvres des praticiens de l’écriture «sauvage» (de Jean-Jules Richard à Christian Mistral ) plutôt que du côté des jouisseurs du verbe (classique ou non).Il était donc inévitable que ces Français parlent un peu québécois (sans jouai, si Ton peut dire) en «posant des gestes».En France, on les fait, tout simplement.sans doute parce qu’ils ne posent pas problème.Cela dit.le Sabot de Blondin claque fort et bien, particulièrement dans le PAF (paysage audiovisuel français).En cadence, dans un récit cavaleur qui chante encore dans la mémoire quand on referme le livre.mrnmmm LES INCONTOURNABLES MS-DOS 5 WORDPERFECT 5.1 WINDOWS îl.l 24 p.avec support 9,95$ ch.ZOÉ À 1A (GARDERIE Zoé découvre lu garderie* et se fuit de nouveaux amis Texte: Isabelle Richard Illustration: Bruno Rouyèrc 24 p - album couleur 9,95$ ^ Z Athanase-David 1992 Prt* «¦ss André Major Histoires de déserteurs «Ses Histoires de déserteurs, imperméables au temps qui passe, soutenues en outre par un style et des rebondissements qui gardent en haleine, continuent de procurer un rare bonheur de lecture.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil 464 pages ?29,95$ Boréal au rendez-vous de la littérature ZOÉ EN AUTOMOBILE ()ue peut-on bien faire durant un long voyage en automobile?Texte: Isabelle Richard Illustrations: Bruno Rouyère 24 p.album couleur - 9,95$ CUISINE LOGIQUES CUISINE SÉDUCTION Des recettes, des suggestions de cadeaux, des lieux, des atmosphères Andrée et Fernand I.ccocj 149 p.- reliure spirale 14,95$ BUNGALOPOLIS Les aventures de Jérome Bigras et de sa fidèle tondeuse Kcx! un CKOC-alhum de Jean-Paul Kid 48 p 12,95$ ©HIEN Mode d'emploi T««4 I* qi>* «M'puo< '•««*»» H*„rrui mtr, itlt.t e» Editions LOGIQUES MON CHIEN, mode d'emploi Tout ce que vous devez savoir sur les chiens en un seul livre Eric Pier Sperandio 256 p.reliure de luxe - 24,95$ Les Editions LOGIQUES (\P 10.suce I) Montréal ()(' H3K 3B9 Tel.: (5141933-2225 FAX: (514)933-2182 LOGIQUES » LOGIQUES » LOGIQUES » LOGIQUES » LOGIQUES « LOGIQUES « LOGIQUES » LOGIQUES » LOGIQUES • LOGIQUES D-4 ¦ Le Devoir, samedi 19 décembre 1992 DES LIVRES m - À BIEN 5 MEILLEURS PRIX | ile Parchemins rci / (c \ s t* v % ’ V: * E Montréal % | i t | w y.y r \ O1 P f en, | a P l'c -H I \ Vi il 3 i MONTRÉAL MÉTROPOLE DU QUÉBEC Éd.: De L’Homme £ Prix ord.: 49,95 $ Notre prix: 37,45$ TASCHEN Petit format ' DALI Prix ord.: 9,95 $ Notre prix: 6,95$ Dans la même collection au même prix: Airbrush, Arcimboldo, Bosh, Chagall, Gauguin, Lichtenstein, Matisse, Picasso, Renoir, Lautrect, Van Gogh, Kandinsky et plusieurs autres.TASCHEN Grand format If.KLIMT Prix ord.: 24,95 S Notre prix: 17,95$ Dans la même collection au même prix: Art contemporain, Art nouveau, Cezanne, Magritte, Monet, Miro et plusieurs autres.i ?Montréal Madame Sparling met le doigt sur un point névralgique: celui du lectorat, ou plutôt de l’absence de lectorat.Qui vous lit quand vous êtes un Anglo-montréalais écrivant dans une ville où la majorité de la population parle une autre langue?Quelques-uns des écrivains ont contourné le problème en se faisant traduire.Mais le public francophone persiste à bouder leurs livres.Décourageant! Le mot «isolement» revient sans cesse dans la bouche des auteurs anglo-québécois.D’où leur vient cette im- K'ession d’être coupés de tout?Le ontréal des Anglais représente quand même un marché important; la prolifération de librairies anglophones en témoigne.Les écrivains ne sont pas plus isolés ici (isolés de quoi, justement?De Toronto?cette ville que les écrivains vilipendent?) qu’ailleurs.Bien sûr, le catastrophe est toujours possible.S’il y a un exode de la communauté anglophone, si les institutions (cégeps, universités, journaux, radios, etc.) s’effondrent, ce sera bien plus difficile de s’adonner aux arts de la plume ici.Mais j’entends d’ici les protestations des écrivains Franco-québécois, qui nous trouvent bien chanceux d’avoir accès au marché canadien, américain, britannique, etc., sans passer par la traduction.Que voulez-vous?L’un jalouse éternellement l’autre.Sans vouloir décevoir les partisans de l’agonie permanente, je constate qu’on assiste à une renaissance de la communauté littéraire anglophone de Montréal.Fait à souligner: un appui sérieux lui vient d’une institution jusqu’ici silencieuse: The Gazette.La foire du livre anglais tenue au printemps et réitérée le mois dernier, a attiré une foule énorme.Une association d’éditeurs anglophones du Québec a vu le jour, et milite pour faire connaître ses auteurs au public.Et la «cellule» montréalaise du Writers’ Union of Canada (1TJNEQ) canadienne), qui se démarque politiquement de plus en plus de sa maison-mère à Toronto, a instauré des rencontres littéraires qui n’ont rien des ennuyantes lectures de textes d’autrefois.Alors, parlons de notre disparition, soulevons la menace de tomber dans le trou noir de l’Histoire à tout jamais.Mais, surtout, que la fête continue, et plus fort! Car le sort des écrivains d’expression anglaise est lié au sort des écrivains partout en Occident à la fin de notre millénaire.?Chamoiseau C’était ce qu’il fallait faire à ce moment-là.Mais cette génération, sous prétexte d’universalisme, a effectué une certaine rupture avec la réalité créole: pour être universel, on sort du pays, de tout ce qui est petit dans le pays.Cela donne une littérature qui nous a servis, évidemment, mais qui était hors-sol, hors-peuple.» «Les tenants de cette littérature dominante ne reçoivent pas bien un texte comme Texaco où il y a une présence créole dans la langue.Le héros césairien est un surhomme; celui de Texaco est obscur, sans grade, sans gloire».Le public antillais lui, qui boudait les surhommes, s’est tout de suite reconnu dans les oeuvres de Chamoiseau et des auteurs de sa génération.«Pourtant, si le gouvernement français décidait d’enseigner le créole à l’école, ces mêmes personnes seraient les premières à refuser, car la culture créole est dévalorisée».Le créole est menacé de disparition, prévient Patrick Chamoiseau.«Comme toute langue dont la transmission n’est pas organisée.Avec chaque Martiniquais qui meurt, ce sont des dictionnaires entiers qui disparaissent.» COLLECTION GRANDS ROMANS À travers les voyages, les combats, les aventures et les amours d’un jeune légionnaire idéaliste, Johnny Montbarbut nous plonge dans les délices du dépaysement et nous ramène à une époque à jamais révolue dont il ne reste que la nostalgie d’un nom magique: l’Indochine, Un roman envoûtant, écrit avec passion.344 pages • 27,95 $ LES EDITIONS BALZAC 22, av.Balzac • Candlac, Qc » J5R 2A7 * Tel.: (514) 444-8650 • Fax: (514) 659-9710 des idées et des livres, passionnément • Johnny Montbarbut Le Voyage en Indochine roman Pour sauver la langue, donc la culture créole, il n’y a qu’une voie.«Exalter l’imaginaire de la langue, répète-t-il.Dans Texaco, cela implique explorer des lieux qu’on ne regarde pas, montrer un génie architectural, une présence culturelle, une dignité humaine, toutes choses qui vont nous apprendre à mieux nous apprécier et à revendiquer cette dimension particulière».Cette «dimension particulière», c’est l’indépendance politique de l’île, que l’écrivain ne conçoit surtout pas comme une rupture brutale de liens ancestraux avec la France, mais comme la seule voie possible en 1992.Adolescent, Patrick Chamoiseau pensait devenir peintre.Mais dans une famille pauvre, un crayon et du papier coûtent moins cher que du matériel d’artiste.11 se souvient des trois premiers livres qu’il a lus Alice au pays des merveilles, Germinal de Zola et un Pagnol.«Ils m’ont marqué à jamais: fantaisie, petit peuple et humour sont des éléments que j’ai conservés».Sa mère lui rapporte ensuite tous les livres qu’elle trouve: policiers, romans-photos, science-fiction, bandes dessinées.«Cela m’a permis de devenir un lecteur universel».Chamoiseau se bat pour sauver sa culture, les femmes comme sa mère se battaient pour survivre, point.Cuisinière chez les bourgeois, sa mère est un des personnages qui sont entrés dans la composition de Marie-Sophie.«Texaco ne pouvait avoir qu’une femme comme héros.En Martinique, l’homme était condamné à une révolte ouverte: c’était le nègre marron qui refusait l’esclavage et se réfugiait dans les bois.Une femme avec des enfants ne pouvait en faire autant.Les stratégies de survie déployées par les femmes furent le fondement de la société martiniquaise»'.Patrick Chamoiseau ne s'attendait surtout pas à recevoir le Goncourt.Ce prix «améliora mes conditions d’écriture» mais ne changera pas grand-chose à sa vie.Juriste de formation, il continuera à faire son métier d’éducateur auprès des jeunes délinquants, —il a mis cinq ans à écrire Texaco par ses soirs et les fins de semaine.Le Goncourt a ses inconvénients: il sait qu’on l’attendra au tournant.«Mais cela pèse moins sur moi qpe sur ceux qui font des livres coup par coup.Mes romans sont reliés entre eux et je sais ce que j’écrirai ensuite».C’est-à-dire?«Je me suis intéressé jusqu’à maintenant au mécanisrtie de la parole, à la problématique de l’oral et de l’écrit.Je vais maintenant m’intéresser au silence, aux rituels et aux symboles, dans une histoire qui reste à définir».Un pas de plus dans la sauvegarde de la culture créole.MONTREAL — Photographies de Michael Drummond — — Présentation de Michel Tremblay — ALBUM PHOTOGRAPHIQUE 133 PLANCHES COULEURS L'écrivain et le photographe, unis dans une aventure commune, révèlent au Montréalais, prisonnier de son regard, une ville qu'il avait oubliée.28 cm x 30,5 cm 148 pages/29,95$ En vente chez votre libraire Le Devoir, samedi 19 décembre 1992 ¦ D-5 • le plaisir des ivres L’année de la tornade antillaise Hervé Guây il 'rtP; ÉLOGE DE LA CRÉOLITÉ Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant.QaHimard, Paris, 1989, p.52 -3iU' iflhr UNE TORNADE antillaise a frappé le monde littéraire cet automne.Non seulement sur le plan international avec l’attribution du prix Nobel, au Jamaïcain, Derek Walcott, rpais encore au sein de toute la littérature d’expression française, le Québec y compris.En France, Galimard a donné le .tonj publiant coup sur coup le Guadé-loupéen Ernest Pépin et le Martiniquais Patrick Chamoiseau dont la «pauvre épopée» allait remporter le Concourt.De France est venue aussi la traduction du ro- Ïan d’un Trinida-en installé désormais à Montréal, Nell Bissoondath.Son Retour à Casa-quemada (Phébus) a été un des points forts de la rentrée québécoise, i "Mais ce n’est pas tout.Deux autres romans de l’automne ont évolué avec bonheur les Antilles: le dernier Dany Laferriè-re; Le goût des jeunes filles (la suite efa quelque sorte de L’odeur du café) et:le Guanahani, du Québécois de bouche Louis Lefebvre, qui s’est rendu jusqu’à la finale du prix du Gouverneur général.Ce mouvement de fond antillais «lest pas le fruit du hasard.La cpmmémoration du 500e anniversaire de la «découverte» de l’Amérique par Colomb fit sans doute pencher la balance de l’Académie royale de Suède.De plus, le métissage culturel est à l’honneur dans le nouveau discours politique., Les six livres de cette tornade antillaise ont ceci en commun qu’ils font un sort aux vertus et vices des .Caraïbes.Que ce soit à travers le càùchemardesque retour au pays • lihtal) de Bissoondath, la geste populaire du Texaco de Chamoiseau qu éncore dans la rencontre hispa-no-antillaise de Guanahani.>¦ l Les nombreux visages des Caraïbes y sont évoqués de manière différente, encore que dans l’ensemble, l’éloge l’emporte sur la cri- Derek Walcott, tique.En fait, seul Bissoondath fait un portrait des plus noirs des Antilles.Son protagoniste considère la culture de son pays (une île non nommée des Caraïbes) «comme une culjture en voie de désintégration».A l’opposé, Dany Laferrrière dépeint surtout la chaleur d’un monde où jeunes filles et poésie s’entrecroisent.L’action se passe toutefois à l’ombre de menaces macoutes.Quant à Ernest Pépin, sonHomme au bâton met en scène avec ironie le magique et le merveilleux de l’imaginaire Gua-déloupéen dont il louange la fertilité.Chez Derek Walcott, si le lyrisme domine, l’amertume est aussi de la partie.Il se sait «nègre rouge» dont même «les négros n’ont pas voulu».Texaco de Chamoiseau raconte la conquête d’un droit de cité: celui arraché de vive lutte par les habitants d’un bidonville de Fort-de-France.Même si en chemin, les souffrances ont abondé, ce haut-fait leur redonne une sorte de dignité.Par ailleurs, la diffusion et le succès soudains de la littérature antillaise coïncident avec l’émergence de sociétés occidentales de plus en plus , cosmopolites.En prix Nobel 92.termes caraïbes, «Le monde va en état de créolité».Une rencontre, comme l’illustre Guanahani, qui ne se fait pas sans heurts.Encore que de l’avis du prix Nobel, le choc des civilisations soit souhaitable, il en remercie même, dans un de ces poèmes, ses ancêtres qui l’ont concrétisé dans les Caraïbes: «Je vous adresse un étrange, amer et pourtant exaltant merci pour cette immense friction et soudures de deux grands mondes, pareils aux moitiés d’un fruit jointes par son propre jus amer, je vous remercie de ip’avoir placé, exilés de vos propres Edens, dans la merveille et le prodige d’un autre».En cela, Walcott résume bien le passé et le présent chargés d’enseignement propre à la littérature antillaise.La réussite littéraire des écrivains antillais souligne à tout le moins l’existence d’une autre version du mélange des cultures.Raison de plus pour s’intéresser aujourd’hui à une littérature dont les fruits, pour être abondants cet automne, n’en sont pas moins délectables et goûteux.Jnm I •t-f Les Caraïbes à Montréal LA PLUIE DE DIEU André Lucrèce, Voix du Sud, Montréal,' 1992,192 p.Le’ SOMBRES ALLÉES Êftanley Péan, Voix du Sud, Montréal, 1'992, 214 p C.Ttgdr G >" Lise Gauvin QU’UNE NOUVELLE collection se crée dans le monde de l’édition francophone, le fait mérite d’être signalé d’àutant plus que cette collection est publiée à Montréal et concerne à la fipis des auteurs caraibéens et québécois.On sait que la grande majorité dés ouvrages que nous pouvons lire d’écrivains francophones passent par l’édition parisienne.Le décentrement souhaité est lent à venir.: Les succès récents des écrivains antillais publiés chez Grasset et Gallimard ne sauraient faire oublier la nécessité de multiplier les beux de parole,et de faire entendre d’autres points 4o vue et d’autre voix que ceux des auteurs consacrés.•¦La Collection Voix du Sud vient donc à point.Elle se propose de publier des romans, nouvelles, poèmes et essais écrits par des auteurs du Québec et des Caraïbes, dans une perspective interculturelle.Cette collection émane du Cidihca, Centre international de documentation et d’information haïtienne, caraibéenne et afro-canadienne.Le Centre n’en est pas à ses premières expériences éditoriales puisqu'il a déjà publié quelques ouvrages ^traitant de questions politiques et cul-; tôrelies, tels La Marginalité silencieuse sous la direction d’Emile Ollivier, et ; D'Haïti au Québec, de Paul Déjean, pinsi que le premier recueil de nouvelles de Stanley Péan, La Plage des sfmges et autres nouvelles.On annonce pour bientôt un livre d’Emile Ollivier et Claude Moise: Repenser Haïti.Collection à vocation littéraire, Voix du Sud publie en même temps deux ouvrages, un roman d’un auteur martiniquais, André Lucrèce, intitulé la pluie de Dieu et un recueil de nouvelles de Stanley Péan, Sombres allées.Le premier roman d’André Lucrèce, auteur de nouvelles, sociologue et critique littéraire est un livre à l'écriture mesurée, pudique, l’histoire d’un destin de femme modeste nom-njee Eulalie Mahuel.Le romancier la jsuit de l’adolescence à la vie adulte et scrute en passant les personnages qui modifient le cours de sa vie jusqu’à son mariage avec un certain Isambert Soré, personnage qui n’est pas sans parenté avec le Manuel de.Mais l’héroïsme, comme tous les éléments du récit, reste discret.Il semble faire partie du cours normal des choses ou d’une fatalité à laquelle il serait mal venu de se dérober.Les personnages d’André Lucrèce font au départ confiance à la vie, comme Eulalie qui avait choisi d’être marchande «d’étoiles fraîches, d’étoiles resplendissantes, de mer s’entend».Ou tel Yougou-le-Bossu, dont l’apprentissage du langage passe par la nature: «il longeait chaque jour les pistes de chair verte de la forêt pour débroussailler le mystère de sa langue jusqu’au lieu secret où l’on vient au poème de la terre: phrases disparues du langage des hommes, mots amphibies venus de l’existence antérieure de la mer, beauté du temps luisant d’images sur le pays, sonorités vertes habitant les origines dans la nouveauté de leur chair incomparable de grâce (p.49).Le recueil de nouvelles de Stanley Péan Sombres allées, regroupe des textes publiés une première fois dans diverses revues.Stanley Péan, Québécois né à Port-au-Prince, a publié également en 1991 un roman Le Tumulte de mon sang, aux éditions Québec-Amérique.La caractéristique principale de ces récits est d’associer au monde de l’imaginaire fantastique aussi bien les données légendaires haïtiennes que les propositions d’un quotidien aux allures inexplicables.Chacune des nouvelles à un moment donné bascule dans l’imprévu, dans une étrangeté d’autant plus inquiétante que la raison persiste à en chercher la cause ou l’issue.Toute l’astuce de l’auteur consiste à garder le lecteur en attente, dans un entre-deux du mystère et de son dévoilement.Certains textes y réussissent.Je pense, plus particulièrement, à celui qui ouvre le recueil, «Sombre allée», évocation du monde nocturne de la main.Mais, aussi à «Minuit à tout jamais», histoire d’un inceste et d’un viol quotidiens, et à «Athénaise», troublant retour à lTiaïtianité dans le contexte d’une polyvalente québécoise.Ailleurs, le récit parfois appuie, démontre ou explique, trop proche de l’intention pour donner à voir.A travers ces textes percent l’inquiétude, la mémoire, l’amitié, la difficulté de faire partie de la «minorité visible» dans une «majorité invisible».On y voit à l’oeuvre une sensibilité d’écrivain habile à actualiser la scène dans des dialogues vifs et rythmés.Les beaux livres Casterman LA VIE SILENCIEUSE L'ART DE VOIR POUR COMPRENDRE L'ART ET CRÉER SOI-MÊME Antbea Pc/>/>m d Helen Williams 204 pages * 32,50$ MAX ERNST Lmli/er Dmnthal, Jürtjen Pecb 288 pages # 159,00$ PROMENADES GOURMANDES À BRUXELLES Matjtiy et Pierre Timon, Alain Ririère 144 pages # 49,95 $ LA TABLE DES DOGES HISTOIRE ET RECETTES DE LA GRANDE CUISINE VÉNITIENNE Piiio Ajostini, Alvise Zorzi 224 pages # 59,95$ des cadeaux remarqués DIFFUSION: DIMEDIA IA TABLE DES DOC ES easterwan pivmciuith’.t ifenirnhiiuK,' i) BRUXELLES Hhunyj c* t‘i,nï !Ift'iu'H • Miiui //; •(!•.f-flULS.I KM rsjm U.; DE VOIR Pour comprendre l’art cl créer soi-même i NATURES MORTES DE L'ANTIQUITÉ À NOS JOURS textes Je Hubert Comte 152 pages * 64,95$ MAX ERNST I UK.I.U 1)1 KI VrilAI II Kl .1 S l>: l.H * sr ' rh .! •V V .) f * 3 : Ml casterman D-6 Le Devoir, samedi 19 décembre 1992 as as • le plaisir des ivres ¦*N»- L** uV/ ».jurys I S raires J&S* &*»*?& Nos chroniqueurs vous proposent leurs meilleurs crus de l'année 1992 Romans Français Les JAtres qui Tranchent Lisette Morin TOUS LES MATINS DU MONDE Pascal Quignard, Gallimard, 136p.UN ROMAN PUBLIÉ à la fin de 1991 mais que j’ai lu au début de janvier 1992.Plus que le film qu’en a tiré Alain Comeau, ce très beau livre de Pascal Quignard m’a émue au point de l’avoir relu à deux reprises.Je continue de penser qu’il était difficile de ne pas succomber à la prose de cet écrivain, à sa science aiguë de la langue néanmoins dénuée de toute afféterie.Un grand petit livre ! Jeunesse LE LIVRE DE JOHN Michel Braudeau Le Seuil, 307p.UNE RANDONNÉE assez extraordinaire, sur les routes américaines, d’ouest en est, en compagnie de Michel Braudeau, critique littéraire au journal «Le Monde» mais également romancier déjà célèbre.Un trio insolite de personnages, une femme, un homme et un adolescent, dans une sorte de «road novel», pour paraphraser l’épithète de tant de films américains; un trio qui devient un duo, une intrigue qui pourrait être scrabreuse sans l’extrême habileté du romancier.Le cinquième roman de Braudeau et indis cutablement son plus achevé.po ITt LES PORTS DU SILENCE Christiane Baroche, Grasset, 277p.CONNUE POUR ses recueils de nouvelles (Chambres avec vues sur le passé), Christiane Baroche a réussi, avec cette histoire d’un architecte de onts et chaussées reconverti dans orticulture grâce à un héritage inattendu, une plongée merveilleusement évocatrice dans un village de Provence.Et — personnage de femme étonnant dans un roman de femme — la légataire du domaine, Ade-line-la-Magnifique.Eût mérité le Prix Femina s’il y avait une dans le monde injuste des litté-pari-i e n s .Récits de Voyage André Girard LE CHANT DE LA RIVIERE Barry Lopez, Paris, Hoëbeke, 1992.BARRY LOPEZ invite à une perte de ruse: le bruit de l’eau qui coule et le vent dans les saules racontent l’histoire surréaliste d’un oiseau; et les berges, celles des villages avoisinants.Deux recueils de notes composent cet ouvrage d’un Américain trop méconnu: La Danse du héron et Reflets dans un oeil de corbeau.Aux abords d’une rivière et dans l’immensité du désert, ils sont une fascinante exploration, lucide, du nécessaire repositionnement de l’humain face à la nature.Pascale Pontoreau MADEMOISELLE LUNE Marie-Louise Guay, Héritage UN ALBUM pour les petits tout en rondeur, tout en douceur.La poésie pétillante de cette lune amoureuse du soleil touche autant que la qualité des illustrations.De la délicatesse à pleine page qui doit être encouragée.LE MONDE SELON JEAN DE Doutre et Vandal éditeurs TOUT EST HISTOIRE de «look».En dotant les auteurs classiques de nippes d’apparat, on les met au goût du jour sans renier l’envergure de leurs écrits.Et les jeunes n’y voient que du feu.Premier à se faire restaurer : La Fontaine.Ses fables en sont encore toutes émoustillées! ANTOINE ET ALFRED Yves Beauchemin, Québec/Amérique POUR LES «RATOPHOBES», les «noëlophobes» et autres «conto-phobes» Antoine — sous la plume efficace et tendre de l’auteur du Matou — prouve envers et contre tous que l’amitié se rencontre au détour des chemins les plus inattendus.Et les lecteurs séduits n’ont plus qu’une idée en tête : à quand la mise en format 24 images?ERMITES DANS LA TAÏGA Vassili Peskov, Arles, Actes sud coll.Terres d’Aventure, 1992, AGAFIA EST NÉE dans la taiga il y a plus de 40 ans; elle n’a jamais eu un autre lieu de résidence.Le journaliste Vassili Peskov fait sa connaissance en 1982 et, jusqu’en 1991, lui rendra visite une fois l’an.Dernière survivante de la famille Lykov, elle maintient l’idéal hérité de ses parents: vivre hors de ce siècle, fautif par le manque de fermeté de ses principes religieux.Un témoignage bouleversant sur l’implacabilité d’un schisme religieux vieux de trois siècles, nourrissant une solitude qu’elle ne peut ni ne veut quitter.POUR UNE LITTÉRATURE VOYAGEUSE Collectif, Bruxelles, Complexe, 1992.ÉTONNANTS VOYAGEURS Revue Gulliver no 8, mai 1992 Paris, Payot, 1992.EXCELLENTE INTRODUCTION au monde magique du voyage, à ses haltes et ses détours, ces deux livres réunissent les auteurs importants d’une littérature du dehors et de grand large.Loin de tout diktat ou manifeste, il y a là une incontournable invitation vers les «espaces fluides de l’errance».Robert Saletti GRANDEUR ET MISERE DE LA MODERNITÉ Charles Taylor, ed Bellarmin, 1992.RÉCIPIENDAIRE du prix Léon-Gé-rin, Taylor peut enfin espérer devenir prophète en son pays, lui dont la renommée dans les cercles internationaux de philosophie politique ne fait aucun doute.Vu sa forme orale à l’origine (il s’agit de conférences), Grandeur et misère de la modernité constitue une excellente et accessible introduction à la pensée de celui qui croit que les démocraties occidentales sont arrivées à un point de non-retour, pensée dont on trouvera par ailleurs le couronnement dans le primé et pas encore traduit Sources of the Self.Grandeur et misère de la modernité est une lecture hautement recommendable pour qui ne veut pas jeter le bébé de la modernité avec l’eau du bain individualiste.GENERATION LYRIQUE François Ricard, Boréal, LA GÉNÉRATION LYRIQUE est un essai au sens «noble» du terme, à savoir une pensée qui se déploie au risque de l’écriture qui la sous-tend.Ricard y brosse un tableau sans complaisance de cette couche initiale des baby-boomers sans laquelle le Québec moderne ne serait pas ce qu’il est, pour le meilleur mais aussi pour le pire.Un livre qui cingle la bonne conscience, à mesure que la description d’une génération, celle du plus grand nombre, se précise.Après ces deux must, les choses s’obscurcissent et quelques livres méritent au moins un bref commentaire.J’en retiendrai cinq, que je donne en vrac: Montréal imaginaire, un recueil critique su Montréal, La ville et la littératun pour la rigueur et l’originalité de analyses; Les villes et la richess des nations, de Jane Jacobs, pou avoir fait de l’économie une sourc de réflexion plutôt qu’un réflex idéologique; Pensées, passions e proses, parce que Jean Marcel es un critique intelligent et sensible qu’il parle de beaucoup de chose et, dans le même élan, aussi de lit térature; La lumière des oiseaux de Pierre Morency, parce que.le oiseaux; et À toi, Richard, de Ri chard Garneau, parce que j’ai r (une fois n’est pas coutume) et qui vraiment, je me répète, mais rêve à la Poune en négligé, c’est le fan tasme du siècle.Puisque reste Québec ss Agenda d'art Sutor Coté Jean Paul rouvre Lemieux sculpté 128 pages 129 pages 50 reproductions couleurs 19,95$ 17,95$ Québec-Québec Guide 244 pages de retour 150 photos auiétudes couleurs 164 pages 70$ SPÉC 59,95$ 9,95$ AGENCE DU LIVRE 1710, rue St-Denis, Montréal (Québec) H2X3K6 Voisin de la Bibliothèque Nationale (514) 844-6896 I ?L'Anse'PIeureuse Claudie Stanké Roman fragile et mélancolique, L'Anse-Pleureuse laisse couler entre ses pages la pénétrante musique de la solitude.Collection L'Arbre 130 pages /16,95 $ y En vente chez votre libraire HMH PIERRE VAI Le bonheur excessif «L amour est inouï: dès qu’il est question de lui.tout commente à vivre.le ne connais pas d’autre sujet qui par lui-même se remplisse bonheur.» Pierre Vadehoncoeur, penseur et écrivain, occupe une place unique dans notre littérature; cet ouvrage le confirme de façon fulgurante.Vit/, de IV2 />u
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