Le devoir, 24 avril 1993, Cahier D
?LE DEVOIR ?mù Ac -m ® Entre les lignes Page D2 Livres pratiques Page D4 Le bloc notes Page D5 Essais québécois Page D6 v.- I- E I) E V O I H .L E S S A M EDI 21 K T I) I M A N < Il E 2 ft A V RII.I il !) R Ar An Gilles Archambault Enfance noyée 5 Le charme délicieux 'et un peu suranné des souffrances muettes JC.J MARIE-CLAIRE GIRARD endant des années, j’ai croisé Gilles Archambault dans les corridors de Radio-Canada: il a toujours eu la mine rêveuse et inquiète, il a toujours projeté un fond de mélancolie même lorsqu’il blaguait.J’ai toujours pensé que ses livres lui ressemblaient: discrets et lïxqrmurés sur le ton de la confidence.Gilles Archambault n’est pas homme à provoquer des éclats.Mais à écouter ce qu'il nous dit à voue basse, on ne peut s’empêcher de trouver un charme délicieux et un peu suranné à ses romans et de se ^prendre d’affection pour cet écrivain racontant des histoires remplies de Souffrances muettes et de regards noyés, nous tendant la main à travers le texte pour nous aider à comprendre ce que c’est qu’être humain.Un après-midi de septembre est un livre qu’il a écrit sur sa mère, disparue l’automne dernier.Dans la lignée des oeuvres d’Albert Cohen {Le Livre de,ma mère) et de Romain Gary {La Promesse de l'aube), Gilles Archambault livre avec sa pudeur habituelle les émotions souvent bouleversantes qui habitent le coeur d’un fils qui se penche sur celle qui l’a mis au monde, après l’avoir perdue.^ «Un livre comme celui-là n’est pas fapile à écrire, dit-il.Je voulais comprendre ce qui m’était arrivé et je m’adresse aux personnes possédant une sensibilité proche de la mienne.J’ai toujours aimé ma mère, presque de façon immodérée.Au cours des demieres années de sa vie, elle était un peu difficile à vivre, elle avait son franc-parler et parfois aussi elle me blessait.Cela tenait à son état de santé qui s’était détérioré.J’ai voulu reconstituer le souvenir de sa douceur, la douceur à laquelle j’avais toujours été habitué.» Gilles Archambault a été enfant .unique pendant dix ans, d’où les rapprit) privilégiés qu’il a entretenus aîrec Sa mère, une jeune femme qui (ul avait donné naissance à dix-neuf :m qui adorait son fds sensible et • Servait de rempart contre un père un peu sévère: «J’ai eu tendance à noircir mon père et à rechercher la compagnie de ma mère.A me réfugier près d’elle lors des absences paternelles.J’avais peur de lui; il n’était pas plus mauvais qu’un autre mais pour affirmer sa virilité, c’est à moi qu’il s’en prenait.J’étais pourtant VOIR PAGE D-2: ARCHAMBAULT iir aussi la critique de son ouveau livre en page D-3 V Gilles Archambault livre avec sa pudeur habituelle des émotions souvent bouleversantes.c R S E D’IDENTITE des périodiques culturels 3 â ê Illustration figurant en page couverture du numéro avril-mai 1993 du magazine transculturel Vice Versa.La semaine annuelle des périodiques culturels vient de se terminer.Avec bien des questions laissées sans réponses.\ A propos du financement anémique, de la promotion chaotique, du lectorat parfois maigrelet.FRANCINE BORDELEAU Périodique culturel, vous avez-dit?Allez trouver une définition du terme.Même à la SODEP, la Société de développement des périodiques culturels qui en regroupe très exactement 44 — couvrant de la littérature aux arts visuels, en passant par le théâtre, le cinéma, le patrimoine, la création littéraire, les sciences humaines.—, on est bien en peine de répondre.Une chose est certaine, il s’agit de revues spécialisées, et subventionnées, généralement trimestrielles aux petits tirages.Du haut de ses 8000 exemplaires, Québec français, fondée dans la capitale il y a 20 ans, est l’un des plus importants magazines du genre.Pourtant, jugée pas assez «culturelle» par le Conseil des arts et le ministère de la Culture — apparemment en vertu d’un contenu consacré, dans une proportion de 50%, à la pédagogie du fiançais —, la revue reçoit par année en tout et pour tout 8000$ versés par le ministère de l’Éducation et par le ministre responsable de l’application de la Charte de la s langue française.Arrangez-vous avec ça! «L’un de nos mandats — développer l’enseignement du français grâce à de nouvelles approches», explique son directeur et rédacteur en chef Roger Chamberland — intéresse cependant un lectorat qui s’étend jusqu’en Europe.Nul n’est prophète en son pays C’est bien là le paradoxe.Un magazine comme Inter, également de Québec, est, toutes proportions gardées, plus connu à l’étranger qu’ici malgré ses 15 ans d’âge.Vice Versa, le «magazine transculturel» de Montréal, imprime chaque numéro à 2500 exemplaires.Il compte pourtant des signatures aussi prestigieuses que celles de Jacques Godbout et de David Homel.Elle tire à 5000; Nuit blanche séduisait les auteurs français de passage au Salon du livre de Québec la semaine dernière.«On n’a pas l’équivalent en France», affirmait l’un deux, visiblement impressionné.Or tout alléchante qu’elle soit, Nuit blanche vient de se faire couper 5000$ du Conseil des Arts d’Ottawa.De l’avis du jury, «le niveau d’atteinte de ses objectifs n’est plus aussi élevé qu’il était».Sa directrice Anne-Marie Guérineau consacre le dernier éditorial du magazine à dénoncer la politique d’attribution des subventions du Conseil.Trouver des sous Les maigres subventions allouées, c’est, à un moment où «se maintenir signifie presque avancer», souligne Colette Tougas, directrice adjointe de Parachute, le grand sujet de doléance des magazines dont la survie est liée au bon vouloir des organismes subventionneurs.Qui sont les bailleurs de fonds?D’abord, le ministère de la Culture du Québec administant une enveloppe globale de 450 000$; Ottawa, qui dévolue de son côté 800 000$ au secteur francophone, verra son enveloppe amputée l’an prochain (c’est maintenant officiel).Reste le Conseil des Arts de la Communauté urbaine de Montréal (CACUM) et, dans une moindre mesure, le Bureau des arts et de la culture (BAC) de la ville de Québec, qui aident certains magazines de leur territoire respectif.De l’avis d’Hélène Vachon, responsable du dossier au ministère de la Culture, «les magazines culturels sont arrivés à un carrefour».Également pauvres?Pas vraiment.«Certains sont sursubventionnés, d’autres pas assez», estime Gilles Arteau, VOIR PAGE D-2: CRISE D’IDENTITÉ Stéphan Bureau rencontre les Grands Créateurs: Michel Tournier, Elie Wiesel, Hubert Nyssen, Carlos Fuentes, Jorge Semprun, Michel Serres, Françoise Giroud, Philippe Sollers, Paul Auster, Ricardo Bofill, Tahar Ben Jelloun.Dans les librairies ou commandez chez: PERIODICA' (PERIODICA) Radio Québec UNE COLLECTION EXCEPTIONNELLE QUI A DÉJÀ VALEUR D’ARCHIVES! 1155 Ducharme Outremont, QC H2V 1E2 (514) 274-3470 1-800-361-1431 (Québec, Outaouais, N.-B.) t LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 4 ET D I M A N (' Il E 2 5 A V R I L I U 9 3 D 2 LIVRES LA VIE LITTÉRAIRE STÉPHANE BAILLARGEON Festival national du livre, au Québec.Avril est le mois de la santé dentaire, de l’autisme et du cancer.Ses quatre semaines servent entre autres à célébrer la jeunesse, la récupération des médicaments périmés, le don d’organe.Et puis à la fin du mois, pendant huit jours, à travers tout le Canada, c’est aussi la fête des écrivains, le Festival national du livre.L’événement existe depuis maintenant 15 ans.Du 24 avril au 1er mai, toutes les régions canadiennes connaîtront une explosion d’activités littéraires.Au Québec seulement, on compte plus de 100 rencontres en tous genres, des soirées de poésie au brunchs littéraires en passant par d’incontournables conférences.L’ouverture officielle du Festival se fait aujourd’hui même, au café Brise Bise de Gaspé en compagnie d’Hélène Pedneault et Sylvie Tremblay.Le duo présente Vient on va se faciliter la vie, un spectacle de chansons et de prose poétique d’ailleurs créé à la dernière édition du Festival.Et puis, après plusieurs années de démarches, le Festival national du livre s’installe sur le territoire de la Baie James.L’écrivaine Carmen Marois y rencontrera plusieurs groupes de la communauté crie.A Québec, lundi soir, le Pub Saint-Alexandre, accueille «Causerie sous influence», avec Gilles Pellerin, Monique Proulx et David Homel.C’est aussi le spectacle de Pedneault-Tremblay qui clôture le Festival, à Sherbrooke, au Bar Le Magog, le 1er mai.La ville des Cantons de l’Est est d’ailleurs la plus «littéraire» de cette fête de$ écrivains.Tout au long de la semaine, la bibliothèque Eva-Sénécal offre des expositions, des jeux littéraires, des films, et des rencontres avec plusieurs écrivains, dont Christian Mistral, Dominique Demers, et André Cailloux.La liste complète des activités est disponible dans les bibliothèques du Québec.et à Montréal Une douzaine d’activités reliées au Festival national du livre se déroulent dans la région métropolitaine.La plus spectaculaire est organisée par l’Union des écrivaines et écrivains québécois, demain, dimanche à 14h00, du balcon de la Maison des écrivains, 3492 rue Laval.Au programme, des lectures de textes de Geneviève Amyot, Hélène Blais, Michel Bujold, Jean-Paul Daoust, Gérald Godin, Gaston Miron, Pierre Nepveu, Ernest Pallacio et plusieurs autres.Les textes seront lus par les écrivains eux-mêmes ou par Stéphane Franche et Nancy Bouchard, étudiants en théâtre.Le saxophoniste Paul Richer accompagnera les lecteurs.Un prix je vous prie En fait, deux prix.D’abord, le Prix Molson de l'Académie des lettres du Québec, administré par l’Uneq, et attribué à un roman de langue française publié dans les douze mois précédents le 1er juin par un auteur québécois ou canadien.La période d'inscription se termine le 10 juin.Le lauréat reçoit 5000 $.Et puis, Le Grand Prix du livre de Montréal.Dans ce cas, il y a deux dates de tombée pour la réception des ouvrages admissibles: le 30 avril pour les ouvrages publiés entre le 1er octobre 1992 et le 30 mars 1993; le 1er octobre pour ceux publiés entre le 1er avril et le 30 septembre 1993.Le Grand prix est attribué annuellement à la mi-novembre et doté d’une bourse de 10 000 $.Jacques Lazure, lauréat Le prix Québec/Wallonie-Bruxelles du livre jeunesse e6t remis à Jacques Lazure, pour Le Domaine des sans yeux, paru aux Editions Québec/Amérique.Le roman de science-fiction, pour les 14 ans et plus, traite de la domination et de l’exploitation d’une race par une autre.Cette récompense attribuée alternativement à un auteur ou un illustrateur du Québec et de la Belgique est accompagnée d’une bourse de 3 500 $.ENTRE LES LIGNES / Ecrire le sida «Je voudrais laisser une page très blanche» LA VITRINE DU LIVRE ARCADE no 26, 92pages MÉMOIRES D’UN JEUNE HOMME DEVENU VIEUX Gilles Barbedette, Gallimard, 1993.Le vieillesse est un sentiment qui me console.Je me croyais incapable d’imaginer une altérité physique au-delà de mon âge et voilà que ma jeunesse s’est glissée dans le dernier âge de ma vie».Ce dernier âge vécu prématurément est le fait du sida qui rongea Gilles Barbedette avant de l’emporter en mars 92.Mais le mal était son familier depuis longtemps, ayant tué six ans auparavant Jean, son compagnon.Avant de partir, Barbedette rédigea un journal, un peu sous forme d’épître, «à l’ami qui ne lui a pas sauvé la vie».L’ami en question étant ce Jean disparu, quoique tellement présent, à qui il confie au long des jours son amour toujours vivace et l’évolution de la maladie.La littérature du sida est devenue un fait de société, en Amérique comme en Europe.De France notamment nous parviennent des témoignages d’écrivains qui jettent tous les tabous à terre et racontent les étapes de l’indicible: la révolte, la peur, le vieillissement prématuré, la souffrance, la familiarité de la mort qui s’installe peu à peu.Hervé Guibert a d’abord ouvert le chemin, témoignant de l’enfer, avec une honnêteté bouleversante.Puis est arrivé ce Cyril Collard aux Nuits fauves (qu’il adapta aussi au cinéma) marquées par l’urgence, sur une vie délibérément brûlée par les deux bouts, frénétiquement sensuelle, avec l’ombre de la mort qui pèse lourd et qui attend son heure, et où sida et apocalypse se confondent Le sida est une tragédie sociale.D’où la résonnance collective de cette nouvelle littérature.Gallimard vient de publier à titre posthume Mémoires d’un jeune homme devenu vieux de Gilles Barbedette, un genre hybride entre la chronique, la lettre, le carnet intime d’un sidatique.Barbedette était une plume et un visage très connu des lettres françaises.Editeur chez Rivages, c’est lui qui réunit pour la Pléiade l’oeuvre romanesque de Nabokov.On lui doit trois romans dont Baltimore), un essai sur le roman et un récit d’enfance, fi fut çhroniqueur au Monde, traducteur.A sa mort, il laissait un manuscrit composé de plusieurs cahiers dis- ODILE TREMBLAY ?parates, les uns plus travaillés que les autres, que René de Ceccatty, qui fut un de ses exécuteurs testamentaires, décrit comme tenant davantage de «la boutique d’un brocanteur que du registre de bord, mêlé de dates, de réflexions, de petits récits, de numéros de téléphones».N’eût été le spectre du sida qui le dramatise, le récit de ces mémoires, trop inégal, n’eut pas mérité tel quel la publication.A côté des images fulgurantes, combien d’aphorismes plus ou moins doctoraux, de répétitions! Mais on reste fasciné devant le miroir d’une vie qui bascule, et qui cherche un sens à l’absurde.Les carnets couvrent, avec des ruptures, une vaste période, commençant en 86, juste avant la mort Gilles Barbedette «Voilà ce qu’était la vie: un éclair dans le ciel, une stridence musicale, une teinte soudain diluée».de Jean «dont le délire est si étrange, fait de miettes de langage, de déchéance physique, centimètre sur centimètre», et se terminant six ans plus tard, avec les derniers souffles de l’auteur; comme si la maladie de l’ami avait été pour lui une sorte de répétition générale de sa propre fin.Drame en deux temps, donc.Le parcours couvrira les soins à l’ami mourant «aussi désarmé et aussi primitif que l’enfant en train de naître», les moments de panique, de révolte.«Mourir jeune?Pourquoi?Quelle nécessité?», les soirées à caresser la chatte offerte par l’ami disparu, les plongées dans le travail devenu thérapie, les instants d’illumina-tion.«Je crois avoir compris ce que l’on entend par «sainteté».C’est une forme de tolérance de l’intolérable, une disponibilité intérieure curieuse», et aussi «Je voudrais laisser une page très blanche, finalement épurée des souvenirs de la blancheur».Gilles Barbedette voit sa vie devenir soudain friable, avec l’impression d’être une bougie menacée par un coup de vent.On assiste, et c’est peut-être là le plus touchant, à ces rapprochements avec le père âgé, ces connivences nouvelles nées de la maladie, en laquelle leurs deux âges se confondent, alors que le jeune homme, comme le veut le titre des carnets, devenu vieux, ressent dans son corps ce que peut être l’asthénie des aînés.Les temps, les générations basculent.«Voilà ce qu’était la vie: un éclair dans le ciel, une stridence musicale, une teinte soudain diluée».Tout au long de ses cahiers, Barbedette poursuit le dialogue avec Jean, l’ami mort, mais vivant en lui comme l’Albertine de Proust subsistait en son coeur bien après son décès, la présence physique n’étant plus indispensable, au bout d’un certain degré d’intimité.Sous le titre Journal de l'Au-delà, s’égrènent les derniers mois du narrateur, sur une vie confisquée, placée en surveillance par la médecine, avec la misère du corps dont les seuls contacts physiques sont réduits aux attouchements des médecins, des infirmières.Et l’envie de vivre plus forte que tout.«Les gens qui nous succèdent souvent se croient supérieurs, alors qu’en fait ils sont indignes de nous, confie-t-il, pathétique.Nous ne sommes pas transmissibles».Gilles Barbedette est mort à 36 ans.Arcade a été fondée en 1981 et elle se veut «la seule revue de l’écriture au féminin, au Québec».Ses pages proposent de courts textes de création, prose ou poésie, et des commentaires sur les livres de femmes, une entrevue et une monographie historique.Ce 26e numéro porte sur la danse et a été préparé par Hélène Rioux.On y retrouve notamment un entretient avec Anne Dandurand.ENVOI no 1, février 1993 Éditions du Vermillon, 63 pages La chose arrive d’Ottawa, où loge l’éditeur qui souligne de cette heureuse façon son dixième anniversaire.Chaque numéro devrait comprendre des réflexions sur „ la poésie, des textes inédits de création et des recensions de recueils ou d’essais.On assure aussi que les pages ne seront au service d’aucune école, ni d’aucun régionalisme.«Nous voulons dépasser les frontières géographiques ou idéologiques», écrivent les co-directeurs Hédi Bouraoui et Jacques Flamand.La revue paraîtra quatre fois l’an.srrif J.J3 LES DESSOUS DES FOLLES ALLIÉES UN LIVRE AFFRIOLANT Lucie Godbout Les éditions du remue-ménage, 320 pages L’ouvrage s’ouvre sur un avertissement: «Le livre cjue vous allez lire contient des scènes de féminisme, nous.préférons vous en avertir.» La page titre poursuit: «Notre nom vous fait sourire?Nos spectacles vous ont fait rire?Le livre vous fera lire!».Le ton est donné.L’objectif est • de parler de cette «gang» de femmes qui a traversé la dernière décennie à vitesse grand V.Pour les uns; le i groupe a flirté avec le théâtre engagé, pour les autres,'il • a proposé une variante du théâtre de variété.Quoi qu’il en soit, leur histoire est là, racontée par elles mêmes, rose sur blanc, au jour le jour.Comment elles sont nées, ce qu’elles voulaient dire et pourquoi diable elles ont raboté, année après année, Cendrillon, Blanche-Neige, les Ginette, les Duchesses du Carnaval ou Marie-Madonna.Le livre contient aussi des extraits de leur derniers spectacle, C’est parti mon sushi! Un show cru.i ATLAS DU CIEL 2000,0 CAMBRIDGE Wil Tirion Éditions Broquet, 74 pages La composition de la culture de base de l’Occidental moyen a bien changé.Chacun peut immédiatement nommer 20 marques de voiture, 10 d’équipement électronique.Mais qui peut encore reconnaître 20 essences d’arbre, 30 de fleur, des étoiles et des constellations?Voici donc un album qui rend moins idiot.L’apprenti-astronome y apprendra à se familiariser avec tout ce qui peuple le firmament et s’offre à l’oeil nu: le noms de tout ce qui brille, où et quand regarder pour repérer Orion, la.Grande-Ourse, Andromède, la galaxie Tourbillon, la nébuleuse de l’Amérique du Nord ou l’amas globulaire • M13.De courts textes initient à l’histoire et aux caractéristiques des objets stellaires.L’ouvrage peut être utilisé • partout dans le monde, en tout temps de l’année.Les : cartes du ciel en couleur ne sont pas évidentes à déchif-.frer, mais elles chevauchent des cartes mensuelles et hémisphériques plus digestes.• • • • ¦ CRISE D’IDENTITE Les périodiques en arrachent Œ PLAISIR LIRE Animatrice: Danièle Bombardier À Plaisir de lire cette semaine, il sera question de littérature jeunesse.Mon auteur invité est Dominique Demers.Elle vient de publier «Les grands sapins ne meurent pas», un roman pour adolescents.Une histoire qui parle d’amour, de mort, de grossesse, d’avortement.La nature y est très présente comme lieu symbolique où se tisse l’espoir: c’est aussi dans la nature qu 'on se repose d’une réalité trop difficile.Les jeunes sont-ils trop convoqués à la réalité dans la littérature qu ’on leur offre, y a-t-il un déficit de folie, d’imaginaire, un trop grand souci pédagogique?J’en parle avec Dominique Demers et également avec ma lectrice invitée cette semaine, Karine Desruisseaux, une jeune fille de 13 ans pour qui la lecture est un plaisir qu 'il faudrait inventer s’il n’existait pas.Pour mon coup de coeur, j’ai choisi la grand-mère de la littérature enfantine, la comtesse de Ségur dont les romans, qui sont aujourd’hui des classiques, ont enchanté des générations de petites filles modèles.PLAISIR DE LIRE Le dimanche à 19 h 30 ¦m, cuJtuft* L’autre télé.L’autre vision.Radio Québec SUITE DE LA PAGE D-l animateur du centre d’artistes Obscure.Forts de l’appui d’Ottawa, de Québec et du CACUM, les magazines d’arts visuels Parachute et Vie des arts reçoivent respectivement autour de 185 000$ et 165 000$.Pendant ce temps Vice Versa, dans lequel plusieurs s’accordent à voir le magazine culturel le plus intéressant du Québec, doit se débrouiller avec 42 000$.Pourtant, dira philosophiquement son directeur Lamberto Tassinari, «c’est déjà beaucoup que, sans pot-de-vin et sans corruption, des gens obtiennent de l’argent pour faire rouler des magazines».Trop de joueurs?Au Québec, ils sont une cinquantaine de magazines à se partager un lectorat de 60 000 personnes.Trop de joueurs?«Chacun tient son rôle», dit Bernard Lévy, directeur et rédacteur en chef de Vie des arts, en précisant que plusieurs «sensibilités» se frôlent dans le milieu culturel avec chacune leur besoin propre.«Le renouvellement de la pensée critique LES BONS ROMANS QyinZO uqu*1 Prix Robert-Cliche 1993 LE QUATRIEME ROI MAGE Jacques Desautels Tantôt dépouillant les manuscrits anciens, tantôt examinant à la loupe les toiles du Titien, notre héros tentera d’élucider, entre autres, l’énigme entourant l’alliance en or de la Vierge Marie et celle.du quatrième roi mage.Une enquête bien particulière et troublante à Venise.Un pur délice pour l'esprit.288 pages — 19,95 $ Jean-Alain Tremblay LA GRANDE CHAMAILLE Un fort roman social qui nous plonge dans un passé trop vite oublié et dont le grand mérite est d'établir un pont entre le Québec du début du siècle et celui d’aujourd'hui.Par l'auteur de La nuit des perséides (prix Robert-Cliche 1989 et prix France-Québec 1990).352 pages — 21,95 $ A*** ï« ^ grande chafna/„e Sylvain Trudel ZARA OU LA MER NOIRE Un jeune gourou un peu particulier est amené à découvrir Tes conséquences du pouvoir qu’il a exercé sur un de ses camarades.Un roman qui apporte à nos lettres québécoises un véritable bouquet de fraîcheur.128 pages — 14,95 $ Serge Rousseau MONSIEUR BOB Une journée de grande tourmente dans la vie de Robert Langlois, monsieur Bob pour les intimes, journaliste attitré aux faits divers, alcoolique et désespéré.Un enfant en fugue ramassé sur la route viendra révéler le drame commun de ce duo inusité: la séparation.Une histoire tendre et touchante.320 pages — 19,95 $ se fait essentiellement à travers les magazines», estime pour sa part Roger Chamberland.Plusieurs voient dans ce nombre imposant une marque de «dynamisme culturel».Lequel dynamisme repose évidemment en bonne partie sur la «passion» de collaborateurs qui acceptent d’être mal payés, voire de travailler bénévolement.Avec les arguments classiques de la partie adverse.«Un magazine comme Nuit blanche sert de vitrine, et de tremplin à des jeunes», dit Annp-Marie Guérineau.Reste que l’État commence à se pencher sérieusement sur la question de la rémunération des pigistes.«Impossible de forcer les éditeurs de magazines à payer leurs collaborateurs: sur cette gestion interne, nous n’avons aucun droit de regard.Mais depuis un an, on exige des magazines qu’ils nous communiquent leur politique en cette matière», indique Huguette Turcotte, responsable du programme d’aide aux périodiques culturels du Conseil des Arts, à Ottawa.Précisons que le montant de la subvention peut être influencé par des critères de «gestion financière» autant que par le contenu rédactionnel et graphique, par les objectifs que le magazine s’est lui-même fixé, par la position de l’imprimé par rapport à ses semblables.Hélène Vachon voit dans la rémunération des collabora- teurs un beau dossier pour l’Union des écrivains du Québec (UNEQ).Quant à la promotion, elle laisse souvent à désirer.Il y a bien la fee-maine annuelle organisée par.la SODEP sous le thème «Les revues s’affichent», avec remise de prix d’excellence — 24 images, Jeu, Spirale et Trois sont les gagnants de cette année —, qui s’est terminée le 4 avril dernier.«Pourquoi les magazines n’exigent-ils pas davantage.de la SODEP?», demande Hélène Va: chon.Gaëtan Lévesque, directeur adjoint de lettres québécoises, estime que «les bibliothèques publiques devraient commencer par s’abonûer1 à tous les magazines culturels: ce serait bon autant pour les finances que pour la visibilité».•>> En cette «période de disette» et de remise en question, les magazines et leurs subventionneurs, «donnent souvent l’impression de fonctionnel! en vase clos en s’isolant de leur lectorat», souligne Éric Etter, ex-rpdhc-teur en chef de Continuité.À ses yeux, il faudrait réévaluer les règles du jeu.«Mais pourquoi les maga; zines le feraient-ils?Aujourd’hui, post séder un périodique culturel et en contrôler l’orientation, c’est exercer! un pouvoir certain sur Dévolution des arts contemporains», conclu! Gilles Arteau.Oui, mais auprès de combien de lecteurs?i ¦ ' ARCHAMBAULT n : SUITE DE LA PAGE D-l l’enfant le plus docile qui soit.» Gilles,Archambault a failli ne pas exister.A cause de circonstances pénibles que je ne dévoilerai pas ici, sa mère a songé pendant un moment à se débarrasser du bébé quelle portait.L’auteur de Un après-midi de septembre l’a appris à cinquante ans.«J’aime la vie, j’en apprécie la grande valeur, mais très souvent je me suis dit que si je n’avais pas existé ça n’aurait pas fait grande différence.Cela vaut-il la peine de souffir autant?Je suis de ceux qui sont nés avec un malaise instinctif de vivre.Mais d’avoir frôlé la non-existence et de l’avoir appris à cinquante ans m’a semblé le comble de l’absurde.J’ai pleuré avec ma mère en évoquant ce par quoi elle avait passé.» .D’après lui on ne devient pas nécessairement plus adulte lorsque les parents meurent.«Désemparé» est le mot qu’il utilise pour décrire les sentiments qu’il ressent.«Comme je pense beaucoup au passage du temps et au vieillissement, lorsque je voyais ma mère je cherchais constamment à la faire parler du temps enfui.Quand elle est morte* le cratère devant moi s’est encore élargi: il y a des tas de choses que je ne pourrai plus jamais lui dire, il y a des tas de vérifications du passé que je ne pourrai jamais effectuer.» Gilles Archambault arrive de peine et de misère à se consoler en pensant à la continuation des choses, en regardant Chloé et Noémi, ses deux petites-filles, et en se sentant chaviré devant tant de beauté et de fraû cheur: «Cette douceur, cette vie qui se développe, ça donne jusqu’à l’étourdissement l’image de la beaù-té de vivre, et de cette vie qui noué échappe justement.II est bon qu’elle soit incarnée dans des êtres que vous connaissez et qui possèdent quelque chose de vous.» Gravement, Gilles Archambault parle d’espoir, et de ce livre sunsa mère qu’il a probablement écrit pour retrouver les traces de l’enfant qu'il porte toujours en lui.V i 1 L E DE V OIK.LES S A M KOI 2 I K T O I M A X (' Il E 2 5 A V R I L I II I) A LIVRES CRITIQUE 33; ‘ill1 Confession secrète La démarche de Gilles Archambault s'inscrit dans la perspective d'un hommage à la mère UN APRES MIDI DE SEPTEMBRE Gilles Archambault, Boréal, 1993,107pages FRANCINE BORDELEAU L’oeuvre de Gilles Archambault, écrivain lauréat du prix David et du prix du Gouverneur général du Canada, se caractérise par une mise en scène de l’intimité, par une voix en mineur qui dit tout bas, sur le ton de la confidence, les choses de la vie, par une écriture sans apprêts, pudique mais qui, paradoxalement, livre au lecteur la plu6 impudique des confessions.Et cette apparente contradiction entre un style fondé sur la retenue et le propos de l’écrivain n’aura jamais semblé aussi vive que dans Un après-midi de septembre.- Les motifs de ce récit autobiographique sont dévoilés tlès: la quatrième de couverture (qui reprend le début du livre).«Depuis l’enfance, je n’ai cessé de me poser des questions sur les raisons de mon existence.Les réponses, je ne les trouverai jamais.Ma mère toutefois m’était un rempart contre l’absurde.C’était d’elle que j’étais né un après-midi de septembre.» La mort de la mère signifie, pour Archambault, la perte de ce rempart; en suivant la logique de l’auteur, l’écriture, par laquelle Archambault effectue un retour aux sources — naissance; enfance, rapports conflictuels avec le père, sentiments troubles envers la mère trop aimée —, apparaît cômme une tentative de substitution à ce rempart désormais perdu.1 fi s’agit, dès lors, de dire: l’enfance malheureuse, les lâdhetés envers le père qui, à la fin de sa vie, tente de retrouver son fils, la culpabilité du fils qui délaisse la liSj ,8‘J ,«'J O' 1 mère malade.Tous événements dont il est difficile de! tirer gloire, que généralement même, on tait — écr|-( vain ou pas, on se répand plus aisément sur sa vie, sexuelle que sur son passé d’enfant canard boiteux— et qu’Archambault relate ici à la manière d’un exorcisme., Di démarche de l’auteur s’inscrit dans la perspective^ d’un hommage à la mère.Le propos est profondément émouvant, mais n’est cependant pas toujours exempt, d’une certaine mièvrerie.Ainsi de cet épisode où Archambault apprend qu’il a' été conçu avant le mariage.«Elle insistait pour dire que c’était la première fois quelle avait fait l’amour.J’avais beau lui dire quelle n’avait lias à se justifier devant moi, que l’amour est la plus belle chose dont nous soyons capables, elle insistait.» Cette démarche tient aussi du journal intime (du journal intime destine à la publication, faut-il préciser).Et ce bref récit d’Archambault, dont l’anecdote en soi, bien; que faisant état d’expériences fondamentales, présente un intérêt inégal — tout comme les journaux et autobio-, graphies d’écrivains, fussent-ils les plus grands —, me semble par contre tout à fait révélateur rie ce narcissisme que met enjeu récriture.Puisqu’en outre dans ce, qu’on appelle écriture la forme aussi fait sens, il laut lire .comment, par la structure de son récit, Archambault] procède à l’ordonnance — à la reconstruction — d’éle-, ments de sa vie.____ Mais par delà l'hommage et la mise en forme — peut-être bien, aussi, la remise en état — du réel, Un après-midi de septembre dit (Archambault en était-il conscient?)' ce qui a pu amener l’écrivain à l’écriture.Une telle révéla- .tion est toujours exemplaire.«Depuis l’enfance, je n’ai cessé de me poser des questions sur les raisons de mon existence.Les réponses, je ne les trouverai jamais.Ma mère toutefois m’était un rempart contre l’absurde.» y Au temps des premiers chrétiens SIDOINE OU LA DERNIÈRE FETE Jean Marcel, éditions Leméac, Montréal, 1993,243 pages • PIERRE SALDUCCI ' J| T j'es écrivains contemporains ai-.L/.ment faire revivre sous leur plume .(et même en bande-dessinée) des personnages et des figures historiques de l’antiquité, particulièrement ceux de la Gaulle et de l’empire romain.11 suffit de penser aux Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yoiircenar, à la biographie romancée Alexandre le Grand de Roger Peyrefitte, ou même, tout simplement, au succès des albums illustrés comme Astérix ou Alix.Mais le Québec n’était pas de la fête, jusqu’à ce que Jean Marcel publie presque coup sur coup les trois tomes de son Tiptyque des temps perdus.Après Hypatie ou la fin des dieux (1989), qui avait reçu le prix Molson de l’Académie canadien-ne-française, et Jérôme ou de la traduction (1990), Sidoine ou la dernière fête 'Vient achever le cycle entamé il y aquatre ans.Dans Sidoine ou la dernière fête, les personnages ne parlent jamais, pàs plus qu’ils n’interviennent directement dans leur histoire.La narration reste figée, sous le contrôle exclusif de l’auteur qui lui prête sa voue et-lui impose une chronologie déstructurée.Ces éléments font parfois davantage pencher le récit du côté du livre d’histoire à l’état brut que du roman historique.Mais on s’habitue liés vite à la fausse neutralité du parti pris d’écriture qui, conjugué au ton de Marcel Jean, met en relief l’histoi-reide Sidoine.Une histoire tout à fait surprenante qui, de plus, n’est pas dénuée d’émotion.Comment ne pas être touché par le'destin si singulier de cet homme de,convictions, à la fois poète et évûque du temps des premiers chrétiens, qui assistera à l’effondrement déboutés ses valeurs mais restera jusqu’à sa mort un ardent défenseur de, l'empire, du latin et de la poésie, dans un monde qui bascule irrémédiablement vers la chute des régimes politiques, l’appauvrissement de la langue et l’apologie des valeurs guerrières?(On ne manquera pas d'ailleurs à l’occasion de faire certains rapprochements avec notre propre époque.) A la fois historien, romancier et humaniste, Jean Marcel finit par transformer en pseudo-héros ce poète! ignoré et naïf, cet évêque déchu sut le tard, qui connut à la fois la glbire et la prison, écrivit l’éloge des plufe grands de son temps, et fut traité'bien souvent comme un pantin ou une marionnette.-Situé dans la seconde moitié du 5eme siècle (après J.C.), Sidoine ou la dernière fête est un livre absolument fascinant, une réussite totale.Qn ne peut que rester impressionné par l’étendue des connaissances qaümplique un tel ouvrage, par les travaux de recherche qu’il suppose (jean Marcel a même été jusqu’à observer les vitraux de la cathédrale de Clermont-Ferrand pour étayer ses dires), et par la force d’évocation de Mhsemble.:Le tout est mis en valeur par une langue sobre mais puissante et par un ton qui alterne entre la gravité à la dérision, entre la futilité et la oompassion.Un livre étonnant qu’on quitte pour se précipiter sur Fôouvre intégrale de Sidoine, le poète maudit.POÉSIE Peaux de papiers, mots de la peau MARGIE GILLIS.IA DANSE DES MARCHES Anne-Marie Alonzo, Editions du Noroît, Montréal, 1993.CORRESPONDANCE IMAGINAIRE Nathalie Caron, Les i BOUCHES D’OMBRE GIN AIRE ; Editions Peine perdue, Saint-Jean-Port-Joli, 1993.Texte et illustration de Nathalie Caron.LUCIE BOURASSA Au Québec, depuis quelques années, les femmes en particulier écrivent souvènt à partir d’oeuvres non verbales.On pense aux collaborations entre Denise Désautels et Denis Goulet ou Martha Townsted, France Théoret et Francine Simonin, Anne-Marie Alonzo et Louise Robert, pour ne nommer que celles-là.Le rapprochement va de la plus simple insertion de reproductions parmi les poèmes au véritable dialogue entre texte et photos, gravures ou dessins.Les livres qui nous intéressent aujourd’hui présentent tous deux une forme inusitée de relation entre poésie et art.Dans le premier, Bouches d’ombre, photographies et textes sont de la même auteure, Nathalie Caron, surtout connue comme artiste visuelle, mais qui a déjà travaillé avec des poètes.Dans le second, Margie Gillis.La danse des marches, d’Anne-Marie Alonzo, les photographies ne sont que traces du véritable prétexte de l’écriture: le mouvement de la danseuse.Bouches d'ombre est remarquable par sa facture: une triple jaquette enveloppe deux photographies sur carton, ainsi que sept cahiers pliés, dans lesquels le texte se déploie selon trois formats de caractères.11 arrive que les illustrations, dans un livre de poésie, paraissent «ajoutées».Ici, on a plutôt l’impression que c’est le texte qui est en surplus.Il est pourtant disposé selon une structure intéressante, qui fait alterner trois séries de proses à la première personne, dont le thème central est l’enfance.Cela doit former une «correspondance imaginaire», mais en fait, les locuteurs ne répondent pas les uns aux autres.L’un parle des animaux qu’il ne pourra avoir (à cause des parents), l’autre raconte des anecdotes sur sa famille, et le dernier relate des perceptions instantanées qui le conduisent à ces «graves» questions d’enfant: «Je regarde le paysage, comment m’apparaî-trait-il si j’étais quelqu’un d’autre?».Simples, sans gaucherie agaçante, ces proses restent toutefois un peu minces.Feu liées aux photographies, elles sont surtout décevantes en regard de la beauté sensuelle de l’objet qui les enclôt.Il en va autrement dans le livre d’Anne-Marie Alonzo, écrivaine plus chevronnée, auteure d’une douzaine Anne-Marie Alonzo Poèmes et danse; un pas de deux.de titres.Photographies' et poèmes sont étroitement reliés, et tendent à redonner vie à une même absence, à cela que le livre ne peut reproduire la danse, dans sa corporéité et son mouvement.Si les portraits de Margie Gillis sont une fête, ils ne peuvent saisir qu’un moment du geste, qu’ils figent.En revanche, la poésie essaie de redonner le mouvement par le rythme de la parole, mais elle ne peut capter la simultanéité des déplacements.Il en résulte une vision fragmentée du corps.L’oeil découpe, ici le torse, là les jambes, la chevelure, etc.La «jupe décapitée» emblématisé bien l’ambiguïté de cette féti-chisation.Les familiers de l’oeuvre d’Alonzo reconnaîtront certains traits de son écriture — inversions, reprises et retouches, heurts et inégalités des séquences juxtaposées sans ponctuation — qui ici paraissent étrangement motivés, car ils miment les saccades et démembrements de la danseuse: «Parce qu’au bout des doigts surgit l’empreinte parce qu’au bout comme des doigts s’effilent des jambes sous une boule belle boule sous une jupe ronde roule roule roule cette jupe crée un cercle de soie marche cette jupe et seule».Le français de- vient martelé, si bien que les quelques phrases en anglais (langue de Gillis) s’y insèrent sans brisure de rythme.L’écriture est participation fantas-mée à la danse, «lutte» ou «duo», qui va de l’identification fusionnelle à la distance infranchissable.Moins narrative que dans d’autres livres d’Alonzo, elle suit quand même un certain déroulement.Plus descriptive au début, attachée aux muscles et à la peau pour eux-mêmes, elle donne peu à peu diverses significations aux mouvements et postures de l’autre, qui se fait sirène, pégase, licorne.La danseuse semble entraîner celle qui regarde dans sa liberté et son vertige, surtout quand les positions de parole s’inversent, et que le «tu» devient le «je».Contrairement aux textes de Bouches d'ombre, qui ne savent pas vraiment relayer la plasticité tactile et visuelle de l’objet-livre, les poèmes de La danse des marches engagent avec la danseuse un véritable «pas de deux», et la sensualité de l’écriture répond très bien è celle des portraits, sans non plus la redoubler.Est-ce à cause de quelques facilités sonores («chevelure chevaline»), de quelques tics (l’énumération trop systématique: «ton cou et tes lèvres tes mains tes seins tes épaules aussi tes yeux hésitent»), ce dernier livre m’a pourtant aussi laissée sur ma faim.J’aurais aimé sentir davantage le trouble sous les effets de surface.1 Sept clichés, de Michael Slobodian, Jack Uda-shkin et Cylla von Tiedemann, présentent Margie Gillis à l'oeuvre dans différents spectacles.LES LIVRES CHANGENT LE MONDE Comme disait .or fu lus.Comme disait Confucius.Viies Taschereau LX-156 - ISBN 2-89381-127-2 224 pages - 9,35 $ t En plus des proverbes de Confucius, vous trouverez, comme aux Détecteurs de mensonges, deux vérités (de vrais proverbes) et un rrieii-songe (de fausses citations dp personnages aussi «délicieux» qu’Elizabeth II, Eric Lindros, etc.).Quel est le mensonge?vlb editeUT depela grande littérature r Hexagone Lieu distinctif de I édition littéraire Québécoise québécoise LES BONNES LECTURES CHEZ VLB ÉDITEUR ET À L’HEXAGONE Plume Latraverse PAS D’ADMISSION SANS HISTOIRE Une enquête qui n'a rien de bien ordinaire dans un manoir louche, lieu de toutes les équivoques, où se côtoient des personnages colorés comme seul Plume Latraverse peut en créer.383 pages —19,95$ Gilbert Langlois CUISSES AVEC DOS Un roman aux nombreux rebondissements, qui nous transporte sur la Basse Côte-Nord.Des personnages attachants, un heureux mélange d’érotisme et d’humour.367 pages — 24,95 $ Joyce Carol Oates UN AMOUR NOIR Le récit d’un amour noir, noir comme un rêve de nuit et de mort, qui emporte le lecteur dans un rythme lancinant de blues, par une des plus grandes écrivaines contemporaines.116 pages —18,95$ p»'"00’’*,.cites ssss- Pierre Gobeil Dessins et cartes du territoire Coll.Fictions -144 pages —16,95 $ Le roman des passions de l'enfance.«Une oeuvre très forte.M.Gobeil a retrouvé, mais enrichie par une plus vaste expérience de ses immenses moyens, la magie qui avait tant séduit les lecteurs de son premier roman, Tout l'été dans une cabane à bateau.Un style, une voix singuliers.Tout juste ce qui est nécessaire et suffisant pour faire de belles histoires avec presque rien ».— Réginald Martel, La Presse «Pierre Gobeil est l'écrivain des atmosphères troubles.Ses livres mettent du temps à nous atteindre.Ils s'insinuent en nous lentement, Ils sont comme ces films qui nous laissent muets après la projection.Et qui, les jours qui suivent, nous reviennent sans cesse en mémoire, étranges, obsédants et beaux.».— Marie-Claude Fortin, Voir Gérald Godin Écrits et parlés 1 Vol.1 Culture 448 pages Vol.2 Politique 336 pages Coll.Itinéraires 24,95 $ chacun Une histoire du Québec moderne, écrite à chaud, mise à la portée de tous, jeunes et moins jeunes.Les écrits et les entretiens de Gérald Godin — l'intellectuel, le journaliste et le militant — composent __ "un véritable portrait du Québec culturel et politique des années 1960 à nos jours.Une somme incomparable en deux volumes.Une édition préparée par André Gervais.Collectif La beauté Coll.«Rencontre québécoise Internationale des écrivains» 160 pages — 16.95 $ Les communications à la vingtième Rencontre québécoise internationale des écrivains.Regards et réflexions sur le thème de la beauté par des écrivains du Québec et d'ailleurs: Jacques Brault, Marina Colosanti, Roger Grenier.Nairn Kattan, Vénus Khoury-Ghata, Fernande Saint-Martin.Susanna Tamaro, Paul Zumthor et d'autres.Une édition préparée par Louise Maheux-Forcier et Jean-Guy Pilon.ClauOo Datgneault Ne riez ça pouri être votre voisin! CROC Im Édition» LOGIQUES Ne riez pas, ça pourrait êtfo votre voisin! Gilles Daigneault LX-157 - ISBN 2-89381-146-9 224 pages - 9,35 $ Voici, pour ceux et celles que la nature humaine désespère, dés raisons de plus de désespérer! Regroupés par catégorie, cès événements bizarres • —wuis.feront rire aux larmes! LOGIQUES DES LIVRES QUI NE SONT PAS DU MONDE » 1 ¦¦¦¦ ' LOGIQUES Dist.excl.: LOGIDISQUE ; Tel.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 • •¦00 ««1| >#.», ***+ *•+ + #* *• ¦ - «•*¦ •—mm->«•« V*K • v%W IMS • Mti k* •' * **•*! ,G I L L E S ARCHAMBAULT ?Passion : maternelle GÉNIIRIX François Mauriac, Paris Le Livre de Poche, 1966 JTe ne pars jamais en voyage sans quelques livres.Je choisis dans la mesure du possible des ouvrages que je pourrai abandonner, lecture faite, histoire de ne pas m’encombrer au retour de va-I lises trop lourdes.est la deuxième fois en 20 ans que j’apporte dans ce deSsein Génitrix, dont je veux vous entretenir aujourd’hui.Une fois de plus, je ne suis pas parvenu à m’en défaire.Ce récit est d’une remarquable concision.Rien à retrancher de ce livre que Mauriac publia à 38 ans, Pourtant je ne ressens aucune affinité pour le monde étouffant qui nous y est décrit.Bien évidemment on est dans les Landes.Mathilde Cazenave est à l’agonie à la suite d’une fausse couche.Elle est la jeune épouse d’un homme de 50 ans qui vit sous la coupe maternelle.Avant de faire la connaissance de Mathilde, Fernand ne connaissait des femmes que ce que permet d’apprendre la fréquentation occasionnelle des prostituées.Très tôt il répudiera sa femme.A la grande satisfaction de sa mère qui craignait de voir son emprise menacée.La mort de Mathilde sera pour son mari le début d’une période de prostation qui ne s’achèvera pas.Il voue à la morte une passion aussi forte que soudaine au grand dam de cette mère abusive.La vieille mourra à son tour, laissant son fils mal aguerri, bien que quinquagénaire, avec la seule compagnie d’une servante plus âgée qu’elle.Rarement aura-t-on rendu de façon aussi éloquente l’horreur d’une vie étouffée dans un coin de province.Il y a dans ce monde éloigné et sans contacts avec l’extérieur une impossibilité de vivre autrement que dans la haine.Car est-ce de l’amour que ce sentiment poussant une femme à tout détruire autour d’elle?Le fils n’est plus qu’une raison de plus de chercher à dominer.Quant à la pauvre Mathilde, elle n’était pas de taille à affronter une belle-mère aussi franchement monstrueuse.Le grand art de Mauriac consiste peut-être à transcrire dans un style classique, sans enflures, des passions destructrices.Fernand Cazenave qui erre dans les pièces d’une maison où il est seul se reconnaîtrait dans certains héros faulknériens.Hanté comme eux par des fantômes, il sait que l’espoir n’çst pas possible.Mauriac n’a pas à forcer son écriture.A peine lui arrive-t-il parfois de laisser libre cours aux propos violents de ses personnages.L’écrivain, lui, se contente de faire voir.Et de faire sentir un climat.Les pinèdes sont des ombres familières.La chaleur écrasante de l’été ajoute à la terre des échanges humains.Quant à la demeure des Cazenave, on l’imagine baignant dans la noirceur.«Comme dans un grand corps près de sa fin, la vie se retira des extrémités de la maison et se concentra dans la cuisine.Le lit de la paralytique, dressé encore au rez-de-chaussée, servit désormais à Fernand.Le matin, à peine levé, il passait à la cuisine et y retrouvait, au coin de la cheminée, le fauteuil où sa mère avait attendu de mourir en le dévorant des yeux».Génitrix?Une tragédie racinienne déguisée en récit remarquable.J’ai bien fait de rapporter ce petit livre de poche.Je finirai bien par repartir un jour- François Mauriac CHEZ to> La littérature française en quête de sens Enquête auprès des écrivains visiteurs FRANCINE BORDELEAU D’Alexandre Jardin à Georges Jean, les invités du dernier salon du livre de Québec couvraient tout le spectre de la littérature française; comme s’ils étaient venus en livrer chacun une facette.Irène Frain, en tournée de promotion de Devi, son dernier roman, reniait presque son Nabab, le best-seller qui l’a frit connaître.«Un ouvrage de jeunesse», se défendait-elle.Alexandre Jardin, dont on a l’impression que jamais l’angoisse existentielle ne vient gâcher son air d’éternel adolescent, parlait de son grand tourment.qui est «l’écriture elle-même», décochait une flèche à la littérature façon Sulitzer et qualifiait Le Petit sauvage, son dernier livre qui fut éreinté par la critique, de «roman dangereux» à travers lequel il avait voulu, après le succès du Zèbre, se «remettre en cause».Jusqu’à Bernard Werber, auteur de deux best-sellers honorables — Les Fourmis et Le Jour des fourmis —, qui s’épanchait sur l’écriture, la vraie, la grande, la nécessaire.On aura tout entendu! A un moment où l’industrie littéraire française semble plus occupée à fabriquer des vedettes qu’à véritablement promouvoir la littérature, où les jurys des grands prix et les critiques n’ont jamais autant été accusés de népotisme, où les auteurs eux-mêmes se font reprocher d’écrire pour vendre, ceux-ci veulent se donner l’image de Don Quichotte de la littérature.Fi des prix A ceux qui ont l’impression que les écrivains français vendraient leur âme pour un des quatre grands prix de la rentrée — dans l’ordre de convoitise: Goncourt, Femina, Médi-cis et Renaudot — ou pour de bonnes critiques dans les médias?Jardin, lauréat du Femina avec Le Zèbre réplique: «Les prix ne rassurent pas sur l’essentiel.Quant à la critique, son influence est de plus en plus faible; en France il n’y a pas, en ce moment, de critique capable de faire ou de défaire un livre.» Peut-être parce que, comme le dit Anne-Marie Garat, «dans les journaux, on fait maintenant davantage du compte-rendu que de la critique».Dernière récipiendaire du Femina avec Aden, A.-M.Garat, plus honnête ou réaliste, reconnaît qu’elle avait «besoin de ce prix pour sortir (son) oeuvre de la confidentialité».Pour Robert Sabatier, académicien Goncourt depuis 23 ans, le problème des prix, et surtout du Goncourt, c’est «l’amitié».«Les jurés font partie d’une maison d’édition et défendent celle-ci plutôt que les titres.Toutefois, pendant trois mois, on parle de 30 livres en lice pour le Goncourt; et les prix littéraires mettent durant cette période la littératu- Pour Anne-Marie Garat, l’écriture, comme en témoigne son oeuvre, «cerne le moment où l’être est dans un chaos, un brouillard».re en vedette dans les journaux.» Mais une littérature en quel état?' Pendant que Sabatier montre un certain optimisme en parlant à la fois d’«une fin de siècle maussade — c’est cependant la caractéristique de toutes les fins de siècles» — et d’«une renaissance timide: les écrivains français redécouvrent le plaisir de l’histoire et de la narration», Georges Jean, théoricien de la littérature et auteur de nombreux recueils de poésie, est beaucoup moins indulgent.«La littérature française traverse une période relativement pauvre, et cela est dû essentiellement à des raisons commerciales.» Pourquoi écrire?De l’avis de Georges Jean, l’écriture «un langage dans lequel la forme, même fait sens, ajoute un sens suj> 'j plémentaire, ainsi qu’une manière de»?' décrire l’imginaire et le réel avec un certain déplacement.Or de moins en .* moins de romanciers s’en préoccu*** pent, se contentant plutôt de racoh- ‘ ter des histoires, sans plus».Ils sont pourtant persuadés du ' J contraire, ces romanciers à qui l’ôrt >';• parle.Irène Frain dira que «l’acté d’écrire, c’est aller à l’universel par " 1 le singulier, accomplir un parcours’1 1 initiatique» et que ce faisant, « la médiatisation de la personne de l’ati- • '¦ teur est une chose assez misérable*!1 Pour Anne-Marie Garat, l’écriture,' comme en témoigne son oeuvré; • «cerne le moment où l’être est dans un chaos, un brouillard».L’écrivaine utilise le roman, «art de la represent.tation et de l’illusion», pour montrer «ce qui peut advenir quand on est.en état de décalage».Sabatier écrif pour «mettre en scène une certaine ; conception de l’homme, des êtres', et surtout de la conception dépêtrés».Auteur d’une volumineuse Histoire de la poésie, Robert Sabatier est aussi bien au fait de l’état de ce p&c»l rent pauvre — c’est-à-dire peu diffusé — de la littérature.«L’état de la «s poésie en France?Une production.importante en quantité et en qualité',’' et une consommation médiocre par- ,.ce que les médias ne font pas le rê- ‘ ' lais entre les poètes et les lecteur^.v Et pourquoi ça?Parce que les cri-'* tiques ne connaissent pas la poésie!» «On n’a jamais écrit autant déJ " textes poétiques que personne né lit, renchérit Georges Jean.Ça n’a; - ¦ pas toujours été le cas: «Jusqu a Pré- * *j vert, affirme encore Sabatier, les .poètes étaient soutenus par un mi4' lieu ambiant».Il reste que «la poésie se vengé-' par la durée»; et c’est par elle, disent- • ¦ ils, qu’est actuellement à l’oeuvre la'-': vivacité de la littérature françaisë.- .Tous deux prévoient même de fm turs beaux jours à la poésie.André Malraux n’a-t-il pas dit que «le XXIt*., siècle sera spirituel ou ne sera pas?» Et pourquoi pas poétique?> » E S T - S E L L E R S ROMANS QUEBECOIS 1 HOMME INVISIBLE À LA FENETRE, de M.Proulx - Boréal 2 QUELQUES ADIEUX, de Marie Laberge - Boréal 3 CES ENFANTS D’AILLEURS, de A.Cousture • Libre expression 4 UN HOMME EST UNE VALSE, de Pauline Harvey - les Herbes Rouges ESSAIS QUÉBÉCOIS 1 L’ABANDON CORPOREL, collectif -Slanké 2 PLEIN FEUX SUR LES SERVICES SECRETS, de R.Cléroux - Ed.de l’homme 3 LE BONHEUR EXESSIF.de P.Vadeboncoeur - Bellarmin 4 LA GÉNÉRATION LYRIQUE, de F.Ricard - Boréal «T ROMANS ÉTRANGERS 1 LE PARADIS, de H.Guibert - Gallimard 2 LEVIATHAN, de P.Ausler - Acte sud 3 MONDE DU BOUT DU MONDE, de L.Sepulveda - Mélaillé 4 DEVI, d’Irène Frain - Fayard
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