Le devoir, 1 mai 1993, Cahier D
?LE DEVOIR ?\|«V ¦m\ ¦>jU ?.Y' Entre les lignes Page D2 Trufo misto Page D4 Le Bloc notes Page D5 Essais québécois Page D6 ?I» k v (i i iî S A M E I) I I) I M A N ( Il K M A I I il II Saint Plume priez pour nous MAQUILLEZ-MOI ÇA! MARIE-CLAIRE GIRARD -qi Les juges, les médecins l’appellent Michel.Mais depuis à peu près 1964 tout le reste du monde l’appelle Plume.Musicien, peintre, écrivain, Plume Latraver-se avoue ses 47 ans après une toute petite hési-tialion, avant d’ajouter que c’est plus Ipcile de parler de l’enfance à 50 ans Îuand ça a macéré et que l’on sait u’on n’y reviendra plus.; Mais nous n’avons pas parlé du tjout de son enfance à lui, sa vie privée (t'est sacré et la seule chose qu’il concède c’est être originaire du bitu-ijie de Montréal, ce dont il tire une çeilaine fierté, tout comme il est fier de l’étiquette de délinquant qui lui est Accolée: «Ce qui m’a fait survivre, y’a ben des années, raconte-t-il, c’est quand je me suis rendu compte que je faisais partie du 2 % de la population qui ne pensait pas comme les autres, qui ne rêvait pas à une grosse Chevrolet Impala.Je dois être la réincarnation du chien de François Villon.» Ia voix est exactement la même que dans ses chansons.La rencontre avec Plume a lieu dans une taverne, la taverne Boudrias, à l’angle Rachel et Saint-Hubert.Plume et taverne font bon ménage.On le savait par ses chansons.Ce qui est le plus fascinant chez lui c’est son refus d’être passé au «blender», sa capacité de concevoir la vie sans être obligé d’acheter des tonnes de gadgets: «J’ai tenu mon sentier, dira-t-il, à une époque où tout le monde ne jurait que par l’autoroute.J’ai eu ce que j’ai voulu.Des fois je croisais l’autoroute et je leur faisais des bye bye.Je n’ai jamais fait cjes salamalecs à personne.» Un pur Ct un dur dans le fond, Plume.Et sans prétention non plus.«Je ne suis das un écrivain ou un romancier, poursuit-il, mais j’ai toujours gagné ma vie avec l’écriture.Sauf que cjuand tu fais une chanson t’es toujours obligé de comprimer au maximum, de prendre une citrouille et (j’en faire un petit pois.D’utiliser un ijeul mot et que ça fasse comme sur line table de pool, que le mot rebondisse et entraîne les autres.Les chansons sont des histoires, mais ce sont de.-, polaroids, une situation décrite en trois minutes, je ne peux pas faire la trame généalogique de la famille de «Saigne tes brakes», je n’ai pas le temps pour ça.Un livre, c’est un paquet de petites histoires, comme les chansons, mais il faut réussir à mettre les coutures à la bonne place pour que ça tienne et ce n’est pas nécessairement facile.Et puis mon livre ce n’est pas l’histoire d’Emilie Bordeleau.Ce serait plutôt Emilien Bordebière.» , L’inspecteur Epingle, déjà présent dans Contes Goutte et qui a donné son nom à un célèbre bar du Plateau Mont-Royal (en passant son vrai nom c’est Sylvain Tremblay) constitue le personnage principal de Pas d'admission sans histoire.C’est un privé cheap, un peu contemporain aui traîne ses godasses dans les jSivJs de cave depuis très longtemps, pans le livre précédent il avait 72 ans.Donc maintenant il en a 81, VOIR PAGE D-2: PLUME f» 1 * | *- Michel : La traverse I La vague «politically correct» frappe fort en littérature jeunesse À force de vouloir ménager les sentiments de tous et de chacun, la littérature jeunesse s’uniformise, et ce sont finalement les ouvrages eux-mêmes qui deviennent stéréotypés.mmwk mWr/ ¦ i-xwm mm wmmm ê vrçsp?**** # «K mm ÆM STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR ILLUSTRATION DE FRANÇOIS CAUMARTIN TIRÉE DE SON LIVRE CACHEITES ET CAMOUFLAGES.EDITIONS DU RATON LAVEUR.1990 Les monstres de notre enfance, les marâtres et les bouffeurs d’enfants n’ont plus la cote en littérature jeunesse.Désormais, on uniformise, on rabote.Et les contes d’Andersen passent à l’eau de javel.1 est de bon ton depuis quelque temps d’aplanir la littérature jeunesse.Les varlopes ne manquent pas et on les manie à qui mieux mieux.Pour ou contre, c’est selon.Et le plus souvent on se chicane à propos de la nouvelle orientation Politically Correct, PC pour les intimes.Des ouvrages baptisés ironiquement «romans d’amour Polyvalente et Condom», par lesquels les bêtes féroces, les monstres et les méchants étrangers foutent le camp.Faut-il fuir comme l’huile de foie de morue ce nouveau puritanisme qui veille à ne blesser les sentiments d’aucune minorité?Ou au contraire perpétuer la croisade contre les stéréotypes et les comportements racistes ou sexistes, quitte à tomber dans l’uniformité?Cachez ce Chinois que je ne saurais voir.Aux Etats-Unis, Andersen fait les frais du mouvement PC.Pour ne pas heurter les sensibilités raciales, les nouvelles traductions du Rossignol de l'Empereur ne parlent plus de «Magie noire», mais de simple «magie».Mieux (ou pire!): on ne qualifie plus de Chinois l’empereur de Chine! Au début du Vilain petit canard, la cigogne n’est plus autorisée à «parler l’égyptien qu’elle avait appris de sa mère.» Selon les censeurs, la phrase in- sulterait les Américains d’origine Arabe et «stéréotyperait» le rôle des mamans! Ailleurs, la Petite sirène n’a plus le droit d’avoir les bras «blancs» et dans certaines versions la Petite fille aux allumettes finit riche et heureuse au lieu de mourir de faim.Le célèbre Danois a l’habitude: à l'époque victorienne, ont expurgeait ses contes des passages à saveur sexuelle.Et ce n’est pas d’hier que Walt Disney nous inonde de versions édulcorées des histoires puisées dans le patrimoine littéraire de l’humanité, d’Alladin à 1m Belle et la Bête.N’avortez pas dans nos pages, s.v.p.Rien de tel au Québec.Ce qui ne veut pas dire que la production nationale soit à l’abri de la censure.L’auteure Dominique Demers en a peut-être fait les frais récemment, quand les éditions de la courte échelle ont refusé de publier Les grands sapins ne meurent pas, second volume de la trilogie de Marie-Lune.Ia controverse a fait la manchette: Demers affirmait qu’on avait refusé son bouquin «pour des raisons idéologiques», parce que sa jeune héroïne enceinte refuse de se faire avorter.Bertrand Gauthier, président de la maison, s’en tient toujours à la ligne officielle.«Nos choix sont confidentiels.On refuse des centaines de manus- VOIR PAGE D-2: LA CHASSE AU SORCIÈRES Des ouvrages éclairants en SANTÉ MENTALE ¦ En vente en librairie i ou au (514) 449-7886 I gaëtan morin éditeur ((%)•) V-v IA RÉADAPTATION PSYCHOSOCIALE EN PSYCHIATRIE Défis des années 90 Use Tessier.Michéle Clément et Vesta Wagener-Jobidon mars 1092, 25 $ IA SANTÉ MENTALE ET SES VISAGES Un Québec pluriethnique ait quotidien G.mbeau, A.M.Chan-Yip, M.Lock, C.Rousseau, C.Sterlin et II Fleury avril 1992, 30 $ POUR DONNER UN SENS AU TRAVAIL Bilan et orientations du Québec en santé mentale au travail M.Vézina.M.Cousineau, D.Mcrgler, A.Vinci et M.-C.Laurendeau mai 1992, 25 $ LA VIEILLESSE: VOIE D’EVITEMENT.OU VOIE D’AVENIR?Le vieillissement et la santé mentale R.Champagne, P.iMdouceur, H.de Ravinel, J.Stryckman et D.Paul novembre 1992, 22 $ LE DÉFI DE L’ÉGALITÉ La santé mentale des hommes et des femmes N.Gubcrman, J.Broué, J.Lindsay, L.Spector, L.Blanchet, F.Dorian et F.Fréchette avril 1993, 26 $ il UDtll DE L tCMJTt la santé mentale des hommes et des femmes .A-:q gaftun morin Mllrur "'sawv'Cv L K I) K V 0 I IV, I.K S S A M K I) I I '"K T I) I M A N C II K 2 M Al I il il il L V R E S L A V I E L I T T É 11 A I II I! STÉPHANE BAILLARGEON Censure?Pas sûr.Clément Fontaine se dit victime de censure.L’auteur de Merveilles au pays d’Alice et Drôle d’Halloween, des romans jeunesse publiés chez Tisseyre, ne retrouve à peu près aucun exemplaire de ses livres sur les rayons des bibliothèques de la Ville de Montréal.Et cela le met en rogne.Et le fait crier bien fort.«Les livres rejetés par les comités d’acquisition remettent en question des valeurs établies, affirme-t-il.11 ne faut pas trop critiquer la religion catholique ou promouvoir une sexualité libre.Pour moi, ça, c’est de la ceijsure.» A la ville, l’achat des livres est chapeauté par la Division de l’expertise.Les fonctionnaires prennent leur décision en vase clos et leurs critères informels demeurent assez mystérieux, un «tribunal à la Big Brother», selon l’expression de Fontaine.«Chacune des 23 succursales conserve son autonomie, suit ou non les recommandations, réplique Lise Langlais, conseillère en ressource documentaire auprès de la Division.Des livres controversés, on en a plein et un peu partout.» Un exemple?«Final Exit, qui donne des recettes pour se suicider en paix.» Controversé, en effet.Il y a les livres refusés et il y a les livres acceptés.Et Fontaine peste aussi contre le supposé favoritisme des acheteurs.«Ils cèdent aux pressions commerciales et encouragent finalement certaines maisons d’éditions.» Laquelle, surtout?La Courte Echelle, évidemment, bête noire du milieu, qui paye décidément pour son fabuleux succès.«Non seulement on achète tous leurs livres, note Fontaine, mais en plus ils sont disponibles le jour même de leur sortie en librairie, alors que les autres doivent attendre des mois.» Mme Langais reconnaît que certains livres ont un traitement de faveur: ceux de La Courte Echelle, mais aussi d’autres best-sellers, une nouvelle bd de Lucky Luke, les Michel Tremblay.«Nos lecteurs réclament ces ouvrages et on doit se dépêcher de satisfaire leur demande.» Je lis.J’en parle .C’est sous ce thème qu’est organisé, cette fin de semaine, un colloque sur la lecture entièrement consacré 3Üx jeunes «livromaniaques».Hier, aujourd’hui et de-nfain dimanche, environ 200 jeunes boulimiques de lecture du niveau secondaire, de partout au Québec et d’autres provinces canadiennes, vont participer à trois jours d’activités.L’objectif est de contribuer à l’évolution et au dynamisme des clubs de lecture rattachés à Communication-Jeunesse, qui fait la promotion de la littérature québécoise destinée aux jeunes et aux ados.Le colloque est organisé par cet organisme et les clubs de lecture de la région des Moulins.Les réunions se déroulent à la Polyvalente Armand-Corbeil, à Terrebonne.La Magnétothèque a besoin de vous Chrystine Brouillet, auteure de célébrissimes livres pour la jeunesse, est la porte-parole de la campagne annuelle de financement et d’information de la Magnétothèque.Créé en 1976, cet organisme enregistre et diffuse des livres-cassettes pour les quelque 50 000 handicapés de la vue du Québec.La banque compte 6000 ouvrages (romans, manuels scolaires, livres de cuisines.), dont 400 enregistrés l’année dernière.La Magnétothèque offre aussi un service de lecture d’articles de journaux et de revues au 93,9 de la bande FM.Les lecteurs comme leurs moniteurs sont bénévoles.On se renseigne au 524-6831.Les dons doivent être envoyés au 1030 rue Cherrier, bureau 304, Montréal, H2L1H9.E N T R E I.ES L I G N E S Les livres gigognes Trappes et pièges sous les arches du Grand Palais V V II E Présenté par Jacques Goimard et Michel Lebrun, Paris, ed.Presses Pocket, 1993.Les Salons du livre servent à tout: à exposer les livres et à les vendre (banal) mais parfois aussi — et c’est Là que ça devient plus subtil et surtout plus rigolo.— à les écrire.Le Salon, dans la plus pure tradition du polar, se nourrit alors du livre et le livre du Salon, au point qu’on ne sait plus très bien lequel digère l’autre et lui survivra quand le serpent aura fini de se mordre la queue.Le temple du livre, devenu lieu du crime, instrument et clé de l’énigme, à la fois?Rien de nouveau, répliquerez-vous.Il y a toujours eu des cadavres dans les bibliothèques d’Aga-tha Christie.Umberto Eco ne nous a-t-il pas savamment prouvé dans son Nom de la rose que des pages coincées entre deux couvertures constituaient une substance explosive, voire assassine?Et qu’au Moyen-Age, des moines érudits et diaboliques en avaient déjà long à dire (et à cacher) sur la question.Voici donc qu’une certaine littérature, pour mieux confondre par pure malice les lecteurs, s’amuse à prendre la forme de poupées gigognes emboîtées jusqu’à l’infini.Allez vous y retrouver, rendu là.«Un livre à l’intérieur d’un livre a vocation à se passer d’auteur; il n’a ni commencement ni fin, comme la vache qui rit ou la dame de Shangai; il n’est même plus un objet à lire, mais une ombre à aimer d’un fort étrange amour», révèle Jacques Goimard, en préface à un curieux ouvrage intitulé tout simplement Salon du livre.Publié chez Presses Pocket, celui-ci est le fruit d’une initiative hilarante quoique sanglante.Neuf auteurs français de polars ont accepté d’écrire une nouvelle ayant soit le Salon du livre pour cadre, soit le livre lui-même devenu ici autel du sacrifice littéraire.«Neuf criminels (.) envahissent le respectable Salon du livre, salissent les tapis, pillent le buffet, lutinent les hôtesses et finissent par cracher dans ODILE TREMBLAY ?la soupe avec une joie pernicieuse de mauvais garnements», explique l’éditeur en quatrième de couverture, avant d’y aller de sa mise en garde: «Attention: livre méchant.» Ces écrivains ne sont d’ailleurs pas n’importe qui et l'ami Trufo, notre expert ès polars, saluerait bien bas ces maîtres du crime: Tonino Benacquista, Marc Vil-lard, Jean-Bernard Pouy, Alain De-mouzon et autres pontes du genre nous livrent ici, fumantes, leurs humeurs noires.A Québec, l’an dernier, le Salon du livre était bien consacré au polar, alors pourquoi pas des polars consacrés au Salon du livre?D’autant que la Grand Palais de Paris où s’affrontent chaque année des légions d’éditeurs et d’écrivains constitue un lieu particulièrement propice aux coups de poignards dans le dos, si vous comprenez ce que je veux dire.On aura droit, sous la plume de Louis C.Thomas, aux éditeurs rivaux qui se trucident allègrement, série rouge vs foulard noir, avec la fille du rival prise en otage par l’amour et dupée comme il se doit par l’adversaire de papa.L’écrivain Jean-Pierre Pouy donne dans l’épopée lyrique.«Que le Grand Livre soit! Que le Grand Salon nous protège!» lance-t-il, comme une invocation, avant de raconter les luttes féroces auxquelles se livrent les troupes ennemies «après la fameuse bataille du Goncourt», et «le départ dans le Grand Pilon».Le petit monde de l’édition et des lettres regorge de thèmes humoristiques et d’une faune, comme dans Pirandello, en quête d’auteur.Qu’on en juge plutôt par la description suave de la grande fête du livre (au Palais Royal \ ris) donnée par Eric Loubiot.Pour un peu, on se croirait chez nous.«Foule dense, fants qui piaillent (vous croyez que ça leur donne envie de lire?), des chiens qui refusent la priorité aux poussettes, des embouteillages partout (surtout au coin de l’allée 176 -A et 26 VX), une sono crispante (surtout pour les parents dont les enfants sont attendus à l’accueil), un froid de canard, des toilettes perdues au troisième étage (non monsieur l’allée 34M, c’est de l’autre côté), une buvette minuscule et sale (non monsieur il n’y a pas de compartiment fumeur) et une débauche de livres que tous ces visiteurs ne liront sans doute jamais».Voilà pour le cadre idyllique.Le Salon du livre est un lieu infesté de trappes et de pièges: la nuit, des petites voleuses sont tapies sous le comptoir des éditions de Minuit, ou allongées sous le stand de Rivages.Entre les allées, une groupie découvre, affolée, que la littérature et ses scribes sont moins honnêtes qu’elle n’avait cru.Et qui peut survivre à pareille découverte?Ah tous ces livres à doubles fonds, ou recelant, entre les lignes, la clé de l’énigme, toutes ces pages déchirées par des mains criminelles, ces piles de volumes livrées aux autodafés de lecteurs en délire! Ix» Salon du livre est à sac, proie des flammes, du pillage et du cynisme.De ce haut lieu de culture, il ne restera rien, une fois tous les crimes perpétrés.Ais-je dit que c’était délicieux?ENTRETIENS SUR IA PASSION DE LIRE Henri Tranquille interviewé par Yves Beauchemin Québec/Amérique, 291 pages Quand un écrivain rencontre un libraire.Et tout un! Henri Tranquille, né en 1916, légende vivante dans le milieu.Ses librairies successives ont servi de lieux de convergence aux débats culturels qui ont secoué le Québec depuis la Seconde guerre mondiale.En commençant par Rejus Global, une autre légende, manifeste des Automatisiez lancé dans sa librairie en 1948.Monsieur 1 nuiquille se dit d’ailleurs d’accord avec l’idée qu’un bon livre «aide plus lu.pays qu’un bon ministre».Il parle de Mussolini, des auteurs de droite et de gauche, mais aussi des écrivains qu’il! a guidés, de la Révolution tranquille et du Québec littéraire d’aujourd’hui, pour finalement sauver de l’oubli tout un pàiv du patrimoine québécois.Il fallait le faire.C’est fait.• >7 LES MYTHES À TRAVERS LES ÂGES Joseph Campbell, Le jour, 3Q4 pages Pour beaucoup de nos amis anglo-saxons, Joseph-Campbell est un des grands penseurs de notre époquet Une chose est sûre, c’est un grand spécialiste des mythes et un vulgarisateur exceptionnel.L’ouvrage pro posé en français est tiré d’une série télévisée du réseqm PBS.Ses brillants exposés traitent de l’évolution de làj mythologie à travers l’histoire et les civilisations.Camp-;, bell raconte les légendes les plus connues, le myllp* d’Osiris, les secrets du Saint-Graal, tente des rapproches ments, ébauche des synthèses et montre finalement: comment les mythes aident encore à réconcilier les êtres! humains avec les grands mystères de la vie.Le livre esE abondamment illustré.LES PLAINES D’ABRAHAM Jacques Mathieu et Etigen Keld, Septentrion, 312 pages g Le livre est sous-titré: «Le culte de l’idéal».L’oeuvre dé synthèse a été commandée par la Commission dès champs de bataille nationaux à un historien et un photo graphe d’art qui ont réuni une impressionnante équipe de spécialistes, géographes ou ethnologues.Le promorrt toire de Québec qui a suscité des rêves fabuleux et défi espoirs grandioses est examiné de long en large, comme* cadre physique et naturel, lieux d’habitation, terrain do guerre ou terrain de jeu, comme centre de festivité populaire.Une oeuvre de science, d’art et de beauté dédiée «à ceux qui ont façonné et préservé les plaines».; •J LES MONDES PERDUS Kipling, Wells, Verne et autres, Omnibus, 987 pages t, Les romans ici rassemblés ont été écrits durant l’âge d’or du roman d’aventure par des maîtres incontestés; Rudyard Kipling (L'Homme qui voulu être roi), H.G; Wells (Le pays des aveugles) ou Jules Verne (Le village arien).Leurs oeuvres évoquent des espaces hors du temps mondial, qui défient l’histoire et la raison et surgissent comme par miracle des recoins les plus secrets de la planète.Des «mondes perdus», c’est-à-dire «présert vés» jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, êil quelque sorte ignorés des savants et des explorateur;! qui repoussèrent toujours plus loin les limites du connu.< AMOUREUX DE PARIS Edouard Boubat, Éditions Hors Collection «Baisers volés, Paris volé», écrit Boubat en préface.L'amoureux de Paris, c’est lui.Il propose quatre décefr nies de photos pour célébrer la Ville Lumière et surtout ceux et celles qui l’illuminent.En 1955, ce sont les petits «cowboys» et «indiens» de la rue des Ursins, et plus loin; deux amants qui s’enlacent au jardin du Luxembourg.Un peu plus tard, les ouvriers, le petit peuple, maintenant chassés vers la banlieue.L’année dernière, quelque mouette près du Pont Louis-Philippe.S.B.g PLAISIR W LIRE Animatrice: Danièle Bombardier J’espère que vous prendrez autant de plaisir à Plaisir de lire cette semaine que j’en ai pris à rencontrer mes deux invités, l’écrivain français Irène Frain et le comédien Jean-Louis Millette.Irène Frain vient de publier chez Fayard un récit-roman fascinant ’’DEVI", qui allie les faits, la mythologie et son propre imaginaire d’écrivain."DEVI”c’est l’histoire réinventée d’une femme-bandit qui a terrorisé l’Inde de 1981 à 1983.À travers cette image de cinéma qui nous rappelle les Calamity Jane ou Bonnie Parker, Irène Frain nous esquisse le portrait de l’Inde avec sa violence, son système de castes, sa pauvreté et le portrait de ses femmes qui, encore aujourd'hui, naissent dans une telle déception qu 'on porte leur arrivée au monde comme un deuil.Violée, battue, torturée "DEVI”, qui signifie Déesse des fleurs, a dit non.Rebelle dès l’enfance elle aura trouvé auprès des bandits des ravines l’outil de sa haine et de sa vengeance, qui sera terrible.“DEVI”est toujours vivante, Irène Frain l’a rencontrée dans sa prison de Gwalior.Mon lecteur cette semaine, Jean-Louis Millette, en plus d’être un de nos très grands comédiens, est un homme exquis, cultivé, curieux et un lecteur insatiable.U m'a reçue chez lui pour parler de sa passion de lire et de quelques-uns de ses auteurs préférés.PLAISIR DE LIRE Le dimanche à 19 h 30 'PjS?cutowe L’autre télé.L’autre vision.Radio Québec LA CHASSE AUX SORCIERES Le Mal n'est plus ce qu'il était suite: de la page d-i crits par année.» Gauthier revendique aussi le droit de choisir pour établir «la cohérence de sa production».Sauf qu’on reproche souvent aux ouvrages de La courte échelle d’être coulés dans le même moule, avec un nombre de pages et de chapitres bien précis, un style passe-partout, hyper-simplifié et surtout une tendance prononcée pour le socio-réalisme.Gauthier lui-même auteur, a publié Pauvre Ami Croche, dans lequel l’héroïne part en vacance avec son père et sa nouvelle blonde.Sujet actuel, mais on ne peut plus concret, loin des méchantes fées et des dragons d’antan.Dominique Demers, qui prépare un doctorat sur la littérature jeunesse et donne des cours universitaires sur le sujet répète que «La censure ne s’applique pas uniquement à ce qu’on dit», qu’elle aborde aussi «tout ce qu’on ne dit pas».C’est le principe de Spinoza: toute affirmation est en même tant une négation.«Lâchez-moi avec le réalisme et les procès d’intention, réplique Gauthier! Je publie du fantastique, du policier, de la science-fiction et quoi encore.Avec cette question du Politically Correct, les intellectuels amorcent une nouvelle chasse aux sorcières!» Est-ce de la censure?Chaque société érige «une architecture de censures», comme dit le philosophe Jean-François Revel.la nôtre, sournoise, pousse peut-être la subtilité jusqu’à dissimuler à l’extrême les mécanismes de contraintes.La norme, vague et floue, se présente sous le couvert d’un reflet fidèle de la réalité.Mais c’est toujours la norme.Suzanne Pouliot, professeur d’éducation à l’Université de Sherbrooke, spécialiste de la littérature jeunesse, trouve d’ailleurs des «coïncidences troublantes» entre certaines études sur les goûts et les valeurs des jeunes du Québec et la production littéraire des dernières années.Si on parle ouvertement de sexualité, de contraception, d’amour, des familles monoparentales et des minorités c’est aussi parce que les chercheurs du ministère de l’Education et d’ailleurs ont dressé la carte des problèmes des jeunes.Mais pour elle, ce n’est pas si mauvais.«De cette façon la nouvelle littérature se met au diapason des jeunes.» On est loin des problèmes vécus par les éditeurs de manuels scolaires.Les pauvres sont obligés de composer avec un Guide pour l’élimination des stéréotypes qui les forcent à mettre en jeu autant de filles que de garçons, au moins un quart de minorités visibles ou d’handicapés, etc.Rien de tel en littérature jeunesse.«On travaille sans grille, affirme Bertrand Gauthier.La courte échelle ne passe jamais de commande et tous les thèmes peuvent y être abordés: l’alcoolisme, la mort, la sexualité, sans aucun tabou.» L’auteur-président se sent une responsabilité vis-à-vis ses lecteurs.«Le mot a maintenant une connotation péjorative.Moi, comme édi teur, comme auteur, je propose des personnages cohérents, responsables, je dirais même responsables parce que cohérents.» Dialogue avec le Mal Décidément, plus rien n’est simple aujourd’hui.Tout le monde se renvoie la balle.«Les «politically correct» sont ceux qui nous accusent de l’être», déclare Bertrand Gauthier.Allez vous y retrouver.Raymond Plante, directeur de la section jeunesse chez Boréal, estime tout de même qu’il faudrait faire un peu de place aux oeuvres méchantes.«Si on ne veut pas créer des enfants teflon, il faut les frotter à toutes une gamme de sentiments, à la joie comme à la peine, au bonheur comme à la peur, dit l’auteur à succès (La série du Raisin, c’est lui!), joint à Pohénégamook où il donne des conférences.Presque tous les thèmes sont bons, même la cruauté.Tout dépend de la manière de les traiter.» Et puis, le Mal n’est plus ce qu'il était.«Autrefois, quand le loup mangeait le petit chaperon rouge, le lecteur devait imaginer la scène abstraitement.De nos jours, avec la vidéo et le cinéma, la cruauté est amplifiée: le loup se délecte, découpe la petite fille qui saigne abondamment.Sans se censurer, il faut savoir s’imposer quelques limites.» PLUME «Si fécrivais sur la violence, , je me mettrais L dans la position y du marteau.» SUITE DE LA PAGE 1)1 i mais il a encore bon pied bon oeil, il est solide, sans problème de santé, il boit,, il trippe, il est heureux.«Ecrire une folie semblable, dit Plume, ça prend un masochiste, se donner tant de misère et risquer de se faire planter par la grande intelligentsia.C’est |ias comme faire de la peinture, tu vas passer deux pouces à côté et ça va paraître artistique, tu vas mettre des calorifères et des vieilles chaises sur la place Roy et ça aussi ça va passer pour de l’art.Moi je regarde les travers de la société et je les rends comme je les vois.Si c’est choquant je vais m’arranger pour que ce sort encore plus choquant.J’assaisonne ma soupe quotidienne avec ce que je trouve dans les journaux.Ix' temftfe passe, la vie continue, avec mon éponge je ramasse des affaires un peu partout.En chanson je faisais un peu la même chose.Si j’écrivais sur la violence faite aux femmes, je me mettrais dans la position du marteau.Jè suis neutre.» Plume définit son roman comnle un livre un peu psychotrope sur lés bords, avec un côté bande dessinée et un clin d’oeil à Rabelais, truffé lit' points d’interrogation partout, il ajoute qu’il a trouvé une belle phrase pour définir ça, et lorsqu’il me l’a djt.je l’imagine très bien revêtu d’uàe robe, debout au milieu de l’agora, on touré de ses disciples et prêt, s'il Je faut, à boire la ciguë en ne reniant ja mais son ultime philosophie: «Ixï 911 le monde s’exclame, je m'interroge^ LIVRES RÉCENTS ANCIENS - RARES ET D'AUBAINES mi LA OU VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 (lires sur tous les sujets Une bande de citoyens en avait assez de voir un parc du voisinage laissé à l'abandon.Ils ont donc passé un samedi entier à enlever les déchets, planter des fleurs et repeindre 1 les balançoires rouillées.V ACHETONS LIVRES ENCORE UTILES TEL.: 845-7307 Ces gestes font partie d'une douce révolution.Un à un, ils contribuent à rendre notre monde meilleur.Soyez complice de cette révolution.1246, rue St-Denis .' 1 / 1 '"H ¦ 1 ' I.ONN\N I |l| Millll II mus i i m 'min uii.i m ! mû mm l E I) K V 0 I H , LES S A M E I) I E T I) I M A X (' Il E 2 M A I I !) 0 S L1 V R, E S Les Lettres de noblesse AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE FROID Esther Croft, Éditions du Boréal, Montréal, 1993,103 pages PIERRE SALDUCCI Au commencement était le froid est le deuxième re-ceuil de nouvelles de Esther Croft (après Mémoire à deux faces en 1988) dans lequel, finalement, le froid n’intervient qu’assez peu.S'il fallait trouver une dominante à l’ouvrage (et ce n’est pas difficile car le recueil possède une unité évidente dans le thème comme dans le ton), elle tournerait autour des relations mère-fille et de ses dérivées.Or, comme n’ont cessé de nous le rappeler des romans comme L’Obéissance de Suzanne Jacob, Belle-Moue de Huguette O’Neil, ou Dérive de Nicole Balvay-Maillot, les rapports mère-fille, c’est l’enfer! Sur ce point, Esther Croft avec Au commencement était le froid ne verse ici qu’une pièce supplémentaire au dossier, mais elle le fait à sa façon, d’une main ferme, avec beaucoup d’assurance, de perspicacité, d’originalité et, en même temps, de simplicité, rejetant la facilité de l’emphase et des larmoiements.Même si, avec le recul, on comprend mieux leur rôle et la place qu’elles occupent par rapport à l’ensemble, le recueil s’ouvre sur deux nouvelles un peu austères pas tout à fait convaincantes.Esther Croft dans Naître ou ne pas naître et dans Sauvé des os va chercher son personnage avant même sa naissance alors que l’ovaire, puis l’embryon, hésitent avant de se faire féconder, de se développer et de se décider à naître! C’est parfois un peu abstrait mais, par chance, vite oublié.Au commencement était le froid relate toute une série d’étapes dans la vie de la petite fille (qui finalement voit le jour), de sa plus tendre enfance jusqu’au moment où à son tour elle sera en fige de donner la vie.A chaque âge correspond son angoisse, son obsession ou son problème particulier et Esther Croft réussit magnifiquement à les restituer avec une puissance maximale, ce qui finit par constituer un parcours sentimental et émotionnel très cohérent.Dans 1m Preuve que j’existe, la petite fille cherche à s'affirmer face à l’indifférence de ses parents; dans La Relève et le Chant du coq, elle découvre les limites de la présence paternelle; dans L’Ancienne alliance.Hors de la portée des mères et Tombées des nues (que de titres judicieux!), elle se confronte à l’absence de communication avec la mère; enfin dans Du beau travail, celle qui n’est plus tout à fait une petite fille rencontre le désir — et pas n’importe lequel! — pour la première fois.En somme, un ensemble de neuf nouvelles sur 13 (les deux dernières comme les deux premières sont un peu en marge de cette réussite) absolument magistral et d’une intensité remarquable.Tout comme Pierre Yergeau dans Tu attends la neige Léonard?, Esther Croft fait ici la preuve que la nouvelle n’est pas qu’un simple exercice de style réservé à de petites histoires plus ou moins insignifiantes, mais qu’elle autorise de véritables incursions au plus profond de nos vies et de nos émotions.Toute une nouvelle génération donne à la nouvelle d'aujourd’hui ses lettres de noblesses.C R I T I Q U E Plume pudding Un vaste méli-mélo amusant et sympathique PAS D’ADMISSION SANS HISTOIRE Plume iMtraverse, VLB, 1993,383 pages FRANCINE BORDELEAU C’est interminable, c’est rempli de jeux de mots souvent faciles, parfois tirés par les cheveux, c’est traversé d’effets de langue — plutôt que d’effets de style — lassants.Univers glauque, personnages qui carburent à la «grosse Molle», observations sarcastiques, langage dont la crudité frôle la vulgarité gratuite: ce deuxième roman de Plume Latraverse (après Contes Gouttes, publié en 1987), qui porte aussi, et fort justement, le titre de Bric-à-brac, ressemble, on pouvait s’y attendre, à une longue chanson de Plume Latraverse.Le héros de ce polar caricatural s’appelle Gerry Lacoursière.Détective privé et manchot (ce qui nous vaudra des jeux de mots comme «je mogne»), «ancien militaire ayant connu la peur, la faim, le combat, le manque de sexe, la soûlerie, le désespoir, la drogue, la prison, etc.», Lacoursière reçoit un jour le coup de fil de Jaja, ancienne prostituée dont il fut l’amant, voilà 17 ans, et dont il est resté sans nouvelles depuis.Jaja, maintenant métamophosée en digne épouse d’homme du monde et tenancière du Manoir de Beaconsfield — un bordel —, charge le détective de retrouver sa fille disparue.Mais une intrigue peut en cacher une autre, comme le découvrira lacoursière — et les lecteurs, donc — après un long moment.On croisera entre temps une foule de personnages rocambolesques qui ne sont pas tous ce qu’ils prétendent être, Lacoursière retrouvera sa, vieille connaissance l’inspecteur Epingle (qui est aussi le nom d’un célèbre bar montréalais), on ira d’assassinats en soûleries et en histoires d’alcôve, on fera le tour des bas-fonds de la métropole, voire de la province.Qu’est au juste Pas d’admission sans histoire?Un peu tout ce qu’on veut, tant ce roman apparaît comme un vaste méli-mélo.Parodie des polars à la Agatha Christie, anti-guide Michelin (Plume fait un tour du Qué- bec underground), vague satire sociale, anecdote prétexte à des descriptions de milieu: Plume Latraverse ratisse large, au bout du compte en met trop.Nous avons droit à tout, y compris à une sorte de fiction dans la fiction appelant supposément un second niveau de lecture.«L’inspecteur Epingle et moi-même vous remercions tous d’avoir bien voulu jouer avec nous et d’avoir consenti à embarquer dans cette folle histoire.enfin! de vous y être prêtés bien malgré vous (.) soyez assurés que nous allons nous ennuyer, de vous, mes amis — hélas, nous ne nous rencontrerons désonnais plus qu'en songe! vous savez comment sont les tournages?— et que vous avez tous été de bons, réels et accaparants protagonistes, des participants naturels singulièrement attachants», lit-on ainsi à la toute fin.L’ensemble demeure malgré tout amusant, sympathique même.en autant qu’on ne prenne pas ce récit au sérieux.Avec son humour de taverne et ses excès — dans le langage, les personnages et les situations —, le roman est en somme conforme au personnage que s’est forgé Plume Latraverse.PAS D'ADMISSION SANS HISTOIRE Police 34 Avec son humour de taverne et ses excès, le roman est conforme au personnage de l’auteur, Plume Latraverse.PHOTO JACQUES NADEAU Entrevue avec Jean Marcel Loin du monde Porter son regard au-delà des choses PAULE DES RIVIÈRES LE DEVOIR Jean Marcel est un marginal de la communauté littéraire.«Je n’ai pas voulu ma marginalité.Je ne m’en plains pas davantage», précise-t-il [jourtant.Si l’auteur de Sidoine ou la dernière fête se tient un peu à part, ce n’est pourtant pas faute d’avoir participé aux débats politiques qui ont secoué le Québec au cours des 20 dernières années.C’est Jean Marcel qui a écrit Le jouai de Troie, sur la langue d’ici.C’est lui aussi qui a rédigé un livre sur Jacques Perron, cette figure dominante de notre histoire récente.Comme quoi il fut toujours au coeur de la tourmente québécoise.La marginalité de Jean Marcel dans le royaume littéraire tient peut-être au fait qu’il a toujours, en même temps qu’il se trémoussait ici, porté le regard beaucoup plus loin.Ou beaucoup en arrière, serions-nous tentés de dire.A cause de sa volition dç professeur en histoire médiévale.A cause aussi de sa passion.Il n’a pas hésité à s’attaquer à la traduction de L’anneau du Nibelung de Wagner.Et lorsqu’est venu pour lui le temps de passer à la fiction, Jean Marcel s’est naturellement tourné vers l’Antiquité, ne craignant ni les détours historiques ni la complexité des intrigues latines.11 est à cent mille lieues des écrivains qui déroulent sur papier leur «vécu» des deux dernières années avant d’envoyer le tout à un éditeur qui se fail un devoir de le publier in extenso.LIBRAIRIE HERMÈS I 36*2 jour» Pa‘ anncc 1 120, ave.laurier ouest loutremonl, montréal lél.: ‘27-1-3669 lélcc.: 27-1-3660 Avec la chez Le dvrniér complète perdus».publication toute récente meac de Sidoine ou la e fête, Jean Marcel son «tryptique des temps «On publie trop et trop jeune.Ça prend 30 ans pour devenir un prosateur.Mis à part les génies, comme Radiguet, dit M.Marcel en citant Gide: «On ne peut être romancier avant 40 ans».Mais Jean Marcel n’est ni du genre pontifiant ni du type «je suis bon pas les autres».11 convenait simplement à sa personnalité de se lancer dans des ouvrages immenses, réclamant du temps et d’interminables recherches.Avec la publication toute récente chez Lemeac de Sidoine ou la dernière fête, situé dans la seconde moitié du cinquième siècle après Jésus-Christ, Jean Marcel complète son «tryptique des temps perdus».Avant Sidoine, nous avions eu Hypatie ou la fin des dieux et Jérôme ou de la traduction.«Pour Jérôme, dit-il avec fierté, j’ai vu 1200 tableaux un peu partout à travers le monde».Jean Marcel, qui vient d’une famil- le de Saint-Henri — aux racines essentiellement urbaines — est à l’aube de la cinquantaine.11 fut toujours un rat de bibilothèque, mais pas uniquement.«On ne doit jamais sacrifier un plaisir au travail, décrète-t-il.Mon secret: c’est que je me suis toujours beaucoup amusé».Jean Marcel a un autre secret.Il évite le.brouhaha médiatique, ne lit pas les journaux, ne regarde pas la télé et n’écoute pas la radio.Rien de tel pour économiser un temps pré- cieux et garder sa concentration.«Je vis dans le silence absolu», ré-sume-t-il lors d’un entretien à son appartement du centre-ville de Montréal.Quelques heures plus tard, il partira pour une destination qu’il préfère taire, histoire de s’assurer quatre mois de calme, loin des amis et des étudiants toujours en quête de conseils.«Ne dites-pas où je vais, supplie-t-il.C’en serait fini de ma quiétude».LES LIVRES CHANGENT LE MONDE Le Vocabulaire des adolescents et des adolescentes FRÉQUENCE • RÉPARTITION • DISPONIBILITE TRIPTYQUE 524-5900 / 525-5957 IMAGINAIRES Michel Gosselin LE SCÉNARIO TÉLÉVISUEL Essai et fiction 181p., 17,95$ Les scénaristes écrivent des dramatiques et des téléromans que les téléphages dévorent chaque semaine, L'auteur de cet essai s'est penché sur cette écriture de contraintes, sous-jacente à l'image, nageant entre celle du théâtre et celle du cinéma, mais avant tout réaliste puisque l'écriture téléromanesque se veut un rellet de la société.Il termine son ouvrage en nous présentant un exemple de fiction télévisuelle, la tendresse te pierres.Françoise Le Gris BALI IMAGINAIRES üvec c/mj illustrations couleurs de Clouds Blin Poésie 63 p., 14,95 S Françoise Le Gris est protesseure d'histoire de l'art a l’UQAM.Ses recherches ont porté entre autres sur l’art et la poésie modernes, l’art d'après-guerre en Europe et les courants contemporains au sein des arts visuels.Elle est critique d'art et elle a organisé de nombreuses expositions au Québec et aux Etats-Unis.Disponible chez vo t re I i b r a ire ! Spécial Opéra Deutsche Grammophon, London et Philips « gutter* *9 t«tNt r»vA*«,u liiOWK un»1' t ¦Ol;a ,, mot, Plusieurs Autres Titres Disponibles Prix en vigueur du 1er au 9 mai 1993 Oampigny 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL, QC 844-2587 Un Éd itions LOGIQUES Lé Vocabulaire des adolescents et des adolescentes du Québec Gilles Fortier LX-120 - ISBN 2-89381-087-X 356 pages - reliure rigide - 49,95 $ «Un outil qui permet de sonder l’âme des jeunes.Un outil qui est le miroir de la culture adolescente.» Isabelle Paré, Le Devoir Chn— TRANCHES DE SAVOIR L’insoutenable légèreté de la pédagogie Tranches de savoir Clermont Gauthier LX-118 - ISBN 2-89381-125-6 179 pages - 24,95 S À la limite, l’étudiant serait-il un grille-pain dans lequel on peut glisser le savoir coupé en tranches?LOGIQUES Dist.excl.: LOGIDISQUE ¦I.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2 I.E I) E V (HR, I.E S S A M EDI I E T I) I M A X (' Il E 2 M Al I !) !) 3 I) 4 Li 1 V R E S LI V R ES JAUNIS ARCHAMBAULT GILLES Avec pudeur et impudeur LE FUNAMBULE Wilfrid Lemoine Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1965.J’ai quelque peu hésité à traiter de ce roman.Non qu’il me gêne de quelque manière.Une récente relecture m’a même permis de constater qu’il procède d’une vivacité d’écriture qui n’était pas plus répandue en 1965 que maintenant.Si j’ai remis pendant quelques semaines le projet d’en faire le thème d’une chronique, c’est que je n’étais pas sûr d’avoir le droit de parler d’un homme avec qui j’ai travaillé à Radio-Canada pendant une dizaine d’années.Cette époque a été pour moi si bénéfique que je ne suis pas sûr, lisant Lemoine, de ne pas l’écouter.Quelle importance au fond puisque le communicateur dont j’entends la voix projette une image de chaleur, de culture et d’intelligence.Le Funambule, c’est à la fois le principal personnage, Sébastien, et le romancier.Lemoine écrit sans filet.Dans un Québec où le misérabilisme s’est toujours bien porté, il navigue d’entrée avec brio dans un subtil marivaudage.La légèreté laissera bientôt place à une gravité non appuyée.Sébastien est un jeune bourgeois.«11 aime la sourde musique du moteur, son grondement riche, grave et rond, les envahissantes bouffées d’air chaud et le soleil qui darde, la puissance nerveuse de la voiture sport, l’accélérateur que flatte le bout de son pied droit».Il écrit des lettres à sa mère qui vit une aventure amoureuse en Italie et s’intéresse aux destins de Cio et de Johnny.La solitude de Sébastien est totale.11 étourdit Cio par ses réparties brillantes, joue avec les mots et les gens, mais c’est par impossibilité d’aller avec l’autre plus loin que le jeu.A sa mère, il confie: «Chère Blanche, tu m’as presque assassiné et tu ne t’en es même pas aperçue.Tu fut trop présente et tu es trop absente.Tu as donc fait de moi un apatride et maintenant je ne me trouve même plus en moi-même».La mère a tué en Sébastien toute possibilité de bonheur.Il ne peut plus que fuir sans fin.C’est à cette conclusion que nous amène l’auteur, non sans nous avoir ébloui par une écriture maîtrisée, d’une suprême habileté.C’est lorsque Lemoine attribue à son héros des préoccupations de tous ordres, qui vont de la politique à l’astronomie, qu’il me semble le plus retrouver l’homme de radio que j’ai connu.L’écrivain est tout aussi conquis par une curiosité intellectuelle insatiable que l’animateur.Comme on peut le constater, j’ai cédé sans effort au vertige d’une écriture.On ne lit pas Le Funambule pour sa seule intrigue.De même il ne me semble pas recommandé de trop s’attarder aux personnages de Cio et de Johnny.On risquerait alors de ne pas entrer dans la magie d’un texte.Car je ne suis pas sûr que Lemoine soit un romancier hors de pair.En revanche, quel écrivain! Il manie les mots avec assurance et vivacité.Il les contourne, les palpe, s’en approche à la façon d’un chat.Après avoir charmé les lecteurs par son brio, il étale en quelques pages décisives le désarroi existentiel d’un Sébastien qui était apparu d’abord comme un funambule inconscient et superficiel.Il est des acrobaties qui sont véritablement vertigineuses.Wilfrid Lemoine PHOTO UI.F ANDERSEN ¦îîittJ! ?îU ; ü! i»1 V: u*»( » 1 î»Vi »!»«“ ’ «liiRj :îîî,:i« r îî«îl*;UUî**î *t T.' i ;i'iiüiülli* •1 •’ •• «ï i*.*îc :*> • I*îi *
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