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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1993-05-29, Collections de BAnQ.

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?LE DEVOIR ?LIVRES Entre les lignes Page D2 Livres pratiques Page D3 Livres jaunis Page D4 Essais québécois Page D6 Hamilton Jacques Renaud Avant de se faire pendre.PI KRRE CAYOUETTE LE DEVOIR U Jacques Renaud s’en prend à la clause «nonobstant».Dans les milieux littéraires et politiques québécois, Jacques Renaud est un lépreux.Son parcours inspire cynisme, dérision ou compassion.Sa prose prend l’odeur des miasmes.On l’ignore, on le moque ou on s’interroge sur sa santé mentale.Quand il a frappé à la porte des grands éditeurs québécois avec son récent manuscrit, on lui a dit: Non merci! Auteur du premier roman jouai québécois, Le Cassé, paru en 1964, Jacques Renaud fut indépendantiste, «à l'époque où ce courant était minoritaire», précise-t-il.Il s’est drapé dans le fleurdelisé, a fréquenté le RIN, vendu le journal L’Indépendance et négligé sa carrière d’écrivain.Dès la fin des années soixante, avant d’entreprendre un long voyage, il a pendu la foi nationaliste.A la fin de années quatre-vingt, il poussait l'audace jusqu'à joindre le Parti Egalité, peu I de temps après I sa fondation.Pour délaisser la jeune formation au milieu des années quatre-vingt-dix.Depuis, il navigue en solitaire, à Ottawa, porté par le courant anarchi-sant et libertaire, un peu comme Pierre Lemieux.Pour tout finir, Jacques Renaud ne s’appelle plus Jacques Renaud.Il porte désormais le nom de «Hamilton Jacques Renaud».Les «psy» n’en demandaient pas tant.Il a non seulement perdu son identité nationale mais aussi son identité personnelle.Le principal intéressé s’en défend.Il a adopté un prénom écossais pour des raisons religieuses.C’est que l’écrivain s’adonne depuis quelques années au Subud, une pratique religieuse venue d’Indonésie.«C’est une religion très libre, sans dogme ou code moral.J’y trouve l’inspiration et le contact avec le mystère de la vie», avoue-t-il.Mais voici que la petite maison d’édition Balzac a accepté de publier le dernier essai de Jacques Renaud, Im constellation du bouc émissaire — clause dérogatoire — loi 101 et proto-totalitarisme.Dans un style sciemment provocateur, Hamilton Jacques Renaud s’en prend à la clause dérogatoire (ou clause nonobstant) de la Charte canadienne des droits et libertés, adoptée en 1982.Cette clause permet à une législature ou à un parlement provincial de soustraire une de ses lois à l’application de la Charte.Le Québec l’a utilisée pour ses lois scolaires et, surtout, pour ses lois 101 et 178.«Cette clause est très dangereuse, soutient Hamilton Jacques Renaud.Cela m’étonne beaucoup que les gens vertueux aient accepté d’accueillir cette putain dans la maison».La clause dérogatoire, «cette immangeable cerise sur le sundae de VOIR PAGE D-2: RENAUD L K I) K V O I It , L E S S A M K I) I 2 !) E T I) I M A \ f II K 8 (I M Al I II II 8 la Revanche DES CERVEAUX QUÉBÉCOIS NT ER DIT AU MOINS DE IS ANS DE SCOLARITE " A Li France avait déjà enregistré les succès d’Anne Hébert, de Jacques Godbout ou de Suzanne Jacob.Mais ces dernières années, la véritable percée outre-Atlantique des auteurs québécois appartient aux intellos, ces essayistes qui arrivent au pied de la tour Eiffel, avec sous le bras de gros bouquins savants.Ajuste titre, le peuple québécois se montre très fier de ses hockeyeurs.À ses Guy Lafleur comme à ses Mario Lemieux, à ses Serge Sa-vard comme à ses Félix Potvin, il fait porter le chapeau d’ambassadeur.Mais le saviez-vous?A l’autre extrémité du spectre, dans la sphère savante, loin des trompettes et des flonflons de la gloire populaire, le Québec est performant aussi.J’en veux pour preuve l’afflux actuel d’ouvrages publiés dans les maisons d’édition francophones d’outre-mer.Dissolution du complexe d’infériorité ou conditions favorables?Plus que jamais les cerveaux indi- ROBERT SALETTI gènes se retrouvent à l’avant-garde des sciences humaines et sociales.On a la cote, et on l’exploite tous azimuts.Des essais comme Les Inventeurs du bon usage (1529-1647) de Danielle Trudeau (chez Minuit), De l’épistémologie à la politique de Jacques Ruelland (aux PUF), Éthique de la mort et droit à la mort de Jean-Louis Baudoin et Danielle Blondeau (aux PUF), Im Liberté et la Volonté de l'Un de Georges Leroux (une édition du traité de Plotin, chez Vrin), Im Mode mité d’Alexis Nouss (chez J.Grancher), Savoirs à l'oeuvre de Michel Pierssens (aux P.U.de Lille), Lexique d’épistémologie de Robert Nadeau (chez Brill, un éditeur hollandais, le plus grand dans le domaine des humanités), tous parus au cours de la dernière année, en témoignent.Ce qui frappe, c’est la diversification de toute cette production.La philosophie, la politique, le droit, la psychologie, la psychiatrie: tous les champs sont représentés.Vous me direz que bien des essais québécois furent publiés en France avant aujourd'hui.Au début des années soixante, plusieurs universitaires y allèrent d’une thèse de doctorat sur Gide, Mauriac ou VOIR PAGE D-2: REVANCHE a A», fk \ u l VU y.v \ «i !.T ¦* f *> A i S] Lionel Groulx par lui-même Édition critique sous la direction de Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier LIONEL GROULX — Correspondance 1894-1967 Vol.2: Un étudiant à l’école de l’Europe 1906-1909 Les années de formation intellectuelle du penseur le plus influent du courant nationaliste québécois.Vol.de 930 pages — 64,95$ slides D 2 LE DEVOIR, LES SA M EDI 2 9 E T I) I M A X (' Il E S (I M Al I !) il 3 LIVRES L A VIE L I T T É R A I R E STÉPHANE BAILLARGEON David contre Goliath Comment se portent les échanges de livres entre le Québec et la France?Les statistiques de 1991 du Syndicat national de l’édition française confirment ce que tout le monde sait: la balance commerciale est largement favorable à l’autre côté de l’Atlantique nord.Cette année-là, les Français ont exporté pour 330 millions de francs (environ 80 millions $) de livres vers le Canada mais n’ont importé que pour 78 millions de francs (environ 19 millions $) de bouquins d’ici.Entre 1989 et 1990, les Français ont même augmenté leurs envois de 5%.Les deux tiers de la valeur des exportations, mais à peine la moitié de ces importations se rapportent à la littérature.Les éditeurs québécois s’imposent particulièrement avec le livre jeunesse et le livre pratique.Un des derniers succès notables est le Père manquant, fils manqué de Guy Corneau, écoulé à environ 75 000 exemplaires.Le Rapport Déri Le ministère des Communications du Canada a publié l’an dernier un rapport de 107 pages sur cet épineux problème des rapports littéraires avec la France.Son titre: Amélioration des échanges dans le domaine du livre entre la France et le Canada.Son auteur, Thomas Déri, propose notamment d’élargir la diffusion outre-Atlantique en installant un centre permanent à Paris et recommande que les éditeurs d’ici contrôlent davantage leur distribution là-bas, soit en achetant des actions dans certaines compagnies européennes, soit par le biais d’un programme d’aide au transport de livres.L’ouvrage est bourré de tableaux et contient une bibliographie des auteurs canadiens publiés en France.On peut se le procurer en téléphonant au (613) 9904150.Identité et modernité au Québec C’est sous le thème général d’«Identité et modernité au Québec» que la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval organise un important colloque les 20,21 et 22 octobre prochain au Musée de la Civilisation de Québec.Le colloque va «tenter de cerner les malaises et les promesses de la modernité au Québec çtrde saisir dans leur multiplicité les déplacements inaugurés par le télescopage du temps, et de l’espace, Uytransformations de l’économie, de l’État et de la cul-¦ftire».On y discutera notamment de la fameuse ques-• tiûlt du rattrapage, de la réécriture en cours du passa-l.geà la modernité au Québec et de «l’indétermination 'HCJPmoderne de l’identité» (ouf!).Parmi les participants annoncés: Nicole Morin, Marcel Fournier et Alain Touraine, célèbre sociologue français.On se renseigne au (418) 656-2832.Je cours les concours Les poètes sont invités à envoyer leur recueils pour le Grand Prix de Poésie de la Fondation les Forges, d’une valeur de 5000 $.Pour participer, il suffit d’être citoyen canadien, d’avoir publié trois ouvrages de poésie chez un éditeur reconnu et de soumettre trois exemplaires d’un recueil publié dans les derniers douze mois ou encore inédit.Le dossier des candidatures doit être envoyé avant le 4 juin 1993 à Gaston Bellemare, 3231 rue Notre-Dame Ouest, CP 232, Pointe-du-Lac, Québec, GOX1Z0.Le prix sera remis lors de l’ouverture du neuvième festival international de la Poésie, à Trois-Rivières le 5 octobre.Hébert et Beauchamp, lauréates Le prix Alain Grandbois 1993 a été attribué à Anne Hébert pour son recueil de poèmes Le jour n’a d’égal que la nuit, publié chez Boréal/Seuil.Par ailleurs, le prix Victor-Barbeau a été remis à Colette Beauchamp pour sa biographie Judith Jasmin, de feu et de flamme, publié aussi chez Boréal.Ces deux prix étaient attribués pour la sixième année consécutive.ENTRE LES L IGNES Le faire sans le faire La littérature à l'heure du grand froid émotif vox Nicholson Baker, traduit de l’anglais par Michel Lederer, ed.Julliard, 1993.186 pages Ils ne le font plus, mais ils en causent.Ils ne le font plus parce que les temps sont durs, comme vous savez, que le sida rôde, et que l’incommunicabilité de sexes s’intensifie.Ils ne le font plus, parce que chacun court à ses affaires, parce que l’époque devient opaque en cette fin de siècle, et que le faire présente un tel potentiel de complications que mieux vaut parfois s’abstenir.Ils ne le font plus, mais à quoi bon le faire?se demandent-ils, si on peut se l’imaginer, si on a encore le droit d’en parler entre gens qui ne le font plus en choeur.La parole, le rêve ayant remplacé l’acte, «safe sex» oblige.Ils ne le font plus.L’ennui, c’est qu’ils en ont encore très envie.Même qu’ils ne pensent qu’à ça.Alors comment, se désolent ces abstinents de la génération X, résoudre la quadrature de ce cercle-là?Le faire sans le faire.Comment?Mais par téléphone.Allons donc! Vous décrochez, vous parlez, vous racontez, vous raccrochez.Et le tour est joué.Sans corps entrevu ni touché, et sans visage aux traits définis qui donnent tant envie de percer leur mystère.Il y a quelques semaines, notre collaborateur à New York Maurice Touri-gny évoquait dans le cahier Livres la nouvelle littérature d’une jeunesse américaine; génération qu’il décrivait malheureuse, en mal d’amour, sans trop d’espoir à se mettre sous la dent.Et sexuellement à la dérive.En lisant le récit de Nicholson Baker, New Yor-kais de 35 ans dont le dernier roman Vox vient d’être traduit en français chez Julliard, la porte s’ouvre une fois de plus sur cette littérature contemporaine où les gens sont prêts à s’aimer, mais non à se rapprocher, surtout pas à se voir.Rien de tel qu’un inconnu pour comprendre un autre inconnu, à l’heure où le grand froid émotif flotte comme un fantôme humide sur les métropoles grelottantes.Les Américains s’y sont reconnus qui firent un triomphe à ce Fox-là.Le livre est un dialogue & ODILE R E M B L A ?très libre et très osé entre un homme et une fçmme.Ils ne se sont jamais vus.A des milliers de kilomètres de distance, ils communiquent par un réseau téléphonique spécialisé dans les rencontres érotiques aveugles mais non muettes.«Il demanda: —Qu’est-ce que vous portez?Elle répondit —Je porte une chemise blanche, décorée de petites étoiles vertes et noires, un pantalon mm TÉTON MOLLET Julliard poils l’umui VAGIN OUÏSSE GENOU NEVILLE H l*IKIÎ Ici, les protagonistes mêlent leurs rêves à leurs souvenirs.Le dialogue sans frein est parfois nourri de fiction, parfois de réalité, sans vainqueur ni vaincu, sans dominant, sans dominé.noir, des chaussettes de la teinte des petites étoiles vertes et des baskets noires que j’ai eues pour neuf dollars.» Le livre débute ainsi.Ils parleront tout au long des 186 pages du récit, un brin timides au point de départ, puis se confiant ieurs fantasmes les plus délirants, toutes pudeur envolée.C’est La voix humaine de Cocteau, nouvelle manière, sans la tragédie, sans le rejet, sans la peine.Mais avec ici encore la vie suspendue à un fil de téléphone.La présence tissée d’absence.Et la pulsion érotique, la tension qui tient cet excellent récit comme une colle.Ce n’est pas de la pornographie.Le dialogue sans frein est parfois nourri de fiction, parfois de réalité, sans vainqueur ni vaincu, sans dominant, sans dominé.Comme au théâtre, quand un monologuiste, puis un autre vient faire son tour de piste avant de laisser la place à i’autre.Ici, les protagonistes mêlent leurs rêves à leurs souvenirs.Il y a cette collègue de bureau aux beaux bras si longs dont l’homme se souvient comme du fantasme ultime, alors même qu’il ne l’a jamais étreinte, mais qui fut, déclare-t-il «la meilleure de mes expériences sexuelles».Dans Vox, l’amour est de tête, «cosa mentale», comme disait Casanova.11 y a cette baignoire qui fut le siège des ébats érotiques les plus fous de la femme avec son ancien amant, duquel tout-à-coup l’interlocuteur anonyme se sent jaloux.L’un et l’autre se caressent en imagination, créent des mises en scène qui les conduiront à l’orgasme.«Vous êtes un brillant usager du téléphone», s’exclamera-t-elle dans son enthousiasme.Et lui de s’inquiéter: «Pensez-vous que nos.nos fils.téléphoniques vont se croiser de nouveau?» Mais était-ce vraiment là le but de l’exercice?Ces amants sans visage, ces voix qui ont parlé de sexe heure après heure, ne sont pas, ils le savent secrètement, destinés à se rencontrer.«Là on se dit tout, mais dans la vie rien», avait-elle chuchoté auparavant, en jetant la réalité des rencontres par-dessus les moulins.(>(ï() • U'kV.: 27-1-,1660 LIVRES LIVRES PRATIQUES ÉTRANGERS D'ICI ET D'AILLEURS, UN TOURISME À VISAGE HUMAIN Normand Cazelais XYZ éditeur, 204 pages Ce recueil est une sélection des meilleures chroniques de tourisme signées Normand Cazelais dans LE DEVOIR depuis deux ans.L’auteur n’a donc pas besoin de présentation.Nos lecteurs connaissent sa plume alerte, son style enjoué; ils apprécient ses nombreux conseils pour nous aider à mieux voyager, à voyager autrement, à faire des découvertes même en fréquentant des sentiers connus.L’auteur va au-delà du tourisme dans le sens où on l’entend généralement pour en explorer d’autres aspects parfois négligés ou rarement abordés tels les attitudes, valeurs et comportements, ou encore le tourisme et l’environnement.Un livre de belle présentation et de lecture agréable.Vivement le deuxième tome.LE BRIDGE Viviane Beaulieu Les éditions de l’Homme 234 pages Mise à jour d’un ouvrage publié au début des années soixante-dix, ce livre s’adresse aux débutants et intermédiaires.Clair et concis, il est facile d’accès.Toutefois le système d’enchères préconisé est loin d’être universel.Basé sur le trèfle impératif, ce système, quoique assez courant dans la région où réside l’auteure (Sherbrooke), n’est à peu près pas utilisé dans le reste du Québec et en Amérique du Nord.Oeuvrant dans le domaine du bridge depuis 25 ans, Viviane Beaulieu est «maître à vie».LES MANIPULATEURS Everett L Shostrom Dan Montgomery Le Jour, éditeur, 170 pages Rares sont ceux et celles qui n’ont joint, un jour ou l’autre, les rangs des manipulateurs, en adoptant tantôt des comportements de dictateur ou de poule mouillée, parfois de tyran ou de victime.Les auteurs, tous deux psychologues, nous font voir comment la manipulation est un mode de vie adopté très tôt dans l’enfance et si profondément enraciné chez certaines personnes que nous n’arrivons plus «à distinguer notre masque de notre vrai visage».En mettant l’accent sur notre comportement, ils nous aident à prendre conscience du problème et proposent des attitudes capables de nous libérer d’une tendance qu’ils qualifient de destructrice.L'HERMÉS Marc Bériault BXX éditeur, 290 pages Ce dictionnaire des correspondances symboliques, écrit en collaboration avec Pauline Edward et Axel Harvey, tente d’établir des ponts entre différents univers: ésotérisme traditionnel — surtout l’astrologie et la chimie —, d’un côté, et les sciences humaines modernes de l’autre.Les auteurs en arrivent à établir des correspondances entre les symboles et la réalité humaine permettant de mieux comprendre.A titre d’exemple, nous n’avons jamais mal à un pied ou à la tête sans qu’il y ait un rapport avec notre psychologie ou les événements de la vie, disent-ils: «Il n’y a pas d’émotion sans les lieux qui lui correspondent».Pour iniüés.COMMENT PARLER EN PUBLIC Stéphanie Barrat Christian H.Godefroy Les éditions de l’Homme, 281 pages Vous avez les mains moites, vos jambes sont comme de la laine, vous tremblez juste à l’idée d’avoir à prendre la parole devant une vingtaine de personnes?Ce livre s’adresse à vous.Les auteurs, deux communicateurs chevronnés, ont voyagé à travers le monde pour répandre la bonne nouvelle: il est possible de vaincre sa peur de parler en public.Ils nous livrent ici les secrets de leur méthode — Expressive Learning System (E.L.S.), mais surtout la façon de l’utiliser.Une sorte de «pas à pas», ce guide est bourré d’exercices concrets pour arriver à communiquer et convaincre.Renée Rowan L’univers Gulliver 7 ILLUSTRATION JOHANNE CULLEN Les inepties de l’ineffable Lili Revoici donc la «sexploratrice» L'UNIVERS GULLIVER III.Bangkok, chaud et humide VLB éditeur, 1993,172 pages FRANCINE BORDELEAU es textes érotiques, on a l’habitude de dire trivialement qu’ils ne se lisent que d’une main.C’est aussi vrai pour les livres de Lili Gulliver (pseudonyme de Diane Boissonneault) mais dans son cas — car c’en est un, et peu banal, croyez-moi —, l’autre main sert, je le précise pour éviter tout malentendu, à s’arracher les cheveux.La revoici donc, cette «sexploratrice», toujours en quête de l’amant idéal, celui qui mériterait récompense douteuse s’il en est, la «bite d’or».Avant d’atterrir à Bangkok, qui est la destination choisie pour ce troisième épisode des aventures de Lili, notre héroïne rencontre un «Jap-o-nez»; cette escale sexuelle sera de courte durée et l’Asiatique en est tout marri.«Pourvu qu’il ne se fasse pas le rat-qui-rit ou le K-mi-case», ose écrire une Gulliver qui se croit drôle.Outre l’humour patapouf, l’univers Gulliver ne serait pas ce qu’il est sans condoms.On a beau être dans la fiction, aucune des vicissitudes de ce monde ne nous est épargnée et il faut en passer par «la cérémonie de la pose du préservatif».Qui ne va pas toujours sans mal: «Déjà que les condoms peuvent être un frein à la spontanéité, je ne peux pas croire qu’il n’y a pas encore un smatte qui a pensé à intégrer une flèche fluo indiquant le sens du déroulement du machin», philosophe notre incendiaire rousse.Lili baise et Lili soliloque.S’indigne de l’exploitation des jeunes Thaïes mais prend soin de bien décrire les attraction sexuelles locales (rien qu’on ne connaissait pas).Poursuit, comme elle le faisait dans les deux livres précédents, ses échanges épistolaires avec les copines restées à Montréal (bonjour la vraisemblance! Les lettres vont et viennent à un rythme tel quelles doivent être acheminées par télécopieur ou télépathie).Importants, ces échanges, car Lili en profite pour exprimer ses grandes considérations sur la vie; les propos sont alors ceux de midinettes à la cervelle saturée de Scott Peck (auteur du Chemin le moins fréquenté) et de Cosmopolitan qui, sous des dehors soi-disant libérés, cherchent le prince charmant.Sottises, vulgarité, exotisme, morale à trois sous, insignifiance et porno soft: telles sont les composantes de L’univers Gulliver, univers qui fait parler de lui essentiellement à cause de l’image froufroutante de son au-teure.La seule utilité de ce genre de roman qui, si l’on en croit les listes de best-sellers, se vend bien: renflouer un tant soit peu les caisses de l’éditeur.Je n’ai rien contre, car c’est ce qui permet la publication d’ouvrages de qualité, hélas promis à une moins bonne performance commerciale.NOUVEAUTE Une oeuvre unique Michèle Causse VOYAGES DE LA GRANDE NAINE EN ANDROSSIE Fable 270 pages — 26.95 $ Une oeuvre importante 3 LMjftOi'.ï,, EDITIONS TROIS NORMAND! V/ILAIS /H |2I0 pages i M".\ '% > A Pour le plaisir LA TOUR DE PRIAPE François Landry, l^s Éditions Triptyque, Montréal, 1993,88 pages PIERRE SALDUCCI Le roman érotique n’a pas une très forte tradition au Québec.Même si plusieurs, ces dernières années, se sont targués d’en écrire, les résultats furent plus ou moins probants.On s’en est approché parfois (et parmi ceux-là, Charlotte Boisjoli), sans vraiment l’atteindre, certains auteurs se révélant plus érotiques dans l’intention que dans la réalisation.L’entre- Êrise n’a rien de facile.Elle est liée à i définition que chacun se fait du roman érotique.S’agit-il de décliner à longueur de pages tous les synonymes précieux pour désigner les sexes masculins et féminins (comme on le lit parfois avec ennui) ou plutôt de concevoir un récit dont l’action principale repose sur la pratique de.• divers rapports sexuels?C’est cette deuxième définition que semble avoir adoptée François Landry dans son conte érotique La Tour de Priape.Jugez plutôt.A la suite d’une transaction malheureuse, • John Cavendish, un négociateur américain au service d’une grande compagnie de pétrole, tombe dans le piège de l’émir Erep El Ueïd (on prendra soin de lire tous les noms propres à l’envers, c’est biep plus drôie) dans la petite ville de Enoly-bab.Le voici enfermé dans la Tour de Priape qui compte sept étages, chacun offrant pour le visiteur la pos- .sibilité d’expérimenter une orienta- 1 tion sqxuelle particulière.L’Emir explique alors à l’Américain que celui-ci aura la vie sauve s’il est capable d’atteindre un orgasme à chaque étage, en une heure exactement, ce qui laisse en moyenne un peu moins de neuf minutes par étage! Après qu’on lui ait révélé bien d’autres détails croustillants sur la machination complexe dont il est la proie, John Cavendish se mettra donc en route pour vivre selon les étages des expériences incestueuses, pédophiles, homosexuelles, sadomasochistes, zoophiles.toutes aprêtées de diverses façons.Si François Landry s’était attardé sur chacun de ces épisodes, La Tour de Priape aurait pu s’avérer un récit plus pénible que divertissant, car certaines scènes sont un peu dures.Heureusement, il n’en est rien et l’histoire (puisque c’est avant tout une histoire et non une leçon d’anatomie) progresse bien, à un rythme soutenu, juste appuyé sur ce qu’il faut, quand il faut Outre celui du voyeurisme, La Tour de Priape a su déjouer un autre piège: celui de la gratuité.Bien souvent les récits érotiques déçoivent par leur aspect superficiel et on les fit en se demandant où ils vont, ce, qu’ils peuvent nous apporter ou nous dire.François Landry nous épargne cette déception en ajoutant une troisième partie ingénieuse à son récit, une fois que le jeune Américain est arrivé au septième étage.La Tour de Priape se transforme alors en une intrigue policière tout à fait passionnante sur un revirement spectaculaire.La Tour de Priape se présente comme un récit très court, bien mené, bien écrit et souvent intrigant.Un récit qui se lit en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, juste pour le plaisir.,« ti?v, m J f ¦, £ j* ETRANGERS D'ICI ET D'AILLEURS.UN TOURISME \ VISAGE III MAIN run ETRANGERS D’ICI ET D’AILLEU UN TOURISME À VISAGE HUMA Lisez.Vous tomberez sous le charme.i\’L \* ^3 815.rue Ontario Est,bureau 201.Montréal (Québec) H2L IPI cAnthologie de lu hwc.uisia" v's ANTHOLOGIE DE LA NOUVELLE AU QUEBEC Pour la première fois, une vaste sélection des nouvelles publiées au Québec de 1936 à 1984.Gilles Archambault • Roch Carrier • Monique Champagne • Claudette Charbonneau-Tissot • Jean-Marc Cormier • Anne Dandurand • Jean Daunals • Clémence DesRochers • Jacques Ferron • Madeleine Ferron • Madeleine Gagnon • Pierre Gérln Marcel Godin • Anne Hébert • Louis-Philippe Hébert • Suzanne Jacob • Nairn Kattan • Albert Laberge • Lise Laçasse • Andrée Maillet • André Major • Marilü Mallet • Claude Mathieu • Yvette Naubert • Madeleine Ouellette-MIchalska • Jacques Renaud • Gabrielle Roy • Jean-François Somain • Michel Tremblay • Mimi Verdi Volume de 432 pages — 24,95$ 34fides m LE BLOC-NOTES Citizen Welles jean vailancourt les Canadiens errants La guerre ailleurs LES CANADIENS ERRANTS Jean Vaillancourt, CLF Poche Canadien, 1969.Je n’aurais probablement jamais lu le roman dont je vous entretiens aujourd’hui sans la recommandation d’André Brochu.Il a suffi d’une brève conversation, à la Rencontre québécoise internationale des Ecrivains en avril dernier pour que j'ouvre ce livre qui remporta en 1954 le prix du Cercle de France.Jean Vaillancourt était alors dans sa trente-deuxième année.Je l’avoue sans ambages, l’ouvrage m’a conquis.Ce roman de guerre, qui a la précision des constats, est surtout une éprouvante descente dans l’absurde.Comme son héros, Richard Lanoue, l’auteur avait connu le deuxième conflit mondial.La vie des tranchées, il l’avait expérimentée en Belgique, en Normandie, en Allemagne.Cette virée dans l’enfer lui permet de décrire des destins humains aux prises avec l’habitude, la torpeur, la crainte des blessures et de la mort, l’appel enfin de ce que notre inhumanité appelle encore la bravoure.L’écriture est réaliste, sans fioritures.«Lanoue s’était remis en marche pour rejoindre ses compagnons.La tête, surtout, lui faisait mal.Il se raidit par un effort de volonté et retraversa la procession des éclopés qui se dirigeaient tous vers le poste de secours, se soutenant les uns les autres.Il n’avait jamais imaginé pareil massacre».La mort rôde.Lanoue perdra bon nombre de ses compagnons.Délaissant toute velléité de pathos, Vaillancourt écrit froidement D’où vient que nous soyons touché sinon qu’il a su nous rendre présente l’absurdité de toute guerre.Les jeunes gens qui meurent tour à tour nous sont proches.Vaillancourt les a décrits avec une attention chaleureuse.Il nous dit surtout que ces hommes à pëine sortis de l’adolescence allaient à la gueire en pays étrangers sans autre raison que celle de partir.«On est tous des tramps, Xavier.Qu’est-ce qu’on ferait icitte si on n’était pas des tramps, hein?Les civils du Canada, qui sont loin d’être comme ceux d’icitte, avaient peur de npus autres quand ils nous voyaient arriver dans une vil-lq: ce qui ne les empêchait pas d’écrire dans les journaux qu’on allait se battre pour sauver la Chrétienté.(Nous sommes) des «Canadiens errants», comme dit la chanson de chez nous.Quand ça ne sera pas pour sauver la Chrétienté, ça sera pour sauver autre chose, c’est toute».Au moment de la publication du roman, on a fait reproche à l’auteur de sa langue trop crue.Une autre stupidité à mettre au dossier de la critique officielle.Pour ce roman essentiellement noir, réquisitoire contre la guerre et hymne à la vie coûte que coûte, pouvait-on imaginer des dialogues raffinés?Je n’ai pas le droit de passer sous silence quelques maladresses, des naïvetés, voire des incorrections, mais je les tiens pour inoffensives.On pourra juger, par exemple, que les pages finales sont ratées.Ce que je ne crois pas.Je ne songe pas du tout à me moquer de ce que Richard Lanoue, démobilisé, insiste sans succès au près de l’interviewer de l’Armée, pour qu’on l’aide à faire des études de Lettres.C’est le moyen qu’il a retenu pour échapper à la laideur du monde.Car il a découvert la poésie.Jean Vaillancourt est mort le 17 juillet 1961 en France où il travaillait à la rédaction d’un deuxième roman.C’était un autodidacte.Et un véritable écrivain.EST-SELLERS GUERIN HOI ORSON WELIES Orson Welles et Peter Bogdanovitch Belfond, 1993,532pages.Peter Bogdanovitch a 29 ans et Orson Welles 53.Nous sommes en novembre 1968.Le premier n’a pas encore tourné The Last Picture Show qui le fera connaître, le second a derrière lui la plus légendaire carrière de cinéaste américain que l’on puisse imaginer.Bogdanovitch dévore l’histoire du cinéma dossiers sous le bras, et dans cette histoire il ne reste à Welles que 17 ans de vie, 17 ans de projets qui échoueront (un King Lear et un Don Quixotte au cinéma), tournages interrompus, fonds qui manquent, 17 ans durant lesquels seul Vérités et Mensonges franchira indemne la route vers les grands écrans.Bogdanovitch et Welles causent cinéma, boivent du whisky et fument des cigares.Ils causent ainsi à Rome, au Mexique, à New York, à Beverley Hills, à Paris, dans des chambres d’hôtels, des salles de montage ou des villas, revenant sur l’âge d’or d’Hollywood et la mort d’Hollywood, ses dieux et ses rapaces, le théâtre et le commerce, l’art et l’industrie, Shakespeare et Ei-senstein, les hasards d’une carrière, les crimes de producteurs et les mesquineries d’acteurs, la passion du montage, les amitiés, les maudits avocats, le noir et blanc et la lumière, et, suprême science exacte, la place de la caméra.Ces entretiens qui viennent de paraître, 25 ans après leur tenue, étaient entrés dans la légende de Welles avant leur publication.Le manuscrit, sur lequel Welles est intervenu, corrigeant ou gonflant des réponses et même des questions, cherchant à répliquer aux livres imprécis et diffamatoires parus sur lui, s’est longtemps promené de l’un à l’autre.On l’abandonna au hasard des revers de fortune de Welles, puis de Bogdanovitch.Il fut rangé, perdu, retrouvé, mis aux oubliettes quand Welles envisage d’écrire ses mémoires (ce qu’il ne fera pas), et quoique maintes fois cité dans des ouvrages par les privilégiés qui y avaient eu accès, il demeurait inaccessible au commun des admirateurs.Sept ans après la mort d’Orson Welles, voilà que paraissaient enfin l’an dernier les discussions Bogda-novitch-Welles.Vingt-cinq heures d’enregistrement qui sont d’une lecture passionnante.On y trouve dans un dialogue vif et cynique, franc et drôle, ce qui se rapproche le plus des «mémoires» du plus imposant des cinéastes américains, celui qui ne toucha rien sans que la chose devienne grande, dans l’échec comme la réussite.Orson Welles, génie précoce à la Mozart, gosse de riches intellectuels et marginaux (mère pianiste et suffragette, père inventeur et mouton noir d’une grande famille de Virginie) adaptait, mettait en scène, scé-nographiait et jouait Marlowe, Tchékhov ou Molière.à 13 ans; il publia un manuel sur Shakespeare à 19 ans et fit à 21 ans un triomphe à New York avec une mise en scène de Macbeth jouée par des Noirs.Hollywood alla chercher avec empressement ce touche-à-tout qui avilit fait la une de Time à 23 ans pour ses succès à la radio fia fameuse adaptation de La Guerre des mondes d’H.G.Wells en 1938 qui fit paniquer une partie de la population du New Jersey), et ses réussites au théâtre (le Mercury Theater de New York).On le fit entrer dans les studios de la RKO.Il se mit à écrire puis réaliser Citizen Kane.Il signa à 25 ans, avec ce film qui est un portrait magistral d’un magnat de la presse, une oeuvre qui allait faire date dans l’histoire du cinéma.Et ses problèmes commençaient.On le verra en lisant les entretiens Bogdanovitch-Welles, la carrière de Welles est celle d’un artiste en péril dont les projets les plus ambitieux seront sous-estimés et massacrés par les potentats des grands studios.Dès son second film, La splendeur des Amberson, alors qu’on pourrait croire que le cinéaste de Citizen Kane mérite au moins le respect, voilà que le patron de la RKO, en l’absence de Welles, charcute le film, le ramène de 120 à 88 minutes et le sort dans deux salles de Los Angeles en programme double avec Mexican Spitfire Sees a Ghost.Welles et Hollywood ou.on achève bien les cinéastes.Pour ne pas vivre ce qu’a vécu Nicholas Ray, il fuira vers l’Europe.Bogdanovitch, dans la préface aux entretiens, écrit qu’en 1968 il ne s’était pas rendu compte «de l’état de désarroi et de désespoir dans lequel se trouvait Welles» lors de leur premier entretien.Welles venait de terminer deux de ses grands films, Le Procès produit entre Zagreb et Paris, et Fal-sta#financé entre Bâle et Madrid, au prix de longs problèmes juridiques et financiers, il était indépendant et fauché, sans moyens pour organiser une large diffusion de ses oeuvres.Mais ce désarroi Orson Welles ne l’affichera jamais.C’est un homme qui va errer par le monde, un artiste albatros, immense poète de l’image et du montage, un Balzac empêché de produire, mais pi- qué de la légion d’honneur, et entièrement dévoué à poursuivre une oeuvre malgré les obstacles infranchissables.Avec l’ingénuité de celui qui sur un coup de tête, et sans budget assuré, allait visiter en pleine nuit la gare d’Orsay abandonnée pour y déceler une possibilité de décor du Procès de Kafka.Avec le bonheur de celui qui dans les moments les plus durs va trouver l’amitié durable de grands acteurs comme Jeanne Moreau ou John Gielgud qui vont accep- ter de jouer gratuitement pour lui.Un homme qui, allongé sur une pelouse un soir de la fin des années soixante, répond à Peter Bogdanovitch qui lui demande pourquoi il ne va pas au cinéma: «je m’en éloigne le plus possible, par pur instinct de conservation.Pour chérir ce qui reste de ma propre innocence.Tu souris, mais je parle sérieusement.L’innocence c’est très important.Plus le film d’un autre est bon, plus je risque gros en le voyant».Orson Welles, génie précoce à la Mozart, gosse de riches intellectuels et marginaux, adaptait, mettait en scène, scénographiait et jouait Marlowe, Tchékhov ou Molière.à 13 ans; et fit à 21 ans un triomphe à New York avec une mise en scène de Macbeth jouée par des Noirs.ROMANS QUEBECOIS 1 AU NOM DU PERE ET DU FILS, Francine Ouellette - la Presse 2 ZARA OU LA MER NOIRE, Sylvain Trudel-Quinze 3 UN HOMME INVISIBLE À LA FENETRE, Monique Proulx - Boréal 4 QUELQUES ADIEUX, Marie Laberge - Boréal ngueuil l/mgueuil (Québec) 677-6525 Sus aux fantômes Pépé Carvalho croyait.qu’il ne croyait pas HISTOIRES DE FANTÔMES Manuel Vazquez Montalban Paris 1993, Christian Bourgois 181 pages.Pépé Carvalho croyait.qu’il ne croyait pas aux fantômes.Pas plus d’ailleurs que son géniteur littéraire, le romancier catalan Manuel Vazquez Montalban.D’où l’avant-propos qu’il a cru utile de donner à ses trois Histoires de fantômes, publiées à Barcelone en 1986 et que vient de traduire, excellemment d’ailleurs, Denise Laroutis pour l’édition en français.Mais si Pépé Carvalho ne croit vraiment pas aux êtres irréels — étant un matérialiste bon teint — il continue de donner sa foi aux espèces sonnantes et trébuchantes.Ce n’est pas là son moindre péché mignon avec le goût prononcé de la bonne chère et même des repas gasr tronomiques que lui mitonne son Biscuter.On retrouvera donc, quand on est un fidèle lecteur de Vazquez Montalban, ce célèbre privé acceptant des commandes inattendues: débusquer des fantômes.Un fantôme au féminin, tout d’abord, puisqu’il s’agit d’une autostoppeuse, morte pour l’état civil et la gendarmerie, mais qui continue à quémander une place dans les voitures qui s’arrêtent; les conducteurs étant de bons samaritains ou des messieurs séduits par cette jolie blonde au bord de la route.Jusqu’à ce qu’un frère d’un des malheureux conducteurs (car les automobilistes qui ont le malheur d’embarquer cette inconnue n’en réchappent pas tous, l’accident les guettant quelquefois au prochain carrefour) décide de requérir les services de Carvalho.Car s’ils n’en sont pas tous morts, ces aimables conducteurs, ils n'en ont pas moins de surprenantes histoires à raconter.Enigme quand même irrésolue, à mon sens, à la dernière page, à moins que les lecteurs de ce diable de Montalban aient décidé — c’est sans doute ce qu’il voulait — de la résoudre à leur façon.Dans la seconde enquête, Carvalho quitte la terre ferme pour les Iles Canaries.Car ce sont des pêcheurs canariens qui l’embarquent, c’est plus que le temps de l’écrire, dans une chasse au vaisseau fantôme.En dépit de ce terrain maritime, inhabituel pour lui, Pépé se retrouvera néanmoins en milieu connu: celui du crime.Sur fond, également connu, des problèmes des marins pêcheurs espagnols face aux quotas et aux territoires de pêche.Mais, des trois histoires, c’est la dernière qui m’a véritablement séduite.C’est une version Vazquez Montalban — auteur de polars sans doute mais également fin lettré — du classique français du XVIII' siècle: Paul et Virginie, sous le titre Pablo et Virginia.Bien que le détective y risque sa peau — ce ne sera pas la première ni la dernière fois — l’aventure est tout à fait réussie.Carvalho, à partir d’une cahute construite en pleine montagne, y découvrira de vrais contrebandiers, travestis en hippies de la période «Vous ne ferez ni l’amour ni la guerre», dans un endroit dont on lui apprend qu’il a été colonisé par les Madrilènes au vingtième siècle après Jésus-Christ.En plus de la célèbre habileté du détective, on trouvera dans Pablo et Virginia les réflexions qui font des livres de Vazquez Montalban d’amusantes satires des moeurs d’écrivains qui se croient des intellos.Par le truchement de son flic, il pousse même l’ironie jusqu’à se moquer de sa «corporation», les auteurs de polars.«Ijes romans policiers n’ont rien à voir avec la réalité du crime.La littérature consiste surtout à exagérer le réel.Les choses qui se passent n’ont pas beaucoup d’intérêt et les écrivains les grossissent pour repousser artificiellement les limites de l’imaginaire».À son interlocutrice qui lui parle de «théorie littéraire», ajoutant «vous avez fait de la critique?» — Carvalho répond: «De quelle critique voulez-vous parler?— De la critique littéraire.— Je ne critique jamais personne, affirme Pépé, même iras moi.Quant à la critique littéraire, il y a un bail que je ne la fréquente plus.Les critiques sont encore plus parasites que les écrivains.A un travail improductif, ils ajoutent une réflexion improductive».Et vlan! Sacré Carvalho! Mais c’est ainsi que ses milliers de lecteurs adorent Vazquez Montalban.PHOTO CLÉMENT ALLARD «lui littérature consiste surtout à exagérer le réel», fait dire Manuel Vazquez Montalban à son héros.PHOTO SAM LEVIN PHOTO SAM LEVIN LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 i) ET DI M A X C 11 E 3 O M Al 1993 D 5 .et°utefaçon, ENFIN! le Monde de Michel Tremblay Premier ouvrage consacré à son œuvre dramatique et romanesque 25 collaborateurs • 50 illustrations Coédité par les Cahiers de théâtre Jeu du Québec et les Éditions Lansman de Belgique Pour souligner les 25 ans des Belles-Sœurs, les 500 premiers exemplaires sont offerts en prévente : 25$ taxe incluse (prix régulier : 39,95 $ + taxe) • ».¦- *.t *• y t '»»*" a ».*
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