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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1993-06-05, Collections de BAnQ.

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Le devoir Q) Entre les lignes Page D2 Littérature québécoise Page D3 Le bloc-notes Page D5 Marie-Claire Blais Page D6 ?LIVRES I, E I) E V O I I! I.E S S A M E I) I f> E T I M A X < E !i :( En attendant Godin LES PRIX LITTERAIRES TUILES OU TREMPLINS?.à.ri' ; il) s'I! décorations L ch un JW i*t font-elles m; » b il! Ki /¦» i •q ¦lit .ii ¦ 'H (I •q vendre des livres?.i.• )l •f Une enquêtç •i 8 il E V 0 I It I) 4 L E .I.E S S A M E I) I 5 E T I) I M A N CHE (i JUIN 19 9 3 LIVRES I- I V R, E S J A U NI S GILLES ARCHAMBAULT ?Humeurs nostalgiques LE BONHEUR DU JOUR José Cabanis, Paris, Le Livre de Poche, 1966.Il est des livres auxquels on revient avec obstination.Comme si l’on craignait au fond d’avoir exagéré leur beauté.On se sent un peu craintif.Retrouvera-t-on l’impression bouleversante que nous avons ressentie à chaque relecture?Sera-t-il possible de renouer avec la même fascination?Ces pages que nous connaissons, gardent-elles encore leur pouvoir de séduction?J’en suis à ma septième incursion dans le cycle romanesque que Cabanis inaugura en 1960 avec Bonheur du jour.Quatre romans suivirent.Des Jardins en Espagne parut en 1969, qui sembla conclure l’ensemble.Pourtant en 1990, l’auteur ajouta quelques pages à son projet, qu’il réunit sous le titre de Le Crime de Torcy.Je tiens Ac Bonheur du Jour, et Les Cartes du temps, le deuxième maillon de la chaîne, pour l’une des plus captivantes réussites de la littérature romanesque, toutes époques confondues.Que nous raconte ce récit à saveur autobiographique?L’enfance du narrateur, l’évocation d’un monde révolu, une vie en province.La figure centrale du livre, l’Oncle Octave, est un célibataire dans la quarantaine qui trouve dans l’exercice de la poésie sa raison de vivre.«L’oncle Octave faisait des vers.Non seulement il en fit d’assez beaux, mais il eut jusqu’au bout la passion de la poésie.Il se serait assurément consolé de n’avoir été ni heureux ni aimé, s’il n’avait eut la certitude d’être un'grand poète.» Un jour vient où sa famille le pousse vers le mariage.Il vivra malheureux avec la superbe .Agnès, qui ne tardera pas à le mépriser.A la fin de sa vie, il renouera avec la foi dont il n’avait cessé de se moquer.Le narrateur héritera des manuscrits de l’oncle qu’il conservera dans un secrétaire que l’on appelait «bonheur-du-jour».J’ai certaine peine à dire pourquoi ce livre s’adresse à moi de façon si pénétrante alors que des oeuvres autrement plus célébrées me laissent de glace.Je soupçonne bien un peu que le ton de confidence émue y est pour beaucoup.Le matériau de l’écrivain est le passé, mais il n’en traite qu’avec le respect de ceux qui dès l’enfance ont su la gravité des choses qui se déroulent autour d’eux.On fait souvent référence à l’insouciance des jeunes années.On oublie trop facilement que c’pst alors que naît la conscience du temps, période bénie, pourtant.«En ce temps-là je n’avais pas peur de la nuit, nuit sans ombre ni fantômes que j’allais retrouver tout à l’heure avant de m’endormir, nuit paisible de l’enfance, perdue comme le reste, mais dont le souvenir fait attendre avec moins d’angoisse le sommeil de la mort.» Livre d’une rare douceur que celui-là, mais de cette douceur qui ne vient qu’après l’apaisement.Cabanis n’est pas un illusioniste.Il dit que la vie est belle malgré tout, mais que le bonheur est fugitif.Il décrit avec une compassion admirable la soif d’être aimé d’un poète amateur dont les a$birations démesurées ne sont pas plus risibles que celles qui bercent les carrières heureuses.Quel écrivain né porte pas en lui le désir d’être reconnu par les plus importants de ses pairs?Pour l’Oncle Octave, il s’agissait de Valéry qu’il avait présenté lors d’une conférence que le grand homme prononçait dans sa petite ville.Je connais la suite.Je sais que îe narrateur m’entraine-ra dans les romans subséquents, je sais que je pleurerai à la lecture de certaines pages, j’attendrai la mort de la mère, je renouerai avec Nathalie, puis Gabrielle.Ce sont des assurances de bonheur de lecture qui me soutiennent aux moments où la littérature m’apparaît comme une occupation aussi futile que les autres.Il traite du passé avec le respect de ceux qui dès l’enfance ont su la gravité des choses.X ' • ***** À l'OHBRE DE E’ORFORD précédé de L'OFFRANDE AUX VIERGES FOLLES Alfred DesRochers, édition critique par Richard Giguère, Les Presses de l’Université de Montréal, coll.«Bibliothèque du Nouveau Monde», 1993,289 pages.^ FRANÇOIS DUMONT A la fin des années soixante-dix, plusieurs chercheurs se désolaient de la pauvreté du corpus d’éditions critiques québécoises et décidaient de mettre en branle une entreprise collective d’établissement des principaux textes de la littérature d’ici.Une vingtaine de volumes constituent aujourd’hui les résultats provisoires de cette concertation, et on en annonce une vingtaine d’autres.Ce vaste projet a mis à contribution certains des meilleurs spécialistes de la littérature québécoise et a certes donné, dans la plupart des cas, d’excellents résultats.Mais en bâtissant cette collection, on a poursuivi, me semble-t-il, plusieurs objectifs différents qui ne conviennent pas forcément à toutes les oeuvres: établir des textes de base sûrs pour l’analyse; décrire en détail la genèse de l’écriture; comparer les diverses éditions; faire circuler des introuvables; revaloriser des textes méconnus; replacer les oeuvres dans leur contexte.L’uniformité de la collection fait en sorte que certains choix, surtout en ce qu’ils impliquent le repérage et la description des moindres variantes, sont peut-être discutables.A mon avis celui d’À l’ombre de l'Orford ne l’est pas.Cette oeuvre est en même temps au coeur et en marge de la littérature québécoise.Au coeur parce qu’elle est construite à partir des référents du langage québécois; en marge parce qu’elle ne répond tout à fait à aucun des programmes dominants de son époque.La fameuse opposition des régionalistes et des exotistes, pourtant très vive au moment où DesRochers écrit son recueil (à la fin des années vingt), est ici sans pertinence.Car pour DesRochers il n’y a aucune contradiction entre fond traditionnel et forme moderne.Dans la mesure où le Parnasse cessera précisément à son époque d’être une balise moderne, on perçoit mal aujourd’hui la modernité de ciseler, par exemple, un sonnet sur la traite des vaches.Et il ne faut voir là aucune sorte d’ironie.Au contraire, DesRochers qui par ailleurs, en prose, sait être mordant et franchement comique, est en poésie d’un sérieux appliqué.C’est qu’au fondement de sa poétique se trouve un sens de l’honneur qui concerne autant l’idéologie que l’écriture.C’est sans doute le versant idéologique de DesRochers qu’on connaît (ou qu’on croit connaître) aujourd’hui le mieux.«Je suis un fils déchu de race surhumaine» est son vers le plus célèbre.Ce vers, contraire à toute complaisance régionaliste, pose en même temps une question demeurée fondamentale: qu’y a-t-il d’honorable dans l’histoire du Québec et, plus largement, de l’Amérique?Les mots «race» et «surhumaine» ne suffisent pas (ne devraient pas suffire) pour répondre qu’il n’y a rien, que le nationalisme ne fut qu’un long délire fasciste et que la découverte ne fut qu’une façon ethnocentriste d’oublier.Lire DesRochers est une belle occasion de mesurer la part de l’honneur (et pas seulement du tribalisme ou du ressentiment) dans le sentiment d’appartenance et le désir de recommencement.Il y a aussi, et peut-être surtout, pour DesRochers, l’honneur de l’écrivain.«L’oeuvre immorale, disait-il, est l’oeuvre mal écrite».Les recherches de Richard Giguère montrent bien à quel point les textes de DesRochers sont travaillés.Ils sont souvent repris, discutés (notamment avec Emile Coderre et Louis Dantin) et soigneusement agencés, surtout dans À l’ombre de l'Orford.L’Offrande aux vierges folles, de son côté, me paraît moins réussie.De sorte que l’oeuvre est peut-être un peu mince.Mais la qualité d’une oeuvre ne se mesure pas à l’épaisseur du livre et, de toutes façons, comme l’écrit DesRochers, «nous avons une profusion de spécialistes en ce genre de décorations murales.Pourquoi vouloir que j’entre dans une profession encombrée?» Dans A l’ombre de l’Orford, et particulièrement dans les cycles de sonnets sur les forestiers et sur les habitants, l’artisan est un artiste, et pour peu qu’on accepte de s’intéresser au passé québécois, devenu plus exotique, dirait-on, que les émaux de Paul Morin, le projet et l’écriture de DesRochers, bien contextualisés par cette nouvelle édition, forcent l’admiration.POÉSIE L’honneur d’un poète Alfred DesRochers dans la «Bibliothèque du Nouveau Monde» Alfred DesRochers, le père poète de la célèbre Clémence.PHOTO ARCHIVES «Je suis un fils déchu de race surhumaine», constitue son vers le plus célèbre.Mais il disait aussi que «L’oeuvre immorale est l’oeuvre mal écrite».En quoi il n’avait pas tort.4* îï %* «% v* Vr I *¦ I V* jy v>, ¦.-/ £5 ESTSELLERS y TM 1 B R A I R I ET7 M ReIDdM ROMANS QUÉBÉCOIS I HOMME INVISIBLE À LA FENETRE, de Monique Proulx - Éd.Boréal 2 SOIGNE TA CHUTE, de Flora Balzano - Éd.XYZ 3 UN APRES-MIDI DE SEPTEMBRE, de Gilles Archambault - Éd.Boréal 4 LE QUATRIEME ROI MAGE, de Jacques Desaulel - Éd.Quinze ESSAIS QUÉBÉCOIS 1 LE QUÉBEC  L’ÂGE INGRAT, de Mathieu-Robert Sauvé - Éd.Boréal 2 UNE GÉNÉRATION BOUC ÉMISSAIRE, sous la direction de Jacques Grand'Maison et Solange Lefebvre - Éd.Fides 3 LA GÉNÉRATION LYRIQUE, de François Ricard - Éd.Boréal 4 GRANDEUR ET MISÈRE DE LA MODERNITÉ, de Charles Taylor - Éd.Bellarmin «r ROMANS ÉTRANGERS 1 DOUZE CONTES VAGABONDS, de Gabriel Garcia Marquez - Éd.Grasset 2 LES RÊVES DES AUTRES, de John Irving - Éd.Seuil £ 3 GÉNÉRATION X, de Douglas Coupland - Éd.Robert Laffont î 4 CE QU'A VU LE VENT D’OUEST, de fruttero & Lucenlini - Éd.Seuil «BLESSAIS ÉTRANGERS f FONCTIONNAIRES DE DIEU, d’Eugène Drewermann - Éd.Albin Michel 2 LES MYTHES À TRAVERS LES ÂGES, de Joseph Campbell - Éd.du Jour 3 MÉMOIRES D’UNE JEUNE FILLE DÉRANGÉE, de Bianca Lamblin - Éd.Balland 4 BIG-BANG DES ORGANISATIONS, de Hervé Sérieyx - Éd.Calmann-Lévy «r LIVRE JEUNESSE 1 MYSTÈRES DE CHINE, de Chrystine Brouillet - Éd.Courte-Échelle «r LIVRES PRATIQUES 1 LE GUIDE DU BIEN MAIGRIR, de Jacques Fricker - Éd.Odile Jacob 2 DOMINEZ LES ÉMOTIONS OUI VOUS DÉTRUISENT, de Robert Lang - Éd.du Jour «BP- COUPS DE COEUR I LE TABLEAU DU MAÎTRE FLAMAND, d’Arluro Pérez-Reverle - Éd, Latlès * 2; 5219, ch.de la Côte-des-Neiges 342-1515 2 ~w—- LITTÉRATURE JEUNESSE Des livres pour enfants Nintendo DOMINIQU E I) E MERS En pleine grisaille, alors que les tirages baissent et les éditeurs s’essoufflent, Christian Gallimard, fils de Claude et petit-fils de l’autre, lance une nouvelle maison d’édition pour enfants: Calligram.Quatre collections et 65 titres en six mois! «Des livres à l’américaine pour la génération Nintendo», dit Christian Gallimard.Déménagé en Suisse, en brouille avec sa famille depuis dix ans, Christian Gallimard a décidé de mettre ses connaissances de l’édition au service de sa conjointe, Pascale de Bourgoing, l’éditeur de Calligram, institutrice de métier, mère de quatre enfants, ex-rédactrice en chef ci’Astrapi et conceptrice des premiers titres de la collection «Mes premières Découvertes», un des joyaux de Gallimard.Quant à M.Gallimard petit-fils, qui appose la mention «production Christian Gallimard» sur les livres de Calligram, il a entre autres participé à la fondation de Gallimard jeunesse et au lancement de Folio avec Bernard Fixot.Il se dit impresario d’éditeur, «celui qui veille à tout mettre en place — gestion, marketing, diffusion.— pour que ça marche».En version Calligram cela donne des livres assez uniques, livres troués avec héros en peluche, mini romans avec phrases clés imprimées en bleu pour faciliter la lecture, fausses bandes dessinées, livres miroirs très contemporains et classiques du début du siècle.Ix.s maquettes sont dessinées aux Etats-Unis, les peluches fabriquées en Chine, le traitement de l’image effectué à Lille et l’infographie réalisée en Suis- se! Mais, surtout, Calligram est la première maison d’édition jeunesse de la francophonie à s’adresser aussi clairement aux enfants de l’image, ces consommateurs boulimiques de télé et de jeux vidéos, zappcurs incorruptibles plutôt paresseux devant l’imprimé.«La génération Nintendo lit moins et elle a un rapport au livre très différent de nous, affirme Christian Gallimard.Ix* défi des éditeurs de livres pour la jeunesse est de continuer à fabriquer des livres dans un monde où les jeux vidéos délogent les livres sur les rayons.Malheureusement, les concepteurs d’émissions de télé, de films et de vidéos pour enfants, ont une longueur d’avance sur nous.Ils sont bien plus dans le coup! Les éditeurs lancent de plus en plus de livres-produits-dérivés, à la remorque d’émissions de télé ou de films.«En matière de pédagogie, les Français croient encore qu’il faut souffrir pour apprendre et l’école décourage la lecture.En France, on conçoit de beaux livres en se disant que les enfants finiront bien par les lire.Les éditeurs français ont une sensibilité d’adulte alors que les éditeurs américains ont une sensibilité d’enfant et ils mettent toute leur énergie à adapter le livre aux enfants.Calligram s’inspire des anglo-saxons.Nous voulons prendre l'enfant par la main pour l’amener à lire de la première page, rapidement, facilement, avec plaisir.» Pour réconcilier l’enfant avec la lecture, Calligram met le paquet: prix et formats réduits, textes courts, illustrations couleurs pour petits et grands, couvertures semi-souples et mise en pages empruntée à la presse.Ainsi, dans la collection Rayon Bleu — la plus littéraire — les passages clés des textes de Gogol, Maupassant, Kipling ou Dumas sont soulignés, histoire de mieux accrocher le lecteur, un peu comme les sous-titres en caractère gras des journaux.Avant de finaliser ses produits, Christian Gallimard sonde ses lecteurs-cibles un peu comme les producteurs d’émissions pour enfants prennent le pouls de leurs téléspectateurs en créant des focus group.Une société de marketing a été mandatée pour vérifier les intuitions des concepteurs des diverses collections.Pour Petitpluche, des livres-jouets pour les 12 mois à 4 ans avec héros en peluche que tout-petits peuvent véritablement introduire dans l’image, les pages de ces albums cartonnés étant trouées, on a testé jusqu’aux prénoms des petits animaux de peluche, histoire de savoir si, aux yeux des enfants, Cécile convenait bien à une souris, Elise à une co-chonnette et Rémi à un hérisson.Américaine jusqu’à l’os Calligram?Pas vraiment.Alors que jes livres pour enfants produits aux Etats-Unis proposent sou r nf une vision assez dure et plutôt sombre de la vie, Calligram se veut plus optimiste, plus rassurante aussi.En six mois, Calligram a vendu près d’un quart de million d’exemplaires mais la partie n’est pas encore gagnée.D’aucuns lui reprochent d’être racoleuse, de vendre des livres bonbons.D’autres s’en prennent à la faible part de création originale.Ingénieuse en termes d’emballage et de mise en marché, Calli- , gram offre surtout des traductions de l’anglais et de l’allemand et de la restauration de textes aussi anciens que les célèbres Plick et Plock de Christophe.«Mais à la Foire du livre de Bologne les Chinois faisaient la file pour photographier nos Petipluches, réplique Christian Gallimard.Et nous avons un an et demi d’avance sur Gallimard en termes de production assistée par ordinateur.Nous allions des techniques sophistiquées comme l’infographie à une gestion artisanale peu coûteuse.En un an, avec seulement trois employés, nous aurons produit 100 titres».Christian Gallimard se défend de vouloir voler la vedette à Gallimard.Sa lutte, il dit la livrer au petit écran.«Dans le monde de l’édition, on ne fait pas compétition: on se fabrique des lecteurs, soutient-il.Il y a de la place pour de nombreux éditeurs très différents.Pré- fe sentement, Hachette Jeunesse est 2 tournée vers le grand public et g avec Pierre Marchand, Gallimard jf Jeunesse est un peu,le Iletzel du g vingtième siècle.L’Ecole des loi- ^ sirs est sensible au texte et Nathan c se veut parapédagogique.Calli- c gram sera conviviale!» "SL 'tfej.( 1.K I) K V 0 I H , I.K S S A M K I) I 5 K T I) I M A N C II E (î .1 U I X I il !> 3 LIVRES L E F E l! I L L E T 0 N BLOC-NOTES Jean Dutourd, l’Académicien.Faire rimer Rosine avec Mesrine L'ASSASSIN Jean Dutourd Paris 1993, Flammarion 308 pages.LISETTE MORIN Pas de surprise avec Jean Dutourd: il est toujours aussi caustique à propos du siècle où il est né, où il agit, où il écrit.Et la socié-té française n’échappe évidemment pas à sa verve, quelquefois pamphlétaire, le plus souvent ironique et résolument provocatrice.Mais, autre particularité, rare dans ce même siècle souvent trop indulgent envers les écrivains peu soucieux de la correction de leurs ouvrages: Dutourd écrit comme écrivaient ses maîtres du XVIII' siècle, qui s’appellent Diderot et Voltaire.Avec cette nuance que sa moquerie est bien de notre temps; qu’il connaît les us et coutumes de notre monde, qu’il en est un observateur sagace et ne s’embarrasse d’aucune pusillanimité quand il le décrit.En fait, la bêtise n’est pas son fort.Hormis quand il a choisi d’en faire l’apanage de quelques personnages de romans.C’est ce qui vient de se produire avec L'assassin.Une histoire qui pourrait être un excellent polar si l’Académicien qu’est Dutourd, et «ravi de l’ètre» de son propre aveu ne professait une certaine indifférence envers cette sous-littérature.Il préfère, et de loin, mettre en scène, et en situation, des hommes et des femmes, en apparence semblables à vos contemporains ou contemporaines mais qu’un incident, un prétexte anodin transforment en bourreaux ou en victimes.Ils sont les deux, dans le dernier roman de Jean Dutourd.Avec, accessoirement, quelques acolytes dont le pittoresque sert admirablement le dessein de l’auteur: fustiger les moeurs du monde qu’il connaît parfaitement depuis près d’un demi-siècle, c’est-à-dire ceiui des éditeurs et des médias qui s’occupent de la chose littéraire.De Marcoussis, qui croit avoir déniché un émule de Papillon, et qui rêve, fort naïvement, de gros tirages et de la fortune qu’il en espère pour sa maison, à Rosine, «l’ennemi public No 1» — dont Du-tourd fait rimer le patronyme avec celui de Mesrine — il y a tout le grenouillage habituel qui entoure la «découverte» d'un auteur qu’on espère rentable, et les mystères dont s’entourent les meurtriers de gros calibre.Pour publier les mémoires de Rosine, Marcoussis fera appel à des intermédiaires dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont colorés, sinon folkloriques, mais qui deviennent, sous le traitement Dutourd, de vrais personnages, insolents ou papelards selon les circonstances.Lectrice habituée aux réussites de l’auteur A'Au bon beurre, j'ai été -plus amusée par le «réfugié artistique», ce Boukhary qui écrira un vrai best-seller, du nom de ses sujets favoris Les Robinets tie la libellé, par sa faconde langagière et par ses bonnes fortunes, auprès des secrétaires et des attachées de MORIN presse, et par Rouquette, ancien compagnon de route des rebelles algériens, recyclé dans le monde, souvent interlope, de l’édition parisienne.Quand à Rosine lui-même, il n’est pas étonnant que l’on ait songé à Mesrine, comme modèle possible, et qu’on en sera d'autant moins étonné si l’on est lecteur québécois puisque le fameux bandit est «célèbre» même au Québec pour ses coups fumants, à Percé, notamment où l’on est persuadé qu’il a assassiné une hôtelière en renom.Homme de droite et il s’en vante, compagnon dans des affaires juteuses de Jean-Edern Hallier et même associé dans ce livre-dialogue intitulé Le mauvais esprit (Olivier Qrban, 1985), Jean Dutourd n’est pourtant pas le thuriféraire sans condition de la gauche et des gauchistes.On en aura une preuve de plus dans L’assassin où les imbéciles ne sont pas toujours du côté où l’on croyait les trouver.Seule réticence, et Dieu sait que l’humour ravageur de ce cher Dutourd ne m’effraie guère, lors même que les sexe dit faible en est la victime: de Madame Sandra (ex-prostituée «anoblie» dans le monde des truands), compagne de Rosine, à Marie-Hélène, l’épouse élégante mais cupide de l’éditeur Marcoussis, en passant par Bernardine, la dévouée secrétaire, à Chantal Piol, l’attachée de presse, les femmes sont ici épinglées avec une méchanceté peu commune.Mais cela fait partie du personnage Dutourd.Les Belles Rencontres de la librairie HERMES aujourd'hui à juin de Mli à 1 bl\ Bujor Netlelcovici LE MATIN D’UN MIRACLE Actes Sud 1 362 jours par annct^ 1 120, ave.laurier ouest outremont, montréal tel.: • téléc.: 27-4-5()(iO Sur l’étagère de Beckett ROBERT LÉVESQUE ?LA NÉBULEUSE DU CRABE Eric Chevillard Us Editions de Minuit 1993, 124 pages.Il écrit la nuit.Il a 28 ans.11 habite une tur-ne dans le quatrième arrondissement de Paris.Vous savez, c’est le genre de type qui va dans les zoo pour regarder les gens qui regardent les bêtes.C’est un type qui pense que si la littérature avait une quelconque utilité, ça se saurait.Mais qu’écrit-il entre minuit et cinq heures, méthodiquement, une page par nuit, un petit chapitre sous chaque trajet de lune?Depuis 1987 il écrit des livres, sans utilité aucune, brefs, étranges, qu’il a naturellement porté chez Jérôme Lindon, aux Editions de Minuit, parce que c’est là e( pas ailleurs que les écrits brefs et bizarres d’Eric Chevillard devaient aller.Dans une rare entrevue, le type est discret et cela va de soi quand on publie me Bemard-Palissy, Chevillard dit: «Je n’ai jamais pensé à m’adresser à un autre éditeur, j’avais la vanité de ranger mes livres sur la même étagère que ceux de Beckett, sans illusion».Sur l’étagère de Beckett La nébuleuse du crabe ne passera pas inaperçu.On lit souvent des romans de Minuit, pour les oublier ensuite.Dans l'écurie de Lindon la majorité des poulains ne me pas fort dans les stalles du génie.On jette au bas du lit un roman de Minuit inachevé en jurant qu’on ne nous y reprendra pas.Du sous-Bec-kett, du sous-Pinget, du sous-Sarraute, on en a lu, et des verts et des pas mûrs.Avec Chevillard c’est autre chose.Im nébuleuse du crabe est le portrait saisissant d’un être insaisissable, qui s’appelle Crab, qui n’est peut-être pas né, qui n’est peut-être pas mort, qui vit sans enthousiasme entre ces deux hypothèses, et qui, se demandant en tout cas s’il a jamais vraiment vécu, se rend compte que son nombril, comme ses autres cicatrices, ne lui rappelle rien.Ce petit roman en 52 parts (les 52 nuits où Chevillard a écrit sa nébuleuse.) est parfois agaçant, je vous l’accorde, parce que Chevillard part sans balises ni but, sans valises ni me, dans un trajet aussi insaisissable que celui qui le parcourt; les sauts d’un trottoir l’autre, d’une logique l’autre, d’un monde l’autre, sont aussi déroutants qu’incongrus.Mais Chevillard vous saisit finalement bien serré contre lui, par la poésie étrange et cabotine de cette recherche du type perdu, ce voyage au bout de la nébuleuse; Crab, rêveur éveillé, penseur distrait, humoriste grave, fait le point sur son existence et découvre que seule la folie pourra le préserver de la médiocrité et de l’ennui.L’écriture de Chevillard est exquise.Son ro- PHOTO ULF ANDERSEN Éric Chevillard écrit la nuit man est en somme une série de paragraphes, courts ou longs, dont chacun est un morceau d’écriture.Le plus petit sera: «Crab n’oublie jamais les cimetières dans lesquels il a été enterré».Le plus long sera lancé par une phrase comme celle-ci: «On projetait sa vie dans un cinéma du quartier, Crab ne pouvait pas rater ça».Ou: «Les grands-mères des autres sont horribles à voir, constate Crab.» On trouve autour de Chevillard des grands-pères illustres penchés sur l’épaule de l’écrivain: Rimbaud («combien de fois devra-t-il plier le ciel pour le faire tenir dans sa poche?»), Ionesco («Crab vit avec une femme absente»), Kafka («Il y eut ce jour décisif dans la vie de Crab, qu’il sera bien obligé d’évoquer, un matin donc où tout lui parut étranger.Devant sa glace, réflexion faite, c’était plutôt lui l'intrus»), et bien sûr Beckett dont toute «la nébuleuse du crabe» est un hommage ému et ironique.Je résume, pigeant pour vous au hasard des morceaux de Crab.L’individu est peut-être mort une nuit froide de 1821.On ne sait pas.Quoiqu’il en soit Crab a toujours été un vieillard, ce n’est pas nouveau, il tiendrait cela de son arrière-grand-père.A la naissance il était un petit vieillard prématuré, ne pesant plus que deux kilos cinq cents.Une infirmière l’a arraché à sa couveuse pour le reconduire en le sermonnant au service de gériatrie.Si vous recommencez, je vous enferme, aurait-elle dit.Crab ne bougea plus.Et puis il prit de l’âge.les médecins étaient chaque matin stupéfaits.l'hypothèse de son immortalité fut même évoquée du bout des lèvres.Pauvre Crab.Né vieux, il va mourir jeune sans doute.Dans la nébuleuse, on vit, on meurt, et c’est pareil («mourir, c’est soudain netre plus né»).Or Crab n’est pas le plus malheureux des hommes, nous dit Chevillard.Il ressemble au frère de son voisin, et personne n’accorde la moindre attention à ses paroles.Il est de cette humanité qui fait ombre.Ses sosies courent les rues et Crab sourit à chaque fois qu’il en croise un.Il est né pour grossir les foules, allonger les files d’attente, occuper les fonctionnaires, fonctionnaire lui-même, et ponctuel, zélé comme une roue, affecté à la circulation des maladies, des bâillements et autres proverbes.Un jour il entreprend de dessiner les hirondelles, une à une, toutes.Un autre jour, sous les arcades, c’était un dimanche, il pense qu’il existe une possibilité de bonheur si î’on est trompettiste de jazz, aspirant par le nez l’air ambiant saturé d’infections, de gaz d’échappement, d’idées noires, et le remettant en circulation purifié de ces miasmes, frais comme le premier printemps de la Terre.Mais Crab se dit que la distribution de trompettes à six ou sept milliards de trompettistes débutants posera problème.Ce castor qui m’a tant déçue MÉMOIRES D'UNE JEUNE FILLE DÉRANGÉE Bianca Lamblin.Paris, Ed.Balland, 1993.SYLVIAN E TRAM 1ER Le titre parodique ne vous abusera pas longtemps: il ne s’agit pas d’une version burlesque de l’autobiographie de Simone de Beauvoir.Mais c’est à elle que ce récit grinçant et dramatique s’adresse.La jeune fille dérangée c’est Bianca.Jeune lycéenne à Paris avant la guerre, elle fait connaissance, à la rentrée des classes de 1937, avec «cette belle jeune femme» qui venait d’être nommée professeur de philosophie au lycée Molière.Et comme «à seize ans on est facilement ébloui», Bianca tombe amoureuse du Castor.«Elle savait tant de choses sur des sujets si riches, et, pour nous, si nouveaux; ses exposés étaient vivants, clairs et rigoureux; elle ne se servait jamais d’aucune note: tout était,; dans sa tête, dans un ordre parfait.» Leur liaison devient un trio, formule sartrienne et beauvoirienne du ménage à trois, après la rencontre avec Sartre, arrangée par Simone de Beauvoir.Un peu moins célèbre celui-là que les trios Olga-Sartre-Castor, ou Wan-da-SartreCastor, et de tous les autres qui ont ponctué la vie amoureuse embrouillée du couple aux amours contingentes.La guerre arrive.L’Histoire s’emballe.Celle de Sartre, mobilisé, et de Bianca tourne court, non sans un petit coup de main de Simone de Beauvoir.Bianca sombre dans la dépression, mais n’y voit que du feu dans les manoeuvres de son amie Simone.Bianca, jeune Juive, fait face à la menace nazie.Ses deux célèbres partenaires vivront, en comparaison, Une si douce occupation (titre du livre de Gilbert Joseph paru en 1991, sur les années de guerre de Sartre et de Beauvoir).Dans les Lettres au Castor et à quelques autres, publiées par Simone de Beauvoir en 1983, Bianca I^amblin apparaît, déguisée sous le pseudonyme de Lmise Védrine.C’est sous ce même nom qu’elle se retrouve sous la plume de Simone de Beauvoir dans les lettres à Sartre et îe Journal de guerre.Ces deux ouvrages, publiés en 1990 donnent de Simone de Beauvoir une image franchement déplaisante: calculatrice, manipulatrice, et somme toute banale.Mais pour Bianca Lamblin, tout s’éclaire: «Leur contenu m’a révélé sous un tout autre visage celle que r j’avais aimée toute ma vie et qui m’avait constammment abusée.J’y lisais le dépit, la jalousie, la mesquinerie, l’hypocrisie, la vulgarité», écrit-elle.La publication à New York la même année de la biographie de Simone de Beauvoir par Deidre Bair, dans laquelle est révélée la véritable identité de Louise Védrine; la parution d'autres ouvrages dans lesquels elle est nommée et mise en cause, finissent pas convaincre Bianca Limblin de sortir de la réserve qu’elle avait souhaité garder.Sa version des faits projette une lumière crue sur les travers, les prétentions, les assurances péremptoires du couple Sartre-Beauvoir, et leurs petites lâchetés.Les Uttres à Sartre et 1 ajournai de guerre éclairaient la démarche singulière de l’écrivain Beauvoir.Quelque chose comme la littérature à force d’écrire: un journal intime dans lequel elle note qu’elle vient d’écrire une lettre, une lettre dans laquelle elle écrit quelle vient de noter quelques lignes dans son journal.Ecrire, écrire, il en restera bien quelque chose! Les Mémoires d’une Jeune fille dérangée accentuent le .malaise ressenti à la lecture des Lettres et du Journal.On reste sur l’impression que, tout compte fait, l’ascendant intellectuel de Simone de Beauvoir sur toute une génération de femmes relevait de la supercherie.FAITES DEJA LE PLEIN DE BONNES LECTURES POUR L'ETE Claude Dubois Fresque Un recueil de 128 chansons de Claude Dubois, de «J'ai souvenir encore» à «Labrador», en passant par «Ti-Loup», «Sullivan», «Comme un million de gens», «Femmes ou filles» et «Plein de tendresse».Un grand moment de poésie et de chanson! GtraJd Ckxliu ÉCRITS ET PARLÉS 1 i.ctikiüv fiti(l»ai |i»|>iin- (HT AiMfci' Car* Orakl fàoriiit Écrits et parles I 2 IWlUqtr 1^1 • 1 III.VA Gérald Godin Écrits et parlés 1 Vol.1.Culture 448 pages - Vol.2.Politique J36 pages Coll.Itinéraires, 24,95 S chacun «Ces deux livres m'ont enchanté.Ils permettent de traverser trente ans de l'histoire du Québec.Touchant, profond.Une richesse.Un journalisme qui dure.» Daniel Pinard, VSD Bonjour, Radio-Canada «La vérité de l'homme lui sert de guide.» Réginald Martel, La Presse «Le trajet exemplaire d'un politicien au-dessus de tout soupçon.» Robert Saletti, Le Devoir «Une traversée de l'histoire du Québec moderne.Très intéressant.» Nathalie Petrowski, La bande des six, Radio-Canada vlb éditeur LA PETITE MAISON .DE LA GRANDE LITTERATURE • l’Hexaaone 1953-1993 1 ¦ iCAayuiic QUARANTE f Sylvain Trudel 1 Zara, ou la mer Noire Le îécit flamboyant et lyrique d'une quête ! effrénée à travers le monde et le chaos.«Un livre admirable.Un I texte dont certains passages ressemblent en aussi beau aux Illuminations de Rimbaud, je vous le recommande.» Daniel Pinard, VSD Bonjour, Radio-Canada.128 pages 14,95 $ QUARANTE ANS DE LITTERATURE Jacques Desautels Le quatrième Roi mage Une enquête à Venise à propos d'un mystérieux anneau au doigt de la Vierge Marie, peinte par Le Titien, qui nous transporte de Venise à Chypre et qui risque de bouleverser nos croyances religieuses.288 pages 19,95 $ Quinze- éditeur L E DEVOIR, L E S S A M E I) I 5 E T I) I M A N C II E (i .1 U I K I !) !) 3 I) 6 Li IVRES P A R C 0 II II S I) ’ U -N É C II, I V A I N Carnet 39 MARIE-CLAIRE BLAIS ?C’est un jeune homme qui vit, solitaire, sur une colline boisée de pins, ii vit à quelques pas de la maison jaune que me prête Barbara pour écrire en ce printemps fleuri à Pamet Point Road, quand dans les sentiers qui mènent à la forêt creuse de Paradise Valley les roses sauvages parfument l’air, les hirondelles volent, effarées vers leurs nids que guettent les coucous prédateurs.Le jeune homme sort peu de sa maison en lattes grises, Gilberte dit qu'il revient d’Hollywood et qu’il aime vivre ainsi, très seul, «qui sait, il est peut-être malheureux», dit-elle avec l’espoir de visiter un jour cette laconique et-mystérieuse solitude, mais le jeune homme est farouche et hostile à toute approche.Quand j’écris et dessine dehors, la queue de ma fidèle Gilou tourbillonnant autour de moi, ses pattes grattant la terre, le museau enfoui dans les odeurs neuves encore mouillées du gel des herbes, car le labrador Gilou n’a que deux ans et c’est sa première saison de liberté depuis que nous l’avons recueillie de l’Association Protectrice des Animaux de Provincetown — quand le printemps est si éclatant que nous sommes tous dehors, dans les jardins, sur les plages, le long des routes sur les bicyclettes, le jeune homme ne sort pas car il apprend ses rôles.En été je l’entrevois par l’éclaircie du soleil dans la haie de pins, sur sa butte: lui si maigre dans son jeans de toile blanche, il transporte un canot sur ses épaules, c’est un canot de pêcheur qu’il rattache à sa jeep avec des cordes, soudain il tourne la tête et me voit, son timide sourire ne s’arrête pas à moi, se perd plus loin, mais les fossettes de ses joues m’apparaissent dans son visage émacié, ses cheveux bruns sont très courts, rasés avec précision au-dessus des oreilles, une mèche de cheveux drus dépasse sur le front, il la rejette vigoureusement de la main.«Un vrai petit garçon ou une biche qui fuit le chasseur, dit Gilberte, un garçon adorable s’il n’était pas si entêté à vivre seul.» La brève apparition n’est déjà plus là, dans les taches vertes des pins au soleil.Dans la maison aux lattes grises le jeune homme étudie ses rôles à voix haute.Dans la ville de Wellfleet son nom est souvent murmuré, chuchoté, n’est-ce pas ce garçon qui était l’acteur principal de la pièce pacifiste Beach (La Plage) en temps de guerre froide entre les nations?On l’a vu aussi dans le démoniaque rôle de Bates, le maladroit tueur de Psycho, on se souvient de son rictus torturé, dans ce classique de Hitchcock, mais le jeune homme qui vit solitaire dans les bois semble avoir été accablé par ces rôles d’assassins dans des films d’horreur, comme son père Osgood Perkins qui était un metteur en scène au théâtre avant de l’être au cinéma, il est avant tout un comédien qui connaît les subtilités de son métier, un artiste studieux et engagé.Très jeune, en 1956, il a déjà obtenu la nomination d’un Oscar pour sa participation au film Friendly Persuasion.Depuis l’énorme rumeur publicitaire de Psycho le jeune homme vit caché, recevant parfois chez lui, mais si peu souvent, des amis acteurs, metteurs en scène qui viennent de New York et de Los Angeles.C’est ainsi que frappe à la porte de la maison jaune, une dame étonnante qui s’appelle Michaele et qui me rappelle Francese par sa stature et ses larges mains de sculpteur, c’est une proche amie du jeune homme qui vit dans sa retraite, elle me demande abruptement si j’écris pour le théâtre et nous lisons ensemble ma pièce l’Exécution écrite pour Madame Yvette Brindamour qui en fera cette année la mise en scène au théâtre du Rideau Vert, Michaele aimerait voir la pièce traduite en anglais, elle en commencera une traduction d’un air vigilant dès ce premier jour de notre rencontre qui ne sera suivi d’aucun autre, car elle vit à Los Angeles, la pièce sera traduite par le merveilleux David Lob-dell qui traduira tant d’oeuvres Québécoises avec le même souci de vérité et d’élévation poétique, traducteur qui était aussi un poète et un romancier et dont nous regrettons tant l’absence aujourd’hui parmi nous.Michaele qui a, comme Francese, un oeil de peintre, c’est un oeil bleu gris à la visée prompte, a remarqué la singulière couleur des murs, des planchers de la maison que j’habite, elle dit « Ce sont les couleurs du peintre Emil Nolde, n’est-ce pas?» Ce qui est vrai, Barbara m’ayant permis avec son habituelle tolérance, de repeindre le cottage selon mes inclinations pour les couleurs chaudes, ensoleillées, la maison jaune est devenue un paysage de Nolde, celui que m’inspire un carnet de voyage du peintre oublié dans une collection de livres étrangers, dans ce carnet publié à Munich, sous le titre Sudsee-Skizzen, le peintre a un retour à ces couleurs d’azur foncé, pour peindre le ciel, le soleil couchant sur une mer des Tropiques est d’un orange jaune trempé de rouge, la maison jaune si stable sur ses collines de pins, comme la maison du jeune homme • secret, tangue dans le déploiement de ses couleurs vers les mers lointaines.Les murs sont d’un bleu opaque, les planchers jaunes et oranges comme le soleil de Nolde, d’un regard approbateur Michaele dit que ces murs la réjouissent, et lorsqu’elle me quitte avec une forte poignée de main, c’est pour prononcer le nom du jeune homme, «Anthony, Tony qui est si sensible.» Je ne reverrai pas le jeune homme solitaire par l’éclaircie des pins sous le soleil, les jours d’été à Pamet Point Road, mais le 19 septembre 1992, je le retrouverai dans sa véritable grandeur en lisant ses dernières paroles peu de jours avant sa mort à 60 ans dans sa maison d’Hollywood, lorsqu’il dit à un journaliste, entourée de sa femme, de ses fils: «Beaucoup croient que la maladie du sida a été envoyée sur la terre comme une malédiction, une vengeance de Dieu, je ne crois pas à cela mais je pense qui si nous souffrons de cette maladie sur la terre c’est afin que naissent parmi nous l’amour et la compréhension, la tendresse et la compassion, j’ai appris davantage parmi les sidéens sur l’amour, la charité, en quelques mois, plus que pendant toutes ces années dans le milieu compétitif et acharné du théâtre et du cinéma, où chacun coupe la gorge à l’autre, où un vieil acteur n’a plus droit à sa place.C’est dans ce milieu pourtant que j'ai passé ma vie.Sans cette maladie, je n’aurais pas compris que l’amour existaiL.» ESSAIS QUÉBÉCOIS P O L I T I (J U E La langue n’est pas tout Mais n’est-elle rien?LA CONSTELLATION DU BOUC ÉMISSAIRE (CLAUSE DÉROGATOIRE, LOI tOI ET PROTO,TOTALITARISME) Jacques Renaud, Éditions Balzac, «Le vif du sujet», 303 pages Le désenchantement de l’auteur du fameux Cassé, certainement le plus célèbre des romans joualisants qui ont marqué les débuts de la Révolution tranquille, est bien connu des gens du milieu intellectuel, de ceux qui ont fréquenté Parti pris tout au moins.Dès la fin des années soixante, Jacques Renaud renonçait à l’idéal indépendantiste avant de s’exiler en Ontario où il travaille maintenant comme traducteur, recherchiste et pigiste, greffant au passage Hamilton à son nom pour des motifs religieux et, vraisemblablement, idéologiques.Son trajet est tout à l’opposé de celui de Gérald Godin dont nous avons parlé la semaine dernière.Le trajet d’un exilé, d’un exilé au sens propre mais aussi d’un exilé du cœur.M.Renaud en a visiblement gros sur la patate, et La Constellation du bouc émissaire pourrait faire des vagues.Pourtant, cet essai ne constitue pas un règlement de comptes, bien que l’on sente assez souvent que l’auteur se retient de verser dans la diatribe.La Constellation du bouc émissaire a toutes les apparences d’un texte argumentatif, d’une démonstration savamment documentée.C’est visiblement le fruit d’une longue réflexion.La prison du langage On peut dire que M.Renaud ne traîne pas.L’essai s’ouvre sur un avertissement dans lequel sont définis le proto-totalitarisme, le «lingualis-me» et la notion de bouc émissaire (inspirée de René Girard).La première partie, très courte, porte sur la clause dérogatoire inscrite dans la Charte des droits et libertés adoptée en 1982.Après avoir indiqué qu’elle permet, à quiconque s’en prévaut, de suspendre îa plupart des libertés dont nos démocraties se nourrissent, M.Renaud conclut deux pages plus loin que nos législatures ont ainsi le pouvoir théorique de mettre sur pied des camps de la mort.Selon lui, ce pouvoir théorique a été voulu par l’establishment politique (canadien, québécois ou autochtone) et cette volonté contient les germes du totalitarisme.On voit que, dès le départ, les marches argumentatives sont hautes.Les deuxièmes et troisièmes parties -beaucoup plus fouillées- de l’essai élaborent les deux pivots de cette argumentation qui se fonde sur une vision légalo-anarchique de la société, si l’on peut dire.Légaliste, dans la mesure où pour M.Renaud les démocraties libérales et îeurs fondements juridiques, malgré leurs imperfections, restent le meilleur remède politique pour assurer le développement des individus et l’harmonie universelle.Anarchique, parce que l’individu, dans cette vision, se caractérise par ses aptitudes et ses tendances naturelles à l’épanouissement.Chaque individu isolé est raisonnable, alors que la masse des individus forme, elle, une «bête archaïque» passive, soumise, instinctive, livrée aux mains de ceux que M.Renaud appelle les ingénieurs sociaux, les manipula- ROBERT SALETTI ?teurs de l’opinion public.Or, au premier rang de ces manipulateurs viennent les «lingua-listes», c’est-à-dire les idéologues qui font de la langue le berceau de l’identité.On ne sera pas surpris de savoir que le Québec compte plusieurs «lingualistes», comme Camille Laurin, Yves Beauchemin, Gérald Larose, Lorraine Pagé, etc.De l’eau au moulin de Claude Ryan C’est en fait dans la deuxième partie sur le «lingualisme» que l’argumentation est la mieux étoffée.S’en dégage l’idée que tous les pays qui ont restreint ou défendu l’usage d’une langue n’ont pas de véritables traditions démocratiques.M.Renaud y développe longuement l’exemple de l’Afrique du Sud (bonjour, M.Ryan!), dans une analyse à plusieurs volets mais qui a le défaut, à mon avis, de tenir à deux prémisses contestables.Le Québec n’est simplement pas un pays et toute comparaison devrait tenir compte de ce fait.D’autre part, et cela est plus crucial, se référer à un courant évolutif naturel» des langues comme le fait l’auteur pour affirmer que les «lingualistes», parce qu’ils s’opposent à ce courant et enferment les citoyens dans la «prison ontologique de la langue», sont des proto-fascistes est un curieux raccourci idéologique.D’autant plus que dans le même mouvement M.Renaud décrète que l’anglais est une «langue universellement indispensable».On sent qu’ici «naturel» et «universel» ont le même sens, et tant pis pour ceux qui perdent les guerres, militaires ou technologiques.Si la langue n’est pas tout dans la formation de l’identité, comment et pourquoi l’anglais est-il devenu si naturellement indispensable?Le triomphe du légalisme La troisième partie, dévolue à la constellation qui donne son titre à l’essai, est encore moins convaincante, M.Renaud s’appliquant à retracer les moindres traces de corruption «lingualiste» pour montrer qu’elles sont le résultat d’une concertation visant à faire des Anglophones du Québec les boucs émissaires de nos maux.A ce jeu, le Parti Québécois et les centrales syndicales, pour ne prendre que ces exemples, n’ont plus aucune légitimité.C’est le triomphe du légal sur le légitime.Pour l'auteur, sans la protection juridique de la Charte, les individus sont nus et destinés à être exploités.C’est à se demander comment vivaient les hommes avant les années quatre-vingt, s’il y a encore une place dans le monde délétère de M.Renaud pour un soupçon de sens commun.C’est à se demander comment vivaient les hommes avant les années quatre-vingt.Regards sur l’Amérique LA BANNIERE ÉTIOLÉE.VOYAGE SUR LES TRACES DE TOCQUEVILLE Pascal Dupont Le Seuil, 1993,300 pages JOCELYN COULON LE DEVOIR r Ecrire un essai sur les États-Unis n’est pas chose aisée.Ce pays est en fait un vaste continent qu’il n’est pas facile de cerner en quelques tableaux bien brossés.Pascal Dupont, journaliste français, a toutefois relevé le défi d’une manière originale.Il a mis ses pas dans les traces d’Alexis de Tocqueville, visitant tous les endroits où le célèbre penseur français avait séjourner il y a 150 ans.Le résultat n’est pas dénué d’intérêt pour qui veut connaître «l’arrière-cour du mythe américain».Dupont a fait une enquêtç minutieuse.Il a sillonné une vingtaine d’Etats et discuté avec des dizaines d’Américains, du chômeur du Kentucky au grand avocat libéral de Boston en passant par un leader du Ku Klux Klan et un ex-dealer noir de crack.Tous, lui ont raconté ce qu’ils pensaient de l’Amérique, de leur gouvernement, de leurs libertés et de leur avenir.Le livre de Tocqueville à la main (De la démocratie en Amérique), Dupont a comparé les réponses.Sur le fond rien n’a vraiment changé.Les Américains espèrent tous réussir, aiment leur pays et ses institutions et hésitent entre l’égalité et la liberté.L’auteur a décortiqué ces idéaux qui façonnent le mythe américain.La réussite est avant tout blanche, puis asiatique et enfin noire.Et encore.Les Noirs restent toujours à la queue, même si la grande majorité d’entre eux ont rejoint la classe moyenne.Malgré le très fort taux d’abstentions aux élections, la domination du pouvoir politique par une aristocratie bienveillante, les énormes disparités sociales entre villes et campagnes, Noirs et Blancs, et les excès d’un système légal devenu monstrueux, les Américains croient fermement en leur patrie et à ses institutions.C’est là un signe d’exceptionnelle vitalité, dans un pays confronté à d’énormes problèmes.C’est sur la question de l’égalité versus la liberté que le livre de Dupont s’avère passionnant.L’auteur souligne, avec raison, que l’idéologie «politiquement correct» a transformé les Etats-Unis en dernier refuge de la pensée totalitaire.Il émaillé ses chapitres sur ce thème de dizaines d’exemples à faire dresser les cheveux sur la tête du plus libéral d’entre nous.Mais Dupont, en bon Français, véhicule des clichés d’un autre âge.Les Américains sont toujours gros comme des ours, les Autochtones bâtis comme des bisons (qui sont les Mammouths?).Dans les territoires indiens, on ne trouve que des hommes sages et patients qui ont inventé la démocratie.L’auteur se montre péremptoire même s’il se contredit: «Elle (l'Amérique) a noyé toute sa folie dans un ennui proprement planifié», écrit-il, désillusionné.Vraiment?C’est pourtant lui qui décrit un vaste continent secoué par des courants qui feraient éclater n’importe quel pays européen.Mais il ne faut pas trop en vouloir à notre Tocqueville de cette fin de siècle.Son coup de pinceau à de la gueule même si, parfois, il manque de profondeur.xYlilÜ^ «SS Esfei2 mSmi v 4*.fij Edgar Morin: L’Apocalypse comme métaphore TERRE-PATRIE Edgar Morin, Anne Brigitte Kern Seuil, 1993,220 pages HEINZ WEINMANN Itinérant de l’esprit, Edgar Morin a fait ses niches ici et là, sans bâtir des demeures aux structures bétonnées.Même La Méthode, aux dimensions pourtant très impressionnantes, se voulait elle-même une école buissonnière où, pour «réapprendre à apprendre», il fallait d’abord désapprendre.Mais une préoccupation l’a toujours hanté jusqu’à l’obsession: comment intégrer les savoirs dispersés sur l’homme en une anthropo-science, en une aqthropoli-tique mettant en valeur L’Unité de l’homme?A la poursuite de cette «mission impossible», le sociologue a quitté son râtelier qui ne se nourrissait plus que de faméliques sondeurs, pour «réapprendre à apprendre» la révolution des sciences physiques et biologiques engagées dès les années soixante.Vingt ans après Le Paradigme perdu, fort des acquis phénoménaux de Im Méthode, Edgar Morin en collaboration avec Anne Brigitte Kern, nous donne un de ses livres les plus émouvants, les mieux écrits, avec la passion du coeur et de l’esprit.Livre-testament?Non, puisque Morin est bien vivant et en écrira d’autres.Livre-somme plutôt.L'ère planétaire de la Terre ne date pas d’hier.Elle a commencé le 8 octobre 1492, lorsque retentit sur le bateau-amiral de Christophe Colomb, le cri: «Terre, terre!» 501 ans après, Morin réfléchit posément sur les effets, les risques et les défis de cette planétarisation.Une fois tra- cées, les routes de la globalité vont s’échanger de plus en plus vite suivant les moyens de communication: microbes, marchandises, humains.Les idées aussi voyagent autour du globe.L’Europe a été fortement exportatrice dans ce domaine: démocratie, le modèle de l’État-nation, droits de l’homme, mais aussi colonisation, exploitation du tiers monde se disséminent partout, contribuant, pour le meilleur et le pire, à l’«occidentalisation du monde».Enfin, triste record, dans notre siècle la mondialisation se fait par la guerre.Les deux guerres du siècle, appelées justement «guerres mondiales», font 58 millions de morts.Après août 1945, la «menace damocléenne» de la bombe atomique avec son risque d’extermination reste suspendue sur tous les habitants de la Terre.La fin de la guerre froide ne fait qu’augmenter le danger de sa dissémination.Enfin, après la bombe atomique, la «bombe» de l’explosion démographique, la bombe à retardement écologique met en péril leur Terre.Depuis que nous l’avons vue pour la première fois à partir de la lune, le 20 juillet 1969, nous l’avons trouvée belle, cette orange bleue! Elle est menacée, il faut donc-la sauver.De là (latent les premières prises de conscience écologiques.Certes, depuis McLuhan on a célébré le «village global» pour se rendre compte que la communication quasi instantanée avec le monde, loin de favoriser la communion, paradoxalement élève aussi des barrières d’incompréhension.Le «village global» a ses ghettos, ses bidonvilles, ses quartiers de riches comme nos villes.Pourtant, la mondialisation de l’information nous rapproche de la misère du monde.Ici et là, des enfants mourants du Bengladesh, de Somalie, du Soudan provoquent en nous des flashs de solidarité, de charité.Iœ bilan que Morin tire de cinq cents ans de civilisation mondiaîe est plutôt négatif: il s’est crée certes, plus souvent sous le coups de menaces que spontanément, une certaine solidarité globale, l’idée que nous sommes dans le même bateau (le Titanic?).Ce livre cherche à mesurer, d’une part toutes les forces fédératrices, communicantes, conjonctives qui tissent des liens entre l’humanité, de l’autre toutes celles, contraire, désintégratrices, parcellaires, qui érigent des barrières.Il nous fait assister à la lutte agonique de notre civilisation inachevée, arrêtée à son «âge de fer pla; nétaire» avec des forces régressives, barbares comme le retour du nationalisme primai, crises du développement; crise de l'idée de progrès, développement aveugle dés techno-sciences, etc., qui empêchent que finalement l’ho-minisation ne débouche sur une véritable humanisation.Pourtant, dans un flash-back époustouflant, les auteurs rappellent le destin singulier de notre terre dans le cosmos, l’émergence de la Vie, enfin, à la suite d’une formidable diversification, la filiation des humains, fils et filles du cosmos., Comme Rousseau n’avait pas craint d’intégrer à son Emile la «profession de foi du Vicaire savoyard», Morin termine Terre-Patrie par unç émouvante profession dé foi, «évangile selon Morin».Evangile pleinement terrien; humain, sans dieu(x), «évangile de la perdition» qui assume pleinement la finitude de l’homme, jeté sur cette planète Terre, son unique maison, dans un univers hosti-îe à la Vie.Morin en appelle à la fraternité humaine non pas pour nous sauver, mais parce que, de toute façon, nous sommes perdus.C’est le message qu’il avait lancé à Montréal dès le 1er octobre 1990 en ouvrant le colloque L’Art vers l’An 2(XX): l’Apocalypse comme métaphore.L'Art d'écrire Pitrre TJ»ityr« 'V' L'Art d'écrire POUR CEUX ET CELLES QUI RÊVENT D'ÉCRIRE 152 PAGES / 19,95 $ (RELIÉ) (J) ÉDITIONS PIERRE TISSEYRE L M 5610
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