Le devoir, 4 décembre 1993, Cahier E
LE DE V (MK, I.E S S A M E D I 1 E T D I M A X C II E ft |) E ( E M K II E I II il K ^OKIHJAS: A lE^I C Z mMr • -t ,» —m ¦**H*ft! LE DEVOIR jsVlDi O I ^ j U BEC W\ E K C U A M I Ljv \>IER: t,VUAKI)-iV/0/e WM* U * > riio ros iacqi'ks ghkniek t wêm * V U ëmi |Mi • : < ;'¦.': ',-:w-y PHOTO JACQUES NADEAU Les lauréats des Prix du Québec, Armand Vaillancourt, Monique Mercure, Monique Spazianni (pour Francis Mankiewicz), Carmen Gill-Casavant, Brenda Milner, Lionel Boulet.A l’arrière-plan, les ministres Liza Frulla et Lucienne Robillard, de même que Gérard Bouchard et Gilles Ilénnult.UN ÉVÉNEMENT EN CONSTANTE ÉVOLUTION La multiplication des prix à travers les ans est à limage de la diversification de l’excellence La chose a commencé en 1922, il y a 71 ans jour pour jour, ou presque.Sous l’impulsion d’Atha-nase David, alors secrétaire de la Province de Québec, naissaient les Concours littéraire et scientifique du Québec.Ixur but: soutenir le travail d’écrivains et de chercheurs chevronnés.Si le Prix David couronnera jusqu’en 1966 une œuvre littéraire et le prix scientifique un ouvrage de recherche, on bifurquera par la suite pour accorder ces deux récompenses à l’ensemble de l'œuvre d’un écrivain et à la carrière d’un scientifique.Puis arrive 1977, l’année fies grands chambardements.Le gouvernement rajoute alors trois prix nouveaux pour souligner la diversité culturelle, sociale et scientifique du Québec.Ainsi, des 1977, les lauriers viendront honorer les personnalités de premier plan dans des disciplines de plus en plus diversifiées.Ix champ d’expérience s’agrandit Le prix Ixon-Gérin, premier sociologue québécois, échoit au domaine des sciences humaines.Le prix Marie-Victorin, alias Conrad Kirouac, le fondateur du Jardin botanique fie Montréal, aux sciences naturelles et du génie dont les disciplines embrassent sciences exactes et naturelles, sciences de l’ingénieur et technologiques, ainsi que les sciences agricoles.Ix* prix Paul-Emile Bor-duas, l'une fies figures les plus marquantes fie la peinture au Québec, couronne les arts visuels, qui regroupent autant les secteurs du design, de l’architecture, de la sculpture, fie la photographie, de la peinture, fies métiers d'art que les arts multidisciplinaires.Ix prix Athanase-David coiffe la littérature et honore différents genres littéraires, soit le conte, la nouvelle, la poésie, le récit, le roman, l’essai, l’écriture dramatique et les MARIE-MICHÈLE CR O N formes plurielles de la littérature pour la jeunesse.Ix prix Denise-Pelletier, femme de théâtre réputée, chapeaute les arts d’interprétation, englobant aussi bien la chanson, la musique, Part lyrique, le théâtre que la danse.En 1980, le septième art entre en scène.Ix: prix Albert-Tessier, décerné à une personnalité reconnue du monde du cinéma, évoque l’un des premiers artisans du cinéma documentaire québécois, Monseigneur Albert Tessier.Il inclut la scénarisation, l’interprétation, la composition musicale, la réalisation, la production et les techniques cinématographiques.Puis en 1992, en l’honneur de Gérard-Mo-risset, un ties pionniers de la connaissance et de la mise en valeur du patrimoine québécois — architecture et œuvres d’art — on crée un nouveau prix.Celui-ci cible tliverses activités: recherche, création, formation, production, conservation, diffusion dans le domaine fies biens culturels, mais aussi ar chives, muséologie et culture populaire traditionnelle.Et ce n’est pas fini.Cette année, autres premières dans les annales fies prix flu Québec.On vient fie fonder le prix Will der-Penfield consacrant l’excellence flans le domaine biomédical.Ix nom est, bien sûr, celui de l’homme qui a fondé, en 1934, Fins titut de neurologie de Montréal et le prix gratifie autant les sciences médicales et les sciences naturelles que les sciences fie l’in génieur.Quant au prix Armand-Frappicr, il consacre un chercheur d’élite dans le set teur de la création ou du développement d’institutions de recherche, comme l’administration et la promotion de la recherche ou celle fies sciences et fies technologies.Vers In formule idéale Cette année, le prix Marie-Victorin n’a pas été attribué devant l’avalanche de lauriers nouveaux.Un chevauchement qui sera révisé à l’avenir (voir LE DEVOIR du 16 novembre 1993), fl ix i t Mme Lucienne Robillard, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Science, qui remettait les distinctions dimanche soir dernier en compagnie de Mme Liza Frulla, ministre de la Culture et de l’Education.Rappelons que les lauréats et lauréates recevaient, de la part fies fieux ministères, une bourse de 30 000$ non imposable, un parchemin calligraphié ainsi qu’une médaille en argent, exclusivement créée par un ou une artiste du Québec.la soirée de la remise fies prix est depuis deux ans télédiffusée.Cette ouverture publique est fort louable étant donnée l’impur tance de l'événement, mais le fait fie faire a|> pel au petit écran y rajoute une nouvelle di-mension: en pénétrant dans les foyers québécois, la cérémonie fie remise fies Prix devient un spectacle et prête le flanc à la cri tique.L’an dernier, on a eu droit aux "s!f|>-pettes» flu sieur Brathwaite, qui n’avaient pas eu l’heur de plaire a tous ci toutes.I lis toire de ne pas répéter l’impair, cette année, les organisateurs n'ont pas pris de risque, c’est le moins que l’on puisse dire.On a saute a l’autre extrême en enrobant la cérémonie de la remise fies Prix dans la musique classique.Résultat: l'atmosphère était tiède, les poignées de mains molles et l'émission marron.Ixs Prix du Québec représentent la plus haute distinction de l'Etat et il va de soi qu'un certain décorum entoure l’événement.Mais il reste encore a trouver une formule fie diffusion qui rende cette soirée culturelle accessible, rigolote, avec du contenu, mais qui ne soit pas pour autant fade, insipide, sans saveur.( )n peut toujours espérer.Huit médailles, huit artistes Ce sont les Daniel Moisan (recherche biomédicale, prix Wilder-Penlield), Natalie Narius (patrimoine, prix Gérard-Morisset), Bruno Gérard (sciences humaines, prix Ixon-Gérin), Alain Morel (cinéma, prix Albert fessier), Antoine I a Mendola (arts visuels, prix Paul-Emile Bordons), Alexandci Blackwood (développement de la recherche, prix Armand Era|>-pier), Lynn Iégaré (littérature, prix Alhanase-i )avid), Michelle lapoinlc (arts d'interprétation, prix Denise Pelletier) qui ont réalisé les huit médaillés remises aux lauréats des Prix du Québec, t Inique médaille est présentée dans un écrin entièrement fait main en cuir d’agneau noir réalisé par la relieuse I orraine Choquel.É » 4 i I.E II E V II I R,’, I.E S S A M E D I I K T I) I M A \ I II I I) I ( E M H I! I I II II :t v «ÿr* ?¦»< ï:.t > -i MT ->^r " * — mm* * Ces jours-ci, le Québec rend hommage à des créateurs et à des scientifiques dont l’excellence de l’oeuvre témoigne de toute une vie dédiée au rayonnement de l’art et à l’avancement de la science.La cérémonie de la remise des Prix du Québec nous a permis d’assister à un moment chargé d’émotion au cours duquel nous avons remonté le fil du temps avec les lauréats et les lauréates de cette très haute distinction du gouvernement du Québec.Aujourd’hui, nous jetons un autre regard sur ces vies, ces visages, ces oeuvres, sur ces cheminements qui ont contribué à l’essor de la société québécoise.À titre de ministre de la Culture, je suis fière et heureuse de saluer à nouveau publiquement le talent et les réalisations de mesdames Monique Mercure, une femme de théâtre remarquable qui a toujours porté haut le flambeau de la culture, et Carmen Gill-Casavant qui a consacré de nombreuses années de sa vie à mettre en lumière la culture de son peuple, notamment en fondant le Musée amérindien de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue).Je salue également, avec tout autant de fierté, la créativité du poète Gilles Hénault dont la plume a donné chair à notre identité poétique, l’oeuvre du sculpteur Armand Vaillancourt, homme de conviction qui a fait éclater les normes dans le domaine de la sculpture et des arts visuels, et celle du regretté cinéaste Francis Mankiewicz qui nous a si généreusement livré une part de lui-même à travers des oeuvres aux thèmes universels Puisse la lecture de ce cahier spécial du DEVOIR vous faire connaître encore davantage l’univers d’hommes et de femmes qui, année après année, ont investi temps et énergie à donner forme au rêve qui les habitait et à faire de ce rêve une source d’inspiration constante.Bon voyage au pays de l’excellence! Liza Frulla Ministre de la Culture On ne peut citer les noms de Léon Gérin, de Marie-Victorin, de Wilder Penfield, d’Armand Frappier sans évoquer, du même coup, leurs réalisations exceptionnelles et leur contribution au développement scientifique du Québec.Chacun dans son domaine, ils ont été des précurseurs, des initiateurs, des modèles dont nous nous souvenons avec émotion.L’édition 1993 de la remise des Prix du Québec nous a donné l’occasion de souligner, pour la première fois, les carrières remarquables de scientifiques dans deux nouveaux domaines.En effet, aux prix Léon-Gérin, en sciences humaines, et Marie-Victorin, en sciences de la nature ou en génie, s’ajoutent les prix Wiider-Penfield et Armand-Frappier.Le premier est rattaché au domaine biomédical, alors que le second s’adresse aux personnes qui ont créé ou développé une institution de recherche, qui se sont consacrées à l’administration et à la promotion de la recherche, ou encore qui ont su développer l’intérêt de la population québécoise pour la science et la technologie.Dans le domaine scientifique, les Prix du Québec couvrent donc un large éventail d’activités et fournissent aux générations futures des modèles de courage, de ténacité, d’acharnement, de «travail bien fait» dont nous avons besoin quotidiennement pour trouver l’inspiration et la motivation nécessaire à la poursuite de nos propres idéaux.Les itinéraires scientifiques des trois personnes honorées en 1993 sont particulièrement saisissants.Madame Brenda Milner est l’une des fondatrices de la neuropsychologie et ses recherches sont à l’origine d’une grande partie des connaissances actuelles sur la mémoire.Monsieur Gérard Bouchard a fait profiter l’étude des populations d’une approche multidisciplinaire tout à fait novatrice.Monsieur Lionel Boulet a créé, puis dirigé l’Institut de recherche d’Hydro-Québec, une institution dont la renommée dépasse largement nos frontières.Leur démarche scientifique respective est d’autant plus admirable qu’elle a suscité l’apparition d’équipes de recherche importantes et influentes, et quelle a donné lieu à des retombées qui se mesurent aujourd'hui à l’échelle de la planète.Madame Milner, monsieur Bouchard, monsieur Boulet, merci pour une contribution si éclatante au rayonnement du Québec! Lucienne Robillard Ministre de l'Éducation et de la Science I- K I) K V (MR.I.E S S'A M K |) I I E T I) I M A \ ( Il )• ,1 |> É ( K M I! || K I !» !» A K 1 -LES PRIX DU QUEBEC*- ^ D O M A I N E B I () M É I) I C A L A la poursuite de la mémoire On dit de Brenda Milner qu’elle est à la mémoire ce que Pasteur fut à la bactériologie Le prix Wilder-Penfield BRENDA MILNER PHOTO JACQUES NADEAU «Je savais dès le début, dit Brenda Milner, que je voulais faire de la recherche.Quand je vois maintenant de nombreux jeunes très intelligents qui ne savent pas ce qu’ils aimeraient faire, je trouve cela triste.» CLADDE TURCOTTE LE DEVOIR Elle a 75 ans, elle travaille six jours sur sept, elle parle de ses travaux avec la passion d’une débutante, alors que son regard laisse paraître une grande capacité de concentration; en bref, sa compétence reconnue mondialement s’étale sur un demi-siècle de résultats.Il s’agit du Dr Brenda Milner, devenue la première récipiendaire du Prix Wilder-Penfield, nouvelle catégorie scientifique dans le cadre des Prix du Québec.Quelques jours avant de recevoir officiellement cet honneur, dimanche dernier («Big Day!», avait-elle noté à la date du 28 sur le calendrier pendu au mur de son petit bureau de l’Institut de neurologie de Montréal), elle a rapidement fait le tour de sa vie pour LE DEVOIR.Une passion: le cerveau «Je savais dès le début que je voulais faire de la recherche.Quand je vois maintenant de nombreux jeunes très intelligents qui ne savent pas ce qu’ils aimeraient faire, je trouve cela triste», racontait cette dame, qui pourrait aisément trouver mille prétextes pour s’asseoir sur ses lauriers; grâce à ses activités professionnelles et sa profonde curiosité, elle demeu- re en contact avec les nouvelles générations de chercheurs qui s’acharnent, comme elle, à mieux comprendre le cerveau humain.Parmi les nombreux témoignages d’éminents collègues qui ont appuyé sa mise en nomination pour le Prix du Québec, celui du Dr David G.Amaral, de l'Institut Salk de San Diego sur les études biologiques, retient particulièrement l’attention: «Le Dr Milner a clairement été le chercheur le plus influent dans le domaine de la mémoire humaine au cours des 50 dernières années.Le Dr Milner est à la mémoire ce que Pasteur fut à la bactériologie et ce que Watson et Crick furent à la biologie moléculaire».Née en 1918 à Manchester en Grande-Bretagne, Brenda Langford apprend le français de sa mère et à l’école dès l'âge de sept ans.Elle obtient un baccalauréat en psychologie expérimentale de l’Université Cambridge en 1939.La guerre éclate et elle se retrouve dans un programme d’entrainement pour les contrôleurs de radar, où elle devient l’ami d’un ingénieur, Peter Milner.Celui-ci vient au Canada en 1944, en principe pour un an, pour aider au lancement de l’industrie nucléaire.C’est le mariage.Pour Brenda Milner, femme de carrière, il n’est pas question de rester à la maison.Sa connaissance du français lui facilite l’entrée à l’Institut de psychologie de l’Université de Montréal.«Cet Institut était jeune et c’était un mélange de psychologie et de Saint-Thomas», rappelle-t-elle sans insister davantage sur cette allusion à une époque où de larges secteurs du savoir baignaient au Québec dans un dogmatisme religieux bien assis sur la philosophie thomiste.Elle fut pendant sept ans professeure de psychologie expérimentale.Son coup de foudre professionnel survient lors d'une conférence sur le cerveau par le professeur Donald Hebb.Son enthousiasme est si grand quelle convertit son mari à la psychologie, lequel quitte même son emploi d’ingénieur à Chalk River pour venir travailler avec le Dr Pen-field à Montréal.Elle obtient elle-même en 1952 un doctorat de l’Université McGill, avec une thèse sur «les effets intellectuels des lésions du lobe temporal chez l’homme», sous la tutelle du Dr Hebb.Piquée très tôt d'un vif intérêt pour la recherche, Mme Milner connaissait désormais son champ d’exploration, le cerveau.«J'étais attirée par l’idée d’établir un lien entre le cerveau et les comportements humains, je veux dire un vrai cerveau, pas celui conçu par un ordinateur», précise-t-elle, en insistant sur le fait que ses travaux ont toujours été très empiriques et non pas effectués à partir d’une théorie qu’on essaie ensuite de confirmer par des expériences en laboratoire.Au début, elle pensait concentrer ses travaux sur la vision, mais ce sont les patients eux-mêmes qui l’ont guidée vers la mémoire.L’étude de lésions au cerveau, explique-t-elle, aide souvent à mieux comprendre le fonctionnement d’un cerveau normal, d’où son intérêt pour des maladies comme l’amnésie et l’épilepsie.Les professeurs Claudio Cuello, Redan Capek et Brian Collier, de McGill, qui ont proposé Mme Milner pour le Prix Wilder-Penfield, ont fait valoir que rares sont les chercheurs reconnus comme créateurs d’une nouvelle discipline en sciences.Mme Milner a établi le domaine de la neuropsychologie.On lui doit plusieurs découvertes, notamment une meilleure connaissance de la cartographie du cerveau.Ses recherches permettent entre autres de minimiser les risques de perte de la parole et de la mémoire chez les patients qui subissent une opération pour leur état épileptique.Malgré les progrès, il reste encore beaucoup à explorer avant de prétendre avoir une vaste connaissance du cerveau.11 y a la mémoire, mais il y a aussi le raisonnement, le jugement, l’imagination et quoi encore?Par exemple, «la maladie d'Alzheimer, c’est beaucoup plus que la me moire», souligne Mme Milner, qui n’est pas du tout du genre vantard, mais qui avoue tout de même que ses travaux dans les années 50 et (il) ont eu «leur petite influence», si bien qu'aujourd'hui il se fait beacoup de recherches dans le monde sur la mémoire, tant sur les gens normaux que sur les amnésiques, et même sur les animaux.Regarder quelqu’un penser «Nous essayons de tout mettre ça ensemble, dit-elle.Nous savons qu’il y a plusieurs systèmes amnésiques.Nous sommes devenus plus subtils dans les questions que nous nous posons».La technologie progresse en ce domaine comme dans d’autres, si bien que l'on peut percevoir les va, riantes dans le flux sanguin dans différences parties du cerveau avec des changements dans les activités cérébrales.L* flux sanguin n’est pas le même pour la mémoire visuelle que pour la mémoire verbale.D’une certaine façon, on ap proche du point où l’on peut regar der quelqu’un penser.Mais ce n’est encore qu’un début, rappelle Mme Milner, qui, après avoir beaucoup travaillé sur les lobes temporaux, avoue sa fascination maintenant pour les lobes frontaux, qui appa remment sont un lieu priviligié d’interférences pour la mémoire dans li temps.Que retient la mémoire de deux images saisies d'un même objet ou d’une sensation à des moments différents?Approche-t-on du moment où l’oii pourra prescrire des remèdes pour une maladie du cerveau?«Je ne sais pas.Nous en sommes encore très loin», répond cette scientifique, en regrettant que la médecine ne puisse offrir rien d’autre pour l’instant que des moyens cosmétiques, ceux de la rééducation du corps à la suite d’un accident cérébral.Sa compétence reconnue mondialement s’étale sur un demi-siècle de résultats.Merck Frosst félicite Les gagnants des Prix du Québec Au nom des 200 chercheurs du Centre de recherche thérapeutique Merck Frosst ainsi que de ses 1000 employés répartis d'un bout à l'autre du pays, Merck Frosst félicite les gagnants des Prix du Québec.Leur travail exceptionnel dans les domaines scientifique et culturel leur a valu la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec.Merck Frosst, chef de file de la recherche pharmaceutique au Canada, est fière de s'associer à ces prix qui sont non seulement le plus haut témoignage de reconnaissance d'une carrière remarquable, mais aussi une récompense qui érige les lauréates et les lauréats en modèles pour l'ensemble de la population.A MERCK FROSST Merck Frosst Canada Inc., Kirkland, Québec à I.K I) E V OIK.I.i: s s A M K I) I I K I II I NI \ \ (' || K |i i; ( K M |{ R K | ve and hâte et Conspiracy of Silences.Quand on rêve de haute poésie, on souffre de verser dans l’alimentaire.Mais on le fait tout de même.Le prix Albert-Tessier vient cou ronner cette année la souffrance d’un cinéaste.RIP.Le prix Albert-Tessier ODILE TREMBLAY LE DEVOIR - < * •* : Time semble que si je rencontrais 'JL Francis Mankiewicz dans les coulisses d’un quelconque au-delà, il se-; ¦ rait un peu amer.Et même qu’il re-., garderait son Prix du Quebec avec ¦ mn petit sourire mi-figue mi-raisin.! ! Disant: «Tiens! Tiens! On me recon- ¦ ¦ naît, mais un peu tard.» in II s’est tellement battu dans sa vie, Francis Mankiewicz, battu pour tour-i iiier Les Fous de Bassan, un projet qui lui a échappé, après moult péripé-i fies, dont un vigoureux combat avec Sa maison de production, le laissant .amer, certains disent brisé.Son ami Bertrand Tavernier en parlait l’été i -dernier comme d’un cinéaste qui , àvait vu ses rêves s’écrouler, le lais- ¦ sant autre, en un mélange de durcis-L ; , sement et d’état de stupeur.Battu pour financer ses films, avec ;, .des portes de plus en plus souvent closes.11 a connu la ronde des télé-.films en anglais, l'exil en terre toron- toise, et puis un cancer vaincu sur un .liront qui reprend sur un autre et gagne la partie le 14 août dernier.Et .ce prix Albert-Tessier qui lui a été décerné de son vivant mais lui parvient à titre posthume.Avec la bour- ¦ se qui va avec.De l’argent tout-à-çoup.Chienne de vie! t Trop tard aussi l’inévitable pluie d’hommages qui lui est tombe des- sus.Une lois mort, c’est fou ce qu’on est apprécié.Les lettres, les articles, l'encens,«chapeau bas au grand Mankiewicz», des fleurs en tas sur une tombe.Si Mankiewicz m’accordait une entrevue posthume, il me semble qu'il s’inquiéterait des problèmes de distribution des films québécois.Et qu’il appellerait à une mobilisation du milieu, une vraie, avec la mise en avant de solutions originales et des résultats au bout.Le Québec n’a pas su faire travailler suffisamment le cinéaste des Bons débarras.Sans doute Mankiewicz aurait-il envie de dire à son pays et à ses bailleurs de fonds qu’il est fou de chercher toujours frénétiquement le nouveau Mozart, le nouveau petit génie, en reniant ses talents reconnus, de peur qu’ils ne surprennent plus.Jetés après usage nos créateurs chevronnés.Comme de vieux kleenex.Mais avant qu’ils aient donné leur mesure.Triste! Alliance d’affinités «Du temps, il faut parfois beaucoup de temps pour comprendre les choses et les assimiler complètement», disait-il un jour en entre ue au DEVOIR.Il nous en faudra s ms doute encore avant de pouvoir m surer quel fut le véritable appor de Mankiewicz au cinéma québécois, et peser sa perte.Au lendemain de son décès, Paul Hébert décrivait Mankie» IM • *< * 4 i • •< • * I» • • ¦ • ' II *• fi • • I • ft' (I.• •1 B » tl %• • • • * ift ft ft • • • • • * Francis Mankiewicz LAURÉAT DU PRIX ALBERT-TESSIER 1993 - 7* A in film de sœnanc et -dialogues de FRANCIS MANKIEWICZ REJEAN DÜCHARME images de MICHEL BRAULT mc MARE TIFO - CHARLOTTE LAURER - GERMAIN HOUD6 rOC£R LL BEL LOUSE WflLLAU GILBtRl SlCOTTE p*jüc*m oc 5 SdE «MUT * MA*» CCUÜ1E «*, *£00^ M,.h uuwcr * IInstitut Quabw^duCrtn» Grwr’iatowstfwM! Can^eroe Famous PLiyert ümit«2 Rjtj» jjwm- Le cinéaste pour qui l'enfance fut un paradis perdu.Le temps d’une chasse 1972 Les bon débarras 1980 Les beaux souvenirs 1981 Les portes tournantes 1988 LE DEVOIR souligne son oeuvre L E I) E VOIR.L E S S A M EDI I E T I) I M A \ l II K .1 I) K ( I \| B II K I II II ;l LES PRIX DU Q[ SCIENCES H U M A 1 N E S Le Québec en bloc Gérard Bouchard est le père des fichiers informatisés sur la population du Québec.A nouvelles méthodes, nouveaux horizons.Et vice versa.l.t r ; Ia?prix Léon-Gerin G É R A R I) H O Il c II A R I) STÉPHANE B A I LLARCBON LE DEVOIR Ou avait l’habitude de l’appeler «le frère de l’autre», de dire que Gérard Bouchard était né des même parents que Lucien Bouchard, le chef bloquiste.Maintenant que le scientifique de l’Université du Qué-; bec à Chicoutimi se mérite l’honneur du prix Léon-Gérin 1993, il faut peut-être inverser la proposition: Lucien est devenu le frère de Gérard.1-es deux partagent d’ailleurs une même passion pour le Québec en bloc.Celle du politicien s’exprime idéologiquement, tandis que le savant manifeste ses intérêts pour toute la population du Québec, avec des moyens immensément informés, d’une rigueur à toute épreuve.Historien et démographe, Gérard Bouchard est en effet un pionnier mondial de l’histoire sociale des populations.Sa renommée déborde les frontières québécoises.Dans sa lettre d'appui à la candidature du professeur au Prix du Québec, le généticien français Albert Jacquard affirme que «sa capacité à dominer les avancées conceptuelles, tout en gardant le souci du service à rendre aux hommes, fait de lui un modèle de chercheur en sciences humaines.» Marcel Rioux et Gérard Bergeron ont déjà été récompensés du prix qui porte le nom du pionnier solitaire des sciences humaines et sociales canadiennes (Léon Gérin est décédé en 1951).L’an dernier, l’honneur revenait au philosophe Charles Taylor, de l'Université McGill, l’année d’avant à l’anthropologue Bruce G.Trigger.Arrimer la sociologie à l’histoire sociale «Je suis très impressionné, dit le récent récipiendaire.C’est la distinction la plus élevée du Québec et elle a souvent récompensé des professeurs pour l’ensemble de leur œuvre.Pour ma part, j’ai 49 ans et je peux encore nourrir l’espoir que ma carrière n’est pas terminée.» Sa feuille de route est pourtant déjà fort impressionnante.Natif de Jonquière, au Saguenay, il a d’abord étudié la sociologie à l’Université Laval (avec deux anciens récipiendaires du prix Léon-Gérin: Léon Dion et Fernand Dumont).Il a ensuite rédigé un doctorat en histoire à l’Université de Nanterre, en banlieue de Paris.Sa thèse, intitulée Le village immobile.Sennely-en-Sologne au XVIle siècle, a été publiée PHOTO FRANÇOIS H IC NT: I I .F Historien et démographe, Gérard Bouchard est un pionnier de l’histoire sociale des populations.Sa renommée déborde largement nos frontières.aux éditions Plon en 1972 et lui a valu des éloges jusque dans Le Nouvel Observateur.Depuis, il n’a finalement qu’approfondi son champ d’étude.«Ix- fil rouge de mes travaux se précise depuis ce temps, reconnaît-il.J'ai toujours voulu arrimer la sociologie à l’histoire sociale, pour en quelque sorte rendre compte du développement d’une société donnée, en tenant compte de tous les acteurs qui agissent en son sein.» La constitution de fichiers informatisés sur la population constitue sa contribution la plus remarquable.Il a d’abord construit une banque de données sur les gens du Saguenay.Mieux connu sous le nom de BALZAC, ce fichier rassemble des données sur toutes les familles sague-néennes depuis les origines en 1342 jusqu’à nos jours.Depuis quelques années, il dirige une imposante équipe de chercheurs qui s’emploie à bâtir un ré- pertoire complet, couvrant, cette fois, l’ensemble des populations qui ont occupe le territoire du Québec depuis le début du XIXe siècle.Une entreprise gigantesque qui vise à traiter plus de cinq millions de documents, tous les actes légaux (actes de naissance, de mariage, de sépulture) qui ponctuent les principaux événements de la vie d’un peuple.«J’ai consacré énormément de temps aux fichiers de population, reconnaît le professeur, parce que l’histoire sociale n’avait pas les moyens techniques de ses ambitions.Mais, à vrai dire, je me définis plus comme un chercheur que comme un développeur de méthodes et d’outils.» Ces outils coûtent des bidous.En recevant son prix dimanche dernier, Gérard Bouchard a déclenché un éclat de rire en soulignant qu’un bon chercheur pense vite et dépense plus vite encore.L’utilité de ces appareils vaut pourtant leur pesant d’or.lx‘s données accumulées permettent d’aborder une foule de thèmes de l’économie rurale à la reproduction des familles, en passant par les comportements démographiques, les dynamiques idéologiques et culturelles ou les répercussions génétiques des comportements collectifs.Une démarche interdisciplinaire La bibliographie de Gérard Bouchard compte des dizaines et des dizaines d’articles sur tous ces thèmes, souvent publiés dans les revues les plus prestigieuses du monde.Il a aussi dirigé ou rédigé onze ouvrages, dont Histoire d'un génome, la première synthèse québécoise portant sur la génétique des populations et l’épidémiologie génétique.Ces études placent d’emblée Bouchard dans les grands courants de l’histoire sociale mondiale et donnent tout leur sens à l’idée de la démarche interdisciplinaire, organisée autour des problèmes démographiques.«Les fichiers sont des machines à croiser les données et toutes les disciplines peuvent y puiser», explique le fondateur du Centre interuniversitaire de recherche sur les populations qui regroupe aujourd’hui plus de 150 personnes.Ultimement, l’idée est même de passer de l’histoire de la population à celle du peuple, d’étudier ce que Bouchard nomme r«américanité» de l’aventure franco-canadienne et même la genèse propre à la société québécoise, qui la particularise et la fonde.«Après un quart de siècle de cheminement, on se retourne et on voit le paysage parcouru dans son ensemble, différent du trottinement quotidien, dit Gérard Bouchard qui s’exprime dans un français riche et coloré, comme son frère politicien, amoureux de Proust.J’ai commencé par étudier une paroisse, puis une région, puis des régions, et maintenant, avec d’autres chercheurs, je m’attaque à un vaste portrait du Québec.» Ce qui ne dit rien pour autant'sur les propositions constitutionnelles.C’est une chose pour le savant Gérard Bouchard de constater l’unité de la population québécoise, ou même franco-canadienne, c’en est une autre pour le politicien Lucien Bouchard de travailler à la souveraineté du territoire sur lequel vit principalement cette population depuis quatre siècles.«Tout ce que je peux dire, c’est que ce genre de travaux déclenche des réflexions sur l’historiographie.qui se nourrit toujours d’idéologies.Il appartiendra à d’autres de jeter des ponts entre mes études et certaines options, d’examiner mes traces.» «J’ai commencé par étudier une paroisse, puis une région, puis des régions, et maintenant, avec d’autres chercheurs, je m’attaque à un vaste portrait du Québec.» FELICITATIONS AUX LAURÉATS DES PRIX DU QUÉBEC 1993 - ygsii '$@$38 MBSIBWWMM iW**» mm& WwÊ ¦ .¦ • • 8IS$fP ' 'V - 'c .;\' ' PPlPlftll : : '- ppf üéi ;orl,iiii(i'i foslncliofr plif]i i« : ni.I in rntf iirniiii i i; i.Mjihamr.vous •••>! luciurô S’applique aux appels faits par I interurbain automatique Bell Vous nous avez dit ce que vous vouliez: économies et simplicité.Et depuis le 2 décembre, c’est précisément ce que nous vous offrons.L’interurbain d’affaires renouvelé.Avec le service Avantage Bell, nous avons réduit le nombre de plans d’économie.Nous en avons regroupé plusieurs en un seul.Nous vous offrons de meilleurs tarifs.Nous cale ulons votre volume total d’interurbains de manière a maximiser le rabais auquel vous avez droit.Et nous vous l’accordons automatiquement.Tout ça pour rendre la gestion de vos télécommunications plus 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