Le devoir, 29 décembre 1993, Cahier A
F 0 N I) E 19 10 I.X X X I V M ü X T 11 K A I.I.!•: M \: I! < I! K |) | 2 il I) K l K M I! I! !•: I il il r i* s s r> ersonnes démunies et les familles indigentes ont droit a un «statut particulier», en quelque sorte, a de la compassion même, pour reprendre la suggestion acidulée de Mme Lise Bacon a son «collègue» Johnson, il y a deux semaines.Tel n’est cependant pas le cas, hélas.On l’a triste ment constaté a plusieurs reprises au cours de l’année qui s'acheve dans l’inquiétude et le désabusement gé-néralisés.Certes, il importe que la gestion du Trésor public soit serrée, et impitoyable la chasse aux fraudeurs.Cependant, la vigilance et la rigueur étatiques doivent rester dans les limites du bon sens et de l’équité.Or.a plusieurs reprises, ministres et grands gestionnaires laissent planer des doutes sur l’honnêteté de l’ensemble des personnes contraintes tie recourir à l'aide financière gouvernementale.Il y des abus, évidemment, et il faut les réprimer sévèrement.Mais de lâ â laisser entendre qu’ils sont généralisés, ou que telle clientèle d’un service est constituée de fraudeurs virtuels, il y a une marge qu’il ne faut pas franchir.Préparées par des technocrates et répétées par des ministres oublieux des droits d’autrui et même de la présomption d’innocence, des estimations prématurées et percutantes incitent à des conclusions hâtives.Déjà démunis, les clients des maigres «largesses» de l'État se sentent alors doublement meurtris et humiliés, traités comme des parasites et des profiteurs.M.Jacoby agace les ministres arrogants au plus haut point avec ses remontrances insistantes, d’un décembre à l'autre.Mais il ne fait que son devoir.11 faut l’écouter quand il les presse de mettre fin aux messages équivoques et ambigus qui discréditent la clientèle la plus vulnérable de l'Etat et les citoyens qui, dans le respect des règles établies, ont recours aux programmes publics.Les pires profiteurs du système ne sont pas toujours ceux que l’on pense et la masse de l’État frappe parfois à tort et a travers.Le respect et l’équité n’ont que faire de la mesquinerie et du mépris que plusieurs dirigeants publics affichent, encourageant ainsi les préjugés les plus tenaces à l’égard de nos concitoyens les plus fragiles, notablement les assistés sociaux.Avec raison, le Protecteur du citoyen insiste sur des evidences, qu’il faut rappeler au moment où la «charité» des Fêtes s'estompe déjà.D;ms ses inévitables coupures budgétaires, l’Etat doit toucher en dernier ressort seulement aux services directs à la population.Et celle-ci a le droit absolu d’être renseignée de manière adéquate.Les plus mal pris sont souvent, également, les moins bien renseignés.Au lieu de sabrer dans ces ressources indispensables, il faut au contraire les maintenir, les amplifier même, pour re-joindre les laissés-pour-compte.Chaque année, le rapport de l’Ombudsman fait état d’iniquités persistantes à l’endroit de l’une ou l’autre clientèle gouvernementale.Cette année, les enquêtes spéciales de M.Jacoby ont mené à des interventions auprès de la Société de l’assurance automobile (SAAQ) et du ministère de la Justice.Les relations avec la première se sont envenimées au point que, comme sa loi le prévoit, le Protecteur du citoyen entend informer le Conseil des ministres des manquements de la SAAQ et faire rapport à l’Asemblée nationale.Auprès de la Justice, par contre, ses représentations répétées concernant les pensions alimentaires ont obtenu plus de succès.Le ministre Gil Rémillard a présenté et fait adopter le projet de loi 131 qui prévoit notamment de nouvelles modalités afin de faciliter la perception de ces pensions (dépôt au greffe des revenus d’un travailleur autonome, saisie de prestations versées par la Régie des rentes).Sera-ce suffisant pour remédier aux iniquités dénoncées par M.Jacoby?Qn verra a l’usage.Délais déraisonnables, réclamations abusives, décisions arbitraires, illégales discutables ou déraisonnables, déficiences dans l’information fournie aux citoyens, ratés dans la mise en oeuvre de nouveaux pro grammes gouvernementaux, telles sont les désolantes tètes de chapitres du rapport.Accablant et déprimant?Certes.Ce qui ne signifie pas pour autant que tout est pourri et que la vigilance ne donne pas des résultats concluants, le temps et la persévérance aidant.Mais quand la «conscience» publique s’alarme, et le fait avec-diligence, il faut l’écouter.Au lieu de diluer les messages percutants de MM.Breton et Jacoby, le premier ministre désigné devrait prendre la résolution et, surtout, les moyens ixitir que plaintes, récriminations et doléances justifiées des citoyens soient corrigées comme il se doit.necessaires.Des «iniquités persistantes» envers les citoyens-clients langue: la réalité humaine avant tout Monsieur le rédacteur en chef, 1 a 18 décembre, vous avez publié une lettre de M.Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, accompagnée de statistiques portant sur l'origine française, entière ou partielle,*de personnes recensées en 1991.D s guerres de chiffres ne m'intéressent pas; la réalité humaine me préoccupe beaucoup.11 y a 666 985 personnes hors Québec qui utilisent principalement le français au foyer.Comme le dit M.Dorion, il faut les appuyer de toutes nos forces.C’est ainsi que j'ai contribué d’importants efforts vers l’obtention de la gestion scolaire francophone la ou elle n'est pas encore établie, ou la ou (notamment en Ontario) elle est largement déficiente.Aussi, je fais la promotion du développement de centres scolaires- communautaires, qui constituent des ressources focalisantes de grande valeur pour les commune francophones de taille relativement restreinte.Je viens d’annoncer que j’entreprendrai incessamment la vérification de tous les points de service au Canada qui sont chargés de fonctionner dans les deux langues.lin février, conjointement avec la Fédération des communautés fran I.K T T R K S ———-?- cophones et acadiennes du Canada, le Commissariat aux langues officielles tiendra un colloque sur l’exogamie, afin d’examiner de façon constructive les problèmes poses par les mariages mixtes.Nous devons pleurer les générations perdues; mais faute de pouvoir les ressusciter, ou refranciser des gens qui se sont éloignés de leurs origines françaises, nous pouvons a tout le moins assurer aux francophones d’aujourd’hui les ressources dont ils ont besoin, et chercher a conserver au sein de la francophonie canadienne les 311 064 personnes additionnelles qui ont répondu en 1991 que le français est bel et bien leur langue maternelle, mais quelles utilisent principalement une autre langue au foyer.Veuillez agréer, Monsieur le rédacteur en chef, l'expression de mes sentiments les meilleurs.Victor C.Gold!)loom Ottawa, le il décembre 19911 Merci François Bourassa s.j.le travail souvent obscur des éducateurs a pourtant des ré|XTcussions inestimables sur la vie de leurs élèves.Nous pouvons tous en témoigner.J'en suis sur.Ht même accrocher dos noms bien précis aux moments mar quants de notre formation.Quand j’entrepris mon cours classique au collège des IVres jésuites de Saint Boni face, en 1937, jetais loin de me douter que le jeune Régent François Bourassa, qui me sauva littéralement des eaux aux éléments latins, avait des antecedents aussi glorieux.Appelé a prendre la releve de notre titulaire, a deux mois de la lin de l’annee scolaire, il nous épargna la catastrophe de doubler notre année.Avec son re gard ix rçant.sa démarche d’athlete et • sa ferme ix rsonnalilé, ce fils du grand Henri Bourassa et petit-fils de I jouis Joseph l’apineau lit de nous des apprenants en nous communiquant le goût du savoir, des connaissances.Professeur émérite de théologie en maintes institutions et, en particulier, a l’t niversile grégorienne de Rome, le pere François Bourassa fut l'un dices grands éducateurs dont on ne |x-ut se souvenir qu’avec une vive gnr titude.Qu’il rc|x>seen paix.Henri Bergeron Outremont, le 21 décembre 1992 La femme?laquelle?Dans un texte intitule «la violence faite aux hommes», paru dans la sei tion Idées du DEVOIR du 31 de cembre dernier, Solange Bolduc discourt sur l'homme et la femme.Il se rait intéressant que Mme Bolduc fournisse les noms des deux personnes auxquelles elle lait ainsi rélé ronce: cela nous aiderait a saisir la perspective qui sous tend son raisonnement.Christiane Monarque Ihiptiy .*] • r; i it'V-H ï isasM MH'RISL .i?OPINION Une expérience de lutte contre la violence faite aux vieux HUBERT DE RAVINEE KCRIVAIN “ adame Lambert n’en peut plus: Depuis 29 ans elle vit aux côtés d’un mari violent qui, sans nécessairement porter la main sur elle, a fini par lui rendre la vie impossible.Mille petites humiliations quotidiennes, mille silences meurtriers ont eu raison de la patience de cette femme qui a fini non seulement par se détacher de son conjoint mais par ne plus avoir aucune envie de se soucier de ce qui pourra bien lui arriver quand elle l’aura quitté.A 71 ans, elle vient en effet de prendre la première décision importante de ces 29 dernières années.Elle va quitter le domicile conjugal.Par un petit matin pluvieux d’octobre, discrètement, sans bruit, profitant de l’absence d’un conjoint assoiffé qui se proposait sans doute de renouveler sa provision de bière.Madame Iximbert s’est en allée avec sa valise et son parapluie.Elle est la premiere surprise de ce qui lui arrive.Elle qui avait toujours peur que son mari la quitte [jour un autre, ce dont il la menait quand son linge n’était pas entretenu a son goût ou quand ses repas n’étaient pas prêts a l’heure.Mais Madame Iambert n’en peut plus, elle ne se pose pas de questions: il y va de sa survie, elle agit par réflexe, un peu comme un combattant qui se sauve sous la mitraille pour se pelotonner derrière un mur.Rien ne peut être pire pour elle que d’attendre une fois de plus la prochaine crise, la prochaine humiliation.Elles se comptent par dizaines de milliers les personnes âgées qui, comme Madame Iximbert, sont victimes d’abus et de violence a des degrés divers.Depuis la simple exploitation financière jusqu’aux sévices corporels, en passant par le chantage affectif ou l’abandon pur et simple.Cette violence est d’autant plus hideuse que les victimes hésiteront toujours à s’en prendre à leurs agresseurs.Elles ne poursuivront jamais leurs enfants qui les exploitent, de peur de voir se défaire les liens familiaux, ultime richesse dont elles disposent.Filles endureront, des années durant, un conjoint violent sinon la seule alternative sera la solitude ou l’abandon.le plus difficile pour elles sera de se décider a partir, d’accepter l’insécurité et le qu’en dira-t-on, d’assumer l’humiliation, de faire maintenant partie des «cas d’abus ou de violence».line oasis de paix Face a ces situations, les aînés ont fini par s'organiser: nombreux sont les regroupements, les clubs, les groupes communautaires qui se sont donné comme mission de prendre à bras le corps le fléau de la violence.C’est dans ce contexte qu’en juin 1992, naissait la Maison Jeanne-Simard, aujourd'hui encore, la première maison d’hébergement temporaire au Québec et même au Canada, accueillant des personnes âgées victimes d’abus et de violence, des personnes qui n’en pouvaient plus de se voir quotidiennement bafouées, moralement et sauvent physiquement.La Maison Jeanne-Simard, c’est l’aboutissement d’un long cheminement.Celui de Johanne Cottenoir, une femme généreuse et déterminée dont le rêve a toujours été de pouvoir accueillir des personnes âgées souffrant de solitude.Depuis maintenant 16 mois, elle realise ce rêve: neuf personnes qui, récemment encore vivaient dans la crainte et les souffrances, retrouvent a la Maison Jeanne Simard un climat chaleureux, reprennent confiance en elles et y puisent les forces nécessaires pour éventuellement repartir dans l’existence.La Maison Jeanne-Simard est su tuée quelque part dans l’Est de Montréal, au coeur du quartier Ho* chelaga-Maisonneuve.Il s'agit d’une grande maison privée, accueillante et chaleureuse, ornée de boiseries anciennes, de vitraux lumineux.Autour de la responsable, plusieurs personnes-ressources sont présentes 24 heures par joun Une psychothérapeute attachée à la mai* son aide les résidents à y voir plus clair en elles.'1res régulièrement; une équipe multidisciplinaire composée d’une infirmière, d’un avocat, de travailleurs sociaux et d’un psychologue, se réunit pour prendre connaissance des situations et donne son avis sur la manière dont elles devraient être traitées.C’est très important pour l'équipe de se sentir ainsi supportée dans son action par des personnes de l’extérieur qui connaissent bien Fa question mais bénéficient d'un certain recul par rapport a l'action quotidienne.Un des premiers problèmes qu’il faut affronter, c’est, on s’en doute bien, celui du financement.Les responsables du ministère de la santé et îles services sociaux sont au courant des besoins de cette maison, ils promettent une aide financière mais celle-ci se fait attendre.11 faut donc partir à la recherche de bailleurs de fonds, et cela sans subvention de depart.! Qua cela ne tienne.Johanne remue mer et monde pour obtenir de l’aide.l-a Maison Jeanne-Simard organise actuellement sa première campagne de souscription.L’aille du public lui est essentielle mais ce qui lui est également très précieux, c'est le sentiment de ne pas être isolée dans sa lutte contre la violence, de sc sentir moralement soutenue par ceux et celles qui ont a coeur de lutter contre un des pires fléaux du notre époques: la violence faite aux vieux.A R R 0 I» 0 s du succès asiatique Selon une etude de la I5M publiée le 29 novembre, les perlormances des economies a forte croissance de l’Asie de l'Est sont dues aux politiques gouvernementales qui ont permis de créer un environnement propice au développement.et d'investir dans la santé et l'éducation.Ce rapport remet donc en question la thèse selon laquelle la réussite economique d'un pays dépend du choix strate gique de ses industries.1rs principales conclusions de cette étude sont les suivantes: ¦ I a partit ipation active ou plus exactement la plus grande efficacité des gouvernements est l'une des des du succès de l’Asie de l'Est.¦ L'intervention de IT.tal est plus marquée dans les nouveaux pays industriels de la première generation (Corée du Sud, Singapour, Hong Kong et Taïwan.Chine) que dans ceux de la deuxième (Indonésie, Malaisie et Thaï lande).H Le fait de miser sur certaines industries a parfois donne d'excellents résultats mais en général, le bilan a été désastreux.¦ les Etats n ont pas hésite a abandonner les politiques jugées infructueuses ou dépassées.Banque Mondiale, déc.9B Le Devoir N I) F P A K II K N K I R 0 II R A S S A L t.I (I ,1 A N V I K R Directrice 1,1,SK UISSONNKTTK Rédacteur en chef KKKNAK.lt DKSCÔTKAIIX I) i rcclc n r dé I é gué a l’adm i n Est rat in 11 A N I) It K I.KC I.K It C Direct c ii r il c I infer m a I i n n It K N 0 i T A H II I N Directeur» adjoint» de I ' i n form alio n P IK It R K II K AII Kl K (I, II IM II CD T K Rédacteur en chef adjoint .1 K A N RIIKKKT S A N S F AÇON i 0 .9(1, rue De Rie u r y, D c c I âge, M o n I r éa I I Ç ne h c c | Il A A AMD.Tel.: ( ,ï I I | DH A A FAIS CK Q t! K I) 0 I S I il I y A A A Fiscalité municipale Les municipalités sont-elles devenues les machines à sous du gouvernement québécois?FRANÇOIS G II AI.I CONSEILLER MUNICIPAL À SAINT-LAURENT a constitution ne reconnaît pas aux municipalités le statut de palier de gouvernement au même titre que le gouvernement fédéral ou celui des provinces et c’est bien dommage.Les corporations municipales sont plutôt des «créatures» des provinces lesquelles sont seules à déterminer leurs pouvoirs de taxation et les services qu’elles peuvent ou doivent rendre à la population.Comme on le verra, cette subordination explique dans une large mesure l’attitude condescendante de Québec dans ses rapports avec les municipalités ainsi que les nombreux contrôles qu’il aime exercer sur elles par le biais de son ministère et de ses organismes.D’ailleurs, on assiste depuis quelque temps à un délestage dfs responsabilités provinciales vers les municipalités sans qu’il y ait, pour le contribuable, un allégement fiscal équivalent cpii permette aux nouveaux responsables d’exercer adéquatement leurs nouveaux rôles.Par exemple, il n’y a pas encore très longtemps, Québec a unilatéralement transféré aux municipalités la responsabilité de nombreuses routes et ponts que le ministère des Transports avait négligé depuis très longtemps.De plus, Québec a décidé de faire payer les municipalités rurales pour les services de la Sûreté du Québec qui patrouillait ces territoires.Enfin, de nombreux organismes d’aide sociale ou communautaire qui vivaient des largesses des gouvernements se sont retrouvés soudainement sans aide aucune malgré l’importance de leur contribution au bien-être des populations qu’ils desservaient.Avec ce pelletage de responsabilités, nous pouvons nous demander si les municipalités ne sont pas devenues les agences de recouvrement du gouvernement du Québec ou des machines à sous pour financer des services que Québec ne veut plus payer?Poser la question, c'est y répondre.Car la délégation de responsabilités est en réalité une délégation de «factures» qu’on nous demande de refiler au même «pauvre» contribuable que Québec continue de taxer lourdement.Mais la contestation récente de la surtaxe sur les immeubles non résidentiels vient rappeler à tous que le contribuable en a marte.Dahs ce contexte, il est illusoire de parler d’autonomie locale puisqu’une ville et ses citoyens ne peuvent plus décider de définir les services pour lesquels ils sont prêts à payer.Des réformes; quelles réformes?Même si la loi interdit aux municipalités de faire des déficits, il ne faut pas croire qu’il n’y a pas de problèmes en ce qui concerne les finances municipales.Et si les réformes amorcées depuis quelques années ont été marquées par l’improvisation, elles ont surtout aggravé le problème de la fiscalité municipale et aliéné la population envers ses administrateurs politiques.Dans les faits, sous le couvert d’une certaine réforme, Québec a toujours cherché à s’accaparer des sources de revenus les plus rentables en échange de promesses qu'il n’a presque jamais tenues.En bout de compte, le propriétaire d’un immeuble a certes raison de se demander si le régime fiscal munici- %.pal est encore équitable pour l’ensemble des contribuables.Ce qui est clair, c’est qu'il doit payer ses taxes sinon l’immeuble sera vendu à la suite de la publication d’un avis dans un journal et malgré nos chartes des droits, sans jugement préalable.C’est en 1979 que le Parti québécois procédait à la reforme de la fiscalité municipale.Le gouvernement voulait ainsi rendre les municipalités plus autonomes face a leurs responsabilités de l'époque.Les principes qui présidaient à cette réforme étaient: l’équité fiscale (une taxation selon le bénéfice reçu); l’intégrité de l’assiette fiscale (réduction des exemptions de taxes); la neutralité (éviter de favoriser un groupe de contribuables).Afin d'atteindre ces objectifs, les municipalités renonçaient aux programmes de subventions inconditionnelles, à leur part de la taxe de vente et de la taxe sur les repas et l’hôtellerie (pour Montréal, Laval et Québec), a la surtaxe sur les immeubles de plus de 100 000$ sur le territoire de la CUM et à différentes autres taxes (sur les locataires, sur les étudiants, sur les lits d’hôpitaux).En contrepartie, le gouvernement promettait aux municipalités quelles occuperaient seules le champ de l’impôt foncier.Or, cette réforme, entrée en vigueur en janvier 1980, en accordant plus de revenus aux municipalités en raison du transfert de l’impôt foncier scolaire normalisé et du réaménagement de la taxe d’affaires, créa l’illusion d’un gain pour le monde municipal.Elle a, par la suite, occasionné de nouvelles situations de crise.line vision à court terme A mon avis, les municipalités ont commis une erreur grave en acceptant de réduire leurs sources de revenus au seul champ de l’impôt foncier.En voulant se réserver l’impôt foncier, les municipalités se trouvent à la merci du marché immobilier.Cela peut être intéressant en période inflationniste, mais lorsque survient une récession, il y a un risque d’effondrement des valeurs foncières et une diminution des revenus municipaux.De plus, il est illusoire de penser que les municipalités sont plus autonomes depuis la réforme lorsque l’on connaît les différents contrôles administratifs exercés par le MAM et la Commission municipale du Québec.Enfin, les municipalités n’ont jamais eu l’exclusivité de la taxe foncière puisque les commissions scolaires ont conservé le droit d’imposer une taxe de 25 cents par 100$ devaluation uniformisée et ce plafond a encore été augmenté à 35 cents en 1990.Plusieurs municipalités ont cru qu’en favorisant le développement domiciliaire, elles allaient élargir leur assiette fiscale et profiteraient davantage d’une fiscalité qui repose sur la taxe foncière.Or, des études récentes confirment que ce développement n’est pas toujours rentable; l’examen de la dette accumulée par certaines villes de banlieue nous en fournit une autre preuve.Bref, avant la réforme, les municipalités ont réclamé une diversification de leurs sources de revenus et ont dénoncé les injustices créées par les méthodes d’évaluation aux propriétaires de maisons unifamiliales.Loin de défendre leurs justes points, elles ont accepté une réforme à courte vue qui ne répond pas à ces préoccupations et qui devait malheureusement accentuer leur dépendance.Cinquante modifications à la réforme La réforme est devenue une réforme permanente comme le démontre la cinquantaine de lois qui, depuis 1980, sont venues modifier la Loi sur la fiscalité municipale.Puis, en 1989, Québec décida qu a l’avenir le rôle annuel d’évaluation serait triennal et sa valeur fixée 18 mois avant son entrée en vigueur.Les municipalités avaient PHOTO ARCHIVES De simples machines à sous, serait-ce ce que sont devenues les municipalités pour l’État québécois?également la possibilité, en adoptant ce rôle, d’étaler l’augmentation de la valeur d’un immeuble sur trois ans.Un tel rôle triennal peut plaire aux contribuables en période d’inflation et de spéculation.Toutefois, en période de récession et de stagnation du marché immobilier, ce rôle risque de ne pas représenter la véritable valeur des immeubles et d'apparaître injuste aux yeux du contribuable.Puisque c’est la situation que nous vivons actuellement et que les municipalités devront bientôt adopter un nouveau rôle, d’aucuns ont suggéré de «geler» la valeur des rôles présentement en vigueur.Cette proposition cherchait à contenir la frustration des contribuables qui se sont exprimés, en partie, par les dizaines de milliers de plaintes portées devant le Bureau de révision de l’évaluation foncière du Québec, incidemment, pour contenir la rage des contribuables ou pour en profiter, Québec a décidé en décembre 1992 que le Bureau ne rembourserait plus les frais pour porter plainte et que ceux-ci seraient augmentés le 1er janvier 1994.La «Réforme Ryan» entrée en vigueur en 1992 n’a rien fait pour corriger les injustices de base de notre régime fiscal.Le but de cette dernière réforme était de refiler une facture de quelques centaines de millions de dollars aux municipalités afin de permettre au gouvernement de sauver sa cote de crédit.A cette occasion, les municipalités ont aussi perdu quelques dizaines de millions de dollars avec l’abolition de la taxe d’amusement.Ixjs taux de la «taxe de bienvenue» (les droits de mutation immobilière) furent doublés et cette taxe devait être imposée non plus sur le montant inscrit au contrat de vente mais plutôt sur la valeur qui apparaît au rôle même si cette valeur ne reflète pas la véritable valeur de l'immeuble.Enfin, la taxe d’affaires pouvait être remplacée par une surtaxe sur la valeur des immeubles non résidentiels que les propriétaires devaient payer même si leurs locaux n'étaient pas loués.Est-ce vraiment le partage plus équitable des responsabilités annoncé par Claude Ryan?La Commission royale d’enquête sur la fiscalité (Rapport Bélanger) écrivait en 1965: «La fiscalité municipale n’a pas toujours été pensée de façon systématique au Québec.Des modifications ont bien été apportées aux pouvoirs fiscaux des municipalités pour répondre à des problèmes spécifiques, sans remettre cependant en question l’ensemble du régime fiscal.» (p.358).Presque trente ans plus tard, nous pensons qu’il est temps de revoir de façon globale le régime fiscal municipal et cesser d'apporter des «semblants» de solution aux injustices les plus criantes de la fiscalité municipale.Car les municipalités n’ont pas été créées pour devenir le Casino du Trésor québécois La solution du travail partagé Avec le temps partagé, des travailleurs auront moins à courir au quotidien et feront l'expérience dune qualité de vie plus grande PI ER RE-PAUL MO RISSETTE DENIS H R ETON G ROUI’E « PARTAGE-I LAVAI I -, QUEBEC n courant d’opinion prend figure de courant d’air, depuis l'Europe bien avant chez nous, et maintenant ici.Il alimente un débat __ qui ne fait que s’amplifier, autour de la réorganisation du travail: le Fourni pour l’emploi creuse la question depuis un certain temps, la CEQ él la l'TQ viennent de signer une entente qu’on dit historique avt;c 1h gouvernement.A la fonction publique québécoise, l’épineux problème du personnel mis en disponibilité accélère le remue méninge de l'organisation: le questionnement autour de l’embauche de ressources nouvelles et même celui sur le maintien en poste du personnel occasionnel sont déjà dépassés.Le ministère du Conseil exécutif vient de tenir un comité sur le partage du temps de travail: semaine de travail réduite?encouragement au congé sabbatique?rien n’est exçlu a priori.A mesure que s'élargit le débat, la visiomsur les formules s’enrichit, et même on pourrait dire, s'humanise.On vise le volontariat.On pense à favoriser la retraite progressive, mais aussi a tirer profil de l'expertise des seniors.Le temps libéré pourrait être consacré a la formation continue.Des entreprises comme Bell laissent entendre qu’elles pourraient conserver jusqu a 25% de son salaire à un employé qui prendrait un congé pour s'impliquer dans un organisme Sans but lucratif.Le débat mûrit aussi au plan stratégique.On veut des solutions qui ne soient pas que généreuses.On avance que certains secteurs se prêteraient mieux que d'autres au partage du temps.Sur le fond, on cherche des solutions ou serait partage non fias I appauvrissement mais la riches moi o ARcmvrs WWiî) WiiQtt a»is?ttifewt #****.m Nous n'allons pas échapper à la nécessité de trouver des formes quelconques de solidarité; le travailleur, l'entreprise, l'État ont chacun une grosse part à jouer si nous voulons sortir de cette crise.est un objectif primordial, oui la pro- se collective.Un article de Jean-Robert Sansfaçon, dans LE DEVOIR, du 26 octobre dernier, commente les enjeux de cet ordre.Nous-mêmes, les auteurs de ces lignes, vivons au sein de la fonction publique québécoise la réalité du temps réduit, et nous travaillons avec nos gestionnaires à le convertir en temps partagé.L’un de nous, professionnel, travaille à quatre jours/semaine, avec une réduction de salaire en proportion; son congé du lundi le rend plus disponible à s'impliquer dans un projet familial d'accueil.L’autre de nous deux est gestionnaire.Désireux de se rendre disponible à parrainer des jeunes vers l'emploi, il s'apprête à prendre un congé de six mois à traitement différé, bt portion de salaire libéré pourrait permettre de prolonger le contrat d'un collègue occasionnel ou d'embaucher une personne pour la durée d’un projet ponctuel.Le transfert du temps libéré pose problème; il se heurte à des nonnes et.surtout, à des pratiques de gestion qui n’ont pas été pensées pour ces nouvelles situations.Nous avons formé avec d’autres collègues un groupe de réflexion qui vise à susciterait sein de la fonction publique un programme de temps partagé, sur une base volontaire.Ce programme viendrait non pas alimenter une caisse de compressions budgétaires, mais fournir de l'emploi neuf, ou à tout le moins protéger des emplois menacés.Il s'agit pour notre groupe d'un geste de solidarité en même temps que la recherche d'une plus grande qualité de vie.L'enjeu du temps partagé apparaît à un moment ou tous les acteurs sociaux, entreprises comme syndicats, sentent l'urgence de réorganiser le travail, sans pour autant voir la façon d'y arriver.Il se pourrait bien que la révolte des jeunes, grandissante elle aussi, ne nous laisse pas le temps de fignoler nos formules.Nous n’avons pas le choix: le temps presse d'expérimenter des approches, même in- certaines.bt panacée sera pour plus tard.Et surtout, le temps presse de lancer aux jeunes, aux exclus de plus en plus nombreux de l’emploi, ce qu’on pourrait appeler «des signaux sociaux d’espérance».Le courage de dire certaines vérités La question n’est pas d'abord de trouver la bonne formule.Elle est d'avoir le courage de mettre sur la table certaines vérités: non le plein emploi ne va pas revenir de sitôt; il est peut-être même révolu.Non la croissance économique et les progrès technologiques laisses à eux-mêmes ne vont pas fabriquer (les emplois; au contraire, c’est dans leur logique d'en supprimer.Oui le chômage, à chaque personne qui le subit et s’y dévitalise, est un scandale.Oui.le développement économique ductivité est un point d'appui indispensable si nous voulons régénérer l'emploi, surtout avec la concurrence internationale et le libre-échange — mais le souci des exclus est un objectif tout aussi impérieux, sinon nous allons briser d’une main ce que nous avons gagne de l'autre.Non nous n’allons pas échapper à la nécessite de trouver des formes quelconques de solidarité; le travailleur, l’entreprise.l’Etat ont chacun sa grosse part à jouer si nous voulons sortir de cette crise.Nous faisions mention de l’article de Jean-Robert Sansfaçon.Celui-ci a raison d'insister sur la nécessité d’innover, également d'être critique face aux formules magiques ou qui serviraient simplement à nous donner bonne conscience.Toutefois, son article a des relents de caution sans condition de l’économie libérale: face à celle-ci, trop de gens ont déjà commencé à baisser les bras.line solution d’étape Le partage du travail peut être vu comme une solution d'étape, avec d'autres, qui nous aide à digérer les changements obliges.Il faudra continuer de combattre le travail au noir, de valoriser l'entrepreneurship, etc.Pendant ce temps, le débat social qui s'élargit va forcement questionner les valeurs confortables qui ont servi d’étalon à notre generation, actuellement au volant de notre société.L'enjeu: des mentalités à faire bouger.Avec le temps partagé, des travailleurs auront moins à courir au quotidien et feront l’expérience d'une qualité de vie plus grande.D’autres, avec un revenu aminci, auront l’occasion de remettre en question leurs vrais besoins, se découvriront des ressources d'imagination qu’ils ne soupçonnaient pas.Des gestionnaires s’apercevront que leur gestion ne s’en porte pas plus mal.Et nos gouvernements auront l’occasion d’explorer comment opérer sans cassure les transferts de sommes gigantesques consacrées jusqu'ici à l'assurance-chôma-ge et à l’aide sociale, comme ils ont entrepris de le faire avec, le désarmement.Nous entrons dans une période qui va multiplier les laboratoires: c’est déstabilisant, et ça peut être aussi passionnant, si on ne perd pas de vue que le seul progrès qui vaille est celui fait en fonction de l'humain Les acteurs sociaux sont tous dans une phase d'incertitude.Dans une période pareille, l'option solidarité ne peut être que gagnante à long terme, quelles que soient les formules mises à l’essai.Pour le reste, nous sommes de ceux qui croient qu'à se mouiller d'abord soi-mème.on risque de ne pas être trop loin des solutions.L ' É (J U I P E D U I) E V O I R L\ RÉDACTION Journalistes à l'information générait* et métropolitaine Sylvain Blanchard, Paul Cauehon, Jean Chartier.Jean Dion.Louis-( lilies Francoeur.Louis-Guy L'Heureux, Caroline Montpetit, Bernard Morrier, Isabelle Paré, Diane Précourt,.Laurent Soumis.Guy Taillefer, Danny War; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographo .à l'information culturelle: Michel Bé-lair (responsable).Stéphane Baillargeon, Roland-Yve> Carignan, Pierre Cayouette {Ui res) Paule des Rivieres, Marie Luirier, Robert Levesque, Odile Iremblay; à l'information économique Gérard Berube (responsable).Robert Dutrisac, Jean-Pierre Wgault.Serge Truffaut, Claude Turcotte, à l'information internationale: François Brousseau
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