Le devoir, 10 février 1996, Cahier D
?LE DEVOIR «- U feuilleton Page D3 Essais québécois Page 1)5 ?Modigliani Page D8 Formes Page D10 L K I) K V OIM.I.K S S A M K I) I I O K T I» I M A X C II K II F K V II 1ER I !» !» -e.ÏÏv %'’I ( \ f 2* ! j /Vjejeafn Ml EN CONFIDENCES O Miss Septembre., François Gravel\ un roman, un auteur dont les discours sont faits de silenee KAREN RICARD Quoiqu’affable et visiblement heureux de présenter un septième roman pour adultes, François Gravel, l’auteur d’une dizaine de romans jeunesse, exprime dès le début de l’entrevue une réticence à parler longuement de Miss Septembre.«Quand j’écris, c’est comme si je faisais un rêve, et j’invite les lecteurs qui le veulent bien à m’accompagner tout au long de ce rêve.» Ce rêve prend ici la forme d’un fantasme et se présente de prime abord comme un bon vieux roman policier.Geneviève Vallières, 22 ans, diplômée en éducation physique, showgirl au bar Le Pussy, commet ce qu’il faut bien appeler le «crime parfait».Avec pour seule complice sa petite Honda blanche, qui la conduira à une succursale bancaire d’un village huppé des Laurentides, munie de deux bâtons de dynamite achetés en toute discrétion à un Hell’s du boulevard Labelle, Geneviève Vallières réussira à extraire du coffre du guichet automatique la totalité des dépôts de nuit des commerçants du coin.244 627 dollars en petites coupures qui deviendront vite un magot un peu encombrant.car, se dit-elle, il ne faut pas éveiller les soupçons.Mais c’est un faux roman policier, précise François Gravel.Le lieutenant Brodeur, chargé de l’enquête, se retrouve d’ailleurs rapidement dépassé par ce vol audacieux et minutieux qui n’a rien à voir avec ces coups d’éclat à l’origine des meilleurs thrillers.Ce qui ne l’empêchera pas de suivre la trace de Geneviève qui, à ses heures et depuis six mois, est aussi Roxane-la-gymnaste-qui-assouvit-tous-vos fantasmes-ou-presque dans un bai- du centre-ville.Miss Septembre, un faux roman VOIR PAGE D 2 : GRAVEL PHOTO JACQUES GRENIER LE DEVOIR 1 i " i ult -•> >if f N ¦n N ¦ : r.¦ J :lt r -.ul Zi f S'1 T U'» •ütt 39X l't N Î04I ¦> r î ni is f ¦ t ¦;P t Sur le design Julien Hébert ou l'art des objets dans notre vie.LIBERTE 223 février 1996 128 pages 6$ Disponible dans les bonnes librairies I.I'! I) K V (Mil.I.K S S A M K I) I I 0 K T l> I M A N' (' Il K II I' K V II I K II I II !> ~^Klavan Nouvelles histoires àfair* Editions Guy St-Jeârf r°Ugir Pratl'que des .m inarm 'en igéiH,K 41 ttti* § Mctmuuite inefit p v/énus mes vienne*! \/énu* hommes .npent de tes no»"- vienne*- tes femme* orsLoglqUe Prix en vigueur jusqu’au 10 mars 1996.Jugé coupable je Lattès 29,95* ch.23,95$ch.Coffret 3 contes pour tous La Fête Les Pinardises Boréal Le dieti l0nnaii Samedi, le 17 février de 14h à 16h Venez rencontrer Stanley Péan pour son livre «Zombie blues» 1691, rue Fleury est Montréal La grande librairie de Québec 24, Côte-de-la-Fabrique Québec, Québec G1R3V7 Tél.: (418) 692-4262 Fax: (418) 692-4586 Place Laurier 2' étage 2700, boul.Laurier Québec, Québec G1V2L8 Tél.: (418) 653-6053 FAx: (418) 653-5789 Place Laurier 1" étage 2700, boul.Laurier Québec, Québec G1V2L8 Tél.: (418) 653-6065 Fax: (418) 653-5171 Place Fleur de Lys 550, boul.Wilfrid-Hamel Québec, Québec G1M2S6 Tél.: (418) 649-0248 Fax: (418) 649-7749 Place Québec 880, Auto.Dufferin-Montmorency Québec, Québec G1R4X5 Tél.: (418) 524-3773 Fax:(418) 524-9419 Galeries de la Capitale 5401, boul.des Galeries Québec, Québec G3K 1N4 Tél.: (418) 627-5480 Fax: (418) 627-5109 Galeries Chagnon 300, Côte-du-passage Lévis, Québec G6V 6Y8 Tél.: (418) 837-5538 Fax: (418) 837-9329 Carrefour de l’Estrie 3050, boul.Portland Sherbrooke, Québec J1L1K1 Tél.: (819) 569-9957 Fax: (819) 569-9364 Place du Royaume 1401, boul.Talbot Chicoutimi, Québec G7H 4C1 Tél.: (418) 549-7196 Fax: (418) 549-2462 Réseau des librairies Garneau, filiales du groupe r» *.'H- :n- m g:-.: & t » : l s: i croisés (êarnpatt : 20 LIBRAIRIES À VOTRE SERVICE À TRAVERS LE QUÉBEC SOgideS : .?1 ¦: C * i I.K I) K V (Mit, I.K S S \ M K I) I I O K T I» I M A N ( Il K II K K Y K IKK I il K K I) V R E S - L E F E U I L L E T 0 N Une curiosité chagrine Patrick Modiano: un 17' roman en 28 ans, et un charme intact.DU PLUS LOIN DE L'OUBLI Patrick Modiano Gallimard, 1996,165 pages Les années psychédéliques, il les a vécues en noir et blanc, Patrick Modiano.Aux jours les plus gais il y avait du gris, aussi, dans son délire.Noir café, blanc ciel, gris nuit, ses arcs-en-ciel d’adolescent étaient non irisables et ses Stones à lui furent des fantômes.Villa triste, rue des boutiques obscures, dimanches d’août, fleurs de ruine, chien de printemps, cirque qui passe, quartier perdu, ronde de nuit, boulevards de ceinture, du plus loin de Foubli: ses mondes, ses titres, ses livres forment l’œuvre romanesque parisienne la plus éthérée, mais aussi la plus topographique depuis Balzac.On pense d’ailleurs aux romans de Modiano, à ceux qu’on a lus depuis longtemps — le premier est paru en 1968, c’était La Place de l'Etoile —, comme on revoit des scènes plus ou moins précises de ces films de la Nouvelle Vague, ceux de Varda et ceux de Jacques Rivette (je pense à Paris nous appartient), tournés caméra à l’épaule, en noir et blanc, dans les rues grouillantes de Paris.Un regard à travers une vitre de café, la traversée d’une place déserte l’hiver, un panoramique rapide sous les arcades de la rue de Rivoli, un alcool enfilé à un zinc de la rue de Seine, un autobus attrapé à l’arraché, un escalier jeté dans le noir après la minuterie, une femme inquiète dans le miroir des vécés.Voilà un romancier — mélancolique à l’extrême — qui travaille comme un cinéaste, du moins ceux du cinéma qu’on appelait vérité.Il R O H K K T E É V E S Q U E ?¦ i fait ses repérages.Avant d’écrire, il a choisi et marché ses lieux, établi ses climats, fait ses marques.Cette fois-ci pour Du plus loin de l'oubli dont l’action se déroule principalement en 1964: un petit hôtel du quai de la Tournelle qui fermait cette année-là, un autre hôtel boulevard Saint-Germain au coin de la rue des Bernardins, un café de la rue Dante et l’emplacement précis de son billard électrique, la station de métro Pont-Marie, la librairie anglaise près de Saint-Julien-le-Pauvre, le café de la rue Cujas qui était ouvert toute la nuit, le 160, boulevard Haussmann, etc.Errance inquiète dans le passé L’œuvre de Modiano en étant une de rêverie romanesque et de recherche du temps perdu (c’est un Proust père de famille, sans la petite madeleine ni la grosse ambition), de digression lancinante et d’errance inquiète dans le passé, on sent qu’il lui faut, pour soutenir ses récits et rassembler ses touches, ces pilotis que sont les lieux de la ville, il faut à ses histoires de fuites des espaces précis, l’hôtel, le café, la rue, le carrefour étant les points cardinaux d’un monde littéraire d’où les boussoles sociale et philosophique sont à ja- mais exclues.Chez Modiano, on rêve à des choses très précises.Toujours chez Modiano un jeune homme se retrouve dans les déchirures du passé, qu’il tente de recoudre mais il n’aura jamais suffisamment de fil et d’aiguilles, sa chemise comme sa vie est à jamais trouée: dans ces ersatz de vieux temps repasseront des ombres anciennes, qui sont des amalgames de plusieurs personnes autrefois connues ou observées, redevenues sous la plume des personnages mo-dianesques, retrouvés ou recréés dans une époque resurgie de l’oubli.Dans ce dix-septième roman, où Modiano n’a pas perdu la main et où le charme anxiogène de sa lecture est intact, l’écrivain recrée un jeune homme qui n’avait pas vingt ans en 1964 (Modiano est né en 1945), qui déjà en était à oublier le visage de ses parents et vivait seul en faux étudiant au Quartier latin, se faisant quelques sous en revendant aux libraires des ouvrages d’art dénichés chez les bouquinistes des quais.Il fréquente un couple, il ne sait plus comment ni où ils se sont connus mais se souvient d’une première fois où il monta déposer ses livres dans leur chambre d’hôtel quai de la Tournelle, avant d’aller à la poste de l’Odéon, et il s’était logé pas loin, à l’hôtel de Lima; ils se voient dans un café de la rue Dante.Ce couple va nous demeurer étranger.Lui, Gérard Van Bever, qui a toujours ce manteau à tissu en chevrons, trop grand pour lui, file vers des casinos de province le temps des week-end.Elle, Jacqueline, qui porte son col roulé gris à torsades, une veste en cuir souple couleur marron, trop légère pour l’hiver, ne le suit pas, elle tousse, elle aime respirer de l’éther.Le jeune homme en est irrai-sonnablement amoureux.Un jour que Gérard Van Bever est au casino de Dieppe, ils fuiront vers Londres après avoir dérobé, au 160, boulevard Haussmann, une valise contenant de l’argent appartenant à un soi-disant dentiste aux activités secrètes, louche amant d’occasion de Jacqueline.Ils vivoteront quatre mois dans Londres, d’hôtels minables en parcs verdoyants, rencontreront une faune bohème et interlope dans laquelle un jour disparaîtra Jacqueline, quand lui est en train de naître à l’écriture.Quinze ans plus tard, en 1979, il la reverra par hasard à Paris, au sortir d’une bouche de métro, rue Corvi- sart, mais elle ne le reconnaît pas.Quinze ans plus tard encore, en 1994, il l’apercevra dans le quartier huppé de La Muette, il se glissera dans une réception où, là, portant un autre nom et un autre prénom, elle lui parle, le raccompagne et lui donne un numéro de téléphone, évidemment un faux.Comme son photographe américain dans Chien de printemps, comme son détective amnésique de Pue des boutiques obscures, ou les figures de père embrouillées de plusieurs de ses romans, ces silhouettes de l’année 1964, ce Gérard Van Bever, le dentiste P.Cartaud, Jacqueline la belle tousseuse, l’homme d’affaires Peter Rachman qui à Londres se ménage des lits de camp dans ses immeubles abandonnés sont autant d’obsessions saisies dans le passé de Patrick Modiano, obsessions d’une vie qui serait «morte» mais dans le cimetière de laquelle le romancier, imperturbable enquêteur, retourne régulièrement avec une détermination inquiète, une curiosité chagrine.Vieil adolescent de 51 ans, fils d’une actrice flamande et d’un homme d’affaires italien, écrivain incapable de terminer une phrase devant Pivot, Patrick Modiano est le plus singulier des écrivains français; il est inclassable parmi les plumes actives de Paris, car c’est un être à part, comme on dit quand on ne sait trop quoi dire.Talentueux et inatteignable, Patrick Modiano aura passé sa vie à écrire des histoires de solitude et d’angoisse, des récits qui sonnent longtemps à nos oreilles, parfois comme une bagatelle dansante du Mozart le plus neurasthénique, parfois comme une sarabande pour violoncelle du Bach le plus transcendant.i f Du fantastique et du quotidien DES TROLLS El DES HOMMES Selma Lagerlof, Actes Sud, Paris, 1995,195 pages MARIE-CLAIRE GIRARD Prix Nobel de littérature en 1909, Selma Lagerlof a profondément été marquée dans sa jeunesse par les légendes de son Varmland natal.Après une courte carrière d’institutrice, elle décida de redonner vie aux contes immémoriaux du Nord, mais en leur conférant des accents nouveaux.Sous la pesanteur du réel, le fantastique renoue connaissance avec le quotidien des hommes et des bêtes, de concert avec le culte de la ,Ü.": -— r" ./* • : .-C1 | • «vÿ m • • • M:Xt îfS'^v Selma Lagerlof en 1908, vue par le peintre suédois Cari Larsson.O AD 16 FEVRIER SUCCURSALES GRANDE SURFACE 4380.rue Saint-Denis 844-2587 ouvert de 9h à 22h.7 jours © Mt-Royal (S rue Drolet, via rue Mt-Reyal 277-9912 371 Laurier O.Carrefour Angrignon Mail Champlain Centre Laval 365-4432 465-2242 688-5422 KO] ïjTïijj [îl M famille et le sens du devoir, mais sans jamais imposer une morale lourde ou morose.Mieux connue pour Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson, Selma Lagerlof a cependant écrit de délicieuses nouvelles et Actes-Sud nous propose, en traduction, ce recueil où elle s’intéresse plus particulièrement, mais pas exclusivement, aux trolls.Disons-le tout de suite, les trolls de Selma Lagerlof n’ont rien à voir avec les petits machins fluorescents hideux et poilus qui ont envahi les pharmacies Jean Coutu au cours des dernières années et dont tous les enfants possèdent au moins une douzaine d’exemplaires.Les trolls authentiques de la Suède des contes se rapprochent davantage de ceux qu’a décrits Tolkien dans Le Seigneur des anneaux, ils sont méchants, cruels, vindicatifs.Si la lumière du jour les surprend, ils se transforment en pierre, aussi prisent-ils davantage l’obscurité délétère des cavernes et, bien sûr, ils haïssent franchement tous les humains.,La première histoire du livre, L’Echange, met en scène de tels êtres mythiques, toute une famille en fait qui, par le plus grand des hasards, se retrouve en possession d’un petit d’humain alors qu’une famille de paysans se voit contrainte de s’occuper d’un enfant-troll.L’échange en question a été accidentel, il va sans dire, et le père de l’enfant n’en finit plus de reprocher sa négligence à sa femme, responsable de tout d’après lui.Et la femme, qui pleure son enfant disparu, ne peut s’empêcher d’être bonne et de protéger le petit troll, même s’il est laid à faire peur, méchant et odieux.Il y a dans cette histoire à la fin touchante une grande tendresse et une grande humanité, encore là sans que l’on sente l’envoi d’un message plus gros que le nouveau Forum.C’est là tout l’art d’un écrivain sachant reprendre et traiter avec fraîcheur et sensibilité des histoires vieilles comme le monde.Le reste du recueil est à l’avenant, dégageant, à travers une écriture sans fioritures, une force et une sagesse dans la narration qui auront l’heur de plaire aux grands comme aux petits.L’occasion de découvrir, si on ne la connaît pas déjà, ce grand écrivain suédois et la mythologie nordique qu’elle prend tant de plaisir à faire revivre.Gérald Tougas LA CLEF DE SOL et autres récits 192 p., 22,95$.Les errances d'un Manitobain ou comment voyager sans jamais perdre le sens de ses origines.À % p ! ê/i';} Gérald Tougas Lu clef de sol cl .nitres récits tri Gérard Tougas________ C.G.JUNG De l'helvétisme à l'universalisme essai 208 p.24.95$.L'auteur se penche sur une autre littérature marginale et nous livre une étude sur Jung et la littérature helvétique.Un livre d'une rare érudition.CtffARDTOUGAS C.G.JUNG OC L MCLVÉTISMC * A L UMIVEUSAMSHC éditeur XŸZ éditeur 1781.rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 abc delàlittérature ,Téléphone: 525.21.70 • Télécopieur: 525.75.37.• Joseph Jean Rolland DUBE roman «Ce soir-là j’étais chez moi pour la dernière fois.Une vieille construction au bord du fleuve.Une petite maison toute bleue.Un palais où j’entassais artefacts, livres et souvenirs.Au fil des saisons, elle était devenue un temple érigé à la mémoire d’un homme qui n’avait pas vécu.Ni femme, ni enfant, ni chat, ni chien.Qu’un nid de guêpes.» Pascale Navarro.Voir 18,70$ 132 pages Boréal urn.Spiff; v.'ïSj: Gloire Boréal I K I) K VOI II I.K S S A M K IM 10 E T D I M A N ( HE II F K V II I E II I H !» Il I) I V li, E S 1 1 T T I?I> \ T 1 I l> 17 H lî \i U L 1 1 1 L II il i 11 L U Il li 1) Espaces du cœur J A C 0 O E S A I.I.A H I) ?, PETIT HOMME TORNADE Rocli Carrier, Éditions internationales Alain Stanké, Montréal, 1996,284 pages Roch Carrier publie depuis une trentaine d’années.Cela fait maintenant trente-trois livres, où dominent les contes et les romans, leurs tableaux paysans et leurs virées dans les nuages.Avec la verve et la poésie d’une écriture populaire.Pensez à Floralie, où es-tu?(1969), à Les fleurs vivent-elles ailleurs que sur la terre (1980).Avec ce Petit Homme Tornade, son quatorzième roman, voici le plus abondant sinon le plus important, sans nul doute le plus ambitieux de ses récits.L’ouvrage est aussi une sorte de synthèse où ses lecteurs iront aisément de La Guerre, yes sir!, le best-seller de 1968 (deux cent mille exemplaires dans les deux langues) à II n'y a pas de pays sans grand-père (1977).Prenez le titre.Il renvoie à un vieil Indien de l’Arizona habité par ses souvenirs de soldat: amputé d’un bras lors du débarquement de Normandie, il a connu l’amour de sa vie avec une infirmière provenant de Québec.Ajoutez que le vieux est orphelin (encore enfant, il a tué accidentellement son père en défendant ses terres) et qu’il se meurt de ne pas avoir de fils à qui transmettre la tradition.Ainsi revient le monde familier de Carrier, à travers un parcours des Etats-Unis (bien vu: le désert des Na-vajos, au pays des mesas), en passant par Québec (avec l’île d’Orléans) et par la France (Paris et la Normandie).Objectif: dessiner une quête de l'Histoire (des temps premiers) pour faire triompher l’espace franco-américain du cœur.Comme d’habitude, l’affabulation se présente simplement, par l’intermédiaire d’un personnage repoussoir: Robert Martin, maigre professeur d’histoire qui dans sa fuite de difficultés conjugales, se passionne pour l’aventure des pionniers d’origine canadienne-française.Leurs descendants ne sont-ils pas aujourd’hui quelque treize millions?Qui est ce Joseph Dubois, auteur de la premiè- re transaction enregistrée dans un petit village du Colorado?Universitaire encroûté, il croira tenir le sujet d’un ouvrage magistral.Il refera l’Histoire.Mais sa rencontre de Petit Homme Tornade, bouleversera tout.L’aborigène va partout répétant comme un mot de passe: «Où est la rue Gît-le-coeur?» ou encore: «33 Grande Allée, Québec», les seuls mots français appris.Les signes de piste vont donc aller s'emmêlant, quoique le narrateur (anonyme) prendra son temps, faisant alterner pendant toute la première moitié du texte des histoires concurrentes: l’histoire incertaine, les mythes amérindiens et d’autres micro-récits où grouille la vie nocturne d’un pays de cactus et de serpents.Les courts chapitres vont s’allonger peu à peu jusqu’à l’étalement généreux de l’histoire (centrale, à tous égards) de Blanche.On l’attend un peu celle-là, insensible aux souffrances de l’universitaire esseulé, tout en étant parfois refroidi par les répétitions du vieux fou d’amour.Le récit avance longtemps par l’apposition des épisodes plutôt que par leur articulation.Sa prose adore abouter les éternels «sujet-verbe-complément».La juxtaposition plutôt que la liaison.Ce style si typique («primitif» ou télévisuel?) chez Carrier qui reprend le modèle du patchwork s’illustre dans les trente-six épisodes.Heureusement, cela va s’amenuisant comme pour bien annoncer la victoire du livre qu’on lit sur le livre projeté par le triste Robert Martin.Une telle façon d’occuper le territoire narratif dit aussi assez naturellement la réunion finale des espaces du cœur.L’Histoire a cédé devant le «roman» des personnes fia biographie), celui des mentalités et des cultures métissées, l’espace a bien gagné sur le temps et ses frontières.Le monde romanesque dit donc progressivement non à la partition.Mais ne vous pressez pas trop de conclure à une étroite politique du texte, songeant à l’engagement fédéraliste de l’auteur (lors du dernier référendum).Ou alors remarquez la contradiction: le Canada est ici ignoré au profit du Québec, de la France et des Etats-Unis, constituants bien connus de l’Amérique française, avec, bien sûr, l’indianité retrouvée.Petit Homme Tornade résonne de bien d’autres discours d’aujourd’hui.Outre les thèmes déjà signalés, il y a celui insistant du ciel à contempler et du rôle nouveau des femmes (une veuve devient «entrepreneure» et aime le faible intellectuel qu’est Robert).Le tout bien fignolé, très digeste et imagé.Le maître Carrier n’est pas que le maître conteur de notre vieux rêve américain.Comme d’autres romanciers de l’espace perdu (Jacques Godbout, René La-pierre, Jacques Poulin, Noël Audet, Jacques Folch-Ribas, Victor-Lévy Beaulieu.) il sait aussi lire son époque.OCH C, Stanlç PETIT HOMME /omade De Roch Carrier, le plus abondant sinon le plus important, sans nul doute le plus ambitieux de ses récits oiicour a Dimanche à 1 6 h » « LE DEVOIR Courez La, cha,iu;e «Lo ttÇagnor: 1 prix 3 prix Deux billets d’avion à destination de Genève sur les ailes de swissair^ Les "best-sellers" de l’année offerts par les éditeurs et remis par DU SQUARE et HERMES «Pour se qualifier au tirage, les participants doivent identifier correctement le livre d’où sera tirée la phrase mystère qui sera lue en ondes lors de l’émission Sous In cou vcrl tire, le dimanche à 16 h .Deux bons d’achats: ¦1000$ Chez Oainpigny ¦1000$ Chez RENAUD-BRAY aussi chaque semaine, un gagnant recevra 4 ouvrages présentés lors de l’émission*.et un abonnement à la revue littéraire Lettres québécoises ¦la revue de i actualité littéraire ‘Gracieuseté de la librairie de la semaine: Librairie Garneau •Chaque participant doit faire parvenir le bon de participation suivant à: Concours Sous la couver! uni - Le Devoir a/s Journal le Devoir, 2050, rue De Bleury, 9” étage, Montréal, (Québec) H3A 3M9 20-4593-17 Les règlements de ce concours sont disponibles au journal l.e Devoir.Complexe Desjardins Montréal (Québec) Gagnant(e) de cette semaine: Madame Céline Juneau Breakeyville (Québec) SRC if» Télévision LE DEVOIR Réponse Nom Adresse Ville Code postal Téléphone (Bur.) (Rés.) (Téléc.) 2204 Que c’est laid, la vie! Gloire Un premier roman qui surprend par son pouvoir d’évocation.GLOIRE Joseph Jean Rolland Dubé, Boréal, Montréal, 1996,130 pages GILLES ARCHAMBAULT M Reposant est un laissé-pour-compte de la société.Dans le petit village où il fait office d’emballeur dans une épicerie, il est la risée de tous.Ce qui n’arrange rien, il est d’une laideur confondante.De ce personnage voué dès la naissance à un destin de souffre-douleur, Joseph Jean Rolland Dubé fait un révolté d’un jour.M.Reposant prend en otage les employés d’une chaîne de production dans une usine où l’on charcute les poulets.Son exigence?Qu’on lui amène une prostituée, prénommée Gloire, avec qui il a passé une nuit à Montréal.Il sera mis à raison de la façon que l’on imagine.Ce petit roman se lirait mieux si l’écriture en était plus nette.A maintes occasions, on souhaiterait que le trait soit plus acéré, que l’auteur renonce aux énumérations.On peut s’étonner que M.Reposant doive «quitter [ses] vêtements transis de froid».Ou encore que «l’impression du travail accompli manque à l’appel».Gêne aussi, me semble-t-il, une correction outrée dans les monologues imputés au narrateur.M.Reposant, qui est un demeuré, s’exprime parfois dans un style ampoulé qui ressemble à celui d’un directeur de cercle littéraire.Ces réserves, je les fais bien à contrecœur.Car il y a dans ce récit un rare pouvoir d’évocation.M.Reposant est un personnage attachant, son amie d’une nuit n’est pas indifférente et il y a surtout l’évocation tout à fait hallucinante de l’abattoir.J’imaginerais facilement qu’un film soit tourné à partir de ce petit livre.Il est probable que le cinéma apporterait de la vulgarité où il n’y a que douleur et incapacité à vivre, proposerait des dialogues crus dont le roman est dépourvu, mais on tirerait profit de cette histoire presque scénarisée.L’image des «accrocheurs» fixés à la chaîne de montage et qui accomplissent le même tour de piste qu’ils ont infligé aux bêtes est de celles qui restent en mémoire.De même, l’envahissement de l’usine par des milliers de poulets libérés de leurs cageots est-il la source possible d’une scène éminemment filmable.On a compris que Gloire est un roman imparfait, pas toujours maîtrisé, mais qu’on lit avec ferveur pour peu qu’on ne soit pas trop titillé par les démons de la vraisemblance.Un premier roman plutôt prometteur.Malgré tout.EST-SEL LE RS ijiïf Oainpigny J/ ROMANS QUÉBÉCOIS 1.NOUVELLES HISTOIRES À FAIRE ROUGIR, Marie Gray - éd.Guy St-Jean 2.LA NUIT DES PRINCES CHARMANTS, Michel Tremblay - éd.Leméac/Actes Sud 3.LE ROMAN DE JULIE PAPINEAU, Micheline Lachance - éd.Québec-Amérique 4.L'INGRATITUDE, Ying Chen - éd.Actes Sud I M A X (' Il K II V K V It I K II I il il II LES PETITS B 0 N II E H II S G I L I- E S ARCHAMBA ?U L T Au plaisir du dilettante ŒUVRES Valery Larbaud, préface de Roger Grenier, Gallimard, collection «Bi-blos», Paris, 1995,817pages En cette fin de millénaire, il n’est pas bien vu d’être dilettante.On continue de valoriser le travail en feignant d’oublier qu’il devient de plus en plus problématique de dénicher un emploi.Valery Larbaud, héritier d’une importante fortune, n’aimait pas le commerce.Plutôt que de prendre la succession paternelle, il se tourna du côté de la littérature.S’il ne fait pas partie des fondateurs de la Nouvelle Revue française, il en devient rapidement collaborateur.Le dilettantisme qu’il pratique est actif.Larbaud a une puissance de travail considérable, il lit, écrit et traduit.Rien ne le passionne autant que de faire connaître une œuvre méconnue, qu’elle soit étrangère ou qu’elle fesse partie du patrimoine français.Il sera parmi les premier en France à lire Samuel Butler, Joseph Conrad, James Joyce et à les faire découvrir.Quand il creuse un sillon, c’est afin de semer une curiosité qu’il ne tarde pas à faire partager.C’est lui qui remet en lumière le XVI1' siècle français.Cet intellectuel pur est également un chantre de la femme.Rarement a-t-on écrit avec une plus juste sensualité.Au pays du non-dit, des vérités effleurées mais combien présentes, il est un maître.Longtemps tenu pour un auteur destiné à un public restreint, il mérite mieux.A tort, on l’a tenu pour un écrivain délicat.Il y a certes en lui de la pudeur, mais le lecteur le moindrement attentif ne tarde pas à découvrir des violences d’une rare acuité qui l’entraînent loin de la littérature lénifiante à laquelle il a pu se croire convié.Dans sa préface, Roger Grenier rappelle cette phrase que Larbaud lui-même s’appliquait: «Il chante bas, e,t souhaite que très peu l’entendent.» A nous d’ajouter qu’il chante toujours juste.Un survol des textes présentés dans ce recueil des ouvrages de fiction de Larbaud m’a remis en mémoire des moments de pur ravissement.Fermina Marquez, Enfantines, Amants heureux amants sont de ces récits qui peuvent vous accompagner toute une vie.Grenier a raison de noter que Larbaud a toujours su susciter l’admiration des amateurs de prose française.Homme d’une vaste culture, il avait voué aux mots le culte le plus absolu, devait écouler les vingt et une dernières années de sa vie dans l’aphasie.La seule phrase qu’il parvenait à prononcer était d’une bouleversante beauté: «Bonjour les choses d’ici-bas.» Rarement écrivain fut plus cruellement frappé.Au moment de cet accident cérébral, Larbaud avait 54 ans.H avait connu le cosmopolitisme de luxe, l’âge d’or des chemins de fer, les séjours à l’étranger à une époque où cette pratique était réservée à une certaine classe sociale.Etait-ce pour se dédouaner qu’il se passionna si fort pour les écrivains italiens, espagnols, américains ou anglais?Ou n’était-il pas plus simplement l’incarnation de l’homme cultivé, généreux, curieux?Nous ne le saurons jamais.Nous reste l’œuvre qui ne paraîtra vieillie qu’aux esprits superficiels pour qui la nouveauté de la veille prime sur tout Pour moi, Larbaud est l’une des plus hautes figures de la littérature de ce siècle.Est-il un grand écrivain?Je n’en sais fichtre rien.Il est sûr toutefois que je le relis sans cesse.mm Bai LITTÉRATURE JEUNESSE Fifi Brindacier, la quinquagénaire de neuf ans Une nouvelle traduction permet de redécouvrir l’un des personnages les plus libres et les plus attachants de la littérature jeunesse.FIFI BRINDACIER FIFI PRINCESSEFIFI À COURICOURA Astrid Lindgren, Livre de Poche Jeunesse, Cadet, Hachette, 1995 CAROLE TREMBLAY Hé oui, Fifi Brindacier, la petite rouquine aux tresses horizontales, fête ses cinquante ans cette année.Et pour dire toute la vérité, rien que la vérité, la quinquagénaire suédoise n’a pas pris une ride.Il faut dire que Hachette lui a refait une beauté pour l’occasion.Trois tomes de ses flamboyantes aventures viennent de paraître dans une toute nouvelle traduction, plus fidèle au texte d’Astrid lindgren que la version trafiquée et légèrement édulcorée des années quarante.Fifi en ressort radieuse, plus impertinente, plus absurde, mais aussi plus sympathique que jamais.«Pourquoi est-ce que je dois avaler ça?» demande Annika, la petite copine de Fifi, en parlant de l’horrible bouillie que sa mère veut lui faire ingurgiter.Dans la première traduction, la sage Fifi répondait: «Si tu ne manges pas, tu ne deviendras jamais grande et forte!» Dans la nouvelle version, Fifi peut enfin étaler toute la splendeur de son raisonnement: « Comment peux-tu demander une chose pareille?C’est évident.Si tu ne manges pas cette bouillie délicieuse, tu ne grandiras jamais.Et si tu ne grandis pas, tu ne pourras jamais forcer tes enfants à manger leur bouillie.Non, non, Annika, ça ne tient pas.Ce serait un désastre pour la consommation de bouillie si tout le monde dans le pays résonnait comme toi.» Astrid Lindgren, est reconnue internationalement comme l’une des pionnières de la littérature jeunesse.Ses personnages exubérants sont tombés comme une pluie de cailloux dans la mare bien calme de la «littérature enfantine» de l’époque.Ses livres ont rapidement fait le tour du monde, tout comme sa pétulante Fifi.Rien de bien surprenant quand on y regarde de près.Ce personnage haut en couleur est l’incarjiation des fantasmes de tout enfant.A neuf ans, elle vit avec son cheval et son singe dans une maison juste pour elle, sans adulte pour la surveiller et lui dire quoi faire: sa mère est morte et son père est «roi des Cannibales», quelque part sur une île du Pacifique.« Qui te dit d’aller te coucher quand c’est l’heure?» demande Annika.«Moi, répond Fifi.D’abord je me le dis gentiment et, si je n’obéis pas, “ ' ¦ n’obé’ je le répète sévèrement.Si je n'obeis toujours pas, je me promets une fessée! Vous me suivez?» Non seulement, Fifi fait ce qui lui plaît quand ça lui plaît, de la façon — rarement orthodoxe — qui lui plaît, mais en plus elle est dotée d’une force herculéenne et d’une valise pleine de pièces d’or.Pour couronner le tout, elle ne va pas à l’école.On n’a évidemment pas besoin d’apprendre la «nulplication» quand on se propose de devenir pirate.Fifi est le personnage féminin le plus émancipé de toute la littérature jeunesse.Rien n’entrave sa liberté.Quand l’envie lui prend de brasser la pâte à crêpes avec une brosse de bain, personne ne vient le lui reprocher.Si un adulte l’embête, elle lui répond.S’il persiste, elle le lance dans les airs pour lui apprendre à bien se tenir.Elle défie aussi bien les règles de la bienséance que celles de la logique.Elle raconte qu’en Egypte tout le monde marche à reculons, qu’elle a affronté une tempête si terrible que même les poissons avaient le mal de mer.Mais Fifi ne ment pas, elle invente.Ce qui est très différent.Elle ne cherche pas à tromper, elle partage son imaginaire délirant.D’ailleurs tout ce que fait l’étourdissante rouquine part d’un bon sentiment.Elle a un cœur d’or et cherche toujours à faire de son mieux.Quand elle rate son coup, elle en est réellement peinée.Elle s’excuse en invoquant l’éducation défaillante qu’elle a reçue alors qu’elle parcourait les mers avec son papa.Et elle promet de faire mieux la prochaine fois.Dans ces conditions, qu’est-ce qu’on peut lui reprocher?Rien.Absolument rien.Tout comme Tommy et Annika, ses petits voisins, on l’adore et on en redemande encore, qu’on ait 5 ou 55 ans.VITRINE DU LIVRE DE POCHE DIEGO ET FRIDA / M.G.Le Clézio, Folio, Paris Gallimard, 308 pages Dans son feuilleton, le confrère Robert Lévesque avait dit le plus grand bien de l’ouvrage que Le Clézio a consacré au célèbre couple d’artistes mexicains Diego Rivera et Frida Kahlo.Diego, personnage gargantuesque, serait l’exact contraire de la fragile Frida si l’art et la révolution ne les réunissaient.Etrange histoire d’amour qui rejoint les mythes de fondation des Indiens du Mexique, Diego et Frida est un livre inclassable, où le romancier se nourrit des armes de la biographie."*** .*X // FRIDA KAHLO Rauda Jamis, Arles, Babel, 409pages Pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur Frida Kahlo, Rauda Jamis consacre à sa brève existence (elle est morte à 47 ans) une biographie complète.Paru à l’origine en 1985, ce livre est le premier en français à avoir été consacré au peintre qui a côtoyé, outre son mari Diego Rivera, des personnalités aussi diverses qu’André Breton, Edward Weston et Trotski.A travers le portrait sensible et intime que l’écrivain dresse de Mme Kahlo se dessine aussi tout un pan de l’histoire de ce siècle, qui va du Mexique de la révolution au Paris des avant-gardes.DESCRIPTIONS DE DESCRIPTIONS Pier Paolo Pasolini, traduit de l’italien par René de Ceccatty, Rivages poche/ Bibliothèque étrangère, 267pages On dit des articles rassemblés dans Descriptions de descriptions qu’il s’agit du testament intellectuel de Pasolini.Ecrits entre novembre 1972 et janvier 1975, ces textes ont été publié dans le journal II Tempo.Pour le poète et cinéaste, cette chronique littéraire est l’occasion rêvée de confronter ses obsessions et son univers à ceux d’autres grands écrivains.Ainsi, Moravia, Morante, Cal-vino mais aussi Garcia-Marquez et Céline sont conviés à cette brillante célébration du pouvoir des idées.Le traducteur, René de Ceccatty, a procédé à la sélection des 49 critiques qui apparaissent dans l’édition française.Il explique ses choix et présente admirablement le travail de Pasolini dans la brève préface qu’il signe.DES CHARMES DE L’AMOUR CONJUGAL Emmanuel de Swedenborg, traduit du latin par M.de Brumore Fleuron, 155 pages La très belle collection de M.Slatkine nous offre la traduction, datant de 1784, du traité qui valut au scientifique suédois Emmanuel dç Sweden-bord d’être désavoué par l’Église.Épreuve cruelle pour cet homme qui, en 1743, eut le privilège de voir le Christ lui apparaître.Ce texte, dans lequel Swedenbord inscrit les révélations qu’il avait le privilège de recevoir pendant ses «ravissements», est ainsi une suite de visions étonnantes qui eurent une influence tant sur Balzac que sur Baudelaire, Nerval et Breton.LA BÊTE DANS LA JUNGLE Henry James, traduit de l’anglais par Fabrice Hugot, Seuil, Points, 96 pages Entre l’Europe et l’Amérique, Henry James a écrit une œuvre aussi remarquable qu’abondante, que dominent des romans comme Les Ambassadeurs et Les Ailes de la colombe.Dans cette immense ensemble littéraire, on fait rarement mention de La HENRY 1 JAMES LA BETE DANS LA JUNGLE Bête dans la jungle, cette longue nouvelle où deux personnages sont unis par l’amour et par un pacte diabolique dont il faut taire les enjeux (pour ne pas vous gâcher le plaisir).En fait, ce texte, le public francophone le connaît davantage par l’adaptation théâtrale qu’en a faite Marguerite Duras que parce qu’il l’a fréquenté.L’édition de poche qui paraît aujourd’hui est donc l’occasion de découvrir cette perle qui, dès le début de ce siècle (la première publication date de 1903), annonce le roman moderne, de Joyce à Duras.LES PRINCES Jacques Benoit, Typo, 167pages Voici un livre inclassable, qui tient à la fois de l’horreur et de la satire, qui nous transporte dans une ville où règne la misère et où les hommes bleus s’en prennent aux chiens que la loi protège.Comme en témoigne le choix de critiques publiées à la fin du roman, Les Princes a reçu de la presse un accueil enthousiaste lors de sa sortie, en 1973.La lecture de ce livre bref nous fait regretter que Benoit soit devenu un écrivain aussi rare, qui semble s’être éloigné de la littérature pour se rapprocher de l’œnologie.Marcel Jean LA VIE LITTÉRAIRE L’ETINCELLE SUR INTERNET Le 15 février, les internautes pourront consulter le catalogue, en anglais et en français, de la maison d’édition Robert Davies/L’Étincelle à l’adresse http://www.rdppub.com.Des extraits, des couvertures et des critiques des livres parus chez cet éditeur montréalais seront disponibles.Seront ajoutés en mars des clips audio.A comparer gvec les sites déjà existants des Éditions Braquet, Boréal, Québec/Amérique et de la Librairie Gallimard.Saint-Denis.Les prétextes de la fête sont nombreux: soixante ans, une nouvelle pièce (Les Divines) et un recueil de poèmes inédits, A cœur de jour.Quelques-uns de ses poèmes seront lus par des acteurs et des actrices.DENISE BOMBARDIER S’EN VA-T AU NORD! UNE EXPOSITION SUR LE ROMANDE JULIE PAPINEAU Le douzième Salon du livre de la Côte-Nord recevra du 15 au 18 février 26 auteurs et une quarantaine d’exposants sous la présidence d’honneur de Denise Bombardier.Les deux derniers salons ont vu défiler 5000 visiteurs.Micheline Lachance Les affaires vont bien pour l’auteu-re et journaliste Micheline La-chance.Son Roman de Julie Papineau, dans la liste des best- sellers depuis des semaines, donnera en octobre le prétexte d’une exposition à l’ancien musée de l’Amérique française (situé au Petit séminaire).Julie Papineau et son époque officilialisera l’intégration de ce musée au Musée de la civilisation à Québec.«L’exposition durera un an et demi et on m’a signifié qu’on aimerait que le second tome sorte pendant cette période.Ma recherche est déjà toute faite, peut-être la chose sera donc possible.Je ne veux cependant rien bâcler», confie Micheline Lachance.EVENEMENTS DE LA SEMAINE Le poète Serge Patrice Thibodeau lira ce lundi à 20 h des extraits de son nouveau recueil Le Quatuor de l’Errance suivi de La Traversée du désert à la galérie d’art SKOL située au 279 Sherbrooke Ouest, espace 311-A.Aussi, le Musée du Château Rame-zay fête son 1001' anniversaire par la tenue les 15 et 16 février à 20 h d’un récital de poètes français et québécois (Lamartine, Vigny, de Musset, Hugo, Garneau, Nelligan, Vi-gneault.).Il faut réserver (la salle ne contient que 60 places) au 861-3708.MONDANITE Soixante ans, ce n’est pas nécessairement triste! Ce mercredi, jour de la Saint-Valentin, les amis de l’auteur Denise Boucher sont invités à la Terrasse Saint-Sulpice, au 1680 CONCOURS Concours international de littérature et de chanson française «Amitié et Solidarité».Prière d’envoyer, avant le 15 mars, vos nouvelles, contes, poèmes (avec enveloppe réponse affranchie) à Raymonde Lago, 11 rue du Dr Roux, 64150, Mourenx.L’Académie de pataphysique organise un concours à la mémoire de La Fontaine.Les formulaires du concours sont disponibles à la librairie Gallimard du 3700 boulevard Saint-Laurent.Louise Leduc Les petits paradis terrestres JARDINS DE CURES Michel Tournier et Georges Herscher, Actes Sud, Paris, 1995,191 pages RÉMY CHAREST Pour passer du travail de l’âme à celui du corps, tout curé français possédait autrefois, à côté du presbytère, un petit jardin, fait d’utile et d’agréable, de fruits et légumes, d’herbes et de fleurs.Michel Tournier, grand amateur d’espaces en tous genres et propriétaire de son petit (ex-) jardin de curé, s’est donc associé DOCTORAT EN ÉTUDES LITTERAIRES Ce doctorat de recherche est ouvert sur : • la génétique textuelle et l'édition critique • l'histoire littéraire et la sociocritique • la psychanalyse textuelle • l'écriture au féminin DATE LIMITE DES DEMANDES D’ADMISSION À LA SESSION D'AUTOMNE 1996 : le 1er mai 1996 RENSEIGNEMENTS : Secrétariat des études avancées Département d'études littéraires, UQAM 405, rue Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2L 2C4 Téléphone: (514) 987-0336 L’UQAM une force .atr novatrice "I Université du Québec à Montréal à Georges Herscher et quelques autres experts pour recenser, pendant qu’il en est encore temps, ces lieux en voie de disparition.Attaché depuis 35 ans à son jardin et à son ancien presbytère de Choisel, dans la lointaine banlieue sud de Paris, là où la ville-lumière laisse place à une campagne autrement mieux lumineuse, Tournier dessine en quelques pages un portrait délicieux de son chez-soi, «cette somme de moi-même», comme il la nomme avec bonheur.Du buis et des lys blancs, poussant à l’état sauvage, donnent la trace ecclésiastique du lieu, tandis que les chats, les animaux de basse-cour et les pèlerins en chemin vers Chartres viennent l’animer à leur tour.A partir de là, le décor est planté pour un grand voyage dans un véri- table chapelet de jardins.On commence par un regard historique sur les conditions de vie des curés français et la raison d’être de leurs petits terrains,et de leur usage.On observe ensuite les images données par les artistes de prêtres installés dans leur jardin, qui pour donner une confession empressée, qui pour lire son bréviaire ou tailler les haies.Finalement, on voyage d’un bout à l’autre de la France pour entrevoir une soixantaine de jardins encore en état—dont celui du célèbre curé d’Ars —, qui représentent autant d’espaces voués à des délices discrets et qui respirent le repos et le recueillement A la lecture de cet ouvrage singulier, on rêverait de s’en trouver un pour laisser filer le temps doucement, dans un cadre que l’on voudrait bien, disons, paradisiaque.Cimetières: la rage muette At.inS SUD / Denise Desautels POÈMES Monique Bertrand PHOTOGRAPHIES AUX ÉDITIONS DAZIBAO 148 pages, dont 10 photographies hors-texte en quadrichromie, avec rabats.Collection Des photographes 28,95 S ancement : Collection Des photographes • 17 février à 16 h.lecture à 17 h DAZIBAO 279, rue Sherbrooke Ouest, espace 311 C, Montréal, (514) 845-0063 naxa DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD OUVERT 7 JOURS 1 Oh à 22h Choix et Qualité 3694 St-Deni», Montréal 713 Mont-Royal Est, Md Métro Sherbrooke 849-1913 Métro Moot-Royaî 5236389 MUS _J c LU LL.£ CO !E OC < la trilogie (} cassettes) ce co LxJ U_J 5gB C,LU LcJ S 3: — y < § œ's Ë Cû I I II T l> I M A X (' Il K I F K V II I K It I II II II EXPOSITIONS De la naïveté à la «peinture-peinture» Le MAC propose trois petites expositions inégales qui ne sont pourtant pas sans charme Une visite au MAC: pour ceux qui auraient une vision limitée de ce qu’est l’art KIM ADAMS.SIAN DOUGLAS, CHRISTIAN KIOPINI Musée d'art contemporain de Montréal.185, rue Sainte-Catherine Ouest.Jusqu’au 7avril.JENNIFER COUËLLE Le premier hausse les épaules et se replie dans une douce ironie traversée de ludisme, le deuxième, plein d’espoir ou fort, plutôt, d’un sentiment de devoir envers une société endormie, s’applique à réviser des histoires révisionnistes et le troisième persiste à promouvoir la qualité totale de l’art pictural.Le premier reflète un état d’esprit et une attitude face à la vie, le deuxième se fait un point d’honneur de demeurer lucide et de démasquer l’apparat du pouvoir et le troisième nous rappelle que l’histoire de l’art a déjà eu une histoire.Le premier.bon, bon, on s’arrête là.Des témoignages plutôt divergents, donc, que les trois expositions inaugurées la semaine dernière au Musée d’art contemporain de Montréal, soit celles de Kim Adams, Stan Douglas et Christian Kiopini, respectivement le premier, le deuxième et le troisième.Pour ceux qui auraient toujours une vision limitée de ce qu’est l’art, à quelles fins et pour qui, une visite au MACM vient à point.Sans être une synthèse, ni même un survol, des propositions actuelles en art contemporain canadien et québécois (dans le cas de Kiopini), la présentation simultanée de ces trois productions soulève suffisamment de questions pour nous renvoyer à l’éclatement et aux univers parallèles des aids visuels contemporains.Pour peu, c’est même déroutant.Mon Amérique à moi L’univers de Kim Adams est celui du vide béant laissé par la surproduction et la surconsommation d’une société sur-industrialisée.Son regard est de la trempe de ceux qui tournent au ridicule le ridicule qu’ils perçoivent.Mais de ces près de quarante sculptures, maquettes et dessins regroupés par la conservatrice Sandra Grant Marchand, le cynisme est absent.Car cet assembleur de remorques, de tracteurs, de brouettes, de tricycles, de poubelles à pédales et de jouets de toutes sortes éprouve visiblement un certain plaisir à mettre en scène ses paysages désenchantés et ses manèges qui ne tournent guère.Dérisoire, certes, mais pas cynique.Il y a même quelque chose de naïf dans cet étalage généreux de l’absurde.D’ailleurs, l’artiste lui-même, à l’image de l’humour que véhicule (et c’est le cas de le dire) ses œuvres, se compare à «un enfant à qui l’on aurait donné trop d’argent et qui finit par perdre la tête».Si la critique de la société occidentale, à saveur ici nord-américaine, que sous-tend le travail de cet artiste originaire d’Edmonton ne nous apprend rien qu’on ne sait déjà, ses terrains de jeux pour adultes — ou pour enfants qui ne croient plus au père Noël — exercent cependant une fascination réelle.La chose se vérifie pour le mieux avec les maquettes et les œuvres où fourmillent mille et cent éléments miniatures.Le dialogue étant limité dans les réalisations monumentales qui nous surplombent.Peut-être supportent-elles mal d’être confinées dans l’exiguïté d’une salle de musée?Particulièrement réussie, l’imposante sculpture-roulotte qu’Adams présentait en plein-air l’été dernier dans le cadre de l’exposition Skulptura au Vieux-Port de Montréal nous incite à le croire.Il faut dire aussi qu’on pouvait y monter, contrairement aux colosses du musée.Quant aux énergiques dessins à l’encre, des études préparatoires qui rappellent spontanément la bande dessinée, on appréciera leur rythme maîtrisé qui combine vivacité et légèreté.Par contre, on regrettera sérieusement l’inclusion des quatre plus grandes œuvres sur papier dont les tourbillons colorés de peinture vaporisée font davantage dans l’esthétique du décor de théâtre amateur que dans celle qu’on s’attend à retrouver dans un musée- Je pense donc je suis.œuvre d’art?Dans le genre «art qui pense», le Vancouverois Stan Douglas est rapidement devenu l’un des artistes-vedettes du Canada, comme sur la scène-internationale.Dans la mi-trentaine,’ après seulement une douzaine d’années de carrière.Douglas et ses installations télé-ciné-vidéogra-phiques (musicales et littéraires avec ça!) ont déjà fait le tour du monde, ou presque.On a pu les voir entre autres au Documenta IX de Kassel, au Stedelijik Museum d’Amsterdam, au Centre Georges Pompidou à Paris et au Museum of Modern Art de New York.N’est-ce pas que ça rappelle l’heureux sort réservé à son aîné Jeff Wall, également de Vancouver, donnant lui aussi dans la forme multidisciplinaire, à tout le moins médiatique, dans le contenu politico-socio-culturel et dans un langage bien américanisé — ça, c’est peut-être aussi l’affaire du Canadian West Coast.Qu’on ne s’étonne pas, donc, que l’un et l’autre furent les deux seuls Canadiens à participer l’année dernière à l’exposition biennale du Whitney Museum of American Art.Si l’esthétique de Douglas partage certains traits avec celle de Wall, sa démarche, quant à elle, rappelle avec force celle à laquelle nous a habitués Hans Haacke: une enquête pour débusquer les intérêts dissimulés de ce monde, beaucoup de recherche, une documentation sans failles, une pré- sentation «artistique» de vérités mises à nues et de réalités regagnées.Puis si les enjeux chez Douglas sont énoncés avec moins de clarté, avec moins d’impact aussi, qu’ils ne le sont chez son confrère allemand, qui passa au peigne fin des géants comme Alcan, Mobil, Saatchi & Saatchi et l’ex-président Reagan, on appréciera, en revanche, sa sensibilité plus proprement artistique.Et précisément pour cette raison, parmi les installations présentées dans les quatre salles contiguës du musée — un petit parcours bien conçu et insonorisé créé pour l’occasion —, on s’attardera plus longuement devant l’œuvre la plus plastique, la plus simple et la plus visuellement autonome.Hors-champs, avec ses projections vidéo au recto et verso d’un même écran suspendu, nous donne à voir — à entendre aussi — un concert de free-jazz tout en soulignant le revers, ce qui est gardé et censuré d’un mode X de re- PHOTO STAN DOUGLAS Hors-champs, une installation vidéo de Stan Douglas présentée au MAC, jusqu’au 7 avril.Épargnez de 50% à 75% sur l’achat d’une oeuvre d’artistes de renom Plus de 60 oeuvres d'artistes de renom (Serge Lemoyne,.Stanley'Cosgrove, Jean Paul Lemieux Jean- Paul Riopelle.Marcellin Dufour.Paul V.Beaulieu, Lise Gervais, Andrée De Gioot Claude Cari elle.Ronald, Christian Bergeron, Antoine Dumas, Maurice Le Boit Henri Masson.Juan Miro.Jocelyne Bleau Richard, Sergé Dubreuil et bien d’autres) seront mises en vente, ainsi que des oeuvres ri'tïrl sacré anciennes.Une grande variété de tableaux.de quoi susciter l’intérêt de tous les amateurs d’arl.Conditions: comptant, cheques personnalisés, caries de crédits Vous pouvez faire vos soumissions lors d'une visite et faire-le suivi par téléphone.••• • Les oeuvres sont en exposition du 4 au 16 février Maison tl'Arl Fra Angelico g ’ 1320.Wolfe, Montréal, (métro Beaudry) 1 Tél: 522-9990 CENTRE D'EXPOSITION DE BAIE-SAINT-PAUL i Théophile Homel.1854 1 m Noémie, Eugénie, Antoinette et Sephoro Homel Nièces de l'orfole (détail) Du 10 février au 8 avril 1996 ¦ \3rWerm ,.du Musée du Québec Chefs-d'oèuvre de la collection \iélm 23, rue Ambroise Fnfnrd (418)435 3681 Ouvert tous les jours de 9 h à 17 h Visites guidées les mercredis, lés samedis et les dimanches «(Présence du Musée du Québec» est commanditée par: présenter l’art, la culture et, par conséquence, l’identité.Une peinture est une peinture est une peinture Quant à Christian Kiopini, il est le 19e «cobaye» de la Salle Projet du Musée, qui, bien souvent, n’est qu’une scène publique pour permettre aux artistes de faire en plus grand ce qu’ils font déjà.Avec son bleu Arena, ce peintre fidèle au legs formaliste, nous invite à reconnaître qu’une peinture est aussi un espace, une architecture et un «champ [sensible] d’expérience», comme l’écrit le conservateur Réal Lussier dans l’opuscule qui accompagne l’exposition.On reconnaîtra surtout le sérieux du travail, sa qualité plastique et la cohérence de la démarche de l’artiste, mais on se demandera à quoi peut bien mener une telle peinture (qui n’en a que pour elle-même) en 1996?PHOTO PAUL LITHKRLAND Model: Sky Scratch, de Kim Adams./ 4- i CD OO O SŒ> 3 d i -QJ 03 ; xd -O : -—' 'Qi : &3 ; -¦§ i «o czî ; 'CD G £ ii 4 .» « « 3Ü ïi P 8 0 ?« *11 Co"?*£.w Am l'estampe i Rense’>9n®mentS MUSEE DU QUEBEC Parc des Champs-de-balaille, Québec, G1R 5H3 418.643.2150.CB Heures d'ouverture : Lundi : fermé.Mardi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche : 11 h -17 b 45.Mercredi 11 h-20 h 45.Invita on , J _ ,.au Musee du Quebec Le luiueei MU) Loews le Concede /nos tflr» on ferlait Invttatlon au Musée te Québec i petit prix.Pour 89 J g»es non «fuses), avant le 73 février 1996.ou SJ «ses non sx -uses! du l mars 3u 16 m* ?996 ?Loews le Concorde vous dire u?* chambre asâwse.deux pefets-oéiarers tvffe deux entrees au Musée du ù-jêtec ë .et tas tertsbenï Le tanf s'applique pou?une çnoca&aàcn s=mc=e ou date Réserve: sans frarssuiafX! 463-5256 lOltM It Com coim H I) K) I.E l> E V II I It .I.K S S A M Kill I II K T I) I M A N I II K II K K V H I K II I II II II ?LE «- IJ a n ti - arc h i te c tu r e Ua r- chitectu r ezapp i ngU anti- m CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS Les grands travaux de l’ère Mitterrand sont à peine terminés que les grues se remettent à déchirer le sol.Dans un pays où le ministère des Finances loge dans un paquebot qui enjambe la Seine et où le moindre secrétariat d’Etat occupe un hôtel particulier, le ministère de la Culture pouvait-il se permettre d’emménager dans un bâtiment sans véritable signature architecturale?Le projet de regroupement de ses activités, aujourd’hui disséminées sur une quinzaine de sites, n’a pas l’ampleur du Grand Louvre et de la Bibliothèque de France.Il consiste néanmoins à rassembler un millier de fonctionnaires au centre de Paris dans un bâtiment de 20 000 m2 qui coûtera autour de 100 millions de dollars.L’Etat a beau compter ses sous, il ne sera pas dit que le successeur d’André Malraux n’aura pas ses grands petits travaux.et les polémiques qui vont avec.La culture «en bas résille» Le ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, a donc lancé l’an dernier un concours pour modifier un pâté de maisons situé au cœur du Paris historique.Une mission difficile puisqu’il s’agit de transformer en adresse prestigieuse un quadrilatère plutôt banal, à deux pas du Louvre et du Palais-Royal.C’est à Francis Soler (choisi parmi sept finalistes, dont Jean Nouvel, Dominique Perrault et Jean-Michel Wilmotte) qu’incombe la tâche de donner une âme à deux bâtiments construit en 1956 et 1919.Le premier est une excroissance sans style, alors que le second (de l’architecte Léon Vaudoyer) a servi de réserve au magasin du Louvre.Le dessein de Francis Soler ne manque pas d’audace.Il consiste à habiller de neuf le plus récent des deux immeubles, qui ne conservera que ses planchers.«Mantille», «voilette», «lingerie fine», «toile d’araignée» ou «bas résille», les métaphores ne manquent pas pour désigner la fine paroi de verre qui recouvrira le bâtiment.Sur celle-ci se juxtaposera une résille en ferronnerie d’aluminium qui dessinera d’immenses graffitis sur sept étages de hauteur.Ces tags sophistiqués, qui sont en réalité des dessins déformés sur ordinateur, se prolongeront sur l’immeuble voisin, qui conservera sa façade.Us s’incrusteront dans la pierre et seront «sérigraphiés» dans le verre comme un véritable «tatouage qui court autour du bâtiment sans s’arrêter», explique Francis Soler.Pour développer ces motifs, l’architecte s’associera à un artiste rompu à la calligraphie.On évoque les noms d’Alechinsky, de Combas, d’Albinet.Le mur virtuel «Il s’agissait de résoudre le paradoxe de l’isolement dans la transparence, dit Francis Soler.Comment permettre aux employés de travailler dans un isolement relatif tout en leur assurant le maximum de transparence et de luminosité?J’ai choisi de le faire par une paroi tangentielle, sur laquelle une succession de lignes crée un effet de mur mais qui en réalité est très ouverte.Le mur n’existe que pour ceux qui le regardent d’un certain angle.» De la rue, on ne percevra de cette façade de verre inclinée que les motifs incrustés.De l’intérieur, on aura l’impression de circuler dans une cage de verre sertie de graffitis.L’impression de lumière sera accentuée par l’aménagement d’une cour centrale ouverte sur la rue qui donnera au lieu un caractère d’hôtel particulier.En redessinant ces anciens immeubles, Francis Soler fait aussi un clin d’œil au passé.A l’art déco avec lequel il refuse pourtant toute parenté.Aux ferronneries entrelacées, caractéristiques de l’immeuble haussman-nien.Mais c’est surtout à Christo emballant le Reichstag qu’on pense immédiatement On a évidemment accusé l’artiste de se contenter de changements cosmétiques.Mais Soler ne s’émeut pas de la polémique, lui qui ne cesse de refuser les a priori esthétiques.«La décoration, pourquoi pas, si c'est ce qu’il fallait faire?Chaque projet a sa vie propre.Si, pour intégrer la modernité au patrimoine, il faut faire appel à un élément calligraphique qui est de la décoration, ça ne me dérange pas.Je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas de la décoration.» L’architecture recyclable Très influencé par le land art américain (qui consiste à intégrer l’art à l’environnement), Francis Soler croit qu’en cette fin de siècle, «l’architecture ne peut plus s’inscrire dans le temps comme elle le faisait avant.Elle est devenue consommable et doit trouver ses sources d’inspiration dans les choses du moment».Soler ne serait pas fâché que dans 30 ans on «rhabille» son œuvre pour l’inscrire à nouveau dans la ville comme il le fera avec les immeubles de la rue Saint-Honoré.«La qualité du bâtiment de Vaudoyer ne réside-t-elle pas dans le fait qu’on puisse aujourd’hui le modifier?» Dans un pays où les intellectuels sont depuis longtemps fâchés avec la télévision, Soler pousse l’hérésie jusqu’à parler d’architecture zapping.L’image télévisuelle le fascine par son caractère éphémère et sa rapidité.«J’aimerais rendre mes bâtiments aussi légers que l’image télévisuelle, dit-il.La pesanteur des bâtiments m’inquiète.A notre époque, quand tout se déplace, l’architecture semble lourde, ancrée dans le sol.» Léger.mais éphémère?Francis Soler n’a pas peur du mot.Il affirme construire pour les gens d’aujourd’hui, pour un avenir court, pour «un moment de plaisir».Partisan d’une architecture de circonstance, il sait que les villes sont en perpétuelle évolution et accepte volontiers qu’on rase les bâtiments les plus «moches».«Ce qui est magnifique dans le Louvre, dit-il, c’est sa faculté à avoir digéré des programmes différents.Ce fut un palais royal, un ministère, un musée, demain ce sera autre chose.» Si Francis Soler s’est passionné pour le projet du ministère de la Culture, c’est qu’il aime travailler à partir de matériaux existants pour les modifier.«La ville, dit-il, est comme la vie.C’est une accumulation de choses.Nous vivons dans une société d’accumulation.» Il y a quelques années, il avait réalisé une estrade pour la place de la Concorde, faite, justement, de l’accumulation des objets les plus divers.«Accumuler des choses éphémères, dit-il, c’est peut-être une façon d’atteindre la permanence.» Francis Soler: à mort le style! Francis Soler s’est fait connaître en France par un projet avorté.Celui du Centre de conférences internationales qui devait élever trois blocs translucides de 27 mètres de haut sur le quai Branly, à deux pas de la tour Eiffel.Parrainé par l’ancien président François Mitterrand, qui a finalement privilégié la Bibliothèque de France, le projet a englouti plusieurs millions de dollars avant d’être bloqué par la Ville de Paris.C’est donc un prix de consolation que décroche aujourd’hui cet architecte né à Alger de parents andalous et qui s’est fait connaître à Copenhague, Osaka et San Francisco.Francis Soler reste un architecte difficile à classer puisqu’il se réclame de cette nouvelle race de constructeurs qui veulent en finir avec les styles.«Je suis un architecte antistyle.Je ne suis pas comme Richard Meier qui fait chaque fois le même projet.Pour le Centre de conférences internationales, j’ai fait des boîtes de verre, ce qui ne veut pas dire que je sois pour autant un architecte de la transparence.» Le «nombrilisme esthétique» est une valeur dépassée, dit-il, face aux enjeux que recèlent les paysages, les villes et les architectures.«Au début du siècle, on établissait des codes, des règles, et ensuite on déclinait dans le style.Tout ça, c’est fini.Ce sont les événements qui dictent leur solution.» Soler n’hésite pas à étendre ses conclusions à la politique.«On ne fonde plus les sociétés en fonction d’une politique mais les politiques en fonction des sociétés.À la fin du XXe siècle, on inverse les tendances.C’est pourquoi les partis ne veulent plus rien dire.En architecture, c’est la même chose.Etablir, comme le faisait Le Corbusier, des règles sur la ville, c’était bon pour les années 30.L’architecture n’est pas un coup de crayon, c’est une accumulation de petites choses dont naît le projet tout seul.» i ni # Î! >’¦ - I 8 A A deux pas du Louvre et du Palais-Royal, le ministère français de la Culture se cherche une âme.Même en période de restrictions budgétaires, pas question d’emménager dans une tour anonyme Le premier immeuble est#une excroissance sans style, alors que le second (de l’architecte Léon Vaudoyer) a servi de réserve au magasin du Louvre.¦v!’ * p Bip à g W'iÿï'Çi'jîi'îüf'î EiJSH A1C
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