Le devoir, 19 février 1996, Page(s) complémentaire(s)
F 0 N D E 19 10 LE DEVOIR Vol.I, XXXVII - No I I ?M O N T IL É A I,.I.E LUNDI I » K É V H I E II I 9 9 fl 7 r> o + T I’ S + T V D / T o r onto IS PERSPECTIVES De bien grands souliers L’accession on ne peut plus prévisible de Michel Gauthier à la direction du Bloc québécois inaugure ce qu’il a lui-même appelé «la seconde grande étape» de l’existence du parti de Lucien Bouchard.Et au delà de la taille des souliers à chausser, la partie ne s’annonce pas facile pour le nouveau chef.CULTURE MT’"' V» LE MONDE m L'ENTREVUE Le tandem Tremblay-Brassard a-t-il fait son temps?PAGE B 8 Ld Attentats terroristes ?à Londres et Alger PAGE A 6 S 7 Luc Brisson: le contemporain de Platon PAGE B 1 Pour un revenu social garanti L’Ontario et l’Alberta font fausse route, conclut une étude: réduire les barèmes d’aide sociale ne pousse pas les prestataires à trouver un emploi Personne n’est irremplaçable mais, dans les circonstances présentes — tout le monde en conviendra à commencer par le principal intéressé —, on ne remplace pas M.Bouchard, on se contente de lui succéder.Le Bloc est et reste la création de son fondateur, d’autant plus que c’est son bras droit depuis deux ans et demi qui prend maintenant charge des affaires au terme d’un pastiche de course au leadership.On soulignera d’ailleurs le paradoxe d’un chef de l’opposition officielle «de tous les Canadiens» choisi par un cénacle de souverainistes militants et convaincus, d’un numéro deux à la Chambre des communes à peu près incapable de s’exprimer dans la langue de trois quarts de ceux qui, jusqu’à nouvel ordre, sont ses concitoyens.Tout comme on notera que celui qui voudrait bien prendre sa place, Preston Manning, n’est pas particulièrement ce qu’on pourrait appeler un polyglotte.Ainsi vont les deux solitudes.A cet égard, M.Gauthier a au moins le mérite d’être conséquent: il veut que le Bloc «se retrousse les manches» et parle aux Québécois de souveraineté.Le reste du Canada?A-t-il «l’ombre du début du commencement d’une chance d’entendre parler du partenariat» dans le contexte actuel?, a demandé hier le nouveau chef.Sachant pertinemment que l’engagement à être une opposition «responsable» soucieuse des «grandes questions nationales», même tenu, ne convainc personne hors du Québec.Ce contexte sera justement le premier défi qu’il aura à relever.M.Gauthier débarque dans un environnement explosif, où le pourrissement des relations Québec-Canada est à son paroxysme.Depuis le référendum du 30 octobre, et surtout au cours des dernières semaines, la classe politique s’invective comme des enfants d’école et les rares qui appellent au calme prêchent dans le désert.Le pays macère dans son angoisse avec ce que la chose suppose de débordements, comme ce mouvement partitionniste qu’Ottawa alimente à coups de déclarations à l’emporte-pièce.Parlementaire coriace et coloré, certains aficionados des travaux des Communes diront même parfois féroce, le chef du Bloc promettait hier que la rentrée de la semaine prochaine le verrait enjoindre les ministres Irwin et Dion d’expliquer leurs récents épanchements.Alors que M.Bouchard prétend officiellement ne pas vouloir poursuivre ce débat «stérile», l’attitude de M.Gauthier, elle, n’annonce pas à un relâchement des tensions.S’il n’a rien à craindre du côté de la cohésion de ses troupes — l’écrasante majorité des députés bloquistes l’appuyaient —, le nouveau chef aura en revanche une autre tâche importante sur les bras: le maintien de la vitalité du parti alors qu’il entre dans une phase de «semi-permanence».Pour la première fois de son histoire, le Bloc n’a plus de grand objectif immédiat auquel se consacrer.Les «trois périodes» du match référendaire sont terminées et la prolongation consécutive au verdict presque nul du 30 octobre sera de durée indéterminée.Conformément au voeu de M.Bouchard, il n’y aura pas d’autre consultation sur la souveraineté avant deux ans, peut-être trois, quatre, cinq ou plus.Le BQ peut-il réussir dans ce rôle de formation hybride, mortelle mais bien vivante, d’autant plus qu’il lui sera très difficile de battre aux prochaines élections générales son score de 1993?Autre élément: la «présence», publique et médiatique, du Bloc, et son autonomie par rapport au Parti québécois.Le Bloc, a dit M.Gauthier, est devenu «une force politique incontournable», que «les Québécois aiment» et qui travaillera avec son cousin «en partenaires égaux».Si les deux premières affirmations sont indéniables, on nous permettra de douter de la troisième.M.Gauthier n’a d’ailleurs jamais fait mystère des liens très étroits l’unissant à Lucien Bouchard.Il y a donc fort à parier que la «courroie de transmission» sera resserrée d’un cran.En tout cas, ce n’est pas le nouveau chef qui pourra imposer à son ancien patron quelque «virage» que ce soit.Au surplus, sans M.Bouchard et son énorme ascendant, et au moment où les feux de la rampe sont dirigés sur les tiraillements que connaît le Canada autour de la réponse à donner au référendum, il est probable que le véritable débat, aux Communes et dans les mé-diap, se fera entre Jean Chrétien et Preston Manning.A cet égard, ce serait une démission pour le Bloc que d’évoquer son renoncement volontaire au statut d’opposition officielle.Mais d’un strict point de vue stratégique, on peut se demander si les souverainistes ne gagneraient pas à laisser les réformistes prendre le haut du pavé.Les dernières heures des travaux parlementaires, en décembre, ont démontré que les inimitiés politiques peuvent parfois dépasser en intensité, et de beaucoup, les traditionnelles hostilités entre fédéralistes et souverainistes.Chose certaine, les prochains mois s’annoncent beaucoup plus intéressants que cette dernière campagne au leadership presque secrète qui aura, pour reprendre l’expression d’un collègue, assimilé le Bloc québécois à une «monarchie héréditaire».Le Bloc est et reste la création de son fondateur Je an Dion ?INDEX Agenda .B7 Avis publics.B6 Classées ,.B5 Culture .B8 Économie .B2 Éditorial .A8 „A6 Mots croisés.B5 Les sports .B5 MÉTÉO Montréal Ennuagement graduel.30 % d ^probabilité de faible neige.Max:-8 Québec Ennuagement graduel.30 % de probabilité de faible neige.Max: -12 Détails en B 5 KONRAI) YAKABUSKI DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Permettre aux assistés sociaux de gagner un revenu de travail pouvant aller jusqu’à équivaloir, dans certains cas, au montant de leurs prestations et inciter les travailleurs, par la voie d’un «revenu social garanti» imposable, à consentir une réduction du temps de travail.Voilà quelques-unes des recommandations visant à faire baisser le niveau record des assistés sociaux qui émanent d’une étude effectuée pour le compte du comité Fortin-Bouchard sur la révision de la sécurité du revenu.L’étude, dont Le Devoir a obtenu copie, tend à rejeter catégoriquement la voie d’une réduction des barèmes pour pousser les prestataires à trouver un emploi.L'Ontario et l’Alberta ont toutes deux privilégié cette solution, avec des résultats spectaculaires, du moins en ce qui a trait à la diminution des effectifs des assistés sociaux.«En n’accordant qu’une assistance financière minimale aux personnes assistées sociales, le gouvernement veut inciter celles-ci à quitter le système d’aide sociale et à réintégrer rapidement le marché du travail, constate la recherche, pilotée par Christopher McAll, professeur de sociologie à l’Université de Montréal.Or, la barrière la plus importante (à la réintégration au travail) est la pauvreté elle-même (.) La pauvreté incite les gens à vouloir s’en sortir mais les empêche de le faire.» Conscient de ce que ses recommandations s’inscrivent à contre-courant dans le débat sur l'aide sociale qui a cours actuellement dans toute l’Amérique du nord, M.McAll maintient que les résultats de ses recherches — qui comprenaient des visites à domicile chez les presta- VOIR PAGE A 10: REVENU : \ PHOTOS ROBERT SKINNER Plus de 30 000 personnes ont signé au cours des derniers jours la pétition de la Coalition pour la sauvegarde de l’aéroport de Mirabel.Au cours d’un rassemblement hier à Saint-Janvier, maires et députés de la région ont invité leurs concitoyens à aller la déposer ce matin au siège social de la société des Aéroports de Montréal.Léonard attend de pied ferme les promoteurs de Dorval Maires, députés et préfets de MRC de la région de Mirabel exigent un débat public SYLVAIN BLANCHARD LE DEVOIR Le ministre responsable du développement des Lau-rentides et président du Conseil du trésor du Québec, Jacques Léonard, attend de pied ferme les promoteurs d’un éventuel transfert des vols internationaux de Mirabel vers Dorval, si jamais le projet nécessite l’apport financier du gouvernement.«Si le dossier arrive un jour sur mon bureau, ils devront me présenter des arguments solides pour me convaincre, par exemple, que des millions de dollars devraient être investis dans l’agrandissement de routes ou la modernisation de certaines gares pour faciliter ce transfert.La métropole a besoin d’un aéroport international, aucun doute là-dessus.Mais Dorval n’en est pas un, Mirabel oui.» M.Léonard participait hier à un grand rassemblement de citoyens de Mirabel et de la région qui craignent de voir la Société de promotion des aéroports de Montréal (SOPRAM) et la société des Aéroports de Montréal (ADM) annoncer, mercredi, leur intention de transférer les vols internationaux de Mirabel à Dorval (ne resteraient plus à Mirabel que le transport cargo et les vols nolisés).Flanqué d’une vingtaine de maires, de préfets de MRC et de conseillers municipaux, le ministre Léonard a indiqué que Québec ne pourrait rien faire pour empêcher ce transfert, si tel était le désir d’ADM, mais a quand même invité les gens «à poursuivre leurs pressions» pour la tenue d’un vaste débat public sur cette question.Longuement applaudi par la foule de près de 750 personnes réunies au centre communautaire de Saint-Janvier, le maire de Mirabel, Hubert Meilleur, a pour sa part demandé à ses concitoyens de se tenir prêt, «car contrairement à ce que vous avez pu lire dans les médias, nous ne sommes pas morts, cette bataille ne fait que commencer».«Je vous invite donc à rester vigilant et à nous appuyer dans nos efforts pour la tenue d’un débat public.Restons optimistes et fessons dans le tas.» Le maire évalue à 10 000 le nombre d’emplois directs et indirects menacés par le projet d’ADM.Il estime que «pareille catastrophe» est injustifiable «quand on se rap- VOIR PAGE A 10: DORVAL Jacques Léonard K L’Amazonie du Nord La partition d’un éventuel Québec souverain Regard allemand sur les grands barrages de la Baie James JENNIFER COUËLLE Lorsque l’art se met au service de la société en voulant changer le monde, on a tendance, à tort ou à raison, à lever le nez.Non pas tant en vue de la qualité des œuvres que de la portée réelle du discours véhiculé.Car, d’une part, le milieu des arts visuels demeure relativement restreint et, d’autre part, ceux qui le fréquentent sont le plus souvent déjà convertis, sinon sensibles, à la «bonne» conscience sociale ou écologique des artistes.Mais lorsque l’art, même politique, se définit «comme un média pour créer de l’émotion, ce que les faits bruts ne peuvent susciter», on apprécie le réalisme de la réflexion.Elle est de Claus Biegert, l’écrivain et journaliste allemand qui, avec son compatriote, l’artiste Rainer VOIR PAGE A 10: AMAZONIE PHOTO JACQUES GRENIER Rainer Wittenborg s'intéresse depuis 25 ans aux problèmes écologiques.Dion en remet JEAN PICHETTE LE DEVOIR Quelques heures après que Stéphane Dion ait nourri la polémique sur l’éventuelle partition du territoire québécois, son confrère au Conseil des ministres, Pierre Pettigrew, a eu droit à un accueil «chaleureux» lors de son assemblée d’investiture.Dans les deux cas, l’apprentissage de la vie politique s’annonce mouvementé.C’est parti! Les deux ministres-recrues de Jean Chrétien, Stéphane Dion et Pierre Pettigrew, sont officiellement devenus, hier, les candidats du Parti libéral du Canada pour les élections partielles dans les comtés fédéraux de Saint-Laurent—Cartierville et Papineau—Saint-Michel, le 25 mars prochain.En après-midi, Stéphane Dion, tout en se défendant bien de vouloir jeter de l’huile sur le feu dans le dossier du «gruyère québécois», en a néanmoins remis à l’occasion de son assemblée d’investiture, à Ville saint-Laurent «Les Québécois savent maintenant que, contrairement à ce que les chefs indépendantistes ont toujours essayé de leur faire croire, il n'existe pas, quelque part sur une étagère de l’ONU, un parchemin qui protégerait le terri- VOIR PAGE A 10: DION ! I î A 10 I.K I) K V O I H , I.K LUNDI I II K K V l< IKK I II II II ACTllALÎTËS REVENU Discrimination, marginalisation, appauvrissement, détérioration de la santé physique et mentale SUITE I)E LA PAGE 1 taires, visites qui ont confirmé des conditions de vie «assez épouvantables» — peuvent difficilement être déniés.«Il faut être conscient que, en augmentant les mesures de contrôle et en diminuant les barèmes pour stimuler davantage les gens, ça a un effet tout à fait contraire à partir d’un certain seuil [de prestations].Ça rend les gens de moins en moins capables de s’en sortir» a affirmé le professeur McAll dans une entrevue vendredi.L’étude s’est faite en deux temps.D’abord l’équipe de l’Université de Montréal a suivi les trajectoires de cent prestataires montréalais ayant des responsabilités familiales et ayant vécu de l’aide sociale depuis au moins six ans.Il s’agissait d’un échantillon aléatoire constitué, en l’occurrence, entièrement d’assistées sociales.Les chercheurs ont également rencontré des agents de l’aide sociale.Ce premier volet de la recherche, entamé avant la mise sur pied du comité Fortin-Bouchard en juin dernier, a bénéficié de l’aide financière d’Ottawa.L’équipe a par la suite effectué une tournée dans sept régions du Québec où elle a rencontré assistés sociaux et représentants de 44 organismes qui interviennent auprès des prestataires.Ce deuxième volet de la recherche a bénéficié d’une aide financière accordée par le comité Fortin-Bouchard, à qui M.McAll et Cie ont remis l’étude en décembre.Sans indiquer s’il s’en inspire, le co-président du comité, l’économiste Pierre Fortin, a dit dans un bref entretien trouver «beaucoup d’informations utiles» dans l’étude de M.McAll.M.Fortin et le psychologue Camil Bouchard doivent remettre leur rapport à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Louise Harel, le 29 février.Les rencontres, tant celles du premier que du deuxième volet de la recherche, avaient pour but de valider certaines hypothèses qui ont librement circulé mais qui ont très peu fait l’objet d’analyses empiriques.11 s’agit des barrières à l’emploi qu’éprouvent les assistés sociaux, de leurs conditions de vie, de l’image qu’ils se font d’eux-mêmes, et des lacunes de l’appareil bureaucratique chargé de les aider à s’en sortir.Les recommandations qui ressortent de la recherche sont largement celles des personnes interrogées, bien que M.McAll avoue les parta- -ger pour l’essentiel.Elles s’inscrivent dans trois thèmes: B Les assistés sociaux vivent une discrimination «assez généralisée» qui nuit à leur réintégration en emploi ou dans les études.Ils semblent faire l’objet d’une humiliation et d’une intimidation systématiques dans leur relations avec les caissières dans les institutions bancaires.L’une de ces dernières l’a même avoué, confiant également que ses collègues surnomment les prestataires des «millionnaires d’un jour».A l’instar de la pauvreté, la discrimination n’est pas seulement une condition de vie, qui a des effets néfastes sur l’estime de soi des prestataires, mais également un obstacle à leur sortie de l’aide sociale.L’étude recommande ainsi que Québec développe et finance une stratégie pour faire tomber les préjugés à l’égard des assistés sociaux.En somme, «il en ressort une vision globale des conditions de vie des assistés so- ciaux qui se résume dans le concept d’oppression» et découlant de quatre facteurs interreliés: la discrimination, la marginalisation, l’appauvrissement et la détérioration de la santé physique et mentale.B L’étude constate que, dans bien des cas, «ce n’est pas le manque d’emplois comme tel qui constitue la barrière principale à laquelle les personnes assistées sociales sont confrontées, mais le fait que les emplois disponibles n’offrent pas les conditions minimales nécessaires».A la recherche de la stabilité, ayant des responsabilités familiales, les prestataires interrogés rechignent à travailler au salaire minimum dans des emplois à statut précaire.Afin de les encourager, l’étude recommande de permettre les gains de travail, sans que les prestations ne soient réduites, dans la mesure où le revenu global d’un assisté social reste en dessous du seuil de la pauvreté.Le rapport ne spécifie pas de quel seuil de pauvreté il s’agit.Empruntant celui du Conseil du bien-être national, un •prestataire célibataire pourrait ainsi toucher un revenu de travail égal à ses prestations (de 500 $ à 620 $ par mois) sans toutefois perdre ces dernières.Actuellement, la loi sur la sécurité du revenu fixe à 174 $ par mois le montant maximal qu’un prestataire seul non participant peut ga-gnçr en travaillant.Etant donné qu’une hausse de ce montant ferait en sorte qu’il puisse devenir plus payant de rester à l’aide sociale, tout en gagnant des revenus supplémentaires de travail, que de besogner au salaire minimum, le rapport recommande une augmentation de ce dernier — actuelle- ment fixé à 6,45 $ l'heure — à 8 $ ou 10 $.Bien que le ra|> port n’aille pas aussi loin que de préconiser un revenu minimum garanti, il propose la mise en place d’un «revenu social garanti».Ce dernier «viserait à compenser la réduction du temps de travail et serait comptabilisé comme un revenu de travail à la fin de l’année pour les fins d’impôt».discrimination, la marginalisation, l’appauvrissement et la détérioration de la santé physique et mentaleL’étu-de du professeur McAll met en relief les lacunes de l’appareil bureaucratique.Les agents de l’aide sociale eux-mêmes «peuvent constituer une barrière à la réinsertion» en emploi des prestataires.Un agent doit gérer jusqu’à 400 dossiers — ce qui peut faire monter à 800 assistés sociaux, en comptant les enfants des prestataires, le nombre de personnes sous sa responsabilité.«C’est un réel problème, dans la mesure où le système n’est pas capable d’accueillir les gens, de les écouter, remarque M.McAll.On avait vraiment l’impression que ceux qui ont réussi à profiter des mesures [d'employabilité et de rattrapage scolaire] ont dû vraiment "achaler" leurs agents parce que les agents n’avaient pas de temps.Ce sont seulement les débrouillards qui s’en sortent.» La décision la semaine dernière de la ministre Harel de retarder la mise en application des directives de son prédécesseur Jeanne Blackburn ordonnant aux agents de rencontrer systématiquement 57 000 jeunes prestataires semble découler justement de l’incapacité de l'appareil bureaucratique à accomplir correctement cette initiative.DION SUITE DE LA PAGE 1 toire du Québec mais pas celui du Canada», a affirmé le président du Conseil privé et ministre des Affaires intergouvemementlaes.Invité à préciser sa pensée en conférence de presse, M.Dion a nié contribuer par ses propos à attiser les passions sur un sujet qui en soulève déjà beaucoup depuis quelques semaines.Rappelons par exemple que vendredi soir, à l’Université McGill, quelque 1400 personnes se sont réunies sous la houlette du Comité spécial pour l’unité canadienne, afin de clamer haut et fort leur intention de dépecer le Québec si jamais il devenait souverain.«Le débat a été fait, a indiqué M.Dion.Je suis contre la partition, mais il faut savoir que ces choses-là peuvent arriver.Et si on veut avoir l’assurance que ça n’arrive pas, on se réconcilie dans le Canada.» H se dit pourtant d’accord avec le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, pour «passer à autre chose», non sans estimer que ce débat a aidé la cause fédéraliste.«Plus on explique aux gens quelles sont les conséquences des différentes options, plus les gens choisiront le Québec dans le Canada.» La constitution canadienne apparaît donc à celui qui se dit personnellement contre la partition du Québec comme la meilleure garantie du maintien de l’intégrité de son territoire.A ce titre, le ministre prête d’ailleurs aux Québécois et aux Canadiens une lourde responsabilité, «en tant qu’habitants de cette pauvre planète».«Je ne veux pas voir triompher dans mon pays cette idée terriblement fausse, qui énonce que tout peuple, pour être normal, doit avoir son siège à l’ONU.Si une telle idée devait mener le monde, elle ferait exploser l’Afrique et l’Asie et mettrait à mal l’Europe.Il nous appartient au contraire d’offrir au reste du monde un modèle de cohabitation harmonieuse, la preuve indubitable que des populations différentes s’épanouissent en viyant ensemble au sein d’un même Etat, dans l’ouverture çt la générosité.» A cet égard, la prise de position du ministre à l’égard de la loi 101 risque d’indisposer certains ténors fédéralistes.Questionné sur ce sujet par un journaliste, M.Dion a présenté cette loi corpme «une grande loi canadienne».Evoquant les exemples de la Belgique, de la Suisse et de la Finlande, il a expliqué que «chaque démocratie bilingue ou multilingue a ce genre d’arrangement afin de s’assurer que tous les groupes linguistiques puissent vivre ensemble.En fait, les lois dans ces pays sont souvent plus dures que la loi 101, qui est à maints égards libérale.Par exemple, dans la partie flamande de la Belgique, n’essayez pas d’avoir une école française financée par des fonds publics.Et c’est le même genre d’arrangement en Suisse».Faisant écho au ministre fédéral du Travail, Alfonso Gagliano, qui affirmait la semaine dernière, en entrevue au Devoir, qu’il ne fallait pas toucher à la loi 101, M.Dion a affirmé que le genre de protections offertes par la loi 101 était tout à fait légitime pour une population francophone isolée en Amérique du Nord.Le ministre de la Coopération internationale et responsable de la francophonie, Pierre Pettigrew, est pour sa part demeuré discret sur les événements des derniers jours, notamment l’altercation impliquant le premier ministre Chrétien, jeudi, à Hull.Dans une salle bondée du comté de Papineau-Saint-Michel, il a tenu un discours à forte saveur économique, dans lequel il a présenté le Canada — et un organisme comme l’ACDI (Association canadienne de développement international), dont il est le ministre responsable — comme une condition importante du succès de Québec inc.Mais c’est surtout à l’extérieur de la salle de la rue Bélanger, dans l’est de la ville, que l’action pouvait être observée, hier soir.Plus de 200 manifestants, en désaccord avec la réforme de l’assurance-chômage, ont en effet retardé de près d’une heure la tenue de l’assemblée.Des douzaines d’oeufs ont été lancés à l’entrée de l’édifice, reportant l’entrée de M.Pettigrew et surtout du ministre des Finances, Paul Martin, particulièrement attendu par les manifestants, qui le considèrent comme le véritable maître d’oeuvre de la réforme de l’assurance-chômage.«On voudrait demander à M.Martin de ne pas faire comme M.Chrétien et d’éviter d’égorger le monde, comme il le fait avec sa réforme», a expliqué l’un des organisateurs de la manifestation, Ludger Synnett, de la FTQ.R g V E ft r R E DORVAL «C’est une fermeture déguisée, personne n’est dupe» SUITE DE LA PAGE 1 pelle le prix» que les citoyens de la région ont dû payer pour la construction de Mirabel.«Il y a près de trente ans, 97 000 acres de terres ont été expropriés et 9000 personnes forcées de déménager à cause d’une petite clique de fonctionnaires à Ottawa.Au nom du progrès, dit-il en entrevue, on leur a demandé de sacrer leur camp.Maintenant, on veut revenir en arrière.Minute, là! Ce n’est pas comme ça que ça marche.» Pour les citoyens dans la salle, nul doute que le transfert envisagé signifie «la mort de Mirabel», un aéroport «pourtant rentable», disent-ils, comme en témoignent ses profits de 14 millions réalisés l’an dernier.«C’est une fermeture déguisée, personne n’est dupe, dit M.Gagnon, un citoyen de Mirabel.Si les vols internationaux prennent la direction de Dorval, le cargo va suivre, c’est inévitable.Voilà pourquoi il y a autant de monde ici aujourd’hui et que nous serons encore plus nombreux la prochaine fois qu’on nous demandera de témoigner de notre solidarité.» Egalement présents à cette manifestation, les députés fédéraux Maurice Dumas et Paul Mercier, ainsi que leurs collègues provinciaux Hélène Robert et Robert Thérien, qui sont venus ajouter leurs voix à ce concert de protestations en exigeant «la fin des discussions en vase clos» et le dépôt d’études d’impact pour tous les scénarios envisagés.«Il n’est pas question qu’une décision de cette importance se prenne sans que l’ensemble des intervenants aient eu l’occasion de s’exprimer», a notamment indiqué M.Dumas.«Un tel débat est nécessaire, ajoute le maire Meilleur, car ce qu’on voit en ce moment a toutes les apparences d’un coup de force, d’une décision prise à la sauvette pour satisfaire les caprices de certains lobbys.Or, on n’élimine pas 10 000 emplois d’un coup de crayon sans consultation publique.» Une pétition de plus de 30 000 noms sera déposée ce matin dans les locaux d’ADM, boulevard René-Lévesque, dans le but de signifier le mécontentement des citoyens de Mirabel.D’autres manifestations sont prévues, mais pour l’instant, le maire Meilleur, qui dirige les opérations, préfère attendre le dépôt de l’étude d’ADM (mercredi) avant de faire connaître la suite des événements.«L’aéroport de Mirabel est une infrastructure moderne, dit-il, qui peut facilement s’adapter au développement du Grand Montréal, tandis que l’aéroport de Dorval est une installation désuète incapable à long terme d’absorber tout le trafic aérien montréalais.» Pour tous les intervenants de la rive nord, comparer l’aéroport de Dorval à celui de Mirabel équivaut à comparer une vieille automobile qu’on tenterait de retaper à une automobile neuve, plus performante et plus efficace, pouvait-on lire dans les journaux du week-end dans une publicité payée par la Coalition pour la sauvegarde de l’aéroport de Mirabel.Selon les membres de la Coalition, le transfert des vols internationaux vers Dorval nécessiterait «des centaines de millions de dollars d’investissements pour ne créer finalement qu’une trentaine d’emplois et aucune nouvelle activité économique».Qui plus est, disent-ils, «ce transfert entraînerait pour l’ouest de Montréal une augmentation du bruit et de la pollution, ainsi qu’une circulation automobile plus dense aux heures de pointe».Tout cela pour quoi?ont demandé hier les citoyens, inquiets.«On a construit Mirabel dans le but de fermer Dorval par la suite, dit l’un d’eux.Or, voilà qu’on veut fermer Mirabel pour aider Dorval.C’est à n’y rien comprendre.» AMAZONIE «Je me suis permis d'user d'une plus grande liberté artistique» SUITE DE LA PAGE 1 Wittenbom, revient à Montréal après un second périple à la Baie-James, avec l’exposition La Baie-James, 15 ans plus tard: Amazonie du Nord, inaugurée jeudi soir dernier au Centre international d’art contemporain de Montréal (CIAC) et présentée en collaboration avec le Goethe-Institut Montréal.L’histoire débute en 1975, lorsque Wittenbom, qui s’intéresse depuis 25 ans aux problèmes écologiques de par le monde, prend connaissance du méga-projet hydroélectrique de la Baie-James à travers un article paru dans le mensuel National Geographic.«L’exposition n’était alors qu’un rêve, dit Wittenbom, rencontré il y a quelques jours au CIAC.J’ai d’abord voulu la réaliser à partir de mon atelier et avec beaucoup de documentation.Mais à l’époque, le projet de la Baie-James était peu connu et il était difficile d’obtenir de l’information depuis l’Allemagne.J’ai dû repenser ma façon de faire, et c’est bien, parce que j’ai eu à me rendre sur les lieux, près de la réalité des gens et de la terre.» Quatre ans plus tard, donc, le tandem Wittenbom-Biegert se met en route pour le Canada, où ils séjournent pendant cinq mois en territoire cri, dans le Nord québécois.Biegert, qui a publié de nombreux ouvrages traitant des populations autochtones de l’Amérique, s’occupe des entrevues avec les représentants d’Hydro-Québec — des directeurs aux géologues et biologistes attitrés pour l’occasion — ainsi qu’avec les habitants cris de Fort George (relocalisé et renommé Chisa-sibi après la mise en opération de la centrale LGT) et des environs.Quant à Wittenbom, il recueille artefacts, fourrures, plantes, images, pensées et impressions.La suite se déroule à Munich, notamment dans l’atelier de Wittenbom, avant d’éclore en l’exposition multimédia Projet de la Baie-James — une rivière qui se noie (A River Drowned by Water), présentée en première à Chisasibi, puis circulant ensuite au Canada, avec un arjêt au Musée des beaux-arts de Montréal en 1981, aux Etats-Unis, au Brésil, en Allemagne et en Thaïlande.Une des œuvres clés de cette manifestation juxtaposait sur un double écran la poésie avec laquelle un vieil homme cri parlait de ses chasses qu’il moissonnait comme un jardin et un discours fougueux prononcé en 1971 par l’ex-premier ministre du Québec, Robert Bourassa, qui comparait la province à un vaste projet hydroélectrique en devenir.Avec de la suite dans les idées, Wittenbom et Biegert quittèrent les Cris en 1980, exprimant leur souhait de revenir sur les lieux une dizaine d’années plus tard afin de constater les développements et les répercussions à long terme de l’implantation des barrages La Grande.En 1989, l’invitation du Grand Conseil des Cris fut lancée et l’année suivante, Wittenbom et Biegert firent de nouveau incursion au nord du 50e parallèle.Et c’est durant ce deuxième séjour québécois que se dessina le prolongement à’Une rivière qui se noie.Ainsi, avec son rassemblement d’objets et d’œuvres de médiums divers — dont un saisissant dessin au graphite, où des caribous mi-chair mi-pierre s’estompent dans les plis d’une grande bâche, et une présentation vidéo —, l’exposition du CIAC propose de jeter un regard global sur la situation complexe et les transformations causées par l’inondation des quelque 11 000 kilomètres carrés nécessaires à la construction des grands barrages de la Baie-James.Et aux dires de Wittenbom, Amazonie du Nord est une proposition moins didactique, à la limite moins politique, et plus poétique que ne le frit la première exposition.«La raison est simple, explique-t-il, le projet de la Baie-James et tous ceux qui lui ressemblent, notamment celui des Trois Gorges en cours actuellement en Chine, est connu aujourd’hui de presque tout le monde.Par conséquent, je me suis permis d’user d’une plus grande liberté artistique.» Pour ceux qui se demanderont pourquoi Wittenbom, qui s’est également intéressé au sort des forêts tropicales de l’Amazonie et de la Thaïlande, ne réalise pas plutôt des films ou n’écrit pas des livres comme le fait son collègue Biegert, l’artiste lui-même vous affirmera qu’en dépit de la diffusion nettement plus efficace que permettent le film et le livre, il n’a pas d’autre choix que de s’exprimer dans la langue qu’il maîtrise le mieux.«Je suis un artiste visuel et je n’ai comme unique possibilité que d’essayer de toucher les gens avec mon art.Certains artistes consacrent leur vie à considérer et à représenter la couleur rouge, je les comprends très bien, mais moi, ça ne me satisfait pas.Ce que je cherche est un lien avec le monde dans lequel je vis, et ma façon de l’établir est à travers l’art» Le CIAC est-il en train d’afficher une position idéologique?«Effectivement je ne suis pas de ceux qui apprécient les œuvres d’art qui ont comme seul sujet l’art ou l’histoire de l’art, avoue Claude Gosselin, le directeur du CIAC, mais je ne suis pas prêt, non plus, à encourager aveuglément toute proposition d’art social ou environnemental, d’autant plus que nous ne savons toujours pas quel est l’impact réel de ce genre de production.Mais dans ce cas-ci, j’estime qu’il s’agit d’une exposition avec beaucoup de potentiel, tant au niveau de l’anthropologie et de la culture que des arts visuels», poursuit le directeur, qui n’hésite pas à comparer XAmazonie du Nord des «explorateurs» Wittenbom et Biegert à un immense cabinet de curiosités, devenu ici cabinet d’actualités.Question de démontrer qu’il ne s’agit pas seulement de sonner l’alarme quant au mercure qui gagne les assiettes ni de pleurer la noyade de 300 ours noirs ou de 10 000 caribous, le CIAC propose de poursuivre la réflexion sur le projet de la Baie-James le 15 mars prochain, avec la présentation du symposium Développements économique et culturel des sociétés du Nord et du Sud du Québec.L’événe/nent sera animé par le professeur Peter Jacobs, de l’École d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, avec comme participants au groupe de discussion l’anthropologue Bernard Arcand, de l’Université Laval, l’ex-président du Bureau d’audiences publiques et spécialiste des questions d’éthique environnementale André Beauchamp, Roméo Saganash, vice-grand chef des Cris, Rainer Wittenbom et Claus Bie-gerL Présentée d’abord aux États-Unis en 1995, aq Center for Curatorial Studies du Bard College de l’État de New York et au Center for Contemporary Arts de Santa Fe au Nouveau-Mexique, La Baie-James, 15 ans plus tard: Amazonie du Nord sera en place au CLAC, l’étape finale de son itinéraire, jusqu’au 14 avril.] L El D EV< LES BUREAUX DU DEVOIR SONT OUVERTS PUBLICITÉ D DU LUNDI AU VENDREDI DE 9H00 À I6HÎ0 ANNONCEs'cLASSÉES (514) 985 3344 * Tl 2050, RUE DE BLEURY, 9E ÉTAGE, MONTRÉAL, (QUÉBEC) H3A 3M9 PUBLICITÉ (5i4)»i«399/iéiétopitw(5i4)9«n390 RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION : (514)985-3333 NUMÉRO SANS FRAIS 1 800 363-0305 SERVICE DES ABONNEMENTS Les««uéros4etéléphonesiinsls DU LUNDI AU VENDREDI DE 8H00 À 16H30 Montréal (514) 985-3355 / télécopieur (514) 985-3390 potr les «bonewitt poitui Extérieur (sans frais) 1 800 463-7559 LE DEVOIR nt p ubt* par LE DEVOIR ne.dont le siège social «91 «tué au numéro 2060 de Aeury.9e étage.Montréal.(Québec).H3A 3M9 II est imprimé par les Imprimerie Québécor LaSalle.7743 de Bourdeau, division de Imprimeries Québécor In LE DEVOIR est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc.900 boui.St-Martin ouest, (.aval.Envoi de publication — Enregistrement no 0858.Dépôt légal Bibliothèque nationale c.612 ouest nie Saint-Jacques.Montréal.L'Agence Presse Canadienne est autorisée à employer et à diffuser les du Québec Téléphone général (514) 985-3333; service a b clientèle; (514) 98S33S5; publicité: (514) 985-3399.I » D1C
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