Le devoir, 26 mars 1996, Cahier A
1 9 1 ü ?FONDE Vol.I.X X XVII M O N T R K A I.I.K M A K I) I 2 II M A K S I !l » Il S s T I' S ï v g T o r o h I o IS PERSPECTIVES Comédie chinoise L«affirmation tranquille» de Taïpeh irrite Pékin L’élection triomphale, ce week-end, de Lee Teng-Hui à la tête de Taïwan, à la suite de la première élection présidentielle libre jamais tenue dans toute l’histoire de la Chine, représente un immense défi à Pékin, qui pourrait être tenté d’y répondre par un durcissement.F ran çois Br ou s se an Cinquante-quatre pour cent à Lee Teng-Hui, l’homme qui a fait de 1’He de Formose la quinzième puissance économique du monde et une «seconde Chine», libérale et de plus en plus démocratique.Plus 21 % à un ouvertement indépendantiste, Peng Ming-Min.Cela fait bien 75 % des Taïwanais qui appuient désormais la marche de leur île vers une personnalité distincte reconnue comme telle, voire vers l’indépendance pure et simple.Les gérantes de Pékin ont difficilement avalé l’affront.L’agence Chine nouvelle a utilisé une périphrase pour évoquer cette consultation révolutionnaire qui a virtuellement «mis au monde» une nation taïwanaise.Répugnant à employer le mot «élection», chose honnie au pays de Mao Zedong et de Deng Xiaoping, l’agence a préféré évoquer «les activités concernant les changements de dirigeants de la région de Taïwan».Aimable litote qui suinte la langue de bois.Chine nouvelle a également cru pouvoir lire dans les chiffres une «défaite de l’indépendantisme», les deux (petits) candidats ouvertement «pro-continent» ayant eu plus de voix que le seul candidat ouvertement indépendantiste.C’est faire bien peu de cas de l’appui massif à Lee Teng-Hui, décrit depuis des semaines et des semaines par la presse de Pékin comme un séparatiste rampant et inavoué.L’affront à peine bu, les autorités de Pékin ont annoncé, hier, la fin des manœuvres militaires dans le détroit de Formose, qui avaient commencé le 8 mars dernier et qui avaient ponctué la campagne électorale à Taïwan, dans une opération d’intimidation explicite, admise comme telle par ses auteurs.Pékin a-t-il donç perdu la guerre des nerfs des six dernières semaines?A court terme, il semble bien que oui, et que cette intimidation ait fait boomerang.Les pressions militaires avaient pour but de dissuader les Taïwanais de voter pour les partisans d’une identité distincte.Elles ont au contraire renforcé la position de Lee Teng-Hui.Fort de sa majorité absolue, le président taïwanais apparaît désormais conforté dans sa ligne politique de «l’autonomie tranquille», affirmant l’esprit de l’indépendance.à défaut de la lettre.«Taïwan a été de facto indépendant depuis plus de 40 ans et il n’est pas surprenant qu’un certain nombre de Taïwanais veulent que Tile ait un plus grand profil dans le monde», a déclaré hier à l’AFP, sous le couvert de l'anonymat, un diplomate en poste à Taïpeh.Le premier ministre Lien Chan, qui sera désormais le vice-président de Lee Teng-Hui, a rappelé le souhait de Taïwan de conclure avec Pékin un accord de paix «une politique de détente» basée «sur les principes de l’égalité et de la bonne volonté».Du côté continental, un officiel pékinois a affirmé que «les portes sont encore ouvertes» pour un dialogue Pékin-Taïpeh, soulignant toutefois que «les obstacles sont du côté des autorités taiwanaises».Il a rappelé que la clé est l’abandon par Taïwan de sa politique visant à créer «deux Chines».Paroles, paroles.Selon Michael Hsiao, chercheur à l’Academia Sinica de Taïpeh, «Taiwan est victime d’une comédie chinoise où chacun veut sauver la face».«Avec son offre d’accord de paix, Taïpeh a fait un geste tactique pour rejeter la balle dans la cour des Chinois.Pour ne pas apparaître comme le méchant, Pékin fera peut-être une contre-proposition.Mais les deux savent bien que l’up et l’autre ne veulent pas céder sur le fond», dit-il.A partir de là, où vont désonnais les deux Chines?Une déclaration pure et simple d’indépendance de Taïpeh serait une provocation et une gaffe stratégique que Lee est trop intelligent pour commettre.Il semble plutôt que le président taïwanais poursuivra, en la développant, la ligne «affirmationniste» qui a fait son succès: multiplication des contacts ad hoc avec des officiels du monde entier, demande réitérée d’une admission de Taïpeh à l’ONU et à l’Organisation mondiale du commerce.Sans demander pour autant — comme auparavant — aux étrangers de «choisir» entre Pékin et Taïpeh.Et tout en continuant de tenir, pour la forme, un discours sur la réunification éventuelle, quand la Chine continentale sera devenue démocratique.C’est-à-dire, en clair, dans la semaine des quatre jeudis.Pékin, pour sa part, doit apprendre à vivre avec une «dissidence nationale» qui aiguise les divisions au sommet, au moment où se prépare la succession de Deng Xiaoping.Divisions non pas sur le fond du problème, mais sur son traitement, sur la façon d’y faire face.Divisions d’autant plus préoccupantes que Taïwan n’est pas le seul problème du type qui se profile à l’horizon.Les «régions économiques spéciales» comme la province du Guangdong, voisine de Hong-Kong, craignent de plus en plus une éventuelle «reprise en main bureaucratique» de Pékin.Sans compter Hong-Kong elle-même, qui doit rentrer l’an prochain — et avec une angoisse immense — dans le giron continental.Et sans oublier les provinces du Tibet et du Xinjiang, dans l'ouest, où les velléités indépendantistes restent fortes.Tempêtes à l’horizon?INDEX MÉTÉO Agenda Avis publics.Classées Culture .B6 .B6 .B5 .B8 Montréal Nuageux avec 40 % de possibilité d’averses le matin.Max: 2 Économie Éditorial Le monde Mots croisés.B2 .A6 .A5 .B6 ?Québec Nuageux avec éclaircies.70 % de possibilité d’averses de neige le matin.Max: -1 Les sports .B5 Détails en B 5 LES ACTUALITÉS Cuba: Axworthy critique la position américaine PAGE A 4 ?MONTRÉAL CHUM: consensus médical sur la moitié des spécialités PAGE A 3 ?L'ÉCONOMIE Sidbec réalise des profits historiques page b a Bouchard engage les réformes Assurance-médicaments, allocation familiale unifiée, équité salariale, nouveau régime de rentes, aide sociale et fiscalité au menu de 1996 MICHEL VENNE DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Le premier ministre Lucien Bouchard a placé l’année 1996 sous le signe des réformes sociales.Dans le discours inaugural de la deuxième session de la 35' législature de l’Assemblée nationale, hier, il a annoncé pour l’année qui vient la création d’un régime universel d’assuran-ce-médicaments, une nouvelle allocation familiale unifiée, un nouveau régime des rentes, une loi sur l’équité salariale, une réforme de la fiscalité, de l’aide juridique et de l’aide sociale d’ici janvier 1997.Entre-temps, les services de l’assurance-maladie resteront intacts et les frais de scolarité à l’université ne seront pas augmentés, en attendant un projet de réforme de l’éducation pour l’automne.M.Bouchard a cependant mis l’essentiel de ses espoirs pour la relance de l’emploi dans «le climat favorable» créé par la Conférence sur le devenir social et économique du Québec et sur la concertation et le partenariat avec l’entreprise privée, les municipalités et les régions pour créer des emplois et attirer des investissements.Il annonce que l’Etat donnera «de l’oxygène au secteur privé» en réduisant la réglementation.11 a lancé l’objectif que 2000 nouvelles PME exportent leurs pro- duits à l’étranger en l’an 2000.Si l’année 1995 a été consacrée essentiellement au référendum, M.Bouchard promet cette fois de «gouverner à plein temps» et il a l’in- VOIR PAGE A 8: BOUCHARD VOIR AUSSI EN PAGES A 2, A B ET A 7 ¦ Les réactions de Johnson et Dumont ¦ Le discours de Lucien Bouchard ¦ L’éditorial de lise Bissonnette La politique m**- PHOTO JACQUES NADEAU DEUX CITOYENNES d’origine italienne argumentent vivement devant un bureau de vote de la circonscription Papineau-Saint-Michel de leurs options respectives, l’une en faveur du Bloc québécois et l’autre en faveur du Parti libéral, juste devant le candidat Pierre Pettigrew et son garde du corps.Cette discussion enflammée entre bloquiste et libérale se déroulait en italien.Sondage CROP-Radio-Canada Le mur de l’incompréhension demeure impénétrable ¦ Pas de pouvoirs spéciaux pour le Québec ¦ Ottawa devra approuver la question référendaire ¦ Pas de droit de veto spécifique PIERRE O’NEILL LE DEVOIR Seulement cinq mois après la mince victoire référendaire du NON, le fossé entre les deux solitudes est redevenu ce qu’il était.Sur la question constitutionnelle, les points de divergence entre Canadiens et Québécois restent plus nombreux que les points de convergence.Le mur de l’incompréhension demeure impénétrable.L’opinion du Canada anglais n’est pas plus conciliante, redevenue sensiblement ce qu’elle était avant la campagne référendaire québécoise.Tout au plus, les Canadiens sont disposés à reconnaître: ¦ que le Québec, tout en étant égal aux autres provinces, est différent par sa langue et sa culture; ¦que le Québec est une composante essentielle de l’identité canadienne;; que le Québec devrait avoir un droit de veto constitutionnel, pourvu que toutes les autres régions du pays l’aient; ¦que le fédéral devrait présenter des offres constitutionnelles au Québec avant la tenue d’un autre référendum.En contrepartie, le Canada anglais estime que le Québec ne doit pas disposer de pouvoirs spéciaux différents de ceux des autres provinces, que le système fédéral lui profite plus qu’aux autres provinces, que le gouvernement fédéral devrait approuver la question qui VOIR PAGE A 8: SONDAGE LA Si le Québec devenait souverain, voudriez-vous que votre région continue de taire partie du Canada?Total Québec île de Montréal Reste de Mtl métro Reste du Québec Franco phone Anglo- phone OUI 46 50 42 46 41 78 NON 47 43 54 46 52 15 nsp/pdr 7 7 4 8 7 7 S0U8CC S8C-C80P-ENVI80NICS Élections partielles Les cartes restent inchangées JEAN DION DE NOTRE BUREAU D'OTTAWA Un ministre de la Couronne et un souverainiste de 22 ans ont facilement obtenu, hier, leur laissez-passer pour la Chambre des communes.Dans un exercice qui a annoncé d’abord une percée plutôt prometteuse du Parti réformiste, les électeurs des six circonscriptions fédérales qui étaient appelés aux urnes semblaient, pour la plupart, en voie de ne rien bousculer et d’envoyer à la Chambre des communes un représentant de la même étiquette politique que celui qu’ils s’étaient donné au scrutin général de 1993.Le ministre des Affaires intergouvemementales Stéphane Dion, dans Saint-Laurent-Cartierville, et le jeune candidat du Bloc québécois Stéphan Tremblay, dans Lac-Saint-Jean, ont été déclarés élus tôt à l’occasion de cette soirée des partielles.Au moment de mettre sous presse, cependant, tout était en place pour une lutte mouvementée dans Papineau-Saint-Michel, la circonscription la moins prévisible.Des résultats très fragmentaires donnaient une avance au candidat du Bloc québécois Daniel Turp contre son adversaire libéral, le ministre de la Coopération internationale Pierre Pettigrew.Dans les trois autres circonscriptions en jeu, les libéraux ont remporté la victoire.Il s’agissait d’un premier test, par ailleurs peu probant vu la nature des circonscriptions en jeu, pour la classe politique fédérale depuis le match référendaire pratiquement nul du 30 octobre.C’était aussi la première fois que le Bloc québécois affrontait l’électorat sans Lucien Bouchard à sa tête.Dans Saint-Laurent-Cartierville, le ministre des Affaires intergouvemementales Stéphane Dion était promis à une victoire aisée, et c’est exactement ce qu’il a obtenu.Après décompte de quelques bureaux de scrutin seulement, il détenait une avance de plus de 2000 voix.Dans Lac-Saint-Jean, le candidat Stéphan Tremblay a été désigné pour aller compléter le mandat qu’avait amorcé Lucien Bouchard.A 22 ans, M.Tremblay devient le plus jeune député de ce Parlement.Tôt après le dépouillement des premières boîtes de scrutin, il jouissait déjà d’une forte priorité sur son rival libéral Clément Lajoie.Dans Papineau-Saint-Michel, le Bloc devait vraisemblablement compter sur un fractionnement du vote fédéraliste entre M.Pettigrew et les candidats néo-démocrate, Raymond Laurent, et conservateur, Nicole Roy-Arce-lin, pour espérer l’emporter.VOIR PAGE A 8: ÉLECTIONS La souveraineté n’inquiète pas Standard & Poor’s En maintenant la cote de solvabilité du Canada, la firme de cotation américaine Standard & Poor’s ne s’inquiète pas, outre mesure, de la question entourant l’unité nationale.Elle s’attend, en fait, à ce que des négociations soutenues entre le Canada et un Québec souverain et la poursuite des relations économiques entre les deux Etats facilitent la transition en cas de victoire du OUI à un prochain référendum, dont le report après les prochaines élections provinciales a été bien accueilli.«Même dans le cas d’une victoire du OUI [il faut s’attendre à ce que] des négociations soutenues sur la résolution de plusieurs liens financiers et la poursuite de diverses relations économiques facilitent une transition s’étalant sur plusieurs années.» — Nos informations en page B 2./ Elu dans Lac-Saint-Jean, le bloquiste Stéphan Tremblay devient le plus jeune député des Communes 7098 I.E I) E V 0 I H .I.K M AUDI 2 I) M A H S I I) li
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