Le devoir, 13 avril 1996, Cahier D
LK DEVOIR Littérature québécoise Page D3 Essais Page 1)4 ?London Mackenzie Page D5 Agenda culturel Page D6 Grille télé du week-end Page D7 Fames Page D10 Entrevue avec Philippe Druillet De la création avant toute chose A • .DENIS LORD Les amateurs ont la chance de rencontrer Philippe Druillet au ¦ festival de la bande dessinée franco-, phone de Québec, qui est en cours jusqu’à demain au centre commercial Fleur de Lys.Plusieurs autres auteurs du Québec et de l’étranger seront aussi sur place, parmi lesquels Forg, Line Arsenault, Roba, André Juillard et Patrick Cothias.Avec Les 6 voyages de Lone Sloane, Urm le fou et Là-bas, entre autres, Druillet a joué un rôle considérable dans le renouvellement de la bande dessinée adulte dans les années 70.Son œuvre est reconnaissable au premier coup d’œil, avec sa mise en page éclatée, ses couleurs contrastées et violentes aux relents de psychédélisme, son sens de l’excès et sa prodigalité dans les détails.Oscillant entre la science-fiction et le fantastique, les mélangeant souvent, Druillet fait preuve d’un imaginaire païen et morbide, il met en scène un univers hanté où l’antiquité rejoint le futur, où des dieux cruels s’agitent dans des cités immémoriales aux architectures baroques.Mais il faut bien l’avouer, de la bande dessinée, Druillet n’en a pas fait beaucoup ces 15 dernières années, sinon Salambô, adaptation en trois tomes du roman de Flaubert, commencée en 1978 et terminée en 1987.«J’ai adoré la BD mais à l’époque, quand j’ai arrêté, je me sentais un petit peu à sec, en manque d’idées.Alors je me suis dit: "Tu ne vas pas faire ça uniquement pour le fric!” J’ai donc eu envie d’explorer d’autres choses.Mais ça reste du Druillet, c’est simplement le support 'qui change.» Dès la fin des années 70, l’auteur ' allait multiplier les activités hors du : champ des bulles: affichiste, décorateur de plateau (La Guerre du feu, Sorcerer), sculpteur, peintre, designer (briquets, tapis, meubles, jeux électroniques).En plus de ses , fresques murales à Lausanne et à , Angoulême, il a participé à la conception de la station de métro Porte de la Villette à Paris, réalisé des clips pour le chanteur William -Sheller et travaillé à de nombreux films d’animation.«Je suis un des pre-mi ers en France à m’être intéressé , aux nouvelles formes de technologie.XVJ’ai commencé à travailler sur les images de synthèse dès 1982.Lasiter, qui vient de faire Toy Story, devait travailler sur mon premier projet de .ifilm d’animation.On a échangé des fax pendant des mois mais ça n’a pas ¦ abouti, le monde du cinéma étant beaucoup plus compliqué que celui de .ta bande dessinée.» Poursuivi par la mort En décembre dernier, Dargaud éditait Paris de fous, un témoignage d’amour à la Ville lumière réalisé conjointement avec Robert Doisneau, où les univers du bédéiste et > du photographe s’interpellent et s’amalgament.Le livre était commencé depuis un certain temps déjà ’‘quand, en 1993, Doisneau devait entrer à l’hôpital pour ne plus en ressortir.Terrible coup du destin pour Druillet, dont la vie et l’œuvre sont imprégnés du sentiment de la mort.Sa deuxième femme est morte très • jeune et il s’est exprimé là-dessus dans l’album La Nuit.«Je suis poursuivi par la mort depuis que je suis ; tout gamin; c’est peut-être ce qui fait \ jj mon style mais je ne voulais pas que I j ; ; cela se reproduise une deuxième fois.•.*.1 Robert et moi, nous étions très amis, ! 1 * ; très complices.Ç’a été douloureux.J’ai ; ?: cessé de produire pendant un an et ¦ ! ! : j’ai failli tout laisser tomber mais je ! ! iàis que Robert, cela ne lui aurait pas j plu.En définitive, c’est un bouquin • j dont je suis très fier, un livre d’affec-; .tion, d’amitié et de force et en plus ;;; c’est pas triste!» îî; i; Lors de la réalisation de Paris de } J\füus, le personnage de Sloane, qu’on 1 î : retrouve dans plusieurs œuvres du IL bédéiste, s’est imposé et Druillet a | j éù l’idée de retourner avec lui à la ; VOIR PAGE D 2: DRUILLET L K D E V O I II .I, E S S A M EDI I » E T I) I M A X » I) 3 EPARG centaines cm\ 277-9912 371 Laurier O.4380r?ue Saint-Denis 844-2587 4 Yves Beauchemin Le Second Violon \encz rencontrei le dimanche 14 avril de 1 tltOO à 15li30 Oampigny ,.4380 St-Dcnisy Montreal isfegl La librairie Gallimard le Département d'études littéraires de I L JQAM UYSCARPETTÀ à l'occasion de la parution de son dernier livre: r o ma n U A 9 e d chez b I i é LIBRAIRIE HERMES 9h .22h année 362 jours par j 120, ave.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 télec.: 27-10660 'Mira ¦ ___________ 1 ue et tendre.Depuis quelques années, Gilles Archambault nous fait sourire le matin, à l’émission «CBF-Bonjour», avec ses Chroniques à la fois tendres et amusées.Retrouvez, à les lire dans ce recueil, le plaisir que vous avez eu à les entendre.Gilles Archambault Homme de radio, féru de littérature et de jazz, Gilles Archambault a construit, depuis plus de trente ans, une œuvre imposante de romancier, de nouvelliste et de chroniqueur.DERNIÈRES CHRONIQUES MATINALES M Boréal ft, •• 172 pages - 19.95$ Qui m'aime me lise.e-mail:infogal@gàllimard-mtl corn 0 r a s s et le dimanche 14 avril 1996 de 15h00 à 17h00 à la librairie Gallimard 3700, boul.Saint-Laurent Tél.: 499-2012 Fax:499-1535 m L I T T É R A T II R E Q l! É B É C OISE Des histoires que la peur enchante LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Une bourgeoise noire américaine LES PETITS BON 11 ldi IIS Des confessions, vraiment?LE MARIAGE Dorothy West, Belfond, Paris, 1996,244 pages MARIE-CLAIRE GIRARD Dorothy West est une figure mythique de la culture noire américaine.Née en 1907 à Boston, elle fut, à partir de 1926, un des membres du mouvement Harlem Renaissance réunissant écrivains, poètes et dramaturges noirs.Ils étaient les premiers.La guerre de Sécession s’était terminée deux générations auparavant, il avait fallu tout ce temps pour qu’une intelligentsia de couleur se développe et qu’ils se décident enfin à revendiquer la spécificité de leur culture.C’est en 1926 que Dorothy West remporte le premier prix de la nouvelle du magazine Opportunity.Et alors que le mouvement Harlem Renaissance s’étiole, elle continue de publier dans les magazines, s’éloignant peu à peu de toute forme de militantisme et de toute idéologie de combat.Elle avait commencé à écrire Le Mariage à la fin des années quarante et ne l’avait pas achevé.C’est Jacqueline Kennedy qui la poussa à le terminer.Petits-fils et arrière-petits-fils d’esclaves, les personnages du roman sont de grands bourgeois.Ils sont riches, possèdent des propriétés dans l’enclave noire de Martha’s Vineyard, leur peau, à cause du métissage, est pâle, ils peuvent même passer à l’occasion pour des Blancs.Ils sont les fils de l’Amérique et sont aux prises avec les mêmes contradictions qui hantent leurs congénères blancs: les contradictions nées des classes sociales, du pouvoir et de l’argent.Mais en dépit du fait qu’ils sont parfois blonds aux yeux bleus, il y a des frontières toujours infranchissables, des tabous solidements ancrés et des limites à ne pas dépasser.Ce sont ces limites, et ce qui se passe lorsqu’on les transgresse, qui intéressent Dorothy West.Shelby, la plus jeune fille de la maison, doit épouser un musicien de jazz blanc.Nous sommes dans les années cinquante, l’intégration est un mot qui n’existe pas encore et nul doute que si Shelby n’était pas aussi pâle, le mariage aurait peu de chances de se faire.Bien sûr, il y a l’amour dans tout cela, mais plus encore deux clans qui s’affrontent.D’une part Gram, l’arrière-grand-mère blanche, fille d’une aristocratique famille de planteurs du Sud, qui ne s’est jamais remise du fait que sa fille, la grand-mère de Shelby, ait épousé un Noir.C'est d’un œil ravi qu’elle voit la tournure des événements et le juste retour à ce qui aurait toujours dû être.D’autre part, Liz, la sœur de Shelby, qui s’interroge et remet en question la décision de sa sœur, lui reprochant de trahir sa race, lui enjoignant de demeurer fidèle à l’esprit de conquête qui a prévalu dans la famille depuis trois générations.Ce même esprit qui a permis à des fils d’esclaves de devenir médecins ou présidents d’université.Un monde disparu Mais il n’y a pas que ce dilemme à l’intérieur de ce roman.Dorothy West nous fait remonter toute la filière et nous met en contact avec les ancêtres de tout ce beau monde.Gram constitue le dernier vestige d’un monde disparu où les esclaves noirs chantaient en ramassant le coton et où le droit de cuissage pour le maître blanc tenait de la prérogative universelle.Beaucoup de chemin a été parcouru depuis pour accéder à la liberté et au pouvoir, et de cela ont été témoins et acteurs Preacher, le prédicateur assoiffé de terre et de bétail, Isaac, éduqué chez les Blancs et qui accède à l’université, et Hannibal, qui a réussi à épouser une femme blanche.Avec ce retour sur les êtres, nous voyons défiler devant nos yeux, avec beaucoup de justesse et d’acuité, une histoire méconnue du peuple noir américain: celle d’une grande bourgeoisie qui a accédé à l’argent, au confort et aux grandes écoles mais qui, en même temps qu’elle adoptait les valeurs des Blancs, est toujours demeurée au sein des murs de son ghetto doré.Dorothy West rend de façon âpre ces combats et ces luttes qui déchirent une même communauté.Elle dénonce les clichés et reste sans concession pour remettre en face d’eux-mêmes les membres d’une élite qui a voulu forcer les portes du rêve américain.Ce rêve, nous dit-elle, se réalise peut-être seulement au prix d’une acculturation.GILLES ARCHAMBAULT ?ROMANS ET NOUVELLES II (1904 1924) Thomas Mann, traduits de l'allemand par Louise Servicen, etc., notices et notes de Jean-Louis Baudet et Jean-Marie Valentin, Collection «La Pochothèque», Paris, 1995,1471 pages Excellente initiative que celle de publier en poche l’essentiel de l’œuvre du grand romancier qu’est Thomas Mann.Ce deuxiL me tome — un troisième est annoncé — présente des récits moins connus de l’auteur, mais aussi La Mort à Venise, La Montagne magique et Les Confessions du chevalier d’industrie Félix Krull.La Montagne magique, l’a-t-on assez dit, est un sommet de cette vaste entreprise romanesque.Mann y aborde les débats politiques et philosophiques qui avaient cours pendant les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale.Si j’ai préféré, pour les fins de cette chronique, relire Les Confessions du chevalier d’industrie Félix Krull, c’est que ce roman est une exception dans l’univers de leur auteur.Il s’agit d’une parodie très libre de l’œuvre de Goethe.Félix Krull est à sa façon une sorte de Faust Exception de plusieurs manières.Mann n’est pas un auteur léger, un romancier dont les facéties seraient la marque de commerce.Comment cet auteur grave s’est-il laissé aller à rédiger sur le mode badin un roman initiatique?La décision n’est pas venue de soi puisque le maître a entrepris d’écrire son Krull dès 1910 et qu’il ne l’a publié que l’année précédant sa mort, soit en 1954.Autre sujet d’étonnement, ce roman est écrit au je.Mann ne prisait pas outre mesure cette pratique, ne l’ayant utilisée qu’une seule fois.On serait du reste fort déçu si l’on s’imaginait que le terme confessions doive être entendu dans le sens que l’on donne à celles de Saint-Augustin ou de Jean-Jacques Rousseau.Félix Krull est presque l’anti-Tho-mas Mann.Il est né dans une famille bourgeoise — comme Mann — mais connaîtra très vite l'humiliation.Ruiné, son iière qui a fait fortune avec la commercialisation d’un mauvais champagne se suicide.Le jeune homme se voit donc forcé de devenir liftier dans un grand hôtel parisien.Krull est un petit escroc.Dès l'en-fance, il commettait de petits larcins.Pour s’épargner le service militaire, il simule l’aliénation.Arrivé aux douanes françaises en provenance de Francfort, il s’empare de bijoux qu’a laissé tomber une belle passagère.Heureux hasard, il retrouvera la passagère à l’hôtel où il doit prendre du service.Iü riche dame le trouve séduisant, l’invite à une partie de jambes en l’air.Elle est joyeusement perverse, l’inconnue, souhaiterait même que le beau jeune homme la roue de coups.Il pourra avec son consentement faire main basse sur d’autres bijoux et sur des espèces sonnantes.Félix vendra le fruit de ses vols à un regrattier, s’installera à son compte.Et toujours, il séduit.De liftier, il devient maître d’hôtel.Il a à peine atteint cet échelon de la hiérarchie hôtelière qu’il fait la rencontre d’un jeune marquis.Bien étrange chevalier d’industrie en réalité que ce Félix Krull dont les aventures sont celles d’un joueur vaguement insouciant.Thomas Mann a traîné ce roman tout au long de sa vie, l’a repris à différents moments, puis abandonné.L’œuvre paraîtra dans son état d’achèvement.Comme si Mann avait souhaité que ce ton de liberté, ce ton libertaire, qui lui était inhabituel, lui serve de testament.Souhaitait-il opposer la figure d'un être libre à celle de l’écrivain attelé à une tâche qui l’écrase?Une sorte d’hymne à la jouissance.«Tout se passe comme si Mann avait souhaité que Les Confessions du chevalier d’industrie Félix Krull lui serve de testament» LIQUIDATION de Livres Anciens 18ièmc, 19icmc et 20ièmc siècles Littérature, Etirants, Art, Histoire Naturelle, Voyage, Religion et plus.Heures: mardi - vendredi 1 lh à 18h samedi lOh il 17lt GALERIE MAZARINE 1448, O.rue Sherbrooke, Montréal, (entre Bishop & McKay - métro Guy) Tel: (514) 982-6566 OÙ VONI LES SIZERINS FLAMMÉS EN ÉTÉ! Histoires Robert Lalonde, les Éditions du Boréal, Montréal, 1996,163 pages Aujourd’hui, j’étais ce traverseur de Sahara.Entre les arbres, j’apercevais la rivière en feu et les ramures des grands pins qui flambaient au-dessus de moi.J’avançai encore, pris d’une émotion faite à moitié de la peur et à moitié de l’envie que se produise pour de bon ce cataclysme lent et irréversible qui était depuis un moment commencé.Je vis tout à coup un lièvre haleter sous un sapin aussi sec qu’un arbre de Noël après les Rois.La bête était épouvantée mais immobile, peut-être mourante.Elle détala paresseusement quand je m’approchai et j’entendis distinctement son couinement d’agonie qui venait de derrière une touffe de saules.J’écartai les ramilles craquantes et découvris le lièvre couché sur le flanc, dans le lit blanc comme du sel d’un ruisseau tari.» Ce passage, tiré du dernier récit, illustre un peu le regard fasciné que Robert Lalonde promène depuis son premier roman, La Belle Épouvante (prix Robert-Cliche 1980), sur la faune et la flore du Québec.Nous sommes beaucoup à le suivre, privés que nous avons été par notre tradition littéraire de ce grouillement d’images fondamentales.Mais il y a plus encore qui renvoie au moteur même de cette fiction.Au lapin qui halète ici, en un de ces jours écrasants de juillet, alors que même de violents orages n’apportent pas d’apaisement, succédera une poule d’eau détraquée, couvant trois caillous, le tout accompagné de ce sentiment presque joyeux d’inquiétude où nous reconnaissons habituellement le narrateur de Lalonde.Il a quinze ans ici et la peur l’enchante.Comme d’habitude, puisque cette belle épouvante, selon notre vieille expression, paraît conduire l’œuvre entière.Le phénomène se voit dans cette fréquence de l’ombre (et des ombres et des ombrages) que tra: versent les personnages, comme si tous les jeux du jour et de la nuit, les courses méditatives dans les brises du passé n’avaient pour fin que d’arriver à quelque trou d’ombre.Cela se remarquait fortement bien auparavant, par exemple dans les images édéniques de Sept lacs plus au Nord (Seuil, 1993).Il en va encore de même pour le chant des oiseaux et des insectes, et les bruits si variés de la nature où éclate tout à coup la forets, du silence.Que trouver au fond de l’ombre et du silence?Encore ici, ce sera l’autre, le secret de l’autre.L’amour de la première étreinte alors que l’autre est un autre moi, un pareil à soi, au temps des amitiés particulières.Cela se voit bien dans la dernière histoire, intitulée Ceci est mon corps.Le titre vous en annoncera déjà la Une belle épouvante qui paraît conduire l’œuvre entière Robert Lalonde couleur.Mais c’est d’abord celle de la messe à laquelle ont joué tant d’adolescents jusqu’aux années soixante.Elle sera ici officiée par Gilles Rézenne, un jeune Amérindien aux yeux un peu fous qui, un jour, entraîne le narrateur dans la grotte où il a caché le saint sacrement dérobé à l’église: un ciboire en or, rempli d’hosties.Heureusement non consacrées, se dira le narrateur de 15 ans, pour mieux consentir à la communion, moins parodique qu’on ne s’y attend, et à coup sùr très pudique.Il a clairement «le désir incertain, émouvant du corps du métis», mais un autre désir s’impose encore plus violemment: celui de l’unité et de la réconciliation qui l’amènerait à récrire l’histoire d’Abel et de Caïn.C’est qu’ici le désir, même celui si fréquent du corps (du sizerin, du grillon, du chat, du cheval, de la mère, de l’ami), rêve d’écriture.La narration, si souvent portée par le souvenir, passe presque toujours par le rêve et, surtout, la rêverie.Une telle écriture fantasmatique donne souvent de ces tableaux du désir et de la tendresse comme on n’en a que chez les meilleurs écrivains.Parmi ceux qui restent en refermant le livre: Tit-Ange, une petite fille qui fait la morte pour faire oublier à son père la mort de la compagne.Je revois encore Raoul, le poète animalier qui refait son poème, destiné au feuillet paroissial, en frôlant l’épaule ronde («de dauphine») de sa femme.La sterne affolée par la tempête imminente et qui s’accroche, désespérée, à la tête d’un pêcheur.La religieuse qui pardonne au vieux meurtrier réfugié au couvent: a-t-il aussi mangé les précieuses brioches pascales?c’est que «des fois, y faut beaucoup de violence pour jouir d’une vraie douceur.» Et puis, il y a la vieille qui meurt de bonheur en embrassant son ange de petit jeune homme, celui qui a un anneau dans le nez comme pour mieux se faire conduire.Ou même: l’étreinte (très pudique) du «fou des chevaux» avec un étalon, ce qui donne peut-être le meilleur récit après celui de la communion amérindienne.Après les Aurores montréales de Monique Proulx (beaucoup plus inventive au plan formel), voici dix bonnes histoires qui disent bien où niche en toute saison le désir.Carrefour Angrignon Mail Champlain Centre Laval 365-4432 465-2242 688-5422 PRÉ JUSQU ouvert de 9h à 22h, 7 jours © Mt-Royal B rue Drolet, via rue Mt-Royal ê t I.K I» K V 0 I It .I.K S A M K I) I I :i K T l> I M A N < Il K I I A V II I I.I !» I» I! I) 4 V 11, E S 'AVA I» () Ê S I E Lorsque la poésie rencontre la science L'INTELLIGENCE DES FLAMMES Denys Néron, Editions du Noroît, Montréal 1995,122 pages L’ESPACE OÙ TOURNENT LES [1RES Michel Lemaire, Éditions du Noroît, Montréal, 1996, 73 pages DAVID CANTIN Il est plutôt rare que l’on retrouve les noms d’hommes de science comme Kepler, Einstein ou Pythagore évoqués dans l’univers créateur des poètes! Pourtant, Denys Néron et Michel Lemaire s’en réclament ouvertement dans leur plus récente parution.Peut-on en déduire qu’il s’agit d’une nouvelle forme de connaissance intuitive?Paru à la fin de la décennie soixante-dix, L’Equation sensible (L’Hexagone, 1979) de Denys Néron compte, pour moi, parmi les œuvres véritablement exceptionnelles en poésie québécoise.Il y a dans ce livre une richesse de la pensée et de l’émotion qui m’étonne à chaque fois que j’ai la chance d’en reprendre la lecture! Récemment, les éditions du Noroît ont pris l’heureuse initiative de publier la suite tant attendue, L’Intelligence des flammes.En prose et en vers libres, ce nouveau recueil se situe dans la même veine que son prédécesseur, s’inspirant de la tradition lyrique du romantisme spirituel qui passe de Goethe à Novalis.La poésie pour Néron se traduit par un dialogue incessant avec d’autres créateurs, dans le but d’interroger ce que représente la connaissance humaine.La théorie des ensembles de Georg Cantor, l’intuition sensible des présocratiques ou encore le regard visionnaire de Jakob Boehme s’unifient dans ce livre sur le destin personnel pour dévoiler une conscience métaphysique: La poésie «Mesure ayec ton cœur ce qui t’est donné sans mesure.A l’apparente infinité des nombres pour Denys répond celle des âmes dispersées comme une neige qui va fondre.Mais la semence choisie Néron se parmi celles qui tombent et préservée hier pour - .un fruit prophétique repose au fond du temple traduit par comme un cristal qui songe.» j.Dans une prose des plus denses, la recherche un dialogue éthique se mêle au combat spirituel, pour que î_ j.l’homme en arrive à comprendre le sens de l’uni-uitessdiu verg pourtant( au-delà de la gnose et des impul- avec d’autres s»ons du monde sensible, l’âme du poète ne cherche qu’à retransmettre l’essence amoureuse créateurs qui l’habite: «Nous nous éveillons avant que le songe ne soit dissous par l’encre du jour.Dans le plus profond sommeil, nous continuons d’aimer et d’écrire avec nos mains.» Parfois difficile à traverser, ce long monologue intérieur que représente L’Intelligence des flammes de Denys Néron contient une richesse évocatrice inestimable, auquel on se doit de revenir.Plus courts, les poèmes en prose de L’Espace où tournent les êtres empruntent un registre assez différent de celui de L’Intelligence des flammes.Davantage elliptique, ce quatrième recueil de Michel Lemaire tente de créer un parallèle entre le mouvement des émotions humaines et celui des lois de la nature.Dès la deuxième page, les découvertes de Johannes Kepler sont évoquées: «Pour ce qui est de la solitude des astéroïdes, elle n’est pas ce qu’on pourrait croire.Comme on le sait, le froid et l’éloignement sont des données relatives.Parlez-en aux astronautes.Mais l’ellipse semble une figure impossible lorsqu’on court ainsi dans la nuit sans connaître les lois de Kepler.» Se regroupant autour de cinq parties, ces textes relèvent d’une écriture maîtrisée qui, malheureusement, ne parvient pas toujours à convaincre.Comme dans d’autres livres de Lemaire, le cynisme vient, parfois, restreindre la véritable expression du sentiment poétique.Je retiens surtout les première et dernière sections, où la voix retrouve une justesse comparable à celle offerte dans L’Envers des choses (Editions Quinze, 1976 - Editions du Noroît, 1993): «Il demeure des braises, une légère fumée grise.On ne sait si le feu va s’éteindre ou reprendre.Les tangentes amoureuses se sont-elles usées ou consumées?Cela vaut-il la peine?de tracer les signes, de rassembler les flammes.Et de forger l’anneau qui ne serait plus un cercle abstrait.» Cette manière d’utiliser les formes géométriques pour saisir à nouveau une émotion ouvre un espace intéressant pour les œuvres éventuelles de Lemaire! é EST-SELLE RS librairie (garneatt Case Postale 1727.Québec (Québec) G1K 7K9 ROMANS QUÉBÉCOIS I.LE SECOND VIOLON, Yves Beauchemin - éd.Québec-Amérique 2.LES AURORES MONTRÉALES, Monique Proulx - éd.Boréal 3.ZOMBIE BLUES, Stanley Péan - éd.La Courte Échelle 4.MISS SEP1EMBRE, François Gravel - éd.Québec-Amérique «T ESSAIS QUÉBÉCOIS l.HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC, TOME 2, Jacques Lacoursière - éd.Septentrion 2.ALLÉGORIES POUR GUÉRIR ET GRANDIR, Michel Dufour - éd.JCL 3.INTERDIT AUX FEMMES, Nathalie Collard et Pascale Navarro - éd.Boréal «r ROMANS ÉTRANGERS 1.L'ÎLE DU JOUR D'AVANT, Umberto Eco - éd.Grasset 2.L’ALCHIMISTE, Paulo Coelho - éd.J'ai lu 3.LE LIVRE DE SAPHIR, Gilbert Sinoué - éd.Denoël 4.LA PROMENEUSE D'OISEAUX, Didier Decoin - éd.Seuil «r ESSAIS ÉTRANGERS 1.LE COMPAGNON DU DOUTE, John Saul - éd.Payot 2.LE DÉSIR D'ÊTRE UN VOLCAN, Michel Onlray - éd.Grasset 3.CES MOTS QUI GUÉRISSENT, Larry Dossey - éd.J.C.Lattes LIVRE JEUNESSE 1.LES GRIZZLIS AU LIT, Wolfgang Biltner-Gosfi - éd.Nord-Sud PA- UVRES PRATIQUES 1.GUIDE DES ARBRES ET DES PLANTES À FEUILLAGE DÉCORATIF, Benoit Prieur - éd.de l'Homme 2.LE FRANÇAIS AU BUREAU, Noëlle Guillolon Hélène Cajolet Laganière - Publications du Québec COUP DE COEUR 1.IMAJICA TOME 1, Clive Barker - éd.Rivages 24, côte de la Fabrique, Québec GlR 3V7 Téi: (418) 692-4262 E S S A I S Q U E B E C 0 I S Féministes dans la tourmente pornographique ROBERT S A I- K T T I ?INTERDIT AUX FEMMES (LE FEMINISME ET LA CENSURE DE LA PORNOGRAPHIE) Nathalie Collard et Pascale Navarro, Boréal, 1996,142pages «L'ESPRIT DE CENSURE» Sous la direction de Marc Ange not, vol.7, tr 1-2 de la revue Discours social/Social Discourse 1995,260 pages Contrastant avec la rhétorique libertaire des années soixante et soixante-dix («Il est interdit d’interdire»), l’esprit de censure semble en nette recrudescence.Signe des temps, l’esprit de censure apparaît désormais comme venant aussi bien d’une prétendue gauche radicale (assimilée au phénomène de la «rectitude politique») que des droites traditionnelles qui reprennent du poil de la bête.Ainsi verra-t-on un gadget comme la puce électronique anti-violence qui doit être installée dans nos téléviseurs être défendue par des groupements féministes en même temps que par des ligues de morale chrétienne.C’est justement le féminisme qui est sur la sellette dans Interdit aux femmes, cet essai-choc publié chez Boréal par deux jeunes journalistes de l’hebdomadaire Voir, Nathalie Collard et Pascale Navarro.Pas tout le féminisme, en fait.Mais le féminisme qu’il est convenu d’appeler radical, celui qui prône la censure et qui estime que la pornographie constitue la quintessence de l’exploitation masculine de la femme.Mais avant d’entrer dans le détail, une petite distinction s’impose.Schisme féministe C’est un fait reconnu que le débat sur la censure et la pornographie a eu pour effet, aux États-Unis en particulier, de faire éclaté! le mouvement féministe en deux factions.L’une, orthodoxe et encore dominante, exige que l’on censure la pornographie (essentiellement, toute représentation sexuelle explicite) parce qu’elle dégrade les femmes; l’autre, marginale et minoritaire, défend la pornographie moins pour elle-même que pour s’opposer de manière générale a l’esprit de censure qui motive les tenantes de la ligne dure.Dans la catégorie du militantisme anti-porno, on retrouve deux intellectuelles bien en vue: Catharine MacKinnon et Andrea Dworkin, qui vont jusqu’à soutenir que la production imprimée ou filmée de sexualité explicite tient de la littérature haineuse et peut être comparée au nazisme ou au Ku Klux Klan.Ni représentation ni fiction, la porno constituerait de ce point de vue un acte criminel et nécessiterait une dérogation à la liberté d’expression garantie par la Constitution américaine.La dépareillée Camille Paglia a vertement dénoncé cette idéologie doctrinaire dans son ouvrage Vamps and Tramps.Or, MacKinnon et Dworkin sont aussi dans la ligne de mire du tandem Collard-Na-varro.De fait, le travail des deux journalistes consiste pour une bonne part à retracer les manifestations canadiennes et québécoises de ce féminisme radical.Et à les dénoncer.Ces manifestations sont relativement variées.Elles vont de l’arrêt Butler qui, en 1992, a fait du Canada le seul pays occidental à avoir législativement décrété que la pornographie est nocive pour la société en général et pour les femmes en particulier, à la politique éditoriale de la défunte Vie en rose, mais on les repère surtout dans les rapports officiels des nombreux conseils et comités consultatifs voués à la promotion du statut de la femme.L’argumentation dissidente de Collard-Navarro sur la sexualité et la pornographie est simple mais efficace.Le féminisme procensure a tort de rejeter en bloc, sans aucune discussion, la porno, car un des effets de ce rejet est de «diaboliser» la sexualité féminine.Historiquement, la censure a toujours causé plus de • * 1 9* îïJîSï»^: >#»•» tort que de bien et n’a jamais rien réglé.Rien ne permet historiquement et scientifiquement de tenir la porno responsable de la violence faite aux femmes.Au contraire, la pornographie a déjà exercé une fonction subversive, par exemple lors de l’invention de l’imprimerie.Bref, la porno doit être traitée comme un discours sur la sexualité, non comme le machisme incarné.Elle doit faire l’objet d’un débat dans la société civile, non d’une condamnation définitive dans la sphère juridique.Cela dit, Collard-Navarro ne rejettent pas le féminisme pour autant.Elles déplorent l’enfermement dans lequel le discours féministe se complaît, mais elles continuent de croire qu’il a sa raison d’être, qui est la revendication de la liberté de choisir et de l’autonomie pour les femmes.comme pour les hommes.A quoi correspond concrètement ce féminisme dissident, se demandera-t-on?C’est une question difficile à laquelle répondre, car les auteurs û'Interdit aux femmes attaquent davantage la censure qu’ellç ne définissent la liberté de parole.A cet égard, les exemples de la chanteuse rock Madonna et de la «performeuse» Annie Sprinkle, tant décriés par l’orthodoxie féministe, sont perçus comme des pas peut-être maladroits mais né- cessaires dans le développement d’un discours proprement féminin sur la sexualité.Globalement, Collard-Navarro choisissent leurs exemples dans l’actualité.Sans être absentes, les discussions théoriques sont plutôt limitées.Certes, des objections possibles au caractère prétendument subversif de la porno sont trop vite balayées, comme celle de Bernard Arcand (dans Le jaguar et le tamanoir) pour qui la porno est devenue un produit de consommation de masse exclusivement axé sur la stimulation sexuelle.Certes, certaines affirmations frôlent la naïveté ou la facilité («Allons-nous mettre la clé dans une industrie (la porno] qui fait travailler des millions de gens?»).Mais le propos d'Interdit aux femmes rassérénera ceux qui ne digèrent plus la langue de bois du féminisme.Compléments d’information D’ailleurs, ceux qui seraient un peu plus exigeants sur le plan théorique pourront regarder du côté de la revue universitaire Discou>s social qui a fait paraître l’an passé un numéro sur «L’esprit de censure».L’article d’introduction de Marc Angenot est particulièrement instructif en ce qu’il fait un tour d’horizon des manifestations de l’esprit de censure contemporain dans des domaines comme les arts, l’histoire, la vie universitaire et le.féminisme.Le ton y est nettement plus polémique que dans une analyse universitaire traditionnelle.Plus polémique même que dans Interdit aux femmes.J’y lis ceci qui est général et qui se rapporte ai propos de Collard-Navarro: «Les censures ont toujours été une réaction d’angoisse aux modernisations.» Et encore: «Les argumentations [modernes] en faveur de la liberté d’expression pleine et entière sont surtout, à l’examen, des argumentations contre la censure et ses entraî-nements, des agumentations qui jugent au bout du compte que les expressions les plus viles et mensom
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