Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (2)

Références

Le devoir, 1996-07-15, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
r Agenda culturel Page B7 Culture B8 Economie Page B2 Planète Page B4 Les sports Page B6 Télévision Page B7 LE DEVOIR ?L'ENTREVUE I.E I) E V O I R , LE LUNDI 1 5 .1 U 1 L L E T I 9 9 (i J O S E I» Il K *Sm Mw,mk Zachary Richard Positive Black Soul, D’Gary, Riyard et Richard récoltent les Miroirs RÉMY CHAREST CORRESP.ONDANT A QUEBEC On n’y croyait presque plus, mais le beau temps s’est installé dans la Vieille Capitale pour le dernier wèèk-end du 29e Festival d’été de Québec, venant redonner à l’événement l’affluence à laquelle il a l’habitude.Les concerts de vendredi et samedi soirs — particulièrement le concert canon de Michel Pagliaro, aux antipodes de la performance vide et platement racoleuse de Diane Tell — se sont déroulés devant des parterres pleins, donnant à ces soirées l’air de fête qui avait quelque peu fait défaut pendant les huit premières journées toutes plus ou moins maussades.Une note ensoleillée qui redonnait le sourire aux organisateurs, au moment où le jury des prix Miroir de la chanson francophone, présidé par Georges Moustaki, décernait ses quatre prix à Positive Black Soul, D’Gary et François-Régis Gizavo, Michel Rivard et Zachary Richard, tandis que le prix du spectacle le plus populaire, déterminé par le vote du public, allait à Daniel Lavoie pour son concert du 5 juillet en compagnie de l’Orchestre symphonique de Québec.Le jury, dont les autres membres • étaient Amina, Isabelle Primault, Pierre Adendengue, Alain Chartrand et Antoine Yvernault, a livré ses choix hier, lors d’une petite cérémonie tenue en fin d’après-midi, après un véritable parcours du combattant qui les avait fait circuler de scène en scène, de midi à minuit, pour attraper au vol les 28 spectacles d’artistes francophones présentés en dix jours de festival.La répartition entre les styles et les provenances aura été assez large dans la sélection du jury 1996.Les rappeurs sénégalais Positive Black Soul remportaient le prix Miroir Révélation pour leur fusion des styles traditionnels et modernes et pour leur capacité à offrir un rap se démarquant du modèle américain.Le guitariste D’Gary et l’accordéoniste François-Régis Gizavo, tous deux originaires de Madagascar, ont mérité — à l’unanimité du jury, soulignait Georges Moustaki — le Miroir de l’Espace francophone (décerné à des artistes de pays francophones dont la musique n’est pas d’expression française) pour la virtuosité de leur exécution, leur grande musicalité et., «le charme de la jeune choriste et danseuse» qui les accompagnait sur scène.Le prix de la Chanson d’expression française est pour sa part allé à Michel Rjvard, présent tout comme D’Gary pour recevoir son Miroir, pour son spectacle de Chansons lousses et cordes sensibles.Le jury soulignait particulièrement la qualité des textes, l’ambiance créée lors du speétacle, sa complicité avec ses musiciens, son humour et, dans l’ensemble, «l’accomplissement de son œuvre».Le Miroir spécial du Jury — généralement vu comme un prix coup de cœur — est pour sa part allé à Zachary Richard, dont le retour au Québec se fait décidément sous des auspices favorables.Rejoint par téléphone à La Rochelle, l’artiste cadien, audiblement ému, a appris la nouvelle à la sortie de son spectacle des FrancoFolies.Le jury a souligné le charme de l’interprète, «le non-conformisme et la tradition» qui font partie de son travail, ainsi que ses efforts de valorisation de la culture francophone en Amérique du Nord.Résultat très positif de l’imposante implication des Arts du Maurier dans le financement du Festival d’été, les Miroirs sdnt dorénavant dotés d’une bourse de 5000 $ pour chacun des lauréats, tandis que les noms des gagnants seront diffusés par la Société Radio-Canada et le réseau Radio-Energie et leurs disques offerts à prix'réduit chez les disquaire^ HMV.Après l’initiative de CharlElie Couture il y a deux ans, qui avait substitdé au simple papier officiel le miroir symbolique qui donne maintenant son nom aux prix, ces appuis matériels viennent donner l’ampleur voulue aux prix.FESTIVAL DE QUÉBEC -?LE DEVOIR ?- CULTURE Souque-à-la-corde aux FrancoFolies La Rochelle tire à Vextrême-droite, les FrancoFous à gauche: qui remportera?SYLVAIN CORMIER ENVOYÉ DU DEVOIR A LA ROCHELLE La Rochelle, en ce juillet tardivement caniculaire (c’était encore le blizzard la semaine dernière, nous assure-t-on), apparaît au nouveau venu telle qu’on la décrit depuis des années: une ville sous occupation temporaire, transformée le temps des FrancoFolies en souk à flanc d’Atlantique, en foire aux relents de langoustines, en royaume du sandwich merguez-frites et du Coca à dix balles, un port médiéval pris d’assaut par les barbares et leurs clébarts de toutes espèces, teckels nains, cockers, bergers allemands et fiers bâtards.De fait, jusqu’aux p’tites heures de la nuit rochelaise, U est vrai que ça afflue, que ça reflue et que l’on se dispute encore le mètre carré au Cours des dames.Mais le revenant aux FrancoFolies charen-taises ne s’y trompe pas: on a bel et bien nettoyé le terrain.Les fauchés, qui débarquaient d’ordinaire en force avec le début des Francos et bivouaquaient sur le Cours des dames, ont été refoulés hors des fortifications: le décret interdisant la mendicité, promulgué l’an dernier par le maire de droite Michel Crépeau, a fait son œuvre.Peu ou pas de S.D.F.(sans domicile fixe) sur les quais.La Rochelle est devenue ce que voulaient ses commerçants, ses restaurateurs et ses élus: un port de plaisance à vocation touristique pour familles et chiens en laisse (toujours aussi nombreux les canins).Les gendarmes et les C.R.S, en évidence dans la vieille ville, y veillent, bombe lacrymogène en besace et gourdin en main.Pourquoi s’arrêter en si bon chemin?a-t-on raisonné en haut lieu.Jean-François Galvaire, élu du Poitou-Charentes pour le Front national de Jean-Marie Le Pen, poignard ex-trême-droitisant encore et toujours planté dans le dos de la France, a vertement dénoncé la présence aux FrancoFolies du groupe rap radical NTM, véritable appel, selon lui, au «désordre immoral».Il faut savoir que NTM est l’abréviation de «nique ta mère», expression argotique à double sens qui se traduirait chez nous en jouai — faute de meilleur équivalent — par «fourre ta mère».Sans en appeler à l’épreuve de force îors du spectacle du groupe de «guérilla urbaine», en tête ce soir d’une affiche rap-funk-raggamuffin-hip hop réunissant Siilmarils, Para-lamas et Raggasonic sur la grande scène du stationnement Saint-Jean-d’Acre, on aura tout fait pour que les organisateurs de l’événement ressentent la pression, notamment du côté du portefeuille subventionnaire.Le conseiller régional du FN se contentera, dit-il, d’être un témoin attentif, des fois qu’il se dirait des gros mots qui ne seraient pas à l’honneur des mamans.«Je me ferai un plaisir de les emmener devant le tribunal correctionnel de La Rochelle», a-t-il déclaré au journal de province de Charente-Maritime.Au moment où la France apprend que le même Front national, qui en a décidément tout le tour de la tête, censure les livres «cosmopolitistes» ou «gauchistes» à la bibliothèque d’Orange (sous les instances de son maire lepé-niste Jacques Bombard), la situation est pour le moins volatile.Aux Francos, pour l’heure, on laisse courir.Jean-Louis Foulquier, le patron-fondateur, avec sa caricaturale tête de Lino Ventura junior au teint éternellement buriné, ne redoute pas une bonne bagarre, cornes de bouc! De fait, sa programmation témoigne d’une ouverture d’esprit au moins aussi large que la porte d’entrée maritime de La Rochelle: entre les deux tours médiévales, comme sa dure caboche, tous les courants passent Vedettes montantes et artistes de toutes provenances (rap, punk, rythmes du monde) partagent les séries et les scènes avec les vedettes d’hier et d’avant-hier (Michel Fugain, Maxime Le Forestier, Johnny Halliday, Dick Rivers).C’était évident dès le premier jour, vendredi, alors que le festivalier pouvait choisir entre le chant cap-verdien de Cesaria Evora, le rock des Roadruners, le reggae de Mellowman, la chanson québécoise de Rioux et le grand show rock’n’roll d’ouverture au Saint-Jean-d’Acre avec Fred Blondin, Dick Rivers et Johnny Hallyday.Salut les copains, salut les anciens! Où étais-je, moi?Au zénith du bonheur, amis lecteurs, en compagnie des deux tiers de la Sainte-Trinité du rock français (Eddy Mitchell étant le troisième, c’est-à-dire le FRANCOFOLIES Le roi Hallyday tenait la forme et la voix des meilleurs jours Saint-Esprit).Passons sur Blondin: son rock à numéros a été mille fois peint.Accueillons vite notre premier héros, l’homme à la banane, le Niçois Hervé Fornieri, alias Dick Rivers.Il avait de la prestance avec son complet en mohair, le fier Texan de Pompignan Qe cher obsédé d’Amérique s’est bâti un ranch en France avec chevaux Appaloosas importés à prix d’or).Jambe leste, déhanchements étudiés, glotte vibrante, timbre intact, il a offert un très honnête show à saveur country-westem-rock, bien plus proche de ses véritables humeurs que le récial rétro proposé chez nous il y a quelques années, ne se permettant qu’un bref mais fulgurant flashback «au temps où il n’y avait pas de chômage mais une calamité qui s’appelait les Chats Sauvages»: sa version de Twist à Saint-Tropez, avec le formidable guitariste rockabilly britannique Chris Spedding en charge du riff, était un coup d’éperon dans mes flancs.À part le look.Après une heure d’un tel réchauffement, les quelque 10 000 spectateurs étaient fin prêts pour Johnny.Et lui pour nous.Au premier show d’une tournée d’été qui le mènera en septembre au Riviera Hotel de Las Vegas (devant des fans français qui auront aboulé 8 500 francs par tête de pipe), il tenait la forme et la voix des meilleurs jours.Le mois de cure drastique et de gym intensive a encore payé: la viande est encore miraculeusement conservée.Moins heureux était le nouveau look du roi: baskets au lieu de santiags, pantalon moulant au lieu de Levi’s, crinière blonde aux épaules plutôt que ses habituels tifs rock’n’roll, il avait tout à fait l’allure du cinquantenaire qui veut plaire à sa jeune épouse (Laeti-cia, en l’occurrence) et se fabrique un emballage à la Bon Jovi.Mais c’était accessoire: quoi qu’en disent ses railleurs, le ridicule n’a plus de prise depuis longtemps sur le plus Français des Belges.Pas même la grotesque marionnette à son image des Guignols de l’info, la célèbre émission satirique, ne l’atteint.Dès qu’il chante, l’affreux Jojo redevient le grand Johnny.L’homme au trémolo qui tue.Celui qui croit et fait croire à tous ce qu’il chante, aussi énormes soient les énormités.L’autre soir, à Saint-Jean-d’Acre, lorsqu’il a crié «Jeeuuu meeuu sens mi-séraaaable!» dans J’ia croise tous les matins, il était vraiment le pauvre type de la chanson qui croise la belle de ses rêves en rentrant au boulot.Quand il a hurlé «Queeeuuuu jeuuuuu t’aimeuuu!», il était vraiment éperdu d’amour.Quand il s’est lamenté qu’il finirait sa vie «comme d’autres ga-a-ars l’on-ont fi-ni-i-i-i-i-ie!» dans Les Portes du pénitencier, il était vraiment au trou.Seul Johnny peut ainsi reprendre Elvis (Loving You), les Beatles (Je veux te graver dans ma vie, adaptation de Got To Get You Into My Life), Bob Seger (Mon p’tit loup, Le Bon Vieux Temps du rock’n’roll), Rod Stewart (Hot Legs), et les ramener à lui sans souffrir des comparaisons.Même la môme Piaf, en rappel, était au service de l’empereur Hallyday, qui a personnalisé sans ambages le propos de YHymne à l’amour, adressant la supplique finale à la foule: «Mes amou-ou-ours, puisque j’vous ai-ai-meeeuuuu!».C’est exactement comme ça, nous, qu’on l’aime.Avec plus de front autour de la tête que le Front national.Visage découvert -3^ PHOTO AP CLAUDE DUTHUIT pose ici devant un portrait de lui à 15 ans, fait par son grand-père Henri Matisse.Il s’agit de l’un des 135 portraits, aquatintes et lithographies qui seront présentés jusqu’au 7 septembre à la Fondation Mono Bismark, à Paris, dans le cadre de l’exposition Visages découverts.MUSIQUE Kuerti donne un CLASSIQUE «plus-que-récital» FESTIVAL ORFORD Ludwig van Beethoven: Bagatelles op.126; Sonate en fa mineur, op.57 dite «Appassionato; Felix Mendelssohn: Fantaisie en fa dièse mineur, op.28; Johannes Brahms: Variations et fugue sur un thème de Handel, op.24.Anton Kuerti, piano.Salle Gilles-Lefebvre du Centre d’arts Orford, le 12 juillet 1996 FRANÇOIS TOUSIGNANT Oublions tous les préliminaires pour coller le plus près possible la foudroyante réalité du récital qu’a donné Anton Kuerti vendredi soir à Orford.Aussitôt sur scène, il s’attaque aux Bagatelles op.126 de Beethoven avec la plus grande concentration.Nous n’avons plus ici un cycle de piécettes exploratoires: Kuerti les rend comme la trente-troisième sonate de Beethoven, vision et construction de l’esprit aussi aiguës que les dernières sonates.D’office, un parallèle s’impose: ces Bagatelles sont au corpus des sonates ce que les derniers quatuors sont à la production antérieure de Beethoven dans ce genre.L’artiste fonce, s’engage et maîtrise à un niveau si grand les artifices de son art qu’on n’entend plus que de la musique.Suit YAppasionata.Sous les doigts de Kuerti, cette œuvre retrouve le vrai sens de son surnom.L’expérience du concert se transforme.Le public n’assiste plus à un récital de piano, empoigné par l’être assis devant lui, avide de communication et généreux de propos, sensible et sincère, brûlant de fougue et de vérité; la communion, cette forme si rare de participation, est parfaite.Il faudra pasticher ie Tolstoï de la Sonate à Kreutzer pour décrire le feu démoniaque qui embrasait la salle Gilles-Lefebvre.Le puriste technicien arguera qu’il y eut quelques fausses notes, que certains accords furent plaqués un peu durement, que certains trilles n’étaient pas parfaits.Il n’aura rien compris: Anton Kuerti ne s’intéressait pas à jouer du piano.Il avait un message important à faire urgem-ment comprendre; pensez à l’étymologie et vous saisirez exactement ce qui s’est passé.Tous furent pris avec le pianiste.Dans ces conditions idéales, le compositeur, l’interprète et l’auditeur ne forment plus qu’une chaîne: les maillons sont soudés au fer si rouge que la vérité de l’existence même de cette fusion artistique ne saurait être remise en cause.Le cliché vaut la peine: la pensée et l’émotion nous ont propulsés vers des sommets inconnus, sous une lumière éblouissante.Pourra-t-on jamais réentendre cette sonate?Difficile d’arriver à une telle altitude avec Mendelssohn.La magnifique Fantaisie, si elle a perdu un peu de sa nostalgie, a été rendue dans sa section finale avec la même violence irruptrice qui entraîne au cœur des choses, dévoilant toute la passion que ce compositeur cache sous un vemis très léché.Petite chute de tension dans les Variations de Brahms.Il faut admettre que certaines d’entre elles sont assez fastidieuses et qu’on attendait plus.Elles ont donc rempli leur bon office de moment de détente bienvenu avant l’arrivée de la fugue finale.Le miracle a encore opéré.Comment Kuerti fait-il?Croulant sous le son, l’imparfait piano remplit magiquement la belle acoustique de la salle.L’artiste bande tout ce qui lui reste de ressources intellectuelles, physiques et musicales pour nous entraîner là où on ne croyait jamais pouvoir aller, effet fulgurant Plusieurs bravos — U fallait bien un exutoire —, et aucun rappel: il avait tout donné.Festival d’Avignon Les marionnettes tristes de FAfrique du Sud CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR EN AVIGNON Le metteur en scène de Joannes-burg William Kentridge ne pouvait retenir, hier, sa joie devant la photo de son président à la une de tous les journaux français.Mais, alors que Nelson Mandela assistait au défilé du 14 juillet à Paris à grand renfort de fanfare, une simple pièce présentée à Avignon en disait plus sur l’âme sud-africaine que tous les discours politiques.Un peu comme Nelson Mandela à Paris, la Handspring Company, une compagnie sud-africaine de marionnettes, est venue donner en Avignon une leçon de simplicité aux grands de ce monde.Son Woyseck on the Highveld, librement adapté de la pièce de Büchner, offre un portrait sensible de l’imaginaire sud-africain torturé aussi bien par la domination blanche que par ses propres démons.Loin du théâtre politique, les artistes ont cherché, en adaptant le texte du dramaturge allemand, à aller au-delà des clichés et à créer une atmosphère qui reste longtemps imprégnée dans la tête des spectateurs.Le soldat barbier de Büchner, qui sert de cobaye à un médecin féru d’expériences médicales, devient sous le pinceau de William Kentridge un mineur du Transvaal.Manipulé par les puissants, le capitaine et le docteur sont évidemment blancs, le mineur en viqndra à asssassiner son épouse qui le trompe avant de s’enfoncer lui-même dans un lac.«L’angoisse et le désespoir qu’exprime le texte de Büchner ne doivent pas seulement être considérés en référence à l’Allemagne du 19' siècle, dit Kentridge.Les circonstances similaires actuelles en Afrique du Sud rendent l’œuvre parfaitement expressive au niveau local.Woyseck est une victime des circonstances de la vie; c’est la société qui l’a poussé au désespoir.» Toute l’originalité de l’œuvre vient du mélange étonnant des genres.Marionnettes, films d’animation, théâtre d’ombres et comédiens vivants (qui manipulent les marionnettes sans se dissimuler) se répondent les uns aux autres décuplant ainsi le pouvoir de chacun.Plutôt que de tomber dans le manichéisme, Kentridge crée une ambiance unique faite de nostalgie, le tout sur un poignant rythme folklorique sud-africain.Là où les marionnettes pourraient exprimer des sentiments un peu courts, il utilise de petits films en noir et blanc pour représenter ce qui se passe dans la tête des personnages.Le spectateur est donc constamment ballotés entre plu- sieurs niveaux de lecture qui montrent bien la complexité de ce que veut explimer l’auteur.Née au Cap en 1981 de l’irpagination de quatre diplômés de l’École des beaux-arts, la compagnie multiraciale est rapidement passée à des productions pour adultes traitant de la réalité sociale sucj-africaine.A cette époque, il n’y avait pas de meilleur endroit pour parler de l’Afrique du Sud que la scène, dit William Kentridge.«Les théâtres n’ont pratiquement pas été censurés.On considérait probablement que leur public était trop marginal.» Kenneth Kentridge s’est joint à la troupe depuis peu.Dessinateur, il réalise depuis des années de petits films d’animation à partir de ses dessins au fusain.Pour créer Woyseck on the Highveld, il est parti d’une représentation du paysage désolé des environs de Joannesburg et d’une marionnette au visage buriné.Un lien évident «Il nous fallait un texte avec de courtes répliques, dit Kentridge.- On a immédiatement vu le rapport entre la violence en Afrique du Sud et le texte de Büchner.» La troupe présentera aussi dans quelques jours Faustus in Africa, une adaptation libre du Faust de Gœthe.«La négociation que mène Faust avec le diable illustre très bien l’atmosphère actuelle de l’Afrique du Sud, dit Kentridge.(.) Je pars toujours d’un dessin pour créer une œuvre.Mais s’il y a toujours un côté politique à mon travail, c’est que la politique, qu’on le veuille ou non, est toujours présente dans la vie privée des Sud Africains.» Pour leur créateur, Adrian Kohler, «les marionnettes peuvent faire des choses que les comédiens ne pourraient jamais faire».La pièce met en scène un rhinocéros acrobate et un bébé volant Allez donc demander cela à des comédiens! «Les marionnettes apportent aussi une plus grande fragilité aux personnages, dit-il.Quant aux comédiens qui les manipulent ils représentent parfaitement îes forces qui poussent les personnages à agir.» Dans la programmation éclatée et multiethnique du Festival d’Avignon, et en attendant les Danaïdes du Roumain Silviu Purcarete et La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire, les marionnettistes sud-africains s’imposent par la justesse de leur propos et la simplicité de leurs moyens.De retour du spectacle, en ouvrant la télévision, on ne pouvait s’empêcher de découvrir dans les traits de Nelson Mandela arpentant les Champs Ély-sées le regard triste des marionnettes de la Handspring Company.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.