Le devoir, 14 septembre 1996, Cahier D
I LE Le roman québécois Page D 3 Essais québécois Page D 4 ?Andrea Szilasi Page D 8 Formes Page D 12 i i Gilles Archambault l E I) 10 VOIR, I.10 S S A M K 1) I ¦1 E T I) I M A N C II E I 5 S E I’ T 10 M H li E I II !) (i Vivre sereinement sur un volcan CLÉMENTTRUDEL LE DEVOIR Après 33 ans d’écriture, Gilles Archambault rajuste quelque peu sa vision angoissante de la vie.En entrevue, il glose par exemple sur «la précarité du bonheur» qui imprègne son dernier roman, Un homme plein d'enfance, tout juste paru chez Boréal et dont le titre emprunte à André Brochu qui parle d’un homme «aux guichets de la mort».L’auteur avoue qu’il a mis du temps à «découvrir que la vie pouvait être belle et comporter des occasions magnifiques.».Les toutes premières œuvres de l’écrivain arrivaient à désamorcer toute velléité de vie amoureuse.Presque fatalement se colletaillent un fils dominé et un père honni tandis que s’effondraient les chances de vie heureuse pour les être tourmentés qui s’y agitaient.En 1996, Archambault se fait moins méfiant vis-à-vis du gazouillis d’un bambin.Il ne délaisse pas pour autant ses mises en garde: le bébé n’est-il pas en puissance un vieillard aux chairs flasques?Et puis, comment sortir indemne de l’épreuve de la vie à deux?L’auteur avoue que son personnage de Raoul Dupré, littérateur et pianiste à la manque, est vraiment une «peau de vache», un octogénaire qui «a toujours manqué de générosité».Ce vieillard confie d’ailleurs à son fils: «Je n’ai jamais rien compris à la vie.J’ai été mauvais professeur, piètre amant et médiocre intellectuel.Je suis devenu gâteux, irascible, intolérant, haineux» (page 46).Qui dit mieux comme autocritique?Mais l’auteur donne ici un tour plus nuancé au jugement que porte un fils dominé (Claude) sur son paternel.Claude Dupré prend le parti d’atténuer les travers de ce père dont il est en quelque sorte l’infirmier et la femme de ménage.en attendant de pouvoir mieux se venger en faisant prestement disparaître le manuscrit que le défunt aura laissé! Dans Les Pins parasols, roman paru il y a 20 ans, l’incompréhension fils/père menait, par contraste, le fils incompris à une diatribe sans pitié contre un vieillard détesté! S’ouvrir à la félicité Gilles Archambault donne maintenant sa chance, dans son œuvre, à une certaine aspiration à la félicité, sans se faire illusion toutefois.L’espace est aménagé sans oublier l’ironie et la tendresse, surtout s’il est question, com-nie dans Un homme plein d’enfance, dés générations montantes, des noces çl’une fille adorée (Nadine), et de promenades idylliques avec une amante «qui sait nommer les fleurs»; mais on nous assènera aussi le suicide d’un couple qui s’aime à un point tel que ces amoureux exigeants se suppriment plutôt que de risquer d’être déçus.Bien sûr, confie l’auteur, il y a, inéluctable, la «crise de l’être.Dès qu'on est lancé dans la vie, on s’aperçoit qu'on vit sur un volcan.Tout est relatif, ttyapêr rfl en la demeure.Tous mes romans tpurnent autour de ça».«Je ne dirais fias qu’actuellcment je suis serein, mais plus j’approche de la mort, moins je suis désespéré.Mon territoire de création littéraire n’est pas autre chose que ça», fait-il en soulignant qu’il s’emploie à pénétrer «au plus intime de l’être».VOIR PAGE D 2: ARCHAMBAULT v ' Nancy des ténèbres par les anges et les diables PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Surtout, ne pas confondre l’auteur et le narrateur: c’est le b.a.-ba du lecteur le moindrement averti.Nancy Huston n’en finit pourtant plus de le rappeler à tous ceux qui la rencontrent ces jours-ci.Même en France, dans la patrie du livre, journalistes et critiques succombent tour à tour à ce dangereux réflexe qui leur cache bien souvent la richesse, la profondeur et la complexité d’une œuvre.Il faut préciser, à leur décharge, que son plus récent roman, Instruments des ténèbres, met en scène un écrivain, ce qui attise inévitablement les risques de confusion.Cet écrivain est une femme.Elle a pour nom Nadia mais s’est elle-même renommée Nada, comme dans néant «Elle incarne le réel dans ce qu’il y a de plus banal, de plus bête», dit d’elle Nancy Huston.Complaisante à l’égard d’elle-même, Nada persifle et signe, se vante de ses conquêtes masculines, prend plaisir à honnir les hortensias et, surtout, ceux qui les aiment «Ça m’est égal» est sa réponse à toutes les petites et grandes questions de l’existence.Elle est un instrument désaccordé: le son qui sort ne correspond pas à la partition.Elle intitulera d’ailleurs son journal de souvenirs Carnet Scordatura — discordance en italien.Au fur et à mesure qu’elle s’abandonnera à ce carnet, elle se transformera, guidée par son daimôn — celui de Socrate — et ira jusqu’au bout de ses limites, comme tout personnage créé par Nancy Huston.Nada entreprendra le récit d’un fait divers ancien qu’elle intitulera Sonate de la résurrection.Elle racontera l’histoire véridique de Barbe Durand, une jeune servante française mise à mort en 1712 pour «recel de grossesse et infanticide».Le lecteur alternera donc, tout au long du roman Instruments des ténèbres, entre deux voies et deux voix, celle de Nada et celle de la jeune Barbe, et entre deux époques, le New York des années 90 et la France du début du XVIIIe siècle.C’est un projet littéraire ambitieux dont l’envergure n’a du reste pas échappé aux membres de l’Académie Goncourt qui ont inscrit la semaine dernière le roman de Nancy Huston dans leur première sélection.C’est un roman baroque, dans tous les sens du terme.Non seulement par la musique qui l’habite et par l’époque à laquelle il se déroule mais aussi par la multiplicité de ses formes.C’est un livre baroque dans son architecture même.Des.morts et des enfants à naître dialoguent tout naturellement avec leurs proches sur terre, des «diables VOIR PAGE D 2: HUSTON gardiens PHOTO JACQUES GRENIER LE DEVOIR LIBERTE La Terre.Une boule bleue, des êtres vivants, de ia pluie, du soleil, des écrivains et des mots.LIBERTE 226 août 1996 210 pages 6$ En vente dans les bonnes librairies D1C I, K I) H V OIK, I, H S S A M K I) I II li T D I M A N (' Il li I f> S K I» T li M li I! E I II II II Gilles Archambault fut fidèle à lui-même lors faisant presque la moue devant le photographe.PHOTO JACQUES GRENIER de l’entrevue au Devoir, ARCHAMBAULT L’art du quant-à-soi ; SUITE DE LA PAGE D 1 {/écrivain — que l’on connaît aussi pour son amour du jazz qu’il dispense sur les ondes et dans ses chroniques — a l’art du quant-à-soi.Il dit fuir les mondanités, se comptant heureux d’avoir un directeur lit: téraire complice (François Ricard, cofondateur avec Jacques Brault et Gilles Archambault des éditions du Sentier) auquel il soumet ses premiers jets.«Je bûche ensuite longtemps, je retouche sans cesse mes manuscrits».Ce prolifique écrivain dit mal s’adapter au genre de conversations auxquelles donnent lieu les lancements.Les deux prestigieux prix littéraires qu’a reçus Archambault, l’Atha-nase-David, en 1981, et le prix du Gouverneur général, en 1987, passent également à la serpe de cet émon-deur qui aime la concision à la Car-son McCullers: «Personne ne m’empêche d’écrire 500 pages, sauf moi».Selon lui, «on est dans l’aléatoire» quant aux jurys et aux prix.«Ce n’est pas que c’est malhonnête mais il y a le hasard, les cinq jurés pourraient être autres».Et «il y a toujours quelqu’un que vous n’aimez absolument pas qui a obtenu ou obtiendra le même prix».Est-ce pour être conforme à sa réputation?Gilles Archambault fut fidèle à lui-même lors de l’entrevue au Devoir, faisant presque la moue devant le photographe.Il a tenu cependant à modérer le pessimisme fréquemment distillé quant à la jeunes-se-qui-lit-peu: «Je ne sais rien de ce qui se passe dans les cégeps, mais s’il est vrai qu’on initie des jeunes à la littérature par la bande dessinée, c’est l’horreur.Dans les rencontres que j’ai en tant qu’écrivain, c’est souvent des personnes les plus jeunes que proviennent les questions les plus intéressantes».Qui plus est: «Souvent, les premiers romans des jeunes écrivains québécois sont mieux écrits que ceux qui arrivaient chez les éditeurs il y a 15 ou 20 ans.» Se souviendra-t-on de lui comme écrivain, le lira-t-on encore dans 10 ou 20 ans?Il répond en affirmant que l’avenir des oeuvres littéraires est relatif, que «ce n’est pas grave» s’il ne survit pas à l’épreuve du temps, pourvu que certains lecteurs se soient sentis soutenus dans leurs interrogations.UN HOMME PLEIN D'ENFANCE Gilles Archambault Boréal, Montréal, 1996,160 pages DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD CHOIX ET QUALITÉ 713 Mont-Royal Est, Mtl I Métro Mont-Royal 523-6389 3694 St-Denis, Montréal 1 Métro Sherbrooke 849-1913 mimm \ i lOh à 22h OUVERT 7 JOURS xæmmm mmMsrnmm Sergio Kokis Errances Un livre d’une justesse de ton ?f d’une profondeur inégalées.GIO KOKIS nces 49b p.’24,95$ XYZéditeur /-’fi r.me Saint Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 i abc de la littérature i• lephone : 525.21.70• Télécopieur : 525.75.37 - L I V li, E S - HUSTON Un roman qui appelle à la réflexion sur l’art SUITE DE LA PAGE D 1 gardiens» s’y déploient et des Ursulines sont possédées par Belzébuth.Les références littéraires abondent, du Macbeth de Shakespeare — d’où vient le titre — jusqu’aux contes de Perrault.Il y a de la magie, de la sorcellerie, de l’humour.De la tendresse aussi, surtout quand entre en scène l’amie octogénaire de Nada.Il y a aussi des idées dans ce roman.Nada donne à réfléchir.Sur l’avortement par exemple: «De nos jours, les gens.prétendent [.]: “Ce bébé que vous avez empêché de naître serait peut-être devenu un grand artiste, un génie, un messie.” Ou bien Hitler, ou bien Mozart: c’est ça l’alternative?Foutaises.Les bébés avortés sont des gens comme vous autres, qui ne “méritent la mort” ni plus ni moins que nous.Mais qui la reçoivent en pleine figure.Et de façon drôlement précoce» (page 342).Ce qui prend l’allure, pendant plus de 300 pages, d’une inéluctable descente vers les ténèbres se terminera, en fin de roman, dans la lumière la plus éblouissante et la plus surprenante.L’art et la création Le roman de Nancy Huston appelle nécessairement à la réflexion sur l’art et la création.Le jour où j’ai eu le bonheur de l’interviewer, elle avait justement envie de réfléchir à ces questions.«Même si je suis consciente que cela fait un peu pompeux, je dirais Instruments des ténèbres est un roman sur l’espèce humaine, c’est-à-dire sur une espèce profondément contradictoire, profondément ambivalente à l’égard de sa propre existence et qui sabote ses propres règles, fait du mal.Pour toutes les autres espèces, la vie commence à la naissance et s’arrête à la mort.Ce n’est évidemment pas notre cas.Nous sommes constamment en train de faire revivre les morts et d’être ailleurs que là où notre corps se trouve», dit la romancière.On sent justement le poids des morts tout au long de son roman.On imagine aussi l’aura bleue de Romain Gary, au-dessus de l’épaule de Nancy Huston.Elle lui a consacré un ouvrage l’année dernière (Tombeau de Romain Gary) et depuis, elle avoue ne plus être tout à fait la même.«Il m’a beaucoup apporté.Il m’a donné de la confiance.Gary avait un gros dilemme.Il a toujours lutté pour le pouvoir de l’imaginaire, pour la liberté absolue de l’inventivité dans le roman.Et, en même temps, il avait peur de l’imaginaire comme échappatoire, comme façon d’éviter de regarder la réalité en face.Im conclusion qu’il a tirée de sa vie, c’est qu’il faut les deux.Le roman ou l’œuvre d’art est à la fois inférieur et supérieur à la vie.L’un se transforme dans l’autre».Certains lecteurs ont dit qu'Instruments des ténèbres était, à sa manière, un «roman religieux».Nancy Huston en convient.«Je pense que la fonction de l’art est beaucoup une fonction religieuse.Mon roman est religieux non pas parce qu’il parle de religion.La religion, c’est la manière dont les gens se relient les uns aux autres.Or la littérature a aussi cette fonction de relier.C’est bien connu: le genre roman est apparu au moment où la religion commençait à péricliter, non pas comme institution mais comme manière d'expliquer le monde aux gens.Nous, intellectuels du XX siècle, nous lisons des romans un peu dans le même esprit que les gens allaient à l’église, c’est-à-dire pour essayer de donner un sens, et de justifier le chaos et la détresse qui nous entourent.Évidemment, ça ne résout jamais la détresse, pas plus que l’Église!».Habitée par Gary, elle poursuit, sur l’écriture: «Je ne crois pas à la littérature engagée.Je crois que la seule façon, pour un écrivain, de lutter contre le Mal, c’est d’écrire des œuvres d’une plus grande humanité.Gary me l’a appris», dit-elle, consciente et heureuse, par ailleurs, de «l’inutilité» de l’art.«Il est très important de limiter le nécessaire.Si on invente une humanité qui est complètement utilitaire, efficace, “goal oriented", alors là, on va vers l’enfer.La littérature nous appelle à ralentir.C’est dangereux de vivre dans un monde qui accélère sans cesse, qui valorise l’information à outrance.Moi, j’ai parfois l’impression que ma tête éclate.» Encore imprégnée de ses Instruments des ténèbres, Nancy Huston réfléchit déjà à un prochain roman qu’elle voudra, dit-elle, plus dépouillé, moins baroque.Elle s’y mettra dès qu’elle aura terminé le supplice de la promotion.INSTRUMENTS DES TÉNÈBRES Nancy Huston, Actes Sud/Leméac Paris, 1996, 409 pages Mais qui est-elle ?Mais qui est donc Nancy Huston?Née à Calgary en 1953, elle vit à Paris depuis vingt ans.Après avoir étudié cinq ans aux Etats-Unis, elle a terminé ses études doctorales en sémiologie en France sous la direction de Roland Barthes.Nancy Huston a reçu, en 1993, le prix du Gouverneur général pour son roman Cantique des Plaines.Son roman suivant, La Virevolte, a été unanimement salué par la critique.Le directeur littéraire de Leméac, Pierre Filion, résume ainsi les thèmes fondamentaux de l’œuvre de Nancy Huston: «L’écriture de l’exil et du corps, l’écriture du désir et de la réalité, le combat impitoyable et toujours à refaire entre le monde de l’art et la mort, l’écriture des racines et des seuils de la vie, l’écriture des métèques et des sangs mêlés.» P.C.LA VIE LITTERAIRE De Montréal à.De Toronto à Trois-Pistoles La radio FM de Radio-Canada consacre parfois des séries d’émissions à des personnalités qui le méritent vraiment.Ceux qui ont suivi les passionnants échanges entre Victor-Lévy Beaulieu et Margaret Atwood seront heureux d’apprendre la parution de ces entretiens sous le titre Deux sollicitudes , aux éditions Trois-Pistoles.La même maison que dirige Victor-Lévy Beaulieu annonce également la parution d’un nouvel ouvrage de Roger Fournier, Les Mauvaises Pensées, d’un recueil de nouvelles de Gabrielle Gourdeau, L’Age dur et d’un livre de Raoul Duguay, Réveiller le rêve, suivi de Ruts et Or le cycle du sang dure donc.VLB ajoutera trois titres à ses œuvres complètes: Les Grands-Pères, Jack Kérouac et un inédit intitulé Chroniques du pays malaisé.De Montréal à Beijing La directrice des droits internationaux à la Courte échelle, Barbara Creary, est rentrée de la Foire internationale de Pékin avec en main l’édition chinoise de neuf romans de la collection Premier Roman.On y trouve des œuvres de Christiane Duchesne, Marie-Francine Hébert, Gilles Gauthier et Ginette Anfousse.L’entente conclue avec la maison Xueyuan porte à 45 le nombre de livres de la Courte échelle traduits qn chinois.Le directeur général des Editions du Boréal, Pascal Assathia-ny, était également présent à Beijing avec un extrait de son catalogue présenté en chinois.Double lancement d’Estuaire Les poètes Danielle Fournier, Geneviève Letarte et Yves Roy participeront au lancement du numéro 82 de la revue Estuaire, le jeudi 19 septembre prochain, de 18h à 20h, au Salon des Terrasses Saint-Sulpice (1680, rue Saint-Denis).A cette occasion, Claude Beausoleil lancera un essai intitulé Le Motif de l’identité dans la poésie québécoise (1830-1995).De Montréal à Buenos Aires Ruptures, la revue des trois Amériques, lancera dimanche son douzième numéro, consacré à la littérature de l’Argentine, du Chili et de l’Uruguay.Le revue que dirige Edgar Gousse propose notamment des poèmes inédits de l’Argentin Ricardo Molinari.Le lancement aura lieu demain, entre 18h et 21h, au Café Sarajevo (2080, rue Clark).Paul Bélanger, Janou Saint-Denis, Patrick Cop-pens, Yves Préfontaine, Hugh Hazel-ton, Robert Smith, Claude Hameline et Claudine Bertrand offriront pour l’occasion un récital de poésie.Amin Maalouf à Montréal L’écrivain d’origine libanaise Amin Pierre Popovic \ Entretiens avec GILLES MARCOTTE De la littérature avant toute chose vive voix Maalouf sera de passage à Montréal du 20 au 27 septembre.L’auteur du Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993) participera à une séance de signature le samedi 21 septembre, de 13h30 à 15h30, à la Librairie Gar-neau (1691, rue Fleury) et présentera son plus récent roman, Les Échelles du Levant.On se renseigne au 384-9920.Guy Finley ne lâche pas prise On ne compte plus les fidèles de ce psychologue américain, auteur de nombreux ouvrages, dont le très populaire Lâcher prise.Guy Finley est de passage.Il participera aujourd’hui au Symposium sur la connaissance de soi, au Palais des congrès de Montréal.Son nouvel ouvrage, Vaincre l’ennemi en soi, paraîtra cet automne aux éditions Le Jour.Alain Stanké, éditeur L’éditeur Alain Stanké expose depuis quelques jours ses œuvres dans la nouvelle bibliothèque nationale dans la vallée d’Aoste en Italie.Les mêmes œuvres avaient été dévoilées lors du plus récent salon du livre de Montréal.Les sculptures d’Alain Stanké seront exposées la Maison de la culture Mercier (8105, Hochela-ga), du 26 octobre au 1er décembre.De Montréal à Québec Jean Pettigrew, ex-directeur littéraire de Québec/Amérique, vient, de fonder une nouvelle maison, les Editions Alire.Ses trois premiers titres: Aboli, d’Esther Rochon, Blunt — Les treize derniers jours, de Jean-Jacques Pelletier, et Ijç Rêve de la mer (Tyra-naèl — 1), d’Elisabeth Vonarburg.Pierre Cayouette Donner le goût de s’arrêter, d’ouvrir un roman, un livre, de s’émouvoir et de penser La rentrée littéraire du Devoir L’équipe des journalistes et collaborateurs Feuilles d’automne disions-nous la ; semaine dernière: c’était le ca-1 hier de la rentrée du livre et ses quatorze pages nous donnaient près • de quatre cents nouveaux titres à > surveiller au cours des trois prochains mois.Le ferez-vous?Nous le ferons.Pour y parvenir, i> Le Devoir s’est adjoint une équipe' -L de collaborateurs.Certains sontcq connus.Gilles Archambault se retrouve cette semaine en première page, comme auteur, mais aussi en.«.avant-dernière page comme signataire de Les Petits Bonheurs, chro- t nique d’écriture sur le fait de lire et d’en dire le souvenir.Nairn Kattan-continue à recenser la littérature méditerranéenne quand Marie-Claire Girard s’intéresse à la littérature étrangère.Vous retrouverez David Cantin qui présentera en ces pages la poésie, Gisèle Desroches et Carole Tremblay la littérature jeunesse, Denis Lord la bande dessinée, Renée Rowan le livre pratique, Marcel Jean le livre de poche et Lise Gauvin la littérature francophone écrite hors la France et le Québec.La majorité d’entre eux sont auteurs — vous retrouverez d’ailleurs à l’occasion leurs noms accolés à des publications — à moins que leur activité princi- .pale ne soit l’enseignement.Le Devoir publie en ces pages/ ’ des chroniques: elles sont identifiées par ces blocs qu’une photo ac- : compagne et indiquent les secteurs ' l prioritaires de la couverture litté- • raire.Julie Sergent a pour domaine let ; roman québécois.Elle a complété à- < l’université du Québec à Montréal / * sa scolarité de doctorat en sémiolo- , -gie et collabore depuis 1993 à Lettres québécoises.Elle fut de l’équipe de ' ; Voir et a été reviseure chez XYZ,./ ECW Press, Les Herbes rouges,// L’Hexagone, Hurtubise-HMH et au Trécarré.Comme auteure, elle fut ' i collaboratrice à deux essais publiés sous la direction de Michèle Ne-vert.Jean-Pierre Denis signe le feuille- , ton, dont l’objet est d’entretenir de .¦ la littérature que publie Paris.Dé- ; lenteur d’un doctorat obtenu à Paris • VII, où il a surtout étudié avec Julie., , Kristeva, il a depuis enseigné dans ; les diverses universités montréa- : laises avant de joindre l’équipe du / MF de Radio-Canada en tant que ; réalisateur et animateur.Deux chroniqueurs reviennent.' Robert Saletti a ainsi le premier re-;, j gard sur l’essai québécois et Antoi- ¦ ne Robitaille tient la chronique de ; l’essai étranger.Les journalistes et collaborateurs i du Devoir s’ajoutent: Michel Bélair, ; Jocelyn Coulon, Jean Pichette, Roch > Côté, Louise Leduc, Odile Trem/ J blay, Clément Trudel, François Tou-signant, Gilbert David, Hervé Guay, ' / Louis-Gilles Francœur et Gilles Le- ; sage seront ceux dont les textes pa- < raîtront le plus fréquemment en ces i ! pages.Pierre Cayouette est le journalis- -te attitré au secteur du livre: il a la •, responsabilité de rencontrer les au-’ ” leurs et d’informer de la vie littéraire.Benoît Munger assure la mise -en page du cahier.Cette équipe est mise en place afin, pour reprendre un mot de notre chroniqueure, «de donner le goût de s’arrêter, d’ouvrir un roman, un livre, de s’émouvoir et de penser».Normand Thériault Instruments des ténèbres Nancy Huston «Texte dense, poétique et politique dont les thèmes, récriture, la manière, le souille, le regard en font un roman très féminin.» \ Cakoi k-Andrkk I.AMI i.La Presse Sélection de milice du Prix GoUcaurl ACTES SUD / LEMÉAC la littérature d'aujourd’hui I.K I) K V II I R.I.K S S A M K I) I II K ï I) I M A X ( Il K I "> S K I* T K M 15 II K I II II II .¦MH4 RUSSELL BANKS TRAILERPARK traduit de l'américain par Pierre furlan Entrevue en Boréal Boréal en st z L’automne chargé de Triptyque iV Librairie ©arneau LA GRANDE LIBRAIRIE DU NORD DE MONTREAL 1691, rue Fleury est, Montréal • Tel.: (514) 384-9920 • Fax : (514) 384-4377 Tous les jours de la semaine 9 h à 21 h 30 lean Pire Je persiste et signf^^^SÊÊÊ^i essai «L’enchantement, c’est de voir que quelqu’un comme Jean Paré partage le même scepticisme vis-à-vis des politiciens, le cynisme vis-à-vis là politique, le ras-le-bol général.» Richard Martineau, «Christiane Charette en direct» «Ce livre, c’est une partie de nous, une partie terriblement importante, et on la suit là-dedans, et on la retrouve.» Franco Nuovo, «Christiane Charette en direct» 244 pages • 27.95 J Jocelyn Letourneau Les Années sans guide Le Canada à l'èrc de l'économie migrante e s s à / Parler du Canada à l’ère de l’économie migrante, c’est choisir de s’exiler d’un débat qui n’en finit plus d’être'débattu.Utilisant des concepts originaux, l’auteur multiple les points de vue pour saisir les conséquences de la donne mondiale sur l’évolution des sociétés nationales.304 pages • 29,95 $ è Boréal Qui' m'aime ire lise.VVJ Les petites gens Sur la vie de gens qui ne mériteraient qu’une note en bas de page, Banks construit un roman de l’Amérique TRAILERPARK Russell Banks, traduit de l’américain par Pierre Furlan, Actes Sud Leméac, Paris, 1996,398 pages MARIE-CLAIRE GIRARD /''Jest un petite ville, Cata-"V/ mount, une phrase de quelqu’un peut être raccordée à une phrase de quelqu’un d’autre et en peu de temps on a toute l’histoire.» Dans le parc de roulotte, pas très loin de Catamount, tout le monde sait plus ou moins comment leurs voisins sont devenus, ce qu’ils sont, et donc ce qu’ils vont être désormais.Ce sont des gens qui n’ont jamais gagné assez d’argent pour acheter quoi que ce soit d’irremplaçable, et qui se rendent compte parfois, dans un éclair de lucidité, qu’ils ne sont pas vraiment adaptés à la place que le monde a tenté de leur façonner.Russell Banks c’est ça: un parc de roulottes, un lac, une ville industrielle à côté où ça ne va pas très bien, avec chômage et tout ce qui l’accompagne.Ça pourrait être Chicoutimi, Amos, Magog, on s’en fout, c’est le New Hampshire et c’est familier.Les gens dont il parle, on les connaît, on en a comme ça dans notre famille et si on ne parle d’eux que pour raconter l’anecdote colorée, Russell Banks leur accorde toute la place qu’ils méritent.C’est-à-dire que même si ce ne sont que de petites gens, d’après certains critères, ce qu’ils vivent ne sont pas de petites histoires qui ne mériteraient qu’une note en bas de page.Flora et Marcelle Dans le premier chapitre nous faisons connaissance avec Flora, retraitée de l’armée et nouvelle venue dans le parc de roulottes.Elle est un peu bizarre, Flora, mais elle ne remporte pas la palme pour ce qui est des excentricités, comme nous l’apprendrons plus tard en découvrant, un à un, les autres habitants de ce microcosme de l’humanité nord-américaine.Mais elle se démarque en élevant des cochons d’Inde, petites bestioles qui ont le don de se XYZ éililcur KominichcU L I! R 0 M A N Q 11 É B É C 0 I S Les mondes du rêve et de la réalité Venez rencontrer AMIN MAALOUF (Prix Goncourt 1993) pour son dernier roman Amin Maalouf , Les Echelles du Levant LES ECHELLES DU LEVANT samedi le 21 septembre de 13 h 30 à 15 h 30 lèbres, et il sait de quoi il parle, de l’odeur des tanneries à la pêche sur glace, en passant par le cannabis poussant à l’état sauvage ou la mort d’un enfant.A partir d’une dizaine de personnages il brosse un large canevas qui permet au lecteur d’embrasser une réalité complexe nous permettant de comprendre un peu mieux ce que nous sommes et ceux qui nous entourent.Si le mythe du Grand Roman américain n’est qu’un mythe, Russell Banks réussit à le décortiquer et à le mettre en pièces pour mieux raviver le concept même du roman traditionnel et lui insuffler un second souffle.Et le résultat est extraordinaire.Sergio Kokis Errances quelle est accrochée cette Pénélope, avec la multitude d’autres morceaux de vie qu’un poète a pris l’habitude d’enrober de mots.Le discours de l’écrivain On devine que depuis son big-bang dans le ciel de la littérature avec Le Pavillon des miroirs, en 1994, suivi de Negao et Doralice l’année suivante, jusqu’à ce petit dernier de l’année, Sergio Kokis a consacré un peu moins de temps à peindre, et beaucoup de temps à écrire, bien évidemment, mais aussi à réfléchir à l’acte d’écrire.C’était le peintre qu’on entendait parler à travers le narrateur du Pavillon des miroirs, qui plongeait dans chacun de ses tableaux et se heurtait à l’horreur de ses souvenirs d’enfance.Cette fois, c’est la voix de l’écrivain qui parle, et qui mesure, à travers le récit des années d’errance de Boris Nikto, l’espace entre la réalité et sa représentation.Les événements qui forment un récit dans la tête de Boris Nikto ont-ils vraiment eu lieu?Dans quelle mesure le passage du temps, les voyages et les courbettes que fait le cœur au cerveau pour l’aider à mieux vivre ont-ils trafiqué la réalité?L’écrivain a choisi une structure narrative raffinée pour montrer le gouffre entre les mondes, présent et passé, entre le rêve et la réalité, de son héros.Ainsi l’histoire de Boris est assurée d’abord par deux narrations parallèles (qui se fondront peu à peu l’une dans l’autre), la première le montrant en 1986, alors qu’il s’apprête à retourner au Brésil, et la seconde le suivant dans sa course hors du pays après le putsch militaire de 1964, de la frontière paraguayenne à la Bolivie, au Pérou, à l’Europe, où il vagabondera un peu partout avant de se fixer à Berlin Est.On ne sera pas surpris de retrouver, parmi les flashbacks du passé, les mêmes images violentes qui fondaient les deux premiers romans de l’auteur: scènes de misère, de répression, de pourriture, de barbarie; beaucoup de scènes d’orgies avec des petites filles (particulièrement difficiles à endurer, la réalité d’un Marc Dutroux venant brutalement se superposer au roman.).Ce qui est plus nouveau chez Kokis, cependant, et qui est assuré par l’autre narration (en sens inverse: de Berlin Est jusqu’à Brême, où son éditeur le loge un certain temps, jusqu’à Rio, enfin), c’est le discours acerbe, aiguisé, parfaitement désopilant, visant les critiques, les professeurs, tous les soi-disant spécialistes de l’art, mais plus particulièrement de la littérature.Sans doute faut-il avoir fréquenté ces milieux-là pour rire (parfois jaune, soit) à travers ces pages et ces pages qui voient un professeur émérite, à Brême, comparer la poésie de Nikto «à l’espace de Lobat-chevski, mais aussi aux structures des quasi-cristaux et à leurs rapports avec la mécanique quantique», ou une étudiante en sémio qui «prenait des airs si jolis» (merci, c’est au moins ça) «lorsqu’elle mélangeait des interprétations farfelues sur des trucs si distincts».Ainsi, les Errances ne désignent pas que les vagabondages d’un pays à l’autre, pas que les niaiseries de la politique et de la désinformation systématisée (toujours palpables ici, bien sûr, même si elles ne sont pas le sujet principal), pas que les tangages du poète entre le rêve et la réalité.M.Kokis nous donne aussi une leçon, qui frappe très juste, à savoir que l’art, la poésie et les romans les plus enlevants n’ont pas besoin qu’on les rappelle sans cesse à la réalité.multiplier à une vitesse folle et de contrevenir au règlement du parc interdisant les animaux domestiques.Tout le monde se mêle de tout, bien évidemment, mais c’est Marcelle Chagnon (gérante du parc et canadien-ne-française d’origine comme son nom l’indique), qui a l’ultime responsabilité de faire comprendre à Flora qu’elle doit se débarrasser de tout ce à quoi elle tient dans sa vie misérable et vide: ces cochons d’Inde dont elle s’occupe amoureusement et pour qui elle a construit des cages occupant tout l’intérieur de sa pauvre roulotte.D’entrée de jeu, c’est ainsi que nous sommes initiés aux mœurs et aux rites des habitants de cette petite collectivité.Au fur et à mesure que Trailer-park avance, nous découvrons, un à un, les secrets, les motivations, les beautés ou les horreurs dissimulées dans le passé de chacun de ses habitants.A la réalité, aucun d’eux ne réussit à faire face de façon convenable.Aucun d’eux n’a réalisé le rêve américain: ils en sont plutôt l’envers et Russell Banks les décrit de façon magistrale.Contemporaine Amérique Trailerpark, c’est comment on vit aujourd’hui en Amérique: la pauvreté, la médiocrité, l’incommunicabilité, l’échec des relations, amoureuses ou autres.Ce sont des personnages sans mots face à la vie et à sa tristesse.Banks se fait l’historien de son époque, le chroniqueur des gens qui ne sont ni riches ni cé- PHOTO ARCHIVES Sergio Kokis .es veux grecs Les éditions Triptyque annoncent un automne chargé.Du côté des essais, la maison rééditera Le Guide de la chanson québécoise de Robert Giroux.Constance Ha-vard et Roch Lapalme, et publiera deux autres ouvrages consacrés à la chanson: un collectif, La Chanson: carrières et société, et un livre sur Jim Morrison.Le professeur Jean Forest signera un manuel portant sur la langue française parlée au Québec, Anatomie du québécois.Daniel Mativat fait quant à lui paraître Le Métier d’écrivain au Québec (1840-1900).Côté fiction.Triptyque publiera un roman politique de Pierre Géli-nas, La Neige, et des récits de Ludmilla Bereshko (alias Francine Ponomarenko), Les Colis et autres récits.Pierre Manseau (Le Chant des pigeons) et Danielle Dussault (Les Yeux grecs).P.C.,%»¦ JULIE SERGENT ?régime militaire traînaillent encore sous les semelles dirigeantes semblent plutôt élevés.Mais Boris Nikto ne semble pas avoir le même degré de scepticisme que le lecteur (d’ailleurs, il en a bien le droit: il est un personnage de roman, et toute la bibine qu’il s’envoie quotidiennement derrière la cravate a sans doute brouillé un tant soit peu sa perception des choses.).Boris Nikto n’a donc pas peur de se faire liquider.Il n’y pense même pas., Boris Nikto rêve.A l’idée de rentrer au pays, il est pris d’assaut par l’image de Clarissa, la femme qu’il a fréquentée durant six mois avant sa désertion et dont il a cherché la ressemblance chez toutes les autres depuis toutes ces années en exil.Comment s’y est-elle prise pour le marquer à ce point et en si peu de temps?Le lecteur ne le saura pas.Comme la madeleine que l’on connaît, le souvenir de cet amour de jeunesse n’est qu’un prétexte servant à mieux nous plonger dans la fresque historique du personnage principal.Ainsi, Errances n’est pas î’histoire d’Ulysse revenant au chevet de Pénélope (d’ailleurs, Boris ne tient pas du tout à ce qu’on l’emprisonne dans une toile: il aime ses femmes nouilles, désirables, et multiples).Ce dernier roman de M.Kokis est plutôt une brillante exploration de la toile de souvenirs dans la- ord.34951 SpéC.2795S 1 Prix en vigueur le 21 septembre seulement ERRANCES Sergio Kokis, XYZ éditeur, Montréal, 1996,496 pages erlin Est.1986.Invité à une soirée à la Maison des écrivains de la ville, Boris Nikto, poète brési-_, lien en exil depuis le coup d’Etat de la droite, vingt-deux ans plus tôt, se retrouve face à face avec le consul du Brésil, venu lui annoncer personnellement qu’il peut désormais rentrer au bercail: «Pardon sur toute la ligne, à gauche et à droite, aux pauvres, aux riches, aux policiers et aux étudiants, aux civils et aux militaires.Tout sera effacé de notre histoire.On recommence à zéro.» Une personne normalement paranoïaque aurait des doutes.En 1986, les civils viennent tout juste de reprendre le pouvoir au Brésil, et les risques que des scories du Jean Paré Je persiste et signe Jocelyn Letourneau sans 2,1 Tide JD I >¦ ( i)' ¦¦rr ifr I < n>;n>y\ I.Y I) K V OIK, I, H S S A M U I) I II Y T I) I M A N (' Il K I f> S li I* T Y M lî I! Y I il II II .aM ÜfciSlp',, - sæws ' JiSSBr gg ¦ • • • -.PAVILLON DES ARTS DE STE-ADÈLE AJ H Y LE POUVOIR ET, LE TEMPS' sxJ?* 'jrôn A propos JEAN PICHETTE LE DEVOIR Le temps, c’est de l’argent, comme le veut le dicton.En ces temps où les rentiers font des affaires d’or, cela semble plus vrai que jamais et pourrait suffire à auréoler Benjamin Franklin — qui aurait le premier énoncé cette «vérité», au XVIIIe siècle — du titre de visionnaire.Un bref regard sur l’histoire permet toutefois de constater que le rapport d’intimité postulé entre le temps et l’économie n’est rien moins qu’évident.Après tout, l’histoire occidentale est traversée par le rejet de l’usure (du prêt à intérêt), qui permet justement d’accumuler de l’argent en laissant simplement passer le temps.Aristote, déjà, affirmait que «l’argent ne fait pas de petits», et toute la tradition chrétienne reprendra à sa façon cette interdiction, assimilant le gain par intérêt à un vol du temps qui n’appartient qu’à Dieu.En apparence tout à fait suranné, le long débat sur l’intérêt indique déjà que l’explication économique de la conception occidentale du temps, un temps newtonien, rationnel, sécable en parties homogènes et détaché de toute dimension mythique ou religieuse, ne passe pas la rampe.Bien avant que l’usine ne découpe le travail de façon à éviter les pertes de temps et à maximiser le rendement de l’ouvrier — qu’on pense à Charlie Chaplin dans Les Temps modernes — , l’univers temporel que l’on connaît aujourd’hui était déjà bien établi.Reste à comprendre comment s’est instauré le temps occidental s’il n’est pas sorti de la cuisse de la rationalité économique.Trois parutions récentes permettent à cet égard de jeter un pont entre ce temps désacralisé et le politique, qui n’apparaît ainsi plus subordonné à l’économie et à ses prétendues «lois de nature», mais bien comme le cadre hors duquel le déploiement de l’économie devient impossible.Le pouvoir et le temps Dans Le pouvoir et le temps.Essai sur le déclin du sacré (Albin Michel), Philippe Ségur attaque frontalement la question du rapport entre temps et politique.«Le politique caractérise une communauté humaine consciente d’elle-même comme effort pour durer et constituée autour d’un pouvoir organisé.Celui-ci s’exerce au nom d’un principe subjectif de légitimité et y garantit objectivement la pérennité du groupe social [.] Ainsi défini, le politique se conçoit dans le temps.» S’inspirant notamment de l’œuvre encore malheureusement trop peu connue d’Ernst Kantorowicz, l’auteur exhume les racines du temps occidental de son cadre théologico-pqlitique.L’idée de la continuité de l’Etat, qui fonde la permanence du pouvoir par-delà la succession des gens qui l’exercent, s’ancre ainsi dans la distinction entre les deux corps du roi, «un corps physique appelé à disparaître et un corps mystique éternel qui est à la fois politique et spirituel, et transféré d’une enveloppe corporelle à une autre à la mort de la première».Ce fondement divin du pouvoir monarchique, reconnu comme distinct du pouvoir papal, permettra de fonder un pouvoir politique autonome, éventuellement légitimé par le peuple.Le temps historique inauguré par le christianisme — Dieu s’étant fait chair un jour, en annonçant déjà la parousie, permettant du même coup à l’histoire de se déplier entre ces deux pôles — trouve alors sa réalisation ultime dans un espace politique où l’autonomie de l’ordre social par rapport au religieux est pleinement assumée.C’est dans la reconnaissance d’un monde humain détaché de toute filiation religieuse — la religion devenant une affaire strictement privée — que le temps peut ainsi se délester de toute charge sacrale et cesser d’être mesurée à l’aune d’événements religieux ou de faits de «nature» vécus de part en part sur le mode mythique.La lecture du temps Michel Lalonde aborde la même question, sur un mode phénoménologique, dans un ouvrage remarquable (mais malheureusement ponctué de coquilles, ce qui est dommage pour un texte qui aurait mérité un meilleur traitement de la part de l’éditeur), La Reconnaissance du temps.Des sociétés archaïques à la société moderne (Editions Robert Davies).L'auteur, pour mettre en lumière les formes socio-historiques par lesquelles le temps est objectivé, c’est-à-dire reconnu en tant que tel, comme modalité constitutive de notre rapport au monde, explore la configuration du temps dans les «sociétés primitives» et traditionnelles (en présentant notamment la conception chinoise traditionnelle du temps).Il peut ainsi montrer que notre conception du temps ne peut nullement être appréhendée sous l’angle d’une rationalisation des façons de le mesurer, comme si, entre le temps saisi à travers le mouvement des saisons et le calendrier puis l’horloge, un simple perfectionnement technique était a l’œuvre.C'est ainsi à un renversement radical de l’usuelle explication utilitariste du temps que Lalonde procèd,e, en ramenant à Une mutation de grande magnitude du temps L’histoire et le temps Li cohésion d’ensemble de la société, qui devient elle-même une production sociale (politique), s’accompagne ainsi d’une structuration unifiée du temps, qui se dégage donc, des temps concrets vécus chaque fois dans leur spécificité, et donc irréduç-tibles à un temps commun.On com-, prend alors que le temps newtonien1 — et le mouvement scientifique qu’il, accompagne — ne peut être à l’origi-, ne de l’avènement du politique, qui-constitue au contraire la condition de, possibilité sans laquelle l’homogénéisation du temps serait restée lettre, morte.Dans cette optique, il apparaît évident que l’adage popularisé par; Franklin devient lui-même caduc., Comme quoi il est possible de retrouver, d’un point de vue tout à fait laïçv la position critique de la tradition, chrétienne par rapport à l’autonomie supposée de l’ordre économique.Cette transformation du rapport au temps, qui s’accomplira pleinement dans la société moderne, entraînera évidemment un bouleverse-, ment dans la façon même dont l’individu pense son inscription dans le* monde.Sur cette question, le livré; érudit de Horpt Günther, Le Tempst de l’histoire (Editions de la Maison des sciences de l’homme), permet d’établir des liens intéressants entre ces deux niveaux de réalité.Entré; l’image de la cité humaine et l’imagé de soi, toutes deux traversées par une finalité évidemment tissée dans le temps, l’auteur dévoile dans le£ textes de saint Augustin, Pétrarque' et Rousseau une connivence qui peé> met d’approfondir la réflexion sur l’inépuisable question du sens dé l’histoire.LE POUVOIR ET LE TEMPS Essai sur le déclin du sacré Philippe Ségur, coll.Question de, C* Albin Michel, Paris, 1996,232pages' IA RECONNAISSANCE DU TEMPS î Des sociétés archaïques à la société moderne Michel Ijalonde, Editions ;- Robert Davies, Montreal, 1996, ' J 277pages IE TEMPS DE L’HISTOIRE Horst Gunther, traduit de l'allemand* par Olivier Mannoni, Editions de Id -.Maison des sciences de l’homme, Paris, 1996,256 pages bec, à la fois carte d’atout et joker de la réalité canadienne (dixit M.Lé-tourneau).Succintement résumée, sa thèse consisterait en ceci: le nationalisme, dans sa forme traditionnelle et dans l’état actuel des choses économiques, est à toutes fins utiles périmé.En l’espèce, la nouvelle économie est essentiellement migrante (plus sérieusement, on dira postkeynésienne) .L’économie migrante se marque à un premier niveau par un déplacement décisif du capital hors du champ de régulation de l’état-na-tion souverain.En termes consacrés de l’analyse économique, on dira que même si les états continuent de régir les flux de main-d’œuvre et les mouvements de population sur leur territoire, même s’ils peuvent assurer en bonne partie les conditions de reproduction de la force de travail, le cycle de reproduction des capitaux, lui, échappe de plus en plus à leur autorité et à leurs réglementations.Ce qu’on désigne habituellement par l’expression «mondialisation de l’économie» correspond donc à une «transnationali-sation» des échanges et des flux d’argent, mais aussi à un ensemble de processus qui sont vécus de façon simultanée, en temps réel, à l’échelle planétaire.On retrouve ici, longuement théorisée comme lieu des nouvelles complémentarités économiques, la dialectique du local et du global chère aux écologistes et à toute une frange de postmodernistes.Il n’y aurait plus véritablement de centre (les pays industrialisés) ou de périphérie (les pays en voie d’industrialisation), il n’y aurait plus de modèle consacré de développement économique, mais plutôt une fragmentation structurelle des marchés et une dispersion généralisée de la production.Ainsi — et reconnaissons là au passage l’influence des thèses de l’économiste torontoise Jane Jacobs dont les essais ont juste ment été traduits et publiés par Boréal, l’éditeur des Années sans guide —, les «centres» de l’avenir seront davantage les grandes villes que les états.Vancouver, par exemple, à cause du capital qui y migre et circule, est probablement la vraie capitale du Canada.Effets sociaux et identitaires de l’économie migrante Cette nouvelle économie, où l’on voit que des décisions locales ont des répercussions à l’autre bout de la planète, a bien sûr des consé- quences sur notre marché du travail et sur notre rapport identitaire à l’état, à la nation et aux autres en général.Du point de vue du travail et de l’insertion sociale, nous dit Lé-tourneau, nous assistons à une sorte de «dualisation» de la société, non plus en pauvres et riches — quoique la classe moyenne soit en quelque sorte en train d’imploser et qu’il y ait de plus en plus de pauvres et de riches —, mais entre «branchés» et «court-circuités».Et ce qui a véritablement changé par rapport à la société capitaliste traditionnelle, c’est la fragilité de ces nouvelles «classes» sociales de même que la mobilité (ascendante, mais plus souvent descendante) qu’elles supposent.La conquête de l’autonomie personnelle, le carriérisme, l’initiative individuelle, ont remplacé certains vecteurs usuels de stratification sociale.Au plan politique, conséquemment, ni la souveraineté du Québec, ni le fédéralisme recentré proposé par Ottawa ne sont viables.Le sou-verainisme se serait en pratique mué en un «affirma-tionnisme marchand» qui échappe à l’horizon ethnocentriste habituel, un constat positif selon Jocelyn Létourneau.La solution serait du côté d’un fédéralisme décentré consacrant le rôle moteur des pouvoirs régionaux et permettant aux collectivités locales d’agir efficacement aux niveaux politique et social.Somme toute, Les Années sans guide ne constitue pas une lecture de tout repos, pour des raisons à la fois positives et négatives.Positives parce que c’est un livre qui multiplie les pistes de réflexion sur un sujet malaisé à circonscrire.Négatives à cause des sauts parfois brusques de perspective mais surtout du vocabulaire utilisé.Si vous êtes allergiques aux néologismes savants comme «sociation», «com-munalisation» ou «révolutionarisa-tion»; si vous n’aimez pas les concepts trop spécialisés (les micro-régulations différenciées, par exemple); si les poils de vos jambes se hérissent à la vue de mots comme «hypermodernité» ou «perfor-mativité»; ou si vous croyez que Marx n’est pas tout à fait mort, vous manipulerez ce livre avec beaucoup de précaution.Si vous n’êtes pas de ceux-là et que vous croyez que ce n’est pas une crise que nous vivons mais bel et bien une mutation sociale de grande magnitude, vous avez intérêt à ouvrir Les Années sans guide.Les pauvres sont déclassés, la classe moyenne implose, le capital fuit, Marx est presque enterré et, à vrai dire, je ne me sens pas très bien PHOTO ARCHIVES Vancouver, la vraie capitale du Canada.présente en collaboration avec PROVIGO at A RÉNO-lHiPÔT LuCllle Chung, piano Au programme: Mozart, Franck, Chopin Samedi 21 septembre à 20 h LES ANNÉES SANS GUIDE (IE CANADA À L’ÈRE DE L’ÉCONOMIE MIGRANTE) Jocelyn Létourneau, Boréal, 1996, 302pages trange essai que celui-ci.Il commence sur une note économique, se termine sur une note politique, est écrit par un prof d’histoire mais dont l’histoire n’est pas le propos ou très peu, qui parle de tout et qui établit des liens avec le reste, avec un texte intelligent mais difficile à synthétiser.Et son titre est morne comme la plaine décrite par Victor Hugo.Les Années satis guide constitue une tentative savante de comprendre les enjeux socio-économiques de cette fin de siècle.ROBERT S A L E T T I ?Professeur titulaire à l’université Laval, Jocelyn Létourneau s’intéresse, pourrait-on dire, à l’évolution des sociétés nationales dans le contexte de la globalisation des marchés.Le Canada est sa cible première, son champ d’analyse privilégié, ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, de consacrer plusieurs pages au Qué- Mîchel Lalonde LA RECONNAISSANCE DU TEMPS Del sociétés archaïques h la société moderne Horst Günther Le temps de l’histoire Expérience du monde et catégories temporelles en philosophie (Je l'histoire de saint Augustin à Pétrarque de Dante à Rousseau ÊUtJCXH die fa Ma tari «Irt iiwncvs ite n*«wu* t*wt» l’avant-scène la question du politique: si le temps est reconnu coin-! me tel, montre-t-il, c’est que le politique — et ses mécanismes juridiques impliquant un rapport forme) au temps — se constitue comme mo-, dalité réflexive de structuration des rapports sociaux.M gestion réinventée GESTION D’ORGANISMES CULTURELS Le diplôme de 2e cycle pour gestionnaires et professionnels des milieux des arts et de la culture Admission Trimestre d’hiver 1997 Date [imite :ier octobre Conditions d’admissibilité: diplôme de ier cycle universitaire de préférence dans un domaine artistique ou diplôme de l’École nationale de théâtre, du Conservatoire d’art dramatique ou du Conservatoire de musique avec une moyenne d’au moins 70 % ; expérience de travail pertinente d’au moins 2 ans.30 crédits Temps complet ou partiel.Pour information : École des Hautes Études Commerciales 3000, ch.de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 2A7 (514) 340-6151 Registraire.info@hec.ca http://www.hec.ca A GAGNER Séjour-Santé pour 2 personnes 4 jours / 3 nuits ANIMATRICE Chantal Jgjgg- Fontaine Les règlements du concours sont disponibles au Journal de Montréal | Billet:25$ (incluant vin & fromage après Le concert) | RESERVATION: (5 14) 229-2586 » journal * montreal 1364, chemin Ste-Marguerite (sortie 69 de l’autoroute des Laurcntides) PAVILLON _ DES ARTS — DE STE-ADÈLE •FORFAITS ÉGALEMENT DISPONIBLES* Souper au restaurant «Aux Tourterelles» suivi du Concert 40$ par personne (incluant taxes et service) Concert et séjour d’une nuit à l’auberge «La Girouette» 60 $ par personne (incluant petit déjeuner allemand, taxes et service) Réservation: (514) 229-2586 I.K l> K \' 0 I H .I.K S S A M K DI II V.T I) I M A X t Il K I A S K I* T K M 15 H K I il il II —* L I V R, E S -— L E F E II I L I, E T 0 N Le vent mesquin de Thistoire i) .> UN CHOCOLAT CHEZ HANSELMANN Rosetta Loy, traduit de l'italien par Françoise Brun, Rivages, Paris, 1996,196 pages Il y a des auteurs dont immédiatement la plume nous séduit.Le ton, un certain art de raconter, de produire des images, de nous faire participer aux événements, de nous introduire dans la vie intérieure des personnages sans rien omettre de leur complexité, tout nous charme et nous semble «vrai».Un rythme nous tient, une écriture nous porte, et nous voilà ravis d’être subjugués par ce mystère, toujours surprenant et toujours renouvelé, qui nous arrache à nous-rtiêmes pour nous transporter au cœur de la vie, là où se côtoient grandeurs et misères humaines.Il en va ainsi avec Rosetta Loy, auteure de Les Routes de poussière qui avait déjà reçu, en 1988, plusieurs prix mérités (Super-çampiello, Viareggio et Rapallo) et dont l’œuvre se compare à celle des plus grands parmi ceux qui ont redonné sa noblesse à la littérature italienne.Pensons au Bassani du Jardin des Finzi-Contini, au Moravia du Conformiste ou encore au Borgese de Rubé.Son dernier roman traduit, Cioccolata da Hanselmann (prix Grinzane Cavour), raconte l’Italie fasciste de la Seconde Guerre mondiale à travers l'histoire d’une famille bourgeoise catholique que rien ne semble d’abord menacer, sinon une certaine propension à la vie amoureuse tourmentée et inquiète, toujours trompée dans ses attentes.Mais ce serait sans compter sur l’intrusion d’un demi-juif, Arturo, ami d’Isabella et de son mari Enrico, à qui l’on va offrir refuge et protection dans la grande maison familiale, à Chesa Silvascina, dans les montagnes suisses.Ià où les nouvelles de la guerre arrivent comme «ouatées» par la neige, interdites au seuil de cette table où «les yeux, les bouches, les joues lisses et colorées des jeunes filles rappelaient que la vie c’est aussi la légèreté et la beauté.L’étonnement, la joie».C’est alors que le temps historique commence à prendre le pas sur le temps intime de cette famille, faisant ressortir les divisions et ouvrant les portes au vent mesquin de l’histoire.Tout cela se produit cependant en douce, tout en nuance, avec cet art particulier qu’a Rosetta Loy de nous ra- J E A N - P I E K K E DENIS ?conter à la fois la vie, les traces laissées par le désir, les soudaines irruptions amoureuses qui enflamment les visages, les colères aussi qui les défont, et l’Histoire, celle qui brise les vies et éparpille les mémoires sans que jamais plus elles ne puissent retrouver les lieux quelles ont investis, nourris de leur sang, de la pulsation des cœurs quand ils s’affolent («Ce n’est pas vrai que les lieux, par une de ces raisons mystérieuses qu’il est vain de chercher, retiennent dans leur corps (si tant est que les lieux aient un “corps”) les voix et les pas, les rires, les hurlements et les quintes de toux de ceux qui les ont habités.C’est faux; rien ni dans les lieux ni dans les souvenus n’est à l’abri de ce rongeur qu’on appelle mémoire.Seuls peut-être en réchappent ces insectes invisibles qui survivent aux cataclysmes cachés dans les replis de la terre (un sofa jaune, un bol de bois, un vieux dirndl.).»).Le prix de la transgression On séjourne longuement en Suisse, chez la grand-mère maternelle, Mme Arnitz, femme de principes, au catholicisme formel, qui décide toujours du «bien et du mal pour les autres» et dont les anciennes histoires amoureuses se répercutent sur celles de ses filles, Isabella et Margot, sa demi-sœur.C’est autour de cette dernière que le récit va se nouer.Partant en cavale avec Arturo, sans l’assentiment de sa mère qui y voit le «diable», c’est aussi elle qui devra payer, en sa conscience, le prix de cette transgression familiale (et politique), d’abord par la perte de l’enfant qu'elle aura avec Arturo, ensuite par la lente mais implacable dégradation de leur amour à partir du moment où elle apprend qu’Arturo a tué Eddy (fils naturel d’un homme que Mme Arnitz a beaucoup aimé) qui, par dépit amoureux, était sur le point de le dénoncer aux autorités.Arturo, en dépit de toute logique, n’a pas agi ici comme une «victime», attitude que tout le monde attendait inconsciemment de la part d’un juif.11 a voulu abattre, à travers Eddy, le mal, cet esprit de dénonciation qui minait alors l’Europe entière, et pas seulement l’Italie.(«J’aurais dû accepter d’être une victime, disait-il, il y en a tellement finalement qui ont accepté, ça l’aurait moins dégoûtée, c’est beau de se consacrer aux victimes, c’est noble.“C’est toujours mieux que d’être de l’autre côté, du côté de ceux qui tuent”, avait-elle répondu.») Il en portera seul l’infamie, ne pouvant partager sa culpabilité avec aucune des femmes qui l’aiment.Outre cette histoire qui nous révèle à la fois le secret d’une famille et celui d’une époque vouée à l’horreur de YEndlôsung (la «Solution finale»), Rosetta Loy parvient aussi à nous faire pénétrer l’intimité psychologique des personnages — ces sentiments, ces émotions, ces souvenirs qui accompagnent tous ces petits riens où la vie se reconnaît et se conforte.Là est, à mon avis, la grande force de cette romancière qui, observant les événements les plus fins qui marquent la vie psychique, trouve les mots, les images, les métaphores pour nous les révéler.C’est peut-être parce que, écrivant, elle n’oublie pas toute cette partie de la vie qui n’appartient pas à l’écriture mais au corps et aux sens.Verba volant, scripta manent, dit-on: les paroles s’envolent, les écrits restent.Cela n’est pas vrai.Comme le pense Margot, les mots pouvaient valoir infi- niment plus que n’importe quel écrit parce qu'ils se servaient de la voix et du regard, des gestes de celui qui les prononçait.«Leur souvenir s’attachait à des objets, à la lumière d'un certain jour, aux branches d’une saison.Ils pouvaient avoir un corps mince et léger ou bien être ronds et peser comme le plomb, et ils pouvaient avoir aussi une couleur, une odeur».« - Nous sommes là au cœur de l’esthétique de eet|e romancière pour qui le moindre détail a son importance, que l’écriture doit s’employer à restituer, n'oubliant ni la pose, ni le geste, ni l’atmosphère ambiant^ ni les objets ni les éclats de rire: «[.] et tout à coup l’une des filles se met à rire, la tète un peu penché,ç sur le côté et les lèvres luisantes de beurre, la main tenant la tranche de pain où la marque des dents est restée.Et si vivants, si monstrueusement, impérieusement vivants, prêts à entrer daqjs l’éternité avec leur café au lait pt lpur miel, l’Ovomaltine, le cacao^ Evidence pour la romancière, cette vérité descriptive demandé pourtant une très grande faculté d’analyse et pas seulement d’observation; car tout cela pourrait fort bien s’étioler sous un regard autre, comme chez Margot qui, observant Arturo, enregistrant les moindres détails qui le concernent, se retrouve en même tempsj «aveugle face à la réalité de ce vi-j sage, comme s’il lui échappait eti se perdait dans ce qu’il y avait au-! tour (l’odeur de friture, les planches rugueuses de la table, ce! verre vide qui n’avait sans doute contenu que de l’eau)».Le détail peut ainsi tuer le sens à force d’essaimer dans les sens.Mais ce; n’est pas le cas chez Rosetta Loyj qui, telle une araignée tissant sal toile, n’oublie rien de son plan! d’ensemble.PHOTO VALERIO GIANNETTI / RIVAGES Rosetta Loy LITTÉRATURE AMÉRICAINE La vie quotidienne Un petit roman intelligent par la finesse de l’observation et à l’humour triste UNE AUTRE FEMME Anne Tyler, traduit de l’anglais par Sabine Porte, Flammarion, Paris, 1996, 392pages MARIE-CLAIRE GIRARD Delia Grinstead a parfois l’impression d’être un minuscule moustique bourdonnant à l’oreille de sa famille.Son mari, médecin et de quinze ans son aîné, sa fille Susie, ses fils Ramsay et Carroll semblent nier son existence, ne lui adresser la parole que lorsqu’ils ont faim ou soif.Delia a quarante et un ans, elle arbore un petit minois couvert de taches de rousseur, s’habille de robes à froufrous et adore les chats.De qui elle sè sent davantage comprise en fait que de son entourage.Elle a aussi deux sœurs envahissantes et péremptoires, pas d’amis et une soif de vivre qu’elle découvrira, à son plus grand étonnement, cachée à l’intérieur d’elle-même.Alors un jour, lors des vacances annuelles passées à la mer, elle s’en va.Avec cinq cents dollars (l’argent des vacances), un maillot de bain et une sortie de plage, elle se retrouve dans une petite ville à deux heures de Baltimore où elle habitait, et décide de recommencer à zéro.Elle loue une chambre chez Belle, une courtière en immeubles à la recherche de l’homme de sa vie, se trouve un emploi de secrétaire chez l’unique avocat de l’endroit, s’habille de robes sévères lui conférant une allure totalement différente, et se reconstruit une vie à l’écart de tout ce qui lui a été familier jusqu’à maintenant.La famille de Delia la retrouve, et facilement puisqu’elle n’a même pas changé de nom (se reconstruire une identité, oui, mais à partir de données connues tout de même).Devant le peu d’intérêt manifesté par %i>22h annee 362 jours par Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Le jeudi 19 septembre de 17 h à 19 h, Christiane Marchaudon, Jean-Jacques Marchaudon cl puis au cours de ccl automne de nos 20 ans : Marcelle Ferron, Thérèse Gouin-Décarie, Françoise Kayler, Geneviève Letarte et bien d'autres.1120, ave.laurier ouest outremont, montréal tel.: 27-1-.>669 • téléc.: 27-I-3660 autre roman Flammarion liée Delia pour reprendre là où elle a laissé, mari et enfants la laissent à sa nouvelle lubie, ce quelle interprétera par ailleurs comme un total manque d’amour et de compassion à son égard.Le malentendu bien installé, Délia poursuivra son chemin, changeant d’emploi pour s’occuper d’un petit garçon de douze ans et de son père, ravagés par le départ de la mère, occupant ainsi la place d’une femme pas tellement différente d’elle-même au fond, d’une femme cousue d’insatisfactions et de questions et qui a choisi d’abandonner les siens afin d’aller trouver ailleurs, croit-elle, un bonheur et une plénitude que la vie de famille n’a pas su lui apporter.Ou s’agit-il plutôt du problème posé à l’envers.Une romancière intéressante Anne Tyler est une des romancières américaines les plus intéressantes qui soit.Avec elle, on se rend bien compte que la vie n’est pas une ligne droite qui monte ou qui descend, «mais que son parcours était bien plus erratique, en zigzag, en tire-bouchon ou même en gribouillis.Parfois vous croyez être arrivé en fin de course et vous vous apercevez que c’est un tout nouveau départ qui vous attend».L’autre femme du titre n’est pas vraiment autre, elle s’est toujours tapie à l’intérieur de Delia, prête à surgir à la première occasion, avatar d’une personnalité à qui on n’a jamais laissé le loisir de s’exprimer.Une autre femme est un roman passionnant qui ne parle, finalement, que d’un quotidien banal.Peut-être est-ce cela le secret des bons écrivains: transfigurer cette banalité pour en faire quelque chose d’excitant.Delia mène sa petite vie, elle va au supermarché, elle lit un roman par jour, elle fait la cuisine, n’émet que des commentaires ordinaires et polis.Et pourtant, là dessous, bouillonne un torrent de désirs inassouvis et de rêves brisés qui sont le propre d’une majorité de femmes.Comme la plupart des êtres, Délia ne sait pas lire les sous-titres des conversations, elle ne sait pas déchiffrer la signification des silences ou ce qui tente de s’exprimer à travers les maladresses.Il lui faudra un an et Dr.CHAOULLI L’histoire d’un combat «La Santé au Québec Les vrais responsables» Devant ces patients qui dérangent le système: La conspiration du silence.Rcg.19,95 S Spécial 15,95 $ le 21 septembre seulement Séance de signature le 21 septembre de 14h à 16h L’auteur répondra à vos questions.Champigiiy 4380 St-Denis, Montréal 844-2587 au Québec les vrais responsables demi de solitude et une nouvelle vie pour comprendre un tant soit peu que les gens ne changeront pas parce que nous voulons qu’ils se transforment.Elle non plus, finalement, ne changera pas.Ce roman donne le goût de lire tout ce que Anne Tyler a écrit jusqu’à maintenant (entre autres, en traduction, Le Déjeuner de la nostalgie et Le Voyageur malgré lui publiés chez Stock) à cause de la finesse de l’observation et de l'humour tristë; qui éclatent à chaque page.Du ro-1 man intelligent et sensible, étalant une vérité difficile à exprimer en; mots et que Anne Tyler réussit à! rendre avec acuité et sagacité.U T 0 M N E tmmemmmmmmimmmI * Gilles Archambault Suzanne Jacob Un homme plein d’enfance «Avec “Un homme plein d’enfance”, l’écrivain atteint, il me semble, la perfection de son art.» Réginald Martel, La Presse Dans ces nouvelles, le rire est le propre de la pensée, un acte de penser au plus près de sa source, une capacité de s’étonner; de ne pas subir.À savourer comme des gourmandises acidulées.180 pages • 19,95 $ ^ 128 pages • 18,95 5 t I I.V.I) K V 0 I R .I.K S S A M K DI II 10 T I) I M A N V II 10 I ,r> S 10 I' T 10 M H II 10 I II !) Il Isabelle Leymarie MUSIQUES CARAÏBES JfAN D£ BRhWiJF ECRITS EN HURON IE BtSStTTt 1 SteÜTANT Michel Fleury ressionnisme a musique Les chemins de la musique W iV Librairie ®arneau ROMANS QUEBECOIS 1.UN HOMME PLEIN O'ENFANCE, Gilles Archambault - éd.Boréal 2.INSTRUMENTS DES TÉNÈBRES, Nancy Huslon - éd.Actes Sud 3.LA PORTE INTERDITE, Marthe Gagnon-Thibaudeau - éd.JCL 4.LE SECOND VIOLON, Yves Beauchemin - éd.Québec/Amérique 5.LA DAME DE CHYPRE, Jacques Desaulels - éd.L’Hexagone W ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC (TOME 3).Jacques Lacoursière - éd.Septentrion 2.MA PETITE HISTOIRE DE LA NOUVELLE-FRANCE, Gilles Proulx - éd.Proleau 3.LE TOUR DE MA VIE EN 80 ANS, Marguerite Lescop - éd.Marguerite Lescop «r ROMANS ÉTRANGERS 1.PASSIONS DANGEREUSES, Barbara Taylor-Bradford - éd.Albin Michel 2.LA DIXIÈME RÉVÉLATION DE LA PROPHÉTIE DES ANDES, James Redfield - éd.Robert Laffont 3.LA MAISON DU CLAIR DE LUNE.Mary Higgins Clark - éd.Albin Michel 4.LA STRATÉGIE DE L’HYDRE, William Diehl - éd.JC lattès «r ESSAIS ÉTRANGERS 1.LES HOMMES VIENNENT DE MARS LES FEMMES VIENNENT DE VÉNUS, John Gray - éd.logiques 2.LÉO FERRÉ.UNE VIE D’ARTISTE, Robert Belleret - éd.leméac 3.LES LEÇONS DE VIE DE LA PROPHÉTIE DES ANDES.James Redfield - éd.Robert Laffont LIVRE JEUNESSE 1.N’OUBLIE PAS TA CAPUCHE!, PETIT SPIROU N° 6 - éd.Dupuis w LIVRES PRATIQUES I.LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 1997 - éd.Larousse 2.LA NOUVELLE BOÎTE À LUNCH, Louise ïambeMagacé Louise Desaulniers - éd.de l’Homme LE COUP DE COEUR > 1.LES ÉCHELLES DU LEVANT.Amin Maalouf - éd.Grasset 1691, rue Fleury Est, Montréal (Québec) H2C1T1 Tél.: (514) 384-9920 Téléc.: (514) 384-9546 Découvrir des musiques Si vous voulez mieux asseoir S LJ: vos «impressions» FRANÇOIS TOUSIGNANT FRÉDÉRIC LAGRANGE: MUSIQUES D’ÉGYPTE Cité de la musique / Actes Sud, coll.«Musiques du Monde», 175 pages plus tin disque compact (73 minutes) Vous avez remarqué tout de suite le titre de la collection:,Musiques du Monde, et celui du livre: Musiques d’Egypte.Le pluriel à musiques montre bien l’évolution qui s’est faite clans le monde de la musicologie et de l’ethnomusicologie.On ne saurait parler de la musique de l’Inde, pas plus que de la musique américaine ou africaine.La réalité des pratiques musicales, des genres et des traditions à l’intérieur d’un même pays est vaste.Il n’y a guère d’unité entre la musique des Colocs, celle de Serge Garant, du folklore des violoneux et du Colas et Colinette d’Antoine Quesnel.Pourtant, cette musique a toute été faite au Québec.Cet ouvrage nous permet donc d’avoir un aperçu intelligent et assez exhaustif il me semble — je n’oserais me considérer expert en traditions musicales venant de ces rives du Nil — de ce qu’est la réalité musicale dans sa complexité et son ensemble depuis le XIX1' siècle.L’auteur commence par un résumé de ce que l’on sait des traditions pharaoniques, bas-reliefs, reproductions d’instruments et de musiciens, pour arriver rapidement à l’époque où les documents écrits ou photographiques donpent une idée plus précise des activités musicales des Egyptiens.Les relents de l’Antiquité, les pratiques coptes ou islamiques, l’apport de la modalité arabe, tout cela est bien montré, comme les divers contextes où se pratiquent différentes musiques.Le plan du livre est d’une intelligence qui aide grandement à suivre le parcours intellectuel de l’auteur.Ce qui empêche certaines parties plus techniques de devenir quelques dirigeants interdisent parfois certaines formes de musique qui livrent un message musical trop «nationaliste».L’aspect technique est intéressant en ce qu’il nous explique le§ structures des differ rents genres (oiù danses: dans la mtp sique dite ici profane plutôt que popip laire — et avec raison dans ce contexte —, musique et danse entretiennent une intimité quasi charnelle), et nous les place dans leur contexte historique tout en dressant une liste des principaux représentants des différents mouvements.On effleure même l’influence américaine, notamment l’importance de New York comme cœur d’une certaine activité, melting-pot de tous ces artistes qui y travaillaient et parfois devenaient des vedettes célébrées partout.Encore une fois, les illustrations sont adéquates et un disque compact vient enrichir la compréhension: la musique, après tout, c’est plus qu’un discours sur une activité, c’est d’abord le résultat sonore de musiciens qui en jouent.La bibliographie est très à jour, ce qui donne confiance dans ce trop bref aperçu de tant de richesses.Au moins, si un sujet vous passionne davantage, vous pourrez trouver une référence qui vous permettra d’aller plus avant dans vos explorations.>j !: plus rébarbatives tient principalement à deux choses.La première est la présence d’un glossaire à la fin où sont définis et sommairement expliqués les termes arabes des formes, genres, instruments, etc., dont il est question dans le texte.Ainsi, si on a oublié le sens d’un mot, pas besoin de se frustrer à retrouver quelque part dans le corps du texte l’endroit où on l’a expliqué la toute première fois.Ce glossaire se complète également d’une explication ma foi fort concise mais très compréhensible et plaire des principaux modes et rythmes en usage dans l’Egypte d’aujourd’hui.La seconde tient à l’iconographie, loin d’être abondante, mais très pertinente, et surtout à la présence d’un disque compact généreux sur lequel on peut entendre la musique ou le style dont il est question dans le texte.Je me permets ici un parallèle avec mes compositeurs québécois du début.Vous pourrez entendre des musiques aussi variées que des chansons populaires modernes avec la plus grande vedette arabe, î’Egyptienne Umm Kulthûm, des musiques issues du conservatoire du Caire (fondé en 1932), du folklore rural des bédouins et de la musique savante du XIX' siècle.On perd donc tout préjugé d’une Egypte monoli- thique.Les événements historiques, sociaux, politiques et religieux sont aussi expliqués (ou pour le moins rappelés à notre souvenir) pour saisir la trame humaine sur laquelle se développe cette activité musicale: l’apparition de l’enregistrement commercial, la montée du féminisme, du nationalisme, tout cela est présent dans ce tour d’horizon d’une culture que, décidément, on gagne à mieux comprendre et aimer.ISABELLE LEYMARIE: MUSIQUES CARAÏBES Cité de la musique / Actes Sud, coll.«Musiques du Monde», 175 pages plus un disque compact (42 minutes) Toujours dans la même collection et chez le même éditeur, un autre livre consacré à une musique très à la mode ces temps-ci: celle des Caraïbes.L’influence de ces musiques caraïbes dans plusieurs styles populaires est importante.Habanera de Cuba, zouk d’Haïti, reggae de la Jamaïque, calypso et steel band de Trinidad, etc., je pourrais faire une liste exhaustive dont vous devinez déjà la richesse.La brève introduction campe bien le décor.En effet, toutes ces îles ont une histoire de peuplement, de colonisation et de décolonisation souvent mal connue.Africains, Espagnols, Français, Anglais, Indiens de toutes appartenances s’y croisent et s’y métissent pas toujours en bonne harmonie.Le plan suit de près la réalité de l’existence îlienne.La musique et les dieux, première manifestation humaine et qui rappelle les liens entre l’aujourd’hui et l’origine lointaine, portent en germe tous les développements de l’activité musicale contemporaine.C’est de l’utilisation, de l’amalgame ou de la mise en évidence de certains rythmes qu’une bonne partie des musiques caraïbes prennent leur sens et trouvent leur «message».C’est d’ailleurs pourquoi FRANÇOIS TOUSIGNANT L'IMPRESSIONNISME ET LA MUSIQUE Michel Fleury Fayard, coll.Les chemins de la musique 503 pages Voilà bien un titre d’ouvrage courageux et aussi plus que révélateur.Le courage vient de la tendance qui fait qu’on discrédite de plus en plus aujourd’hui l’utilisation du mot «impressionnisme» en musicologie de pointe pour parler à la fois de cette période toute marquée par l’art de Debussy et Ravel.Ce qui est révélé, c’est que le cœur de la question n’est pas l’impressionnisme musical mais plutôt des manifestations d’une esthétique, l’impressionnisme, dans certaines pratiques ou œuvres must-' cales.-a, Il faut donc partir à la recherche' du sens du mot pour en comprendre, l’apparition dans l’art.Ceci est d’autant plus délicat que nombre de créateurs «impressionnistes» se sont défiés du vocable, voire l’ont complètement rejeté tant il avait, aux origines (scandale autour de Impression soleil levant de Monet en 1872 selon Michel Fleury; d’autres parlent de, Y Olympia de Manet), une connotation péjorative.Debussy lui-même a écrit ne pas vouloir qu’on lui associé ce qualificatif.«rt En dehors de toutes les querelles, autour du mot, l’auteur s’attache à montrer en quoi plusieurs manifestations artistiques — en peinture, en poésie, en théâtre, en littérature et en musique — se sont réclamées de ce terme et, surtout, quelles sont les composantes et les caractéristiques propres à l’impressionnisme.Des origines à la musique Cela nous vaut un très érudit commentaire sur les origines romantiques, la persistance de symboles, les tendances préraphaélites, le Part nasse pour aboutir à une typification esthétique qui a le mérite d’être très cohérente: importance de la Nature, esthétiques des lointains, suggestion de la forme par la couleur, mythes païens (L’Après-midi d’un Faune?) et brumes celtiques (Pelléas?), mythes chrétiens (Saint Sébastien?) et goût de l’Orient (Pagodes?).(Tous ces' titres viennent de Debussy, et ed, n’est pas une coïncidence.) Rien de tout cela n’est l'apanage, strict de cette «nouvelle esthétiques Fleury le démontre bien.Ce qui vp.l’intéresser davantage, c’est de monq trer en quoi ce goût d’une époque, ou d’une partie d’une époque, va demander de nouvelles techniques de, composition et d’écriture musicale pour rendre sa propre vision des su-, jets qui lui sont si chers.¦ i.: Les exemples musicaux textuels ¦ se font rares, alors qu’on fait appel largement à des moments d’œuvres : pour soutenir le propos qui effectue i un continuel va-et-vient entre la mûri sique, la littérature et la peinture.Du se rend compte alors que l’impres-i sionnisme n’est que peu une esthé-, tique mais plutôt une manière de fai- > re les choses.i La fortune de rIsi l’impressionnisme On peut donc trouver des traces: d’impressionnisme chez Puccini',) Korngold, Strauss, Ravel, Honegger, Monpou, de Falla, les exemples four- ; nis par l’auteur sont nourris.Trois compositeurs retiennent pourtant ’ faveur.Debussy, Frederic Delius et! John Ireland.On voit tout de suite se dessiner en filigrane ce qui devient un dès ! grands intérêts de l’ouvrage.L’impressionnisme est fortement britannique dans sa sensibilité d’originê.] Un art qui trop souvent était considéré comme typiquement français trouve sa source et son aboutissement chez la noble Albion, tout en maintenant que ses représentants les plus géniaux sont Français, Debussy en tête.Les explications et démonstra-1 tions des techniques spécifiques aux impressionnistes ne vous paraîtront pas trop rébarbatives.L’ouvrage vise un assez large public, cultivé soit, mais pas forcément «spécialiste».Sans toujours convaincre, il soulève des points de vue originaux et a }ç t grand mérité de faire redémarrer une discussion souvent restée stérile en lui donnant un fondement esthé- > tique plus complet et, surtout, plfls ’ cohérent.•v> cants' •5S*« L I V R E S ESSAIS Le Cambodge écartelé LES CLÉS DU CAMBODGE Raoul M.Jennar, préface de Jean Lacouture, Éditions Maisonneuve & Larose, 328 pages , CLÉMENT T RUDEL LE DEVOIR Sait-on que le Cambodge est le pays qui a le plus fort taux d’handicapés au monde: 1/236?C’est quatre fois plus qu’au Vietnam.A-ton porté attention aux slogans que les Khmers Rouges ont martelés lorsqu’ils ont fait peser leur joug durant 44 mois sur le pays après leur entrée à Phnom Penh en avril 1975?Les forces de Pol Pot, cet ultra-nationaliste dont la dureté enclenchera la «tutelle» que vont ensuite mettre en place les Vietnamiens, sont responsables de la mort de près du tiers de leurs compatriotes, y inclus 5 des 14 enfants du prince Norodom Sihanouk.Pour Pol Pot, «celui qui proteste est un ennemi, celui qui s’oppose est un cadavre».Dont acte.Le pays que décrit Raoul M.Jennar dans cette «banque de données» —» on y trouve 450 fiches sur des Cambodgiens vivant dans le pays ou à l’étranger ainsi qu’une bibliographie d’au-delà de 1000 titres, dont 80 thèses universitaires — est un pays «où les conditions préalables à tout développement sérieux ne sont pas réunies».Jennar signale cependant plusieurs atouts: le port de Siha-noukville pourrait être un pivot à nul autre pareil de l’économie, le tourisme pourrait fleurir, mais il n’y a ni paix ni sécurité.La Constitution cambodgienne s’en tient à de beaux principes généraux, sans se préoccuper de leur mise enœuvre concrète: pas de garanties offertes pour le respect proclamé des libertés fondamentales, rien qui conforte l’indépendance des juges, non protégés par l’inamovibilité.Pour rendre encore plus com-pléxe ce dossier, des capitales comme Washington, en partie à cause du blocage qu’elles éprouvent envers le pouvoir vietnamien, n’ont nullement aidé ce pays asiatique à se remettre dé la destruction de ses élites — 48 médecins seulement sur 550 ont survécu — et de la dilapidation de ses richesses naturelles.Les Khmers rouges ont pu se permettre de boycotter les élections tout en laissant savoir qu’ils n’abandonnaient pas l’espoir d’un retour au pouvoir; entre temps, ils s’autofinancent grâce surtout au commerce de pierres précieuses.La force d’interposition de l’ONU, l’APRO-NUC, malgré tous les milliards investis, a failli à sa tâche essentielle, d’après Jennar.Les Accords de Paris, signés en 1991, «n’ont pas tenu leur pro-ihesse» de retour à la stabilité.- L’auteur n’a rien du pamphlétaire; il a à son actif une trentaine de rapports sur le Cambodge, des textes d’analyse qui furent édités et diffusés grâce à une coalition d’ONG.Raoul Jennar compte parmi les plus fins connaisseurs d’un pays pour lequel il éprouve de l’affection; ce qui ne veut pas dire qu’il soit disposé à taire les querelles qui minent partis et gouvernements, ni à exposer la xénophobie qui gagne plusieurs couches de la population khrnère — tendance à imputer tous les maux à l’étranger, surtout aux Yuons, un terme méprisant désignant les Vietnamiens.l'Jean Lacouture, dans la préface, parlé de «cas extrême d’une utopie pervertie» en se référant à Pol Pot.11 confesse des tâtonnements et «un bon nombre d’erreurs d’appréciation» qu’il a jadis commises.Jennar multiplie quant à lui les faits et chiffres, les informations souvent inédites; son livre a l’allure d’une encyclopédie qui éclaire tout autant le legs colonial que les rivalités et contradictions contemporaines, non encore éteintes au Cambodge.PHOTO ARCHIVES Une famille de réfugiés cambodgiens fuyant les zones dangereuses.Jennar multiplie les faits et chiffres, ¦ les informations souvent inédites POÉSIE Le retour à la sagesse LES VERSETS DE LA SAGESSE Jean Grosjean, collection les Intemporels, Éditions Philippe Lebaud, Paris 1996,156 pages N A ï M KATTAN Jean Grosjean occupe une place bien particulière dans la littérature, une bien grande place.Poète, il est un constant lecteur des textes essentiels de notre civilisation: la Bible, les Evangiles, le Coran et les tragédies grecques.Sa lecture n’est point une accumulation de savoirs mais une prise en charge, une imprégnation.C’est ainsi qu’on peut comprendre son entreprise de traduction.Il a traduit, entre autres, la Genèse (Gallimard, 1967) L’Évangile selon Jean (Gallimard, 1988) et le Coran (Philippe Lebaud, 1979).Au cours des derniers 20 années, il a puisé dans la Bjble des figures dont il a fait le récit (Elie, Jonas, Samson.) Dans son dernier ouvrage Les Versets de la sagesse, Grosjean poursuit sa grande entreprise de lecture au delà de la translation du texte hébraïq.ue.Il s’agit ici de l’Ecclé-siaste.A côté de chaque page du texte, il inscrit la sienne: réaction, méditation, bref, une manière d’absorber la parole, de la vivre personnellement.Poète, il aborde la langue dans l’immédiat, en saisit l’essentiel.Pour lui, le texte biblique n’est destiné ni aux savants, ni aux érudits.Il est, dans le sens noble du tenne, un texte populaire.Aussi sa langue est directe, actuelle, puissante: «Que gagne-t-on à faire tout ce qu’on fait sous le soleil?Une époque s’en va, une époque s’en vient et la terre demeure.Le soleil se lève, le soleil se couche et il regagne le lieu de son lever.Le vent va au sud, le vent va au nord, il tourne et il retourne à ses détours.Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est pas remplie, et ils continuent d’y aller».Dans un essai-introduction, Grosjean exprime son attitude envers la Bible.Il récuse, à la fois, toute une dimension de la pensée grecque qui institue l’Idée en réalité parallèle et la peinture européenne qui érige l’image au niveau de la parole, en substitut du verbe.L’Ecriture est dramatique, littéraire, sainte: «La Bible est sainte, c’est-à-dire PHOTO ARCHIVES t 1 T jKi*’*'* S !• I* T !• M 15 II K I II !) Il .* X *1 » ' 1% ,v.>>7 * S** rC'-5'" ' -iP'é •*!Î .«r£ 4PÀ £ +¦ mw •.f* #?> v ^«7 t* r '.4 - y- ^ hiy .«» “, - ft., * f!r, w H .J*' V*A Km j.j|p|gp iisil KÎi-s«».>'*v>.î ; • "i « Ma gglp?j >v.tv gp*.; •.;! h*P£ jB&BI v pr ¦ MÉfltaaü iriwniiiMifciiffimmmr ÉMtÉ ,.n ¦.Mill «n.iiit.ttf.rT.ift MUSEE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTREAL 22 SEPTEMBRE 1996 JUSQU S t a i n s , : .m .¦ .v.l ¦¦a du passé r à vivre erer est c o m m e n c e Décontractée, 1990; (détail) marbre rose et acier, The Brooklyn Museum, New York.Photo de Louise Bourgeois : David Seidner, New York mssm LE DEVOIR E MÉTRO PLACE-DES-ARTS (514) 847-6212 DE MONTRÉAL ¦ 185, RUE SAINTE-CATHERINE OUEST, MONTREAL TEL MUSEE D'ART CONTEM 66 I) K) I.K I) K V (MK.I, K S S .\ M K 1)1 II H ! I) I M A N (' Il li I fl S li I».T li M K II li I !) !) Il Le corps humain comme lieu de création A Marseille, une rétrospective retrace l’itinéraire torturé du body art, de Man Ray à nos jours L'ART AU CORPS: LE CORPS EXPOSÉ, DE MAN RAY À AUJOURD'HUI Musée d'art contemporain de Marseille Jusqu’au 15 octobre GENEVIÈVE BREERETTE LE MONDE Marseille — En introduction, une salle aux murs couleur rose chair cite quelques exemples d’artistes qui, des années 20 aux années 50, ont joué de leur corps comme instrument.On y voit Marcel Dû-champ, toujours lui, en Rrose Sélavy et son comparse Man Ray, photographe de ses travestissements.On y rappelle les peintures faites avec les pieds et empreintes de corps dans la boue des Japonais du groupe Gutaï, où les Anthropométries d'Yves Klein.Histoire de montrer le glissement du corps-matière de la peinture au corps même de l’artiste comme médium, comme support concevable de la création depuis le jour où était admis l’amalgame dadaïste de l’art et de la vie.L’exposition se veut historique, en rayonnant depuis les actionnistes viennois et leur goût des extrêmes.Elle commence avec Arnuf Rainer, peintre de crucifixion et d’altérations de portraits photographiques, et le quatuor Herman Nitsch, Otto Mühl, Günter Brus et Rudolf Schwarzko-gler, qui n’y allaient pas de main morte dans l'instrumentalisation du corps exhibé en public.Le «happening à l’autrichienne», avec ses auteurs-interprètes simulant blessures et mutilations, et ses acteurs passifs éclaboussés de sang d’animaux ou couverts de viscères, se donnait en chambre ou en plein air, lors de fêtes orchestrées par Nitsch, le fondateur de l’O.M.Theater — l’Orgies — Mysteries Theater, auprès duquel les Américains producteurs de happenings font figure d’enfants de choeur ou de plasticiens formalistes impénitents.Les petits-enfants de Freud et de Schiele, dans les années 60, faisaient exploser les valeurs esthétiques en faisant acte de provocation permanente à l’égard des valeurs dominantes de la société, en poussant à bout et dans la boue et le sang la pra- tique de l’action painting, glorifiée par cette image de Pollock, seau de peinture en main et pieds dans le tableau.Agressifs et blasphématoires, ils ont eu maille à partir avec la justice de leur pays, qu'ils ont dû quitter.Ou bien ils ont dû se taire.L’un deux, Schwarzkogler, s’est suicidé en 1969, et non après s’être tranché le sexe lors d’une «action», comme on a pu le dire.Otto Mühl, aujourd’hui septuagénaire, purge une peine de prison, accusé de viol au sein de la communauté post-ac-tionniste qu’il avait fondée en 1971.Quand Günter Brus ne veut plus rien savoir de cette période de grandes provocations, dont les traces qui en restent — beaucoup de photos et nombre d’instruments tranchants, coupants et piquants, rituels sacrificiels et sacrilèges — mettent mal à l’aise.On peut cependant tenter de les prendre à froid pour les situer dans le cours d’une histoire de l’art du XX' siècle, qui ne se satisfait décidément plus des poussées et avancées de formes pures et simples.C’est ce que fait l'exposition de Marseille, non sans courage, contre vents et marées bien-pensants.Passage obligé ,Elle se fonde sur les revues de 1,’Epoque, comme Avalanche aux Etats-Unis, Interunktionen et üer Lowe en Allemagne, ou Attitudes, la revue de François Pluchart, en France, qui ont diffusé et défendu, en leur temps,les recherches des actionnistes et les diverses formes de body art, l’art corporel.Ils avaient de quoi nourrir leurs chroniques, car la plupart des artistes occidentaux d’avant-garde en ont tâté, enü'e 1968 et 1972, s’essayant à la performance, aussi répandue alors que les installations aujourd’hui.C’était un passage obligé en ces temps où le pape disait non à la pilule et où Polnareff montrait ses fesses.Mais peu d’artistes ont fait de l’art corporel une discipline rigoureuse et suivie.D’aucuns s’y sont adonnés en l’édulcorant, d’autres pour voir, ou en ironisant sur l’art, sur eux-mêmes, en relativisant.Et aucun n’est allé aussi loin dans l’expression de la transgression des interdits et des tabous sexuels et religieux que les actionnistes de Vienne.Sauf, peut-être, en France, quand Journiac se livrait à ses «rituels du sang» avec l’apparente tranquillité d’un conceptuel froid.Ou quand Gina Pane marchait sur des bouts de verre, s’entaillait les paupières avec une lame de rasoir ou se livrait en public à quelque autre «pratique pic- SOURCE DOKUMENTA V 1973 Wundgesicht, d’Amulf Rainer.MAIS QUI EST DONC MARCEL BARIL ?MAROÉ BONSECOIRS MONTRÉAL 3SO.rue Saint-Paul Est.Montréal ü; Devoir Le marché saisonnier des producteurs agricoles est ouvert jusqu'à la fin octobre.L'INTÉGRALE DE L'EXPOSITION PRODUITE ET RÉALISÉE PAR LE MUSÉE DE CHARLEVOIX.PROLONGATION JUSQU'AU 3 NOVEMBRE 1996 -Y' ÜkT ii:.- ** m SOURCE DOKUMENTA V 1973 Kopfbemalung, de Günter Brus, Vienne, 1964.turale du corps», que l’artiste a toujours située dans un discours socio-politique, au delà d’une mythologie personnelle.On trouve le même refus chez Journiac de situer sa recherche sur le plan individuel, et cette affirmation d’une dimension socio-politique présente dans tous les discours d’après-68.Les actionnistes n’ont jamais été aussi largement évoqués en France que dans cette exposition marseillaise, qui arrive un peu tard pour faire événement, alors qu’elle méri- te attention parce qu’elle retrace avec beaucoup de sérieux les lignes de cette histoire grave qui engage le corps dans l’art, et parce qu’elle propose un choix d’œuvres rarement montrées, ordinairement distillées au compte-gouttes, sinon absolument inédites en France, comme celles d’artistes tchécoslovaques.Le catalogue, riche de nombreuses contributions, explicite les démarches et les liens non soupçonnés qui existent entre les artistes HANS SCHLEEH, a.r.c Sculptures en calcaire d’Indiana 14-28 septembre GALERIE DOMINION 1438.rue Sherbrooke Ouest Du mardi au samedi de lOh à I7h CIRCUIT D’ART ET D’ARCHITECTURE EN VIDÉOCAR DE LUXE Ou 18 au 20 octobre : Villas, vignobles et paysages d’automne dans la vallée de l’Hudson, N.Y., accompagné par Pierre-Richard Bisson, architecte et historien de l’art Prix et itinéraires détaillés sur demande VOYAGES LA PROMENADE TEL.: (514) 974-2633 ou 1-800-265-0218 Mémoire retrouvée.Souvenirs d'artistes Charles Daudelin, Yves Trudeau, Roland Dinel, Gérald Brault, Jacques Huet, Claude Meloche, Micheline Brodeur, Francine Richman Salon C.S.Q.1961-1996 Invitation au vernissage le samedi U septembre à 14 h Du 14 septembre au 12 octobre 1996, du mercredi au samedi de 12 h à 18 h Rencontres causeries samedi 14 h 5 octobre : Gérald Brault 12 octobre : Symposiums Tchécoslovaquie 460, Ste-Catherine ouest.# 607 Montréal, Québec H3B 1A7 Tél.: (514)879-1962 21 septembre : Charles Daudelin 28 septembre : Yves Trudeau sc®rg|'L FONDATION DEROUIN UNE RELATION PRIVILÉGIÉE AVEC DES ARTISTES DES TROIS AMÉRIQUES : DE CONFÉRENCE - UN CENTRE DE DOCUMENTATION UN SITE EN VERSANT DE MOMTAGI JE Ol 11 ART S'INIEGRE AUX LIEUX_ INTEGRATION AUX LIEUX Du 13 JUIIXET AU 15SEITEMURE 1996 Ouvert samedi et dimanche de 11 h à 18 h.Dans les sentiers en versant de montagne, vous découvrirez des installations des artistes Helen Escobedo.Pierre Leblanc.René Derouin et la poésie de Claude Beausoleil.À voir absolument avant la tombée des feuilles.Samedi et dimanche de 14 h à 16 h.séance de signature du livre «Ressac- de la migration au largage, édition Hexagone, de René Derouin._ A UNE HEURE DE MONTREAL 1303.Montée-Gagnon.Val-David (Qc) JOT 2N0 Montréal: Téléphoné 524-6937 et télécopieur (514) 524-3020 Val-David: Téléphoné el télécopieur (819) 322-7167 Ouvert du jeudi au dimanche de 11 h à 18 h opérant ici et là.L’exposition montre, de la Californie à Prague, en passant par Paris, de Vito Acconci — capable de se faire tirer une balle dans le bras — ou Chris Burden — se livrant aux voitures sur un grand boulevard de Los Angeles — à Petr Stembera — qui a vraiment tenté de se greffer une rose sur le bras —, les, rebondissements de ces comportements hors limites d’artistes.Ceux-ci sont, dans l’ensemble, devenus plus cléments avec eux-mêmes au fil des années 70, une fois que le body art eut pris l’air, en développant toutes sortes de relations nouvelles à l’espace, à la nature, et non plus tellement au social.Le corps, alors vécu comme lieu de présence au monde, s’est mis à rimer avec phénoménologie pour engendrer de nouvelles expériences linguistiques relevant plus de la connaissance et de la perception que de l’action directe.En perdant de son impact critique envers la société, l’art corporel a gagné du terrain et a fini par ne plus s’appeler art corporel.Greffes poétiques, remodelages terribles comme peut en faire Orlan à travers ses opérations-actions de chirurgie esthétique, mise à l’épreuve, mise en danger du corps: le corps est impliqué dans l’art des années 60 et 70, autrement qu’il ne l’est ; aujourd’hui.On le sait au moins depuis l’exposition Femininmasculin, une rigolade à côté de ce qui est donné à voir à Marseille.Revendications de l’identité, expression des minorités, travestissement, travaux d’artistes femmes, de Cindy Sherman, de Nan Goldin.on retrouve fatalement les entrées de l’exposition de Beaubourg, mais sans cette focalisation sur le sexe et sans son optimisme de fond, qui la rendait sympathique, et rigolarde.On ne rigole pas dans l’exposition de Marseille.\A GALERIE LINDKNERGE 1049, AV.DES ÉRABLES QUÉBEC (QUÉBEC) GIR 2N1 (418) 525 8393 Vernissage le 1S septembre jusqu'au 4 octobre ! ^ - • * ? I.E I) E V OIK, I.E S S A M E I) I II E T I) I M A \ ( Il E I f> S E l> T E M II II E I !» !» II Depuis 50 ans, Soulages n'utilise que trois couleurs le noir, le noir et le noir.RH Musée McCord 690, RUE SHERBROOKE O.?(514) 398-7100 ?MÉTRO McGILL 19 9 7 vier 9 9 6 Ouvert du mardi au dimanche de U h à 18h (jusqu'à 21 h le mercredi).Entrée gratuite.1379-1380, rue Sherbrooke Ouest.Autobus 24 ou station de métro Guy-Concordia.Information: (514) 285-2000 Photos: Pierre Soulages, 1996 et Pierre Souloges dans son atelier, 48, rue Galange, 1960 (Photo Izis) • Peinture, 300X236 cm, 16 février 1964, Musée d'art moderne, St-Étienne (dépôt du peintre) 0 Pierre Soulages, Kinémage/Montréal 1996 MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL Soulages Noir Lumière Jusqu'au 15 septembre Entrée gratuite BERNARD LAMARCHE TERRA INCOGNITA Francesc Bordas Occurrence 460, rue Sainte-Catherine, bureau 307 Jusqu’au 6 octobre Dimension singulière de la réalité artistique, le phénomène des ré-; sidences d’artistes n’est pas toujours I envisagé selon sa pleine valeur.Ces j rencontres ponctuelles en ateliers ; ont lieu dans des centres de diffusion hôtes: centres d’artistes, galeries, musées, etc., qui participent di-! rectement au financement des pro-i jets et permettent à des artistes invi-! tés de poursuivre ou d’entamer de nouveaux travaux.Cette implication des institutions canalise ainsi d’importantes énergies créatrices en mettant à la disposition des artistes les ressources nécessaires à la mise en marche de projets propres à stimuler les démarches artistiques et à ouvrir de nouvelles pistes à la recherche et à l’expérimentation.Sauf exception, ces pratiques spécifiques aboutissent par une exposition faisant état des réalisations, donnant ainsi une occasion précieuse à l’artiste de montrer son travail au public ou encore de le produire à l’étranger.Du coup, les dynamiques qui sous-tendent une démarche artistique se confrontent à de nouveaux paramètres et se retrouvent dans des territoires qui ne leur sont point usuels.La richesse de ce type d’activités est indéniable et, parmi les déplacements qu’elles actionnent, on peut trouver référence à un vaste éventail de considérations, quelles soient d’ordre historique, social ou même spatial: la topologie et la configuration des lieux accueillant les œuvres peuvent en effet devenir un des axes de motivation des projets en cours.Au centre de ces préoccupations ! se retrouve le travail de Francesc ’ Bordas, artiste espagnol vivant à Paris, spécifiquement conçu en fonction de l’espace de la galerie Occurrence transformé en atelier d’artiste du 15 juillet au 30 août dernier.Le défi était de taille.Le lieu pose problème par son architectonie capricieuse: pensons aux deux colonnes rapprochées des murs d’accrochage pour concevoir l’incommodité du lieu.L’artiste contourne toutefois la difficulté par le recours à une solution ingénieuse.Avec une économie désamiante de moyens, il arrive à réconcilier et réunifier l’espace, tout en chargeant son travail d’un commen-tairê à caractère symbolique, non seulement sur les conditions de présentation des œuvres mais aussi sur leuf’statut physique de marchandises, en établissant une référence à la migration et au voyage.Parcours d’une exposition Dès l’entrée dans la galerie, le visi-teur'est rapidement attiré par une paife de monochromes noirs, auxquels répondent une barre d’alumi- Terra Incognita, de Francesc Bordas.nium de même couleur qui relie les colonnes, nuisant à la libre circulation dans la galerie, et une bande de caoutchouc noir suspendue à un tuyau du plafond, qui établit un autre point focal.La relation entre ces éléments disparates est très efficace et force une incontournable prise de conscience par le spectateur de ses mouvements dans l’espace.Par une surabondance de vides, auxquels l’artiste donne «une valeur positive», l’œuvre fonctionne et renverse l’apparente discontinuité entre les éléments constitutifs de l’installation.L’autre partie de l’installation consiste en un caisson de bois brut, faiblement éclairé de l’intérieur, dont l’un des côtés reprend le noir et le blanc environnant.Avec son contenu, la structure d’un mur démonté, ce semblant de caisse de transport devient une allégorie de la position de l’œuvre d’art sur le marché, démystifiant la création pour rendre à l’art ce quelque chose que Matisse a déjà nommé «l’élément humain» et qui n’a rien à voir avec une quelconque psychologie de l’œuvre ou de l’artiste.Une appropriation de l’espace Cette «appropriation architectonique de l’espace», selon les mots de l’artiste, peut être lue comme une réaction à la peinture américaine des années 50 et 60, où le tableau seul prévalait en tant que sujet de réflexion sur ses limites internes.Le discours engendré par ces œuvres formalistes, tout occupé à traquer la plus petite expression du tableau (la surface et ses limites), avait en effet oblitéré tout un pan de l’appareil perceptif, celui de la spatialité.L’espace de la galerie, dont l’idéal fixé était de s’effacer, neutre face à l’unité du tableau, n’entrait jamais en ligne de compte.Les années 60 ont vu les artistes investir en masse cet espace, et un des exemples les plus élo- Eva Brandi Oeuvres récentes •S * -, Jusqu'au 5 octobre G;’A L E R I E CHRISTIANE C H A S S A Y 372, rueSainle-Calherine Ouest, Salle418, Montréal H3B1A2, Tél.+ télécopieur: 514 875*0071 AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA 1 60 oeuvres réalisées au Faubourg des Arts 96 Exposition/encan du 11 au 20 septembre à 21 h.Pour information_______ ______ Maison d’Art Fra Angelico 1320, Wolfe, Montréal (métro Beaudry) Tél: 522-9990 Exposition DANIELLE LAIR du 22 septembre au 5 octobre Des lieux troubles de la perception or u Photographies de femmes autochtones de Nancy Ackerman - j i Pierre Soulages Soulages est né en 1919 à Rodez dans l’Aveyron.Dès son enfance, il est attiré par l'art roman, les menhirs gravés, les grottes et les grands plateaux solitaires.Peintre autodidacte, il découvre en 1938 la peinture de Cézanne et Picasso.Au début des années 50, il est propulsé sur la scène internationale et ses œuvres sont collectionnées par les plus grands musées.Les expositions vont se succéder sans interruption, aux États-Unis, en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.De 1987 à 1994, il réalise cent quatre maquettes pour les vitraux de l’abbatiale romane de Conques en France.SOURCE OCCURRENCE quents de cette réaction demeure les cubes de Robert Morris, qui défiaient l’atopie de la peinture dans l’espace donné par la galerie.La production de Bordas mime sensiblement les dispositifs de l’art minimal qui déjà posait une réflexion phénoménologique sur la notion de parcours.Ce qui donne ici à la pièce un aspect relativement hermétique.Mais les apparences sont trompeuses.Par exemple, la luminosité si particulière des plages noires au mur est rendue par une moustiquaire tendue sur un simple coton, deux matériaux pauvres qui, lorsque superposés, suggèrent une richesse feinte, mais combien séduisante et ludique, de la présentation des objets d’art.Aussi omniprésent est un jeu de surface qui ajoute encore au pouvoir évocateur de cette pièce et fonctionne par une oscillation et une vibration de textures à la surface des objets travaillés par la lumière ambiante.Dans cette installation, la notion d’échange en général est soulignée tant par des considérations sur la perception que par la valeur symbolique et matérielle de l’art comme objet manipulateur et manipulable avec lequel on a aussi un rapport par le corps et le toucher.Venez au Musée des beaux-arts de Montréal découvrir l'importante rétrospective du peintre français Pierre Soulages.Fasciné par le noir, il en a fait son oeuvre pendant 50 ans.À la question «Pourquoi le noir?», il répond tout simplement: «Parce que.» JUNIOR UNES Matthias Herrmann Galerie Yves Le Roux 5505, boulevard Saint-Laurent, espace 4136 Jusqu’au 12 octobre Des œuvres d’une tout autre nature, incontournables, sont présentées par la Galerie Yves Le Roux.Le travail de l’Allemand Matthias Herrmann est constitué de prises de vue très érotiques du corps masculin qui abordent une zone précaire, celle de la sexualité homo-érotique et des tabous qui y sont souvent rattachés.Quelque part entre l’esthétique camp d’un Warhol et les photographies d’un Pierre Molinier, le travail de Herrmann se réclame également de Bruce Naumann.A cette liste, on pourrait ajouter la réflexion sur i’identité vestimentaire d’un Chuck Nanney.Reste que l’artiste s’attaque ironiquement de façon très clinique, par la «matérialité sculpturale» du sexe, aux positions dictées par la political correctness quant il s’agit d’aborder l’image dite pornographique.L’accrochage linéaire de ces petites photographies (soixante au total), en alternance avec des autopor- SOURCE GALERIE YVES LE ROUX L’une des photographies de l’exposition consacrée à Matthias Herrmann.La critique est unanime « Une rétrospective qui fera date dans les annales de l'histoire de l’art moderne.Non seulement parce qu’elle met en scène l’œuvre d’un des créateurs les plus importants du siècle, mais parce que le parcours, présenté à rebours de la chronologie habituelle, souligne toute la puissance de cette œuvre et sa formidable cohésion.» (Le Nouvel Observateur) « L'un des plus grands peintres français.» (Libération) « L'un des peintres essentiels de la seconde moitié du XXe siècle.» (Le Monde) « Une exposition radicale et belle.Là-où les ténèbres et la lumière inscrivent leurs noces éblouissantes.» (Le Figaro) « Incroyable lumière de ses monochromes noirs, rythmes de plus en plus élégants, coups de brosse on ne peut plus expressifs, il ne faut pas manquer l’œuvre de l’un des plus grands artistes français d’aujourd’hui.» (Muséart) traits de l’artiste se prêtant à divers rôles, désamorce le potentiel violent des images.Les filtres de couleurs pop utilisés par l’artiste contribuent à dédramatiser cette sexualité hard par un rendu abstrait gommant les références au réel.Ce dépouillement formel et ces regards pénétrants auscultent nos définitions de l’obscène.Mêlant un regard publicitaire à celui plus proprement voyeur des images pornos, Herrmann montre la trou- blante parenté de ces deux types d’imageries.IJ mime des attitudes sexuelles, leur donne une existence théâtrale et concocte un érotisme frelaté.De façon très étonnante, malgré la claire intention de provoquer, ï’artiste laisse intacts nos tabous, les retourne et ne laisse pas plus qu’un malaise, plus fertile sans doute de questionnements qu’un rejet brutal.Et c’est par là que passe la force de ces images.' Grande virée : dernière journée pour miser à l’encan silencieux Jean-Pierre Lafrance fragment-terre, sculptures et tableaux récents Exposition jusqu’au 12 octobre GALERIE SIMON BLAIS 1 4521, rue Clark Montréal H2T 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au samedi de lOhOO à 17h30 1) 12 I, B I) B V I) I lî I.B S S A M B I) I II B T I) I M A N 0 II B I 5 S B I' T B M lî lî B I !) !» (i LE DEVOIR vi:,\k: >5 nit'iPec'LLes Cours Moni-Koyal, Montreal, lèi.: f514) 281-6782 fax.: (514) 281-5605 ORGES DE L’ENFER 1 mÊÊtmm Elsa Il y a Elsa, mais aussi Vesta, velsa et.Cendrier.Un QUATUOR DE BOUGEOIRS ET CENDRIER AUX LIGNES FINES, signé Hans Moreau, appartenant AUTANT AU PASSÉ QU’AU FUTUR, LEUR STYLE TOUT EN RONDEUR ET LEUR STRUCTURE Tabula Rasa TRIDIMENSIONNELLE Conçue par Jean leur donne l’as-Sylvestre, la chai- pect de petites se.Tabula Rasa sculptures.EST INCLASSABLE.Bel exemple du MARIAGE ENTRE LE BOIS ET L’ACIER, ELLE S’INSCRIT TOUT DROIT DANS LA NOUVELLE LIGNEE DE CREATION des Ateliers Lucifer.Le dialogue DES PLEINS ET DES VIDES, DE MÊME QUE LE JEU DES COURBES, EN FONT UN OBJET USUEL DISTINGUÉ, À LA FOIS ROBUSTE ET DÉLICAT.Frank Lloyd Wright en MOTS ET EN IMAGES Le 19 septembre prochain, au Moyse Hall de l’Université McGill, Edgar Tafel, disciple et collaborateur de Frank Uoyd Wright, donnera une conférence sur cette figure de proue de l’architecture américaine de la première moitié du XX' siècle.Intitulée Frank Uoyd Wright tel que je l’ai connu, c’est en mots et en images que M.Tafel fera revivre l’œuvre et l’âme de Wright.On y verra entre autres des photographies, des dessins et des films de Tafel, notamment The Frank Lloyd Wright Way, qui a mérité le premier prix lors du Festival international de Houston.Edgar Tafel supervisa la construction de plusieurs des réalisations de Wright, dont le Johnson Wax Building et le Falling-water.Pour ceux qui voudraient en Ravoir et en voir plus, une exposition de 41 photographies sur l’œuvre de Wright est présentée jusqu’au 21 septembre à la salle Xobbs (édifice delà bibliothèque Redpath), toujours à rUniversité McGill.m m .v : BOUC •: : •
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