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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1996-10-19, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR Le feuilleton Page D 5 Littérature française Page D 7 ?Edmund Alleyn Page D 11 Formes Page D 12 L E I) E V 0 I R .L E S S A M E I) I 1 !) I) I M A N C II E 2 O O C T O B R E I !» !» (i BIOGRAPHIE Le pari impossible Proust ne disait-il pas qu’un écrivain est inférieur à son œuvre?ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Pourquoi une nouvelle biographie de Proust?demande Jean-Yves Tadié en avant-propos à cette volumineuse brique consacrée à l’auteur de La Recherche du temps perdu?Pourquoi et pourquoi pas?Il est vrai que Proust s’est jadis insurgé contre la manie des biographes de vouloir éclairer l’œuvre à travers le prisme de la vie d’un auteur.Et son Contre Sainte-Beuve fut un cri de révolte à cet effet.A ses yeux, un écrivain est inférieur à son oeuvre, il se transcende en elle, et le moi qui crée vibre à des profondeurs où la superficielle personnalité sociale ne saurait accéder.Lui qui fut snob, égocentrique, mauvaise langue, flagorneur, et dont la sexualité s’est parfois aventurée en des zones troubles où certains liraient une vraie perversité, s’est révélé dans A la Recherche du temps perdu l’esprit le plus éclairé, le plus fin, le plus courageux de son temps, sans doute du siècle, un véritable scaphandrier de l’âme s’aventurant bravement dans les tréfonds de l’inconscient où se terrent les inavouables ressorts des comportements humains.Une chiromancienne ne lui demanda-t-elle pas un jour: «Qu’attendez-vous de moi monsieur?C’est à vous, plutôt, de me révéler mon caractère.» Bien sûr, il y a d’abord eu la biographie de Painter au milieu des années 60 qui fit longtemps autorité en matière proustienne, mais Painter était trop intimidé par son modèle.11 n’avait d’ailleurs utilisé que des sources écrites, dont plusieurs manquaient alors à l’appel, et laissait planer bien des zones d’ombre sur l’écrivain, piratant le roman pour remplir les trous de son enquête.Ghislain de Diesbach en 1991 prétendait de son côté faire toute la lumière sur la vie de Proust, mais ses recherches méticuleuses avaient ce petit côté concierge de celui qui fouille dans les poubelles des gens pour en tirer le plein d’anecdotes croustillantes, et sa biographie l’aspect irritant et racoleur de «Quid sur Proust».Peu importe au fond que le romancier n’ait jamais eu la clé de son appartement, qu’il ne supportât pas l’odeur des produits nettoyant et que sa fascination dégoûtée pour les rats l’ait conduit à d’étranges dérives sexuelles.Le génie de Proust n’a que faire de cet amas de détails sur ses manies.Le morcellement Jean-Yves Tadié évite ces pièges, mais tombe dans celui du morcellement.Loin de lui l’intention de noircir dix chapitres sur l’enfance à Illiers ou les descriptions douteuses des ébats amoureux de Proust.Il traque avant tout les influences susceptibles d’éclairer l’œuvre «cathédrale» si profonde qu’il a légué au monde et dont les lectures successives ne révèlent jamais touts les arcanes.Mais le biographe le fait étrangement sans passion, avec une.distance critique louable certes, mais toujours froide.Son ouvrage est destiné aux prous-tiens qui y trouveront matière à réflexions, mais, faute d’une structure linéaire de récit, rebutera certainement les moins initiés.On lit son Marcel Proust comme une série de chroniques, de profils.L’auteur s’est nourri surtout de la cor- VOIR PAGE D2: PROUST Jeanne-Mance Rouge «Pour moi, La Bête ro uge, 'wriÂf.mm wgmA mgpl'J mm r&sm JACQUES NADEAU, LE DEVOIR c’est la violence qui se déchaîne, fl y a néanmoins une violence nécessaire, essentielle.Autrement, on ne ferait pas i’ p .HERVÉ GUAY L’horreur intéresse Jeanne-Mance Delisle et elle la couche sans pudibonderie sur le papier.Et ce n’est pas une image.la violence exsude effectivement de ses drames (Un oiseau vivant dam la gueulé) et de sa prose (Nouvelles d’Abitibi).Ses écrits se présentent le plus souvent comme autant de microcosmes traversés d’éclats terribles.La Bête rouge, son dernier roman, ne fait pas exception.Au contraire, j’ai même peine à croire qu’une femme ait pu écrire un tel iivre, tant il est cru et nous entraîne sans complaisance au coeur d’un monde dominé par une violence, qui serait surtout le fait des hommes.EUe n’est pas étonnée de la réflexion que je fais à ce sujet EUe lance en blague que l’ouvrage n’est pas d’elle mais d’un homme.Et effectivement, le narrateur en est un romancier, lequel soutire la sordide histoire qu’il se met à nous conter de la bouche même d’un Métis.Un dur à cuire dont l’existence a été maculée de fureurs.Au reste, l’écrivain qui va à la rencontre de son personnage n’est pas qu’un procédé apparaissant par hasard chez Jeanne-Mance Delisle.C’est aussi sa méthode de travail.L’auteure d’Un «réel» ben beau, ben triste base en effet ses livres sur ce que certaines personnes lui ont raconté de leur propre vie.Elle ne craint pas par la suite de tirer les conséquences de ce qu’elle a recueilli à des fins romanesques, ni d’aborder le thème qui s’en dégage, même s’il paraît dérangeant «Pour moi, La Bête rouge, c’est la violence qui se déchaîne.H y a néanmoins une violence nécessaire, essentielle.Autrement, on ne ferait pas d’enfants.Or, je dépeins ce qui arrive lorsqu’elle n’est pas canalisée.À savoir: le désordre, le chaos.J’ai voulu dam ce récit que chaque personnage en ait un petit morceau.Mon roman parle d’une famille de Métis, rejetée par la société d’alentour.Elle se referme alors sur elle-même et devient un foyer de violence qui éclate de diverses fa-çom, par exemple, par l’inceste.» Jeanne-Mance attribue du reste au «pays» qui l’inspire et dont elle est originaire, l’Abitibi, la sauvagerie qu’on retrouve dans ses livres.Selon elle, il faut lutter pour survivre dans ce pays aride où «la terre gèle en été».Mais cela n’empêche pas les gens d’y être dotés d’une délicatesse d’âme cachée, ajoute la romancière.Et à son avis, s’ils n’exhibent que rarement cette partie d’eux-mêmes, c’est qu’ils sont trop occupés à «trimer» pour s’en sortir.«Quand on arrive en Abitibi, dit-elle, on est fasciné ou assommé, ça dépend, par l’horizon démesuré qui s’ouvre devant nous.Par contre, il faut souvent faire bien des détours avant de connaître la douceur des lacs, des gens, des couchers de soleil, des jours.Et encore faut-il y rester un certain temps pour s’en rendre compte, et non pas seulement y passer.Car il y a, dans ce pays rigoureux, de la poésie.» On pourrait en dire autant des livres de Jeanne-Mance Delisle qui sont durs comme de la roche, bien qu’illuminés par instants d’une beauté furtive.Sa conception de VOIR PAGE D2: LA ROUGE Cahier spécial 9 novembre 1996 Tombée publicitaire: le lundi 4 novembre 1996 M devoir Salon du livreMontréal 7942 I, K I) E V 0 I 11 , I.E S S A M E I) I I 0 E T I) I M A N C II E 0 If It !) !) (i •: 2 0 0 C T LIVRES LA ROUGE Ne pas y aller avec le dos de la cuillère SUITE DE LA PAGE DI l’écriture illustre du reste l’âpreté du milieu qu’elle décrit.«Il faut que tu traverses le brutal avec une flèche d’or», a-t-elle coutume de dire pour résumer sa manière.«Vous savez quand j’écris, je ne me dis pas, il ne faut pas que les hommes soient trop machos parce que ça pourrait déplaire à telle personne, ni que les hommes soient trop roses parce que ça va déplaire aux machos.Quand je me décide, moi, je vais jusqu’au bout.Et je suis sûre que je suis encore en deçà de la réalité.Je sais que, dans certaines maisons, c’est pire.Parce que je l’ai vu des fois.» D’emblée, Jeanne-Mance Delisle a choisi de ne pas y aller avec le dos de la cuillère.Parce qu’en se tournant vers les émotions fortes, elle a l’impression de se rapprocher de la vérité absolue.De même jongle-t-elle avec des éléments qui la dépassent ou sont incompréhensibles, comme l’amour, la violence, la mort.Elle est convaincue que c’est en se mesurant à ces phénomènes, qui existent depuis les origines, qu’elle exprime le mieux la dureté de la condition humaine.«ri la fin de mes ouvrages, il y a toujours la mort.Peut-être que c'est tout simple et qu’il faut que ça disparaisse.Peut-être que j’ai pris ça dam mon enfance.Quand on jouait à quelque chose, il fallait que ça s’arrête à un moment donné.Peut-être que c’est la découverte de la mort partout.Depuis que je suis jeune, je vois bien que ça disparaît autour de moi.Alors, avec la fiction et le théâtre, que gouvernent l’illusion et l’éphémère, il me semble évident que tout disparaît encore plus.Et puis, comme je sujs là pour faire penser : je ne peux pas faire de fin heureuse.À quoi ça rime ?En plus, tout étant exacerbé dans mes livres, pourquoi irais-je vers une fin heureuse?» L’occasion d’écriture Jeanne-Mance Delisle est venue à l’écriture à la fin des années 70, par le drame, en répondant à une sorte de gageure.Elle signe au départ un premier monologue, Martha, destiné à une comédienne de la région.Elle prend de la sorte goût à l’écriture et en compose un deuxième puis un troisième.Vient ensuite Un "reel" ben beau, ben triste qui lance sa carrière d’auteure dramatique en 1981.Suit Un oiseau vivant dans la gueule en 1987 qui confirme la singularité de sa dramaturgie.Entre temps, elle publie aussi un premier roman en 1983, Ses cheveux comme le soir et sa robe écarlate, et plus tard un recueil de nouvelles pour lequel elle reçoit le Grand Prix du Journal de Montréal en 1991.Jeanne-Mance Delisle admet qu’elle trouve plus difficile de s’adonner au roman qu’au théâtre.Essentiellement, parce qu’avec le roman, il faut bien garder en tête la vue d'ensemble afin de ménager une bonne montée dra- ÉU1TI0NS DE IA PLEINE LUNE Jeanne-Mance Delisle JEANNE-MANCE DELISLE LA BËTE ROUGE matique.La question se pose moins au théâtre selon elle «où il n’y a quand même pas 56 personnages».De plus, elle ne commence une pièce que si elle en a le nœud.Elle n’opte donc pour le roman ou la nouvelle que si le sujet ne se prête pas au théâtre.En marge de l’écriture, Jeanne-Mance Delisle fait également de la politique municipale.Elle est conseiller municipal de la petite localité où elle réside.Depuis trois mandats, elle siège au conseil de Detors, situé à «23 milles de Rouyn», prend-elle la peine de préciser.Une tâche qui constitue pour elle une façon de maintenir le contact avec la réalité.«Je veux rester les pieds à terre, indique-t-elle, ne pas trop m’en aller dans l’imaginaire.J’aime également voir comment les gem bougent, ce qu'ils ont à dire, jusqu'où va la sottise, jusqu ’où, 'la grandeur.Je veux vivre parmi les gem parce que sinon je resterais dam une tour d'ivoire et je me mettrais à décrire ma tour.Autrement dit : moi, moi et moi.Et ça tournerait en queue de poisson.J’ai besoin de rencontrer les gem.C’est là que je trouve mon inspiration.» Et justement, que pensent les gens autour d’elle de son travail ?Au départ, la question ne plaît pas trop à Jeanne-Mance Delisle.Mais, une fois convaincue, ce qu’elle a à dire est clair.«Je pense que les artistes ne sont pas pris au sérieux.Si j’étais une femme d'affaires avec de l'argent, ce serait différent.La majorité des gem croient que je m’amuse à écrire et qu'en plus, je suis payée pour ça.» LA BÊTE ROUGE Éditions de la Pleine Lune, Lachine, 1996 216 pages PROUST Biographie croquis, dessinée en fragments, comme les yeux d'une mouche SUITE DE LA PAGE DI respondance de Proust, du moins de ce qui en reste, somme déjà imposante (et sur le plan littéraire décevante), mais aussi des écrits sur l’époque, sur les artistes et les gens du monde qui croisèrent son destin.Ni grandes interprétations psychanalytiques, ni révélations fracassantes, ici.On remonte le cours d’une vie «donnée» à la littérature, brièvement mondaine, bientôt confinée un lit par l’asthme, l’hypocondrie, mais surtout le travail au «grand œuvre» de La Recherche.Des figures surgissent: celle de la mère Jeanne Weil d'origine juive, nourrie de littérature, sensible, aimante, négligée par un mari absent, à laquelle s’attachera de façon passionnée son fils Marcel.Mais Jean-Yves Tadié découd le mythe selon lequel Jeanne Proust aurait délaissé son fils Robert au profit du «chouchou» Marcel, en suscitant la jalousie du cadet.On croise le père médecin dur et lointain.Se voient ressuscitées les amitiés passionnées (mais généralement brèves) de Marcel pour le musicien Reynaldo Hahn, le mondain Lucien Daudet, le bel Antoine Bibesco.Sous la loupe du biographe, la sexualité de Proust se réduit sinon à rien, du moins à quelques malhabiles et pathétiques séances de masturba- DUS JEAN-YVES TA 1)1 K llit^ni|iliir» (nf ( .iillmnml GALLIMARD La dernière photographie connue de Marcel proust.tion en commun.Terrifié à l’idée de passer pour «inverti», épris de virilité, il était pourtant douloureusement amoureux de jeunes gens qu’il choisissait de plus en plus en-dessous de sa «classe», jusqu’à se consumer pour son chauffeur et secrétaire Alfred Agostinelli, l’Albertine de La Recherche, quintessence de l’être de fuite dans l’univers d’un homme condamné à n’aimer que des fantômes qui lui échappaient.L’ouvrage fait aussi la part belle aux amitiés féminines de Proust, capitales, celle notamment de la spirituelle madame Straus qui tenait salon d’esprit, ou de la courtisane biure Hayman (modèle d'Odette de Crécy).Une rie est tissée par la nature d’un être, mais aussi par ses influences et par ses rencontres, par son milieu social et par son époque.Telle est l’hypothèse retenue par Jean-Yves Tadié brossant le décor qui fait naître un Proust.Un milieu culturel L’écrivain baigna dans un milieu culturel d’une immense richesse qui l’initia à la musique, à l’architecture, à la peinture.Qu’il ait fréquenté Fauré, Reynaldo Hahn, les Daudet, les Bizet, Cocteau, Ruskin, qu’il ait connu des «natures» comme l’aristocratique et redoutable Robert de Montesquiou furent autant de matériaux pour son oeuvre et pour l’affinement de sa sensibilité.Quant à sa fréquentation des salons, si elle nourrit d’abord son romantisme, elle alimenta surtout son étude de la condition humaine, par celle des sursauts d’une société en décadence, sujet d’inspiration féroce et inépuisable qui contribua à lui dévoiler les mécanismes universels de la psyché humaine, la nôtre et la sienne.N’écrivit-il pas à un ami: «Je ne suis moi que seul, et je ne profite des autres que dam la mesure où ils me font faire des découvertes sur moi-même.» Né en 1871 à Auteuil, puis tôt transplanté à Paris, Marcel Proust fut d’abord un enfant sensitif jusqu’à la sensiblerie.De ses lectures enfantines, on retient sa fascination pour Us Mille et Une Nuits qu’il voulut récrire à sa manière, de son adolescence, les professeurs qui furent aussi des maîtres, la vocation tôt révélée, les revues fondées au cours des jeunes années tel U Banquet où, par ses écrits, Proust déjà explore les thèmes de sa vie: l’amour découvert et vécu par la souffrance, la marche illusoire du temps où le futur n’est qu’une éternelle projection du passé, lequel revient marquer l’avenir de ses réminiscences fulgurantes.Biographie croquis, dessinée en fragments, comme les yeux d'une mouche, volontairement incomplète, mais intéressante justement par cette série de faisceaux qui ne racontent pas, mais suggèrent des pistes, ce Marcel Proust, loin de chercher à brosser un récit captivant avec la vie, somme toute dérisoire, d’un homme qui enfanta pourtant un tel chef-d’œuvre, en éclaire du moins le contexte.Que le contexte en question ne révèle en définitive rien sur la substance du génie, tel est l’échec de toute biographie.Le pari impossible que dénonçait Proust dans son Contre Sainte-Beuve.MARCEL PROUST Jean-Yves Tadié, Gallimard, Paris, 1996,952 pages ammitTI y\ .» L a r e v ù e d e l ’ a c t u.a L i t é t t é a l r e HUM' ov • ü »' ¦ O'»"""'1™ quét) Jraisc DesauteJs ' are grande i WTOPORTRArr XtoGSPcXA La revue de littérature québécoise la plus lue internationalement Des chroniques sur le roman, la nouvelle, la poésie, l'autobiographie, le théâtre, les études littéraires ainsi qu'un dossier d’actualité littéraire et un portrait d’écrivain.Super spécial.: 50% d’escompte pour un abonnement d’un an ! anniversaire t an • 4 numéros: ic $ (ns.-.20.00 Je m’abonne pour an(s) au prix de 2 ans ' 8 numéros: 20 $ Connaissez-.vous votre littérature ?Code po&tal Ci-joint: ?chèque ?Ma&terCard No Signature ?mandat po&tal ?Vi&a RETOURNER À : Lettres québécoises 17Si.rue Saint Hubert.Montreal (Québec) Il2l 3Zi • Ici: (5i/t) 525-;7518 • téléc.: (gi/t) 525 7537 1 4 I.K I) !•: V OIK.I.!¦: S S A M !•; I) I I !) K T I) I M A X (' Il K 1 O O ( T O II II K I !> il (I - L I V LE ROMAN QUÉBÉCOIS La neige tombera toujours LA NEIGE Pierre Gélinas, Éditions Triptyque, Montréal, 1996,216 pages Nous voilà à nouveau à quelques terrifiantes prévisions météorologiques de la première bordée de neige.Bientôt, après une mince promesse de se liguer, une fois au moins, avec l’hiver — notre pays, n’est-ce pas?—, voilà que l’engourdissement nous gagnera, sans doute, et que l’on se mettra à le pourfendre, à le fuir, à essayer de l’oublier.S’il faut en croire la vision futuriste du Québec livrée par Pierre Gélinas dans son roman La Neige, premier titre d’un cycle romanesque intitulé «Saisons», rien n’aura changé de l’hiver en cette année où il campe son roman, qu’il ne précise pas mais que chaque lecteur pourra s’amuser à situer à sa guise (disons l’an 2050, tiens): pas plus les coloris tantôt éclatants mais plus souvent grisailleux qu’impose le froid sur la ville — des tableaux que l’auteur rend avec une précision glaçante — que l’immobilisme dans lequel il nous plonge.Ce qui aura changé, par contre, perspective plus frissonnante qu’un - 30 °C, c’est tout ceux qui se déplacent en maugréant dans la purée blanche: la bête humaine, et chaque groupuscule dans laquelle elle se fond, et qui seront devenus beaucoup plus bêtes qu’humains.Politico-policier A travers une intrigue politico-policière très touffue, dont l’édifice endurerait mal le moindre moment d’inattention de la part du lecteur, La Neige (troisième roman de l’auteur revenu à la littérature après un silence de plus de 30 ans depuis Les Vivants, les Morts et les Autres, Prix du Cercle du livre de France 1959, et L’Or des Indes, paru en 1962) nous entraîne sur le chemin des aspirations d’une dizaine de Montréalais que l’on reconnaît pour la plupart, et non sans malaise, comme la lie de nos descendants.Le début nous montre en effet que les forces du Bien semblent dormir depuis longtemps dans cette ville (où les émissions policières montrent des flics de toutes origines à la poursuite de méchants blancs, où ce sont les ordinateurs qui prescrivent les médicaments, et où l’Institut Khomeiny a pignon sur rue!).Après une fusillade, possiblement orchestrée par une organisation syndicale, qui fait un mort et un blessé dans une entreprise de construction, le lecteur suit l’ambulance à travers les rues d’une ville jonchée de déchets, où la plupart des commerces sont abandonnés et où les rares badauds se déplacent à bicyclette (ville que l’on ne reconnaîtrait pas comme Montréal, si ce n’était que le restaurant Moishe’s y trône encore).L’apparition progressive des divers acteurs de cette so- ciété malade confirme ce qu’annonçait le début: la voie du changement est définitivement enlisée, et les seuls qui l’empruntent avec quelque succès sont les gros chars du pouvoir et de la corruption, tandis que les rêves petits disparaissent dans la brume.Les grèves dans les hôpitaux et dans les transports en commun exacerbent chez les plus faibles le désir d’abdiquer tandis que les plus puissants — de la première ministre au chef des scabs, en passant par les ténors de la Sûreté et ceux de l’information — y puisent le désir de serrer la vis encore davantage.La crainte d’attentats force les dirigeants à se cloîtrer dans les résidences blindées qu’on leur réserve.Et même les acteurs qui semblent les plus doux, les plus sensés ou les plus récupérables finissent par souffrir des combines — quand ils n’y participent pas eux-mêmes — qui se trament dans les mondes politique et policier, dans les forces syndicales et dans les milieux de l’information.Ainsi de cette Ginette, 17 ans, que l’on voit une minute glisser sur une patinoire (aux côtés de son copain Physique, un membre de la Fraternité mariale qui cache un cœur d’or sous son imposante musculature), affublée d'«un collant noir sous une jupette blanche, un long pull blanc et rose, une tuque blanche surmontée d’un pompon rose» — vision plutôt anachronique.— puis qui sombre bientôt dans le gouffre de la drogue et de la prostitution.Un fatalisme peu commun On attendra en vain un événement qui fasse dévier le roman de sa triste avenue.Le narrateur, qui semble poser sur chaque personnage l’écran de sa propre vision des choses, est d’un fatalisme peu commun.«Qu’importe un geste plutôt qu’un autre?, demande-t-il: ils sont tous sans substance.» «La masse est veide depuis le début des temps.» «Les rues ne mènent nulle part.» «On lance jour après jour des paroles dans le vent.» Et ainsi de suite.«L’hiver ne meurt jamais en beauté», conclut-il enfin, dans une langue dont la précision et la poésie ne se démentent heureusement jamais: c’est «un départ furtif et maussade qui n’en finit plus, avec de fausses sorties, des percées de soleil vite obturées, des dégels de midi répudiés à quinze heures, un fdet d’eau qui miroite un moment et se retire sous la glace».Les lecteurs qui attendent d’un roman quelque traversée dans la bulle imaginaire et inspirante d’autrui se trouveront mal.La bulle est la nôtre, et on y est plus pathétiques et engourdis que jamais.Mais les «lecteurs exigeants», comme ceux que Jacques Pelletier invite en préface à lire La Neige, ou encore, voire surtout, les lecteurs que les maladies sociales hérissent et qui cherchent non pas un baume, ni une raison de croire autrement, mais seulement un puissant écho à leur colère, le trouveront ici.J il l i e Sergent Où va le roman?L Académie des lettres pose la question dans le cadre de son 14e colloque LE DEVOIR Le roman a-t-il un avenir?Comment peut-il reprendre sa véritable place dans le champ littéraire à l’aube du XXIe siècle?Le roman a-t-il vraiment évolué depuis Balzac, Flaubert et Proust?Telles sont les questions que pose l’Académie des lettres du Québec à l’occasion de son 14e colloque qui aura lieu aujourd’hui à l’Auberge Mont-Gabriel de Mont-Rolland.André Brochu, Jacques Allard, Sergio Kokis, Réginald Martçl, Micheline La France, Yvon Rivard, Monique La-Rue, Èva Le Grand et Noël Audet partageront leurs idées sur la question.Jacques Folch-Ribas animera la discussion.Dans un court texte de présentation de l’événement, le vice-président de l’Académie des lettres du Québec, Jean-Pierre Duquette, amorce la réflexion.Il cite Kundera: «Parmi les réflexions actuelles, l’hypothèse de Milan Kundera apparaît comme l’une des plus fécondes, à partir du constat que le roman se contenterait aujourd’hui de reproduire “sa forme vidée de son esprit” originel.Pour lui, le genre n’est pas au bout de ses forces, mais il se retrouve dans un monde qui lui est profondément étranger, notre époque de mass media ramenant tout à la seconde même.Or, pour Kundera, le roman est esprit de continuité: “chaque œuvre est la réponse aux œuvres précédentes, chaque œuvre contient toute expérience antérieure du roman".Et notre temps a fait qu’un roman n’est plus une “œuvre”, mais un “événement d’actualité”, un “geste sans lendemain’’».PHOTO NICOLAS KOKIS Sergio Kokis Le colloque est ouvert aux écrivains et au grand public.Le transport par autocar, gratuit, est offert à ceux qui le désirent.Ils n’auront qu’à se rendre en face du 1600, rue Ber-ri, ce matin, à 8h.L’autocar retournera à Montréal à 22h.Informations: (514) 488-5883.Le Paris de Chrystine Brouillet Boréal le “Taris & Chrystine * cBrouillet Un art de vivre à Vans ?Des hôtels douillets ?Des restaurants hors des sentiers battus ?Des boutiques sympathiques Si les autres guides sont « pratiques », celui-ci est irremplaçable ! 200 pages * 18.50 S •«§»• Radio-Canada fii li*ir> wjp r TÉLÉCITÉ Boréal Qui m'aime me lise.R E S - LA VIE LITTÉRAIRE Deux langues, une même passion Le Lion d’Or accueillera le 31 octobre prochain un événement inusité.Quatre écrivains francophones et quatre écrivains anglophones montréalais participeront à un spectacle littéraire intitulé Write pour écrire.Les auteurs liront des extraits de leur œuvre en puisant dans le répertoire traduit.Des musiciens les accompagneront Nicole Brossard, Ann Charney, François Charron, Gail Scott, Monique Proulx, Yann Martel, Patrice Desbiens et Josh Freed seront les vedettes de cette soirée unique qu’animera Winston McQuade.Danielle P Roger et Rainer Wiens seront chargés d'apporter à l’événement l’environnement musical approprié.D.Kimm assumera la direction artistique.Cette soirée littéraire est le résultat des efforts conjugués de l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) et de la Writer’s Union of Canada.Bel exemple d’ouverture, de part et d’autre.Enfin! Jean-Marc Léger honoré L’Académie des lettres du Québec décernera aujourd'hui sa médaille, édition 1996, à Jean-Marc Léger, directeur général de la Fondation Lio-nel-Groulx.Né à Montréal en 1927, M.Léger a été journaliste à La Presse et éditorialiste au Devoir, directeur de l’Office de la langue française, délégué général du Québec à Bruxelles et commissaire général à la francophonie.Jean-Marc Léger a également été secrétaire général de l’Agence de coopération culturelle et technique, dont il est resté le secrétaire général honoraire.Il est commandeur de la Légion d’honneur en France et officier de l’Ordre national du Québec.La médaille de l’Académie des lettres du Québec est attribuée à ARCHIVES LE DEVOIR Gilbert Langevin chaque année à un écrivain pour l’ensemble de son œuvre ou à une personnalité reconnue pour son action au sein de la société québécoise.Anne Hébert, Maryvonne Kendergi, Félix Leclerc, Gaston Miron, Réginald Martel, Gilles Vigneault, Maurice Lemire et Roland Giguère ont déjà reçu cet honneur.À la mémoire de Gilbert Langevin Il y a un an mourait le poète Gilbert Langevin, auteur des recueils Ouvrir le feu, Les Ecrits de Zéro, le Fou solidaire et Le Dernier Nom de la terre ainsi que de nombreuses chansons pour Pauline Julien, Gerry Boulet (Cette Voix que j’ai) et Pierre Flynn (Si ciel y a).Aujourd’hui, une messe commémorative sera célébrée à Montréal.La cérémonie aura lieu au Sanctuaire Saint-Judes (3980, rue Saint-Denis) à 13 heures.Christiane Rabi et Hélène Tremblay interpréteront des œuvres du poète.Le Père Benoît Lacroix célébrera la messe.L’artiste rencontre le poète Jusqu’au 2 novembre, la Bibliothèque nationale du Québec s’associe au Festival international de poésie de Trois-Rivières pour accueillir une exposition de l’artiste Jean-Luc Herman.On y retrouve 22 sérigraphies que l’artiste a réalisées en s’inspirant de textes de poètes français, belges et québécois ( André Du Bouchet, Bernard Noël, Denise Desautels, Louise Dupré, Claude Beausoleil, etc.).Les visiteurs ont par ailleurs jusqu’au 24 octobre pour parcourir l’exposition des relieurs professionnels, également présentée à la Bibliothèque nationale du Québec,' dans le cadre du Ve Forum international des reliures d’art.Les éditeurs eanadiens-français à Montréal Dans le cadre de sa campagne Un Pays s’écrie, le Regroupement des éditeurs canadiens-français invite le public à rencontrer les auteurs Nadège Devaux, Robert Fortin, Maurice Hen-rie, Lorraine Létourneau, Gabrielle Poulin et Gaston Tremblay à l’occasion d’une séance de signatures qui aura lieu le jeudi 24 octobre, de 18h à 20h, à la Librairie Gallimard (3700, boul.Saint-Laurent).Kokis cause, il faut l’entendre Sergio Kokis, auteur du Pavillon des miroirs et A'Errances (XYZ), est à la fois écrivain, peintre et psychologue.C’est également un intellectuel rigoureux.Il mérite d’être entendu.Il sera l'invité, cette semaine, des causeries de la librairie Pantoute de Québec.Dany Martel s’entretiendra avec lui le mercredi 23 octobre, au Café-spectacles du Palais Montcalm, à 17h30.Pierre Cayouette WÈËÊÊÊBÈÊÊËÊÊÊËÊÊKÊBÊBBSÈË hcSmBSsBmmmNHH Champigny toujours premier! aShs»» Ed- Boréal LE PAYS DE LA LIBERTE KENFOLLETT Éd.Robert Laffont “=ssr Éd.de l'Homme Guy Corneau It9^) (% vJDrd.21,s$\ÆW fjj£jamour en^uerre D» rapports hommes-femmes mères-fils pcres-fllles L’AMOUR EN GUERRE GUY CORNEAU Éd.de l'Homme LUMIÈRE NOIRE MINETTE WALTERS Éd.Québécor COFFRET LE MANOIR DE L’HORREUR HISTOIRE, JEUX ET SURPRISES Éd.Sélection du Readers's Digest ^Scholastic S WH HH MUVHGS.U: RESTEZ JEUNE EN MANGEANT MIEUX 1595$ Ord.19,5$ LA COLÈRE ÉCRITS POLÉMIQUES, T.3 PIERRE BOURGAULT Lanctôt Éditeur LE NOUVEAU MONTIGNAC RESTEZ JEUNE EN MANGEANT MIEUX MICHEL MONTIGNAC Éd.Flammarion I NOS mJTBES gpÉC'M** l ANNABELLE, MARIE LABERGE, éd.Boréal 19.95 $ ord.27,95 s LA GALÈRE D’OBÉLIX, GOSCINNY-UDERZO, éd.Albert René 8,95$ ord.13,95 s LE TROISIÈME ORCHESTRE, SYLVAIN LELIÈVRE, éd.Québec/Amérique 16,95 $ ord.21.95 s LA VIE ENTIÈRE, PIERRE M0RENCY, éd.Boréal 22,95 $ ord.29,95 $ LES HONORABLES.JOSETTE PRATTE, éd.Robert Laffont 23,95 $ ord.29,95 s ÉCRIVEZ VOS MÉMOIRES, S.Liechtele et R.Deschênes, éd.de l'Homme 15,95 $ ord.18,95 s LA COURSE DESTINATION MONDE, éd.Tricycle 18,95 $ ord.24,95 s TRUISMES.MARIE DARRIEUSSECQ, éd.P.O.L.17,95 $ ord.22,95 S D.C.MEM0RIA.PETRU GUELFUCCI, Olivi Musique 18,95 $ ord.22.95 S D.C.ABBITTIBBI LIVE, RICHARD DESJARDINS, BMG 15.95 $ ord.20,50 S (jhampigny 371 Laurier O.277-9912 Mail Champlain 465-2242 Carrefour Angrignon 365-4432 Centre Laval 688-5422 4380, rue St-Denis 844-2587 Ouvert 7 jours, de 9h à 22h §U§J Mt-Royal @ rue Drolet via me Mt-Royal 2^26 I.E I) E V (HR.I.E S S A M E I) I I !) E T I) I M A N C II E 2 0 0 C T 0 li II E I !» !) (i Malenfanl TRAVAII ET GROSSESSE Liber Puait DtsMuis Riel, le père du Manitoba Zoran et Tou file La tragique épopée du chef métis racontée sous la forme de bandes dessinées.Une façon amusante de découvrir une importante page de notre histoire.Editions des Plaines Regroupement des éditeurs canadiens-français 4 I- K l> B V OIK, I.E S S A M E I) I I !) E T I) I M A N (' Il E 2 O O C T O H R E I !» !> (i -LIVRES- LE FEUILLETON Les bêtes humaines ROMANS, RÉCITS ET NOUVELLES LE SOULÈVEMENT DES ÂMES Madison Smartt Bell, traduit de , l’américain par Pierre Girard, Editions Actes Sud, 1996,598 pages Le récit s’ouvre par une scène d’une très grande violence — même si la description qu’en fait l’œil témoin choisi par le narrateur à ce moment, celle du docteur Antoine Hébert, a quelque chose d’un compte rendu anatomique fait devant une table de vivisection: une femme noire, crucifiée, les entrailles ouvertes, attend la mort, les paupières relevées.Nous aurons l’occasion, au fil de ce premier roman historique de Madison Smartt Bell, de voir bien des scènes de ce genre, souvent plus violentes encore: énucléation à l’aide d’un tire-bouchon, enfant arraché au ventre de la mère pour être porté triomphalement sur la pointe d’une pique, chaire mise à vif sur toute la surface du corps, méthodiquement, afin de prolonger la souffrance et de retarder la mort.La violence à froid est toujours plus intolérable pour l’observateur, peut-être parce qu’elle ne trouve pas immédiatement sa décharge émotive, sa catharsis, qu’elle gèle l’épanchement, interdit le transfert.Pour cette raison aussi, elle est plus lente à se dissiper, plus retorse dans ses effets.Cette violence, il faut le préciser, était déjà présente dans l’œuvre de cet écrivain du Sud, né en 1957 au Tennessee, à qui l’on doit deux recueils de nouvelles et sept romans (dont deux traduits en français, Coupes sombres et Save Me, Joe Louis, parus respectivement chez Actes Sud et Babel).Mais dans ses précédents romans, elle était tirée de la vie quotidienne, celle de ces petits truands en manque d’absolu et de tendresse qu’on trouve un peu partout dans cette Amérique culturellement atone, livrée au fric, au mensonge et à la prédation.En s’intéressant à la révolte des esclaves à Haiti au cours des années troubles de la Révolution française, Madison Smartt Bell marque donc un tournant dans sa carrière.Changeant d’échelle et de perspective, il trouve aussi un nouveau souffle.Ni singe, ni homme Au moment où la Révolution française battait son plein d’énergie vindicative, d’horreurs (on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs) mais aussi d’espoirs, il fallait s’attendre à ce que les colonies en reçoivent à leur tour l’onde de choc et qu’elles tentent d’appliquer pour elles-mêmes ces nou- veaux principes qui émergeaient de cette France qui se voulait libre, fraternelle et égalitaire.C’est ce que les esclaves firent, avec l’aide des mulâtres qui n’avaient pas toujours les mêmes raisons de vouloir faire la révolution.Seulement, voilà! Ce que la France était prête à concéder à ses citoyens (et encore, le processus prit bien un siècle avant de se réaliser pleinement), elle ne pouvait pas l’admettre pour les esclaves noirs.Une économie reposait là-dessus, et un vieux fond de préjugés la soutenait, étayés par de brumeuses théories scientifiques {«Le nègre n’était ni singe ni homme [.] A l’instar de la mule, le nègre était merveilleusement constitué pour porter des fardeaux [.] le meilleur moyen de le maintenir dans le droit chemin était de le battre et de le fouetter»).Il fallait donc ruser.Ce que la France fit, avec les mots, avec les édits, avec les promesses, avec les lois et leur application.Recevant ces mots d’ordre contradictoires de la métropole, constatant ses dits et dédits, ses opportunismes politiques, ses trahisons, Haiti bascula tout naturellement dans la violence — violence que les pratiques vaudous libérèrent et amplifièrent en y mêlant les esprits et la promesse d’un retour au pays des ancêtres, cette mythique Guinée que l’un des narrateurs, Riau, situe «en bas de l’eau», île sous la mer où les attend le «loa» O’ensemble des divinités vaudous).L’homme, souvent, se renouvelle, se ressource par la destruction, avant d’oublier, le calme revenu, par où il est passé.Amnésies fréquentes, car en l’humain c’est alors l’Autre qui a parlé.Appelez-le la bête, l’instinct de vengeance ou, comme Smartt Bell, le soulèvement des âmes, nous sommes alors au cœur de ce paradoxe: l’âme (d’un individu, d’un peuple) n’atteint sa profondeur (sa libération?) que lorsque confrontée à l’immonde qui gît au cœur de toute humanité.Moment de sublimation auquel nous ont habitués les théories sacrificielles, de Marcel Mauss à René Girard: «Partout à travers l’île, maîtres et esclaves exprimaient ainsi leur relation, et couper une oreille, énucléer un œil ou trancher une main, enfoncer un pieu enflammé dans un rectum, jeter un esclave dans un four pour l’y rôtir vivant ou le précipiter du haut d’une colline dans un tonneau aux parois hérissées de clous étaient des actes qui ne tiraient pas à conséquence.Ils étaient sacrements et communion, dam la chair et le sang.» Froide violence Je l’ai dit plus tôt, cette violence a chez Smartt Bell quelque chose de Jean -Pierre Denis LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Mitchell trahie LAYSEN DISPARUE Margaret Mitchell, présenté par Debra Freer et traduit de l’anglais par Suzanne V.Mayoux, Gallimard, Paris, 1996,169 pages MARIE-CLAIRE GIRARD Contrairement à ce que l’on croyait, Margaret Mitchell n’a pas été la femme d’un seul roman.On a découvert dans les papier du fils d’un ancien soupirant un roman inédit, Laysen disparue, que l’on a exhumé et publié, juste à temps pour les Jeux olympiques d’Atlanta, ville d’où, rappelons-le, Margaret Mitchell est originaire et où elle a passé la plus grande partie de sa vie.Autant en emporte le vent, publié en 1936, avait valu à son auteur le prix Pulitzer et a connu un succès mondial qui ne s’est jamais démenti.Margaret Mitchell a su,, dans ce roman, mythifier le sud des Etats-Unis et présenter une héroïne que l’on adore détester, ou que l’on déteste adorer, c’est au choix, mais qui demeure un modèle de force, d’ambition et de détermination.Le film avait ses qualités, mais le roman, comme c’est pratiquement toujours le cas, contient un souffle et une grandeur qui lui appartiennent en propre, impossibles à traduire en images.Margaret Mitchell, née en 1900, morte en 1949, n’avait de son vivant rien publié d’autre.Un roman de jeunesse Mais voici sorti des boules à mites un roman de jeunesse, écrit alors qu’elle n’avait pas seize ans.Je n’ai rien contre les œuvres de jeunesse, bien au contraire, car elles permettent souvent de comprendre la genèse d’une œuvre et de constater les écar ts ou l’évolution d’un style, mais ici j’ai l’impression qu’on charrie carrément le lecteur.Je m’explique.Sur les 161 pages que compte le livre, le «roman» n’en remplit que 71, et encore là, composées en (très) gros caractère et à double interligne.Je ne qualifierais pas ce texte de roman mais bien de nouvelle, si on veut être honnête.Le reste de l’ouvrage est composé d’une (longue) présentation par Debra Freer, qui semble être une spécialiste de l’œuvre de Margaret Mitchell, où elle nous explique en long et en large, avec photographies inédites, documents et lettres retrouvées à l’appui, dans quelles circonstances ce texte a été écrit, pour qui, comment, à quelle époque et blablabla.C’est long.Debra Freer en met beaucoup sur le compte du génie lorsqu’elle analyse ce «roman» de jeunesse et elle finit par nous lasser avec des millions de détails dont on pourrait fort bien se passer.Quand on arrive, enfin, au texte lui-même, on se rend compte qu’il s’agit d’une bluette remplie de clichés, assez bien écrite certes, mais qui n’a rien pour casser la baraque.Il s’agit là d’une histoire imaginée par une adolescente assez douée mais sans le talent d’un Radiguet ou d’un Nelligan.Je me demande bien pourquoi on en fait tout un plat.Le comble, c’est que le livre est imprimé sur un papier épais, ce qui donne l’impression qu’on tient entre ses mains un roman qui possède littéralement du poids.Eh! bien, ce n’est pas vrai.Margaret Mitchell avait demandé à son mari qu’on brûle tous ses papiers après sa mort II s’est empressé d’exécuter ces dernières volontés.Je ne suis pas sûre qu’elle aurait été fière de voir ainsi un texte, commis à l’aube de l’âge adulte, manifestement peu travaillé, destiné à un lecteur unique, maintenant livré en pâture à un public exigeant.Margaret Mitchell a sué sang et eau sur son unique roman, le succès qu’elle a connu était (et demeure) mérité; elle n’avait donc pas plus besoin de la suite (ratée) écrite il y a deux ou trois ans par Alexandra Ripley que de voir publié ce texte anodin où l’on sent les influences des romanciers du XDC siècle et qui n’apporte rien de plus P Autant en emporte le vêtit.Ce célèbre roman continuera donc seul de séduire les lecteurs par sa richesse et un extraordinaire personnage féminin comme on en rencontre peu dans la littérature.Mais peut-être que les héritiers, ayant senti approcher la tombée dans le domaine public.Margaret Mitchell Larson ^ disparue Madison Smartt Bell LE SOULEVEMENT DES AMES roman tnuluii de l'américain par Pierre Girard froid, et la communion des espèces (si l’on peut dire) opère le plus souvent sur une scène qui ressemble à un vaste amphithéâtre d’école de médecine.Une des scènes les plus fortes de ce roman, où l’on voit un fils mulâtre détacher méthodiquement l’épiderme de son père blanc a quelque chose d’une hallucination qui nous porte d’un coup au cœur du mystère de la vie et de la mort, et c’est comme cela qu’elle est reçue par le docteur Hébert: «Il était en train d’assister à quelque chose qui se situait bien au-delà de la torture ou du meurtre [.] Ceci était une recherche sincère sur la nature de l’homme, non pas sur ce dont un homme est fait et sur la façon dont ses organes coopèrent, mais sur ce qu’un homme est, dans son essence, et sur qui, en dernière analyse, serait autorisé à en être un.» Manière de justifier la violence et la guerre en remontant à ses sources archaïques?Je ne le crois pas.Contrairement à ce que le cinéma américain pratique depuis trop longtemps déjà, l’auteur n’en fait pas ici un usage gratuit ou spectaculaire.La violence, la cruauté conserve encore son pouvoir de dévoilement.Reste à savoir si elle nous ébranle.Là c’est moins certain.Smartt Bell, en produisant ce récit historique de 600 pages, a peut-être un peu trop allongé la sauce, même s’il a maintenu une structure qui montre son habileté et sa rigueur en tant qu’écrivain, et que certaines scènes demeurent grandioses.Comme, par ailleurs, nous sentons bien qu’il en prend à son aise avec la vérité historique des faits—ce qui est fort souhaitable chez un écrivain de fiction —, peut-être aurait-il dû poursuivre dans ce sens et produire carrément une fiction.Cela l’aurait allégé des comptes à rendre à l’historien et aurait rendu son récit plus vif.Et puis, il y a encore que l’usage d’une double narration n’est pas toujours très heureuse.Que le mulâtre Riau prenne la plume pour mieux faire sentir l’esprit qui anime ses frères, je n’ai rien contre.Mais alors il faut lui donner une langue qui lui appartienne en propre.Et là, c’est beaucoup moins probant, comme dans cette description faite par Riau lui-même: «La farine mêlée de cendre s’échappait de sa main en fines coulures et il se déplaçait comme une araignée au-dessus du sol pour dessiner les diamants avec les étoiles à l’intérieur et les relier entre eux, ne s’arrêtant qu’après avoir fait sa dernière arabesque à l’angle d’un carré.» Sceptique, non?Pierre Bourgault, cet observateur impénitent., ratisse très large.C’est la raison pour laquelle il.est incontournable.La co Écrits polémiques tome 3 itfiisniimitt.inti MON l’ÊRE.JB M'ACCUSE ON ÉCHO DES GRANDES PkAlkfBS Niid&gü Devaux MAURICE HENHIE jy la fovOYÂNE jMSIOtri QU&tMiU: rr aei/cv /lActc jrfllftl) Hugo: la misérable Leslie Smith Dow I.histoire tourmentée d'Adèle I lugo, tille du grand Victor I logo, retracée d'après son journal intime et la correspondance de sa famille, avec les témoignages de ses contemporains.Editions d'Acadie mm t D’amours et d'aventures Lorraine Letourneau t.a saga cl t me.lignée de lemmes acadiennes dont la vie conjugale lut d’abord une '.grande 'histoire 'd’amour.Editions d'Acadie eess pere,je m accuse Mvlaine Demers L'histoire d'une lille mère qui agite,-au milieu du siècle, deux village de la rivière des Outaouais.Un regard sur- une époque et une communauté.Un premier roman prometteur.Editions L'interligne Un écho des prairies Nadège Dev aux Sur fond (l’Ouest canadien, une belle histoire d’amour entré un Hlatic et une princesse' siouX.Quand la Police montée était héroïque et qu’on entraînait les Indiens dans (les réserves pour s’emparer (le leurs terrés.Editions des Plaines La bavoyane Maurice Henrie Des nouvelle ¦s tpu tournent le dos aux grands événements et aux grands personnages pour préférer nous entraîner, avec humour, amour et .passion?au coeur même de l’ordinaire.Prise de parole de dér arson Ile Pool fout près du silence de la mort, uncle mine s’efforce de ramener à la surface les mouvements (lé sa vie.entremêlés à la joie d'un non vcl amour.Une écriture 'imagée qui donne voix aux sentiments et réussit superbement à émouvoir.Prise de parole Lettres à deux mains.Un amour de guerre Jean-Louis Grosmaire Pendant la ï remtere guerre mondiale, un soldat écrit à sa jeune lemrrie.Par les lettres venues du Iront, se découvre une histoire d'amour intense, tragique.Editions du Vermillon UNEWFASf DUAMiLlï *•*» Une affaire de famille Jean-François Somain Quand Viviane retourne au village après quelques années d absence; c est la grande, fête! Mais sa présence lait soudain remonter'à la surface une multitude tie'sentiment contradictoires.Un roman plein de clarté et de douceur.; Éditions (ht Vermillon Regroupement des éditeurs canadienstrançais I, E I) H V 0 I II , I.E S S A M E I) I 1 !» E T I) I M A N (' Il E 2 0 0 C T 0 B II E I 9 » 6 - L I V R E S - POLITIQUE Un an plus tôt L’ETAT DU MONDE 1997 Éditions La Découverte/Boréal Montréal, 1996,700 pages JOCELYN COULON LE DEVOIR annuaire économique et géopolitique mondial que ' tous les férus de l’actualité internationale attendent chaque année est enfin arrivé.L’État du monde 1997 nous revient, pour cette seizième édition, rempli d’analyses, de tableaux, de chiffres, de cartes et, surtout, des hilarantes caricatures de Plantu., Dans sa facture, L’État du monde n’a pas changé.Le volume est divisé en deux parties, la première étant consacrée à des textes d’analyse sur les grands enjeux mondiaux, les conflits et les questions économiques, alprs que la deuxième est toute dédiée aux 225 États souverains et territoires non indépendants de la planète.Dans les sujets abordés, les cent collaborateurs de cette édition nous offrent des textes fouillés et bien ficelés.D’entrée de jeu, les deux coordonnateurs de l’ouvrage, Serge Cordellier et Béatrice Di-diot, attirent notre attention sur la période juillet 1995-juillet 1996 que couvre L’État du monde en soulignant qu’elle fut sans aucun doute exceptionnelle: accords de Dayton mettant fin à la guerre en Bosnie; assassinat en Israël de Itzhak Rabin et interrogations sur l’avenir du processus de paix après l’élection de Benyamin Nétanyahou; poursuite de la guerre en Tchétchénie; élection de Boris Eltsine; conférence sur la renégociation du traité de l’Union européenne; danger de génocide au Burundi.Mais si ces événements ont eu de quoi occuper une armée de diplomates et de journalistes, ils n’éclipsent pas pour autant les mouvements, souvent imperceptibles, qui L’ETAT DU MONDE Annuaire économique et géopolitique mondial U La Dccouverte/Borcal façonnent présentement le monde et le transforment.Ainsi en est-il de la mondialisation, un mot rebutant pour beaucoup d’entre nous mais qui touche de plus en plus d’activités à l’échelle planétaire.«Que ce soit à travers les formes actuelles des multinationales, les nouveaux rôles des ONG [organismes non gouvernementaux], les obstacles à la reconnaissance universelle des libertés fondamentales, les noces du sport et de l’argent en mondiovision, la prolifération des armes légères ou l’interdépendance des politiques étrangères, l’avenir du monde se dessine désormais davantage à un niveau global», écrivent Cordellier et DidioL Le grand Meccano En lisant les textes consacrés à tous ces sujets, on ne peut que leur donner raison.Ainsi, Alfredo Valladao écrit que la dynamique de la mondialisation a maintenant créé «un grand Meccano des intégrations régionales» grâce notamment à la signature de nombreux accords de libre-échange.Pour sa part, Bertrand Badie constate que dans un monde interdépendant, l’autonomie des politiques étrangères «semble dépourvue d’efficacité et quelque peu surréaliste» alors qu’Antoine de Ravignan souligne que les ONG de l’urgence sont devenues des acteurs incontournables «dans le concert mondial».Si les enjeux sont plus globaux, si la concertation est de règle, cela n’écarte pas les dangers de conflits.Philippe Moreau Defarges, écrivant sur les racines des guerres «post-guerre froide», souligne la résurgence des luttes nationales sur les décombres des empires.Pour lui, «les préoccupations de sécurité et de puissance ne sont pas près de disparaître».Plusieurs Canadiens ont participé à la rédaction de textes.Ainsi, Guy Laforest signe des textes sur le Canada et l’Amérique du Nord alors que Jules Nadeau fait le point sur Hong-Kong et l’Asie du Sud-Est LE MONDE EN LIVRES LE MONDE «EX» CONFESSIONS Predrag Matvejevitch Éditions Fayard, Paris, 1996, 275 pages Né en Yougoslavie, d’un père russe et d’une mère croate, Predrag Matvejevitch est un écrivain d’un rare talent.Son Bréviaire méditerranéen, publié en 1992, a ravi la critique.C’est un magnifique essai poétique sur la géographie, l’histoire et les cultures de cette région.Dans Le Monde ex, l’auteur examine avec dégoût les conséquences de l’après-communis-me.Il brosse un tableau impitoyable de «la triste réalité de l’autre Europe», cette partie du continent maintenant gouvernée par des ex-dissidents et des ex-communistes qui ne trouvent pas grâce à ses yeux.L’auteur n’a pas de mots assez durs pour dénoncer «la médiocrité ou la vanité des nouveaux gouvernants, l’arrogance ou la démence des nationalismes, l’arriération de la foi ou de l’idéologie, le mauvais goût des discours et des manifestations politiques, l’inflation des signes et des symboles (.)».LES CRISES INTERNATIONALES De Pékin —1990 à Sarajevo —1995.Jean-Louis Dufour Éditions Complexe, Bruxelles, 1996,285 pages Utile à l’étudiant comme au praticien des relations internatio- nales, cet ouvrage éclaire de manière originale 53 crises internationales, les unes célèbres, les autres plus méconnues.Les descriptions sont courtes, en moyenne trois ou quatre pages, et sont accompagnées d’une notice bibliographique.FAIRE L’EUROPE E, Massoulié, G.Gantelet et D.Genton Éditions Casterman/Giunti, Florence, 1996,191 pages C> est avec le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale que prend corps l’idée de créer entre les pays d’Europe une communauté d’intérêts telle qu’ils ne puissent plus se faire la guerre.De la création de la CECA à la réforme de Maastricht, de l’Europe des Six à celle des Quinze, cinquante ans de construction communautaire vont aboutir à l’émergence de la première puissance commerciale du monde.Mais depuis la chute du mur de Berlin, l’Europe est confrontée à de nouveaux défis.Saura-t-elle les relever?Les auteurs ne répondent pas directement à la question mais ils brossent un tableau intéressant des obstacles à franchir et des opportunités à saisir pour compléter «l’approfondissement et l’élargissement» du concert européen.ES T - S E LL ER S •y Librairie du soleil ROMANS QUEBECOIS 1.ANNABELLE, Marie Laberge - éd.Boréal 2.C'EST POUR MIEUX T'AIMER MON ENFANT, Chrystine Brouillet - éd.Courte Échelle 3.INSTRUMENTS DES TÉNÈBRES, Nancy Huston - éd.Actes Sud «r ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.GABRIELLE ROY, UNE VIE, François Ricard - éd.Boréal 2.AMOUR EN GUERRE, Guy Corneau - éd.de l'Homme 3.HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC T.3 (1841 à 1986), Jacques Lacoursière - éd.Septentrion W' ROMANS ÉTRANGERS 1.LE COIN DU VOILE, Laurence Cossé - éd.Gallimard 2.TRUISMES, Marie Darrieussecq - éd.P.O.L.3.LA DAME D'ABOU SIMBEL, Christian Jacq - éd.Robert Laffont W ESSAIS ÉTRANGERS I.LES CHEMINS DE LA SAGESSE.Jacques Attali - éd.Fayard 2.55 FAUBOURG SAINT-HONORÉ, Michel Charasse - éd.Grasset 3.NICOLAS II LA TRANSITION INTERROMPUE.Hélène Carrère-d'Encausse -éd.Fayard W' LIVRE JEUNESSE 1.LA GALÈRE D'OBÉLIX.Uderzo - éd.Albert René W' LIVRE PRATIQUE 1.LE GUIDE DE L'AUTO 1997.Jacques Duval et Denis Duquel - éd.de l'Homme «T LE COUP DE COEUR 1.RAIDES MORTS, Babette Cole - éd.Seuil (Jeunesse) Place Fleur-de-l.ys 434, Houl.St-Joseph.Hull J8Y3Y7 (819) 595-2414 Terrasses de la Savane 25.chemin de la Savane, Gatineau J8T 8A4 (819) 246-3660 321.rue Ualhousie.Ottawa KIN 7G1 (613) 241-6999 POUR COMPRENDRE L’INTÉGRISME ISLAMIQUE Martine Gozlan Éditions Albin Michel, Paris, 1996, 168 pages Voici un panorama clair et précis du fanatisme islamique et de ses retombées — la propagande et le terrorisme — sur nos sociétés occidentales.Pour l’auteure, le crime le plus vil des intégristes est le meurtre des femmes.En effet, la guérilla islamiste en Algérie a pris comme cible de nombreuses femmes.Elles ont souvent été cruellement massacrées.Gozlan écrit: «Le meurtre des femmes constitue la ligne rouge qui marquera définitivement dans l’Histoire la singularité de l’intégrisme islamique, version algérienne».Selon la journaliste, l’intégrisme islamique est une déviance mais ce n’est pas une fatalité.On peut le combattre.Un livre d’espoir pour contrer l’hystérie médiatique antimusulmane.LES FATIGUES DE LA GUERRE Arlette Farge Éditions Le Promeneur, Paris, 1996, 124 pages Les Fatigues de la guerre est un petit livre bouleversant.L’historienne Arlette Farge prend prétexte de gravures reproduisant des tableaux à sujet militaire de Watteau pour réfléchir sur les guerres au XVIIIe siècle.Contrairement aux idées reçues, les conflits de cette époque n’avaient rien de joli et de romantique.Leur dureté était épouvantable.Le petit peuple souffrait terriblement et le mépris des intellectuels parisiens envers les soldats était général.Avec cet ouvrage, Mme Farge jette une lumière crue sur une des zones d’ombre du grand siècle des encyclopédistes.Jocelyn Coition ESSAIS ÉTRANGERS Mourir, d’accord mais de mort lente , S, y.Antoine Robi taille L’HUMANITE PERDUE Essai sur le XXe siècle Alain Finkielkraut, Seuil, Paris, 1996, 170 pages (en librairie le 22 octobre prochain) Terrible, le XXe siècle?Oui: «en soixante ans, [il] a connu deux guerres mondiales, les totalitarismes de droite et de gauche, hitlérisme et stalinisme, Hiroshima, le goulag, les génocides d’Auschwitz et du Cambodge».Alain Finkiçlkraut, professeur de philosophie à l’École polytechnique de Paris, cite ici Lévinas.Il aurait pu ajouter à cette triste liste les malheurs du Rwanda, de l’ex-Yougoslavie.Et elle serait encore incomplète.Sous cet angle, ce siècle n’apparaît pas comme celui du progrès: ouvert à ?Sarajevo, il se clôt.à Sarajevo.Lancé dans le gaz moutarde et le génocide arménien, il se termine dans «l’agent orange» et sur les machettes de Kigali.Devant ce surplace déconcertant (en parallèle à des percées scientifiques mirobolantes), Finkielkraut expose un paradoxe.Comment se fait-il que ce siècle, où l’idée d’humanité semblait acquise, «difficile conquête des Temps modernes», connut si souvent le viol éhonté de cette même notion?Finkielkraut ne fait pas ici un catalogue des horreurs.L’humanité perdue ne se veut «ni panorama, ni bilan» mais une «méditation» sur les enjeux épistémologiques d’un siècle terrible, pourtant promis au progrès.Au reste, le XX1' siècle n’a sûrement pas le monopole des horreurs! Dans aucune période de l’histoire, l’animal social ne s’est empêché de commettre le pire.Mais aux dires de Finkielkraut, le présent siècle a quelque chose de particulier.Qui sont mes semblables?Depuis toujours, les hommes ont eu de la difficulté, voire ont refusé, de se reconnaître entre eux comme semblables.Mais grâce à la philosophie, au christianisme, aux Lumières, l’idée d’humanitas s’est imposée graduellement.Cette idée n’est pas du reste «totalement artificielle» puisque, comme Rousseau l’a démontré, chaque être humain possède, grâce à la pitié, la capacité de se reconnaître dans l’autre.Cette double approche a fait que certains Européens, explorateurs des Amériques, nièrent l’humanité des habitants qu’ils y découvrirent.D’autres y ont cependant reconnu des frères.Le nazisme, rappelle Finkielkraut, macule notre siècle avec son renversement total du principe d’humanité.Car l’histoire, dans cette perspective, devient une lutte de races, aussi dissemblables que des espèces.Le nazisme oblige à ne voir dans l’Autre que ce qui le distingue de soi.Il ordonne d’ignorer, de surmonter le bon sens de la tirade de Shylock selon laquelle tout homme, «saigne quand on le pique, rit sous les chatouilles et se venge des offenses».L’impératif de respecter son prochain s’est mué, dans l’Allemagne nazie, en impératif de tuer les juifs.Le régime a construit un système pour résister à la compassion.Le devoir: tuer l’ennemi intrinsèquement mauvais.Pour illustrer l’extrême de la déshumanisation, Finkielkraut nous plonge d’ailleurs d’emblée dans un récit troublant du chimiste juif Primo Séance de signature à la Librairie Gallimard jeudi 24 octobre de 18h à 20b Nadège Devaux Robbert Fortin Maurice Henrie Lorraine Letourneau Gabrielle Poulin Gaston Tremblay 57(10, boni.Si-Lamvni Montréal ja Regroupement des éditeurs W canadiens-lrançais m t ; o* : ru: ¦ r S ré: msm ARCHIVES LE DEVOIR Le nazisme, rappelle Alain Finkielkraut, macule notre siècle avec son renversement total du principe d’humanité.Levi.Ce dernier, dans un camp de la mort, dut un jour passer un examen devant un savant nazi, le Doktor Pannwitz.«Son regard ne fut pas celui d’un homme à un autre homme», expliqua Levi, qui a vu dans ce déni d’humanité l’essence de la folie du troisième Reich.Le totalitarisme est le grand responsable des horreurs du siècle.Finkielkraut le rappelle en reprenant le concept d’un de ses auteurs préférés, Hannah Arendt.Très controversée jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique, cette analyse, qui souligne le tronc commun aux deux régimes, fait maintenant, en fait, l’unanimité.Contre l’humanitaire et le tourisme planétaire Observant l’époque actuelle, notre auteur propose une critique de l’humanitaire qui se veut une réponse aux auteurs, comme Luc Ferry, qui cherchent à fonder la noblesse du mouvement malgré ses carences politiques.Cette démonstration, transportée par le même souffle littéraire — et parfois pamphlétaire — qui avait marqué La Défaite de la pensée, ne convainc pourtant pas.Difficile à suivre, sa tentative de mettre au jour une sorte de filiation entre l’humanitaire et les idéologies déshumanisantes.L’humanitaire se présente ici comme une sensiblerie réductrice et aveuglante, qui empêche de juger les situations politiques.11 «est trop occupé à remplir de riz la bouche qui a faim pour écouter la bouche qui parle».«Notre temps fait sien le regard du médecin» écrit Finkielkraut avec mépris.Au moins, dans le regard du médecin, malgré le réductionnisme biologique, il y a une authentique, conviction humaniste, celle d’Hippocrate.Abordant la langue de bois de la «globalisation», Finkielkraut se fait beaucoup plus percutant.Inspiré des pensées de Arendt sur les «personnes déplacées» par le nazisme, il récuse les «idées de poche» contemporaines qui semblent nous dire que l’homme conquiert son humanité par «la liquidation du passé [.] et la répudiation de ses origines».Sans une «appartenance et [un] ancrage dans un milieu particulier, poursuit-il, l’homme n’est plus rien [.] qu’une pure conscience sans attaches et sans résidence, il n’est plus un homme».Finkielkraut, sur les mêmes bases, critique au passage la pensée multiculturelle qui a prévalu dans l’analyse des événements en ex-Yougoslavie.La Bosnie fut vite mythologisée, déplore-t-il.«Aux nations pécheresses du fait même d’être des nations» elle «opposait sa pureté ontologique et son innocence multinationale».Se déploie alors une position des plus nuancées sur le nationalisme : bien sûr, il dénonce comme inhumaine la «détermination de l’homme par le sol et par le sang», mais il condamne aussi l’autre extrême: «la vie titubante de l’homme à qui sont retirées (es bases terrestres de son existence».Évidemment, dans ce schéma, le cyberespace, où «même les adresses sont mobiles», est considéré comme une force déshumanisante.L’humanité perdue consiste en un essai remarquable sur le XXe siècle, malgré un certain désordre.Le livre actualise des réflexions de Arendt et Lévinas qui méritent qu’on y revienne.On pourra peut-être reprocher à Finkielkraut de ne pas en Alain donnerplus.Par exemple, comment Finkielkraut expliquer ce fait: notre siècle fut, en même temps, considère scientifique et inhumain?Finkielkraut, en bon hei-que l’on deggerrien, est prompt à f ., condamner la technique, n a pas tire en soi.La dénonciation mé- - riterait plus d’explication, les leçons Surtout que selon lui, les Hp pp cîpplp logiques qui ont présidé à ue ce siecie ja «perte jg l’humanité» maudit sont t0Uj()Urs à l’œuvre.Aussi, l’auteur termine-t-il en se questionnant sur l’utilité de ce siècle.On est en droit de se demander: peut-être n’a-t-on rien appris des événements, tout simplement parce que les hommes ne peuvent rien apprendre?Peut-être est-ce là notre nature?L’homme étant capable du meilleur et du pire, l’utopie moderne consiste à penser que l’on puisse changer l’homme pour qu’il ne fasse que le meilleur.Une chose est claire: les mouvements qui ont tenté d’atteindre le paradis sur terre sont tous tombés dans l’autoritarisme.Même ceux qui se fondaient sur le concept d’humanité! Apparaît ici la supériorité de la démocratie libérale: elle tâtonne, se réforme, change.Mourir pour des idées?«D’accord, dit-elle, mais de mort lente.» Voilà le seul apprentissage politique humain sans trop de risques de dérapages en dehors de l’humanisme.Finkielkraut ne le dit peut-être pas assez.Pour joindre l’auteur de cette chronique: arinnov@riq.qc.ca ESSAIS L’autre Grèce SALONICA TERMINUS Travels into the Balkan Nightmare Fred A Reed Talonbooks, Vancouver, 1996, 270 pages CLÉMENT TRUDEL LE DEVOIR Deux ans après ses Persian Postcards.sur l’Iran après Khomeini, le journaliste Fred A.Reed nous livre ici son analyse du «cauchemar des Balkans» où il s’intéresse aux droits des minorités depuis pratiquement trois décennies.Sa vision des choses, sur le sort de la Macédoine par exemple, risque de mécontenter bien des Grecs dont l'histoire officielle — son indépendance n’a-t-elle pas commencé par une période «bavaroise» où l’allemand servait tout autant que le grec?— a tendance à gommer des incidents peu reluisants, telle la répression de la langue slave-macédonienne qui n’est «ni bulgare ni serbe» mais dont on a détruit un abécédaire en 1925 pour penser moins à cette culture distincte; ou encore le refus de permettre à des réfugiés grecs «évacués par les com- Fred A.Reed SALONICA TERMINUS munistes» de rentrer chez eux.Il s’attarde par exemple sur le sort fait au cimetière juif de Salo-nique convoité pour son emplacement, que l’on destinait à une université; les Nazis occupants s’y livrèrent à une frénétique destruction en plus de déporter des milliers de Juifs dont les ancêtres avaient fui la persécution dans l’Espagne des Rois catholiques; sur le comportement du général fasciste (pro-Britannique) Metaxas, etc.Journal hétérodoxe, ce livre évite le ton péremptoire et les jugements sans retour.Il respecte la complexité des enjeux.Ce récit invite le lecteur à des recherches complémentaires et même si l’on a goûté les humanities, on a l’impression d'avoir oublié bien des choses sur l’empire de Byzance, sur les Ottomans ou sur les précédents qui laissaient presque prévoir lenten-te-partition sur la Bosnie. L E I) E V (III), I.E S S A M EDI I !) E T I) I M A X (' Il E 2 (I 0 C T 0 li II E I !) !) (i ¦ ' ' •’ INTÉGRÉ rib éditeur eVctris Chrystine , Brouillet vlb éditeur Yolande Geadah ILEES ASQUÉS Albin Michel ESSAIS QUÉBÉCOIS Uéquilibre social en péril L’ETAT AUX ORTIES?Sous,1a direction de Sylvie Paquerot, Écosociété, 1996,284 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE De la bêtise et des truies Ecrire un roman, devenir un animal, «pour retrouver sa cambrure d’humain» «Une exubérante découverte de l'âme africaine.Chaque page déborde de couleurs, d'odeurs, de générosité.Un diamant noir.» Le Figaro «Quel talent! Sa puissance d'écriture séduit, son énergie innée balaie les clichés.L'événement de la rentrée.» r v: “¦ CALIXTHE BEYALA Les Honneurs perdus roman Comment rembourser la dette totale des pays sous- développés Robert Saletti ?ous sommes à l’aube du sommet dit de la décision.Le problème avec un sommet de la décision, c’est la prescription d’action qui le fonde.Car l’obligation d’agir suggère qu’il y a consensus à propos du diagnostic gur lequel s’appuie l’action envisagée.A la limite, tout le monde semble s’entendre sur la réalité de la crise des finances publiques.Mais si cette crise n’était pas la maladie, mais le symptôme de la maladie?Nos sociétés sont peut-être minées par quelque chose de plus profond qu’un budget déficitaire, dont il faudrait d’abord faire l’analyse avant d’agir coûte que coûte.Cette analyse a-t-elle été faite?Non, répond un collectif de chercheurs et de professeurs sous la direction de Sylvie Paquerot.L’État aux orties?constitue les actes d’un colloque organisé en avril dernier par le Syndicat de la fonction publique du Québec.Intitulé «L’état de l’économie et, la tentation de faire.l’économie de l’État», le colloque a eu lieu un mois après la «Conférence sur le devenir social et économique du Québec» convoquée par Lucien Bouchard, à laquelle il voulait faire contrepoids.Le politique vit une crise dont l’une des manifestations les plus troublantes est le rangement des partis politiques, toutes tendances confondues, derrière l’idéologie néo-libérale.Plus spécifiquement, derrière ce que Patrice Martin et Patrick Savidan ont appelé La Culture de la dette ou Richard Langlois l’économisme (Pour en finir avec l’économisme).Le même discours nous est seriné à gauche comme à droite au point d’être devenu le grand centre mou de notre univers mental.Il faut rééquilibrer les finances publiques, et ce nouvel équilibre passe par une réduction du déficit budgétaire, qui lui-même passe par des compressions et des mises à pied effectuées, bien sûr, sur le mode industriel.L’équilibre budgétaire doit-il être atteint à toute vapeur au détriment de l’équilibre social?Une véritable interrogation Que les détracteurs du syndicalisme se ravisent, l’État aux orties?n’est pas une opération de marketing destinée à revaloriser les syndicats dans l’opinion publique ou à sauver des emplois, quoiqu’on ne puisse écarter complètement ces objectifs au point de départ, le Syndicat de la fonction publique étant lui-même victime des actuelles actions gouvernementales.Clairement, le résultat obtenu correspond à une véritable interrogatiop de la place et du rôle de l’État à une époque où l’économie est migrante et le nationalisme traditionnel obsolète (voir Les Années sans guide de Jocelyn Létourneau).Les syndicalistes et les représentants du milieu syndical sont peu présents et il n’est pas rare que le syndicalisme lui-même soit pris à partie.Tant au niveau des constats qu’à ceux des enjeux et des solutions, L’État am orties?offre d’intéressantes pistes de discussion.Considérez l’adjectif «intéressantes» dans la phrase qui précède comme un euphémisme si vous acceptez comme point de départ de cette discussion quelques données de nature socio-économique.A savoir: il y a actuellement 1400 millions de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à l’eau potable; la richesse des La richesse des États-Unis a augmenté de 250 % au cours des trente dernières années, mais il y a 64 millions d’Américains pauvres.États-Unis a augmenté de 250 % au cours des trente dernières années, mais il y a 64 millions d’Américains pauvres; 90 % de tous les mouvements de capitaux sont de nature spéculative (biens immobiliers, actions boursières, etc.) et ne produisent pas de richesse comme telle; si une taxe de 0,5 % était prélevée sur toutes les transactions financières, comme l’a proposé en 1983 le prix Nobel d’économie J.Tobin, on pourrait facilement constituer un fond mondial d’environ 800 milliards de dollars, équivalent à la dette totale des pays sous-développés.Vous êtes d’accord?Remplacez «intéressantes» par «urgentes»./ Le démantèlement de l’Etat Parmi les interventions à retenir, il y a certes la préface de Ricardo Pe-trella, président du Groupe de Lisbonne et coauteur de Limites à la compétitivité, dans laquelle il retrace les raisons historiques du démantèlement actuel de l’État-providence.Ces raisons remontent aux forces politiques et juridiques qui dans les années trente n’ont jamais accepté le New Deal de Roosevelt, mais elles concernent aussi, plus près de nous, la crise du mode de production for-diste (plein emploi, travail à la chaîne, consommation de masse) et, sur le plan idéologique, le manque de discernement du mouvement écologique qui s’est positionné pendant de nombreuses années, de facto, contre l’État-providence et les syndicats de travailleurs industriels.On retrouve cette même critique d’une certaine gauche anti-étatique à tout crin sous la plume du sociologue Jacques-Yvon Thé-riault qui fait remarquer que le slogan de la nouvelle droite, des Thatcher, Reagan, Gringrich et Harris, «tout le pouvoir à la société, rien à l’État» a été le slogan des sixties contestataires.François Ricard, dans la Génération lyrique, avait examiné, on s’en souvient, les causes démographiques et sociales de ce paradoxe qui illustre encore une fois les limites idéologiques de la distinction gauche-droite.Remarquons qqe L’État aux orties?est publié chez Écoso- ciété, une maison d’édition consacrée aux questions écologiques et sociétales, ce qui donne une petite résonance ironique à ces critiques de l’«ancienne» gauche.Les enjeux d’un nouveau contrat social — puisque c’est de cela qu’il s’agit au fond — sont multiples mais peuvent unanimement se résumer à ceci: la société,est-elle un mécanisme naturel que l’État doit se garder de perturber?N’est-elle pas plutôt une source d’inégalités croissantes?N’y a t-il pas lieu, alors, de continuer à intervenir politiquement, peut-être différemment que nous ne l’avons fait jusqu’à présent, pour empêcher qu’un équilibre budgétaire n’entraîne un déséquilibre social, une brisure humanitaire, irrémédiable?Qui plus est, l’exercice comptable auquel se livrent les gouvernements occidentaux reste trçs théorique puisque les revenus de l’État diminuent au fur et à mesure que l’on comprime et met à pied.La vraie bataille n’est-elle pas, au fond, celle du maintien de la démocratie délibérative — la seule qui permette un véritable espace public de parole — contre la démocratie dite directe ou participative qui est une démocratie d’intérêts.Donnez-moi le droit de parole pour que j’aie le droit de demander à boire, disent d’une voix rauque 1400 millions d’individus.Les solutions à une réaffirmqtion et à une révision du mandat de l’État ne manquent pas elles non plus.Elles sont de tous niveaux: mondial, national et régional.Elles sont de tous ordres, de l’allocation universelle à une refonte en profondeur de la fiscalité.Je ne peux ici que renvoyer le lecteur soucieux de s’interroger et d’agir à l’État aux orties?pour une juste appréciation de toutes les avenues qui sont encore possibles.^-1 Un essai remarquable sur la queslion du voile (hiitjnb) et la montée des intégrismes.«Un incontournable de la rentrée.» — Uinrs IIrbdo (Paris) Une collaboration de A GAGNER billets d’avion pour Paris offerts par Jet tours et 6 nuits dans un hôtel 3 étoiles Le Dt lllt AAlIfTT «ah(^y AQPF £ s 1-800-267-0947 bto-québec Hydro m Québec [R ! LES PETITS BONHEURS Histoires d’êtres Gilles Archambault N’EN FAITES PAS UNE HISTOIRE Raymond Carver, textes réunis et présentés par William Stull, traduits de l’anglais par François Lasquin, préface par Tess Gallagher, Seuil, collection «Points», Paris, 1996, 287 pages Un héros très discret, Jean-François Deniau, Presses Pocket, Paris, 1996, 186 pages Il est des écrivains dont on est sûr, dès l’abord, qu’ils font partie de la famille de ceux dont on suivra les moindres productions.Décèdent-ils, on s’intéressera à leurs inédits, à leurs textes abandonnés ou à peine esquissés.Raymond Carvei; n’a vécu que 50 ans.A sa mort en 1988, il est tenu comme l’un des écrivains marquants de sa génération.De sa manière, on dit généralement qu’elle est minimaliste.Il s’intéresse de prime abord aux paumés de la vie et ses personnages d’élection sont en règle générale des êtres essentiellement vulnérables.Minimaliste d’accord, mais à condition qu’on n’oublie jamais que ce qualificatif n’englobe jamais l’action ou les anti-héros qui peuplent ses intrigues.On est en plein roman noir, on boit sec, on s’envoie une torgnole pour un cheveu dans la soupe, on s’accuse des pires crimes pour en noter de plus grands encore chez l’autre.Le minimalisme est dans l’écriture, presque toujours sobre, et qui ne s’émeut de rien.Le travail, quand il atteint sa pleine efficacité, est souterrain.Les nouvelles de jeunesse Carver ne fait pas mouche à tout coup.Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance des cinq nouvelles de jeunesse que nous offre ce recueil.Qu’elles soient de nature à susciter l’intérêt, nul n’en douterait.Manquerait peut-être ce don de l’ellipse, du non-dit qui fait l’efficacité des meilleures nouvelles de Tais-toi, je t’en prie ou des Trois Roses jaunes.On en conclut donc que cette apparente simplicité dans l’écriture est l’aboutis- ver RAYMOND CARVER N'EN FAITES PAS UNE HISTOIRE sement d’un long travail.En plus de ces nouvelles, cette édition posthume nous offre des poèmes, de courts essais critiques et un fragment de roman.L’inconditionnel de Raymond Carver fera son miel de textes de valeur inégale mais qui lui permettront de mieux • connaître l’écrivain.Dans un texte à propos de «De l’autre cçté du palier», il écrit: «A Tel-Aviv, des amis nous avaient confié la garde de leur appartement pendant quelques jours.Me rendre deux ou trois fois par jour dans un appartement vide dont les occupants habituels n’étaient pas là, m’asseoir dans leurs fauteuils, feuilleter leurs livres et leurs revues, regarder par leur fenêtre était une expérience inédite pour moi, et je me suis aperçu par la suite qu’elle m’avait laissé une vive impression.Il a fallu deux longues années pour que cette impression remonte à la surface sous la forme d’une idée de nouvelle, mais à partir de là il ne me restait plus qu’à m’asseoir et à l’écrire.Le véritable labeur, la vraie création n’ont eu lieu qu’ensuite.Au départ, mon manuscrit faisait à peu près le double de sa longueur actuelle, mais j’ai procédé à de nombreuses coupes au fil des révisions successives.» Voilà donc comment écrivait Carver.Son minimalisme n’a rien à voir avec la sécheresse d’inspiration qui caractérise nombre d’écrits que l’on classe sous cette appellation.Je l’ai écrit plus haut, ce N’en faites pas une histoire s’adresse de prime abord à ces lecteurs qui se sont reconnus dans sa manière d’effleurer les histoires les plus sordides sans se complaire un seul instant dans une morbidité qui aurait pu étouffer son écriture.Le reste, son destin biographique, sa vie d’alcoolique aussi déglinguée que les personnages qui le fascinent, son ascension dans le firmament de la littérature américaine, sa Carver est un écrivain dont on suit les moindres productions gher, le reste fait partie de l’histoire littéraire.TT .Un etre terne Si les créatures de Raymond Car-sont des êtres que l’on ne cherche pas à rencontrer dans la vie à cause de leurs mœurs équivoques et leurs inquiétantes manies, le personnage central du roman de Jean-François Deniau, Un héros très discret est de ceux que l’on remarque si peu que l’on passe ,à côté d’eux sans les remarquer.Albert est l’être terne par excellence.Il vit avec sa mère, ne travaille pas.Arrive la guerre.Il se marie sans bien savoir pourquoi.Un jour, il décide de changer de vie.Sans le sou, il fait la manche, accepte les plus petits métiers.Sa résurrection viendra à la suite d’une vaste supercherie qu’il mettra sur pied.Même si pendant la Résistance il s’est tenu à l’écart de toute activité subversive, il parviendra à s’imposer à la Libération comme un héros du maquis.L’auteur,de ce roman se sert de l’Histoire.A intervalles réguliers, il nous rappelle que le personnage d’Albert a véritablement existé.Il importe peu de le croire.Ce qui est efficace dans l’écriture de ce roman dans lequel aucun sentiment n’est outré, dans lequel aucun effet n’est recherché, c’est justement l’exploitation de la banalité.C’est peu dire que d’affirmer que Deniau ne tend pas à noircir le trait.On jurerait parfois lire du Simenon, celui des romans d’atmosphère.Le film qu’a tiré Jacques Audiard de ce roman devrait prendre l’affiche sur nos écrans d’ici peu.Je me précipiterai aux premiers jours pour constater de visu les accommodements qu’on a dû aménager pour rendre vraisemblable une histoire qui, partie du banal le plus confondant, aboutit à une fantasmagorie de haut vol.Et tout cela, lentement, lentement, à l’aide de petites touches patientes.Ce n’est pas du Raymond Carver, pas du tout, mais quel talent rencontre avec la poétesse Tess Galla- dans l’évocation, dans les silences.GASTRONOMIE Prendre quelques kilos LAROUSSE GASTRONOMIQUE Collectif, Larousse, Paris, 1996,1152 pages JOSÉE BLANCHETTE Autant vous l’avouer tout de suite: j’ai pris au moins quatre kilos et hérité d’un livre dont je ne me débarrasserai pas de sitôt.C’est la faute de Larousse et de son nouveau dictionnaire gastronomique, ouvrage aussi volumineux que pesant et dont la mise vient d’être complètement rafraîchie.Pour être bien franche, j’aime autant prendre dix livres au bout des bras que sur les hanches.Et pourtant, mon nouveau Larousse gastronomique ne fait pas dans le régime minceur.On y trouve 4000 entrées de «Abaisse» à «Zuppa In-glese» et 3000 recettes qui vont des «abattis Babylas» aux «zestes de citron confits dans le vinaigre».Entre ces deux extrêmes, il y a un monde et plusieurs continents qu’il fait bon parcourir en salivant.La première édition du Larousse gastronomique date de 1938 et fut écrite sous la direction du cuisinier français Prosper Montagné, assisté du docteur Gottschalk pour la partie historique, scientifique et médicale.La dernière édition remontait à 1984 et ne correspondait plus au goût du jour, leste et digeste.Le comité gastronomique qui a cuisiné cette dernière version est présidé par le grand toqué Joël Robuchon.Des goûteurs professionnels (restaura- LAROUSSE gastronomique teurs, écrivains, professeurs et journalistes) se sont ajoutés à l’équipe pour rédiger un ouvrage à la fois savant et sensuel.Les planches d’illustrations et les photographies ont été complètement remplacées dans une mise en page appétissante.Les recettes sont puisées, pour la plupart, dans le répertoire des chefs cuisiniers français actuels et servent davantage à donner l’exemple qu’à enseigner la cuisine.Pour la première fois de son histoire, le Larousse gastronomique mentionne l’existence d’une cuisine québécoise.Il fait état de la réalité culinaire des petits cousins d’Amérique sans trop rater la tire.On y parle des canards du lac Brome, des crosses de violon, de caribou, de saumon de la Gaspé-sie, de sirop d’érable mais aussi de vins.«Les vins, vendus par les magasins d’Etat et grevés de lourdes taxes, restent chers.Aussi beaucoup de Canadiens continuent-ils à faire leur vin chez eux, à partir de jus de raisin concentrés de Californie.», peut-on lire à la case «Canada».Ravie de l’apprendre.Mon Larousse gastronomique ne serait pas véritablement français si on n’y trouvait pas quelques termes anglais comme «carrotca-ke» (pour gâteau aux carottes), «cheesecake» (pour gâteau au fromage), «doughnut» (pour beigne) et «fudge» (pour fudge).Peu importe la langue, mon nouveau dico n’est pas à court de mots mais il lui manque un seul adjectif: «exquis», tout simplement.LITTÉ RATURE JEUNESSE QUÉBÉCOISE La frite fantôme et autres contes Maboul LE VAMPIRE AUX MILLE CARIES N° 1 LA FRITE FANTÔME N° 2 Philippe Chauveau, illustrés par Rémi Simard, Série Les Aventures de Billy Bob, Boréal, Maboul, 54 p.LE VAISSEAU DU DÉSERT N° 1 UN AMOUR DE FRAMBOISIER N° 2 Jean-Pierre Davitds, illustré par Claude Cloutier, série Les Mésaventures du roi Léon, Boréal, Maboul, 54 p.GISÈLE DESHOCHES Une frite fantôme! Faut le faire! Ou plutôt, faut l’écrire! Il faut aller jusqu'au bout et il faut encore l’illustrer! Cette idée loufoque ainsi que d’autres tout aussi sautées (un vampire aux dents cariées allergique aux brosses à dents, un framboisier amoureux fou d’un lion, une montgolfière fonctionnant à la levure et à la soupe aux pois.un chameau nommé Bill (chameaubile) dont les bosses servent de réservoir.) se bousculent dans la nouvelle collection Maboul des éditions Boréal.C’aurait pu tomber à plat mais c’est aussi amusant que stimulant.Tout à fait «Maboul» en effet: un humour débridé, des comparaisons loufoques (telles que «une idée lui traversa l’esprit comme une fourchette traverse une saucisse»1), des personnages caricaturaux, des situations impossibles.Les histoires se tiennent cependant, c’est-à-dire répondent aux impératifs de leur propre logique, et tout est orchestré pour le pur plaisir de l’imaginaire.Deux séries se partagent les quatre premiers volumes: Les Mésaventures du roi Léon, de J.P Davidts, déjà installées dans le format junior (Contes du Chat gris et suivants) et illustrées par Claude Cloutier, ainsi que Les Aventures de Billy Bob, nés d’un duo aussi délirant que bien assorti: Philippe Chauveau et Rémy Simard.D’une grande lisibilité, faits de phrases courtes et de beaucoup d’ac- tion, les quatre premiers volumes promènent les lecteurs dans des univers surprenants et bifurquent dans des directions aussi inattendues qu’invraisemblables.L’humour est dominant des illustrations noir et blanc surgissent à chaque double page.On a tout de suite envie de l'offrir à une lectrice ou un lecteur débutant.Dès sept ans.1.La Frite fantôme, page 46.1^55000^8^2^28 03326389 I.K I) !•: V 0 1 H .I, Y S S A M Y I) I I !) K T I) I M A X ( Il Y 2 (I 0 (' T 0 II II Y.I !) !> Il EXPOSITIONS Portrait d’une bohème post-moderniste Une rétrospective new-yorkaise pour Nan Goldin, la photographe controversée I’LL BE YOUR MIRROR Nan Goldin | Whitney Museum of American Art, New York Jusqu’au 5 janvier 1997 MAURICE TOURIGNY New York — Depuis quelques années, les images de Nan Goldin sont omniprésentes; dans les galeries d’art et les musées, dans les librairies, dans les magazines de mode, ces photos aux couleurs souvent dérangeantes et aux sujets parfois sensationnels nous saisissent et nous lancent au visage les faits et gestes des amis de Goldin dont elle «documente» les vies depuis plus de 20 ans.Jusqu’au 5 janvier, le Whitney Museum de New York présente une rétrospective de taille comprenant près de 300 photographies de Goldin, montée par la conservatrice Elisabeth Sussman et le photographe David Armstrong, un ami de toujours de l’artiste.Malgré son âge (elle est née en 1953), Nan Goldin a exercé une influence marquée sur la photo d’art et sur la publicité.Son art demeure matière à controverse et l’exposition du Whitney ne fera pas taire les voix qui questionnent l’importance et la profondeur de son œuvre.De tout temps, les artistes ayant choisi l’autobiographie ont couru le risque de voir leur production traitée d’exhibitionniste, de geste gratuit qui transforme le spectateur ou le lecteur en voyeur impuissant et passif.Goldin n’échappe pas tout à fait à ce blâme un peu simpliste mais tout de même un peu vrai.Les autoportraits nombreux, les visages récurrents de ses proches à divers moments de leur vie rendent public le privé.Goldin ne cache ni n’embellit sa réalité; les visages tuméfiés par les attaques d’un partenaire enragé, l’aiguille qui perce la veine et qui lui livre l’irrésistible, l’abandon d’une masturbation, la fête démesurée des travestis.Goldin nous rend témoins de toute sa vie; elle braque sa caméra sur ce qui n’avait jamais été saisi.Mais jamais elle ne juge, jamais elle n’observe cliniquement: Goldin participe, elle arrête les scènes de son quotidien, elle révèle le sujet autant que la photographe; elle choisit des éclairages au flash aussi crus que les instants qu’elle fige; elle flaire les couleurs folles des lieux clos.Jeux dangereux Ses images des années 70 et du début des années 80 disent l’excès et la tristesse de sa vie.la chute était inévitable.Les jeux dangereux de cette bohème post-moderniste, la mort qui bondit au détour d’une fête, d’une aventure tellement invitante, tout annonce la tragédie à venir.Après une cure de désintoxication de plusieurs mois, privée de ses caméras et coupée du monde, Goldin revient à New York en 1989 dans le plus creux de la dévastation.Ses amis sont morts ou se meurent, le sida avale ceux qui hier encore jouaient avec elle.Alors dans la lumière naturelle, loin des caves et des lofts sombres, elle entreprend une chronique urgente.Elle organise des expositions militantes que personne à New York n’a oubliées, elle accuse bruyamment les gouvernements, elle rejette à haute voix une subvention du National Endowment for the Arts et elle se remet au travail; il faut maintenant vivre aussi pour ceux qui sont tombés, garder la vie de ceux qu’elle aime.Goldin n’y va pas avec le dos de la cuillère.Bien des images sont investies d’une grande charge émotive, d’une douleur incontournable.Certaines des photos éveillent des réactions physiques chez le spectateur.Les photos extraites de la série The Ballad of Sexual Dependency n’ont rien perdu de leur brutalité, et leur force de choc ne s’est pas émoussée; à les voir de nouveau, on reconnaît l’indéniable audace de Goldin, sa capacité de se livrer tout entière à notre regard, sans censure, sans mitiger son émotion.On accuse Goldin de bien des maux mais on ne peut jamais mettre en doute son honnêteté dévorante.La canonisation des excessifs La plus répandue de ces accusations est la «glamourisation» d’un monde sous-terrain, la canonisation des excessifs.Pourtant on n’a qu’à bien s’ouvrir les yeux pour voir que Goldin ne béatifie personne, qu’elle ne recrute ni ne condamne.Elle ouvre tout simplement pour chacun de nous ses carnets intimes.Qu’elle s’arrête au brillant des travestis en parade, à l’immobilité des hommes à leur fenêtre, à la «purification» des femmes au bain, au repos ou au jeu des corps au lit, bref peu importe son sujet, une tristesse émerge de presque chaque image.Et pour moi, ce sentiment est redoublé quand on prend les photos en groupe, en rétrospective.Que ceux qui cherchent l’évocation douce, la suggestion discrète ou la métaphore s’abstiennent.Golden frappe dur.Le danger de l’art-giffle est que parfois, une fois le choc passé, il en reste peu de choses.J’ai le sentiment que Goldin me dit tout et pourtant me laisse sur ma faim, me prive de ma part de travail à faire, me retourne chez moi sans souvenirs d’images qui resteront longue- Du 20 octobre au 1er novembre ' 60 oeuvres de nombreux artisles de renom : Appel, G.Braque, C Carette, S.Cosgrove, L Gervais, L Jacque, H.Masson, R.Roussil, W.Ronalds, T.Tobias, G.Séguin, J.Smith et d’autres.Maison d’Art Fra Angelico ; " 1320, Wolfe, Montréal (métro Beaudry) Tel.: 522-9990 § | Exposition YVES LABELLE «Paysages el nues" du 3 au 15 novembre MAIS QUI EST DONC MARCEL BARIL?L’INTÉGRALE DE L’EXPOSITION PRODUITE ET RÉALISÉE PAR LE MUSÉE DE CHARLEVOIX.PROLONGATION JUSQU'AU 3 NOVEMBRE 1996 Marcié Bonsecoirs MONTRÉAL ISO.ru* Siint-F«ul I*t.Montréal Le devoir le marché saisonnier des producteurs agricoles est ouvert jusqu * la fin octobre.Joey at the Love Ball, NYC, 1991.ment dans quelques coins de moi et qui ressurgiront sans prévenir, à leur gré.L’immersion que propose la rétrospective sert donc bien l’art de la photographe: art immédiat, art choc, art qui appelle une bouffée d’émotions et de réactions.Notre époque semble en être une «in your face» comme disent les Américains, un temps où les choses nous sont lancées au visage.L’art de Goldin participe pleinement de cette ten- PHOTO NAN GOLDIN dance.Mais à bien y penser.est-ce l’époque ou le médium?L’autobiographie offre-t-elle une autre allée que celle de la franchise brutale?Le Caravage, Francis Bacon, Gide, Emily Dickinson, par le choix de «l’auto- biographie» ne sont-ils pas «in your face» eux aussi?La forme «rétrospective» pour une artiste aussi jeune comporte un danger évident: quel créateur à 40 ans compte assez d’œuvres puissantes pour en «meubler» un étage de musée?D’ailleurs à ce chapitre, Goldin se tire bien d’affaires: le travail des conservateurs quant au choix des images est louable.J’ai des réserves quant aux photos d’Asie; elles m’appa- > naissent étrangères à leurs sujets, platement distanciées des jeunes prostitués, elles m’apparaissent observatrices.Goldin a-t-elle vraiment saisi ceux qu’elle a ici photographiés?Proximité physique n’est pas forcément synonyme d’échange.Les paysages des dernières galeries viennent surprendre le spectateur, de même que certaines finages que j’hésite à qualifier de champêtres.Ces nus dans la nature et ces pavages de campagne et de ville mettent Goldin sur une nouvelle piste passionnante.La force de Goldin: nous montrer la part de soi dans l’autre.à ASSOCIATION DES GALERIES D'ART CONTEMPORAIN 324, boulevard Saint-Joseph Est, Montréal (514) 843-3334 Service offert au public: CEOA (Centre d'évaluation d'œuvres d'Art) ARTISTES DELA GALERIE Du 30 octobre au 23 novembre GALERIE Lilian Rodriguez 3886, rue Saint-Huberi Montréal Renseignements : 281-8556 CARLOS GALLARDO et JENNIFER MACKLEM Jusqu’au 16 novembre Galerie Eric Devlin 460, Sainte-Catherine Ouest Espace 403 Montréal H3B 1A7 Tél.: 514-866-6272 Fax: 514-866-7284 Du mercredi au vendredi de 12 h à 18 h, le samedi de 12 h à 17 h Avec la participation du minislère de la Culture du Québec GALERIE ELENA LEE VERRE D'ART ANNIVERSAIRE 20 ANS 14 artistes innovateurs, 12 artistes prometteurs, lancement d'un catalogue couleurs : l'historique de la galerie et du verre d’art au Canada.Jusqu'au 9 novembre 1996 1428, SHERBROOKE OUEST MONTRÉAL (QUÉBEC) H3G IK4 Du mardi au vendredi de 11 h Ét 18 h, le samedi de 11 h à 17 h Tél.: (514) 844-6009 ¦ Fax: |5I4) 844-1335 Betty Goodwin «Pieces of Time» Jusqu’au 9 novembre 1996 galerie René Blown 372 OUEST.RUE STE-CATHER1NE.CH.501 MONTRÉAL TÉL.: (514) 393-9969 LOUISE ROBERT Œuvres récentes jusqu’au 9 novembre 1996 GALERIE GRAFF 963, Rachel Est, Montréal, Qc H2J 2J4 tél.: (514) 526-2616 GALERIE TROIS POINTS JOCELYNE AUMONT'• STÉPHANIE BÉLIVEAU Peintures Primaires Du 19 octobre au 1Ô novembre 372, rue Sainte-Catherine O., suite 520 Montréal Tél: (514) 866-8008 Du mercredi au vendredi de 12 h à 18 h, le samedi de 12 h à 17 h MONTRÉAL Accessible sur Libertel: http://www.libertel.montréal.qc.ca/info/assoc/galeries Le réseau des galeries d'art contemporain.PROFIL, 19 5 7 - 1 9 9 6 ! 4 0 années de gravure Pour l'événement : lancement d'une monographie et de 16 nouvelles estampes GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Montréal H2T 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au samedi de 10 h 00 à 17 h 30 Edmund Alleyn Slow Dance Du 19 octobre au 16 novembre Vernissage le 19 octobre à 16 h GALERIE CHRISTIANE C H A S S A Y 372, rue Sainte-Catherine Ouest, Salle 418, Montréal H3B1A2, Tél.+ télécopieur: 514 875*0071 A jtok—A*—,^> A,,,A A 0 T TA W A EASTMAN nuerin-anoaœ ART CONTEMPORAIN Programmation octobre Didier Sancey 197, Chemin du Lac d'Argent, Eastman (Québec) JOE 1 PO Tél: 514-297-4646 Du jeudi au dimanche de 13 h 30 à 17 h 30 QUÉBEC Lili Richard Totem’ .• ; ; • .20 octobre - 14 novembre GALERIE ESTAMPE PLUS 49, rue Saint-Pierre, Québec Tél.: (418) 694-1303 DAVID MAC LEOD > du 18 au 31 octobre VERNISSAGE le20 octobre r JABER LUTFI * Du 1er au 14 novembre VERNISSAGE le 3 novembre Galerie L'Autre équivoque 333.rue Cumberland Ottawa m TÉL: (613) 789-7145 Du lundi ou samedi de 10 h à 17 h 30, le dimanche de 13 h à 17 h 30 Denis Juneau RETROSPECTIVE 1955-1996 Jusqu'au 26 octobre WADDINGTON & GORCE 1446, rue Sherbrooke Ouest Montréal H3G 1K4 Tél : 847-1112 Fax:847-1113 Du mercredi au samedi de 10 h à 17 h 6 *0Ntr^v Jusqu’au 31 octobre 1996 Marc-Antoine NADEAU ANAÏT Tobie STEINHOUSE Du T au 30 novembre 1996 Mireille MORENCY-lAY Richard LACROIX Simone el Henri JEAN 9.rue Saint-Paul Ouest, Vieux-Montréal Tel: (514) 844-3438 Du lundi au samedi ouvert de 10 h à 18 h Dimanche de 12 h à 17h • LUCIE LACERTE Jusqu’au 31 octobre LOUIS-PIERRE BOUGIE Du 3 au 27 novembre Vernissage : le dimanche 3 novembre à 14 h Galerie Madeleine Lacerte 1, côte Dinan, Québec, Qc Tél.: 1.418.692.1566 Louise Paillé «Da\se Macabre» du 17 octobre au 16 novembre 1996 Galerie Yves Le Roux 5505.boul.Saint-Laurent, espace 4136.Montréal Tél: 495-1860 Fax: 495-3989 1) H) I, V.I) Ii V 0 I R , I.E S S A M E 1)1 I !) K T I) I M A N C 11 E 2 I) 0 C T 0 R R E I !) !) (i Des allures de monument fflSËSi œftjsB 1.B» •**•&*# 'JT*» 1/hiio mÊÊi Cette exposition a eu beaucoup de mauvaises critiques Dans les années 20, l'art du Groupe des Sept a provoqué une vive controverse.Qualifiés de «barbouillage criard» et «d'œuvre d'art la plus horrible» par les critiques, ces tableaux aux couleurs audacieuses et aux sujets surprenants cherchaient à donner un souffle moderne à l'art canadien.Venez au Musée des beaux-arts de Montréal voir ces œuvres, qui sont passées de scandaleuses à merveilleuses en 75 ans.Cinq façons d'en savoir plus sur le Groupe des Sept Visites commentées, tous les mercredis Vidéo Le Groupe des Sept J.E.H.MacDonald, La wren Harris, A.V.Jackson, Arthur Lismer, Fred Varley, Frank Johnston et Franklin Carmichael sont sept artistes canadiens qui se réunissent en 1920 à l’Arts and Letters Club, à Toronto.Au cours des années, d'autres artistes se joindront au Croupe, comme A.J.Casson et Fdwin Holgate, ou sont invités à exposer à leurs côtés, tels Fmily Carr, Bertram Brooker et Prudence Heward.Le Croupe se disperse en 1933, mais continuera d'exercer une influence déterminante sur le développement de l'art canadien.Le Groupe des Sept l'émergence d'un art national Du 3 octobre au î" décembre 1996 Pratt & Whitney Canada En français, à 11 h, 11 h 30 et 18 h; en anglais, à 14 h, 14 h 30 et 17 h 30.Gratuit avec droits d'entrée à l'exposition.Musée-causeries «Fmily Carr, amie du Groupe des Sept» Les dimanches 6, 13 et 20 octobre, à 14 h.Entrée libre.Conférences Le mercredi 16 octobre, 18h: «Le Groupe des Sept et la scène artistique montréalaise francophone des années 1920», par Esther Trépanier, professeure d'histoire de l'art à l'UQAM.Le mercredi 30 octobre, 18h: «A.Y.Jackson et A.Lismer au Québec», par François-Marc Gagnon, professeur d'histoire de l'art à l'Université de Montréal.Le mercredi 13 novembre, 18h: «Le Groupe des Sept et Paul-Émile Borduas», par Charles C.Hill, conservateur de l'exposition et conservateur de l'art canadien au Musée des beaux-arts du Canada (cette conférence sera présentée en anglais à 19 h 30).Auditorium Maxwell-Cummings.Entrée libre.MUSEE DES BEAUX-ARTS DE MONTREAL Celte exposition o été orgorisée et mise en tournée por le Musée des beaux-orts du Canada.La tournée a été rendue possible grâce à l'appui de Chubb du Canada, Compagnie d'assurance.La présentation à Montréal bénéficie du soutien de Rratt & Whitney Canada.Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h (jusqu'à 21 h le mercredi).Billets en vente aux comptoirs Admission: (514) 790-1245 ou 1 800 361-4595.PaviUon Benaioh C'bb.1379.rue Sherbrooke Ouest.Autobus 24 ou station de métro Cuy-Concordia.Information: (514) 285-2000 Le Groupe des Sept.L’émergence d’un art national, réalisé par Catherine Jeans pour Sound Venture Productions, 1995, 30 min.Présenté à l'entrée des salles d'exposition.Catalogue L'étude la plus exhaustive sur le Groupe des Sept à paraître depuis longtemps.En vente à la Boutique et à lu Librairie, 39,95 S.Le chiffre sept vous portera-t-il chance ?Participez au concours organisé dans le cadre de l'exposition et courez la chance de découvrir des paysages saisissants.À gagner: un voyage pour 2 personnes en 1‘" classe vers n'importe quelle destination desservie par Via Rail, et 6 nuits dans un hôtel CP.Les coupons de participation sont disponibles au Musée.VIA Qtf Du 2 octobre au 15 décembre 1996 Chefs-d'œuvre Gaetano Pesce, fauteuil Up 5 IDomal 1969, Mousse de polyuréthane | moulé, recouverte de tissu élastique.Cofi.: Denver Art Museum.du design italien I960 1994 L’exposition, organisée par le Denver Art Museum, est mise en circulation par The American Federation of Arts.MUSEE DU QUEBEC Parc des Champs-de-bataille, Québec.Renseignements: 64 Heures d’ouverture : Lundi: fermé.Mardi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche: ii h -17 h 45.rcredi: 11 h - 20 h 45.Le r Lue&ec est par le ministère de la Culture et des Communications Qsighor I V i) 12 I, !•] I) E V dll!.I.15 s S A M K I) I I !) 15 T I) I M A N C II E 2 0 (I C T 0 15 15 15 I !» 9 (I LE DEVOIR ?AUSSI/PHILIPS ,g * sa NE 455 rue PeeU.es Cours Mont-Royal, Montreal, jfc tel.: (514) 281-6782 fax : (514) 281-5605 i» ne Les affiches cubaines sont vives, colorées, humoristiques, sarcastiques, tantôt débordantes, tantôt sobres et épurées.Toujours vibrantes d'énergie, elles demeurent le fruit de créateurs de grand talent, trop peu connus ici.Leurs noms, René Azcuy, Eduardo Munoz Bachs, Felix Beltran, Raül Martinez, Antonio Pérez Niko, Antonio Reboiro, Alfredo Rostgaard, et d'autres plus jeunes, réunis sous l'appellation Next Generation.Un monde et une histoire à découvrir! Au Centre de design de l'UQAM, 1440, rue Sanguinet, jusqu'au 27 octobre «Dentro de la Revolution, todos, fuera de la Revolution, nada» (Au sein de la Révolution: tous, contre la Révolution: rien) Fidel Castro, Paroles ata intellectuels, Discours de la Révolution, 1961 Une exposition haute en couleur Bachs, Piaf, 1989 Beltran, Plus de conscience, moins d'accident, 1969 Images et histoires On ne peut regarder les affiches cubaines de la période révolutionnaire sans y voir le reflet différé de l’histoire de cette nation.Tout un monde, politique, social et culturel, transparaît à travers ce concert de couleurs et de symboles.Dès les premières heures de la Révolution, l’affiche sert à promouvoir et à faire connaître, à la population, les grandes idées prônées par Fidel Castro.«Les sept grandes personnalités de l’affiche cubaine dégagées pour cette exposition sont toutes de la première génération, explique Raymond Vézina.Ils avaient à peu près vingt ans au moment de la Révolution.Pour la plupart, ils étaient étudiants ata beaux-arts, et donc aptes à produire un travail graphique intéressant.Au même moment, on leur a demandé de diffiiser les idées de la Révolution en ce qui a trait à la politique, la santé, l’économie d’électricité, l’éducation, etc.» Pour la classe politique, l’affiche demeurait un moyen simple et rapide — de manipulation légère et facilement remplaçable — pour imposer sa présence et sa pensée partout dans Î’île, voire à travers le monde (dans les pays amis comme le Vietnam, le Zimbabwe, l’Angola, la Chine, etc.).Pendant cette période faste et héroïque du régime de Castro, les grands programmes sont mis en place.L’alphabétisation pour tous et l’amélioration du système de santé seront parmi les axes sociaux principaux.Le cinéma, quant à lui, sera le cheval de bataille culturel de la nation cubaine.«Im Ré- Martinez, Le Che et camilo, 1968 volution a décidé que le cinéma serait le grand véhicule culturel.À cette période, 200 films étrangers entraient chaque année à Cuba, et chacun des films avait droit à son affiche, poursuit M.Vézina.À toutes les 36 heures, on en produisait une nouvelle.Alors ces graphistes ont eu un terrain de création extraordinaire.» Aux symboles simples des premières images politiques de la Révolution, comme le fusil, le poing levé, l’uniforme vert, etc., les créateurs auront tôt fait d’inclure plusieurs niveaux de lecture dans leur production.«L’affiche culturelle a un niveau symbolique beaucoup plus élevé que celle du domaine politique ou social, précise Raymond Vézina.On n’a pas d’acteurs de cinéma, ni de visages connus.Ici, les graphistes cubains ont créé des affiches plus difficiles et plus sophistiquées.René Azcuy, par exemple, a réussi à tout exprimer par des mains et des visages: le corps humain, mais jamais montré en entier.Backs, lui, est allé plutôt vers l’anecdote.» L’un des aspects étonnants de cette belle production demeure cette apparente liberté de création chez l’un et l’autre de ces artistes.De prime abord, on ne sent pas de restriction, ni une mainmise lourde de l’Etat, même si, dans la production graphique, tout passe par l’État.Le gouvernement — par l’entremise de différents organismes comme l’Organisation de solidarité avec les peuples de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine (OSPAAAL), ANDREE MARTIN Décidément, Cuba est en vedette ces temps-ci.En plus de faire régulièrement la manchette des médias, l’île était à l’honneur aux Cent Jours d’art contemporain, où l’on présentait une exposition de KCHO.Le Centre de design de l’UQAM emboîte le pas en présentant, jusqu’au 27 octobre, Affiches de Cuba 1959-1996.Réunissant sept des plus grands affichistes cubains — de la Révolution jusqu’à aujourd’hui —, cette exposition demeure la plus importante jamais réalisée, après celle organisée en 1983 à New York.Pour la première fois au Canada, le visiteur y trouvera pas moins de 201 affiches, réparties sous trois thèmes principaux: le politique, le social et le culturel.Mise sur pied par Raymond Vézina, professeur à l’UQAM et historien de l’évolution internationale du design graphique, l’exposition est le résultat d’une recherche menée depuis cinq ans sur la région des Caraïbes.De plus, le gouvernement cubain a tenu à collaborer à l’exposition, d’où la collaboration de Margarita Ruiz, du Consejo Nacional de las Artes Plasticas, et de Pedro Contreras, chercheur au Centro de Desarrollo de las Artes Visuales, et l’insertion d’un immense panneau politique de six mètres sur trois, dont 12 exemplaires seulement ont été tirés et placés dans les rues de La Havane à l’été 1996.Trônant fièrement au fond de la salle du Centre de design, il arbore les couleurs du drapeau cubain, et son slogan, particulièrement héroïque, est digne de tout bon révolutionnaire: «Decididos a seguir siendo libres» (Décidés de continuer à être libres).Courageux et triste à la fois, quant on pense aux énormes problèmes, économiques entre autres, que doit actuellement surmonter le peuple cubain.Les affiches créées sous la Révolution n’ont rien de triste.Elles sont le fait d’une explosion de couleurs, vives et variées, et témoignent d’un grand optimisme.Pleines d’imagination, les affiches cubaines sélectionnées dans la présente exposition — pour la plupart des sérigraphies — peuvent toutes s’enorgueillir d’un contenu solide, loin du tape-à-l’œil.On sent derrière elles une certaine fierté, de même qu’un étonnant bouillonnement esthétique et intellectuel.Truffées de symboles et de métaphores, elles sont le témoin de la personnalité et de l’esprit critique de leur créateur.Chaque affichiste se présente dans un style bien à lui, démontrant une grande liberté formelle.Le noir et blanc fortement expressionniste d’Azcuy, les dessins proches de la bande dessinée de Bachs, Dépuration austère de Beltrân ou celle, plus douce, de Niko, en sont la preuve évidente.Que ces designers aient lancé ou non un courant, ils s'inscrivent dans les grandes tendances internationales.El Che y Camillo, affiche politique créée en 1968 par Raül Martinez, correspond à une esthétique américaine.Présentant deux des trois figures emblématiques de la Révolution, le Che et Camillo Cienfuegos, dans un décor organique, exubérant et abondamment coloré, Martinez s’inspire clairement du pop art, synthétisé à travers les images HP de Jasper Johns, Roy Lichtenstein et Andy Warhol.De son côté, Felix Beltrân, formé à New York au début des années 60 (American School of Art, Pratt Institute, etc.), opte pour le style fonctionnel en vogue à cette époque.Considéré comme l’un des graphistes latino-américains les plus importants (118 prix nationaux et internationaux lui ont été décernés), il a réalisé pour Cuba une série d’affiches sociales.Mas conciencia, menos accidentes («Plus de conscience, moins d’accidents», 1969), caractérisée par un dépouillement et une rigueur graphique, demeure un bel exemple de sa production.Dans la même veine d’épuration, mais avec une touche stylistique bien à lui, René Azcuy inclut dans ses affiches une évidente charge émotive et dramatique.Ses nombreuse réalisations, pour la plupart destinées au cinéma, vont à l’encontre de la tendance cubaine d’alors, qui privilégiait la couleur et l’abondance de formes.Véritables images coup-de-poing, De la guerra americana («De la guerre américaine», 1969, film cubain de Pastor Vega), B area sin Puerto («Bateau sans port», 1976, film américain de Michael Anderson) et Im Ultima Cena («La Dernière Cène», 1977, film cubain de Tomas Gutiérez Aléa) utilisent toutes le noir et blanc — agrémenté à l’occasion d’une touche de couleur vive; jaune ou rouge — de même qu’un sujet unique; gros plans d’objets, de visages ou de mains.La détresse et la douleur visibles ici sont très loin du beau profil des acteurs souvent représentés dans l’affiche de cinéma nord-américaine et européenne.Humoriste et sarcastique, Eduardo Munoz Bachs demeure peut-être, avec Raül Martinez, le créateur au style le plus «sympathique».Autodidacte, c’est par le dessin animé pour la télévision qu’il fait ses premières armes graphiques.Il est donc normal de voir dans l’ensemble de sa production la présence d’illustrations très détaillées, une panoplie de couleurs (parfois jusqu’à 30), une typographie faite à la main et un sens caricatural des plus développés.L’Œuf en pleine face de Piaf (1989), un film cubain de Juan C.Tpbio, avec le personnage «saucissonné» représentant les Etats-Unis dans Fidel apierta que a Cuba se respeta («Fidel exige que l’on respecte Cuba», 1980), relève de cette tendance à un humour bien placé.Dans un style léger, Bachs place clairement les Etats-Unis comme ennemi de Cuba.Le personnage enserré dans une pellicule cinématographique signifie le triple respect exigé par Fidel Castro: social par la présence du personnage, politique par le costume aux dessins et couleurs du drapeau américain, et culturel à travers la pellicule.fSf DE LA GUERRA AMERICANA «« OWMO/OMCVOH MUt
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